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L’impact de la maçonnerie sur la convention constitutionnelle

Du site freemasonscommunity.life – Par Stewart Wilson Mineur, PGM

Le but de cet article est de suggérer comment et dans quelle mesure la franc-maçonnerie a exercé une influence sur les délégués et leur travail à la Convention constitutionnelle de Philadelphie, en Pennsylvanie, au cours de l’année historique de 1787. Un certain nombre de maçons ont assisté à la Convention, comme nous le savons. , et on nous dit que parmi les 39 signataires de la Loi fondamentale qu’ils ont produit, 13 ont été, à un moment de leur vie, associés à la maçonnerie. Parmi eux, 11 étaient francs-maçons au moment où ils ont participé à la Convention. À la suite de la Convention, deux autres, William Patterson du New Jersey et James McHenry du Maryland, devinrent maçons en 1791 et 1806 respectivement.

Cependant, mon intérêt ne porte pas sur les chiffres mais sur les idées. Qu’ont pensé les délégués et pourquoi ont-ils pensé ainsi ? Les pensées des maçons présents à la Convention se distinguaient-elles de celles de leurs homologues non-maçonniques et, si oui, leurs opinions étaient-elles façonnées par leurs expériences dans le métier ? Malheureusement, il n’est pas possible de répondre définitivement à ces questions en raison d’un certain nombre de circonstances atténuantes, parmi lesquelles la plus importante pourrait bien avoir été l’état encore instable de l’artisanat lui-même dans les dernières décennies du XVIIIe siècle, dans ce pays et à l’étranger. La structure, l’autorité, les coutumes et les courtoisies de la fraternité, dont la forme de Grande Loge ne datait que de 1717, étaient encore en évolution. Ainsi, dans les années comprises entre la formation de la première Grande Loge indépendante en Virginie en 1778 et la convocation de la Convention Constitutionnelle en 1787, la Maçonnerie vivait une période au cours de laquelle les Maçons actifs se préoccupaient principalement de l’établissement et de la réglementation de l’Artisanat. Et même en ce qui concerne ces objectifs restrictifs, ils ont relativement peu écrit.

Néanmoins, de nombreux étudiants en maçonnerie, malgré la nature fragmentaire des preuves disponibles, attribuent une grande importance politique à l’artisanat au XVIIIe siècle. Parmi ceux qui l’ont fait se trouve Bernard Fay, un éminent érudit qui a écrit en 1935 un long ouvrage intitulé « Révolution et franc-maçonnerie 1680-1800 ». Dans cet ouvrage, il remarquait que dès le Moyen Âge, la franc-maçonnerie en Angleterre était une force sociale. « Grâce à leurs secrets techniques recueillis aux quatre coins du monde, à la gloire acquise par leurs réalisations et aux nombreuses personnes formidables qui souhaitaient être affiliées à cette grande guilde », a-t-il déclaré, « les francs-maçons détenaient un pouvoir immense ». Il a observé qu’avec l’avènement de la Renaissance, une période de décadence a commencé et qu’en conséquence les maçons ont perdu une partie de leur pouvoir, tout en conservant leur popularité. Les gens construisaient moins, dit-il, mais ils philosophaient davantage, et il affirmait que les mystères de l’Artisanat, dont les membres semblaient posséder de puissants secrets, « piquaient l’intérêt et enflammaient l’imagination des gens.

. .»

Dans son examen de la formation de la Grande Loge Mère en Angleterre, Fay concluait que des décisions avaient été prises qui transformaient la maçonnerie professionnelle en maçonnerie philosophique, un changement qui incluait tous les hommes de bonne volonté parmi ses membres, « sans distinction de profession, de race, de religion ou de religion ». nationalité. » Ce changement a été mis en œuvre, affirme Fay, en grande partie grâce aux efforts de John Theophilous Desaugliers, qui voulait que le peuple lutte contre l’ignorance de l’homme. « Sous son influence », a déclaré Fay, « la franc-maçonnerie s’est organisée comme le grand centre des Lumières, qui devait dissiper les ténèbres du siècle et confondre à la fois les superstitions insensées de l’époque et l’obstination aveugle des athées. »

Fay voit la réorganisation de la maçonnerie en 1717, « une association qui a abandonné toutes ses préoccupations techniques et vise à se consacrer à la philosophie et à la bienveillance dans le but élevé de restaurer l’ordre social et moral en établissant une nouvelle discipline intellectuelle ». Son objectif, a-t-il déclaré, « était un renouvellement complet de toutes les valeurs acceptées et l’établissement d’un nouveau code moral ». Dans son nouveau rôle, « la maçonnerie ne se plaçait plus sur le terrain de la loyauté féodale et monarchique », a-t-il déclaré, affirmant que « la maçonnerie niait invariablement avoir quoi que ce soit à voir avec la politique, mais elle n’a jamais permis aux gouvernements de contrecarrer la réalisation ». de sa mission et, au tout début, a fermé toutes les Loges au contrôle de l’État.

Il faut reconnaître que Fay, en commentant la deuxième accusation des Constitutions d’Anderson (qui traite de la relation du maçon avec le magistrat civil, suprême et subordonné), n’a jamais prétendu que les maçons spéculatifs d’Angleterre utilisaient l’Artisanat pour obtenir des fins politiques. Et c’est ainsi qu’il devrait en être ainsi, car pendant toute la période allant de 1717, lorsque la Grande Loge Mère fut formée, à travers les années de la Convention Constitutionnelle en Amérique et au-delà, l’Art Anglais se préoccupa de problèmes plus banals qui, s’ils n’étaient pas résolus. , pourrait bien avoir détruit le vaisseau. Leurs préoccupations se concentraient sur l’unification de cinq Grandes Loges en une seule et sur l’obtention de l’unanimité sur les questions internes liées au traitement des candidats et à la perfection du rituel et des cérémonies de la franc-maçonnerie. C’est sur de tels sujets que se sont concentrés les écrits sur la maçonnerie au XVIIIe siècle en Angleterre, et ce, presque exclusivement.

Il est difficile de dire comment les expériences croissantes d’un métier spéculatif en Europe, principalement en Angleterre, en Écosse et en Irlande, ont influencé le modelage de la pensée maçonnique en Amérique. Il y a sans aucun doute eu une influence, à travers la création des Grandes Loges provinciales, à travers l’affrètement de Loges locales et à travers l’attribution de diplômes en Europe aux Américains qui y séjournaient pour affaires ou pour études.

De plus, les loges militaires rattachées aux forces armées britanniques en Amérique constituèrent des forces puissantes dans la propagation de la franc-maçonnerie dans cette partie du Nouveau Monde. Mais les archives de telles activités sont rares, comme l’a observé M/W Melvin M. Johnson, ancien grand maître du Massachusetts, dans son livre « Les débuts de la franc-maçonnerie en Amérique ». 

Il y note :

« Les premières Loges et Grandes Loges provinciales étaient négligentes quant à la tenue des registres. Même la Grande Loge Mère elle-même n’a pas de registre officiel pendant plus de six ans après son organisation. Et la première Grande Loge provinciale de l’hémisphère occidental, organisée à Boston, Massachusetts le 30 juillet 1933, n’a aucun rapport formel et continu écrit dans un livre au moment des événements enregistrés, jusqu’en 1750.

Il est clair que l’histoire de la franc-maçonnerie en Amérique, avant la création des Grandes Loges indépendantes, est incomplète, ce qui rend son interprétation précise impossible. Pourtant, dit Johnson, « trop d’historiens soi-disant maçonniques, depuis l’époque où ils auraient dû mieux savoir, ont ajouté la fiction à la fable et l’imagination aux deux, utilisant les erreurs manifestes de leurs prédécesseurs comme évangile, les rêves comme preuve et les suppositions ». comme preuve. »

C’est dans la perspective de ces sages paroles d’avertissement que j’ai récemment examiné un traité moderne intitulé « La franc-maçonnerie et la Constitution », dans lequel on lit un assortiment intéressant d’affirmations exagérées dans lesquelles vérité et fiction se mélangent. Dans ce document, il est déclaré que l’essor de la maçonnerie moderne a coïncidé avec la lutte pour un gouvernement constitutionnel et la croissance de la classe moyenne nouvellement développée ; que les ancêtres de notre Fraternité des deux côtés de l’Atlantique combattaient sans relâche les forces de l’autocratie et du régime de la foule ; que c’étaient les pensées de Sir Isaac Newton, Lord Bacon et John Locke que les décideurs de la Constitution de 1787 avaient à l’esprit ; que les philosophies qui sous-tendent la Constitution américaine et la franc-maçonnerie sont de nature identique ; que les principes de la franc-maçonnerie en ont fait la principale force sociale du XVIIIe siècle ; que les rédacteurs de la Constitution considéraient Montesquieu comme l’oracle de leur sagesse politique ; et que Washington et six Maçons, qui avaient été ou seraient finalement Grands Maîtres, ont travaillé avec d’autres membres de l’Artisanat (inférentiellement sur la base de leur Maçonnerie) pour poser largement et profondément les fondations de nos libertés.

Un ouvrage encore plus récent, préparé comme guide à utiliser dans la célébration de notre bicentenaire de la Constitution américaine, reprend nombre de ces affirmations et y ajoute un autre élément. On y note la tentative d’associer les mots du Préambule à la philosophie maçonnique. Les partisans de cette affirmation ont apparemment négligé le fait que le préambule était une inclusion de dernière minute du Comité sur le style et l’arrangement, un groupe de cinq personnes comprenant quatre non-maçons, et que les mots eux-mêmes provenaient de la plume de l’un des ce dernier, le gouverneur Morris. Le seul maçon du comité était Rufus King, qui serait entré dans la Fraternité en 1781. De toute évidence, son expérience maçonnique était limitée. Ce document a cependant un caractère rédempteur : il présente une évaluation bien équilibrée de la Constitution en tant que plus grand document de liberté, sous la forme d’un extrait tiré du message du Souverain Grand Commandeur paru dans le numéro de septembre 1986 de « The New Age ». ».

Je pense que dans des affirmations telles que celles auxquelles j’ai fait référence, il y a des éléments à la fois factuels et fantastiques, et que prises dans leur ensemble, elles ne contribuent pas à expliquer les pensées fondamentales des maçons ou des non-maçons qui constituaient l’Église: adhésion à la Convention constitutionnelle. Là-bas, des hommes de bonne foi, issus de divers horizons, se sont battus pour les meilleurs intérêts de leurs électeurs et, lorsque cela était nécessaire pour le bien de la nation, ils ont arbitré leurs différends de manière pragmatique. C’est le message de ceux qui ont enregistré leurs impressions sur la Convention, et c’est aussi l’opinion de Catherine Drinker Bowen, une autorité dont le livre « Le Miracle de Philadelphie » est devenu un classique. Dans cet ouvrage, elle expose son cas comme suit :

Il est caractéristique que la Convention ne s’en tienne jamais longtemps à la théorie. Son rôle n’était pas de défendre la « liberté » ou de justifier une révolution. Cela avait été fait il y a longtemps, en juillet 1776 et plus tard, lorsque colonie après colonie créa sa constitution d’État, en lançant son préambule particulier de liberté politique et religieuse. La Convention de 1787 débattrait des droits des États, mais pas des droits de l’homme en général. Les archives ne montrent rien de grand déclaratoire ou de défi, comme lors de l’Assemblée constituante française de 1789. L’Amérique avait dépassé cette phase ; si quelqu’un avait contesté les membres, ils auraient dit que de telles déclarations étaient déjà gravées dans leur sang. En 1787, les États siégèrent non pas pour justifier le terme États-Unis mais pour instituer un gouvernement fonctionnel pour ces États. On ne trouve aucune citation de Rousseau, John Locke, Burlamaqui ou des « philosophies » françaises, et si Montesquieu est invoqué c’est pour défendre l’organisation pratique d’un gouvernement tripartite. Lorsque la Convention fédérale discutait du pouvoir politique ou de l’autorité gouvernementale, elle en discutait en termes de ce qui allait probablement arriver au Delaware, à la Pennsylvanie, au New Jersey ou à la Géorgie.

En bref, la plupart des membres de la Convention de Philadelphie étaient des vétérans, des politiciens jusqu’à l’os. Le fait que certains d’entre eux étaient des hommes visionnaires, instruits en droit et en science du gouvernement, ne les détournait pas des questions imminentes. Il y avait un minimum de discours ou de frimeur. Chaque fois qu’un membre semblait sur le point de s’envoler dans l’empyrée de la théorie sociale – le XVIIIe siècle  l’appelait « raison » – quelqu’un le faisait revenir, et aussitôt. « L’expérience doit être notre seul guide », a déclaré John Dickenson du Delaware. « La raison peut nous induire en erreur.

