ven 23 février 2024 - 02:02

Moi vs Moi : Analyse d’une double nature (Part 1)

Bienvenue dans le voyage introspectif de “Moi vs Moi”. Imaginez un monde où votre existence est une danse délicate entre votre être intérieur et extérieur. Cette dualité, à la fois fascinante et mystérieuse, forme le fondement de notre exploration. Découvrons ensemble les dimensions cachées de notre être.

Nous avons tous, à un moment ou à un autre de notre vie, vécu cette prise de conscience de notre moi intérieur. De cette possibilité de parler, chanter, crier en soi-même, sans que personne ne nous entende ni ne nous réponde. Pourtant, elle est bien là, cette pensée qui nous anime, qui est en harmonie avec les sons qui sortent de notre bouche, avec notre corps, et qui parfois se décale de nos actes. Ce que je dis et fais n’est pas ce que je pense. Alors, ai-je une double personnalité ? Suis-je un être intérieur et un autre extérieur qui cohabitent ? Suis-je un être double ? Autant de questions qui suscitent bien des réponses, qui varient selon les perspectives psychologiques, philosophiques ou spirituelles.

Qu’est-ce qui fait que nous avons cette impression de dualité entre notre pensée et notre expression ? Est-ce le résultat de notre éducation, de notre culture, de notre environnement ? Est-ce une façon de nous protéger, de nous adapter, de nous conformer ? Est-ce une source de conflit, de frustration, de mal-être ? Ou au contraire, est-ce une richesse, une diversité, une créativité ?

Peut-être que nous ne sommes pas vraiment doubles, mais multiples. Peut-être que nous avons en nous plusieurs facettes, plusieurs voix, plusieurs identités, qui s’expriment selon les situations, les émotions, les relations. Peut-être que nous pouvons apprendre à les reconnaître, à les écouter, à les harmoniser. Peut-être que nous pouvons être nous-mêmes, tout en étant différents.

Dans ce voyage introspectif, je vous convie à une exploration, une quête qui transcende les frontières entre notre moi intérieur et extérieur. L’image de cette existence comme une danse évoque une harmonie en constante évolution entre nos pensées, nos émotions, et le monde qui nous entoure. Cette dualité constitue la toile de fond de cette aventure, un terrain fertile où naissent les questions essentielles sur la nature de notre existence.

Les Fondements Philosophiques de la Dualité :

Immergeons-nous profondément dans l’immensité des pensées émanant de philosophes éminents et d’autres figures marquantes de la pensée humaine, qui, au cours des siècles ont décortiqués les intrications de leurs visions complexes, jetant ainsi les fondations pour notre propre quête intellectuelle.

Les pythagoriciens, qui sont peut-être les plus anciens philosophes d’Occident, sont les premiers qui ont pu être appelés dualistes. Ils ont enseigné que toutes choses sont composées de contraires, et ont distingué l’âme du corps, comme le montre leur théorie de la métempsycose et la formule qui leur est attribuée aussi bien qu’aux orphiques : « Le corps est un tombeau. »

Faisons ici un survol philosophique de la Dualité d’Héraclite à Tollé, de 500 avant J.C. à aujourd’hui :

Héraclite (550 / 480 av. J.C.) Philosophe grec du VIe siècle av. J.-C., a écrit sur la dualité de l’être. Il a proposé que toutes choses sont en constante évolution et que le changement est la seule constante dans l’univers. Héraclite a également exploré la tension entre les contraires, affirmant que les contraires sont complémentaires et interdépendants. Par exemple, il a proposé que la vie et la mort sont deux aspects d’un même phénomène.

Il a également écrit sur la façon dont les contraires peuvent se transformer en leur contraire, créant ainsi une synthèse nouvelle et plus complexe. Cette synthèse est alors à son tour confrontée à une nouvelle contradiction, et le processus se répète. Selon Héraclite, ce processus dialectique est à l’œuvre dans tous les aspects de la vie, de la nature à la culture en passant par la politique.

Aristote (384 / 3332 av. J.C.) a proposé que l’âme et le corps sont deux aspects d’une même substance. Il a écrit sur la façon dont l’âme et le corps interagissent pour créer l’expérience humaine. Aristote a également exploré la distinction entre l’être en tant qu’être et les sciences particulières qui portent sur un genre particulier de l’être. Il a proposé que la sagesse est la science de l’être en tant qu’être, c’est-à-dire de l’être envisagé par où il est être et seulement être, et non « nombre, ligne ou feu ».

