Le procès des Templiers est sans doute l’un des plus célèbres de l’Histoire. En Touraine, au cours de l’année 1308, les Templiers furent emprisonnés à la forteresse de Chinon. Ce fut notamment le cas du grand maître Jacques de Molay.
Août 1308…Le destin de l’ordre des Templiers est scellé par le roi Philippe le Bel. A Chinon, le Grand Maître Jaques de Molay et ses chevaliers sont interrogés pendant plusieurs jours à la forteresse. Malgré la protection du Pape Clément V, beaucoup de chevaliers Templiers seront torturés, condamnés ou exécutés…
Dans la plupart des spiritualités, l’éléphant représente la force et le pouvoir. Si vous cherchez à avoir un certain équilibre, la stabilité et la sécurité dans votre vie, voir ou rêver d’un éléphant ne peut que présager de bonnes choses !
Introduction
L’éléphant est une créature majestueuse et emblématique qui suscite l’admiration et l’émerveillement. Au-delà de sa présence imposante, l’éléphant possède également de profondes significations spirituelles dans de nombreuses cultures à travers le monde. Dans cet article, nous explorerons les différentes significations spirituelles associées à cet animal fascinant.
Les traits positifs de l’éléphant comme animal spirituel
Si vous avez l’éléphant comme animal spirituel, considérez-vous également comme extrêmement intelligent. Vous êtes sage et intuitif, et vous n’avez pas besoin que tout soit expliqué pour que vous le compreniez. Vous ressentez les choses à un niveau plus profond et vous réagissez aux choses à partir de cette profondeur d’émotions. Vous vous battez pour ceux qui sont trop faibles pour se battre et qui sont impuissants face à leur situation.
Vous possédez une affinité avec les gens et vous le démontrez en étant loyal, sensible et sympathique. Malgré les difficultés et les situations moins qu’idéales, vous restez fidèle et inébranlable et voyez toujours le bien en chacun.
Comme votre animal spirituel l’éléphant, vous êtes naturellement responsable même à un jeune âge. Prendre soin des gens, jeunes et vieux, et même risquer votre vie juste pour garder quelqu’un hors de danger vous rend heureux. En raison de votre persévérance, de votre engagement et de votre confiance en vos capacités, vous pouvez facilement faire tout cela !
Laissez-vous inspirer par votre animal spirituel qui surmonte les défis et écrase les difficultés avec sa taille et son attitude. Utilisez vos aptitudes à sympathiser avec autrui pour faire disparaître les différences au sein de votre famille, dans vos rapports personnels ou professionnels.
L’éléphant aime les chercheurs et les étudiants, et il se manifeste souvent à un moment où vous vous concentrez sur ces types d’objectifs dans votre vie, de façon naturelle ou métaphysique.
Les Africains vénéraient également l’éléphant, l’honorant comme représentant la coopération, la vivacité mentale, la longue vie, l’endurance et la dévotion. Selon les coutumes africaines, ces pachydermes sont en réalité les chefs de la forêt et la réincarnation d’anciens souverains. Parmi les autres symbolismes liés à l’éléphant sur le continent noir, il y a la joie, la chance, le leadership, le courage et l’équilibre.
Le symbolisme de l’éléphant, animal spirituel
Lorsque l’éléphant se manifeste à vous en tant qu’animal spirituel et guide, le message est généralement celui de la connectivité.
Avez-vous perdu l’intimité avec les gens de votre maison ? Avez-vous été laxiste à rester en contact avec votre famille ? Avez-vous médité et développé vos compétences empathiques/télépathiques afin d’être à l’écoute de votre tribu au plus profond de votre « être » ? Telles sont les questions que suscite l’éléphant.
Ceux qui luttent avec des problèmes sexuels peuvent trouver que l’éléphant apparaît comme un compagnon d’aide pour la transformation. L’éléphant élargit votre conscience de tous vos sens (et sensualité).
L’Éléphant, animal Totem
Ceux qui sont nés avec un Totem Éléphant deviennent naturellement responsables et redevables même lorsqu’ils sont jeunes. Vous vous sentirez attiré par les soins aux anciens de votre tribu ainsi qu’aux enfants.
Lorsqu’un membre d’un troupeau d’éléphants est blessé, les autres risquent leur propre vie pour mettre leur camarade tombé en sécurité. Si vous avez choisi l’éléphant comme animal totémique, le sens du devoir de ce puissant animal peut vous aider à survivre, ainsi que ceux à qui vous êtes fidèle.
Lorsque vous avez un Totem Éléphant, le fait d’être social est quelque chose d’essentiel à votre bien-être. C’est dans votre nature de vous connecter aux gens et également aux animaux. Notez qu’il ne s’agit pas du type proverbial d’interaction sociale « papillon ». L’éléphant est sensible, déterminé et fidèle au cercle qu’il rassemble.
L’un des grands cadeaux de votre Totem éléphant est la capacité de traverser les défis et les blocages en utilisant ses énormes défenses. Il est intéressant de noter que les éléphants utilisent non seulement des défenses pour se déplacer dans la brousse, mais aussi pour déterrer de la nourriture. Vous êtes, comme votre Totem, un fournisseur naturel qui utilise la confiance, la persévérance et l’engagement comme outils pour gagner.
L’éléphant comme animal totem
L’Éléphant, animal de puissance
Il existe de nombreuses situations dans lesquelles vous voudrez peut-être tendre la main à l’éléphant en tant qu’animal de puissance. L’une est lorsque vous avez des conflits et des querelles dans la famille. L’éléphant vous offre l’empathie nécessaire pour voir tous les côtés et construire un pont harmonieux.
Une autre bonne application de l’énergie des éléphants est de vous aider à retracer votre patrimoine. Dans ce monde, vos ascendants et descendants sont à la base de l’environnement et de la dynamique de votre clan. Dans le monde spirituel, vos vies passées ont des enseignements qui peuvent résoudre les questions actuelles, les difficultés ou fournir des conseils sur les décisions. Laissez l’éléphant vous aider sur ces chemins.
Enfin, invoquez l’éléphant en tant qu’animal de puissance lorsque vous avez besoin d’aide pour évoquer l’ancienne sagesse et les messages du Divin. En raison de leur taille et de leur couleur grise, les éléphants ont longtemps été comparés aux nuages. L’énergie des éléphants peut vous aider à découvrir les secrets et les connaissances ésotériques cachés dans ces brumes célestes.
L’éléphant comme symbole d’un animal celtique
Il y a très peu dans les écrits celtiques sur l’éléphant, sauf pour une bataille dans laquelle Antiochus I de Séleucis a utilisé des éléphants au combat (275 avant notre ère). Cela a naturellement choqué les Celtes qui ne connaissaient pas la créature. Cette anecdote historique donne à l’éléphant le symbolisme d’une surprise imprévue.
Lorsque l’éléphant apparaît dans vos rêves, il présage un obstacle à surmonter, en particulier dans les relations. Vous devrez peut-être également assumer un nouveau rôle de responsabilité dans votre famille.
La Signification spirituelle des éléphants
En ce qui concerne la signification spirituelle de l’éléphant, le message peut avoir quelque chose à voir avec votre capacité à vous connecter avec quelqu’un d’autre. Vous perdez l’intimité avec votre partenaire ? Y a-t-il quelqu’un dans votre vie avec qui vous avez perdu le contact ? Vous devrez peut-être prendre un certain temps pour méditer et affiner vos compétences empathiques.
De cette façon, vous serez plus à l’écoute des gens autour de vous au niveau le plus profond.
Eléphant habillé en tenue traditionnelle indienne
Symbole de la force et de la puissance
L’éléphant est souvent considéré comme le symbole ultime de la force et de la puissance. Sa taille imposante et sa capacité à soulever de lourdes charges en font un animal impressionnant. Dans de nombreuses traditions, l’éléphant est associé à la force intérieure et à la capacité de surmonter les obstacles avec détermination.
Symbole de la sagesse et de l’intelligence
L’éléphant est également considéré comme un symbole de sagesse et d’intelligence. Sa réputation d’animal intelligent est bien méritée, car il est capable de résoudre des problèmes complexes et de se souvenir de certaines informations pendant de longues périodes. Dans de nombreuses cultures, l’éléphant est vénéré comme un être doté d’une grande sagesse et d’une capacité à guider les autres sur le chemin de la connaissance.
Symbole de la longévité et de la persévérance
La longévité de l’éléphant est légendaire, et il est souvent associé à la persévérance et à la résilience. Les éléphants vivent généralement plus longtemps que de nombreux autres animaux, et leur capacité à surmonter les défis de leur environnement fait d’eux un symbole de résistance et de ténacité.
Symbole de la bienveillance et de la protection
Dans de nombreuses cultures, l’éléphant est considéré comme un symbole de bienveillance et de protection. On dit que les éléphants sont attentifs aux membres de leur troupeau et qu’ils veillent les uns sur les autres. Cette qualité fait de l’éléphant un symbole de protection et de soin envers les autres.
Symbole de la mémoire et de la loyauté
L’éléphant est célèbre pour sa mémoire exceptionnelle. Il se souvient des lieux, des visages et des événements importants pendant de longues périodes. Cette capacité à se souvenir fait de l’éléphant un symbole de la mémoire et de la loyauté, car il se souvient de ses compagnons et de ses relations passées.
Symbole de la spiritualité et de la connexion avec le divin
Dans de nombreuses traditions spirituelles, l’éléphant est considéré comme un animal sacré et un symbole de connexion avec le divin. Sa présence imposante et son comportement paisible inspirent une sensation de spiritualité et de transcendance. L’éléphant est souvent vénéré comme un messager des royaumes spirituels et un gardien des mystères de l’univers.
Symbole de la chance et de la prospérité
L’éléphant est souvent associé à la chance et à la prospérité dans de nombreuses cultures. On dit que croiser le chemin d’un éléphant est un présage de bonheur et de succès. Dans certaines traditions, les statuettes d’éléphants sont placées à l’entrée des maisons pour attirer la chance et la prospérité.
Symbole de l’harmonie et de l’équilibre
En raison de sa grande taille et de sa présence imposante, l’éléphant est également considéré comme un symbole d’harmonie et d’équilibre. Son allure calme et mesurée inspire un sentiment de paix et de sérénité. Dans les pratiques de méditation, l’image d’un éléphant est souvent utilisée pour favoriser l’équilibre intérieur et la tranquillité d’esprit.
Symbole de la famille et des relations sociales
Les éléphants sont connus pour leur structure sociale complexe et leur fort sens de la famille. Ils vivent en troupeaux étroitement liés, où les liens familiaux sont profonds et durables. L’éléphant est donc souvent considéré comme un symbole de la famille et des relations sociales, mettant en valeur l’importance des liens affectifs et de la solidarité dans nos vies.
Symbole de l’amour et de la compassion
L’éléphant est également associé à l’amour et à la compassion. Dans certaines cultures, les éléphants sont vénérés pour leur comportement bienveillant envers les autres membres de leur troupeau. Leur capacité à prendre soin des plus faibles et à exprimer de l’affection envers leurs congénères fait de l’éléphant un symbole de l’amour inconditionnel et de la compassion.
Symbole de l’adaptabilité et de la flexibilité
L’éléphant est un animal extrêmement adaptable, capable de s’ajuster à différents environnements et situations. Sa capacité à trouver des solutions créatives et à s’adapter aux changements fait de lui un symbole de l’adaptabilité et de la flexibilité. L’éléphant nous rappelle l’importance d’être ouvert au changement et prêt à ajuster notre parcours lorsque cela est nécessaire.
Symbole de la patience et de la tranquillité
Observez un éléphant dans la nature, et vous remarquerez sa patience et sa tranquillité. Il se déplace avec une grâce tranquille et prend le temps de savourer chaque instant. Cette qualité fait de l’éléphant un symbole de la patience et de la tranquillité, nous rappelant de ralentir, d’apprécier le moment présent et de trouver la paix intérieure.
Symbole de la transformation et de l’évolution
L’éléphant est également associé à la transformation et à l’évolution. En raison de sa longévité et de sa capacité à surmonter les défis, l’éléphant est souvent considéré comme un symbole de croissance personnelle et de transformation spirituelle. Sa présence nous rappelle que le changement est inévitable et que nous avons la capacité de nous transformer et d’évoluer tout au long de notre vie.
Symbole de la chance et de la protection contre le mal
Enfin, l’éléphant est souvent considéré comme un symbole de chance et de protection contre le mal. On dit que sa présence éloigne les énergies négatives et apporte la chance dans nos vies. Dans de nombreuses cultures, les amulettes et les talismans en forme d’éléphant sont utilisés comme protecteurs contre les forces malveillantes.
L’Éléphant, signification dans les rêves
Les apparitions des animaux dans les rêves peuvent être extrêmement utiles pour se faire une idée de nous-mêmes et nous donner un aperçu de notre psychisme plus profond. Les rêves d’animaux traitent d’émotions fortes et sont généralement révélateurs de problèmes de « racine principale » dans nos vies. Les apparitions d’animaux dans les rêves expriment nos instincts de base, nos émotions les plus profondes. Ils font appel à notre désir le plus profond d’être sauvage et libre. Lorsque vous voyez des animaux dans les rêves, il est important de rappeler autant d’aspects du rêve que possible.
Quelques éléments à garder à l’esprit lorsque vous voyez des animaux dans les rêves :
Est-ce un animal sauvage ou apprivoisé ?
L’animal est-il négligé ou en bonne santé ?
Quel est l’environnement de l’animal ?
Interagissez-vous avec l’animal ou regardez-vous à distance ?
De laquelle des quatre directions provient l’animal ?
Comment se déplace l’animal ? Loin de vous ou vers vous ? Rapide ou lent ?
