Le mot participe en latin de l’idée d’imitation. Une image copie le réel, même de manière très éloignée. D’où la méfiance qu’elle peut inspirer. Les Grecs, à ce propos, n’ont jamais fait de distinction très nette entre imaginer, feindre et mentir.
Imagerie, imagination, imaginaire.
Le propre de l’imagination est d’être surpris par ce qu’on a justement l’habitude de voir, en se laissant emporter dans une déformation ou une re-formation, pourrait-on dire, selon des critères de regard autres. Il n’est qu’à détailler ce que fait le génial dessinateur-graveur suisse, Max Escher.
L’imagination se montre la « folle du logis » dans une maison ivre d’elle-même.
Le clair-obscur, l’obscurité contribuent à ce règne de l’imaginaire. Peut-on imaginer l’étonnement, la peur, voire la terreur qui saisissaient les hommes des cavernes, plongés dans l’obscurité et qui entendaient des voix parler autour d’eux, des parois parlantes, sans corps ni visages, mais avec leurs seules voix, qui parlaient la même langue qu’eux ?
Marcel Proust, si pointilleux dans la description de la réalité ambiante, disait : « Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination. » Comme si la réalité de la joliesse ne laissait pas d’espace au délire potentiel d’une autre forme de beauté à inventer.
Ce qu’Albert Einstein exprime autrement : « La logique vous mènera d’un point A à un point B. L’imagination vous mènera absolument partout ».
Ainsi s’est-on toujours méfié de ce qui relevait de l’imagination, parce que la raison se montrait impuissante à la canaliser, donc à y exercer un pouvoir absolu. D’où l’interdit fait aux femmes de s’adonner à la lecture, comme contraire à leur fonction présupposée. Jugé néfaste pour l’imaginaire débridé, ce plaisir est perçu comme dérobé, clandestin, hors de contrôle autre que le rationnement de la bougie ! Dans cette « école de la chambre », les filles, forcément autodidactes, ont de tout temps puisé les sources de leurs savoirs, de leur culture, depuis l’invention de l’imprimerie. Labouré aussi, hors de toute coercition, les champs de leur imaginaire en liberté.
Un espace de liberté dangereuse aux yeux de tous les tyrans domestiques, religieux ou politiques, qui n’ont pas encore trouvé la parade à cette échappatoire.
Et pourtant, dans leurs pires fantasmes d’enfermement et de désir de soumission, que de remèdes n’ont-ils pas tenté d’élaborer jusqu’au coeur même de l’intimité féminine ! Une des preuves les plus barbares, toutes sociétés confondues, en a été le raffinement exacerbé de la ceinture de chasteté… Le pire des imaginaires dans les sévices, au service de la pureté !
Mais il y aura toujours quelque baume, quelque parfum, tel l’encens, associé aux imaginaires de l’Orient, mille et une nuits de la saveur et de la langueur !
Et, quand l’imagination invente l' »antipode », que de cris d’orfraie devant cette impossibilité à concevoir des êtres marchant la tête à l’envers, de l’autre côté d’une barrière de feu infranchissable qui entourerait l’Equateur ! Comment imaginer des fils d’Adam dans cette autre zone ! Vive la Terre plate pour écarter l’hérésie de cette inqualifiable croyance !
Rabelais invente la coquecigrue, mot-valise issu du coq, de la cigogne et de la grue, un oiseau imaginaire monstrueux, et son cortège de synonymes, illusion, fantasme, faribole, sornette, fadaise, baliverne. Une absurdité jubilatoire !
N’est-ce pas le physicien Etienne Klein, avec sa rieuse imagination, qui propose l’anagramme entre migraine et imaginer …?
Annick DROGOU
Tant d’images qui peuplent notre imaginaire. Imaginer, c’est se laisser embarquer vers une terre inconnue. Larguer les amarres, et voguer, simplement voguer, à partir de notre capacité d’infini. Ne rien faire, se laisser porter. Tout un univers de rêveries, comme on regarde le feu dans l’âtre, comme on contemple un paysage, comme on voudrait voir au-delà de l’horizon. Ciel illimité.
Qu’est-ce qui est réel ? Les apparences prosaïques ou l’imagination poétique ? Qu’est-ce qui est utile ? la frénésie digitale ou le silence de la main ? Qu’est-ce qui est aimable ? Seulement de vous imaginer heureux qui êtes là et de me souvenir de vous qui n’y êtes plus.
Légèreté, éther de l’imaginaire qui est le seul sensible. Imaginaire porté par l’amour premier qui peut transfigurer vos visages et le monde. Rien d’égotique ou de phantasmatique. Image ou reflet ; reflet de quoi ? Il y a deux façons d’utiliser un miroir : se mirer, se complaire dans sa propre image ou orienter le miroir pour découvrir et contempler ce qu’on ne saurait pas voir directement. C’est cela l’imaginaire ; un jeu de miroirs infini qui laisse apparaître des images si fugaces qu’on n’ose pas les reconnaître éternelles, comme entraperçues.
Etoile de la maçonnerie féminine et des ordres mixtes
« Si l’homme n’a pas la liberté de penser, il faut donc lui ôter la raison ».
Olympe de Gouges (Le Bonheur primitif de l’homme ou les Rêveries patriotiques. Avril 1789)
Le pasteur Luthérien, Rudolf Bultmann (1884-1976) fut à l’origine du mot « démythologisation », influencé en cela par Martin Heidegger et son travail philosophique « Sein und Zeit » (« Être et temps »), qui influencera aussi Jean-Paul Sartre pour son « l’Être et le néant » et la naissance de l’existentialisme. Bultmann, en bon luthérien, combat l’idée d’un surhomme quelconque qui pourrait faire concurrence au Principe, première préoccupation théorique du croyant qu’il invite à faire « tabula rasa » de ses admirations pour qui ne serait pas un être plongé dans la faiblesse de la nature humaine.
Il invite à faire de même pour les idoles institutionnelles afin d’échapper à une forme de paganisme ou à une sainteté imaginaire. Pour lui, il n’y a ni saints religieux ou laïcs. La Franc-Maçonnerie a-t-elle un travail de démythologisation à opérer ? A-t-elle dressé des statuts dans ses temples et a-t-elle un panthéon imaginaire ? Oui, bien entendu ! Notamment, chez les femmes : Louise Michel, Maria Deraismes, et Olympe de Gouges, qui n’était pas Franc-Maçonne, mais qui bénéficie d’une aura maçonnique incontestable. C’est sur cette dernière que nous porterons nos réflexions. Nous sommes toujours partagés entre deux sentiments quand nous abordons la personnalité d’Olympe de Gouges : celle d’une certaine tendresse pour la fragilité d’une femme affrontant seule une époque violente et celle d’une ironie où pointe un manque de discernement certain et une vision utopique des choses qui vont lui coûter la vie.
Elle est le reflet d’un temps où tout bascule et où sa propre histoire ne fait que compliquer les choses : née le 7 mai 1748 à Montauban dans une famille modeste, de son vrai nom Marie Gouze, elle est peut-être une enfant naturelle conçue entre sa mère, Anne-Olympe Mouisset et le poète, dramaturge et académicien, Jean-Jacques Lefranc de Pompignan. Cette vie « entre deux » va l’amener à se sentir près du peuple et un imaginaire tournant autour de sa noblesse et de qualités qu’elle aurait héritées de son vrai père, en matière de talents d’écrivaine. Vérité ou « roman familial » peu importe, car nous connaissons les effets d’un imaginaire sur l’orientation d’une vie. En tout cas, Olympe va être prise dans une terrible contradiction : le choix entre le Tiers-Etat auquel elle appartient et la noblesse paternelle qu’elle revendique, et la place de l’homme comme image du pouvoir politique et intellectuel qu’elle attribue à son père naturel. Elle reportera cette figure du père dans son royalisme et son désir d’égalité avec les hommes pour mieux ressembler à cette figure qui constitue la toile de fonds de sa vie, avec ce désir toujours présent : « qu’IL me reconnaisse comme telle ! ».
A 17 ans, elle se marie avec un traiteur, qui meurt accidentellement en 1766, quelques mois après la naissance de leur fils Pierre. La jeune veuve va s’installer à Paris en 1770. Elle participe à la vie des salons parisiens et fréquente assidûment les théâtres et l’opéra. Elle prend la décision de devenir écrivain et, en 1784, elle écrit un premier roman, à consonance très autobiographique : « Mémoires de Madame de Valmont. Sur l’ingratitude et la cruauté de la famille de Flaucourt envers la sienne, dont les sieurs de Flaucourt ont reçu tant de services ». Certaines pièces de théâtre d’Olympe, bien que reçues par les Comédiens Français, ne seront jamais jouées. Prise dans l’ambiance du temps, ses écrits vont prendre des aspects politique, souvent inspirés par les écrits de Jean-Jacques Rousseau. Dans « Zamore et Mirza, ou l’Heureux Naufrage », pièce reçue à la Comédie Française, le 8 juillet 1785, Olympe de Gouges dénonce les pratiques de l’esclavage et la traite des noirs. Proche de Brissot qui fonde la « Société des Amis des noirs », elle va poursuivre sa dénonciation de ce trafic, en février 1788, dans un texte qui prône l’abolition de l’esclavage : « Réflexions sur les hommes nègres ». De façon intéressante, elle va très vite effectuer un parallèle entre la situation des gens de couleur, des pauvres, et surtout des femmes. Dès lors, elle va multiplier les brochures et pamphlets révolutionnaires.
Les Etats généraux se tiendront en mai 1789, mais déjà le 6 novembre 1788, Olympe de Gouges avait publié sa « Lettre au peuple, ou Projet d’une caisse patriotique », où elle propose l’instauration d’un impôt volontaire, sous forme de dons en espèces ou en nature. Un mois plus tard, elle fait paraître ses « Remarques patriotiques », dans lesquels elle espère ouvrir les yeux des privilégiés sur l’état dans lequel la France populaire se trouve. Elle écrit : « La supériorité doit se faire, et faire place à la raison ; et dans une semblable calamité, barons, marquis, comtes, ducs, princes, évêques, archevêques, éminences, tout doit-être citoyen ; tous doivent donner l’exemple de cet amour patriotique au reste de la Nation, pour concourir ensemble au bonheur de l’État, et à la gloire de son pays » (Remarques patriotiques, par la citoyenne auteur de la lettre au peuple. Page 39). Vœux pieux ! Le pays vient d’entrer dans les violences d’une guerre civile, où la noblesse et la bourgeoisie révolutionnaire de 1789 n’ont nullement envie de partager avec quiconque… Elle va proposer une action sociale et solidaire, notamment en faveur des femmes parturientes, des veuves et des enfants en créant des centres d’accueil qui pourraient aussi fonctionner en hiver « pour les ouvriers sans travail, les vieillards sans force et les enfants sans appui ». Les brochures se multiplient et elle élabore plusieurs projets de réforme de la société : « Projet d’impôt étranger au peuple, et propre à détruire l’excès du luxe et à augmenter les finances du trésor, réservé à acquitter la dette nationale ; projet utile et salutaire ». En fait, un impôt sur les grandes fortunes avant la lettre !
