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27/03/24 : Willermoz et le R.E.R. à Lyon

Le Rite Écossais Rectifié est, selon l’expression de Roger Dachez, aussi illustre que méconnu.

Il a fait l’objet, depuis sa renaissance en France en 1913, d’un nombre impressionnant d’études et de recherches, qui ont jeté une lumière nouvelle sur ses sources multiples, sur les étapes de sa constitution, sur le rôle prééminent de son fondateur Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824).

il reste cependant un Rite minoritaire dans le paysage maçonnique français et international, objet de nombreuses incompréhensions, réticences en dépit (ou parfois à cause) de sa cohérence exceptionnelle, de son caractère entièrement documenté et de sa doctrine complète et accessible.

Synthèse de nombreux courants issus des sources traditionnelles de la Maçonnerie, le Rite Écossais Rectifié échappe
à tout syncrétisme et délivre un enseignement initiatique rigoureux, progressif, qualifié par son fondateur de « science de l’Homme ». Le premier enjeu du Rite Écossais Rectifié, et du Régime qui en est la structure ordonnée,
est l’épreuve du temps et de l’espace.

Mercredi 27 Mars !
La soirée des AmphisVDR aura lieu

EXCEPTIONNELLEMENT

au Temple de la Croix Rousse
pour écouter Jean Louis DUQUESNOY
sur Jean Baptiste Willermoz et le RER ,
accueil à 19 h au 19 rue Dumont d’Urville Lyon 4°.

Stationnements au parking du Gros Cailloux ou celui de l’Hôpital de la Croix Rousse.
Souvent en arrivant avant 18 H 30 vous trouvez de la place dans le quartier.
Bien sûr les agapes seront assurées après la conférence.

N’hésitez pas à vous inscrire avant dimanche 24 mars dernier délai sur :

https://www.billetweb.fr/willermoz-et-le-r-e-r

La Grande Loge Nationale française s’est réunie au Palais des Congrès

De notre confrère news.dayfr.com – Par Marie

La deuxième obédience maçonnique française a célébré ce week-end les trente ans d’existence de la province de Septimanie. L’occasion de faire le point avec le Grand Maître de la GLNF.

Avec ses 33 000 membres – uniquement des hommes – et près de 1 400 loges en France, dont une à Agde, la Grande Loge nationale française, vieille de 111 ans, est la deuxième obédience maçonnique du pays. Une partie des frères s’est réunie le week-end dernier au Palais des Congrès du Cap d’Agde, pour célébrer le trentième anniversaire de la province de Septimanie, qui regroupe les départements de l’ancien Languedoc-Roussillon (Pyrénées-Orientales, Aude, Hérault, Gard et Lozère).

Une obéissance uniquement masculine

Une assemblée présidée par le Grand Maître, qui nous a reçus dans les salons de l’hôtel Mercure pour discuter de la Franc-maçonnerie, de ses différents courants, et des spécificités de la Grande Loge Nationale française. Parmi eux, la nécessité de croire en un Dieu, quel qu’il soit, du moins dans l’idée “d’un grand architecte de l’univers” et celle de rester une obédience masculine, purement spirituelle. “Il y a beaucoup de courants maçonniques en France et c’est une chance” estime Le Grand Maître.

L’idéal maçonnique

Pour la Grande Loge nationale française, cette assemblée organisée au Cap d’Agde est aussi l’occasion de mieux se faire connaître, y compris auprès du grand public. Car si la discrétion reste bien sûr la norme pour la plupart des frères, l’obéissance s’ouvre aussi vers l’extérieur. “De toute façon, nous n’avons rien à cacher.”, précise le Grand Maître, qui connaît visiblement la part de mystère qui entoure l’univers franc-maçon. Par exemple, il se défend contre «toutes les affaires. Il y a un idéal qui nous guide et quand quelqu’un le transgresse, il est ostracisé. Nous détestons ça ! Nous avons également réécrit une charte d’éthique car appartenir à la GLNF, c’est une attitude, une manière d’être.

Le mouvement anticlérical à la veille de 1905

Du site histoire-image.org – Par Vincent DOUMERC

La France à la veille de la loi de séparation de 1905

La France de la première décennie du XXe siècle est en proie à de nombreuses divisions : l’Affaire Dreyfus a durablement marqué les esprits, et malgré la grâce présidentielle dont a joui le militaire en 1901, les demandes de réhabilitation sont déjà lancées par l’ancien condamné à perpétuité (elles aboutiront en 1906). Cette affaire a eu pour conséquence de constituer en France deux blocs antagonistes, qui sont, peu ou prou, les mêmes à s’opposer sur la question religieuse.

La place de l’Eglise catholique dans les affaires politiques (définie depuis le Concordat napoléonien de 1801) provoque en effet une violente querelle entre le parti clérical et les groupes politiques majoritaires à la Chambre des députés, en particulier le parti radical. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’année 1902 voit la victoire aux élections du Bloc des Gauches et la nomination au poste de Président du Conseil d’Emile Combes, grande figure du radicalisme et anticlérical convaincu. Il sera d’ailleurs à l’origine de la Loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905. La fracture religieuse en 1902 est donc une réalité dans la France de la Belle Epoque et chaque camp n’hésite pas à employer des attaques frontales, violentes contre la partie adverse à l’image de cette couverture de revue.

ANALYSE DES IMAGES

Dénoncer l’influence de l’Eglise catholique

Cette affiche de 1902 est une couverture de la revue La Lanterne, journal violemment anticlérical et républicain, dirigé par Victor Flachon. Pour l’auteur de cette affiche, le danger est clairement mis en évidence. L’homme d’Eglise singé sous les traits d’une chauve-souris couvre de son ombre menaçante la ville de Paris et empêche la « ville lumière » de recevoir la clarté de l’astre solaire. La formule « Voilà l’ennemi » fait directement référence au discours de Léon Gambetta à la Chambre des députés qui, reprenant les paroles de son ami Peyrat en 1863, s’exclama à la tribune le 4 mai 1877 : « le cléricalisme, voilà l’ennemi ! ».
Cette affiche insiste véritablement sur un quartier de Paris : la butte Montmartre. Le moulin évidemment, mais surtout la basilique du Sacré Cœur qui est enserrée par les mains crochues du clerc. Ce lieu de culte est un symbole pour les anticléricaux des années 1900 puisque ce bâtiment a été construit pour « expier les crimes des Communards » après les évènements de 1871 et la répression par les troupes versaillaises de l’insurrection populaire (forte représentation des ouvriers parmi les communards), patriotique (refus de la défaite face à la Prusse) et républicaine de la Commune. Cette construction dont la réalisation a été votée en 1873 par l’Assemblée Nationale à forte majorité monarchiste, prouvait le poids de l’Eglise Catholique dans la vie politique de l’époque puisqu’une Révolution avait dû être effacée par la construction d’un bâtiment religieux.
La Lanterne se propose donc de démasquer les ennemis de la République et de les révéler à la population française. L’affiche, par la trace laissée dans le ciel parisien et par la prééminence des couleurs sombres, met en évidence la puissance et l’omniprésence de l’Eglise et par conséquent le besoin de lutter contre elle avec force. Cette trace lugubre dans le ciel parisien (évocation de la trace d’un serpent ?) s’analyse également de manière historique : elle se perd dans le ciel et peut symboliser le côté ancestral de cette influence de l’Eglise Catholique sur la société française.

