sam 01 octobre 2022 - 17:10

Écosse : plus de 3000 sorcières exécutées il y a trois siècles vont être graciées

De notre confrère geo.fr

En Écosse, le Parlement évalue depuis quelques mois une proposition de loi destinée à gracier les personnes victimes de la chasse aux sorcières. Avant d’être des personnages célèbres de séries ou de films à l’instar de Sabrina, Samantha ou Hermione Granger – personnage d’Harry Potter -, les femmes accusées de sorcellerie ont longtemps été persécutées.

En Occident, on estime à environ 60 000 le nombre d’exécutions de sorciers, essentiellement des femmes.

La sorcellerie, punie de mort en Écosse

L’Écosse n’échappe malheureusement pas à ce cycle de violence. La chasse aux sorcières aurait fait 3837 victimes entre 1563 et 1736, période durant laquelle les actes de sorcellerie étaient punis de mort.

Torturées, étranglées, brûlées vives, 84 % de ces personnes étaient des femmes. C’est pour leur rendre justice que les militantes du collectif Witches of Scotland se battent depuis deux ans.

Assumer et mettre en lumière une partie sombre de l’Histoire de l’Écosse

Claire Mitchell, avocate et membre du groupe souhaite notamment que l’Écosse assume cette partie sombre de son histoire et reconnaisse les purges dont ont été victimes plusieurs milliers de personnes. « Par habitant, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, nous – l’Écosse – avons exécuté cinq fois plus de personnes qu’ailleurs en Europe », a-t-elle déclaré au Sunday Times.

Un souhait sur le point d’être entendu. Le Parlement écossais a annoncé en décembre l’évaluation d’une loi qui graciera les victimes accusées de sorcellerie, trois siècles après leur exécution. Une décision soutenue par la Première ministre indépendantiste, Nicola Sturgeon.

L’idée de cette loi a été élaborée peu de temps après que la Chambre des représentants du Massachusetts ait innocenté les victimes du procès de Salem en 2001.

Une loi qui pourra servir d’exemple

Selon Leo Igwe, professeur à l’Université du Cap en Afrique du Sud et originaire du Nigeria, cette nouvelle loi en Écosse pourra servir d’exemple pour abolir le crime de sorcellerie, toujours d’actualité dans plusieurs pays tels que la Tanzanie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, l’Inde ou le Nigeria.

La militante réclame également des excuses officielles de la part du gouvernement ainsi qu’un monument dédié aux victimes.

Comme le rappelait le Figaro de ce début d’année : « Un projet de loi soutenu par les députés majoritaires au Parlement écossais devrait revenir dès cet été sur la condamnation pour sorcellerie de milliers d’individus. Dont une grande majorité de femmes. »

Il y avait le feu. Près de trois siècles après la mort de la dernière « sorcière » au Royaume-Uni, le Parlement écossais pourrait gracier cet été les quelque 2600 personnes, en très grande majorité des femmes, condamnées à la peine capitale pour sorcellerie entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Le projet de loi, soutenu depuis décembre par l’administration de la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, viendrait reconnaître de manière officielle le rôle des autorités publiques dans la répression des forces supposées occultes. Un rôle historiquement encadré par le Scotland’s Witchcraft Act, une loi écossaise anti-sorcellerie en vigueur entre 1563 et 1736.

«Il serait juste de corriger cette injustice», a déclaré, dans un joli truisme, en décembre, la députée au Parlement écossais Natalie Don (SNP), en rappelant la part importante de femmes parmi les victimes de ces «chasses aux sorcières» passées à la postérité. Une forme de féminicide institutionnalisé. « Ce sujet reste pertinent de nos jours, a-t-elle souligné. Réparer ces injustices du passé peut avoir un impact sur la remise en question des comportements sexistes et patriarcaux dont souffre encore aujourd’hui la société. »

Violences historiques faites aux femmes

D’après les archives judiciaires du pays, 3873 personnes ont fait l’objet d’un procès en sorcellerie en Écosse. Selon les chiffres avancés par la presse britannique, 84% de ces procès concerneraient des femmes. Et près des deux tiers des accusés ont été condamnés à mort, par combustion au bûcher, de préférence. Un choix qui n’avait rien d’arbitraire. Il s’agissait «de réduire le corps en cendres et de rendre impossible la résurrection des corps», expliquait l’automne dernier l’historienne Martine Ostorero, de l’université de Lausanne, pour Les Cahiers de Science&Vie.

