Comment empêcher un « déchirement entre pensée et action dans les relations humaines qu’elles soient de travail ou de relation affective ? Comment le management se vit-il de l’intérieur ? La philosophie antique de Platon ou Sénèque nous aide t-elle à retrouver une méthode pour « penser nos relations » ? Notre Société nous pousse t-elle à combattre contre ou à lutter avec ? L’ouvrage est la continuation de : « Petit traité sur la fonction de direction » 2021- Et « l’art de diriger contre toute attente » 2023 aux éditions Champs Social
Clément Bosqué est philosophe, agrégé d’anglais et ancien élève des Hautes etudes en Santé Publique. Il exerce depuis dix ans des fonctions de direction dans différents établissement sociaux et de formation ( Département des Hauts de Seine – Institut régional de Travail Social (Ile de France) – Fondation INFA (ile de France)
Les mensonges de l’économie. Les Francs-maçons qui tirent les ficelles de la IIIe République ? Très vite, la propagande de la droite catholique leur associe les juifs pour en faire des ennemis d’autant plus redoutés qu’ils agissent « insidieusement ».
L’antimaçonnisme de combat prend son élan décisif, en France, après l’installation de la IIIe République, au début des années 1880. L’enjeu constitutionnel – monarchie ou république – en cache un autre, philosophique et religieux : quelle sera la place de l’Eglise catholique dans le régime qui doit succéder au Second Empire ? La franc-maçonnerie avait sensiblement évolué sous l’influence du positivisme. En 1877, l’obligation de croire en Dieu est rayée des articles de la constitution du Grand Orient de France. La même année, la franc-maçonnerie anime la lutte contre Mac-Mahon et l’Ordre moral. Une grande partie du personnel républicain y est affiliée, à commencer par Léon Gambetta et Jules Ferry, chefs rivaux du « parti républicain ».
L’antimaçonnisme est donc d’abord un antirépublicanisme. La République en effet n’est pas seulement un système institutionnel mais un régime porteur d’une idéologie inacceptable par les catholiques intransigeants : celle des Lumières et de la laïcité.
Les loges et « l’âme du peuple »
Lors des grandes batailles qui suivent la défaite de 1871 entre républicains conquérants et monarchistes catholiques, et dont la crise du 16 mai 1877 a été le point d’orgue, la franc-maçonnerie a joué un rôle actif du côté des premiers. Elle devenait l’ennemie d’autant plus redoutée des seconds qu’elle était « secrète », « occulte », aux agissements « insidieux », et qu’elle professait, sinon l’athéisme, à tout le moins un indifférentisme en matière religieuse inacceptable aux yeux des catholiques. Lorsque le pape Léon XIII condamne, à son tour, la maçonnerie, dans son encyclique Humanum genus, en 1884, La Croix résume l’action des loges : elles veulent « arracher la foi de l’âme du peuple ».
Dans cette guerre idéologique et politique, sur l’antimaçonnisme antirépublicain et antilaïque s’est greffé l’antisémitisme. Il n’allait pas de soi que les juifs aient été assimilés d’emblée à la franc-maçonnerie. La Loi mosaïque et les préceptes de la Torah ne s’y prêtaient guère. Mais, outre que nombre de juifs non religieux, assimilés, en quête de sociabilité pouvaient rencontrer dans la maçonnerie ce que d’autres avaient trouvé au XIXe siècle chez les saint-simoniens, l’imaginaire contre-révolutionnaire, investi par le fantasme du complot, a tout naturellement réuni dans sa vindicte les minorités anticatholiques – protestants, libres-penseurs, juifs et francs-maçons – également ennemis de l’ancienne France.
Au commencement des années 1880, La Croix et Le Pèlerin entament une campagne antijuifs, dont Edouard Drumont, lui-même catholique, prendra le relais dans son ouvrage La France juive (1886) puis dans son quotidien La Libre Parole à partir de 1892. Drumont dénonce « le caractère sémitique » de la franc-maçonnerie.
La Bonne Presse, société d’édition des pères assomptionnistes, lance en 1884 La Franc-maçonnerie démasquée, revue mensuelle des « doctrines et faits maçonniques », et flétrit la collusion maléfique : « Les juifs francs-maçons attaquent le Christ avec une rage qui ne sait point se contenir et ils demeurent constants dans leur haine. »
L’acharnement de Maurras
Au terme de ce processus d’assimilation émergera un concept aussi improbable que vivace : le judéo-maçonnisme, dont les adversaires de la république laïque useront à chaque crise pour fustiger le noir complot dirigé contre le catholicisme.
Le nationalisme antidreyfusard renouvelle quelque peu la thématique. Ce ne sont plus seulement des catholiques qui mènent la bataille sur le terrain religieux ; ce sont désormais des ligueurs, certes favorables à l’Eglise catholique, mais engagés plus délibérément sur le terrain politique. Jules Lemaître, président de la Ligue de la patrie française, consacre une étude, La Franc-Maçonnerie (1899), au rôle des « frères » dans l’affaire Dreyfus.
Caricature de la famille Rothschild, en 1898. Avec l’affaire Dreyfus, les catholiques ne sont plus les seuls à mener la bataille antisémite. Les ligues les rejoignent mais en s’engageant plus délibérément sur le terrain politique. Crédit: Stefano Bianchetti / Bridgeman Images
Les Annales de la patrie française, revue bimensuelle de la ligue du même nom lancée en 1900 sous le patronage de François Coppée, Jules Lemaître, Maurice Barrès et quelques autres, ne manquent pas de dénoncer, à leur tour, l’œuvre « malsaine » des juifs et des maçons : « Tout meurt sous le souffle du juif servi par la franc-maçonnerie. »
Charles Maurras, doctrinaire de l’Action française, née elle aussi de l’affaire Dreyfus, antidémocrate et antilibéral, agnostique mais défenseur du catholicisme, s’acharnera contre les francs-maçons, dont il fait l’un des « quatre Etats confédérés » composant l’« Anti-France », avec les juifs, les protestants et les « métèques ».
« Remettre le juif à sa place »
Ainsi les premières années du XXe siècle connaissent-elles un renouveau des publications et des activités antimaçonniques. Emile de Marcère, sénateur républicain, ancien ministre de l’Intérieur à la fin des années 1870, fonde, en 1903, le Comité antimaçonnique de Paris, qu’il préside avec à ses côtés un autre sénateur, l’amiral comte de Cuverville, et le colonel comte de Ramel. Une des principales activités du Comité est de rendre publics les noms des francs-maçons présents dans les différentes instances du pouvoir, les divers milieux du Tout-Paris, et jusque dans les listes de promotion à la Légion d’honneur.
En 1910 est créée une nouvelle organisation, la Ligue française antimaçonnique, qui entend faire œuvre d’union entre tous les Français, « sans distinction d’étiquette politique », estimant que « la franc-maçonnerie est le grand péril social, national et religieux du temps présent » et voulant se mobiliser contre lui.
Affiche de la Ligue française, datant de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). De la longue tradition antimaçonnique et antisémite ont découlé les lois de la révolution nationale du maréchal Pétain sur l’interdiction des « sociétés secrètes » et le statut des juifs en 1940 et 1941. Crédit: Bridgeman Images
La Ligue s’organise en sections à travers le pays et se dote d’un organe, La Revue antimaçonnique, dont le premier numéro est lancé en novembre 1910. Sitôt après un éditorial programmatique suit un premier article de cette nouvelle revue, intitulé « L’antisémitisme et les juifs ». Le lien entre ces deux passions françaises, l’antisémitisme et l’antimaçonnisme, devient consubstantiel.
Un auteur de La Revue antimaçonnique, Gaston de Lafont de Savines, poursuit son enquête sur plusieurs années, avant d’énoncer en mars 1912 les solutions qui s’imposent : « Remettre le juif à sa place d’étranger ; réviser les fortunes juives en obligeant Israël à restituer des biens mal acquis. » Pour y parvenir, l’auteur propose un recensement, qui débusquera « les juifs honteux, les juifs masqués, les juifs furieux d’être juifs il en existe, les juifs de l’Internationale, les juifs athées ou indifférents qui ont abandonné la synagogue ».
Le pouvoir de « soulever l’univers »
La guerre de 1914-1918 et l’Union sacrée mettent une sourdine aux attaques antimaçonniques, mais celles-ci reprennent en 1924, au lendemain de la victoire du Cartel des gauches. Edouard Herriot, membre du Parti radical, chef de la coalition de gauche, bientôt président du Conseil, dirige une politique laïque visant notamment à appliquer la loi de séparation des Eglises et de l’Etat aux départements d’Alsace et de la Moselle recouvrés.
Le projet déclenche la formation ou la mobilisation de ligues, comme la Fédération nationale catholique (FNC) du général de Castelnau, ancien député du Bloc national. Herriot n’est pas franc-maçon, mais ses accointances avec la franc-maçonnerie et le nombre important des radicaux membres des loges ravivent la vieille hostilité. Il est notable, cependant, que les véhémences antimaçonniques de la FNC sont dénuées d’allusions aux juifs.
Quelques années plus tard, la Ligue franc-catholique de Monseigneur Ernest Jouin se donne pour une organisation anti-judéo-maçonnique, dont le premier congrès se tient solennellement dans la grande nef de l’église Saint-Augustin, à Paris, le 26 novembre 1928. Le prélat fondateur, qui avait déjà lancé, en 1912, une Revue internationale des sociétés secrètes, reprend le thème de la collusion à combattre.
En 1920, il avait publié dans sa revue Les Protocoles des Sages de Sion un texte sur le « péril judéo-maçonnique », dont il accrédite et répand la formule : « Le juif est partout, il y a une telle connexité entre juifs et maçons qu’il suffit d’un signe de l’Alliance universelle pour soulever l’univers. »
La mystification de Léo Taxil
De cette longue tradition antimaçonnique et antisémite devaient résulter les lois de la révolution nationale du maréchal Pétain : sur l’interdiction des « sociétés secrètes » le 13 août 1940 ; sur le statut des juifs les 6 octobre 1940 et 2 juin 1941. Cependant, la loi, si efficace fût-elle, ne pouvait abolir d’un coup, aux yeux de leurs adversaires, ni l’esprit ni les réseaux maçonniques – comme l’affirment Les Documents maçonniques, revue illustrée dont le premier numéro date d’octobre 1941. Son directeur, Bernard Faÿ, est nommé administrateur de la Bibliothèque nationale et chargé du Musée des sociétés secrètes, dont la mission est de « réunir, de conserver et d’éditer tous les documents maçons en vue de l’application de la loi du 11 août 1941 ».
