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« Entretiens Pic de la Mirandole : avec brio ! » titre la Grande Loge Nationale Française sur ses réseaux sociaux

À l’occasion de la 2e édition des Entretiens Pic de la Mirandole, la Grande Loge Nationale Française (GLNF) publie sur Facebook, Twitter, Instagram et LinkedIn le communiqué suivant :  

« Près de 600 personnes ont participé, ce jeudi soir, aux deuxièmes entretiens publics Pic de la Mirandole, qui se sont tenus dans le Grand Temple de la GLNF (co-organisés avec la GLDF). Une deuxième salle a dû être aménagée avec un écran afin d’écouter les quatre conférenciers.

Le thème retenu, « Les temps de la Renaissance » : temps pluriel, culturel, philosophique, technique, artistique. Renaissance historique mais aussi renaissance individuelle par l’initiation.

En conclusion, le Grand Maître de la GLDF, Thierry Zaveroni, a évoqué une « véritable tenue maçonnique sans décors. »

Son homologue de la GLNF, Jean-Pierre Rollet a, lui, conclu par une question ouverte : « Lorsque je rencontre un Frère, je lui pose la question suivante : « Es tu un Maçon heureux? » ». Visiblement… ces entretiens publics y contribuent. Et pour les Frères et pour les non maçons. »

Sources : Réseaux sociaux de la Grande Loge Nationale Française

Mieux vaut en rire !

Le rire, propre de l’homme, reste sous bien des aspects, un mystère ! Si nous sommes des êtres « désirants », nous sommes également des « riants ». Quelle fut l’intention du Grand Architecte de l’Univers, en l’occurrence un tantinet farceur, qui nous a dotés de la faculté de rire, et même de sourire ? Seule chose certaine, l’homo sapiens sapiens est le seul animal « rieur ».

Incontestablement, le rire, à la fois langage et manifestation physique extérieure qui ouvre les traits du visage et découvre les dents, dilate et illumine les yeux, déride le front et empourpre les joues, est bien de l’ordre du plaisir : il indique, sans paroles mais avec des sons spécifiques, une satisfaction interne, une forme de bonheur momentané, qui invite les autres à rire à leur tour. Le rire est communicatif, donc il est communication. En voyant rire quelqu’un, nous comprenons, nous ressentons son état d’âme : il est dans la joie, l’une des quatre émotions fondamentales (joie, peur, colère, tristesse).

Le rire a aussi cette faculté de « désarmer » à la fois le rieur et ses spectateurs, sur le champ contaminé, parce que le rire est contagieux ! Il fait tomber les défenses, apaise, « désangoisse » même, en nous ramenant à l’allégresse et l’innocence de l’enfant.

Gaulois modernes

A noter que le verbe rire est issu du latin ridere (se moquer), qui a donné « ridicule » (ce qui provoque le rire), mais aussi le désuet ris, après risée et risette, risible. Et encore risorius qui désigne un muscle labial. Il est amusant de remarquer que le verbe rigoler s’est formé en français. Puis, nous autres gaulois avons introduit dans notre langue dérision et dérisoire, pour évoquer la moquerie précitée. Créatifs s’il en est, nous avons également inventé ricaner et rictus, inaugurant ainsi une nouvelle famille étymologique.

Mais revenons à la notion de plaisir, caractéristique du rire. Curieusement, notre maître d’école nous a souvent empêché de rire en classe… raison même pour transgresser l’interdit, et pouffer à gorge déployée derrière nos cahiers ! De plus, ne nous le cachons pas, le rire est aussi lié au sexe. Celui-ci, en dehors de sa consommation, provoque toujours le rire au café du commerce, ou ailleurs (que ledit rire soit fin, gras, nerveux, sous cape, etc.) en forme, évidemment, de gauloiseries. Depuis toujours, l’homme qui courtise une femme utilise le rire, l’humour, la plaisanterie, car il sait « qu’une femme qui rit est sur le chemin du lit ». De la sorte, la religion ne peut permettre le rire (qui est en soi licence), en tout cas, elle recommande le rire discret ! « L’insensé donne de la voix quand il rit, c’est à peine tout bas que rit l’homme sage ! » dit l’ancien testament. Pour sa part, le nouveau testament est carrément menaçant devant le rire : « Malheureux, vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et dans les larmes ! » Et ce n’est pas pour rien que Clément d’Alexandrie, écrivant à son disciple Origène, dit « Rire et faire rire ne convient guère à des chrétiens ».

Il est amusant de noter que Jésus, lui, ne s’est jamais privé de rire, et pas gêné pour le recommander à ses disciples !

Nous-mêmes, francs-maçons, n’ignorons pas que le rire est très souvent en loge un outil « de bonne tenue ». En tout cas, une chose est sûre aujourd’hui, c’est que le rire est excellent pour la santé. La médecine a récemment découvert qu’une succession d’éclats de rire et même les fous-rires, déclenchent dans l’organisme une sécrétion d’endomorphines qui détendent le système musculaire, provoquent un bien être général et même apaisent la douleur ! Qui dit mieux ?!

Nous serons ainsi d’accord avec Chamfort, quand il dit : « La plus perdue de toutes les journées est celle où l’on a pas ri! »

Force est de constater toutefois, nous le disions d’entrée, que le rire n’a pas encore livré tous ses secrets ! Si finalement il rapproche les hommes, credo même de l’Art Royal, ne reste-t-il à découvrir, question lancinante…pourquoi rit-on lorsqu’on nous chatouille ?

Éloge de l’enracinement

J’ai hésité pour le titre de cette chronique entre identité et enracinement.

Par les temps de sectarisme et de police de la pensée, le terme enracinement semble moins polémique que celui d’identité. Et pourtant ces sont deux notions complémentaires.
Il n’y a pas d’enracinement sans une identité que l’on préserve.

