Professeur des Universités de Bordeaux, Agrégée d’anglais et ancienne Maître de Conférence à l’Université Stendhal-Grenoble III, Cécile Révauger effectue aussi des recherches consacrées à l’historiographie des Lumières l’histoire des Caraïbes anglophone. Directrice de thèses sur sur le XVIII e siècle à l’Université de Bordeaux III, elle est par ailleurs la première Sœur membre de la Chambre d’Administration du Grand Chapitre Général du Rite français du Grand Orient de France, organisme gestionnaire des Ordres de Sagesse, Haut grade du Rite Français.
Bibliographie
Dictionnaire du monde des Lumières ( avec Charles Porset) Ed. Champion 2013
Noirs et Franc-Maçons – Ed. Dervy 2014
Les ordres de sagesse du Rite Français ( avec Ludovic Marcos) Ed. DErvy -2015
La longue marche des Franc—maçonnes – Ed. Dervy 2018
L’OUVRAGE
Parce qu’aucune Loge ne ressemble à une autre, cette recherche privilégie l’histoire maçonnique « d’en bas ». Celle qui permet d’entrevoir quelques passerelles historiques et géographiques entre les divers rituels de la maçonnerie dans le monde.
Répondre à la question : que faire en loge ? c’est s’interroger sur ce qu’on y faisait au XVIII siècle et comment les objectifs ont évolué jusqu’à nos jours. Pourquoi faire des conférences (planches) en France et pas en Angleterre ou en Amérique ? quelles parts sont réservées aux cérémonies, aux rituels et aux agapes ? Qui préfère parler de charité plutôt que de solidarité. Pourquoi la maçonnerie est un titre de fierté en Amérique et reste un état beaucoup plus discret sur le continent européen ? Un ouvrage qui enrichit le savoir des initiés et ouvre des perspectives à ceux désireux d’entrevoir un avenir nouveau.
Aujourd’hui, nous allons faire connaissance avec l’homme du bois ou l’homme des bois qui reste l’emblème contemporain de la vie primitive et support de rêverie sur le sauvage que nous sommes et qui reste bien enfoui tout au fond de notre cerveau reptilien.
Les forêts, les arbres par la majesté de leur port, la durée de leur existence, suscitaient dans l’esprit de nos ancêtres un profond sentiment de sacralité. Aussi les voit-on jouer un rôle dans le culte de nombreuses sociétés anciennes ou plus récentes.
Hiram l’architecte, ne reçoit-il pas d’un autre HIRAM les cèdres du Liban pour la construction du temple de Salomon. Deux Hiram vont associer le bois et la Pierre. Toutefois il faut reconnaître que c’est la forêt qui recouvre l’édifice. Quand la forêt est absente c’est la voûte céleste qui apparaît. On est de ce fait dans la clairière qui va devenir le temple construit sans bruit.
Au fond de nos forêts on s’imaginait que des divinités qui veillaient à la conservation des arbres, avaient placé leur demeure. Les mêmes divinités reçurent chez les peuples italiques les noms de Sylvains, de Faunes . C’est aux premiers de ces dieux, dont les Anciens eux-mêmes ont reconnu l’origine la plus primitive, que les paysans latins adressaient des prières pour la conservation de leurs troupeaux. Lucain décrit une forêt sacrée près de Marseille. L’armée de César n’osait y toucher : le premier il y porta la hache ; et les troupes, rassurées en voyant que les divinités des bois ne l’avaient pas foudroyé, soutenirent ses efforts.
Le culte des forêts, des arbres et des bocages se rencontre également chez toutes les populations germaniques. Les chênes de la forêt Hercynie, de même que ceux des forêts druidiques, recevaient, à cause du respect qu’inspiraient leurs troncs séculaires, les vœux, les offrandes et les sacrifices des peuplades qui les visitaient. En Germanie comme en Gaule, cette religion résista longtemps aux efforts de propagande chrétienne, et il fallut l’intervention de l’autorité laïque, les menaces de la loi pour l’extirper définitivement. Encore se conserva-t-elle dans les deux pays, sous une forme déguisée.
Dans la Scandinavie, ces Walgeist reçoivent le nom de Trold ou Troll. Les Elfes aiment aussi, suivant la croyance des peuples du Nord, à résider sous les arbres et dans les forêts. L’imagination populaire prêtait deux formes différentes à ces esprits des bois. Quand elle se les représentait comme la personnification des forces qui animent la terre et président à la végétation, elle voyait en eux de petits êtres aux formes les plus variées, des êtres gracieux et folâtres qui menaient dans les clairières ou dans les futaies une vie joyeuse et amusante ; tels étaient les Elfes, les Kobolds, les Trolls, les Nymphes, les Fées.
