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Pourquoi la dernière condamnation pontificale de la franc-maçonnerie ?

Mais quelle mouche a donc piqué le pape François pour approuver, le 13 novembre 2023, les conclusions du dicastère pour la doctrine de la foi* rappelant une interdiction vieille de plus de trois siècles, à savoir l’incompatibilité absolue entre le fait d’être catholique et celui d’appartenir à la franc-maçonnerie ?

Siège du Dicastère pour la Doctrine de la foi

À l’heure où la situation militaire et diplomatique est particulièrement tendue dans le monde, où le réchauffement climatique menace certaines zones géographiques parmi les plus fragiles, où les fondamentalismes communautaristes gangrènent la société, on se demande, en effet, s’il n’y avait rien de mieux à faire que ce rappel anachronique, sorti comme un diable de sa boîte, nous renvoyant à l’anticléricalisme et, son jumeau, l’antimaçonnisme, des beaux jours de la III° République !

Le pape François pense-t-il sincèrement que la franc-maçonnerie est toujours la synagogue de Satan ? Et que ses membres n’ont rien de mieux à faire qu’à conspirer contre l’Église de Rome ? Même son prédécesseur, le pourtant très conservateur Benoît XVI n’avait pas osé prendre une telle position sur le sujet, estimant, sans doute, en son for intérieur, qu’il était plus sage de se taire que de feindre ignorer que la franc-maçonnerie est, d’abord, une spiritualité aussi honorable que les autres et que, à ce titre, elle respecte toutes les spiritualités, tout en interdisant formellement, du moins au sein de la Grande Loge de France à laquelle appartient l’auteur de ces lignes, les discussions politiques et religieuses dans ses loges.

Chacun le sait, non seulement la franc-maçonnerie est d’origine chrétienne, fut-elle fortement teintée de judaïsme et plus encore de protestantisme, mais encore que nombre de ses membres sont chrétiens, croyants ou pratiquants et parfois les deux. Il existe une franc-maçonnerie imposant à ses membres la croyance en Dieu et en l’immortalité de l’âme et une autre leur demandant seulement d’accepter le concept d’un Grand Architecte de l’Univers dans lequel chacun met ce qu’il veut, son Dieu s’il en a un, le principe de son choix s’il n’en a pas. De surcroît, en ce qui concerne la Grande Loge de France, il y a beau temps que des contacts, souvent fructueux, ont été noués entre autorités catholiques et dirigeants de l’Obédience, parmi lesquels, dans les années 1970, Mgr Pézéril, évêque auxiliaire de Paris, reçu solennellement rue Puteaux, à qui le Grand-Maître Pierre Simon, lança ce mot qui fit date : les francs-maçons souhaitent qu’avec l’Église catholique romaine, de même qu’avec les autres églises, les autres confessions, les autres philosophies, tous les hommes de raison véritable s’enrôlent dans le parti du sens contre celui de l’absurde, ce qui revient à dire, dans notre langage maçonnique, travailler à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers.

Le pape François se situe-t-il sur la même ligne que Pie XII, à qui les écrivains Albert Lantoine et Oswald Wirth, dignitaires de la Grande Loge de France, avaient adressé, en 1937 une lettre publique lui demandant d’unifier derrière lui toutes les spiritualités, qu’elles fussent religieuses ou maçonniques, contre les dictatures nazies, fascistes et staliniennes, et qui, pourtant, n’avait pas cru bon de leur répondre ? Ce même Oswald Wirth, encore, à qui Jules Romains, l’ayant pris comme modèle pour camper le personnage du franc-maçon Lengnau, dans le tome VI de ses Hommes de Bonne Volonté, lui fait dire, dans un audacieux parallèle entre catholiques et francs-maçons : nous sommes, eux et nous les soldats de l’universel et aussi du spirituel… Les différences métaphysiques peuvent s’arranger. Pourquoi leur Dieu ne pourrait-il pas tolérer notre jeune Architecte ? Il n’a qu’à lui laisser ce monde-ci et garder pour lui l’autre monde 

En lisant les termes du rappel récemment approuvé par Rome, on se perd en conjectures quant à la finalité de cette décision. À moins de tenter une explication qui nous permettra, peut-être, de la comprendre. Le pape François est un jésuite, hériter d’une tradition propre à son ordre, c’est son droit. Et quels ont été, dans le passé, les plus grands ennemis des jésuites sinon les jansénistes ? Ces jansénistes particulièrement attachés, depuis Port-Royal, au gallicanisme, c’est à dire à l’organisation d’un clergé national indépendant, et parfois hostile, à l’autorité pontificale. Or les petits-fils des Jansénistes du règne de Louis XIV ont été les francs-maçons de celui de Louis XV, plus particulièrement au sein du Parlement de Paris, qui refusa d’enregistrer la bulle In Eminenti Apostoletus Speculata, fulminée par Clément XII, le 28 avril 1738, première d’une très longue série condamnant la franc-maçonnerie et la rendant, de ce fait, inopérante en France. Ceux-là même, encore, que le cardinal de Fleury confondait avec les francs-maçons et qui, négocièrent avec le principal ministre, Choiseul, l’acceptation de sa politique, à la condition … d’expulser les jésuites de France, ce qui fut fait. De surcroît, ce qu’il restait des jansénistes, à la fin du XVIII° siècle, a approuvé la constitution civile du clergé, car justement conforme à la tradition gallicane. De là, l’idée, émise par l’abbé Augustin Barruel, franc-maçon repenti mais vrai jésuite, d’attribuer aux francs-maçons un complot ayant fomenté la Révolution, dans ses célèbres Mémoires pour servir l’Histoire du Jacobinisme, édités de 1797 à 1799, à laquelle les esprits faibles continuent de croire les yeux fermés, même si elle est, non seulement infondée, mais encore absurde, puisqu’il y eut autant de francs-maçons du côté de la Révolution que de la contre-révolution, que la franc-maçonnerie n’y joua pratiquement aucun rôle et que même, elle dut cesser ses travaux sous la terreur.

La énième condamnation pontificale de 2023 serait-elle, tout simplement, l’ultime règlement de compte entre les jésuites et les jansénistes, à l’heure où on croyait ce genre de querelle éteinte ? Le lecteur tranchera. En attendant, aucune Obédience maçonnique n’interdira à ses membres d’être catholiques, en vertu de ce qu’on appelle la tolérance, un principe, semble-t-il, toujours inconnu au sein de l’Église catholique et apostolique romaine.

Jean-Pierre Thomas

Víctor Manuel Fernández Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi

**Le Dicastère pour la Doctrine de la foi ou DDF (auparavant Congrégation pour la Doctrine de la foi) est l’une des neuf congrégations actuelles de la Curie romaine. Il a remplacé en 1965 la Sacrée congrégation du Saint-Office, qui a elle-même succédé à l’Inquisition romaine (de son nom complet « Sacrée Congrégation de l’Inquisition romaine et universelle ») instaurée initialement pour combattre les hérésies et les apostasies. Il possède un rôle fondamental au sein de l’Église catholique avec pour mission de « promouvoir et de protéger la doctrine et les mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique ».

Lieu symbolique : « Lo llevo bien », Plaza de España à Santa Cruz de Tenerife (Îles Canaries)

« Je vais bien », telle est la traduction de « Lo llevo bien », une sculpture de Julio Nieto. Qui peut aussi se traduire par « Je m’en sors bien », « Je me porte bien » ou encore « Je m’en sors bien ».

Créée en 2014, elle est dans le style expressionniste. Un style généralement compris comme la déformation de la réalité pour exprimer la nature et l’être humain d’une manière plus subjective , en donnant la primauté à l’expression des sentiments plutôt qu’à la description objective de la réalité. Ainsi compris, l’expressionnisme peut être extrapolé à n’importe quelle période et n’importe quel espace géographique.

« Je vais bien » est le nom d’une sculpture de l’artiste basque basé à Tenerife , Julio Nieto, située sur la Plaza de España à Santa Cruz de Tenerife* (îles Canaries**). Il s’agit d’une pièce à l’apparence d’un homme en forme d’arbre qui symbolise « l’optimisme de l’être humain, qui, malgré toutes ses pensées, s’entend bien ».

Son histoire

Il s’agit d’une pièce en acier inoxydable. En métallurgie, l’acier inoxydable est défini comme un alliage d’acier contenant au minimum 10 à 12 % de chrome en masse, mais peut également contenir d’autres métaux , tels que le molybdène , le nickel et le tungstène.

De cinq mètres de haut et pesant 450 kilos, la sculpture a été initialement exposée provisoirement autour de la Plaza de España dans la capitale de Tenerife en 2014, lors d’une exposition de rue.​ Au cours de celle-ci, de nombreux citoyens ont exprimé leur souhait que la sculpture reste définitivement dans la ville. En fait, les habitants de Santa Cruz ont commencé à collecter des fonds, via une plateforme Facebook , pour pouvoir l’acheter et le laisser dans la ville. L’objectif n’a cependant pas été atteint et la sculpture a quitté Santa Cruz de Tenerife et a été déplacée dans plusieurs galeries d’art dans différentes villes du monde comme Madrid, Barcelone, Baltimore, Miami, Krefeld et New York.

