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Un cortège de 150 personnes pour la retraite aux flambeaux des Templiers

De notre confrère liberation-champagne.fr

Pour l’édition 2023 de la fête templière de la commanderie d’Avalleur, les organisateurs ont eu l’idée de faire venir les Templiers au cœur de la ville. Images : Valérie Billaudot / Réalisation : Mattéo Clochard.

Que viennent-ils chercher en Loge ?

Du Cahier Bleu n° 40 de la GLIF

Dans un rituel, mais cela vaut pour tous les rites au moins continentaux, nous trouvons dès le début la question et la réponse suivantes :

« Que venons-nous faire en Loge ? »

« Vaincre nos passions, soumettre nos volontés et faire de nouveaux progrès en Maçonnerie. »

Nous notons que la question et la réponse ne comportent que des valeurs morales à construire, mettre à l’épreuve et à partager, sans référence aucune à la spiritualité et encore moins à la religion.

Implications de cette question-réponse.

Nous pouvons en déduire cinq leçons :

1. La présence du mot « nous » indique que la loge est un lieu de travail collectif, un chantier symbolique, et non une salle de « coaching » de développement personnel ou d’exposés d’érudition personnelle.

2. On vient en loge pour « faire », c’est-à-dire pour « produire un résultat », plus exactement pour contribuer à produire un résultat collectif. Sur un chantier, opératif ou symbolique, nous sommes tous interdépendants les uns avec les autres, chacun à son niveau et par sa nature de compétences indispensables à la production collective.

3. On vient en loge pour détruire tous les affects négatifs (les passions qu’il nous est enjoint de vaincre) qui nous éloignent les uns des autres, voire qui nous montent les uns contre les autres, le but étant la « production » de la fraternité franche, sincère et désintéressée.

4. La loge, nous l’avons dit, est un chantier collectif ; il n’est pas réductible ni peut être asservi à nos propres volontés, par exemple volonté de plaire, de se plaire, de s’écouter soi-même, « d’aller à la pêche aux compliments », de faire passer les honneurs avant l’honneur, etc. La loge est un chantier placé, par le choix des Frères, sous l’autorité du Vénérable-Maître en tant que chef de chantier (maîtrise d’œuvre) et non sous sa propriété (maîtrise d’ouvrage). Selon les convictions spirituelles des Frères, le Maître d’ouvrage est le Grand Architecte de l’Univers[1] ou la raison d’être de l’Ordre.

5. L’avancement dans les grades exige de travailler non seulement sur soi, mais aussi sur les textes fondateurs ou doctrinaux de la Franc-maçonnerie, sur les instructions particulières au rite suivi.Contrairement à une idée répandue dans la Maçonnerie continentale, la loge n’est pas un ersatz compensateur d’insuffisances culturelles ou intellectuelles, elle n’est pas un cours de rattrapage de savoirs ratés ou non acquis à l’école. Les progrès à faire en Maçonnerie, sont exclusivement ceux dans « la science maçonnique », c’est-à-dire des acquis par voie de séances d’instruction sur le rituel et à partir de textes que chaque rite propose. Hors de ces travaux, point de progrès en Maçonnerie, car les instructions sont le seul guide qui permet de ne pas nous égarer hors des sentiers maçonniques !

Oui mais « faire » n’est pas « chercher ».

Voilà pour ce que nous venons « faire » en loge. Mais le sujet à aborder est autre ; c’est « que venons-nous chercher en loge « ? C’est évidemment une autre question …

Autre façon de poser le sujet : La Franc-maçonnerie de nos jours : quelle offre ? quelle demande ?

Car si l’on a vu supra ce que la Franc-maçonnerie se propose d’offrir à ses membres de faire comme programme de perfectionnement (vaincre ses passions, soumettre ses volontés et faire de nouveaux progrès en Franc-maçonnerie), la question de ce que ses membres viennent chercher en loge est restée totalement ouverte. S’il n’y a pas une rencontre entre « l’offre » et « la demande », il peut en résulter des aigreurs, des déceptions, des rejets, pour ne pas parler de tensions voire de conflits entre Frères. Ces dernières situations révèlent que le « club de copains » s’est muté en « marigot d’égos », où les copains d’hier s’affrontent en adversaires d’aujourd’hui et cherchent à exister aux dépens des autres. Dans tous les cas ces tristes réalités traduisent clairement que l’initiation n’a pas pénétré et que les querelleurs ont quitté, peut-être depuis longtemps déjà, les rives de la Maçonnerie voire n’y ont jamais posé le pied.

C’est alors que la question nouvelle doit se poser : « La loge a-t-elle répondu aux besoins que ses membres sont venus chercher ? »

Tous Vénérables-Maîtres chefs de chantier ?

Combien de Vénérables-Maîtres se sont-ils sentis « chefs de chantier » ? Et à ce titre, chargés de la construction du Temple universel, se sont-ils intéressés au travail à donner à chacune de leurs ouailles pour qu’elle contribue avec zèle, ferveur et liberté à la construction du chantier, avancent dans la victoire sur leurs passions, dans la soumission de leurs désirs individuels au profit du bien commun de la loge, et aient travaillé pour faire des progrès en Franc-maçonnerie par des séances régulières d’instruction ?

On peut même en venir à soupçonner que, si cette conscience littéralement professionnelle ne s’est pas exercée dans ce sens, c’est peut-être par ignorance du rôle bien compris de chef de chantier, remplacé hélas par celui d’animateur de réunion mensuelle ; ou pire encore, par la volonté du Vénérable-Maître de « s’en laver les mains » pendant son mandat vécu comme une charge administrative, ou par la volonté quelque peu perverse d’Anciens, parfois « gourous », de garder les Frères sous leur emprise, en cultivant leur ignorance, en les privant de bonnes et utiles séances d’instruction pour éviter qu’ils s’aventurent à poser des questions parfois gênantes pour eux ; ou encore en les distrayant et donc les égarant par des sujets de travail sans rapport avec l’esprit du Rite …

Une réelle difficulté pour répondre aux attentes de chacun et créer un collectif.

Il est vrai que la réponse adéquate aux besoins de chacun est difficile ; elle exige une qualité que le monde profane nous retire chaque jour davantage : l’écoute dans l’intérêt pour autrui. Mais hors de cet effort salutaire, la loge ne peut faire son travail de chantier collectif ; elle devient collection d’individualités sans lien entre elles.

L’expérience conduit à identifier trois grands types d’attente de la part des Frères, en ce qui concerne ce qu’ils viennent chercher en loge. Schématiquement :

– Le Maçon en besoin de simple convivialité venu pour passer un bon moment entre Frères ;

– Le Maçon venu pour entendre de beaux exposés et s’instruire ;

– Le Maçon ritualiste venu pour voir, participer ou réaliser une belle cérémonie bien réussie, et ainsi s’extraire hors de l’espace-temps profane.

Encore ne citons-nous que les raisons « légitimes » de venir en Loge à l’exclusion des vues de réseautage, de zapping, de curiosité voire de séances de thérapie ou de mal psychologique …

Ces trois types sont peu conciliables. Ils existent en proportions différentes, dans chaque loge. Cela est non seulement normal mais aussi recherché pour former une loge diverse, conformément à la raison d’être de la Franc-maçonnerie d’origine : être un centre d‘union fait pour réunir des hommes différents qui, sans elle, seraient restés sans se connaître et à perpétuelle distance. Et c’est bien cela qui fait la difficulté de créer un ensemble solide d’ouvriers unis et motivés vers le même but : la construction du Temple Intérieur personnel et de la fraternité universelle. La loge n’est pas un « melting-pot », où les personnalités individuelles sont niées et fusionnées pour s’unifier ; la loge se doit de respecter la personnalité de chacun.

Ces trois grands types distincts doivent pouvoir trouver en Maçonnerie ce qu’ils sont venus chercher ; et donc être heureux de venir en loge, de participer aux Tenues et de repartir contents et satisfaits en attendant la joie de revenir en loge la fois suivante. En loge-chantier, chacun à sa place, sous réserve que l’on sache ce que chacun est venu y chercher et que le chef du chantier lui donne un travail qui correspond à chaque place. Il est clair que l’on ne peut pas compter seulement sur le lien commun que constitue le rituel. Cela est bien insuffisant, vu la diversité des attentes et l’approximation fréquente du rendu des rituels.

Ajoutons une difficulté supplémentaire mais nécessaire : le niveau de compétence de chacun du fait de leur niveau respectif de maturité professionnelle entre apprentis, compagnons, maîtres, contremaîtres, surveillants, experts, etc. Nous voyons sans peine que nous sommes loin du Vénérable-Maître qui assume tranquillement son mandat annuel sans se poser ces questions, fondamentales cependant pour la loge-chantier et le bien de ses membres.

De ce fait, les loges ressemblent parfois à des réunions où les uns s’activent, et les autres, regardent écoutent plus ou moins attentivement ou … s’assoupissent dans l’attente de la fin de la « planche » interminable ou absconse, ou … pire, (avachis), ils consultent plus ou moins discrètement leur smartphone, tous ceux-là dans l’attente enfin du moment de « détente » de l’agape…

Passer de du travail en loge « à la profane » à l’amour du chantier « en Francs-maçons initiés ».

Mais attention, rappelons l’anecdote : « moi je sue à casser des cailloux du matin au soir ; moi, je m’efforce d’apprendre et de travailler aussi bien que possible car j’ai besoin de progresser pour nourrir ma famille ; moi, je bâtis une cathédrale ». Et tous trois sont sur le même chantier ! Il est facile d’imaginer que probablement le chef de chantier opératif, pour que la construction avance, a dû bien réfléchir aux postes à confier à chacun, afin qu’il n’y ait pas de confusions, d’aigreur, de déceptions, des rejets, de tensions ou de conflits entre les ouvriers.

Le Vénérable-Maître ne devrait-il pas s’investir mentalement et pleinement dans le rôle du chef de chantier éclairé pour créer les conditions humaines et matérielles, afin que chaque ouvrier symbolique trouve dans la loge ce qu’il est venu chercher et que l’initiation, et son effet bénéfique pénètre les corps, les âmes et les esprits pour son propre perfectionnement ?

ITER, 08/2023.

[1] Selon les rites : « Dirige Toi-même les travaux de l’Ordre et les nôtres en particulier. » ou « À la Gloire » — ou « au Nom » — du Grand Architecte de l’Univers, j’ouvre les Travaux. » (Différentes formules).

