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Templiers, francs-maçons et mystères révélés : une plongée au cœur de la Stricte Observance

L’inspiration derrière la plume de Damien Bettembourg s’est dessinée dans les contours d’un moment singulier : une rencontre en novembre 2015, entre son père – à qui il dédie un hommage dans ses pages – et André Kervella. C’est de cette émouvante conjonction que germa l’ouvrage LES LOGES RÉUNIES et son Rite de Stricte Observance, un témoignage de filiation et de reconnaissance.

L’ouvrage de Damien Bettembourg traite d’une branche spécifique de la franc-maçonnerie sur le continent européen, le Rite de Stricte Observance, également connu sous le nom de Rite Rectifié Allemand. Ce rite est particulièrement important dans l’histoire de la franc-maçonnerie car il constitue la base, le fondement même, de nombreux autres rites, notamment le Rite Écossais Rectifié en France. Initialement mixte et alchimique, ce rite est passé d’une phase opérative à une phase entièrement spéculative au fil du temps, marquant une évolution significative dans ses pratiques et ses philosophies.

Il est d’une approche facile et permettra à un large public de se familiariser avec la Stricte Observance.

L’ouvrage retrace l’organisation des Loges Réunies et des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem, créée en 1751. Sous l’égide de Karl Von Hund, cette structure était répartie en sept grades, bien que Les Loges Réunies ne travaillaient que les quatre premiers grades : Apprenti, Compagnon, Maître et Maître Écossais. Les grades supérieurs, tels que Novice, Chevalier du Temple, et Chevalier Profès étaient réservés à l’Ordre lui-même.

Le Rite de Stricte Observance joue un rôle clé dans le développement de nombreux autres rites maçonniques, y compris des rites influents comme le rite Égyptien et le rite Suédois. L’influence de ce rite au sein de la franc-maçonnerie européenne du 18ème siècle est notable, car il a été impulsé par des « Supérieurs Inconnus », ajoutant une aura de mystère et d’élitisme autour de ses pratiques et de sa philosophie.

La devise du rite, « Périt UT Vivat ! » (Il périt pour vivre), et le blason illustré sur la couverture du livre, qui date de 1764, reflètent l’engagement envers les idéaux de renaissance et de transformation spirituelle qui sont au cœur de ce rite. Ces éléments symboliques soulignent l’importance de la tradition et de l’héritage dans la pratique maçonnique.

Damien Bettembourg organise le contenu de manière simple et chronologique, rendant l’histoire des Loges Réunies accessible aux lecteurs novices comme aux érudits en franc-maçonnerie. Cette approche permet de suivre l’évolution du Rite de Stricte Observance et de comprendre son impact sur d’autres traditions maçonniques.

C’est ainsi que Damien Bettembourg nous invite à un voyage structuré à travers l’histoire et la complexité du Rite de Stricte Observance. Un livre organisé en six chapitres principaux, chacun se focalisant sur des éléments clés de ce système initiatique et de ses liens avec d’autres traditions. En commençant, chapitre I par « Les Origines, la naissance de l’idée d’Écossisme », posant ainsi les fondations historiques et idéologiques du rite, en examinant ses racines et le contexte de son apparition. Puis, dans « Les différents systèmes influençant lei Rite de Stricte Observance » l’auteur explore les divers courants de pensée et systèmes qui ont façonné le rite, dont le système jésuite, la maçonnerie des hauts grades élus, le système Rose-Croix, et le cléricat templier.

Karl Von Hund

Ensuite, le chapitre III « Karl Von Hund » est centré sur la figure charismatique de Karl Gotthelf, baron von Hund und Altengrotkau (1722-1776), aristocrate allemand fondateur de la Stricte Observance Templière (SOT). Il traite de son rôle dans le développement du rite et son Ordre des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem.

Le chapitre suivant traite des différents convents, de celui de Kittliz en 1753 à celui de Wilhelmsbad en 1782.

Historiquement, les convents maçonniques sont des rassemblements ou des assemblées qui se tiennent pour discuter et prendre des décisions concernant les affaires de la franc-maçonnerie. Ils jouent aussi un rôle crucial dans la propagation du rite, l’établissement de ses règles et de ses grades, et dans le rassemblement des loges de différentes régions.

Convent de Wilhelmsbad, du 16 juillet 1782 au 29 août 1782, suivi de 3 séances supplémentaires dites de « prorogation »

Ces réunions étaient également l’occasion de débats théologiques et philosophiques, de réformes rituelles, et parfois de querelles internes… À l’époque, le Rite de Stricte Observance était en crise. Les affirmations de lien direct avec l’Ordre des Templiers suscitaient des controverses et du scepticisme, et il y avait une forte demande pour une plus grande clarté et une réforme de la structure et des enseignements du rite.

L’auteur retrace ensuite « L’œuvre de Jean-Baptiste Willermoz » et l’attention se tourne vers cette figure emblématique et son influence sur le rite.

Damien Bettembourg

Enfin dans son chapitre VI intitulé « Mise en sommeil du rite et des Loges Réunies », Damien Bettembourg examine les raisons et les circonstances qui ont mené à la cessation des activités du rite et des loges associées.

Cet ouvrage invite le lecteur à un voyage structuré à travers l’histoire et la complexité du Rite de Stricte Observance. Il met en lumière les acteurs clés et les événements majeurs qui ont marqué son histoire.

LES LOGES RÉUNIES et son Rite de Stricte Observance

Damien BettembourgAutoédition, 2023, 132 pages, 9,50 €

Franc-maçonnerie et psychanalyse

La franc-maçonnerie, société initiatique et philosophique, prône des valeurs de fraternité, de solidarité et d’entraide. La mixité (mixité ?) permet à des hommes et des femmes de travailler ensemble dans un esprit de respect mutuel, d’égalité et de complémentarité, en mettant de côté les différences de genre.

Il s’agit de se concentrer sur des objectifs communs d’amélioration et de contribution à l’élévation intellectuelle, spirituelle et morale de l’humanité. Alors, si la franc-maçonnerie peut être envisagée comme une vraie méthode d’introspection- et de perfectionnement – que pourrait aussi dire une franc-maçonne, qui travaille avec ses frères et sœurs, de midi à minuit ? Que dirait-elle à son psy, adepte des théories freudiennes et de sa fascination pour l’inconscient et sa sexualité ?

Extrapolation de définitions selon Freud – Rituels, gants et tabliers : utiles à tous jeux de rôles, réservés aux adultes, d’exploration de fantasmes de soumission ou de domination.