Mme Bowen s’est largement appuyée sur les notes compilées par James Madison pour les informations qu’elle a présentées dans son livre. Elle affirme que Madison était un journaliste infatigable, « ses notes étaient complètes, rédigées sans commentaire ni à part ». D’autres personnes présentes à la Convention ont également pris des notes, a-t-elle déclaré, notamment Hamilton, Yates et Lansing de New York, McHenry du Maryland, Patterson du New Jersey, Rufus King du Massachusetts, William Pierce de Géorgie et George Mason de Virginie. Mais à son avis, la plupart des mémorandums qu’ils ont produits « étaient brefs, incomplets » et « sans Madison, nous ne posséderions que très peu de documents sur la Convention ». Elle a utilisé ces documents efficacement pour analyser le travail de la Convention, où la force politique s’est formée à partir de la désunion.

L’examen du matériel présenté dans le livre « Miracle at Philadelphia » révèle la profondeur des divisions qui séparaient les États et même les délégués au sein des États sur les questions majeures soumises à la Convention. Des hommes d’honneur et de conviction étaient en désaccord sur les mérites des plans d’organisation présentés, et même après l’obtention d’un accord sur le plan, il y avait apparemment un désaccord sans fin sur la mise en œuvre. Les questions liées au pouvoir exécutif, à la représentation au Congrès et à la différenciation des prérogatives fédérales et étatiques ont nécessité des heures de débat au cours de l’été.

Le bilan de la délégation de Virginie témoigne de l’esprit d’indépendance qui a prévalu à la Convention. Cette délégation, outre George Washington, le président, comprenait Edmund Randolph, John Blair, James Madison, Jr., George Mason, George Wythe et James McClurg. Randolph a eu l’honneur de présenter les Virginia Resolves, le soi-disant Plan Virginia, qui est finalement devenu le fondement sur lequel repose la Constitution. Mais quand le moment est venu de signer le document final, Randolph a refusé de le faire. Il en était de même pour George Mason, qui comptait parmi ceux qui étaient en faveur du plan du New Jersey plutôt que du plan Virginia. Randolph et Mason étaient tous deux préoccupés par l’impact du document sur les droits fondamentaux des États et des individus dont les intérêts pourraient bien avoir été mis en danger par ce que Madison prévoyait comme un nouveau gouvernement « vibrant entre une monarchie et une aristocratie corrompue et oppressive ». En fait, seuls trois Virginiens, Washington, Madison et Blair, ont effectivement signé le document à Philadelphie, ce qui constitue une maigre performance pour le Commonwealth qui se considère comme l’instigateur principal de cette affaire. En toute honnêteté, cependant, deux autres, George Wythe et George McClurg, ont indiqué leur approbation du projet, bien qu’ils n’aient pas été présents lors de la signature.

Mais si les délégations des États étaient divisées, les maçons présents à la Convention l’étaient également. Ils ont choisi de défendre les intérêts de leurs électeurs, et il ne semble pas qu’ils se soient réunis à aucun moment en tant que maçons pour examiner les problèmes qui leur étaient posés. En fait, ils ont exposé et défendu vigoureusement leurs points de vue, sans s’embarrasser de rien sauf des faits tels qu’ils les percevaient. En conséquence, il y a eu un manque d’unanimité parmi les maçons présents à la Convention sur un certain nombre de questions, et cela aurait dû être le cas.

Le membre le plus éminent du Craft à Philadelphie était George Washington, qui agissait en tant que président de la Convention, et en cette qualité il a choisi de s’abstenir de parler des questions soumises aux délégués, même lorsque les discussions avaient lieu dans le forum d’un comité de la totalité. Avant l’ouverture de la Convention, il fit savoir que ses sympathies allaient vers un gouvernement national. Pourtant, ce n’est que le dernier jour, le 17 septembre, que Washington s’est levé pour participer aux discussions. Il semble que ce soit son style de gestion. Son compatriote de Virginie, John Blair, a également refusé de s’exprimer, car, comme Washington, il était silencieusement favorable à un gouvernement central fort. Il en a été de même pour Benjamin Franklin de Pennsylvanie, Rufus King du Massachusetts, Nicolas Gelman du New Hampshire, John Dickenson du Delaware et Daniel Carroll du Maryland, qui ont tous choisi de parler et de travailler pour le type de Constitution qui a finalement été adoptée.

Cela n’a pas dissuadé les autres maçons présents à la Convention de travailler dur pour une alternative, le Plan du New Jersey, et après le rejet de ce plan, de défendre la cause des droits de l’État dans les débats essentiels à la formulation des articles et des sections. du document qui devait être produit. Ils voyaient dans les propositions constitutionnelles des dangers qui pourraient nuire aux petits Etats. Ce groupe de maçons comprenait Gunning Bedford du Delaware, David Brearley, John Dayton et William Patterson du New Jersey ; et probablement Jacob Broom, également du Delaware. Néanmoins, quand est venu le temps de signer le document final, ils l’ont tous fait. Un maçon connu, Edmund Randolph de Virginie, a cependant refusé de signer, comme indiqué ci-dessus, tout comme deux autres qui pourraient avoir été membres du Craft – William Blount de Caroline du Nord et Eldridge Gerry du Massachusetts. Le seul autre non-signataire parmi les délégués qui étaient encore à Philadelphie à la clôture de la Convention était George Mason, également originaire de Virginie.

Il peut être intéressant de noter que parmi les maçons qui ont signé la Constitution, quatre d’entre eux, David Brearley, Gunning Bedford, Jr., John Blair et Ben Franklin, ont eu le privilège de servir leurs juridictions en tant que Grands Maîtres. Dans l’ensemble cependant, et à l’exception de Franklin et Washington, dont l’expérience maçonnique datait respectivement de 1731 et 1753, les maçons présents à la Convention étaient jeunes dans le métier. Six des onze diplômés avant la Convention étaient maçons depuis moins de dix ans ; l’un des membres du groupe était un maçon de quatorze ans ; un maçon de 34 ans (Washington) ; un maçon depuis 56 ans (Franklin) ; et la longévité d’un autre, Jonathon Dayton, n’est pas connue avec précision. Il est intéressant de noter que deux des délégués normalement comptés parmi les signataires maçonniques, William Patterson et James McHenry, ne sont entrés dans le métier qu’après la clôture de la Convention, en 1791 et 1806 respectivement. Dans de telles circonstances, la mesure dans laquelle la maçonnerie a pu influencer la participation de la majeure partie du groupe doit rester une question de conjecture.

Il existe néanmoins des parallèles intéressants qui peuvent être établis entre le développement de la maçonnerie au XVIIIe siècle et le développement de la Constitution américaine. La Constitution américaine et les Constitutions de la maçonnerie ont été créées en réponse à des besoins, et dans les réponses des personnes impliquées, des changements permanents ont été induits dans la structure du corps fraternel et du corps politique. En bref, ces réponses ont transformé les perspectives de l’homme concernant l’extension et la préservation de l’autorité, l’application du pouvoir exécutif et la définition des droits fondamentaux des gouvernés.

Joseph Fort Newton, parlant de la formation de la première Grande Loge à Londres, a observé que par cet acte, « la maçonnerie n’a pas été simplement relancée, mais remodelée, refondue et refondée sur une base différente. . .. » et, dans le processus, observa-t-il, l’Artisanat avait subi une « révolution complète et en profondeur ». La transformation du gouvernement américain à la suite des mesures prises lors de la Convention constitutionnelle n’était pas moins révolutionnaire, car elle créait une philosophie politique nouvelle et complète, qualifiée par certains comme « la plus profonde et la plus parfaite jamais conçue par l’homme ». Comme l’a observé Ralph J. Pollard il y a des années, le gouvernement créé était « . . . le produit fini et parfait de 10 siècles d’expérience politique anglo-saxonne.

La révolution dans l’Artisanat à laquelle Newton faisait référence était de trois natures. « Premièrement, » dit-il, « l’idée même d’une Grande Loge en tant qu’organe directeur central doté d’une autorité suprême était nouvelle, autant dans son existence que dans ses pouvoirs extraordinaires, contrairement à tout ce que l’Artisanat connaissait auparavant. Il y avait eu certaines vieilles Loges, bien sûr, qui avaient exercé certaines des fonctions d’une Grande Loge, dans la mesure, au moins, de donner autorité et direction à la fondation d’autres Loges ; . . . Mais la Grande Loge de 1717 va plus loin en prenant le commandement complet de ses Loges. . .; et il n’est pas étonnant que cette autorité inouïe ait suscité du ressentiment et des contestations, à mesure qu’elle ne limitait plus sa juridiction aux loges situées à moins de dix miles de Londres, comme elle l’avait d’abord déclaré, mais qu’elle envahissait les provinces.

Soixante-dix ans plus tard, les délégués à la Convention constitutionnelle ont agi dans le domaine politique en créant une Loi fondamentale pour transformer une Confédération d’États séparés en une Union fédérale des États-Unis et, ce faisant, subordonner et définir les droits et pouvoirs politiques des États-Unis. Pour tous les organes directeurs de la nation, la tâche n’était pas facile et sa réalisation nécessitait des compromis, obtenus au terme de débats longs et parfois acerbes. De nombreux dirigeants de plusieurs États de la Confédération n’ont pas accueilli favorablement le processus. Mais finalement l’union fut établie et les dés furent jetés pour l’avenir de cette partie du continent américain. Le pays a opté pour la fédération plutôt que la confédération, assurant ainsi la concentration du pouvoir national dans un gouvernement national.

La deuxième partie de la transformation de la Maçonnerie, telle que vue par Newton, concernait l’administration de l’Artisanat. « La fonction de Grand Maître, dit-il, était nouvelle à la fois dans sa création et dans le pouvoir dont elle était investie ; un pouvoir incontesté, semble-t-il, et presque absolu – augmenté progressivement jusqu’à ce qu’il ait le pouvoir exclusif de nommer ses deux gardiens. Newton, commentant les conséquences de cette innovation dans la gestion de l’Artisanat, déclarait : « Heureusement, les premiers Grands Maîtres – à une exception notable près – étaient des sages nullement disposés à exercer, et encore moins à abuser, le vaste pouvoir avec dans lequel ils ont été investis. La Convention constitutionnelle a pris des mesures qui ont également révolutionné l’exercice du pouvoir exécutif aux États-Unis. Bien entendu, la question a été vivement débattue et certains se sont farouchement opposés à la création d’un exécutif unique. Mais la raison l’a emporté et, au final, la présidence de ce pays s’est vu attribuer des pouvoirs dépassant ceux du souverain britannique. Le processus de sélection présidentielle, cependant, était beaucoup plus démocratique que celui utilisé pour sélectionner les Grands Maîtres de la Grande Loge Mère.

Le troisième aspect majeur de la révolution maçonnique qui a eu lieu en Angleterre après la création de la Grande Loge Mère en 1717, selon Newton, concernait la position de la maçonnerie par rapport au gouvernement et à la religion. Les nouvelles Constitutions, adoptées en 1723, interdisent l’ingérence maçonnique dans la politique en déclarant sa détermination « contre toute politique comme ce qui n’a jamais encore conduit au bien-être de la Loge, et ne le fera jamais ». Cette position a été prise à la suite d’une tentative d’un Grand Maître, le Duc de Wharton, d’utiliser le pouvoir de l’Artisanat contre le souverain au pouvoir. Cependant, la réécriture de la position de la maçonnerie par rapport à Dieu et à la religion fut bien plus significative pour l’Artisanat. Dans cette réécriture, le christianisme a été rejeté comme seule religion de la maçonnerie. De l’avis de Gould, cette décision a été considérée par de nombreux maçons à cette époque de la même manière que nous considérons aujourd’hui l’absence de tout formulaire religieux dans la soi-disant maçonnerie du Grand Orient de France. Cette accusation fut la cause de décennies de discussions en Angleterre et l’une des principales causes de la grave scission survenue dans la maçonnerie dans ce pays dans les années 1750.

La Constitution d’Anderson et les accusations qu’elle contenait furent acceptées sans conteste aux États-Unis, le Craft se vantant toujours du fait qu’il s’abstenait de toute politique partisane et du fait qu’il respectait les préférences spirituelles de tous les hommes qui professaient une croyance en Dieu. . Il était donc facile pour les maçons, avant, à la Convention et après, de défendre la cause des droits de l’homme, en particulier ceux englobés dans les amendements à la Constitution, apposés après l’approbation de la Constitution proprement dite.