Les Franc-Maçonnes de la Grande Loge Féminine de France vous invitent à découvrir leurs travaux

Le 23 septembre prochain, dans leurs temples de la Cité du Couvent à Paris, les franc-maçonnes de la Grande Loge Féminine de France vous invitent à venir découvrir leurs travaux et leur méthode de travail.

Les planches qui sont proposées sont des planches qui ont été présentées lors de tenues. Elles sont suivies d’un temps d’échange, illustrant ainsi la méthode de travail en loge.
Cette manifestation est ouverte à tous publics sur inscription.

Temple  Ouvert

Samedi 23 Septembre 2023

à 14 H 30

Dans leur « Temple Ouvert » à tous publics,

pour découvrir ou mieux connaître la Franc-Maçonnerie Féminine,

les Franc-maçonnes de la Grande Loge Féminine de France

 vous présentent leurs travaux selon leur méthode de travail

Après chaque conférence, temps d’échange avec le public

 Inscription obligatoire

(jauge sanitaire éventuelle et nombre de places strictement limité)

temple.ouvert.75@gmail.com

(préciser le numéro de Temple choisi)

Contrôle de sécurité à l’entrée (Mesures VIGIPIRATE)

Merci de vous munir de cette invitation et d’une pièce d’identité.


Le Dessin de… Jissey « Contre l’ignorance »

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Si, comme le suggère le titre de l’article de la rédaction 450.fm du 17 septembre, il nous faut progresser sur le chemin initiatique, le quarante sixième dessin de JISSEY nous met en garde.

Obtenir un degré supplémentaire sur le chemin initiatique nécessite de se rappeler que les degrés maçonniques, peuvent , comme pour le vin, n’être pas inéluctablement un indice de qualité…

7 et 8/10/23 : Salon Lyonnais du Livre Maçonnique 

Au Centre Culturel de la vie associative de Villeurbanne CCVA

Un édition qui s’annonce très riche avec des auteurs, de conférenciers et des animations culturelles.

Programme

Samedi 7 octobre – 10h30

Que transmettre : Une tradition, des principes, une méthode, un savoir être ?

Animateur : Bernard FIEUX

La transmission est au cœur de la démarche maçonnique. La méthode initiatique permet de s’approprier une tradition propre à libérer autant la pensée constructive que l’imaginaire créateur. Dans nos travaux nous mettons en oeuvre la pratique de la fraternité, les réflexions partagées, la défense de l’idéal républicain, la vocation à agir.

Table Ronde avec

Michel Baron

Michel Baron est psychanalyste et Docteur en philosophie
Il est titulaire d’un diplôme supérieur de recherches en psychanalyse et Docteur en sciences religieuses et titulaire du diplôme post-doctoral en philosophie (Centres Sèvres). Il est également l’auteur de nombreux ouvrages et articles.

Charles Coutel

Charles Coutel est professeur émérite en philosophie du droit à l’Université d’Artois. Ses travaux portent sur les Lumières, Condorcet, Péguy et l’histoire des principes républicains. Il a récemment publié Pour une République laïque et sociale, préface de Patrick Kessel, collection « Débats laïques », L’Harmattan, 2021. Son dernier livre « L’émancipation maçonnique, A la recherche de la vérité » paru chez Conform collection Pollen maçonnique, préface par P.Guglielmi avec un Avant-propos de C.Révauger.
Il collabore avec les revues Chaîne d’union et Joaben. Membre du comité éditorial de la revue Humanisme il a, dans ce cadre, coordonné le hors-série « Transmettre ».

Daniel Paccoud

Daniel Paccoud, a effectué sa carrière au sein d’une entreprise publique dans l’immobilier puis à l’international. Il a participé à plusieurs Tomes de la Collection « Transmettre » en tant que rédacteur. Membre de la Grande Loge Unie d’Angleterre, il est aujourd’hui, Grand Secrétaire de la GLNF.

Samedi 7 octobre – 13h30

Échapper aux injonctions du monde profane

Animateur : Guillaume JACOB

Libérés des contraintes et des codes du monde extérieur, les francs-maçons et les franc-maçonnes cherchent dans ce cadre émancipateur en marge du temps et de l’espace, des ressources nouvelles pour incarner l’idéal humaniste des Lumières et s’engager dans l’élaboration d’une société future et de progrès.

Table Ronde avec

Marie France ANTONA

Marie France ANTONA, Professeure certifiée de Lettres modernes, elle s’oriente vers les pédagogies alternatives. Elle se forme à la pédagogie pour enfants migrants, au travail en équipe pluridisciplinaire, à la formation d’adultes.
« De retour à Lyon en 1988 , elle enseigne deux ans à la Martinière des filles. Elle obtient son DEA de linguistique en 1990. Son travail porte sur le « débat télévisé Tapie/Le Pen ».

Christophe Bressy

Christophe Bressy, Grand Maître Provincial de la GLNF.
Auteur de l’ouvrage « Rites et Rituels » (Ed. de l’Art Royal) Christophe Bressy témoigne que ceux-ci sont des outils fondamentaux pour se déconnecter des contraintes du monde profane et s’immerger dans une atmosphère spirituelle et symbolique.

Philippe Roblin

Philippe Roblin, a un parcours de dirigeant et de conseil en stratégie marketing et communication. Il est également sémiologue et s’intéresse particulièrement aux processus de production de sens.
En charge de la politique Jeunesse du GODF, il milite particulièrement auprès des jeunes publics pour redonner leur sens et leur place aux mots trop souvent dévoyés et aux idées instrumentalisées comme la laïcité, l’universalisme ou même l’humanisme.

Samedi 7 octobre – 15h30

La FM n’existerait pas sans les mythes et légendes

Animateur : Patricia MOREAU de LIZOREUX

La franc-maçonnerie éprouve un besoin de tradition et s’inspire de mythes et légendes pour rendre opérante la transmission initiatique, sans opposition avec la raison, mère des sciences et constitutive de la modernité.

Table Ronde avec

Pascal Berjot

Pascal Berjot, expert-comptable et commissaire aux comptes, il a exercé durant 43 ans une activité de conseil aux entreprises TPE et PME. Franc-maçon depuis 37 ans, il a assumé plusieurs postes de responsabilité au sein de son Obédience, la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra, jusqu’à celui de grand maître. Il a travaillé dans plusieurs rites maçonniques et œuvré à divers liens de convergence entre les obédiences françaises.

Léa Millot

En franc-maçonnerie, Léa Millot a co-dirigé plusieurs ouvrages dans la collection « Voix d’initiées » de la Grande Loge Féminine de France et publié de nombreux articles notamment dans la revue S.E.U.R.E, Les Cahiers de Bathilde Vérité et Voix d’Initiées.

Jacques Samouelian

Jacques Samouelian, pédopsychiatre et psychanalyste, a exercé de nombreuses responsabilités au sein de l’hôpital public.
Il poursuit sa démarche maçonnique depuis une quarantaine d’années au sein de la Fédération française du DROIT HUMAIN, où il a occupé diverses fonctions. Après avoir présidé le Convent national de 2007, il a été élu au Conseil national en 2008, puis à sa présidence entre 2010 et 2013.

Samedi 7 octobre – 17h30

De l’intolérance à la tolérance. Faut-il tout tolérer ?

Animateur : Madeleine Chevrier

La franc-maçonnerie pratique la tolérance. Cette ouverture de l’esprit est d’accepter que les autres ne pensent pas comme vous. Cependant, les francs-maçons et les franc-maçonnes se doivent également d’agir face à des expressions, des actes répréhensibles, d’un point vu éthique ou légal.

Table Ronde avec

Guy Arcizet

Ayant exercé la profession de médecin de quartier durant quarante ans en banlieue parisienne, il est souvent remarqué par son expérience de terrain des problèmes sociaux.
Il est Grand Maître du GODF de 2010 à 2012. Son arrivée est marquée par l’adoption d’un article prévoyant l’initiation des femmes au sein de l’obédience.
Il publie « Poétique et ascèse, un parcours maçonnique ». L’ouvrage, dont la préface est écrite par Jean Verdun, étudie la dignité humaine et le principe de revenu minimum d’existence et début 2022, un second ouvrage « L’idée laïque, un testament philosophique ».

Assad Assaker

Assaad ASSAKER est médecin de famille depuis 25 ans , maçon depuis 33 ans , membre du Conseil de l’ordre, membre du comité Scientifique Bioéthique et libertés, Coordinateur du groupe des Droits Humains au sein de la GLMF et plusieurs missions humanitaires au moyen Orient et Afrique .

Sylvain Zeghni

Sylvain Zeghni est Docteur en sciences économiques (Université Paris X Nanterre) et actuellement maître de conférences à l’Université Gustave Eiffel (Val d’Europe) en sa qualité de spécialiste de l’économie du tourisme et de l’environnement. Initié en franc-maçonnerie en l’an 2000 au sein de la Loge Travail et liberté  du DROIT HUMAIN de St Germain en Laye, il est désormais membre de la Loge Zoroastre de Marne-la-Vallée. Il se passionne particulièrement pour l’histoire et les rites de la franc-maçonnerie, en France comme à l’étranger. Membre élu au Conseil National depuis août 2019, il a officié en qualité de président de la commission Droits de l’Homme et Laïcité ainsi que de premier Vice-Président de la Fédération française en charge des relations extérieures, inter-obédientielles et de l’international. Il a participé en tant qu’auteur au livre « Voyage au coeur des nombres » publié en 2022. Sylvain Zeghni a été élu Grand Maître national de l’Ordre mixte international le Droit Humain lors du scrutin du 26 août 2023.

Samedi 7 octobre – 20h30

Spectacle : Pièce de théâtre « Les coulisses à Bonnier »
Comédie policière et lyonnaise de Gilles Champion

Spectacle Comédie policière et lyonnaise de Gilles Champion – Pièce de théâtre

Dimanche 8 octobre – 10h00

La RUCHE

Nous souhaitons que les « Rencontres Culturelles Maçonniques » orientées vers la Transmission, soient un lieu d’échanges aux questions que chacun de nous se pose, y compris celles relatives à la Franc-Maçonnerie.

