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Alchimie, ésotérisme et nazisme

Présentation de l’éditeur

L’intérêt d’Hitler pour l’ésotérisme et l’alchimie fut longtemps caché, ce livre en dévoile la réalité et les contours. Fascinant !

Après s’être fortement intéressé à l’ésotérisme dans ses années de jeunesse, ayant même cru bénéficier de la Providence sur le front lors de la Première guerre mondiale…, Hitler s’en est désintéressé par la suite, interdisant même que le sujet fût évoqué. Cela n’a pas empêché que, discrètement, certains hiérarques du régime comme Hess, Himmler ou Rosenberg fussent des adeptes d’une culture pangermaniste et, par-là, d’un monde un peu parallèle.

Pour eux, leur Führer était, en quelque sorte, un Messie débouchant sur le retour de l’hégémonie germanique telle que certains souverains des temps anciens avaient tenté de l’imposer (ainsi, pour Himmler, le mythe d’Henri L’Oiseleur était d’une grande importance).

Pour nous, avec le recul des années et les atrocités commises, cet intérêt pour le surnaturel paraît tout à fait surréaliste ; comme quoi on pouvait être un bourreau de la pire espèce et s’adonner à l’occultisme. Il est d’ailleurs assez significatif que les méthodes utilisées pour éradiquer des humains aient été les mêmes pour fonder une culture devant survivre au Reich. Ainsi, les directives du Reichsführer SS pour rebâtir le château de Wewelsburg d’après les recommandations d’un occultiste patenté (Karl-Maria Wiligut) l’illustrèrent parfaitement…

Ce travail permettra de voir le nazisme encore sous un angle différent, c’est-à- dire avec un facteur supplémentaire des idées chimériques ayant sévi dans l’esprit de certains dignitaires du IIIe Reich.  

Biographie de l’auteur

Alain Queruel s’est spécialisé dans les domaines de l’alchimie et de la franc-maçonnerie ; il a notamment publié des ouvrages sur ces thèmes chez Eyrolles (L’alchimie ainsi qu’un Grand livre de la franc-maçonnerie en 2015) et, plus récemment, une vie de Cagliostro aux éditions Liber Faber (Cagliostro, une vie d’errance).

En outre, très investi dans l’histoire des sciences, il a écrit de nombreuses biographies sur les grands chimistes de la Révolution et de l’Empire (parmi elles, il faut citer celles de Lavoisier, de Conté, de Monge, de Fourcroy, de Parmentier, de Vauquelin ainsi qu’un livre plus général retraçant des figures comme les Cadet,  Carny, Chaptal… regroupées dans « Les chimistes francs-maçons sous la Révolution et l’Empire » et dans un « Petit dictionnaire des chimistes de la Révolution et de l’Empire » paru il y a plus d’une dizaine d’années).

Notons aussi que De l’alchimie à la franc-maçonnerie (Cépaduès, 2018) est couronné par le prix littéraire de l’Institut maçonnique de France au Salon du Livre Maçonnique de Paris 2018, catégorie « Essais » et qu’en 2019, toujours chez le même éditeur, nous lui devons La franc-maçonnerie sous Napoléon III, préfacé par l’historien Yves Hivert-Messeca et en 2020 Échecs et franc-maçonnerie.

[NDLR : Présentation de l’éditeur selon son site.

Les éditions Rue de Seine : une maison d’édition qui se consacre à l’Humain et au champs des Sciences humaines et qui aborde les faits de société dans un souci de donner aux lecteurs les clés pour comprendre le Monde. Dont l’ambition est d’inscrire ses ouvrages dans la marche de notre société. Notre catalogue se veut un espace privilégié, bouillonnant et exigeant qui ouvre la réflexion dans un monde mouvant. Il accueille la formidable collection du sociologue Michel Wieviorka “ Ainsi va le monde “.

Rue de Seine a pour vocation : De dénicher et mettre à jour des concepts précurseurs, des expériences nouvelles et de permettre le croisement des savoirs. D’emmener ses lecteurs et lectrices dans un présent ou dans un passé qui, à travers de nouvelles pistes de réflexion, préfigureront le futur.

Un ouvrage en librairie ce jour, mardi 27 juin 2023. Achetez dans votre zone, si possible dans la librairie la plus proche de votre domicile.

Sommaire : Préambule

1re partie : Les personnalités du IIIe Reich marquées par l’ésotérisme

Heinrich Himmler/Rudolf Hess/Alfred Rosenberg/Otto Rahn/Dietrich Eckart

2e partie : L’alchimie opérative et les nazis La recherche de l’or

« Les médecines pratiquées »/Une conception de la régénération très particulière

3e partie : L’alchimie spéculative et les nazis L’utilisation de symboles par les nazis

La symbolique autour de « l’Ordre noir »/L’Ahnenerbe/Les racines de l’occultisme germanique/Des sociétés un peu spéciales…

Conclusion

Annexe 1/Annexe 2/Bibliographie indicative/Index des principaux noms cités

Pour nos lecteurs, un extrait du préambule : « Pourquoi à priori corréler l’alchimie avec l’ésotérisme et le nazisme? Si la première fait partie intégrante du second, les deux semblent présenter peu de points communs avec le troisième. Alors que les deux premiers membres du triptyque, sévissant essentiellement dans des périodes anciennes, tentèrent de contribuer d’une certaine façon au bonheur de l’humanité, le dernier, apparu dans la première partie du XXe siècle, resta dans l’Histoire comme une des plus grandes, sinon la plus grande, catastrophes de tous les temps… »]

Alchimie, ésotérisme et nazisme

Alain QueruelRue de seine-Caban, 2023, 310 pages, 21,90 €

A Vichy ce mardi 27/06/23 : « La mixité en franc-maçonnerie » Conférence publique

De notre confrère lamontagne.fr – Par Nathan Marliac

Le mardi 27 juin à 19 heures, la loge maçonnique de Vichy organise une conférence publique sur le droit humain, la deuxième plus vieille obédience française.

Créée en 1893, l’obédience du droit humain, est la deuxième plus vieille organisation maçonnique de France. Elle compte des centaines de loges, groupements locaux, en métropole et en outre-mer. La loge vichyssoise, « La Paix », organise mardi, une conférence en présence d’Amande Pichegru, grand maître national de la Fédération française du droit humain.

La mixité dès 1893

Le droit humain est la première organisation maçonnique à avoir fait de la mixité homme femme, une règle d’or. « À l’époque, ce fut un vrai coup de pied dans la fourmilière, explique Philippe Mugnier-Été, membre du droit humain. L’égalité est dans l’ADN de cette obédience, en plus de sa composante internationale très affirmée. »

C’est quoi le droit humain ?
La première organisation maçonnique mixte au monde se penche sur des thématiques d’ordre philosophique et initiatique. Ses membres questionnent la dimension sociétale de la pensée et considèrent comme indispensables les notions de liberté et de justice sociale.
De nombreux sujets comme la question du bien vieillir ou de l’égalité entre les personnes animent leurs travaux, qu’ils publient ou non.

Alors que la mixité est à l’origine du droit humain, l’obédience la plus importante du pays, le Grand Orient de France, n’accepte les femmes que depuis 15 ans. « Il y a 130 ans, c’est sous l’impulsion de la féministe Maria Deraismes et du militant laïque Georges Martin que le Droit humain a été créé ». Un demi-siècle avant le droit de vote accordé aux femmes, cette idée de mixité et d’égalité a fait émerger cette obédience, aujourd’hui composée de milliers de membres à travers le monde.

Le rendez-vous est donné le mardi 27 juin, à 19 heures, au centre culturel de Vichy. La présidente de la fédération, Amande Pichegru, présentera le rôle de l’obédience et toute la philosophie autour du droit humain.

Vichy aujourd’hui – Crédit photo : Stéphane Balanger

C’est l’occasion de revenir sur terre en éliminant l’idée dans l’esprit des gens que les francs-maçons contrôlent le monde.

Puis, viendra le temps des questions avec le public pour tenter d’expliquer, « en toute transparence » clairement ce qu’est la franc-maçonnerie. « Ce sera l’occasion de présenter la franc-maçonnerie, car elle est imbibée de mystères. À quoi ça sert, qui la compose, qu’y fait-on ? Beaucoup de questions auxquelles nous tenteront de répondre en toute transparence, promet-il, tout en revenant sur terre en éliminant l’idée dans l’esprit des gens que les francs-maçons contrôlent le monde », termine-t-il.

L’émancipation maçonnique – À la recherche de la vérité

Présentation de l’éditeur

Cet ouvrage de Charles Coutel, universitaire reconnu, auteur de nombreux ouvrages et articles, aurait pu avoir pour titre : Émancipation et franc-maçonnerie, déjouer les ruses de la servitude.

L’émancipation est un des objectifs de la franc-maçonnerie, qui consiste à rendre l’homme libre, particulièrement dans l’exercice de sa pensée. Comment un franc-maçon pourrait-il espérer travailler à l’amélioration de l’homme et de la société, aller vers l’autre, comprendre sa pensée, s’il n’est pas libre lui-même ?

L’émancipation spécifiquement maçonnique provient du siècle des Lumières, et permet incontestablement aux francs-maçons de résister à l’oppression, à la soumission et à la résignation. L’émancipation ne pactise jamais avec l’ignorance. Cet ouvrage est plus qu’un essai, c’est presque un guide, voire un outil original de formation.

