Au Grand Orient de France, le Rite Écossais Rectifié est chez lui

On a trop souvent présenté le Rite Écossais Rectifié (RER) au Grand Orient de France (GODF) comme une survivance discrète, presque une anomalie dans une obédience réputée d’abord rationaliste, adogmatique et libérale.

Les textes publics disent pourtant autre chose. Le RER est bien pratiqué au GODF, il y possède une ancienneté réelle, une architecture propre, et les grades au-delà de la maîtrise relèvent d’une juridiction clairement identifiée, le Grand Prieuré Indépendant de France (GPIF).

On peut donc cesser d’entretenir une confusion commode

Le Rectifié n’est pas au Grand Orient de France un corps étranger. Il y est une voie initiatique reconnue, inscrite dans une histoire, portée par des structures, et assumée dans sa singularité.

Le premier point mérite d’être posé sans détour

Le Grand Orient de France mentionne explicitement le Rite Écossais Rectifié parmi les rites qu’il pratique. Sur sa page de présentation, il rappelle la diversité de ses formes rituelles et cite le Rite Français, le REAA, le RER et d’autres traditions maçonniques. Il précise aussi que, dans sa culture, le rituel est un outil, une méthode de travail, ouverte à la spiritualité, au symbolisme et à la réflexion humaniste et sociale. Le message est limpide. Le Rectifié n’est pas hors maison. Il est dans la maison.

Le second point est institutionnel…

Et il répond exactement à la question de la charge des grades. Le GPIF l’écrit noir sur blanc. Les trois premiers grades sont gérés directement par le Grand Orient de France. En revanche, les grades au-delà de la maîtrise relèvent de sa juridiction rectifiée. Le texte In Principio précise que le Maître Écossais de Saint-André (MESA), les Écuyers Novices (EN) et les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte (CBCS) sont pris en charge par le Grand Prieuré Indépendant de France, lequel en revendique même l’exclusivité au sein du GODF. Sur ce point, il n’existe aucune zone grise.

Ce partage n’est pas une invention récente

Il s’inscrit dans une histoire longue. Une source académique rappelle qu’en mai 1776, les Directoires Écossais de France conclurent avec le Grand Orient un Traité d’Union fondé sur une reconnaissance mutuelle, chacun conservant l’administration et la discipline de ses loges. La Maçonnerie rectifiée, ainsi agrégée à la Maçonnerie française, pouvait donc exister librement. Nous ne sommes donc ni devant une greffe opportuniste, ni devant un accommodement tardif. Nous sommes devant une continuité historique.

C’est précisément là que l’affaire devient intéressante sur le plan maçonnique

Car le Rite Écossais Rectifié assume une mémoire spirituelle et chrétienne que le GPIF ne cherche nullement à dissoudre. Ses textes rappellent son enracinement dans l’ésotérisme chrétien, sa référence au Grand Architecte de l’Univers, son attachement aux grands textes du XVIIIe siècle et à la tradition de Wilhelmsbad. Mais, dans le même mouvement, ils affirment la liberté absolue de conscience, l’absence de prélat, le refus de toute vérité révélée imposée et le caractère essentiel de la laïcité. Autrement dit, il ne s’agit pas d’introduire au GODF une enclave confessionnelle. Il s’agit de faire vivre une tradition spirituelle dans un cadre maçonnique qui refuse l’asservissement dogmatique.

C’est pourquoi le Rectifié au GODF ne doit pas être lu comme une contradiction, mais comme une tension féconde.

D’un côté, une tradition qui assume une profondeur symbolique, chevaleresque et intérieure

Et de l’autre, une obédience qui fait de la liberté de conscience et de la pluralité des approches un principe structurant. Cette tension n’affaiblit pas le Rite. Elle lui donne, au contraire, une intensité particulière.

Ce que rappelle le Grand Orient de France

Le Grand Orient de France rappelle que le rituel n’est pas une fin en soi, mais un moyen de mise en commun des expériences, des idées et des recherches.Le GPIF, lui, insiste sur le fait que le Régime Écossais Rectifié forme un tout cohérent, porté du premier au dernier grade par un même souffle, et qu’il doit être abordé dans sa globalité. Le fond du sujet est là. Le Rectifié n’entre pas au GODF en reniant ce qu’il est.

Il y entre en assumant sa singularité dans un espace plus vaste de liberté maçonnique.

