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Francs-maçons célèbres… : Pierre-Joseph Proudhon

Pierre-Joseph Proudhon, né le 15 janvier 1809 à Besançon et mort le 19 janvier 1865 à Paris (16e ), un polémiste, journaliste, économiste, philosophe, politique et sociologue français. Précurseur de l’anarchisme, il est le seul théoricien révolutionnaire du xixe siècle à être issu du milieu ouvrier.

Proudhon à l’assemblée nationale en 1848.

Autodidacte, penseur du socialisme libertaire non étatique, partisan du mutuellisme et du fédéralisme, il est le premier à se réclamer anarchiste en 1840, partisan de l’anarchie, entendue en son sens positif : « La liberté est anarchie, parce qu’elle n’admet pas le gouvernement de la volonté, mais seulement l’autorité de la loi, c’est-à-dire de la nécessité ».

Il est l’auteur de plus de soixante livres.

Proudhon dans sa jeunesse.

En 1840, dans son premier ouvrage majeur, Qu’est-ce que la propriété ? Ou

Recherche sur le principe du Droit et du Gouvernement, il rend célèbre la formule « La propriété, c’est le vol !». Dans ce même ouvrage, il est le premier auteur à utiliser l’expression « socialisme scientifique », lorsqu’il écrit : « La souveraineté de la volonté cède devant la souveraineté de la raison, et finira par s’anéantir dans un socialisme scientifique».

En 1846, il donne, dans son Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère, une explication de la société fondée sur l’existence de réalités contradictoires. Ainsi, la propriété manifeste l’inégalité mais est l’objet même de la liberté. Le machinisme accroît la productivité mais détruit l’artisanat et soumet le salarié. La liberté elle-même est à la fois indispensable mais cause de l’inégalité.

En 1848, dans Solution du problème social, il élabore la théorie du crédit à taux zéro qui anticipe le fonctionnement des mutuelles d’aujourd’hui. Il imagine la création d’une banque d’échange ou « banque du peuple », dont le but est l’abolition de la monnaie, du salariat, la suppression de toute prise d’intérêt et de toute réalisation de profit dans le cadre des structures d’échange entre les individus.

Anticlérical, il publie en 1858 l’ouvrage De la justice dans la Révolution et dans l’Église, véritable somme contre l’Église dans lequel il prône l’abolition de toutes les formes de pensée et d’organisation ecclésiales au profit des formes égalitaires, antihiérarchiques.
En 1863, dans Du Principe fédératif et de la nécessité de reconstituer le Parti de la Révolution, et en 1865, dans De la Capacité politique des classes ouvrières, il est un des premiers théoriciens du fédéralisme, entendu non pas seulement comme libre association des communes mais comme point de jonction entre l’industrie et la campagne, l’ouvrier et le paysan.

Dans Les Démocrates assermentés et les réfractaires, il pose les bases du refus de toute participation aux élections lorsqu’elles sont truquées, dévoyées par le pouvoir bonapartiste, détournées par le système capitaliste, manipulées par ceux qui font et défont les cartes électorales. Il ne condamne pas la démocratie ou le suffrage universel en eux-mêmes mais leur manipulation au profit des intérêts capitaliste et étatique.

Il entre en Franc-maçonnerie en 1847

Proudhon dans les années 1840

A la Loge Sincérité, parfaite union et constante amitié au Grand Orient de France à Besançon.  L’assistance est fournie car l’impétrant, enfant du pays, est un écrivain sulfureux, jouissant d’un grand prestige dans le mouvement républicain et socialiste.
C’est à cette étape de sa vie, après que la loge ait procédé aux trois enquêtes et voté en sa faveur, qu’il est introduit, la tenue suivante, soit le 8 janvier, dans la « chambre des réflexions » de la loge de Besançon. Ses réponses écrites aux deux premières questions sur les devoirs envers ses semblables et son pays, n’ont pas dû surprendre l’atelier : « justice à tous les hommes » et « dévouement à son pays ». Mais à la troisième : Que doit-il à Dieu ? Il répond par provocation : « la guerre ».

Suivons ensuite le récit de son initiation telle qu’il la rapportera dans « De la justice dans la Révolution et dans l’Eglise » :
« Je demande pardon à mes respectables frères de la surprise que leur causa cette fière parole, sorte de démenti jeté à la devise maçonnique, que je rappelle ici sans moquerie : A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers . »

Une discussion s’ensuit où Proudhon explicite sa position antithéiste. Dans son ouvrage “De la justice dans la Révolution et dans l’Église (1858)”, il s’explique : « Le Dieu des maçons n’est ni Substance, ni Cause, ni Âme, ni Monade, ni Créateur, ni Père, ni Verbe, ni Amour, ni Paraclet, ni Rédempteur, ni Satan, ni rien de ce qui correspond à un concept transcendantal : toute métaphysique est ici écartée. C’est la personnification de l’Équilibre universel : Dieu est l’Architecte ; il tient le Compas, le Niveau, l’Équerre, le Marteau, tous les instruments de travail et de mesure. Dans l’ordre moral, il est la Justice. Voilà toute la théologie maçonnique ».

Tombe de Pierre-Joseph Proudhon au cimetière du Montparnasse (division 2).

