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L’oiseau très rare

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Un maçon, amateur d’oiseaux rares, souhaite faire l’acquisition d’un perroquet ayant des qualités maçonniques. L’oiseleur lui propose trois magnifiques volatiles :

– « En premier prix, j’ai celui-ci : 1000 €. Il est capable de vous dire le Rituel du premier degré. Le second peut vous réciter l’intégralité des Constitutions d’Anderson. Mais il vous en coûtera 2000 € ! »

– « Et le troisième ? »

– « C’est le plus cher… 5000 € ! »

– « À ce prix-là, j’ai peine à imaginer ce qu’il doit savoir par cœur ! »

« Hélas, il ne parle pas ! »

« Il ne parle pas ? Et il vaut 5000 € ? Mais qu’est-ce qu’il a donc d’extraordinaire ? »

« Je n’en sais rien, mais les deux autres l’appellent Vénérable Maître. »

Pauvre billet de 500 €

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Une petite pièce de 20 centimes vient de mourir.

Après une vie exemplaire, elle est un peu inquiète du sort que lui réserve le G∴A∴D∴L∴U∴

En arrivant à l’Orient éternel, elle est accueillie chaleureusement par tous. Et le G∴A∴D∴L∴U∴ en personne l’embrasse et l’installe sur le plus beau nuage. On la traite comme une reine, elle-même ne comprend pas ce qui lui arrive.

Peu de temps après, c’est un billet de 500 € qui passe l’arme à gauche. Le voilà aussi à l’Orient éternel. Mais l’accueil est nettement plus froid et le G∴A∴D∴L∴U∴ lui montre un discret petit nuage en lui disant que sa place est là.

Le billet de 500 € est laissé de côté et personne ne s’occupe de lui, alors que tout le monde se met en quatre pour la pièce de 20 centimes !

N’y tenant plus, le billet de 500 € demande à parler au G∴A∴D∴L∴U∴ :

– « GADLU , comment se fait-il que la pièce de 20 centimes soit traitée comme une reine et que moi, le billet de 500 €, je sois mis de côté ? »

Et le G∴A∴D∴L∴U∴ de lui répondre :

– « Toi, on ne t’a jamais vu en Loge ! »

Les gradés en vacances

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Trois estivants qui font connaissance dans un hôtel des Caraïbes se reconnaissent comme franc-maçons.

Ils fêtent leur rencontre fraternelle au bar à grands verres de punch. L’un d’eux, allemand, se dit être le Grand-Maître de son Obédience régulière reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre.

Le second, belge, prétend être Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil du Rite Écossais Ancien Accepté du Grand Orient de Belgique.

Le troisième, Aixois, se glorifie d’être le Très éclairé et Sublime Grand Dignitaire du Cinquième Ordre du Rite Français pour toute la Maçonnerie Libérale européenne…

Le lendemain matin, nos Frères ayant retrouvé leur lucidité, manifestent leurs remords d’avoir cédé à l’ivresse et s’être laissé griser par un prestige qu’ils n’ont pas. L’Allemand s’excuse de n’être que Vénérable de son Atelier munichois, le Belge admet être tout juste au quatrième grade du R∴E∴A∴A∴ de sa Loge de Perfection de Bruxelles, le Français, troublé par le repentir de ses deux Frères, se décide à son tour à avouer son mensonge :

– « Eh bien, moi aussi je vous ai menti mes Frères. Je ne suis pas d’Aix, mais de Marseille ! »

Vénérable époux

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Une Sœur de la G∴L∴F∴F∴ se dispute avec son époux. Il lui reproche de tout faire toujours rapidement lorsque sa Vénérable Maîtresse lui demande quelque chose, alors qu’à la maison…

Le mari ajoute imprudemment :

– « Ah, j’aimerais bien être Vénérable Maître ! »

« Moi aussi, j’aimerais bien que tu le sois mon chéri ! »

Le mari s’étonne :

– « Et pourquoi donc ? »

« Eh bien, parce que dans notre Loge… on en change tous les ans ! »