Le catholicisme du XIXe siècle et du début du XXe reste attaché à la notion selon laquelle la loi civile est subordonnée à la loi religieuse, où le pouvoir temporel doit s’inspirer du pouvoir spirituel, en être la traduction politique. Certes, il existe un catholicisme libéral, démocrate et même philosémite. Mais, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, il est minoritaire. Quant à la droite nationaliste, extérieure à toute profession de foi religieuse, elle se fait l’alliée d’un catholicisme où elle rencontre le principe de l’identité française, pour désigner, elle aussi, le franc-maçon et le juif – le judéo-maçonnisme – comme l’ennemi.
Instrument des juifs au service de la damnation du monde et de la destruction de l’Eglise, la franc-maçonnerie ne pouvait être que l’œuvre du diable. Cette interprétation délirante est assumée par le pape Pie IX, véhiculée par les catholiques intégraux dans les années 1890, à une époque où les sciences occultes, les études ésotériques, le spiritisme sont à la mode.
La sensibilité fin de siècle, la croyance aux sortilèges et aux maléfices, qu’on songe au Là-Bas de Huysmans (1891), ont nourri le mythe d’une action personnelle de Lucifer, qui, dans son combat avec Dieu, utilise la franc-maçonnerie aux fins d’abattre le christianisme.
C’est de ce terreau diabolisant qu’est sortie la mystification de Léo Taxil. De son vrai nom Gabriel Antoine Jogand-Pagès, né à Marseille en 1854, il a fait fortune dans la littérature antireligieuse. Son journal L’Anti-Clérical tirait jusqu’à 70 000 exemplaires au début des années 1880. Des revers de fortune l’amènent à se déclarer converti au catholicisme et à mettre sa verve imaginative au service d’une série de révélations abracadabrantes sur la franc-maçonnerie dans les colonnes d’un nouveau journal, L’Anti-Maçon., pour ensuite se rétracter…
« Causalité diabolique »
Les positions de l’Eglise catholique se sont adoucies peu à peu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Pie XII condamne encore la maçonnerie dans sa constitution apostolique Decessorum Nostrorum Vestigiis. Mais l’acceptation du pluralisme démocratique par l’Eglise éloigne l’ennemi, de même que l’antijudaïsme traditionnel survit difficilement au génocide hitlérien.
Au concile Vatican II, au début des années 1960, Méndez Arceo, évêque de Cuernavaca (Mexique), suggère des modifications apaisantes dans le droit canon. En 1983, les arguments antimaçonniques ont disparu du nouveau code canonique. Mais, la même année, la Sacrée Congrégation pour la doctrine de la foi précise encore que « les fidèles du Christ qui donnent leur nom aux associations maçonniques tombent dans un péché grave et ne peuvent accéder à la Sainte Communion ». (…suite de l’article)
On se souvient que pour Hegel la fin n’est telle que parce qu’elle est en même temps le commencement ! Éternel recommencement des histoires humaines à partir d’assises solides : l’enracinement dynamique. Autre manière de dire l’efficace de la tradition ; celle de la concaténation des âges successifs. Ce qui permet de comprendre que puisse reprendre force et vigueur tel élément essentiel de la nature humaine qui était tombé en désuétude.
Esprits libres et tolérants. C’est cela, pour reprendre une expression favorite du philosophe, qui permet de « faire époque ». Ce qui toujours nécessite que l’on sache vivre et penser en-dehors des routines intellectuelles, incite également à ne pas marcher en rang, à pas cadencés, en fonction des injonctions éditées par la bien-pensance du moment. C’est ainsi que l’on peut s’accorder à ce qui meut, en profondeur, l’inconscient collectif.
Les historiens de la philosophie rapportent, justement, que la fin-commencement de Hegel, ses obsèques, présentent des aspects énigmatiques. En la matière le discours prononcé par un de ses amis, Frédéric Förster. Il le qualifie de « cèdre du Liban », parle de « couronne de lauriers » ou encore de « l’étoile du système solaire de l’esprit mondial ». Toutes allusions à des grades précis du Rite maçonnique Ancien et Accepté auquel était affiliée la Grande Loge de Berlin. Qui était, également, celle à laquelle appartenait Fichte !
Hegel, « franc-maçon dévoilé » (Jacques d’Hondt : « Hegel secret », 1986), voilà qui pourrait n’être qu’anecdotique si ce n’est que pour lui « faire époque » consiste à rappeler ces éléments cardinaux de toute démarche initiatique. D’une part, l’irréfragable liberté de penser en lutte constante contre tous les dogmatismes. Ce qui est le souffle vivant de la tolérance. D’autre part, cette manière subreptice, qui lui fut justement reprochée, d’identifier l’homme à Dieu ; fondement de tout humanisme digne de ce nom.
Voilà bien une audace de pensée qui, quoique les protagonistes n’en soient pas toujours, ou avec plénitude, conscients, constitue le fondement essentiel de la tradition maçonnique. Trésor secret où se cristallise un savoir immémorial. Celui de l’unicité de toutes choses. Ce que Goethe, autre franc-maçon notoire, résumait bellement : « ne rien gâter, ne rien détruire ».
Audace que l’on trouvait, déjà, chez cette autre figure de proue qu’est Descartes. Peu importe qu’il fût ou non Rose-Croix. Il a reconnu les avoir cherchés et son nomadisme : vallée du Rhin, Ulm, Pays-Bas, Italie, le faisait suspecter de faire partie de ces « invisibles » que l’on créditait d’un mystérieux savoir unissant méditation et action pour un mieux-être humain. Son intérêt reposait sur ce qui était son exigence essentielle : être toujours à la recherche de ce qui valait « la peine d’être su » ; une méthode permettant la réforme universelle du monde en son entier, par l’Esprit de Vérité.
Se référer à Hegel, Descartes ou Goethe n’est pas faire une simple captatio benevolentiae, mais bien rappeler, aux francs-maçons, et, aussi, à leurs contempteurs, que ce qui est en œuvre dans la démarche initiatique est une vigilance de tous les instants contre les routines intellectuelles. Ce qui aboutit à une pensée éveillée, toujours en éveil, celle du questionnement. Et les esprits aigus ne s’y trompent pas ! L’égrégore, comme le rappelle mon maître et ami Gilbert Durand (Les Mythes fondateurs de la Franc-Maçonnerie, ed.Dervy, 2024) , est, tout simplement, une autre manière de nommer la qualité des éveillés.
Savoir poser les questions, début d’un chemin de pensée s’éloignant des facilités de l’opinion, nécessite le discernement. Ce qui est, d’antique sagesse, le fondement même de ce mixte typiquement humain, ce que Joseph de Maistre nommait « le bon sens et la droite raison réunis ». Le discernement, c’est ainsi que l’on a traduit une notion essentielle de la philosophie médiévale : « discretio ».
Le discernement (penser avec justesse ce qu’il en est des choses de la vie) sait être, doit être discret ! Le rapport entre le discernement et le secret est ainsi évident. En donnant à ce terme son sens le plus strict, c’est-à-dire en le débarrassant de toutes les élucubrations subalternes, c’est l’ésotérique qui permet qu’il y ait de l’exotérique. Interaction du fond et de la forme, de l’invisible et du visible, en un mot, de la germination et de l’éclosion. Voilà ce qui est le cœur battant de ce que j’ai nommé L’ordre des choses (CNRS Éditions, 2014).
Discernement, discrétion. Voilà l’enracinement d’un authentique humanisme. En un temps où l’imbécillité ambiante, j’entends, celle qui cahote sans l’aide du bâton (« bacillus ») de la raison sensible, cette imbécillité qui procédant sans la prudence du discernement, blablate sur la nécessité de la transparence, la Tradition maçonnique rappelle, avec justesse, ce qui est le clair-obscur de l’existence. Justifiant, ainsi, le rapprochement sémantique qu’il faut dire et redire entre humus et humain. Ce qui a pour corollaire l’humilité et l’humour.
Sagesse « écosophique » reconnaissant la nécessité de l’enfouissement préalable à l’efflorescence. Sagesse traditionnelle postulant l’importance des racines pour l’émergence de la vie. Sens commun rappelant que les fondations profondes assurent la solidité des constructions. Et il n’est pas paradoxal de voir là la dialogie à l’œuvre entre l’humanisme et les sociétés secrètes qui en sont les vecteurs essentiels.
Voilà bien, au-delà d’un rationalisme tout à la fois arrogant et paranoïaque, rationalisme dont on n’a pas fini de mesurer les conséquences dans la dévastation du monde contemporain, ce que peut être la fécondité d’une raison sensible. Raison vitaliste sachant, de savoir incorporé, que la vérité, ainsi que le rappelle Heidegger, est un dé-voilement toujours et à nouveau renouvelé. Mais c’est parce qu’il y a du retrait qu’il y a la révélation.
Ainsi le secret maçonnique, autre manière de dire son fondement essentiel, peut ainsi être considéré comme une « réserve de l’être » qu’il faut, avec patience, discrétion, dé-couvrir. Tel est le point nodal de la « philosophie progressive » : l’homme perpétuel apprenti. Cela peut prendre des noms divers. Mais cette quête du Graal peut être considérée comme une structure anthropologique qui tel un palimpseste redit, en couches superposées, se complétant et se corrigeant, que l’archaïque est au fondement, qu’il est premier, et que c’est lui qui se donne les assises intangibles à tout développement futur.
Il s’agit là du principe maçonnique essentiel que, confondant progressisme et progressivité, certains maçons ont tendance à oublier, voire à dénier. C’est pourtant ce que disent leurs légendes et leurs rituels rappelant, sous formes imagées, que c’est le secret partagé qui assure la perdurance de l’être collectif. C’est lui qui rend visible la force invisible de tout-être ensemble.