Charles Coutel.

Biographie de l’auteur

Charles Coutel est professeur émérite en philosophie du droit à l’Université d’Artois et directeur de l’IEFR (Institut d’études des faits religieux). Il a été président de l’Association des professeurs de philosophie de l’enseignement public. Spécialiste de Condorcet, Charles Coutel est auteur de nombreux ouvrages sur l’école et sur Charles Péguy. En septembre 2015, il a lancé sur les réseaux sociaux un « appel à tous les républicains » dans lequel il critique l’actuelle réforme du collège.

Il est l’auteur de la République et l’École (1991), d’une Politique de Condorcet (1996), et de Lumières de l’Europe (1997).

« L’émancipation est un des objectifs de la franc-maçonnerie, qui consiste à rendre l’homme libre, particulièrement dans l’exercice de sa pensée. »

Une préface due à la plume de Philippe Guglielmi – photo CESE.

[NDLR : L’ouvrage s’ouvre avec, à la fois une illustration représentant l’« Organisation de la maçonnerie en France – Rite Français du Grand orient de France » et par l’énoncé de l’article premier de la Constitution de ladite Obédience. Préfacé par Philippe Guglielmi, Grand Maître du Grand Orient de France de 1997 à 1999,

Cécile Révauger signe l’avant-propos.

et avec un avant-propos de Cécile Révauger, professeure des universités, auteure et historiographe dans les domaines de la franc-maçonnerie et des Lumières, nous entrons de plain-pied dans le fait que le franc-maçon aspire toujours à s’émanciper, à rechercher la vérité et à œuvrer à l’amélioration de la société. La question posée est de savoir comment y parvenir ? Pour Cécile Révauger, tout commence par le cheminement personnel, comme le montrait bien déjà Voltaire, Condorcet, Kant. Pour Cécile Révauger, les Lumières invitent les hommes à s’affranchir des dogmes et de toute tutelle.

Mais aussi permettent à chaque personne d’atteindre sa propre maturité. Non sans faire référence d’ailleurs à 1877,  date à laquelle le Grand Orient de France a substitué l’obligation de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme par celle de la liberté absolue de conscience, une expression chère au cœur de la maçonnerie adogmatique. Selon elle, l’universalisme est au cœur de l’émancipation.

Charles Coutel donne dans son introduction, une définition de ce qu’est une émancipation. Éclairant, quand on s’interroge sur toute la portée exacte de ce terme quant à l’humanisme républicain, laïque et maçonnique. Car le sort du terme émancipation conditionne ceux d’autres mots, tels que la liberté, la fraternité, la laïcité, la République, l’autorité et le pouvoir.

Logo de la République française.

Nous apprécions tout particulièrement la lecture verticale d’un tableau invitant le lecteur au courage et à la mobilisation. On peut d’ailleurs y puiser la force nécessaire pour réinstituer de nouvelles Lumières au service de l’idéal humaniste, universaliste et maçonnique. L’émancipation est une voie difficile. Ce lexique, sous une forme très facile d’approche et de compréhension, permet de se familiariser avec des éléments émancipateur – humanité, transmission, symbolique, hospitalité par exemple – mais aussi ceux provenant de la pensée unique, de l’antihumanisme et de l’antiuniversalisme – « cléricalisme langagier d’atmosphère » comme militantisme de propagande, injonctions d’un coach, intimidation, etc. L’auteur prend soin aussi de faire l’éloge de la « parole résistante » qui est, elle-aussi, émancipatrice. Une terminologie issue du vocabulaire employé par l’agrégé de philosophie Michel Lacroix. En fin d’ouvrage le glossaire ajoute à la clarification de la définition de certains termes, tel eschatologie, essentialisme, holisme, irénisme ou encore relativisme.

L’émancipation maçonnique-À la recherche de la vérité

Charles Coutel – Conform édition, Coll. Pollen maçonnique, N° 27, 2023, 128 pages, 12 € À commander chez l’éditeur

Le mot du mois : « CRITIQUE »

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Certains mots, avec leurs avatars sémantiques et lexicaux, prêtent à une polysémie imaginative, souvent inattendue voire déconcertante. Ainsi en va-t-il du mot « critique », quand on découvre qu’il participe du cortège du discernement, du secret, de la discrétion, du crible, du carnage, de l’excrément, entre autres.

La racine indo-européenne *ker-, *sker- exprime l’idée de couper, séparer.

Le grec en tire l’acarien trop minuscule pour être tondu ou coupé. Tapis et literie en savent quelque chose !

Le latin en induit *curtare, *curtus, ce qui est court, courtaud, écourté, raccourci.

*caro , c’est d’abord la chair découpée dans les victimes du sacrifice ou pour le repas des héros.

Carnage, carnassier, travail acharné, incarnation du mal, réincarnation du héros. De cette chair pour carnivore, on fait aussi de la « colle de peau ». Le carnaval, issu de *carnem levare, « lève » le jeûne. Lors de la cène, *kersna, on sert de la viande et de la charcuterie. D’où aussi le cénacle. Charnel, charnu, charnier, les corps décharnés s’y font charogne.

Avec un autre vocalisme, la chair que l’on détache, le cuir, *chorion en grec, *corium en latin. Dans la curée, on écorche avant de décortiquer, on arrache le *cortex d’un végétal, son écorce. La cuirasse, d’abord de cuir, rend coriace.

Même racine, vocalisme différent. *krinô, en grec, désigne ce que l’on sépare du reste, qu’on choisit par une décision, *krisis, et *kriterion, le moyen de juger. Critère, critérium, critique. La crise n’est pas initialement un excès de colère, mais l’évidence d’un choix à faire.

L’idée est similaire en latin,*cernere, apprécier. Cerner, discerner, concerner, décerner.*Certus, certain, certitude, concert, concertation, certificat.*Certare, combattre, rivaliser pour se distinguer des autres.

*Crimen, c’est l’accusation qui isole, donc le crime pour lequel on est poursuivi. La discrimination renforce la mise à l’écart. Incriminer, récrimination.

*cribrum, le crible permet de tamiser en distinguant les éléments.

L’excrément est ce qu’on sépare du corps par excrétion.

Le décret est une décision.

Où s’arrête la discrétion, où commence le secret ? Quelle est leur différence de nature ?

L’une exprime un mouvement de mise à l’écart de ce qui ne peut ou ne doit pas être partagé, l’autre désigne cet objet caché.

A bien y réfléchir, la critique recèle une grande part de cette variété lexicale. Qu’elle soit positive ou péjorative.

Elle décrit le cheminement mental qui mène d’une profusion touffue, voire chaotique, d’éléments d’information, de savoirs hétéroclites, de bouts et de morceaux de pensées, vers le choix concerté, progressif, vers l’élaboration d’une démarche intellectuelle cohérente. Par approximations successives, par érosion et par l’élimination, même provisoire, d’un trop-plein qui encombrerait l’analyse.

Du patchwork au tableau achevé, en passant par le puzzle informe puis reconstruit.

Chacun, chacune, volontairement ou inconsciemment, se trouve à chaque pas du quotidien à « l’instant de sa crise », comme on dit au théâtre. Lucide, ou pas, sur l’inéluctabilité de ses choix, petits ou grands. Pas de retour en arrière, même minime. Chaque mot, chaque geste ont leur importance et leur conséquence.

Ce mot « critique » est perçu comme porteur de tels risques qu’on l’entache de péjoration, en n’y percevant que l’ombre de la mise à l’écart, de la violence accusatoire, du mépris discriminant. Du rejet. Une critique aisée en regard de l’art qui sous-tend l’oeuvre.

Et pourtant, il s’agit d’un crible essentiel, d’une autocritique vitale.

Ecrire, n’est-ce pas apprendre à rayer les mots superflus, même au prix de la sensation de s’arracher le cuir ?

Annick DROGOU

Il est des mots dont le sens varie selon leur catégorie. Et pour ce mot “critique“, je préférerai toujours l’adjectif au substantif, l’analyse critique, cette nécessaire vigilance de l’esprit, plutôt que la critique, trop souvent jugement de valeur négatif qui sait perfidement insinuer pour mieux assassiner.

Ce mot est explosif dès qu’il apparaît au détour d’une phrase. En phase critique, dans les périodes de crise, il dit le moment de tous les dangers, l’instant critique où le pire peut advenir. Équilibre, changement, basculement, nos vies aussi connaissent des âges critiques. Paroxysme comme dans le point critique, quand la matière change d’état, quand se produit la fission de l’atome.

Adieu quiétude ! Critique est la fin de l’innocence et de toute naïveté. Bienvenue à l’esprit  critique. C’est l’empire du discernement pour l’examen de la réalité, pour en mesurer les failles et les risques, pour la passer au tamis. C’est le temps de l’intelligence, de la compréhension, comme pour bien comprendre un texte lointain on a besoin d’un appareil critique.

Quand elle devient un nom, voire un métier, la critique est astringente. Critique stérile ou constructive, jamais de connivence, Et nous qui voulons être des spectateurs exigeants, qui évaluons et jugeons, nous voudrions ne rien laisser passer, contrôler chaque assertion, débusquer toutes les faiblesses. La critique est-elle aisée comme le suppose l’adage populaire ? Contrairement aux apparences, la critique est difficile, c’est l’art qui est aisé, toujours libre et créatif. Car la critique ne peut se réduire à un jugement négatif systématique, ni se contenter de ne relever que les défauts et imperfection d’une œuvre, sauf à perdre toute crédibilité dans l’éreintement permanent. Si la critique est l’art de juger des œuvres de l’esprit, c’est l’art le plus difficile, parfois même dans une mise en abîme quand le texte de la critique se transforme en œuvre littéraire. Pourra-t-on jamais critiquer le mot “critique“, cet ouroboros lexical ?