Plus tard, le fils du pilote automobile Juan Fernández García , étroitement lié à Tenerife , a acquis la sculpture et en a fait don à la ville en mémoire de son père décédé. La sculpture « Je me porte bien » a de nouveau été installée au centre de la Plaza de España à côté de son lac artificiel en décembre 2021, et a été inaugurée le 15 du même mois. Depuis lors, elle est devenue l’une des icônes les plus reconnues autour de la Plaza de España et de la ville de Santa Cruz de Tenerife elle-même.

Son symbolisme

La sculpture, en forme d’arbre humanisé, est une réinterprétation contemporaine de l’idée de l’ Atlas , mais soutenant le monde des pensées humaines, représenté par les 21 reflets situés dans les branches de l’arbre. À la base de la sculpture se trouvent les noms des citoyens qui ont contribué par leurs dons pour que l’œuvre reste dans la ville. De plus, au pied du monument se trouve du sable provenant de l’ éruption volcanique de La Palma de 2021. Selon les mots de l’auteur de l’autre : ― «J’ai rempli la base de l’arbre de pyroclastes poussant parmi la lave et cela veut être un geste d’espoir et d’encouragement pour les palmiers ».

Julio Nieto, une œuvre, un artiste

Né en 1964, à Durango en Bizcay (Espagne), Julio Nieto est un artiste aux multiples facettes, dont les talents divers comprennent la poésie, la performance, l’installation et le design, qui semblent culminer dans ses sculptures théâtrales en acier à grande échelle. Nieto est un conteur qui a de sages messages à partager. Ses sculptures sont son véhicule, évoquant un esprit de découverte et d’illumination magique. Les œuvres de Nieto ont été installées sur les places publiques de plusieurs villes espagnoles et ont reçu un accueil très favorable.

Julio Nieto

L’artiste, né au Pays basque et résidant aujourd’hui à Ténériffe, a exposé dans de nombreuses galeries et foires d’art en Europe et aux États-Unis. Après avoir reçu la distinction honorifique de Puerto de la Cruz, il a été choisi pour représenter les îles Canaries à l’Expo 2008 de Saragosse. Plusieurs prix d’art et de design ont ensuite été décernés.

La stimulation de l’imagination du public, la communication et le dialogue au sein d’un large échantillon de la société sont au cœur d’une grande partie de l’art de Nieto, comme avec son projet « Metal Skin, Street Sculpture », une collection de sept immenses sculptures extérieures qui ont parcouru l’Espagne dans le but de réinventer les espaces publics. Il s’agit d’un cadre idéal pour promouvoir la coexistence multiculturelle et la conversation entre les habitants.

Escudo de Santa Cruz de Tenerife

*Santa Cruz de Tenerife est une ville et une municipalité d’Espagne, capitale de la province du même nom , de l’île de Tenerife et de la communauté autonome des îles Canaries (avec Las Palmas de Gran Canaria). Elle compte, en 2023, 209 395 habitants et est située au nord-est de l’île de Tenerife.

Fondée le 3 mai 1494 comme royale de conquête, elle fut entre 1833 et 1927 de jure la seule capitale des îles Canaries (étant ainsi la seule ville canarienne à détenir officiellement ce titre), jusqu’à ce qu’en 1927 un décret établisse que la capitale de l’archipel est partagée avec Las Palmas de Gran Canaria. En 1803, Carlos IV signa le décret royal par lequel le privilège de Villa Exenta fut conféré et les titres furent modifiés en utilisant les formules « Très Noble » et « Invicta ». Dans l’ensemble, la ville est devenue la « Villa, Port et Place Très Noble, Loyale et Invicta de Santa Cruz de Santiago de Tenerife ».

Escudo de Canarias.

**Les îles Canaries sont un archipel espagnol au large de la côte nord-ouest de l’Afrique. Des îles volcaniques au relief escarpé connues pour leurs plages de sable noir et de sable blanc. Tenerife, la plus grande île, est dominée par le pic du Teide, volcan encore actif et parfois enneigé, qui possède son propre observatoire astronomique et appartient au parc national du Teide. C’est à Santa Cruz de Tenerife, la capitale, qu’a lieu un grand carnaval qui précède le carême.

Sculpture « Lo llevo bien » – Photos © Yonnel Ghernaouti, YG

L’histoire de l’ingénieux chevalier sans armure

Que l’on soit initié ou que l’on prenne une charge en franc-maçonnerie, si on sait des choses parce qu’on a lu ou que l’on s’est renseigné, il n’en demeure pas moins qu’on ne « connait » encore rien à l’affaire. Là réside le Secret de l’Œuvre : sortir de sa zone ce confort et entrer dans l’âge du « faire » car pour forger son « Art-mûre » l’Initié devra suivre la « Voi(e)(x) » de l’inconnu et explorer ses dimensions jusqu’à son « épis-centre » devenant l’unité, l’échelle, le cartographe, la mémoire et l’explorateur de son territoire.

« Gloire au Travail ! » nous scandent certains Rituels. Certes, cette injonction glorifie le Travail mais on peut aussi entendre que lorsque nous agissons c’est la « Gloire qui est au Travail ». Ceci sous-entend peut-être de notre part une certaine confiance dans l’inconnu, « l’Un-pensé de la Voi(e)(x) Initiatique » elle-même. Dans cet aiôn qu’est la Vie, si nous lui donnons de ce que nous avons peut-être de plus précieux : notre Temps (chronos), elle nous répond parfois en nous offrant des Moments (kaïros) à l’intérieur de nos vies « urbi et orbi ».

Les ordres d'architecture par Stefan von Nemau
Les ordres d’architecture – Aquarelle, encre et collage sur papier – 36 x 51 cm – Novembre 2020 – Stefan von Nemau

L’union fait la Force

Il y a six hivers, débutait ma prise en charge de l’éveil des Compagnons. Cependant, il y avait un symbole de ce Degré dont je n’avais pas encore perçu la dimension ésotérique : les ordres d’architecture. Afin de pallier à ce sentiment d’illégitimité (comment prétendre enseigner si on ne sait pas tout ?) j’ai choisi de travailler ce sujet avec eux, à six on va plus loin que tout seul. C’est grâce à eux que j’ai découvert que la « trans-mission » n’est pas un « en-saignement » mais la révélation d’une connaissance.

Je me suis rendu compte que nos symboles nous sont présentés dans un certain ordre lors de nos cérémonies. Cependant nous sommes des altérités en rencontre. Aussi, pour que chacun y puise ce dont il a besoin peut-être était-il possible de les combiner, les assembler dans une sorte de Codex que nous pourrions saisir et manipuler afin de trouver notre propre Chemin vers la Lumière dans la Loge d’abord puis se mettre en capacité de recevoir au dehors la Lumière sacrée de la Vie ?

Le codex de l’ingénieux Chevalier (détail) – Stefan von Nemau

L’ingénieux chevalier

Au Rite Écossais Ancien et Accepté un des Voyages est consacré aux 5 ordres d’architecture. De prime abord nous pourrions simplement penser que la Franc-maçonnerie ayant pour imaginaire une filiation directe avec les bâtisseurs de cathédrale c’est pour leur rendre hommage et célébrer leur travail que ces symboles seraient là.

A l’intérieur de nos Loges nous avons trois colonnettes supportant nos Étoiles. Oswald Wirth et Jules Boucher n’étant pas d’accord sur l’ordre architectural a attribué sur chaque colonnette, je pense qu’il est important de bien connaître les usages de son rite afin d’éventuellement pouvoir développer et argumenter une réflexion personnelle à ce sujet, un « Secret se cherche ».

Pour ma part, le fait qu’ils évacuent d’un revers de phrase deux ordres sur les cinq présentés m’invite à trouver mon propre chemin.

Ainsi, en observant les cinq compagnons que j’avais en charge, j’ai remarqué que s’ils se rassemblaient autour d’une réflexion commune avec la même méthode ils n’en étaient pas moins tous différents. Leurs tessitures, leurs besoins, leurs envies, leurs appétences n’étaient pas les mêmes. Mes questionnements devaient donc être adaptés à chacun afin que, futurs Maîtres, ils puissent trouver leurs propres voix et continuer d’enrichir la Loge de leurs différences.

L'ingénieux chevalier par Stefan von Nemau
L’ingénieux Chevalier – Aquarelle, encre et collage sur papier – 36 x 51 cm – Octobre 2022 – Stefan von Nemau

De là m’est venu l’axe central de mon « pas-de-côté » : l’intuition de sortir de la doxa du rituel commun qu’ils venaient de vivre et qui sert de base à tous pour leur proposer des ouvertures en associant tel symbole avec tel autre pour l’un et en agissant ainsi différemment pour chacun. C’est ainsi que selon les appétences de chacun leurs savoirs se sont étendus. Charge à eux de ramener au centre du Tapis de Loge ce qu’ils avaient trouvé et de partager dans un élan commun ces connaissances devenant « Co-naissance ».

Ainsi s’adapter, c’est répondre à l’appel de la liberté de re-création de chacun dans un cadre commun. La rencontre de ces « ça-voir » a permis d’élargir les connaissances de tous, y compris les miennes. Les critiques constructives qui suivirent permirent à chacun de trouver son centre de gravité, de se rassurer, de s’entre-aider, de vivre une altérité adogmatique apaisée en « deux-venant ».