Nous avons donc mis en œuvre le dimanche 8 octobre au matin, un moment dédié à la rencontre et l’échange. « Une ruche » que nous avons intitulée :

« Vos questions sont les nôtres, nos questions sont les vôtres ».

Pour enrichir nos réflexions, nous espérons, dès à présent, vos questions sur des sujets qui vous tiennent à cœur, à cette adresse :

laruche@rencontres-culturelles-maconniques-lyonnaises.net

et vous attendons dimanche matin pour un moment de partage au

CCVA 234 cours Emile-Zola à Villeurbanne de 10h00 à 12h00.

Dimanche 8 octobre – 14h00

« Médias et Franc-maconnerie » « L’histoire de la Presse Maçonnique et anti-maçonnique. Une communication maçonnique : Pourquoi et comment ? Les regards des historiens et journalistes. »

Franck Fouqueray

Parmi ses nombreuses activités, on peut noter qu’il est fondateur du réseau social maçonnique OnVaRentrer.fr qui regroupe plusieurs milliers de Frères et Sœurs. Il est aussi le créateur du premier Festival d’humour maçonnique de Paris. Il a présidé de 2017 à 2022, la Fraternelle des écrivains maçonniques. En 2021, il fonde avec une quarantaine de collaborateurs bénévoles le journal maçonnique www.450.fm – Il a déjà publié à ce jour une dizaine d’ouvrages maçonniques et il dirige les éditions LOL.

Laura Laloux

Diplômée en Sciences Politiques – IEP Aix en Provence, Laura Laloux a reçu le Prix du meilleur mémoire de l’IEP d’Aix en Provence. Elle a aussi été lauréate de l’IDERM, puis du prix Bruno Étienne du Grand Collège des Rites Écossais-Suprême Conseil du 33e degré en France. Ancienne community manager d’une grande Obédience française, elle occupe désormais les fonctions de consultante en communication.

Olivier Michel

Olivier Michel Journaliste à France 3, Région de Lyon. Présentateur et chargé du magazine « Dimanche en politique ». Présentateur du 19/20 depuis 20 ans.
Il a effectué plus de 70 missions en tant consultant pour des télévisions étrangères (Vietnam, Géorgie, Liban, Maroc etc…).
Formateur pour CFi, ESJ Lille, CFPJ..et free lance.

Dimanche 8 octobre – 17h30 : Clôture des Rencontres 2023

Depuis sa première édition, en 2009, il s’est donné trois objectifs :

△ Faire connaître, par son patrimoine littéraire,  les valeurs de la Franc-Maçonnerie.
△ Faire découvrir des obédiences françaises en présence de leurs membres.
△ Accueillir, renseigner, conseiller les publics intéressés par la Franc-Maçonnerie.

 Toutes les modalités pratiques

 Contacter l’équipe

Le salon se tiendra à l’adresse suivante :

Le Dessin de François Morel

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Cette semaine François Morel se moque avec fraternité de la déclinaison de nos Rituels. Il faut avouer que chacun est certain de travailler avec un Rituel d’origine, pure et sans tâche. Or nous constatons que même le REAA, le plus populaire de notre pays, se décline en presque 160 versions. Les autres Rituels n’y échappent pas.

Tradition et responsabilité ou la franc-maçonnerie revisitée

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Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ?

Depuis qu’il a conscience de lui-même et de son environnement, l’homo sapiens ne cesse d’être taraudé par cette trilogie questionnante ! Celle-ci constitue d’ailleurs le socle de la réflexion des grands philosophes de la Grèce antique. Certes, l’homme se reproduit…mais il ne s’est pas conçu lui-même. Sa propre création lui échappe, tout comme le cosmos dans lequel il évolue, cosmos, que ces philosophes appelaient le « divin », et cosmos qui garde largement son mystère au fil des millénaires, ce malgré les fulgurantes avancées des progrès scientifiques et technologiques !

De la sorte, les orphelins inconsolables que nous sommes, continuons de rechercher nos origines et les traces de notre géniteur initial…Ce n’est pas un hasard si la Bible, conçue il y a quelque 3500 ans, reste le plus grand succès littéraire du monde, avec le Verbe, proposé comme commencement…Parce que le Verbe, précisément, c’est d’abord le langage humain qui désigne, donc crée et structure ce que nous appelons « le temps », à la fois notion et fluide impalpables. Et c’est bien cette parole continue que chacun de nous prononce, uniquement elle, malgré ses imperfections, qui fait en permanence exister dans notre vie, les trois volets du temps, hier, aujourd’hui et demain, par évocations interposées.

Pour vivre et transmettre la vie, nous avons besoin, de pain, d’eau – et de vin, bien sûr ! – mais aussi d’amour et de rêves. Êtres de désirs, d’émotions et de mémoire, donc d’imitation et de répétition, nous avons besoin d’un passé qui fonctionne en nous. Partant, nous sommes demandeurs de récits. Nous avons en effet, non seulement le besoin de croire, mais le désir de croire, c’est à dire – comme autant de nutriments l’esprit devenus gourmandises auditives – nous éprouvons l’impérieuse envie d’entendre et de réentendre des histoires, en l’occurrence, fondatrices. A partir d’évènements réels ou inventés.

Je ne veux pas évoquer uniquement les croyances déistes et religieuses. Il nous suffit de nous rappeler de notre enfance et de notre propension alors, selon notre pays d’origine, à nous faire répéter sans fin des contes de fée, avant nous endormir. Par exemple, dans notre culture, le Petit Chaperon Rouge, le Chat botté, ou le Petit Poucet. Ces récits – chaque continent a les siens – qui sont des histoires de personnages aux capacités extraordinaires, ont permis à chacun de nous, en devenant un héros de fiction, de se créer une mythologie personnelle par identification. « Dis-moi quel est ton conte de fée préféré, et je te dirai qui tu es ! » affirmait le psychologue Bruno Bettelheim.

Et qui dit mythe, dit, contrairement au roman, histoire inachevée, toujours à poursuivre, à réinventer. Nous rattrapons ici un autre grand fantasme de l’homme : s’attribuer une rétrospective et revendiquer une origine toujours plus lointaine ! A ce plan, il n’est qu’à constater le succès grandissant de la généalogie, qui incite les familles à la recherche constante d’ancêtres, de plus en plus lointains !

Or, lorsque l’imagerie nous fait remonter jusqu’à Adam, au hasard d’une fresque de musée ou des pages illustrées d’un catéchisme d’enfance, que découvre-ton, en regardant bien ? L’homme premier n’a pas de nombril : il ne s’est pas créé lui-même, l’art nous le confirme ! De la sorte, depuis la genèse, les successions humaines, par définition, se reproduisent, je le disais à l’instant, mais ne cessent de se poser la question de leur créateur initial ! Pour dépasser ce mystère, elles ont d’abord inventé des divinités génitrices, puis du polythéisme, sont passées au monothéisme avec les religions du Livre. Autant de symboles « compensateurs » pour apaiser leur angoisse existentielle. L’homme moderne subit la même et il continue de ressentir la même obsession lancinante, frustrante : celle d’un début à connaître, d’un point de départ de l’univers. Et donc d’un manque cruel dans sa propre histoire. D’où qui sait, sa fuite en avant dans les découvertes scientifiques, chaque jour plus performantes !

Acteurs de notre époque, c’est à dire tâcherons de l’informatique, esclaves de l’Internet et accros du téléphone portable, nous sommes soi-disant rationnels…mais paradoxalement fascinés par l’irrationnel. Qu’il s’agisse des récits bibliques, templiers, alchimiques, des contes égyptiens, des légendes maçonniques et compagnonniques, véritables bains de jouvence pour notre imaginaire assoiffé d’énigmes à tiroirs, d’aventures à suspense et d’allégories métaphoriques. C’est ainsi, acceptons-nous finalement comme des grands enfants, des créatures de contradiction. Partant, vivre, admettons-le avec humilité, c’est continuer d’entretenir un père-noël en soi, c’est abriter une part de merveilleux, c’est croire même à l’incroyable. Même à ce qui est mort, même à ce qui n’a jamais existé et n’existe pas encore ! Bref, c’est garder le précieux désir d’être très souvent ravi, surpris, étonné, conquis, emporté hors de soi par le rêve…

De cette forme persistante de pensée magique, de cette volonté d’être adossé à des faits, fussent-ils inventés, au vrai de cette faculté de transformer l’improbable en « tenu pour vrai » reproductible, à même de traverser le temps, sont nées progressivement les traditions (du verbe tradere, remettre, transmettre). Ces diverses façons de faire passer de générations en générations, « les pratiques » et les « pouvoirs » hérités des ancêtres : coutumes et rites, usages et savoirs, et aussi, par conséquent, mythes et légendes, ci-dessus abordés.

Lesdites traditions, classiquement qualifiées de « populaires », parce que connues de tous et donc génératrices de lien social, ont aussi subi au gré du temps, l’influence des croyances en des dieux, ou en un dieu, selon les cultures. Les notions de « permis » et « d’interdit » ont ainsi introduit le sacré, à séparer du profane. Après la magie, en quelque sorte « pensée primordiale », sont venues les religions, puis les sociétés initiatiques, sous forme d’ordres ou de confréries, pour répondre à un autre besoin humain directement lié au sacré : le mystère (étymologiquement, ce qui doit être tu, non-dit).

La Tradition maçonnique

Les traditions ont ainsi engendré la Tradition, avec tout le contenu de la majuscule en termes de « caché », d’ésotérisme, d’interrogation métaphysique, et pour les croyants, de déférence envers un divin. C’est sur ce socle, devenu un concept fait du sentiment d’une « reliance » à l’invisible, propre à l’humanité, que s’est notamment construite la franc-maçonnerie originelle : une institution fraternelle de bâtisseurs croyants, dédiée en même temps à la quête commune de la Connaissance (« la gnose », philosophie suprême) à travers les récits légendaires en vogue dans le bassin méditerranéen.