Jean DUMONTEIL

Le Dessin de… Jissey « Chute de profane »

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A la lecture de l’article du 20 juin de Solange Sudarskis concernant échelle et escalier JISSEY a imaginé que les déçus d’un passage désastreux sous le bandeau risquaient d’en oublier les outils d’élévation maçonnique….

Même les Obédiences recrutent… 2 Obédiences proposent un poste. Préparez vos CV

L’arrivée de l’été et la fin de la saison maçonnique est le moment idéal pour recruter de nouveaux collaborateurs. Le GODF et la GLCS proposent toutes deux un poste administratif.

GODF : Auxiliaire de bibliothèque (Grand Orient de France)

CDD 7 mois de remplacement du 26/09/2023 au 30/04/2024

Travail du mardi au samedi, travail en soirée jusqu’à 20 h deux soirs par semaine.

DESCRIPTION DE LA BIBLIOTHEQUE

Le Centre de Documentation du Grand Orient de France propose aux francs-maçons de son obédience, comme d’obédiences amies, ainsi qu’aux chercheurs et étudiants en histoire maçonnique, un fonds d’une extrême richesse documentaire,

Les sujets pouvant être abordés sont très vastes : Origines de la Franc-maçonnerie, rites, symbolisme, traditions, idées philosophiques et politiques, biographies, monographies de loges, etc.

Le centre de Documentation regroupe de nombreux supports : ouvrages, périodiques, littérature grise, dossiers documentaires et archives avec des ressources multilingues : français, anglais, espagnol, portugais, italien, polonais, roumain, russe, etc.

Le fonds est composé de plus de 35 000 ouvrages, régulièrement augmenté par des achats de publications récentes ou anciennes ; des collections complètes de nombreuses revues maçonniques : Humanisme, La chaîne d’Union, Les Chroniques d’Histoire Maçonnique, Renaissance Traditionnelle, l’Acacia, le Symbolisme, le Maillon, Alpina, etc. ; plus de 4 000 brochures et 250 thèses qui traitent de sujets maçonniques.

Le Centre de Documentation du Grand Orient de France conserve plusieurs fonds d’archives constitués de plus de 3000 boîtes d’archives remontant jusqu’aux origines de la maçonnerie en France aux XVIIIe siècle. Il est mis à disposition pour des chercheurs des inventaires détaillés de ces différents fonds.

MISSIONS : 

•    Accueil, informations et relation avec les lecteurs
–    Accueil, renseignement des lecteurs (inscription sur le cahier de présence, présentation de l’espace et de son fonctionnement pour les nouveaux usagers) et aide à la recherche.
–    Recherches documentaires, iconographiques et archivistiques pour les demandes par téléphone, email ou courrier (venant de francs-maçons, étudiants, chercheurs, généalogistes…) dans les diverses bases de données de la bibliothèque ou d’autres institutions.
–    Conception et transmission de dossiers documentaires numériques pour les usagers à distance.
–    Surveillance de salle.

•    Travail technique sur les fonds 
–    Mise à jour des inventaires : reclassement, récolement d’ouvrages.
–    Traitement de la chaîne documentaire : enregistrement, catalogage, analyse, indexation, stockage, diffusion et contrôle.
–    Dépouillement des revues.
–    Mise en valeur des fonds et de la bibliothèque.
–    Gestion et reprises des fonds.

•    Informatisation
–    Création des notices d’ouvrages dans le logiciel dédié (Superdoc).
–    Mise à jour des bases informatiques existantes.

•    Etudes documentaires
–    Aide pour l’élaboration et l’envoi mensuelle de la lettre de l’IDERM.

•    Archives
–    Manutention de boîtes ou dossiers d’archives.

QUALITES RECHERCHEES : 

Maîtrise des techniques documentaires, des normes de catalogage et de production des métadonnées

Maîtrise des règles de bibliothéconomie

Maîtrise des outils documentaires (SIGB)

Qualités relationnelles et de médiation

Maîtrise des outils bureautiques

Qualités d’organisation, polyvalence et autonomie.

Une connaissance préalable de la franc-maçonnerie serait grandement appréciée.

28 à 31 KE annuels selon expérience.

INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES :

Département: 75 – Paris

Type de métier: Bibliothèque – Médiathèque

Type de contrat: CDD

Durée du contrat: 6 à 12 mois

Niveau de formation: LICENCE

Secteur d’activité: Edition, presse, audiovisuel, culture

Type d’entreprise: Association

Salaire: 1 650€

Merci d’envoyer votre CV et une lettre de motivation à Mme Lila Vautel à l’adresse e-mail : lila.vautel@godf.org

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GLCS : Secrétaire administrative pour une Obédience (Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité)

(Conviendrait parfaitement à un(e) retraité(e))

Description de l’offre

  • Pour une association culturelle :
  • Gérer les dossiers d’adhésions des membres leur suivis et mise à jour
  • Gérer les invitations (formations, rendez-vous mensuels)
  • Faire compte rendu des réunions
  • Gérer le courrier numérique, gérer la base de données Hélios enregistrer les mises à jour de dossier adhérents, suivi des cotisations, relances
  • Réserver les billets pour les déplacements,
  • Suivre et organiser la facturation
  • Mettre en forme et mettre à jour la documentation interne, vérifier les stocks
  • Participer à l’organisation des événements annuels : séminaires, diners, cocktails/ remise du prix du livre
  • Temps de travail aménageable selon les disponibilités et impératifs de la personne recrutée

Compétence(s) du poste

  • Bonne maitrise des outils bureautiques et logiciels Word et d’Excel.
  • Bonne maitrise de l’orthographe.
  • Réaliser la gestion administrative du courrier
  • Saisir des documents numériques
  • Classer les documents, informations et fonds documentaires d’une activité
  • Définir des besoins en approvisionnement
  • Organiser des déplacements professionnels
  • Planifier des rendez-vous

Qualité(s) professionnelle(s)

∞ Disponibilité sens de l’écoute, qualités relationnelles, sens de la communication
∞ Polyvalence et rigueur
∞ Autonomie
∞ Curiosité
∞ Discrétion

Détail :

Lieu de travail : 75006 – PARIS 06
Type de contrat : Contrat à durée indéterminée
Nature d’offre :
Durée hebdomadaire de travail : ½ temps
Salaire indicatif : Mensuel de 600 Euros sur 12 mois
Conditions d’exercice : Horaires Aménageables si besoin
Expérience : Expérience exigée de 2 An(s)
Formation : Bac ou équivalent Secrétariat assistanat Souhaité

Merci d’envoyer votre CV et une lettre de motivation à Marcel Laurent à l’adresse e-mail : m.laurent@glcs.fr

L’agape rituelle en Franc-maçonnerie

De notre confrère italien expartibus.it – Par chrétien Rosmunda

En l’honneur de tous les francs-maçons, dispersés dans les deux hémisphères et toujours unis dans la prospérité comme dans l’adversité.

Je pars du dernier des sept toasts rituels prévus lors de l’agape, celui donné à nous tous Frères Maçons, de tout ordre et rang, pour souligner l’amour qui nous unit.

Agape ne signifie rien d’autre que « l’Amour« , mais pas le simple sentiment familial ou amical, mais au contraire le sentiment plus complexe, et peut-être encore plus insaisissable, presque transcendantal, désintéressé, loin de toute forme d’égoïsme, qui est bien connu des francs-maçons.

Un amour entre Frères, entre personnes « éclairées », vécu dans une forme de « réciprocité », qui devient un banquet intime pour renforcer notre fraternité dans ses mille facettes.

Ce n’est pas un hasard si les francs-maçons se réunissent deux fois par an pour célébrer les fêtes du solstice : la fête du solstice d’hiver, dédiée à Saint Jean l’Evangéliste, à qui l’on attribue le visage du dieu Janus, tourné vers l’aube, presque pour témoigner de la pouvoir vivifiant de la parole, et celui du solstice d’été, dédié à saint Jean-Baptiste, considéré comme le garant de la renaissance de la lumière.

Les solstices, considérés comme des renouveaux spirituels, voient leur expression maximale dans les agapes rituelles, moments conviviaux de la vie maçonnique et sociale, dans lesquels les liens personnels entre les Frères se renforcent et qui, aux yeux du laïc, ne sont qu’un prétexte à jubilation, de grosses beuveries et de boissons joyeuses. Quelle surface dans ces jugements !

Personne, parfois même les francs-maçons eux-mêmes, ne sait combien de travail il y a derrière l’organisation, la mise en place et la préparation d’une agape rituelle.

Y participer est un partage sacré, avec un Temps et un Espace également consacrés.

Certains plats sont préparés, selon des recettes précises, en utilisant des ingrédients appropriés, non pour rassasier le corps, mais pour nourrir l’esprit, donnant aux personnes présentes l’occasion d’une profonde réflexion.