Mais dans un monde ou « identitaire » est souvent une insulte, il faut préciser ces notions.
Le franc-maçon sait que le binaire est à dépasser par le ternaire. Or la pensée binaire qui ressuscite le manichéisme infuse l’air du temps. Tout est réductible au Bien ou au Mal, ou Oui ou au Non, à l’Ami ou à l’Ennemi.                                                                              

Opposer le Blanc et le Noir est une interprétation hasardeuse du pavé mosaïque.
Il est à la fois blanc et noir. Saint-Jean nous dit dans son prologue « La Lumière luit dans les Ténèbres ». Pas de lumière sans ténèbres et pas de ténèbres sans lumière.
Une tendance actuelle de la pensée profane nous dit qu’on ne peut être enraciné dans une identité et aspirer à l’universel.

C’est oublier que l’intelligence de l’esprit et du cœur, de l’homme en général et du franc-maçon en particulier, sait établir un pont entre la singularité de l’individu et l’universel de l’humanité.

Cette diabolisation des identités chez certains leur fait croire que le sens de l’histoire va vers une abolitions des différences et vers le mythe de la société mondiale, pacifiée parce qu’unifiée, débarrassée de ses différences de vision du monde, de ses différences de mœurs, de ses différences de régimes politiques et de conception de bon gouvernement des hommes et des choses.

Il y aurait une vérité fondamentale, plus que primordiale, qui conduirait à cette uniformisation du monde dans un grand tout homogène. Un jour, l’humanité retrouvera son unité originelle. En somme un retour dans l’Eden après la chute.
Il y a dans cette utopie un rejet de l’idée de différence et un désir d’uniformité.

Le franc-maçon sait que la Vérité ultime est inaccessible. Il y a bien des humaines vérités, mais elles sont souvent contingentes, souvent relatives et éloignées d’un quelconque absolu. J’aurais pu également appeler cette chronique « Eloge de la différence ».

La raison des nations Pierre Manent.

Dans son ouvrage « La raison des nations », Pierre Manent écrit « Le sentiment du semblable est devenu la passion de la ressemblance. Il ne s’agit plus de respecter l’humanité en tout homme, nous sommes requis de voir l’autre comme le même. Et si nous ne pouvons-nous empêcher d’apercevoir en lui ce qui est différent, nous nous le reprochons comme un péché ».[1]

Et pourtant, il existe des identités multiples. Nous ne sommes pas substituables dans un monde mondialisé. On peut voir, dans la transformation de l’idéal d’universalité chrétienne en sa perversion qu’est la mondialisation heureuse, une validation de la phrase de Chesterton

« Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles ».

On constate une haine de l’identité ou des identitaires qui ne voit pas qu’elle est une haine de l’enracinement. Les plus beaux écrits sur l’enracinement sont ceux de Simone Weil.

« L’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine »                                                     

Pour elle, les obligations de l’homme, comme fondement des devoirs avant les droits, trouvent leur source dans l’universel qui s’incarne dans tout être humain. Le malheur du monde de son époque est vu comme un triple déracinement :  ouvrier, paysan et citoyen.[2] L’enracinement consiste à rétablir une identité harmonieuse de l’homme dans sa vie matérielle et spirituelle, dans son environnement social et dans sa nation. Pendant les années de guerre à Londres, sur la demande du Général de Gaulle, elle veut faire « rayonner l’esprit de vérité, de justice et d’amour ». Elle a finalement une vision traditionnelle de l’homme qui suppose que les peuples aient une identité profonde qu’on ne saurait nier. Ils ne sont pas interchangeables sous prétexte d’égalité ou l’on ne voit plus dans l’autre qu’un absolu semblable.

La fraternité n’impose pas une forme de gémellité abusive. Elle suppose même que l’on doit fraterniser avec l’autre justement parce qu’il est différent. Elle suppose que les nations ont une âme et un génie qui leur est spécifique.

Ces mots raisonnent à notre sensibilité maçonnique et sont le reflet de cette identité maçonnique qui fait que nos frères et nos sœurs nous reconnaissent comme tel.

Quand nous parlons de Tradition, n’est-ce pas d’enracinement dont nous parlons ? La Tradition n’existe que par qu’il y a transmission. Et que pourrions-nous transmettre si nous n’étions pas enracinés dans une culture, une spiritualité et une identité forte. On objectera que les identités sont changeantes. Mais la Tradition n’est pas un fixisme. Pour paraphraser Jaurès, se référer à la Tradition n’est pas un culte des cendres mais la préservation d’un feu.[3]

En somme la formule de « l’enracinement dynamique » chère à Michel Maffesoli n’est pas qu’un de ces oxymores dont il a le secret.  Elle nous dit à sa façon qu’il n’y a pas de futur qui ne s’appuie sur l’enseignement du passé. Quand nos rituels proclament que « c’est avec les lumières du passé que l’on se déplace dans l’obscurité de l’avenir », ils constatent que sans enracinement dans nos traditions nous ne sommes plus maitres de notre destin.

La franc-maçonnerie est bien une affaire d’enracinement, de tradition et de transmission. Elle n’est donc pas confite dans un passé dont elle serait le reflet. Mais, dans la liberté la ferveur et la joie, elle prépare l’Homme à assumer son devenir.


[1] Pierre Manent – La raison des nations – Réflexion sur la démocratie en Europe – Gallimard 2006

[2] Simone Weil – Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain – 1943 – Gallimard 1990

[3] Jean-Jaurès – Discours « Pour la laïque » prononcé le 10 janvier 1910 devant la Chambre des Députés.

La franc-maçonnerie condamne l’attentat ignoble contre la communauté ismailie de Lisbonne

De notre confrère portugais rtp.pt – Par Lusa

Le Grand Maître du Grand Orient Lusitanien (GOL) – Franc-maçonnerie portugaise, Fernando Cabecinha, a condamné « l’attentat ignoble perpétré aujourd’hui contre la communauté ismailie de Lisbonne ».

Fernando Cabecinha, Grand Maître du GOL

Dans un texte envoyé à Agência Lusa, le responsable du GOL a exprimé « une solidarité totale avec les membres de cette communauté, qui s’est imposée comme un exemple d’intégration et de tolérance ».

Fernando Cabecinha a également présenté « ses condoléances aux proches des victimes mortelles » et formulé « ses vœux de prompt rétablissement aux blessés ».