La persécution, l’emprisonnement et l’exil politique font qu’il prend quelque distance avec son atelier d’origine pendant quatorze ans. Il ne pénètre à nouveau dans une loge maçonnique qu’en 1861, quatre ans avant sa mort, à Namur en Belgique. Il avoue n’être resté qu’au grade d’apprenti en disant : « Je me suis abstenu, j’ai vécu hors du temple… ».
Plusieurs loges (Écosse, Anvers, Verviers, Strasbourg, Paris, Gand, Reims) participeront à la souscription lancée après sa mort pour rembourser les nombreuses dettes qu’il laissait. Celle des Gymnosophistes de Londres adressera ses condoléances officielles à Mme Proudhon.

Pour aller plus loin : Dictionnaire Larousse

50 nuances de mépris

Nous analysons ici un des mécanismes mentaux qui conduit à la haine et aux passages à l’acte qui défraient actuellement la chronique.  

En français familier, donner un nom d’oiseau à quelqu’un signifie l’insulter. La première explication vient comme l’intention d’annoncer à l’interlocuteur qu’il ou elle est en déficit d’intelligence. On s’appuie là sur la conviction que la cervelle d’oiseau est moins performante que notre merveilleux cortex. Les qualités attribuées par la « sagesse populaire » aux différentes races d’oiseaux permettent de choisir finement le message que l’on souhaite faire passer. L’humour sera aussi appelé en renfort le cas échéant, afin de rendre le message digeste pour la personne visée, ou pour mettre les rieurs de son côté.

Les rapaces diurnes sont parés de qualités positives, comme par exemple la clairvoyance ( «  c’est un aigle ! » ) . On peut soupçonner qu’il y a un peu de fascination devant la force animale brute dans le succès des rapaces, que l’on peut ainsi rapprocher des grands fauves.  Mais bien souvent l’analogie avec des oiseaux recherche des aspects négatifs à mettre en avant.

L’intelligence faible sera soulignée comme tête de linotte .

Le choix s’agrandit quand il est question de femmes peu intelligentes : bécasse, dinde, pintade, oie blanche…La poule, souvent attribuée à la femme, comme par exemple la poule de luxe, peut aussi qualifier l’homme, qui pourrait être poule mouillée : serait-ce alors parce qu’il n’est pas assez viril ? Se raidissant, il se fait alors coq, dressé sur ses ergots ( qui sonnent comme égo ). Le maire déchu de Paimpol disait récemment, en conseil municipal, à la maire nouvellement élue : « je te parle comme je veux ma cocotte ». Cocotte signifiait prostituée jusqu’à l’entre-deux-guerres.

Nous pourrions continuer longtemps comme cela, tant la caisse à outils pour dévaloriser son prochain est garnie. « Prochain », voilà qui nous ramène à ce fichu altruisme paroissial : la compassion/sympathie que nous donnons à nos proches, nous la soutirons à ceux qui sont nos lointains. Pour faire fonctionner ce mécanisme, nous avons besoin de clairement séparer ces deux populations. Et comment ? En nous persuadant que nous avons raison de ne pas aimer les lointains.

Tout de même, est-ce notre génétique ou notre fond culturel, on ne sait pas bien, il y a cette petite voix qui nous susurre que nous sommes tous humains, et que la solidarité de l’espèce est un devoir absolu. Bon d’accord, humains ils sont, mais tout de même moins chouettes ( tiens encore un oiseau ) que nous et nos proches. Ils sont affreux, sales, et méchants, comme dans le film. On peut ajouter bêtes, incultes, etc. « Bêtes », ben tiens, on peut utiliser tous les noms d’oiseaux , mais d’autres bestioles pas agréables en plus : rats, punaises, cancrelats, cloportes, etc.

La voilà l’arme ultime :  il faut déclarer que ce ne sont en fait pas des humains. Controverse de Valladolid, le retour ? Non, pas besoin de faire un truc officiel, suffit qu’on s’en convainque et la séparation se fait dans notre tête :  on pourra être odieux à souhait.

Jusqu’ici, on n’a évoqué que l’individu lambda.

Il y a plus fort au niveau collectif. Les idéologues, sachant que le phénomène du bouc émissaire permet de bien souder les troupes, vont industrialiser le processus.

La palme revient là évidemment à l’extrême droite, comme le rappelait Raphael Enthoven en édito pour Franc-Tireur. Que voyons-nous ? L’usage des étiquettes. Les nazis, un peu gênés par le fait que la qualité de judéité, de tzigane ou de franc-maçon ne se voit pas sur le visage, ont imposé le port des étoiles d’infâmie que l’on sait. N’étant pas au pouvoir, les actuels tenants de ces thèses ont remplacé les étiquettes physiques par des mots gluants qui collent à l’individu. Le vieux Le Pen avait commencé avec son Durafour-crématoire. Dieudonné a renchéri avec son Shoahnanas . Médine persiste avec son resKhanpée stigmatisant Rachel Khan, dont la majorité de la famille a péri dans les camps.  Nous sommes devant un soi-disant humour, qui n’engendre qu’un sinistre ricanement haineux.

Remarquons qu’ici un cap supplémentaire est franchi : on n’utilise même plus une analogie animale, mais une chose. La déshumanisation est alors achevée. 

