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Le Dessin de… Jissey : « Le temps est-il une addiction ? »

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De quoi parle t-on quand on aborde le concept de temps. Certains disent qu’il s’agit de la quatrième dimension. Un récent article 450 relève avec pertinence les difficultés pour l’évaluer, le mesurer, en discerner les limites. Pourquoi le temps passé à lire un ouvrage papier n’est pas celui de la lecture écran ? Pourquoi les montres numériques ne sont-elles pas les égales des montres à aiguilles ? Notre civilisation pour qui le temps semble s’être accéléré, s’est elle interrogé sur les addictions possibles à la vitesse de ce qui lui est demandé ?

Ésotérisme : que signifient les heures miroirs qui se répètent ?

De notre confrère info07.com – Par Cristina Ordas

Heure miroir 12h12 : découvrez sa signification en voyant les chiffres qui se répètent. Il y a des moments particuliers pour faire des vœux. Cela peut être une heure miroir que vous voyez en répétition.

Il est très probable qu’à plusieurs reprises vous ayez regardé votre montre et remarqué que lorsque vous vérifiez l’heure, les chiffres qui s’y trouvent se répètent. Il arrive même que cela se produise plusieurs jours de suite. Eh bien, c’est ce qu’on appelle l’heure miroir.

Il s’agit des moments où l’horloge numérique répète les chiffres avant et après les deux points, par exemple : 12 :12, 11 :11 ou 3 :33. Selon Carl Gustav Jung, ce n’est pas un hasard, puisqu’ils se développent apparemment dans le spectre de la synchronicité. Il s’agit de l’un des personnages clés de la phase initiale de la psychanalyse,

Selon l’ésotérisme:

Du point de vue de l’ésotérisme, voir cela signifie qu’il y a un message que les anges envoient. D’ailleurs, que c’est le moment idéal pour communiquer avec eux. Vous avez environ 24 occasions dans la journée de voir les heures miroir, en commençant par 00h00, 01h01 et ainsi de suite. Il est important de souligner que chacun a une signification particulière.

La signification des nombres répétés dans l’heure :

00h00 : représente la renaissance et adieu à ce qui vous dérange. Il est également associé au fait que quelqu’un pense à vous avec une grande nostalgie.À lire Une grande fortune peut changer la vie de ces 4 signes avant le 16 octobre

01:01 : vous avez toute l’attention d’une personne spéciale, qui pourrait tomber amoureuse de vous.

02h02 : il est possible que quelqu’un vous mente, montrant une facette qui n’est pas la vraie.

03h03 : il est temps de faire confiance à ce que dit votre intuition. En effet, votre corps reçoit des signaux d’avertissement que le cerveau a déchiffrés et essaie de vous communiquer.

04h04 : ce moment précis vous dit que vous devez avoir de nouvelles habitudes, que vous devez vous organiser plus et de vous mettre à la pratique.

05h05 : l’amour est plus proche que vous ne l’imaginez, mais vous vous concentrez tellement sur d’autres sujets que vous n’avez pas pu le voir.

06h06 : six est le nombre de destructions ou de « créativité négative ». Votre heure miroir vous avertit que vous devez faire plus attention et prendre davantage soin de vous.

07h07 : les rêves sont ce qui vous motive à continuer, c’est donc le bon moment pour faire un bon vœu.

08h08 : vous devriez vous méfier, car il y a une forte probabilité qu’ils veuillent vous arnaquer.

09h09 : les anges vous disent qu’il est temps pour vous de vous mettre en avant et de penser à vous, car il y a une disproportion entre ce que vous donnez aux autres et ce que vous vous donnez.

10h10 : quelque chose est sur le point de se terminer et le cycle de quelque chose de très puissant est sur le point de commencer.

Significations spirituelles de l’heure :

11h11: tout comme à 7h7, il est temps de souhaiter fort et de s’emparer de toute l’énergie positive qui vous entoure.

12h12 : selon la numérologie, cela peut signifier le temps des débuts. Mais aussi, comme le temps des changements importants dans lesquels la spiritualité va régner.

13h13 : il y a un aspect de votre réalité qui vous retient, il vous faudra donc changer pour avancer.

14h14 : l’abandon n’est pas permis. Vous devrez donc essayer autant de fois que nécessaire jusqu’à réussir.

15h15 : l’amour et la passion seront à l’honneur dans les prochains jours.

16h16 : les pensées négatives doivent quitter votre vie maintenant.

17h17 : le un (l’ego) et le sept (l’apprentissage) forment cette heure miroir qui prévient de l’arrivée d’un moment de renouveau. Cela vous permettra de faire ressortir votre côté le plus créatif.

18h18 :  votre intuition sur l’amour sera très à l’écoute, vous devrez donc l’écouter.

19h19 : vous devez exprimer tout ce que vous n’aimez pas, qui vous mortifie ou qui vous fait mal. La patience résolu tout.

20h20 : il est temps pour vous de dire au revoir au célibat et de commencer à chercher un partenaire.

21h21 : le succès est sur le point de passer par des situations plutôt positives.

22h22 : vous appellerez quelqu’un d’important dans votre vie avec vos pensées. Votre téléphone sonnera et il sera à l’autre bout du fil.

23h23 : il sera transcendantal pour vous de développer le pouvoir d’écoute.

2 auteurs maçonniques à rencontrer et 4 ouvrages à découvrir

Est-il utile de vous présenter ces deux auteurs que les lecteurs de votre journal préféré connaissent déjà ? La réponse est évidente. En revanche, vous présenter leurs 4 ouvrages s’impose. C’est pourquoi, vous êtes invités à la dédicace jeudi 19 chez Detrad rue Cadet, à Paris.

Pourquoi les francs-maçons veulent-ils reconstruire le Temple ? (Ed. Dervy)

Le temple maçonnique est le lieu d’accueil de la dignité humaine où règne la fraternité universelle. La tâche du maçon est de bâtir. Il existe une analogie entre l’homme et la pierre. Le temple que les frères veulent reconstruire avec persévérance est immatériel.

Il a deux contenus, la lumière intérieure qui brille au tréfonds de chacun et l’accueil fraternel de tous les êtres humains dans une société tolérante. L’influence de la maçonnerie est dans l’exemplarité des frères, dans leur constance depuis des siècles…

Comment gérer les 4 nourritures maçonniques ? (Ed. Dervy)

Et si l’avenir passait par l’évolution des rituels et de la pratique en intégrant des éléments manquants (méditation et respect du corps : équilibre de l’alimentation, de l’hydratation et de la respiration) ?

La franc-maçonnerie saura-t-elle négocier ce nouveau virage qui lui permettra de conserver sa légitimité ? C’est justement ce que cet ouvrage propose.

Des milliers de francs-maçons qui démissionnent et d’autres qui s’interrogent sur le sens concret de leur pratique : c’est la réalité de ce XXIe siècle ! Quelque chose est en train de se gripper. Si la franc-maçonnerie pratiquée en France n’est devenue initiatique qu’avec René Guénon et Oswald Wirth en remplacement des clubs sociaux précédents de style anglais… comment pourrait-elle devenir spiritualiste au XXIe siècle ?

Enquêtes maçonniques Comment les réussir ? (Ed. Dervy)

Les enquêtes de profanes désireux d’entrer en franc-maçonnerie sont reconnues comme capitales pour l’atelier qui va initier ces nouveaux venus. Il en va de la pérennité de la communauté, mais aussi de son serein développement. Comment préparer ces enquêtes ? Quel est le rôle du Président d’accueil ? Comment gérer les rencontres avec le candidat ? Que dire ou ne pas dire ? Quel rapport final fournir à l’atelier ?

Depuis quelques années, un mouvement de « turn-over » ou de « brassage des états J » pour les puristes de la langue de Molière, touche la Franc-maçonnerie. Force est de constater qu’à l’époque d’Internet et des réseaux sociaux, le processus d’intégration en Loge est facilité tant pour les Loges que pour les postulants. On doit aussi reconnaitre que les Apprentis déçus ressortent nettement plus vite qu’avant.

Les Clés d’une nouvelle Franc-Maçonnerie par le Corps (Ed. Numérilivre)

Les clés d’une nouvelle Franc-maçonnerie par le corps, Éditions Numérilivre

Depuis deux siècles, grâce à l’arrivée du machinisme, nous produisons davantage. Malheureusement, cela entraine une diminution de l’usage de notre corps. Si on y rajoute la surabondance des images, qui sollicite nos yeux au détriment de nos autres sens, il y a de quoi s’inquiéter. Dans beaucoup de domaines, l’automatisation remplace la force physique. Il en résulte que l’humain délaisse dangereusement son corps.