Si vous rêvez d’éléphants, cela signifie que l’éléphant vous conseille indirectement d’avoir foi en votre force intérieure et de faire face aux obstacles avec une vigueur renouvelée.
Différentes actions de l’éléphant dans le rêve ont des significations individuelles :
Une attaque signifie que vous essayez d’éviter une situation ou une personne ;
Un déchainement signifie que vos émotions deviennent incontrôlables ;
Une Baignade signifie que vous purifiez votre esprit de négativité ;
Donner naissance signifie que vous voulez apporter des changements majeurs dans votre vie ;
La Noyade signifie que vous êtes sur le point de perdre quelqu’un.
Lorsque des animaux tels que les éléphants apparaissent dans nos rêves, c’est un message qui nous indique que nous sommes en mesure de faire face à tout obstacle. Les éléphants de rêve représentent le pouvoir, la souveraineté, la stabilité et la solidité.
Si vous rêvez que vous montez sur un éléphant, cela peut suggérer que vous avez tendance à être le chef de famille, et que d’autres dépendent fortement de vous. Si vous rêvez d’éléphants dans un cirque, cela suggère que vous avez une attitude cavalière face à une situation de votre vie et que vous devriez peut-être y consacrer plus d’attention. Le vieil adage « l’éléphant dans la pièce » est aussi vrai dans les rêves que dans les heures de veille. Parfois, rêver d’éléphants est un appel à faire attention à quelque chose d’évident dans votre vie.
Signification symbolique de l’éléphant d’Extrême-Orient
L’éléphant occupe une place importante dans le symbolisme d’Extrême-Orient, les significations les plus frappantes étant celles que l’on trouve dans la religion.
L’éléphant se mêle à diverses figures divines, et le monde lui-même est soutenu par des éléphants qui résident dans chacune des quatre directions.
Considérez Ganesh, peut-être la divinité la plus populaire de la mythologie hindoue. Ganesh apparaît avec la tête d’un éléphant, et lorsqu’il est associé à Lakshmi, le couple devient les « ouvreurs de la voie ».
Cette « voie » peut aller de l’obtention d’un emploi à la transformation personnelle. Ganesh lui-même est un dieu de la bonne fortune, de la bénédiction, du succès et de la protection permanente.
Parmi les autres clés des significations symboliques d’éléphant, il y a l’autorité, la Conscience, la Confiance, l’amour de la famille, la patience, la Fierté, l’endurance, la Force, la volonté et l’intention, la Protection de l’environnement.
Statuette de Ganesh, Divinité hindouiste éléphant
L’éléphant dans le bouddhisme
L’éléphant n’est pas seulement un symbole important dans l’hindouisme, mais aussi dans le bouddhisme, qui découle de la naissance de Bouddha. La reine Maya, la mère de Bouddha, serait tombée enceinte après qu’un éléphant blanc soit apparu dans son rêve. Dans le rêve, l’éléphant lui a offert une fleur de lotus blanche. Au réveil, elle a su tout de suite que le rêve était un présage du divin et c’est alors qu’elle a conçu un enfant.
La couleur de l’éléphant représente également différentes significations. Par exemple, un éléphant gris pourrait signifier des choses différentes des éléphants blancs. Alors que les éléphants gris sont considérés comme agités et non entraînés, l’éléphant blanc est considéré comme un symbole parfait de pureté, de calme et de divinité.
L’éléphant dans le Christianisme
L’éléphant a un symbolisme différent dans le christianisme. Dans la religion chrétienne, l’éléphant est considéré comme un symbole de patience, de chasteté et de tempérance. L’animal est représenté dans différentes œuvres anciennes.
Une famille d’éléphants
Conclusion sur les significations spirituelles de l’éléphant
Le symbolisme de l’éléphant nous rappelle que nous devons d’abord prendre soin de nous avant de tendre la main et d’aider les autres. Par conséquent, vous devez d’abord prendre le temps de vous nourrir. En d’autres termes, la signification spirituelle de l’éléphant nous rappelle que nous avons les instincts qui nous mèneront là où nous devons aller.
L’éléphant est bien plus qu’un animal impressionnant. Ses significations spirituelles profondes touchent de nombreux aspects de la vie humaine, de la force et de la sagesse à la compassion et à la protection. Que ce soit à travers sa symbolique culturelle ou sa représentation dans les arts et la spiritualité, l’éléphant continue d’inspirer et de captiver les esprits à travers le monde.
Ce grand mammifère montre également quelles parties de nous-mêmes ont besoin de nourriture. Peut-être que nous nous sommes isolés de la famille et devons trouver notre chemin du retour.
Alternativement, le symbolisme de l’éléphant peut vous faire savoir que vous devez déplacer votre attention afin que vous puissiez avoir une vision plus large. Dans ce cas, une approche étroite signifie que vous manquerez quelque chose d’important. Parfois, la présence de ce mammifère géant pourrait symboliser que vous devez dénicher des souvenirs enfouis afin de pouvoir les libérer.
Pierre Brossolette est un journaliste, homme politique et résistant français, Compagnon de la Libération, né le 25 juin 1903 à Paris où il est mort le 22 mars 1944. Responsable socialiste, il est l’un des principaux dirigeants et héros de la résistance intérieure française. Il est considéré comme l’un des principaux acteurs de l’unification de la résistance française.
En 1940, Pierre Brossolette intègre le réseau du Musée de l’Homme, puis la Confrérie Notre-Dame. Il établit des liens avec plusieurs organisations telles que Libération-Nord et l’Organisation civile et militaire (OCM) entre autres. Après avoir rejoint Londres, il devient l’adjoint du colonel Passy au sein du BCRA et mène à bien trois missions clandestines en France. Son épouse Gilberte Brossolette est également résistante et militante socialiste.
Arrêté et torturé par le Sicherheitsdienst (service de sureté appartenant à la SS), il choisit de se suicider, se jetant par la fenêtre du siège de la Gestapo, avenue Foch, après avoir donné un nom, le sien. Ses cendres sont transférées au Panthéon, le 27 mai 2015.
Biographie
Membre de la Ligue des droits de l’homme, de la Ligue internationale contre l’antisémitisme et de la Grande Loge de France où il est initié le 22 janvier 1927 à la Loge Émile Zola, il est ensuite reçu dans les hauts grades maçonniques dans la Loge La Perfection latine du Suprême Conseil de France et s’affilie également à la Loge du Grand Orient de France L’Aurore sociale, de Troyes. Il adhère à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) en 1929 et participe au courant Bataille socialiste au cours des années 1930.
Pierre Brossolette est né au 77 bis, rue Michel-Ange (16e arrondissement de Paris). Fils de Léon Brossolette (inspecteur de l’enseignement primaire à Paris et ardent défenseur de l’enseignement laïque au début du xxe siècle) et de Jeanne Vial, elle-même fille de Francisque Vial, directeur de l’enseignement secondaire, il poursuit des études au lycée Janson-de-Sailly, puis, après une khâgne au lycée Louis-le-Grand, est reçu premier à l’École normale supérieure en 1922. Il n’est reçu que deuxième à l’agrégation d’histoire et géographie, derrière Georges Bidault, à la suite d’un petit scandale. Au cours de ses études à l’ENS, il obtient un brevet de préparation militaire supérieure, désormais nécessaire aux normaliens afin d’être nommés officiers de réserve.
Brossolette se soumet sans enthousiasme, mais avec conscience, à ses obligations militaires. Dans le cadre de cette préparation militaire effectuée notamment à la caserne de Lourcine, il obtient de bons résultats malgré une assiduité médiocre. Il est d’abord incorporé au 158e régiment d’infanterie et nommé caporal. En 1925, à l’issue de la PMS, il est nommé sous-lieutenant de réserve dans l’infanterie et est affecté au 5e régiment d’infanterie.
Pendant son service militaire, il épouse en 1926 Gilberte Bruel, avec qui il aura deux enfants, Anne et Claude, ce avec l’autorisation du général Gouraud, gouverneur militaire de Paris, puisqu’il était encore sous les drapeaux. Après la Libération, elle deviendra la première femme sénateur en France. Il se lance peu après dans le journalisme.
Il se présente d’abord aux élections cantonales d’octobre 1934 (canton d’Ervy-le-Châtel) puis à la députation de l’Aube (deuxième circonscription) sous l’étiquette du Front populaire en avril 1936 sans succès.
D’abord fervent défenseur des idéaux pacifistes et européens d’Aristide Briand, ses conceptions évoluent à partir de 1938 lorsqu’il prend conscience de la réalité de la menace nazie et de l’inévitabilité de la guerre.
Journaliste au sein de plusieurs journaux (l’Europe nouvelle, le Quotidien, le Progrès civique, les Primaires, Notre temps, Excelsior, Marianne et la Terre Libre), ainsi que celui de la SFIO Le Populaire (où il est rédacteur de politique étrangère), il travaille également pour Radio PTT, dont il est licencié en janvier 1939 lorsqu’il s’oppose dans une émission aux accords de Munich.
La bataille de France
Au début de la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé avec le grade de lieutenant au 5e régiment d’infanterie Navarre, puis promu capitaine avant la défaite à la Bataille de France et est décoré avec la première Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de bronze le 11 juillet 1940, en raison de son attitude au cours de la retraite de son unité (il réussit à ramener tous ses hommes avec leurs armes).
Résistance
Hostile au régime de Vichy, il rejoint le Groupe du musée de l’Homme pendant l’hiver 1940-1941, présenté à son fondateur Jean Cassou par Agnès Humbert. Au même moment, il écrit le dernier numéro du journal Résistance appartenant au mouvement, et échappe de peu à son démantèlement. Puis, il participe à la formation des groupes de résistance Libération-Nord et Organisation civile et militaire dans la zone occupée.
Pierre Brossolette et son épouse rachètent une librairie russe à Paris, au 89, rue de la Pompe, qui sert de lieu de rencontre et de « boîte aux lettres » pour les Résistants. Dans la bibliothèque tournante dans le sous-sol, plusieurs documents sont échangés pendant cette période dont les plans de l’usine Renault.
Il devient également professeur d’histoire au collège Sévigné et est présenté par son collègue Louis François au Colonel Rémy. Après sa rencontre, il devient chef de la section presse et propagande de la CND – Confrérie Notre-Dame sous le nom de code Pedro « parce qu’il a quelque chose d’espagnol dans le regard » selon Rémy.
Au cours de l’hiver 1941-1942, il envoie à la France Libre une série de rapports très documentés sur la situation de la France et sur la Résistance embryonnaire. Par son intermédiaire et via la CND, les mouvements Libération-Nord et OCM – Organisation Civile et Militaire sont entrés en contact avec Londres. Avec un mandat de divers mouvements et organisations syndicales, Christian Pineau fonde Libération-Nord et gagne Londres en mars 1942 avant de négocier son ralliement à Charles de Gaulle.
Après un court séjour en avril 1942 au sud de la ligne de démarcation destiné à parfaire son information sur l’état de la Résistance en zone sud, il s’est envolé clandestinement en Angleterre dans la nuit du 27-28 avril 1942, en tant que représentant de la Résistance pour rencontrer Charles de Gaulle.
France Libre et BCRA
À peine arrivé à Londres, Brossolette est pris en main par le BCRA, les services secrets de la France Libre. Au cours de son séjour dans la capitale anglaise, il rédige neuf textes et des comptes rendus pour les services gaullistes. Pilier central de ce panorama, le « Rapport politique » du 28 avril consiste en une description sans concession de la France depuis la signature de l’Armistice, un tableau de la Résistance naissante et une analyse des projets de rénovation en cours.
Il propose au général de Gaulle de repartir en France pour y rallier à la France Libre d’éminentes personnalités politiques. Fort de l’accord de De Gaulle, il fait venir à Londres les SFIO Louis Vallon et André Philip, ainsi que Charles Vallin, le numéro deux du PSF – Parti Social Français du colonel François de La Rocque.
Pierre Brossolette prononçant un discours d’hommage aux morts de la France combattante au Royal Albert Hall à Londres, 1943.
Promu commandant, il travaille pour les services secrets de la France Libre, le Bureau central de renseignements et d’action (BCRA), en liaison avec la section RF du Special Operations Executive (SOE) britannique et le Secret Intelligence Service section R.
À la suite de deux perquisitions successives effectuées par les autorités allemandes à son domicile à Paris en mai 1942, son fils Claude de 14 ans est interrogé pendant 36 heures par la Police française et la Gestapo, rue de Saussaies. Il repart en France pour sa première mission, vend la librairie, fait franchir à sa famille la ligne de démarcation en juillet 1942, navigue vers Gibraltar en felouque et sa famille parvient en Écosse en cargo et à Londres par train, où le colonel Passy les attendait à la gare. Il poursuit son action dans la Résistance seul en France tandis que Gilberte Brossolette assure la liaison entre le Commissariat à l’Intérieur de la France libre et la BBC.
Le 29 septembre 1942, il s’engage officiellement dans les « Forces Françaises Libres », au même temps que le ralliement de Charles Vallin à Londres. L’arrivée conjointe à Carlton Gardens des deux hommes jusqu’alors opposés politiquement est une opération de communication censée illustrer l’assise élargie de la France Combattante et est considérée un événement assez important pour être filmée par la presse anglaise : « Rivals Join De Gaulle ».
Le général de Gaulle nomme Brossolette compagnon de la Libération, le 17 octobre 1942.
Le 1er octobre 1942, Brossolette est nommé adjoint du colonel Passy et il prend la tête de la section opératoire, service chargé de faire le lien entre la Résistance extérieure et les mouvements de la Résistance intérieure.