Hegel et Descartes, chacun à sa manière, ainsi que je l’ai signalé, insistaient sur le lent et laborieux cheminement de toute existence humaine et de la Science, la Science de l’homme, permettant et légitimant celle-ci. L’œuvre du premier est, pour partie, ésotérique. Le second conseillait d’avancer « masqué » (« larvatus prodeo »). Ce qui ne nuisit en rien à leurs rayonnements ultérieurs. Bien au contraire. C’est donc sous leur égide que l’on peut mettre la pertinence de la démarche maçonnique : archaïque et pourtant actuelle, secrète et non moins évidente, traditionnelle tout en restant on ne peut plus contemporaine.
Société secrète parce que discrète : discretio, c’est à dire capable de discernement. En la matière sachant discriminer ce qui est essentiel : la pensée incarnée, la philosophie « progressive », de ce qui est adventice : la doxa toute pétrie de préjugés. « Opinion » dont la forme caricaturale est la bienpensance propre aux préoccupations « sociétales ».
L’injonction de « déposer ses métaux » à l’entrée du temple est une belle métaphore d’une telle liberté d’esprit. La force du silence, le silence imposé à l’apprenti en témoigne, ce qui est secret et discret est un bon antidote à l’assourdissant tapage médiatique des batteurs d’estrade.
Le thème de la « circulation des élites » de ce bon connaisseur de la Franc-Maçonnerie qu’était Vilfredo Pareto repose sur la différence qu’il établit entre ce qui est essentiel : les « résidus », et ce qui varie : les « dérivations ». Ce qui est la pierre de touche du questionnement qui nous occupe est bien de s’attacher à l’invariant. Ou plutôt de mesurer ce qui passe à l’aune de ce qui est intemporel., donc éternel. Par exemple le progressisme, cause et effet d’une époque donnée, est tributaire de la « progressivité » qui, elle, est au cœur même de l’évolution de l’espèce humaine.
En bref, il n’y a de vie que par et grâce au mystère. Le mystère étant, rappelons-le, ce qui unit des initiés entre eux. C’est-à-dire ceux qui partagent des mythes et qui, donc, sont muets vis-à-vis de ceux qui sont incapables de comprendre les arcanes propres au labyrinthe du vécu. Le repliement est nécessaire pour pouvoir se déployer.
Aujourd’hui dans Affaires Sensibles, l’histoire d’un vol, l’un des plus importants de la Seconde Guerre Mondiale, celui des archives françaises de la franc-maçonnerie.
Depuis son implantation en France au 18ème siècle, la franc-maçonnerie fascine l’opinion autant qu’elle la divise. Discrète à défaut d’être réellement secrète, elle n’en est pas moins un acteur important des bouleversements politiques qu’a connu notre pays. Parmi ses frères célèbres, on retrouve des écrivains, des ministres ou encore des présidents. Cette influence dans le monde des lettres, des sciences, de la politique ou de l’économie est depuis toujours source de fantasmes et de manipulation.
Aujourd’hui encore, combien d’hebdomadaires s’inquiètent, enquêtent, griffonnent chaque année des articles sur l’influence de ces hommes, sans toujours en comprendre la pensée, comme si le fantasme l’emportait sur elle ? Combien sommes-nous à imaginer derrière les portes des loges, des hommes et des femmes habillés en tenues très particulière, pratiquant des rites anciens inspirés du temps des templiers ou de la Révolution, ayant pour héritage commun des secrets de plusieurs siècles ? Mais s’agit-il vraiment de secrets ?
Raconter l’histoire mouvementée des archives de la franc-maçonnerie volées et égarées au temps de l’Occupation, c’est se plonger dans cette imaginaire où se côtoie fiction et mensonge, complot et mystère. La Seconde Guerre mondiale a été sans doute la période la plus douloureuse pour la franc-maçonnerie française, tant la répression par l’occupant allemand et par Vichy a été terrible, au nom d’un prétendu complot judéo-maçonnique. C’est dans ce contexte qu’une partie des archives de la franc-maçonnerie est spoliée puis se volatilise dès les premiers jours de 1940, puis s’égare de nouveau aux lendemains de la capitulation allemande.
Après soixante longues années, les précieuses archives, la mémoire des Francs-maçons, retrouvent enfin leur place au sein des loges. Mais pourquoi ont-elles été volées ? Qu’espéraient trouver les nazis, les vichystes ou les soviétiques dans ces documents dont certains datent du 18ème siècle ? Comment ont-elles retrouvé le chemin du retour ?
Notre invité est Gilbert Abergel, aujourd’hui vénérable de la Loge Roger Leray, il fut le Grand Maître du Grand Orient de France, le patron de cette obédience, la plus importante dans ce pays : il a tenu ce poste de 1992 à 1994.
L’association Georges Troispoints Moselle organise son Grand rendez-vous annuel à Metz le 10 janvier prochain dans les salons de l’hôtel de ville.
Voilà une occasion unique de venir à la rencontre d’illustres Francs-maçons qui aura lieu en Moselle en présence de :
– Catherine LYAUTEY de La Grande Loge féminine de France,
– Thierry ZAVERONI de la Grande Loge De France,
– Sylvain ZEGHNI de la Fédération Française du Droit Humain.
De 18h30 à 20h00, Georges Troispoints vous invite à échanger ! Nous nous demanderons quelles sont les raisons qui peuvent pousser l’un d’entre nous à devenir Franc-maçon au 21ème siècle ?
C’est au travers du prismes de trois obédiences et de leurs représentants que nous aborderons, non seulement les différences du panorama maçonnique français mais aussi et surtout ce qui les rassemble.
L’entrée est libre et gratuite!
Trois Grands Maitres à Metz !
10 janvier 2024 de 18h30 à 20h00 dans les Grands salons de l’hôtel de ville
JEAN ZAY, l’homme complet : Un destin tragique sous le régime de Vichy, adapté au théâtre Essaïon. Le témoignage que Jean Zay écrit en prison (SOUVENIRS ET SOLITUDE) nous offre un éclairage précieux sur son action visionnaire et sur le tragique de son destin, celui d’un homme en lutte contre l’anéantissement moral. Une formidable leçon de présence au monde.
NDLR : La fondatrice de la librairie Les Temps modernes (Orléans) et fille de l’ancien ministre du Front populaire Jean Zay, s’est éteinte jeudi 28 décembre à l’âge de 87 ans.
Le spectacle a reçu le label « spectacle recommandé par la Licra » 2022 et 2023 , ainsi que le label « Rue du Conservatoire ». “Jean Zay, l’homme complet” a remporté un magnifique succès au Festival d’Avignon off en 2022 et en 2023 au Théâtre Épiscène !
Contexte historique
En 1940, Jean Zay, éminent ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts du Front Populaire, se trouve au cœur d’un simulacre de procès. Membre du parti radical de gauche, franc-maçon et victime des attaques antisémites, il est injustement condamné à la déportation par le gouvernement de Pétain. Son parcours exemplaire et visionnaire devient alors une cible tragique sous l’ombre du régime de Vichy.
Condamnation et Incarcération
Après le simulacre de procès, Jean Zay est finalement incarcéré à la redoutable prison de Riom. C’est dans cet environnement oppressant qu’il rédige un témoignage bouleversant intitulé “Souvenirs et solitude”, nous offrant ainsi un éclairage précieux sur les tumultueuses années 1930.
L’Action Visionnaire de Jean Zay
À travers ses écrits, Jean Zay nous dévoile son action visionnaire au sein du Front Populaire. En tant que ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts, il s’est efforcé de repenser le système éducatif et artistique, laissant derrière lui un héritage indélébile. Son engagement en faveur de l’égalité, de la laïcité et de la culture demeure une source d’inspiration.
Un Combat contre l’Anéantissement Moral
Le destin de Jean Zay est tragiquement scellé par sa lutte acharnée contre l’anéantissement moral imposé par le régime de Vichy. En dépit des attaques antisémites et de la condamnation injuste, il demeure un symbole de résistance face à l’oppression. Son parcours tragique rappelle la nécessité de défendre les valeurs fondamentales, même dans les moments les plus sombres de l’histoire.
Le Témoignage Posthume
Le 20 juin 1944, Jean Zay trouve une fin tragique, assassiné par la milice française. Son témoignage posthume, rédigé dans les murs de la prison de Riom, offre une leçon de présence au monde. À travers ses mots, il transcende l’obscurité de sa situation pour nous rappeler l’importance de rester fidèle à ses convictions, même au prix de sa vie.
Conclusion
Jean Zay, l’homme complet, demeure un personnage emblématique de l’histoire française. Son destin tragique sous le régime de Vichy résonne comme un avertissement contre l’oppression et une invitation à perpétuer la lutte pour la liberté, l’égalité et la justice. Son héritage continue d’inspirer les générations futures, rappelant que même dans les moments les plus sombres, la lumière de la résistance peut briller.
Adaptation et jeu : Xavier Béja
Mise en scène : Michel Cochet
INFORMATIONS PRATIQUES ET RÉSERVATION
Représentations à 19h15 tous les mardis du 16 janvier au 26 mars à 19h15 / les vendredis et samedis 2,3 et 9, 10 février 2024
Théâtre Essaïon – 6 Rue Pierre au Lard, 75004 Paris
Dans le cloître de Saint-Trophime d’Arles, qui est ce personnage à l’air songeur ? Le suspens ne durera pas longtemps puisque la réponse se trouvait déjà dans le titre de cette infolettre. C’est Joseph, l’époux charpentier de Marie. Par contre, vous demander pourquoi il rêve ainsi devrait vous poser plus de difficultés, sauf aux familiers du Nouveau Testament.
En fait, cette scène se place après le mariage de Marie et de Joseph. L’époux ne comprend pas pourquoi Marie est enceinte. N’habitant pas avec elle, il n’a pas encore partagé sa couche. Suspicieux, atteint dans son honneur, Joseph songe à répudier Marie. Mais un ange, dont on aperçoit l’aile sur le chapiteau, vient le rassurer : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit saint ; elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. », évangile selon saint Mathieu
Cette copie d’un chapiteau de la basilique Notre-Dame-du-Port (Clermont-Ferrand) propose une version plus drôle de la scène : un ange joue le rôle d’un père Fouettard. Il tire la barbe de Joseph pour le réprimander de ses doutes. Convaincu, le charpentier accueille finalement Marie dans sa maison.Désormais, soyez attentif dès que vous voyez un personnage songeur sur une église. Il s’agit certainement de Joseph. Comme ici sur le portail de l’église Saint-Sauveur de Dinan.