Si la Voie Initiatique est une démarche individuelle, elle prend tout son sens dans la rencontre de l’altérité, sortir du « même », de soi, pour aller vers l’autre, le différent, « l’étrange étranger » qui pourtant s’assoit à côté de moi durant la Tenue mais aussi celui du dehors.

Freidrich Nietzsche

Orbi : fragment d’un journal initiatique

Durant cet hiver-là, j’ai rencontré des jours sombres comme des nuits. De ces journées où l’on a besoin de changer d’univers après avoir écouté les malheurs du monde. Je me suis rendu dans la librairie que je préfère. Elle ne présente pas d’ouvrage maçonnique certes, mais elle est un athanor de la pensée où l’altérité se rencontre. Dans cet athanor où les arts libéraux s’expriment librement tous mes sens sont en éveil. Dans cet égrégore, les « lignes ancrées » dans le papiers deviennent des murmures, des tracés et des couleurs que je peux invisiblement percevoir. Ce sont des sources d’apaisement pour mes sens surréalistes toujours en éveil, mes « hasards objectifs » créateurs « dit-mages ».

Ce jour là, une des libraires m’a souri. Un vrai sourire d’humain à humain, sans geste commercial assorti… et ce sourire m’a touché… sourire Lumière au travers du sténopé de mon regard… un « Sourire-Rencontre », une altérité touchant mon humanité. Ce jour là j’avais vraiment besoin de cela et la Voie Initiatique, par cette Lumière de « l’une », me l’a donné… si suivant l’adage populaire « on est riche de ce que l’on donne » alors le Don est Transmission et la Transmission devient abondance.

Contre l’instinct de mort, la pulsion de Vie

Ainsi l’ordre de présentation de nos symboles n’est que proposition. Il forme un abécédaire du Chemin Initiatique. Il appartient à chacun de s’en saisir et d’écrire ses mots, ses propres mots ramenés de l’ambre de l’oubli. Ces mots qui retrouvés et rassemblés vaincront les maux j’en suis convaincu, je l’ai vécu.

Par le Travail l’épure se forme et nous pouvons les conjuguer avec la pulsion de Vie, celle qui réunit l’intérieur et l’extérieur, l’élan de la re-création. Un pas après l’autre nous devenons des ingénieux chevaliers dont les armures ne rouillent que si on ne s’en sert pas mais qu’il convient toutefois d’enlever de temps en temps, au cœur de cet endroit sûr et sacré, cet endroit où parfois rayonne la Gloire.

Initiare, transmettre la Lumière – Photoplastique – Tirage argentique – 40 x 30 cm – Edition de 30 – 2017 – Stefan von Nemau (La verticalité profonde de la murène, l’horizontalité de la nage du manchot, les deux impétrants recevant la Lumière donnée par l’hippocampe, les Lumières de l’accompli et de l’inaccompli)…

Six hivers plus tard : le vide-plein de l’ingénieux chevalier dans l’Art-mûre

Six hivers plus tard, je suis Vénérable Maître de ma Loge. Si je tire ma légitimité d’une élection dont le score ferait pâlir de jalousie un certain Vladimir, je marche dans et vers l’inconnu. Et même si je ne suis pas solitaire car l’ensemble fait corps et les anciens m’aident et me soutiennent, je suis le seul à porter, utiliser et servir l’Épée Flamboyante.

Il y a peu j’ai transmis la Lumière. Ce soir d’hiver-là, durant cet aiôn qu’est la traversée des Fleuves, j’ai été transpercé par la Lumière: celle que l’on perçoit, celle que l’on reçoit, celle que l’on donne, celle que l’on transmet ; celle qui transmute le Néant insondable du Cœur de la Nuit en une Aube radieuse, en Espérance immanente et transcendante dans le regard du nouvel Initié.

L’expérience de la Gloire du « vide-plein » fût pour moi aussi une Initiation. Je me suis senti à la fois corpuscule et vibration… et, dans ce cantique du quantique, pour une fois, les mots me manquent. Le « Secret se taire »« l’armure s’éthère » dans la « Voie de l’Art-mûre ».

William Blake – Mariage du ciel et de l’enfer

Six hivers plus tard, orbi : fragment d’un journal initiatique…

Quelques jours après cette Épreuve, je suis retourné dans ma « librairie-athanor ». La « libre-ère » avait réussi à me trouver un livre sur William Blake que l’on m’assurait épuisé. Dans le message téléphonique qu’elle m’avait laissé je n’avais pas saisi son prénom, aussi osais-le lui demander pour la toute première fois depuis six ans. Elle m’a répondu « Ma mère m’a toujours dit : demander n’est pas voler. Mon prénom est rare, dans ma langue il signifie Gloire au sens spirituel du mot ». Je ne vous le communiquerai pas par délicatesse et parce que… le Secret « se rend-contre »

Dans ce cantique du quantique qu’est cette traversée de la fente de Young, durant ce moment « numineux », par la Parole de « Lune » l’Initié et l’Ignitié furent ainsi rassemblés, corpuscule et vibration.

Au moment de clore ce fragment d’un journal initiatique, une dernière boucle temporelle s’ouvre devant moi et je choisis de la partager avec vous car elle a éclairé mon chemin depuis 30 ans. J’ai repensé à mes jeunes années de policier, la nuit, dans les bas-fonds du 19° arrondissement de Paris. Nous connaissions une jeune femme toxicomane de mon âge environ. Elle dépérissait à vue d’œil et se prostituait pour pouvoir acheter ses doses. Un soir qu’elle errait en quête d’une dose de crack avec une lampe frontale trop grosse pour elle allumée sur son front, et parce que je lui demandais la raison de cette lampe, elle a répondu : « Oh… tu sais… je touche le fond alors autant avoir un peu de lumière ».

Avec le recul du temps et de la Voie parcourue, je vois là aussi, une manifestation de la Gloire au Travail. J’avais une vingtaine d’années et même si mon histoire particulière m’avait déjà donné une vision symbolique de l’invisible, je n’étais pas en capacité de « perce-voir » ce moment de Gloire au cœur de la nuit de la tragédie humaine. Le « Secret est Grâce, il se révèle ».

François Cheng – Enfin le Royaume

De retour en Ithaque…

Au sortir de cette aventure l’armure de l’ingénieux chevalier s’est éthérée en me confirmant que si l’usage assène l’injonction « Gloire au travail ! » il faut aussi entendre : « Façonne-toi, marche, explore, libère-toi, rectifie et vérifie, c’est ainsi que la Gloire est au Travail, c’est ainsi que l’armure devient Art-mûre ».

Entre le Sublime de la Chute et l’horizontalité de la Beauté il appartient à chacun de trouver son architecture, son altitude, son expérience, son « Se-crée » et d’explorer les arcanes du vaste Monde, à la mesure de ses ailes. Le « Secret relève et élève ».

William Blake
L’Ancien des Jours – Urizen – Eau forte et aquarelle – 23,3 x 16,8 cm – 1794 – William Blake

Lire aussi:

Cantique du Quantique pour un franc-maçon par Solange Sudarskis

Moi vs Moi : Analyse d’une double nature (Part 1)

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Bienvenue dans le voyage introspectif de « Moi vs Moi ». Imaginez un monde où votre existence est une danse délicate entre votre être intérieur et extérieur. Cette dualité, à la fois fascinante et mystérieuse, forme le fondement de notre exploration. Découvrons ensemble les dimensions cachées de notre être.

Nous avons tous, à un moment ou à un autre de notre vie, vécu cette prise de conscience de notre moi intérieur. De cette possibilité de parler, chanter, crier en soi-même, sans que personne ne nous entende ni ne nous réponde. Pourtant, elle est bien là, cette pensée qui nous anime, qui est en harmonie avec les sons qui sortent de notre bouche, avec notre corps, et qui parfois se décale de nos actes. Ce que je dis et fais n’est pas ce que je pense. Alors, ai-je une double personnalité ? Suis-je un être intérieur et un autre extérieur qui cohabitent ? Suis-je un être double ? Autant de questions qui suscitent bien des réponses, qui varient selon les perspectives psychologiques, philosophiques ou spirituelles.

Qu’est-ce qui fait que nous avons cette impression de dualité entre notre pensée et notre expression ? Est-ce le résultat de notre éducation, de notre culture, de notre environnement ? Est-ce une façon de nous protéger, de nous adapter, de nous conformer ? Est-ce une source de conflit, de frustration, de mal-être ? Ou au contraire, est-ce une richesse, une diversité, une créativité ?

Peut-être que nous ne sommes pas vraiment doubles, mais multiples. Peut-être que nous avons en nous plusieurs facettes, plusieurs voix, plusieurs identités, qui s’expriment selon les situations, les émotions, les relations. Peut-être que nous pouvons apprendre à les reconnaître, à les écouter, à les harmoniser. Peut-être que nous pouvons être nous-mêmes, tout en étant différents.

Dans ce voyage introspectif, je vous convie à une exploration, une quête qui transcende les frontières entre notre moi intérieur et extérieur. L’image de cette existence comme une danse évoque une harmonie en constante évolution entre nos pensées, nos émotions, et le monde qui nous entoure. Cette dualité constitue la toile de fond de cette aventure, un terrain fertile où naissent les questions essentielles sur la nature de notre existence.