Il propose à Passy de séparer l’action politique de celle du militaire, le BCRAM devient BCRA, avec le rattachement le service secret d’action politique. Cette réforme est validée par André Philip, Commissaire national à l’intérieur, et par Jacques Soustelle, chef des services secrets. Le BCRA devient le soutien logistique et l’instrument de l’action, non seulement militaire mais politique, du CNF auprès de la Résistance.
Radio Londres
Pierre Brossolette est aussi le porte-voix à Londres des combattants de l’ombre. Dans un discours à la BBC le 22 septembre 1942, il rend un vibrant hommage aux « soutiers de la gloire », expression qui deviendra par la suite usitée. Il prendra la parole à 38 reprises au micro de la BBC – Radio Londres en remplacement de Maurice Schumann.
Pierre Brossolette écrira des articles, dont un le 27 septembre 1942 « Renouveau Politique en France » dans La Marseillaise, destiné à la Résistance Extérieure comme aux Français établis depuis 2 ans en Angleterre et aux États-Unis qui persistent à se défier de la France Combattante, qui par la suite sera considéré par certains comme un des textes fondateurs du gaullisme de guerre. Brossolette est décrit par de Gaulle comme « Le philosophe du Gaullisme ».
Mission Arquebuse-Brumaire
Brossolette est parachuté pour la deuxième fois en France le 27 janvier 1943 pour la mission Arquebuse-Brumaire et sera rejoint le 27 février par André Dewavrin, alias le colonel Passy et Forest Yeo-Thomas alias « Shelley », agent du SOE surnommé familièrement « le Lapin Blanc ». Cette mission est considérée comme historique car ils vont parvenir à unifier l’ensemble des mouvements de Résistance de la Zone occupée et préparer les réseaux en vue du Débarquement.
De Gaulle les a chargés d’une mission centrée sur l’unification de la résistance armée et de rechercher les cadres d’une administration provisoire de la Zone Occupée en vue de former un Comité directeur central. Passy et Brossolette étaient donc fondés à considérer que leur mission déboucherait naturellement sur la création du CCZN — Comité de Coordination en Zone Nord pour organiser leurs services « Action » sous l’autorité de la France Combattante.
Les groupements de la Zone occupée avaient beaucoup d’objections au Conseil National de la Résistance et n’étaient pas sensibles à l’idée d’établir un lien de représentation entre la commission et le Conseil de la Résistance. En plus, ils ne souhaitaient pas les partis politiques et défendaient l’idée des familles spirituelles. Brossolette a considéré qu’il était trop tôt pour fusionner des éléments qui s’ignoraient encore, voire qui se défiaient et donc qu’une organisation unique des mouvements de résistance des deux zones apparaissait impossible.
Unification de la Résistance de la Zone Nord et création du CCZN
Après des longues et âpres négociations, le CCZN créé le 26 mars 1943 regroupera tous les mouvements de l’ancienne Zone Occupée et est composé d’un représentant de l’Organisation civile et militaire (OCM) – Maxime Blocq-Mascart, de Libération-Nord – Charles Laurent, de Ceux de la Résistance (CDLR), Jacques Lecompte-Boinet, de Ceux de la Libération (CDLL) – Roger Coquoin et du Front National (FN) – Pierre Villon. Le ralliement explicite des plus importants mouvements de Résistance de l’ex zone occupée, conjointement à leur regroupement sur le plan paramilitaire est un succès de taille.
Ce faisant, en partie pour s’adapter au terrain, Brossolette désobéit aux instructions données par de Gaulle, qui étaient d’inclure les partis politiques (pas seulement les organisations de résistance) et d’attendre pour agir l’arrivée de Jean Moulin.
Le 3 avril, les membres du CCZN furent rassemblés et présentés à Rex (Jean Moulin), qui a entériné sa création. Comme indiqué par Brossolette, le CCZN, au même titre que son homologue de la zone sud – CCZS, était une étape provisoire pour permettre le processus d’unification de la Résistance, qui a abouti avec la création du Conseil National de la Résistance (CNR), fondé et présidé par Jean Moulin le 27 mai 1943 à Paris, avec l’inclusion des partis politiques et des mouvements de Résistance.
À cette époque, la rivalité entre Jean Moulin et Pierre Brossolette, numéro deux du BCRA et soutenu par son ami Passy (André Dewavrin), chef de ce BCRA, est évidente. Moulin reproche explicitement à Pierre Brossolette d’avoir interféré auprès de de Gaulle pour l’empêcher de coordonner la Résistance dans la zone nord .
À la fin du printemps 1943, des marques éminentes de reconnaissance furent accordées à Pierre Brossolette. À Londres, le 6 avril il reçoit la Médaille de la Résistance avec rosette et le 25 mai Charles de Gaulle le cita à l’ordre des Forces Françaises Libres avec l’attribution de la Croix de Guerre avec palme de vermeil. Il est également nommé membre du conseil de l’ordre de la Libération et membre de la commission de la Médaille de la Résistance française.
Le succès du bilan laissé par Brossolette à son retour mission à Londres a été salué par les témoins de l’époque. Passy, Brossolette et Yeo-Thomas ont réussi à séparer le renseignement des réseaux d’action, effectuer un inventaire rigoureux des forces que les groupements de résistance de la Zone Nord pouvaient mettre réellement en œuvre en vue de la libération du territoire. Ils ont fait de Paris occupée la capitale de la Résistance.
En absence de De Gaulle, parti à Alger, Brossolette fut le premier orateur de l’anniversaire du Appel du 18 juin en 1943 à l’Albert Hall, où il prononça son discours « Hommage aux morts de la France combattante ».
Pendant ce temps, Brossolette perd en influence au sein de la France combattante pour plusieurs raisons : de Gaulle se méfie probablement du côté incontrôlable de Brossolette ; Passy lui-même a perdu en influence sur de Gaulle ; enfin, le socialiste André Philip est remplacé au Commissariat national de l’intérieur par Emmanuel d’Astier de la Vigerie, hostile à Brossolette.
Voyage à Alger et dernière mission
Le 13 août 1943, Pierre Brossolette part à Alger rencontrer De Gaulle et obtient l’autorisation, malgré son refus initial, de partir en France pour sa troisième mission. Il arriva en France le 19 septembre 1943, avec Yeo-Thomas, pour aider à réorganiser la Résistance à la suite de nombreux dysfonctionnements au sein de la Délégation de la Zone Nord à Paris. Par la suite, la perquisition du secrétariat de la délégation le 25 septembre, l’affaire dite « de la rue de la Pompe », a amené une réelle percée du Sicherheitsdienst (les services secrets de la SS, chargés du renseignement) dans son organisation, avec la saisie de doubles de courriers et télégrammes avec des noms et des adresses laissés en clair. De nombreuses arrestations furent effectuées par la Gestapo.
Après l’arrestation de Jean Moulin en juin 1943 et l’affaire de la rue la Pompe, Pierre Brossolette critique les nouveaux dirigeants de la Délégation (Jacques Bingen, qui est un de ses anciens subordonnés, et Serreulles), estimant que ce pouvoir lui revient. Mais il n’obtient que le rappel conjoint à Londres de lui et Serreulles.
L’action et l’intervention conjointe de Brossolette et Yeo-Thomas pendant cette mission marqua un jalon en matière de coopération militaire entre la Résistance intérieure et les alliés.
Le BCRA a joué un rôle majeur dans l’unification de la Résistance française et a été considéré par Winston Churchill et Harold Macmillan (qui a participé des négociations qui ont abouti à la victoire du Général De Gaulle sur le Général Giraud), comme le principal atout de la France pour le débarquement du Jour J. En effet, les renseignements et les actions sur le terrain en Zone Nord étaient structurées pour fragiliser la présence des Nazis et, par conséquent, aider la Libération de la France par les Alliés.
Arrestation
Plogoff : monument commémoratif de l’échouage du Jouet des Flots le 3 février 1944 à Feunteun Aod.
Après avoir échappé plusieurs fois à des arrestations, Brossolette doit rentrer à Londres pour accompagner le nouveau délégué général du CFLN auprès du CNR, Émile Bollaert. Plusieurs tentatives d’exfiltration par Lysander échouent. Brossolette et Bollaert décident de rentrer par bateau. Ils quittent alors Paris en train, direction Quimper. Sur place, l’officier de renseignement James Bargain et le lieutenant de vaisseau Yves Le Hénaff, tous deux originaires de l’Île-Tudy, préparent cette évacuation nommée opération Dahlia. Le 3 février 1944, partant de la plage du petit port bigouden, la pinasse le Jouet des Flots qui doit les conduire à une frégate britannique au large de l’île de Sein fait naufrage à cause d’une voie d’eau et du mauvais temps près de la pointe du Raz, s’échouant à Feunteun Aod à Plogoff. Les deux membres de la Résistance ainsi qu’une trentaine d’hommes, marins et aviateurs alliés échouent sur la côte, où ils sont accueillis par des Résistants. Parmi les rescapés figurait également Edmond Jouhaud. Lors d’un barrage de routine, alors qu’ils arrivent à Audierne dans une voiture à gazogène, ils sont dénoncés par une collaboratrice, contrôlés par un poste volant de la Wehrmacht et emmenés dans la prison Jacques-Cartier de Rennes, siège de la Kommandantur locale.
Plusieurs semaines passent sans qu’ils soient reconnus. Finalement, le 16 mars, Ernst Misselwitz (Hauptscharführer du Sicherheitsdienst, ou SD) se rend à Rennes en personne pour identifier Brossolette et Bollaert et les fait transférer, le 19 mars, au quartier général de la Gestapo à Paris, 84, avenue Foch. On sait aujourd’hui à travers le témoignage de Roger Lebon que son identité a été découverte à la suite d’une imprudence de la part de la Délégation générale à Paris, représentée par Claude Bouchinet-Serreules et Jacques Bingen : un rapport semi-codé rédigé par les services de Daniel Cordier aurait été intercepté sur la frontière espagnole, alors que son grand ami Yeo-Thomas se trouvait déjà parachuté solo en urgence à Paris depuis le 25 février pour préparer une évasion audacieuse de la prison de Rennes en uniforme allemand avec l’aide de Brigitte Friang. Yeo-Thomas et Friang seront eux aussi capturés les jours suivants à la suite du démantèlement de nombreux réseaux parisiens consécutif à l’affaire dite « de la rue de la Pompe » (siège de la Délégation générale) et des aveux de Pierre Manuel, responsable du BOA et frère d’André Manuel, chef de la section de renseignement (R) du BCRA.
Mort
Pierre Brossolette et Émile Bollaert sont torturés. Le 22 mars, pendant la pause-déjeuner de son gardien, Brossolette se lève de sa chaise, menotté dans le dos, ouvre la fenêtre de la chambre de bonne dans laquelle il était enfermé et tombe d’abord sur le balcon du 4e étage et ensuite devant l’entrée de l’immeuble côté avenue. Gravement blessé, il succombe à ses blessures vers 22 heures à l’hôpital de la Salpêtrière, sans avoir parlé. Il ne donne qu’un nom, le sien.
Le 24 mars, il est incinéré au cimetière du Père-Lachaise.
Ligne politique
Pierre Brossolette est très critique vis-à-vis de la IIIe République. Il la rend responsable de la défaite, et il estime que la Libération, à venir, devra être l’occasion d’une profonde rénovation démocratique, notamment par la naissance d’un grand parti de la Résistance appelé à réaliser une politique de transformation sociale ambitieuse. Un programme commun, très proche de ses aspirations sociales, est élaboré par le Conseil national de la Résistance en mars 1944, le mois de la mort de Brossolette.
Cette critique de la Troisième République est le principal sujet de discorde avec Jean Moulin et lui vaut par ailleurs l’opposition des partis. Ainsi, à la veille de son arrestation, Brossolette est exclu de la SFIO par Daniel Mayer et Gaston Defferre, décision qui n’est pas appliquée à cause de sa disparition. Si, dans un premier temps, la IVe République renoue avec les mœurs de la IIIe, l’avènement de la Ve République représente pour certains l’application a posteriori des idées de Brossolette sur l’après-guerre.
En effet, le projet d’un grand parti rassemblé autour de De Gaulle pour gérer l’immédiat après-guerre et limiter les dégâts prévisibles d’une épuration incontrôlée est vivement critiqué et soupçonné même de dérives fascisantes. De Gaulle, conscient des soupçons d’autoritarisme qui pesaient déjà sur lui, tranchera pour la représentation des partis au sein du CNR et, partant, pour la réhabilitation du système parlementaire de la IIIe République, donnant ainsi gain de cause à Jean Moulin. Ce choix aura des conséquences importantes sur l’image de ces deux grands chefs de la Résistance et de leur place dans la mémoire nationale.
Ainsi s’opposent a posteriori l’image d’un Moulin homme d’État proche du radicalisme d’avant-guerre, défenseur des valeurs républicaines et de la démocratie, voire du statu quo, à qui l’on a reproché de se laisser influencer par le parti communiste, et celle, complexe, d’un Brossolette homme politique certes visionnaire, précurseur du gaullisme « qu’il bâtissait en doctrine » (selon De Gaulle lui-même dans ses mémoires) bien que socialiste, dénonciateur féroce des dangers fasciste et communiste avant la guerre mais partisan de méthodes radicales.
Cependant son idée d’un parti unique issu de la Résistance ne devait servir qu’à réorganiser l’après-guerre, et il aurait envisagé de créer lui-même un nouveau parti de gauche, sur le modèle social-démocrate donc non-marxiste ou, en tout cas, réformiste. Pour cela, Brossolette avait travaillé sur une ambitieuse critique du marxisme pendant ses missions, que sa stature d’intellectuel, normalien de haut vol, permettait de croire respectable ; ce document aurait été jeté par-dessus bord lors du naufrage sur les côtes bretonnes ayant amené son arrestation.