Le tableau reproduit la voûte céleste selon les cycles astronomiques et la tête du tableau occupe la place du Soleil : en été le tableau sera l’hémisphère supérieur, où le Vénérable sera au Tropique du Cancer, le Premier Gardien en Balance , le Second Warden en Bélier , le Secrétaire en Gémeaux et le Président en Lion. Le Vénérable et les Surveillants indiquent le début des saisons et le Secrétaire et l’Orateur les véritables étoiles.

La nourriture devient un « symbole » : pain sans levain, vin de raisin rouge, œufs durs, légumes frais de saison, agneau rôti au feu de bois, fruits frais de saison, eau de source. Les toasts portés, au nombre de sept, font partie de ce rituel transmis et à transmettre.

Dans l’étude du mystère alchimique de la transmutation du blé et du raisin en pain et en vin, le franc-maçon, en constante ascension, sait qu’en participant à une agape il ne découvrira certainement pas la pierre philosophale et la formule pour transformer le plomb en or, mais il sait bien que ce trésor est renfermé dans l’esprit même du franc-maçon ; il y a la pierre brute à tailler et à rendre cubique.

La force des francs-maçons est présente dans la beauté de leur esprit.
Les francs-maçons, pour qui rien ne passe inaperçu, ont hérité d’une ancienne tradition : l’obligation d’entretenir la flamme de cette lumière qui montre la Beauté.

Les francs-maçons sont des hommes libres avec de bonnes… habitudes !

Histoire de la franc-maçonnerie au Paraguay : repenser les mythes et les préjugés

De notre confrère du Paraguay lanacion.com.pyPhotos Nadia Monges

Dans cette édition du programme « Expresso », diffusé par la chaîne GEN/Nación Media, Augusto dos Santos reçoit les historiens Fabián Chamorro (FC) et Saúl Zaputovich (SZ), auteurs du livre « Franc-maçonnerie paraguayenne – Compilation historique », une enquête qui vise à clarifier l’influence de cette loge sur des événements marquants de notre histoire et à combattre certains mythes et préjugés profondément ancrés dans la société.

–ADS : Y avait-il des francs-maçons dans l’indépendance du Paraguay ?

–FC : Non, il n’y avait pas de francs-maçons dans l’indépendance du Paraguay. Le seul lien maçonnique avec l’indépendance a eu lieu lorsque la bataille de Tacuarí a eu lieu et que l’armée royaliste paraguayenne a gagné contre l’armée de Buenos Aires et là, le commandant de Buenos Aires, qui était Manuel Belgrano, qui était un maçon, a eu une longue conversation avec les dirigeants de la Armée paraguayenne et ensuite il a une correspondance avec certains d’entre eux. C’était le seul lien maçonnique qui nous unissait en quelque sorte aux autres indépendances, mais rien de plus.

Drapeau du Paraguay.

– Y avait-il une présence maçonnique dans les autres processus d’indépendance ?

–FC : Oui, en fait, les premières loges créées en Europe, d’où viennent des patriotes pour rendre indépendants des territoires spécifiques d’Amérique latine, ont été formées dans certains cas pour cela. San Martín et Bolívar étaient des francs-maçons.

– Mariscal López était-il franc-maçon ?

–FC : Non, certainement pas. En effet, lors des procès de San Fernando, beaucoup ont été exécutés pour le simple fait d’avoir été désignés francs-maçons et d’autres ont également été torturés. En fait, dans une partie du livre, nous avons mis une image où un franc-maçon américain est torturé, qui a été sauvé par le gouvernement nord-américain, mais beaucoup ont fini par être abattus à cause de la question qu’ils étaient des francs-maçons ou à cause du doute.

–SZ : Justement, nous avons commencé par expliquer dans le livre, car il y avait toujours un mythe, le fantasme que López était franc-maçon, que la franc-maçonnerie avait déjà commencé vers 1845, à l’époque de Don Carlos, et nous avons commencé par expliquer aux gens que Il existe une documentation qui peut le confirmer. Ce que nous pouvons dire de manière fiable, c’est que la franc-maçonnerie elle-même a commencé dans la République du Paraguay en 1869 avec l’invasion d’Asunción par les troupes alliées.

– Il y a eu des gestes d’une grande humanité dans l’après-guerre par les premiers noyaux, non ?

–FC : Oui, pour la franc-maçonnerie la charité est un de ses piliers. Et ainsi, à partir des francs-maçons, la première société d’entraide est créée, d’Italie, d’Allemagne, d’Espagne, ils commencent tous par des francs-maçons. Ils ont toujours soutenu des œuvres caritatives. Il faut se rappeler qu’au Paraguay jusqu’en 1914, 1915, tout ce que nous connaissons aujourd’hui comme Hospital de Clínicas, le Centre de lèpre, l’Hôpital neuropsychiatrique, et cela dépendait d’une société de femmes qui était chargée de collecter des fonds et de soutenir ces institutions . Ensuite, il en est venu à dépendre de l’État. Mais jusqu’en 1915, les francs-maçons ont beaucoup fait pour soutenir ces institutions.

–SZ: L’asile que la Loge Fe a créé également en 1869, après la guerre, servait une grande partie de la population alors que le Paraguay n’avait pratiquement rien, les Paraguayens ne mangeaient pas normalement.

–FC : À Asunción, une moyenne de 50 personnes sont mortes de faim par jour d’août 1869 au début de 1970. Précisément, le Fe Lodge vient desservir 2 000 Paraguayens sur une population de 10 000. C’est un nombre gigantesque.

– Il y a la question de la fraternité, qui semble n’avoir pas très bien fonctionné dans le cas paraguayen, car la non-fraternité a même provoqué la naissance de partis politiques.

–FC : Ce qui se passe, c’est que les intérêts personnels prévaudront toujours. Et c’est tellement étrange parce que la Loge Aurora del Paraguay a été fondée six jours avant les événements de Villarrica, qui ont déclenché la fondation des deux partis politiques traditionnels. De plus, Antonio Taboada et Bernardino Caballero ont partagé cette ouverture de cette première loge et ont ensuite été présidents des deux partis politiques traditionnels. En d’autres termes, évidemment la question personnelle l’a emporté sur la fraternité.

La République du Paraguay (en vert) en Amérique du Sud (en gris).

LUTTE

– Que s’est-il passé à Villarrica ?

–FC : Le 12 juin 1887, il y a eu une élection à Villarrica, où il y a eu une bagarre entre les caballeristas et les taboadistas. Ils se battent au bureau de vote. Quand ce Bernardino Caballero était au pouvoir parce qu’il était avec le président Patricio Escobar. Tous les opposants sont mis dans un train et emprisonnés à Asunción. La plupart ont été arrêtés. Ils arrivent à Asunción et après leur libération, ils commencent à organiser ce qui est le Centre démocratique, qui deviendra plus tard le Parti libéral. Et qu’est-ce que le Colorado Party ? C’est une réaction à cette fondation. Ainsi, le Parti Colorado a également été fondé la même année. Et l’Aurora Lodge avait été fondée le 6 juin, c’est-à-dire six jours seulement avant le combat de Villarrica.

–Il y a une histoire louable d’efforts qui ont été faits du Paraguay avec les fraternités du Brésil et d’Argentine pour essayer de combattre la dette ruineuse de la guerre.

–FC :En 1912, la première tentative d’annulation de la dette a été faite par les francs-maçons. Les francs-maçons avaient déjà eu un lien par l’intermédiaire d’Ovidio Rebaudi, un Paraguayen qui a longtemps vécu en Argentine, qui avait des liens avec la Grande Loge des francs-maçons libres et acceptés d’Argentine. Et c’est à travers eux que les efforts sont faits et qu’ils sont atteints. De plus, le président Roque Sáenz Peña était franc-maçon et a déclaré « tant que je serai président, personne ne réclamera cette dette ». On ne sait pas ce qui s’est passé là-bas, mais Eduardo Schaerer, qui était aussi franc-maçon, n’a pas osé postuler. Je calcule qu’il avait peur qu’une sorte de tension soit générée avec le Brésil et pour éviter cela, il ne s’est pas impliqué dans l’affaire. Mais oui, ce sont les francs-maçons qui ont fait cette première réclamation et de nombreuses années plus tard, ils ont également réclamé les trophées du Brésil et cela a été réalisé,

–La dernière chose s’est produite vers la fin de la dernière décennie de la dictature.

–FC : Oui, 1981 est le dernier retour. Et Stroessner s’approche et remercie personnellement ceux qu’il connaissait qui étaient francs-maçons, car il faut aussi dire que pendant l’hégémonie d’Alfredo Stroessner il a laissé les francs-maçons libres, c’est-à-dire qu’il n’y a pas eu de persécution comme avec d’autres gouvernements car il y avait beaucoup de vétérans de la guerre du Chaco, à qui il avait du respect parce qu’il avait été un vétéran de la guerre du Chaco.

–SZ: Toujours avec l’Uruguay, les francs-maçons ont beaucoup à voir avec l’annulation de la dette de guerre car Máximo Santos était président de l’Uruguay en 1885, Bernardino Caballero était président du Paraguay et José Segundo Decoud faisait partie du cabinet de Bernardino Caballero, et les trois francs-maçons font des trophées de guerre peuvent être rendus et la dette annulée.

Emblème de la République du Paraguay.

–Qui sont les 10 personnes célèbres seulement de cette époque qui étaient des francs-maçons ?

–SZ : Bernardino Caballero a commencé au Brésil en 1870 et depuis lors tous les présidents jusqu’en 1912 étaient plus ou moins tous des francs-maçons. Et une partie du cabinet, 90 à 95% de tous les présidents étaient aussi des francs-maçons.