Mais, son grand combat reste celui en faveur des femmes, reléguées à des tâches ancillaires, menacées dans les périodes de famine et souvent réduites à la galanterie pour survivre. Une fois encore, elle va être inspirée par Rousseau, notamment par son célèbre ouvrage, « La nouvelle Héloïse » (1). Dans son livre célèbre, « Femme, Réveille-toi ! » Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne et autres écrits », elle va tenter de transcender la ségrégation dont les femmes sont victimes, en créant une sorte d’être fictif, mutant, idéalisé : la citoyenne, qui serait égalitaire avec l’homme (2) : « Je suis un animal sans pareil ; je ne suis ni homme ni femme. J’ai tout le courage de l’un, et quelquefois les faiblesses de l’autre. Je possède l’amour de mon prochain et la haine de moi seul. Je suis fier, loyal et sensible. Dans mes discours, on trouve toutes les vertus de l’égalité ; dans ma physionomie, les traits de la liberté ; et dans mon nom, quelque chose de céleste ». Olympe de Gouges, pour en arriver à l’égalité, étrangement, va se désincarner, nier sa féminité, pour mettre en scène un concept. C’est sans doute là que réside une forme d’échec : la femme se cache derrière la citoyenne pour être sur le même plan que l’« homme citoyen ». Elle va d’ailleurs osciller entre la revendication des droits de la femme et un discours « classique » sur la fragilité des femmes et la manipulation liée à leur « nature ». Concernant la revendication, elle écrit : « Un grand nombre de femmes bien nées sont perdues, parce que les hommes, qui se sont emparés de tout, ont privé les femmes de s’élever, et de se procurer des ressources utiles et durables. Pourquoi donc, mon sexe ne serait-il pas un jour sauvé d’une foule d’inconséquences, auxquelles l’expose son peu d’émulation ? » (Le bonheur primitif de l’homme. Page 103). Côté critique de la féminité, en revanche, elle écrit ces lignes étonnantes : « Ô sexe, tout à la fois séduisant et perfide ! Ô sexe tout à la fois faible et tout puissant ! Ô sexe à la fois trompeur et trompé ! Ô vous qui avez égaré les hommes qui vous punissent aujourd’hui de cet égarement par le mépris qu’ils font de vos charmes, de vos attaques et de vos nouveaux efforts ! Quelle est actuellement votre consistance ? Les hommes se sont instruits par vous-mêmes, de vos travers, de vos ruses, de vos inconséquences ; et ils sont enfin à leur tour devenus femmes » (Le bonheur primitif de l’homme. Page 109) …
Entre novembre 1788 et mai 1789, elle publiera quatre brochures où son engagement politique est nettement défini (3) : « Lettre au peuple, ou projet d’une caisse patriotique, par une citoyenne », « Remarques patriotiques, par la citoyenne auteur de la lettre au peuple », « le bonheur primitif de l’homme », « Le cri du sage, par une femme ». Ses idées ne varieront pas : défense et égalité pour les minorités exploitées (Noirs, pauvres, gens de service), égalité entre les hommes et les femmes, protection des enfants, mise en place d’une imposition plus juste, pratique d’une véritable démocratie et, sur un plan purement politique, l’instauration d’une monarchie parlementaire, comme elle fonctionne en Grande-Bretagne et qui était un modèle pour les philosophes du XVIIIem siècle.
La Révolution Française va générer des vocations féministes qui seront vite remises au pas au bout de quelque temps, même si leur engagement était total au service de la Révolution. Comme, par exemple, celui d’Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt (1762-1817), fille d’agriculteurs belges qui, curieusement, rajoutera à son nom Théroigne le « de Méricourt » (Vieille nostalgie de la noblesse si enviée et si haïe !). Elle sera de toutes les manifestations et votera la mort du roi. Elle participera avec passion aux « clubs de femmes citoyennes républicaines révolutionnaires » fondés le 10 mai 1793, à Paris, mais qui n’auront qu’une courte existence, interdits par décret. D’humiliations en humiliations, Théroigne de Méricourt terminera sa vie à la Salpetrière, comme malade mentale.
Comme elle, Olympe n’avait pas compris que l’image de la femme égale de l’homme, un sabre à la main et la pipe à la bouche, les « allumeuses » comme les qualifiait Restif de la Bretonne, n’étaient que tolérées au début de la Révolution où elles avaient porté des piques et des sabres pendant les journées révolutionnaires et étaient même à l’armée pour quelques-unes. Tolérées pendant un temps au milieu des soldats, elles furent chassées par décret à partir de 1793, décret renouvelé plusieurs fois avant qu’une loi définisse la seule place ici accordée aux femmes : cantinière ! Les femmes devaient donc se contenter de servir à boire aux hommes ou défiler maquillées en idoles des fêtes de la Raison. Elles furent contraintes d’abandonner les revendications politiques qu’elles avaient exprimées de Paris à Versailles en 1789, puis dans tous les rassemblements urbains ou les clubs. Avec l’Être suprême, le génie révolutionnaire redevint masculin et les femmes furent de nouveau enfermées à la maison pour un siècle ou deux. L’ascétique Robespierre, à l’image de la Cène, ne voulait voir qu’une table symbolique, mais la plupart des révolutionnaires voulaient aussi en éloigner les femmes et les reléguer à la cuisine. Elles furent alors condamnées à s’enfermer dans l’espace domestique, pour s’ennuyer et souvent pour boire. Révolution bourgeoise par excellence, 1789, va enfermer les femmes dans les codes très jansénistes de sa philosophie dominante, bien plus que sous l’Ancien Régime, où elles exerçaient leur influence dans la sphère publique ou privée.
A-t-on déjà vu, d’ailleurs, une présidente de la République française ?!
Bien entendu, on ne peut comparer les deux femmes sur le plan politique : Théroigne de Méricourt est l’image même de la révolutionnaire, de la « tricoteuse », proche de la philosophie et de l’action des « Montagnards », tandis qu’Olympe de Gouges se reconnaît dans l’idéologie des « Girondins », donc partisane d’une monarchie constitutionnelle et d’une décentralisation provinciale. Elle écrira : « Le roi est comme un père, dont les affaires sont dérangées ; il est donc de l’honneur de ses enfants et de leur amour, ainsi que de leur respect, de voler au secours de ce père malheureux » (Lettre au peuple. Page 25) ; ou encore : « Ô Français!Véritables Français, connaissez mon âme toute entière : ce n’est point par ambition que j’écris cet épître ; le bien seul de ma patrie, et l’amour et le respect que j’ai pour mon roi, ont seuls excité ma verve ». (Lettre au peuple. Page 33). Elle est réformatrice de nature et se méfie de la République : « Les hommes étant parvenus à fonder des Etats et des gouvernements sur toute la surface de la terre, le Despotisme, la Monarchie, l’Aristocratie et la Démocratie fixèrent l’autorité dans tout l’Univers. De ces différents gouvernements, lequela été le plus heureux pour les peuples ? Il me semble que c’est la monarchie : c’est encore l’État le plus paisible pour les hommes. Voyez les tyrannies perpétuelles des républicains ; les citoyens ont mille tyrans pour maître : les prétentions des premières places les portent à se dévorer, à se persécuter continuellement » (Le bonheur primitif de l’homme ou les Rêveries patriotiques. Avril 1789. Page 94). Elle sera aussi une actrice de la laïcité par sa volonté de séparer l’Église et l’État : « C’est donc à tous les ministres de la religion à maintenir le sacré caractère de la loi de Dieu, à donner de bons exemples, et à veiller sans cesse à la conservation de cette loi : toute autre administration leur doit être interdite » (Remarques patriotiques. Page 48).
Mais, plus la Révolution progresse, plus la dictature s’installe et avec elle la Terreur : condamnation à mort du roi et de la reine, massacres de septembre 1792, guerres de Vendée, extension des condamnations contre les « ennemis de la nation »… Olympe appelle à faire preuve de discernement et ne recule pas à dire tout haut ce qu’elle pense et se présente à nos yeux d’aujourd’hui comme l’une des représentantes du Tiers-Etat, de ce que nous appellerons « les classes moyennes », et qui représentent la majorité de la nation, entre noblesse, clergé et groupuscules révolutionnaires. C’est pour elle une manière de conjurer son histoire personnelle : « Il n’y a pas un jour qu’un noble sans fortune ne sollicite la main d’une demoiselle du Tiers-Etat. Il
n’y a pas de demoiselle de sang illustre qui n’ait mêlé ce sang avec celui du Tiers-Etat » (Lettre au peuple. Page 110). Elle multiplie les articles, les affiches et les pamphlets ; tout cela à compte d’auteur, profitant d’une petite notoriété acquise dans les cercles parisiens de Condorcet et de la marquise de Montesson (1738-1806), femme de lettres, salonnière et épouse secrète du duc d’Orléans. Robespierre est furieux de cette critique de la Terreur et de la politique jacobine et elle est arrêtée le 20 juillet 1793 et va être condamnée à mort par le tribunal révolutionnaire le 2 novembre, pour la publication de textes antijacobins. Elle sera exécutée le lendemain. Reniée par son propre fils au moment de son procès, sans doute par peur, elle étendra une symbolique maternelle quand, montant à l’échafaud, elle dira : « Enfants de la patrie, vous vengerez ma mort ! ».
C’est surtout par l’écriture qu’Olympe luttera contre la tyrannie durant ses 45 ans d’existence, jusqu’à ce que cette dernière pensera en avoir fini avec elle et l’avoir fait taire. Grossière erreur : elle en fit une martyre, comme souvent cela se passe dans les persécutions. La liberté d’expression et la liberté de pensée arrivent toujours à contourner les barrages. Olympe proposera des solutions pleines d’audace, souvent manquant de réalisme, avec des contradictions qui sont le reflet de son histoire personnelle. Mais, c’est une femme de conviction, influencée fortement par Jean-Jacques Rousseau, et qui veut aller vers une société meilleure en profitant, en tant que femme, des brèches de l’histoire. Cette dernière va la broyer, mais c’est, paradoxalement, un encouragement pour nous : pas de super-héroïne mais une femme fragile qui nous dit qu’au-delà des manques ou des contradictions inconscientes, on peut rêver de changer les choses…
NOTES
– (1)Rousseau Jean-Jacques : Julie ou la nouvelle Héloïse. Paris. Editions Garnier-Flammarion. 1967.
– (2) De Gouges Olympe : « Femme, réveille-toi ! » – Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne et autres écrits. Paris. Folio (n° 5721). 2018. (Page 73).
– (3) De Gouges Olympe : Lettre au peuple et autres textes. Paris. Editions Gallimard. 2018.
BIBLIOGRAPHIE
– Blanc Olivier : Olympe de Gouges. Des droits de la femme à la guillotine. Paris. Editions Tallandier. 2014. – Faucheux Michel : Olympe de Gouges. Paris. Editions Gallimard. 2018.
La franc-maçonnerie s’ouvre au public. La Grande loge mixte universelle fête ses 50 ans d’existence. Son antenne de Rochefort, la loge Hypatie, a accueilli des profanes pour une séance inédite de questions réponses. Reportage de Noémie Furling, Sébastien Poirier.
Lieux du pouvoir-Une histoire secrète et intime de la politique dirigée par Sébastien Le Fol et publiée par Perrin en 2024, est une œuvre collective qui plonge le lecteur dans les coulisses de l’exercice du pouvoir en France.