L’associé du G∴A∴D∴L∴U∴

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Une nuit, lassé des querelles de personnes et des luttes d’egos surdimensionnés au sein de la Franc-maçonnerie, le Grand Architecte de l’Univers décide de rappeler à Lui les Grands Maîtres des trois principales Obédiences françaises. Au premier, Il demande :

– « Que crois-tu ? »

La main droite à l’ordre, le Grand Maître murmure d’une voix tremblante :

– « À la Sagesse, la Force et la Beauté. »

« Prends place à ma droite », dit le G∴A∴D∴L∴U∴, avant de se tourner vers le second Grand Maître, à qui Il demande :

– « Et toi, que crois-tu ? »

La main sur le cœur, d’une voix indignée de nature, le Grand Maître s’exclame :

– « À la défense de l’humanisme, au combat pour la laïcité… »

Mais avant qu’il ne se lance dans un interminable discours, le G∴A∴D∴L∴U∴ l’interrompt :

– « Toi, tu t’installes à ma gauche. »

Reste le dernier Grand Maître …

À la différence des deux autres, il porte tous ses décors. Il est vrai que des mauvaises langues prétendent qu’il dort avec.

Le G∴A∴D∴L∴U∴ le regarde avec curiosité…

– « Le voilà donc, ce Grand Maître qui défraye la chronique, encombre les prétoires et vide les Loges. »

 – « Et toi, que crois-tu ? »

Le torse bombé, le troisième Grand Maître n’hésite pas un instant :

– « Moi, je crois que tu es assis à ma place ! »

(Cette histoire est née au début des années 2010 suite à des conflits nés dans une grande Obédience française à cette époque)

Le portable

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Comme chacun va très vite le comprendre, l’histoire que je vais vous raconter est totalement fictive… enfin, espérons-le.

La scène se déroule dans une Loge totalement pervertie par les métaux. Le Vénérable Maître (fondateur de cette Loge, évidemment), en poste depuis dix-huit ans, réunit comme chaque année, au « Café de la Fraternité » près du Temple, ses potentiels futurs Officiers pour négocier avec eux les Plateaux qu’il va leur « vendre » !

Le Vénérable met donc aux enchères le sautoir de Premier Surveillant.

– « Pour 1000 €, enchère de départ, qui dit mieux pour devenir mon Premier Surveillant ? »

« 1100 € pour moi » dit l’un.

« 100 € de mieux pour moi » dit l’autre.

Etc. et le Plateau est donc attribué pour 1800 € au Frère Jean-Marc qui l’avait justement manqué à 100 € près l’année précédente.

Le Véné met ensuite le Plateau de Second Surveillant aux enchères à 800 €… et ainsi de suite avec tous les Plateaux et Offices.

Tous les postes d’Officiers sont pratiquement pourvus. Il reste maintenant à pourvoir l’Office stratégique de Trésorier. Une Sœur et deux Frères sont en lice. Hasard ou coïncidence, les trois possèdent, en tout et pour tout, 300 € d’économie chacun dans leur porte-monnaie. Le Vénérable lance l’enchère à 100 €. Le premier Frère attaque aussitôt.

– « 200 € pour moi »

« 100 € de mieux pour moi » lance le second Frère.

Puis, silence complet, plus personne ne parle et tout le monde se regarde.

Le Vénérable qui comptait tirer au moins 500 € de ce Plateau est surpris et déçu.

– « Allez ma Sœur, mes Frères, un petit effort, soyez fraternels, dites 400 € ! ».

La Sœur, comprenant rapidement que ses deux concurrents de Frères sont aussi fauchés qu’elle, sort sa botte secrète. Elle s’adresse au Vénérable :

– « Vénérable, je te propose donc 300 €, mais en prime… je te donne mon portable ».

Le Vénérable, qui est au fait de la valeur des choses, regarde aussitôt les deux autres et, d’un signe d’approbation, accepte l’offre comme monnaie d’échange. Le tour est joué, la Sœur emporte cet Office.