De notre confrère sudouest.fr – Par Arnaud Dejeans
Le Cercle des amis de Montesquieu organise une manifestation gratuite au vieux château Gaubert en présence de l’auteur de « L’Abolition des privilèges » Bertrand Guillot. Au programme : concert, dédicace et table ronde
L’association du Cercle des amis de Montesquieu organise la journée « Montesquieu et nous » le samedi 7 octobre sur le thème de la franc-maçonnerie. Cette journée, ouverte à tous et gratuite, sera l’occasion de remettre le 15e prix littéraire Montesquieu à Bertrand Guillot, auteur de « L’Abolition des privilèges » (éd. Les Avrils). L’écrivain s’est plongé dans les comptes rendus de la fameuse nuit du 4 août 1789, celle où les députés ont voté l’abolition des privilèges à la Révolution. Le lauréat succède à l’historien-documentariste Jacques Ravenne, qui a conté dans « La Chute » la fin tragique de Robespierre en 1794.
L’édition 2023 de « Montesquieu et nous » est organisée au vieux château Gaubert, à Portets, chez le viticulteur Dominique Haverlan. Une nouvelle escale pour le Cercle des amis de Montesquieu après le château de La Brède, Rochemorin à Martillac et le chalet des Pins à La Brède. La journée débute à 14 heures : remise des prix et interview de Bertrand Guillot, table ronde, concert de l’ensemble vocal Viva Voce, dédicaces, découverte du vieux château Gaubert. La table ronde est programmée à 15 h 30 : « XVIIe et XVIIIe siècles, la franc-maçonnerie : origine, diffusion, influence » et « Montesquieu franc-maçon ».
Le magazine Jeune Afrique nous rapporte que le cas Bongo, pose des questions au sein de son Obédience. Le sous Titre : « Faut-il décharger le président déchu de ses fonctions de Grand Maître de la plus puissante obédience maçonnique gabonaise ? Les « frères » sont partagés. Coulisses. » en est la preuve.
Ouvert le 28 septembre dernier à Libreville, le Convent de la Grande loge symbolique du Gabon (GLS) se tient dans un contexte inédit post-coup d’État. Le 29 septembre, le Grand Maitre Patrick Balou a été reconduit dans ses fonctions par 56 voix, contre 7 involontairement glanées par Guy Rossatanga-Rignault. Nommé secrétaire général de la présidence début septembre, ce dernier a renoncé à faire acte de candidature à ce poste qui lui était promis au regard des opinions favorables. (Suite pour les abonnés)
De notre confrère expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano
J’ai eu de la chance! Au début des années 90, j’ai signé mon premier serment. J’avais 19 ans et les membres de ma Loge étaient alors âgés de 45 à 85 ans. Les moins de 50 ans étaient tous ou presque tous des apprentis et ceux de plus de 80 ans étaient des piliers de la reconstruction éthico-morale du Sud d’après-guerre et de la franc-maçonnerie du Sud.
Mon père, également frère maçon, avait frappé à la porte du temple bien auparavant.
C’était justement ma chance : avoir une véritable foule de personnages parmi lesquels je pouvais puiser des notions jamais trouvées dans aucun rituel, livre ou document historique.
L’histoire se déroulait à l’intérieur du Temple ; les Rituels prennent vie au 1er coup de chemise ; des souvenirs indélébiles qui m’ont façonné et ont fait de moi un franc-maçon !
Lorsque je suis entré, mon attention et ma curiosité ont été définitivement captées et stimulées.
Ma maison, déjà pleine de livres, s’enrichissait au-delà de toute croyance de textes maçonniques et ésotériques et de tout ce que, par soif de connaissance, je pouvais et voulais lire et que je consultais auparavant à loisir et en secret.
Ce qui m’a surtout frappé, c’est une phrase, une manière de dire, qui, à l’époque, était souvent répétée dans Tempio, dans les discours des Frères, dans les dessins d’architecture : « Se mettre à l’équerre ».
J’étais trop jeune et trop notionnel à l’époque ; Même si j’étais attentif et préparé, je n’ai pas pu donner une véritable explication à cette expression si chère aux anciens Maîtres.
Petit à petit, beaucoup de choses ont changé – les temps, les manières et les Frères ; des morceaux de l’histoire maçonnique sont passés à l’Orient éternel.
Certains Frères ont publié de nombreux livres, réécrit les rituels, les réadaptant au contemporain, comme cela s’est également produit pour la ritualité du Temple, avant la fondation des Loges virtuelles.
Mais j’ai, de temps en temps, pensé à cette expression, qui est peut-être de moins en moins utilisée aujourd’hui, mais que je retrouve et j’ai toujours trouvée partout où il y a un groupe de francs-maçons.
Chaque Frère doit se rappeler qu’il représente l’Institution, qu’il l’affiche et qu’il l’emporte partout avec lui, en faisant siennes des valeurs telles que le sentiment d’appartenance et l’esprit communautaire.
La Franc-Maçonnerie permet d’exercer l’importance et la beauté de la notion de travail en équipe et pour l’équipe, donc pour la Loge.
Dans un certain sens, cela oblige à faire un travail sur soi, ce qui crée toujours une relation avec quelque chose qu’un Frère a fait avant lui et qu’un autre fera après lui.
Le Maître, en plus de travailler individuellement pour lui-même, met ses compétences, ses connaissances et ses talents à la disposition de l’ensemble de l’Atelier et, ce faisant, améliore le contexte dont il fait partie.
Ce geste en apparence simple ne la dévalorise pas, bien au contraire, il contribue à accroître la qualité de l’ensemble de la Loge. Et cela vaut également pour ceux qui ont des notes inférieures, pour ceux qui travaillent « en coulisses ».
Si vous vous sentez fondamentaliste, ce cercle vertueux dont bénéficie la Loge s’active.
Aucun homme n’est une île à part entière, chaque homme est un morceau du continent, une partie de tout. John Donné
Le concept de « Se mettre au carré » dans la Franc-maçonnerie s’exprime de multiples manières. Un Frère demanda de l’aide et un autre accourut ; la Loge adopte une attitude rigoureuse et attentive, serviable et à l’écoute.
Tout le monde, et j’insiste tout le monde, se lève, ne serait-ce que métaphoriquement, et se met en ordre : il amène la main tendue horizontalement à hauteur de la gorge, le pouce carré à hauteur de la jugulaire droite et les autres doigts joints, le coude droit à la hauteur de la gorge à hauteur d’épaule, bras gauche pendant, main gauche tendue, pouce carré, talons joints, pieds carrés à 90°. Placez-vous en carré pour souligner le sentiment d’appartenance à la Loge, à l’Obéissance, à la Franc-Maçonnerie ; ce besoin qui pousse l’homme à faire partie de groupes qui partagent des objectifs, des intérêts, des passions et qui le conduit à frapper à la porte du Temple.
L’appartenance à la Franc-Maçonnerie devient un moteur important pour avancer vers un objectif commun, un ciment qui parvient à maintenir ensemble de nombreuses individualités, parfois très différentes les unes des autres.
C’est ce que recouvre le concept de « Se mettre en carré » : un sentiment d’appartenance à une Loge, permettant aux Frères de donner plus de sens à la vie.
La connaissance mutuelle et les relations émotionnelles qui se développent favorisent la naissance d’une série d’émotions et de sentiments en constante évolution ; l’interaction entre les Frères, la conscience de faire partie d’une même Chaîne d’union, la possibilité donnée d’interagir les uns avec les autres, la conscience d’avoir un rôle précis au sein du Temple, qui aide à établir les comportements individuels, mais ayant un fil conducteur clair : savoir ce qu’il faut faire, où aller, quoi dire et quand le dire, permet à chaque Frère de se mettre sur la même longueur d’onde.
Un fil invisible mais ferme que chaque Frère sent être en lui.
Le 17 juillet 2022, Christelle Manant a publié sur 450 fm La fabuleuse histoire de l’épopée de Gilgamesh où elle a fait le point sur la tablette n° 11, en écriture cunéiforme, qui narre l’épopée de Gilgamesh, tablette datant de quelque 3500 ans qui faisait partie de la Bibliothèque d’Assurbanipal, roi d’Assyrie au 7e siècle avant notre ère. Retrouvée au British Muséum par George Smith qui en traduisit l’écriture cunéiforme et la présenta aux autorités en décembre 1872, elle fut volée et se retrouva au musée de la Bible de Washington avant d’être rendue à l’Irak.
C’est environ 2600 ans avant notre ère, du moins le croit-on, que Gilgamesh régna sur Uruk – nom qui a donné Irak –, une des principales cités sumériennes de Mésopotamie. Néanmoins son épopée, à l’instar de la Chanson de Roland pour Charlemagne, semble n’avoir été composée que bien plus tard, 500 ou 700 ans après sa mort peut-être, puisqu’on en trouve la trace vers le 18e siècle avant notre ère. Mais ce n’est que mille ans après ou presque, et à Ninive, dans la bibliothèque du roi Assurbanipal (668-627 av. J.-C.), que l’on a découvert douze tablettes comportant plus de 3 400 vers écrits en akkadien qui attestent du succès considérable d’un récit qui a défié le temps.
Bibliothèque du roi Assurbanipal
Car ce poème initiatique s’est répandu dans toutes les civilisations méditerranéennes, en Égypte, en Israël ou en Grèce, civilisations dont nous sommes les héritiers.
La Méditerranée, c’est la mer du milieu. Le mot « medium » qui amorce son nom et situe ce centre au beau milieu des terres (medi-terrae), est un substantif neutre dont Tite Live nous donne le sens profond en parlant de « consulere in medium » : prendre des dispositions dans l’intérêt de tous, vouloir le bien commun. C’est donc ce qui rassemble. C’est dire aussi l’interdépendance des peuples riverains et, par conséquent, leur communauté de pensée : aucun mythe ne saurait rester confiné, tout se propage avec les échanges commerciaux ou les invasions, s’adapte aux langues et aux mœurs pour former, au bout du compte, une seule communauté de peuples, en paix ou en conflit comme toute grande famille qui se respecte…
Aussi la postérité de Gilgamesh est-elle sans limites, comme la question qu’il soulève, celle de l’immortalité. Elle n’épargne pas la Franc-Maçonnerie, qui est l’un des nombreux surgeons de cette culture vivante. Si elle a transformé la mer du milieu en « voie du milieu », la quête qu’elle propose est semblable, par bien des aspects, à celle que relate l’épopée sumérienne.
L’ÉPOPÉE DE GILGAMESH
Avant d’analyser les rapports entre les deux, si distantes en âge mais inscrites pareillement au cœur de la Tradition, on notera que la quête de Gilgamesh est sans nul doute primordiale et représentative, grâce à la transmission orale, de la pensée traditionnelle originelle.
Après une introduction sur laquelle nous reviendrons, le récit débute par la description de Gilgamesh, roi si tyrannique – il exerce son « droit de cuissage » sur les jeunes filles nubiles et contraint les hommes à des travaux forcés – que les habitants d’Uruk invoquent la reine des dieux, Arourou, pour mater leur souverain. Alors :
« Arourou lave ses mains, prend une pincée d’argile, la lance dans la vaste plaine,
Elle crée un homme sauvage, Enkidou le guerrier : fils du silence, éclair céleste de Ninourta.([1])
Tout son corps est couvert de poils hirsutes, sa chevelure pareille à celle d’une femme,
Les mèches de ses cheveux poussent abondantes comme le blé.
Avec les gazelles, il broute la végétation,
Avec le bétail, il se désaltère à l’abreuvoir,
Avec les bêtes sauvages, il étanche sa soif. »
Ce sera une courtisane, Shambat, qui sera chargée de le civiliser et au bout de six jours et sept nuits d’amour,
« Enkidou est affaibli, il ne peut plus courir comme avant ;
mais il a acquis le jugement, il est devenu sage. »
Il décide alors d’aller à Uruk et de défier Gilgamesh. Leur combat est épique :
« Ils luttent dans la rue, sur la place publique,
les chambranles des portes vacillent et les murs tremblent. »
Comme il ne se dégage ni vainqueur ni vaincu, les deux adversaires pleins d’estime pour le courage de l’autre, scellent une relation d’amitié dont le premier acte est de défier les dieux.
C’est le début d’une geste héroïque. Ils commencent par triompher du géant Houmbaba, gardien de la Forêt des Cèdres (du Liban ?) dont « la parole est le feu, le souffle la mort. ».
Séduite par la beauté du vainqueur, Ishtar, déesse à la fois de l’Amour et de la Guerre, fait alors des avances à Gilgamesh :
« Viens à moi, Gilgamesh, et sois mon amant !
Fais-moi don de ton fruit ! »
Mais celui-ci la repousse dédaigneusement : « Non, je ne veux pas de toi pour épouse ! Tu n’es qu’un fourneau qui s’éteint dans le froid, une porte qui laisse passer les courants d’air, un palais qui s’écroule sur ses défenseurs, un éléphant qui jette bas ses harnais, un bitume poisseux, une outre percée, un mortier friable, un bélier qui démolit les remparts amis, une chaussure qui blesse le pied. », lui dit-il et, après avoir énuméré le sort funeste qu’elle a réservé à ses anciens amants, il ajoute : « Et moi, que m’arrivera-t-il ? Tu m’aimeras, puis tu me traiteras tout comme eux ! »
Pour se venger, la déesse envoie contre lui le taureau céleste. Mais Gilgamesh tue la bête, « il arrache l’épaule du taureau céleste, la lui lance au visage. »
Ne pouvant laisser le crime impuni, les dieux décident de châtier les rebelles et c’est Enkidou qui meurt après un rêve prémonitoire.