Chers sœurs et frères, voici pourquoi je ris finalement moins qu’avant mon initiation. Comment ne pas avoir souvent à l’esprit que tant de choses rigolotes ne sont que des véhicules d’intentions négatives ? Nous sommes tant et tant à passer trop de temps à chercher le mème* rigolo sur les réseaux sociaux. Interrogeons-nous sur le pourquoi cela nous fait rire . Mettons nous dans les souliers de la personne visée, ou mettons-y nos proches. Les émotions dégagées changent alors ! En tenue, nous nous appelons exclusivement SS ou FF :  ce n’est pas par hasard.   

Que ta parole soit toujours impeccable, dit le premier accord toltèque. Pour cela, éradiquons l’humour mal intentionné.

* Le terme est utilisé sur internet pour désigner tous les contenus propagés rapidement sur le réseau.

Brésil : L’Ordre DeMolay était honoré ce lundi 16, lors d’une réunion plénière spéciale

De notre confrère brésilien almg.gov.br

Liée à la franc-maçonnerie, une institution pour le développement de la jeunesse fondée en 1919 aux USA achève 40 ans d’activité dans le Minas Gerais.

La Plénière de l’Assemblée Législative du Minas Gerais (ALMG) tiendra une réunion extraordinaire lundi prochain (16/10/23), à partir de 19 heures, pour honorer l’ Ordre de DeMolay pour 40 ans d’activité dans le Minas Gerais, à commencer par la fondation du chapitre n° 12 de Belo Horizonte, le 18 juin 1983.

La demande qui a rendu l’événement possible a été rédigée par 26 parlementaires, avec le député Duarte Bechir (PSD), 2ème vice-président de l’ALMG, comme premier signataire. Dans le document, le parlementaire rappelle l’importance de l’hommage et rappelle l’histoire de l’ordre sur le territoire du Minas Gerais.

« Les activités de l’Ordre de DeMolay sont basées sur les vertus de l’amour filial, du respect des choses sacrées, de la courtoisie, de la camaraderie, de la fidélité, de la pureté et du patriotisme. Rendons hommage à l’effort et au dévouement de ces jeunes pour le bénéfice de la société brésilienne et pour l’encouragement de l’engagement politique et social des jeunes ».

Duarte Bechir, dans la demande de réunion extraordinaire

Le représentant Duarte Bechir, dans la demande de réunion extraordinaire
Le programme de la réunion spéciale comprend la composition de la table d’honneur, l’interprétation de l’hymne national et de l’hymne de l’Ordre de DeMolay, la remise de la plaque avec l’honneur, en plus des discours de Duarte Bechir et du représentant de la personne honorée. .

L’histoire de l’Ordre DeMolay remonte, selon la demande, à février 1919, lorsque neuf jeunes âgés d’environ 16 ans se sont réunis dans un temple maçonnique à Kansas City, Missouri, aux États-Unis, et ont fondé sous le parrainage de la franc-maçonnerie. l’institution qui rassemble actuellement des millions de personnes à travers le monde. Son premier dirigeant fut Frank Sherman Land.

Le nom de l’ordre fait référence à Jacques DeMolay, dernier grand maître de l’Ordre des Templiers qui, brûlé vif le 18 mars 1314, devint un martyr et un exemple d’héroïsme, de loyauté, de courage, de fidélité et de tolérance.

Toujours selon la demande, l’Ordre de DeMolay regroupe deux drapeaux fondamentaux : la lutte pour le maintien des écoles publiques et la promesse de construire un monde avec la meilleure préparation de la jeunesse, qui prendra un jour la direction de toutes les activités de la société contemporaine.

D’une manière générale, l’objectif de la commande est, selon la définition exprimée sur son site Internet ,créer de bons citoyens, qui respectent les lois, qui vivent en harmonie avec la société, qui aident les autres dans leurs besoins fondamentaux et éducatifs et qui, par l’exemple, servent de modèle à suivre par tous les jeunes.

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Anusocratie ? Franc-maçonnerie, transgression sexuelle et enrichissement illicite en Afrique postcoloniale

Du site cambridge.org – Par Cambridge University Press

Les Camerounais ont récemment inventé un nouveau mot pour caractériser l’état de leur pays : anusocratie (le règne de l’anus). Cela est devenu central dans la panique morale à partir de 2000 face à une prétendue prolifération de l’homosexualité. L’anusocratie relie ces pratiques homosexuelles à l’enrichissement illicite des élites nationales et à leur implication dans des associations secrètes d’origine occidentale, telles que la franc-maçonnerie, les rosicruciens et les Illuminati.

Cet article tente de dénouer ce nœud conceptuel entre homosexualité, occultisme (franc-maçonnerie) et enrichissement illicite : d’abord en l’historicisant. Il est intéressant de noter dans le cas camerounais qu’un lien similaire est mentionné dans l’une des premières ethnographies, Die Pangwe de Günther Tessmann . La franc-maçonnerie est clairement une imposition coloniale sur le pays, mais le lien entre les pratiques homosexuelles et l’enrichissement a une histoire plus ancienne. Deuxièmement, une comparaison avec des idées similaires ailleurs sur le continent peut également ouvrir des perspectives plus larges. Le lien avec l’enrichissement illicite ne figure pas dans les conceptions classiques de « l’homosexualité » telles qu’elles sont développées en Europe, mais il ressort fortement d’exemples provenant de toute l’Afrique. Achille Mbembe et Joseph Tonda montrent tous deux que cette image de l’anus – la pénétration anale – exprime les inquiétudes populaires concernant des inégalités stupéfiantes. Pourtant, cet aspect est ignoré dans les débats sur « l’homophobie » croissante en Afrique. Une confrontation avec des textes classiques de la théorie queer occidentale (Bersani, Mieli) peut nous aider à découvrir d’autres couches des discours africains, notamment l’accent mis sur la diversité sexuelle comme réponse à l’homophobie. Cela peut également servir à relativiser le lien entre les pratiques sexuelles et les identités sexuelles, qui est encore considéré comme une évidence dans de nombreuses théories queer d’origine occidentale.