Arrive le moment d’encaisser. Le Vénérable s’approche de la Sœur fraîchement « nommée » Trésorier et vient chercher son dû.

– « Ma Sœur, il est l’heure de payer ta dette »

– « Ah oui, Vénérable, tu as raison, voici la somme promise ». Elle sort aussitôt ses trois billets de 100 € qu’elle remet au Vénérable.

Le Vénérable inquiet :

« Ma Sœur, tu as oublié, tu dois aussi me donner ton portable ? »

La Sœur étonnée de cet oubli s’exécute aussitôt :

– « Ah oui, excuse-moi, Vénérable, j’avais la tête ailleurs, alors tu notes… 06 45 25 65 74 !!! ».

Toute ressemblance avec des personnages ayant existé est purement fortuite bien évidemment !

Le siège vide

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Comme chaque année, en janvier, le Président de la République a invité les Grands Maîtres et Hauts Dignitaires de la Franc-maçonnerie française, accompagnés de leur conjoint.

Après le traditionnel discours annuel du Président et l’habituel cocktail dans les jardins de l’Élysée, tout le Monde prend place à table. Soudain, c’est l’étonnement général car entre le Président et le Grand Maître de la G∴L∴M∴U∴ (Grande Loge Mondiale de l’Univers), le siège est vide. Tout le monde se regarde et s’interroge.

Alors, sa voisine qui n’est autre que l’épouse du Grand Maître de la G∴L∴U∴M∴ (Grande Loge Universelle du Monde), se lance, afin d’assouvir sa curiosité.

– « Excusez-moi, Sérénissime Grand Maître, le siège entre le Président et vous est vide ? »

Alors, son très illustre voisin de répondre.

– « Écoutez très chère Madame, c’est la troisième année que le Président nous invite, et malheureusement mon épouse est décédée, donc vous comprenez… »

La femme est quelque peu gênée par la situation qu’elle a créée. Elle présente, bien évidemment, ses condoléances à son voisin veuf et reste silencieuse un instant… avant de reprendre.

– « Vous allez penser que cela ne me regarde pas, mais quand même, le repas annuel du Président !!! N’aviez-vous pas une Sœur Dignitaire de votre Obédience qui pouvait vous accompagner ? »

Le Très Respectable Grand Maître s’approche alors de sa voisine et lui répond :

– « J’aurais bien aimé… mais elles sont toutes parties à l’enterrement de mon épouse ! »

Peut-être, mais peut-être pas ?

Il existait, il y a fort longtemps, une Loge dans une contrée reculée de la France profonde, dont le Vénérable était, dit-on, un homme très sage. La Franc-maçonnerie avait poli son âme, au point que tous les Frères et toutes les Sœurs de sa Loge l’aimaient sans condition. Il les aimait toutes et tous, lui aussi. Durant sa vie maçonnique, il fut élu Vénérable Maître de cette Loge à trois reprises. On raconte une histoire le concernant.

Un soir de Tenue il arriva comme à l’habitude, le premier dans la Loge, pour aider les Apprentis à tout installer. Stupeur ! Tout le matériel de la Loge avait disparu, les décors n’étaient plus là non plus. Une catastrophe pour toutes les Sœurs et les Frères. Ils se demandaient bien ce qu’ils allaient pouvoir faire. Un par un, ils venaient voir leur Vénérable pour gémir et se plaindre.

– « Qu’allons-nous devenir Vénérable Maître, si nous n’avons plus de matériel, tout est fichu. C’est un très grand malheur ! ».

Invariablement, le Vénérable répondait à chacun avec un sourire fraternel et bienveillant :

– « Un malheur ? Peut-être… mais peut-être pas ? ».

Les Sœurs et les Frères, totalement désemparés par la situation pensaient que leur Vénérable, tellement choqué par la situation, avait perdu la tête.