Les Fondements Philosophiques de la Dualité :

Immergeons-nous profondément dans l’immensité des pensées émanant de philosophes éminents et d’autres figures marquantes de la pensée humaine, qui, au cours des siècles ont décortiqués les intrications de leurs visions complexes, jetant ainsi les fondations pour notre propre quête intellectuelle.

Les pythagoriciens, qui sont peut-être les plus anciens philosophes d’Occident, sont les premiers qui ont pu être appelés dualistes. Ils ont enseigné que toutes choses sont composées de contraires, et ont distingué l’âme du corps, comme le montre leur théorie de la métempsycose et la formule qui leur est attribuée aussi bien qu’aux orphiques : « Le corps est un tombeau. »

Faisons ici un survol philosophique de la Dualité d’Héraclite à Tollé, de 500 avant J.C. à aujourd’hui :

Héraclite (550 / 480 av. J.C.) Philosophe grec du VIe siècle av. J.-C., a écrit sur la dualité de l’être. Il a proposé que toutes choses sont en constante évolution et que le changement est la seule constante dans l’univers. Héraclite a également exploré la tension entre les contraires, affirmant que les contraires sont complémentaires et interdépendants. Par exemple, il a proposé que la vie et la mort sont deux aspects d’un même phénomène.

Il a également écrit sur la façon dont les contraires peuvent se transformer en leur contraire, créant ainsi une synthèse nouvelle et plus complexe. Cette synthèse est alors à son tour confrontée à une nouvelle contradiction, et le processus se répète. Selon Héraclite, ce processus dialectique est à l’œuvre dans tous les aspects de la vie, de la nature à la culture en passant par la politique.

Aristote (384 / 3332 av. J.C.) a proposé que l’âme et le corps sont deux aspects d’une même substance. Il a écrit sur la façon dont l’âme et le corps interagissent pour créer l’expérience humaine. Aristote a également exploré la distinction entre l’être en tant qu’être et les sciences particulières qui portent sur un genre particulier de l’être. Il a proposé que la sagesse est la science de l’être en tant qu’être, c’est-à-dire de l’être envisagé par où il est être et seulement être, et non « nombre, ligne ou feu ».

Aristote a également écrit sur la puissance et l’acte, affirmant que l’acte est la réalisation de la puissance.

Platon (428 / 347 av. J.C.) Philosophe emblématique de l’Antiquité, a exploré en profondeur la complexité et la dualité intrinsèque de l’âme et du corps dans ses écrits. Il conceptualise le corps comme une entité physique, tangible et mortelle, soumise aux lois de la nature et aux désirs terrestres. En contraste, l’âme est envisagée comme immortelle, éthérée et intangible. Selon Platon, l’âme est prisonnière du corps mais aspire à atteindre un état de pureté et de connaissance supérieure.

Dans cette quête d’élévation spirituelle, l’âme cherche à transcender les limites physiques et temporelles imposées par le corps. Elle s’efforce d’accéder à un monde des idées où règnent vérité absolue et connaissance universelle. Cette dualité entre l’âme aspirant à la liberté et le corps ancré dans le monde matériel crée une tension dynamique qui traverse les œuvres platoniciennes.

Pour Platon, la philosophie devient un outil permettant à l’âme de se libérer des chaînes du corps pour atteindre une illumination spirituelle. À travers la raison, la réflexion critique et le dialogue philosophique socratique, il croit que l’individu peut purifier son âme des impuretés terrestres pour accéder au monde transcendantal des formes parfaites.

René Descartes (1596 / 1650) Philosophe français, a écrit sur la distinction entre l’esprit et le corps et sur la façon dont ces deux éléments interagissent. Dans ses écrits, Descartes propose que l’esprit et le corps sont deux entités distinctes, mais qu’ils interagissent pour créer l’expérience humaine.

Le philosophe a conceptualisé le corps comme une entité physique, tangible et soumise aux lois de la nature. En contraste, l’esprit est envisagé comme immatériel, intangible et capable de pensée. Selon Descartes, l’esprit est la source de la conscience, de la pensée et de la raison, tandis que le corps est responsable des sensations physiques et des mouvements.

Descartes a également écrit sur la façon dont l’esprit et le corps interagissent pour créer l’expérience humaine. Il propose que l’esprit et le corps sont connectés par la glande pinéale, une petite glande située dans le cerveau. Cette glande permet à l’esprit et au corps de communiquer et de coordonner leurs actions.

Baruch Spinoza (1632 / 1677) Philosophe hollandais, est célèbre pour sa philosophie panthéiste qui propose une vision intégrée et unifiée de l’existence. Dans cette perspective, il n’y a pas de séparation stricte entre le divin et le terrestre ; tout est interconnecté dans un tout harmonieux. L’individu n’est pas isolé mais fait partie intégrante de l’univers, participant à son ordre et à sa beauté.

Spinoza nous entraîne dans une contemplation sur la connexion intime entre l’individu et l’univers. Sa vision invite à transcender les frontières traditionnelles entre le divin et le terrestre, offrant une perspective holistique sur la place de l’homme dans l’ensemble de l’existence. Cette vision transcende les limites de la pensée dualiste, où le monde est divisé en deux parties distinctes et séparées. Au lieu de cela, Spinoza propose une vision intégrée de l’existence, où tout est connecté et interdépendant.

Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770 / 1831) Philosophe allemand du XIXe siècle, nous convie à une vision dialectique, où le “Moi” et le “Non-Moi” s’entrelacent dans une danse perpétuelle. À travers cette dialectique complexe, nous naviguons entre les dualités, explorant comment ces forces contraires façonnent notre compréhension du monde et de notre identité individuelle.

Il propose que la dialectique soit un processus de développement continu, où les contradictions sont résolues par la synthèse d’une nouvelle idée. Dans cette vision, le “Moi” et le “Non-Moi” sont deux forces opposées qui s’entrelacent, créant ainsi une tension dynamique. Cette tension est essentielle pour la compréhension de soi et du monde, car elle permet de naviguer entre les dualités et de trouver un équilibre entre les forces opposées.

Hegel a également écrit sur la façon dont les forces opposées peuvent se transformer en leur contraire, créant ainsi une synthèse nouvelle et plus complexe. Cette synthèse est alors à son tour confrontée à une nouvelle contradiction, et le processus se répète. Ce processus dialectique est à l’œuvre dans tous les aspects de la vie, de la nature à la culture en passant par la politique.

Ludwig Feuerbach (1804 / 1872) Philosophe allemand, est reconnu pour avoir initié la théorie de l’aliénation. Sa philosophie nous guide dans une réflexion profonde sur la manière dont la société peut, parfois, éloigner l’individu de son essence authentique. Feuerbach expose les mécanismes par lesquels les structures sociales influent sur notre perception de soi, invitant à une exploration des profondeurs de la condition humaine.

Le philosophe propose que les structures sociales, bien qu’essentielles à l’ordre social, peuvent parfois servir d’entraves à notre réalisation personnelle. Sa philosophie se penche sur les mécanismes complexes par lesquels nous sommes amenés à nous éloigner de notre essence authentique. Il explore comment les normes et attentes sociétales peuvent infiltrer notre conscience, modifiant ainsi nos croyances fondamentales et nos valeurs personnelles.

Feuerbach invite ses lecteurs à une introspection profonde pour dévoiler les couches d’identité superposées par la société. Il encourage une réévaluation des convictions intériorisées afin de se reconnecter avec son soi authentique – un état d’être non altéré par des influences extérieures.

Friedrich Nietzsche (1844 / 1900) Philosophe allemand, a écrit sur la dualité de l’homme et la façon dont les gens peuvent transcender leur nature humaine. Dans ses écrits, Nietzsche a exploré la tension entre l’apollinien et le dionysiaque, deux forces opposées qui coexistent en chaque être humain. L’apollinien représente la raison, la clarté et la mesure, tandis que le dionysiaque représente l’instinct, l’émotion et l’irrationnel. Nietzsche a proposé que la véritable nature de l’homme réside dans la tension entre ces deux forces, et que la transcendance de soi implique de trouver un équilibre entre elles.

Il a également écrit sur la façon dont les gens peuvent transcender leur nature humaine en embrassant leur propre volonté de puissance. Selon lui, la volonté de puissance est la force fondamentale qui anime tous les êtres vivants, et la transcendance de soi implique de reconnaître cette force et de l’utiliser pour atteindre ses objectifs. En embrassant leur propre volonté de puissance, les gens peuvent transcender les limites de leur nature humaine et atteindre des niveaux de créativité, de passion et de réalisation de soi qui étaient auparavant inaccessibles.

Karl Jung (1875 / 1961) quant à lui, a développé la théorie de l’inconscient collectif, qui inclut l’idée d’un “soi” intérieur et extérieur. Selon Jung, l’inconscient collectif est une couche profonde de l’esprit qui contient des archétypes universels et des symboles communs à toutes les cultures. Le “soi” intérieur et extérieur est un concept clé de la psychologie jungienne, qui décrit la relation entre l’individu et l’inconscient collectif.