Dans les Nativités romanes et gothiques, le mari de la Vierge ne bénéficie pas d’une image plus valorisante. Soit il est placé en marge de la scène, à l’exemple de ce vitrail de la cathédrale de Lyon. C’est un figurant.
Soit il s’assoupit comme sur ce vitrail de la cathédrale de Strasbourg. Ronfle-t-il ?
Ces représentations moqueuses débordent le cadre de l’église. Devant les portails ou sur les places, on jouait au Moyen Âge des mystères, des pièces de théâtre religieuses. La scène de la Nativité était reproduite. Le personnage de Joseph y semble aussi maladroit que Pierre Richard (saint du cinéma français des années 1990, NDLR). L’historien de l’art Louis Réau nous explique : « Au moment de son accouchement, la Vierge l’envoie chercher une lanterne ; comme il s’est enrhumé dans la grotte, il éternue et éteint le lumignon. Marie lui demande de tremper la soupe : il renverse maladroitement la bouillie. Faute de langes pour emmailloter le nouveau-né, il offre une paire de vieilles culottes trouées ». « Sa maladresse n’a d’égale que son avarice de grippe-sou. Il s’empresse d’encaisser dans son coffre les offrandes des Rois Mages et quand il s’agit de verser une obole pour la Présentation de Jésus au Temple, il met en rechignant la main à son escarcelle ». Joseph est donc aussi maltraité dans l’art que dans le théâtre médiéval. Cependant, cette représentation change. Je l’observe dans la statuaire dès le XVe siècle. Joseph est davantage mis en valeur dans les églises, et de façon positive. Fabriquée au XVIe siècle, cette statue de l’église de Pont-Audemer (Eure) l’illustre.
C’est la figure du père attentif, du père nourricier de Jésus qui domine ici. Elle témoigne d’une popularisation du culte de Joseph. Dans les foyers, les pères se reconnaissent en lui et les enfants y trouvent peut-être un père de substitution. Cette valorisation affecte les autres épisodes de sa vie. Comparez la Nativité de Lyon (le vitrail plus haut) et cette Nativité d’une église du Calvados (Blangy-le-Château).
Dans ce groupe statuaire du XVIIIe siècle, Marie et Joseph se penchent sur le bébé. Ils sont également mis en valeur. Joseph n’est plus marginalisé. Enfin une parité homme-femme dans la Nativité ! Cependant, à bien y regarder, subsiste encore dans la représentation de Joseph une trace des moqueries anciennes. Alors que la mère adopte une attitude d’adoration, son époux semble incrédule. Il se demande encore comment est né cet enfant qu’il n’a pas conçu.
Mobilier : les 3 dispositions d’autel
Vous le savez : le meuble principal d’une église est l’autel, là où le prêtre pratique la communion lors de la messe. Mais avez-vous distingué ses 3 configurations ?– l’autel est isolé, dans une configuration dite à la romaine. Depuis le concile de Vatican II (1962-1965), elle est obligatoire dans les églises, mais, dès le XVIe siècle, cette disposition était possible.
– l’autel est adossé à un retable, lequel sert d’arrière-plan décoratif et majestueux par sa taille, ses boiseries, ses peintures et ses couleurs. C’est la configuration courante des anciens autels.
– l’autel est protégé par un baldaquin. Dans cette disposition beaucoup plus rare que les précédentes, des colonnes portent un dais qui couvre l’autel.
Exercez-vous à repérer ces trois configurations. Attention, comme les églises renferment souvent plusieurs autels, les 3 dispositions peuvent coexister.
Le piège du jour
Barbu, cheveux mi-longs, ce personnage statufié a tout l’air de représenter le Christ. Mais le fait qu’il tient une fleur nous invite à en douter. Et les quelques lettres le désignant sous ses pieds achèvent de nous convaincre : il s’agit de saint Joseph. Selon des récits apocryphes, alors qu’on cherchait des prétendants à la main de Marie, Dieu marqua son choix en faisant fleurir la baguette de Joseph. Je pense vous avoir aujourd’hui suffisamment sensibilisé à Joseph. Qu’il ne vous échappe pas dans votre prochaine visite d’église.
La société du XXIème siècle connaît un très grave problème avec ce fléau qu’est la délinquance juvénile, laquelle devient universelle… alors que les Droits et Devoirs de l’Homme, sont loin pour leur part, de posséder ce statut. La franc-maçonnerie ne détient évidemment pas la solution absolue, mais elle observe avec les autorités compétentes à la fois le comportement de cette jeunesse déviante et la responsabilité du monde adulte, qu’elle soit pro-consumériste ou médiatique.
La franc-maçonnerie pointe aussi les défaillances éducationnelles, familiales et sociétales, avant de désigner l’école. Faire de cette dernière le bouc émissaire, ne résout rien sinon décourager les enseignants qui en sont les premières et tragiques victimes.
Que propose au final l’institution maçonnique devant ces incivilités, synonymes de récentes violences inouïes jusqu’à provoquer la mort ? Ses valeurs contiennent-elles, mieux qu’un rempart, une direction, un chemin pour que s’y rejoignent les Hommes, dans le respect mutuel ?….
Je me permets de relater ici une « mésaventure » récente personnelle, qui a entraîné ensuite ma réflexion :
Sonnerie de mon portable, « le pont de la rivière Kwaï ». J’aime le ton joyeux de ces huit notes sifflées ! Au moment où je porte le téléphone à mon oreille, une main vive le saisit en me griffant la joue, mes lunettes giclent sur la chaussée et se brisent…Je me retourne et distingue une jeune silhouette qui s’enfuit…Un réflexe, je veux courir après le voleur mais un pied, par derrière, me fait un lâche croc-en-jambe… je tombe lourdement sur le trottoir, le bras tendu, la main encore ouverte, pendant que le complice détale à son tour.
Scène classique d’un vol à l’arraché, dans une rue de banlieue parisienne, un après-midi de printemps. Malgré mes tentatives, je ne peux pas me relever, mon coude s’affaisse. Menton au sol, je vois des chaussures, des bas de pantalons et des jambes féminines s’agglutiner autour de mon visage, pendant de longues minutes. Une douleur atroce envahit mon épaule droite. Dans l’ambulance des pompiers, avant de sombrer dans une semi-inconscience, j’entends les mots « déboîtement », « luxation », puis aux urgences de l’hôpital, un diagnostic plus savant : « rupture de la coiffe des rotateurs ». Et, après la piqûre de morphine, une question flotte en moi : Pourquoi cette violence ?!
Oui, pourquoi et pour quoi cette violence, quasi-gratuite ? Pour un vulgaire téléphone de quelques euros ?! Sur le moment puis les jours et mois suivants, la colère m’a entraîné dans une généralisation tenace : les jeunes, tous des voyous ! Quelque temps après cette stupide agression, le franc-maçon que je suis doute et s’interroge encore, avec une pensée devenue plus nuancée : non, la jeunesse n’est pas toute délinquante ! Heureusement pour notre avenir !
Je me revois, d’abord gamin au patronage, jouant « aux cow-boys et aux indiens » avec les copains qui, s’identifiant aux héros des « illustrés » – les « bandes dessinées » de l’époque – s’affalaient volontiers au sol. Tués « pour de faux », par notre bruitage buccal de revolvers en bois taillé ou les flèches à bout caoutchouté de nos arcs de panoplie. Avec pour seul dommage, après la bousculade, un genou couronné et au maximum une blouse déchirée. Et la perspective d’une juste gifle parentale. Tarif accepté pour un après-midi turbulent !
Je me revois, ensuite adolescent, à la sortie du collège avec « ma bande », chipant un instant ici la casquette d’un camarade devant les escaliers du métro, là le foulard d’une jeune fille, à l’arrêt du bus. Histoire de rire – bêtement – à leurs dépens ! C’était à qui se montrerait le plus créatif en bêtises, du bouton de sonnette d’immeuble enduit de glue au pneu vite dégonflé d’un vélo, sur notre passage ! Nous étions ravis, grands benêts farceurs, de décontenancer les passants ou irriter quelques concierges et facteurs, pour crâner ensuite, et nous « rendre intéressants » devant les autres !
Bien sûr, nous échangions aussi quelques coups de poing entre nous, au hasard d’un nom d’oiseau mal venu et mal reçu, histoire de nous éprouver et de changer de chef, comme dans tout groupe. Histoire aussi de nous fabriquer des souvenirs à raconter ! Mais jamais, en dehors de nos innocentes sarbacanes, ne jaillissait de nos poches quelque objet pouvant constituer une arme dangereuse !
Puis « l’ordre » revenait après le chahut -ordo ab chao ! – avec les sourires sur les visages, parce que nos jeux, je le pense, relevaient alors davantage de la taquinerie, du défi, que d’une véritable violence dommageable. Et nous rentrions finalement à la maison où nous attendaient devoirs et leçons. Avec le proverbe ou la maxime du jour en forme de morale – inscrit en rouge sur notre cahier de texte – à commenter pour le lendemain. Entre autres : « Ne fais pas aux autres, ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ! » …
Qu’est-ce que l’homme ?
Aujourd’hui, les mots « devoir » et « leçon » évoquent moins à mon imaginaire d’adulte, l’écriture appliquée à l’encre violette sur une feuille quadrillée et la récitation par cœur des fables de la Fontaine sur l’estrade de la classe, que les obligations morales du citoyen ! Lorsque je repense au vol de mon portable, devoir et leçon, me renvoient …au mobile de « mes » deux chenapans : Ont-ils eu seulement conscience de leur acte ? Leur a-t-on jamais signifié qu’ils vivent au pays des Droits de l’Homme, et qu’à chaque droit correspond un devoir ?! Savent-ils en fait ce qui ne doit pas se faire et ont-ils appris qu’il faut respecter l’intégrité de son semblable ? Connaissent-ils même la différence entre malice et brutalité ? Et tout simplement, se sont-ils un jour posés la question : « Qui-suis-je ? »
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, il n’est enseigné nulle part, ce qu’est l’Homme ! Oui, qu’est-ce que l’être humain ? Pour en avoir une idée – et sans accuser ici les vaillants instituteurs devenus « professeurs des écoles », moderne vocabulaire oblige – il faut « aller à la pêche » dans les nombreuses disciplines regroupées par les sciences humaines ou encore dans ces branches parfois qualifiées de « luxes esthétiques », littérature, poésie, philosophie, psychologie, psychanalyse, linguistique, etc. Alors qu’elles sont de précieuses « sources de connaissance », selon les mots du sociologue Edgar Morin. Et c’est bien à ces sources d’ailleurs, que notre franc-maçonnerie spéculative, ne manque pas de s’abreuver avec bonheur depuis sa naissance !