À travers une série de vingt-et-un chapitres déclinés sur les rabats de la couverture – ajoutant une belle touche au livre en lui donnant un aspect encore plus luxueux – et rédigés par des journalistes et des écrivains reconnus, dont la notice biographique figure à la fin, l’ouvrage de 384 pages propose une exploration fascinante des espaces où se façonne, se discute et s’exerce le pouvoir politique français, du plus ostentatoire au plus discret.
Le franc-maçon d’aujourd’hui et plus encore le grand public, sans parler des complotistes, auraient pu logiquement croire, qu’en France, les lieux du pouvoir seraient les temples ou les loges maçonniques. Que nenni ! Ils sont ailleurs…
Sébastien Le Fol.
Le livre se démarque par son approche inédite, mettant en lumière les dimensions à la fois physiques et symboliques des lieux de pouvoir. En s’intéressant à des espaces variés – résidences officielles, lieux de décision cachés, sites historiques – l’ouvrage révèle comment ces lieux participent à la construction de l’autorité politique et à sa représentation auprès du public.
Des questions intrigantes trouvent réponse dans ces pages, comme les raisons pour lesquelles certains présidents choisissent des bureaux chargés d’histoire ou comment des décisions cruciales sont prises dans des lieux inattendus, tels que l’avion présidentiel ou un bunker secret sous l’Élysée.
Le sommaire lui-même est une invitation à explorer ces espaces de pouvoir, avec des contributions sur l’Élysée, le Fort de Brégançon, la résidence de Latche de François Mitterrand, ou encore la symbolique brasserie Lipp à Paris. Chaque chapitre dévoile des anecdotes et des faits peu connus, enrichissant la compréhension du lecteur sur la politique française.
Lieux du pouvoir n’est pas seulement un récit sur l’architecture ou la géographie politique, c’est une immersion dans l’intimité du pouvoir, offrant un aperçu unique sur les personnalités qui ont façonné et continuent de façonner la France. À travers ses pages, les auteurs réussissent à montrer que les lieux du pouvoir sont bien plus que de simples décors : ils sont le théâtre des ambitions, des stratégies et des idéaux qui animent la vie politique française.
Le palais de l’Élysée.
Parcourons-les ensemble. À commencer par le premier d’entre eux, l’Élysée, résidence officielle du président de la République, symbole du pouvoir exécutif français. Son atout résidant dans son prestige historique et sa position centrale dans la vie politique française. De Gaulle à Macron, Solenn de Royer, grand reporter au journal le Monde, nous dévoile « Les secrets du ‘’bureau qui rend fou’’ ».
Suit les vingt autres centres d’influence :
L’avion présidentiel : Un Airbus A330 MRTT offrant sécurité et communication optimale pour le président en déplacement. Son atout majeur est sa capacité à garantir la continuité du pouvoir en tout lieu ;
Brégançon (Var) : La résidence d’été des présidents français, située sur la côte méditerranéenne. Son atout réside dans son cadre paisible et sa proximité de la mer, propice au repos et à la réflexion ;
Latche (Landes) : La propriété privée du président François Mitterand, un lieu de ressourcement et de détente loin des regards indiscrets. Son atout est sa discrétion et son caractère privé ;
Château de Chambord (Loir-et-Cher ) – Photographie Patrick Giraud.
Les chasses présidentielles (Rambouillet, Marly-le-Roi, Chambord) : Ce dernier étant un château Renaissance symbolique de la puissance et de la grandeur de la France. Son atout réside dans son architecture grandiose et son statut de patrimoine mondial de l’UNESCO. Quant aux chasses présidentielles, historiquement, elles étaient l’occasion pour les chefs d’État d’inviter des dignitaires étrangers, des politiciens, des hommes d’affaires et d’autres personnalités influentes, dans le but de renforcer des liens politiques et personnels dans un cadre informel et exclusif. Bien que les activités cynégétiques présidentielles aient été officiellement suspendues en 1995, l’héritage et le symbolisme associés à ces événements continuent d’évoquer l’intersection entre pouvoir, tradition et diplomatie. Ces chasses présidentielles sont encore vues comme des arènes d’influence, où se déroulent des interactions stratégiques importantes sous couvert de traditions sportives et de loisirs ;
Cour d’honneur, Hôtel de Matignon
Matignon : La résidence officielle du Premier ministre, chef du gouvernement français. Son atout est sa proximité du Palais de l’Élysée et des lieux de pouvoir institutionnels ;
Souzy-la-Briche (Essonne) : Sans doute la résidence la plus méconnue. Le manoir de Souzy-la-Briche, entouré de son parc et de ses terres agricoles, permet aux chefs du gouvernement de s’éloigner momentanément des contraintes et du stress inhérents à leur position. Utilisée pour des séjours privés ou pour des réunions informelles, cette résidence offre un espace de tranquillité et de réflexion, ainsi que la possibilité d’accueillir des invités dans un cadre plus personnel et moins formel que les lieux officiels de pouvoir parisiens. Loin des regards, Souzy-la-Briche joue un rôle dans la diplomatie informelle et dans la préparation de décisions politiques, servant parfois de lieu pour des rencontres discrètes entre hauts fonctionnaires et personnalités politiques. En ce sens, elle reflète une facette du pouvoir qui privilégie la confidentialité et l’intimité, essentielle à la gestion des affaires de l’État ;
Versailles (Yvelines) : Un château historique qui a marqué l’histoire de France et qui sert aujourd’hui de cadre à des réceptions officielles. Son atout réside dans sa splendeur et son importance symbolique ;
Notre-Dame de Paris, en 2012 – Photo YG.
Notre-Dame de Paris (Paris) : Une cathédrale gothique classée au patrimoine mondial de l’UNESCO et haut lieu de la spiritualité française. Son atout réside dans sa dimension symbolique et historique ;
La cour des Invalides (Paris) : Un complexe architectural regroupant des bâtiments militaires et le tombeau de Napoléon Bonaparte. Son atout réside dans son importance historique et sa symbolique militaire. Et un lieux de commémoration et hommage aux grands personnages ou militaires serviteurs de l’État ;
Le Val-de-Grâce (Paris) : Un ancien hôpital militaire reconverti en centre culturel et de recherche. Son atout réside dans son architecture historique et son cadre paisible.
Le PC Jupiter (Elysée) : Le centre de commandement et de communication du président de la République. Son atout est sa haute technologie et sa capacité à gérer les situations de crise.
La tribune du 14 Juillet (Paris) : La tribune officielle où le président assiste au défilé militaire du 14 juillet. Son atout symbolique est sa place centrale dans la célébration de la fête nationale ;
L’Institut National du Service Public (INSP) à Strasbourg, anciennement l’ENA : L’école d’administration publique française qui forme les élites de la haute fonction publique. Son atout réside dans son prestige et son influence sur le système de décision français ;
Quai d’Orsay, ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
.Le Quai d’Orsay (Paris) : Le ministère des Affaires étrangères, symbole de la diplomatie française. Son atout est son expertise et son réseau international ;
Bruxelles (Belgique) : Le siège de l’Union européenne, où se prennent des décisions importantes pour l’avenir de la France. Son atout est sa position centrale dans la gouvernance européenne ;
Le Louvre (Paris) : Un musée d’art et d’histoire de renommée mondiale, symbole de la culture française. Son atout réside dans sa richesse et sa diversité, qui en font un lieu incontournable de la vie culturelle française.
Saint-Germain-des-Prés (Paris) : Un quartier historique et intellectuel, lieu de rencontre et d’échanges pour les élites politiques et culturelles. Son atout réside dans son ambiance et son dynamisme intellectuel.
.Lipp (Paris) : Un restaurant célèbre fréquenté par les élites politiques et économiques, lieu de discussions informelles et d’influence. Son atout est son réseau d’influence et son atmosphère feutrée.
Les clubs : Des lieux de sociabilisation et d’échanges pour les élites, où se discutent les affaires et se nouent les réseaux. Leur atout réside dans leur discrétion et leur capacité à influencer les décisions. Le Jockey Club de Paris, fondé en 1834, c’est l’un des clubs les plus anciens et les plus prestigieux de France. Le Siècle, fondé en 1974 par Jean-Jacques Servan-Schreiber, un club (discret) d’influence regroupant des personnalités issues du monde des affaires, de la politique, des médias et de la culture dont l’objectif est de promouvoir le dialogue et la réflexion entre les élites françaises. Enfin, l’Interallié, fondé en 1919 par des anciens combattants de la Première Guerre mondiale. Il est fréquenté par des intellectuels, des artistes, des journalistes, des hommes d’affaires et de francs-maçons. Il est réputé pour son atmosphère conviviale et son esprit de liberté. Il est célèbre pour son prix littéraire et reste l’un des plus prestigieux de France.
La tribune du Stade de France (Saint-Denis) : La tribune officielle où le président assiste aux matches de l’équipe de France de football. Son atout symbolique est sa place centrale dans la célébration du sport et de l’unité nationale.
Le Val-de-Grâce (Hôpital d’instruction des armées du Val-de-Grâce, ou HIA Val-de-Grâce).
Cette description de lieux du pouvoir nous fait prendre vraiment conscience d’une histoire secrète et intime de la politique.
Un ouvrage fascinant qui explore les dimensions à la fois visibles et cachées du pouvoir en France. Le choix d’analyser des lieux spécifiques, qu’ils soient des symboles de pouvoir traditionnels ou des espaces moins connus du grand public, permet d’aborder la politique sous un angle original et intime.
Latche – Source Hosiho.net.png
La sélection des auteurs et des lieux abordés, qu’ils soient célèbres (Versailles, Matignon, Bruxelles), méconnus (Souzy-la-Briche) ou prestigieux (Chambord, Notre-Dame de Paris), montre une volonté de couvrir un large spectre d’influences et de pratiques politiques, allant de la gestion quotidienne de l’État aux moments de détente et de stratégie moins formels. Cela souligne l’omniprésence du pouvoir et de la politique dans la vie française, ainsi que la complexité des interactions entre les différents acteurs politiques.
Bormes-les-Mimosas_(83), Fort de Brégançon.
Ce livre, original et instructif qui nous offre une vision inédite de la politique française, intéressera à la fois les passionnés d’histoire, les observateurs de la politique contemporaine, et toute personne curieuse de comprendre les coulisses du pouvoir en France.