Aristote a également écrit sur la puissance et l’acte, affirmant que l’acte est la réalisation de la puissance.

Platon (428 / 347 av. J.C.) Philosophe emblématique de l’Antiquité, a exploré en profondeur la complexité et la dualité intrinsèque de l’âme et du corps dans ses écrits. Il conceptualise le corps comme une entité physique, tangible et mortelle, soumise aux lois de la nature et aux désirs terrestres. En contraste, l’âme est envisagée comme immortelle, éthérée et intangible. Selon Platon, l’âme est prisonnière du corps mais aspire à atteindre un état de pureté et de connaissance supérieure.

Dans cette quête d’élévation spirituelle, l’âme cherche à transcender les limites physiques et temporelles imposées par le corps. Elle s’efforce d’accéder à un monde des idées où règnent vérité absolue et connaissance universelle. Cette dualité entre l’âme aspirant à la liberté et le corps ancré dans le monde matériel crée une tension dynamique qui traverse les œuvres platoniciennes.

Pour Platon, la philosophie devient un outil permettant à l’âme de se libérer des chaînes du corps pour atteindre une illumination spirituelle. À travers la raison, la réflexion critique et le dialogue philosophique socratique, il croit que l’individu peut purifier son âme des impuretés terrestres pour accéder au monde transcendantal des formes parfaites.

René Descartes (1596 / 1650) Philosophe français, a écrit sur la distinction entre l’esprit et le corps et sur la façon dont ces deux éléments interagissent. Dans ses écrits, Descartes propose que l’esprit et le corps sont deux entités distinctes, mais qu’ils interagissent pour créer l’expérience humaine.

Le philosophe a conceptualisé le corps comme une entité physique, tangible et soumise aux lois de la nature. En contraste, l’esprit est envisagé comme immatériel, intangible et capable de pensée. Selon Descartes, l’esprit est la source de la conscience, de la pensée et de la raison, tandis que le corps est responsable des sensations physiques et des mouvements.

Descartes a également écrit sur la façon dont l’esprit et le corps interagissent pour créer l’expérience humaine. Il propose que l’esprit et le corps sont connectés par la glande pinéale, une petite glande située dans le cerveau. Cette glande permet à l’esprit et au corps de communiquer et de coordonner leurs actions.

Baruch Spinoza (1632 / 1677) Philosophe hollandais, est célèbre pour sa philosophie panthéiste qui propose une vision intégrée et unifiée de l’existence. Dans cette perspective, il n’y a pas de séparation stricte entre le divin et le terrestre ; tout est interconnecté dans un tout harmonieux. L’individu n’est pas isolé mais fait partie intégrante de l’univers, participant à son ordre et à sa beauté.

Spinoza nous entraîne dans une contemplation sur la connexion intime entre l’individu et l’univers. Sa vision invite à transcender les frontières traditionnelles entre le divin et le terrestre, offrant une perspective holistique sur la place de l’homme dans l’ensemble de l’existence. Cette vision transcende les limites de la pensée dualiste, où le monde est divisé en deux parties distinctes et séparées. Au lieu de cela, Spinoza propose une vision intégrée de l’existence, où tout est connecté et interdépendant.

Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770 / 1831) Philosophe allemand du XIXe siècle, nous convie à une vision dialectique, où le “Moi” et le “Non-Moi” s’entrelacent dans une danse perpétuelle. À travers cette dialectique complexe, nous naviguons entre les dualités, explorant comment ces forces contraires façonnent notre compréhension du monde et de notre identité individuelle.

Il propose que la dialectique soit un processus de développement continu, où les contradictions sont résolues par la synthèse d’une nouvelle idée. Dans cette vision, le “Moi” et le “Non-Moi” sont deux forces opposées qui s’entrelacent, créant ainsi une tension dynamique. Cette tension est essentielle pour la compréhension de soi et du monde, car elle permet de naviguer entre les dualités et de trouver un équilibre entre les forces opposées.

Hegel a également écrit sur la façon dont les forces opposées peuvent se transformer en leur contraire, créant ainsi une synthèse nouvelle et plus complexe. Cette synthèse est alors à son tour confrontée à une nouvelle contradiction, et le processus se répète. Ce processus dialectique est à l’œuvre dans tous les aspects de la vie, de la nature à la culture en passant par la politique.