INTERPRÉTATION

Une mise en cause personnelle ?

Dès sa sortie, cette affiche provoque de graves réactions. Des groupes de droite et de droite extrême, relayés par des journaux comme La Libre Parole, voient dans cet homme d’Eglise une mise en cause directe de l’Archevêque de Paris François Marie Benjamin Richard. Il est évident que Monseigneur Richard, proche politiquement des Catholiques monarchistes, pouvait être pour les anticléricaux une cible privilégiée. C’est lui qui avait œuvré fortement depuis sa nomination à l’archevêché de Paris (en juillet 1886) à la réalisation de la basilique du Sacré-Cœur. La posture du prélat sur l’affiche peut d’ailleurs évoquer la protection du bâtiment voire sa création. Un autre élément peut venir corroborer cette interprétation : la basilique étant considérée comme une repentance pour les fautes des Communards, l’Archevêque Richard pensait certainement à honorer la mémoire de son prédécesseur, Monseigneur Darboy, pris en otage et exécuté par les troupes de la Commune lors de « la semaine sanglante ».
Nulle preuve de cette mise en cause personnelle n’existe. Par contre, il est clair que La Lanterne veut dans cette affiche jouer un rôle en rapport direct avec les combats passés de l’anticléricalisme, en particulier le mouvement des Lumières : La Lanterne (à la fois le dessin de la lampe et le nom en rouge) sont les seuls éléments de cette affiche qui sont représentés en couleurs vives. L’image ne laisse pas planer le doute, cette revue est destinée à sortir la société française de l’obscurantisme dans lequel l’Eglise a plongé la France. Le prélat cache la clarté du soleil mais non pas celle de La Lanterne (coin en haut à gauche).
Enfin, dans la grande tradition anticléricale du début du XXe siècle, on ne relève pas, dans cette affiche, de signes blasphématoires mettant directement en cause la foi des croyants. L’anticléricalisme lutte contre l’influence de l’Eglise et, pour rallier le plus de personnes à sa cause, évite de choquer les fidèles, sur des éléments de foi (représentation de Jésus, représentation de la croix, des apôtres…).

Mots-clés

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Bibliographie

Jacqueline LALOUETTE La République anticléricale, XIXe-XXe siècles Paris, Seuil, « L’Univers historique », 2002.

Jean-Marie MAYEUR La vie politique sous la IIIe République, Paris, Le Seuil, 1984.

Madeleine REBÉRIOUX La République radicale (1898-1914), Le Seuil, coll. « Points Histoire », 1975.

René RÉMOND L’Anticléricalisme en France de 1815 à nos jours, Paris, Fayard, 1976.

Michel WINOCK La Belle Epoque, un âge d’or, Paris, Perrin, 2002.

Pour citer cet article

Vincent DOUMERC, « Le mouvement anticlérical à la veille de 1905 », Histoire par l’image [en ligne], consulté le 17/03/2024. URL : histoire-image.org/etudes/mouvement-anticlerical-veille-1905

Le vitrail : l’art qui sublime la lumière des églises – Par Laurent Ridel

Du site de Laurent Ridel decoder-eglises-chateaux.fr

Les vitraux vous émerveillent ? Découvrez leur technique de fabrication, suivez leur histoire depuis le Moyen Âge et apprenez à les déchiffrer. On trouve des vitraux dans toutes les églises d’Europe, sauf dans les régions orthodoxes (Balkans, Russie). Même les édifices modestes, qui n’avaient pas le budget de la cathédrale de Chartres, ont tenté d’embellir au moins une fenêtre avec des verres colorés. Le secret de leur fascination réside dans leur méthode de fabrication, une recette qui remonte au-delà de l’âge gothique.

Quel est le symbolisme des vitraux ? Pourquoi peut-on les qualifier de miraculés ? Comment les lire ? Préparez-vous à des explications hautes en couleur.

La fabrication des vitraux : une magie qui opère en 5 étapes.

Un vitrail consiste en une cloison composée de verres souvent colorés et peints. Traditionnellement, une armature de plomb sert à les agencer. Vers 1100, le moine Théophile nous expliquait déjà la recette dans son traité De Diversis Artibus.

Cathédrale d'Auxerre
Cathédrale d’Auxerre. L’architecture et les vitraux créent l’ambiance d’une église.

1. la création du modèle

La première étape consiste à composer le dessin du vitrail, un carton ou gabarit, aux dimensions exactes de la fenêtre. Le peintre-verrier, parfois simple exécutant, réalise ce modèle selon les instructions du commanditaire ou en utilisant un modèle fourni par un peintre. Il divise ensuite son dessin pour correspondre aux différents morceaux de verre.

2. la fabrication du verre

Faire du verre, c’est un peu comme cuisiner, mais à des températures… assez chaudes. La silice (du sable) se transforme en verre quand elle est chauffée à plus de 2000 °C. Mais attendez, au Moyen Âge, ils n’avaient pas nos puissants fours modernes. Alors, ils utilisaient un fondant, souvent des cendres de plantes. Cet ingrédient magique abaissait la température de fusion. Le verrier obtient une matière visqueuse comme du miel.

3. la coloration du verre

La cuisine continue. C’est le moment d’ajouter dans la marmite du sel. Pas n’importe lequel. Des sels ou oxydes métalliques : du cuivre pour le turquoise, du fer pour le jaune, du manganèse pour le violet… Les souffleurs de verre arrivent à transformer le miel visqueux en plaques qu’on laisse refroidir. Miracle : le verre est teinté.

4. la découpe du verre

Le peintre-verrier fabrique un puzzle : à partir du gabarit (étape 1), il découpe les différents morceaux du vitrail dans les plaques de verre teintées. Cette étape exige une grande précision pour assurer que chaque morceau s’intègre parfaitement dans le dessin global. L’armature est soudée.

5. la peinture et la fixation

L’artisan donne maintenant du caractère à son œuvre. Des motifs, des ombres et des détails délicats sont peints sur le verre pour mieux représenter les personnages, les architectures ou les objets. La peinture, principalement à base de grisaille puis de sels d’argent, nécessite une cuisson au four pour être fixée au verre.