Les lieux du pouvoir–Une histoire secrète et intime de la politique
« C’est à trop voir les êtres sous leur vraie lumière qu’un jour ou l’autre, nous prend l’envie de les larguer. La lucidité est un exil construit, une porte de secours, le vestiaire de l’intelligence. C’est aussi une maladie qui nous mène à la solitude » (Léo Ferré) La mauvaise graine
La lucidité du poète se rapproche de celle du psychanalyste Jacques Lacan, quand il énonce que « les -noms-dupes errent ». Cette solitude et cette errance sont-elles le lot programmé de « ceux qui comprennent » où sont-ils obligés de composer avec la duperie ? Ou pour faire plus simple : la relation à l’autre n’est-elle possible qu’en y incluant la croyance au père Noël ?!…
Le couple représente, par excellence, le lieu où cette contradiction cohabite le plus intensément. Maçons dans une obédience mixte, il est sans doute judicieux de nous y intéresser, mais aussi en tant qu’acteurs de nos relations à l’autre sexe, dans la vie dite « profane ». La question fondamentale étant, au-delà des lieux communs, de tenter de répondre à la question : « A quoi sert le couple ? »
Dans le couple se déroulent des phénomènes qui dépassent les acteurs eux-mêmes. Dans l’acte de s’unir à quelqu’un (fait subjectif par excellence), il semblerait que l’on dise tout autre chose que ce que l’on croit dire. Ce « tout autrechose » c’est l’inconscient qui échappe au sujet qui parle et qui parle en particulier de s’unir à un autre sujet qui parle lui aussi. Cette parole que l’on veut sincère, nous constatons que nous ne la maîtrisons pas et que nous faisons très souvent l’inverse de ce que nous souhaitons. C’est ce que constate St Paul, dans l’Epître aux Romains (chapitre 7, versets 15 à 25). La lassitude, l’angoisse que l’on sent dans ce texte viennent de la découverte qu’un « au-delà » de notre volonté est plus puissant que notre agir conscient. Et c’est cet « au-delà » du plaisir de « bien faire » qui est à l’œuvre dans chaque couple et qui met en mouvement sa relation.
couple avec enfant sous le soleil couchant
Sujet partagé, clivé par excellence, entre son conscient et son inconscient, entre ses pulsions et les interdits nécessaires à la sauvegarde de toute société, l’homme va demander à l’autre ce qu’il ne peut lui donner : l’unité retrouvée, la fin du clivage en lui. Ce clivage qui est le drame de la nature humaine et qu’elle n’a jamais accepté. Le couple, imaginairement, serait ce lieu où les contradictions se résoudraient et ce, jusqu’à la négation de la différence des sexes : l’idéal biblique ne dit-il pas : « L’homme et la femme s’uniront et ne formeront plus qu’une seule chair » ? Idéal biblique déjà revendiqué par l’Antiquité dans son admiration pour l’hermaphrodite.
Cette quête de restitution de l’unité perdue est la première des demandes formulée à l’autre qui est lui-même partagé. Cette demande de « ne faire qu’un » ressemblerait assez à une demande de régression à une vie prénatale, là où tout est chaud, sans tension, finalement sans désir. Le couple, c’est d’abord, inconsciemment, le désir de remettre en place le liquide amniotique, la sexualité ne venant qu’au second plan dans le désir de constitution du couple, ce dernier n’étant d’ailleurs pas nécessaire pour la vivre. Elle peut-être même un obstacle à ce qui est souhaité : la reconstitution d’un monde apaisé, à l’abri des tensions, y compris sexuelles. Ce que Freud va appeler « l’instinct de mort » ou « le principe de Nirvana », un retour à l’indifférencié, sorte de « sentiment océanique » qu’évoque Romain Rolland dans sa correspondance avec Freud. Etat où la parcelle regagnerait le Tout au terme de l’éradication des désirs, donc des manques.
Le couple répondrait donc à ce souhait de l’instauration d’un Nirvana : la presse people en fait régulièrement ses « unes ». Il est intéressant de constater, de manière pathologique, surtout chez les adolescents, que l’union, à son acmé va conduire, parfois, le couple au suicide, car les protagonistes sentent bien que l’Un est illusoire et que le Deux va bientôt resurgir, réanimant le clivage dans le couple et en soi-même.
Une autre dimension apparaît : celle de l’image. Le couple est le lieu où l’on demande à l’autre ce qu’il ne peut donner ou à qui l’on adresse une parole qui ne lui est pas destinée en réalité : comme si, à-travers le corps et l’esprit de l’autre, le dialogue s’instaurait avec « quelqu’un » dont l’autre ne sert que de masque. Le couple ne serait plus alors deux, mais quatre ; les deux partenaires et ceux qui sont derrière, avec lesquels se passe le vrai dialogue du sujet. Et ce, pour le meilleur ou pour le pire. Le couple devient le lieu, à plus ou moins forte dose, où l’on se sert de l’autre pour dire quelque chose à des personnages de son enfance, que cela soit sous forme d’aveux ou de règlement de comptes. « Repartir à zéro », pour mettre une distance par rapport au passé familial en instaurant un couple est un leurre. Souvent, le couple se construit sur une névrose complémentaire et dure très longtemps, à la satisfaction des protagonistes. Par exemple, dans le cas d’un œdipe non- résolu, voir l’autre comme son père ou sa mère, peut apporter une immense satisfaction sans risquer le phantasme de castration, puisqu’il n’y a pas de désirs en direct sur le parent, mais sur le conjoint légal. On voit, chez les vieux couples, les effets tardifs de ces transferts quand ils s’appellent, avec tendresse, « papa » ou « maman » ! A une certaine époque de la vie, il n’y a plus de risques à jeter bas les masques : l’inconscient peut se payer le luxe de parler en direct.
Un Couple à la plage
L’inconscient est comme Janus : la double face peut s’exercer dans le domaine des règlements de compte : le sujet choisit, inconsciemment, l’autre pour liquider des conflits latents qu’il porte dans sa musette depuis l’enfance. L’un et l’autre peuvent s’utiliser pour régler ce qui n’a jamais été dit avant, dans leurs histoires individuelles, par crainte ou désir de ne pas faire mal à celui ou celle a qui devait s’adresser le message. L’autre devient le punching-ball rêvé du conflit interne. On parle beaucoup de ce fameux concept de « guerre des sexes », mais cette guerre n’est-elle pas seulement un combat d’arrière-garde avec son propre passé ?
Quelle est l’issue de ce combat contre les ombres du passé ? Il peut être de deux sortes : le couple ayant épuisé son reliquat de problèmes psychologiques non-résolus auparavant, se retrouve, lucide ou désenchanté, acceptant de voir l’autre comme réellement autre, dans une altérité consentie, où la personne « en face », irrémédiablement différente de moi, choisie inconsciemment, au départ, parce qu’elle avait une ressemblance avec le passé, passe du statut de hasard à celui de destin, afin que, comme le dit magnifiquement, le philosophe Paul Ricoeur (1) : « Deviennent ainsi fondamentalement équivalents l’estime de l’autre comme un soi-même et l’estime de soi-même comme un autre ».
Couple âgé, Brașov, Roumanie – photo wikimedia
En dernier lieu reste la solution de la séparation, du divorce. Mais, d’emblée, une question nous vient à l’esprit : « Dans le fond, d’avec qui divorce-t-on ? » Est monsieur ou madame X, ou bien d’avec la famille d’où l’on vient et avec laquelle on n’avait pas rompu, emprisonné dans un cordon ombilical qui nous étouffait peu à peu et qu’il fallait bien, question de vie ou de mort, trancher à un moment ? Le couple n’a joué alors qu’un rôle de transfert. Une analyse sauvage en quelque sorte. Et, comme en analyse, si le transfert est réussi, on a plus besoin de l’autre, comme on a plus besoin de l’analyste : on ne le reconnaît plus dans sa spécificité propre mais comme un reliquat de son propre passé. On peut passer alors à autre chose et aborder une autre relation plus épurée, avec moins de scories. C’est dans ce sens que Freud pense que les deuxièmes unions marchent mieux que les premières qui payent les reliquats de la vie inconsciente passée (2). Malheureusement, l’issue n’est pas toujours aussi nette : si les résidus névrotiques sont loin d’avoir été épuisés dans la première union, alors nous assistons à une interminable répétition, comme dans le cas d’une « analyse interminable » où le sujet prend l’autre comme objet dont il se sert inconsciemment pour ne rien régler de ses problèmes et rester une sorte d’objet fétiche qui met en place, le maintien plus ou moins pervers dans la jouissance de ce qui se passait dans l’enfance, que ce soit avec le même partenaire ou avec d’autres. Qui n’a en mémoire l’exemple de ces couples qui se déchirent en se donnant en spectacle, mais qui ne se séparent jamais ?
Le couple a pour fonction d’être un pont qui relie le passé au présent des sujets et qui peut leur permettre de quitter une enfance « réparée » tant bien que mal, afin d’accéder à un âge dit adulte. Le couple est un deal entre partenaires : soit un aménagement dans une altérité acceptée, soit une rupture qui peut être une catharsis ou le début d’une démoniaque répétition.
Tout est donc possible et tout peut s’envisager. Ou comme Jean-Claude Lavie dans son livre « L’amour est un crime parfait » qui écrit (3) : « Et à quoi s’expose-t-on quand on aime ? Au pire évidemment ! De l’autre comme de soi » ou du poète persan Saadi qui dit (4) « Il est prodigieux que je conserve l’existence en même temps que toi ». Le couple est une alchimie où, au-delà de l’œuvre au noir, l’un et l’autre attendent de voir apparaître de l’or ou que tout parte en fumée…
NOTES
– (1) Ricoeur Paul : Soi-même comme un autre. Paris. Ed. Du Seuil. 1990. (page 226).
– (2) Freud Sigmund : La vie sexuelle. Paris. PUF. 1969.
– (3) Lavie Jean-Claude : L’amour est un crime parfait. Paris. Ed. Gallimard. 1997.
– (4) Saadi : Gulistan.Le jardin des roses. Paris. Ed. Robert Laffont. 1980.
Dans une atmosphère empreinte de solennité et de recueillement, ce dimanche 24 mars 2024, la Grande Loge de France (GLDF) a rendu hommage à Arnaud Beltrame, figure de bravoure et de sacrifice.
Cet événement, marqué par la profondeur des émotions et la gravité du souvenir, réunit une communauté unie par le respect et l’admiration pour l’homme qui a donné sa vie pour sauver celles d’autrui. Un acte de courage qui transcende les frontières et les cœurs.
450.fm souhaite mettre en lumière la solennité et le respect qui ont marqué la cérémonie organisée en son honneur à la Grande Loge de France, son obédience.
Thierry Zaveroni, grand maître
Cet événement a non seulement souligné l’unité et le rassemblement autour des valeurs de courage et de sacrifice, mais a également vu la participation de personnalités marquantes, dont Thierry Zaveroni, grand maître de la Grande Loge de France, ainsi que d’une délégation du Conseil Fédéral.
Il commença, après un accueil chaleureux et des remerciements adressés aux organisateurs de cette matinée, par rappeler que cet homme exceptionnel qu’est Arnaud Beltrame Arnaud Beltrame appartient déjà à l’Histoire de France.
Un frère éminent de la Grande Loge de France dont l’exemple de son sacrifice doit continuer à guider l’action des frères et, avec elle, les valeurs les plus essentielles.
Membre de l’obédience et, à ce titre, il constitue une des illustrations les plus éloquentes de l’héroïsme, comme Pierre Brossolette jadis, comme les sept Compagnons de la Libération, comme tous les francs-maçons qui périrent aux champs d’honneur de la Grande Guerre, comme Henri Colignon, haut fonctionnaire, qui fut, en s’engageant, à près de 60 ans, comme simple soldat au début de la Première Guerre mondiale, un exemple remarquable de dévouement et de courage. Malheureusement, moins d’un an après son engagement, il est tué, son sacrifice illustrant l’esprit de service et le sens du devoir qui caractérisent de nombreux héros méconnus de la guerre.