En conclusion, je voudrais observer que l’organisation de la Franc-Maçonnerie américaine, contrairement à ses ancêtres anglais, n’a jamais envisagé avec approbation l’unification de l’Artisanat en une Grande Loge nationale majeure. Sa structure de Grande Loge, formulée pour l’essentiel dans le dernier quart du XVIIIe siècle, était orientée vers l’État, et cette orientation prévaut encore aujourd’hui. Il est donc intéressant de noter que si les dirigeants de la franc-maçonnerie américaine tenaient et tiennent toujours au principe de la souveraineté de l’État en matière fraternelle, ils étaient disposés en 1787, et le sont depuis lors, à centraliser et à fédéraliser en matière politique. Peut-il y avoir une preuve plus révélatrice que nos frères maçons ont réussi à différencier leurs obligations et à hiérarchiser correctement leurs réponses ? En bref, il semble qu’ils « aient donné la priorité aux choses premières » à Philadelphie en 1787.

Le premier noir Franc-maçon… qui était-il ?

De notre confrère humanite.fr – Par Caroline Constant

Musicien d’exception, révolutionnaire et premier homme noir à diriger un bataillon, qui est le chevalier de Saint-Georges ? Né esclave, le chevalier de Saint-Georges est devenu un musicien incontournable du XVIIIe siècle, un familier de la Cour et le premier Noir à diriger un régiment pendant la Révolution. Un documentaire sonore le sort d’un relatif oubli.

Joseph Bologne, chevalier de Saint-Georges, est né noir et esclave, a joué à la cour de Marie-Antoinette, avant de diriger un bataillon dans l’armée révolutionnaire. Cet homme a eu un destin absolument romanesque et hors du commun, que raconte dans ce podcast en six épisodes Claudia Soto, sur un récit de Cécile Baquey et une réalisation de Bruno Dessommes.

Il reste pourtant peu de traces de cet homme. Né vers 1745 d’une mère esclave et d’un père grand propriétaire terrien, il a pris, à la naissance, le statut social de sa mère, comme le prévoyait le Code noir de Colbert qui assimilait les esclaves à des meubles. On ignore, raconte le podcast, l’identité exacte de son père. Ce qu’on sait, en revanche, c’est qu’il a embarqué pour la France, avec la mère et l’enfant vers ses 10 ans.

Ses œuvres sortent de l’ombre

Il aurait alors aussitôt affranchi les deux, tout en s’occupant de donner une éducation complète à son fils. Ce dernier a ainsi intégré une pension pour jeunes aristocrates dirigée par Nicolas Texier de La Boëssière, un maître d’armes célèbre en son temps. Très vite, se révèlent ses exceptionnelles dispositions pour l’escrime. Il est surnommé « l’inimitable » par ses contemporains, et gagne la plupart des duels qu’il engage, y compris le plus célèbre, contre le chevalier d’Éon, le fameux espion français qui vivait en Angleterre.

Mais c’est par sa musique que le chevalier de Saint-Georges est parvenu jusqu’à nous. Violoniste hors pair, il s’est piqué assez jeune de compositions qui ont ravi la Cour, où son père lui avait acheté une charge. Comme il est protégé par le duc d’Orléans, ses œuvres seraient parvenues jusqu’à Marie-Antoinette. Elles sont savantes et très modernes pour l’époque. Mozart et même Beethoven lui auraient beaucoup emprunté. Le cousinage entre les compositeurs est dans tous les cas assez net.

En 1776, Jacques Necker, ministre des Finances de Louis XVI, a même proposé sa candidature pour diriger l’Académie de musique. Deux chanteuses et une danseuse, que l’histoire a oubliées, s’y sont opposées, et ont adressé un placet, une sorte de pétition à la reine, pour prévenir que « leur honneur et la délicatesse de leur conscience ne leur permettraient pas d’être dirigées par un mulâtre ». Ce n’est pas la seule fois, d’ailleurs, que le chevalier a eu à composer avec les préjugés. Il lui est aussi arrivé de se faire bastonner en bonne et due forme dans les rues de Paris, racontent les biographes convoqués par les auteurs du podcast.

Très vite, le chevalier a intégré les salons des Lumières. Il est devenu franc-maçon et, évidemment, un fervent abolitionniste de l’esclavage. En 1789, il choisit le camp de la Révolution et devient le premier colonel noir à diriger un régiment. Emprisonné en 1793, il passe une dizaine de mois de prison avant d’être relaxé. Il meurt en 1799. Et si ses œuvres disparaissent, c’est que Napoléon Ier, quand il a fait rétablir l’esclavage en 1802, les a effacées du répertoire. Depuis le début du siècle dernier, elles sortent de l’ombre où on les avait enfermées. Trépidantes, comme la vie du chevalier.

Zistoir. Chevalier de Saint-Georges,

Narcissisme : nouveau cancer sociétal mondial

L’article résume pourquoi et comment le narcissisme s’est immiscé dans de nombreux pans de nos démocraties, les menaçant gravement. Même la franc-maçonnerie est concernée.  La parade est de défendre la vérité avec intransigeance.

Le narcissisme est connu depuis la haute Antiquité : fils de nymphe, et tombé amoureux de son image, Narcisse commit la faute de mépris envers la nymphe Écho, et fut puni par la déesse Némésis. Bien plus tard, les psychologues reconnurent qu’une certaine dose d’estime de soi est nécessaire pour un accomplissement serein et harmonieux de la personne. La nécessaire « dignité envers moi-même » figure d’ailleurs dans certains textes maçonniques. Oui mais, dans notre monde post-vérité, beaucoup de choses semblent avoir déraillé. En marge des accusations de harcèlement moral ou sexuel on entend souvent les victimes traiter leur bourreau de « pervers narcissique ».

Le catalogue des troubles mentaux DSM5 le liste , les deux mots étant importants. En résumé, un pervers narcissique est un narcissique, il a donc besoin d’un public, et un pervers, il a donc besoin d’une proie. Capables d’infliger de très fortes souffrances à leur victime, ils sont devenus des vedettes des faits divers. Ils possèdent la faculté étonnante d’avoir comme troqué l’empathie contre une compréhension fine de l’état d’âme des victimes, permettant de les manipuler à loisir. Ils représentent un petit pourcentage de la population générale.

Mais l’objet de ce billet concerne les narcissiques tout court.

Nous désignons donc ceux qui possèdent les traits de caractère concernés. Exemple : se penser meilleur que les autres, en déduire avoir le droit de déroger aux règles applicables à tous, etc.  La frange d’intérêt sont ceux qui ont ces traits un peu plus marqués que la moyenne. Cela peut être léger, mais cela peut aussi aller jusqu’à la caricature genre Donald Trump.

Deux types principaux nous occupent : le narcissique grandiose, citons Trump, Bolsonaro, etc …et le narcissique vulnérable, citons ici François Hollande. Ce second type a comme le précédent une haute estime de soi, toutefois avec quelques doutes qui le rendront moins tonitruant, mais paranoïaque et instable.

En quoi est-ce un problème actuel ?

Notre environnement numérique a favorisé la mise en avant de ce qui est le plus séduisant, le plus émotionnel, et ce qui a la plus grande cote ailleurs . Cela se croise avec le fait que l’humanité, comme tous les mammifères en fait, est une espèce à sélection sexuelle . Ceci fait qu’on a la compétition pour la reproduction dans les gènes, et présente automatiquement dans nos esprits en permanence. Un nouveau moyen de communication, comme internet puis les réseaux sociaux, est immédiatement utilisé pour se démarquer des concurrents. Savoir souligner ses petits avantages c’est déjà du narcissisme compétitif. Nous sommes tous des petits Trumps. Le confort dans lequel la technologie moderne nous a fait baigner, et surtout le temps libre et la profusion de choix possibles que la mécanisation et la robotisation nous a procurés, nous a incités à exacerber notre individualisme.

La démocratie ne marche plus à la conviction mais à la séduction. La séduction et le charisme sont à base de techniques de marketing et leur part d’authenticité est en chute. Les algorithmes repèrent et profitent de nos désirs intimes, dont le biais de confirmation : le plaisir de s’imaginer avoir raison écrase largement notre vieux reste d’amour de la vérité. Même ceux qui dominent par la violence, comme Poutine, emballent leurs actes inqualifiables dans un semblant d’argumentaire :  paraître (logique), toujours paraître… Bref, les causes de la montée du narcissisme sont bien là.

 Quid des conséquences ?

Un lanceur d’alerte tel Bruno Lemaitre les avait esquissées dès 2019 dans son « les dimensions de l’égo ». Marie-France Hirigoyen nous en dresse un état des lieux actuel dans son «  les Narcisse ». Sans vouloir accorder trop d’importance aux Narcisse en politique, notons que leur effet semble délétère tant dans les régimes totalitaires (Chine, Corée du Nord, pays islamistes, Russie,…) que dans les démocraties. Mais le narcissisme frappe aussi dans le monde de l’entreprise. Dans notre monde noyé d’informations, celui qui réussit à se faire remarquer augmente considérablement ses chances de promotion .

Or nos Narcisse ont cette facilité d’adaptation qui leur permet de capter l’attention des décideurs ou célébrités qui serviront de marchepied vers la réussite. Le monde artistique est bien sûr sensible au blingbling, son événementiel, sa jet-set, son buzz. Ce dernier mot est partagé avec le monde journalistique. Ce métier était déjà tiraillé entre la déontologie qui prescrit de vérifier l’information par recoupement et le goût du public pour le scoop qui oblige à tout miser sur la vitesse avec les risques que cela comporte. Il s’y est rajouté que désormais le smartphone de monsieur tout-le-monde et sa prise de photos ou vidéos est une concurrence mortelle . Là aussi la victime est la vérité.

Appelons un chat un chat : il s’agit ici tout simplement de mensonges.

Lorsque Volkswagen utilisait un logiciel qui détectait la phase de test du véhicule afin d’appliquer un régime moteur moins polluant, il s’agissait de tromper la norme. Conséquence : chute dans la confiance que les gens ont dans la parole des entrepreneurs. Si ces entrepreneurs sont patrons d’un grand pan de la presse, comment ne pas devenir suspicieux vis-à-vis des éditos, tous des plaidoyers pro domo ? Bref, le temps où les partis politiques mentaient est supplanté par le nôtre, où on peut douter de la parole des politiques + des entrepreneurs + des journalistes. 

Que nous reste-t-il ? Ah oui la science. Mouais. Elle est utilisée comme argument lorsque par exemple les pro et les anti-nucléaires débattent, mais la science est, elle, intrinsèquement exacte, non ? Bof, déjà, on sait que rassembler les mesures et corrélations peut induire pas mal d’erreurs involontaires. Mais, de plus, Narcisse pointe encore son museau. Le chercheur pur et innocent doit convaincre pour obtenir son budget de recherche. Pour cela il doit être connu, pour être connu il doit publier, pour publier il doit créer un buzz dès ses premiers résultats… Narcisse sait faire, et Narcisse se retrouve directeur de la recherche, celui qui captive l’attention des journalistes… Pas mal de demi-vérités peuvent passer le filtre des peer-reviews des revues scientifiques à comité de relecture. Je ne parle même pas des cas limites de conflits d’intérêt. Quelques couacs plus loin, la confiance en la science a pris elle aussi des coups.

« La confiance est une cartouche qui ne sert qu’une fois ».

Etes-vous étonnés dès lors du succès des thèses complotistes ? Et du discours simpliste mais rassurant des populistes ? Le narcissisme ambiant menace gravement nos démocraties.

Et en franc-maçonnerie ?

Notre F. Pierre Audureau avait analysé la chose dans son remarquable et toujours actuel «  une franc-maçonnerie dévoyée par l’ego ». Son phare d’investigation éclairait fort cette « cordonnite », amour des titres ronflants. On les doit au départ au chevalier Ramsay, grâce auquel les nobles pouvaient se retrouver « un peu plus égaux » que les francs-maçons se contentant des 3 grades de base. Jusque-là, rien de bien méchant, on peut le voir à l’honneur de ces maçons de vouloir creuser plus avant les leçons des mythes et légendes. Sauf que certaines juridictions en déduisent être autorisées à influencer les loges bleues, et en particulier exercer une surveillance des présidents de loges, qui devient normative, en contradiction avec l’officielle souveraineté de chaque loge.

J’oserais y rajouter aussi qu’il existe des pratiques, telles que la nomination comme « passé maître » ou similaire, qui font que des ex présidents de loges gardent à vie un statut à part, bref c’est une création de privilèges, une pratique tueuse de l’égalité et de son acceptation « dans les tripes ». Le prétexte souvent avancé pour justifier ces pratiques est qu’il s’agit de conserver et reconnaître l’expérience acquise comme Président de loge. Cet argument me semble faible !