6. le sertissage et l’installation

Enfin, chaque pièce de notre puzzle est sertie dans des baguettes de plomb. Pourquoi ce métal en particulier ? Souple et malléable, il réduit le risque de casse sous le poids du verre ou sous la pression du vent. Le vitrail est ensuite installé dans sa baie. Pour des raisons de commodité, il est rarement d’un seul tenant, mais divisé en panneaux.

Exposé à la lumière, le vitrail prend vie quand on se trouve à l’intérieur de l’édifice.

Mise en plomb
Ce vitrail est en train d’être mis en plomb, c’est-à-dire chaque pièce est sertie. Ce travail s’appuie sur un gabarit, à savoir le dessin du vitrail en arrière-plan.

Pourquoi des vitraux dans les églises ?

Combattons d’abord ce cliché (mieux, vu notre sujet, faisons-le voler en éclat) : les églises n’ont pas le monopole des vitraux. Ils décoraient aussi des châteaux ou des demeures cossues. Autour de 1900, on l’employait pour vitrer les façades ou les toits des grands magasins parisiens et impressionner le chaland par ce luxe. Cependant, l’essentiel des vitraux conservés se trouve dans les églises.

Ils répondent d’abord à une fonction basique : fermer les fenêtres et ainsi protéger l’intérieur du vent, de la pluie et des intrus comme les oiseaux un peu trop curieux. Ce bouclier laisse cependant passer la lumière grâce à sa translucidité.

Deuxièmement, les vitraux participent à l’ambiance de l’église. Les verres teints colorent et modulent la lumière, créant une atmosphère propice au recueillement et au mystère. Suger, le fameux abbé de Saint-Denis, recherchait cet effet dans son abbatiale. À l’intérieur, le fidèle se sentait transporter jusqu’au Ciel grâce aux cloisons de verres. Bref, une église équipée de vitraux offrait un avant-goût du paradis, un au-delà qu’on imaginait resplendissant de couleurs.

Vitrail de Saint-Denis
Deux moines assistent à la montée de saint Benoît au ciel. Vitrail provenant de l’abbatiale de Saint-Denis (1140-1144), conservé aujourd’hui au Musée du Moyen Âge à Paris.

Pour ces raisons pratiques, esthétiques et symboliques, les vitraux sont appréciés dans les églises. Mais, attendez, n’aurais-je pas oublié le principal ?

Une supposée bible des illettrés

Les vitraux ne servent-ils pas d’abord à raconter des histoires ? Ils portent en effet des épopées bibliques ou des légendes de saints. À une époque où savoir lire était une compétence réservée à une minorité, ces images colorées seraient un support éducatif adapté.

Cette fonction de « Bible pour les illettrés », je l’ai nuancée dans un autre article. Plus qu’un cours, les vitraux dispensaient un discours qui proclamait les dogmes de l’Église et mettait en valeur les autorités du christianisme. Les images s’adressaient au peuple, lettré ou non, et aux clercs.

Enfin, ces vitraux sont aussi des ex-voto, des offrandes faites à Dieu. Les donateurs, dans un élan de générosité, offraient ces merveilles de lumière et de couleur dans l’espoir d’un retour sur investissement spirituel : une place au paradis après leur mort. Là encore, la cible n’est pas l’analphabète, mais, au contraire, une élite suffisamment riche pour les financer.

Vitrail de la cathédrale de Metz
Dans ce vitrail de la cathédrale de Metz (XVIe siècle), les donateurs sont représentés à genoux tandis que saint François et sainte Claire appuient leurs prières.

L’histoire du vitrail à grandes foulées

Invention et épanouissement

Ciblons une autre idée reçue : le vitrail serait une invention de l’art gothique. Les archéologues, toujours à fouiller la terre et à faire des découvertes incroyables, ont déniché des fragments de vitraux qui datent d’au moins 400 à 500 ans avant que les premières cathédrales gothiques ne pointent le bout de leur clocher. Le problème, c’est qu’ils ne sont plus en place. Les églises qui les intégraient ont disparu. On conserve cependant quelques vitraux romans in situ, par exemple dans les cathédrales de Chartres, du Mans ou de Poitiers.

Avançons dans le Moyen Âge. À l’époque gothique, dès le milieu du XIIe siècle, le vitrail entre dans son âge d’or ; il est la parure indispensable des cathédrales. Grâce aux innovations de l’architecture, les fenêtres s’agrandissent et deviennent audacieuses. Certaines atteignent près de 20 m de haut ! Au lieu de murs, se déploient des bandes dessinées en couleur racontant les épisodes bibliques ou glorifiant les saints.

Cathédrale de Metz
Dans la cathédrale de Metz, la face nord du transept est un mur de verre.

Un art qui n’est pas mort

On produit encore de beaux et immenses vitraux à la Renaissance, puis, à partir de la fin du XVIe siècle, cet art décline. La mode évolue. On reproche aux vitraux de trop assombrir l’intérieur des églises. Le clergé fait souvent démonter les vitraux médiévaux au bénéfice d’insipides vitraux « blancs ». Adieu les couleurs intenses ! Peu à peu le savoir-faire se perd et les artisans, sans commande, disparaissent. Le chant du cygne ?

Non, car au XIXe siècle, les vitraux font un retour spectaculaire. Merci à l’Arts and Crafts et au néogothique ! Valorisant les techniques médiévales, ces mouvements artistiques essaient de les retrouver et de les appliquer. Justement, à cette époque, on construit de nombreuses églises, notamment dans les villes et banlieues en expansion. Ces chantiers stimulent la demande de vitraux. Le choix des fabriques — les conseils de paroisse — se porte notamment sur des vitraux dits archéologiques au sens où ils essaient de reproduire le style du XIIIe siècle ou du XVIe siècle. Ils imitent si bien l’ancien qu’on peut se laisser piéger sur leur datation réelle.

Vitrail archéologique de la cathédrale de Périgueux
Médiéval ou contemporain ? Ce vitrail de la cathédrale de Périgueux est un exemple de vitrail archéologique.

Et aujourd’hui ? Le renouveau ne se dément pas. Des artistes reçoivent toujours des commandes, notamment pour remplacer ces fades vitreries blanches. Le style s’est modernisé, les méthodes de fabrication aussi. Après, on aime ou pas le résultat…

Lecture d’un vitrail : quelques conseils

Quel casse-tête ! Les verrières, surtout les œuvres les plus anciennes, peuvent nous laisser perplexes. Pour parvenir à les décoder, il faut se munir de sa longue-vue et d’un bon bagage en matière religieuse. Les scènes ou les personnages du christianisme sont souvent minuscules et parfois peu connus. Sans légende, c’est comme essayer de regarder un film sans avoir activé le son.

Pour ajouter à la confusion, s’immiscent parfois des scènes inattendues. Dans les cathédrales de Chartres ou de Bourges, au bas des vitraux, on peut observer des artisans au travail. Clins d’œil aux corporations qui ont financé les œuvres. Et que dire de cette procession funéraire de singes dans cathédrale de York (Angleterre) ?