Hommage au Colonel Arnaud Beltrame à la Grande Loge de France
Le grand maître cite aussi Servitude et grandeur militaires, un ensemble de récits et de méditations philosophiques d’Alfred de Vigny – lui-même ancien officier de l’armée –,
Pour le plus jeunes maçons, ils apprendrons que le sacrifice d’une vie fait intégralement partie de ce sens du devoir intrinsèque à l’engagement initiatique nous commandant de laisser notre égo de côté. Et ce afin de participer pleinement et activement à la construction de ce temple de la fraternité, de l’éthique…
Thierry Zaveroni précise aussi qu’un temple porte le nom d’Arnaud Beltrame, orné de son buste à l’extérieur.
Au cœur de cette cérémonie, des instants musicaux au saxophone ténor puis à la clarinette viennent ponctuer les discours, créant des parenthèses émotionnelles uniques. Dans ce contexte, la musique devient un vecteur puissant de mémoire et d’émotion, tissant un lien indéfectible entre les âmes rassemblées pour honorer la mémoire d’Arnaud Beltrame, cette lumière d’héroïsme dans l’obscurité du mal.
Lorsque les premières notes du saxophone ténor s’élèvent dans l’air, une onde de choc émotionnelle traverse l’assistance. Le timbre riche et profond de l’instrument, avec sa capacité unique à évoquer à la fois mélancolie et nostalgie enveloppe le public.
Dans ces instants, la musique agit comme un pont entre le cœur et l’esprit, facilitant une communion intime entre les participants, unis dans le souvenir et le respect.
La parole est ensuite donnée au très respectable frère Jean-Pierre Thomas, délégué auprès du grand maître à la culture.
Jean-Pierre Thomas
Nous reproduisons, avec son accord, l’intégralité de ses propos :
« Arnaud Beltrame, la Franc-Maçonnerie Écossiste, l’honneur et le devoir.
Il s’appelait Arnaud Beltrame, porteur d’un prénom qui pût être, jadis, celui d’un chevalier, et d’un nom en trois syllabes sonnant comme un étendard. Il était militaire parce qu’il avait choisi de servir, c’est-à-dire mettre toute sa vie à la disposition des autres, de la patrie, d’un idéal qu’on appelle l’honneur, comme tant d’autres avant lui et tant d’autres après lui, ayant mis leur ego sous le boisseau pour transcender leur existence. Cette volonté inébranlable, elle transparaissait dans le regard de ses yeux clairs et hérités de son adolescence bretonne, la couleur de l’océan.
Shako, Saint-Cyr
Il s’appelait Arnaud Beltrame, il était un ancien de l’Institut supérieur de commerce de Paris, un ancien de l’Institut Européen de l’Intelligence économique, un ancien de Saint-Cyr, un ancien de l’École d’Artillerie, un ancien de l’École interarmes, un ancien de l’École Nationale de la Gendarmerie, major de sa promotion.
Il s’appelait Arnaud Beltrame et il était un officier supérieur d’exception, autant apprécié de ses subordonnés que de ses chefs. Au fil de ses affectations successives, de Tarbes à Satory, d’Avranches à Paris, de Nanterre à Carcassonne, ce sujet d’élite porta partout haut et fort les valeurs de son arme au service du droit, de la justice et de la République, de la démocratie.
Il s’appelait Arnaud Beltrame et il était franc-maçon de la Grande Loge de France, membre de la Respectable Loge Jérôme Bonaparte à l’Orient de Rueil-Malmaison, où il avait été initié en 2008. Sur les colonnes de celles-ci, ses frères, en apprenant sa fin, ne furent pas surpris, car ils le savaient capables d’aller jusqu’au bout de ses engagements. Nul plus que lui n’avait sans doute autant assimilé la notion de devoir si essentielle au Rite Écossais Ancien et Accepté, ni celle d’exemplarité qui lui est consubstantielle, et ce en parfaite corrélation avec sa foi chrétienne, prouvant, si besoin était, que ces deux engagements ne sont nullement incompatibles, comme le croient ou le disent certains à tort, puisqu’ici en effet, chacun, croyant ou incroyants, respectent les convictions spirituelles de lourdes, comme il accepte toutes les idées dès lors qu’elles permettent de progresser dans les voies de la sagesse et de la connaissance.
Il s’appelait Arnaud Beltrame et le 24 mars 2018, à Trèbes en Languedoc, son destin fut brisé à quarante-quatre ans, dès lors que de sa libre volonté, il prit la place d’une otage, retenue par un terroriste islamiste qu’il pensait pouvoir raisonner ou vaincre, mais qui, in fine, le tua d’un coup de poignard et l’acheva de quatre balles.
Oui, Arnaud Beltrame se sacrifia – le mot n’est pas trop fort ! – pour sauver une vie, montrant par là qu’il n’y a aucune limite dès lors qu’il s’agit de préserver la dignité d’une existence pour le sens de laquelle, comme le maître Hiram, il donna la sienne sans hésiter, sans trembler et sans faillir.
Et voilà pourquoi, mon frère Arnaud, six ans plus tard, nous célébrons ta mémoire en ce jour anniversaire, devant ton buste devant la porte du temple qui, désormais, commémore ton nom, devant la plaque de nos sept frères, compagnons de la Libération, membres comme toi dès notre obédience, et qui en leur temps, firent passer les intérêts de la Nation avant les leurs ; devant les cent cinquante lieux publics qui te sont dédiés, de Paris à sens, d’Avignon à Versailles, d’Évreux à Montfermeil et tant d’autres encore ; devant la bande dessinée consacrée à ta vie ; devant ta cravate de commandeur de la Légion d’honneur dont la République t’a honorée pour ta mort, en héros, dans l’accomplissement de ton devoir face à un terroriste imbécile ignare et incapable de comprendre. Les valeurs humanistes que tu as défendues jusqu’au bout, et avec elle celle de la Fraternité universelle entre les hommes. Et nous continuerons à défendre après toi, en pleine communion avec toi parce que ce combat, entre l’Équerre et le Compas est juste et vrai ; nous ne serions en douter l’espace d’une seconde.
C’est pourquoi enfin, je laisse les admirables vers de Charles Péguy, lui aussi sacrifié dans un autre combat, accompagner ton souvenir à jamais présent dans nos cœurs comme dans nos esprits :
« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle, Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre. Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre. Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle.
Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,/Couchés dessus le sol à la face de Dieu./Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu,Parmi tout l’appareil des grandes funérailles. […]
Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles, Couchés dessus le sol à la face de Dieu. Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu, Parmi tout l’appareil des grandes funérailles… »
Jean-Laurent Turbet, 2e grand maître adjoint
Puis vint le tour d’orateurs tels Jean-Laurent Turbet, 2e grand maître adjoint, Philippe Foussier, grand maître du Grand Orient de France de 2017 à 2018, ou encore Dominique Losay, délégué auprès du grand maître à la culture (événementiels).
Puis, le vénérable Maître de la loge « Stella Maris » à l’orient de Marseille, entame la récitation. Les mots du poème, spécialement composés pour cet instant, s’élèvent et remplissent l’espace, vibrants et poignants. Chaque strophe dédiée à Arnaud Beltrame tisse une trame d’images et d’émotions, capturant les traits d’un héros de notre temps. Les vers du poème font écho dans les cœurs et les esprits, rendant hommage non seulement à l’homme, mais aussi à son acte d’abnégation. C’est un hommage qui transcende les mots, car il célèbre la force de l’esprit humain et la persévérance de l’âme. Ce poème, par sa dédicace, devient un lien éternel entre Arnaud Beltrame et la communauté qu’il a inspirée par son courage.
Ensuite, l’assistance put assister au dépôt de gerbe.
Derrière le buste d’Arnaud Beltrame, un mur commémoratif porte les noms des frères de la Grande Loge disparus au combat, gravés sur une vaste plaque noire qui capte l’éclat des lumières environnantes. Les noms énumérés, éclatants sur le fond sombre, rendent un hommage éternel aux vies données pour la liberté et les idéaux de la fraternité. Cet alignement solennel de noms rappelle la continuité du sacrifice, du passé jusqu’à l’acte héroïque récent d’Arnaud Beltrame, liant ainsi le présent au fil intemporel du courage et du devoir.
Ce moment de dépôt de gerbe est chargé d’une émotion contenue, où chaque détail est imprégné d’un respect mêlé de tristesse et d’honneur. C’est un tableau à la mémoire des morts de l’obédience qui parle d’un deuil partagé mais aussi d’une reconnaissance commune pour les héros de l’ombre, ceux qui ont façonné, par leur sacrifice, l’histoire et les valeurs de la Grande Loge de France.
Un verre de la fraternité clôtura la cérémonie d’hommage à notre frère Arnaud Beltrame.
Pour que les légendes ne meurent pas, il faut sans cesse les réinventer Et les raconter.
La légende d’Hiram nous dit que trois Compagnons malhonnêtes l’agressent pour obtenir de lui les « mots de passe » du salaire de Maître. Le digne et glorieux architecte n’obéit pas à l’injonction de ces crapules. Il est ainsi assassiné sous leurs coups, à la sortie du Temple en fin de construction, sans avoir parlé. Ces mots précieux car porteurs d’une symbolique sacrée, partent ainsi à jamais dans la tombe avec Hiram. A sa mémoire, le roi Salomon en garde le principe. Ils les remplacent par « les mots substitués » (dont les initiales décorent nos tabliers). Même ainsi nommés avec élégance dans un cadre fictionnel, ils sont interprétables comme une contre-vérité, pour ne pas dire, si je puis me permettre, un mensonge, involontaire en l’occurrence !
Métaphoriquement, « ces paroles de remplacement » illustrent fort bien un phénomène qui jalonne l’histoire de l’Homme. En manque d’origine, conscient de sa petitesse, de sa faiblesse, à la merci des éléments d’une nature souvent hostile, il a progressivement peuplé le ciel de divinités parfaites et toutes puissantes puis d’êtres extraordinaires et d’histoires fantastiques. Autant de faits compensateurs et propices à l’identification, certes illusoires mais bienfaisants, rassurants pour son mental apeuré.
Le mensonge, sport national
Ainsi sont nés le récit (tel le précité) et avec lui, le mythe, la fable, le conte, le roman, l’allégorie, la religion et ses dogmes. A visée de protection et pour apaiser de la sorte son angoisse existentielle. Sans cette « reliance artificielle » au monde de la fiction, au vrai grâce à son imagination – qui n’a jamais été aussi fertile – il est certain que l’espèce humaine n’aurait pas traversé le temps, jusqu’à ce XXIème siècle débutant !
Oui mais…qui dit inventions, dit à la fois, créations matérielles de plus en plus performantes et productions « des choses de l’esprit » à l’avenant ! La vérité est au fonds du puits dit une autre légende…et elle a bien du mal à remonter à la surface, dans nombre de cas de la vie courante ! Parce que, précisément, notre intellect, peut avoir tendance à mélanger la fiction et le réel ! Et ce qu’il faut bien à nouveau nommer le mensonge, est devenu, remarquons-le, une forme de « sport national « dans la cité !