Gilgamesh se lamente sur le corps sans vie de son ami en une élégie déchirante :
« Quel sommeil s’est emparé de toi maintenant ?
Tourne-toi vers moi, toi ! Tu ne m’écoutes pas !
Mais il ne peut soulever sa tête.
Je touche son cœur, mais il ne bat plus du tout. »
Et il s’interroge :
« Et moi, dois-je mourir ? Mais pas comme Enkidou, alors !
L’angoisse envahit mes entrailles ;
La crainte de la mort me fait parcourir la steppe. »
Décidé à percer le secret de la « vie-sans-fin », il part alors à la recherche d’Utanapishtim auquel les dieux ont accordé l’immortalité dans une île écartée du monde.
Dimensions de la tablette assyrienne en écriture cunéiforme contenant des fragments de l’épopée de Gilgamesh.
Bien sûr, il ne l’obtiendra pas car « lorsque les dieux créèrent l’homme, ils lui donnèrent la mort en partage ; la vie, ils la gardèrent pour eux([2]) ». Utanapishtim lui dira comment il a sauvé l’humanité du Déluge en construisant un bateau – récit qui sera repris bien plus tard, vers le Ve siècle av. J.-C., par les auteurs de la Genèse biblique qui changeront le bateau en arche, symbole de la première alliance entre Dieu et l’Homme.
Dans la Tradition, au contraire, c’est avec le Déluge que s’opère la grande rupture : avant, l’homme est en compagnie des dieux ; après, c’est la solitude sinon l’abandon. La franc-maçonnerie reprendra ce thème et son ambiguïté en se référant à Noé dès l’article 1 de la deuxième version des Constitutions d’Anderson (1738) : « Un Maçon est obligé, de par sa tenure, d’observer la Loi morale, en tant que vrai Noachite. » Noé, en quelque sorte frère cadet d’Utanapishtim, avait eu, lui aussi, un contact privilégié avec le Très-Haut qui lui avait confié la première loi morale, en sept préceptes, bien avant la loi mosaïque.
Il n’entre pas dans notre propos de relater ici la suite des aventures de notre héros. Nous reviendrons néanmoins sur le prologue des tablettes retrouvées à Ninive présentant « Gilgamesh comme un être grand par sa sagesse et sa connaissance, qui apporta un savoir venant des temps antérieurs au Déluge, partit pour un long voyage en quête d’immortalité, fut assailli par la lassitude et la résignation, retourna dans son pays et grava sur une tablette de pierre tout ce qu’il avait fait et souffert, puis acheva la construction des murailles d’Ourouk et son saint temple Eanna, demeure de la déesse Ishtar. »([3])
L’enseignement de Gilgamesh, au-delà du sujet central de l’épopée – du moins du sujet apparent : la quête de l’immortalité –, c’est qu’il n’y a pas de « vie-sans-fin » au sens charnel du terme, mais une possible invulnérabilité au temps consécutive à une œuvre de bâtisseur : ce sera la construction des murailles protégeant sa ville des incursions dévastatrices de hordes barbares qui assurera à Gilgamesh une renommée qui transcendera sa mort. C’est là un autre point de contact avec la conception maçonnique, même si la bâtisse à construire est un Temple intérieur.
LA SYMBOLIQUE
Outre ces explications rationnelles procédant du récit lui-même, l’élément essentiel de la geste est assurément la présence de deux héros qui semblent n’en faire qu’un tant ils sont semblables. À commencer par leur origine divine : Gilgamesh était « Dieu aux deux tiers, Pour un tiers homme » tandis que Enkidou, lui, est créé directement par la déesse mère, Arourou. C’est dire qu’ils sont de même nature que les dieux et directement reliés à eux.([4]) Cela confère au récit une dimension sacrée, autrement dit universelle puisque toute spiritualité déborde l’histoire. En ce sens le récit devient modélisant : il ne s’agit pas d’une histoire mais de notre histoire.
Le second élément frappant, c’est – comme l’écrit le scribe d’Assurbanipal – que Gilgamesh « grava sur une tablette de pierre tout ce qu’il avait fait et souffert ». On passe là de l’univers de la parole, c’est-à-dire du Souffle créateur, à celui du signe, qui est Reconnaissance et Permanence. Ainsi le couple Gilgamesh-Enkidou devient-il le père de l’humanité ; mais c’est le narrateur qui en perpétue la mémoire vivante. Car le Créé n’est rien sans une Âme qui lui donne la pulsation de la durée, la dimension de la vie. Louis-Claude de Saint-Martin ne disait pas autre chose de son œuvre : « Ceux qui ont de l’âme prêtent à mes ouvrages ce qui leur manque. »([5])
Dans ce même ordre d’idées, l’on notera que l’épopée de Gilgamesh prend appui sur une contradiction : après le défi lancé aux dieux par les deux téméraires et la mort de son frère d’armes, Gilgamesh décide de conquérir à son profit l’attribut divin qu’il avait défié, l’immortalité. Or c’est cette rencontre entre contradictions et complémentarités qui donne au récit son humanité et son exemplarité, lui permettant ainsi de s’inscrire dans la mission de transmission, consubstantielle de toute tradition. Car toute véritable transmission, loin d’être endoctrinement, est réflexion sur des situations signifiantes. Et les seules qui le soient sont celles qui nous ressemblent et font un mythe de ce qui nous caractérise.
L’épopée nous offre en effet l’émergence d’un mythe : celui de la gémellité incarné par le couple Gilgamesh-Enkidou. Les jumeaux étant doublement humains sont sur-humains. Ils peuvent ainsi avoir l’audace de rivaliser avec les dieux. Par exemple dans l’aptitude à créer qui s’inscrit dans le temps et non pas simplement dans l’instant normalement dévolu à la survie. On constate d’ailleurs que ces liens de double fraternité sont à la base de toute fondation : la race de David commence avec Caïn et Abel, Rome est fondée par Romulus et Remus. C’est par la scissiparité que commence la vie, et Eve est de la chair même d’Adam.
Mais si cette division engendre complémentarité, elle provoque aussi déchirure, caractéristiques, l’une et l’autre de l’incomplétude de soi. Pour résoudre cette contradiction, on constate que, dans tous les cas, l’un des deux jumeaux meurt et doit mourir afin de passer le relais au seul, c’est-à-dire à l’homme qui devra désormais chercher son complément dans le perfectionnement de l’œuvre. De ce fait, le travail devient ce qui complète l’homme tout en rendant hommage au Créateur qui l’a pour attribut : « Gloire au travail ! », proclame le rituel du Rite Ecossais Ancien et Accepté.
Ainsi s’établit entre nos deux héros un rapport qui n’est pas sans rappeler celui que les Francs-maçons entretiennent avec Hiram. Car, lors d’une « Tenue » maçonnique, grâce à la sacralisation du temps (allumage des feux ; de midi à minuit…) et à la sacralisation de l’espace (orientation du Temple ; localisation du soleil et de la lune ; marche dextrorsum, etc.) est créé parallèlement, dans le for intérieur des assistants, un Hiram qui n’est autre que le jumeau de chacun en tous points, mais un jumeau meilleur que soi-même. Cet être de fiction mais bien présent en soi, sait d’abord écouter en silence et, partant, être plus attentif à l’autre ; il est ensuite plus mesuré dans ses éventuelles interventions ; enfin il devient apte à sublimer ses réflexions intimes et à se laisser transformer. Ce dialogue avec cet Hiram intérieur, entamé dans ce lieu sacralisé et prolongé en-dehors, rapproche le Maçon de l’immortalité.
Dans une lettre dite « du Voyant » écrite à Charleville à Paul Demeny et datée du 15 mai 1871, Rimbaud s’exclame : « Je est un autre ». Il ajoute : « J’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute » ; et, plus loin, « la première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière ; il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend. […] Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. » ([6])
Ce sont les modalités de cette voyance que nous montre Gilgamesh. Il nous apprend que la connaissance de soi n’est pas dans le combat contre l’extérieur ni contre les dieux. Qu’elle n’est pas davantage dans le cours d’une errance prétendant à l’inaccessible ni au bout d’une quête dont on ignore le but, pour aussi aventureuse que soit la recherche. Qu’elle ne consiste pas davantage, comme notre civilisation occidentale a pu nous le faire croire, en un combat contre soi-même.
La narration la plus terrible de cette lutte sans merci contre soi a été faite par le René Daumal dans son poème La guerre sainte : « Je parlerai – écrit-il – pour m’appeler à la guerre sainte. Je parlerai pour dénoncer les traîtres que j’ai nourris. Je parlerai pour que mes paroles fassent honte à mes actions, jusqu’au jour où une paix cuirassée de tonnerre règnera dans la chambre de l’éternel vainqueur. » Et il explique : « pour combattre ces armées, je n’ai qu’une toute petite épée, à peine visible à l’œil nu, coupante comme un rasoir, c’est vrai, et très meurtrière. »[7] Effrayante meurtrissure à l’aboutissement incertain !
Non, ce n’est pas ainsi que l’on se connaît. Marie-Madeleine Davy, affirme que « le temps de la connaissance de soi en tant que temps existentiel supprime tout conflit entre le passé, le présent et le futur. Le temps déchiré est un temps illusoire. Le temps historique auquel la majorité des hommes se rattachent apparaît un produit de l’objectivation ; or, le temps de l’intériorité dépasse l’histoire, il se réalise dans l’éternité, c’est un temps vivant. »([8])
En fait, c’est à ce « temps transfiguré » que nous invite Gilgamesh. C’est le sens même de son errance, de son parcours. Mais il suppose un langage qui ne permettra pas seulement de communiquer mais de faire éprouver ce que l’on est, de ressentir le récit de l’autre, de « se mettre dans sa peau » – comme on dit – car il n’est de progrès que dans l’analyse intime, assimilée, des expériences, pas dans une simple observation extérieure. L’académicien François Cheng explique que si « toute personne est singulière, intrinsèquement unique, dans la mesure où demeure en elle le mystère de l’Être […] cette unicité de chacun ne peut prendre de sens, n’est à même de se révéler et de s’épanouir que dans l’échange avec d’autres unicités, et la langue et la culture, valables pour une collectivité, ont précisément pour fonction de fixer des règles et des croyances communes, afin de favoriser cet échange et cette circulation. »([9])
Cette langue commune qui permet le dialogue avec soi et avec l’autre, dans notre unicité à la fois singulière et universelle, n’est pas uniquement fille de la culture, même si on prend le terme de culture au sens très large de contexte socioculturel. Elle commence par être acceptation : il faut s’accepter soi-même et accepter l’autre pour pouvoir mettre en œuvre un authentique partage. Il ne s’agit plus, dès lors, de langue, mais de langage, fait de paroles autant que de gestes et d’égards. C’est ce langage qui permet le rapprochement sans réserves qu’on nomme « fraternité ».
Or l’épopée de Gilgamesh et la quête maçonnique nous offrent un seul et même langage de connaissance de soi : le symbole. Il serait aisé d’en décrire les formes dans l’un et l’autre cas, à travers les épreuves à franchir, mais nous sortirions des limites de cette épure. Nous insisterons simplement sur le fait bien connu que le symbole est ambivalent comme nous le sommes, qu’il présente face-à-face le bien et le mal, s’adapte à notre être, à nos petitesses mais aussi à nos grandeurs. Il est versatile, protéiforme, et pour nous mesurer à son aune, pour nous construire avec la pierre de cette carrière-là, la franc-maçonnerie a su lui adjoindre le raisonnement analogique qui permet les rapprochements créatifs. Car se connaître c’est aussi se recréer.
Paul Ricœur dans Se reconnaître soi-même explique que c’est le couple mémoire et promesse qui sont « à la pointe de la problématique de la reconnaissance de soi. […] L’une, tournée vers le passé, est rétrospective ; l’autre, tournée vers le futur, est prospective. » « Ensemble – argumente-t-il – leur opposition et leur complémentarité donnent une ampleur temporelle à la reconnaissance de soi, fondée à la fois sur une histoire de vie et sur les engagements d’avenir de longue durée. » Mais il ajoute cette mise en garde : « La mémoire et la promesse ont l’une et l’autre à se confronter avec un contraire qui est pour chacun un ennemi qu’on peut dire mortel, l’oubli pour la mémoire, la trahison pour la promesse, avec leurs ramifications et leurs ruses. »([10])
La Tradition n’oppose pas mémoire et promesse. Elles ne relèvent pas de la même logique : la mémoire ressortit au mystère de l’homme, la promesse – que la Tradition nomme « initiation » – est engagement pris de sa propre et libre volonté. Pour l’initié, la trahison de sa promesse, peut être de dénoncer ses Frères ou de leur nuire, de chercher son intérêt au lieu du bien commun, mais également (et c’est tout aussi grave), de se laisser aller, de refuser d’être un cherchant. Car l’erreur, voire la faute, ne sont rien en regard de l’apathie. Pour la Tradition, l’essentiel n’est pas dans la conformité, mais dans le dépassement.
CONCLUSION
Les points de convergence entre la quête de Gilgamesh et la quête maçonnique sont nombreux, même si la première est extérieure avant d’être intériorisée, alors que la seconde procède (presque) à l’inverse. L’une et l’autre s’apparentent moins à la recherche gnostique de l’immortalité arrachée au divin qu’à la construction de soi en suivant, ou plutôt en traçant, un chemin initiatique. Ce que nous montre l’épopée, c’est la voie de la Sagesse. Rien n’est acquis, tout est conquis. Et action et réflexion sont indissociables.