De nos jours, tandis que cette Connaissance est révélée aux religions par le dogme des livres saints, elle fait l’objet d’une recherche individuelle et intuitive en franc-maçonnerie, dite « spéculative ». Sa méthode, même qualifiée de « spiritualité laïque », puise toujours dans le fonds allégorique gréco-judéo-chrétien et s’appuie sur l’exercice des rites et symboles qui en découlent. Ces derniers sont surtout constitués, en atelier d’apprenti, par la pierre et les outils pour travailler celle-ci (équerre, règle, compas, ciseau, maillet, fil à plomb, etc) empruntés à la franc-maçonnerie opérative, au temps où elle élevait des cathédrales. La puissance évocatrice des symboles – par exemple, mesure, rectitude, harmonie, fraternité – ouvre la voie du perfectionnement au franc-maçon, qui, après avoir été initié dans la loge en recevant « La lumière », éclairante (information) et  » réchauffante  » (fraternité), remet sans cesse son ouvrage sur le métier, de réunion en réunion. Non seulement il doit se parfaire, mais en sortant du temple, il lui revient aussi d’améliorer la cité. Soit de passer de la métaphore à la réalité.

On le voit, au sein de la société initiatique, la Tradition invite le frère, la sœur, à la fois à « renaître » à un nouvel état puis à transmettre ses acquis à l’extérieur. Que ce soit une façon d’être, de penser, d’agir. Au vrai, pour cet homme, pour cette femme « éclairés » par l’initiation et appétents d’universalité, voire d’absolu, vivre la Tradition, c’est désirer approcher la vérité, considérée comme un principe de sagesse, but ultime. Ce qui ne signifie pas, erreur fréquente, que Tradition soit à accepter obligatoirement comme synonyme de Vérité, avec là encore, une majuscule en référence au divin. La confusion vient de l’interprétation de la notion de Grand Architecte de l’Univers, expression empruntée à la littérature du 11ème siècle. Selon les obédiences, cet architecte est en effet défini par les unes, comme le dieu révélé, par d’autres comme « un symbole parmi les symboles ». Alors que d’autres encore s’aventurent dans le signifiant du cosmos antique, en glorifiant « La grande architecture de l’univers ». Quand ce n’est pas un Grand Architecte qui serait l’Organisateur de l’Univers, à différencier de Dieu lui-même. A chacun son divin.

C’est précisément le symbole et la légende, sans cesse réinventés pour exister, qui ont leur importance. Le géniteur, pour ne pas dire « le père spirituel » de la maçonnerie spéculative serait en vérité le savant Isaac Newton, dont les travaux sur l’attraction universelle et le rayon lumineux ont pu fournir indirectement à son adjoint, le pasteur français Jean-Théophile Désaguliers, les métaphores créatrices. C’est en effet à partir de l’idée de l’aimant (entendu comme l’amour et l’attirance de l’autre) puis de la lumière (vue à la fois comme l’éclairement et la chaleur humaine) que ce pasteur a eu l’idée de parfaire les groupes maçonniques existants et épars en une association universelle, interhumaine et multiconfessionnelle.

Les motivations des frères et des sœurs

Le concept de Désaguliers, finalisé par Anderson, est à la fois une idée magnifique et une méthode complexe. « Maçonner » n’est donc pas facile en soi. Société adogmatique de pensée, dont les rites sont des « conducteurs », des moyens de réalisation, la maçonnerie doit rester une école sans devoirs et leçons imposés, où le maçon, la maçonne, à l’écoute des autres, apporte son point de vue. Partant, il revient à chacun, à chacune, d’interpréter la Tradition, mais sans la détourner de ses buts humanistes.

Examiner veut dire observer et rendre compte, le plus objectivement possible, en l’occurrence des points positifs et négatifs de cette Tradition en marche. Donc, il s’agit d’explorer autant les bienfaits d’une dynamique de groupe particulière – caractéristique de notre Ordre – que les raisons de comportements individuels ou claniques, illicites ou « affairistes », parfois de grande ampleur, qui ont pu être constatés dans les rangs maçonniques, il y a quelques années déjà. Même si ces agissements ne sont le fait que d’une minorité, et semblent avoir cessé il n’est pas bon de vouloir les ignorer, et de jouer l’indifférence, en nous déclarant non coupables, drapés dans notre dignité et nos convictions, au sein de notre loge, par nous jugée sans défauts majeurs.

A ces dérives passées, il n’y a pas une raison, mais des raisons, qui souvent se conjuguent. On ne sera pas surpris : la première d’entre elles est le recrutement. La loge maçonnique est un espace d’expression. Du « trop-plein » au manque. De l’humeur à l’humour. Emetteurs et récepteurs, nous sommes tous des « êtres de désirs », je le disais plus haut. Il ne faut pas se cacher que chaque membre d’une association (les obédiences maçonniques sont, nous le savons, des associations Loi 1901), chaque membre vient certes donner de lui-même, mais aussi, recevoir, c’est-à-dire quérir quelque chose, au sens effectif de « désirer ». Au-delà du besoin d’appartenance et de la volonté de développement personnel, au-delà de la rencontre, de l’échange et de l’altruisme, aussi sincères soient ces élans, chaque frère, chaque sœur, selon son histoire et ses conditions de vie, ses forces et ses faiblesses, se présente en demande, en recherche. Plus ou moins secrète, voire inconsciente. En demande qui d’un père, d’une mère, d’un partenaire, d’une famille, d’un « lieu d’amour ». Qui de compréhension, de reconnaissance, d’honneurs, de gratifications, de pouvoir (perdu, ou pas encore ou jamais obtenu ailleurs, cercle familial compris). En recherche, qui de confiance en soi ou de « désennuie ». Qui de fournisseurs ou de clients. Cette dernière quête, n’en doutons pas, a généré largement les « affaires », dans les loges qui s’y sont prêtées.

La liste est longue de nos attentes souvent opposées, conscientes ou inconscientes, de nos souhaits affectifs, spirituels ou matériels.

La culture du secret

Ainsi, pour perdurer, la franc-maçonnerie du nouveau millénaire, qui se veut avec raison toujours modélisante, se trouve, à mon sens, dans l’obligation de « revisiter » et d’actualiser ses pratiques, déjà au plan du recrutement. L’expérience prouve que trois enquêtes et la dizaine de minutes d’un passage sous le bandeau sont très souvent insuffisants pour appréhender, entre autres critères importants, l’aptitude relationnelle du candidat, sa disposition au doute plutôt qu’aux certitudes, son degré de résistance aux frustrations, son endurance ou sa fidélité à un serment. Les bonnes réponses de celui ou celle qui frappe à la porte du Temple, ne peuvent venir que des bonnes questions de ceux qui sont à l’intérieur. A mon sens, l’ouverture de cette porte au profane ne relève pas de l’élitisme mais du discernement. Chez les francs-maçons, au plan de la réflexion et de l’exercice de la fraternité, le boulanger vaut un énarque, et une infirmière est l’égale d’un médecin, à l’évidence.

 Il a pu être avancé que la franc-maçonnerie, pourvoyeuse de bons sentiments, est de ce fait mal armée pour effectuer la tâche, pourtant indispensable, de « filtrage ». De fait, elle doit veiller à ne pas être confondue avec une institution psychothérapeutique. Même si à l’image de la psychanalyse, son but est d’offrir la liberté intérieure à l’individu. Ce distinguo n’est pas toujours annoncé et les ateliers se retrouvent parfois en position délicate de « lieu de soin », hors de leur objet. Un tel malentendu – finalement handicapant et décevant pour les deux parties – peut tout à fait être évité par l’information préalable.

Au vrai, cette ancienne société secrète, devenue discrète, a parfois du mal à perdre ses réflexes originels qui entretiennent une propension au non-dit. Ce syndrome des « trois singes de la sagesse » (ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire) de la tradition bouddhiste perdure parce que la maçonnerie spéculative n’a cessé depuis ses débuts de récupérer et d’assimiler des concepts à type de « sciences intérieures ». Qu’il s’agisse de pythagorisme, de théosophie, d’hermétisme, d’alchimie, d’illuminisme, ou de martinisme. Si l’on y ajoute les mouvements kabbalistiques, rosicruciens et templiers, tous basés sur le culte du secret et qui ont fait le lit du fleuve maçonnique, il n’est pas étonnant que l’opinion puisse continuer de voir dans la maçonnerie contemporaine, une sorte de royaume du camouflage. Et qui bien entendu, chercherait bien plus à nuire qu’à instruire. Les idées reçues voire les calomnies ont la vie dure !

Il faut donc comprendre que nombre d’entre nous encore, ne souhaitent pas que soit connue dans le monde profane, c’est à dire professionnel, leur qualité de Frères. Il est ainsi surprenant de constater que le statut d’association « Loi 1901 », d’inspiration maçonnique et synonyme de liberté de réunion, provoque aujourd’hui des craintes chez certains francs-maçons eux-mêmes ! Les réputations peuvent être toxiques ! Et partant, il reste paradoxal que des hommes et des femmes qui veulent être des diffuseurs de lumière, doivent pour certains, demeurer dans les ténèbres !

Nous voyons ici l’important chantier qui demeure pour expliquer vraiment qui nous sommes et ce que nous faisons. Alors qu’il ressort des centaines de livres sur le marché que le secret maçonnique est un serpent de mer, une certaine presse continue régulièrement d’affirmer le contraire. Et se vend très bien ! Parce que d’évidence ses journalistes savent que l’âme humaine est agitée par l’imagination, sa folle du logis. L’homo modernus a donc toujours besoin de fantasmes, de surprises, de révélations, qu’elles soient vraies ou fausses. L’odeur du soufre a pour longtemps encore sa place, parmi les parfums les plus subtils !

L’évolution de la Tradition

L’univers maçonnique, par définition composé d’hommes et de femmes de la cité, en représente un microcosme. Le franc-maçon, la franc-maçonne, viennent y vivre une aventure en commun qui impose des règles de fonctionnement et de conduite. En cela la Tradition est bel et bien une discipline.

Celle-ci implique l’adhésion au système en place, mais non toutefois une obéissance aveugle. C’est-à-dire que le bon ordre entraîne aussi bien autocontrôle que contrôle de l’ensemble. Chacun est responsable de chacun. Le processus traditionnel de « l’Art Royal », autre appellation de la franc-maçonnerie, invite les membres de la loge à acquérir et transmettre un ensemble de valeurs humaines éprouvées, donc à « reproduire le passé ». La facilité consiste ici à imiter les attitudes des prédécesseurs, la difficulté à ne précisément pas tomber dans le mimétisme permanent. Une méthode gagne toujours à s’enrichir du présent. Et à penser l’avenir en s’appuyant sur le passé. « Etre fidèle à une tradition, c’est être fidèle à la flamme et non à la cendre » dit Jean Jaurès.