Il faut donc cesser de parler du Rite Écossais Rectifié au Grand Orient de France comme d’une anomalie

Les textes disponibles disent exactement l’inverse. Le GODF le reconnaît. Le GPIF l’organise. L’histoire en atteste l’ancienneté. Et la structure des grades supérieurs y est définie sans ambiguïté.Le Maître Écossais de Saint-André, l’Écuyer Novice et le Chevalier Bienfaisant de la Cité sainte relèvent bien, dans l’univers rectifié du GODF, du Grand Prieuré Indépendant de France.

Enfin, s’agissant de l’incarnation publique de cette juridiction, les mentions légales du site du GPIF identifient François Chapuis comme président de l’association Les Écossais de France, propriétaire du site. Il est entré il y a près de trente ans au Grand Orient de France où il a toujours pratiqué le Rite Écossais Rectifié.

Une notice publique de Cairn le présente en outre comme Grand Prieur en exercice du Grand Prieuré Indépendant de France, et notre article du 21 janvier 2024 intitulé « 23/01/24 : la loge rectifiée « L’ Europe Unie » fête ses 70 ans ! » le mentionne comme Révérend Chevalier Grand Prieur. En l’état des sources publiques accessibles, c’est donc le nom qui apparaît le plus solidement attaché à la direction du GPIF.

Au fond, la vraie question n’est pas de savoir si le Rite Écossais Rectifié aurait droit de cité au Grand Orient de France

Chlamyde EN

Les documents montrent qu’il y est chez lui depuis longtemps. La véritable question est de savoir si le Grand Orient de France, que son propre site présente comme la première obédience maçonnique en France et la plus ancienne obédience maçonnique française, sait encore faire vivre une authentique pluralité initiatique sans l’écraser sous les clichés.

À lire les textes disponibles, la réponse est oui. Le Rectifié n’y apparaît pas comme une survivance embarrassée, mais comme l’une des formes par lesquelles une obédience forte démontre qu’elle n’a pas besoin d’uniformiser pour tenir.

Une obédience sûre d’elle-même n’est pas celle qui réduit ses traditions pour paraître cohérente

C’est celle qui sait les ordonner, les protéger et leur laisser porter, chacune selon sa langue symbolique, sa pédagogie et sa mémoire, une part de la lumière. Au Grand Orient de France, le Rite Écossais Rectifié n’est ni un accident, ni une concession. Il est une filiation vivante, une discipline intérieure, et une preuve supplémentaire que la diversité maçonnique n’est pas une faiblesse. Elle est une force lorsqu’elle est pensée, tenue et transmise.

Cape CBCS

8 Commentaires

  1. A savoir. Que ceux qui ont fait la réforme du rer étaient juifs. Willermoz avait changé l orthographe de son nom
    Et Martinez de Pasqualy aussi juif maranes
    Ils ont quand même créé les élus coens
    Il faut remettre tout cela dans le. Contexte du xviii ieme et du XIX. Siècle. Ou les juifs n étaient pas bien venus. Mais le travail de nos réformateurs du rite est quand même basé fortement sur la kabbale chrétienne.

  2. Le rer est un rite d energie bien sûr souche dans les rites primitifs de la chrétienté donc dans l amour
    Il a donc par histoire et par essence toute sa place dans le GODF si tous nos frères sont dans cet esprit
    Ce que je crois !
    Alors pourquoi rite d energie ? C est un process en trois niveaux le premier en loge bleu ou l énergie circule par les épées entre le vénérable et le maître de cérémonies
    Les épées sont les appels à la parole de jesus comme un miroir levée d un côté baissée de l autre et dans les rangs tenues en main ou rentrées
    On Invoque une prière d amour ensemble
    Àvec une énergie commune
    Le deuxième niveau le MESA. Est un changement une autre disposition préparatoire
    Ou St Andre. Le fidèle en amour inconditionnel est présent. Il apporte le souffle intérieur dont tout homme a besoin. Pour grandir. Pour dialoguer avec son âme et se préparer intérieurement il est en marche pour s aimer pour pouvoir mieux aimer les hommes. Il se met au travail sans détours
    Pour savoir qui il est le chemin …
    Le troisième niveau de l écuyer au cbcs
    Il doit savoir qui il est ou il va et ce qu il veut devenir son blason est son guide son chemin pour s améliorer et défendre l amour
    Alors oui mes frères le rer a toute sa place au godf