Franc-maçonnerie gabonaise : le Grand Maître se débarrasse des réseaux Bongo

De notre confrère gabonreview.com – Par Tokyo Yabangoye

Le nouveau Grand Maître de la Grande Loge du Gabon a lancé une vaste opération de nettoyage en suspendant plusieurs rites controversés, dont celui des très influents Chevaliers Templiers, héritage de l’ère Bongo. Un signal fort envoyé aux obédiences étrangères et à l’opinion.

En suspendant les Chevaliers templiers, Jacques-Denis Tsanga marque sa volonté d’assainir la GLG et de rompre avec les dérives de l’ère Ali Bongo.

© GabonReview

«Jacques-Denis Tsanga a annoncé en avril la suspension de plusieurs rites, dont celui des Chevaliers templiers, lié à l’ancien pro-grand maître, Lin Mombo», indique ce 22 avril ‘Africa Intelligence’. Deux mois à peine après sa nomination, le nouveau Grand Maître de la Grande Loge du Gabon (GLG), Sieur Tsanga, a engagé un vaste chantier de remise en ordre au sein de cette obédience vieille de plus de 50 ans.

Dans un geste fort, rapporte la publication confidentielle, en coordination avec la Grande loge nationale française, Tsanga a annoncé, le 8 avril dernier, la suspension des activités de cinq concordats, principalement liés à des loges américaines. Ceux-ci incluent le Grand Conclave de l’ordre du moniteur secret, le Grand Conseil des grades maçonniques alliés du Gabon (dirigé par Alex Bongo, demi-frère de l’ancien président Ali Bongo), le Grand Conseil cryptique du Gabon, le Grand Conclave impérial du golfe de Guinée et les Chevaliers templiers. Ces groupes, bien qu’ils restent frères au sein de la GLG, voient leurs activités gelées dans l’attente d’une clarification de leur rôle et influence au sein de l’organisation.

Ouste les Chevaliers templiers !

La suspension la plus notable est celle des Chevaliers templiers, introduits en 2022 par Lin Mombo, ancien pro-grand maître et figure controversée. ‘Africa Intelligence’ cite : «La suspension du rite des Chevaliers templiers répond à des dynamiques internes : il avait été introduit en 2022, sous l’impulsion de Lin Mombo, alors pro-grand maître de la GLG, aux côtés d’Ali Bongo

Lin Mombo, également époux de Marie-Madeleine Mborantsuo, ancienne présidente de la Cour constitutionnelle, est décrit comme opposant au nouveau bureau depuis la nomination de Tsanga. Pendant son mandat, il avait établi des liens avec David Joseph Kussman, grand maître des chevaliers de Californie, pour promouvoir ce rite comme un levier d’influence.

Les Chevaliers templiers, qui comptent une quarantaine de membres issus du monde des affaires et de la politique de Libreville, étaient organisés en trois commanderies et incluaient des personnalités telles que Jean-François Ndongou et Léon-Paul Ngoulakia, cousin d’Ali Bongo. Ce rite est décrit comme «un outil d’influence au sein de la GLG» réunissant des francs-maçons souvent liés au Parti démocratique gabonais (PDG), et représentatifs de l’arrière-ban du monde des affaires et politique de Libreville. Y siégeaient notamment des personnalités comme «Jean-François Ndongou, Régis Emane, Daniel Christian Rogombe, Adrien Degbey, Léon-Paul Ngoulakia et Michel Ondinga Ngouengoue».

Selon des sources proches du dossier, ce rite controversé aurait également servi de caisse noire et de levier d’influence à l’ancien régime pour placer ses hommes à des postes stratégiques.

Rompre avec les dérives de l’ère Ali Bongo

En suspendant les Chevaliers templiers, Jacques-Denis Tsanga marque ainsi sa volonté d’assainir la GLG et de rompre avec les dérives de l’ère Ali Bongo. Un signal fort envoyé aux obédiences étrangères et à l’opinion publique, dans un contexte de haute surveillance des activités de la franc-maçonnerie par le nouveau pouvoir militaire.

Les implications de ces suspensions pour la franc-maçonnerie gabonaise et pour les affaires politiques du pays restent à observer, alors que Tsanga continue de mettre en place une administration centrée sur des valeurs de fraternité véritable et de responsabilité sociale.

Ces réformes interviennent dans un contexte de nettoyage et de redéfinition des pratiques au sein de la GLG, reflétant un désir de transparence et de renouvellement après des années marquées par des accusations de corruption et d’influence indue. En suspendant ces rites, Tsanga cherche non seulement à rétablir l’ordre, mais aussi à redéfinir la mission de la franc-maçonnerie dans le paysage social et politique gabonais.

La remise en ordre initiée par le Grand Maître Tsanga sera certainement bien accueillie par les francs-maçons «tradition» soucieux de préserver l’intégrité et les valeurs de la GLG. Elle démontre également la volonté des nouveaux dirigeants d’éradiquer les réseaux occultes ayant prospéré sous la gouvernance Bongo. Reste à voir si cette opération de nettoyage suffira à restaurer la confiance et l’image ternie de l’obédience gabonaise.

Mes Sœurs et mes Frères, voyons, un peu de discernement !

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(Ma raison doit-elle être indépendante de mes convictions, que dis-je, de ma foi personnelle ?!)

« La mesure, née de la révolte, ne peut vivre que par la révolte. Elle est un conflit constant, perpétuellement suscité et maîtrisé par l’intelligence. Elle ne triomphe ni de l’impossible ni de l’abîme. Elle s’équilibre à eux. Quoi que nous fassions, la démesure gardera toujours sa place dans le coeur de l’homme, à l’endroit de la solitude » Albert Camus – (L’homme révolté. 1951)

Les mots suivent d’étranges cheminements à partir de leur lieu d’origine. Par exemple, nous entendons, de plus en plus, l’utilisation du mot « discernement » dans les planches de nos loges. Retournement des plus humoristiques quand nous constatons que ce vocable est le mot-totem de la Compagnie de Jésus qui en fit l’un des moteurs des fameux « Exercices spirituels » d’Ignace de Loyola ! Concept que le christianisme avait hérité de la philosophie antique mais qu’il avait réaménagé en l’intitulant le « discernement des esprits » (1 Jean 4,1 « Ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils viennent de Dieu ») , c’est-à-dire à mettre en place une stratégie où la foi doit maîtriser ce qu’il en serait des attaques du mal, et non plus la pratique d’un bon sens païen permettant une vie personnelle et sociétale, éloignées de l’ « Hubris » (1) tellement crainte par les Grecs. Le discernement est une grâce qui vient de Dieu, une intelligence spirituelle échappant à la raison des philosophes de l’Antiquité. Il devient alors l’incarnation de la sagesse de Dieu, au lieu d’être celle des hommes, comme vient de confirmer la Catéchèse du Pape François sur le discernement. Il est passionnant de comprendre comment les sociétés européennes furent influencées par un concept, qui loin de la recherche du « juste milieu » de l’Antiquité (dont Aristote sera l’artisan), en fit une donnée théologique, allant jusqu’à son absorption par la Franc-Maçonnerie ! Pour se faire, nous resterons dans le domaine de la philosophie et celui de l’histoire religieuse…