En fait, derrière les péripéties d’une chanson de geste ou d’une histoire personnelle que chacun, à manière, pense ou présente comme légendaire, Gilgamesh, au même titre que la franc-maçonnerie, nous signale un triple Mystère de l’Homme : la Mémoire, qui est création du moi ; le Langage qui est, comme nous l’avons vu, non seulement support mais condition de la pensée et de toute relation humaine ; la Créativité enfin, qui concerne l’imaginaire (y inclus le monde imaginal d’Henry Corbin) et l’adaptabilité aux périls du parcours. Chacun de ces points mériterait de longs développements, mais nous conclurons sur une dernière interrogation.
« Je ne sais ni lire ni écrire… », proclame le Franc-maçon. Cette phrase qui semble privilégier la transmission orale rappelle le récit de Socrate rapporté dans le Phèdre (274c-275b) de Platon. En ce temps-là, le dieu Thot, que Platon nomme Theuth et qui n’est autre qu’Hermès Trismégiste, celui « qui inventa le nombre avec le calcul, la géométrie, l’astronomie, et aussi le trictrac, les dés, enfin et surtout l’écriture », vint montrer au roi Thamous qui règne sur l’Égypte tout entière, « les arts qu’il avait inventés », et, parmi ceux-ci, l’écriture : « Voici ô Roi, dit Theuth, une connaissance qui rendra les Egyptiens plus savants, et leur donnera plus de mémoire : mémoire et science ont trouvé leur remède. »
Ce à quoi le roi répondit : « Comme tu es le père de l’écriture, par complaisance tu lui attribues des effets contraires à ceux qu’elle a. Car elle développera l’oubli dans les âmes de ceux qui l’auront acquise, par négligence de la mémoire ; se fiant à l’écrit, c’est du dehors, par des caractères étrangers, et non du dedans, et grâce à l’effort personnel, qu’on rappellera ses souvenirs. » Et il conclut : quant aux élèves, « avoir beaucoup appris dans les livres sans recevoir d’enseignement, ils auront l’air d’être plus savant, et seront la plupart du temps dépourvus de jugement, insupportables de surcroît parce qu’ils auront l’apparence d’être savant, sans l’être. »
Qu’en aurait-il été de l’épopée de Gilgamesh sans l’invention de l’écriture, cette écriture cunéiforme qui n’a été déchiffrée qu’au milieu du XIXe siècle ? Décidément, le grand homme ne voulait pas mourir, comme le dit Jean Bottéro ! N’est-ce pas là le destin de l’initié ?
[1] Ninourta était le fils d’Enlil, le « Maître des mondes » détenteur des tablettes des Destinées, sur lesquelles est gravé le sort de l’humanité. Connu pour son courage et son héroïsme, Ninourta était l’assistant militaire d’Enlil. Non seulement il commandait aux tempêtes mais il était aussi le dieu artisan qui fabriquait les instruments en métal. On le retrouvera dans la Bible avec Tubal-Caïn et dans la mythologie gréco-romaine avec Héphaïstos ou Vulcain.
[2] GASTER (Theodore H.), Les plus anciens contes de l’humanité, Petite Bibliothèque Payot, 1999, p.41.
[3] McCALL (Henrietta), Mythes de la Mésopotamie, Ed. du Seuil, coll. Points-Sagesse, 1994, p.63.
[4] La Bible ne dira pas autre chose : dans la Genèse (I, 25) l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.
[5] Louis Claude de SAINT-MARTIN, Maximes et pensées (choix de Robert AMADOU), Ed. André Silvaire, 1963, p.77.
[6] RIMBAUD(Arthur), Poésies, Gallimard-Poésie, 1973, p. 202-204.
[7] DAUMAL (René), Le contre-ciel suivi de Les dernières paroles du poète, Poésie/Gallimard, 1970, p.204-212
[8] DAVY (Marie-Magdeleine), La connaissance de soi, PUF-Quadrige, 2004, p.62.
[9] CHENG (François), Le Dialogue, Desclée de Brouwer, Paris, 2002, p. 13.
[10] RICŒUR (Paul), Parcours de la reconnaissance, Stock, 2004 (Étude : Se reconnaître soi-même, III-5 : « La promesse », p.187-188).
On trouve dans les rituels maçonniques des interprétations de la métaphore du cercle et de son centre.
Le cercle représente le tout fini et infini, l’unité et le multiple, le plein et la perfection ; souvent il figure le Créateur de l’Univers. Il y est dit aussi que le cercle est l’Esprit humain, foyer de la Connaissance.
Le centre est avant tout celui du cercle. Le cercle et son point central partagent les mêmes propriétés : perfection, homogénéité, absence de début et de fin. De ce fait, comme on va le voir, cercles et centre sont souvent assimilés l’un à l’autre. Sous forme de point, le centre devient le cercle parfait.
La doctrine hermétiste propose en son premier principe d’enseignement ce qu’est l’unité dont la représentation est le cercle. On en trouve la preuve et l’énoncé dans la Table d’Émeraude : «Toutes les choses sont et proviennent d’Un, par la médiation d’Un. Toutes les choses sont nées de cette chose unique… Son symbole est le cercle un qui s’achève en soi-même». Le serpent qui se mord la queue (l’ourobouros), exprime l’univers à «Un le Tout».
Le Centre est aussi considéré comme l’origine, le point de départ de toutes choses ; c’est le point principiel, sans forme et sans dimensions, donc indivisible, et, par suite, la seule image qui puisse être donnée de l’Unité primordiale. Le centre est donc le lieu de l’incréé, l’endroit mythique qui empêche toute dispersion. Il est de ce fait toujours vide, et sa représentation parfaite est le moyeu de la roue, que l’on retrouve au cœur des rosaces et par où passe un axe invisible, celui du monde. Il est ainsi le lieu où se trouve la Cause première, mère de toutes les causes de la manifestation. Là seulement se perçoit la Connaissance. C’est de ce point central, le Un originel, que partent tous les rayonnements, toutes les énergies, toutes les lois causales et les fonctions créatrices qui ont donné naissance aux mille et une formes de la création.
Sur le plan métaphysique, dans une note de bas de page, (note21 de bas de la page 19) Jean-Marie Ragon, dans son ouvrage De la maçonnerie occulte et de l’initiation hermétique nous dit«ce terme éminent vers lequel se dirige toute philosophie, ce besoin impérieux de l’esprit humain, ce pivot auquel il est contraint de rattacher le faisceau de ses idées ; l’unité, cette source, ce centre de tout ordre systématique, ce principe de vie, ce foyer inconnu dans son essence, mais manifeste dans ses effets ; l’unité, ce nœud sublime auquel se rallie nécessairement la chaîne des causes, fut l’auguste notion vers laquelle convergèrent toutes les idées de Pythagore»
Le nom même de la roue (rota) évoque immédiatement l’idée de rotation; et cette rotation est la figure du changement continuel auquel sont soumises toutes choses manifestées ; dans un tel mouvement, il n’y a qu’un point unique qui demeure fixe et immuable, et ce point est le Centre. Le centre n’a pas un sens comme simple point géométrique, il est symboliquement essence de toute chose et tout être. C’est donc sur ce point central que le sens s’efface au profit de l’essence, «le cercle merveilleux est jaillissement, son centre reste immobile» (Maître Eckhart).
L’Unité renferme tous les nombres. L’Unité émane ses puissances seulement par l’addition d’elle-même, seule source de création de tous les nombres. L’Unité a pour racine carrée, cubique et essentielle, elle-même l’UNITÉ. L’Unité distribue son influence dans tous les plans[1].
L’unité crée en se divisant, et ceci peut être symbolisé de plusieurs façons différentes, dépendant du comment l’unité originelle est sensiblement représentée. L’unité peut être convenablement représentée par un cercle, mais le fait que le cercle est incommensurable indique que cette figure appartient à un niveau symbolique au-delà de la raison et de la mesure. En philosophie géométrique le cercle est le symbole de l’unité non manifestée, tandis que le carré représente l’unité posée, pour ainsi dire manifestée.
Selon Euclide le point n’a pas de parties, c’est-à-dire qu’il n’entre en relation ni avec le temps, ni avec la matière. Sorti du temps et de l’espace, il échappe à l’usure, tout en symbolisant l’unité fondatrice du tout. Ce particularisme fait de lui le point fixe dans la mouvance, l’axis mundi universel. Personne ne serait capable de le situer précisément. On sait seulement qu’on procède de lui et qu’on revient à lui. L’intuition nous amène à considérer sa présence en tout être et toutes choses. Son omniprésence et son invisibilité font de lui le plus habile magicien de la création.
S’il est d’abord un point de départ, le centre est aussi un point d’aboutissement ; tout est issu de lui, et tout doit finalement y revenir. Puisque toutes choses n’existent que par le Principe et ne sauraient subsister sans lui, il doit y avoir entre elles et lui un lien permanent, figuré par les rayons joignant au centre tous les points de la circonférence ; mais ces rayons peuvent être parcourus en deux sens opposés : d’abord du centre à la circonférence, et ensuite de la circonférence en retour vers le centre. Le point était la source profonde de toutes choses cachées au cœur de la Création et le placer dans un cercle revenait à en indiquer la source sacrée. Dans ce contexte, le cercle sans le point n’a aucune signification et sans le cercle, le point n’en a pas plus. C’est la raison pour laquelle les cultes monothéistes, qui conservèrent ce signe, en conservèrent aussi le sens depuis Akhenaton qui en fit le symbole de son Dieu. Parfois, le point est entouré de plusieurs cercles concentriques, qui semblent représenter les différents états ou degrés de l’existence manifestée, se disposant hiérarchiquement selon leur plus ou moins grand éloignement du Principe primordial.
Il apparaît que dans toutes les traditions spirituelles, la notion de centre du monde est constante. Les centres spirituels sont Rome et Antioche pour les catholiques ; Lhassa (Tibet), Lumbini (Népal) pour les bouddhistes ; Memphis, Thèbes, Le Caire, pour les Égyptiens antiques ; Constantinople (Istanbul), Alexandrie, Aksoum en Éthiopie (lieu qui abriterait l’arche d’alliance) pour les Orthodoxes ; le mont Athos (en Grèce), Athènes et Olympie pour les Grecs antiques ; la Mecque, Médine et Jérusalem pour les musulmans ; Jérusalem, et Bethléem (ville d’origine du roi David) pour les Juifs, etc.
Comment l’unité peut passer à la dualité sans perdre son caractère de singularité et d’unicité ? Éliphas Lévi dans son Cours de Philosophie Occulte précise : «Il y a quatre manières de concevoir l’Unité :
Comme universelle, produisant et embrassant tous les nombres, n’ayant, par conséquent, point de binaire, unité innombrable, inconcevable, infinie, universelle, absolument nécessaire et absolument incompréhensible, le Un ; Le Un donne ce qu’il n’est pas.
Comme relative et manifestée, ayant un binaire, commençant le nombre et le résumant en s’agrandissant toujours; ce qui la rend progressivement indéfinie, le Un plusieurs.
Comme vivante, et fécondant en soi-même le mouvement et la vie, le Un et plusieurs.
Comme visible et révélée par la forme universelle.
Ces quatre notions de l’Unité sont représentées par le Tétragramme divin, dont la figure hiéroglyphique est la croix.»
La croix de Jérusalem rappelle qu’aux quatre coins du Monde, symbolisés chacun par une croix en miniature, tout dérive de l’Unité et tout y retourne. Tel est le message donné par la représentation où les quatre Évangélistes ou Évangiles occupent la place des quatre croix. Lorsque les quatre petites croix occupent les extrémités des branches au lieu des quatre coins, la croix est dite recroisetée. Elle suggère que même éloignés du centre, nous pouvons toujours le retrouver à tout moment. Quand les quatre croix ne sont plus séparées, mais reliées par un cercle centré à l’intersection des branches, nous retrouvons un sens similaire avec la croix dite celtique.
La croix aux branches égales s’inscrit aussi dans le cercle. Elle prend cette apparence chez certains peuples d’Amérique centrale et celtiques. La croix constitue alors un symbole du centre se déployant jusqu’à la périphérie et représente le Monde dans son Unité (centre) et sa manifestation (roue cosmique). Cette roue est surtout répandue sous la forme de 6 ou 8 rayons, notamment dans les traditions celtique et hindoue.
De cette représentation découle directement celle du chrisme, inscrit ou non dans un cercle. Sous sa forme simple, les premiers chrétiens ont vu en lui les deux initiales grecques I et X de “Iêsous Christos”. Quant à sa forme constantinienne, elle résulte de l’union des deux premières lettres grecquesX et P de «Christos». La boucle qui transforme l’I du Chrisme simple en P du Chrisme constantinien rappelle la boucle supérieure de la croix ansée et fait écho au trou de l’aiguille, à la voie directe ou verticale d’accès aux Cieux.
Le chrisme existe sous différentes formes :
le chrisme formé des premières lettres des mots Ιησούς Χριστός (Jésus-Christ), soit I et X (iota et khi),
le chrisme formé des deux premières lettres du seul mot Χριστός (Christ), soit X et P (khi et rhô) : c’est la forme la plus ancienne, celle adoptée par l’empereur Constantin (voir plus bas),
le chrisme complet formé des lettres X et P complétées des lettres grecques alpha et omega, le tout parfois inclus dans un cercle.
On lui trouve différentes significations :
Comme monogramme originel d’Osiris
Les anciens Grecs utilisaient un signe, une superposition des lettres grecques chi (Χ) et rhô (Ρ), abréviation du mot χρήσιμον, chrêsimon, chrisme en français, qui signifie «chose utile» pour marquer des passages dignes d’intérêt dans leurs textes (repris sous forme d’astérisque pou r indiquer un renvoi textuel). Par la suite, ce Chi-Rho fut adopté par les chrétiens. Le chrisme mystique de Constantin figurant sur le labarum (fanion) avec la devise «par ce signe tu vaincras» a été donné en songe à l’empereur avant une bataille. L’église en a fait un de ses symboles christiques (l’alpha et l’oméga).