Introduction

Récemment, les Camerounais, toujours inventifs en néologismes, ont surpris le monde avec un nouveau terme : anusocratie. Il est devenu un terme clé dans la « panique morale » qui hante le pays depuis le début du siècle à propos d’une prétendue prolifération de « l’homosexualité ». Comme ailleurs sur le continent, une telle prolifération est souvent considérée comme le résultat d’impositions coloniales et postcoloniales. Ce qui est frappant, c’est que les gens font un lien direct avec les formes illicites d’enrichissement et que l’anus – c’est-à-dire la pénétration anale – se voit attribuer un rôle clé à cet égard. Le Cameroun offre une variante assez particulière de ces interprétations, car de nombreuses personnes – tant dans la presse que dans la « radio trottoir » (radio pavée) – associent explicitement cela à l’élite du pays profondément impliquée dans des associations secrètes d’origine occidentale : la franc-maçonnerie, la rosicrucianisme et les Illuminati. Suite à une association – notamment courante dans les contextes francophones – de la franc-maçonnerie avec des pratiques homosexuelles, les Camerounais parlent des pédés de la République .note de bas de page3 Le message semble clair : la franc-maçonnerie étant une imposition coloniale, l’homosexualité a également été introduite de l’extérieur et est un produit colonial. Cette explication a des conséquences spécifiques. Puisque ce seraient surtout les élites qui auraient été corrompues par de telles pratiques coloniales, les dénonciations de l’homosexualité au Cameroun constituent une attaque d’en bas, de la société contre l’État, plutôt que l’inverse (comme ailleurs en Afrique ; voir Nyeck Référence Nyeck, Nyeck et Epprecht2013). Depuis 2006 notamment, l’élite de l’État a réagi à de tels soupçons en déclenchant une chasse aux sorcières contre les « homosexuels » afin de se distancier de telles accusations.

Pour de nombreux Camerounais, mais certainement pas pour tous – il y a d’autres voix – ce lien entre homosexualité, franc-maçonnerie et enrichissement illicite est devenu une évidence. Cependant, dans cet article, nous espérons montrer qu’il est à la fois utile et urgent de dénouer davantage ce nœud conceptuel, car cela ouvre des perspectives plus larges sur les enjeux des paniques morales autour de l’homosexualité qui ont éclaté dans de nombreux pays africains au cours des dernières années. décennies. L’objectif évident d’une telle analyse plus approfondie est le lien avec l’enrichissement illicite, condensé dans l’image de l’anus comme source de richesse – d’où « anusocratie ». Dans les débats actuels sur l’Afrique en tant que « continent homophobe » – qu’il s’agisse de confirmer ce stéréotype ou de le remettre en question – cette association avec l’enrichissement illicite retient peu l’attention. Cela ne figure pas non plus dans les textes occidentaux classiques sur l’homosexualité. Par exemple, Freud (Référence Freud1905 ), dans son bilan de ses aspects dans Drei Abhandlungen zur Sexualtheorie ( Trois essais sur la théorie de la sexualité ), ne mentionne pas le lien avec l’enrichissement. Mais en Afrique, cela semble être assez courant.

Le but de cet article est de montrer que cette image de l’anus comme source de richesse n’est pas une autre illustration exubérante du vieux dicton de Pline l’Ancien ex Africa semper aliquid novi (hors d’Afrique, toujours quelque chose de nouveau). Au contraire, il exprime d’importantes préoccupations concernant les inégalités dans des contextes changeants et la manière d’y faire face. Une première façon de démêler cette association est de l’historiciser. En cela, le cas camerounais présente un intérêt particulier puisque, comme le souligne Patrick Awondo (Référence Awondo2019) – un collègue camerounais qui a eu le courage d’aborder ces questions sensibles depuis l’intérieur du pays – l’a déjà signalé, les imaginaires actuels des francs-maçons pratiquant des formes transgressives de sexualité pour s’enrichir se reflètent dans l’une des toutes premières ethnographies sur le sujet. Cameroun : notamment, dans l’ouvrage de Günther Tessmann. Tessmann a commencé ses recherches dans ce qui est aujourd’hui le sud du Cameroun en 1904, juste après que les Allemands ont commencé à établir leur contrôle sur cette région. Une notion qui revient sans cesse dans sa monographie classique Die Pangwe (Référence Tessmann1913 ), notamment à propos des Fang, est le biang akuma – le médicament de la richesse – qui, à la grande surprise de Tessmann, s’avère directement lié aux pratiques homosexuelles. Le suivi de ce lien nous a conduit à des complications intéressantes. De toute évidence, il est trop facile d’opposer ce biang akuma comme une sorte d’image « traditionnelle » de l’homosexualité au lien actuel avec la franc-maçonnerie comme version coloniale ou même « moderne ». D’une part, le point de vue de Tessmann était directement influencé par les idées de Magnus Hirschfeld et d’autres qui faisaient scandale à Berlin au moment de son départ pour le terrain. Ce lien historique contribue donc à montrer que l’imaginaire triangulaire de la franc-maçonnerie, de la sorcellerie et des pratiques homosexuelles comme secret des formes spectaculaires d’enrichissement qui marquent les relations actuelles au Cameroun s’est développé au fil du temps dans le contexte d’une articulation continue de conceptions locales et importées. L’« anusocratie » peut donc être lue comme une nouvelle variante d’un discours moral plus ancien sur la richesse illicite.