Conclusion : luttons contre tous ces dangereux effets du Narcissisme. Commençons par arrêter aussi de faire des enfants-rois, qui deviendront nos tyrans demain ! Et redevenons intransigeants en disqualifiant tous les menteurs.

La Franc-maçonnerie au Luxembourg : aussi anachronique qu’engagée

De notre confrère lequotidien.lu – Par Morgan Kervestin 

Composée de 400 membres, l’obédience franc-maçonnique du Grand Orient de Luxembourg promeut un engagement sociétal, sans oublier des rites et une histoire de plus de trois siècles.

L’initiative est assez rare pour être soulignée. Le 22 avril dernier, à Strasbourg, l’obédience franc-maçonnique du Grand Orient de Luxembourg a signé une déclaration conjointe avec vingt autres obédiences en Europe intitulée «Agir pour l’Europe des Libertés».

Avec ce texte, les maçons souhaitent alerter « sur les menaces et les dangers qui pèsent sur une Europe démocratique, progressiste et sociale ». Une menace que les signataires nomment explicitement : « la montée des partis populistes et extrémistes, et notamment de l’extrême droite, et de leurs projets illibéraux ».

Discrète par nature, la franc-maçonnerie n’a pas l’habitude de s’exprimer publiquement et encore moins de prendre position. «Un franc-maçon ne parle pas à la place d’un autre», résume une Grande Maître adjointe du Grand Orient. « Un parti politique donne un mandat à son exécutif pour prendre une position. Nous ne sommes pas comme cela, car chez nous, il y a des gens qui sont membres de partis politiques différents », ajoute Guido Vervaet, le Grand Maître.

Mais l’exception est parfois de mise face à des enjeux importants. « Nous avions aussi communiqué sur les réfugiés pour demander un traitement humain et social ou sur la crise d’habitation au Luxembourg. » Preuve en est que la franc-maçonnerie n’est pas coupée du monde ni des enjeux sociétaux. « On vit dans la société, on est influencé par elle. »

« Libre de choisir son propre chemin »

« Par définition, un franc-maçon est une personne engagée. C’est un synonyme », affirme la Grande Maître adjointe. Pour le Grand Orient de Luxembourg, l’objectif de la franc-maçonnerie est simple : « Tailler la pierre brute et construire le temple de l’humanité ». Concrètement, chaque membre a l’obligation de s’améliorer, de rechercher la vérité, de pratiquer la philosophie et de vivre une vie éthique. Le tout afin d’œuvrer pour le progrès de l’humanité.

Cependant, « chaque maçon est libre de choisir son propre chemin, la maçonnerie ne va jamais imposer des recommandations pour voter pour tel ou tel parti ». Libres de s’engager politiquement, les francs-maçons sont aussi encouragés à intégrer des associations, des collectifs ou encore des syndicats. Autant de moyens afin d’œuvrer « pour promouvoir un progrès pour l’être humain », en appliquant des principes vus et discutés lors des ateliers franc-maçonniques.

Ils consistent en des espaces de discussion organisés une à deux fois par mois par les dix loges qui composent le Grand Orient de Luxembourg. Ce dernier est composé d’une fédération de dix loges présentes au Grand-Duché, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas et en France et qui totalisent 400 membres, dont la moitié de Luxembourgeois, et 12 nationalités différentes.

Chaque loge fonctionne de façon plus au moins autonome afin de réunir ses membres lors de réunions, également appelées « tenues ». « À chaque tenue, un frère ou une sœur présente un exposé sur l’éducation, l’intelligence artificielle ou l’immigration par exemple. Parfois, c’est flou et le thème, c’est juste « soigner » ou « vivre en beauté »», détaille le Grand Maître.

Sacralité de l’espace et de la parole

C’est dans ces ateliers que l’on retrouve la force de la franc-maçonnerie, selon ses membres. Grâce à des règles inchangées depuis la création de la première loge il y a plus de trois siècles en Angleterre, personne ne peut parler en même temps que quelqu’un d’autre. Dans le temple, deux surveillants donnent la parole au côté droit puis gauche de la salle afin que les membres puissent s’exprimer chacun à leur tour devant le Grand Maître.

« Le travail en loge, c’est apprendre à entendre et à écouter l’avis de quelqu’un sur un sujet, même si je ne partage pas son avis », fait savoir Guido Vervaet. Un principe qui remonte à l’essence même de la franc-maçonnerie. « L’Angleterre sortait de guerres civiles et l’idée d’avoir un lieu où des personnes de différentes opinions pouvaient se réunir et discuter sans être d’accord était à mon avis assez révolutionnaire. » Pour les francs-maçons, la polarisation actuelle des débats renforce l’intérêt d’intégrer une loge. « On se retire un peu de tout le chaos du monde profane », décrit la Grande Maître adjointe.

Bien que connectée à la réalité, la franc-maçonnerie est aussi une bulle pour ses membres grâce à un cadre « anachronique mais pas dépassé ». Dans le temple du Grand Orient à Luxembourg, on retrouve le soleil, la lune, l’œil dans le triangle, les blocs de pierre, l’épée ou encore les trois marches qui mènent au siège du Grand Maître.

En tant qu’obédience adogmatique, le Grand Orient n’oblige pas ses membres à croire en une signification précise. Chacun fait son interprétation, hormis pour certains symboles comme la voûte étoilée peinte au plafond « car notre travail ne s’arrête jamais, donc le temple ne se ferme jamais ». Ici, le rituel et les symboles sont des « outils pour créer l’espace sacral ».

La discrétion traditionnelle participe également à cette sacralité du temple, un membre ne pouvant dévoiler l’identité d’un frère ou d’une sœur, ni raconter le contenu de son atelier à ses collègues de travail. « Le secret, c’est ce que l’on vit. » Pour Guido Vervaet, « la maçonnerie, c’est ce qui se passe dans le temple pendant les tenues et c’est une expérience de fraternité difficilement communicable ».

Comment devenir franc-maçon ?

La particularité de la franc-maçonnerie est d’être une organisation à l’admission sélective. Au Grand Orient de Luxembourg, comme ailleurs, deux solutions existent afin de rejoindre l’une des dix loges de l’obédience. Dans la grande majorité des cas, « la personne est approchée par un frère ou une sœur qui pense qu’elle mérite d’être initiée dans notre obédience », raconte Guido Vervaet.

Un système de parrainage débute, à condition de connaître la personne intéressée « parce qu’il faut savoir si elle a les capacités intellectuelles et émotionnelles pour entrer et pour fonctionner dans cet environnement, ainsi que de la valeur morale ».

Comme pour un travail ou presque, une série d’entretiens est ensuite réalisée pour en savoir plus sur son histoire, sa profession, la façon dont la personne se comporte dans la vie, ses opinions philosophiques et ses ambitions. Le procédé est le même dans le cas où la personne vient d’elle-même frapper à la porte du Grand Ordre.

« Peur d’un certain opportunisme »

Une fois la candidature acceptée, le nouveau membre possède le grade d’apprenti qui dure un an, avant de passer compagnon. Ce dernier peut ensuite devenir Grand Maître à condition d’avoir suffisamment de connaissances sur la franc-maçonnerie et que le conseil du Grand Ordre valide son admission. Ensuite, comme pour une association, le Grand Maître est élu afin de diriger la loge pendant un an, à raison de trois mandats maximum.

Bien que « la franc-maçonnerie se soit démocratisée, car dans le temps elle était constituée de nobles et du clergé », il faut tout de même un minimum de compétences intellectuelles ainsi que d’expérience de vie. En dessous de 30 ans, rares sont les admis. Il faut également avoir «une affinité avec le symbolisme et le rituel, car c’est un ordre initiatique», basé sur le langage des maçons constructeurs de cathédrales. Tous ces éléments permettent d’éviter au maximum les mauvaises recrues, car « on a toujours peur d’un certain opportunisme de la part de candidats qui espèrent qu’ils vont faire des affaires et connaître des gens ».

À la découverte du chef-d’œuvre mystérieux de la Renaissance : « Le Songe de Poliphile »

Le Songe de Poliphile ou Hypnérotomachie est un chef-d’œuvre littéraire et typographique du XVe siècle. L’édition de 2023, proposée par Amici Librorum, est une version soigneusement recomposée qui conserve l’esprit des mises en page des éditions originales de 1499 et de 1546. Cette édition présente une traduction littérale et annotée par Claudius Popelin (1825-1892), offrant une version complète du texte dans une langue française élégante et précise.

Ce livre exceptionnel juxtapose les illustrations de l’édition aldine de 1499 et celles d’Isidore Liseux en 1883, identiques à celles de 1546, permettant une comparaison visuelle fascinante entre deux époques de l’art de l’imprimerie. L’introduction éditoriale de Stephan Hoebeeck éclaire le contexte historique et littéraire de cette œuvre monumentale.

Le Songe de Poliphile est un ouvrage anonyme, mais les initiales des chapitres révèlent le nom de son auteur : François Colonna. Probablement le prince de Palestrina (1453-1538), François Colonna était un homme de guerre et de politique, mais également un passionné de l’Antiquité romaine. Une autre hypothèse avançait jusqu’alors qu’un acrostiche présent dans l’œuvre tendait à attribuer la paternité du texte à un certain Francesco Colonna, traditionnellement identifié comme étant le moine vénitien Francesco Colonna

Son œuvre reflète une profonde admiration pour la culture et les idéaux néoplatoniciens de la Renaissance.

La narration suit la quête amoureuse de Poliphile pour retrouver sa bien-aimée Polia, à travers un rêve mystérieux. Ce voyage initiatique est riche en symboles et allégories, mêlant architecture, magie, mysticisme et l’élégance de l’Antiquité païenne. Le récit capture l’essence de la Renaissance, où l’idéal néoplatonicien et la redécouverte de l’Antiquité étaient au cœur des préoccupations intellectuelles et artistiques.

Claudius Popelin, célèbre pour ses talents de traducteur et d’annotateur, offre ici une version française chatoyante et fidèle à l’original. Son travail permet de redécouvrir ce texte complexe avec une nouvelle clarté, tout en respectant la richesse linguistique de l’époque. Les annotations fournissent un contexte précieux et aident le lecteur à naviguer dans les nombreuses références mythologiques et historiques.

L’édition juxtapose les gravures de l’édition aldine de 1499 et celles de 1883 par Isidore Liseux, contribuant amplement à son statut de trésor de la Renaissance et créant une expérience visuelle enrichissante. Les illustrations, essentielles à la compréhension et à l’appréciation du texte, apportent une dimension supplémentaire à la lecture. La mise en page respecte les dispositions originales, offrant ainsi une immersion totale dans l’esthétique de la Renaissance.

L’introduction de Stephan Hoebeeck contextualise le texte et met en lumière son importance historique et littéraire. Stephan Hoebeeck éclaire le lecteur sur la vie de François Colonna, l’influence des idéaux néoplatoniciens, et l’impact de   Le Songe de Poliphile   sur la littérature et l’art de la Renaissance.

Hypnerotomachia Poliphili, plus connu donc en français sous le titre Le Songe de Poliphile, est un roman illustré italien rédigé en 1467 et imprimé à Venise par les célèbres Presses aldines en 1499. Ce chef-d’œuvre est écrit dans un mélange unique de grec, de latin et d’italien dialectal, ce qui en fait une œuvre linguistiquement complexe et riche.

Souvent qualifié comme l’un des « livres les plus beaux du monde »,  Le Songe de Poliphile   est non seulement apprécié pour son contenu littéraire, mais également pour sa beauté typographique et ses illustrations remarquables.

Ce roman, réputé pour son mystère, a exercé une influence significative sur la culture intellectuelle et artistique des XVIe et XVIIe siècles, particulièrement en Italie et en France. Il a marqué la « République des Lettres », une communauté transnationale de lettrés et d’intellectuels de la Renaissance. L’ouvrage a eu un impact notable sur l’architecture et l’art des jardins, inspirant des conceptions néoclassiques et des motifs décoratifs complexes qui ont traversé les époques.

Le livre a été imprimé en décembre 1499 par Alde Manuce, un imprimeur vénitien de renom connu pour ses éditions de grande qualité et pour avoir introduit l’italique typographique. La publication par les Presses aldines a non seulement assuré la diffusion de l’œuvre, mais a également contribué à son prestige et à sa reconnaissance durable.

Cette édition de cette œuvre emblématique de la Renaissance qu’est Le Songe de Poliphile ou Hypnérotomachie n’est pas simplement un livre, mais une véritable porte vers le passé, célébré pour sa beauté et son mystère. Elle invite les passionnés de littérature, d’histoire, et de typographie à explorer les profondeurs de l’amour, de la connaissance et de la beauté. Avec ses 710 pages richement illustrées et annotées, cette œuvre est un ajout incontournable pour toute bibliothèque. Pour 55 €, elle offre une plongée inestimable dans un chef-d’œuvre intemporel de la Renaissance.