Pour éviter de rester oisifs durant cette soirée, on se retrouva dans la salle humide et la Tenue fut remplacée par une soirée d’instruction générale. On prit le temps de se parler et de s’écouter. Les Apprentis et les Compagnons furent ravis de cette soirée improvisée et tout le monde se quitta heureux de ce moment passé ensemble. Tout le monde avait reçu son salaire.

Le lendemain, les Maîtres se retrouvèrent au Temple et à la grande surprise générale, tout le matériel était de retour avec un petit mot d’accompagnement.

– « Vénérable Maître et vous toutes mes Sœurs et mes Frères. Veuillez nous pardonner pour notre maladresse. Nous nous sommes trompés de casier et avons emprunté par mégarde tout votre matériel. Pour nous faire pardonner, notre Frère tailleur de pierre vous offre une magnifique pierre cubique à pointe faite à la main par ses soins. Sincères salutations fraternelles. Signé les Frères et Sœurs de « La Loge de l’Harmonie ».

Aussitôt, ce fut la liesse générale parmi les membres de la Loge. Chacun venait voir le Vénérable pour lui dire qu’il avait eu raison dans le fond. La mésaventure d’hier était une véritable chance. Invariablement, le Vénérable répondait à chacun avec un sourire fraternel et bienveillant :

– « Une chance ? Peut-être… mais peut-être pas ? ».

Effectivement, lors de la Tenue suivante, une Sœur Apprentie entreprit de soulever la pierre cubique qui avait été offerte peu de temps avant. Elle était nettement trop lourde pour elle. Elle glissa et tomba sur son pied en entraînant une douleur insupportable. Aussitôt, on la conduisit à l’hôpital. Le ballet des jérémiades reprit et chacun revint voir le Vénérable Maître :

– « Vous aviez raison la dernière fois, ce n’est pas une chance du tout cette pierre cubique, c’est même un malheur, un très grand malheur ! ».

Invariablement, le Vénérable répondait à chacun avec un sourire fraternel et bienveillant :

– « Un malheur ? Peut-être… mais peut-être pas ? ».

Les Sœurs et les Frères étaient une fois de plus décontenancés par l’attitude de leur Vénérable. Ils mettaient cela sur le compte de l’émotion. Ils savaient tous que leur Vénérable était attaché à ses Apprentis.

Le lendemain, en se rendant à l’hôpital pour s’assurer de l’état de santé de leur Sœur blessée, ils constatèrent tous que la peur avait été supérieure au mal. Ils furent tous rassurés. Cet incident aurait pu passer inaperçu si un évènement n’était pas venu changer le cours des choses. En effet, la voisine de chambre de notre Sœur blessée était elle aussi franc-maçonne. Mais dans sa vie profane, elle était chef d’agence d’une banque bien connue. Les deux Sœurs purent discuter une partie de la soirée, ce qui permit à notre Sœur d’obtenir un financement pour sa future maison.

Une fois informés de cette grande nouvelle, les Sœurs et les Frères de la Loge accoururent voir le Vénérable Maître.

– « Vous aviez raison la dernière fois, c’est une chance cette histoire d’accident, la preuve…! ». Ils racontèrent toute l’histoire au Vénérable qui restait imperturbable. Comme à l’habitude, il répondait :

– « Une chance ? Peut-être… mais peut-être pas ? ».

Alors le Frère Orateur, au nom de toute la Loge, pris la parole :

« Vénérable Maître, à chaque événement, bon ou mauvais, vous répondez toujours que c’est une chance ou un malheur… peut-être ou peut-être pas. Nous ne vous comprenons pas. Que voulez-vous dire ? ».

Avec sa bienveillance habituelle, le Vénérable pris la parole et répondit :

– « Lorsque l’architecte pose ses pierres, qu’elles soient bien ou mal posées, on ne peut pas prétendre qu’il s’agit d’une chance ou d’un malheur. Il faut voir le Temple dans son entier. Or personne ne peut jamais savoir, à part le Grand Architecte de l’Univers lui-même. C’est pourquoi, il convient de prendre ce qui arrive et de s’en émerveiller sans jugement positif ni négatif. »

Plus personne n’osa ajouter quoi que ce soit. Une chose était certaine, la Loge avait beaucoup de chance d’avoir ce Vénérable Maître pour la diriger. Tout le Monde le savait. Enfin, quoique… peut-être ou peut-être pas ?