Aussi bien dans les domaines éducatifs, économiques ou sportifs, que dans ceux de la culture, de la politique ou de l’information médiatisée, que de mensonges sont répandus ! C’est ainsi, par plaisir, par goût de l’affabulation, par besoin d’enjoliver le quotidien, par provocation, par calcul, par méconnaissance voire par malveillance aussi, l’homo Sapiens, doté de la parole, peut éprouver le besoin de la travestir. En un mot, de mentir ! Souvent pour se valoriser, parfois aussi, notons-le à décharge, par impérieuse nécessité. Pour aider ou sauver quelqu’un. Le mensonge a aussi son utilité, voire sa noblesse !
La mode des narratifs
« Ne vous payez pas de mots. N’accordez à quiconque une confiance aveugle, mais écoutez tous les hommes avec attention et déférence. Ayez la ferme résolution de les comprendre. Respectez toutes les opinions mais ne les déclarez justes qu’après en avoir fait vous-même un examen approfondi. Ne profanez pas le mot Vérité ».
Nous y voilà, francs-maçons et franc-maçonnes de notre état, nous sommes judicieusement prévenus par nos rituels, tel celui ci-dessus : il nous est conseillé, dans et au sortir de la loge et la cité regagnée, de nous méfier des « narratifs » (mot à la mode) ! ambiants, de « faire le tri entre le vrai et le faux. En clair de lutter contre les fausses nouvelles, ces fameuses « fake news », comme on dit aujourd’hui. Telles des anguilles, elles savent se faufiler dans toutes les eaux !
En acceptant de nous confronter aux faits par une observation et une écoute attentives – ces instruments indispensables de la réflexion – nous avons à accomplir un « devoir de vérité ». Qu’est-ce à dire ? Qu’il nous revient, calmement certes – soldats aux mains nues que nous sommes – de dénoncer néanmoins lesdits mensonges, afin d’exercer notre sens critique. Reconnaissons-le, celui-ci est en grave régression aujourd’hui. En loge et au dehors, souvent :
Par désir de non-confrontation,
Par crainte pour quelque avancement parfois,
Pour faire plaisir à un bavard qui a l’occasion de « s’écouter parler »,
Par paresse intellectuelle même,
Tout simplement, nous demeurons silencieux !
Le devoir de vérité
Dans l’exercice de ce « devoir de vérité », il est impossible de ne pas citer les affreux mensonges que déversent les « réseaux sociaux » dans nos ordinateurs, certes pour qui prend le temps de les consulter. Mais comment rester insensible, impassible devant ces tombereaux de méchancetés circulantes et autres complotismes destructeurs, à même de détruire des êtres et leur réputation de bons citoyens ?! Quand ce ne sont pas à des héros morts pour la France ou à des faits historiques reconnus, auxquels ces « justiciers publics » planqués lâchement derrière leurs écrans », s’attaquent sans vergogne !
A titre d’exemple, pour ne citer que la dernière guerre, lorsqu’on doute de l’action dans l’ombre de la Résistance sur tout le territoire, c’est 150 000 volontaires et 270 réseaux que l’on nie, et 20 000 morts, dont 1200 francs-maçons que l’on oublie. Et c’est Jean Moulin que l’on torture et fusille une deuxième fois ! Les plaques de marbre commémoratives dans les halls des Obédiences nous rappellent pourtant à ce « devoir de vérité » devenu « devoir de mémoire ». !
Lorsqu’on évoque la libération de la France par les vaillantes armées américaine, anglaise, canadienne et amérindienne (70 000 hommes), il ne faut pas omettre les 20 000 soldats français de la Division du Général Leclerc (2ème DB) également arrivés en Normandie par bateaux. Tout comme les 75 000 hommes regroupés par le Général Delattre de Tassigny sur les côtes méditerranéennes, qui ont ainsi pris l’ennemi en tenaille.
Winston Churchill
Cette libération du pays commencée à l’Ouest le 6 juin 1944 en Normandie (Opération Overlord) et le 17 août 1944 en Provence (Opération Dragoon) par les troupes alliées s’est terminée le 8 juin 1945 à Berlin, avec la capitulation de l’Allemagne, stoppée à l’Est par l’armée soviétique. Sans les FFI (Forces Françaises de l’intérieur) qui avaient du mieux possible, « préparé le terrain occupé », notamment avec les sabotages de centres opérationnels ennemis, ladite Libération de la France, dirigée de Londres par un Etat-major (Le Commandant suprême des forces alliées, le Général Eisenhower, le premier ministre Winston Churchill et le Général de Gaulle) aurait sans aucun doute, été encore beaucoup plus longue et compliquée.
Seconde Guerre mondiale 1939-45 24 octobre 1940 Adolf Hitler accueille le chef de l’État français, le maréchal Henri Philippe Pétain à Montoire-sur-le-Loir. Au milieu, l’envoyé interprète en chef Dr. Paul Schmidt. À droite, le ministre des Affaires étrangères du Reich Joachim von Ribbentrop.
Pour mon humble part, avec un père, protecteur de personnes étrangères pendant cette deuxième guerre mondiale et acteur de la Libération de Paris, un frère, maquisard pendant 4 ans, et un cousin de 18 ans déporté en Allemagne, je peux me permettre d’affirmer l’existence et l’importance de la Résistance intérieure. L’enfant de 10 ans que j’étais à cette époque en a vécu – de surcroît sous les bombardements en banlieue parisienne – certaines actions périlleuses locales, qui m’ont marqué à vie.
Ceux qui persistent à douter de ces faits passés – comme ils continuent de penser que les chambres à gaz n’ont jamais existé en Pologne occupée en 1942 et 1943, où ont été exterminés 900 000 juifs – sont souvent les mêmes qui affirment aujourd’hui que l’homme n’a jamais été sur la lune le 20 juillet 1969 (un franc-maçon, Buzz Aldrin, récemment décédé, faisait partie de l’équipage qui a « aluni)).
Du doute aux croyances
Certes le doute nous est fortement recommandé en franc-maçonnerie, à juste raison, nous le savons. Il est même nécessaire à notre appareil psychique, comme « préventif analytique » avant d’acquérir la preuve de la réalité des circonstances en cause… ou leur inexistence. Mais lorsque ce doute est systématique et conduit les sceptiques au soupçon en toute chose, la pathologie névrotique peut alors être également…soupçonnée !
Micro BFM posé par terre
Certes, en cette période où les médias eux-mêmes se font piéger par ces funestes « fake news », il s’agit d’être prudent, voire méfiant à l’audition des « nouvelles » quotidiennes. Mais lorsque les faits historiques passés ont été ou sont parfaitement et honnêtement démontrés, il y a lieu de dominer ses réticences et de « faire confiance » à l’indiscutable !
Authentifier un fait, c’est se respecter. A l’inverse, l’orgueil – cette qualité qui peut devenir défaut en basculant dans la vanité – consistant à soutenir une fausse information et incitant parfois à désirer avoir raison coûte que coûte quand il s’agit avant tout de raisonner… est à bannir. C’est une attitude qui n’a pas sa place, ni en maçonnerie, ni dans la cité.
Nous abordons ici le domaine délicat du « croire » et des croyances. Souvenons-nous, la première d’entre elles est la croyance au Père Noël : une ferveur qui nous renvoie au pays « magique » de notre enfance. Puis vient en grandissant la croyance ou pas en une ou des divinités, inculquée en famille ou par l’extérieur. Nous le savons, il y a autant de preuves que Dieu existe ou qu’il n’existe pas. Les astrophysiciens les cherchent dans l’immensité céleste qui semble reculer au fur et à mesure de leur progression ! Et apparaissent dans leurs télescopes géants, toujours plus de nouvelles galaxies. L’inaccessible étoile est toujours en vue ….
La boussole de la raison
Pour notre humble part, c’est donc avec une frustration et une interrogation que nous avons progressivement pris place dans le monde des terriens ordinaires qui est aussi celui de… l’invisible : Ce qui s’est traduit par retrait de nos chaussures de la cheminée puis prolongé par le mystère au sujet d’un éventuel Etre Suprême, au-dessus de nos têtes. Adultes devenus, surprise et contrainte à la fois, une apparition a surgi devant nos yeux, sous forme d’une réalité de la vie : le choix permanent à faire en toute chose, selon nos convictions, apprises ou acquises. Constat de ce cheminement, le besoin d’un indispensable accessoire mental : la boussole de la raison. Elle est, plus que jamais, notre meilleur guide dans le quotidien actuel de nos incertitudes !
« Dis-moi quel est ton conte de fée préféré, et je te dirai qui tu es !», assure le psychologue Bruno Bettelheim. Cette affirmation d’un « professionnel de l’âme » tendrait à accréditer l’idée que nous gardons, blottie au fond de nous-mêmes « quelque chose de juvénile », si ce n’est cet enfant qui veut garder le « désir de croire », même à l’incroyable . Un enfant qui se demande donc (inconsciemment ?) ce qu’il fait dans la peau d’un adulte !
Les sciences de l’homme, de l’anthropologie à la psychanalyse, nous disent, chacune dans leur langage que, en fait, nous demeurons toute notre vie de « grands enfants ». Puissions-nous continuer à vivre le monde, le regard illuminé par les étincelles du « merveilleux » de ce paradis lointain !« L’enfance est un lieu auquel on ne retourne pas mais qu’en réalité on ne quitte jamais. » (Rosa Montero, romancière, journaliste) Il est certain qu’il convient d’en garder cet attribut qui en faisait les délices : la curiosité. C’est le plaisir de la recherche – autrement dit de l’attente fébrile, de l’obstination méticuleuse, de la supposition, du rêve… – davantage que la découverte, en soi ici « terminus de l’imaginaire « – qui en fait « le sel » ! Ainsi le mystère du monstre du Loch Ness, de l’yéti, l’abominable homme des neiges au Tibet, des soucoupes volantes et des extra-terrestres, entre autres énigmes, n’existe pas pour être résolu mais…entretenu. La science, le journalisme spécialisé, les arts divinatoires, les religions s’efforcent, très sérieusement pour certains, avec des théories « fumeuses » pour d’autres, d’apporter des réponses. La franc-maçonnerie, elle, apporte des questions. C’est bien l’un de ses intérêts !
De la vérité à la véracité
Enquête de vérité
C’est notre caractéristique humaine, nous sommes « taraudés » par un POURQUOI ? depuis que l’évolution a créé l’espèce animale et nous a donné cette intelligence de témoins de l’univers. Derniers arrivés du « Vivant », après, notamment, les règnes minéral et végétal, nous voulons tout savoir : Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? Au philosophe Emmanuel Kant d’ajouter : « Que puis-je connaître ? », « Que dois-je faire ? », « Que m’est-il permis d’espérer ? » Autrement dit « Quel est le sens de ma vie ? de la vie ?
La lucidité nous fait répondre que la vie n’a aucun sens. La responsabilité, elle, nous invite à contrôler notre parole puisque nous en sommes dotés. De la sorte si la Vérité (majusculée !) de l’Univers et la « clé du vivant » ne sont pas (encore ?) à notre portée, le « dire vrai », l’exactitude du propos – tels que nous voyons, faisons, et interprétons nos actes – nous incombe. Notre crédibilité parmi nos semblables est à ce prix. Conter, raconter, oui, mais pas n’importe quoi et par négation, notamment ce qui peut nuire à autrui et le blesser, voire le tuer ! Les mots sont des caresses ou des projectiles ! D’où, ce « devoir de vérité » précité que je préfère finalement nommer par honnêteté et modestie « devoir de véracité ». Le verbe fait ce qu’il peut pour décrire les faits, mais n’en ait que l’ombre, si je puis dire : l’important est qu’il soit au moins sincère, de bonne foi, après vérification de son application pratique !