Jean-Paul Sartre (1905 / 1980) Philosophe existentialiste renommé, a exploré en profondeur la nature complexe de l’existence humaine. Dans ses écrits, il se penche sur la conscience de soi et la perception des autres. Sartre propose que les individus soient constamment en train de se définir et d’être définis par les autres, créant ainsi une tension entre l’existence authentique et les attentes sociales. Il a également écrit sur la liberté et la responsabilité, affirmant que les gens sont libres de choisir leur propre destinée, mais qu’ils doivent également assumer la responsabilité de leurs choix.

Sartre a cherché à comprendre la condition humaine dans toute sa complexité, en explorant les thèmes de la liberté, de la responsabilité et de la conscience de soi. L’existence précède l’essence, ce qui signifie que les individus ne sont pas définis par une essence fixe ou une nature humaine, mais plutôt par leurs choix et leurs actions. Cette idée est au cœur de la philosophie existentialiste de Sartre, qui affirme que les individus sont libres de créer leur propre destinée.

Albert Camus (1913 / 1960) Philosophe et écrivain français, a écrit sur la dualité de l’existence humaine et sur la façon dont les gens peuvent trouver un sens dans un monde absurde. Dans ses écrits, Camus explore la tension entre l’absurdité de la vie et la nécessité de trouver un sens dans cette absurdité.

Camus propose que la vie est absurde, car elle n’a pas de sens intrinsèque. Cependant, il affirme que les gens peuvent trouver un sens dans cette absurdité en embrassant leur propre liberté et en créant leur propre signification. Selon Camus, la vie est pleine de choix, et c’est à chaque individu de décider comment donner un sens à sa propre vie.

Albert Camus a également écrit sur la façon dont les gens peuvent trouver un sens dans la solidarité et la communauté. Il affirme que les gens peuvent transcender leur propre absurdité en se connectant avec les autres et en travaillant ensemble pour créer un monde meilleur. Pour Camus, la solidarité est une réponse à l’absurdité de la vie, car elle permet aux gens de trouver un sens dans leur propre existence en aidant les autres.

Eckhart Tollé, (né en 1945) Guide spirituel contemporain qui éclaire la voie vers la conscience présente. À travers ses enseignements, nous explorons la nécessité de s’éveiller au moment présent, dépassant les tourments de l’esprit pour atteindre une paix intérieure profonde.

Tollé propose que la conscience présente est la clé de la paix intérieure et de la réalisation de soi. Il invite ses lecteurs à se libérer des tourments de l’esprit en se concentrant sur le moment présent, plutôt que de se perdre dans les regrets du passé ou les inquiétudes de l’avenir. En se connectant à la conscience présente, les gens peuvent transcender les limites de leur ego et trouver une paix intérieure profonde.

Pour illustrer cela, voici un exemple pratiqué par Tollé de la conscience présente :

Asseyez-vous confortablement et fermez les yeux. Prenez quelques respirations profondes et concentrez-vous sur votre respiration. Laissez vos pensées passer sans y prêter attention. Concentrez-vous sur les sensations de votre corps et de votre respiration. Si votre esprit commence à errer, ramenez-le doucement à votre respiration. Restez dans cet état de conscience présente aussi longtemps que vous le souhaitez.

D’autres s’y sont approchés tels que :

Martin Heidegger a écrit sur la façon dont les gens se rapportent à leur propre existence et à celle des autres.

Michel Foucault a écrit sur la façon dont les gens sont façonnés par les normes sociales et les structures de pouvoir.

Emmanuel Levinas a écrit sur la façon dont les gens se rapportent à l’autre et sur la façon dont l’autre peut influencer leur propre identité.

Ralph Waldo Emerson a écrit sur la façon dont les gens peuvent trouver leur véritable moi intérieur en se connectant à la nature.

• Søren Kierkegaard a écrit sur la façon dont les gens peuvent trouver leur véritable moi en faisant face à l’angoisse et à l’incertitude.

Cela illustre que ce concept a toujours été un sujet de préoccupation pour les philosophes et les penseurs, qui ont apporté leur propre vision sur ce thème. Les différentes perspectives proposées par ces hommes ont contribué à enrichir notre compréhension de la nature complexe de l’existence humaine et ont permis de développer des approches novatrices pour aborder les questions fondamentales de la vie.

La dualité de l’être est un thème universel qui a inspiré des générations de penseurs à travers les siècles et qui continue de susciter l’intérêt et la curiosité des esprits les plus brillants de notre temps.

> A suivre… partie 2 avec une approche analytique.

Alain Bourguignon / Janvier 2024

08/02/24 : « Enjeux et Perspectives » (GLDF) avec Jean Birnbaum, directeur du « Monde des livres », à Ronchin (59)

Les Rencontres « Enjeux et Perspectives » de la Grande Loge de France (GLDF) sont l’occasion pour les francs-maçons, leurs familles et leurs proches mais aussi tous les amis(ies) profanes d’écouter des invités non-maçons, experts dans leur domaine, partageant leurs savoirs et points de vue sur des sujets variés.

En conférence publique et gratuite, la GLDF vous invite à venir à la rencontre de Jean Birnbaum*, journaliste, essayiste et directeur du « Monde des Livres » –Le #MondeDesLivres, en kiosque chaque semaine avec le quotidien daté du vendredi et chaque jour sur @lemondefr.

Il interviendra sur « Le courage de la nuance », le jeudi 8 février 2024 à 19 h 30 à Ronchin, dans le département du Nord, en région Hauts-de-France, une ville faisant partie de la Métropole européenne de Lille.

*Jean Birnbaum, né en 1974, est un journaliste et essayiste français. Il dirige depuis 2011 Le Monde des livres, supplément hebdomadaire du journal Le Monde.

Il est l’auteur de plusieurs essais, dont deux sont consacrés à la transmission politique entre les générations : Leur jeunesse et la nôtre : l’espérance révolutionnaire au fil des générations, qui étudie le milieu trotskiste et Les Maoccidents : un néoconservatisme à la française, qui porte sur l’évolution d’anciens militants maoïstes vers diverses formes de néoconservatisme. Il a également réalisé le dernier entretien avec le philosophe Jacques Derrida, Apprendre à vivre enfin, publié en 2005.

X, anciennement Twitter Le Monde des livres.

Depuis 2016, Jean Birnbaum dirige Le Monde des livres. Il est aussi l’auteur de plusieurs essais, et notamment d’Un silence religieux-La gauche face au djihadisme (2016, prix Aujourd’hui) dans lequel il dénonce l’attitude d’une partie de la gauche vis-à-vis du terrorisme islamiste.

Il souligne notamment l’absence de réflexion de la gauche sur le religieux, qui lui ôte la possibilité de comprendre le djihadisme d’organisations comme l’État islamique, et son refus de nommer l’adversaire tout en continuant à expliquer le terrorisme « par la misère sociale » et La Religion des faibles-Ce que le djihadisme dit de nous (2018, prix Montaigne).

X, anciennement Twitter Le Monde des livres.

Pour Philippe Foussier, Jean Birnbaum qui « appartient à ce camp – la gauche– », fournit « un constat cruel qui lui vaudra peut-être de rejoindre la catégorie des « pseudo-intellectuels », celle qui se situe juste avant les « néo-réacs », tant il est vrai qu’il est bien vu dans certains milieux de gauche d’exprimer un faible pour le fondamentalisme musulman ». En 2021, il publie Le Courage de la nuance (SEUIL ; POINTS, poche, 2022), un essai visant à réhabiliter la nuance dans le débat politique.

Avec ce livre, Jean Birnbaum veut apporter du réconfort à toutes les femmes, tous les hommes qui refusent la «brutalisation» de notre débat public et qui veulent préserver l’espace d’une discussion aussi franche qu’argumentée. Pour cela, il relit les textes de quelques intellectuels et écrivains qui ne se sont jamais contentés d’opposer l’idéologie à l’idéologie, les slogans aux slogans. Renouer avec Albert Camus, George Orwell, Hannah Arendt, Raymond Aron, Georges Bernanos, Germaine Tillion ou encore Roland Barthes, ce n’est pas seulement trouver refuge auprès de figures aimées, qui permettent de tenir bon, de se tenir bien. C’est surtout retrouver l’espoir et la capacité de proclamer ceci : dans le brouhaha des évidences, il n’y a pas plus radical que la nuance.

[NDLR : Les Rencontres « Enjeux et Perspectives » de la Grande Loge de France (GLDF) sont des événements ou/et des conférences organisés par l’une des principales obédiences maçonniques en France. Elle est connue pour son approche philosophique et spirituelle de la franc-maçonnerie de tradition. Ces rencontres abordent divers sujets d’actualité, des questions philosophiques, éthiques, sociales, ou même politiques, tout en restant dans le cadre de la discrétion et des principes maçonniques.

Grand Temple, Occident, détail.
« Enjeux et Perspectives » rencontrent toujours un énorme succès !

Ici, il s’agit du dernier ouvrage de Jean Birnbaum Le Courage de la nuance, un titre suggérant l’importance de reconnaître, d’apprécier et de défendre la complexité et les subtilités dans divers contextes, qu’ils soient politiques, sociaux, culturels ou intellectuels. Ce concept met en valeur l’idée que dans un monde souvent polarisé où les opinions extrêmes ont tendance à dominer, il est courageux et nécessaire de chercher, de comprendre et de communiquer les nuances et les détails fins qui composent la réalité. Une très belle conférence en perspective. La GLDF vous y attend aussi nombreux que des épis de blé !]