–FC : Le premier président constitutionnel d’après-guerre, Cirilo Antonio Rivarola, puis Juan Bautista Gil, Cándido Barreiro, Bernardino Caballero, Patricio Escobar, Juan Gualberto González, Juan Bautista de Egusquiza, tous maçons. Aussi Emilio Aceval et Eduardo Schaerer, qui était le dernier président de cette période qui était franc-maçon.

– Y avait-il plus de francs-maçons dans le Parti Colorado ou dans le Parti libéral ?

–FC : Les idéologues des deux partis, José Segundo Decoud et Juan Crisóstomo Centurión, du Parti Colorado, et Cecilio Báez et Zacarías Caminos, du Parti libéral, étaient également francs-maçons. En d’autres termes, tous les chefs au début des deux partis étaient tous des francs-maçons.

QUERELLE

–Il y avait et il y a toujours de mauvaises relations entre la franc-maçonnerie et l’Église.

–FC :La franc-maçonnerie et l’Église étaient en conflit depuis le milieu du XIXe siècle, lorsque le pape Léon XIII a publié une encyclique intitulée « Humanum genus ». Tous les mythes sur la franc-maçonnerie trouveront déjà qu’ils sont écrits en « Humanum genus ». Et de là commence une importante dispute dans le monde entier, mais pas au Paraguay. Parce que? Car la guerre de la Triple Alliance avait aussi décimé le clergé. Et il a fallu du temps à l’Église paraguayenne pour se réorganiser et sa période de consolidation vient de commencer avec Juan Sinforiano Bogarín. Et déjà vers 1895, il a produit sa lettre pastorale, qui parle de la franc-maçonnerie, où il a brutalement attaqué la franc-maçonnerie. Et à partir de là commence une guerre totale entre les francs-maçons et l’Église catholique, qui a également connu différentes étapes. Parce qu’en 1910, les libres penseurs de la région étaient si forts qu’ils venaient d’obtenir des États laïcs, le mariage civil, le divorce, sauf ici. Cela donne l’impression que la querelle est sur le point de gagner, comme cela s’est produit en Uruguay, par exemple.

–Avec quel chapitre en particulier en Uruguay ?

–FC : Le général Máximo Santos avait fait passer une loi sur les couvents qui interdisait l’installation de couvents pendant un certain temps. Donc, cela s’était déjà produit avec 20 ans avant la fin du 19ème siècle là-bas en Uruguay.

– S’agit-il de la confrontation entre dogme et liberté ?

–FC : Oui, de même. C’est le différend de la franc-maçonnerie avec toutes les religions. Parce qu’il n’y a pas qu’avec l’Église catholique et cela mène à cette confrontation qu’un Villarricain expliquera mieux.

– Que s’est-il passé dans votre vallée ?

–SZ : Les libres penseurs qui vous appelaient à cette époque étaient en vogue. Ensuite, un libre penseur chilien est venu visiter le Paraguay et ils l’ont également emmené à Villarrica, qui était l’une des villes les plus importantes, et ils ont annoncé leur présence avec différents thèmes au club Porvenir Guaireño. Lorsque le prêtre l’a découvert, Juan Sinforiano Bogarín était précisément en tournée et se trouvait à Caazapá. Puis il appelle le curé et lui dit que cette conférence doit être annulée à tout prix. Alors le curé n’a pas de meilleure idée que de monter un guet-apens. Il y a même des photos de l’époque où l’on voit que sa tête est littéralement fendue.

–FC : Nous avons retrouvé les noms des personnes qui ont participé aux actes en faveur du libre penseur. Ainsi, nous avons pu découvrir que Manuel Ortiz Guerrero était franc-maçon. Nous ne savions pas et avec les documents de Villarrica nous avons commencé à chercher et nous avons trouvé une lettre qui révélait effectivement que Manú était franc-maçon.

–Quelles sont les disciplines qui sont historiquement les plus peuplées par la franc-maçonnerie ?

–FC : Depuis le début jusqu’à ce que la franc-maçonnerie doive retourner à sa loge, ils étaient définitivement des marchands. La moitié au moins étaient des marchands importants. Et puis il y avait bien sûr les politiciens, il y avait très peu d’avocats à l’époque. Il y avait beaucoup de militaires comme José Félix Estigarribia.

DIALOGUE

– N’y a-t-il jamais eu de dialogue Église-Franc-maçonnerie ?

–FC : Oui, il y avait des dialogues. En effet, dans le canon rédigé par Jean-Paul II, il n’utilise plus le terme franc-maçonnerie au sein des sociétés interdites. Mais alors Ratzinger est sorti, qui était de la doctrine de la foi, a dit « non, les francs-maçons sont toujours nos ennemis ». En fait, François a mis à la porte il y a deux ou trois ans un prêtre qui a découvert qu’il était aussi franc-maçon. Il y a toujours ce différend, mais pour être honnête, il n’a plus l’importance et la pertinence qu’il avait il y a 100 ans, où il touchait tout l’État. Aujourd’hui ce différend appartient à l’Algérie plus qu’autre chose car nous pensons déjà en d’autres termes.

Équerre, compas et lettre G.

–Depuis l’Assemblée constituante de 1970, il y avait des vestiges monumentaux des loges au Paraguay.

–SZ : Oui, en fait l’un des plus anciens monuments de la République, celui devant le Commandement de la Police et a été inauguré en 1873, a une allégorie maçonnique, avec les colonnes, avec une orientation vers l’Est, et dont les dépenses Ils étaient également payés presque entièrement par la franc-maçonnerie. Tous ou une grande partie des électeurs étaient des francs-maçons.

–Ensuite, nous arriverons à la guerre du Chaco, où de ce côté et de l’autre les deux commandants étaient des francs-maçons.

–FC : La plupart des commandants paraguayens qui sont allés à la guerre ont commencé bien avant la guerre. Estigarribia a commencé en 1915 et était même très actif dans la franc-maçonnerie jusqu’à ce que toute la question du Chaco explose en 1927 avec la mort d’Adolfo Rojas Silva et qu’il soit envoyé et mis dans le Chaco. Il finit donc par s’éloigner de la question maçonnique. Il a atteint le 18e grade, qui était très élevé, et puis nous avons eu Daponte, commandant de l’armée de l’air, des arsenaux, le capitaine Mozano, des sapeurs, c’est-à-dire que plusieurs commandants importants de la guerre du Chaco étaient des francs-maçons.

-Les commandants ont-ils déjà parlé sur le ton des francs-maçons, des confréries, y a-t-il eu une sorte de négociation ?

–FC : Négociation no. La guerre se termine et là, ils se voient. De toute évidence, ils étaient tous les deux très fraternels car ils ont commencé à donner des choses. Chaque fois qu’ils se voyaient, ils se donnaient un pistolet, une montre, etc. Mais avant la fin de la guerre, ils n’ont eu aucune sorte de réunion.

–Qui a interdit de citer la franc-maçonnerie ?

–FC : Ce n’est pas qu’il a été interdit. L’Église catholique l’emporte sur la franc-maçonnerie après la Révolution de 1922, ce qui est essentiel pour comprendre la question maçonnique. En 1922, ceux qui réalisent la paix d’une certaine manière sont ceux de l’Église catholique et des années avant qu’un événement qui a changé le monde se soit produit, qui a été la victoire des bolcheviks en Russie, le communisme. Les Colorados et les libéraux, qui étaient tous deux libéraux, mais qui ont commencé à devenir plus conservateurs, ont dit « nous avons un ennemi ici ». Il faut dire que les deux sont des partis au sommet, tous deux oligarchiques. Le communisme est donc plus dangereux. Ils se sont donc rapprochés davantage de l’Église parce que l’Église avait le même programme anticommuniste intense.

NATIONALISME

Existait-il un nationalisme franc-maçon ?

–FC : Oui, mais après la guerre du Chaco. Et c’était aussi l’un des piliers dont l’Église a profité. Bien que l’Église n’ait pas non plus complètement adhéré au discours nationaliste, car il y avait des secteurs de l’Église qui étaient encore un peu éloignés de la figure de Mariscal López. Les francs-maçons ne l’ont pas fait parce qu’il y en avait beaucoup qui avaient été légionnaires. Cecilio Báez, par exemple, était l’un de ceux qui se sont le plus battus contre ce discours à sa naissance.

–La franc-maçonnerie s’est-elle impliquée dans cette guerre lopizta-antilopizta ?

–FC : Directement en tant qu’institution no. Il y a des références dans les deux secteurs. Il y a Manuel Domínguez, qui était franc-maçon et qui était nationaliste. Il y a Pablo Max Insfrán, qui était aussi un nationaliste très important. Et puis il y avait José Segundo Decoud et Cecilio Báez, qui étaient anti. Et il y avait trop d’étrangers qui ne voyaient pas non plus d’un bon œil le discours nationaliste paraguayen.

– Le leadership sportif a-t-il été marqué ou non par la franc-maçonnerie ?

–FC : Enrique L. Pinho a longtemps été président de ce qui est aujourd’hui l’Association paraguayenne de football. Et il finit par construire les Defensores del Chaco. De l’architecte au maire municipal en passant par le président de la République, tous étaient francs-maçons. Pourquoi dis-je le Président de la République ? Car Schaerer est celui qui finit par faire don d’une partie de la propriété pour la construction du stade.