Ludwig Feuerbach (1804 / 1872) Philosophe allemand, est reconnu pour avoir initié la théorie de l’aliénation. Sa philosophie nous guide dans une réflexion profonde sur la manière dont la société peut, parfois, éloigner l’individu de son essence authentique. Feuerbach expose les mécanismes par lesquels les structures sociales influent sur notre perception de soi, invitant à une exploration des profondeurs de la condition humaine.

Le philosophe propose que les structures sociales, bien qu’essentielles à l’ordre social, peuvent parfois servir d’entraves à notre réalisation personnelle. Sa philosophie se penche sur les mécanismes complexes par lesquels nous sommes amenés à nous éloigner de notre essence authentique. Il explore comment les normes et attentes sociétales peuvent infiltrer notre conscience, modifiant ainsi nos croyances fondamentales et nos valeurs personnelles.

Feuerbach invite ses lecteurs à une introspection profonde pour dévoiler les couches d’identité superposées par la société. Il encourage une réévaluation des convictions intériorisées afin de se reconnecter avec son soi authentique – un état d’être non altéré par des influences extérieures.

Friedrich Nietzsche (1844 / 1900) Philosophe allemand, a écrit sur la dualité de l’homme et la façon dont les gens peuvent transcender leur nature humaine. Dans ses écrits, Nietzsche a exploré la tension entre l’apollinien et le dionysiaque, deux forces opposées qui coexistent en chaque être humain. L’apollinien représente la raison, la clarté et la mesure, tandis que le dionysiaque représente l’instinct, l’émotion et l’irrationnel. Nietzsche a proposé que la véritable nature de l’homme réside dans la tension entre ces deux forces, et que la transcendance de soi implique de trouver un équilibre entre elles.

Il a également écrit sur la façon dont les gens peuvent transcender leur nature humaine en embrassant leur propre volonté de puissance. Selon lui, la volonté de puissance est la force fondamentale qui anime tous les êtres vivants, et la transcendance de soi implique de reconnaître cette force et de l’utiliser pour atteindre ses objectifs. En embrassant leur propre volonté de puissance, les gens peuvent transcender les limites de leur nature humaine et atteindre des niveaux de créativité, de passion et de réalisation de soi qui étaient auparavant inaccessibles.

Karl Jung (1875 / 1961) quant à lui, a développé la théorie de l’inconscient collectif, qui inclut l’idée d’un “soi” intérieur et extérieur. Selon Jung, l’inconscient collectif est une couche profonde de l’esprit qui contient des archétypes universels et des symboles communs à toutes les cultures. Le “soi” intérieur et extérieur est un concept clé de la psychologie jungienne, qui décrit la relation entre l’individu et l’inconscient collectif.

Jean-Paul Sartre (1905 / 1980) Philosophe existentialiste renommé, a exploré en profondeur la nature complexe de l’existence humaine. Dans ses écrits, il se penche sur la conscience de soi et la perception des autres. Sartre propose que les individus soient constamment en train de se définir et d’être définis par les autres, créant ainsi une tension entre l’existence authentique et les attentes sociales. Il a également écrit sur la liberté et la responsabilité, affirmant que les gens sont libres de choisir leur propre destinée, mais qu’ils doivent également assumer la responsabilité de leurs choix.

Sartre a cherché à comprendre la condition humaine dans toute sa complexité, en explorant les thèmes de la liberté, de la responsabilité et de la conscience de soi. L’existence précède l’essence, ce qui signifie que les individus ne sont pas définis par une essence fixe ou une nature humaine, mais plutôt par leurs choix et leurs actions. Cette idée est au cœur de la philosophie existentialiste de Sartre, qui affirme que les individus sont libres de créer leur propre destinée.

Albert Camus (1913 / 1960) Philosophe et écrivain français, a écrit sur la dualité de l’existence humaine et sur la façon dont les gens peuvent trouver un sens dans un monde absurde. Dans ses écrits, Camus explore la tension entre l’absurdité de la vie et la nécessité de trouver un sens dans cette absurdité.