Deux femmes ont été tuées aujourd’hui au Centre Ismaili, à Lisbonne, lors d’une attaque au couteau par un homme qui a été arrêté et hospitalisé après avoir été abattu par la police.

Selon PSP, l’attaque a été communiquée à la police à 10 h 57, les premiers agents qui ont répondu à l’incident étant arrivés sur les lieux une minute plus tard.

Armoiries du Portugal

« La police est tombée sur un homme armé d’un grand couteau. L’agresseur a reçu l’ordre de cesser l’attaque, auquel il a désobéi, s’avançant vers la police, le couteau à la main », a-t-il rapporté.

Face à cette « menace sérieuse », les agents ont tiré sur l’agresseur, « frappant et neutralisant l’agresseur ».

Blason du Grand Orient Lusitanien (GOL)

En plus des deux morts, il y a encore une personne légèrement blessée, qui a été assistée à l’hôpital de Santa Maria.

La motivation de l’agression est encore inconnue, cependant, une source policière a indiqué à l’Agência Lusa que « l’enquête pointe vers un acte isolé », ajoutant que l’auteur de l’agression a des « problèmes mentaux ».

La communauté musulmane ismailie au Portugal est composée d’environ 8 000 personnes, qui suivent les préceptes de l’une des branches chiites de l’islam. L’islam est l’une des principales religions monothéistes, dont les adeptes représentent un quart de la population mondiale.

Dijon a organisé une conférence. Voyez le reportage…

De notre confrère France Bleu – Par Arnaud Racapé et Anne Pinczon du Sel

Qu’est-ce que ça veut dire être franc-maçon en 2023 ? Il y avait une conférence publique ce mercredi soir à Dijon pour démystifier le sujet. Si vous n’avez pas pu assister à cette conférence, eh bien on est avec la Grande Loge de France à Dijon.

France Bleu Bourgogne – Jean-David Mosset, membre de cette grande Loge de France. Les francs-maçons en Côte d’Or, combien êtes -vous ?

C’est très difficile à évaluer parce qu’il y a plusieurs obédiences. Je pourrais vous répondre pour la Grande Loge de France. Donc sur Dijon, il y a environ 200 membres, c’est très fluctuant presque d’un jour à l’autre.

Uniquement des hommes. Pourquoi ?

La Grande Loge de France a décidé d’être une obédience masculine. C’est un choix des participants. Il y a une maçonnerie féminine et il y a une maçonnerie mixte. Donc il y a un choix pour toute personne qui décide de rentrer dans la franc-maçonnerie, de faire la démarche, de choisir une maçonnerie mixte, une maçonnerie féminine, une maçonnerie masculine. Ce qui ne serait pas normal, c’est de ne pas avoir le choix.

A quoi ça sert d’être franc-maçon, qu’est-ce que ça veut dire ?

Alors je remonte assez loin. Aristote a dit : ‘L’homme est un animal social.’ Il a raison. Mais il n’est pas le seul. Les abeilles sont des animaux sociaux par exemple. Je rajouterai que l’homme est un animal spirituel, c’est même, suivant la plupart des anthropologues, ce qui différencie l’homme de l’animal. Et depuis les origines de l’humanité, il y a toujours une voie de transmission de l’au-delà de la spiritualité humaine qui est la voie initiatique et donc la frontière.

C’est une forme de religion ?

Non, ça n’a rien à voir avec une religion. Les religions traitent de spiritualité, mais elles n’ont pas le monopole de la spiritualité.

Donc plutôt un cercle de réflexion, de débats, de discussions ?

Je n’aime pas le terme de cercle. C’est une société traditionnelle et symbolique, et initiatique, qui passe par une initiation traditionnelle qui se fonde sur tout ce qui s’est passé avant pour construire l’avenir. Et symbolique, c’est-à-dire que le langage de transmission de l’initiation va être le symbole.

C’est ce qui crée justement le mystère. On comprend bien l’intérêt ou l’envie de discuter, de débattre, de s’élever un peu du côté de l’esprit. Pourquoi l’utilisation de ces symboles, finalement, à quoi ça vous sert ?

C’est un langage qui est au-delà de ce qui ouvre. C’est un langage d’ouverture, le symbole, la parole.

Mais qui est quand même fermé à tous ceux qui ne sont pas initiés, justement.

Oui, bien sûr, il faut une initiation, c’est-à-dire un commencement, une démarche personnelle, un vécu personnel pour pouvoir entrer à l’intérieur de ce langage symbolique et de façon à pouvoir l’aborder. C’est un langage qu’il va falloir décrypter par le vécu.

Et concrètement, à Dijon, à quelle fréquence vous retrouvez-vous? Et est-ce que vous menez des actions concrètes dans la sphère publique ? La sphère politique par exemple ?

La fréquence des réunions, c’est deux fois par mois et nous appelons ça des tenues. Tout franc-maçon qui s’engage en maçonnerie est tenu justement d’assister à au moins deux fois par mois à celles de la sphère publique. Il y a des obédiences qui sont plus chargées, qui sont plus en phase avec l’action publique. C’est notamment le Grand Orient de France, la Grande Loge est peut – être un peu plus en retrait. Mais nous faisons régulièrement des actions. Par exemple, actuellement, il y a eu une démarche en Grande Loge de France sur la fin de vie et toutes les loges de la Grande Loge de France qui ont donné leur accord pour participer à ce travail, ont travaillé sur la fin de vie.

Sibylle Lekspon déclare être une « sorcière »… et elle n’est pas la seule

De notre confrère actu.fr Bordeaux – Par Par Maëva Cosme

Nous partagions il y a quelques jours un article du Figaro concernant « le paranormal qui faisait recette auprès des français ». Aujourd’hui, il s’agit de l’ésotérisme qui intéresse de plus en plus les jeunes. Nous aborderons le thème des sorcières. Nous avions déjà évoqué cette thématique en septembre dernier, concernant la grâce en Écosse de plus de 3000 sorcières exécutées il y a trois siècles et qui pourraient être graciées. Celle que nous verrons aujourd’hui est bien vivante.

Depuis quelques années, de plus en plus de Bordelais deviennent des adeptes de l’ésotérisme et de la sorcellerie. Un engouement particulièrement marqué chez les jeunes.