« Nous étions passés maîtres dans l’art de trouver des femmes à brûler en Écosse » Claire Mitchell, avocate et cofondatrice de l’association Witches of Scotland,

« Par habitant, et pour la période qui va du XVIe au XVIIIe siècle, nous avons exécuté cinq fois plus de personnes qu’ailleurs en Europe, a pointé l’avocate Claire Mitchell, interrogée par The TimesPour mettre cela en perspective, à Salem (dans le Massachusetts, alors colonie britannique, où se déroulent d’importants procès en sorcellerie en 1692-1693, NDLR), seules 19 personnes ont été exécutées sur les 300 accusées.» Présidente de l’association Witches of Scotland, et coproductrice du podcast du même nom que lui a inspiré le mouvement #MeeToo, Claire Mitchell assume le féminisme de cette lutte pour la reconnaissance des victimes de procès en sorcellerie. «Nous étions passés maîtres dans l’art de trouver des femmes à brûler en Écosse », a-t-elle remarqué avec amertume dans le quotidien britannique.

Condamnée depuis l’Antiquité puis le Moyen Âge, la sorcellerie n’a fait l’objet d’une sévère répression dans l’ensemble de l’Europe qu’à partir de la Renaissance. L’entrée dans l’époque moderne s’accompagne d’une institutionnalisation du combat contre la sorcellerie, du développement d’outils pratiques et de structures organisées. L’Inquisition espagnole est ainsi formée en 1478, tandis que le Malleus Maleficarum, le «best-seller» des traités théologiques sur la «chasse aux sorcières», est édité pour la première fois en 1486. Et contrairement à l’idée courante sur l’époque médiévale, les deux plus importantes vagues de persécutions et de condamnations ont pu être observées bien plus tard, autour des années 1560 et 1620.

Le passage prochain de la proposition de loi au Parlement écossais couronne ainsi une campagne menée depuis mars 2020 par l’association Witches of Scotland. Le groupe, à l’origine d’une pétition officielle déposée l’an passé au Parlement, demande non seulement une grâce pour les victimes des procès en sorcellerie, mais également l’édification d’un lieu de mémoire national. Ainsi que des excuses publiques, par exemple lors d’une prise de parole de la Première ministre écossaise lors de la prochaine journée internationale du droit des femmes, le 8 mars.

«Ce n’est pas différent de la façon dont l’Écosse doit aussi assumer son rôle dans la traite atlantique», a précisé Claire Mitchell pour le Wall Street Journal , dans une saillie intersectionnelle. Interrogé par la BBC, Leo Igwe, militant nigérian des droits humains rappelle par ailleurs qu’une clarification officielle permettrait d’envoyer un signal fort aux pays africains qui, comme le Nigeria, répriment et pénalisent toujours la sorcellerie : « Ce qui s’est passé en Écosse il y a des centaines d’années, continue de se produire encore aujourd’hui. »

« Ce qui est arrivé à ces pauvres gens n’est en aucun cas la responsabilité des Écossais de 2022 » déclare Tom Devine.

Pour l’historien écossais Tom Devine, en revanche, ces revendications militantes sont à tempérer. « Je ne suis pas convaincu du bien-fondé des excuses publiques, pour la simple et bonne raison que ce qui est arrivé à ces pauvres gens n’est en aucun cas la responsabilité des Écossais de 2022 », a-t-il fait part à la BBC. Non sans préciser que la grâce lui paraissait plus sensée, quoique problématique du point de vue du droit, la plupart des accusés étant passés aux aveux. Des confessions récoltées sous la torture, certes. « Il existe cependant un précédent juridique pour une grâce, a concédé l’historien. Les personnes exécutées après le tristement célèbre procès des sorcières de Salem, aux États-Unis, ont été déclarées innocentes en vertu d’une loi de l’État du Massachusetts en 2001. »

En France, la décriminalisation de la sorcellerie date de 1682. Aucune grâce ni aucune excuse officielle ne semblent avoir été prononcées depuis, même si l’image des sorcières continue cependant de faire florès dans l’imaginaire collectif. Et jusque dans l’arène politique. «Je préfère des femmes qui jettent des sorts plutôt que des hommes qui construisent des EPR», avait ainsi déclaré l’été dernier Sandrine Rousseau, alors candidate à la primaire d’Europe Écologie-Les Verts. Une sortie abracadabrante pour une grande partie de la classe politique.

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