Comme point de départ nous nous servirons de l’injonction de Saint Luc qui écrit : « Obsequium rationis jugo fidei », « Il faut soumettre la raison au joug de la foi ». Par cette injonction, Luc confirme l’orientation que le judaïsme demandait à Dieu pour obtenir le discernement : « L’esprit de l’Eternel reposera sur lui. Esprit de sagesse et d’intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de connaissance et de crainte de l’Eternel » (Isaïe 11,2) ; « Moi, la sagesse, j’ai pour demeure le discernement, et je possède la science de la réflexion » (Proverbes 8, 12). Le christianisme, Saint Paul en particulier, confronté à la philosophie antique s’appuyant sur la raison humaine, va accentuer la définition qu’en donnait le judaïsme classique confronté à la même concurrence : « Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait » (Romains 12,2) ; « Et ce que je demande dans mes prières, c’est que votre amour augmente de plus en plus en connaissance et en pleine intelligence pour le discernement des choses les meilleures, afin que vous soyez purs et irréprochables pour le jour du Christ » (Philippiens 1, 9-10).

Dans le sein même de l’Église des controverses auront lieu autour de ce concept, notamment entre les Franciscains et les Dominicains. Dans les deux cas, malgré quelques différences, on reste dans une totale approche théologique de la question car, au Moyen-Âge, il ne peut être envisagé une autre vision des choses, même si des traductions grecques amenées par les Arabes et latines commencent à véhiculer un air nouveau et une redécouverte d’une philosophie où l’homme et sa raison sont au centre du monde, prenant de plus en plus le champ avec un panthéon peuplé de dieux qui lui ressemblent bougrement !

 Le match pour une définition du concept de discernement avec comme représentants St. Bonaventure pour l’équipe des Franciscains et Thomas d’Aquin pour l’autre se terminera, en fait, par un match nul : chez les Franciscains, on parle d’ « assentiment à la foi » et rien n’est concevable en dehors de cette orientation, car pour eux le mot discernement est essentiellement religieux et ne concerne nullement la vie laïque. Les différences se jouent entre un courant de naturalisation de la foi et un autre de volontarisation de la foi. Déjà se profile, dans cette pensée le débat entre théologie et religion naturelle et le problème de la grâce et donc de la prédestination chez Luther et Calvin. Pour Saint Bonaventure existe une différence fondamentale entre foi, théologie, raison et philosophie, mais comme nous tenons tout de Dieu, aucune science ne peut se concevoir autonome. Subsiste cependant une hiérarchisation : la philosophie serait « hétéronome » (2 ), asservie, et la raison ne peut que suivre ou servir la foi. Donc, le discernement est pour vérifier que le croyant reste « dans les clous » vis-à-vis de la foi et que les autres données ne prennent pas le pouvoir sur elle ! Le discernement devient alors la base du concept de libre-arbitre. On ne peut pas croire sans vouloir. Côté équipe d’en face, chez les Dominicains, et en particulier chez Saint Thomas d’Aquin, l’enseignement et l’éducation jouent un rôle central et le discernement doit-être enseigné à tous, non pour vérifier sans cesse la foi, mais pour déboucher sur Dieu et la Révélation qui de par la sainteté de ces deux instances ne peuvent nous tromper. Le discernement n’est pas une fin en soi, mais devient secondaire par rapport au but. Il n’est juste qu’un exercice spirituel qui n’est pas une finalité. Ce que reprendrons évidemment les Jésuites ! Cependant demeure que la foi et la raison sont compatibles et forment un système unique et harmonieux qui rapprochent du Principe que l’on peut alors contempler en face à face dans la béatitude et qui est alors de l’ordre du dialogue et non plus de l’ordre d’une fusion mystique quelconque. Ce qui va rendre caduc la lutte entre les deux conceptions du discernement est l’évolution des idées dans une société face à des transformations économiques et la découverte que d’autres civilisations existent. Une longue lignée de penseurs, au fil du temps, va s’exprimer sur le rapport entre la foi et la raison et, malgré les menaces, en arriver, avec certaines nuances, de conclure que le discernement est de rendre la foi secondaire par rapport à la raison qui devient l’objet même du discernement !

Bon, c’est pas tout çà mais comment va-t-on se tirer de l’appropriation du mot « discernement » par la Franc-Maçonnerie ? En disant que la philosophie des Lumières et la Révolution Française lui a donné un label laïc ? Difficile à avaler … J’ai peut-être une sortie de secours : et si on proposait le soutien de Salomon, c’est le « grand patron » après tout ! Dans 1 Rois (3, 5 à 9). Il implore Dieu de lui accorder le discernement « comme le coq discerne le jour de la nuit », de lui donner l’intelligence des situations : « A Gabaon, l’Eternel apparut en songe à Salomon pendant la nuit, et Dieu lui dit : Demande ce que tu veux que je te donne. Salomon répondit : Tu as traité avec une grande bienveillance ton serviteur David, mon père, parce qu’il marchait en ta présence dans la fidélité, dans la justice, et dans la droiture de cœur envers toi ; tu lui a conservé cette grande bienveillance, et tu lui a donné un fils qui est assis sur son trône, comme on le voit aujourd’hui. Maintenant, Eternel mon Dieu, tu as fait régner ton serviteur à la place de David, mon père ; et moi je ne suis qu’un jeune homme, je n’ai point d’expérience. Ton serviteur est au-milieu du peuple que tu as choisi, peuple immense, qui ne peut être ni compté ni nombré, à cause de sa multitude. Accorde donc à ton serviteur un cœur intelligent pour juger ton peuple, pour discerner le bien du mal ! Car qui pourrait juger ton peuple, ce peuple si nombreux ? ». Et Salomon se réveille ! Persuadé que Dieu lui donne le discernement, il va s’employer à rendre la justice (St Louis rendant la justice sous le chêne de Vincennes le prendra comme modèle !) dont l’épisode le plus célèbre est celui des deux femmes prostituées se réclamant de la maternité d’un même nourrisson ; il va aussi organiser un état fort et centralisé (dont un certain Adoniram, fils d’Abda était préposé aux impôts) et mettre en place des relations extérieures avec les petits états voisins dont celui de Tyr, qui va déboucher sur la création du Temple que nous connaissons bien, et ce, malgré l’interdiction que Dieu en avait fait à Moïse : « Si tu m’élèves un autel de pierre, tu ne le bâtiras point en pierres taillées ; car en passant ton ciseau sur la pierre, tu la profanerais » (Exode 20, 25).