« Je me revendique sorcière », affirme Sibylle Lekspon, 19 ans. Sur TikTok, la jeune fille originaire de Bordeaux, poste de nombreuses vidéos. Avec une pointe d’humour, elle met en scène sa passion pour l’ésotérisme, et elle est loin d’être la seule.

Depuis quelques années, les hashtags « witch » (sorcière) ou « speeljars » (sort en bouteille) sont devenus viraux. Sur les réseaux sociaux, de nombreux utilisateurs, principalement des femmes, expliquent leur passion et croyance pour l’ésotérisme. 

« Un  phénomène de mode » 

« Dans la vie quotidienne, j’évite de parler de sorcellerie. Sur les réseaux sociaux, c’est différent. Je cible ma communauté avec des trends (tendances) et parle donc aux gens qui y croient », explique Sibylle. La jeune femme assure que de nombreux Français « s’ouvrent de plus en plus à la sorcellerie », mais elle reconnait un phénomène de « mode ».

Ludivine se revendique sorcière et pratique l’ésotérisme

Une tendance que confirme Adrien Bouhours, sociologue des religions à l’université de Bordeaux : « Il existe des degrés différents d’ésotérisme, certains sont très théorisés, d’autres sont plutôt une sorte de bric-à-brac, dans lesquels on retrouve notamment les « petits remèdes de sorcières » des réseaux sociaux. » 

Un pic d’intérêt en 1960

Sorcière en forêt

« L’ésotérisme, ça ne date pas d’hier, explique Adrien Bouhours. Il y a toujours eux des mouvements religieux ésotériques, déjà au moment de la Renaissance. On note que jusqu’au 19ème siècle, cela se pratique dans des milieux très confinés, entre philosophes, écrivains et artistes mais c’est assez peu structuré et répandu. » 

« Il faut attendre la fin du 19e siècle et l’arrivée du spiritisme, le contact avec les morts, pour qu’une grande vague d’ésotérisme se diffuse en France, mais c’est réellement dans les années 1960 que l’on connait un pic d’intérêt pour le sujet. »

Ces derniers mois, on ne compte plus le nombre de vidéos et tutoriels sur le nettoyage des énergies par l’œuf ou de tirage de cartes. Ludivine Grace, sorcière et thérapeute holistique en Gironde, dit elle aussi pratiquer ces différents rituels. 

« Il m’arrive par exemple de mettre différentes feuilles et épices dans des bocaux et de les enterrer dans la terre. Ce qui importe, ce n’est pas vraiment le rituel ou la manière de le faire, c’est surtout de les faire en ayant une intention, une pensée. »

« Une guéguerre des sorcières sur Tiktok »

Femme jeune et brune mystique

« On peut choisir son énergie, me concernant, c’est la magie blanche et verte, symbole de la nature, pour d’autres, c’est la magie noire ou rouge, et dans ce cas, ce sont des intentions dirigées par l’ego de ces personnes« , indique la thérapeute. 

« Sur les réseaux sociaux, il y a énormément de gens dirigés par l’ego. Il y a même une guéguerre des sorcières sur Tiktok, c’est à celle qui aura le meilleur rituel », sourit Ludivine. 

Questionnée au sujet de certains contenus viraux sur les réseaux, la sorcière est formelle. « C’est des foutaises toutes ces vidéos où vous entendez : « Voici un sort pour faire revenir ton ex. Moi ça me choque, si ton ex veut partir, qu’il s’en aille ! », s’exclame Ludivine, rieuse. 

« Les gens en font un business »

Sybille alerte aussi sur certaines pratiques : « Il y a un des gens qui en font un business et ce n’est pas moral ! Sur les réseaux sociaux, j’ai vu beaucoup de live de tirages de cartes à la chaîne et ce sont des escroqueries. Si on voit une sorte de madame Irma, avec un voile qui met devant sa caméra une boule de cristal, ça pue ! »

Certaines femmes tirent les cartes sur des questions de santé, mais c’est interdit ! On ne sait pas comment pourra réagir le public, qui est souvent très jeune. Ce sont de mauvaises influences.Sibylle LeksponTiktokeuse et adepte d’ésotérisme

« Je ne dis jamais aux gens : viens me rejoindre, viens dans la sorcellerie, je vais te montrer. » Sibylle précise qu’elle partage seulement « des conseils et son quotidien » de sorcière, mais n’explique pas comment « réaliser les sorts » pour ne pas influencer sa communauté.

« Analphabètes religieux »

bijou Wicca

« La sorcière ou le sorcier n’est pas obligé d’être croyant, mais c’est souvent religieux » , confirme Sibylle Lekspon. De son côté, la jeune Bordelaise prie pour Wicca, la divinité patronne Gaya. De son coté, Ludivine préfère le terme « croyance » à celui de religion, insistant sur le fait qu’il n’y a pas de règle et de protocole pour être Wiccane

« Il y a une immense partie de la population française qui dispose des valeurs chrétiennes mais qui n’est pas baptisée », avance le sociologue pour expliquer l’engouement à l’ésotérisme moderne. 

« D’autant plus qu’il faut savoir qu’il y a tout un climat culturel, avec les jeux vidéo ou les livres, autour de l’ésotérisme. Les jeunes qui souhaitent obtenir des réponses à leurs questions par le biais de la religion, se retrouvent avec une faible proposition d’offre religieuse et ainsi, sont plus susceptibles de se tourner vers l’ésotérisme » , analyse Adrien Bouhours. 

La sorcière, une figure féministe 

Ludivine Grace estime que la crise sanitaire a également permis à un grand nombre de s’intéresser à l’ésotérisme. « Durant cette période, les gens ont été obligés de ralentir, et de prendre le temps de s’écouter et d’essayer de se comprendre, ce qui est la base de la sorcellerie. »

« L’ésotérisme a un côté politisé, constate par ailleurs le sociologue des religions. Il existe cette figure de la sorcière persécutée et on peut y voir aujourd’hui quelque chose de l’ordre du féminisme. » 

« Bien que je n’aime pas le mot féministe, il est vrai qu’il y a une grande part de sororité dans l’ésotérisme. Je suis une sorcière moderne », indique Ludivine.