Une autre piste pour analyser ce triangle est sa généralité dans l’Afrique actuelle. Cela ne sert que trop bien à dénoncer les nouvelles inégalités stupéfiantes qui se sont développées si rapidement après l’indépendance sur tout le continent. De nombreuses études soulignent la volonté consumériste des nouvelles élites africaines et leur préférence pour les produits importés. Dernièrement, cette situation est devenue encore plus irritante en raison de la déception croissante quant aux résultats du développement, le mantra des premières décennies d’indépendance. Souvent, ce n’est pas la consommation ostentatoire de la nouvelle élite en soi qui est considérée comme le problème. Un commentaire courant sur ce consumérisme au Cameroun est : « Oui, oui un Grand n’est pas un petit ». En d’autres termes, un Grand doit se montrer. Le problème est plutôt que cette accumulation de richesses est de plus en plus considérée comme improductive car non redistribuée. Les personnes qui ne partagent pas ont toujours été facilement accusées de sorcellerie, et cela s’applique de manière particulièrement poignante aux formes stupéfiantes d’accumulation des élites postcoloniales. Apparemment, on fait désormais facilement le lien avec des pratiques homosexuelles, qui sont aussi perçues comme choquantes car non orientées vers la reproduction. C’est dans ce contexte que l’anus apparaît dans de nombreuses régions d’Afrique comme un point central dans l’articulation entre richesse et sexualité, à la fois dans les rumeurs populaires et dans la littérature académique. Comme le dit un de nos interlocuteurs : « L’anus se soulève ».

…suite de l’article

L’œil de la Providence – Par Laurent Ridel

De notre confrère Décoder les églises et les châteaux par Laurent Ridel

Chers passionnés de patrimoine, bienvenue dans cette nouvelle édition de l’Infolettre du dimanche ! Aujourd’hui, nous allons lever le voile sur le mystérieux « Œil de la Providence », explorer la « loi du cadre » qui a façonné la sculpture romane, et vous surprendre avec une image insolite. De plus, je suis ravi de vous inviter à ma prochaine conférence sur les artistes de la fin du Moyen Âge. Installez-vous confortablement, la découverte commence maintenant !

Dans quelques églises, on peut surprendre un œil sans paupière inscrit à l’intérieur d’un triangle lumineux. Hâtivement, certains observateurs en concluent à une trace laissée par les francs-maçons.

Non, la franc-maçonnerie n’a ni le monopole ni l’antériorité de ce symbole. C’est d’abord un signe chrétien.

Il n’est cependant pas impossible qu’il s’inspire de l’œil d’Horus. Ce motif de la religion égyptienne apparaissait sur des amulettes, sur des tombeaux ou sur la proue des navires. Il représentait le bien-être, la guérison et la protection.

Dans le christianisme, l’œil de la Providence apparaît dans le tableau de l’italien Pontormo, Le Souper d’Emmaüs, mais il ne devient courant dans l’art chrétien qu’après la fin du XVIIe siècle.

Le triangle évoque la Trinité :

Les angles représentent ses trois composantes : Dieu le Père, Jésus et l’Esprit saint. 
Les lignes du triangle les relient pour symboliser leur unité. 

L’œil, dit œil de la Providence, représente Dieu qui voit tout, connaît tout, ordonne tout. Cet œil veille aussi sur les hommes.

Aussi efficace et polysémique qu’un logo, ce symbole dépasse ensuite le christianisme. Il intègre la panoplie des symboles maçonniques dès 1772 sous le nom de « delta lumineux ».

Avez-vous remarqué qu’il figure aussi en tête de l’affiche de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en 1789 ?

Enfin, les Américains l’ont toujours dans leur portefeuille : l’œil de la providence a sa place sur les billets verts d’un dollar.
La loi du cadre

La sculpture romane obéit souvent à un principe : le sujet doit s’adapter à la forme de son support. Cette loi se vérifie en particulier sur les chapiteaux. L’espace est si restreint que le sculpteur est obligé de contorsionner ses figures ou de varier leur échelle au mépris du réalisme.

Dans le chapiteau ci-dessus de la basilique de Vézelay, l’archange Raphaël se saisit du démon Asmodée et le garrotte. Les deux personnages sont pliés pour entrer dans l’espace contraignant du chapiteau.