Le Songe de Poliphile ou Hypnérotomachie 

Francesco Colonna – traduit et annoté par Claudius Popelin

Introduction Stephan Hoebeeck Amici Librorum,  2023, 710 pages, 55 €

Disponible sur Amazon.

La 4e de couverture

22/06/24 : Conférence publique à Chinon, pour vivre la magie de la Saint-Jean d’été

La fête de la Saint-Jean d’été est traditionnellement marquée par de grands feux de joie, appelés Ignés jucunditatis en latin ou Nied Fyr, « Feux de Joie » dans le dialecte des Francs. Aussi connus sous le nom de feux de la Saint-Jean. Le solstice d’été est célébré depuis longtemps, à l’origine en lien avec le culte du soleil.

Pendant le Moyen Âge, les feux solsticiaux païens étaient allumés aux croisements des chemins et dans les champs pour empêcher le passage des sorcières et magiciennes durant cette nuit. On y brûlait parfois les herbes cueillies le jour de la Saint-Jean pour se protéger de la foudre, du tonnerre et des orages, et on croyait que ces fumigations repoussaient les démons et les tempêtes.

Les fêtes des solstices, tirant leur nom de « sol » (soleil) et « stare » (s’arrêter), célèbrent deux moments clés de la course de l’astre dans le ciel. Ces fêtes, dédiées au soleil et à la lumière, sont aujourd’hui symbolisées par les feux nocturnes de la Saint-Jean d’été et par la bûche dans l’âtre autour de la Saint-Jean d’hiver ou de Noël. Ces symboles, à la fois riches et anciens, sont étroitement liés à l’accomplissement de l’être.

La soirée se terminera par un repas convivial – PAF : 15 €/personne.

Renseignements pratiques :

Conférence publique et gratuite de la Saint-Jean d’été – Samedi 22 Juin 2024 à 10h30/62 rue Haute Saint Maurice 37500 CHINON (Indre-et-Loire, région Centre-Val de Loire) INSCRIPTION OBLIGATOIRE – Contact au 06 44 00 03 69

Par mesure de sécurité l’ouverture de la porte sera de 10h à 10h30 – Monter au 2e étage

[NDLR : Les feux de la Saint-Jean, également connus sous le nom de feux de joie ou feux solsticiaux, trouvent leur origine dans des traditions païennes anciennes liées au culte du soleil et aux cycles naturels. Nous vous livrons quelques éléments clés sur leur origine, tel un retour vers le passé.

Culte du Soleil  : les feux de la Saint-Jean sont associés au solstice d’été, le jour le plus long de l’année, célébré en l’honneur du soleil. Dans de nombreuses cultures anciennes, le soleil était vénéré comme une divinité, et le solstice était considéré comme un moment de puissance maximale de cette divinité solaire.

Rituels païens  : avant l’ère chrétienne, les peuples européens célébraient le solstice d’été par des feux de joie pour marquer le point culminant de l’année solaire. Ces feux symbolisaient la lumière, la chaleur et la fertilité, et ils étaient censés renforcer le pouvoir du soleil pendant sa période de déclin qui suivait le solstice.

Protection et purification  : au Moyen Âge, les feux solsticiaux avaient aussi des fonctions protectrices et purificatrices. On croyait que ces feux pouvaient éloigner les mauvais esprits, les sorcières et les forces maléfiques. Les herbes cueillies le jour de la Saint-Jean étaient souvent brûlées dans ces feux pour conjurer les tempêtes, la foudre et le tonnerre.

Intégration chrétienne  : Avec la christianisation de l’Europe, ces traditions païennes ont été intégrées dans les célébrations chrétiennes. L’Église a associé les feux de la Saint-Jean à la fête de la nativité de Saint Jean-Baptiste, célébrée le 24 juin, afin de christianiser cette coutume populaire tout en conservant son caractère festif.

Ainsi, les feux de la Saint-Jean sont un mélange de traditions païennes et chrétiennes, représentant à la fois la célébration de la lumière et du soleil et des pratiques de protection et de purification. Ces célébrations ont perduré à travers les siècles et continuent d’être observées dans de nombreuses régions du monde.

La Saint-Jean, pour le franc-maçon en particulier

Cette fête a une signification particulière et symbolique, ancrée dans les traditions et les enseignements de la franc-maçonnerie. En 5 points, justes et parfaits !

Saint Jean-Baptiste et Saint Jean l’Évangéliste  : les francs-maçons célèbrent deux saints patrons : Saint Jean-Baptiste, dont la fête est le 24 juin (solstice d’été), et Saint Jean l’Évangéliste, dont la fête est le 27 décembre (solstice d’hiver). Ces deux figures représentent symboliquement le cycle de la lumière et des ténèbres, le commencement et la fin, la dualité et l’équilibre.

Solstice et lumière  : le solstice d’été, marqué par la fête de la Saint-Jean-Baptiste, représente la période où la lumière atteint son apogée avant de commencer à décliner. Pour les francs-maçons, cela symbolise la quête de la lumière et de la connaissance. Le solstice d’hiver, avec la fête de Saint Jean l’Évangéliste, marque le moment où la lumière commence à croître à nouveau, symbolisant l’espoir et le renouveau.

Symbolisme de la lumière  : Dans la franc-maçonnerie, la lumière est un symbole central représentant la connaissance, la vérité et la sagesse. Les feux de la Saint-Jean, en tant que symboles de lumière, sont donc particulièrement significatifs. Ils représentent l’illumination de l’esprit et la dissipation de l’ignorance.

Rituels et réunions  : Les loges tiennent souvent des réunions spéciales pour célébrer les fêtes des deux Saint-Jean. Ces réunions sont l’occasion de réflexions profondes, de méditations et de cérémonies symboliques. Elles permettent aux membres de renforcer leurs liens fraternels et de réfléchir aux enseignements et aux valeurs de la franc-maçonnerie.

Renouvellement et continuité  : la fête de la Saint-Jean d’été marque des moments de renouvellement et de continuité dans le cycle annuel. Pour les francs-maçons, elle est l’ occasion de renouveler leur engagement envers les idéaux maçonniques et de réfléchir à leur parcours personnel et collectif.

Pour un initié, la Saint-Jean est bien plus qu’une simple fête traditionnelle ; elle est un moment de profonde signification symbolique, de réflexion spirituelle et de célébration des principes fondamentaux de l’art royal.]

De quelques défauts maçonniques mineurs

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Comme l’écrit Christian Roblin, dans son dernier EDITO, on se gargarise parfois de mots en Franc-maçonnerie. Au-delà de ces petits défauts, en émerge un, beaucoup plus insidieux : « le manque d’assiduité ». Heureusement l’HOSPITALIER sait panser les manques et excuser les oublis. Une véritable Assistance Fraternelle … à défaut d’être Sociale.

Entretien exclusif avec Jean-Louis Cottigny, Grand Maître de la GLISRU : réflexions et perspectives sur la franc-maçonnerie moderne

Jean-Louis Cottigny, vous êtes Grand Maître et Président du Conseil Fédéral de la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis (GLISRU), une obédience maçonnique distincte qui se démarque dans le paysage français par son engagement envers la mixité, la diversité des rites, et une approche résolument humaniste.

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Sous votre gouvernance, dans la continuation de l’action de vos illustres prédécesseurs, la GLISRU s’engage à promouvoir les valeurs de fraternité, d’égalité, et de liberté, tout en offrant un espace de réflexion et de développement personnel à ses membres, qu’ils soient hommes ou femmes, dans un esprit d’ouverture et de respect mutuel.

La GLISRU se présente donc non seulement comme un pilier dans la tradition maçonnique mais aussi comme une force progressive, tournée vers l’avenir et l’innovation dans le respect de ses principes fondateurs.

Très cher frère, très cher Jean-Louis, nous vous remercions d’avoir bien voulu répondre à 450.fm, permettant ainsi à nos lecteurs de mieux vous connaître ainsi que votre obédience.

Jean-Louis Cottigny, Grand Maître de la GLISRU

450.fm : Pouvez-vous vous présenter, tant sur le plan profane que maçonnique ?

Jean-Louis Cottigny : Sur le plan profane, je m’appelle Jean-Louis Cottigny. Ma carrière a débuté en tant qu’ouvrier, puis en tant qu’assistant régional où je me suis fortement engagé dans le syndicalisme.
J’ai également occupé la fonction de secrétaire fédéral du Parti Socialiste du Pas-de-Calais, dédié aux entreprises, et j’ai eu l’honneur de servir en tant que conseiller prud’homal et président du conseil de prud’hommes d’Arras.
En politique, j’ai exercé les fonctions de maire de Beaurains, conseiller général du Pas-de-Calais et député européen, où j’ai œuvré pour l’emploi et les affaires sociales. J’ai finalement été élu président du Conseil d’Administration de Pas de Calais Habitat, où je continue de m’investir.

Sur le plan maçonnique, mon parcours est le reflet de mes engagements profanes, caractérisé par un dévouement aux principes de fraternité, d’égalité et de liberté. J’ai suivi le parcours classique jusqu’à la maîtrise dans mon rite, le REAA.
En tant que Grand Maître et Président du Conseil Fédéral de la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis, j’ai fait un premier mandat de 3 ans qui a été renouvelé par tranches d’un an depuis 2 ans et pourra l’être si le Conseil Fédéral le décide encore une année. Après, je descendrai de charge. Mon objectif au cours de ce mandat est de guider notre obédience à travers un humanisme actif, encourageant un espace de réflexion et de croissance personnelle pour tous nos membres, dans un esprit de diversité et de mixité.
Mon rôle est d’insuffler ces valeurs au sein de notre communauté, en promouvant une Franc-Maçonnerie qui est à la fois ancrée dans sa riche histoire et résolument tournée vers l’avenir.

450.fm : Pouvez-vous nous raconter l’histoire de la création de la GLISRU et ce qui a motivé sa fondation ?

J.-L. C. : La Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis est une obédience maçonnique française qui trouve son origine dans la Grande Loge Nationale Française OPÉRA, aujourd’hui connue sous le nom de GLTSO. La GLISRU s’est établie en avril 1968 quand trois Loges, deux à Neuilly-sur-Seine et une à Lille, se sont séparées pour former une nouvelle fédération sous le nom de Loge Nationale Française. Ces Loges étaient dépositaires des Rites fondamentaux comme le Rite Moderne Français Rétabli, le Rite Écossais Rectifié et le Rite Anglais Style Émulation.

Elle s’est distinguée par un important travail de recherche dans les domaines de l’histoire de la franc-maçonnerie, l’étude du symbolisme maçonnique et l’analyse des rituels anciens. En 1975, deux branches principales se séparent, l’une à Paris à tendance plus théiste (qui perdure à ce jour sous le nom de Loge Nationale Française – LNF) et l’autre à Lille à orientation plus humaniste, mais toutes deux conservant la tradition de la Maçonnerie de Métier.

En 1973, sous la direction de Jacques MARTIN, la LNF de Lille intègre une Loge mixte, « Le Temple de la Paix Céleste », et change de nom pour devenir l’Ordre Maçonnique Universel Humanitas pour les Pays de Langue Française – GLISRU. Par la suite, la GLISRU réserve le titre pour les Loges symboliques ou bleues, tandis que les ateliers supérieurs se regroupent sous le titre « HUMANITAS ».

Depuis 1993, la GLISRU s’est structurée démocratiquement avec des Convents annuels et un Conseil fédéral de dix Grands Officiers élus, présidé par un Grand Maître élu tous les trois ans, pouvant être reconduit annuellement pour un total maximum de six ans. Elle a été dirigée successivement par plusieurs Grands Maîtres, dont Arlette GUYS, Mathieu BERDIX, Christian ROBERT, Jean-Claude HOURDE, Aude BEN MOHA, Claude SERVANTON, Stéphane BANŮLS, Renato GIURCA et depuis septembre 2019, par Jean-Louis COTTIGNY. La GLISRU continue de promouvoir les valeurs de mixité, diversité rituelle, et un humanisme résolu.

Ancien blason

450.fm : En quoi la GLISRU se distingue-t-elle des autres obédiences maçonniques, notamment en ce qui concerne la pratique de la mixité et la pluralité des rites ?

J.-L. C. : La GLISRU se distingue principalement par son engagement en faveur de la mixité et la pluralité des rites.