 « Imprimer ! L’Europe de Gutenberg », l’expo à la BnF

Paris, Bibliothèque Nationale de France, site François-Mitterrand, une exposition temporaire du 12 avril au 16 juillet 2023.

Au milieu du XVe siècle, l’Europe entière découvre une technique de reproduction des livres qui va bouleverser leur diffusion et modifier l’accès au savoir : l’imprimerie. La BnF revient sur cette innovation parmi les plus marquantes de l’humanité, en retraçant l’histoire du développement de l’imprimerie et les clés de son succès.

À cette occasion sont présentées, pour la première fois simultanément, des pièces exceptionnelles issues des collections de la BnF : le plus ancien bois gravé occidental connu, le Bois Protat (France, vers 1370 – 1380), le plus ancien ouvrage conservé au monde imprimé à partir de caractères typographiques métalliques, le Jikji (Corée, 1377), et le premier grand imprimé typographique européen : la Bible de Gutenberg (Allemagne, vers 1455).

L’invention de l’imprimerie est perçue comme une rupture historique fondamentale, marquant l’entrée dans la modernité. Cet événement est souvent réduit à un fait unique : l’impression à Mayence vers 1455, par l’allemand Johann Gutenberg d’une Bible à 42 lignes. L’exposition souhaite remettre l’invention élaborée par Gutenberg dans son contexte en précisant notamment que des méthodes d’impression ont préexisté. En Chine ou en Corée, la xylographie se pratique dès le VIIIe siècle et c’est de Corée, avec le Jikji, que provient le plus ancien ouvrage conservé imprimé avec des caractères mobiles métalliques, selon un procédé très proche de celui mis en œuvre à Mayence plus de soixante-dix ans plus tard.

Si Gutenberg n’a sans doute pas eu connaissance de cette invention coréenne, il peut s’appuyer sur des techniques et des pratiques qui existaient aussi en Europe, où l’on sait imprimer et reproduire l’image à partir de 1400 environ à l’aide d’une matrice gravée, d’abord sur bois, puis sur cuivre. Le besoin du multiple afin de permettre une large diffusion est aussi une problématique qui occupe les artisans du métal, que Gutenberg a côtoyés durant son séjour à Strasbourg. Son innovation a été non seulement de combiner trois techniques préexistantes dans les arts du métal et les arts graphiques – la frappe, la fonte et le transfert par impression -, mais aussi de l’appliquer à un ouvrage d’une ampleur textuelle inédite, se déployant sur près de 1300 pages, la Bible, avec l’objectif immédiat de mettre sur le marché un nombre important d’exemplaires, plus de cent cinquante d’après les témoignages de l’époque.

Dans le sillage de Gutenberg des imprimeurs, des humanistes et des artistes se sont emparés de son procédé occasionnant un foisonnement expérimental sans précédent. Le perfectionnement rapide de la presse typographique garantit aussi aux imprimeurs du XVe siècle une grande efficacité.

Avec près de 270 pièces, témoins de ces tâtonnements et expérimentations techniques, l’exposition veut montrer les prouesses et avancées permises par ce nouveau procédé en suivant le processus de fabrication du livre, de l’atelier de l’imprimeur à l’étal du libraire, de l’artisan au lecteur en mettant l’accent sur sa dimension collective. Les ateliers de typographie du XVe siècle ont été de véritables laboratoires d’expérimentation, permettant de triompher de certaines difficultés techniques et favorisant la diffusion des procédés d’impression à travers l’Europe. Ces techniques seront présentées et expliquées dans un espace dédié à l’atelier de l’imprimeur, organisé autour d’une exceptionnelle presse prêtée par le musée Gutenberg de Mayence.

La Bible de Gutenberg, naissance d’un mythe

Paris, Bibliothèque Nationale de France : expo « Imprimer ! L’Europe de Gutenberg », site François-Mitterrand, du 12 avril au 16 juillet 2023

La Bibliothèque nationale de France conserve deux exemplaires de la Bible de Gutenberg qui seront pour la première fois exposés en regard. L’un est imprimé sur parchemin, luxueusement peint et enluminé dans la région même de Mayence, dans un état de conservation exceptionnel. L’autre, imprimé sur papier, est plus modestement rubriqué et orné. Il est doté d’une mention manuscrite datée de 1456, qui en fait l’une des rares sources d’époque susceptible de définir la date de fabrication de l’ouvrage. Tous deux portent des indices précieux pour appréhender les débuts de la typographie occidentale et sont, pour cette raison, mondialement connus.

Ces deux exemplaires sont entrés à la BnF par l’entremise plus ou moins directe d’un même homme, le bénédictin lorrain Jean-Baptiste Maugérard (1735-1815), en 1787 puis en 1792. Maugérard était un bibliographe impliqué dans le commerce du livre au moment où se structurait le marché de la bibliophilie. Conscient de la valeur des premiers imprimés, il visitait les monastères de la région du Rhin en quête de raretés à acquérir pour les proposer ensuite à des collectionneurs fortunés. C’est probablement lui qui, le premier, a publié l’expression de « Bible de Gutenberg », dans une contribution scientifique de 1789, alors que le caractère anonyme de l’ouvrage en rendait l’identification encore difficile : un mythe était né, et ce mythe tend, encore aujourd’hui, à éclipser les autres imprimeurs qui, à la suite de Gutenberg, ont largement contribué au perfectionnement de la technique et à la mise en place du livre moderne.

BnF, les essentiels

C’est grâce à l’imprimerie* que les idées de la Renaissance et de l’humanisme se diffusent rapidement en Europe. Une révolution technique qui provoque un changement profond des mentalités.