La franc-maçonnerie contemporaine en fait les frais. L’expérience initiatique se vit désormais dans la tête des candidats. Depuis la crise COVID, certains ont même instauré des Tenues en visioconférence. La respiration, la méditation, l’alimentation… sont devenues subsidiaires et n’intéressent que très peu d’initiés. Tout cela est un non-sens ! Si on veut éviter que l’Art Royal ne devienne une pratique exclusivement philosophique, nous devons remettre la chair au centre de notre action maçonnique.

Vélomania (3/3)

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(Tiré de l’ouvrage : Au cœur de la Franc-maçonnerie « Huit récits contemporains » Éditions Numérilivre) – Retrouver le volet n° 1 de cette série

La belle rouleuse, partie vers l’avant rejoindre nos équipières qui tirent toujours le peloton, Jean-Paul me pique mes dernières provisions de sucreries. Lui aussi a sa petite fringale ! Pour me protéger des éternuements d’Eole, j’applique à la lettre les expressions de l’argot cycliste : je ne mets surtout pas le nez à la fenêtre. Planqué en queue du paquet, la tête dans le cintre, je suce honteusement les roues. Lanterne rouge du raid, je n’en ai pas honte, puisque nous ne faisons pas une course. C’est même un honneur d’être le dernier, mais toujours en course, avec si peu de préparation. Je me félicite tout seul !

Maintenon, Rambouillet, Les Vaux de Cernay, Dampierre. Enfin une descente, longue, fluide, quel délice de ne plus pédaler ! J’ai l’impression de glisser, de fendre le vent. L’illusion de retrouver des forces… Vallée de Chevreuse, me dit un poteau indicateur, dans une dernière courbe ! Un nom que le Tour de France a auréolé de gloire. Mais moi, je ne suis pas vraiment pas glorieux, il n’y a personne pour m’applaudir, sur le bord de la route ! Je sais bien que toute descente se paie par une côte, et celle-là, c’est la cerise sur ce Paris-Brest. Je suis largué, plus personne devant moi, j’attends la crampe assassine. J’ai l’impression de faire du sur place. J’ai le temps de compter les tournants de la pente qui s’élève devant moi, comme un sentier de montagne. Il y en a bien 17. Pas besoin de mes freins, en ce moment ! Décidément, nos organisateurs ne nous ont rien épargné, avec un tracé diabolique…qui pouvait éviter cette côte ! L’effort, toujours l’effort. Je me rends compte combien il est facile de parler de « dépassement de soi », bien à l’abri, dans la loge ! C’est ici, à quelques kilomètres de Versailles que je me dépasse. Vais-je y arriver ? Obstination, miracle, j’atteins le sommet, « à la ramasse », vidé, pompé. Je n’en crois pas mes mollets. Oui, je veux, je vais arriver au bout de cette aventure. Au bout de moi-même, surtout, me dit le Compagnon en moi !

Magny, Guyancourt, Saint-Cyr l’Ecole, Versailles, 3 kilomètres. Oui, je vois les jardins et les grands bâtiments gris du Château ! Nous sommes revenus au point de départ, après 1352 kilomètres, m’indique mon compteur. C’est dingue ! J’ai réussi à faire bon dernier de cette course sans vainqueur. Je pense à une douche, à mon lit, à une cure de sommeil…Jean-Paul est devant mais il sait que je ne suis pas tout seul. Matcho est derrière moi, je l’entends gronder, museau dehors. L’ambulance me pousse à coups d’appels de phares qui scintillent dans mes rayons. Merci, madame l’infirmière !

Dernière ligne droite, qui est une grande courbe puisque nous faisons le tour du château. Pour arriver devant, encore cinq cents mètres, aux pieds du Roi-soleil. Il mérite bien son nom, flamboyant aux lueurs rouges du couchant. Matcho bondit par la fenêtre ouverte de l’ambulance, pour courir à mes côtés. Il est magnifique, muscles tendus, dans son ondulante robe orangée, la queue en oriflamme. Sa colère mêlée d’effroi, qui ne l’a pas quittée, m’intrigue vraiment. J’accompagne son regard révulsé, insistant sur ma hanche gauche…L’horreur !

Une vipère !!! Là, accrochée à mon cuissard. Je suis sidéré, pétrifié, dans la légère descente avant le terre-plein. Je ne pédale plus, je ne peux pas, j’ai les mains en eau, collées aux cocottes de frein. Je la vois s’enrouler autour de sa tête triangulaire, elle s’allonge mollement, glisse sur ses écailles verdâtres et jaunes, dans le creux de l’aine, vers ma jambe. Je suis glacé, toujours en roue libre, dans les derniers mètres qui restent. Je n’ose pas bouger, raide sur mon vélo. Je suis tétanisé par cette pupille verticale qui me fixe, ces crochets qui vont se planter dans ma chair…

…Un éclair cuivré jaillit du sol, me laboure la cuisse. En hurlant, Matcho, debout contre moi, arrache la bestiole d’une griffe rageuse. Et lui broie la nuque d’un coup de canines, en passant la ligne d’arrivée, devant moi, sa victime pendante dans la gueule. Mon garde du corps vient aussi de battre au sprint !

Ta vipère est bretonne, mon vieux, tu la trimballes depuis Ménéac ! Elle se faisait bronzer sur une pierre, puis elle a élu domicile dans le cadre de ton vélo, tranquille, pendant que tu récupérais. Tu t’en souviens, t’étais allongé à l’ombre du calvaire, après ton coup de barre ! Et c’est justement après l’étape de Ménéac que ta câblerie a commencé à coincer, non ?! ». J’entends, perplexe, la théorie de Jean-Paul.

– Tu crois, et comment elle a pu pénétrer dans le cadre du vélo ?!

-Par l’avant, Pierre, sous la fourche, tout simplement par le conduit de la potence, c’est la seule explication ! ». – Ou par le tube de selle, il est creux aussi ! » – C’est possible, Pierrot, tu vois quand tu veux bien réfléchir ! »

J’en frissonne. J’imagine ma passagère clandestine, entortillée au long des tubes, bloquant à sa guise la câblerie interne. Je comprends pourquoi mes freins ne fonctionnaient plus, par moments !-D’accord, Jean-Paul, mais par où elle est ressortie, à ton avis ?!-Elle ressortie 500 bornes plus loin, ici, justement par la tige de selle, mon p’tit père !

Je tremble encore. Par la tige de selle…ça veut dire que la vipère a rampé sur le cuir, sur mon maillot, sur mon cuissard… Sacré Jean-Paul, il a encore raison. Un cercle de cyclards intrigués, leur machine à la main, s’est formé autour de nous.

L’explication de mon parrain est logique, à un détail près. Matcho est toujours inquiet, survolté, et tourne autour de moi. Une intuition soudaine me fait saisir et soulever mon vélo au-dessus de ma tête. Je le secoue dans tous les sens : la seconde vipère, lovée sous ma selle, dans les plis du boyau de rechange, tombe en vrille, sur les chaussures de Jean-Paul ! Il fait un pas en arrière, surpris ! L’épagneul, entraîné par son premier exploit, ses longs poils soyeux hérissés, les babines découvertes, ne laisse aucune chance à l’autre reptile. Et de deux !

– Bon réflexe, Pierre, c’est vrai, les vipères vont toujours par deux, à la saison des amours ! Une consolation pour moi, à la distribution des prix, je reçois la coupe, toute symbolique, du dernier arrivé ! Sous les applaudissements généreux de tous les cyclards, avant la séparation générale.

Et rendez-vous dans quatre ans ! » crie dans le micro, un organisateur. Je me jure bien de ne jamais revenir dans cet enfer !

Alors, heureux ! » me lance Jean-Paul, un brin jaloux devant mon trophée ! Heureux, moi ?! Je n’ai même pas la force de lui renvoyer une vanne, j’ai le dos et la jambes raides comme du bois, et le postérieur en compote. Paris-Brest-Paris n’est pas une histoire sans fondement !

19 heures. Il est temps de rentrer à la maison, après nos quatre jours de folie cycliste. Pas de vestiaire, pas de douche à Versailles. Une fois n’est pas coutume, on s’habille devant le roi, polo, survêtement, chaussettes, baskets. Des vêtements secs, c’est bien agréable. Zut ! Je ne trouve plus la carte magnétique pour ouvrir le « Scenic ». Elle n’est pas dans mon pantalon, ni dans mon blouson. Pas non plus dans mon sac, ni dans l’ambulance, ni dans la voiture-balai ! Où ai-je bien pu les mettre ? Nouvelle sueur froide, vertige, j’ai du mal à réfléchir, vanné comme je suis. Ah oui, je me rappelle maintenant, je l’avais mise dans la poche arrière de mon maillot, au départ. Et…je l’ai sûrement balancée avec la banane, quand je me suis délesté, du côté de Ménéac !! Quel imbécile ! Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ?