Par ses six branches, le chrisme évoque la croix complète : celle qui s’étend dans toutes les directions faisant naître la sphère et représentant à la fois notre monde terrestre, mais aussi l’univers tout entier.
Le chrisme gnostique appelé pendule à Salomon, symbole compagnonnique, est un abrégé de principes architecturaux. On le rencontre fréquemment sculpté ou peint sur de nombreuses églises romanes et gothiques, particulièrement sur celles jalonnant le Chemin de Compostelle. Selon la légende compagnonnique, à l’occasion de la construction du Temple, beaucoup d’étrangers qui parlaient des langues différentes avaient été embauchés. Le roi Salomon leur aurait donné un système de signes applicables à la construction, permettant aux ouvriers de se comprendre sur le chantier sans recours à un langage articulé, sous une apparence de pendule, ou plutôt d’une croix dans un cercle, les chiffres étant remplacés par des signes, des traits de charpente ou de coupes de pierre. Par une série de tracés, on obtient un ensemble de carrés et de cercles. Cet ensemble de signes, toujours utilisé, semble-t-il, par les compagnons des Devoirs, disposé sur un cercle, porte le nom de la Pendule à Salomon et se trouve lié au chrisme que l’on retrouve tout au long du chemin de Saint Jacques. Ce symbole synthétise l’ensemble de la tradition des compagnons s’appuyant sur d’anciens apports hébraïques, égyptiens, grecs, celtiques et chrétiens. Tout l’art roman de la construction est fondé sur le tracé de la croix celtique, elle-même conçue d’après une symbolique parfaitement codifiée et selon des proportions qui ne doivent rien au hasard. Cette croix, dite aussi croix druidique, est composée de trois cercles concentriques de diamètres établis aux proportions suivantes : 9 – 27 – 81. Le premier cercle, le plus grand, c’est le Keugant : il représente le chaos où n’existe rien d’autre que Dieu. De ce cercle, du néant Dieu fait naître les choses. Dans le second cercle (Abred), passent les âmes, cercle de la vie terrestre, lieu et temps d’expression du bien et du mal. D’Abred, les âmes peuvent retourner au néant ou bien s’élever en Gwenwed, dernier cercle, celui de la fusion en Dieu, la Réintégration (ou apocastase). Villard de Honnecourt, maître d’œuvre de la cathédrale de Cambrai, construite entre 1225 et 1272, utilisa cette fameuse croix pour dresser plans et épures des «vaisseaux de pierre» qu’il devait bâtir. Si l’on ne retient que les consonnes de l’expression «pendule à Salomon», PNDLSLMN, on en déduit des acronymes d’indications dissimulées aux profanes (en kabbale on appelle ce procédé le notarikon). «Pends-le s’il ment» ce qui serait un avertissement de ne pas tenter de tromper le tuilage à l’entrée de la cayenne.
Le Chrisme, horloge planétaire : pour beaucoup, le chrisme représente un bâton (P) fiché en terre avec ses deux axes (X). Il donnerait ainsi la mesure du lieu, le midi lié à la méridienne locale. La partie horizontale marquée par l’alpha et l’oméga serait la ligne des équinoxes. Ce symbole christique associe le Fils avec la route solaire journalière et annuelle, il sert alors d´horloge astronomique.
Un chrisme est actuellement le logo de la revue Compagnons et Maîtres d’Œuvres de la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment.
La monade hiéroglyphique (Monas Hieroglyphica, 1564) est un ouvrage de John Dee qui l’écrivit en état de transe en douze jours en janvier 1564. Il prétend donner là une écriture occulte pour expliquer toutes choses. Cette écriture s’explique par de simples figures : point, cercle, droite, croix, deux demi-cercles ; et par de simples opérations : rotations, déstructurations, combinaisons et permutations. En résumé, pour lui, «ni le cercle sans la droite, et ni la droite sans le point ne peuvent être artificiellement produits. C’est donc par la vertu du point et de la monade (auusi appelée monogène) que les choses ont commencé d’être, en principe. Et toutes celles qui sont affectées à la périphérie, quelque grandes qu’elles soient, ne peuvent, en aucune manière, manquer du secours du point central.»
Par exemple, le hiéroglyphe de Mercure est fait d’un croissant [figure] tourné vers le haut [opération], d’un cercle, d’une croix. La monade hiéroglyphique consiste en la composition, de haut en bas, d’une figure qui synthétise les symboles traditionnels de l’astronomie et de la cosmologie : croissant (la Lune), cercle avec un point central (le Soleil), croix (les quatre Éléments), deux demi-cercles (le signe du Bélier). On trouve les nombres 1 (le point), 2 (la droite), 3 (la croix : deux lignes perpendiculaires se sectionnant sur un point), 4 (les quatre segments de la croix), qui sont les nombres de la Décade (tétraktys) de Pythagore. On trouve aussi les sept planètes alors connues : Soleil, Lune, Mercure, Mars, Vénus, Jupiter, Saturne, car le Soleil c’est le cercle et le point, la Lune c’est le croissant, Mercure c’est le croissant plus le cercle plus la croix, etc. (Pour comprendre les 24 théorèmes de la Monade.
D. – Quel est le nombre génératif ? R. – Dans la divinité, c’est l’unité ; dans les choses créées, c’est le nombre 2 ; parce que la divinité 1 engendre 2, et que dans les choses créées, 2 engendre 1 (discours de l’Orateur dans le grade hermétique le Vrai Maçon tel que rapporté par Jean-Marie Ragon dans son livre De la maçonnerie occulte et de l’initiation hermétique)..
Plotin dépasse le dualisme et touche le point le plus difficile d’accès, le plus éloigné de nous, le plus ardu à saisir par la pensée qui pourtant le recherche tant. Ce point porte un nom : la simplicité. Et comme elle est à l’origine de tout, Plotin la nomme, tout simplement, l’Un. À écouter ici.
La kabbale en tant qu’ontologie permet de penser le rapport entre le Un et la création plurielle. Une réflexion deMichel Attali, Comment dire D.ieu? à écouter
La couronne Kéther, de l’arbre des séphiroth, est une autre expression de l’unité, elle est Principe créateur d’où fusent toutes les potentialités de la création éternelle. C’est l’œuf cosmique, le centre d’union-émanation d’où l’éclair créateur a jailli pour illuminer les ténèbres, ce point est Unique (R. Guénon). Pour la kabbale, l’humain a un centre mathématique. Adam, אָדָם, vaut 45, son centre est 23, nombre de lettres du verset Genèse 1,3 au moment de la création de la lumière, riche de tous les sens à venir !
Que faisons-nous dans le temple, tournant autour du tapis de loge ?Que représente le fil à plomb au centre de la voûte étoilée ? N’est-ce pas le milieu désigné comme convergence entre les extrêmes représentés par des points opposés de la circonférence, lieu où les tendances contraires se neutralisent pour ainsi dire et sont en parlait équilibre comme les alternances du pavé mosaïque qui sont transcendées dans l’unité.
La pointe inversée, à l’intérieur, du pyramidion, indique le centre de la pierre. Le franc-maçon travaille au centre laissant à la périphérie les lourdeurs et les rumeurs de la vie. Un des secret des constructeurs serait de rectifier la pierre pour essayer d’en faire un «diamant», jusqu’à en trouver le centre. Ce centre qui, sous une autre formulation et par simple antimétabole du langage codé des alchimistes est ce que la symbolique appelle «la Pierre Cachée» du VITRIOL, indiquant qu’en réalité la quête consiste à rechercher ce qui est caché dans la pierre.
Au Régime émulation, sur le tableau, le point représente l’individu humain et le cercle désigne les limites de ses devoirs envers Dieu et les autres Hommes. Les deux lignes parallèles perpendiculaires représentent Moïse et Salomon, c’est à dire le dispensateur de la Loi et le bâtisseur de son Temple. Une tradition plus «modern» adoptée par certaines Loges (particulièrement les Loges US) -préférée des praticiens du REAA ou du RéR- plus néotestamentaire, laisse à penser qu’il s’agit des deux bienheureux saint Jean pour ce qu’ils configurent, pour les uns, les solstices et pour les autres les deux piliers de la chrétienté.
L’Église chrétienne a remplacé le culte romain de Janus par celui des deux saints Jean en choisissant ces personnages parce qu’ils ont le même nom, et en plaçant leurs fêtes aux dates des solstices. Jean le Baptiste ouvre la porte estivale et annonce le cycle d’obscuration. Jean l’Évangéliste ouvre la porte hivernale et annonce le cycle d’illumination.
«L’expression «Maçonnerie johannite» a été introduite par le Révérend Dr George Oliver (1783-1870) pour désigner le système de maçonnerie dont les deux saints Jean sont reconnus comme les patrons, et à qui les Loges sont dédicacées. Ce système contredisait celui du Révérend Dr Samuel Hemming (1768-1828), auteur du rituel de «synthèse» adopté par la Grande Loge Unie d’Angleterre, lors de sa création, en 1813, par la fusion des Moderns et Anciens, et dans lequel la dédicace des Loges était faite à Moïse ou à Salomon».
Un document ancien, la Charte de Cologne, signale qu’avant l’an 1440, la société des Francs-maçons était connue sous le nom de «Frères de Jean», et qu’ils ont commencé à s’appeler «Maçons Francs et Acceptés» à Valenciennes. Le Vénérable Maître : D’où venez-vous, mon Frère ? Le Frère visiteur : D’une loge de Saint-Jean. Le Vénérable Maître : Que fait-on dans une loge de Saint-Jean ? En fait la Charte de Cologne est un faux en écriture notoire qui fut sans doute rédigé vers 1780 en France et ceci pour contrecarrer les bulles papales et autres condamnations de l’église catholique. Le document est en latin médiéval, mais avec des éléments du XVIIIe siècle comme l’étoile flamboyante qui y est mentionnée alors qu’elle n’apparaît dans les Manuscrits qu’au début du XVIIIe siècle.
La grande humilité de Jean le Baptiste lui faisait dire : «Il s’en vient quelqu’un de plus puissant que moi, dont je ne suis pas digne de délier la courroie des sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint» (Luc 3,16). Il dévoila aux gens cette exigence d’intériorité, ainsi qu’une notion d’universalisme, jusque-là totalement absentes. Jean le Baptiste affiche sa rupture avec la classe sacerdotale d’Israël. Il rejette tout compromis et exhorte le croyant à vivre selon sa foi, sous peine d’être exposé à la «colère qui vient» et dit avec force que le Seigneur attend un changement réel et radical de mode de vie : «produisez donc des fruits qui témoignent de votre conversion!». Les Templiers vénéraient Jean le Baptiste. Ils doivent une partie de leurs connaissances gnostiques aux Johannites d’Orient ou chrétiens originaux. L’Agneau de Dieu était leur sceau et la tête coupée de Jean Baptiste faisait partie de leurs emblèmes.
Jean l’évangéliste prend parti pour un judaïsme authentique, il fustige et condamne les chrétiens qui acceptent de manger les idolothytes (viande destinée aux sacrifices). Il est celui qui met en avant la plus grande spiritualité par l’usage du terme Logos. Ce symbolisme est la clé de voute de la pensée johannique, reprise par de nombreuses sectes et développée par la suite dans les Loges maçonniques sous la forme du Grand Architecte de l’Univers. Dans l’iconographie, saint Jean l’évangéliste est représenté tenant à la main un vase sacré d’où sort un serpent, symbole de la connaissance. Le vase sacré rappelle l’ésotérisme du Saint Graal dont la liqueur procure santé et connaissance. On attribue aussi à saint Jean le G (Lettre), en fait le petit gamma grec. L’on ne saurait oublier l’aigle, qui accompagne saint Jean, symbolisant le soleil par tous les anciens peuples. Saint Jean est parfois auréolé d’un nimbe représentant le quadruple Gamma, swastika mystique de la connaissance parfaite. C’est à Saint Jean l’Apôtre qui fut transmis toute chose. Il devient par-là l’image parfaite de l’initié dans la Franc-maçonnerie. L’expression «Maçonnerie johannite» a été introduite par le Révérend Dr George Oliver (1783-1870) pour désigner le système de maçonnerie dont les deux saints Jean sont reconnus comme les patrons, et à qui les Loges sont dédicacées. Ce système contredisait celui du Révérend Dr Samuel Hemming (1768-1828), auteur du rituel de «synthèse» adopté par la Grande Loge Unie d’Angleterre, lors de sa création, en 1813, par la fusion des «Modernes» et des «Anciens», et dans lequel la dédicace des Loges est faite à Moïse ou à Salomon. Selon la définition donnée par Oliver, le système pratiqué aux États-Unis est une Maçonnerie johannite.
Les instructions du 1er degré du Rite écossais Rectifié font référence aux deux saint Jean et précisent : la Loge de saint Jean et toutes les Loges portent le même nom pour rappeler à notre mémoire celui qui a été élu par le GADLU pour venir annoncer la Grande Lumière et que tous les francs-maçons ont reconnu pour leur patron (St Jean Baptiste qui annonce la venue du Christ). Le rituel de ce Rite mentionne par ailleurs que les francs-maçons célèbrent la Fête de Saint Jean l’évangéliste parce qu’il a réuni les ouvriers qui était dispersés.
Au Rite York, les deux st Jean sont les protecteurs de l’Ordre, symboles vivants du cycle de la Lumière et de la vie (saisons). Dans la Franc-maçonnerie des Anciens, l’un annonce la bonne nouvelle et l’autre en témoigne. Ils sont aussi l’évocation de Moïse et d’Aaron. Sur le tableau de loge du RY, les deux personnages sont aussi bien l’un que l’autre. Quand le RY est fidèlement et traditionnellement respecté, la loge est toujours ouverte à la gloire du G.A.D.L’U. et en mémoire des deux bienheureux saint Jean.