Toute tradition, aussi durable soit-elle, est paradoxalement… provisoire car, en fonction même des exigences de progrès que l’homo sapiens porte en lui, de nouvelles façons d’être et de faire, sont nécessaires. Pour sa part, la Tradition maçonnique est à considérer comme une articulation de règles successives, régulièrement modifiables, telle que la voyait déjà les anciens. Ainsi, le maçon moderne est-il tenu d’évoluer et de faire évoluer les us et coutumes du groupe (rites, rituels, thèmes, paroles, gestes, décors, etc) au risque, s’il ne s’y résout pas, de le figer, voire de le tuer. La pérennité de la cohésion demande donc créativité, renouvellement, étonnement aussi. On parle beaucoup du Devoir en maçonnerie. Il est précisément du devoir, de la responsabilité du maçon donc, d’actualiser le symbolisme. Il doit s’interroger régulièrement dès que des automatismes verbaux ou gestuels trop marqués, viennent indiquer un détachement et une dommageable perte de sens. Par exemple, nous constatons aujourd’hui que le mot « tolérance » ne peut plus correspondre, je dirais, à la large ouverture du compas, que notre générosité lui avait donné. Parce que cette tolérance doit être limitée par l’intolérable, malheureusement d’actualité.

Si le changement n’intervient pas en loge, si une forme de nouveauté, autre désir de l’homme, n’y est pas satisfait, s’installent l’habitude, la lassitude, puis plus grave, peut venir l’attristante désertion. Une telle observation est le fait de toutes les communautés. Le psychologue précité Bruno Bettelheim a très bien pointé cette forme de tradition pervertie – quand l’usage devient routine – avec son danger potentiel, en disant pertinemment :  » Il nous faut renoncer à la tradition traditionnelle, quand celle-ci débouche sur une forme de sécurité puisée dans la répétition de l’identique ».

La responsabilité du franc-maçon et de la franc-maçonne

Le désir de réflexion et de fraternité, qui guide en principe « le profane » (littéralement celui qui est sur le parvis), ce désir donc, qui le guide vers le temple, ne doit pas lui faire oublier, s’il est accepté, qu’il s’engage dans une organisation, imposant donc des devoirs et donnant des droits. Devoir de s’informer, droit de savoir, entre autres, avant et après son entrée en loge. Ainsi débute la responsabilité en cause. Nous venons de voir nos progrès à faire, à mes yeux, au sens informatif.

Responsable de sa formation et de son information : avec cette première mission commence pour l’initié le « travail vertical », c’est-à-dire la construction de son Temple intérieur. Cette belle démarche serait toutefois fragmentaire, si elle n’était pas complétée, bien entendu, par un « travail horizontal », autrement dit l’ouverture aux autres, Frères et Sœurs en humanité, aussi bien en loge qu’en société. De la sorte, à l’image de l’un de ses outils symboliques, le maçon est bien « d’équerre » sur ce double chantier. Ici se pose à lui une question récurrente : comment s’impliquer dans la cité ? La réponse est individuelle et à choix multiples, des valeurs à transmettre en famille, à l’action associative ou politique. Ce n’est pas la franc-maçonnerie qui est engagée, nuance à souligner, mais le franc-maçon, la franc-maçonne, citoyens responsables.

De fait, le juste équilibre à trouver entre la « verticalité » – le travail sur soi – et « l’horizontalité » – le geste altruiste – demande un effort constant. Si l’initié n’y prend pas garde, la descente permanente en soi, avec l’exercice traditionnel mal interprété du « Connais-toi toi-même » (qui signifie surtout « connais tes possibilités et accepte-toi ») peut le confiner dans un fâcheux nombrilisme et la quête puérile des grades maçonniques…Ils ne sont que les degrés symboliques de l’escalier personnel à gravir ! Vivre en loge, dans la projection et l’attente permanente du tablier supérieur, donc « hors de soi » ne peut que procurer anxiété au long cours et relation aux autres sans cesse tronquée ! Vivre en loge au présent, c’est au contraire, ici et maintenant, être soi et en soi. Cette conversion raisonnée du regard vers l’intérieur, introspective, n’est pas narcissique Elle permet de mieux voir le dehors. Et cette vision est essentielle.

De la conscience de nos potentialités naît peuvent mieux naître l’envie d’agir pour la communauté. Rappelons-le, grâce à l’action d’associations maçonniques interobédientielles – ces « fraternelles », un peu trop facilement décriées, les exceptions justifiant la règle – la France du XXème siècle a connu l’essor de la protection sociale, dont le mutualisme, et ce sont des médecins-maçons qui ont favorisé, entre autres, l’avènement de la contraception.

La franc-maçonnerie, modèle de communication

Il a été dit, certainement un peu vite, que la franc-maçonnerie était en panne d’idées au début du nouveau millénaire. Les fréquents colloques à visée humaniste, organisés par plusieurs obédiences réunies, démontrent au contraire que notre confrérie, bien en prise avec les réalités du monde moderne, n’a rien perdu de sa générosité ni de sa puissance créatrice. Nous avons la charge de dire aux médias, toujours avides de sensationnel et de généralisation, qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain ! Encore faut-il que les Frères et les Sœurs continuent sur leurs lancées novatrices, à « sortir des temples » et n’hésitent pas à se rapprocher des diverses instances socioculturelles, pour apporter leurs lumières, en recevoir aussi, car, à l’évidence, la franc-maçonnerie n’a pas le monopole du savoir et de la connaissance. C’est en échangeant de la sorte, que nous participerons vraiment à l’éclairement de la cité.

J’ai évoqué la responsabilité du maçon en interne. Elle existe aussi en externe. Notamment en matière de publications. Toujours de mon point de vue, il faut veiller au contenu de ce que nous publions en direction du monde profane, auquel nous appartenons aussi. Il n’est pas bon que sous prétexte d’un symbolisme qui nous serait spécifique – et du lyrisme céleste de certains rédacteurs autour de nos Rites, qui n’en disent et demandent pas tant – notre mouvement puisse être mal à propos assimilé à quelque « créationnisme », utilisateur du même vocabulaire.

 Le grand public est désormais très sensibilisé au problème des sectes et, déjà alerté par l’affairisme maçonnique précité, un facile amalgame est toujours possible dans son imaginaire. Il est bon que soit encore et toujours mieux explicitée notre philosophie, promotrice de « la vie libre de l’esprit ». Partant, elle ne doit pas écarter les sciences humaines, comme la philosophie, la psychanalyse, la linguistique ou la sociologie – en constants progrès « opérationnels » – mais tout au contraire s’en rapprocher, en ce XXIème siècle.

Chacun, chacune de nous, parce qu’il est franc-maçon, franc-maçonne, a conscience de l’imperfection de la société des Hommes. Nous savons bien que la franc-maçonnerie ne changera pas le monde, mais en tentant de devenir meilleur, chacun, chacune, peut déjà changer son regard sur le monde. Certes, en l’observant, nous découvrons que la tâche à accomplir est immense. Rien ne s’est modifié depuis que Plaute, le philosophe et poète latin a dit le premier, il y a deux mille deux cents ans, que « l’homme est un loup pour l’homme ». Au cours des millénaires, l’homo erectus devenu sapiens a perdu sa fourrure, ses crocs, ses griffes, mais il a gagné en cruauté, grâce ou plutôt à cause, de son génie inventif. En attendant que notre cerveau atteigne les trois kilos d’intelligence pure annoncés dans quarante mille ans, les êtres inachevés que nous sommes, savons néanmoins parfaitement déchiqueter notre semblable, sans nos dents !

Un sinistre 11 septembre à New York nous a rappelé que la pulsion de mort, pointée par Freud, est toujours inscrite en l’homme au début de ce nouveau millénaire. Nous avons donc du chemin à faire pour détruire, cette part de loup, toujours blottie en nous. L’homme est soi-disant poussière d’étoile, mais son esprit diabolique pourrait finalement le réduire en cendres ! Sur cette planète que ne cessons d’abîmer jusqu’à en faire une porcelaine fêlée, qui de plus est en proie – au gré des intégrismes, des violences de toutes natures, des guerres à visée de conquêtes de territoires – à une crise de folie meurtrière, que pouvons-nous prétendre, nous les Frères et les Sœurs aux mains nues, évidemment très inquiets comme tous les citoyens ?

Tentons de garder notre calme. Espérons sans gémir. La tradition orale continue de nous enseigner que l’écoute et la parole demeurent à la fois nos armes et nos outils. Ils nous sont nécessaires pour poursuivre inlassablement notre mission de transmission au quotidien, d’individu à individu, de groupe à groupe, d’état à état. Pour retrouver l’indispensable union entre les peuples, faits de la même chair. Pour aller, encore et toujours, vers plus d’humanité et « d’humanitude », selon le superbe mot d’Albert JACQUART. Aujourd’hui, il n’y a plus de cathédrales à lancer vers le ciel, mais il reste des multitudes de passerelles et même de viaducs à construire afin de rapprocher les hommes. Il y a une deuxième dimension à donner à la pierre que, jusqu’à présent, nous n’avons appris qu’à empiler, pour atteindre, convenons-en, des cieux improbables.

Je ne veux offenser ici aucune croyance, aucun culte, mais seulement privilégier ce que j’appellerais la « reliance à mes semblables ». Une saine réflexion nous invite de la sorte à poser symboliquement des pierres devant nous en marchant, et à les jointoyer avec ce lien, ce ciment, que représente notre matière grise. « Les gens se sentent seuls, parce qu’ils construisent des murs plutôt que des ponts » dit opportunément la philosophe américaine, Katleen Norris.

C’est clair, parallèlement à la verticalité en place, il nous faut développer une plus grande horizontalité. Les traditions sont des « aides à mieux vivre ensemble » sans cesse à améliorer et en cela, constituent des suites de progrès qui traversent le temps. D’autres sont toujours à créer. La Tradition maçonnique, en tant que modèle de communication, peut relever ce défi. C’est à dire, nous entraîner à venir en loge apporter et chercher du désir, dont je parlais plus haut : cette fois du désir d’être, de penser, de faire, de partager, d’aimer, bien entendu. En toute liberté, mais aussi, en toute loyauté. Donner c’est recevoir, et inversement.