Artisans sur un vitrail de la cathédrale de Bourges
Potiers et tuiliers au travail. Cathédrale de Bourges (XIIIe siècle).

Si l’iconographie vous semble du chinois, déportez votre attention sur la composition :

  • La scène. Que voit-on ? Quels personnages, quelle architecture ? Quels objets ?
  • Le fond. Jusqu’au XVe siècle, oubliez les paysages à perte de vue. Les peintres-verriers préfèrent des fonds unis ou à motifs.
  • Les bordures. Là aussi, observez le type de motifs : végétal, héraldique, géométrique…

Au XIIIe siècle, les verrières françaises se composent souvent d’une multitude de médaillons sur fond bleu ou rouge. En général, ces médaillons se lisent du bas vers le haut, surtout lorsqu’ils racontent la vie de Jésus ou d’un saint. Leur histoire est en effet ascendante : leurs actions vertueuses et l’âge les rapprochent progressivement du ciel. À leur mort, représenté au sommet du vitrail, un ange emporte souvent leur âme.

Cette règle souffre d’exceptions (lecture du haut vers le bas) ou se complexifie au point de vous donner le tournis. 

Vitrail du Bon Samaritain
Difficile de décoder la signification et le sens de lecture de ce vitrail. Il faut commencer en 1 (le Christ devant ses juges), se rendre en 2 (le Christ est flagellé), puis en 3 (la Crucifixion), enfin en 4 (les saintes femmes trouvent le tombeau du Christ vide). Le losange central (5) accueille une scène qui n’est pas dans la continuité chronologique des précédentes (le bon Samaritain secourt un homme agressé et blessé). Pourquoi s’inscrute cette scène ? Elle fait écho à la mort et la Résurrection du Christ dans les scènes précédentes. L’homme agressé reviendra à la vie grâce au soin du Bon Samaritain. La lecture du vitrail se continue en haut.

Au XIVe siècle, les baies s’élargissent encore, renchérissant le coût de la vitrerie. Par économie et par souci de luminosité, les commanditaires demandent au maître verrier d’intégrer davantage de parties incolores. Ces zones sont appelées grisailles, car seulement décorées de grisailles (je vous renvoie à l’étape 5 de la fabrication du vitrail).

vitrail de la cathédrale d'Evreux
Les verres colorés cèdent la place aux grisaille dans ce vitrail de la cathédrale d’Evreux

Au XVIe siècle, pendant la Renaissance, les scènes deviennent plus lisibles, car elles font souvent toute la largeur du vitrail. Chaque verrière devient un gigantesque tableau. Autre nouveauté : la perspective est maîtrisée.

Vitrail de la Nativité à Conches-en-Ouche
A Conches-en-Ouche (Eure), cette verrière du XVIe siècle est presque entièrement remplie par une seule scène : la Nativité. C’est un vitrail-tableau. La création d’un paysage d’architecture antique est l’occasion pour le peintre de montrer sa connaissance de la perspective.

Dans la lecture d’un vitrail, n’oubliez pas son cadre architectural : le remplage

Un jeu d’assemblage : le remplage

Sur les façades de certaines églises, les baies sont si grandes qu’un squelette de pierre est nécessaire pour les maintenir. En architecture, ce squelette s’appelle un remplage. Amusez-vous à observer ces armatures, car ce sont des compositions souvent très élaborées et d’assez bons indices pour dater la fenêtre.

Prenons l’exemple de cette baie de style gothique rayonnant.

Baie nord de la cathédrale de Tréguier
Baie nord (XIVe siècle) de la cathédrale de Tréguier (Côtes-d’Armor)

Au niveau inférieur, le remplage est assez simple. Il s’agit ici de 4 lancettes, c’est-à-dire de baies assez étirées. Le problème se complique à hauteur du couronnement de la baie principale, directement sous l’arc brisé. Dans cette zone appelée tympan, les formes sont plus denses et variées. 

Tympan de la baie nord de la cathédrale de Tréguier
Tympan de la baie nord de la cathédrale de Tréguier (XIVe siècle)

Tout un vocabulaire est nécessaire pour le décoder : la rose (forme circulaire) est constituée de multiples carrés curvilignes (aux bords courbes). À l’intérieur de chacun, s’insère un quadrilobe (pour faire simple : un trèfle à quatre feuilles). Nous avons la chance d’en voir beaucoup.

La rose est flanquée de trilobes, soit de trèfles normaux. Si vous croisez un arc et un trilobe, vous obtenez un arc trilobé. Nos lancettes de départ sont donc surmontées d’arcs trilobés.

Quel assemblage complexe ! Les tailleurs de pierre ont emboîté les formes comme dans un jeu de Tetris. Ne culpabilisez pas si vous ne retenez pas tout ce vocabulaire. Lors de votre prochaine visite, essayez surtout de comprendre la logique géométrique de ces remplages.

Les vitraux médiévaux sont des miraculés

Extrêmement fragiles, les vitraux sont paradoxalement durables. Bien que le verre se brise facilement, des centaines de verrières d’églises ont plus de 500 ans. La doyenne de France fête ses 900 ans ! À voir dans la cathédrale du Mans.

Comment les vitraux ont-ils survécu à tant de tempêtes, au sens propre comme au figuré ? Les intempéries, telles que la grêle ou le vent, n’ont été que des péripéties mineures comparées aux turbulences de l’histoire. Lorsque les guerres de Religion embrasèrent le royaume de France à partir de 1562, les protestants ravagèrent les églises et, hostiles aux images, s’acharnèrent sur les vitraux. Ils les brisèrent à coups de bâtons ou en visant à l’arquebuse les têtes des personnages.

Après la paix, le clergé ne les remplaça pas toujours. Pire, il en démonta, les jugeant passés de mode. Puis, il y eut les guerres mondiales. Les bombardements firent voler en éclats les verrières. Heureusement, l’État réussit à obtenir en certains lieux leur démontage et leur mise à l’abri le temps du conflit.

Vitrail de l'église Saint-Germain de Rennes
Vous n’y comprenez rien. C’est normal : pulvérisés, les vitraux de l’église Saint-Germain de Rennes ont été reconstitués mais sans pouvoir retrouver leur agencement d’origine.

Les vitraux survivants n’ont pas toujours bonne mine. Les verres se décomposent naturellement en silicate, ils s’encrassent, brunissent au contact de l’air. Les scènes deviennent illisibles et la lumière ne passe plus. Au même titre que les pierres de l’église ou les peintures, le vitrail nécessite l’intervention de restaurateurs. C’est une grande partie du travail des peintres-verriers aujourd’hui.

Vitrail de la cathédrale de Tours
Certains visages de ce vitrail brunissent. Vitrail de saint Pierre et saint Paul dans la cathédrale Saint-Gatien de Tours

Où voir des vitraux ?