Une imperfection de la nature caractérise le primate dit « supérieur ». Elle le fait venir au monde, prématuré. S’il naissait vraiment à terme, ce serait une catastrophe, vu la taille de son crâne et l’étroitesse du bassin maternel, due à la station debout. Accouchement, signifierait mort du bébé et de la mère, et très vite la disparition de l’espèce humaine !
De la sorte, depuis l’origine, pour la survie même de l’homo sapiens sapiens, le petit d’homme, incapable de marcher, doit être assisté par sa mère et son entourage, pendant de nombreux mois. Alors que le singe dont nous sommes issus – c’est paradoxal !- se lève et court, quelques heures après sa naissance. Idem pour le poulain ou le veau !
L’avantage de ce développement sur plusieurs années serait toutefois l’acquisition du langage humain, né par imitation, de cette proximité forcée et des échanges prolongés mère-enfant. A notre qu’est-ce que l’Homme », c’est le philosophe romain Sénèque qui répond le premier : « l’homme est une chose sacrée pour l’homme ». Ce que confirme Cicéron, orateur latin lui aussi : « Un être humain, du seul fait qu’il l’est, ne doit pas être regardé comme un étranger, par un autre être humain ».
Nous pourrions dire ainsi qu’il s’agit pour l’homme de croire d’abord en l’Homme, avant même de croire au ciel ! Mais au vrai, cet Homme est-il la mesure de toute chose, comme l’affirmera plus tard de son côté le sophiste grec Protagoras ?
Avec la raison, l’intuition et l’imagination, ces trois sœurs qui se chamaillent en lui, l’homme n’est-il pas tout au contraire la démesure de toutes choses ?! Car enfin, qu’est-ce que l’Homme, sinon un être dont cette raison est sans cesse bousculée, mise à mal, défiée par les deux autres, ces espiègles poétesses, vitales mais non fiables, la pythonisse et « la folle du logis », ainsi nommées par les grecs antiques.
L’homme doué de raison, j’entends ici l’homme qui ne cherche pas à avoir raison, mais à raisonner, cet homme de raison donc, c’est celui qui sans passion excessive et grâce à une pensée cohérente, s’applique à distinguer le réel de la fiction, le bien du mal, le vrai du faux, le juste et l’injuste, le bon du mauvais, le respect de l’insolence, la violence de la douceur…C’est celui, également, qui observe des normes claires, qui fait preuve de logique et de bon sens. Mais, mais…cet homme raisonnable doit compter aussi avec son affectivité qui le rend, tantôt euphorique, tantôt angoissé, autant dire dominé par ses émotions, incertain, jaloux, violent – c’est mon propos même, nous vivons cette violence au quotidien – et dont l’intuition peut lui donner une préscience des choses comme le soumettre à l’erreur totale.
Quant à son imagination, elle fait de lui un être subjectif, prompt à la pensée magique, au merveilleux, aux signes, aux coïncidences, qui refuse sa mort (mais prêt à la donner à d’autres, quand il perd son contrôle !) se berce d’illusion, croit plus au destin qu’à son libre-arbitre, et par là-même peut se penser agi par le sort, sinon les forces de l’esprit.
Ainsi est l’homme, un être à la fois multiple et incomplet, commun et paradoxal, davantage disposé par nature, au plaisir qu’à l’ascèse, à la croyance qu’à la preuve, au désordre qu’à la sagesse. Ainsi nous sommes, jeunes et moins jeunes ! Ainsi je suis : c’est bien pourquoi, qui sait dans un éclair de lucidité, j’ai un jour frappé à la porte du temple maçonnique, pour tenter de m’y améliorer. C’est-à-dire, d’équilibrer chacune de mes trois habitantes, chahutées et chahuteuses. Pour mieux échanger à l’extérieur du Temple. Et pour transmettre à nos successeurs les outils du mieux-être. Et du mieux vivre ensemble !…
Le temps des idoles
…Un éclair métallique zigzague devant son visage : c’est tout ce que le professeur a le temps d’apercevoir avant qu’un bras lui enserre le cou par derrière et qu’il devine, à sa froideur, la lame d’un couteau appuyée contre sa gorge. Immobilisé, la tête relevée, il reconnaît la voix de son agresseur, l’un des étudiants les plus indociles de l’établissement. Il comprend soudain que sa vie est en jeu dans un couloir de lycée, ce matin clair de printemps, qu’il peut mourir au moindre geste défensif si cette main tremblante s’enfonce encore davantage dans sa chair, si la lame glisse à l’horizontale….
…Commence un long suspense, avec un admirable sang-froid et l’intelligence de l’enseignant qui promet un dialogue, pour régler le conflit, « à la régulière », face à face. Et il faudra encore des minutes interminables, pour que l’étreinte se desserre, que l’assaillant lâche son couteau, que l’agressé sente la vie revenir en lui, au grand soulagement du cercle d’élèves, figés autour des deux hommes…
Une scène de violence, malheureusement devenue banale, dans une école de l’Hexagone (que m’a rapportée un enseignant). L’un des acteurs possède le savoir et souhaite le transmettre mais l’autre pourtant en manque, manifestement, le refuse ! Le premier veut offrir « de la civilisation », le second lui répond par de l’incivilité ! Pourquoi celui-ci qui propose du « faire être » exaspère celui-là, en lui donnant l’impression de se « faire avoir » ?!
Sans extrapoler, il est clair qu’une grande partie de la jeunesse refuse par méfiance l’exemplarité et les modèles éducatifs – au parfum de leçon de morale – jugés d’un autre temps et de surcroît perçus comme culpabilisants. Aujourd’hui les idoles sont – davantage que les savants, philosophes et enseignants – les virtuoses du ballon rond, les chanteurs engagés, les humoristes insolents, les animateurs-stars de radio et de télévision, et… « les faiseurs de fric » du monde des affaires ! Parce qu’aux yeux de beaucoup de jeunes gens, les billets de banque acquis rapidement semblent bien mieux ouvrir les portes de la « vie facile » voire de la gloire, que les parchemins universitaires !
De la sorte, comment inculquer le goût de l’effort, comment vanter l’endurance et la durée nécessaires – pour construire « l’homme intérieur » de chacun – à une génération qui veut tout, tout de suite, sous forme des derniers produits, objets et prothèses nomades ?! A sa décharge, les fulgurants progrès de la technologie qui effacent le temps comme l’espace et font de la planète un village – grâce à l’ordinateur, la webcam et autre smartphone – ne peuvent que valoriser sinon glorifier, l’empire et l’emprise de l’instant !
Le junior vit intensément « ici et maintenant », c’est-à-dire un présent permanent, qui tend à ignorer hier et demain. A moins que, sait-on jamais, au moment venu des « liseuses électroniques » et récentes « tablettes informatiques », véritables bibliothèques ambulantes, la curiosité l’emporte et réussisse à lui donner ou redonner une envie de lecture. C’est-à-dire de culture, synonyme d’enrichissement par la connaissance du passé, le fonctionnement du présent et la préparation du futur !
Les psychosociologues savent très bien l’importance de l’illettrisme dans notre pays (six millions de français ne savent pas lire !). Et les professeurs des écoles se retrouvent devant nombre d’élèves (un sur cinq !) gavés d’images télévisuelles, qui, malgré les diverses pédagogies déployées, éprouvent les plus grandes difficultés d’apprentissage de la lecture.
Les éducateurs en milieu carcéral ou de « rééducation », n’ignorent pas pour leur part, que beaucoup de jeunes délinquants possèdent moins de 100 mots de vocabulaire. Lorsqu’ils atteignent un niveau d’appropriation de 200 mots, ils deviennent moins agressifs. Et avec 400 mots stockés et exprimables, ils n’ont plus d’accès de violence, s’intéressent davantage aux composantes du jeu social et veulent s’y intégrer positivement !
Les textes des grands écrivains sont à leur portée, et avec une « pensée élargie », il n’est pas rare qu’à partir de l’écrit mieux maîtrisé, les déviants reprennent la bonne route et en découvrent de nouvelles. Celles de la poésie, de la peinture, de la musique, etc ! Souhaitons ne pas être dans un rêve ici, mais dans une possibilité, une réalité, un fait !
Ainsi l’individu motivé et soutenu peut faire face à ses problèmes, apprendre à affronter sa vie et lui donner du sens, au-delà même de l’inter-langage quotidien, grâce aux lumières de la littérature et de l’art. Par exemple, à travers les pensées mises en mots de Montaigne ou Victor Hugo, les sons à messages de Mozart ou Beethoven et les images en couleurs signifiantes de Michel Ange et Rembrandt !
Ainsi l’enfant, l’adolescent, le jeune homme puis l’homme jeune, exposés à des « œuvres parlantes et éclairantes », sont à même d’y trouver des semences psychiques et de grandir aussi dans leur tête. Et de dissoudre, par l’indispensable culture générale – matérielle et fictionnelle – la violence qu’ils portent éventuellement en eux.
Le petit d’homme, comme son géniteur, est nous le savons, à la fois paradoxal et contradictoire, répétitif et mimétique. S’il refuse en se développant le modèle parental et éducatif, il lui reste l’alternative d’imiter en mal ou en bien son semblable juvénile (la violence comme le calme sont contagieux !) ou de s’auto-construire par sa volonté même et son sens de l’observation.