Pour réaliser ce chapiteau de la cathédrale d’Autun, le sculpteur fut bien embêté. La scène représente une des tentations de Jésus au désert. Errant dans le désert, le Christ est soumis à différentes tentations par le diable. Ici, Satan lui tend une pierre pour le tenter de la transformer en pain et ainsi apaiser sa faim. Epaulé par un ange, le Christ repousse l’importun. Dans cette scène, le sculpteur a voulu surélever le Christ et l’ange. Il n’y a réussi qu’au prix d’un non-respect de l’échelle des personnages. Satan est démesuré par rapport aux deux autres.

En 1938, l’historien de l’art Henri Focillon est à l’origine de cette définition de la « loi du cadre » : « pour entrer dans l’ordonnance de la pierre, l’homme est forcé de s’incurver, de s’arcbouter, d’allonger ou de rétrécir ses membres, de devenir géant ou de devenir nain. Il sauve son identité au prix de déformations et de ruptures d’équilibre ».

C’est probablement la seule loi que les magistrats ne connaissent pas.

L’image insolite de la semaine

Une abonnée, Liliane de Suisse, a été saisie par cette statue-buste découverte dans une modeste église du Var (Montauroux).

Avec ses yeux hallucinés et son arme brandie, le personnage ressemble à un psychopathe.

Une fois remis de notre peur, la raison nous revient : il s’agit certainement d’un apôtre. Le livre qu’il tient, l’Évangile, le suggère. Le couteau désigne précisément saint Barthélemy dont le délicat martyr fut d’être écorché vif.

Le saint semble grogner : « la bourse ou la vie ». Face à une telle menace, les fidèles s’empressent sûrement de vider leur portefeuille de ses billets et d’en bourrer le tronc.
Ma prochaine conférence

Jeudi 19 octobre, je suis invité par les Amis des musées de Lisieux pour une conférence sur le sujet : « Les artistes à la fin du Moyen Âge ».

Dans les infolettres, j’ai l’habitude de vous décrire les chefs-d’œuvre de l’art médiéval. Cette fois, je m’attarderai sur ceux qui les font : les architectes, les peintres, les sculpteurs, les enlumineurs, les orfèvres…

Si je vous demandais de me citer un artiste du Moyen Âge, la plupart d’entre vous auraient des difficultés. Leur nom est rarement parvenu jusqu’à nous. Est-ce par mépris des contemporains pour les artistes ?

Je vous introduirai aussi dans l’atelier. Comment les artistes travaillaient-ils ? Comment étaient-ils entrés dans le métier ?

J’en profiterai pour citer des figures hautes en couleur : le sculpteur aux joues marquées au fer rouge, le célèbre peintre qui signait des œuvres sans les avoir faites, les trois frères enlumineurs qui faisaient des cadeaux humoristiques à leur mécène et oncle du roi de France… Je vous raconterai également le fameux concours de sculpture de Florence en 1401.

Au final, vous vous rendrez compte que le titre banal de ma conférence « Les artistes à la fin du Moyen Âge » cache un problème.

Rendez-vous à l’espace Victor-Hugo de Lisieux, jeudi 19 octobre, à 14 h 30. Durée : environ 1 h 30. Entrée : 8 € (6 € pour les membres de l’association et ceux de l’Université Inter-Âge).

Anniversaire des 20 ans et Nouveau Grand Maître à la GLCS

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Ce samedi matin 14 octobre, au cours du Convent annuel, Christine Sauvagnac, Grand Maitre de la GLCS (Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité) depuis 7 ans, a transmis le maillet à Pierre Lacagne, nouvellement élu.

Moment émouvant et aussi empreint d’une grande sérénité, la passation a eu lieu au moyen d’une cérémonie rituelle spécifique : Cette intronisation a été effectuée selon les usages de la Grande Loge Unie d’Angleterre pratiqués par 5 millions de maçons dans le monde.

Pierre Lacagne – Grand Maître de la GLCS

Pourvu d’un maillet de cristal (que Jean-François Maury, Souverain Grand Commandeur Honoris Causa avait offert à la GLCS), qui symbolise la transparence et la droiture dans l’action, le Grand Maitre élu a déclaré s’attacher à poursuivre la transmission de cet esprit de fraternité réelle qui règne depuis ses débuts à la GLCS.

Pierre Lacagne pourra compter sur un collectif dévoué qui œuvrera en ce sens, gardant en mémoire les grandes qualités de cœur dont a fait preuve Christine Sauvagnac tout au long de ses mandats.
Une nouvelle page commence à la GLCS, afin de poursuivre le développement de son positionnement original dans le paysage maçonnique français : Une obédience traditionnelle mixte, théiste, philosophique et laïque.

Ce fut l’occasion de fêter les 20 ans de la GLCS au Paris Country Club

Discours final de Christine Sauvagnac – GLCS

Ce samedi 14 octobre fut aussi l’occasion de fêter les 20 ans de la GLCS avec la présence de nombreuses personnalités du monde maçonnique. Les invités étaient venus pour partager l’énorme gâteau et féliciter le nouveau Grand-Maître.

Ce fut aussi un grand partage d’émotions, lorsque les fondateurs en la personne de Marcel Laurent et le Passé Grand Maître Christine Sauvagnac ont été plébiscités par l’assemblée et plus particulièrement, les membres reconnaissants de la GLCS.