La forme de la vesica piscis (vessie ou ventre du poisson) est une forme créée par l’intersection de deux cercles identiques, de telle manière que le centre de chacun soit sur le périmètre de l’autre, évoquant la forme du poisson mais également celle de la graine, de l’œil et du Yoni. Au temps du paganisme, ce glyphe était associé à la déesse Vénus et représentait les organes génitaux féminins.
Dans les premières traditions (connues), l’être Suprême était représenté par un cercle, le symbole d’un être avec ni début, ni fin, existant continuellement, formé parfaitement et symétrique. L’addition d’un second cercle représente l’extension de cette unité vers la dualité mâle et femelle (appellations génériques). La superposition des deux parties, mâles et femelles, crée une source «divine», dans la réunion des deux forces naturelles. Le motif du vesica piscis et ses dérivés, tel que la fleur de vie, l’arbre de vie et les fondamentaux géométriques, portent en eux cette vérité.
La coutume des premiers chrétiens, consistant à communiquer par le biais d’une partie de dessin tracé dans la poussière, était une reprise des anciens pythagoriciens.Les représentations anciennes du Christ le dépeignent comme un bébé à l’intérieur du « Poisson Vesica » représentant l’utérus de Marie, et par là, la rencontre entre le ciel et la terre dans le corps de Jésus. En tant que tel, il est une porte entre les mondes, et symbolise le point d’intersection entre le plan de Dieu et le plan matériel. De plus, le poisson, signe de reconnaissance entre chrétiens, ictus en grec, Ιχθύς, est l’anagramme de Jesus Christ de Dieu le fils sauveur (Ièsous Cristos Théoun Uios Sôter).
Selon Jean 22,11, le nombre 153 apparait dans l’Évangile, comme étant le nombre de poissons que Jésus attrape lors de la pêche miraculeuse. Le nombre 153, 17ème nombre triangulaire, correspond au nombre de lignes que l’on peut établir dans un ensemble de 18 éléments. On trouve ces 18 éléments dans le tracé de la fleur de vie, croissance fractale faite d’une succession de Vesica Piscis. Dans cette représentation visuelle, le déploiement de l’unité par duplication successives est figuré par un cercle, dans l’espace et le temps. La duplication du cercle s’opère simultanément dans les six directions de l’espace, de manière isotropique par rapport au centre.
La vesica piscis est d’un grand intérêt pour les constructeurs car elle permettait de définir des mesures très particulières, notamment des racines qui ne sont pas calculables et bien d’autres mesures de nombres irrationnels telle la proportion divine.
Cette figure est la «mesure du poisson» pythagoricienne, symbole mystique désignant l’intersection du monde divin et du monde matériel, le commencement de la création.
La vesica piscis a été le thème de plusieurs spéculations mystiques ; les premières furent probablement celles des Pythagoriciens qui la considéraient comme une figure sacrée. Pour eux, le rapport entre la largeur (longueur entre les extrémités du poisson sans la queue) et la hauteur était de 265/153, ce qui est une très bonne approximation de √3. C’est aussi la dimension de la corde, dans un cercle de rayon de 1, pour un arc de 120° (2x1sin 120/2) selon la Table des cordes construite par Ptolémée (cette table associe à la mesure d’un arc, donnée en degrés, la longueur de la corde sous-tendue par l’arc). La √3 contenue dans la Vesica Piscis est la puissance formatrice qui donne naissance au Monde des Polygones. La Vesica Piscis se rapporte explicitement au 3, entrainant avec lui les deux valeurs symboliques qu’il porte : féminin et sacré. Pythagore «découvre» ainsi un 3 féminin et céleste. Et à cette occasion, l’on peut noter que le mot «céleste» gagne en nuance par rapport au ciel de la fécondité. Cette nouvelle définition est en rupture avec les mythes archaïques, où le ciel est masculin. Mais Pythagore doit choisir entre un héritage de type primitif et la vérité que les mathématiques dévoilent à ses yeux. La symbolique, qui deviendra tradition avec le temps, lui donnera évidemment raison de choisir les mathématiques !
Dans le système platonicien, La vesica piscis aurait constitué le signe des époptes, la main ouverte étant unie aux extrémités des doigts et les poignets se touchant.
La construction, par Dürer, du pentagone adjacent à l’hexagone, «à la manière dont, d’après la tradition, le créateur a conçu le plan de l’univers se trace avec une ouverture de compas inchangée», c’est-à-dire selon le principe de symétrie, ou de commensurabilité.
Cependant, la notion de centre, pour caractériser l’individu ou la communauté, ne peut être séparée de celle de périphérie qui conditionne la possibilité de s’orienter dans le monde et de passer d’une situation à une autre en se « décentrant » en quelque sorte (comme avvec le pas de côté dans la marche du compagnon). Nous sommes tous des centres de l’univers, cependant, n’oublions pas que les autres sont donc aussi des centres de cet univers !Penser à la périphérie, c’est tourner son regard vers les expériences du monde actuelles et passées. Les arbres ne croissent pas à partir du centre mais de l’écorce. La périphérie est le lieu des appartenances à des groupes, le centre celui où s’affirme le «je suis».
C’est dans une confrontation pacifique que devrait être envisagé ce que la FM, en tant que cercle, doit à ses rencontres avec les autres spiritualités pour être elle-même.
Delphine Horvilleur, L’identité est-elle un gros mot ?
[1] Papus (Dr Gérard Encausse), La science des nombres, labirintoermetico.com/06numerologia_cabala/papus_la_science_des_nombres.pdf
Interview de Jacques Carletto sur sa nouvelle conférence d’humour maçonnique.
L’humour maçonnique peut prendre de nombreuses formes et styles variés. La conférence présente 50 regards de 5 dessinateurs maçonniques différents. Cette présentation de 20 minutes constitue donc une mini anthologie réalisée en vidéo projection de 14 variétés d’humour.
Cette conférence, parce qu’elle souligne une capacité d’auto dérision ainsi qu’une capacité à ne pas se prendre au sérieux tout en portant des regards pertinents, constitue donc un moment de détente voire de « thérapie ».
Marck Twain disait que « la véritable source de l’humour n’était pas la joie mais le chagrin ».
Il faut ainsi comprendre que l’humour est une échappatoire salutaire aux difficultés de la vie quotidienne comme, à fortiori à celles du chemin initiatique. Cette capacité lucide du doute, voire d’auto-dérision est un élément salutaire à toute conférence destinée tant aux initiés qu’aux profanes. Elle les rassure sur un engagement initiatique dont l’objectif est d’ouvrir son regard et son esprit dans la plus grande des libertés.
Jacques Carletto, Le conférencier, est maçon depuis plus de 40 ans. Auteur, illustrateur & Conseil en communication, il dirige la collection qui pose des questions chez l’éditeur DERVY. C’est également un journaliste qui interviewe en vidéo, chaque semaine, des auteurs dans les domaines de la spiritualité et du développement personnel.
Colombe, Phénix, Pélican, Aigle. Exception faite du serpent, il est observable que la franc-maçonnerie n’a principalement introduit à ce jour dans son bestiaire figuratif que des volatiles pour illustrer ses mythes et légendes. Or, nous le savons, nombre d’animaux « terrestres » accompagnent la vie des humains depuis des lustres. Ils pourraient parfaitement figurer dans le « narratif » maçonnique. Un inventaire par loge ne démentirait pas cette réalité : Les frères et les sœurs aiment aussi la gente canine ou féline. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’un compagnon de route – vigilant gardien ambulatoire – les attendent sagement dans leur voiture pendant la tenue.
15 millions de chats, 10 millions de chiens : c’est le nombre estimé – certainement bien en dessous de la réalité – que possèderaient les foyers français ! Sans compter les oiseaux en cage, les poissons en aquarium, les singes, hamsters, lapins, tortues, écureuils ou autres serpents, espèce rampante précitée – qui font partie de beaucoup de familles. Bref avec quelque 100 millions d’animaux de compagnie, la France serait le 3ème pays d’Europe au classement du nombre de ces « proches » de l’Homme.
Pas si bêtes
Pourquoi cet engouement pour nos amies les bêtes ? Pas si bêtes que çà d’ailleurs ! Il est certain que chacun, chacune de nous se souvient de son premier Medor en peluche ou d’un malicieux Félix le chat. Ces adorables animaux aux yeux brillants et aux museaux rieurs, presque plus vrais que nature et à qui nous avions carrément donné vie, ne nous étaient-ils pas devenus indispensables ? Aussi bien dans nos jeux diurnes que pour nous rassurer dans le noir soudain de notre chambre, avant que ne passe le marchand de sable ! Nous ne savions pas alors que ces « doudous » étaient porteurs de symboles : Muets par définition, ils nous apprenaient déjà les vertus du silence, la sécurité de leur compagnonnage, l’oeil du maître, même si nous n’étions encore que des apprentis de la vie !
Ces doux souvenirs peuvent expliquer qu’à une occasion festive, l’enfant demande à ses parents la reproduction en « chair et en os » de son toutou ou de son minet. La preuve n’est plus à faire qu’un animal – bien mal nommé « domestique » – favorise l’épanouissement de l’enfant. Quelle joie profonde pour le petit garçon ou la petite fille de pouvoir caresser un nouveau partenaire sur pattes, bien vivant et jouer avec lui. Nouvel apprentissage : la fidélité que lui témoigne le chien en se blottissant contre lui, la liberté que prend le chat en s’en écartant momentanément ! Et le petit bonhomme s’enhardit en caressant son vrai Médor allongé sur le tapis. Quand la petite bonne femme découvre la générosité en partageant son gâteau avec son vrai Félix, revenu de sa promenade.
Ainsi, le petit d’homme qui jusqu’à maintenant était servi par un plus grand, s’aperçoit qu’un être vivant a besoin de lui, comme il éprouve le même besoin. Il comprend que cet animal compte sur lui pour recevoir non seulement à manger et à boire, mais aussi de l’attention, des soins, de la tendresse, en un mot de l’affection. Ainsi s’établit, avec le sens de la responsabilité pour l’enfant, une relation de confiance, une fraternité, une complicité entre les deux partenaires. Au vrai, ne sont-ils un couple d’animaux sociaux, les deux s’éduquant et se récompensant mutuellement ?!
C’est ce même rapport affectif qui unit nombre d’adultes à leur animal – ou à leurs animaux – de compagnie. Qu’il s’agisse de couples qui adorent s’en occuper et en être entourés. Ou qui ne peuvent pas avoir d’enfants. Car l’animal est à même de jouer aussi ce rôle substitutif. Les personnes malades, seules ou âgées, réservées ou très discrètes, trouvent un précieux réconfort, une réassurance, une sécurité, dans la présence de la bête aimée – qui n’a de bête que le nom, répétons-le !
Un mélodieux jappement
Comment ne pas être ému devant le bon regard d’un chien, sensible à cette patte qu’il vous tend et qui vaut tous les discours ?! Comment ne pas être réceptif au frôlement insistant d’un chat et à son ronronnement sur vos genoux. Ne vous sentez-vous pas à cet instant précis, fier, confiant, heureux d’être à la fois son protecteur et son élu ?
Je disais plus haut l’animal silencieux parce qu’il ne parle pas. Mais un mélodieux jappement ou un musical « miaou » ne valent-ils parfois mieux que nos interminables paroles verbeuses qui finalement, « abiment » le silence ! A l’image des trop longs développements en loge ou dans les médias qui résonnent sans raisonner et s’entendent davantage qu’ils ne s’écoutent !
On ne peut éviter d’évoquer ici les effets pervers qu’entraîne trop souvent la possession d’animaux. Précisément, le besoin d’autorité compensatrice de certains « maîtres »… qui ne sont pas toujours maîtres chez eux, voire trop soumis professionnellement. Ou l’égoïsme, sinon l’inconscience de certains « propriétaires » sans cœur qui considèrent leur chien ou leur chat comme un objet de plaisir, un gadget passager qui sera abandonné sur quelque route déserte aux prochaines vacances !
La cohabitation intelligente
Et que dire, sinon s’attrister, s’inquiéter même, de ces gens qui, à coup de tondeuse, de ciseaux et de fer à friser, « élèvent » (je devrais dire qui « abaisse » !) des animaux uniquement pour en faire des bêtes de concours. Donc pour de l’argent et les regards gratifiants de ceux à qui échappe la vraie beauté. A moins que ces « tortionnaires » n’entraînent leurs victimes et ne les transforment en monstres menaçants, toujours prêts à vous sauter à la gorge. Sans parler des animaux de cirque qui vivraient mieux dans leur jungle naturelle que sous le fouet d’un sadique dompteur ! Nous sommes loin ici du bon compagnon avec lequel s’échange énergie et douceur, sérénité et joie de vivre !
Revenons vite à la cohabitation intelligente et bénéfique « homme-animal ». Un des meilleurs exemples qui puisse être donné de l’entente et de la complémentarité est celui des chiens-guides des non-voyants. Le chien éduqué avec son futur maître lui redonne – après quelques semaines d’un entraînement commun et d’une connaissance réciproque – les yeux qui lui manquent.
L’aveugle fait alors totale confiance à son partenaire pour contourner les pièges de la ville et prend en même temps confiance en lui. Plusieurs clubs-service, dont le Lions-Club International qui en a fait l’une de ses œuvres sociales principales – et aussi certaines loges maçonniques centrées à la fois sur la spiritualité et le don de soi, ce dans le monde entier – se dévouent pour cette action, ô combien généreuse.
Le harnais qui relie le chien et la main altruiste n’est pas une laisse mais un cordon d’Amour !