Je n’ai pas le temps de m’angoisser, je vois dans l’œil rieur de Jean-Paul, que tout n’est pas perdu….

…- T’as retrouvé ma carte magnétique, Jean-Paul ?! »

Non, mon frérot, t’es bon pour en racheter une autre…mais j’ai l’impression que t’as jeté aussi ta mémoire avec la banane ! Tu ne t’en souviens pas, tu m’as confié un double de ta carte, en venant ! J’ai comme l’impression qu’il va nous être utile, pas vrai ?! »

– Whaouh ! On est sauvés ! Merci ! Que ferais-je sans toi ?!

– Comme chante Jean Ferrat pas vrai, allez, en route, direction Figeac ! ». Un coup de fil à nos épouses. On rentre !

J’ai vraiment besoin de récupérer. Jean-Paul, décidément increvable, a pris le volant en quittant Versailles, dans les encombrements du dimanche soir. Il m’épate, le bougre ! C’est convenu, je le relaierai à Châteauroux. Je suis allongé à l’arrière avec Matcho qui émet des cris plaintifs réguliers. Je le connais bien ce sentimental, il est en train de rêver de l’infirmière qu’il a quittée avec un grand chagrin !

Je ne sais si moi je rêve ou si je dors. J’ai l’impression d’être toujours sur mon vélo et de mouliner sans fin, bercé par le bruit du moteur et les chansons qui se succèdent en sourdine à la radio. L’épreuve s’est inscrite dans mes jambes, dans tout mon corps. Pour être initiatique, elle l’est ! Je sais maintenant ce que signifie un rite de passage, étape par étape. Grandeur nature !

Les villages traversés dansent une ronde dans ma tête. Je vois défiler tous ces clochers d’églises, coniques ou crénelés, en tuiles ou ardoises, dominant fièrement les maisons de chaque village, comme des enseignes rivales. Puis se succèdent les images des châteaux, forteresses, abbayes, basiliques, cathédrales…Silhouettes massives ou fuselées, blanches dans les lumières de l’aurore, rosées aux feux du couchant. Autant de témoignages de l’histoire mouvementée des hommes. La France est un grand livre de pierres !

Jean-Paul m’a appris que les doubles tours ou les clochers jumelés des grandes constructions religieuses sont inspirés des deux colonnes du Temple de Salomon. Je ne connaissais pas cette particularité des cathédrales et des abbayes, avant d’être franc-maçon. Ça sert d’avoir un parrain !

Et au lieu de dormir, voilà que je refais la route et qu’un inventaire des quatre éléments s’impose à moi ! Les ressentis de mon initiation au premier degré se superposent avec les sensations de mes heures sur la selle. J’ai fait vraiment connaissance avec l’invisible pendant ce raid cycliste. Je parle du vent, bien sûr, et de ses variantes ! L’air qui sent le fuel des camions, l’air salé des côtes bretonnes, l’air des bourrasques soudaines, vif, brutal, qui coupe la respiration, qui empêche d’avancer, qui pénètre jusqu’aux os. Et puis, j’ai vraiment eu ma ration d’eau avec toutes les formes pernicieuses que sait prendre la pluie, visage criblé de milliers d’épingles, jambes constellées de giclées terreuses, chaussures transformées en bain de pieds, et supplice ultime, les gouttes qui s’infiltrent dans le cou une à une, et ruissellent le long du dos. Sans parler du coup de soleil qui me brûle encore le front et les tempes. Et enfin ce coin d’herbe sur lequel je me suis affalé, vaincu, à Ménéac. Où m’attendaient les deux vipères voyageuses…Air, eau, feu, terre, je reviens de Brest, initié une deuxième fois !

Je suis assis dans la salle de bain, la tête penchée au-dessus de la baignoire. Clarisse me fait un shampooing, assorti d’un massage divin du cuir chevelu. Aïe, elle vient de me griffer avec ses ongles…Et je me réveille, je viens de rêver…Ce n’est pas ma femme qui me masse mais Matcho en train de m’égratigner consciencieusement la tête avec ses deux pattes avant ! Je me dresse sur mes coudes, j’ai mal partout, la tête en feu. Des lueurs orangées défilent dans la nuit derrière les vitres arrière embuées. Jean-Paul chantonne au volant, radio allumée en sourdine. Il accompagne Rika Zaraï, dont je distingue maintenant la voix qui sort du haut-parleur derrière ma tête…Sans chemise, sans pantalon

Où on est, Jean-Paul ?! »

– Sur le periph’ de Limoges, mon p’tit Pierre ! T’as bien dormi ?!

– Comme un plomb ! Fallait me réveiller, on avait dit Châteauroux pour le relais, tu dois être mort ! »

-Heureusement non ! »

– Allez Jean-Paul, arrête-toi, je vais conduire maintenant ! »

– C’est pas d’refus, à moi la banquette arrière ! Si tu veux un café, il est tout chaud ! ».

Jean-Paul a eu la grande élégance de me laisser dormir et la bonne idée de brancher le thermo sur l’allume-cigares. La classe ! C’est vraiment un type bien, mon frère-copain. J’admire sa résistance autant que sa générosité. Je vois dans le rétro qu’il dort déjà, avec la tête de Matcho sur sa poitrine.

Vous êtes en Corrèze, m’annonce un panneau autoroutier dans le pinceau des phares. Brive, 50 kilomètres, Figeac, 150 kilomètres. J’    ai l’impression de voler au-dessus de la route. Sans effort ! Comme il est jouissif de voir les distances s’afficher, qu’importe virages et longues côtes, bien calé sur le siège d’une voiture. Sans pédaler !

Minuit, France-Info, beau temps annoncé sur le sud-ouest. Rocamadour, Padirac, Gramat… Tiens, le péage vient encore d’augmenter, juste ce week-end. Dans moins de deux heures, je serais dans mon lit. Je coucherai sur le canapé, dans le salon, pour ne pas réveiller Clarisse et les enfants. Ma fierté de « l’impossible accompli » pendant cette randonnée cycliste est encore titillée par mon sentiment d’escapade fautive. Je tente de ramener la sérénité dans mon imaginaire en conflit avec une parole forte : « L’important n’est pas de gagner, mais de participer » a dit Pierre de Coubertin, créateur des jeux Olympiques…

Le réel est devant mon pare-brise. Attention aux traversées d’animaux, m’avertit un nouveau panneau fluorescent dans la lumière blanche des projecteurs ! Pour l’instant, je n’ai vu qu’un lapin passer comme une flèche. Ne t’endors pas, Pierre !

Figeac est, à elle seule, une page du livre de pierres français. Et illustrée. Depuis que je suis franc-maçon, je regarde ma ville d’un autre œil. J’y suis né et pourtant je constate que je n’en connaissais pas l’intimité. Il a fallu que notre Vénérable Maître actuel, professeur d’histoire, organise pour notre loge plusieurs passionnantes visites nocturnes, à la lampe électrique, pour que j’en découvre « les grains de beauté » sur son épiderme.

Bien sûr, je vois tous les jours ses maisons à étages du XIIème siècle, en gré et pans de bois croisés, avec greniers à ciel ouvert, joliment nommés « soulelho », puisque j’en habite une, près de la librairie ! Certes, ses hôtels particuliers, bâtis à la Renaissance, avec leurs colonnades, leurs tourelles et pigeonniers, me sont familières, puisqu’elles m’ont fait gagner plusieurs concours de photos ! Mais, je n’avais jamais remarqué ces branches d’oliviers et d’acacia gravées, ni ces animaux mythiques, dragons et serpents enlacés, sculptés dans des cartouches, sur les façades. Je n’avais jamais vu non plus ces visages androgynes en granit, et autres gargouilles barbues grimaçantes, nichés dans des faux « fenestrous », au long des rues piétonnes, pavées d’époque. Il s’agirait de multiples représentations d’une idole, supposée adorée des Templiers, hôtes du Quercy, et baptisée « Baphomet ». Légende ou réalité ? Qu’importe, la Franc-maçonnerie a su tirer allégories, métaphores et symboles, de ces multiples expressions architecturales du passé, dont la France abonde ! Et souvent discrètement signées d’une équerre et d’un compas entrecroisés, surgis lors de nos nuits maçonnes figeacoises, dans le faisceau lumineux du frère- professeur.

Le pont de la rivière Kwaï ! La mélodie sifflotée s’échappe joyeusement de la poche poitrine de mon veston. Au moment où dernier client et vendeuse partis, je ferme la librairie, Jean-Paul me rappelle d’un coup de portable, que nous avons une « tenue » ce soir. Je n’avais pas oublié, mon tablier blanc et mes gants sont dans ma serviette dédiée à la pratique de l’Art Royal. Ainsi que mon exposé philosophique, puisque je « planche » ce soir, en vue de mon accession au degré de maître. C’est la première réunion depuis notre exploit vélocipédique. Il m’a directement inspiré !