  3. Eh bien oui ! au XVIIIe siècle, point de « mahométans et autres juifs… » ( en « Willermoz » dans le texte !).

    Mais voilà, au XXIe siècle, nous vivons avec notre époque, nous respectons toutes les sensibilités, pour autant qu’elles soient elles aussi respectueuses des autres, nous sommes mixtes. Si tu n’es pas baptisé, si tu es spinozien, voire agnostique, bienvenue aussi parmi l’Ordre rectifié, si tel est ton désir. Au Grand Orient par exemple.
    Et arrêtons de colporter ce genre d’infox hors-dates . Ce n’est plus de la fraternité, c’est de la médisance.
    De plus, être rectifié comme je le suis ne m’empêche pas de tenir par ailleurs un maillet au rite français, bref, d’être reconnu comme tel par tous mes F∴ maçons, quel que soit leur rite (je laisserai hélas à part nos F∴ qui se disent « réguliers » et continuent d’exclure de leurs travaux plus de la moitié de l’humanité !)

  4. Sans Godf le rer aurait disparu, sans doute. De là à dire qu’il est chez lui au Godf, il y a là un pas que je ne franchirai pas. En réalité le rer est chez lui dans le … Rer. Ses loges bleues résident au Godf, mais aussi à la Glamf, à la Glnf, Gltso, à l’Aliance des loges symboliques etc……
    Ses loges de Mesa et les chevaliers résident dans la Grands Prieurés tels que Gpif, Gpdg, Gperro, Gppf, Gppu etc…
    Pour bien connaitre les liens entre Godf et Rer on se reportera à l’excellent ouvrage d’Alice Joly su Willermoz.

    • Gpdg ? Parlons-en. Des sectaires plutôt, non ? Et l Ordre des francs-macons chrétiens de France… Si tu n es pas baptisé passe ton chemin… initiatique !
      Belle fraternité universelle. Comme au XVIIIe. Pas de mahométans et de juifs.
      Et c est sans doute pareil dans d’autres micro-obédiences pilotées par de pseudos gourous !

  5. En 1776, les 3 Directoires écossais de France relèvent de la Stricte observance. obédience allemande. Le GODF de l’époque a modifié ses statuts pour pouvoir intégrer les loges pratiquant ce « rite allemand » étranger. Comme le « rite allemand », le rite français n’acceptait alors que des chrétiens « patentés » et refusait juifs et « mahométants ». Cette discrimination, qui s’est prolongée au RER jusque dans un rituel de 1809 toujours pratiqué, est incompatible avec les principes du GODF moderne : ce rituel a donc été « rectifié » sur ce point par le GPIF.
    250 ans d’union, ça se fête !

    • Bien sûr que çà se fête !
      En TBO à Cannes le 12 Octobre par exemple !
      Histoire aussi de raviver une mémoire parfois défaillante : lorsque (il y a 250 ans !! !), en 1776, les trois « provinces » de l’Ordre Rectifié ont proposé au Grand Orient , mal en point à l’époque , de s’unir à elles, ce dernier a bénéficié d’un tremplin qui lui a permis de devenir ce qu’il est aujourd’hui : la première obédience française !
      Nous citons dès l’ouverture de nos travaux l’article premier, et insistons sur la liberté absolue de conscience, et notre attachement à la laïcité; puis nous ouvrons « au Rectifié ».
      Nous sommes présents dans toutes les instances du Grand Orient, et n’oublions jamais comme il est rappelé dans notre Constitution de travailler sur nous même, et de porter à l’issue de nos travaux ce fruits des vertus sur lesquelles nous avons travaillé en Loge.
      Alors seulement chacun de nous, selon ses activités, ses accointances, ses participations sociales, professionnelles, familiales, chacun pourra prétendre travailler à l’amélioration de l’humanité.

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Charles-Albert Delatour
Charles-Albert Delatour
Ancien consultant dans le domaine de la santé, Charles-Albert Delatour, reconnu pour sa bienveillance et son dévouement envers les autres, exerce aujourd’hui en tant que cadre de santé au sein d'un grand hôpital régional. Passionné par l'histoire des organisations secrètes, il est juriste de formation et titulaire d’un Master en droit de l'Université de Bordeaux. Il a été initié dans une grande obédience il y a plus de trente ans et maçonne aujourd'hui au Rite Français philosophique, dernier Rite Français né au Grand Orient de France.

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