La crise d’adolescence
Autre circonstance authentique dont j’ai été récemment le témoin : …Maria vient du sud méditerranéen, poussée vers le nord comme beaucoup de ses compatriotes par les mauvaises conditions économiques de son pays d’enfance. Sans autre bagage que des études très primaires, une personnalité bien affirmée, un courage assorti d’idées bien arrêtées et la fraîcheur de ses vingt printemps, elle a eu la chance de trouver un emploi de femme de ménage dans l’hôtel d’une grande chaîne.
Pendant trois ans, elle a fait les lits et passé l’aspirateur, nettoyé les lavabos et les carreaux, repassé chemises et pantalons des résidents .Puis, la qualité de son travail rapide reconnue, ses suggestions souvent retenues, Maria est devenue serveuse au restaurant interne, et enfin réceptionniste. Elle a appris derrière le comptoir et au téléphone, la patience, le dialogue, la gentillesse, l’art de la négociation, mais aussi l’injustice passagère de clients trop exigeants… et « la soumission commerciale », que son caractère rebelle de femme du soleil a peiné à accepter, il faut bien le dire ! Mais tout en souriant parfois les dents serrées,
Maria a compris progressivement qu’elle devait s’assouplir, ne pas se crisper devant sa hiérarchie, accepter les idées de ses collègues, leur résistance parfois, et a su canaliser son propre bouillonnement…dans la piscine de l’hôtel en l’occurrence ! Après trois ans encore, preuve de son efficacité, elle s’est vue confier la prospection et la gestion des séminaires d’entreprises.
Accueillir des adultes de tous horizons venus s’instruire et se former pendant de longues journées lui a donné envie de se perfectionner elle-même : cours de comptabilité, droit, informatique, management, psychologie, l’ont conduite à des stages institutionnels et dans d’autres hôtels étoilés. Elle est aujourd’hui mariée à un collaborateur du groupe et, dix ans après son arrivée en France, directrice épanouie d’un complexe hôtelier renommé dans un aéroport parisien.
Un exemple d’intégration et de réussite sociale qui nous montre que chacun, s’il en a le profond désir, a le droit de réussir mais le devoir d’assumer ses responsabilités avec maîtrise de soi, à chaque étape de sa progression.
Ce que nous appelons « crise d’adolescence », cette opposition du jeune à l’adulte, ce refus d’être d’accord en fait, nous ne le perpétuons pas, plus ou moins, toute notre vie ?! Francs-maçons, franc-maçonnes, nous ressentons bien pour la vivre en loge notre attirance pour les autres et en même temps notre désir d’y garder notre autonomie ! Le principe de plaisir nous guide vers l’indépendance mais le principe de réalité nous impose la dépendance.
Parce que nous sommes conscients que ce qui développe notre humanité c’est le fait même d’être entre nous. Ainsi l’aphorisme tant répété : « la liberté des uns finit là où commence celle des autres » est à la fois absurde en ce que la liberté n’est pas le résultat d’une compétition qui verrait certains bénéficier d’une plus « large » liberté que d’autres. Et il est réaliste, au sens où, animés par un permanent désir de conquête, nous sommes des « êtres de violence », prompts à investir le territoire de l’autre, qu’il soit intellectuel ou physique. !
Mais nous sommes aussi des animaux sociaux, donc soumis à l’entente, à la concorde, à la coopération (nos devoirs) avec des marges de retrait provisoires (nos droits). Et donc soumis à une constante recherche d’équilibre entre la convivialité désirée et la solitude choisie. Cet équilibre est forcément générateur de discordes et de conflits (d’où les guerres !) mais il est clair que si vivions en harmonie totale sur notre planète…nous ne ferions aucun progrès « civilisationnel» et péririons d’ennui !
De la sorte, on ne peut éradiquer complètement le mal dont la nature nous a dotés (en l’espèce la violence précitée) au risque d’éliminer le bien avec lui ! L’insociabilité opposée par une catégorie de jeunes – même si elle n’est pas excusable – contient en soi un message : elle met au jour nos « mauvaises manières », de la cupidité au dépit, de l’instinct de pouvoir à la xénophobie.
Mais paradoxalement, ces « défauts » peuvent aussi devenir des tremplins, des « sésames » car ils nous contraignent à nous ouvrir, à nous dépasser, à grandir. En discernement, en raison, en moralité, en bonté, en douceur, en amour ! Autant de fleurs à cultiver en loge, dont la fraternité constitue le lien ! Autant de vertus à dispenser dans la cité par nos soins !
Nos devoirs sont donc les droits de notre jeunesse, à recevoir ce qu’il y a de plus généreux en nous. A savoir, à la fois le don des racines, comme ancrage de protection, et des ailes, pour son envol vers la liberté d’être et de faire.
Alors ce jeune homme, cette jeune fille sauront, en retour, nous donner le meilleur d’eux-mêmes !
En 1849, le corps d’un noyé a été retrouvé dans la baie de San Francisco – ce qu’ils ont découvert était étonnant. En recherchant un autre article, je suis tombé sur cet article fascinant d’un périodique néo-zélandais de février 1871*. L’article semblait avoir été reproduit à partir de « Philadelphia Age », qui, je suppose, était un autre journal ou magazine de l’époque.
Le Bruce Herald a rapporté l’histoire mystérieuse d’un « franc-maçon tatoué » – il racontait qu’en 1849, le corps d’un noyé avait été retrouvé dans la baie de San Francisco et qu’après examen du corps, non seulement il y avait un jeton maçonnique en argent, mais son corps était orné de tatouages maçonniques !
Il a ensuite eu droit à ce qui serait les premiers funérailles maçonniques dans l’État de Californie.
J’ai transcrit l’article du mieux que je peux (voir image originale) et je vais maintenant essayer de retrouver l’article original et/ou toute information complémentaire concernant l’événement.
Si quelqu’un en sait plus, n’hésitez pas à nous contacter – editor@thesquaremagazine.com – ce serait touchant de pouvoir identifier le tragique Mason.
IMAGE : TIRÉ DU BRUCE HERALD, VOLUME VI, NUMÉRO 356, 22 FÉVRIER 1871, PAGE 3 [*SOURCE : BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE NOUVELLE-ZÉLANDE]
UN FRANC-MAÇON TATOUÉ
(De «l’ère de Philadelphie».)
Les premières funérailles maçonniques jamais organisées en Californie ont eu lieu en 1849 et ont été célébrées en l’honneur d’un frère retrouvé noyé dans la baie de San Francisco.
Un récit des cérémonies rapporte que sur le corps du défunt fut trouvée une marque en argent d’un maçon, sur laquelle étaient gravées les initiales de son nom.
Une enquête un peu plus approfondie révéla au spectateur l’exposition la plus singulière d’emblèmes maçonniques jamais dessinée par l’ingéniosité de l’homme sur la peau humaine.
Il n’y a rien d’égal dans l’histoire ou les traditions de la franc-maçonnerie.
Magnifiquement…… sur son bras gauche, à l’encre rouge et bleue que le temps ne pouvait effacer, apparaissaient tous les emblèmes de tout l’apprentissage.
Il y avait la Sainte Bible, l’équerre et le compas, la jauge de vingt-quatre pouces et le marteau commun.
Il y avait aussi le pavement maçonnique, représentant le rez-de-chaussée du temple du roi Salomon, le tessel identique qui l’entoure, et l’étoile flamboyante au centre.
Sur son bras droit, et artistiquement exécutés dans le même liquide indélébile, se trouvaient les emblèmes relatifs au diplôme du camarade, à savoir l’équerre, le niveau et l’aplomb.
Il y avait aussi les cinq colonnes représentant les cinq ordres d’architecture : toscane, dorique, lonique, corinthienne et composite.
En retirant ses vêtements de son corps, la truelle se présenta, avec tous les autres outils de maçonnerie opératoire.
Au-dessus de son cœur se trouvait le pot d’encens.
Sur les autres parties de son corps se trouvaient la ruche, le livre des constitutions gardé par l’épée de Tyler pointée vers le cœur nu ; l’œil qui voit tout, l’ancre et l’arche, le sablier, la faux, le quarante-septième problème d’Euclide, le soleil, la lune, les étoiles et les comètes ; les trois étapes emblématiques de la jeunesse, de la virilité et de l’âge.
La vierge en pleurs était admirablement exécutée, appuyée sur une colonne brisée sur laquelle reposait le livre des constitutions.
Dans sa main gauche, elle tenait le pot d’encens, emblème maçonnique du cœur pur, et dans sa main levée un brin d’acacia, emblème de l’immortalité de l’âme.
Immédiatement au-dessous d’elle se tenait le Temps ailé, avec à ses côtés sa faux qui coupe le fil fragile de la vie, et le sablier à ses pieds qui nous rappelle sans cesse que nos vies se flétrissent.
Les doigts flétris et atténués du Destructeur étaient placés au milieu des boucles longues et fluides de la personne en deuil inconsolable.
Ainsi, les emblèmes frappants de la mortalité et de l’immortalité étaient mélangés dans une seule représentation picturale, c’était un spectacle tel qu’un maçon n’avait jamais vu auparavant, et selon toute probabilité tel que la fraternité ne sera plus jamais témoin.
Le nom du frère est inconnu.
FAIT INTÉRESSANT : Le Bruce Herald a été publié à Milton de 1864 à 1971.
C’était l’un des journaux nationaux les plus anciens de Nouvelle-Zélande, cessant de paraître le 7 octobre 1971.
Source : Bibliothèque nationale de Nouvelle-Zélande
Philippa Lee (écrit sous le nom de Philippa Faulks) est l’auteur de huit livres, éditrice et chercheuse.
Philippa a été initiée à la Fraternité Honorable des Anciens Francs-Maçons (HFAF) en 2014.
Sa spécialisation est l’Égypte ancienne, la franc-maçonnerie, les religions comparées et l’histoire sociale. Elle a plusieurs livres en cours sur le thème de l’Égypte ancienne et moderne. Sélection de livres en ligne sur Amazon
« Le corps de notre Grand Maître a été enterré trois fois : d’abord, dans les décombres du Temple ; deuxièmement, sur le sommet d’une colline à l’ouest du mont Moriah ; et, troisièmement et enfin, aussi près du « Sanctum Sanctorum, ou Saint des Saints », du Temple du roi Salomon, comme le permettrait la loi juive ; et la tradition maçonnique nous apprend qu’il fut érigé à sa mémoire un monument maçonnique, composé « d’une belle vierge pleurant sur une colonne brisée ; devant elle était un livre ouvert ; dans sa main droite un brin d’acacia, dans sa gauche une urne ; derrière elle se tient le Temps, dépliant et comptant les boucles de ses cheveux.