3 sœurs bien connues de la GLFF
Alain-Noel Dubart
Passation de pouvoir à la GLCS dans la joie absolue
Jacques Carletto (dit Jissey)
De gauche à droite – Christine Sauvagnac – Bernadeth Veron – Pierre Lacagne
Caroline Chabot (GLFF) et Jean-Laurent Turbet (GLDF)

La franc-maçonnerie dans Harry Potter

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De la chaine Youtube @LaPlumedePoudlard

Tout a commencé en décembre 2019. On nous a contactés pour que La Plume de Poudlard fasse une conférence à propos de liens entre Harry Potter et la franc-maçonnerie lors d’un rassemblement des Francs-maçons… Notre premier réflexe a été de commencer par faire des recherches mais.. Personne n’avait traité le sujet.

Probablement parce qu’il n’y avait pas de sujet ? Pourtant en étudiant ce monde, et grâce à certains informateurs faisant partie de cette confrérie, nous avons découvert que celui d’Harry Potter était bel et bien lié à la franc-maçonnerie. Dans cette nouvelle vidéo, nous allons partager le fruit de nos recherches avec vous. N’hésitez pas à ajouter en commentaires vos remarques, vos compléments d’information ou vos interrogations. et écris Pour aller plus loin, retrouver les premières page d’un livre consacré à ce sujet et écrit par un des membres de La Plume de Poudlard.

Delta-info : « Harry Potter à Blois ! » Direct live – sam. 07 mars 2020 – 14h / 18h

« Les Francs-maçons à l’école du sorcier », conférence organisée par Sylvie Testard de l’association Culture et Patrimoine Maçonnique en Région Centre

Toute ressemblance avec un célèbre héros portant une cicatrice ne serait que pure coïncidence !

Non, Harry n’est pas franc-maçon ! Partant de là, quels liens peut-on alors trouver entre le monde de nos sorciers préférés et la franc-maçonnerie ?

Conférence, gratuite et ouverte à tous, et vous le découvrirez ! Les intervenants en ont une vision symbolique, une approche particulière et fort intéressante.

Les conférenciers :

  • Théo Florens
  • Jean-Pierre Quentin-Bieck

La conférence aura lieu le samedi 7 mars 2020 à partir de 14h au conseil départemental place de la République à Blois.

Grâce à l’association Geek for you, vous pourrez également prendre la pose avec un chapeau qui parle, une chouette blanche, et plein d’autres décors.

Laissez-vous transporter entre magie, symbolisme et franc-maçonnerie…

Accéder au site Radio Delta

Ésotérisme : quelle est la différence entre une consultation en guidance et une consultation en voyance ?

De notre confrère voici.fr –  Par Églantine Werner

Vous avez envie d’en savoir plus sur votre avenir et vous hésitez entre une guidance et une voyance ? Voici en détail les différences entre ces deux pratiques ésotériques. Clairvoyance, clair-ressenti, médiumnité, projection astrale… Si les voyants et médiums possèdent différents dons pour prédire l’avenir, ils peuvent également utiliser des outils divinatoires adaptés à leurs capacités.

Tarots, Oracles, pendule divinatoire ou boule de cristal peuvent alors faciliter leurs prédictions. Ces outils sont également utilisés par les guides spirituels. Mais alors, quelles sont les différences entre voyance et guidance ? On vous dit tout.

La voyance c’est quoi exactement ?

La voyance permet d’en savoir plus sur l’avenir mais aussi sur le passé et le présent. Si un astrologue vous aide à établir votre thème astral qui révèle votre personnalité, vos atouts et vos difficultés, un médium pourra utiliser ses dons de clairvoyance et de clairaudience pour voir et entendre des choses invisibles à l’œil et inaudibles à l’oreille. On parle alors de ressentis perçus au-delà des 5 sens connus.

La guidance spirituelle c’est quoi exactement ?

Une guidance spirituelle a pour but de conseiller. Il ne s’agit pas d’une prédiction. Les outils divinatoires, comme le Tarot de Marseille, le pendule divinatoire ou la numérologie peuvent toutefois être utilisés. Ceux-ci offrent un moyen aux sentiments d’être libérés. C’est pareil avec la méditation, la prière ou l’intuition. Ces outils divinatoires peuvent être utilisés par un professionnel… ou par vous !

Qu’est-ce que la voyance comparée à la guidance ?

En résumé, la différence entre voyance et guidance, c’est que la première pratique consiste à « prédire » tandis que la seconde cherche à « guérir ». La guidance spirituelle est plutôt utilisée dans le cadre du développement personnel tandis que la voyance permet de mieux comprendre ce qui nous arrive dans le présent, le passé et surtout le futur.

Guidance, voyance : points communs et différences

La guidance spirituelle et la voyance nous préparent aux obstacles de la vie, seul le cheminement diffère. Si la différence entre la guidance et la voyance se remarque dans la pratique, ces deux expériences permettent à nos émotions de se libérer.

Tout le monde peut-il faire une guidance ?

Les Oracles, les Tarots mais aussi les différents éléments connus en voyance (comme le pendule ou les pierres de protection) sont à votre portée. Vous pouvez utiliser ces outils pour faire de la guidance spirituelle sans aucun problème. En ce qui concerne la voyance, seuls ceux qui possèdent un don pourront réellement se considérer comme médium ou voyant.