–SZ : William Paats (fondateur du Club Olimpia).

–Les présidents maçonniques ont-ils continué dans le temps ou ont-ils été interrompus plus tard ?

–FC : Oui, il a été arrêté avec Schaerer. Cela s’arrête là. Nous avons beaucoup cherché si Eligio Ayala était franc-maçon. Nous ne savons pas. Eusebio Ayala était-il franc-maçon ? C’est dit, mais on ne sait pas.

–SZ : Nous ne pouvons pas trouver de documentation fiable. Le dernier était Tomás Romero Pereira, avant Stroessner.

Devise de la République du Paraguay.

FEMMES

–Une question qui revient toujours est celle des femmes et de la franc-maçonnerie. Qu’en est-il dit ?

Ce qui se passe, c’est que la Grande Loge Symbolique du Paraguay a sa tête en Angleterre, elle dépend de la Grande Loge Unie d’Angleterre. Et là, ils ne permettent toujours pas. C’est une question de régularité. En d’autres termes, vous vous conformez aux règles que l’institution mère vous impose et cette institution mère n’accepte toujours pas les femmes, même si elles l’étudient depuis un certain temps. Ce qu’il y a ici, ce sont des loges de femmes maçonniques.

–SZ : Ce qui se passe, c’est qu’historiquement les francs-maçons étaient des bâtisseurs. Ce sont les constructeurs des grandes cathédrales, qu’ils avaient à l’époque les connaissances nécessaires pour construire ce type d’ouvrages, puisqu’il n’y avait pas de faculté d’ingénierie ou d’architecture. Donc tout le symbolisme maçonnique est basé sur des constructions. Et les constructions n’étaient autrefois réalisées que par des hommes. Donc, historiquement, cette branche vient.

–FC : Mais il existe au Paraguay des loges réservées aux femmes et des loges mixtes, avec lesquelles la Grande Loge entretient les meilleures relations.

Drapeau du Paraguay, revers.

– Dans quelle mesure y a-t-il une réalité dans le fait que tout aspirant à la bureaucratie, en particulier dans la magistrature, doit s’inscrire à la franc-maçonnerie ?

–SZ : Autant que je sache, la franc-maçonnerie est une institution philosophique, philanthropique et progressiste. Alors essayez d’élever l’homme d’un autre point de vue. Il y a seulement, en ce qui concerne la franc-maçonnerie, beaucoup de mythe. Ensuite, on peut aussi appartenir à tel ou tel parti, mais il faut aussi sauver l’institution des individus.

–FC :Nous avons réalisé avec le thème du livre qu’il y a beaucoup de stigmatisation attachée à la franc-maçonnerie. Il y a donc encore beaucoup à voir avec ce différend dont nous avons parlé avec l’Église, qui a installé de nombreux mythes envers la franc-maçonnerie. Et je tiens à préciser que ce n’est pas un livre anticlérical. Ce que nous avons fait, c’est dire ce qui se passait. Nous comptons également les choses que les francs-maçons ont faites à l’Église catholique. Pourquoi l’ont-ils fait tous les deux ? Ils condamnaient moralement l’autre simplement parce qu’il faisait partie d’une autre institution. Et les francs-maçons aussi. En fait, les francs-maçons voulaient interdire aux prêtres d’entrer au Paraguay. Une folie. Les champions de la liberté demandent que quelqu’un n’entre pas parce qu’il appartient à une autre institution. Donc, nous voulons le plus clair parce que les gens nous disent « ah, non,

OUVERTURE

– Quels défis la franc-maçonnerie a-t-elle pour l’avenir en termes d’adaptation aux temps nouveaux ?

–SZ : Je crois que ce livre est un premier pas pour que la franc-maçonnerie se rouvre à la société, tout comme elle l’était en 1900. Donc, et justement le signal que nous avons reçu dès le lancement du livre, avec la participation du peuple, Avec le d’opinions différentes, je pense que c’était très positif de rouvrir ce qui fait la curiosité de la franc-maçonnerie, de raconter et de démystifier beaucoup de choses et d’ouvrir définitivement, je le répète, comme au début.

–FC : En fait, la société servait de contrôleur à ces francs-maçons. Étant publique, la société des contrôleurs a également servi. Aujourd’hui, le franc-maçon tente de cacher sa condition ; la plupart, pas tous. Ils essaient de cacher leur condition parce qu’il y a justement une stigmatisation. Le matériel est né avec l’idée de s’ouvrir à la société et en fait un musée va être préparé maintenant sur la base du livre et plus tard les temples vont être ouverts. Autrement dit, les temples de la Grande Loge, où la franc-maçonnerie sera abordée, histoire pour le grand public qui veut y participer. Il y a une idée de montrer plus d’ouverture et ce que les francs-maçons font encore pour la société paraguayenne. L’idée est de tuer les mythes et aussi d’essayer de créer des ponts avec des institutions comme l’Église catholique, avec laquelle se poursuit ce combat qui me semble déjà sans conséquence.

Equerre Compas et G
Equerre Compas et G et l’oeil au centre

-L’évolution de l’histoire politique paraguayenne ne peut s’expliquer sans la franc-maçonnerie de la même manière que l’histoire paraguayenne ne peut s’expliquer sans l’Église.

–SZ : Nous commentions il y a quelques jours que, bien que le livre s’intitule « Franc-maçonnerie paraguayenne – Compilation historique », il s’agit d’un livre d’histoire paraguayen. Quiconque aime l’histoire du Paraguay, quiconque veut connaître l’histoire du Paraguay, comprendra beaucoup de choses en lisant ce livre.

Saúl Zaputovich : « Bien que le livre porte le nom de « Franc-maçonnerie paraguayenne – Compilation historique », c’est un livre d’histoire paraguayen. Quiconque aime l’histoire du Paraguay, qui veut connaître l’histoire du Paraguay, comprendra beaucoup de choses en lisant ce livre ».

Fabián Chamorro : « Il y a une idée de montrer plus d’ouverture et ce que les francs-maçons font encore pour la société paraguayenne. L’idée est de tuer les mythes et aussi d’essayer de créer des ponts avec des institutions comme l’Église catholique, avec qui ce combat se poursuit, ce qui me semble déjà sans conséquence.

Les migrations, l’exil, l’ailleurs ?

Intitulée « De l’humanité en contexte migratoire », Catherine Lyautey, Grande Maîtresse, dans sa préface, s’interroge sur la question des migrations qui déclenchent toujours des débats dans l’ensemble de la société française.

Rappelant que, concernant l’accueil des étudiants migrants, la France, sur le plan mondial, se situe en quatrième position dans le monde, elle constate que pour des milliers d’êtres humains, les migrations sont dues à des guerres, des famines, des persécutions religieuses ou ethniques. Tout en définissant ce qu’est une migration, elle rappelle que femmes et enfants en sont les premières victimes – déplacements de population, épuration, viol, tortures, souffrance et même mort. Et, cependant, il faut aussi compter d’autres victimes que sont les valeurs humanistes, la liberté, l’égalité des droits mais aussi la fraternité. Finalement, comme une mise en perspective des valeurs humanistes traditionnelles portées par tous les francs-maçons. dans notre univers mondialisé, aucun être humain ne peut vivre par lui seul. D’ailleurs, la valeur de l’autre n’est-elle pas la valeur première intangible ?

Toutes ces questions ne peuvent qu’interpeller les sœurs de la Grande Loge Féminine de France qui travaillent à un idéal de fraternité. L’ouvrage traite ensuite de repères historiques forts, utiles aux origines des migrations. Gardons à l’esprit les migrations ont construit l’histoire de l’humanité. Par ailleurs, accueillir est un devoir et les droits fondamentaux des peuples – que seule la barbarie peut nier – comme le respect de la dignité, l’intégrité, la vie privée, l’intimité, la sécurité sont à considérer et à prendre en compte. Même plus à mettre en pratique.

Françoise Morillon nous instruit sur le modèle français, contrairement à celui des pays anglo-saxons du Nord de l’Europe qui est, rappelons-le, républicain, laïque et fondé sur l’intégration.

Quant à Sylvie Pierre, c’est du monde de l’image qu’elle nous entretient dans son chapitre « Migrations, représentations et émotions : la force de l’image ». Si l’image servait ou encore à informer, elle est désormais souvent employée pour créer une onde choc, une prise de conscience. Comme avec l’histoire d’Aylan, l’enfant échoué sur la plage turque…

Nous retenons aussi ce que nous pourrions prendre comme slogan ou devise le chapitre intitulé « Ma Fraternité Ton Humanité : une association centrée sur le don de soi » d’Anouk Leven, présidente de Ma Fraternité Ton Humanité (MFTH).

En fin d’ouvrage, l’intéressante bibliographie permettra, à celles et ceux qui le désirent, d’assouvir leur curiosité sur l’immigration qui est le plus souvent motivée par la recherche d’un emploi et la perspective d’une meilleure qualité de vie. Une sitographie – liste de sites Internet, etc. – nous est aussi offerte.

La collection « Voix d’initiées »

Publiée par la GLFF, cette collection , dirigée par Corinne Drescher-Lenoir, a été créée pour faire connaître et porter les réflexions et les travaux des membres de l’obédience. « Rassembler ce qui est épars » est un adage cher aux franc-maçonnes qui préside à la conception de ces ouvrages.