Camus propose que la vie est absurde, car elle n’a pas de sens intrinsèque. Cependant, il affirme que les gens peuvent trouver un sens dans cette absurdité en embrassant leur propre liberté et en créant leur propre signification. Selon Camus, la vie est pleine de choix, et c’est à chaque individu de décider comment donner un sens à sa propre vie.

Albert Camus a également écrit sur la façon dont les gens peuvent trouver un sens dans la solidarité et la communauté. Il affirme que les gens peuvent transcender leur propre absurdité en se connectant avec les autres et en travaillant ensemble pour créer un monde meilleur. Pour Camus, la solidarité est une réponse à l’absurdité de la vie, car elle permet aux gens de trouver un sens dans leur propre existence en aidant les autres.

Eckhart Tollé, (né en 1945) Guide spirituel contemporain qui éclaire la voie vers la conscience présente. À travers ses enseignements, nous explorons la nécessité de s’éveiller au moment présent, dépassant les tourments de l’esprit pour atteindre une paix intérieure profonde.

Tollé propose que la conscience présente est la clé de la paix intérieure et de la réalisation de soi. Il invite ses lecteurs à se libérer des tourments de l’esprit en se concentrant sur le moment présent, plutôt que de se perdre dans les regrets du passé ou les inquiétudes de l’avenir. En se connectant à la conscience présente, les gens peuvent transcender les limites de leur ego et trouver une paix intérieure profonde.

Pour illustrer cela, voici un exemple pratiqué par Tollé de la conscience présente :

Asseyez-vous confortablement et fermez les yeux. Prenez quelques respirations profondes et concentrez-vous sur votre respiration. Laissez vos pensées passer sans y prêter attention. Concentrez-vous sur les sensations de votre corps et de votre respiration. Si votre esprit commence à errer, ramenez-le doucement à votre respiration. Restez dans cet état de conscience présente aussi longtemps que vous le souhaitez.

D’autres s’y sont approchés tels que :

Martin Heidegger a écrit sur la façon dont les gens se rapportent à leur propre existence et à celle des autres.

Michel Foucault a écrit sur la façon dont les gens sont façonnés par les normes sociales et les structures de pouvoir.

Emmanuel Levinas a écrit sur la façon dont les gens se rapportent à l’autre et sur la façon dont l’autre peut influencer leur propre identité.

Ralph Waldo Emerson a écrit sur la façon dont les gens peuvent trouver leur véritable moi intérieur en se connectant à la nature.

• Søren Kierkegaard a écrit sur la façon dont les gens peuvent trouver leur véritable moi en faisant face à l’angoisse et à l’incertitude.

Cela illustre que ce concept a toujours été un sujet de préoccupation pour les philosophes et les penseurs, qui ont apporté leur propre vision sur ce thème. Les différentes perspectives proposées par ces hommes ont contribué à enrichir notre compréhension de la nature complexe de l’existence humaine et ont permis de développer des approches novatrices pour aborder les questions fondamentales de la vie.

La dualité de l’être est un thème universel qui a inspiré des générations de penseurs à travers les siècles et qui continue de susciter l’intérêt et la curiosité des esprits les plus brillants de notre temps.

> A suivre… partie 2 avec une approche analytique.

Alain Bourguignon / Janvier 2024

2 Commentaires

  1. MBCF, je crois que vous confondez dualité et complexité.
    C’est une chose d’avoir une pensée mais sans est une autre d’être confronté à des situations et de devoir s’adapter afin de réagir et de prendre des décisions.
    C’est d’ailleurs la liberté humaine : être maître de sa pensée et maître de ses actes.

    • MBCF, je comprends votre point de vue, et je ne souhaite pas minimiser l’importance de la complexité inhérente à la vie quotidienne. En effet, la dualité que j’évoquais se réfère davantage à la coexistence de différentes perspectives et idées au sein de notre pensée, ainsi qu’à la dualité fondamentale de l’être humain, entre le corps et l’esprit. La confrontation aux situations et l’adaptation nécessaire pour prendre des décisions sont des aspects cruciaux de la liberté humaine, et ils enrichissent la complexité de notre expérience. Dans cette perspective, la dualité de l’être “corps – esprit” s’ajoute à la complexité de notre existence, influençant notre capacité à être maîtres de nos pensées et de nos actes. Ainsi, la dualité que j’ai mentionnée concerne également la capacité de maintenir l’équilibre entre ces deux dimensions, parfois en tension, tout en naviguant à travers les défis de la vie.

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