Réforme dévoile « Le mystère concernant les esséniens »

Notre confrère reforme.net – Louis Fraysse

Jésus lui-même aurait été l’un d’eux mais la Bible, pourtant, ne les mentionne jamais. Parmi leurs traits distinctifs, figurent en bonne place l’ésotérisme et l’attente de la venue d’un messie. Encore aujourd’hui, leur identité reste nimbée de mystère, à se demander pourquoi le romancier Dan Brown, auteur du sulfureux Da Vinci Code, ne leur a pas consacré un ouvrage. Eux, ce sont les esséniens, un mouvement juif datant du tournant de notre ère. Bienvenue, lecteur, dans leur monde.

Afin de lever le voile sur le mystère des esséniens, nous avons interrogé l’historien Michael Langlois, bibliste au Centre de recherche français à Jérusalem. Qui étaient donc les esséniens ? Pour en savoir plus, direction la Judée, au tournant de notre ère. La Judée (aujourd’hui en Israël/Palestine) est justement une région qui intéresse particulièrement l’historien juif Flavius Josèphe (v. 37- v. 100). Retenez ce nom.

Le pouvoir des sadducéens

Flavius Josèphe est bien connu des chrétiens pour une chose en particulier : il est l’un des seuls auteurs du début de notre ère à mentionner le Jésus historique. Mais revenons aux esséniens. Auteur de la fin du premier siècle, Flavius Josèphe consacre deux œuvres à la Judée, La Guerre des Juifs et les Antiquités judaïques“Dans le portrait qu’il dresse de la société judéenne, Flavius Josèphe écrit que le judaïsme y est divisé en trois mouvements principaux : les sadducéens, les pharisiens, et les esséniens, note Michael Langlois. Les esséniens sont donc une mouvance juive au tournant de notre ère.”

Qu’est-ce qui distingue ces trois branches du judaïsme ? “Les sadducéens sont proches du pouvoir sacerdotal, le pouvoir des prêtres, celui du temple de Jérusalem, explique Michael Langlois. C’est à l’époque un pouvoir très fort – on pourrait sans doute comparer l’envergure du grand prêtre de Jérusalem avec celle du pape à Rome. Les sadducéens ont aussi pour caractéristique de ne reconnaître que cinq livres dans le “canon” juif. Il s’agit du Pentateuque, ou Torah de Moïse.”

Esséniens et pharisiens

Mais le pouvoir du temple n’est pas exempt de critiques au sein du judaïsme… “Comme le protestantisme aujourd’hui, le judaïsme d’alors est fragmenté, souligne Michael Langlois. Pharisiens et esséniens n’ont de cesse de dénoncer les abus de pouvoir, la complaisance ou l’enrichissement des prêtres sadducéens. Pharisiens et esséniens ont aussi en commun de reconnaître d’autres livres que le Pentateuque, comme par exemple les livres prophétiques, le livre de Josué, le livre des Rois ou encore les Psaumes.”

Ce n’est pas tout ce qui rapproche ces deux mouvements. “Contrairement aux sadducéens, pharisiens et esséniens croient en la résurrection corporelle ainsi qu’en la venue du jugement dernier. Plus précisément, ils croient en la fin des temps, qui sera suivie selon eux d’un jugement et d’une résurrection pour les élus. Ils attendent la venue du messie.”

Célibat et vie en communauté

Il est plus difficile, compte-tenu de la rareté des sources qui nous sont parvenues, de définir ce qui différencie clairement les esséniens et les pharisiens. “Précisons une chose : les sources dont nous disposons insistent bien sur le fait que le mouvement essénien n’est pas homogène, il semble qu’il ait été lui-même composé de différentes branches, précise Michael Langlois. Ce qui caractérise les esséniens, par rapport aux pharisiens, c’est que certains d’entre eux vont prôner une vie de pureté, de détachement, d’ascèse même. Certains groupes décident de vivre reclus, en communautés de célibataires. Ces derniers se détachent alors de leurs biens matériels, en font don et partent vivre en communauté, où ils se mettent au service les uns des autres.”

Les esséniens, par ailleurs, ont un intérêt marqué pour l’ésotérisme. Ils pratiquent l’astrologie, la divination, la prophétie ou encore l’angélologie. Cette dimension ésotérique a été récupérée par plusieurs mouvements depuis, y compris de nos jours. C’est le cas de “l’Église essénienne chrétienne” ou “Nation essénienne”, groupe surveillé de près par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

Un mouvement baptiste

Les esséniens, poursuit Michael Langlois, ont en commun une dernière pratique. “Ils sont, à proprement parler, un mouvement baptiste, dans le sens où ils pratiquent le baptême. Et le baptême, au sens étymologique, c’est une immersion. Les sources anciennes nous disent qu’ils pratiquent un bain quotidien, une sorte de rite de purification, hérité des ablutions rituelles que l’on trouve déjà dans l’Ancien Testament. L’archéologie a retrouvé la trace de leurs bains, appelés baptistères ou mikvés en hébreu.”

Critiques du pouvoir du temple, adeptes d’ésotérisme et vivant parfois en communautés isolées, voilà qui étaient les esséniens. Mais les sources sont si rares à leur sujet que l’on est soudain pris d’un doute : est-on sûr qu’ils ont vraiment existé ?

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