Le temple maçonnique qui abrite la loge « Les Roses du Quercy » est lové dans une ruelle, derrière le musée Champollion, tout près de la Place des Ecritures. J’ai pris l’habitude, avant de rejoindre mes frères, de grimper et m’asseoir quelques instants sur la terrasse, fleurie de papyrus, qui domine cet endroit magique. Sous mes yeux, en contre bas, est étalée comme un immense tapis grenat recouvrant les pavés de la place, une reproduction de la « pierre de Rosette », hommage de sa ville natale, à Jean-François Champollion. Je songe à son père qui était libraire, comme moi, à Figeac, tout près de ma boutique.

Dans le jour qui décline, j’aime venir rêver à l’original, cette stèle découverte en Egypte fin 1799, et enlevée aux sables du village de Rosette, précisément. Pour devenir ici en Quercy, grâce aux prouesses techniques de l’agrandissement architectural, une géante allongée, tatouée de signes dorés. Elle porte copie d’un décret de Ptolémé VI – ai-je appris en classe – rédigé en trois écritures, hyéroglyphique, égyptienne antique et grecque. Nous savons maintenant, grâce à Champollion, que cette calligraphie sacrée par les Pharaons, exprime des idées et des sons, patiemment répertoriés en vingt ans par ce savant génial. Ainsi s’offre à mon regard, et celui des quelques passionnés comme moi, une autre page, celle-là du grand livre de l’humanité. Je ne peux m’empêcher de rapprocher ces idéogrammes – aujourd’hui parfaitement déchiffrés – des symboles maçonniques, dont l’interprétation, elle, est inépuisable. Imagination, quand tu nous tiens !

Lorsque le Vénérable Maître me demande de « monter à l’Orient » pour lire mon travail, un léger frisson me parcourt et je sens une malicieuse goutte de sueur descendre le long de ma colonne vertébrale. Comme cette pluie froide qui s’infiltrait et perlait dans mon dos, au gré des routes bretonnes…

Je pose mes feuillets dactylographiés sur le lutrin qui fait face à mes frères, venus nombreux ce soir. Je sens leurs regards qui me fixent et distingue dans la lumière filtrée, le clin d’œil complice de Jean-Paul ! L’étoile qui flamboie dans son triangle de verre, sur le mur au fond de la loge, semble m’encourager, elle aussi…

– « Nous t’écoutons, mon Frère, veux-tu nous faire en préliminaire une présentation de ton travail ! » me dit le Vénérable Maître, avec une douceur que j’apprécie.

– « Mes Frères, j’ai choisi de vous présenter ce soir la Légende d’Hermès – je devrais dire les légendes d’Hermès – dans le cadre de la symbolique du degré de Compagnon. Voici donc l’histoire d’une divinité polyvalente. Hermès est en effet le dieu de la santé, mais en même temps et entre autres, le gardien des troupeaux et guide des voyageurs. C’est sur le voyage que j’ai centré ma planche.

Hermès veille sur les routes et ceux qui les empruntent. C’est ainsi qu’un jour en cheminant, il découvre que deux vipères se sont enroulées autour de son bâton. Il le secoue pour les faire tomber et les séparer. De cette première légende est né le caducée médical. Les deux serpents symbolisent les pôles du courant cosmique ascendant et descendant, et par extension, ils représentent l’énergie nécessaire à chacun de nous pour avancer sur notre route…

Le visage hilare de Jean-Paul et son pouce levé m’indiquent que pour ma part, je suis sur le bon chemin !

La spirale envoûtante de la violence : comment en sortir ?

On ne le répétera jamais assez : si l’engagement maçonnique peut avoir un sens c’est d’œuvrer pour la Paix !  

La Vérité impose de reconnaître que nous n’y sommes pas toujours parvenus mais cela ne nous empêche pas de nous y référer et de persévérer dans cette démarche !

Dans une période historique où la spirale de la violence, avec son attraction envoûtante, semble s’imposer aux quatre coins de la Terre , il n’est peut-être pas inutile de montrer le chemin de la Paix !

Chacun semble justifier le recours à la violence en accusant l’autre d’avoir commencé !

La réalité c’est que la violence appelle la violence, la défaite suscite le besoin de revanche, la puissance des capacités de l’imagination humaine invente sans arrêt de nouvelles armes et ainsi de suite jusqu’à aboutir à l’autodestruction !

Les communautés en guerre le sont parce que leurs dirigeants ont choisi la guerre !

Elles prendront le chemin de la Paix si elles se choisissent des dirigeants désireux de trouver le chemin de la Paix !

Les loges maçonniques sont des lieux où la parole est libre et où les différences peuvent s’aplanir !

A chaque loge, à chaque obédience de mettre en valeur des êtres humains porteurs de Paix !

Il n’est pas nécessaire de vouloir sans arrêt « refaire le match » et de rechercher des causalités qui deviendront accusatrices !

Les êtres humains ont besoin de la Paix pour affronter les problèmes sociétaux et environnementaux sources de souffrance et porteurs de risque d’autodestruction ! 

La problématique de la survie de notre planète est tellement importante qu’il n’est pas possible d’ignorer les réalités des nations !

Retrouvons-nous pour créer les conditions d’un dialogue franc et sincère fondé sur l’Espérance !

Tout est possible !

Nouveau jeu d’instruction : « Le Parcours de l’Apprenti ou du Compagnon »

L’Association Parcoursfm forte de l’expérience de ses membres de plus de 25 années d’investissement maçonnique en Loge au sein de différentes obédiences à différents grades, propose un outil ludique et convivial d’aide à la formation.

« Le Parcours de l’Apprenti ou du Compagnon » a pour but :

  • D’accompagner la formation tout au long de l’année maçonnique en laissant toutes les prérogatives au référent de cette dernière.
  • De donner accès à la connaissance du Rite et des divers domaines nécessaires à une progression vers un grade supérieur.
  • De favoriser une envie d’apprendre dans et en dehors de la formation.
  • De permettre un passage au grade supérieur mérité en fonction d’un travail réel.
  • De faciliter, dynamiser, stimuler la progression dans l’art royal.

« Le Parcours de l’Apprenti ou du Compagnon » est conçu :

  • Pour les Rites R.E.A.A. et R.F.
  • Pour les grades d’Apprentis et Compagnons. (Janvier 2024)
  • Pour 1 à 4 participants.
  • Pour permettre l’arrivée ou le départ d’un ou de plusieurs participants à tout moment de l’année maçonnique.

De conception artisanale en grande partie, « Le Parcours de l’Apprenti ou du Compagnon » peut :

  • Être personnalisable
    o Sacs de Suivi (Nom de la Loge,)
    o Recto des cartes (Nom de la Loge, Autre)
  • Être adaptable
    o Modifications des questions, planches et instructions.

www.parcoursfm.fr

Pour tous Renseignements prendre contact par mail :

(cliquez ici)

Pardon originel ?

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 (Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Dans l’essai qu’il a fait paraître, ce mois-ci, chez Grasset, sous le titre : Le labyrinthe des égarés, précisément sous-titré : L’Occident et ses adversaires, Amin Maalouf, le nouveau Secrétaire perpétuel de l’Académie française, dresse un terrible constat : « Nous marchons comme des somnambules vers un affrontement planétaire. » Pourtant, si l’Ukraine était déjà, depuis de longs mois, rongé, sur son flanc sud-est, par les venimeuses morsures de la Russie, le Hamas à Gaza n’avait pas encore embrasé, au moment de cette prédiction, le pourtour sud-ouest d’Israël, déclenchant de furieuses ripostes.

Mais Taïwan, pacifique démocratie insulaire dotée d’une industrieuse et ingénieuse population de 24 millions d’âmes à moins de cent milles nautiques de l’implacable géant chinois, continuait, déjà depuis longtemps, à vivre dans les affres d’une résistance héroïque, face au mauvais remake de David et Goliath dont le menace constamment son titanesque voisin.

Et l’on voudrait, au milieu de toutes ces guerres et de toutes ces convulsions (je vous épargne les violents affrontements qui déchirent, depuis près de 30 ans, l’Est de la République démocratique du Congo, la guerre absurde d’Érythrée, le long et complexe conflit soudanais, la crise du Mali avec Boko Haram qui embrase plus largement la région, la guerre civile larvée qui fracture le Venezuela, la répression des Ouïghours par le régime chinois, la Birmanie qui, à la botte des militaires, se fait désormais appeler le Myanmar, jusqu’à la dérive nationaliste de l’Inde qui pourrait prochainement devenir le « Bharat », ces nouvelles dénominations marquant indéniablement de leurs symboles l’évolution des temps…), et l’on voudrait donc que les signaux passent au vert ? Quand je dis : « au vert », entendons-nous bien, c’est en raison d’autres dérèglements, ceux-là climatiques et plus largement naturels, mais toujours causés par la folie des hommes, n’en troublant pas moins dangereusement les mécaniques terrestres.