L’invention de l’imprimerie, deuxième révolution du livre après l’invention du codex, qui remplace le rouleau de papyrus à la fin de l’Antiquité, permet la diffusion des idées humanistes. Pendant la majeure partie du Moyen Âge, il n’y eut d’autres livres que les manuscrits, coûteux et rares, et la constitution d’une « librairie » ou bibliothèque était malaisée. Pourtant, la mise au point de la xylographie permettait déjà de reproduire des images grossières : en gravant sur une planche de bois à l’envers et en relief, des lettres et des images, puis en enduisant les parties en relief d’encre grasse, on pouvait démultiplier un message. Mais la xylographie ne permettait de reproduire qu’un texte déterminé, et les bois s’usaient rapidement. Dès les années 1420, les caractères mobiles permettant de reproduire des textes variés furent mis au point ; au moment où coïncident le développement de la métallurgie, et l’amélioration de la qualité du papier et des encres, Johann Gutenberg, né à Mayence, orfèvre d’origine, a le premier l’idée d’utiliser des caractères en métal, un alliage de plomb, d’étain et d’antimoine. Avec ses associés Pierre Schefer et Johann Fust, Gutenberg publie une monumentale Bible en latin, vers 1455, puis un psautier.

L’invention de l’imprimerie se répand très vite en Europe : l’Allemagne connaît un millier d’imprimeries dès la fin du siècle, l’imprimerie se développe en Italie à partir de 1465, puis en France (Guillaume Fichet publie le premier livre imprimé en France sur les presses de la Sorbonne en 1469), et en Angleterre à partir de 1476. La diffusion des imprimés va permettre une révolution des mentalités, tout au long du 16e siècle et des trois siècles suivants : abaissement des prix du livre, progrès de l’alphabétisation et innovations au sein du livre lui-même qui facilitent l’intelligibilité du texte. Le développement du livre imprimé favorise la réflexion sur les textes et la critique des institutions (la religion, l’état), il est donc très vite jugé dangereux, et contrôlé par les autorités.

Tour nord-ouest du site Mitterrand.

Info+ : BnF I François-Mitterrand, Quai François-Mauriac – 75013 Paris/Entrée Est

Du mardi au samedi 10h > 19h, dimanche 13h > 19h/Fermeture lundi et jours fériés/Entrée : 10 euros, tarif réduit 8 euros

Sources : Pierre Aimar – https://www.arts-spectacles.com/ – 230118 ; https://actualitte.com/ ; BnF ; Wikimedia Commons

Laurence Engel, depuis 2016 nommée présidente de la Bibliothèque nationale de France (BnF).

*Illustration : L’imprimerie – Chants royaux en l’honneur de la conception au Puy d’Amiens. Mise au point entre 1440 et 1450 par Gutenberg, l’imprimerie s’est rapidement diffusée dans les milieux universitaires et le lectorat aristocratique. Des ateliers d’imprimerie sont fondés en Allemagne, à Rome, puis en France (à la Sorbonne, vers 1470). L’imprimerie, en un premier temps, est destinée aux élites : les premiers livres imprimés (bibles, livres scolaires) sont en latin, et la production de livres en français baisse jusqu’à la fin du premier tiers du 16e siècle. Les puissants, séduits par la nouveauté, achètent des livres imprimés mais, paradoxalement, en font enluminer les images et les lettrines, renouant avec l’art du manuscrit enluminé.

Passage à l’Orient Éternel du Frère Patrice Hernu

Nous avons appris hier, vendredi 31 mars, le passage à l’Orient Éternel du Frère Patrice Hernu. Il était né le 21 janvier 1948 et était le fils de Charles Hernu (1923-1990), lui-même fils d’un gendarme franc-maçon, et ancien ministre de la Défense du président François Mitterrand. Depuis quelques semaines, il était hospitalisé à l’Hôpital Ambroise-Paré AP-HP de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), pour une infection nosocomiale contractée lors d’un passage à l’hôpital pour une banale pause de prothèse de hanche !

Patrice Hernu était franc-maçon à la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité membre de la Respectable Loge Earth Lodge 34 à l’Orient de Paris-Levallois. Il a été ré-initié au Grand Orient de France en janvier 1970. Il avait été reçu lowton qui signifie louveteau ou fils de maçon en 1955, à l’âge de sept ans, dans une loge dite des Stuarts à Germain-en-Laye (la tradition jacobite) selon un vieux rituel d’adoption isiaque. Cette cérémonie est relatée dans le livre Les Fils de la Lumière de Roger Peyrefitte.

Il a été président jusqu’en novembre 2012 de l’association maçonnique semi-ouverte Dialogue et démocratie française (D&DF). Il est avec Pierre Chastanier (président fondateur) le cofondateur de la CIU (Cercle Inter Universitaire) qui entend participer à la redéfinition de l’esprit des Lumières en réunissant des représentants au plus haut niveau de tous les courants spirituels et philosophiques, agnostiques compris.

Patrice Hernu

Il a consacré une grande partie de sa vie à la politique. Docteur en mathématiques et en Économie appliquée, administrateur de l’INSEE et conseiller INHESJ (Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice) sous l’autorité du 1er ministre pour les risques environnementaux. Il a été professeur en Économie et en Développement Durable au sein de l’université Paris-Dauphine – PSL, établissement d’enseignement supérieur d’envergure internationale spécialisé, entre autres, dans les sciences des organisations. Il a participé à la fondation de Génération Écologie, puis à la rédaction de nombreux programmes écologiques, du premier pacte écologique de 1996 à la fondation d’Écologie Bleue puis de Valeur Écologie. Il est à l’origine de plusieurs initiatives économiques et politiques comme la « globalocalité » et le Bretton Woods du Carbone.

Il fut le corédacteur avec Jean-Michel Belorgey du chapitre Environnement du programme « Changer la Vie » du Parti socialiste en 1972. Parallèlement, il enseigne à l’université Dauphine l’économie d’entreprise à travers les travaux du Club de Rome et propose de nouvelles stratégies d’entreprise adaptées à ce constat. Il s’éloigne du Parti socialiste après le congrès de Metz (1979) où les courants animés par Michel Rocard et Pierre Mauroy ne participent pas à la résolution majoritaire, pour sceller l’accord de l’Union de la Gauche.

