mar 16 juillet 2024 - 22:07

La Franc-maçonnerie, à la gloire du machisme !

Dans ce brouhaha confus et recteur quoiqu’inaperçu, les rites se sont mis au diapason du machisme de l’organisation humaine ; en fait l’influence est réciproque ; ils sont à la fois les parents et les rejetons de ces récits mâles des rituels. Regardons de plus près les milles endroits et moments où se déploient les « masculinismes ». Et pour ce faire, empruntons les connaissances trop peu connues[1] de l’éthologie : la science du comportement des animaux, dont relèvent les humains aussi. Elle nous ouvre des horizons déjà explorés par un Konrad Lorenz ; mais très vite oubliés en ce qui touche les humains : « Nous ne sommes pas des animaux, quand même ! »

Il n’est pas question ici de l’organisations des obédiences, déjà largement décriées par Oswald Wirth. Ces obédiences qui continuent de plastronner en se prétendant plus régulières les unes que les autres, mais soumises, selon les Maçons anglais, au bon et très rare désir de leur reconnaissance. Elles ne sont qu’un exemple des plus banals des organisations humaines plus ou moins rivales. Quand on pense que l’une d’entre elles, au nom d’une pseudo ancienneté de valeurs, de croyances et de quête spirituelle, se permet, dans un ridicule éclatant, de décerner des brevets de « régularité » aux autres, qui suivent ses ordres pseudo-historiques : la spiritualité maçonnique n’est en fait, bien sûr, qu’une variante datée dans le temps et dans l’espace de toute recherche spirituelle socialisée. Mais les obédiences donnent leurs cautions diverses, aux rites. Ceux qui, à leur manière, colportent avec force, un machisme dur et patent. Que l’on enrobe, honteux dans des soubassements inconscients, la fameuse Tradition des bâtisseurs qui n’a jamais existé sauf dans l’imaginaire de leurs historiens thuriféraires !

La Franc-maçonnerie a été créée par les hommes pour des hommes. Il est donc évident que, dès le départ, les systèmes d’organisation des Loges était un décalque scénarisé du fonctionnement des mâles. Présentés, à cause de leur domination de meute, comme la seule réponse au fonctionnement des groupes. Nous en sommes, presque toujours là : les rites sont, pour une grande part, un pur produit de l’inconscient des mâles. Malgré l’universalité que les Frères, en tant que dominants, ont prétendu et le font toujours dans le plein accord des Sœurs. Celles-ci auraient-elles pu, historiquement, fonctionner autrement que des femelles de meute ? Sans doute que non, mais avec de belles nuances dans l’Antiquité, maintenant oubliées. Aujourd’hui, rien n’a changé, les rites sont d’essence masculine. Avec un regard sourcilleux et égalitaire, cette croyance enracinée dans l’inconscient collectif, n’est en rien universelle. Bien contrairement à la tradition maçonnique qui soutient l’universalité de l’Ordre. Le rituel de Loge raconte sans cesse; la fulgurance machiste qui lui sert d’assises. Bien sûr réputées d’universelles.

Regardons donc un rite, peu importe qu’il soit « écossais, français, ou guatémaltèque » ! La chanson de la domination du mâle est omniprésente. Appuyons-nous sur les nombreuses études qui on scruté les différences entre le « masculinisme » et le féminisme ; en préférant les termes de F Dolto et de Souzenelle : émissif et réceptif, qui se détachent bien du seul acte sexuel. Empruntons deux pistes de réflexion : la forme d’une Loge et le déroulement d’un tenue.

La Loge est un lieu très clos dans lequel il est interdit d’entrer librement : les mâles de meute contrôlent très souvent l’accès au lieu où on va s’entasser leur meute. Ce manque de liberté invente l’interdit de pénétration libre : on le dit « sacré ». Alors un gardien mais, évolution oblige, des femmes aussi, qui se mettent au diapason de cette soumission, dédouanée en entrée solennelle. Pas question, dans beaucoup de Loges, d’entrer, libre et l’air dégagé : les mâles les plus dominants aiment soumettre le troupeau. Ils exigent donc l’obéissance à la même posture !

Ce lieu, la Loge, est long, profond et au fond étagé ; tout est dit, aucune dispersion possible. Il faut se conduire en bon petit soldat maçon ; tourner puis prendre place sans faire aucune fantaisie de mouvement. En ce lieu on obéit sans écart. Comme les soldats d’un bataillon qui défilent au pas ! L‘apprentissage de la soumission s’affirme ; presque au point de réduire les cerveaux en de simples réceptacles réflexes. Et le local est droit, long ; forme que les mâles soumetteurs prisent tant. On peut surveiller tout le monde ! Continuons ce machisme patent du local : deux rangées identiques sans fantaisie anarchique et des séries de siège très sagement alignés. Je ne suis pas sûr que des femmes, libérées de ce modèle, inventeraient des rangées raides, sans aucune fantaisie.