Infos pratiques

Maison des Associations, 3 rond-point des acacias – 59790 RONCHIN

Inscription obligatoire

Site de la Grande Loge de France, Ronchin (Nord)
Site de la Grande Loge de France, Ronchin (Nord)

Alchimie et Diplomatie

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Fulcanelli reste de nos jours l’alchimiste le plus lu, et certainement le moins compris. Ses œuvres, Le Mystère des cathédrales et Les Demeures philosophales, portant sur plus de 800 pages s’ingénient à présenter l’hermétisme du Grand Œuvre. Mais qu’entend-il par là ?

Pourquoi l’architecture est-elle, pour lui, un pré-requis pour décoder les pierres ? Pourquoi les pierres seraient-elles « polyglottes » ? Pourquoi la Cabbale serait une langue universelle utilisée par les alchimistes ? De quelle manière l’art de la diplomatie est un préalable à toute recherche alchimique ?

L’ouvrage répond à ces questions.

Grégoire Brissé a été confronté à l’alchimie opérative dès 1974. Ses expériences réalisées, non sans succès, il laisse le laboratoire pour se consacrer, par la suite, à l’étude des Grands Anciens. Plusieurs traités d’alchimie sont issus de ses recherches, tels que François Cambriel, un alchimiste méconnu du XIXe siècle , les Alchimistes anglais du XVIIe siècle et la naissance de l’empire britannique.

[NDLR : Fulcanelli est un pseudonyme adopté par une figure mystérieuse et toujours non identifiée, largement considérée comme un alchimiste et auteur ésotérique français du début du 20ème siècle. L’identité réelle de Fulcanelli n’a jamais été établie de manière concluante. Fulcanelli est surtout connu pour ses deux livres sur l’alchimie, Le Mystère des Cathédrales publié en 1926 et Les Demeures Philosophales publié en 1930.

Ces livres discutent en profondeur de l’alchimie médiévale, de l’architecture et du symbolisme. Ils sont considérés comme des classiques de la littérature ésotérique. Le travail de Fulcanelli est entouré de mystère, non seulement en raison de sa nature anonyme, mais aussi en raison de la complexité et de l’énigmatisme des sujets qu’il a abordés. Ses écrits suggèrent une compréhension profonde du symbolisme hermétique et alchimique, et ils ont été une source de fascination pour ceux qui s’intéressent à ces sujets.

Il existe de nombreuses théories sur l’identité de Fulcanelli, allant de l’hypothèse qu’il s’agissait d’un individu unique à celle d’un pseudonyme collectif utilisé par un groupe de savants. Malgré de nombreuses enquêtes et spéculations, la véritable identité de Fulcanelli reste l’un des mystères persistants dans le domaine de l’ésotérisme.

Le Mystère des Cathédrales et Les Demeures Philosophales totalisent près de 800 pages et explorent l’hermétisme et le Grand Œuvre, c’est-à-dire la quête de la pierre philosophale et la transformation spirituelle et matérielle.

Dans ses écrits, Fulcanelli suggère que l’architecture médiévale et de la Renaissance, notamment celle des cathédrales, contient un langage codé, à la fois exotérique (ouvert à tous) et ésotérique (secret, accessible seulement aux initiés). Selon lui, ces structures « parlent » et révèlent des vérités cachées sur l’alchimie.

Alchimiste qui tient une fiole dans sa main
La pierre philosophale ?

L’alchimie de Fulcanelli ne se limite pas à la recherche de la pierre philosophale (ou Élixir) ; elle inclut aussi une dimension linguistique et diplomatique, qu’il appelle la « langue des diplomates ». Cette dimension semble liée à une forme de diplomatie secrète ou de sociétés secrètes, comme la franc-maçonnerie internationale.

Grégoire Brissé, son dernier opus, chez DERVY, une marque du Groupe Guy Trédaniel.

Fulcanelli suggère que l’alchimie, au-delà de ses aspects métaphysiques et chimiques, joue un rôle politique et diplomatique, particulièrement en ce qui concerne les enjeux de son époque, notamment la guerre et les troubles politiques en France au début du XXe siècle. Il voit dans l’alchimie un moyen de restaurer un certain ordre du monde qu’il perçoit comme menacé.

Grégoire Brissé est déjà connu pour nous avoir offert un très beau Traité de la voie sèche-Alchimie (Le Mercure Dauphinois, 2016). L’auteur a été dès 1974 alors banal étudiant en faculté, confronté à l’âpre pratique du laboratoire et a pu dès 1976, formuler les prémices de sa vision théorique de l’alchimie. Pendant trente années il a vérifié la coïncidence de ses découvertes avec celles de la tradition alchimique jusqu’à ce qu’il réalise qu’il n’avait rien inventé mais simplement accédé, un jour, à sa vraie définition.  Plusieurs traités d’alchimie sont issus de ses recherches, tels que François Cambriel, un alchimiste méconnu du XIXe siècle (Éd. du Cosmogone, 2021) ou encore Les Alchimistes anglais du XVIIe siècle et la naissance de l’Empire britannique (DERVY, 2023).]

La GLUA déboutée de sa demande de remboursement de TVA pour 2,83 millions de £

De notre confrère Accountancy Daily

Les francs-maçons dits « réguliers et de tradition » de la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA) perdent une affaire de TVA de 2,8 millions de livres sterling. En effet, la plus ancienne Grande Loge des francs-maçons du monde a été déboutée de sa demande de remboursement de la TVA pour un montant de 2,83 millions de livres sterling au titre des frais d’adhésion, l’objectif premier n’étant pas philanthropique.

La Grande Loge a un revenu annuel d’environ 13 millions de livres, dont 9 millions proviennent des cotisations des membres et de la location de salles. Les deux réclamations portent sur les années 2014 et 2018 et totalisent 2,83 millions de livres sterling en remboursement de la TVA sur les cotisations des membres.

La Grande Loge, fondée en 1717, est le plus grand organe représentatif de la franc-maçonnerie au Royaume-Uni avec 175 000 membres. Elle dispose d’un actif net de 70 millions de livres sterling et emploie 90 personnes, en tant qu’organisation à but non lucratif.

À l’origine, la Grande Loge a fait appel auprès du First Tier Tribunal (FTT) en faisant valoir que l’organisation était exonérée des charges de TVA en vertu de l’article 132(1)(1) de la directive du Conseil 2006/112/VAT (PVD). Cette exonération s’applique aux organisations dont les objectifs sont de nature philosophique, philanthropique ou civique.

Le tribunal a rejeté les deux demandes pour les périodes de TVA 06/10-03/18, déclarant que l’organisation avait plus d’un « objectif principal » et n’était pas uniquement philanthropique.

La TTF a déclaré : « Il importe peu que l’octroi d’une aide soit considéré comme ayant deux objectifs, l’un philanthropique et l’autre non philanthropique, ou, au contraire, comme un objectif unique qui est un mélange d’activités philanthropiques et non philanthropiques. Dans les deux cas, j’estime que l’UGLE avait un objectif principal qui n’était pas « philanthropique » au sens de l’article 132, paragraphe 1, point l).

Devant l’Upper Tribunal, les juges ont déclaré que « la FTT s’est trompée en droit en n’appliquant pas le sens ordinaire du mot et en adoptant à la place un sens trop étroit du terme « philanthropique » ».

Grand Temple, Freemason’s Hall.

La Grande Loge a affirmé que son objectif principal était philosophique et que tous les autres objectifs devaient être considérés comme étant « au service de cet objectif ». Owain Thomas KC a fait valoir que « l’aide fait partie intégrante de l’objectif philosophique ».

En réponse, le HMRC a fait valoir ce qui suit : Bien que l’appelant ait affirmé dans son argumentation devant la TTF que son objectif philosophique était plus important que tout autre, il s’agissait d’une affirmation de fait et non d’une affirmation de droit. L’affaire plaidée dans ses motifs d’appel réamendés était le contraire ».

L’UT a décidé que si, entre 2010 et 2018, la Loge avait un objectif principal consistant à être philosophique, philanthropique et civique, l’affaire irait en faveur de la Loge. Dans le cas contraire, la décision irait dans l’autre sens.

L’appel a été rejeté par l’Upper Tribunal, qui a conclu : Nous considérons qu’il existe une différence qualitative entre les organisations qui collectent et distribuent des fonds pour des groupes de personnes identifiés et une organisation qui collecte des fonds auprès des membres qui constituent cette organisation dans le but de redistribuer une grande partie des fonds (par le biais d’avantages procurés par eux) à certains de ces membres et aux personnes à charge de ces membres.

Cela ne peut être considéré comme de la philanthropie au sens de la bienveillance envers le monde en général, de l’amour de l’humanité, etc. Nous rejetons donc l’argument selon lequel la TTF a appliqué une interprétation trop étroite du terme « philanthropique ».

Un porte-parole du HMRC a déclaré : « Nous nous félicitons de la décision de l’Upper Tribunal selon laquelle les revenus des membres de la Grande Loge Unie d’Angleterre sont considérés comme normaux aux fins de la TVA.

[NDLR : Avec un euro à 1,17 les 2,83 millions de £ représentent 3 300 000 euros. Mais revenons sur l’histoire de la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA), institution clé dans l’histoire de la franc-maçonnerie.