Proche de Michel Rocard, il participera en 1989 à la fondation de Génération Écologie auprès de Brice Lalonde, Jean-Louis Borloo et Jean-Michel Belorgey. Animateur du courant Fraternité d’abord qui comptera Noël Mamère dans ses rangs, il prend parti pour Brice Lalonde dans l’affrontement de ce dernier avec Noël Mamère que Patrice Hernu empêche de prendre la direction du mouvement qui, de ce fait, ne rejoint pas la gauche (1994) avec l’étiquette. Devenu secrétaire général, il finira par rompre avec Brice Lalonde en 1996. Cofondateur de Force démocrate (FD) avec François Bayrou, il devient le porte-parole Écologie et DD de l’UDF dont il a rédigé l’essentiel du programme environnemental. Le 4 octobre 1996, il signe avec François Bayrou un pacte écologique en dix points, notamment sur la fiscalité. Fidèle à François Bayrou mais voulant porter l’écologie au cœur d’une grande formation de droite.

Affaire Hernu histoire d’une calomnie

En 1997, il écrit un livre, chez Ramsay, Affaire Hernu-Histoire d’une calomnie, pour infirmer l’enquête de L’Express sur les soupçons d’espionnage de son père au profit du bloc de l’Est.

C’est avec Serge Lepeltier et Nathalie Kosciusko-Morizet qu’il participe à la fondation de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) au nom de l’écologie. Il déchantera rapidement, regrettant essentiellement la faiblesse des orientations écologiques. Une fois Nathalie Kosciusko-Morizet élue députée, celle-ci, pourtant à l’origine porte parole d’Écologie bleue et proche de l’Élysée comme de Nicolas Hulot, s’investira surtout dans le tout nouveau Conseil du développement durable. L’activité de ce Conseil restera, sous l’autorité de Michel Barnier, trop inactif au goût de Patrice Hernu. Patrice Hernu s’éloigne alors, dès 2004, de l’UMP pour recréer un réseau France Bleue, indépendant, dont la lettre France-Europe-Planète Bleue regroupe progressivement près de 40 000 affiliés. Il cherche depuis 2006 à constituer un regroupement d’associations et d’ONG dont le but est de concilier écologie et nouvelle croissance, notamment avec l’aide du Fonds Français pour la Nature et l’Environnement (FFNE, organisation créée en 1967 par Jean Sainteny à l’initiative du Général de Gaulle et du Prince Bernard des Pays-Bas). Patrice Hernu ne participe pas à l’initiative de Nicolas Hulot. Convaincu que les grands partis doivent s’approprier l’écologie avec leurs propres bagages, il considère que cette initiative aboutit à déléguer à des gourous médiatiques une responsabilité devenue essentielle.

À l’élection présidentielle de 2007, il appelle l’ensemble des écologistes réalistes à voter pour Nicolas Sarkozy, qu’il qualifie de « mieux-disant écologique ». Patrice Hernu aurait voulu constituer un parti écologiste bleu avec tous les écologistes non Verts, sur une base réaliste et transversale aux partis, notamment avec Corinne Lepage. Mais ce projet se heurte à l’émiettement politique de l’écologie et au fait que Corinne Lepage, avec CAP21, a rejoint François Bayrou. De ce fait, les anciens réseaux d’Écologie Bleue se sont rapprochés de Valeur Écologie avec Serge Lepeltier et François Grosdidier dans l’espoir de fédérer les écologistes réalistes et humanistes de la majorité présidentielle (Newsletter no 1 de Valeur Écologie). En revanche, le réseau France Bleue s’oriente définitivement vers une activité de think tank en partenariat avec des ONG telles que Pro-Natura International et le FFNE.

Levée du corps à Boulogne Billancourt (Morgue de l’Hôpital Ambroise-Paré Lundi 3 avril à 10 h) au cours de laquelle les Frères et Sœurs de sa Loge participeront à la cérémonie de son ultime Passage à l’Orient Éternel. 

Les funérailles se dérouleront à Carcassonne.

Marcel Laurent

Laissons le mot de la fin à son ami Marcel Laurent avec qui il a longuement œuvré pour la fondation de la GLCS :

Que ses filles reçoivent nos condoléances attristées ainsi que celles et ceux qui l’ont accompagné avec tant de dévouement au cours de ces dernières semaines.

Disons-lui en empruntant Les Vers dorés attribués à Pythagore :

Tu monteras, Patrice, sur le char de lumière

Esprit victorieux et roi de la matière

Tu comprendras de Dieu le règne paternel

Et tu pourras t’asseoir dans le calme éternel

Droits-de-l’hommisme, horresco referens ?

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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent les 1er et 15 de chaque mois.)

Voici le printemps. J’ai été initié au printemps. Il y a bientôt quarante printemps. Le monde ne ressemble pas à ce que j’en espérais, il y a quarante ans ni même cinquante, au demeurant. Il a, certes, beaucoup changé, mais, « en même temps » (sans révérence particulière envers l’un des plus prestigieux pratiquants de la locution ou de l’allocution, comme on voudra), donc, en même temps, dans les territoires reculés de l’Inde ou de la Chine, de l’Afrique et peut-être dans nombre d’autres contrées dont je mesure moins bien l’évolution, le poids de la pauvreté voire de la misère ne s’est guère allégé. Les systèmes d’éducation et de santé y respirent beaucoup plus mal encore que chez nous…

Des traditions autoritaires sévissent un peu partout et notre Occident – qui n’est, certes, pas exempt de lourdes responsabilités ni de dérives inquiétantes mais qui demeure à peu près le seul à disposer de ressources d’autocritique et de démocratie – notre Occident se voit mis en cause et, peut-on dire, au ban d’un bloc assez fourni de nations, par de fort nombreux autocrates de tout poil, de tout képi ou de tout turban, manipulant leurs peuples, non sans s’en accaparer les richesses, récusant bien entendu la moindre justice internationale, avec l’âpre satisfaction d’avoir muselé la leur.

Ceux-là mêmes déclenchent des hurlements de leur part et de grandes clameurs chez leurs affidés, dès lors qu’on les chatouille un peu, n’hésitant pas à supprimer par le glaive, non seulement, leurs opposants mais ces dangers publics qui osent modestement porter leur plume dans les plaies béantes de leurs régimes. Ils menacent la terre entière avec une véhémence éhontée, au prétexte de poursuivre une lutte légitime contre les prétendues valeurs rampantes du colonialisme, nourrissant le sombre espoir de continuer à subjuguer, dans un assourdissant silence, toutes les minorités voire les majorités qu’ils tiennent sous leur implacable férule.