 Imbu de ce rêve qui lui confère le label du « Très Haut » en matière de discernement, Salomon ne se fiant qu’à son imaginaire, perdant le sens du réel et se croyant justifié par un Principe ira à la catastrophe à la fin de son règne, pensant qu’il pouvait faire n’importe quoi sous couvert du « discernement dicté par le Grand Autre », quasiment en se prenant pour lui: « Et Salomon fit ce qui était mal aux yeux de l’Eternel, et il ne suivit point pleinement l’Eternel, comme David, son père. Alors Salomon bâtit sur la montagne qui est en face de Jérusalem un haut lieu pour Kemosch, l’abomination de Moab, et pour Moloc, l’abomination des fils d’Ammon. Et il fit ainsi pour toutes ses femmes étrangères, qui offraient des parfums et des sacrifices à leurs dieux. L’Eternel fut irrité contre Salomon, parce qu’il avait détourné son coeur de l’Eternel, le Dieu d’Israël, qui lui était apparu deux fois. Il lui avait à cet égard défendu d’aller après d’autres dieux ; mais Salomon n’observa point les ordres de l’Eternel. Et l’Eternel dit à Salomon : puisque tu as agi de la sorte et que tu n’as point observé mon alliance et mes lois que je t’avais prescrites, je déchirerai le royaume de dessus toi et je le donnerai à ton serviteur » (1 Rois 11, 6-10). Pas très glorieux cette fin de parcours, pour un homme qui se présentait comme un modèle de vertu et de discernement ! Mais que d’intérêt pour nous …

En effet, le modèle tant prôné par La Maçonnerie, nous offre une parfaite image du mot discernement, tel que nous pouvons l’appréhender :

– L’absolue perfection, ou imaginée comme telle, nuit ou détruit le discernement : dans sa « folie des grandeurs », se prenant pour Dieu, Salomon n’est plus à même de discerner, car pour se faire, faut-il avoir en vue une démarche dialectique et si la synthèse aboutit sur moi, je ne suis plus dans une démarche de discernement, mais dans la psychose !

– Le discernement doit-il être dicté par une « Instance dite Supérieure » qui, comme par hasard, se manifeste en rêve et correspond à rêver que ce que nous allons faire ou, plutôt désirer, reçoit l’approbation du « Père ». De ce fait, le rêve deviendrait une sacralisation de mon propre désir transformé en modèle de vertu !

– Salomon dans ses dérives, nous montre finalement, la dureté à affronter le réel dans la confrontation de notre désir avec lui, sans aucun référent biblique quelconque. Juste un problème de moi à moi : « ai-je les moyens de ce que je désire ? » Oui, dans le meilleur des cas, mais, pas évident dans la plupart des problématiques : il va falloir que je transforme ma force pulsionnelle en sublimation et faire le deuil de mon désir. Le discernement est un tri où je vais aller vers un changement de voie (Tiens comme la Franc-Maçonnerie par exemple !) pour éviter la voie de garage.

Bon je m’arrête là, j’y perds mon latin… et mon discernement !

      NOTES

– (1) Hubris : La démesure qui pousse à une folie collective mettant en danger l’existence même de la cité. Elle est opposée à la « Mania » qui relève de la folie individuelle.

– (2) Hétéronomie : Est le fait d’être influencé par des facteurs extérieurs, de l’ordre des idées par exemple, et d’être soumis à leurs influences.

     BIBLIOGRAPHIE

– Aristote : Ethique à Nicomaque. Paris. Ed. Vrin. 1983.

– D’Aquin Thomas : Somme théologique. Paris. Ed. Du Cerf.1996.

– De Cues Nicolas : La docte ignorance. Paris ; Ed. Flammarion. 2013

Relier le visible à l’invisible

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Quelques mois après le décès de sa mère, Marylène, l’auteur va être le témoin d’expériences improbables. Lors du week-end de l’Assomption 2022, il sent une force le guider vers la Basilique d’Avioth, dans le département de la Meuse. Là, il va assister à la double apparition de sa mère et de la Vierge Marie dans une sculpture datant de 1538.Au fil de ses investigations d’autres « apparitions » le confortent pour se mettre en rapport avec ses parents.

Assomption est une invitation à amplifier le mouvement d’élévation des consciences qui se rapproche du concept de Noosphère créé il y a 70 ans par le Jésuite Pierre Teilhard de Chardin. L’ouvrage qui aborde les concepts Jungien d’Inconscient collectif,  est une ode à des regards différents sur nos réalités.

L’auteur

Romuald Leterrier est chercheur indépendant en ethnobotanique, spécialiste du chamanisme amazonien et des plantes de vision. Il a découvert le principe d’une mémoire du futur auprès d’un chamane shipibo. Il explore depuis plusieurs années le concept de rétrocausalité sous ses différentes facettes.
Publications :
* Se souvenir du futur Ed Tredanie
* Tout est relié – Ed Trédaniel

Conférence à Lugano sur Mozart

Le Samedi 18 mai 2024, le Grand Orient de Suisse est heureux d’organiser avec la Respectable Loge Il Centro di Unione, une conférence publique sur Mozart intitulée: « Mozart … ou Amadeus ? »

ll y a exactement quarante ans, le film AMADEUS de Milos Foreman commençait sa carrière mondiale fulgurante et constante, l’un des plus grands succès de toute l’histoire du cinéma moderne. En même temps, il a laissé une impression durable dans la mémoire collective du savoir mozartien. Cet objectif a-t-il été atteint ou non ?

A travers de nombreux exemples multimédias, l’orateur tentera de répondre à cette question délicate.

Cette conférence est gratuite et ouverte à tous. Elle aura lieu à 17h00 à l’HOTEL PESTALOZZI, Pzza. Indipendenza 9, 6901 Lugano (parcheggio Palazzo Congressi-Vle. Carlo Cattaneo 5)

Pour suivre l’actualité du Grand Orient de Suisse, rendez-vous sur www.g-o-s.org

Lieu symbolique : Les grottes de Barabar en Inde

Les grottes de Barabar, parfois aussi nommées grottes de Khalatika du nom de la colline à l’époque d’Ashoka, « grottes des Sat-Garha » (des sept caves), sont les plus anciennes grottes artificielles de l’Inde, datant de l’Empire Maurya (322-185 av. J.-C.).

Le contexte historique

Sous le règne d’Ashoka, connu pour sa conversion au bouddhisme et sa promotion de la paix et de la non-violence à travers son vaste empire, l’art et l’architecture ont connu une période de développement significatif. Ashoka a érigé de nombreux stupas, colonnes et édifices à travers l’Inde pour commémorer les enseignements du Bouddha. Les grottes de Barabar, ainsi que les efforts de son petit-fils Dasharatha pour continuer son œuvre, s’inscrivent dans cette tradition de mécénat royal en faveur du bouddhisme.