Alors, dans ce sinistre contexte que, du reste, je viens à peine d’effleurer (car l’on assiste, un peu partout, à la montée de bien d’autres tensions mortifères, sans compter de redoutables penchants persistants à l’autoritarisme voire à la dictature), quand je philosophe à ma table, il me revient – non sans ironie – cette observation de Descartes, dans son Discours de la méthode : « Je demeurais tout le jour seul, enfermé dans un poêle, où j’avais tout loisir de m’entretenir de mes pensées. » A priori, cette idée pourrait légitimement résonner en moi comme un reproche, avec ce remugle d’imposture qu’il y aurait à rester tranquillement chez soi, à l’écart du fracas du monde. Quoique Blaise Pascal ait pu relever que « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre » !

En vérité, les méditations dans lesquelles je me plonge sont bien souvent orientées par l’actualité, mais sous un angle qui évite d’être purement réactionnel, sachant que l’on ne saurait se dispenser de réfléchir pour décider comme pour bien agir. Voilà un prétexte tout trouvé pour vous présenter mon dernier « jus de crâne » et ne m’en voulez pas de céder, avec une ardeur juvénile qui ne se retrouve plus guère que sous ma plume, à ce petit morceau de bravoure. Il portait sur la haine et la vengeance.

La haine sourd, ondoie, enfle, éclate, se cristallise en cris comme en raisonnements enflammés. La haine dérive vite, elle vibre au premier soupçon, elle a la colère comme meilleure alliée et se déchaîne sans frein en mille coups et en mille violences. On a l’impression que, plus elle s’assouvit, moins elle se rassasie. Elle bondit aux moindres incidents. Certes, elle se nourrit souvent des injustices subies mais pas moins, non plus, de celles qu’elle provoque. C’est une compagne facile et vorace, pas très regardante, qui a d’obscures accointances avec l’outrance et le mensonge. Si elle trouve de complaisants abris dans des dogmes religieux ou politiques, elle sait néanmoins se métamorphoser pour se maintenir. « Dieu merci », son règne ne saurait être perpétuel car elle s’épuise sans solution.

Quant à la vengeance, c’est un engrenage sans fin. Je songe au chanteur belge Julos Beaucarne[1] dont la compagne Loulou, qu’il avait rencontrée en France, fut tuée par un déséquilibré, à la Chandeleur, le 2 février 1975. Je me souviens d’un entretien qu’il avait alors accordé à Télérama où il avait immédiatement pardonné au meurtrier, dans le simple espoir de lui faire comprendre à quelle vie merveilleuse il avait effroyablement mis fin. Je cite ce témoignage bouleversant car il me place face à moi-même. Il me coince dans les cordes.

C’est une question qui se pose en de très nombreuses circonstances, aujourd’hui. Notamment, dans les zones de conflit que j’évoquais un peu plus qu’en préambule. Ou plutôt c’est une question qu’on aimerait pouvoir poser, toute inaudible qu’elle soit dans les vacarmes de l’Histoire, comme bien souvent par les cœurs meurtris. Sans doute est-ce une question trop audacieuse et, par suite, assez durablement inopérante ; cependant, ne croyez-vous pas qu’elle mérite d’être inscrite, sans être à même de constituer un prompt commandement, au premier rang de toutes celles qui figurent nécessairement en arrière-plan, comme une épingle de lumière dans la nuit des consciences ? Pour ma part, à mon petit niveau, je vous avouerai que j’ignore, en reprenant le titre d’un livre fameux de Lytta Basset[2] dépassant la lecture classique de la Bible fondée sur la faute originelle, si je serais vraiment capable d’un… pardon originel.


[1] Conteur, poète, comédien, écrivain, chanteur et sculpteur, Julos Beaucarne est mort, dans son pays de naissance, le 18 septembre 2021, à l’âge de 85 ans. Que la terre lui soit légère ! 

[2] Lytta Basset, Le pardon originel. De l’abîme du mal au pouvoir de pardonner, 1ère éd. (coll. : Lieux théologiques, 24), Genève, Labor et Fides, 1994, 500 p. Il s’agit de la thèse de doctorat de cette philosophe et théologienne protestante suisse  qui a beaucoup publié, depuis lors. On peut lire un compte rendu de l’ouvrage cité, en cliquant ici, sachant qu’une reprise entièrement refondue en édition de poche en est disponible chez Albin Michel, en deux volumes respectivement intitulés : Le pouvoir de pardonner et Guérir du malheur.

Histoire du Rite Opératif de Salomon

Le Rite opératif de Salomon est un rite maçonnique apparu dans le courant des années 1960 à l’issue d’un travail de recherche mené par Jacques de La Personne, alors président de la commission des rituels et grand orateur adjoint du Grand Orient de France. Il propose aux francs-maçons qui le pratiquent une approche très symboliste de la franc-maçonnerie, avec un accent particulier mis sur le cérémonial des réunions maçonniques. Ce rite est principalement pratiqué au sein de l’Ordre initiatique et traditionnel de l’Art royal (OITAR) que Jacques de La Personne crée en 1974.

Historique

Jacques de La Personne, entré en franc-maçonnerie au Grand Orient de France le 16 décembre 1959, appartient à cette génération de francs-maçons qui se passionnent pour l’étude du Rite français à partir des sources des textes, dans la mouvance de frères comme René Guilly, par exemple. Initié dans la loge « Les Inséparables du Progrès », il commence son travail au sein de cet atelier dont il est vénérable maître en 1964. Devenu grand orateur adjoint et président de la commission des rites du Grand Orient de France, c’est mandaté par elle pour mener à bien son projet qu’il obtient une patente pour créer la loge « Les Hommes » qui pratique sous forme expérimentale le résultat de ses travaux, à savoir : les trois premiers degrés de ce qui deviendra le Rite opératif de Salomon. La loge se crée le 7 février 1972.

La loge « Les Hommes » pratique toujours ce rite. Par la suite soucieux de pouvoir continuer l’expérience de la création d’un rite original au xxe siècle dans un cadre plus libre, et désireux de l’ouvrir à la mixité, il crée l’Ordre initiatique et traditionnel de l’Art royal en janvier 1974 et se détache du GODF pour se constituer en structure indépendante. La première loge créée dans ce nouveau cadre, « Les Fondateurs » devient loge numéro un de l’OITAR.

Pendant près de dix ans, suivi par plusieurs frères et sœurs venus en grande partie du GODF, mais aussi du Droit Humain, il travaille à l’élaboration du rite à la fois au niveau des cahiers rituels (cérémonies des différents degrés, etc.) mais également au niveau des livres dit : de fonctionnement ; fixant les usages et les consignes de l’ordre et de ses loges. Au début des années 1980, le projet de continuer à perfectionner le rite, au sein d’une loge de recherche et d’études: la loge « Hermes» se fait jour. Il s’agit notamment d’expérimenter une nouvelle structure symbolique et notamment un ordre différent des degrés maçonniques. Le but avoué par son concepteur est de faire du second degré de la maçonnerie bleue (des trois premiers grades) le pivot symbolique du rite.

Degrés du rite

Le Rite opératif de Salomon pratiqué à l’OITAR se divise en neuf degrés répartis en trois ordres :

  • Ordre Œuvrier des Bâtisseurs du Temple (Premier Ordre – voie artisanale en cinq degrés)
    • Apprenti
    • Compagnon
    • Maître
    • Maître Secret
    • Maître Maçon de la Marque
  • Ordre Chevaleresque du Temple de Salomon (Deuxième Ordre – voie chevaleresque en deux degrés)
    • Chevalier de l’Arche Royale
    • Chevalier Rose-Croix
  • Ordre Intérieur du Saint Temple (Troisième Ordre – voie sacerdotale en deux degrés)
    • Passeur de Lumière
    • Maître du Nom Ineffable

Les trois premiers degrés : apprenti, compagnon, maître, sont, comme le veut la tradition maçonnique, gérés indépendamment des degrés suivants dits « de Perfection » (à partir du quatrième degré). Les trois premiers degrés sont gérés par un grand maître général, entouré d’un conseil des grands maîtres territoriaux. Les degrés dits « de Perfection » sont gérés par le Suprême Conseil universel du Rite.