Je vous l’avoue humblement : au bas mot et c’est bien le moins, je suis un droits-de-l’hommiste, un de ces affreux partisans de la scandaleuse ingérence humanitaire, soutenant sans ciller et avec une indécence sans limite les aides d’urgence qui se mobilisent au service du bien commun. Je fais partie de ces prétentieux excessifs qui se font du souci pour cette humanité humiliée, abominée, déchiquetée en raison de son appartenance sexuelle ou de son genre, de sa langue ou de son opinion, de sa culture ou de sa religion voire simplement écrasée parce qu’elle aspire à une vie libre et digne.

Contre tous les usurpateurs forcenés qui méprisent, asservissent et martyrisent leurs populations, je crois pouvoir me dresser en franc-maçon. Y a-t-il une contradiction ?  Droits-de-l’hommisme, horresco referens ?

Le mot du mois : « Hésitation »

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Une valse-hésitation…

Nos époques tourmentées en donnent une saisissante illustration. Aussitôt, chacun d’y aller de son commentaire goguenard, sceptique, au pire acide et assassin. Mais pourquoi ne pas repérer, dans cette expression, la valse et son mouvement chaloupé et harmonieux dont les salons, mondains ou non, se sont emparés avec gourmandise, dès les premiers temps de son invention ?

Son étymologie latine, *haerere, y a d’abord vu la marque d’une « attache qui fixe en figeant », donc d’une sorte d’anesthésie stérilisante, l’adhésif qui entrave l’élan.

Du fait de l’appétence au mouvement, de la bougeotte inhérente aux bipèdes, humains entre autres, le mot s’est vu très vite entaché d’une acception péjorative, hésiter, ne pas avancer donc être embarrassé, perplexe. On s’est gaussé à l’envi de l’escargot, ou de ce placide mammifère arboricole, l’ai des mots croisés, surnommé le paresseux en raison de sa lenteur économe de toute précipitation. On a souri de la lenteur, même efficace, de la tortue de La Fontaine.

Nous y voilà ! Cortège de tout ce lexique à bannir, celui de la lenteur, de la sinuosité, de l’errance même choisie. Chez les Romains, le roi est celui, au sens propre, qui va droit, qui trace le chemin sans hésiter vers l’ennemi, parce que l’hésitation est signe de faiblesse.

Toutes les innovations technologiques concourent à la vitesse, au raccourci de temps jusqu’à l’absurdité de l’automatisme systématique. Ne pas perdre une seconde ? La belle affaire ! Et que faire de cette seconde, gagnée sur quoi ? Où est la cohérence de tels comportements ?

Une telle urgence nous rend-elle vraiment plus intelligents, ne contribue-t-elle pas au contraire à entretenir une culpabilité généralisée du temps perdu ?

Hésiter, c’est trouver une autre cohérence qui ne soit pas sous le diktat des injonctions extérieures, c’est revenir aux fondamentaux de l’intelligence, c’est-à-dire au sens propre du « choix entre », on ne le répétera jamais assez. Accepter de se tromper, de ne pas savoir quoi choisir, prendre le temps de la réflexion. De la respiration, surtout, du rythme naturel loin de l’asphyxie de la course effrénée.

Laissons aux athlètes, olympiques ou non, la fascination de la performance. Le spectacle du monde et des myriades de ses occupants de toute nature, humains compris, mérite notre perplexité.

« C’est l’hésitation, c’est l’ouverture qui font l’intelligence, et surtout l’ouverture vers l’inattendu. Ne pas refuser ce qui étonne. », disait Michel Serres, dans un entretien avec Michel Polacco (De l’impertinence)

J’ai envie, en extrapolant, d’y associer Romain Gary : « Tout ce qui empêche l’homme de désespérer, tout ce qui lui permet de croire et de continuer à vivre, a besoin d’une cachette, d’un refuge. Ce refuge, parfois, c’est seulement une chanson, un poème, une musique, un livre. »( L’Education européenne)

A la plénitude, au remplissage dirait-on, de nos vies surencombrées, il manque le creux, le tempo nécessaire de l’hésitation, le silence au milieu des flux de parole, l’entremêlement des sensations et des sentiments qui s’enlacent et s’entretissent avec patience. Une scansion de la perplexité.

M’accorderez-vous cette valse…?

Annick DROGOU

Hésiter pour ne pas être pusillanime mais demeurer responsable, c’est-à-dire en capacité de répondre de ses actes. L’hésitation est aujourd’hui perçue comme une coupable faiblesse. Les mots s’usent et c’est le mauvais sort qu’on a fait aussi à la notion de prudence, la première des vertus cardinales aux côtés de la justice, de la force et de la tempérance. La prudence est devenue une frilosité qui réunit toutes les peurs petites-bourgeoises, alors que pour la pensée classique, la prudence est synonyme de discernement, ce que nos modernes juristes appellent le principe de précaution.

Hésiter, c’est penser, évaluer, anticiper, prévoir, autant de verbes plus glorieux, dotés d’une mâle assurance qu’a définitivement perdue le fébrile et fragile « hésiter ». Peut-être y a-t-il des mots en danger, menacés de déformation si ce n’est de disparition et qu’il faudrait protéger comme les espèces menacées ?

Comme l’écrit l’auteur japonais Shusaku Endo, dans son roman Silence, “le péché, ce n’est pas de voler et de mentir, c’est pour un homme de marcher brutalement sur la vie d’un autre, insoucieux des blessures qu’il laisse derrière lui“. Hésiter, c’est être soucieux de l’autre, inquiet de mon frère. Non, l’hésitation n’est pas une fuite, une lâcheté. Il faut du courage pour ne pas réagir à toutes les stimulations, à toutes les passions mauvaises, qui vont abîmer et blesser. Hésiter, c’est savoir se taire avant de parler, oser faire un pas de côté avant de décider, mais ce n’est qu’un moment, une étape, un préalable, pour avancer et mieux entrer dans la confiance.

Jean DUMONTEIL