On trouve des vitraux anciens dans toute l’Europe, mais la France possède la plus grande surface vitrée au monde (près de 100 000 m²). En affinant la carte, on constate que la moitié nord du pays concentre les plus belles réalisations.

Vitrail de la cathédrale de Chartres
Fond bleu, rehauts de rouge, bienvenue dans la cathédrale de Chartres.
  1. Cathédrale Notre-Dame de Chartres : C’est le meilleur site pour plonger dans l’atmosphère d’une église médiévale. Le monument conserve environ 75 % de ses vitraux anciens, datant principalement des XIIe et XIIIe siècles. Équipez-vous de jumelles pour les admirer. Sinon regardez les photos commentées de cet article sur les rosaces.
  2. Sainte-Chapelle de Paris : Située sur l’île de la Cité, la Sainte-Chapelle est un chef-d’œuvre de l’architecture gothique rayonnante. Ses murs semblent être faits plus de verre que de pierre, avec de magnifiques vitraux racontant la Bible et l’histoire des reliques qu’elle abritait : la Couronne d’épines et des morceaux de la Vraie Croix.
  3. Cathédrale de Bourges : Dirigez-vous en priorité dans le déambulatoire, où au matin, les vitraux du XIIIe siècle scintillent. Au passage, regardez la verrière de l’Annonciation dans une chapelle latérale. Offert par Jacques Cœur, l’argentier du roi Charles VII, il était estimé par l’historien de l’art Émile Mâle comme « chef-d’œuvre des verriers français du XVe siècle ».
  4. Cathédrale Saint-Étienne de Metz : Surnommée la « Lanterne du Bon Dieu », cette cathédrale est célèbre pour avoir l’une des plus grandes surfaces de vitraux d’Europe (plus d’un demi-hectare !). Les œuvres couvrent une vaste période, du gothique au XXIe siècle, y compris des créations de Marc Chagall.
  5. Cathédrale de Strasbourg : Lors de ma visite, j’ai beaucoup aimé les vitraux de la nef, allant du XIIe au XIVe siècle.

Plus généralement, visitez deux régions qui ont porté l’art du vitrail à l’excellence : la Normandie (Rouen, Évreux…) et la Champagne (Troyes notamment).

Vitrail de l'église de la Madeleine de Troyes
Donateurs et miracle de saint Nicolas. Détail d’un superbe vitrail XVIe siècle dans l’église de la Madeleine de Troyes

Art du nord plutôt que du sud, le vitrail s’épanouit davantage à l’échelle européenne en Angleterre, en Allemagne, qu’en Espagne ou en Italie. Je vous conseille :

  • La cathédrale d’York ou York Minster (Angleterre)
  • La cathédrale de Canterbury (Angleterre)
  • La cathédrale de Cologne
  • La cathédrale de Milan (Duomo)
  • La cathédrale de Léon

La prochaine fois que vous verrez des vitraux du Moyen Âge, pensez aux aléas qu’ils ont traversés pour arriver jusqu’à nous. Puis, au lieu de les balayer du regard, arrêtez-vous un instant pour les observer. Je vous ai donné quelques clés de lecture : la ou les couleurs dominantes, la composition, le remplage… Qu’importe si vous n’identifiez pas tout de suite la scène.

Pas si simple d’adhérer à une Loge Suisse… quand on est journaliste d’investigation

De notre confrère suisse transition-news.org

De nombreux secrets et théories du complot entourent la franc-maçonnerie. Le journaliste tessinois Davide Illarietti a tenté d’adhérer à une loge maçonnique du canton du sud de la Suisse. Il en a parlé dans le Corriere del Ticino .

Une première réunion a eu lieu dans une agence immobilière de la région de Locarnese. Le maître Marcel Beyeler reçoit les candidats potentiels après un simple email à l’adresse indiquée sur le site. Certaines conditions doivent cependant être remplies : Seuls les hommes de la région sont acceptés. Un appel téléphonique a ensuite conduit à une première rencontre.

L’équerre et le compas, symbole de la franc-maçonnerie, représentés au plafond du grand temple maçonnique de Nancy. Alexandre Marchi – L’Est Républicain – MaxPPP

Cependant, rejoindre une loge maçonnique au Tessin est plus compliqué que prévu, surtout si l’on tient compte du manque de nouveaux membres qui existe depuis des années, a déclaré Illarietti. Il cite un article de 2014 sur le site de la Grande Loggia Alpina, qui décrivait le problème du changement générationnel dans les loges tessinoises. Malgré l’offre ouverte, il semble y avoir un processus de sélection strict pour les nouveaux membres.

Au Tessin, il existe cinq loges officiellement reconnues à Bellinzone, Lugano, Chiasso et Locarno, avec un total officiel d’environ 350 membres, explique Illarietti. Mais le nombre n’est peut-être pas actuel. Selon Maître Beyeler, il y a « une trentaine » de membres à Locarno, mais il admet que « certains participent plus régulièrement que d’autres ». Il n’y a pas de limite d’âge ni de limite professionnelle :

«Nous avons des avocats mais aussi des chauffeurs de taxi, des entrepreneurs et des colonels de l’armée qui peuvent servir un déjeuner à un maçon lors de nos soirées mondaines. La confrérie suit sa propre hiérarchie.

Temple rue de Laeken, détail - Photo © Yonnel Ghernaouti, YG.
Temple rue de Laeken, détail – Photo © Yonnel Ghernaouti, YG.

La deuxième « étape » pour les futurs initiés consiste à déposer un CV et à être accompagné par un autre franc-maçon pendant quatre à six mois. « Si l’évaluation est positive, vous pouvez alors participer aux réunions », explique Beyeler. « Mais pendant les deux premières années, vous n’avez pas le droit de parler. »

Cependant, selon Illarietti , la discrétion qui garantissait la survie des confréries pendant des siècles pourrait constituer aujourd’hui un obstacle. Tandis que de nouveaux candidats étaient accueillis à Locarno, d’autres loges du Tessin répondaient avec plus de réserve aux demandes d’entretien.

La loge « Il Dovere » de Lugano – la plus grande et la plus connue du Tessin – a accepté un entretien, mais a demandé « une liste de questions » et a reporté la réunion à « une date à déterminer ». La loge n’a pas répondu à un nouveau mail du journaliste envoyé trois mois plus tard.

La loge de Lugano n’est cependant pas resté particulièrement caché. Le bâtiment de sept étages porte même les symboles de la franc-maçonnerie et est ouvert au public. Le temple est une salle au dernier étage. Le reste du bâtiment appartient à la loge, mais il était jusqu’à récemment loué à diverses entreprises et cabinets d’avocats.

Cependant, selon Illarietti, le bâtiment est actuellement en rénovation et pourrait bientôt devenir des appartements. L’entreprise qui réalise les travaux porte le nom d’un autre symbole maçonnique – l’acacia – et ne répond pas non plus aux e-mails.