Pour les hommes et les femmes responsables de la cité, dont nous faisons partie par notre engagement même, encore et toujours, demain reste à inventer. Parce que, quoi qu’en pensent les pessimistes, la franc-maçonnerie, sur les bases précitées, est bel et bien toujours une tradition d’avenir ! Certes, nous n’empêcherons pas que notre Ordre fraternel puisse être perçu comme une chimère et nous de joyeux rêveurs. Pourtant, hier, un équipage comprenant le cosmonaute franc-maçon américain Eldwin Aldrin est allé sur la lune. A côté du drapeau américain, il y a planté un fanion porteur de l’équerre et du compas. Demain, d’autres cosmonautes iront sur Mars. Après-demain sur Vénus. L’inaccessible étoile est en vue ! La voûte étoilée de nos ateliers ne nous dit pas autre chose, lorsque nous levons les yeux vers elle. L’utopie est l’anti-chambre du réel !

« Au volant de ma voiture, vers mon domicile, vogue mon imaginaire. Il me revient l’image et les échos d’une loge que je fréquente, en banlieue parisienne. Une des plus anciennes de France, fondée en 1688, implantée bien avant les Constitutions maçonniques, et digne héritière des traditions militaires irlandaises. En fin de dîner, après nos « travaux masticatoires », monte la voix d’un ancien, vétéran de ce lieu chargé d’histoire. Je l’entends lancer joyeusement la devise qu’il lui a offerte et reprise en chœur par l’assistance. Avec et sans jeu de mots, elle définit à mes yeux et mes oreilles, les buts même de l’Art Royal : SEMER, ESSAIMER ET S’AIMER ! ».

07/10/23 : Dixièmes rencontres de l’Académie Maçonnique Provence à Marseille

Le Château Saint-Antoine à Marseille (Bouches-du-Rhône) accueillera, le samedi 7 octobre de 10 heures à 17 heures, les Xes Rencontres de l’Académie Maçonnique Provence pour une instruction au 3ᵉ degré par les Grands Maîtres.

L’Académie a souhaité mettre en valeur cette étape symbolique.

C’est pourquoi ils ont demandé aux Grands Maîtres des obédiences qui ont été les plus fidèles depuis le début de venir présenter une « Instruction au 3ᵉ degré» sur le sujet de leur choix.

Académie Maçonnique
Académie Maçonnique

Vous l’avez compris, il ne s’agit pas pour eux de nous présenter leurs obédiences respectives et leurs projets, mais bel et bien de traiter au 3ᵉ degré d’un sujet symbolique et spirituel.

Académie Maçonnique Provence aura le plaisir et le grand honneur d’accueillir : Lionel LETURGIE, Conseiller du Rite Écossais Rectifié de la Grande Loge Symbolique et Traditionnelle Opéra,

Michel Meley.

Michel MELEY, Grand Commandeur de la Fédération du DROIT HUMAIN, Christian ROBLIN, Président du Collège Maçonnique et Thierry ZAVERONI, Grand Maître de la Grande Loge de France.

Ils répondront à cette juste et parfaite interrogation :

« Comment le 3e degré nous aide-t-il à forger notre évolution initiatique ? »

Le thème des interventions de chacun :

  • Thierry ZAVERONI, Grand Maître de la Grande loge de France, interviendra sur « Comment le 3e degré nous aide-t-il à forger notre évolution initiatique ? » ;
  • Michel MELEY, Grand Commandeur de la Fédération du DROIT HUMAIN, nous parlera de « Maître, qu’est-ce à dire ? » ;
  • Lionel LETURGIE, Conseiller du Rite Écossais Rectifié de la Grande Loge Symbolique et Traditionnelle Opéra nous entretiendra de « L’expression symbolique et emblématique du passage au grade de Maître (REEA-RER-RF) ».

La journée se déroulera comme à l’accoutumée avec deux interventions dans la matinée et deux autres dans l’après-midi à la suite des agapes fraternelles.

Christian Roblin
Christian Roblin

L’intervention de Christian ROBLIN, en plus d’être une synthèse ouverte et vivante des trois premières conférences, visera à ouvrir un large et vaste temps d’échanges entre les participants et les conférenciers.

C’est à une grande première que nous vous invitons et nous avons hâte de vous accueillir…

Les infos de l’Académie

La journée est gratuite pour les abonnés 2023 de l’Académie Maçonnique Provence ou des autres Académies régionales. Pour les non-abonnés, la participation aux frais est de 25 €.

Nous avons aussi le plaisir de te proposer de t’abonner ou de renouveler ton abonnement annuel à nos activités :

L’abonnement annuel est inchangé (35 €) et te donnera accès gratuitement (hors repas) aux rencontres de l’année 2023 ainsi qu’aux manifestations organisées par les Académies de Lyon, Lille, Toulouse et Paris.

Le repas (entrée, plat, fromage, dessert, café et boissons) sera servi en salle humide et le montant du triangle est de 20 €.

Je m’inscris aux Xᵉˢ Rencontres du samedi 7 octobre 2023.

Alain Boccard, Président de l’Académie Maçonnique Provence souhaite, ainsi que son équipe, à tous les Frères et Sœurs Maîtres une très belle fin d’été.

Par ailleurs, nous vous informons que les ouvrages coédités par les Éditions Ubik et l’Académie Maçonnique Provence  sont toujours disponibles en cliquant ICI :

David Taillades : Aperçus sur les origines médiévales de la Franc-maçonnerie

Alain-Noël Dubart: La Franc-maçonnerie entre passé et avenir

Marc Halévy, Après la Modernité, quelle Franc-maçonnerie ?

Marc Halévy, Kabbale et Franc Maçonnerie.

Louis Trébuchet, Le désir des collines éternelles

Louis Trébuchet, Appel aux racines spirituelles du REAA

Michel Fromaget, Corps, Âme, Esprit: Liberté, Vérité, Beauté

Solange Sudarskis, Il était une fois un mythe, Hiram

Jean-François Guerry, Exercices spirituels antiques et Franc-maçonnerie

Claire Reggio: Temple et lumière, une question d’orientation ?

Château Saint-Antoine, Marseille
Château Saint-Antoine, Marseille

Infos pratiques : Château Saint-Antoine, 10 Boulevard Jules Sébastianelli – 13011 Marseille

Les ouvriers d’Hiram Abiff : l’ignorance

De notre confrère elnacional.com – Par Mario Munera Muñoz PGM

« La véritable ignorance n’est pas l’absence de connaissance, mais le refus de l’acquérir »

Karl Popper, philosophe et professeur autrichien

À propos de l’ignorance, le Livre de la Loi dit ceci : « Là où il n’y a pas de prudence, qui est la science de l’âme, il n’y a rien de bon ; et celui qui marche avec hâte trébuchera » (Proverbes 19 : 2). Au sujet de « l’ignorance », pour y réfléchir, nous tombons sur quelque chose de la plus haute importance : « Nous sommes tous ignorants », donc la seule façon de sortir de l’ignorance est d’enquêter ou d’étudier le sujet que nous ignorons. Et peu importe combien nous étudions et atteignons des connaissances élevées, nous restons ignorants. 

On dit que nous pouvons avoir une mer de connaissances, mais d’un millimètre de profondeur. La franc-maçonnerie est une institution d’apprentis éternels. Faire une analogie : Dans la lagune, la connaissance stagne, mais dans les rivières, la connaissance circule différemment à chaque instant, c’est-à-dire la connaissance. 

Les soi-disant scientifiques sont instruits sur un sujet précis, mais ils ignorent le reste. Les grands philosophes ont traité du thème de « l’ignorance », Socrate arrive à la conclusion que « je sais seulement que je ne sais rien », c’est la sagesse. Nous serons toujours éternellement ignorants, et c’est là que j’ai compris pourquoi il y a une phrase dans la Franc-Maçonnerie, où par l’usage et la coutume il est dit : « nous sommes d’éternels apprenants », car nous sommes un ordre où l’on étudie les sciences, on trouve toujours quelque chose de nouveau qui est sujet à évolution ou à changement. On vient à la Franc-Maçonnerie pour apprendre ce qui est « appréhendé », cela veut dire qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, on arrive seulement à ce plan voilé et il faut le découvrir pour ouvrir la conscience. La connaissance est une chose, et l’objet de la connaissance en est une autre, qui est sujet à évolution ou à changement, nous sommes à la recherche de la première. Les connaissances initiatiques ont toujours été les mêmes, il faut les révéler, cependant la connaissance de l’Univers et de ses lois est sujette à changement. L’ignorance (du verbe « ignorer », du latin ignorare, « ne pas savoir » ; dérivé négatif de la racine gnō- de (g) noscere, « savoir ») est un concept qui indique un manque de connaissances ou ou d’une expérience. L’ignorance a à voir avec l’absence ou l’incapacité de comprendre ou de reconnaître la connaissance, nous n’avons pas tous les mêmes niveaux d’états de conscience. 

Le plus remarquable est que les êtres humains sont conscients de leurs limites en matière de connaissances et que la création d’écoles et d’universités était nécessaire pour avoir accès aux disciplines académiques. « C’est inné chez l’homme de vouloir savoir. Mais rares sont ceux qui s’engagent sur la voie de la science, et encore moins ceux qui y parviennent. » (Francisco Sánchez, le sceptique de Tudense du XVIe siècle). 

Nous pouvons parcourir le chemin de l’apprentissage des sciences et de la philosophie, mais en ayant la simplicité d’accepter nos limites d’ignorance. Pour qu’il y ait du savoir, il faut d’abord qu’il y ait de l’ignorance, car si nous abordons le savoir académique avec fierté, il est certain que nous continuerons dans l’ignorance. Pour acquérir la connaissance, nous devons avoir une attitude de simplicité et d’humilité pour la recevoir, sinon nous pouvons la déformer. Je veux dire par là que « l’ignorance » n’est pas négative, nous avons toujours besoin de quelqu’un pour nous instruire, même si nous maîtrisons quelque chose d’académique. L’ignorance s’applique également aux personnes qui ne possèdent pas ou n’ont pas accès à la connaissance des choses, qui manquent d’instruction ou d’éducation. Habituellement, « l’ignorant » est naïf ou innocent. Il y a des gens qui agissent par « ignorance » et d’autres qui agissent par sagesse . Aristote déclare : « l’ignorant affirme, le sage doute et réfléchit ». 