L’Homme ne s’est pas créé lui-même. Il est la solution mais pas le problème. D’où son invention de cet outil vital, la fiction, sous toutes ses formes, – de Dieu à notre calendrier, de notre identité à notre généalogie supposée – de nos fêtes et anniversaires – pour nous singulariser et nous situer dans ces inconnus que sont encore l’espace et le temps. Même expliqués par Einstein, physicien à la fois génial, clairvoyant et espiègle. Nous avons besoin de pain, d’un passé et d’une raison d’être. De sens, précisément.
Par nos désirs, par nos réalisations, par nos rencontres – autant d’aventures humaines et souvent d’étonnants parcours individuels – nous sommes toutes et tous des « romans vivants » ! Pour exister mieux que vivre !
La Grande Loge féminine de France (GLFF) présente une initiative remarquable à travers sa collection « Voix d’initiées ».
Cette série d’ouvrages est une fenêtre ouverte sur la profondeur et la diversité des réflexions menés en son sein. L’objectif de cette collection est double : faire connaître au grand public les travaux et les pensées des membres de la GLFF, tout en créant un espace d’échange et de partage autour des valeurs et des questions qui animent la franc-maçonnerie. Cet article propose une exploration de la collection, Mettant en lumière son importance dans la diffusion des idées et la promotion du bien commun, la collection « Voix d’initiées » est une contribution significative à la culture et à la réflexion contemporaines. En rassemblant des voix diverses autour de sujets variés, elle témoigne de la richesse de la pensée maçonnique et de son application dans la quête du bien commun. Les ouvrages proposés – au nombre de 24 à ce jour – offrent non seulement une source d’inspiration pour les lecteurs mais ouvrent également des horizons de réflexion nouveaux, invitant chacune à une participation active dans les débats et les enjeux de notre temps.
Corinne Drescher-Lenoir
Afin d’en savoir plus sur cette initiative éditoriale unique, Corinne Drescher-Lenoir, actuelle directrice de « Voix d’initiées » de la Grande Loge Féminine de France, a accordé à 450.fm une interview exclusive pour en savoir plus sur cette initiative éditoriale unique.
450.fm : Quelle est l’histoire derrière la création de la collection « Voix d’initiées » et quels ont été les principaux moteurs et inspirations pour sa mise en place ?
« Louise Michel », le 1er numéro de la collection
Corinne Drescher-Lenoir : C’est à Denise Oberlin que l’on doit l’idée de construire une ligne éditoriale propre à la GLFF pendant sa présidence. Elle disait alors, il y a des trésors dans les tiroirs des franc-maçonnes de l’obédience qu’il faut faire connaître au grand public. Il se trouve qu’en 2011, à l’occasion des 140 ans de la commune, la GLFF a inauguré une journée d’hommage à Louise Michel le jour du 1er mai, qui depuis se renouvelle chaque année. C’est ainsi qu’est née l’envie de lui consacrer un ouvrage auquel ont contribué entre autres, notre loge Louise Michel, Yvette Roudy qui est un de ses membres et Nicole Foussat qui a apporté ses compétences historiques. C’est le moment où je suis montée au Conseil fédéral en même temps que Marie Dominique Massoni et elle a offert immédiatement son expérience de l’écriture et sa connaissance de l’édition pour construire ce qui est devenu le numéro un de notre collection. Le titre choisi, Louise Michel, une femme debout , était finalement une belle base pour l’avenir.
450.fm : Pouvez-vous nous expliquer les objectifs principaux que vous vous êtes fixés avec la publication de cette collection et comment contribue-t-elle à la mission de la Grande Loge Féminine de France ?
C. D.-L. : C’est à Marie-Dominique Massoni, qui en fût la première directrice de publication, que l’on doit l’esprit de notre collection. Il avait été un moment envisagé d’y publier nos questions à l’étude des loges, mais elle s’y est opposée en préférant une façon plus vivante de construire les livres en concrétisant un adage cher aux franc-maçonnes et franc-maçons, Rassembler ce qui est épars.
Marie-Dominique Massoni
Si chaque livre est porteur d’une pensée collective, il ne s’agit toutefois pas d’une compilation de textes autour d’une thématique donnée comme le fait une revue ni d’une simple synthèse qui serait totalement réductrice. Le travail d’écriture de chaque ouvrage participe d’une mise en commun de la pensée tout en portant la subjectivité et forcément la personnalité de la ou des autrices en charge de sa conception. Elles apportent leur propre réflexion dans la rédaction tout en se faisant les porte-voix des contributions diverses qu’elles reçoivent et qui seront reprises totalement ou partiellement pour enrichir les chapitres. Les autrices vont donc tenir compte des idées forces qui leur remontent, elles vont s’appuyer sur le pluralisme des points de vue des contributions des loges, les apports individuels, mais aussi les documents d’archives de l’obédience pour nourrir le propos.
Visuel du 1er au 12e numéro
Si les ouvrages contiennent des réflexions philosophiques ou historiques, ils sont aussi parsemés de textes personnels voire poétiques, qui en apportant de la chair ou de l’émotion, vont faire vibrer l’imaginaire ou toucher une corde souvent plus parlante que de longues dissertations intellectuelles. Les livres font également appel à la créativité des participantes qui peuvent aussi fournir, dessins, tableaux, photos, qui constituent la grande majorité des illustrations. Ceci donne à nos livres une couleur particulière en abordant les problèmes sociaux ou l’histoire humaine avec un regard et une parole de franc-maçonne, finalement tel que nous pouvons le vivre en loge, cela éclaire parfaitement le nom « Voix d’initiées » que nous avons choisi pour la collection.
450.fm : Comment les thèmes et les auteures sont choisis (collectif, etc.)pour ouvrage ? Existe-t-il un processus particulier ?
C. D.-L. : C’est un processus qui a bien sûr évolué en même temps que la collection qui en est à son 24ème ouvrage à paraître en juin 2024. Les trois premiers thèmes ont été choisis par le Conseil Fédéral, puisqu’il fallait bien démarrer. C’est ainsi que Françoise Carer, élue la même année que nous au conseil fédéral, a pris en charge le livre sur les violences faites aux femmes, grâce à sa formation de professeure de français mais surtout grâce à son engagement pour les droits des femmes au sein de l’obédience et dans des associations extérieures et c’est ainsi aussi que je me suis personnellement proposée, en tant que gynécologue obstétricienne pour la conception de celui sur la santé des femmes. Périlleuse aventure où il a fallu réveiller un goût ancien pour l’écriture et une mobilisation de plusieurs mois de travail.
Dès les opus suivants nous avons pu faire appel aux contributions des loges et ensuite faire voter en assemblée générale les thèmes que les loges souhaitaient voir traités afin que ce soit vraiment la voix de la GLFF. Cela nous a permis aussi au fur et à mesure des rencontres de repérer les sœurs qui avaient une plume ou l’habitude de l’écriture en raison de leur profession et surtout qui acceptaient de ne pas chercher à se faire un nom mais de se mettre au service de l’obédience pour écrire dans l’esprit de la collection. C’est ainsi que se développe encore notre pôle d’autrices et aussi de correctrices. Je mets à part les livres qui sont totalement pris en charge par les commissions même si notre rôle est de les guider également pour s’adapter au format de la collection.
450.fm : De quelle façon la collection « Voix d’initiées » contribue-t-elle à l’enrichir le champ de réflexion et la pratique de la franc-maçonnerie, tant au sein de la GLFF qu’à l’extérieur ?
C. D.-L. : C’est l’esprit propre à cette collection qui permet d’enrichir la réflexion en interne, puisqu’il est fait un appel à la contribution de toutes. Certaines sœurs nous envoient régulièrement des textes ou certaines loges sont devenues des contributrices régulières en bâtissant des commissions de travail sur les thèmes qui les intéressent. Nous savons qu’elles offrent nos ouvrages aux profanes qui s’intéressent à notre démarche ou comme cadeau d’accueil pour les initiations ou passage de grade. Ce qui est une façon de sensibiliser à notre démarche. Nous organisons également des ventes de nos ouvrages lors de nos conférences publiques, pour les journées du patrimoine etc. C’est un peu notre vitrine et un témoignage de notre « formation à penser » si j’ose dire.
Je suis assez fière de constater que grâce à Cris, révoltes et dévoilements nous avons parlé des violences faites aux femmes bien avant #Me Too, ce livre ayant reçu le prix Essais de l’Institut Maçonnique de France (IMF) au Salon Maçonnique du Livre de Paris en 2012. De même grâce à Du destin biologique à la liberté, la santé des femmes nous avions un regard spécifique de femmes et de franc-maçonnes à transmettre bien sûr sur la santé lorsqu’elle nous concerne, que ce soit sur la maternité choisie ou refusée, la place des aidants, où les femmes sont majoritaires, dans la maladie ou la fin de vie par exemple. Je peux continuer avec les deux tomes de la commission Laïcité qui abordent les questions d’actualité sur la place et les vicissitudes de la laïcité dans notre société, avec l’environnement grâce à l’ouvrage L’eau, la vie, les femmes, où les loges africaines ont pu transmettre leur vécu de l’eau, car ce sont bien les femmes qui sont chargées de faire des kilomètres pour chercher au puits l’eau nécessaire à la vie.
Ce livre reflète aussi notre préoccupation face aux menaces qui pèsent sur l’humanité avec le stress hydrique qui se profile, la pollution des mers etc. Cela me permet de noter que notre commission des vœux avait organisé un colloque sur l’éthique de sobriété en 2014, bien avant que ce mot soit à la mode. Chacun de nos thèmes aborde une facette de ce qui concerne les franc-maçonnes, y compris sur le plan symbolique de la démarche initiatique bien sûr car il s’agit de rendre compte de la méthode propre à l’initiation maçonnique, un chemin vers soi et vers l’autre, un apprentissage de l’écoute, un éveil de la conscience, une progression personnelle appuyée sur le collectif.
Bandeau Facebook Grande Loge Féminine de France – Officiel
Toutefois nous évitons d’employer un jargon maçonnique et de faire de nos livres des outils d’analyse des rituels qui, tout en dévoilant ce qui doit la plupart du temps rester à l’intérieur des loges, est de toute façon souvent incompréhensible pour qui n’est pas initié. Ce type de livres est déjà très bien fait par d’autres.
450.fm : Comment la collection est-elle reçue par le grand public et les lecteurs extérieurs à la franc-maçonnerie et quels sont les principaux défis que vous rencontrez dans la gestion et le développement de la collection ?
C. D.-L. : Lors de nos évènements publics, nous rencontrons bien sûr un certain intérêt pour nos livres. Je tiens personnellement chaque année la table de vente aux journées du patrimoine et c’est une occasion d’échanger avec les visiteuses et visiteurs qui s’intéressent à nous et en profitent pour poser de multiples questions.