Mais la relation entre la franc-maçonnerie et la construction n’est pas un secret, tout comme le fait que le bâtiment, construit en 1971, remonte en partie à un architecte franc-maçon : Giorgio Giudici, qui fut maire de la ville de Lugano de 1984 à 2013. A 79 ans, il confirme au journaliste qu’il est toujours membre de la franc-maçonnerie – « vous êtes franc-maçon jusqu’au bout » – et ne nie pas que cela a toujours été sa philosophie :

« À mon avis, la franc-maçonnerie doit être une association ouverte, non cachée dans l’ombre, comme certains le souhaitent et comme cela s’est fait pendant longtemps en Italie, où de nombreuses erreurs ont été commises ».

Selon Illarietti , l’indécision entre ouverture et secret semble être une caractéristique commune des confréries, également dans d’autres régions du Tessin. À Bellinzone et à Chiasso, il y aurait une réticence envers les étrangers similaire à celle de Lugano.

Lumières croisées : Bible et franc-maçonnerie, les secrets d’une alliance…

Pour un franc-maçon régulier et de tradition, qui croit en un Grand Architecte de l’Univers qui est Dieu, le Volume de la Loi Sacrée (VLS), comprenant l’Ancien et le Nouveau Testament, revêt une très grande importance et profondeur. À la fois symbolique et spirituelle.

Le Volume de la Loi sacrée-La Bible et la Franc-maçonnerie, dernier opus de Marc Halévy, apportera des réponses parfaites à de justes interrogations.

En effet, le VLS est un symbole fort de la présence du divin dans le travail maçonnique, en loge et au dehors. Il représente la parole de Dieu et sert de guide moral et spirituel pour le franc-maçon dans sa quête de perfectionnement personnel, au sein d’un ordre initiatique,  et dans sa contribution à l’amélioration de la société. Le VLS est le lien avec le divin- et non le grand maître ! De tout temps et pour chaque croyant, l’Ancien et le Nouveau Testament contiennent des enseignements moraux et éthiques qui guident le franc-maçon chrétien dans sa vie quotidienne. Ces textes offrent des principes de bienveillance, de charité, d’amour du prochain et de justice, qui sont au cœur des valeurs maçonniques.

Masonic Bible, Chigago, 1re de couv.
Masonic Bible, Chigago

De plus, le VLS sert de support à la réflexion et à la méditation. Il est un moyen d’élévation spirituelle, encourageant les membres à réfléchir sur leur place dans l’univers et sur leur relation avec le divin. Bien que le VLS dans un contexte chrétien comprenne l’Ancien et le Nouveau Testament, la franc-maçonnerie reconnaît et respecte la diversité des croyances religieuses parmi ses membres. Le VLS symbolise ainsi, pour nombre de sœurs et frères, l’universalité des quêtes spirituelles, s’adaptant aux croyances spécifiques de chaque franc-maçon (par exemple, le Coran pour un musulman, les Vedas pour un hindou, etc.).

Le VLS est un élément central dans les loges maçonniques, rappelant aux membres qu’au-delà de leurs différences personnelles, ils partagent une quête commune de vérité et de lumière sous le regard du Grand Architecte de l’Univers. Cela contribue à l’unité et à la fraternité entre les membres. Enfin, l’étude du VLS incite le franc-maçon à la recherche constante de la connaissance, à la fois spirituelle et temporelle. Cela souligne l’importance de l’apprentissage et de l’exploration intellectuelle dans le cheminement maçonnique.

Le VLS, pour les francs-maçons régulier et de tradition, est donc bien plus qu’un simple livre : c’est un symbole riche de spiritualité, de guidance morale, d’unité et de quête incessante de lumière et de vérité.

Marc Halévy, , spécialiste devant l’éternel de la Kabbale, le taoïsme, la franc-maçonnerie et sur leur convergence avec les vues de la physique contemporaine, soutenant l’idée de l’accumulation du temps — le temps ne passe pas, il s’accumule — et des théories dérivées de la panmnésie et des homéomnésies pour rendre compte des processus d’autopoïèse, qui est la propriété d’un système de se produire lui-même, nous offre un magnifique tour d’horizon du sujet. À travers ce livre, l’auteur déploie une analyse profonde et éclairée, permettant aux lecteurs de naviguer à travers les liens complexes et fascinants qui unissent la spiritualité biblique et les traditions maçonniques. Ce texte se révèle être une exploration riche et nuancée, invitant à une meilleure compréhension de l’impact de la Bible sur la pensée et la pratique maçonnique. Marc Halévy, avec érudition et accessibilité, éclaire les symboles, les rituels et les enseignements maçonniques, en les ancrant dans leur substrat biblique, offrant ainsi une contribution précieuse à tous ceux intéressés par ces domaines d’étude.

Ouvraged e MLarc Halévy, 1re decouv., Numérilivre, détail

D’ailleurs, dans sa préface, Paul Matthys, Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil pour la Belgique, ne s’y trompe, débutant ainsi son propos avec « ‘’La Bible’’ qui est en fait une bibliothèque », tout en soulignant qu’« un des grands mérites du travail de Marc Halévy est d’avoir révélé, à partir de la source, quelles furent ces altérations, et surtout, de nous faire connaître autant que faire se peut, quel était le message originel ».

Et Marc Halévy de nous proposer une ouverture sur une spiritualité qui encourage l’exploration personnelle et la construction d’un sens individuel, plutôt que l’adhésion à un ensemble de croyances ou de doctrines prédéfinies. Le Volume de la Loi Sacrée est ainsi vu comme un outil parmi d’autres pour guider cette quête, sans pour autant s’imposer comme la seule ou la principale source de vérité spirituelle. L’auteur nous plonge, dès la première partie, dans les arcanes de ce texte sacré le plus vendu de l’Histoire est un texte sacré – diffusé à plus de cinq milliards d’exemplaires.

Il rappelle ensuite pourquoi la Bible est indispensable en loge détaillant aussi si le livre est posé sur l’autel (des serments) ou devant le vénérable maître et s’il est ouvert ou fermé.

Nous relevons les points forts de l’ouvrage tels l’approche accessible et pédagogique du sujet, l’analyse riche et documentée des liens entre la Bible et la franc-maçonnerie. Une Réflexion stimulante et enrichissante aussi sur la place des grands personnages bibliques (Adam, Noé, Moïse, etc.).

L’objectif final de l’auteur, n’était-il pas finalement de nous faire découvrir les messages universels et intemporels que la Bible peut transmettre aux francs-maçons, et à tous ceux qui cherchent à éclairer leur chemin. Marc Halévy nous propose, à sa façon, une démarche spirituelle et philosophique, qui vise à décrypter les significations cachées derrière les mots et les histoires bibliques.