Chaque livre est construit avec le désir d’une mise en commun de la pensée en ses cheminements et interrogations. Il s’agit d’un travail d’écriture qui en tissant les fils des idées et le pluralisme des points de vue s’appuie sur les contributions des loges, les apports individuels, mais aussi des documents d’archives.

La diversité de la collection permet de constater que le champ de réflexion ouvert par la franc-maçonnerie est sans limite et qu’il permet à chaque personne d’agir plus consciemment dans le souci du bien commun. La progression de la démarche est un outil qui permet de creuser une réflexion sur tous les sujets qu’ils soient historiques, philosophiques, sociétaux, symboliques.

Les migrations, l’exil, l’ailleurs ?

Voix d’initiés – Une collection de la Grande Loge Féminine de France

Collectif – Conform édition, N° 22, 2023, 112 pages, 13 €

Pour toutes commandes, chez Conform édition

La Rencontre, hasard ou rendez-vous ?

J’y songe soudain :

Pourquoi suis-je franc-maçon ? Et pourquoi le suis-je toujours, après plus de quarante ans « d’allers et venues » en loge ?

Ces deux interrogations m’interpellent ce soir, alors que, précisément, je roule en voiture vers ma loge, à la tombée du jour, sous une pluie battante. Les essuie-glaces crient, grincent, s’affolent. Le va et vient de leurs deux longs doigts de caoutchouc semble dire un « non » têtu aux giclées d’argent. Devant moi, un long sillage de feux rouges qui progresse au ralenti m’indique que le trajet sera long. Glissant même ! Et si je rebroussais chemin en faisant demi-tour au prochain carrefour ?! Pas question, me dit ma petite voix intérieure, quoi qu’en pense le ballet négatif des raclettes sur mon pare-brise ! En l’occurrence, la franc-maçonnerie, par le biais de « la tenue » – réunion de quinzaine » – est un rendez-vous, une promesse évènementielle. Et en ce sens, elle entretient le « désir groupal » et la volonté de l’honorer !

…Au vrai, je me le demande – le pied jouant du frein et de l’accélérateur – qu’est-ce qui peut bien inciter un homme, une femme, après sa fatigante journée de travail, ou de paisible retraite, à s’absenter de son domicile. C’est à dire, en l’occurrence, à se priver quelques heures tous les quinze jours, des siens, de ses lectures, de ses loisirs, de sa télévision ? Pour rejoindre résolument, à pied, en métro, en train, en voiture, (comme moi ce soir !) une « fratrie de hasard », à l’écart des bruits de la Cité ? Avec l’obstination, l’énergie et les dépenses que ce déplacement implique !

Sans aucun doute, pour ma part, la motivation première qui m’a poussé́ à frapper un beau soir à la porte du Temple tient en un seul et beau mot : LA RENCONTRE. Et cette envie, qui s’est transformée en besoin, ne m’a jamais quitté́ ! Dans la vie, nous croisons beaucoup de gens, mais nous en rencontrons très peu.

Le mot « rencontre » est issu du vieux français « encontre » exprimant « le heurt de quelqu’un sur son chemin ». Pour illustrer, ce « choc », cette « attirance » qui conduit notamment deux êtres l’un vers l’autre, il est courant de citer l’amitié passionnelle liant Montaigne et La Boétie et que le premier a célébré dans « les Essais » par cette belle formule qui traverse le temps, à savoir : « Si on me presse de dire pour quoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : parce que c’était lui, parce que c’était moi. » Sans parler de magie, il convient bien d’évoquer ici une forme de pulsion, d’aimantation même, qui, en l’espèce, conduit quasi-spontanément deux personnes à se rencontrer. Et à s’estimer.

Rencontrer, en dominant une éventuelle timidité, c’est d’abord oser. En quelque sorte, c’est dépasser le hasard, puis s’approcher, être curieux pour aborder, pour faire co-naissance avec l’autre, les autres. Au sens de l’authentique échange. Celui qui produit la compréhension et le respect mutuels, sans forcément rechercher le même avis que le sien. Au contraire même, c’est s’écarter de son miroir, s’ouvrir à l’écoute d’autres paroles, à d’autres points de vue et à leurs additions complémentaires enrichissantes.

C’est ainsi se rendre disponible aux idées nouvelles : celles qui provoquent ces étonnements dont nous avons tant besoin, lesquels donnent à leur tour, force mentale, gaité́ du cœur. Élan et créativité. Et c’est ainsi, d’un seul coup, élargir sa pensée, se révéler à soi-même, se sentir « être » dans le regard d’autrui. S’installer ainsi dans un autre cœur, y être comme attendu, c’est s’agrandir. Et grandir, tout simplement ! Il ne suffit pas d’être adulte pour devenir un Homme.

Dans ce climat de bienveillance « qui accueille » – préférable à la tolérance « qui supporte » – m’est apparu le but même de la franc-maçonnerie : réunir ce qui est espars et écarter ce qui peut diviser. Selon la judicieuse formule du poète Alphonse de Lamartine. La rencontre est aussi parfois complicité et immédiateté : avec cette impression de « déjà vu », ce ressenti de connaître depuis toujours chaque frère, chaque sœur. Surprise du contact : les différences deviennent similitudes.

Naître de soi-même

La rencontre, c’est aussi avec celle des autres, bien entendu, la découverte de soi. La vie quotidienne fait précisément de chacun de nous, des êtres souvent « écartelés » par les problèmes à gérer, personnels, familiaux, professionnels. Vivre n’est pas exister ! Comme il est bon alors de pouvoir se « reconstituer », se « recentrer », être intégré au sein d’une société́ de pensée. Sentir « fonctionner » son esprit par la réflexion, à la fois seul et en groupe, c’est en quelque sorte, s’ouvrir à la spiritualité́. Un mot mis aujourd’hui « à toutes les sauces » qui exige de remonter à sa source pour vraiment en saisir le sens. Rappelons-nous que « Spiritualité » appartient à la famille latine spir (respiration, inspiration, expiration). L’étymologie nous l’indique, cette racine exprime le souffle, (« Rouah » dans la kabbale hébraïque) c’est à dire LA VIE !

C’est, toutes proportions gardées, ce qu’offre l’initiation maçonnique bien comprise : avec ce souffle, symboliquement transmis et reçu, le plaisir d’une nouvelle venue au monde. Une naissance « singulière » toutefois, puisqu’il s’agit de NAÎTRE DE SOI-MÊME ! La première de toutes les rencontres !

Entrer « en Art royal », c’est par ailleurs entrer à la fois dans l’histoire de France et celle de l’Europe ! Au moment d’un passage : celui de la main à l’esprit. De la cathédrale de pierre à la cathédrale intellectuelle. A la franc-maçonnerie opérative médiévale a succédé́ au XVIIIème siècle, la franc-maçonnerie dite spéculative. Autrement dit « de réflexion ».

Elle est toujours – trois siècles après – une fraternité́ d’hommes et de femmes de bonne volonté́ qui se consacre, par cette réflexion et l’action individuelle ou collective, à l’amélioration de la société́, dans l’esprit même des Lumières, témoins de sa naissance. Si elle a longtemps été perçue comme une société́ secrète, avec tous les fantasmes correspondants, il est moins remarqué, en revanche, qu’en devenant discrète, son caractère philosophique et progressiste, en a fait au fil des ans, une « ECOLE DE PENSÉE ». Et que par le biais de la dynamique de groupe qu’elle génère dans ses loges, elle constitue aujourd’hui, en plus, une véritable méthode d’accomplissement de soi. A condition de ne pas les transformer en jardins de « Narcisses » ! Devenir Soi n’est pas synonyme de culte du Moi !

Une spiritualité cosmique

Cinquante ans avant lesdites Lumières, le philosophe Baruch Spinoza allègue précisément que la condition humaine – telle une plante – impose à chacune et chacun de « persévérer dans son être » tout au long de son existence. La raison et la joie de vivre sont à ce prix. Le moment venu de cet « éclairage mental », le philosophe Emmanuel Kant reprend la thèse spinozienne et la complémente. La persévérance consiste, selon lui, en affirmation de soi et apprentissage permanent. Dit autrement : « ose penser par toi-même, ose savoir (du latin : saper aude) ». D’où le slogan du mouvement adressé à chaque citoyen, à chaque citoyenne : « Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! ». La précieuse part de liberté individuelle possible en dépend ! Sans toutefois empiéter sur celle des autres. A noter ici cet aphorisme, archi-répété, porté en gloire… et pourtant contre-sens absolu, dangereux même en deuxième lecture : « La liberté des uns commence ou finit celle des autres ». Autrement dit, je peux agrandir mon jardin en « débordant » sur le tien ! Comme quoi, il faut se méfier des adages et ne pas les « perroqueter » !!

 J’insiste sur un autre point qu’est le « narcissisme » si répandu, et même jusque dans nos rangs, quand « le cordon monte à la tête » (ça arrive !) : Le gouvernement de soi ne doit pas aboutir à « l’auto-centrage ». Ne jamais oublier la condition de chacun, chacune de nous : Je suis parce que tu es, tu es parce que je suis. Nous sommes certes indépendants par nature, mais…dépendants par nécessité !

La franc-maçonnerie de réflexion – proposée par deux pasteurs, l’Anglais James Anderson et le Français Jean-Théophile Désaguliers – suit ce courant de pensée radieux qui traverse l’Europe du XVIIIème siècle. Une « conscience maçonnique » apparaît qui fait siens les principes véhiculés : raison, humanité et progrès. En adhérant à cette trilogie aux accents cartésiens, elle prend en même temps ses distances avec la théocratie, tout respect gardé pour les religions.