La porte basse ?

L’architecture

Les grottes de Barabar sont un ensemble de quatre grottes principales : Lomas Rishi, Sudama, Visva Zopri, et Karan Chaupar, chacune avec des caractéristiques distinctes, mais partageant un style architectural cohérent. La plus célèbre, la grotte de Lomas Rishi, est particulièrement remarquable pour son portique décoré, inspiré par les motifs en bois des habitations de l’époque, ce qui témoigne de la transition des techniques architecturales du bois vers la pierre.

L’intérieur des grottes est extrêmement poli, donnant une texture lisse qui réfléchit la lumière, un exploit technique impressionnant compte tenu de la dureté du granite. Les grottes étaient utilisées comme des viharas (monastères) et des chaityas (salles de prière), servant de lieux de retraite pour les moines bouddhistes, ce qui indique l’importance du site dans la vie religieuse et monastique de l’époque.

L’importance culturelle et religieuse

La préservation exceptionnelle des grottes de Barabar permet de mieux comprendre les pratiques religieuses et la vie monastique dans l’Inde ancienne. Les inscriptions en Prakrit, trouvées à l’entrée de certaines grottes, offrent des informations précieuses sur la patronage royal et la dédicace des grottes aux moines ascétiques, mettant en lumière les interactions entre le pouvoir royal et les communautés religieuses.

L’héritage

Les grottes de Barabar ont influencé le développement ultérieur de l’architecture rupestre en Inde, notamment dans les célèbres sites de Ajanta et Ellora, où l’art de tailler des sanctuaires dans la roche a été porté à un niveau de perfectionnement inégalé. Elles constituent un jalon important dans l’histoire de l’art indien, illustrant la transition des structures architecturales en bois vers des monuments pérennes taillés dans la roche.

En somme, les grottes de Barabar ne sont pas seulement un témoignage de l’ingéniosité architecturale de l’Inde ancienne mais aussi un lien culturel et spirituel précieux, offrant un aperçu de la complexité et de la richesse des traditions religieuses et artistiques de l’époque Maurya.

Quid de la symbolique ?

Les grottes de Barabar sont emblématiques de plusieurs niveaux de symbolisme dans l’architecture et la spiritualité bouddhistes :

Développement de l’arche de Chaitya à partir de la grotte de Lomas Rishi

Retraite et méditation : en tant que viharas (monastères), ces grottes off un lieu de retraite et de méditation pour les moines bouddhistes. Leur emplacement simple et leur conception architecturale une destinée à favoriser la réflexion et le spirituel. Elles sont comme un  étendard vers le monde extérieur, symbolisant la quête bouddhiste de l’illumination à travers la méditation.

Harmonie avec la nature : creusées dans le granite, les grottes symbolisent l’harmonie entre l’homme et la nature, un thème récurrent dans le bouddhisme. Cette intégration avec l’environnement naturel reflète la compréhension bouddhiste de l’interdépendance de tous les êtres et la recherche d’un équilibre avec le monde naturel.

Permanence et impermanence : bien que taillées dans la pierre, les grottes représentent à la fois la permanence, par leur durabilité, et l’impermanence, par leur fonction de refuges temporaires pour les moines. Ce dualisme rappelle la doctrine bouddhiste de l’anicca (impermanence), selon laquelle tout dans l’univers est en constante évolution et transformation.

Le polissage « miroir » des parois de granite

Lumière et obscurité : L’utilisation de la lumière naturelle dans les grottes, créant des jeux d’ombre et de lumière, peut être interprétée comme une métaphore de la quête de la connaissance spirituelle, naviguant entre l’ignorance (obscurité) et la sagesse (lumière).

L’histoire et la symbolique des grottes de Barabar s’entremêlent pour offrir un témoignage poignant de l’ancienne spiritualité et de l’architecture de l’Inde. Elles ne sont pas seulement des monuments historiques, mais aussi des symboles vivants de la quête humaine de sens, de l’harmonie avec l’univers et de la profondeur de la pratique spirituelle bouddhiste. À travers ces structures séculaires, nous pouvons entrevoir la complexité de la pensée religieuse et philosophique de l’Inde ancienne, ainsi que l’engagement des dirigeants Maurya envers la promotion et la protection du bouddhisme.

Barabar, le site archéologique du futur, le film complet par les Bâtisseurs de l’ancien monde. Leur présentation commence ainsi : « Il y a 2 300 ans, en Inde, 5 chambres ont été taillées à l’intérieur d’énormes roches de granite. Selon des inscriptions sommaires gravées à leurs entrées, elles auraient été offertes par un roi pour servir d’abris contre la pluie à une secte. Mais de récentes analyses de scans 3D et de relevés sonores montrent que leurs formes géométriques complexes ont été réalisées avec une précision moderne et témoignent de connaissances mathématiques, acoustiques et techniques très au-delà des capacités accordées par notre Histoire à cette époque de l’Humanité… »

Illustrations : Wikimedia Commons

La mort, un tabou ?

L’Amor – L’Âme hors

La franc-maçonnerie est délibérément anthropomorphiste . Elle naîtrait aujourd’hui, sous une autre forme bien sûr, qu’elle ne se concentrerait sans doute plus sur une adhésion à une spiritualité de symboles affichés et bien fichus mais limités dans cet anthropomorphisme. Car elle ne pourrait plus ignorer les découvertes de l’éthologie : L’humain montre, il est vrai, une surpopulation d’humanimaux (Daniel Béresniak) considérable. Même si la dénatalité apparait aujourd’hui dans plusieurs pays, non comme une décision mais comme une évolution naturelle. Au-delà des bonnes raisons classiques : politiques, économiques, sociales… Avec les risques de plus en plus élevés et visibles d’écraser la biodiversité.

Dans cette perspective, les « lois » de la nature vont, sans doute, se manifester, quelles que soient les piteuses explications des experts et autres rationalistes d’envergure soumise.

Qu’en disons-nous dans nos rites et notre philosophie ?? Pas grand-chose ! Sinon une manière de dénégation du grand départ : c’est le message du relèvement du cadavre d’Hiram, à la cérémonie d’élévation au degré de maîtrise. Le candidat, sous le rôle de l’architecte, est réputé assassiné et allongé mort sur le sol. Mais, ce « mais » est fondamental, il est relevé et étreint. C’est l’Amor qui l’emporte sur la pourriture du cadavre, la Mort ! Bien sûr des milliers de lignes ont glosé sur cet élément du rituel. Aves la fameuse phrase sentencieuse : « Hiram renait dans ses disciples » Pourquoi pas ? C’est rassurant ! Restons plus simples ; laissons à chacun-e le droit de ressentir sa lecture inconsciente ; ce fatras de représentations de l’ « Âme hors » du corps. A chacun-e de trembler ou de jouir de ses représentations de l’au-delà qui fourmillent dans ses méandres apeurés de désirs et de peurs tout emmêlés ! Après tout, comme l’énonce avec sagesse, Madame Michu : « A chacun sa vérité ».