Marc Halévy

Les rituels maçonniques sont effectivement imprégnés de références bibliques. Le Temple de Salomon, la légende d’Hiram, la « Lumière qui luit dans les ténèbres » et le plan de la Tente de la Rencontre sont des exemples frappants de cette présence. La Bible ouverte sur l’autel, à l’Orient de la Loge, symbolise cette importance. La Bible maçonnique est et restera un outil précieux pour la réflexion et l’introspection. Elle permet aux francs-maçons de se questionner sur leur place dans l’univers et de développer leur compréhension du monde et d’eux-mêmes.

Marc Halévy nous fait prendre conscience de tout cela. C’est là son intention. Proposer une lecture différente de la Bible, une lecture maçonnique. Il nous invite ainsi à une exploration symbolique des textes sacrés.

Le Volume de la Loi sacréeLa Bible et la Franc-maçonnerie

Marc Halévy – Éditions Numérilivre, 2024, 252 pages, 22 €

Disponible chez Numérilivre et DETRAD.

Si tu penses que le Franc-maçon est supérieur… regarde ce reportage, il pousse à l’humilité

De l’infiniment grand à l’infiniment petit, cette série d’animation observe l’humanité à la loupe et replace l’Homme dans un univers dont il n’a jamais été le centre. De l’univers aux gènes, des écosystèmes au corps humain, chaque épisode nous permet d’appréhender des grandeurs et concepts difficilement imaginables par notre cerveau.

Prends quelques minutes pour contempler l’univers de l’extérieur de notre nombril ! Tu as adoré cette série et nous aussi ! Nous te proposons de la regarder à nouveau dans son intégralité. Une espèce à part, une série documentaire de Franck Courchamp et Clément Morin.

Franc-maçonnerie au Gabon : l’élection du nouveau grand maître face à de grandes turbulences

De notre confrère africaho.bj

Dirigée par Ali Bongo depuis 2009, la Grande Loge du Gabon a trouvé en la personne de Jacques-Denis Tsanga, le nouveau grand maître qui devrait être élu mercredi 17 janvier dernier. Mais le mystère censé conduire à cette finalité est confrontée à de vives contestations notamment sur le choix du nouveau porté sur celui dont l’image ne passe pas vraiment dans l’entourage du nouveau régime au pouvoir dans le pays.

Alors que le commun des observateurs pensait que le renversement d’Ali Bongo dans la nuit du 29 au 30 août 2023 n’aura de répercussions que sur le plan politique, ce coup d’Etat a aussi provoqué des mutations au sein de la Grande Loge du Gabon. En effet, à la tête de la famille maçonnique du Gabon depuis 2009, le fils d’Omar Bongo a également été évincé de son titre au sein de la GLG, et ce, en remplacement à l’actuel gouverneur de la province du Haut-Ogooué Jacques-Denis Tsanga, informait en octobre 2023, Africa Intelligence.

Ce dernier, ajoute le média, aurait été élu grâce à l’influence Lin Mombo, pro-Grand-Maître numéro 2 de la loge et ancien président de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP). L’élection non encore actée de Jacques-Denis Tsanga a été faite, non pas selon la tradition non processuel qui stipule que ce rôle soit exclusivement dévolu au chef de l’État, mais selon un autre processus piloté par Lin Mombo. En effet, au Gabon comme dans les pays francophones et anglophones colonisés par la franc-maçonnerie, les rites et les obédiences maçonniques sont érigés en norme puissante. Et ceci, en raison de leurs cercles d’influence qui prescrivent notamment que le Chef de l’État doit gouverner ces milieux.

Sauf que cette hypothèse est au point mort pour le Général Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la transition et actuellement dans les fonctions de Chef d’Etat au Gabon. Ce dernier, rapporte Jeune Afrique« n’a jamais fréquenté assidûment les temples » malgré son initiative coordonnée par son présumé mentor le Général Flavien Nziengui Nzoundou. C’est sans doute, ce qui a permis au pro-Grand-Maître numéro 2 de la loge d’étendre son influence au grand collège de la Grande Loge du Gabon, qui est par ailleurs, la direction stratégique de l’obédience.

Les prétendants au titre écartés

Selon Africa Intelligence dont l’information a été confirmée par Gabon Media TimeLin Mombo dans sa démarche visant à obtenir le consensus autour de l’élection de Jacques-Denis Tsanga à la tête de la Grande loge du Gabon a dû écarter plusieurs prétendants. Gabon Media Time cite pour sa part, les hommes de Maixent Accrombessi, l’ancien tout-puissant directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba, à l’image d’Alex-Bernard Bongo, frère cadet du président déchu.

Le média gabonais indique même que cette démarche aurait été encouragée par la Grande Loge Unie d’Angleterre, maison mère de la franc-maçonnerie dite régulière, à laquelle appartient la GLG, ainsi que la Grande Loge nationale française (GLNF), et la Grande Loge de Russie, obédiences sœurs de la GLG. Cependant, cette élection qui n’était encore qu’à une phase préliminaire, et qui devrait être actée le mercredi 17 janvier dernier à Libreville n’a pas tenu. Et la raison est tout simple : les voix ne s’accordent pas autour de Jacques-Denis Tsanga.

Le Dessin de Jissey : « Libre ou pas ? »

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En lisant, sur 450fm, un article parlant d’AUBERGE ESPAGNOLE, notre ami JISSEY s’est interrogé : Faut-il changer d’obédience comme de chemise pour affirmer sa liberté ou bien, est-ce céder à une meurtrissure d’ego surdimensionné ? Nos épouses seraient-elles plus lucides sur nos éventuels aveuglements ?

Il fallait qu’Hiram meure de mort violente !

Une des caractéristiques essentielles de la franc-maçonnerie est le recours au symbolisme, faisant appel à des représentations, à des archétypes, pour accompagner l’initié sur les voies de la connaissance, connaissance de lui-même, de ses rapports à l’Autre et au monde qui l’entoure.

C’est ainsi que, degré après degré, les rituels proposent une formidable galerie de personnages représentant pour l’initié les figurations de vertus ou de vices, de valeurs ou de faiblesses.

Certains de ces personnages ont une historicité indiscutable, même si l’image que retient d’eux la geste maçonnique est fragmentaire, redessinée à dessein, pour mieux servir le propos pédagogique du degré auquel ils interviennent.

D’autres sont de pures créations des fondateurs de nos rites et rituels, façonnés de toutes pièces même s’ils ont leur origine dans un personnage historique ou culturellement connu. Les attributs de ces personnages, leurs traits de caractère, comme leurs actes, faits et gestes sont de pure invention. Ils sont ainsi les héros symboliques de notre geste initiatique, qui donnent un support, une figure humaine, aux attitudes et aux comportements que nous voulons explorer en nous, au fur et à mesure que nous progressons dans ce cheminement à la fois exigeant et exaltant.