Franck Fouqueray

Dis-moi à quoi ressemble ta Loge.

Juste avant l’ouverture des travaux, un Couvreur officie à l’entrée de sa Loge, lorsqu’un jeune Frère visiteur s’approche et lui dit :

– « Nous nous réunissons dans une Loge juste en face de la tienne et notre Tenue vient d’être annulée, Je ne suis jamais venu vous visiter, comment sont les Frères et les Sœurs de ta Loge ? »

Le couvreur, très sage lui répond par une question :

– « Comment sont les Frères et les Sœurs de la Loge d’où tu viens ? »

– « Assez égoïstes et peu fraternels en réalité. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis content de vous visiter ce soir, dit le jeune Frère. »

Le couvreur répond :

– « Tu trouveras exactement les mêmes Francs-maçons ici. »

Le jeune Frère le remercie de sa réponse, puis il part ailleurs, en quête de la Loge idéale.

Cinq minutes plus tard, une jeune Sœur se présente à la porte et lui pose exactement la même question.

– « Nous nous réunissons dans une Loge juste en face de la tienne et notre Tenue vient d’être annulée, Je ne suis jamais venue vous visiter, comment sont les Frères et les Sœurs de ta Loge ? »

Le couvreur répond de même :

– « Comment sont les Frères et les Sœurs de la Loge d’où tu viens ? »

– « Ils sont bons, accueillants, honnêtes et Fraternels, j’y ai de bons amis. J’ai beaucoup de regrets que notre Tenue soit annulée, répond la jeune Sœur. »

– « Tu trouveras les mêmes Francs-maçons ici, répond le couvreur. »

Le Premier Surveillant, non loin de là, avait entendu les deux conversations. Il attend que la jeune Sœur s’éloigne, puis il s’adresse au Couvreur sur un ton de reproche :

– « Comment peux-tu donner deux réponses complètement différentes à la même question posée par deux Francs-maçons ? »

– « On trouve en Loge uniquement ce qu’on y apporte ! Celui qui ouvre son cœur change aussi son regard sur les autres, répond le Couvreur. Chacun porte son univers dans son cœur. »

Adaptation de Franck Fouqueray – Ma Franc-maçonnerie mise à nu… pour les profanes (Editions LOL – 2016) www.ma-franc-maconnerie.com

Comment se manifeste l’orgueil du franc-Maçon ?

A la gloire du G.A.D.L.U., mes B.A.S. et mes B.A.F. en vos degrés et qualités, par tous les nombres qui nous sont connus

Pourquoi aborder ce thème, qui semble plus relever de la sociologie que de la maçonnerie, de surcroît, dans une loge où le travail sur le symbolisme prime avant tout ?
La réponse est simple : « L’orgueil est au maçon ce que le mirage est au désespéré qui erre dans le désert ». C’est une nécessaire et irrésistible illusion. Il convient donc d’en devenir le maître par un travail acharné au risque d’en demeurer un esclave soumis.

Nous le savons tous, dans la loge, tout est dualité :

– soleil / Lune –
– Blanc / Noir du pavé –
– Midi / Minuit –
– Zenith / Nadir –
– Orient / Occident –
– Septentrion / Midi –
– Colonne J / B –
– Epée / Canne –
– 1er surv. / Sec. Surv – Etc.

On peut donc en déduire que l’orgueil, lui aussi à son binôme, c’est une réalité. Il se nomme humilité. Ce terme grec plus connu sous le nom de « humus », la terre, celle que nous avons quasiment embrassé au passage de la porte basse, lors de notre initiation.