La franc-maçonnerie a retenu une des lectures les plus apaisantes que l’humain ait trouvé pour le grand départ. Il se déroule dans l’effusion la plus tendre : le candidat est relevé et étreint. L’Amor est plus puissant que la Mort. Mais oui ! Croyance épuisée par les religions.

 Le message est original, créatif mais surtout apaisant pour les Frères et les Sœurs : un-e initié-e ne meurt pas dans les méandres couloirs des trouilles angoissantes de notre inconscient qui vient à notre secours. Oui, le rite nous laisse admettre que l’âme est évanouie : » L’Âme hors ». Jeu de neurones effrayés, vite apaisé par la résonance si apaisante de « L’Amor ». A preuve, l’étreinte du candidat relevé, dans le racontar apaisant de la reprise de la vie.

 Bien sûr je ne m’aventurerai pas dans les multiples interprétations possibles du symbole du relèvement d’Hiram mort. A chacun ses circonvolutions apaisantes ! Juste à noter qu’une fois encore, notre belle Maçonnerie a su saisir les envies et, ici, fuites, inconscientes, qui nous gouvernent. Sous l’affabulation de la volonté que tant d’entre nous prisent dans le désir hurlant de trouver la paix, devant l’horreur éventuelle, enfouie en eux.

Bravo, les francs-maçons : grâce, une nouvelle fois, à nos champs symboliques, nos peurs sont affrontées mais l’espoir de les noyer dans nos méandres neuronaux, nous ouvre le grand portail du « rassurement ». Après tout, la souffrance serait-elle si libératrice ? Je préfère nettement la paix dans mon âme et mon esprit, comme le chantent, sans sourciller nos champs spirituels. Dans l’apaisement de nos troubles au bénéfice de nos fraternités proclamées !

Cahiers de L’Alliance – Mina Djaad : « Camus et le sacré  »

Le 10 mars dernier, nous vous présentions le dernier Cahiers de L’Alliance avec « Le Sacré sans frontières… Voyagez spirituellement avec les ”Cahiers de L’Alliance” »

Mina Djaad

Aujourd’hui, 450 est heureux de vous présenter le texte de Mina Djaad, docteure en sociologie des organisations, qui a contribué audit « Cahiers » avec un article particulièrement pertinent.

Pour introduire l’article « Camus et le sacré » de Mina Djaad, docteure en sociologie des organisations, publié dans les Cahiers de l’Alliance-Revue d’études et recherche maçonniques (Édition Numérilivre, 2024), il convient de souligner l’importance de l’approche de l’auteure – son titre étant « Camus et le sacré » – qui explore les intersections complexes entre la philosophie de l’écrivain Albert Camus (1913-1960), lauréat du prix Nobel de littérature en 1957, et la notion du sacré. Mina Djaad, en analysant les textes de Camus, cherche à mettre en lumière comment les thèmes de l’absurde et du divin se tissent à travers son œuvre, proposant ainsi une perspective nouvelle sur la quête de sens et les contradictions inhérentes à la condition humaine.

Ce travail, autorisé pour reproduction par 450.fm, enrichit la discussion sur le sacré dans la littérature moderne, offrant une lecture profonde et nuancée qui invite à une réflexion sur notre propre rapport au monde et à l’inexplicable.

Un grand merci aux Cahiers de L’Alliance. Nous vous souhaitons une bonne lecture !

Mina Djaad

Mina Djaad : « Camus et le sacré 

Toute l’œuvre de Camus est une ode au sacré, le sacré de la Nature et de ses éléments mais aussi celui des mythes grecs anciens célébrés au plus près des corps et des pierres qui ont servi à édifier les temples. Dans le sacré camusien il y a toute la révolte de l’homme contre le sacré chrétien qui, selon l’auteur de Noces[1], désincarne la vie et le visage humain du Christ portant la croix. Rien de plus mystique et troublant selon Camus que le mystère chrétien de l’Incarnation, qu’il définit comme « la mise en contact du divin et du charnel dans la personne de Jésus-Christ[2] ».

Lire Camus au-delà de la « philosophie de l’absurde » et de l’image sartrienne d’un « moraliste » tourné contre l’histoire, c’est le projet de nombreux auteurs qui, des premiers textes, L’Envers et l’Endroit et Noces (écrits entre 1935 et 1937), au dernier grand « récit » d’Albert Camus, La Chute (publié en 1956) – ont éclairé l’immanence et le sacré qui sous-tendent ses écrits. 

Le sacré camusien de l’homme sans Dieu

Le sacré camusien, par sa dimension païenne, n’est pas rattaché à l’idée d’une transcendance ou d’une divinité, mais, au contraire, exalte les valeurs du royaume terrestre. Camus s’insurge même contre cette idéologie « désincarnée » et, en faisant le chemin inverse, du Ciel vers la terre, tente de réhabiliter les mythes grecs occultés par la tradition judéo-chrétienne.

Les critiques et les philosophes se sont beaucoup intéressés à la question du sacré dans l’œuvre camusienne. Ainsi, Carole Auroy-Mohn s’interroge sur la manière dont l’auteur entend vivre « sans Dieu[3] », alors que Linda Rasoamanana évoque le refus du sacré rituel chrétien et la prédilection de Camus pour le sacré grec[4]. Arnaud Corbic, dans son livre Camus et l’homme sans Dieu[5] part d’une réflexion de Camus à propos de Pascal pour illustrer le refus du philosophe de l’absurde de souscrire à la pensée pascalienne: « Je suis de ceux que Pascal bouleverse et ne convertit pas. Pascal, le plus grand de tous, hier et aujourd’hui[6] ».

Les propos mêmes de Camus au sujet du Christ témoignent de l’admiration profonde pour l’humanité du fils de Dieu : « J’ai conscience du sacré, du mystère qu’il y a en l’homme, et je ne vois pas pourquoi je n’avouerais pas l’émotion que je ressens devant le Christ et son enseignement. Je n’ai que respect et vénération devant la personne du Christ et devant son histoire : je ne crois pas à sa résurrection[7] ».

La force des mythes païens

Mythes païens et mythes chrétiens sont constamment confrontés dans l’imaginaire camusien, soumis à un examen critique. Il en ressort que les mythes grecs, qui évoquent une nature familière et non hostile comme dans les mythes chrétiens, permettent d’établir une relation plus harmonieuse entre l’homme et le monde et font naître un sentiment du sacré qui relève davantage de l’immanence que de la transcendance. Ils permettent d’exalter la vie ici-bas, sans vaines promesses d’un royaume lointain réservé à ceux qui se seront privés de toute jouissance terrestre.