La GLISRU a intégré la mixité comme un de ses principes fondateurs, permettant ainsi aux femmes et aux hommes de travailler ensemble au sein de l’ordre. Cette pratique de la mixité est significative car elle reflète un engagement envers l’égalité et l’harmonie entre les sexes, ce qui peut différer d’autres obédiences qui maintiennent des loges séparées pour les hommes et les femmes ou qui sont exclusivement masculines ou féminines. La mixité permet à l’obédience de bénéficier des perspectives et des talents de tous ses membres, enrichissant ainsi le travail maçonnique et la réflexion collective. Néanmoins, nous avons aussi des Loges masculines mais elles ont pour obligation d’accepter la visites des Sœurs.

D’autre part, la GLISRU accueille en son sein et depuis sa création, une diversité de rites maçonniques, ce qui était à l’époque assez remarquable dans le paysage maçonnique. Dès sa formation, elle a été détentrice de rites tels que le Rite Moderne Français Rétabli, le Rite Écossais Rectifié, le Rite Anglais Style Émulation et le REAA qui est le rite référence de notre obédience. Cette pluralité de pratiques rituelles offre à ses membres une richesse d’expériences maçonniques et une profondeur symbolique. Les membres peuvent ainsi explorer divers cheminements spirituels et initiatiques au sein de la même obédience, ce qui renforce l’unité dans la diversité et favorise une approche plus personnelle et individualisée de la recherche maçonnique. Elle a intégré en son sein également le Rite Opératif de Salomon et les Rites Égyptiens (Rite Oriental de Misraim et Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm). Elle a en cours une demande pour le Rite Français Philosophique détenu par le Grand Orient de France.

Ces deux caractéristiques (mixité et pluralité de rites) font de la GLISRU une obédience unique qui respecte les traditions maçonniques tout en s’adaptant aux besoins contemporains de ses membres et en s’engageant activement dans l’évolution de la société. Enfin, pour la GLISRU, les Loges sont Souveraines. Nos Règlements Généraux sont assez larges afin de pouvoir s’adapter aux différents rituels et les Loges ont leurs propres Règlements Intérieurs, leurs garantissant une vraie Souveraineté dans leurs décisions.

450.fm : Quels sont les principaux objectifs et la vision que vous souhaitez porter en tant que Grand Maître de la GLISRU ?

J.-L. C. : La GLISRU est une obédience de plus de 50 ans d’existence, reconnues par toutes les Grandes Obédiences Françaises. Mais notre obédience s’est faite quelque peu oubliée depuis ces dernières années par manque de communication avec les autres grandes obédiences françaises et nous avons à une époque, presque disparus des radars de la Maçonnerie Française. Mon travail et celui du Conseil Fédéral consiste aujourd’hui à réinstaller notre obédience à la place qu’elle mérite de par son ancienneté et son sérieux en terme de travail maçonnique et ses spécificités qui restent encore aujourd’hui uniques.

450.fm : Comment l’engagement humaniste de la GLISRU se traduit-il concrètement dans les activités et les initiatives de l’obédience ?

J.-L. C. : La GLISRU tient à former en premier des Hommes et des Femmes en leurs permettant de tailler leurs pierres afin de pouvoir ensuite s’engager individuellement dans des actions propres à défendre nos valeurs. Nous avons signé un appel à voter aux élections européennes pour lutter contre l’intolérance et le repli des structures extrémistes qui tentent de prendre le pouvoir en Europe pour mieux la détruire. Ce manifeste est signé par de nombreuses autres obédiences, sur une initiative de la GLMU que nous remercions pour nous avoir associés avec eux.

450.fm  : Vous mentionnez que dix rites sont pratiqués au sein de la GLISRU. Pourriez-vous nous donner des exemples de ces rites et expliquer leur importance pour la diversité de l’obédience ?

J.-L. C. : Les principaux rites pratiqués à la GLISRU sont le Rite Ecossais Ancien et Accepté, le Rite Écossais Rectifié, le Rite Opératif de Salomon, le Rite Français, le Rite Oriental de Misraim, Le Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm (Vous trouverez la liste complète des rites de la GLISRU sur notre site web). Certains rites sont plutôt considérés comme symboliques, d’autres plus humanistes, d’autres se réfèrent plutôt à la tradition Hermétique, cabbalistique, d’autres plutôt Christiques… C’est cette diversité qui permet d’une part à nos membres de pratiquer un rite conforme à leur idéal de recherche de la Lumière et par cette diversité nos membres bénéficient d’une vision très large de notre Ordre. Tous ces rites donnent chacun un éclairage différent sur la Franc-maçonnerie et ses valeurs et s’enrichissent les uns et les autres, se complètent et donne ainsi un éclairage plus précis du chemin initiatique.

450.fm : La mixité est une spécificité de la GLISRU. Comment cette pratique influence-t-elle la dynamique et les échanges au sein des loges ?

J.-L. C. : La mixité permet de rassembler des points de vue variés et complémentaires, tant masculins que féminins, ce qui enrichit les discussions et les travaux. Cela conduit à une meilleure compréhension des sujets traités et peut aider à atteindre une vision plus équilibrée des enseignements maçonniques comme c’est le cas aussi avec la pluralité de nos rites.

De plus, l’égalité des sexes est une valeur fondamentale dans les sociétés démocratiques modernes, et la pratique de la mixité par la GLISRU renforce cet idéal au sein de l’ordre. Cela promeut un sentiment de fraternité et de solidarité parmi tous les membres, indépendamment de leur sexe.

La mixité peut être vue comme une modernisation des pratiques maçonniques traditionnelles. Elle peut aider l’obédience à être plus pertinente et accessible à une société qui valorise l’inclusivité et la diversité.

Les hommes et les femmes ont des expériences de vie différentes, et la mixité offre à chacun l’opportunité de s’enrichir personnellement à travers les expériences des autres, favorisant ainsi un développement personnel plus équilibré.

La présence des deux sexes crée une atmosphère harmonieuse et équilibrée qui est bénéfique pour le travail rituel et symbolique, permettant à tous les membres de travailler dans un espace qui reflète l’équilibre des énergies.

En somme, la mixité est plus qu’une simple caractéristique organisationnelle pour la GLISRU ; c’est une pratique qui imprègne la culture et l’identité de l’obédience, et qui influence de manière positive la manière dont ses membres interagissent, apprennent et grandissent ensemble sur leur chemin maçonnique.

450.fm : Selon vous, quel rôle la franc-maçonnerie, et spécifiquement la GLISRU, peut-elle jouer dans la société contemporaine ?

J.-L. C. : La Franc-Maçonnerie, et spécifiquement la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis joue plusieurs rôles essentiels dans la société contemporaine.

La GLISRU continue à être un défenseur des valeurs universelles de fraternité, d’égalité, et de liberté, en encourageant le dialogue et la tolérance dans une société de plus en plus diversifiée.

Elle offre un chemin de développement personnel et spirituel à ses membres, leur permettant de s’améliorer et de contribuer positivement à la société en général.

La GLISRU s’engage dans des actions sociales et philanthropiques en local au niveau des régions, mettant en pratique ses principes humanistes pour l’amélioration de la communauté.

En tant que lieu de réflexion, elle aide à approfondir la compréhension des enjeux éthiques modernes et encourage ses membres à agir comme des citoyens responsables et engagés.

La pratique de la mixité et la diversité des rites sont en eux-mêmes un exemple de dialogue et d’acceptation de la diversité, ce qui peut servir de modèle pour le respect mutuel dans la société.

D’un point de vu plus global, la franc-maçonnerie doit offrir une contribution intellectuelle à travers des conférences, des publications et des débats sur des sujets pertinents pour la société contemporaine.

En étant ouverte à l’innovation et au changement, elle devrait pouvoir aider à façonner les réponses aux défis sociaux et technologiques actuels, tout en restant ancrée dans ses principes fondamentaux.

En prônant l’unité au-delà des différences individuelles, la franc-maçonnerie peut être un facteur de cohésion sociale dans un monde où les divisions semblent se renforcer.

En résumé, la GLISRU, fidèle à ses principes fondateurs et ouverte aux innovations, a le potentiel de jouer un rôle significatif en tant que force morale et éthique dans la société, contribuant ainsi à un avenir où la compréhension, la tolérance et le développement personnel sont valorisés et encouragés.

450.fm : Quels sont les principaux défis auxquels la GLISRU fait face aujourd’hui, et quelles sont les perspectives pour votre obédience ?

J.-L. C. : L’un des principaux défis à mon sens de notre ordre en général est de garder une franc-maçonnerie contemporaine et pertinente dans un monde en constante évolution, tout en préservant l’essence des traditions maçonniques.

Il nous faut attirer et retenir des membres, particulièrement des jeunes générations qui ont de nombreuses autres options pour le développement personnel, social et spirituel semble également un défit de taille pour l’ensemble de notre ordre.

Il s’agit aussi de naviguer entre la nécessité de plus de transparence pour dissiper les malentendus concernant la franc-maçonnerie et le besoin de confidentialité inhérent aux sociétés initiatiques,

Concernant plus spécifiquement la GLISRU, nous devons continuer à développer la diversité de nos loges tant sur leurs compositions que sur leurs rites au sein de l’obédience comme un atout pour l’enrichissement mutuel et l’évolution des pratiques maçonniques.

Bien sûr, il nous faut également mettre l’accent sur l’éducation et la formation continue des membres pour approfondir la compréhension des symboles et des rituels maçonniques.

Nous devons nous engager également plus sur un dialogue constructif avec le public pour une meilleure compréhension des contributions de la maçonnerie à la société et des valeurs de notre Obédience.

L’utilisation des technologies modernes pour améliorer la communication entre les membres et avec le public, tout en préservant la discrétion nécessaire semble également une piste à creuser.

Nous sommes tant à la GLISRU (ainsi que dans l’ensemble des obédiences à mon sens) confrontés à l’équilibre entre la tradition et la modernité, la discrétion et la transparence, tout en cherchant à rester dynamiques et évolutifs pour s’adapter aux réalités contemporaines pour maintenir une influence positive et constructive dans la société.

450.fm : Comment la GLISRU gère-t-elle sa communication et son ouverture vers le grand public, étant donné le caractère traditionnellement discret de la franc-maçonnerie ?

J.-L. C. : Nous avons mis depuis longtemps en place plusieurs vecteurs de communication au sein de notre obédience mais qui n’ont pas toujours étés optimisés à fond. Nous restons une obédience modeste avec des moyens limités qui ne nous ont pas toujours permis de développer la communication de manière optimale. Néanmoins, nous utilisons un site web officiel (glisru.eu) pour communiquer nos valeurs, notre histoire, et des informations sur nos activités. Les réseaux sociaux et particulièrement notre page facebook sont aussi utilisés pour partager des contenus informatifs et d’être en lien direct avec nos membres mais aussi tous ceux qui désirent en savoir plus sur notre obédience et nos loges. Nous sommes très réactifs sur ces sujets.

Nous sommes également en train de réfléchir pour participer ou organiser des conférences publiques en association avec les autres obédiences avec lesquelles nous avons des traités d’amitié pour promouvoir la franc-maçonnerie mixte et universelle afin de susciter des demandes auprès des profanes intéressés par ces sujets.

Nous souhaitons nous rapprocher des organes de publications comme les vôtres, qui sont essentiels dans ce PMF (Paysage Maçonnique Français) pour communiquer plus souvent sur nos actions, nos valeurs, nos évènements. Je tiens d’ailleurs à vous remercier pour cette tribune que vous nous avez offerte si fraternellement.

Nous souhaitons nous engager plus également auprès d’associations comme Mathusalem.

Nous avons également décidés de participer à nouveau aux Salons du livre maçonnique et nous serons présents à Tours les 1er et 2 juin prochain. Même si nous n’avons aucune Loge sur ce territoire pour l’instant, il s’agit pour la GLISRU d’être présente à travers ces différents salons d’autres obédiences, des éditeurs, des Sœurs et Frères qui organisent ces salons et de se réinscrire dans ce PMF que nous avions quelque peu délaissés ces dernières années.

L’implantation de la GLISRU

450.fm : Vous invitez les curieux à se manifester via votre site. Quel message souhaiteriez-vous adresser à ceux qui s’intéressent à la franc-maçonnerie mais qui hésitent encore à franchir le pas ?

J.-L. C. : À tous ceux qui sont curieux de la Franc-Maçonnerie et qui envisagent de rejoindre nos rangs, je voudrais dire que la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis vous accueille avec bienveillance. L’entrée dans la Franc-Maçonnerie est un pas significatif, marquant une volonté d’engagement dans un chemin de développement personnel et spirituel qui se poursuit toute la vie.

Nous comprenons que ce pas puisse être accompagné d’hésitations et de questions.

La Franc-Maçonnerie offre une expérience unique d’apprentissage, de partage et de croissance, mais elle demande aussi un engagement sérieux envers soi-même et envers les autres membres de la fraternité.