Il y a des gens qui ont une sagesse innée, sans avoir reçu de connaissances, avec un niveau de conscience très élevé, acquis au cours de leurs cycles de vie précédents, ce qui est remarquable chez les philosophes anciens. L’ignorant le plus dangereux : celui qui ne sait pas qu’il ne sait pas. Et Socrate nous dit aussi : « La vraie sagesse consiste à reconnaître sa propre ignorance », comme le dit sa célèbre phrase : « Je sais seulement que je ne sais rien ». Platon a fait des réflexions sur l’ignorance, et l’une d’entre elles est : « L’ignorance consiste à croire aux apparences (ombres) et à dépendre des sens pour savoir. » Et on lit l’exemple dans le « mythe » de la « Caverne » (La République). Dans « le mythe de la Grotte », Platon affirme que la connaissance du monde apparent (ignorance) est différente de la connaissance réelle, c’est pourquoi le prisonnier (métaphore) de la grotte échappe à « l’ignorance » vers la « connaissance ». Socrate assurait qu’« il n’y a qu’un seul bien : la connaissance. Il n’y a qu’un seul mal, l’ignorance ». 

Socrate pensait que l’homme se comporte mal parce que : « il est ignorant, c’est-à-dire parce qu’il interprète mal le bien ou le mal » (le dialogue Ménon). Le côté négatif de l’extrême ignorance est qu’elle nous asservit et nous rend dépendants de quelque chose ou de quelqu’un, donc la connaissance nous donne autonomie et liberté. 

Deux phrases très remarquables de Simón Bolívar sur l’ignorance : « Un peuple ignorant est un instrument aveugle de sa propre destruction » et « Ils nous ont dominés plus par l’ignorance que par la force ». En conclusion, il existe trois types d’Ignorance : « ne pas savoir ce qu’il faut savoir, mal savoir ce qu’on sait et savoir ce qu’il ne faut pas savoir » (François de La Rochefoucauld XVIIe siècle). 

L’être humain est un ignorant vivant doté de connaissances, c’est ce qui lui a permis de survivre sur ce plan. L’ignorance le blesse et l’oblige à rechercher la connaissance. L’histoire nous le raconte à travers les âges. « Je n’ai jamais rencontré une personne si ignorante qu’on ne puisse apprendre quelque chose de lui » (Galileo Galilei). Chacun de nous arrive à ce plan, plein d’ignorance et de naïveté, mais nous avons créé un processus d’enseignement qui nous aide à sortir progressivement de l’ignorance, en levant le voile pour ouvrir la conscience.

SCANDALE : « Une Soeur du GODF égorge des Coqs dans les cabinets de réflexion »

Durant les deux derniers convents du Grand Orient de France, deux Frères se sont courageusement dévoués en montant au lutrin, pour dénoncer ce qu’on peut considérer comme un scandale sanitaire et initiatique. En effet, comment imaginer que dans ce sanctuaire de la laïcité, ce Vatican de l’anticléricalisme qu’est le GODF, une Soeur Vénérable Maître, ait pu s’autoriser à pratiquer un Rite Vaudou, qui comme chacun le sait, consiste à égorger des poulets, sans parler des poupées chiffon remplies d’aiguilles à l’effigie du Grand Maître ? Il est vrai que les poulets se font assez rares rue Cadet, il y a fort à parier que la fautive s’est rabattue sur le coq trônant dans les cabinets de réflexion.

La rédaction de 450fm à voulu en savoir plus sur cette ténébreuse affaire. Elle a donc mené l’enquête en rencontrant la Soeur Vénérable Maître en question. Durant une heure, 450fm l’a cuisinée afin de vous en dire plus sur ses motivations profondes. Nous vous livrons l’intégralité de cette interview. L’identité de la Soeur n’est pas révélée dans ce témoignage afin de protéger son statut professionnel dans le monde profane. Nous appellerons donc notre Soeur Marie D.

450fm : Bonjour Ma Soeur Marie D. veux-tu te présenter ?

Marie D. : Merci de m’accueillir aujourd’hui et très heureuse de participer à votre article. Je suis donc une Soeur d’une quarantaine d’années et je suis Franc-maçonne depuis 21 ans. J’ai été initiée à la GLFF, puis 15 ans plus tard, j’ai rejoint le GODF afin de rendre mes combats de société plus concrets. Je partage ma vie entre la France où je suis née, la Laponie qui est la terre de ma grand-mère maternelle, qui était une autochtone Samie, c’est d’ailleurs elle qui m’a initiée au chamanisme et le Bénin, où j’ai été initiée à la philosophie Vaudoue.

450fm : Pourquoi le Bénin ?

Marie D. : Parce que je suis bénévole pour une ONG qui se nomme « Électriciens sans Frontière ». On y installe des centrales solaires dans le sud du pays.

Dans le monde profane, je suis secrétaire générale d’un grand fonds destiné à la création d’emploi. J’ai également enseigné la démarche inter culturelle en entreprises à Sciences po Paris. pour les plus précaires.

Côté formation, j’ai passé un doctorat d’économie au Bénin sur le thème du Vaudou dans les modèles économiques de l’Ouest africain. Pour comprendre pourquoi là-bas, parce que c’était une école doctorale systèmiste.

Durant mes études, j’ai observé que les symboles du Vaudou étaient les mêmes que ceux de mon enfance en Laponie, ceux enseignés par ma grand-mère. Ma question fut donc : « Et si cette histoire de symboles était universelle ? ». Le plus amusant est que c’est le Bénin qui m’a conduite indirectement à la Franc-maçonnerie, car en rentrant en France, je suis allée voir mon père pour lui en parler. Je lui ai dit, « je veux devenir maçonne, aide-moi STP ». A l’époque, je venais juste d’intégrer Sciences Po Paris.

Rue Cadet à Paris siège du GODF
Rue Cadet à Paris siège du GODF

Mon père est Franc-maçon du GODF depuis 50 ans et parmi ses 5 enfants, je suis la seule à être entrée en Loge. Il n’a jamais fait de prosélytisme. Lorsque je lui ai demandé son avis, il m’a répondu « Oui, je veux bien t’aider, mais à condition de rentrer chez les Sœurs de la GLFF ». A cette époque, le GODF n’initiait pas encore les femmes. Ainsi, j’ai passé 15 ans de bonheur avec mes Sœurs de la Cité du couvent. Cela m’a d’ailleurs permis de participer à la création d’une Loge russe.

 J’ai donc pu ensuite faire un parallèle évident entre les 3 voies initiatiques Maçonnerie / Vaudou / Chamanisme.

450fm : Donc tu es une sorte de sorcière très instruite (rire), mais pourquoi avoir choisi le GODF ?

Façade du GOdF à Paris
Façade du GOdF à Paris 9e rue Cadet. Intérieur allumé.

Marie D. : Il est vrai que mes diplômes me confèrent un certain crédit lors de mes conférences. Pour ce qui est du GODF, comme il était devenu mixte et pas seulement mixte de genre, mais plutôt une mixité d’idées, cela m’a paru évident. Ensuite, les loges sont censées être souveraines et enfin, j’avais besoin de m’épanouir avec une maçonnerie sociétale.

450fm : Tu as été initiée aux 3 voies que sont : Maçonnerie / Vaudou / Chamanisme. Quel est le lien entre ces 3 voies ?

Marie D. : J’ai réalisé un documentaire filmé sur le vaudou pratiqué au sud du Bénin. Il a été présenté l’an dernier à l’UNESCO . A chaque conférence, on me pose cette même question « Comment être Chaman et pratiquante du Vaudou en même temps ? » La réponse est simple : Ce sont les mêmes symboles et les mêmes approches de la conception du monde. En revanche, pour ce qui est de la maçonnerie, elle est moins spirituelle, du moins dans mon Obédience, mais elle s’inscrit pourtant dans le courant des voies d’introspection et d’amélioration de soi-même.

450fm : Est-ce le même chemin et la même finalité entre les 3 ?

Marie D. : Non pas exactement, ce n’est pas la même voie, ni le même aboutissement. Pour l’exemple, dans le chamanisme et dans le Vaudou, on considère que le monde visible et le monde invisible sont exactement au même plan. En maçonnerie, de par l’influence de la pensée occidentale, le matérialisme influence fortement l’esprit et lui vole sa place. Le maçon travaille avec son esprit différemment, car il est influencé par la pensée chrétienne qui place l’homme au sommet de la hiérarchie des espèces.

450fm : Tu es Vénérable Maître d’une Loge du GODF, peut-on la citer ?

Pierre Brossolette à Londres, 29 septembre 1942

Marie D. : Oui tout à fait, il s’agit de la Loge « Pierre Brossolette Terre des hommes », qui est née de la réunion de deux Loges, juste après la dernière guerre. Ce sont deux Loges d’Alsace-Lorraine qui ont fusionné pour se réconcilier, suite à la collaboration de certains membres des deux Loges et de la participation à la Résistance d’autres membres de ces mêmes deux Loges. Ainsi, en 1946, elles décidèrent de fusionner pour repartir à zéro et reconstruire sur une base de paix et de Fraternité. Aujourd’hui, nos trois piliers sont : Résister, relier et transmettre. Nous sommes au Grand Orient une des seules Loges à porter sur le cordon un liseré bleu/blanc/rouge. Notre Atelier défend ardemment la mixité d’idées. Nos origines, nos métiers ou nos cultures constituent une complémentarité qui produit un bouillon de culture incroyable.

450fm : Lors de ta première année, tu as mis sur pied un projet sur les peuples autochtones dans ta Loge. Raconte-nous !

Photographie de Sami nomades prise entre 1900 et 1920.

 Marie D. : Oui en effet, on m’a demandé de préparer un travail sur le thème des peuples autochtones. Comme je suis moi-même issue du peuple Sami, j’étais un témoin idéal pour en parler. Avant de lancer une enquête auprès des peuples autochtones, nous devions construire un argumentaire, afin d’expliquer ce que nous voulions offrir. Alors nous avons produit une planche qui a été présentée dans le Temple Groussier sur la situation des peuples autochtones aujourd’hui dans le monde. Nous y avons rajouté un complément avec la différence qui existe entre la spiritualité des peuples autochtones avec celle des pays occidentaux. Le but était d’essayer de mieux les comprendre. Bien évidemment, la finalité était de voir comment la Franc-maçonnerie se positionnait dans tout cela.