Revenons à l’orgueil pour mieux le définir. Je demande à Henri Bergson de le faire à ma place :

« Il y a une différence entre l’orgueil et la vanité. L’orgueil est le désir d’être au-dessus des autres, c’est l’amour solitaire de soi-même. La vanité au contraire, c’est le désir d’être approuvé par les autres. Au fond de la vanité, il y a de l’humilité; une incertitude sur soi que les éloges guérissent. ».

Bergson nous dit bien que l’orgueil, c’est la comparaison à l’autre. Certainement pas pour se nourrir de lui et grandir, mais pour l’annuler afin de nous rassurer dans nos peurs fondamentales. L’orgueil est une manifestation de la schizophrénie, c’est dire à l’autre : « j’ai besoin de toi pour que tu me reconnaisses », mais en même temps, lui dire aussi : « je te nie pour ne pas perdre ma place d’élu, celui qui est le plus aimé ».

Ainsi, tout mon propos va reposer sur le principe suivant : « les ténèbres n’existent pas en tant qu’entité, elles ne résultent que d’une absence de lumière. Au même titre que le froid est une absence de chaleur ». Il m’apparait donc que l’orgueil est une absence d’humilité. Si l’humilité c’est la terre, le solide, le concret, son antithèse est donc caractérisée par la vacuité ou l’illusion.

Le maçon qui a grandi selon les étapes conventionnelles de la F:.M:. (apprenti, compagnon et maître), celui qui a étudié les symboles et les a intégré, pour leur donner un sens dans le quotidien et dans la fraternité, il devient semblable au fil à plomb. Il est posé, aligné, il est juste et il occupe sa place à lui, les deux pieds dans la terre. Il ne cherche pas à prendre la place de son voisin. Il ne cherche pas à être considéré plus qu’il ne se perçoit, il EST tout simplement.

En revanche, le maçon qui est passé à côté de la réelle intensité des épreuves initiatiques, il sait très bien qu’il lui manque des morceaux, des parties de son ensemble personnel. Il n’est pas entièrement rempli de lui-même et ce manque l’amène à intellectualiser, à fantasmer avec son mental. Alors, il pense ! Il réfléchit, il trouve des réponses dans le registre de la logique. Il argumente et surtout, il s’agite. Il créé des perturbations, car ce qu’il est dans son essence profonde, nous parle beaucoup plus sur lui que ce qu’il nous dit avec ses mots ou gesticulations stériles.

Alors, les débats d’idées, les rivalités apparaissent. Comme le disait Auguste Comte : « L’orgueil nous divise encore davantage que l’intérêt. ». Le maçon devient incapable de rassembler ce qui est épars, car il est désormais dans la séparation, la division et surtout dans la discrimination de toutes choses. Le masculin et le féminin ne sont plus les deux côtés d’une même pièce, mais deux genres humains distincts qu’il convient de placer en dualité voire en conflit. Les apprentis deviennent alors pour lui des petits débutants. Les compagnons sont des sans grades qu’il humilie facilement et tous les autres maîtres des rivaux qu’il faut surpasser au plus vite. Ce type de maçon devient fier de son tablier et de ses promos au sein de la loge. Certains vont même jusqu’à penser que les plateaux sont une reconnaissance, une forme de grade. Cela doit être vrai, car lors des distributions de plateaux en début d’année, nous entendons en fin de tenue d’autres frères ou sœurs venir les féliciter pour leur nouvelle nomination. Réfléchissons un peu, la seule félicitation possible, c’est celle qui doit intervenir en fin d’année, quand le travail a été bien fait par l’officier.

Antoine de Rivarol au 18ème siècle avait dit : « Il faut faire mourir l’orgueil sans le blesser. Car si on le blesse, il ne meurt pas. ». En effet, l’animal est coriace. Plus il est touché, plus il gonfle. Il est déconnecté de la réalité des choses, il n’a aucun contact avec son voisinage, je parle de l’intelligence du cœur ou celle de la raison. Nous connaissons tous des êtres érudits ou très cultivés, pourtant totalement remplis d’un orgueil qui tentent désespérément de les maintenir au dessus des autres, comme si les autres pouvaient les diluer. Je connais même une catégorie d’orgueilleux qui surpasse toutes les autres. Ils se nomment les modestes. Comme l’a écrit la Rochefoucauld dans ses pensées : « La modestie est le plus haut degré de l’orgueil ». Ne confondons pas humilité et modestie. Jules Renard l’a écrit : « Sois modeste ! C’est le genre d’orgueil qui déplaît le moins ».