Néanmoins, tout en critiquant le nihilisme de l’idéologie chrétienne, laquelle, fondée sur l’espoir dans une autre vie, détourne le croyant de la seule et unique existence terrestre, Albert Camus reconnaît la grandeur humaine de la figure du Christ. Si le penseur éprouve une telle familiarité avec les valeurs antiques, c’est parce que celles-ci illustrent au mieux sa conception du sacré païen : en refusant toute transcendance, il entend sacraliser la vie et appréhender le monde à travers une approche sensorielle où tous les sens entrent en jeu.

 « La pensée catholique me paraît toujours douce-amère. Elle séduit puis me heurte », avait-il confié, jeune lycéen, à son professeur de philosophie, Jean Grenier. Pour lui, la question de Dieu est indécidable. Incroyant, Camus sait pourtant ne pas se reposer dans l’incroyance. Il réfute d’ailleurs qu’on le reconnaisse comme athée.

Camus ne justifie pas son agnosticisme mais il nous explique « Le Christ est peut-être mort pour quelqu’un, mais ce n’est pas pour moi », écrit-il dans les Carnets. « Il ne dit pas que la vérité chrétienne est illusoire, mais seulement qu’il n’a pas pu y entrer. Camus est sensible, exclusivement mais profondément, à l’humanité du Christ[8] ».

Pour Camus, le sacré peut faire référence à ce qui a une valeur absolue en étant digne de respect et qui peut se manifester sous différentes formes dans la réalité, en désignant la nature, l’homme ou le divin. Cependant, la nature et l’homme sont, dans leur horizontalité, les lieux du sacré qui ont une importance particulière pour Camus.

Albert Camus photographié en 1957

Camus va plus loin dans son interprétation personnelle de la figure christique et évoque, dans ses Carnets, la figure étonnante du Christ-Pan, un Christ médiateur et païen[9] qui représente une image syncrétique des deux mythologies – judéo-chrétienne et païenne. On sait que le dieu Pan symbolise dans la mythologie grecque les cultes pastoraux, la nature sauvage, son apparence étant mi-humaine, mi-animale. En attribuant au Christ les caractéristiques du dieu païen, Camus tente peut-être de réconcilier l’homme avec le monde qui l’entoure, avec la nature à l’état sauvage dont le christianisme l’avait séparé, de lui faire retrouver cette communion avec les éléments, célébrée symboliquement sous la forme sacralisée des « noces ». Cette figure insolite du Christ-Pan qui réunit en elle seule trois natures – divine, humaine et animale – pourrait représenter pour Camus l’homme- dieu parfaitement capable de communier avec la nature. En tant qu’image synthétique de l’esprit chrétien et antique, le Christ-Pan symbolise un être mythique, doué de l’énergie « génésique » du dieu païen dont le nom signifie « tout », qui s’unirait aux forces élémentaires. Ainsi, selon Laurent Bove, Camus présenterait Meursault, sur les traces de Nietzsche, comme un « Christ ou un Antéchrist d’un tout autre type : un Christ d’avant la théologie chrétienne, d’avant l’invention de la faute, du péché, du sacrifice et du rachat, un Christ essentiellement innocent, en communion immédiate avec Dieu dans une expérience vécue d’une béatitude qui n’est pas le privilège d’un seul ou de quelques-uns mais qui peut être partagée par tous[10] ».

L’ambivalence inscrite au cœur de l’élan sacrificiel

Camus opte pour une existence sans Dieu, mais non sans sacré. C’est un sacré empreint d’hellénisme, marqué par la présence charnelle du monde, du cosmos et de la nature. Son éthique de la révolte et de l’amour n’est pas non plus exempte de sacré. Chez Camus, l’amour enveloppe la révolte et lui évite de sombrer dans le nihilisme. C’est une révolte qui débouche sur la vie.

« L’homme révolté est l’homme situé avant ou après le sacré, et appliqué à revendiquer un ordre humain où toutes les réponses soient humaines, c’est-à-dire raisonnablement formulées », écrit Camus. La notion de sacrifice est alors entachée de négativité, en ce qu’elle suppose la soumission aveugle à un ordre transcendant et la remontée d’un fond obscur de violence.

Camus est né dans une époque d’exaltation du sacrifice, valorisé aussi bien par un certain discours religieux doloriste que par les appels patriotiques. Il a connu le siècle du sang versé et des ivresses de destruction. Mais il ne peut ignorer pour autant le courage du don de soi, l’oblation généreuse des résistants ou de révolutionnaires avides de fraternité. L’ambivalence inscrite au cœur de l’élan sacrificiel appelle donc, au croisement des réflexions historiques, morales et métaphysiques qui traversent l’œuvre camusienne, cette question : l’homme peut-il être replacé au cœur « d’un ordre humain où toutes les réponses soient humaines » ?

Le sacré est inscrit dans le cœur même de l’œuvre camusienne comme une ode à la vie célébrée dans l’opalescence des sens, l’ouverture de Noces à Tipasa en témoigne avec ce ravissement inégalé à le lire : « Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. A certaines heures, la campagne est noire de soleil (…) Nous marchons à la rencontre de l’amour et du désir. Nous ne cherchons pas de leçons, ni l’amère philosophie qu’on demande à la grandeur. »

Et, enfin, à Camus de conclure dans une allégorie philosophique célébrant le sacré de Mère Nature : « Je comprends ici ce qu’on appelle gloire, le droit d’aimer sans mesure[11] ». Phrase augustinienne comme un hymne à l’amour de Dieu, « la mesure de l’amour c’est d’aimer sans mesure », revue par Camus pour être gravée sur une pierre tournée aux vents de la Mer en témoignage à la grandeur sacrée de son œuvre. »

Ce cahier de l’Alliance résonnait particulièrement avec le temps pascal – moment de sa publication – et nous invite toujours à réfléchir sur la valeur du Sacré, telle que perçue par Albert Camus. Une lecture enrichissante pour les esprits curieux et les chercheurs de sens. Pour vous procurer ce cahier et les numéros précédents, vous pouvez vous rendre sur le site de l’Alliance Maçonnique Française ou chez Numérilivre.


[1] Albert Camus, Noces, suivi de L’Été, Paris, Gallimard, Folio, 1959.

[2] Albert Camus, Carnets III, Paris, Gallimard, NRF, 1989, p. 177-178.

[3] Carole Auroy-Mohn, « La question de l’incroyance », dans le cadre du colloque « Albert Camus : littérature, morale, philosophie », ENS, 2007.