Nous vous conseillons de lire l’ouvrage de Didier Ozil

(Découvrir l’article de 450.fm)

Réalisateur de films, Didier OZIL a travaillé de nombreuses années pour la télévision. Initié en 1992 à l’Ordre initiatique et Traditionnel de l’Art Royal, il a appartenu à plusieurs Loges. Grand Maître Général de 2013 à 2016, il a également été membre du Suprême Conseil.

Vélomania (2/3)

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(Tiré de l’ouvrage : Au cœur de la Franc-maçonnerie « Huit récits contemporains » Éditions Numérilivre) (Lire la suite avec le 3/3)

C’est reparti ! Avec cette consigne impérative, voir et être vu. Dans le soir violine, le balancement rythmé des phares blancs et des feux rouges, transforme notre colonne phosphorescente en un étrange ballet de lucioles. A la suite, pendant cette veille forcée, de Saint-Hilaire du Harcouet à Corlay, nous avalons sans sourciller, pointages aux contrôles, kilomètres et casse-croûtes. Soudain, sur la droite, au sommet d’une côte, un magnifique cône lumineux, le tout proche Mont Saint-Michel, étincelle sur son rocher et nargue la pleine lune.

Majestueux ! Je pense aux échanges de compagnons voyageurs qui, il y a huit cent ans, se faisaient entre les chantiers de Notre Dame de Paris et celui de cette abbaye. La Merveille, elle porte bien son nom. J’imagine les heures et les heures de marche de ces ouvriers maçons et charpentiers, pour atteindre les édifices en construction. En blouse bleue, foulard rouge et casquette de laine, sandales de vachette aux pieds et baluchon sur l’épaule au bout d’un bâton. Croiser un autre compagnon sur les sentiers de l’époque, voulait dire, faire une pause et boire une rasade de piquette ou de cervoise, à la même gourde. Je me sens très privilégié sur ma monture. « Le vélo est la botte de sept lieues du piéton » a dit le dessinateur Jacques Faizant.

 Je le sais, cette nuit bleue de mon parcours initiatique sera dure, très dure pour moi. Une obsession me taraude : ne pas m’endormir. Une sonnerie aigue me fait sursauter. Ma main droite cherche machinalement le réveil.

– T’affoles pas, c’est mon pacemaker ! plaisante Jean-Paul à côté de moi, tandis que nous pédalons comme des automates au petit jour. Je réalise qu’on l’appelle sur son portable. Bonne surprise, toute la troupe des « sans-sommeil » roule allégrement. Personne n’a fermé l’œil de la nuit, enfin je crois, du néophyte de 18 ans au vétéran, ancien champion cycliste de 80 ans. Je boirai bien un café ! Mon coupe-vent ruisselant de rosée, frigorifié mais heureux d’avoir traversé la nuit sans cette défaillance redoutée, je découvre une Bretagne voilée de brume rose qui nait au monde. Je boirais bien un café !

La bonne humeur et les rires reviennent, surtout après l’arrêt petit-déjeuner et, pour ma part, un divin massage de mes cervicales dans l’ambulance. Merci, madame l’infirmière ! Je lis quelque distance dans l’œil ironique de Matcho, nouveau patron du service médical.

La deuxième journée s’inscrit en pays d’Armor, ponctué de villages de granit aux toits d’ardoises et de routes buissonnières. Quelques lève-tôt risquent des « Vas-y Hinault ! » sur notre passage. Hommage indirect au champion local, encore dans toutes les mémoires. 500 km dans les jambes en fin de matinée. Après Pleyben, les cuisses se raidissent, les yeux brûlent, la nuit volée se venge. Premiers désespoirs, premiers abandons. Ma voix intérieure est catégorique : tu dois tenir, tenir le coup absolument. Un compagnon, un vrai, ne reste pas au bord de la route, il avance, avec une cathédrale en point de mire. Pense à la métaphore de Jean-Paul. Objectif : Brest !

Nous y arrivons enfin, toujours groupés, non pas devant la cathédrale, mais au pied du Château et des remparts, dont nous faisons le tour. Je pense aux forçats de la route qui, dans le 1er Paris-Brest-Paris, ont viré ici-même, il y a plus d’un siècle, sur leurs engins de 30 kilos. Des compagnons à leur façon. Des héros ! Le ciel est bas en Finistère, au bout du monde, comme le nom l’indique. Océan gris-vert strié de chevaux blancs au loin, deux grands chalutiers qui se balancent dans le port, des hauts jets d’écume sur le quai, près de la citadelle, images fugaces d’une tempête probable. Déjà, nous repartons dans l’autre sens, frustrés. Un portable sonne dans le peloton, juste derrière moi. Je me retourne. « C’est une fille, c’est une fille ! », nous lance un concurrent radieux, qui vient d’apprendre sa paternité.

Matcho me lèche copieusement le visage, depuis un moment déjà. Allez, allez mon vieux, lève-toi, il faut repartir. En selle ! insiste-t-il, à grands coups de spatule humide ! Lui au pied du lit, moi étendu tout habillé, nous n’avons même pas dormi 4 heures, au Luxotel breton, investi par les cyclards. En pleine nuit, la chevauchée fantastique, impitoyable, nous entraîne de nouveau.

Le peloton, monstrueux ver luisant, paraît glisser sur le ruban de bitume. Pas question de faiblir, je suis allé jusqu’à Brest, je dois en revenir ! Les yeux rivés sur le feu rouge devant moi, crispé sur mon guidon, je n’ai qu’une trouille, la crevaison sournoise qui va me laisser sur place, dans l’obscurité !

Ça y est ! Pourquoi faut-il que je pense à un pépin pour qu’il survienne ?! Dans la longue côte de Landerneau, le silex redouté aplatit ma roue arrière. Que je n’ai jamais su démonter ! Encore une fois, méthodiques, patientes, les mains de Jean-Paul font merveille. Les miennes ne savent que tenir la lampe électrique. Que ferai-je sans lui ?! Je commence à lui pardonner de m’avoir mis dans ce pétrin ! Un autre jour revient au pays des fées. Le vent salé qui s’est levé avec le soleil sur les monts d’Arée, me fouette les joues comme un after-shave. Pas de feux follets ni de korrigans, au bord du lac de Huelgoat. Le compagnon-maçon, amateur de légendes est déçu !

700 kilomètres. Je n’ai jamais dépassé cette distance en rallyes ! Je pédale depuis 48 heures ! Mon moral suit les hauts et les bas du profil armoricain. Les temps d’arrêt me sont de plus en plus nécessaires. Abrité dans les roues, juste avant Ménéac, je me paie un magistral coup de barre, en équilibre précaire. Je n’y avais jamais pensé, je roule sur 2cm de gomme ! Je sens la lâcheté m’envahir, je rêve d’un demi panaché, d’une baignoire. Et même d’un taxi pour rentrer à la maison. Qu’est-ce que je fais ici ?

Mince consolation, je lis ma fatigue dans les autres regards. Chacun souffre, en nage, sans se plaindre. C’est l’élégance des cyclotouristes. Vieil instinct de conducteur, je louche vers un rétroviseur imaginaire : Où est l’ambulance ? Matcho, mon frère, où es-tu ? Même pas une « poussette » de Jean-Paul ! Où est-t-il lui aussi ? En train de faire la cour à une concurrente en queue de peloton, qui sait ?! 46×18, 46×20, 46×22, dans l’imagerie cycliste, « la langue dans la chaîne », « les pieds à la cinq heures moins vingt », je joue désespérément du dérailleur. Je me bourre de barres chocolatées, de gâteaux, de morceaux de sucre ! Je vide d’un trait mon bidon de thé sucré. Trop tard, dame fringale, l’affreuse « sorcière aux dents vertes » des rouleurs, a encore frappé, je suis dans le coton. Mon vélo pèse une tonne ! Pour mieux avancer, drôle d’idée, je vide les poches de mon maillot. Et stupidement, de peur d’être ballonné, je jette ma dernière banane.

Ivre de chaleur, je vois double. Non, c’est un tandem qui me dépasse. Je sais que pour les deux compères, l’effort de pédalage est terrible, surtout bien sûr, dans les montées. Pitoyable robot désarticulé, je zigzague maintenant en queue de peloton. Je regarde derrière moi et aperçois enfin Matcho dans l’ambulance, à la place du passager, museau à la portière et crinière au vent. Son regard directif est formel : Continue Pierre ! Tu dois continuer ! Même discours dans les yeux de l’infirmière au volant. Un cliché m’apparaît, je délire sans doute : dans son triangle, au-dessus de la chaire du Vénérable Maître en loge, la pupille du Grand Architecte de l’Univers me fixe puis ferme sa paupière. Ce clin d’œil imaginaire me fait grimace plus que sourire…

Heureusement, comme le gong pour le boxeur K.O. debout, l’arrivée à l’étape me sauve du désastre. Assommé, titubant, j’ai juste le temps de me laisser glisser dans l’herbe. Où mon vélo, que j’ai lâché, est déjà couché. Au pied d’un calvaire, symbole de circonstance, qui n’a rien de maçonnique !