Il est dans cette galerie de portraits un personnage singulier, commun aux divers Rites, reconnu par les Anciens autant que par les Modernes, les réguliers tout comme ceux qui ne le sont pas, les déistes, les théistes, autant que les athées et les agnostiques. Il s’agit d’Hiram, le Maître Architecte chargé par le Roi Salomon de bâtir non pas un temple quelconque, ni même le plus grand ou le plus beau des temples, mais Le Temple, celui qui devait être la demeure de l’Eternel, celui où la parole de l’Eternel gravée sur les tables de pierre enfermées dans le Tabernacle devait être abritée et vénérée.

Hiram, le personnage clé de la Franc-maçonnerie, celui dont la mère, veuve, est aussi notre mère puisque nous sommes ses Enfants, n’est-il donc qu’un héros imaginaire ?

Pas tout à fait, bien sûr, puisque la Bible fait mention spécifiquement d’un Hiram parmi les artisans réunis par le Roi Salomon pour construire et orner le Temple et ses abords.

La question se pose dès lors de l’appropriation par la franc-maçonnerie de ce personnage, afin d’en comprendre le sens et la portée.

En d’autres termes, de réfléchir à la construction d’un mythe, du mythe central de la Franc-maçonnerie spéculative.

Un mythe, pour Mircea Eliade, est construit pour être exemplaire. L’adhésion au mythe est l’acte de foi initial, le pré-requis indispensable à l’intégration parmi les adeptes. Pour Raoul Berteaux, « le mythe est historiquement faux, mais psychologiquement réel. Il n’y a pas réalité historique, mais réalité psychologique ».

Hiram dans cercueil
Hiram sortant du cercueil

Se pose donc bien la question de l’intrusion d’Hiram dans le corpus maçonnique.

Le mythe d’Hiram est un mythe d’identité. Il devient véridique dès lors qu’il est répété par les membres du groupe qui se reconnaissent en lui et se réclament de sa postérité.

A la vérité, une légende autour de ce personnage se développa dès l’Antiquité. Mais en dehors de la mention dans l’Ancien Testament, et de la liste des pièces de bronze poli fondues par l’artisan, aucun détail n’est donné sur la vie d’Hiram, et pas davantage sur les conditions de sa mort.

image en provenance de la page legende-hiram.blogspot.com/2017/10/1949-les-armes-outils-du-meurtre-dhiram.html

Pour s’en tenir à ce qui est sérieusement documenté, on retrouve la première mention connue du mythe d’Hiram dans la divulgation « Masonry dissected » de Samuel Pritchard publiée en 1730.

Il n’existe aucun document connu à ce jour nous éclairant sur la genèse de la référence hiramique et son introduction dans le corpus fixé depuis longtemps de la maçonnerie de métier. Tout au plus quelques écrits légitimant l’adjonction au cadre maçonnique traditionnel de la thématique de la mort et de la résurrection.

Philippe Langlet, dans son livre Sources chrétiennes de la légende d’Hiram a recherché la trace d’Hiram à travers plus de cinquante versions différentes, afin d’en trouver le fil conducteur, la trame unificatrice.

Il présente la suite des enrichissements légendaires qui, progressivement, vont façonner le mythe initiatique qui inspire nos rituels et nos Rites. Car s’il existe des variantes d’un Rite à l’autre, les constantes invariantes dominent.

On peut évoquer la mort et la résurrection du Christ, celles d’Osiris, ou encore de Maître Jacques, que la mythologie compagnonnique fait mourir sous les coups de cinq compagnons. Le fond du mythe est bien un archétype, que l’on retrouve dans de nombreuses traditions, à de nombreuses époques : un homme instruit des mystères, un homme éclairé, meurt sous des coups portés avec une violence aveugle.

Les ténèbres semblent triompher de la lumière.

Naturellement, les commentateurs ne manquent pas de relever que si Hiram, son œuvre achevée, était mort dans son lit longtemps avoir été fêté et récompensé par Salomon, il n’aurait pu devenir le héros de la dramaturgie maçonnique.

Il faut au mythe une dimension sacrificielle. La mort, brutale, violente, cruelle, est nécessaire, pour sublimer l’individu. Osiris sera déchiqueté par Typhon, le Phénix se consume face au Soleil dans une agonie atroce. Il faut qu’il y ait un crime rituel pour qu’Hiram accède à sa véritable dimension.

On pourrait au demeurant dire la même chose du Christ, de Jésus flagellé et crucifié.

Ainsi, la mort d’Hiram paraphrase la mort du Christ qui elle-même apparaît selon les plus antiques civilisations dans le trépas d’un dieu. Hiram est ainsi l’archétype de l’initié qui accepte de mourir, qui fait le choix de mourir, pour pouvoir renaître.

On trouve une brève évocation d’Hiram dans les Constitutions d’Anderson dans leur édition première de 1723, où il est simplement mentionné comme l’homonyme du roi de Tyr et le maçon le plus parfait de la Terre. Rien de plus dans l’édition de 1738, qui évoque pour la première fois un troisième degré établi à Londres en 1726.

En 1726, précisément, est rédigé le manuscrit Graham. Le cadavre d’Hiram et ce qu’il en advint y figurent explicitement.

Le célèbre Discours du chevalier de Ramsay de 1736 évoque l’« illustre sacrifice » d’Hiram, « premier martyr de notre Ordre ».

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Le rituel dit « Three Distinct Knocks » de 1760 fait la même référence dans la description d’une cérémonie d’initiation au 3ème degré et en fait remonter la pratique aux Loges des Antients, donc probablement avant 1717. On peut citer encore l’une des versions les plus anciennes de ce récit, qui apparaît dans L’ordre des francs-maçons trahi et leur secret révélé (1744).

Dans diverses traditions, la mort violente du héros mythique est une mort libératrice, qui en quelque sorte va condamner les disciples à la liberté. Et l’on pourrait ajouter que les assassins, qui représentent la transgression, la révolte, la désobéissance, ont par là-même un rôle symbolique que l’on retrouve lui aussi dans de très nombreuses cultures.

Ainsi, dans le « Voyage en Orient », écrit en 1850, Gérard de Nerval offre un récit où se retrouvent toutes les passions, tous les sentiments, qui vont nourrir les degrés successifs proposés à l’initié pour lui permettre de les reconnaître en lui et de les contrôler.

Branche d'acacia dans les mains sur tissu rouge
Branche d’acacia dans les mains sur tissu rouge

Grâce à la mort du Maître, qui est la condition nécessaire pour qu’il puisse être transcendé par la grâce de la résurrection ou plutôt de la renaissance, la construction de notre édifice vertueux peut se poursuivre. Hiram doit mourir, il doit mourir tragiquement. Hiram doit être assassiné !

Le mythe d’Hiram est dans notre tradition le vecteur de son enjeu essentiel, la lutte du Bien contre le Mal. Hiram a été choisi, construit, pour être le héros mythique dont le Rite a besoin pour prendre son sens.