La franc-maçonnerie, sous sa forme organisée, remonte au début du XVIIIe siècle en Angleterre. Les premières loges maçonniques étaient souvent des assemblées informelles de maçons opératifs (les bâtisseurs de l’époque). Au fil du temps, ces loges ont commencé à accepter des membres qui n’étaient pas des maçons de métier, appelés « maçons acceptés » ou « spéculatifs ».

Auberge Goose and Gridiron « L'Oie et le Grill »
Auberge Goose and Gridiron, « L’Oie et le Grill ».

En 1717, quatre loges de Londres se sont réunies pour former ce qui est souvent considéré comme la première Grande Loge du monde, la Grande Loge de Londres et de Westminster, plus tard connue sous le nom de Grande Loge d’Angleterre. Cette étape marque le début de la franc-maçonnerie moderne.

Au XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie s’est rapidement répandue en Europe et en Amérique. La Grande Loge d’Angleterre a joué un rôle central dans cette expansion, notamment en établissant des loges dans diverses colonies et pays.

Le siècle des Lumières a vu également des schismes au sein de la franc-maçonnerie. En 1751, une rivalité a conduit à la formation de la « Grande Loge des Anciens », en opposition à la « Grande Loge des Modernes » (la Grande Loge originale). Ces deux groupes avaient des différences rituelles et organisationnelles.

Temple de la Grande Loge Unie d’Angleterre, détail – Plafond.

En 1813, après des années de rivalité et de négociations, la Grande Loge des Anciens et la Grande Loge des Modernes se sont unifiées pour former la Grande Loge Unie d’Angleterre. Cette unification est un événement majeur dans l’histoire de la franc-maçonnerie, et la GLUA est aujourd’hui reconnue comme une des plus influentes et respectées des obédiences maçonniques.

La GLUA continue de jouer un rôle important dans la franc-maçonnerie internationale. Elle est considérée comme la gardienne des traditions maçonniques et a une influence significative sur les pratiques et les standards maçonniques à travers le monde.

En 1929, la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA) a établi un ensemble de principes fondamentaux connus sous le nom de « Basic Principles for Grand Lodge Recognition » (Principes de base pour la reconnaissance des Grandes Loges). Ces principes étaient destinés à établir des critères clairs pour la reconnaissance mutuelle entre les différentes obédiences maçonniques.]

Source : https://www.accountancydaily.co/

Le tsunami et la boussole

La vague des algorithmes intrusifs sera suivie d’un tsunami basé sur l’Intelligence Artificielle. Pour y résister, utilisons notre boussole maçonnique de pensée indépendante.

Enfants des Lumières nous sommes. Que cherchaient nos lumineux guides ? la Liberté. Faut dire que nos dirigeants d’alors s’y entendaient pour maintenir le vulgum pecus sous la botte, à l’aide du sabre comme du goupillon. Ces deux accessoires étaient en fait intimidants car appuyés sur une force narrative très convaincante. Aujourd’hui on appellerait cela un storytelling réussi. Mais il y avait peu de propositions alternatives : les choix étaient très contraints.

A part Machiavel, ce sont surtout les chercheurs en marketing américains qui ont théorisé la chose. Liberté et commerce ont souvent fait bon ménage, souvenez-vous du « doux commerce » de notre frère Montesquieu (initié le 12 mai 1730, à Londres, dans la Horn Tavern Lodge, 2 mois après le chevalier de Ramsay ). Là où les dominants cherchent le contrôle à tout prix, dans la crainte de perdre le pouvoir, les commerçants offrent à leurs clients la liberté de choix. Le choix effectué de manière apparemment libre crée dans le cerveau de celui qui obtient le produit ou service désiré un shoot de dopamine, plaisir délicieux mais addictif. En passant, ce mécanisme joue probablement un important rôle dans le succès mondial du système libéral (et capitaliste). Il suffit de voir dans quel sens se dirigent les flux migratoires.

La liberté de choix en matière de communication est récente.

Pour faire court, mentionnons la progression journaux-radios-télévisions-internet-smartphones, et nous voilà tous connectés H24.

Nos chers commerçants ont vite repéré la corrélation entre le temps que nous passons sur les écrans et leur foutu chiffre d’affaires. Cela leur a fait développer une science, ou au moins une technique : la captologie. C’est, au départ de la connaissance du cerveau et de ses biais, la mise au point des méthodes permettant de retenir l’attention au maximum. Premier gain direct : infuser plein de pubs qui pousseront à l’acte d’achat.  Mais aussi enregistrer plein de traces informatiques qui donnent compréhension des préférences de l’individu, qui ensuite permettront des pubs ciblées, bien plus efficaces. Tout ceci peut également être utilisé par des acteurs politiques pour influencer opinions et votes. Mais aussi par des agences étrangères pour par exemple affaiblir le moral du pays.

L’efficacité de toutes ces techniques est renforcée si l’individu roule sans réfléchir , sous le coup de l’émotion plutôt qu’avec la raison aux commandes. Les algorithmes qui pilotent tout cela favorisent donc les réactions émotionnelles, avec comme chouchou l’indignation ( Stéphane Hessel, si tu nous regardes…). Bruno Patino, auteur d’une trilogie qui se termine par « Submersion », indique que nos démocraties peuvent maintenant être qualifiées d’émocraties, tant la dictature des émotions a envahi le paysage. Nous en sommes là, assaillis en permanence de notifications mélangeant l’important et l’accessoire, lequel est lui aussi présenté comme urgent. Alors nous essayons de choisir. Oui mais pour choisir il faut évaluer les différentes options possibles, et pour cela il faut aller chercher l’info. Et en plus, il faut s’assurer qu’elle est digne de confiance.

Tout cela prend une énergie invraisemblable.

Ceci à l’heure où plein d’autres choses sont à faire, des importantes, pas très marrantes, et d’autres que notre envie de plaisir et détente nous suggère : zut encore un choix à faire. Bon les plateformes nous « aident » :  par défaut l’épisode suivant s’enquille automatiquement après le précédent. Ah, là nous avons délégué le choix à celui à qui le « crime » profite ! Eh oui, on déléguerait bien le choix à un tiers de confiance, mais notre société clivée a sapé toute la crédibilité que nous accordions auparavant aux institutions. Les fermes à trolls de Poutine y sont sans doute pour quelque chose, mais la négativité a conquis pas mal de terrain. Il suffit de voir toute la liste des populistes au pouvoir ; et chez nous aussi ils attendent au portillon pour goûter à la bonne soupe.

Résumons-nous. L’offre, sur internet, est gigantesque, et nous sommes déjà épuisés à force d’essayer de choisir à tout bout de champ. De plus, une petite voix, grandissante, nous signale le côté « déjà vu » de beaucoup de produits. Ben oui, dès qu’un produit ou une idée marche, les copieurs se mettent en devoir de pondre d’innombrables clones. Et dès qu’on a acheté un produit, les algorithmes nous bombardent d’autres offres, jusqu’à la nausée. La liberté de choix est devenue encombrante au possible. Et on voit bien que plein de gens sont prêts à la sacrifier pour que la pluie s’arrête. Oui, mais la pluie c’est déjà pas terrible, elle cause parfois des inondations. Dès maintenant, il nous arrive d’avoir un sentiment de malaise à devoir convaincre une machine que nous sommes humains.

Hélas, il y a pire :  c’est le tsunami, qui va nous noyer pour de bon.

Ce tsunami s’appelle Intelligence Artificielle. Rapidement, elle va surclasser les talents humains dans plein de domaines ; nous connaissons déjà la liste des activités, pour ne pas dire des métiers, directement menacés d’obsolescence.

Qu’avons-nous comme boussole pour nous guider ?

Face à cette submersion annoncée, nous les maçons, qui avons conservé une relative indépendance de pensée, avons des cartes à jouer. Primo, développer notre économie du choix. Pour faire de bons choix sans y cramer toute notre énergie, il nous faut trouver à qui déléguer. Pour cela, il faut d’abord stopper la dégradation générale de la confiance. Quitte à investir plus de temps à les sélectionner, les tiers de confiance nous sont indispensables. Cela va des enseignants lors de l’enfance jusqu’aux soignants pour les plus âgés. Cela inclut les médias, les organisations et institutions. L’indépendance doit être impitoyablement scrutée, vis-à-vis des conflits d’intérêt classiques (commerce-idéologies-religions…). Mais de nouveaux aspects peuvent se rajouter. Par exemple, dans un certain nombre de domaines, nous voulons une certification du caractère réel ou « non-simulacre ». En effet, les simulacres profonds (deep fakes) seront rapidement indétectables, donnant lieu à une explosion de dérives possibles.

Philosophiquement, nous devrons toujours nous efforcer de distinguer la limite entre l’humain, capable de sortir des sentiers battus ou de s’adapter à un cas sans précédent, et les machines qui resteront dans la simple extrapolation de l’existant … enfin, je nous le souhaite, mes frangines et frangins. Gardez jalousement votre liberté de choix. Et dormez bien quand même !

27/01/24 : « De la culture de la guerre à la culture de la paix », une conférence de la Grande Loge Mixte Universelle à Montreuil (93)

L’événement organisé par la Grande Loge Mixte Universelle (GLMU) pour célébrer son 50e anniversaire est une initiative enrichissante et importante.