Si vous cherchez une communauté qui valorise la réflexion profonde, le travail sur les symboles, et qui promeut l’égalité, la liberté, et la fraternité, alors la GLISRU pourrait être le chemin que vous recherchez.

Notre obédience est particulièrement fière de sa mixité et de son respect pour la pluralité des rites, ce qui nous permet d’embrasser une large diversité de perspectives et d’expériences.

Nous vous encourageons à nous contacter à travers notre site ou de nos réseaux sociaux pour toute question ou pour commencer un dialogue. La recherche de la connaissance, l’amélioration de soi et le service à la communauté sont des voyages qui gagnent à être partagés.

La Franc-Maçonnerie peut être cette communauté de partage et d’entraide que vous cherchez, et la GLISRU se tient prête à vous guider sur ce chemin initiatique.

N’ayez pas peur de poser des questions et d’exprimer vos doutes. Chaque maçon a commencé son voyage par une curiosité similaire et une volonté d’explorer l’inconnu. Si vous ressentez cet appel, nous vous invitons à venir et à voir par vous-même ce que la Franc-Maçonnerie peut offrir. Laissez votre curiosité être le compas qui vous guide vers une expérience enrichissante et transformante.

Date prochain Convent de la GLISRU : 5 octobre 2024 à Arras.

Au nom de toute l’équipe de 450.fm, je tiens à vous exprimer, mon très cher frère Jean-Louis Cottigny, notre sincère gratitude pour l’honneur que vous nous avez fait en acceptant notre invitation à cet interview. Votre disponibilité et votre générosité à partager vos connaissances et vos perspectives sur la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis (GLISRU) ont grandement enrichi notre contenu et éclairé nos lecteurs.

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Avec poésie, il dessinait si joliment les femmes, notre Frère Alphonse Mucha

« La poésie semble donc bien devoir rester le seul point de hauteur d’où l’homme puisse encore, et pour la suprême consolation de ses misères, contempler un horizon plus clair, plus ouvert qui lui permette de ne pas complètement désespérer. Jusqu’à nouvel ordre Jusqu’au nouveau et peut-être définitif désordre c’est dans ce mot qu’il faut aller chercher le sens que comportait autrefois celui de liberté » Pierre Reverdy (La Fonction Poétique-1950)

« Faute avouée, faute à-demi pardonnée » dit-on. Bon alors, je vais y aller de ma petite confession : l’adolescence fut pour moi la naissance de l’émerveillement sensuel en regardant les représentations féminines de Mucha. Mais, je finis par me dire qu’elles étaient trop belles pour être vraies ! Donc que cachaient-elles et vers quels mondes nous entraînaient-elles ? C’est ainsi que je fis mon entrée dans l’univers de l’artiste et que, dans ce labyrinthe, j’en cherche encore la sortie ! …

Alphonse Maria Mucha (1860-1939) voit le jour dans cette Europe centrale, tellement bousculée par les guerres napoléoniennes et la naissance du réveil des nations. Sa petite ville natale, Ivancice, est placé au sud de la Moravie, sous administration autrichienne. Son père est huissier de justice dans cette ville mais, en 1872, la famille va s’installer à Brno, alors capitale de la Moravie où le jeune Alphonse va devenir pensionnaire du Slovanské Gymnasium.

Comme toutes les vocations, le hasard joue un rôle déterminant en éveillant ce qui sommeille déjà à l’intérieur du sujet : c’est en visitant une église de la ville d’Usti Nad Orlici que Mucha va être impressionné, voire bouleversé, par les fresques de Jan Umlauf (1825-1926), et détermine définitivement son orientation vers la peinture, mais en 1878 sa candidature à l’Académie des Beaux-Arts de Prague est refusée et il participe alors, comme amateur, à des spectacles de théâtre en tant qu’acteur, metteur en scène, et surtout décorateur. Ce qui lui permet d’aller à Vienne l’année suivante et de travailler comme apprenti pour une entreprise spécialisée dans les décors de théâtre. Il perdra malheureusement son emploi à la suite de l’incendie du Ringtheater, le meilleur client de son employeur.

Déjà connu, le comte Eduard Khuen fait appel à lui pour décorer son château d’Emmanhof et aidera financièrement Mucha quand, à l’automne 1885, il commence des études à l’Académie des Beaux-Arts de Munich. Se lançant dans l’aventure, il s’installe à Paris, en 1887, pour étudier à l’Académie Julian, toujours avec le soutien financier du comte Eduard. Il devient président du « Lada Club », association d’étudiants tchèques, polonais et russes. Il écrit : « L’artiste doit rester fidèle à lui-même et à ses racines nationales ». Né en pleine renaissance nationale tchèque, il aspire profondément à une nation indépendante de l’empire austro-hongrois. Déjà adolescent, il illustrait des magazines satiriques. A Paris, alors capitale européenne des arts, artistes et étudiants affluent de tous pays et se regroupent en communauté. Après la présidence du Lada Club, il deviendra président de la « Besada », qui regroupe essentiellement la communauté tchèque.

Durant deux ans, il suit les cours de l’Académie Julian, puis de l’Académie Colarossi. Mais, au début de 1889, le comte, sans doute exaspéré par les engagements nationaliste de Mucha, cesse de le soutenir financièrement et le « Bohémien à Paris » est contraint de travailler pour gagner sa vie !

Il commence à travailler comme illustrateur pour des éditeurs de Paris et de Prague et, en 1890, il participe à un cercle d’artistes comprenant Paul Sérusier et ceux que l’on appelle les « Nabis » qui se réunissent dans la crèmerie de madame Charlotte Caron, rue de la Grande Chaumière ! C’est en 1891 que Mucha rencontre Paul Gauguin avec lequel il nouera une longue amitié et qu’il appelle le « violent sauvage » ! Il commence aussi à travailler pour l’éditeur parisien Armand Colin. Parallèlement, il donne des cours de dessin dans son atelier qui deviendront les « Cours Mucha » à l’Académie Colarossi. Mais, c’est le 1er janvier 1895 que son succès voit une accélération : il fait paraître l’affiche de « Gismonda », pièce où joue Sarah Bernhardt et signe un contrat de six ans avec elle, pour concevoir les décors, les costumes et les affiches de ses productions. Il rejoint le « Salon des Cent », groupe d’artistes défendus par la revue « La Plume » et signe un contrat d’exclusivité avec l’imprimeur Champenois et crée ses premières séries de panneaux décoratifs : « Les saisons ». En 1897, au Salon des Cent, une exposition personnelle est organisée et La Plume lui consacre un numéro spécial. La notoriété frappe à sa porte !

Cependant, Mucha ressent le manque d’une dimension spirituelle à son talent. Il va la trouver avec sa rencontre avec le célèbre dramaturge suédois August Strindberg (« Mademoiselle Julie », « Le songe », « Le père », « La danse de la mort »), ami de Paul Gauguin. Strindberg (1849-1912) est passionné par le mysticisme, l’occultisme et la théosophie. Ils vont discuter régulièrement sur la philosophie, ce qui fera naître chez Mucha la conviction qu’il existe des « Forces mystérieuses » qui guident la vie des individus. Cet échange avec Strinberg va le conduire à demander son entrée au Grand Orient De France et il est initié le 25 janvier 1898. Pour lui, la Franc-Maçonnerie est l’aboutissement d’une recherche spirituelle où prône l ‘« amélioration de l’humanité » et la « conscience de la liberté », autour de trois vertus « La Beauté, la Vérité et l’Amour » qui représentent pour lui les « pierres angulaires » de la condition humaine par son travail, il pense contribuer au progrès de l’humanité. Au travers des paroles du « Notre-Père » illustrées et commentées, publié en 1899.

Ce livre adresse aux générations futures un message sur la manière dont l’homme peut atteindre la vérité universelle. Mucha conservera une grande fidélité à la Maçonnerie et, de retour chez lui, il sera membre fondateur de la première loge maçonnique tchécophone et, nous constatons qu’en 1923, il sera élu « Souverain Grand Commandeur » du Suprême Conseil tchèque. La Franc-Maçonnerie va exercer aussi sur lui des influences surprenantes, notamment dans son regard sur les femmes dans lesquelles, au-delà de la sexualité, il cherchait une dimension spirituelle, qui va le conduire à se réapproprier l’amour courtois dans ses composantes.

Chez le peintre qui était, très « Sitz im Leben » comme disent les Allemands, très ancré dans la réalité, sous l’influence de son vécu maçonnique sans doute et de ses fréquentations, il va orienter de plus en plus son art vers le dépassement de la simple représentation pour amener son public vers une dimension spirituelle. Et ce, surtout dans le domaine de l’image de la féminité : l’attirance que nous ressentons ne nous conduit pas fatalement au désir sexuel, mais nous oriente vers « quelque chose » qui est « plus loin ». Etrangère pour nous ,l’idée que Mucha fut un ascète évaporé : sa vie sentimentale est largement évocatrice du contraire ! Il met en mouvement l’idée que, comme chez Platon dans le « Banquet » ou dans les peintures de Botticelli, le « Beau », nous fait dépasser le corps de l’autre pour diriger ses pas vers « L’Idée ». Ce qui amène la distinction fondamentale entre une sexualité vécue et l’attirance qui n’est qu’un fil conducteur vers l’ « Innommable ». Il nous propose d’entrer dans la distinction du corps et de l’âme, sans faire le rejet de l’un ou l’autre. Il écrit : « La mission de l’art est d’exprimer les valeurs esthétiques de chaque nation conformément à la beauté de son âme. La mission de l’artiste est d’enseigner au peuple à aimer cette beauté ».

En fait, Alphonse Mucha, à travers sa représentation du féminin, s’inscrit dans un retour à l’ « amour courtois », un discours où la femme existe dans le corporel mais aussi dans la transcendance de l’insaisissable. Rappelons qu’au début du XIe siècle à la fin du XIIIe siècle, l’amour courtois va être le véhicule du sentiment chez les chevaliers et les poètes ; troubadours dans le midi de la France, « Minnensänger » dans l’aire germanique. Cet amour courtois est le successeur du « De Arte Amandi » d’Ovide et est une scolastique de l’amour malheureux ou, en tout cas, d’un amour de l’insatisfaction qui conduit à la poursuite du désir, car l’objet de l’attention est inatteignable. En fait, c’est l’amour de l’absolu qui s’incarne dans un objet sans finalité, qui demeure une attirance provisoire pour atteindre l’Idéal. Cet objet transitoire est, par excellence, « La Dame ». Mais il n’y a pas possibilité de chanter la Dame, sans le présupposé d’une barrière qui l’entoure et l’isole (comme le « Saint des saints » !). Elle se présente donc avec des caractères dépersonnalisés : l’objet, « Das Ding » (la «Chose ») est transformée en une fonction symbolique. Elle devient alors une sublimation qui est privée de quelque chose de réel et qui amène ainsi à un désir permanent car jamais assouvi. Il y a tension permanente vers cet objet mais jamais satisfaction avec lui. Il n’est que le relais dans la tentative de fusion avec l’Autre qui est le véritable objet. L’amour, dans la vision de l’amour courtois, c’est l’amour de l’Autre à travers l’amour de l’autre. Jacques Lacan écrit (1) : « Cet acte, cette fusion, nous ne pouvons jamais savoir s’il s’agit d’union mystique, de reconnaissance distante de l’autre, ou d’autre chose.

Dans bien des cas il semble qu’une fonction comme celle du salut, de la salutation soit pour l’amoureux de l’amour courtois le don suprême. Le signe de l’Autre comme tel, et rien de plus. Cela a été l’objet de spéculations qui ont été fort loin, jusqu’à identifier ce salut avec celui qui réglait le consolamentum, les rapports des grades les plus élevés de l’initiation cathare ». Dans l’amour courtois, s’adresser à un objet est, en fait, avoir un dialogue avec un Autre objet symbolique « au-delà », « beyond », et d’en attendre la réponse sous forme d’approbation ou de réprobation, tel un père ou une mère symbolique. L’objet de l’amour courtois est le point de jonction qui s’opère entre moi et cet Absolu transcendant, dont j’espère la réponse et ne constate que le silence, lui, le « Trésor des signifiants » qui serait pourtant le lieu de l’origine de la parole et de la loi.