La belle vierge pleurant sur la colonne brisée dénote l’état inachevé du Temple, ainsi que la mort prématurée de notre Grand Maître, Hiram Abiff ; le livre ouvert devant elle, que ses vertus sont perpétuellement enregistrées ; le brin d’acacia dans sa main droite, la divinité du corps ; l’urne à sa gauche, que ses cendres y étaient déposées en toute sécurité, sous le « Sanctum Sanctorum, ou Saint des Saints », du Temple du roi Salomon.
Le temps, déployant les boucles de ses cheveux, indiquait que le temps, la patience et la persévérance accomplissent toutes choses.
– Le Rituel de Duncan [1866]
La colonne brisée
GRAVURE D’AMOS DOOLITTLE. « LA VÉRITABLE CHARTE MAÇONNIQUE » DE JEREMY CROSS, 1819
IMAGE LIÉE : WIKIMEDIA ATTRIBUTION 4.0 INTERNATIONAL (CC BY 4.0)
Extrait de : Short Talk Bulletin – Vol. 34, février 1956, n° 2 – Auteur inconnu
L’histoire de la colonne brisée a été illustrée pour la première fois par Amos Doolittle dans le « True Masonic Chart » de Jeremy Cross, publié en 1819.
De nombreux symboles de la franc-maçonnerie sont d’une extrême antiquité et méritent le respect que nous accordons à ce qui a eu suffisamment de vitalité pour vivre longtemps dans l’esprit des hommes. Par exemple, le carré, le point dans un cercle, le tablier, la circumambulation, l’autel ont été utilisés non seulement dans la franc-maçonnerie mais dans d’innombrables systèmes d’éthique, de philosophie et de religions.
D’autres symboles du système maçonnique sont plus récents. Peut-être n’en sont-ils pas moins importants pour cela, même sans le caractère sacré de l’âge qui entoure bien d’autres.
Parmi les symboles les plus récents, il y a celui généralement appelé colonne brisée. Un monument en marbre est respectablement ancien – la colonne brisée semble un ajout plus récent.
Il ne fait aucun doute que la première colonne brisée illustrée est apparue dans le « True Masonic Chart » de Jeremy Cross, publié en 1819, et que l’illustration était l’œuvre d’Amos Doolittle, un graveur du Connecticut.
Amos Doolittle fut l’un des premiers graveurs américains sur cuivre. Il a passé sa vie à New Haven, dans le Connecticut, et dans ses environs.
Initialement apprenti chez un bijoutier et orfèvre, il apprend lui-même la gravure et devient un producteur prolifique de gravures historiques et satiriques, d’ex-libris, de portraits et d’illustrations bibliques. Son premier projet majeur fut une célèbre série de quatre gravures d’après Ralph Earle, représentant les batailles de Lexington et de Concord.
Ce sont parmi les toutes premières gravures historiques réalisées en Amérique, précédées seulement de deux autres.
Doolittle avait lui-même été présent à ces événements en tant que milicien du Connecticut, et les gravures sont remarquables par le manque de romantisme trouvé dans les gravures ultérieures sur le sujet.
Il exprima cependant librement son patriotisme dans ses satires, déclarant que de telles estampes ;
« aura tendance à inspirer confiance à nos compatriotes et à éradiquer toute terreur qu’ils ressentent à l’égard de l’ennemi qu’ils ont à combattre. »
Doolittle a formé au moins un de ses fils au métier de graveur, ainsi que James Wilson (1763-1855), qui est devenu le premier fabricant de globes en Amérique.
Les papiers de Doolittle et de sa famille se trouvent dans les archives de l’Université de Yale, qui possède également un certain nombre de ses gravures.
AMOS DOOLITTLE (1754-1832) – GRAVURE DE SAMUEL PERKINS GILMORE, 1868-1948 – BIBLIOTHÈQUE NUMÉRIQUE DU KENTUCKY, TIRAGES DE SAMUEL PERKINS GILMORE, 1718-1935,
IMAGE LIÉE : WIKIMEDIA ATTRIBUTION 4.0 INTERNATIONAL (CC BY 4.0)
Que Jeremy Cross ait « inventé » ou « conçu » l’emblème est sujet à controverse. Mais il y a matière à débat légitime sur de nombreuses inventions.
Qui a inventé l’imprimerie à caractères mobiles ? Nous attribuons le mérite à Gutenberg, mais il y a d’autres prétendants, parmi lesquels les Chinois, à une date antérieure.
Qui a inventé l’avion ? Les Wright ont d’abord piloté un « oiseau mécanique », mais un millier d’inventeurs ont ajouté, modifié, changé leur conception originale, jusqu’à ce que le principe même qui a permis aux Wright de voler, « l’aile déformante », soit maintenant abandonné et jamais utilisé.
Par conséquent, si les autorités discutent et se disputent au sujet du monument en marbre et de la colonne brisée, ce n’est pas pour s’y opposer ou s’attribuer le mérite de Jeremy Cross ; l’idée est que presque toute invention ou découverte est améliorée, modifiée, complétée et perfectionnée par de nombreux hommes.
On attribue à Edison la première lampe à incandescence, mais il existe une petite parenté entre son filament de carbone et une ampoule moderne à filament de tungstène.
Roentgen fut le premier à faire connaître les « rayons X » au public : le découvreur ne saurait pas ce qu’est l’appareil à rayons X d’un médecin moderne s’il le voyait !
Dans la bibliothèque de la Grande Loge de l’Iowa à Cedar Rapids, se trouve un livre publié en 1784 :« Une brève histoire de la franc-maçonnerie » par Thomas Johnson, à l’époque carreleur de la Grande Loge d’Angleterre (les « Modernes »).
Dans ce livre, l’auteur déclare qu’il a « pris la liberté de présenter un projet de monument en l’honneur d’un grand artiste ».
Il admet ensuite qu’il n’existe aucun récit historique d’un tel mémorial mais cite de nombreux précédents de « somptueuses piles » qui perpétuent les souvenirs et préservent les mérites des morts historiques, même si ceux-ci peuvent avoir été enterrés dans des terres éloignées du monument ou « peut-être » au fond de la mer.
Dans cette description un peu fantaisiste et poétique de ce monument, l’auteur mentionne une urne, une branche de laurier, un soleil, une lune, une Bible, une équerre et un compas, la lettre G. Le livre a été publié pour la première fois en 1782, ce qui semble être la preuve qu’il existe. C’était au moins à cette époque l’idée d’un monument érigé au Maître Bâtisseur.
Il existe peu de documents historiques sur lesquels s’appuyer pour tirer des conclusions précises. Les hommes écrivent ce qui s’est passé longtemps après les événements.
Même fidèles à leurs souvenirs, ceux-ci peuvent être, et sont souvent, inexacts. C’est en gardant cette pensée à l’esprit qu’il faut considérer une curieuse déclaration dans le journal maçonnique, publiée à New York il y a soixante-quinze ans.
Dans le numéro du 10 mai 1879, un certain Robert B. Folger prétend donner le récit de Cross sur son invention, ou sa découverte, une inclusion de la colonne brisée dans l’emblème du monument en marbre.
Le récit est long, décousu et parfois pas très clair. En résumé, les parties saillantes sont les suivantes.
Cross a découvert ou senti ce qu’il considérait comme une lacune dans le Troisième Degré qui devait être comblée afin d’atteindre ses objectifs. Il consulta un ancien maire de New Haven, qui était à l’époque l’un de ses amis les plus intimes.
Même après avoir travaillé ensemble pendant une semaine, ils n’ont trouvé aucun symbole suffisamment simple et pourtant répondant à l’objectif.
On fit alors appel à un graveur sur cuivre, également un frère. Le nombre de hiéroglyphes accumulés cette fois était immense.
Certains étaient trop volumineux, d’autres trop petits, d’autres trop compliqués, nécessitaient trop d’explications et beaucoup n’étaient pas adaptés au sujet.
Enfin, le graveur sur cuivre dit : « Frère Cross, quand les grands hommes meurent, ils ont généralement un monument. » « C’est exact! » s’écria Cross ; « Je n’ai jamais pensé à ça! » Il a visité le cimetière de New Haven.
Finalement, il eut une idée et dit à ses amis qu’il avait les bases de ce qu’il voulait. Il a déclaré que lors de son séjour à New York, il avait vu un monument dans le coin sud-ouest de la cour de l’église Trinity, érigé en l’honneur du commodore Lawrence, un grand homme tombé au combat.
C’était un grand pilier de marbre brisé. La partie cassée avait été emportée, mais le chapiteau gisait à la base.
Il voulait ce pilier pour la fondation de son nouvel emblème, mais il avait l’intention d’introduire l’autre partie, en la laissant appuyée contre la base.
Ses amis y consentirent, mais il en fallait davantage. Ils estimaient qu’une inscription devait figurer sur la colonne.
Après une longue discussion, ils décidèrent de placer un livre ouvert sur le pilier brisé. Il devrait bien sûr y avoir un lecteur du livre ! D’où l’emblème de l’innocence – une belle vierge – qui doit pleurer sur la mémoire du défunt en lisant ses actes héroïques dans le livre devant elle.
Le monument érigé à la mémoire du commodore Lawrence a été placé dans le coin sud-ouest du cimetière de Trinity en 1813, après le combat entre les frégates Chesapeake et Shannon, au cours duquel Lawrence est tombé.
Comme décrit, il s’agissait d’un beau pilier de marbre, brisé, avec une partie du chapiteau posée à sa base.
Elle resta jusqu’en 1844-1845, date à laquelle l’église de la Trinité fut reconstruite. Une fois terminé, la corporation de l’Église a emporté le vieux monument délabré de Lawrence et en a érigé un nouveau sous une forme différente, en le plaçant devant la cour de Broadway, à l’entrée inférieure de l’église.