Nos livres sont accessibles par internet sur le site de l’éditeur Conform qui reçoit des commandes mais comme tous les livres maçonniques cela reste un « marché de niche » comme on dit…La distribution et la mise en avant de nos livres, y compris dans les librairies spécialisées est un long chemin.
Notre défi majeur est d’obtenir une certaine reconnaissance y compris parmi nos frères et sœurs…, j’ai longtemps eu le sentiment que l’on regardait avec une certaine condescendance nos ouvrages, du fait de leur petit format choisi, comme des « opuscules de nanas ».
450.fm : Vous mentionnez l’utilisation de documents d’archives dans le travail d’écriture. Quelle est l’importance desdites archives dans la construction de vos ouvrages ?
C. D.-L. : Ce fut surtout vrai pour les premiers livres. Alors que nous n’avions pas encore de contributions, nous nous sommes appuyées sur les anciens travaux, colloques, questions à l’étude des loges. Je me souviens d’avoir ouvert de nombreux cartons d’archives pour mon premier livre sur la santé, il faut dire qu’à l’époque nos bureaux rue Vitruve possédaient une archiviste hors pair et tout était à portée de main. Hélas notre expansion et nos déménagements ont nécessité l’externalisation de toutes ces archives et c’est plus compliqué. Nous pouvons parfois utiliser les travaux publiés dans Le tracé , notre revue interne, qui est maintenant totalement numérisée depuis les premiers numéros. D’autre part les loges étant de plus en plus impliquées, elles nous envoient des réflexions d’actualité qui correspondent aussi à l’envie de prospective et de projets sur les thèmes choisis. Toutefois nous leur demandons aussi la transmission de travaux plus anciens, si ils existent sur le thème, c’est une façon de voir la progression ou la constance des idées.
450.fm : Comment voyez-vous l’évolution de la collection Voix d’initiées dans les années prochaines ? Y a-t-il des projets ou des directions nouvelles que vous envisagez d’explorer ?
C. D.-L. : Là je vais rester très modeste, Marie Dominique a souhaité me transmettre la responsabilité de la collection en 2018. Cette mission nous est attribuée par le conseil fédéral et nous nous chargeons surtout de la conception du contenu, même si nous pouvons avoir des rêves pour l’avenir de nos livres. C’est une collection obédientielle et c’est la GLFF qui publie et reçoit les droits d’auteur. Nous dépendons de ses décisions et projets ou de la façon dont elle propose sa politique de développement aux loges. L’obédience est un corps vivant et je ne me lancerai pas dans une projection à dix ans !
450.fm : La collection envisage-t-elle des collaborations avec des auteurs ou des chercheurs extérieurs à la franc-maçonnerie pour enrichir les perspectives offertes ?
C. D.-L. : Compte tenu de la philosophie de la collection « Voix d’initiées »c’est antinomique. Cela n’empêche pas que nous ne partons pas de rien et que nous nous appuyons sur les publications d’auteurs reconnus dans leurs différents domaines, il n’y a qu’à voir nos citations, notes de bas de pages ou bibliographies indicatives qui sont des bases sur lesquelles s’appuient également les réflexions des autrices.
450.fm : Quel est l’impact de la collection « Voix d’initiées » sur la recherche académique dans les domaines de la philosophie, de l’histoire et des études maçonniques ?
C. D.-L. : Ce n’est pas à moi de le dire, mais j’espère que lorsque l’on étudiera l’histoire et la spécificité de la franc-maçonnerie féminine on s’appuiera sur nos ouvrages qui sont le reflet de notre identité, même si je n’aime pas ce mot enfermant. Les membres de notre commission d’histoire par exemple ont beaucoup œuvré pour remettre les pendules à l’heure sur notre histoire grâce à nos archives internes de même que Françoise Moreillon par exemple est une des spécialistes reconnues de la franc-maçonnerie d’adoption. Qui peut mieux parler de nous que nous-mêmes ?
450.fm : Envisagez-vous de traduire les ouvrages de la collection en d’autres langues pour toucher un public international et promouvoir les travaux de la GLFF à l’étranger ?
C. D.-L. : Ce serait une belle idée, au moins d’abord pour nos loges à l’étranger qui pourraient s’appuyer sur nos publications pour se faire connaître. Je crois savoir qu’il y avait eu un projet comme cela de traduction en espagnol pour les loges féminines d’Amérique Latine mais j’avoue que ne sais pas ce que c’est devenu.
450.fm : Comment la collection Voix d’initiées interagit-elle avec les travaux et les publications d’autres obédiences maçonniques, tant en France qu’à l’international ? Y a-t-il des projets de collaboration ou d’échange ?
C. D.-L. : En ce qui concerne les relations avec les autres obédiences, je ne suis pas sûre qu’elles se préoccupent beaucoup de nos livres, elles ont elles-mêmes un gros travail pour développer leurs propres publications. Mais les salons du livre maçonnique sont une bonne base de départ. Nous avons un gros travail de reconnaissance à faire pour que nos autrices soient systématiquement sollicitées pour participer à des conférences et parler de leur livre, cela se fait, mais trop peu à mon goût. J’aimerais également que l’on pense plus souvent à inviter nos autrices pour parler de leur livre dans les journées ouvertes au public en complément de l’allocution de la Grande Maîtresse ou des élues qui s’expriment pour la GLFF.
Les Cahiers Bathilde Vérité N°1
Je suis interrogée ici sur « Voix d’initiées » mais la ligne éditoriale de la GLFF se développe également avec les « Cahiers de Bathilde » qui sont le reflet des travaux de notre toute jeune loge de recherche Bathilde-Vérité dont il se trouve que beaucoup de ses membres sont également des autrices de la collection « Voix d’initiées ». C’est une avancée à petits pas mais cela prouve que quand on commence à vouloir extérioriser notre pensée, sortir de nos loges et s’engager pour l’obédience, les limites sont tout doucement franchies. N’oublions pas que les femmes ont une place assez récente dans le paysage maçonnique, mais elles persévèrent.
Très chère sœur, très chère Corinne, au nom de toute l’équipe de 450.fm, nous tenons à exprimer notre profonde gratitude pour l’entretien que vous avez eu la générosité de nous accorder. Votre disponibilité et votre volonté de partager vos expériences et vos perspectives ont grandement enrichi notre contenu et, sans aucun doute, captivé nos fidèles lecteurs.
Merci encore pour votre temps, votre énergie et votre engagement à partager le merveilleux voyage de la collection « Voix d’initiées » avec nous.
La collection « Voix d’initiées » est disponible chez DETRAD et/ou Conform édition, entre autres.
Les Templiers ont mis en place un système bancaire avant-gardiste pour leur époque. Ils proposaient des services novateurs, tels que des prêts sans intérêt (en conformité avec les interdictions de l’Église), des lettres de change pour les pèlerins (permettant de voyager sans argent liquide) et la gestion d’un trésor centralisé. Ce système préfigurait les pratiques bancaires modernes, notamment le concept de banque sécurisée et de transferts financiers.
Les Templiers ont exercé une influence significative sur le système bancaire en Europe médiévale. Leur système de dépôt et de prêt d’argent offrait une sécurité et une fiabilité inégalées pour les déposants. Bien que l’idée de prêter de l’argent en échange d’intérêts fût initialement interdite par l’Église, les Templiers ont trouvé des stratégies pour contourner cette interdiction. Ils ont notamment utilisé le prêt sur la cargaison et le prêt à taux usuraire, dissimulé sous des opérations de change.
Les Templiers ont également développé un système de lettres de change, permettant aux voyageurs de se protéger contre les risques liés aux fluctuations des taux de change et aux frais de voyage. Ces lettres de change, rédigées en latin et signées par les agents des Templiers, garantissaient la valeur de l’argent déposé et permettaient de le récupérer à destination. De plus, les Templiers ont servi de banque pour les rois et les États, gérant leurs finances et leur trésorerie. Ils ont également pratiqué le prêt à intérêt, un facteur clé dans le développement des banques et du système financier en Europe.
Cependant, les Templiers ont également été impliqués dans des pratiques financières controversées, telles que le prêt à intérêt usuraire et la manipulation du marché des changes. Leur chute en 1307, lorsque le pape et le roi de France les ont accusés d’hérésie et de pratiques illégales, a marqué la fin de leur influence. En résumé, les Templiers ont joué un rôle essentiel dans l’émergence du système bancaire médiéval, mais leur histoire est également marquée par des controverses et des pratiques discutables.
Les Templiers ont exercé une influence significative sur le système bancaire en Europe médiévale. Ils ont développé un système de financement pour les croisades et ont également créé un système de lettres de change, permettant aux voyageurs de se protéger contre les risques liés aux fluctuations des taux de change et aux frais de voyage.
En outre, les Templiers ont servi de banque pour les rois et les États, gérant leurs finances et leur trésorerie. Ils ont également pratiqué le prêt à intérêt, un facteur clé dans le développement des banques et du système financier en Europe.
En résumé, les Templiers ont joué un rôle essentiel dans l’émergence du système bancaire médiéval, mais leur histoire est également marquée par des controverses et des pratiques discutables.
La conférence publique a lieu au temple maçonnique 19 Rue du Dr. Budin à Cannes Le samedi 13 Avril à 17h. Par l’ancienne Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France Marie Thérèse BESSON
Sur le Thème : Femme et Franc-Maçonne dans le monde d’aujourd’hui
La Franc-Maçonnerie se raconte difficilement parce qu’il faut la vivre. Ce qui est proposé est un tout, principalement fondé sur une démarche initiatique, un chemin progressif qui mérite d’être vécu : aller à la découverte de notre être profond pour y chercher nos propres réponses, soutenues pas à pas par les membres, et ensemble construire, SE construire.
La Grande Loge Féminine de France porte haut les valeurs de défense des droits des femmes, de laïcité, d’éthique et de bioéthique. Elle assure aux femmes une garantie d’émancipation et d’affranchissement de toute tutelle.
Vous êtes déjà posé la question : « quel sens donner à ma vie ? »
Etes-vous une femme en recherche de Vérité et de Justice,
Etes-vous une femme libre et responsable refusant les dogmes et le prêt à penser,
Une femme consciente de vos potentialités, qui désire œuvrer pour une société plus égalitaire, et qui ressent l’envie de donner une dimension spirituelle à sa vie ?
Aimeriez-vous cheminer avec d’autres femmes, de tous les horizons, de cultures, d’origines et de milieux sociaux et professionnels différents, pour tenter de répondre à vos interrogations – et aborder ensemble les grands thèmes sociétaux, loin du tumulte de la société…. Alors… assistez à cette conférence, et peut-être rejoindrez-vous la Grande Loge Féminine de France.
Sa spécificité : la non-mixité librement consentie et non discriminante : elle est une voie d’épanouissement pour une expression en toute liberté à la recherche de nos spécificités propres. Pour autant, la Grande Loge Féminine de France est ouverte à la diversité et accueille maçons et maçonnes d’autres obédiences pour partager leurs travaux.
Obédience adogmatique : la Grande Loge Féminine de France garantit la liberté de pensée, le refus de la pensée unique. C’est un appel à l’intuition, à l’imagination dont chacune est porteuse, affranchie de tout jugement.