C’est là un mérite des deux ecclésiastiques de considérer l’Homme avant Dieu. En clair, la maçonnerie est synonyme pour eux, précisément, de liberté de penser. Ce qui ne veut pas dire qu’ils évacuent le divin et les croyances, puisqu’ils jugent les athées stupides, dans la première édition de leurs Constitutions !

Si la mouvance philosophique des Lumières élabore – nous revenons à ce mot-clé – une « spiritualité laïque » – à l’opposé de la « spiritualité religieuse » – la franc-maçonnerie peut être considérée, je dirais, telle une « spiritualité cosmique ». Elle englobe la nature, l’Homme et l’humanité dans sa réflexion : en cela, chacune, chacun de nous est un « enfant de l’univers ». A l’image de celui- ci qui est en expansion avec nous, ses passagers à bord, nous avons le droit d’exister et le devoir de prospérer, dans l’esprit même de l’affirmation spinozienne !

Prospérer veut dire ici, se développer, marcher devant soi, réussir. En deux mots, croître, grandir. En cela la spiritualité maçonnique – avec l’approfondissement des mythes, légendes et symboles qui sont de véritables « constructeurs de pensées par transposition » – leur donne de l’amplitude. Elle rejoint le concept de « pensée élargie » dudit philosophe Emmanuel Kant qui invite à s’enrichir par la découverte des différentes cultures humaines (lectures, voyages, apprentissage des langues, etc). La curiosité n’est pas un vilain défaut !

De la sorte, philosophie et franc-maçonnerie ne s’opposent pas mais se complètent. Les différentes écoles philosophiques (Platonicienne, Aristotélicienne, Stoïcienne, Epicurienne, Hegeliène, Freudienne, etc) produisent des concepts distincts. La franc-maçonnerie, elle, propose une méthode symbolique ouverte.

Sache que tu n’es pas un dieu

La première nous apprend à vivre et à accepter notre finitude par lesdits moyens conceptuels. La seconde aussi, avec une approche progressive à travers ses différents rites. Son ouverture précitée permet d’ajouter aujourd’hui à sa théorie ordonnée – pour qui le désire – les riches apports des sciences humaines, outre la philosophie (Littérature, psychologie, sociologie, linguistique, Psychanalyse, Analyse Transactionnelle, entre autres).

Autant de disciplines qui, alliées à celles de l’Art Royal, offrent une variété de concepts et d’outils concrets et complémentaires. Notamment pour mettre en pratique le fameux aphorisme emprunté par Socrate à Chilon : « Connais-toi toi-même, sache que tu n’es pas un dieu et conduis toi en conséquence » ! Il ne s’agit pas pour autant de s’appliquer des « recettes comportementales » – valables pour tous alors que le Moi de chacun est unique ! – mais, par le biais d’autrui c’est rencontrer et comprendre son propre fonctionnement. Pour agir à sa mesure, sur mesure, avec ses moyens, donc ses limites, sa philosophie. Socrate a dit aussi : « le bonheur, c’est le plaisir sans remords ! »

Partant, il convient pour le franc-maçon, la franc-maçonne, en interprétant les fictions véhiculées par lesdits rites – enrichis des sciences humaines précitées – à la fois de donner du sens à sa vie et de trouver et apporter du sens à la vie. A transposer dans la Cité. Pour mieux se découvrir et mieux agir. Pour mieux être, mieux vivre, mieux transmettre. Pour mieux penser le monde ! C’est l’engagement de l’initiation (l’ouverture d’un chemin d’existence à parcourir) à qui la demande, en venant frapper à la porte du Temple. Atteindre et posséder cette faculté « d’éclosion lumineuse de soi », parmi d’autres Frères et Soeurs, en milieu bienveillant, c’est le but. Précisément, à une époque où l’individualisme atteint des sommets. Et en marge des prouesses, dans tous les domaines, de la technologie numérique, laquelle, souvent, isole davantage qu’elle unit.

Désappointé par les mensonges politiques, effrayé par les redoutables fanatismes, heurté par le détournement dramatique des Livres saints, qu’il croit au ciel ou qu’il n’y croit pas, le citoyen est en perte de repères. Dans ce monde de violences, il éprouve un besoin de paix intérieure, de partage avec un entourage à la pensée logique et rassurante. La franc-maçonnerie qui respecte toutes les croyances et les couleurs de peau, qui affirme la primauté de l’amour sur la haine, devient ici une oasis. Où l’homme et la femme tourmentés du XXIème siècle débutant, peuvent venir dissoudre leurs peurs et étancher leur soif d’élévation spirituelle.

Lorsque dans les années 1980, un ami m’a parrainé pour me présenter à la loge dans laquelle j’ai été initié, mon information était bien mince. Si je savais par lui, certes, les motivations humanistes convaincantes de la franc- maçonnerie, j’en ignorais totalement le fonctionnement interne.

Cette information est plus développée aujourd’hui mais, malgré l’imposante littérature existante, il reste encore à dire, en termes de finalité, sur ladite Institution et les francs-maçons et franc-maçonnes. « Maçonner » peut être la belle aventure d’une vie. A condition toutefois – je le sais aujourd’hui – de bien comprendre dans cet univers qui emprunte donc avec profit, aux mythes et légendes, le sens du théâtre en présence, la pièce qui s’y joue et le rôle que l’on y interprète. Fiction ne veut pas dire vérité. Il s’agit, tout en s’enrichissant intellectuellement, de savoir transposer la symbolique dans la cité. En gardant toujours raison, humilité et libre-arbitre. C’est le but et en même temps la précaution.

Au fil de son histoire, l’Art Royal s’est longtemps imposé le secret précité – lieux de réunion, rites et travaux cachés, anonymat de ses membres – notamment en raison de l’opposition de l’Eglise à sa liberté de penser. La deuxième guerre mondiale exigea ensuite, pour les mêmes raisons, le maintien de cette clandestinité. Ce qui n’empêcha pas, malheureusement, la persécution nazie au prix de la mort de plus de trois mille francs-maçons en France.

Des émotions, les sentiments

En ce 21ème siècle débutant, par réflexe peut être, par prudence sans doute, nombre d’adhérents tiennent à préserver leur identité. Un « voile fantasmatique » flotte encore sur les loges maçonniques. Même si elles sont déclarées en Préfecture, en « association 1901 ». Même si les Obédiences ont pignon sur rue !

 Toutefois, un heureux changement intellectuel s’est opéré. Dans les échos qui lui parviennent de l’Art Royal – appellation liée au mythique Temple de Salomon – l’imaginaire public entend maintenant davantage de résonances poétiques qu’occultistes. Le mystère n’empêche pas le rêve !

Cet homme, cette femme, doivent nourrir leur corps mais aussi, précisément, leur esprit pour vivre. Après la cérémonie de réception qui fait de lui un franc-maçon, d’elle une franc-maçonne, les deux initiés vont trouver de nombreux nutriments intellectuels en loge. De l’enseignement des traditions du monde aux pratiques des rites et rituels. Des philosophies antiques aux valeurs morales, spirituelles et existentielles.

Ils vont vraiment prendre en compte l’importance du sacré qui rappelle au quotidien l’impérieuse nécessité de la considération de soi et d’autrui. Ils distingueront les émotions (production physique) des sentiments (élaboration mentale) – souvent confondus – pour mieux se rapprocher d’eux- mêmes. Alors, au fil des réflexions et échanges interpersonnels, ils donneront encore plus de signifiance à leur passage en ce monde. C’est bien elle, cette raison d’être et de faire, ces « parce que » en réponse aux « pourquoi », qui conduisent à la sagesse. Autant de moments réjouissants, autant d’enthousiasmes !

Voilà̀ dessiné, me semble-t-il, le double objectif du franc-maçon, de la franc-maçonne contemportains : Effectuer une traversée harmonieuse de la vie. Sous réserve, je le réitère, qu’elle soit bien appréhendée. Et faire œuvre de transmission, mandat de tout franc- maçon, de toute franc-maçonne.

Pourquoi le cacher : Elle ne promet pas l’utopique bonheur, mais en revanche, oui, des vrais moments de félicité partagés. Oui, aussi, des instants forts d’oppositions verbales. Et elle désigne de la sorte, spontanément, les écueils à éviter comme les multiples sources d’allégresse qu’elle est en mesure de procurer à ce « phénomène affectif », à toujours et encore mieux découvrir : l’être humain.

 …Fin de rencontre. Changement de décors. Au-delà des couleurs des tabliers, des degrés, grades et symboles du rite, les egos deviennent égaux. La chaine d’union vient précisément d’unir, « d’égaliser » les frères et les sœurs en humanité, par leurs mains jointes dégantées. Le Vénérable Maître prononce les derniers mots du rituel. La tenue se termine. En sortant de la loge, l’air vif après la pluie me rafraîchit le visage. Je regagne ma voiture, le cœur frémissant après cette soirée partagée et d’idées à méditer. Les questions restent posées, les réponses sont reportées. C’est le jeu maçonnique. Si particulier. Si attachant. Deuil éphémère, espérance du revoir. En cette nuit bleue scintille une étoile. Comme un trou d’épingle dans le voile du firmament. Un signe, un cadeau du ciel. C’est si rare ce clin d’œil de la nature, en région parisienne !