[4] Linda Rasoamanana, « Refus de Dieu et sens du sacré chez Camus », in : Camus et le sacré, Actes du 7e colloque international de Poitiers, 31 mai, 1er et 2 juin 2007, Biard, Imprimerie Nouvelle, 2009.

[5] Arnaud Corbic, Camus et l’homme sans Dieu, Paris, éditions du Cerf, 2007.

[6] Albert Camus, Cahier III, avril 1939 – février 1942, In : Œuvres complètes II, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2006, p. 909.

[7] Déclarations d’Albert Camus citées par Roger Quilliot dans les Commentaires de L’Homme révolté, dans l’édition de la Pléiade.

[8] Arnaud Corbic, interview au Journal La Croix – 15 mars 2010.

[9] Camus propose cette figure du Christ dès 1958, dans les Carnets III, avril 1939 – février 1942, In : Œuvres complètes II, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2006, p. 220.          

[10] Laurent Bove, « Le dernier homme. Le silence de la mère et le corps du Christ : une philosophie pour L’Etranger » dans l’ouvrage édité avec André Comte-Sponville et Patrick Renou, Albert Camus. De l’absurde à l’amour, Vénissieux, Paroles d’Aube, 1995 (rééd. Bruxelles, La Renaissance du Livre, 2002).

[11] Extraits de « Noces à Tipasa », in Noces, Albert Camus, Editions Gallimard, 1959.

« Souverains chats pitres » de Bernard Vercruyce s’exposent au DROIT HUMAIN, à Paris

Peintre autodidacte et graveur animalier, Bernard Vercruyce est né à Reims, en 1949. Il est « imprégné » de peinture dès son plus jeune âge, par son grand-père, le peintre naïf Camille Van Hyfte. Il s’installe ensuite à Auvers-sur-Oise avec ses parents, et, heureuse coïncidence, se trouve être le voisin de la maison du Docteur Gachet. Ce docteur qui accepte de veiller sur Vincent Van Gogh le temps de son passage à Auvers.  Ce philanthrope est aussi un grand amoureux des chats. Il en eût jusqu’à dix-sept.

Bernard Vercruyce  avec ses chats – Photo © David Strano

C’est en 1971 qu’il se met à peindre de façon régulière. Vers 1975, Vercruyce commence à réaliser des éditions de gravures pour la Galerie Pierre Hautot, rue du Bac à Paris. En 1978, il fait la connaissance du critique d’art Anatole Jakovsky, surnommé « Le Pape des naïfs » qui n’a cessé de le défendre et de l’encourager. Ils deviennent très proches et c’est tout naturellement qu’il assistera Renée, son épouse, pour l’accompagner à sa dernière demeure en 1983.

Puis, il entre sous contrat à la Galerie Jacques Boulan, rue des Saints-Pères (Paris, 7e arr.). En 1990, c’est avec la Galerie Art-Expo, rue Saint-Paul à Paris (4e arr.) et par son intermédiaire qu’il expose dans de nombreuses galeries en France et à l’étranger. Il collabore régulièrement avec l’étude Coutau-Bégarie et l’étude Ader dans des ventes à Drouot.

En 1983, son travail s’oriente vers l’art animalier et plus particulièrement félin. Il est sollicité pour illustrer des ouvrages par de nombreux auteurs : Giordano Alberghini, Hervé Bazin, Brigitte Bulard-Cordeau, Christian Grente, Anatole Jakovsky, José Moinaut, Jean-Marie Pelt, Philippe Ragueneau… Ainsi que pour des livres de bibliophilie en eaux-fortes originales sur des textes inédits de Robert de Laroche, Louis Nucéra, Irène Frain, aux éditions du « Chat Mage ».

Il figure dans plus de trente musées français et étrangers.

– Le 11 octobre 1994, Bernard Vercruyce est nommé Académicien du Chat par l’Accademia dei gatti magici de Rome pour l’ensemble de son œuvre.

– En mai 2000, le Muséum d’Orléans lui consacre une rétrospective de son œuvre animalière. (Huiles et aquarelles.)

L’incroyable chatterie de Richelieu au Palais-Royal. Avant de mourir, il prit soin d’inscrire ses 14 chats sur son testament pour leur attribuer une maison et une pension.

– Exposition de ses aquarelles au Musée International du Chat de la ville de Richelieu (Juin à octobre 2004).

– Au printemps 2005, suite à la donation d’environ 300 de ses œuvres, dessins, aquarelles, huiles et surtout gravures, le Musée International d’Art Naïf Anatole Jakovsky de la ville de Nice organise la rétrospective de son œuvre gravée, (Eaux-fortes et aquatintes) assurant ainsi la pérennité de la genèse de l’artiste. (24 mars au 9 mai 2005)

– Le Musée Utrillo Valadon de Sannois (95110) lui consacre une exposition du 14 janvier au 12 mars 2017.

– Chaque année, il réalise l’affiche du Summer Music Festival de Colorado Springs /USA (1998 à 2016).

–  Il est le réalisateur de l’Affiche du Salon Art-Nature-Animaux de Paris (de 2001 à 2006).

– Membre d’honneur du Salon National des Beaux-arts – Carrousel du Louvres – Paris. (Ancien président de la section gravure).

– En 2006 il est élu chef de file de la section d’Art Naïf du Salon Comparaison dans le cadre d’Art en Capital– Grand-Palais – Paris. Il est le commissaire du Salon de 2014 à 2017.

Musée Daubigny, Auvers-sur-Oise – Photo Thierry Girard

– En 2009 il est nommé président du Musée Daubigny de la ville d’Auvers-sur-Oise jusqu’en 2012 ou le Musée devient municipal avant de devenir Musée de France.

-En 2019, dans le cadre du colloque « L’Amour des animaux/Animal Love » de l’Université de Toulouse. Réalisation d’une conférence sous le titre : « L’HOMME ET LE CHAT » : Une histoire et un avenir communs ?  Des origines à l’intelligence artificielle à l’Hôtel d’Assézat – Toulouse. À cette occasion le Musée du vieux Toulouse l’expose sous le titre : « L’Homme et le chat… »

Bernard Vercruyce vit et travaille à Auvers-sur-Oise, une commune située dans le département du Val-d’Oise en région Île-de-France.

Ne manquez pas cette belle exposition temporaire !

« Souverains chats pitres » ; les œuvres félines et maçonniques de Bernard Vercruyce s’exposent à la Fédération française du DROIT HUMAIN, Maison Maria Deraismes.

Renseignements pratiques

Jusqu’au 30 juin 2024 – Maison Maria Deraismes – 9 rue Pinel 75013 Paris

Accessible aux jours habituels d’ouverture à partir de 18h00

Maison Maria Deraismes