Lorsque Cross a visité le nouveau monument, il a exprimé sa grande déception face au changement, affirmant qu’« il n’était pas aussi bon que celui qu’ils ont emporté ! »
Ces affirmations de Cross – peut-être faites pour Cross – selon lesquelles il est à l’origine de l’emblème sont contestées.
Oliver parle d’un monument mais ne parvient pas à lui attribuer une origine américaine. Dans le rituel Barney de 1817, autrefois en possession de Samuel Wilson du Vermont, il y a la colonne de marbre, la belle vierge qui pleure, le livre ouvert, le brin d’acacia, l’urne et le Temps debout derrière.
Ce qui manque ici, c’est la colonne brisée. Il semble donc que l’emblème actuel, à l’exception de la colonne brisée, était utilisé avant la publication de l’ouvrage de Cross (1819).
L’emblème, sous une forme quelque peu différente, se retrouve fréquemment dans le symbolisme ancien. Mackey déclare que chez les Juifs, une colonne était souvent utilisée pour symboliser les princes, les dirigeants ou les nobles.
Une colonne brisée indiquait qu’un pilier de l’État était tombé. Dans la mythologie égyptienne, Isis est parfois représentée pleurant sur la colonne brisée qui cache le corps de son mari Osiris, tandis que derrière elle se tient Horus ou le Temps versant de l’ambroisie sur ses cheveux.
Dans l’« Encyclopédie de la religion et de l’éthique » de Hasting, on dit parfois qu’Isis est représentée debout ; dans sa main droite se trouve un sistre, dans sa main gauche une petite aiguière et sur son front se trouve un lotus, emblème de la résurrection.
Dans les Mystères dionysaïques, Denys est représenté comme tué ; Rhéa part à la recherche du corps.
Elle le trouve et le fait enterrer. Elle est parfois représentée debout près d’une colonne tenant à la main un brin de blé, emblème de l’immortalité ; car, même s’il est mis en terre et meurt, il renaît dans une nouveauté de vie.
Elle était l’épouse de Kronus ou du Temps, qui peut à juste titre être représenté comme se tenant derrière elle.
Brin d’Acacia
Le sablier et la faux
Celui qui a inventé l’emblème ou le symbole du monument de marbre, de la colonne brisée, de la belle vierge, du livre, de l’urne, de l’acacia, du Père Temps comptant les boucles de cheveux, n’aurait pas pu réfléchir à toutes les implications de cette tentative – sans doute faite en tout respect – pour ajouter à la dignité et au caractère impressionnant de l’histoire du Maître Bâtisseur.
L’urne dans laquelle « les cendres ont été déposées en toute sécurité » est une pure invention. La crémation n’était pas pratiquée par les Douze Tribus ; ce n’était pas la méthode utilisée pour se débarrasser des morts dans le pays et au moment de la construction du Temple, mais plutôt l’incinération du cadavre était réservée comme un sort terrible pour les cadavres des criminels et des malfaiteurs.
Qu’un homme aussi important que « le fils de la veuve, de la tribu de Nephtali » ait été incinéré est impensable.
La Bible reste muette sur le sujet ; elle ne mentionne pas la mort d’Hiram le Bâtisseur, encore moins la disposition du corps, mais le ton tout entier de l’Ancien Testament dans la description des funérailles et des deuils, rend impossible de croire que son corps a été brûlé, ou que ses cendres auraient pu être enterrées ou conservées.
Les Israélites n’embaumentaient pas leurs morts ; l’inhumation était accomplie le jour du décès ou, en cas d’attente la plus longue, le lendemain.
Selon la légende, le maître bâtisseur a été exhumé de la première tombe ou tombe temporaire et réinhumé avec honneur.
C’est en effet un événement supposé ; que son corps ait été ressuscité uniquement pour être incinéré est totalement en contradiction avec tout ce que l’on sait sur les décès, les cérémonies funéraires, l’élimination des morts des Israélites.
Dans le rituel qui décrit le monument à colonne brisée, devant la figure de la vierge se trouve « un livre ouvert devant elle ».
Là encore, invention et savoir ne font pas bon ménage. Il n’y avait pas de livres à l’époque de la construction du Temple, au sens où l’entendent les modernes.
Il y avait des rouleaux de peaux, mais un livre relié de feuilles faites de n’importe quelle substance – vélin, papyrus, peaux – était un objet inconnu.
Par conséquent, il ne pouvait y avoir aucun volume dans lequel les vertus du Maître Bâtisseur étaient enregistrées.
Aucune raison logique n’a été avancée pour expliquer pourquoi la femme qui pleurait et lisait dans le livre était une « belle vierge ».
Aucun récit scripturaire ne parle du Maître Bâtisseur ayant une femme, une fille ou une parente de sexe féminin, à l’exception de sa mère.
Les Israélites révéraient la féminité et appréciaient la virginité, mais ils étaient tout aussi respectueux envers la mère et l’enfant.
En effet, la procréation, l’augmentation de la tribu, le désir d’avoir des fils étaient forts dans les Douze Tribus ; pourquoi, alors, l’accent mis sur la virginité de la femme dans le monument ?
« Le temps debout derrière elle, dépliant et comptant les boucles de ses cheveux » est dramatique, mais aussi hors de propos pour l’époque.
« Père Temps » avec sa faux est probablement un descendant du Grec Chromos, qui portait une faucille ou un crochet à fauche, mais les Israélites n’avaient aucun contact avec la Grèce.
Il était peut-être naturel pour celui qui a inventé l’emblème du monument en marbre de conclure que le Temps était une figure symbolique à la fois mondiale et immémoriale, mais il ne pouvait pas en être ainsi à l’époque où le Temple de Salomon a été construit.
Il n’est évidemment pas venu à l’esprit des créateurs de cet emblème que cela était historiquement impossible.
Pourtant, les Israélites n’érigèrent pas de monuments à leurs morts. Au singulier, le mot « monument » n’apparaît pas dans la Bible ; comme « monuments », il est mentionné une fois, dans Isaïe 65 – « Un peuple… qui demeure parmi les tombeaux et loge dans les monuments ».
Dans la version révisée, cela est traduit par « qui sont assis dans des tombeaux et passent la nuit dans des lieux secrets ».
L’accent est apparemment mis sur une certaine forme de culte des morts (nécromancie). Le Standard Bible Dictionary dit que le mot « monument », dans le sens général de simple mémorial, n’apparaît pas dans l’usage biblique.
Oliver Day Street dans « Symbolisme des Trois Degrés » dit que l’urne était un ancien signe de deuil, porté lors des cortèges funéraires pour recueillir les larmes de ceux qui étaient en deuil.
Mais le mot « urne » n’apparaît ni dans l’Ancien Testament ni dans le Nouveau. La franc-maçonnerie est ancienne. Cela nous est parvenu comme une évolution lente et graduelle des pensées, des idées, des croyances, des enseignements et de l’idéalisme de nombreux hommes au fil de nombreuses années.
Il raconte une histoire simple, une histoire profonde dans son sens, qui doit donc être simple, car toutes les grandes vérités en dernière analyse sont simples.
Le monument en marbre et la colonne brisée comportent de nombreuses parties. Beaucoup d’entre eux ont l’arôme de l’âge.
Leur tissage en un seul symbole peut être – et est probablement – un modernisme, si ce terme peut couvrir une période de près de deux cents ans, mais l’importance d’une grande vie, de son savoir-faire et de son savoir ; sa mort prématurée et pitoyable n’est pas un modernisme.
Rien de ce qui est exposé ici n’a pour but de déprécier d’une manière ou d’une autre l’un des enseignements de la franc-maçonnerie au moyen de rituels et d’images.
Ces quelques pages ne sont qu’une manière parmi tant d’autres de tenter d’éclairer la vérité derrière un symbole, et de montrer que, quelles que soient les dates de certaines parties de l’emblème, l’ensemble a une place dans l’histoire maçonnique qui a au moins du romanesque, si pas trop de faits derrière tout ça.
UNE BRÈVE BIOGRAPHIE DU FRÈRE JEREMY L. CROSS
Frère Cross était un professeur du rituel maçonnique qui, de son vivant, était très connu et pendant un certain temps très populaire. Il est né le 27 juin 1783 à Haverhill, New Hampshire, et est décédé au même endroit en 1861.
Cross fut admis dans l’Ordre maçonnique en 1808 et devint peu après un élève de Thomas Smith Webb, dont les modifications des cours de Preston et des diplômes avancés furent généralement acceptées par les francs-maçons des États-Unis. Cross, ayant acquis une connaissance approfondie du système de Webb, commença à voyager et à le diffuser dans tout le pays.
En 1819, il publia « The True Masonic Chart or Hieroglyphic Monitor », dans lequel il empruntait généreusement aux travaux antérieurs de Webb. En fait, la Carte de Croix est, dans presque toutes ses parties, une simple transcription du Moniteur de Webb, dont la première édition a été publiée en 1797.
Webb, il est vrai, a pris la même liberté avec Preston, dont il a largement emprunté les « Illustrations de la maçonnerie ». La gravure des emblèmes constituait cependant un élément entièrement nouveau et original dans la carte hiéroglyphique, et, en tant qu’aide à la mémoire, rendit immédiatement le livre de Croix très populaire ; à tel point, en effet, que pendant longtemps il a presque complètement supplanté celui de Webb.
En 1820, Cross publia « The Templars Chart », qui, en tant que moniteur des degrés de chevalerie, rencontra le même succès. Ces deux ouvrages ont connu de nombreuses éditions. Cross a reçu la nomination de Grand Conférencier de nombreuses Grandes Loges et a voyagé pendant de nombreuses années à travers les États-Unis, enseignant son système de conférences aux Loges, Chapitres, Conseils et Campements.
Il possédait peu ou pas de connaissances scientifiques, et ses contributions à la littérature de la franc-maçonnerie se limitent aux deux compilations déjà citées. Au cours de ses dernières années, il s’impliqua dans un effort visant à établir un Conseil Suprême du Rite Ancien et Accepté.
Mais il retira bientôt son nom et se retira dans son lieu de naissance, où il mourut à l’âge avancé de soixante-dix-huit ans. Bien que Cross ne fût pas un homme d’un génie très original, un écrivain plus récent a annoncé le fait que le symbole du Troisième Degré, la colonne brisée, inconnu du système de Preston ou de Webb, avait été inventé par lui.