J’aimerais maintenant vous parler d’une autre catégorie d’orgueil. On l’appelle « L’orgueil spirituel ». Son représentant est un élu. Il est l’Ambassadeur du Grand Architecte sur terre. Il est en connexion directe avec lui. Il a reçu des super pouvoirs. Il se fait un point d’honneur à être le leader incontesté de la pratique du rituel. Il peut vous montrer la liste de ses titres et distinctions… en résumé, il raconte avec une fausse modestie que son parcours maçonnique l’a rendu meilleur. Il peut-être même condescendant. Celui-là est assez dangereux, car il avance sournoisement avec le masque du maçon qui ne travaille que pour vous et que sa propre vie ne l’intéresse pas. On lui donnerait le bon Dieu sans confession. Enfin quand je dis bon Dieu, je voulais dire le G.A.D.L.U. !

Pour paraphraser Auguste Detoeuf, je dirais que : « Les maçons se répartissent naturellement en trois classes : les vaniteux, les orgueilleux et les autres. Mais je n’ai pas encore rencontré les autres ».

Cette affirmation volontairement provocatrice n’a pas pour but de blesser qui que ce soit. Je veux seulement affirmer que nous sommes tous, et moi le premier, pourvu de cette fonction propre aux humains. Comment vivre avec ce sentiment et l’utiliser comme une boussole qui nous montrerait la mauvaise route afin de nous aider à trouver la bonne ?

Tout d’abord, comprenons bien que « Ce qui nous rend l’orgueil des autres insupportable, c’est qu’il blesse le nôtre. ». Alors, si nous utilisions justement cette réaction courante pour travailler sur notre propre Orgueil ? Imaginons simplement qu’à chaque fois que nous ressentons ce sentiment d’agacement au contact d’un orgueilleux, c’est notre propre orgueil qui est touché. Pourquoi ne pas essayer d’être dans la gratitude et de remercier ce partenaire involontaire avec son orgueil, pour nous aider à nous affranchir du notre. Au delà de l’aide que nous apporterions à ce maçon qui à besoin de briller plutôt que de rayonner, nous pourrions enfin devenir un exemple et surtout, nous pourrions enfin quitter le monde infernal de la comparaison pour ETRE.

Les initiations maçonniques sont une suite de dissolutions et de coagulations ou, si vous préférez, une suite de déstructurations et de reconstructions qui permettent la transmutation au sens alchimique du terme et invitent le franc-maçon à passer de l’Œuvre au noir à l’Œuvre au rouge. C’est le solve et coagula, le « dissous et coagule » des alchimistes. Si seulement, nous osions prendre notre orgueil comme antimoine, cette matière première, pour tenter d’en faire une pierre philosophale, alors nous pourrions produire une essence d’humilité qui serait un parfum d’humanité comme nous aimons le sentir dans nos loges.

Pour conclure ce travail, je citerai une pensée de Thich Nhat Hanh, ce sage qui se bat actuellement contre la mort pendant que je vous lis mon travail : « L’humanité souffre de 3 complexes, le complexe de supériorité, le complexe d’infériorité… et le complexe d’égalité ». Vous l’avez tous et toutes compris, cela nous ramène au « Deviens qui tu es » de Nietzsche et surtout à notre « Connais-toi toi-même… » qu’on nous cite lors de notre arrivée en loge. En fait, je le constate trop souvent, les vrais problèmes d’orgueil naissent au moment où on nous revêt de notre tablier de maître. Car pour certains, ce tablier devient alors un paravent qui nous sépare, plutôt qu’une passerelle qui nous relie.

Franck Fouqueray