Paris-Brest, malgré son nom, c’est pas du gâteau !

Elles ont pris la tête du raid et roulent sur toute la largeur de la route, dans un bruissement d’abeilles mécaniques. Nos dix féminines, fières amazones aux maillots couleurs d’arc en ciel, cheveux flottants, l’aisance même ont bien l’intention de rejoindre Paris. Je dois le dire, leur exemple me stimule !

Dans la forêt de Brocéliande, la meute de lévriers semble à leurs trousses. Le brocanteur est dans mon sillage, fasciné comme moi par cette ondulation de hanches suggestives en collants noirs. Distraction fatale. Ziiiiit ! nos roues se tutoient soudain, se touchent encore et c’est le drame. Je me rétablis de justesse pour voir Jean-Paul sur ma droite, prisonnier de ses cale-pieds, décoller en vol plané et s’écraser lourdement dans le fossé.

-Jean-Paul, réponds-moi ! Il est allongé sur le bas-côté, les yeux fermés, sans connaissance. Plusieurs « raiders » se sont arrêtés en même temps que moi. Un participant médecin tâte son artère jugulaire, l’infirmière lui tient la tête, Matcho gémit à ses pieds, stupéfait. Je suis penché sur son visage, désespéré, impuissant, affreusement malheureux.

 – Non, ne me fais pas ça, Jean-Paul, je t’en prie, parle-moi !

Soudain, il ouvre un œil farceur pour me lancer son « Alors, Pierre, heureux ?! », en se relevant d’un bond. Souple comme un chat, maître du roulé-boulé, pratique du judo oblige, bref, ce chenapan nous a bien eus ! Me faire une peur pareille ! Je lui donne tout de même à boire. Bilan, une roue avant pliée en forme de huit, que le mécano remplace vite fait, bien fait. Conclusion de notre comédien, brandissant son trophée tordu : « Et voici la roue de l’infortune ! »

ll faut une bonne demi-heure à notre petit groupe – dont le médecin un peu en colère après Jean-Paul – pour rejoindre le peloton qui ne nous a pas attendus. Pas un nuage. A cause du relief, la moyenne tombe à moins de 20 kilomètre-heure. Tiens, c’est curieux, par moments, mon frein arrière ne répond pas, curieuse impression. Les patins à changer peut-être. Ou le frottement de roues de tout à l’heure ? Mais il faut rouler, encore rouler. Pas le temps de flâner le long du canal dans Rennes…même en « petite reine » !

Matcho sent-il déjà l’écurie ? Aux arrêts, il abandonne sa Dulcinée pour me rejoindre en aboyant furieusement. Qu’est-ce qu’il lui arrive ? Je ne comprends pas ses assauts hargneux contre mon vélo. Jean-Paul non plus. Arrivé à l’entrée de Laval, deux heures de faux sommeil sur des matelas, dans une salle communale, et une douche sublime. Whaouh ! Nous quittons la tranquille Mayenne pour une troisième nuit sur la route. Et pour retrouver, à l’heure du premier journal du matin, le bocage normand et ses vaches goulues, que notre passage ne dérange guère !

1000 kilomètres ! Dans les verts vallons du Perche, c’est mon frein avant qui ne répond plus. Bloqué ! A l’étape de Nogent le Rotrou, une vérification s’impose. Les câbles coulissent pourtant bien dans leurs gaines, les mâchoires serrent et, je le constate, les patins sont comme neufs. Le mécanicien et Jean-Paul me portent un regard soupçonneux. D’accord, mes amis, j’ai dû rêver, même sans dormir… ! Matcho, lui, est de plus en plus nerveux et continue sa danse du scalp autour de moi, les oreilles redressées. Bizarre.

Cuisse de canard et riz au lait. Ce dernier repas avant l’arrivée est succulent. Je préfèrerais tout de même un bon verre de Cahors à cette orangeade qu’on nous sert depuis trois jours. J’ai regarni mes poches de maillot de pruneaux, portions de « Vache-qui-rit » et chocolat. Enfin quand je parle d’arrivée, encore 200 bornes ! Je songe que je possède beaucoup d’éléments maintenant pour rédiger ma planche de Compagnon. C’est décidé, je proposerai à mon « surveillant » de travailler sur l’effort. J’ai de quoi dire, dans la tête et les jambes !

En enfourchant ma rossinante aux freins capricieux, je sens que je suis tout endolori, là où Paris-Brest-Paris fait le plus mal. Aux fesses !

L’astuce est bien connue des cyclards. En roulant, il faut « boire dans les joues », retenir puis avaler lentement, sinon le liquide, comme le vélo, peut faire fausse route ! Pour avoir oublié cette précaution de base, je suis en train de m’asphyxier après une rasade trop abondante. La magistrale tape dans le dos de Jean-Paul remet ma glotte en place 

– Plus que 50 kilomètres, c’est pas le moment de t’étouffer ! 

– Tu veux dire « encore » 50 kilomètres, nuance !

Un violent vent de face balaie les champs dorés de la Beauce et atomise le peloton. Peu après Courville sur Eure, à la sortie d’un long virage, surgit au loin devant nous, enfin, la prestigieuse cathédrale de Chartres, « la mère des blés ». Elégante, racée, avec ses flèches jumelées, telles deux fusées grises prêtes à décoller dans le ciel jaune. Je ressens la même émotion qu’à la vue du Mont Saint-Michel. Un cadeau pour l’œil. Et se pose à moi la même question : qu’est-ce qui poussait ces bâtisseurs à lancer vers le ciel, souvent au péril de leur vie, ces « tours de Babel » ?! Une ferveur ardente mêlée d’orgueil, jusqu’à vouloir élever les voûtes d’ogives toujours plus haut ?! Un sujet de réflexion, tant pour les compagnons du Devoir qui perpétuent aujourd’hui l’œuvre créatrice de leurs aînés, que pour les francs-maçons « spéculatifs », dont je suis…

Maintenon, Rambouillet, Les Essarts, l’accordéon des rescapés s’étire, se referme et se redéploye dans les toboggans successifs que dessine la chaussée. Ça recommence, le frein arrière coince ! Coïncidence, entre mon vélo bleu, et le rouge de Jean-Paul, venu à mes côtés, s’infiltre la monture blanche d’une concurrente qui vient s’abriter du vent sans vergogne. Cette vision tricolore m’amuse quelques secondes. Le soleil nous plante ses dernières banderilles dans la nuque. Et enflamme de mille feux la chevelure rousse qui dépasse du casque de notre compagne de route.

Découvrir le dernier volet

Découvrez le stylo de l’année 2023

Inspiré de l’Egypte ancienne

Le Stylo de l’année 2023 s’inspire de l’Égypte ancienne avec ses 3 000 ans d’histoire, ses divinités, ses histoires et ses réalisations. Les gens appelaient leur patrie la terre noire (kemet), qui était régulièrement inondée par la boue sombre du Nil et la terre devenait ainsi fertile. Ce cycle qui se répète chaque année aurait conduit à la création du système de calendrier d’environ 365 jours. La couleur noire et les éléments décoratifs du Stylo de l’Année 2023 témoignent de l’origine de l’Empire égyptien, des pharaons, de leurs hiéroglyphes et symboles.

Apprenez-en davantage sur l’histoire de notre nouveau stylo de l’année

4000 avant JC avant JC

Création de Ptah

En Égypte, environ 4 000 ans avant le début du siècle, une civilisation avancée a émergé et est devenue un grand empire sur le Nil. Dans la mythologie, Ptah est considéré comme une divinité créatrice et « le père des dieux, de qui émanent toute vie et le pouvoir créateur de l’humanité ». Le cœur et la langue sont ses organes créateurs. En tant qu’« ancien », Ptah crée des créatures vivantes, des villes et des temples en exprimant à haute voix les pensées formées dans son cœur. Ptah a également créé d’autres divinités dont les histoires ont duré des milliers d’années sous la forme de caractères écrits uniques : les hiéroglyphes.

le capuchon

Couronne

« Décrire ne sert à rien, regarder. Tout autre mot est superflu», a déclaré Ludwig Borchardt lors de la découverte en 1912 du buste de Néfertiti, l’un des trésors artistiques les plus célèbres de l’Égypte ancienne. « La belle est venue » est la traduction de « Néfertiti », dont le gracieux buste a été réalisé 1 340 ans avant le début du siècle. Le capuchon du Stylo de l’année 2023 est calqué sur la forme frappante de sa couronne bleue (altiyjan), qui a permis d’attribuer le buste à Néfertiti. Dans l’Egypte ancienne, le couvre-chef était important ; outre le Khepresh bleu, couronne de guerre des pharaons, il y avait le Deshret rouge, couronne du nord, le Hedjet blanc, couronne du sud et la couronne Atef, une combinaison de Deshret. et Hedjet. La forme de la couronne haute de Néfertiti était rare.