A notre plus grand étonnement, ce sujet a provoqué ce qu’on cherche habituellement à fuir, c’est à dire les passions. Nous avions d’un côté les encouragements avec les admirateurs, et de l’autre, nous avions les opposants qui affirmaient que ce sujet n’a absolument rien à voir avec la Franc-maçonnerie du Grand Orient de France. Cela nous a donc encouragé à organiser cette Tenue dans le grand Temple Groussier avec 280 places. Ce fut un succès avec 15 pays participants et nous avons eu le soutien de la Commission Nationale du Développement Durables du GODF.

Face au succès de cette action, nous avons décidé de rendre cette planche nomade. Elle a donc circulé tout au long de l’année. Nous en sommes maintenant à 138 contributions. Nous sommes donc très fiers du résultat et ce n’est qu’un début. Nous sommes actuellement en train de préparer la suite avec une grande manifestation si possible au parlement européen.

450fm : Parlons maintenant des oppositions

Marie D. : Comme je le disais, nous avons reçu de nombreux messages de félicitations et d’encouragements. Mais nous avons aussi reçu des messages de critiques, affirmant que nous étions dans une démarche dangereuse de New Age, que nous égorgions des coqs en loge. Le plus insolite est qu’à aucun moment, nous avions abordé ce thème du Vaudou qui reste une activité intime et personnelle, dont je ne parle jamais en Loge.

450fm : Ce sujet des autres pratiques initiatiques serait-il tabou ?

Marie D. : Pour certains maçons du GODF oui, cela semble évident. Pourtant, je suis invitée à conférencer sur le thème de mes trois voies initiatiques dans une Loge de la GLFF le 9 octobre prochain. Ce n’est donc pas un problème général, il ne touche que quelques maçons trop chatouilleux avec ce qu’ils ne comprennent pas. Ainsi, je présenterai mon film et ferai une conférence.

J’ai déjà eu l’occasion de présenter cette conférence à la Fraternelle des écrivains maçonniques et l’auditoire fut enchanté de cet échange. Je confirme donc qu’il s’agit de cas isolés qui se sont enfermés dans la peur de l’inconnu. Certains font même des fixations au point de nous adresser des menaces dont nous avons gardé les écrits.

Nous étions accusés d’égorger des coqs ou de planter des aiguilles dans des poupées de chiffon.

Un délire absolu. Lors d’un échange verbal, j’ai même entendu un Frère m’accuser personnellement de vouloir faire la promotion du Vaudou en France. Nous sommes revenus au temps de la chasse aux sorcières. Une sorte d’islamisme du vaudou en quelque sorte. J’ai vécu cela comme une réelle discrimination envers mes origines ethniques.

450fm : Veux-tu nous parler des deux interventions lors des deux derniers convents ?    

Marie D. : Oui en effet, lors des deux derniers convents, deux Frères différents sont montés au lutrin pour prendre la parole durant les 60 secondes autorisées, afin de s’élever contre la Commission du développement durable, à laquelle j’étais associée. L’argument reposait sur le fait que

« la question des peuples autochtones n’avait rien à faire là. De plus, vous vous rendez compte, si maintenant on égorge des coqs en Loge rue Cadet, où allons-nous ? A quand les initiations Vaudou au GODF ? »  

450fm : Cela a il généré du tort à ta cause ?

Marie D. : En fait, ces deux interventions ont provoqué un effet inattendu. Une vague de soutien est apparue et j’ai reçu de nombreux messages d’encouragements. La résilience de cette grande maison qu’est le Grand Orient de France m’a prouvé qu’il existe divers courants en action en interne. Il y a ceux qui s’approprient la Franc-maçonnerie de la rue Cadet pour propager leurs idées soi-disant progressistes, mais qui sont en fait des idées syndicales ou simplement politiques. Ils ne voient pas d’un bon œil arriver des loges avec une démarche initiatique sincère. Cela risque selon eux de brouiller leur message partisan. Ils ont tout simplement pris en otage la Franc-maçonnerie de notre obédience pour servir une cause idéologique fort éloignée de notre idéal de fraternité.

Nous sommes très heureux de constater qu’actuellement la masse des soutiens nous propulse et rend notre message audible. C’est sur cette vague que je souhaite plutôt surfer pour le futur. Ce qui se passe actuellement m’incite à continuer dans cette voie. Pour l’exemple, lorsque je suis montée à mon tour au lutrin, ce ne fut aucunement pour me justifier.

J’ai utilisé mes 60 secondes pour encourager nos soutiens à continuer et les rassurer sur notre détermination.

Ce fut un bon choix, car un des deux opposants monté à la tribune, vient d’entamer avec nous un dialogue et nous allons probablement travailler ensemble très bientôt. C’est la preuve que les esprits peuvent s’ouvrir dans le bon sens. Tous les espoirs sont permis.

450fm : Peux-tu nous dire quelle va être ton action maintenant ?

Marie D. : Notre Obédience repose sur les deux piliers que sont le sociétal et l’initiatique. Mon message concernant les peuples autochtones s’inscrit parfaitement sur ces deux volets. Lors du discours d’installation du nouveau Grand Maître Guillaume Trichard, il a été très clair, il s’agit de faire barrage à l’extrême droite. Partout en Europe, elle s’installe, même la Finlande a basculé. Nous aurons des élections européennes en juin prochain. L’enjeu du dernier peuple autochtone, c’est à la fois un problème climatique et un enjeu économique. Le Grand Orient est très attaché à la question européenne. Il y a donc une passerelle directe entre l’Obédience et les peuples en voie d’extinction.

L’autre question concerne l’aspect philosophique. L’intégration des cultures différentes est une condition générale de survie pour tout le monde. Pour l’exemple, chez les Samis, la vision du monde est fondamentalement différente. Il est important de rappeler que le verbe avoir n’existe pas, il est remplacé par le verbe « être avec ». Dans ces conditions, comment voulez-vous établir des contrats de concession des terres ?

En terme philosophique, faut-il penser le monde en modèle pyramidal, tel que nous le connaissons ou le concevoir en système ? Là est la question ! 

450fm : La Franc-maçonnerie serait-elle en danger ?

Marie D. : En effet, c’est la question qui est au cœur de cette réflexion, car toute notre philosophie et notre mode de pensée se sont bâtis sur le principe aristotélicien d’un Homme au centre de la terre, elle-même au centre de l’univers. Nous voyons clairement le résultat écologique et social de ce mode de pensée. Plutôt que de répéter en boucle des mantras sur la séparation du religieux et du laïc dans la société, il serait utile de pousser la réflexion de manière plus profonde sur la toile de fond de notre logiciel de pensée qui mérite d’être reconsidéré. Dans la mesure où nos mythes ou encore nos rituels sont toujours d’actualité, il ne suffit pas de grand-chose pour que la Franc-maçonnerie reprenne pied dans la réalité nouvelle qui balaye actuellement le monde. Cela nous permettra ainsi de devenir plus audibles auprès du grand public.

Comme nous avons l’habitude de l’entendre dans les Loges, il faut consacrer son énergie à bâtir des ponts plutôt que d’ériger des murs.

450fm : Avant de conclure, peux-tu nous dire quel regard tu portes sur le fait que la maçonnerie se polarise sur son passé ?

Marie D. : Je n’oppose pas le passé au futur. Nous devons intégrer le passé, le présent et le futur. Pour l’exemple, depuis l’an dernier nous collaborons avec une Loge formidable de Vitry-le-François. Celle-ci à un lourd passé et pour l’intégrer dans ses travaux, elle a creusé une trappe sous le pavé mosaïque qui coulisse et qui laisse apparaitre une plaque de verre au travers de laquelle on peut observer les urnes des passés Vénérables Maîtres de la Loge. Cela signifie que pour elle, le passé, le présent et le travail sur le futur sont intimement liés.

Ainsi, cette expérience doit nous permettre de comprendre et de tirer des conclusions sur notre histoire, pour aller de l’avant. Ce n’est pas une question de choix, mais plutôt une question de nécessité. Pour ma part, la Franc-maçonnerie est comme une société autochtone. Il s’agit, grâce au passé de préparer le futur. Ce n’est pas encore le cas et je participe activement à ce travail. Comme d’habitude, c’est par le chaos que nous allons nous diriger vers les changements nécessaires. La Franc-maçonnerie possède une méthodologie, une façon de gérer les problématiques, une répétition de l’histoire, qui sont selon moi, modernes et totalement d’actualité. Ce qui ne va pas, c’est que nous sommes déconnectés du monde.

Pour aller plus loin, le principe de fraternité est totalement commun et actuel aux besoins de notre société. L’idée de chaine d’union peut être comparable au principe des réseaux sociaux. Les Rituels sont présents au quotidien de chacun, tout comme ils le sont dans les loges. Cela démontre clairement que la Franc-maçonnerie est très contemporaine par ses outils et sa méthodologie.  

450fm : Tu descends de charge dans quelques mois, que feras-tu après ?

Marie D. : Ma Loge étant souveraine, j’ai le mandat de continuer l’animation de cette action afin de porter le flambeau. J’en suis l’ambassadrice en quelque sorte.

450fm : Comment vois-tu la FM dans 10 ans ?

Marie D. : 3 propositions, nous sommes dans un virage et j’aimerais qu’on soit plutôt à un carrefour.

  • la première est le scénario catastrophe, avec une extrême droite au pouvoir qui anéantirait nos institutions.
  • La deuxième, plus optimiste avec une maçonnerie de réflexion utile, dont les idées filtreraient dans la société.
  • la troisième, ce serait l’immobilisme et l’attente et cette solution serait en réalité comme la première.

Ce sont les maçons qui ont leur avenir entre leurs mains. J’ai longtemps cru qu’il y avait des gentils et des méchants qui nous empêcheraient de faire avancer les choses.

En réalité, les seuls méchants sont ceux qui restent assis dans les loges à roupiller et ne se bougent pas pour faire avancer les choses.

J’ai tenté d’identifier une quelconque autorité qui nous restreindrait dans nos actions. Je n’ai rien vu de cela. En revanche, j’ai vu beaucoup de Frères les bras croisés ou à faire de la parlotte, en attendant que les choses bougent d’elles-mêmes.

Pour ma part, j’ai décidé de me mettre en action et qui m’aime me suive.