L’objet convoité est donc toujours de l’ordre de l’imaginaire, qui nous sert seulement à aller vers un Autre encore plus inconnu. Ce qui fait dire à Pascal Quignard que le désir est un douloureux phantasme (2) : « Le désir est une chose beaucoup plus « noire », beaucoup plus atroce que les sociétés modernes ne se le présentent. Le fond du désir est un « rayon de ténèbres ». Cicéron a défini le désir dans Tusculum IV : Desiderium est libido vivendi ejus qui non adsit. Le désir est la libido de voir quelqu’un qui n’est pas là : la desideratio est la joie de voir l’absent. Le latin dediderium se traduit le plus souvent en français par les mots souvenir ou regret ou mélancolie ou désespoir… Le désir est l’appétit de voir l’absent ». Saint-Augustin écrivait aussi : « Qu’est qu’un homme ? Des yeux et des fantômes ». Cette prise de conscience pourrait nous amener à ce que Jacob Boehme appelait en allemand, le « Ewig nichts », le « Rien éternel » qui serait le fondement ultime du réel ou le désenchantement qu’évoque le psychanalyste Georges Favez (3) : « On n’apprend rien de l’illusion et tout au plus qu’elle est illusion. On apprend que la désillusion ». A moins qu’au cours du voyage dans cet amour courtois nous tombions, par hasard, sur ce que nous cherchions, comme l’évoque Marcel Jouhandeau (4) : « Enfin le regard qu’on cherchait depuis le commencement du monde on le rencontre : il y a là quelque chose d’unique, de caché derrière des murs et des murs qu’il faut prendre l’initiative et se donner la peine de franchir à ses risques et dommages, pour mériter la confidence disputée, le droit d’entrer dans le secret des secrets, le Saint des saints, c’est un être vivant ou mort, quel qu’il soit, si humble soit il »…

En 1899, le gouvernement autrichien passe une commande à Mucha pour l’exposition universelle de Paris de 1900, notamment pour la décoration du pavillon de la Bosnie-Herzégovine. Ce qui lui vaudra, en 1901, de recevoir la légion d’honneur pour sa contribution et est élu membre de l’Académie Tchèque des Sciences et des Arts. Sur un plan affectif, il rencontre en 1903, Maruska Chytilova, étudiante tchèque en art et qu’il épousera à Prague en 1906. Deux enfants naîtront de cette union : sa fille Jaroslava en 1909 et son fils Jiri en 1915.

Va débuter une période américaine dans sa vie à la suite de rencontres amicales et professionnelles : en 1904, il fait un premier séjour aux U.S.A. où il peint des portraits de notables et fait la connaissance de Richard Crane (1858-1939) qui sera le mécène de l’oeuvre future de Mucha intitulée l « Epopée Slave ». Il retournera en Amérique du Nord en 1906, où il commence à enseigner à l’ « Art Institute of Chicago ». Mais, il ressent le besoin d’un retour aux sources de l’Europe centrale et, en 1910, il revient à Prague pour travailler aux fresques murales de la Maison Municipale et, un an plus tard, s’installe avec sa famille au château de Zbiroh, en Bohème occidentale et commence à travailler sur ce qu’il voit comme l’œuvre de sa vie : l’épopée slave. La première guerre mondiale va bouleverser la vision traditionnelle de Mucha : en 1918, la Tchécoslovaquie voit le jour à la suite de la dissolution de l’Empire austro-hongrois. C’est d’ailleurs Mucha qui va concevoir les premiers timbres-poste et billets de banque du nouvel état !

C’est en 1928 qu’il termine le cycle complet de l’épopée slave qu’il offre officiellement à la ville de Prague. Cette œuvre est un appel à l’unité, destiné à inspirer tous les slaves. Mucha choisit vingt grands épisodes qui, selon lui, ont marqué ces peuples d’un point de vue religieux, philosophique ou culturel. Pour se faire, Mucha avait travaillé de façon considérable : consultations de savants, voyages en Croatie, Serbie, Bulgarie, Monténégro, Pologne, Russie et Grèce. Durant ces voyages, il dessine, photographie et étudie les coutumes et les traditions locales. L’Europe va lui rendre hommage : Paris organise, en 1936, une rétrospective de son œuvre au Musée du Jeux de Paume à Paris, et une autre exposition a lieu au Musée Morave des Arts Décoratifs à Brno.

Et de nouveau la guerre…Les Allemands envahissent la Tchécoslovaquie et Mucha est arrêté et interrogé par la Gestapo. N’ayant rien pour le suspecter, il est remis en liberté, mais sa santé se dégrade vite et il meurt à Prague le 14 juillet 1939. Il est enterré au Slavin (Le Panthéon tchèque) au cimetière de Vysehrad en tant qu’héros national.

Quel étrange cheminement que celui de notre Frère Mucha ! Ce « plus grand artiste décoratif du monde » comme l’appelaient les Américains, créateur de l’Art Nouveau à travers l’Art Décoratif, influencé par Gustave Doré, Puvis de Chavannes, l’art japonais, passionné par la photo et le cinéma naissant des frères Lumière n’était pas un bricoleur de génie, mais un authentique chercheur d’une dimension spirituelle, une sorte de mystique en mouvement permanent dans le sens que lui donne le jésuite Michel de Certeau, en nous citant Angelus Silesius (5) : « Est mystique celui ou celle qui ne peut s’arrêter de marcher et qui, avec la certitude de ce qui lui manque, sait de chaque lieu et de chaque objet que ce n’est pas ça, qu’on ne peut résider ici ni se contenter de cela ».

Vers quel Saint-Jacques de Compostelle marchait donc notre Frère Alphonse Mucha ?..

 NOTES

(1) Lacan Jacques : Le Séminaire-Livre VII- L’Ethique de la psychanalyse. Paris. Editions du Seuil. 1980. (page 182).

(2) Quignard Pascal : La nuit sexuelle. Paris. Editions J’ai Lu. 2009. (pages 161 et 162).

(3) Favez Georges : Psychanalyste où es tu ?. Toulouse. Editions Privat. 1986.

(4) Jouhandeau Marcel : Carnets de Don Juan (Ecrits secrets II). Paris. Editions Arléa. 1988. (page 14).

(5) Dosse François : Michel de Certeau-Le marcheur blessé. Paris. Editions de la Découverte. 2007. (page 638).

 BIBLIOGRAPHIE

– Abraham Karl: Psychanalyse et culture. Paris. Editions Payot. 1968.  

– Chasseguet-Smirgel Janine : Pour une psychanalyse de l’art et de la créativité. Paris. Editions Payot. 1971.

Le Rit Cabalistique par Lazare Lenain

Revenons, dans un premier temps, sur le parcours si particulier de Lazare-Républicain Lenain (1793-1877), bouquiniste, ouvrier du textile amiénois et candidat « démocrate ouvrier » aux élections législatives d’avril 1848, une figure notable de l’occultisme français du XIXe siècle.

Il est particulièrement reconnu pour son œuvre La Science cabalistique, ou l’art de connaitre les bons Génies (1823). Cette publication a joué un rôle significatif dans la diffusion et la popularisation des concepts de la cabale, notamment les Soixante-douze anges de la Cabale.

Né en 1793, dans une période postrévolutionnaire en France, L.-R. Lenain grandit dans un climat intellectuel où les idées ésotériques et mystiques attiraient un intérêt croissant. Son éducation et ses influences précises restent en grande partie obscures, mais il est clair qu’il a été profondément influencé par les traditions mystiques et ésotériques de son époque.

Il s’est fait donc connaître principalement grâce à son ouvrage La Science cabalistique, une étude approfondie des 72 anges de la cabale, où l’auteur décrit non seulement leurs noms mais aussi leurs fonctions et les moments propices pour les invoquer.

Cet ouvrage a eu un impact majeur sur la perception et l’application des principes cabalistiques en Europe. L.-R. Lenain y propose une méthode systématique pour l’invocation et l’interaction avec les entités angéliques. Les 72 anges de la cabale, chacun associé à une vertu spécifique et à un segment particulier du temps, sont détaillés de manière à permettre aux pratiquants de les invoquer efficacement.

Outre La Science cabalistique, L.-R. Lenain a produit divers autres écrits ésotériques, souvent sous forme de placards ou de feuilles volantes. Ces publications incluent des hymnes et des invocations, enrichissant le corpus de textes mystiques disponibles à son époque.

Le Rit cabalistique, que nous propose l’éditeur Amici Librorum, signifiant Les Amis des Livres, est un grimoire magique unique, se différenciant des grimoires traditionnels par son approche méditative. Conçu pour être utilisé sur une période d’un an, il intègre des invocations journalières et hebdomadaires, avec des pentacles et carrés magiques pour la méditation.

Diplôme de maître de Lenain – Source RT N° 195-196, juillet-octobre 2019

Concernant son appartenance à la fraternité, bien que son nom n’apparaisse pas sur les tableaux de la loge « La Parfaite Sincérité » du GODF qui lui a donné la lumière, à l’orient d’Amiens, Lazare-Républicain Lenain atteint le grade de maître maçon en mai 1818. La Bibliothèque nationale possède son diplôme de maître (BnF FM5 1385). Chacun peut imaginer que sa qualité de membre de l’art royal ait pu indiquer une possible influence maçonnique sur ses travaux ésotériques. Le Rit cabalistique pourrait ainsi avoir été destiné à des maîtres maçons désireux d’explorer les pratiques magiques des grimoires plus en profondeur.

L.-R. Lenain a laissé une empreinte durable dans le domaine de l’occultisme et de la cabale. Ses travaux continuent d’être étudiés et respectés par les praticiens et les chercheurs en ésotérisme.

L’édition contemporaine de ses œuvres, annotées et introduites par des experts comme Stephan Hoebeeck, témoigne de l’intérêt soutenu pour ses contributions et de leur pertinence continue dans l’étude, la compréhension et la pratique des mysticismes angéliques et cabalistiques en Europe.

La réédition de Rit cabalistique est grandement enrichi d’une introduction éditoriale.

L’ouvrage est un grimoire magique exceptionnel. L’orthographe particulière de « Rit » sans « e » final souligne son lien avec la maçonnerie traditionnelle.

Le livre est précédé de l’« Hymne ou invocation à Dieu, Dédiée aux amateurs de la vérité » (Amiens, 1829). Ce texte est une œuvre spirituelle de Lazare-Républicain Lenain, écrite pour ceux qui recherchent la vérité divine. Elle reflète les croyances ésotériques et mystiques de l’époque, mettant l’accent sur la quête de sagesse et la dévotion à Dieu. Comme un appel à la guidance divine et à la purification de l’âme est destiné aux Amateurs de la Vérité, encourageant une vie de foi et de dévotion. Il conclut par « la mort ouvre la porte à la vue éternelle… »

L’ouvrage comprend des premières invocations aux neuf hiérarchies célestes, des oraisons des heures du jour et de la nuit, des anges des signes, les soixante-douze attributs de Dieu, en l’honneur de la Très Sainte Trinité, des combinaisons cabalistiques, des orainsons à l’ange gardien.

Source https://www.abebooks.fr/

Le livre publie le manuscrit dudit Rit. Nous avons particulièrement apprécié les illutations du manuscrit traduit ainsi que celles reproduites d’après l’Origine de tous les cultes ou religion universelle de Charles-François Dupuis (1742-1809), archéologue membre de l’Institut, ami de l’astronome Jérôme de Lalande. Lalande, fondateur en 1776 de la loge des « Neuf Sœurs », du Grand orient de France.

L’Origine de tous les cultes ou religion universelle est un ouvrage de la plus grande importance pour l’étude des religions et des mythologies primitives. L’auteur, qui était d’une immense érudition – que l’on dit maçon, une assertion toutefois à vérifier – s’est efforcé de montrer l’utilité du dogme sous la multiplicité des symboles et des allégories qu’il rapporte au phénomène de la nature.

L’ouvrage s’achève en présentant l’esprit d’Amici Libororum, les Amis des Livres, suivi de tous les livres de l’éditeur disponible sur Amazon dans les domaines suivants : alchimie, hermétisme, théosophie, art, curiosa, folklore, franc-maçonnerie et martinisme, gnosticisme, islam, soufisme et domaine arabo-musulman, judaïsme/cabale, littérature et occultisme.

4e de couv., détail

Le Rit cabalistique de Lazare Lenain par Stephan Hoebeeck qui fournit une transcription fidèle du manuscrit original, accompagnée d’une introduction et de notes explicatives, est un ouvrage indispensable pour les passionnés de cabale et de magie. Sa structure unique et sa richesse de contenu en font un guide précieux pour la méditation et la pratique rituelle, en particulier pour les maîtres maçons et les étudiants en ésotérisme. La combinaison de textes historiques et de commentaires contemporains enrichit l’expérience de lecture et offre un accès approfondi à la pensée cabalistique de Lazare-Républicain Lenain.

LE RIT CABALISTIQUE par Lazare LENAIN

Introduction, transcription du manuscrit et notes par Stephan HOEBEECK

Amici Librorum, 2024, 160 pages, 24 € (disponible sur Amazon)