Et le fond. Là tout est dit du machisme : les chefs sont surélevés, surtout pas égaux ; d’autres sont les lieutenants qui obéissent. Des lieutenants moins puissants ont quand même droit à de petites tables. Ce sont les officiers. Quant aux autres membres, la clarté de la surabondance hiérarchique les pousse sur les rangées anonymes, les « colonnes’.

Alors on sent s’imprimer dans les inconscients, l’organisation de la meute dessinée par les mâles : en haut le chef, en anthropologie, le mâle alpha, puis deux grands lieutenants, les surveillants ; puis ce qu’on appelle les officiers, terme éminemment machiste.

Et le déroulement de la « tenue », port de l’uniforme, est fondé sur les interdits, qu’adorent émettre les mâles : aucune liberté de parole, de déplacement si le mâle alpha ou un de ses deux chers acolytes, « Les Surveillants » ne le permet. Tout ça marche en rang de bataille ordonnée ; le machisme ne cesse d’éclore dans le refus sournois et inconscient des vécus féminins ; la domination machiste de cet appareillage : espace et liberté d’action, de parole sévèrement contrôlés, font les délices du psychisme masculin !

Comment représenter graphiquement cette organisation, avec le chef, les lieutenants, les sous lieutenants un peu plus nombreux ; et en bas la piétaille ? Le dessin s’impose : une pyramide, graphisme de la bien connue « organisation pyramidale ». C’est évidemment un triangle, pointe en haut ; il résume tout le machisme du rituel maçonnique. Tiens, comme par non-hasard, il porte un nom intouchable le delta ! A lui seul le delta condense le machisme omniprésent de la Loge et du rituel et il trône partout, et symbolise aux quatre coins du monde, l’Ordre.

Alors qu’en conclure ? Certains affirmeront que c’est le grand message traditionnel intouchable ; dans le confort raide et protecteur du machisme ? Les autres ne se poseront aucune question et vivrons dans la paix de la meute, le réassurement permanent. Il les maintient dans l’aveuglement si pacificateur du machisme! C’est une cocaïne spirituelle, elle traverse les esprits et fait virevolter la meute maçonnique, dans la joie paisible du groupe paisible.


[1] Pas un hasard !!!

4 Commentaires

  1. J’aimerais avoir la liberté de dire que ce travail est caricatural…. Et pour la première fois, je prends la liberté de m’exprimer .
    J’ai appris en franc maçonnerie que le fond était plus important que la forme, que notre devoir est de traverser tous les outils et les symboles. Allez au fond de soi pour s’améliorer et améliorer l’humanité.
    Nous avons certes un cadre, sans doute est-il masculin (ces codes sont adoptés par nos sœurs de la GLFF), nous prenons appui sur la tradition judéo-chrétienne, (laquelle n’était pas la seule), nous mélangeons parfois nos croyances avec un esprit laïque, ….
    Tout cela, nous l’acceptons parce que la maçonnerie ne s’arrête pas à cela…..
    Mais ce que je sais, c’est que toutes les voix ont le droit et l’espace pour s’exprimer,
    Belle journée à vous

    • Je suis très content de ta réponse tu as compris q’elle s’appuyait,en grande partie sur des notions solides en sociologie .je crois comme toi qu’il s’agit d’aller au fin de soi pour améliorer l’humanité. Mais en temps qu l’expert reconnu le je me permets de te dire que ce passage des valeurs a l’acte,reste encore un relatif mystère de la pédagogie des adultes
      baisers
      Jacques Fontaine

  2. À qui la faute ? Elles ont adopté le REAA avec toute sa violence de « sales gamins » et – par paresse ? – elles n’ont créé aucun rite qui leur parle. Les SS.: copient mais oublient d’innover.

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Jacques Fontaine
Jacques Fontaine
Jacques Fontaine est né au Grand Orient de France en 1969.Il se consacre à diffuser, par ses conférences, par un séminaire, l’Atelier des Trois Maillets et par une trentaine d’ouvrages, une Franc-maçonnerie de style français qui devient de plus en plus, chaque jour, « une spiritualité pour agir ». Il s’appuie sur les récentes découvertes en psychologie pour caractériser la voie maçonnique et pour proposer les moyens concrets de sa mise en œuvre. Son message : "Salut à toi ! Tu pourrais bien prendre du plaisir à lire ces Cahiers maçonniques. Et aussi connaître quelques surprises. Notre quête, notre engagement seraient donc un voyage ? Et nous, qui portons le sac à dos, des bagagistes ? Mais il faut des bagagistes pour porter le trésor. Quel est-il ? Ici, je t’engage à aller plus loin, vers cette fabuleuse richesse. J’ai cette audace et cette admiration car je suis un ancien maintenant. Je me présente : c’est en 1969 que je fus initié dans la loge La Bonne Foi, à Saint Germain en Laye, au Rite Français. Je travaille aussi au Rite Opératif de Salomon. J’ai beaucoup voyagé et peu à peu me suis forgé une conviction : nous, Maçons latins, sommes en train d’accoucher d’une Voie maçonnique superbe : une spiritualité pour agir. Annoncée dès le début du XXème siècle. Elle est en train de se déployer et nous en sommes les acteurs plus ou moins conscients mais riches de loyauté.

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