Dieu de l’au-delà

Mythe d’Osiris

Osiris, dieu de l’au-delà, porte une couronne ornée de plumes d’autruche et décide de la renaissance du défunt. Son frère jaloux Seth le tue et démembre son corps. Isis, la sœur en deuil d’Osiris, reconstitue le corps de son mari avec l’aide d’Anubis, le dieu des rites de mort et de la momification. C’est ainsi qu’Osiris devient la première momie.

Fleur de lotus

L’inspiration pour le motif gravé en filigrane au bout du Stylo de l’année 2023 a été fournie par la fleur de lotus (seschen), qui incarnait la régénération et la résurrection dans l’Égypte ancienne. On vénérait particulièrement le lotus bleu, dont la fleur se ferme jour après jour au coucher du soleil et s’enfonce dans l’eau pour se relever au lever du soleil. En tant que l’un des symboles les plus importants, cette plante gracieuse ornait des récipients, des bijoux, des peintures et des colonnes en albâtre et était utilisée comme hiéroglyphe, souvent en relation avec des divinités.

Magie, renaissance et régénération

Le pouvoir d’Isis

La magie, la renaissance et la régénération sont des pouvoirs de la déesse Isis, mise en scène à plusieurs reprises avec des fleurs de lotus bleu. Dans le temple d’Isis à Philéa, elle reçoit de somptueux bouquets de fleurs de lotus et de papyrus. Avec sa jumelle Nephthys, elle accomplit des rituels pour le défunt Osiris et est considérée comme un lien entre les vivants et les morts : pour être proche de son mari, elle erre entre les mondes.

Or

L’or (nebu) était un symbole de pouvoir et de richesse dans l’Égypte ancienne et seuls les pharaons étaient autorisés à s’en décorer. D’impressionnants bijoux, outils, récipients et masques en or témoignent de l’Égypte ancienne comme du pays aurifère le plus riche de l’Antiquité. L’ère de l’or a atteint son apogée sous Akhénaton et Toutankhamon environ 1 300 ans avant le début du siècle. L’or était également un symbole des divinités ; l’un des dieux les plus importants était Horus, souvent représenté comme un faucon. Son célèbre œil d’Horus était un symbole protecteur sur les amulettes, les cercueils et les objets funéraires et servait de rapport mathématique pour le dosage des ingrédients dans la production de médicaments. Gravé dans une plaque de métal plaqué or 24 carats, l’Œil d’Horus orne également l’embout du Stylo de l’Année 2023.

Quatre-vingts ans de combat

Oeil d’Horus

Deux rivaux se sont battus pour le trône d’Osiris pendant quatre-vingts ans, selon le « Mythe d’Horus et Seth ». Parce que les dieux favorisent Horus dans une dispute, Seth, frère d’Osiris, se met très en colère et arrache l’œil gauche d’Horus. Avec l’aide de Thot, le saint patron de la science et de l’écriture, Horus retrouve la vue et désormais l’œil gauche d’Horus, connu sous le nom d’œil de lune, est considéré comme un symbole de guérison, de protection, de perfection et de puissance. Après une longue épreuve devant les dieux, Seth recourt à des moyens injustes, alors Horus se tourne vers la déesse de la guerre Neith. Elle conseille les dieux, après quoi Osiris finit par s’exprimer et son fils Horus devient « seigneur des deux pays ».diapositive 

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  • Au cours de notre voyage dans l’Égypte ancienne, nous rencontrons de nombreuses divinités (alalha), chacune ayant des caractéristiques et des tâches spécifiques. Les hiéroglyphes ornés de douze divinités légendaires de l’Égypte ancienne sont gravés sur le corps sombre du Stylo de l’Année 2023.

Hiéroglyphes

Des hiéroglyphes astucieux (medu netscher) ornent la tige métallique du stylo de l’année 2023 : les noms de douze divinités égyptiennes antiques sont gravés dans le métal recouvert de carbone semblable à un diamant. Les hiéroglyphes sont considérés comme les caractères égyptiens les plus anciens : environ 7 000 nous sont parvenus. Pendant plus de 3 500 ans, les hiéroglyphes étaient principalement utilisés à des fins rituelles ou religieuses, mais aussi pour transmettre des connaissances entre générations. Ce n’est qu’alors qu’il fut possible de développer l’Égypte ancienne vers une culture avancée et d’administrer le territoire national. Si nous pouvons aujourd’hui déchiffrer les symboles détaillés, c’est grâce à la découverte de la pierre de Rosette en 1822 : l’impressionnante tablette montre l’inscription en trois langues différentes.

Dieu de l’écriture, du calcul et des mots

Écrit de Thot

En tant que dieu de l’écriture, du calcul et des mots, le dieu Thot apporte le langage et l’écriture aux hommes. Avec son long bec d’ibis recourbé, il veille sur les archives et les bibliothèques où repose le savoir de l’Egypte ancienne. Thot est aussi un dieu du jugement des morts et enregistre la pesée du cœur. Seuls ceux qui sont capables de se repentir et ont le cœur léger peuvent entrer dans le royaume du retour.

Scarabée

Le lapis-lazuli reconstitué avec un scarabée gravé (cheperer) incrusté dans l’embout du capuchon du Stylo de l’Année 2023 brille d’un bleu vif. Dans l’Égypte ancienne, l’animal divin était visible sur les amulettes, les sceaux et les objets funéraires comme un porte-bonheur et un symbole solaire qui incarnait la vie et la résurrection. Lorsque le Nil est monté au-dessus de ses rives, les animaux se sont éloignés de l’eau, promettant ainsi aux hommes la crue tant attendue à un stade précoce. Nouvelle couleur à l’époque, le bleu intense du lapis-lazuli était associé à l’eau et à la divinité du ciel nocturne et était largement utilisé dans les bijoux, les robes royales et les reliques. Le masque mortuaire de Toutankhamon, coloré en bleu royal, et le maquillage tout aussi bleu de Cléopâtre, qui se considérait comme une incarnation de la déesse Isis, sont impressionnants.

Re crée des gens

Voyage du Ré

Rê, le dieu solaire, rend la vie possible sur terre. Le scarabée qui fait rouler sa boule devant lui symbolise le soleil. Après que Re ait créé les humains, il monte et navigue depuis dans le ciel jour après jour. Dans le cycle éternel, Rê traverse le royaume des morts la nuit, accompagné de Seth, qui repousse les attaques de la divinité serpent Apophis, qui représente les ténèbres, le chaos et la dissolution, pour ressusciter au lever du soleil.

Pharaon

L’une des découvertes les plus célèbres et les plus impressionnantes de l’Égypte ancienne pèse douze kilos : le masque mortuaire de Toutankhamon. Le manche du Stylo de l’Année 2023 s’inspire des rayures en or et lapis-lazuli de la réplique du foulard Nemes du Pharaon (per aa). Des anneaux en métal plaqué or 24 carats et des anneaux en laque bleue, minutieusement fabriqués à la main en plusieurs couches, rappellent les précieux couvre-chefs réservés aux pharaons. La chambre funéraire de Toutankhamon, tapissée d’or pur, a été découverte dans la Vallée des Rois en 1922 et contenait, entre autres choses, son trône d’or et un char. Élément important de la croyance égyptienne, l’embaumement et la momification du défunt font partie de la cérémonie d’entrée dans l’au-delà.

Dieu des rites de mort et de la momification

Momification par Anubis

Sur le défunt Osiris, Anubis, dieu des rites de mort et de la momification à tête de chacal, accomplit pour la première fois les rites de mort, qui servent désormais de modèle à la cérémonie funéraire. La garde de la mort accompagne le voyage dans l’au-delà en recevant les momies, en ouvrant la bouche et en laissant l’âme s’élever vers l’est jusqu’au « champ des offrandes célestes ». Sa main repose de manière protectrice sur la momie.

Fin par Sekhmet

Parce que les gens ne rendent pas suffisamment hommage aux dieux et se rebellent contre eux, Ré envoie Sekhmet, la puissante déesse en forme de lion, sur terre pour la tuer. Dans sa soif de sang, Sekhmet tue de plus en plus de gens jusqu’à ce que le pays devienne rouge de sang et que Ré cède en les plongeant dans un profond sommeil. La soif de sang de Sekhmet est désormais satisfaite. Ré sépare le ciel et la terre et se retire dans les étoiles avec les dieux. Cela met fin à l’ère des dieux sur terre.