Les tables rondes prévues aborderont des thèmes pertinents et actuels, reflétant l’engagement de la GLMU dans des discussions sociétales et culturelles significatives. Voici un aperçu des sujets et des participants de chaque table ronde :

1. Le Bien Commun

Participants : Patrice Bessac, Maire de Montreuil, et Bernard Chevassus-au-Louis, Président d’Humanité et Biodiversité.

Thème : Cette table ronde se penchera sur l’importance du bien commun dans la société, explorant comment les actions individuelles et collectives peuvent contribuer au bien-être général de la communauté.

Bernard Dekoker-Suarez
Grand Maître, Grande Loge Mixte Universelle.

2. La laïcité, facteur de Paix

Participants : Martine Cerf, Secrétaire Générale d’Egale; Anne-Marie Harster, Présidente de Solidarité Laïque ; Pierre Ouzoulias, Sénateur ; et Corine Marcien, Conseillère de l’Ordres de la GLMU, DDEN.

Thème : Cette discussion se focalisera sur le rôle de la laïcité comme instrument de paix. Elle examinera comment la séparation de l’État et des institutions religieuses peut contribuer à l’harmonie sociale et au respect mutuel entre différentes croyances et opinions.

3. De la culture de la guerre à la culture de la paix

Participants : Patrick Le Hyaric, Député européen de 2009 à 2019, et David Adams, ancien directeur à l’Unesco.

Thème : Cette table ronde traitera de la transition d’une culture dominée par les conflits et la guerre vers une culture axée sur la paix et la compréhension mutuelle. Les discussions pourraient aborder des sujets tels que l’éducation, les politiques internationales, et le rôle des organisations internationales dans la promotion de la paix.

[NDLR : Bon & joyeux anniversaire à la GLMU ! Nous relevons l’importance de ce bel événement. Nous notons aussi que ces tables rondes offriront des opportunités de réflexion et d’échange sur des sujets cruciaux qui touchent à la fois la société en général et la communauté maçonnique.

Pierre Ouzoulias.

Cette manifestation, en présence du sénateur des Hauts-de-Seine Pierre Ouzoulias, petit-fils de résistant, œuvre depuis des années pour la reconnaissance du poète, syndicaliste et journaliste, fusillé en 1944 au Mont-Valérien (Suresnes), et de son épouse, agente de liaison pendant la guerre et est à l’initiative de la panthéonisation des résistants Missak et Mélinée Manouchian au Panthéon, souligne l’engagement de la GLMU envers des questions sociétales importantes, démontrant sa volonté de participer activement aux débats publics et de contribuer à la construction d’un monde plus pacifique et harmonieux.

Cet après-midi de discussions et d’échanges promet d’être un moment de dialogue fructueux et éclairant, rassemblant des perspectives diverses pour aborder des enjeux essentiels à notre société contemporaine.]

GLMU, le site.

Infos pratiques : GLMU, le site

Samedi 27 janvier 2024 de 14h à 19h

École Louise Michel, 31 Bd Jeanne d’Arc 93100 Montreuil

Le Cénacle… Que de belles lueurs d’espoir !

Vous avez dit Cénacle ? Un terme qui peut avoir plusieurs significations, en fonction du contexte dans lequel il est utilisé… Dans le contexte historique et biblique, il fait référence à la salle du dernier repas de Jésus avec ses disciples, connu comme la Cène, avant sa crucifixion.

Ce mot vient du latin cena qui signifie repas. Le Cénacle est souvent associé à un lieu saint dans la tradition chrétienne. En revanche, dans le domaine des arts en général et de la littérature en particulier, un cénacle désigne également un groupe de personnes, souvent des intellectuels, des artistes ou des écrivains, qui se réunissent régulièrement pour discuter et partager des idées. Dans ce contexte, un cénacle est similaire à un salon littéraire ou à un cercle intellectuel. Il s’agit d’un lieu de rencontre pour stimuler la créativité, l’inspiration et le débat.

Et dans l’art royal ? Dans ce contexte, Cénacle désigne, bien évidemment, un groupe de maçons – frères et sœurs – qui se réunissent pour étudier, discuter et approfondir leurs connaissances des rituels, des symboles et de la philosophie. Des réunions sont souvent caractérisées par un engagement profond envers l’étude et la réflexion intellectuelle. Et fécondes en matière de propositions. Tel ce numéro 2 des Cahiers, fruit de ce cercle d’études qui se veut l’héritier du célèbre Cercle de Tübingen regroupant intellectuels et penseurs allemands associés à l’Université de Tübingen, en particulier au cours du XVIIIe et du XIXe siècle et était connu pour ses contributions significatives dans divers domaines, notamment la théologie, la philosophie, la poésie et la littérature.

Avec pour titre Le Cénacle-Des raisons d’espérer, ce Cénacle maçonnique a pour but principal l’approfondissement des connaissances et la compréhension personnelle des enseignements maçonniques.

Encouragée par l’échange d’idées et de perspectives, la publication des travaux permet aux lecteurs de réfléchir sur des questions morales, spirituelles, et philosophiques d’une manière plus profonde. Comme une continuation logique de ceux suivis en loges…

Des thèmes abordés peuvent varier largement, allant de l’interprétation de symboles spécifiques à des discussions sur des sujets contemporains vus à travers le prisme des principes maçonniques.

Cette réflexion, dans la perpétuation et l’exploration des idéaux humanistes, en s’inspirant des traditions de la Renaissance, s’intitule « Des raisons d’espérer » et aborde divers aspects de la franc-maçonnerie contemporaine et son évolution dans le contexte du XXIe siècle.

Claude Delbos.

C’est ainsi que Claude Delbos*, Président du Cénacle, fournit une définition et une vision de l’avenir de la Franc-maçonnerie reflétant à la fois ses traditions historiques et les défis contemporains et mettant en lumière l’importance de l’initiation dans cette tradition. De son côté,  Ysabeau Tay Botner, artiste peintre, souligne la manière dont la méthode maçonnique faisant référence à une approche distinctive adoptée par la franc-maçonnerie dans son enseignement et ses pratiques et favorisant le développement personnel qui, à son tour, influence le collectif. Quant à Jean-François Delbos, il explore l’initiation et le progrès sous les angles psychologique et cognitif alors que Maixent Lequain, Secrétaire du Cénacle, discute de l’individualisme technologique actuel, le qualifiant de « métamorphoses de Narcisse », ce qui pourrait impliquer une critique de l’autocentrisme dans la société moderne.

La question du secret maçonnique est abordée par Françoise Bort, maître de conférences en retraite, tout en tentant de répondre aux critiques et sceptiques actuels de la Franc-maçonnerie.

Alain de Keghel.

Diplomate de carrière ayant occupé notamment les fonctions de consul général de France à Tokyo puis à Washington après avoir dirigé la sous-direction de l’information du quai d’Orsay, Alain de Keghel pose la question « Vous avez dit ‘’universalisme ?’’ Parlons-en ». Et d’y répondre en rappelant que l’universalisme maçonnique est un principe clé de la franc-maçonnerie, prônant l’unité et la fraternité au-delà des différences de race, de religion, de nationalité, de statut social ou d’opinions politiques. Enfin, Charles Susanne propose de nouvelles approches théoriques pour intégrer une éthique environnementale dans le processus initiatique, mettant l’accent sur le respect du « Vivant ».

Ces contributions indiquent une volonté du Cénacle de dialoguer avec les enjeux contemporains, en intégrant des perspectives modernes dans le cadre traditionnel de la Franc-maçonnerie. Leur focus sur l’innovation, l’éthique environnementale et la critique de l’individualisme technologique suggère une recherche d’équilibre entre les valeurs anciennes et les défis actuels.

Un très beau partage !

*Claude Delbos a servi en Algérie en Allemagne avant d’être instructeur dans une promotion de Saint-cyriens à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr à Coëtquidan, puis de commander une batterie du 35e Régiment d’artillerie parachutiste à Tarbes.

En 1981, il était affecté à l’État-major de l’Armée de terre, à Paris. À partir d’août 1987 il exerçait la fonction de général adjoint au Commandant de l’artillerie du 1er Corps d’Armée à Metz, et il était nommé général de brigade le 1er septembre 1988.

35e RAP, Tarbes.

De 1990 à 1996, il était chargé de cours à la faculté des lettres et sciences humaines de l’université de Metz, dans le cadre d’un diplôme d’études supérieures spécialisées “ Aménagement et Défense ”. Dans le même temps, il était Secrétaire général de « La Saint-Cyrienne ».

Il est président du « Souvenir Vendéen de Clemenceau » et président de la section de Paris de l’« Association des Membres de la Légion d’Honneur Décorés au Péril de Leur Vie ».

Franc-maçon du Grand Orient de France, Claude Delbos est originaire du Périgord, mais partage désormais son temps entre Paris et la Vendée. Il a déjà écrit de nombreux romans historiques et maçonniques.

Le Cénacle-Des raisons d’espérer

Les Cahiers du Cénacle N° 2-Réflexions sur la Franc-Maçonnerie

CollectifNumérilivre, 2023, 156 pages, 20 €

À commander chez Numérilivre.

Carton préparatoire pour l’École d’Athènes de Raphaël conservé à la Pinacoteca Ambrosiana de Milan.