Au contraire, si ces esprits s’offraient comme la personnification de cette vie sauvage, que les forêts réveillent toujours dans l’esprit, c’était sous la forme d’hommes velus, d’êtres farouches, noirs et hideux que le peuple se les représentait ; tels étaient les Satyres, les Sylvains ; vrais diables des bois, qui servirent de type aux sauvages du Moyen âge, selon la Notice historique sur le Sauvage de l’Aveyron de Bonnaterre on a cru longtemps à l’existence d’hommes sauvages habitant dans les bois.
Le culte que les Gaulois rendaient aux arbres des forêts et aux chênes en particulier, a été rapporté par les auteurs de l’Antiquité, et forme un des traits caractéristiques du druidisme, dont le nom en est dit-on, dérivé. Ces forêts étant sensées être protégées, les Romains n’osaient y porter la hache.
Les apôtres du christianisme eurent grand peine à déraciner ces conceptions, et ils n’y parvinrent généralement qu’en consacrant au culte nouveau ces mêmes arbres qui étaient l’objet de la vénération populaires. On plaça sous le patronage de la Vierge ou des saints ces enfants des forêts, longtemps adorée comme des images de la Divinité.
On christianisa les fêtes païennes qui se rapportaient à ce culte. Il existait en France, à une époque encore récente, plusieurs arbres qui avaient hérité de l’antique vénération qu’avaient longtemps inspirée leurs devanciers.
Non loin d’Angers, Dulaure nous apprend qu’on voyait un chêne nommé Lapalud que les habitants entouraient d’une sorte de culte. Cet arbre, que l’on regardait comme aussi vieux que la ville, était tout couvert de clous jusqu’à la hauteur de 40 pieds environ. Il était d’usage, que chaque ouvrier charpentier, charron, menuisier, maçon, en passant près de ce chêne, y fichât un clou.
Plusieurs de ces arbres vénérés avaient été consacrés à la vierge ou aux saints, et décorés de petites statues ou d’images, de croix que plaçaient les pèlerins. De plus, la fête de la plantation des Mais, si générale en France, si rattache elle aussi.
La forêt des Ardennes était personnifiée en une déesse nommée Arduinna et que les Romains assimilèrent à leur Diane. Les habitants du Hainaut et du pays Wallon sont restés très longtemps fidèles à ce culte, dont la nature prenait elle-même le soin de renouveler sans cesse les monuments autour d’eux. Au VIe siècle, Grégoire de Tours nous apprend que le culte de Diane se conservait encore à Trèves. Ce fut dans le siècle suivant que saint Hubert et saint Bérégise déracinèrent les premiers, les croyances païennes de ce pays.
Pour ce qui nous intéresse, nous découvrons ainsi, que La Charbonnerie n’était pas, selon le récit des quatre Bons Cousins de La Rochelle dont la tête tomba sous la guillotine de la Restauration en 1822, une grande milice secrète libérale dont le modus operendi était dicté par les rites francs-maçons du bois entraînant un certain intérêt envers le mysticisme du Carbonarisme dirigé par La Fayette qui a seulement permis avec l’aide des Bons Cousins Charbonniers des années 1800 à maintenir leurs traditions en France jusqu’au XXe siècle mais avec plus ou moins de succès.
C’est au contraire une société très secrète qui trouve son origine depuis la nuit des temps et qui demeure bien mystérieuse. Nous ne savons rien des premiers rites pratiqués car c’est par la tradition du geste et de la parole qu’ils se sont perpétués. Les initiés n’ont laissé aucune trace écrite. La structure antique de la « pensée de la forêt » est antérieure à l’Empire romain et recouvrait toute l’Europe celtique tant atlantique que germano-scandinave et l’ensemble des régions balkaniques.
Une étude archéologique et anthropologique nous montre une société pré-industrielle forte et brillante dont la structure sociale repose sur des clans disséminés au sein des forêts (lieux considérés sacrés par les Celtes).
La Charbonnerie était de fait un compagnonnage réservé à ceux qui travaillaient les métiers du bois, associés à la trilogie artisanale celte : « fendeur-charbonnier-forgeron ». C’est cette hiérarchie que je pratique actuellement en notre rituel. Plus terre-à-terre, c’était également une façon de fidéliser une main-d’œuvre difficile à intéresser. Ces métiers étaient exercés hors des villes, des pouvoirs de l’église et de la monarchie mais dans la maintenance d’un grand attachement à la nature et d’une spiritualité païenne.
Ces forestiers ont eu une pratique initiatique dans la transmission de leur savoir-faire, et ont naturellement adopté des rituels, des cérémonies et des symboles hors christianisme.
Une fois encore l’Église, dut diaboliser et animaliser ceux qu’elle évangélisa par la suite afin de mieux justifier son action. Le silence s’installa pendant 400 ans. Puis au XVe siècle, de nobles proscrits qui avaient trouvé refuge dans les forêts bourbonnaises pendant les troubles qui marquèrent les règnes de Charles VI (1368-1422) et Charles VII (1403-1461), furent initiés par les charbonniers qui par obligation et devoir étaient toujours présents dans ces forêts, qui protégeaient hautement leur liberté. Les assemblées, ou ventes dans le langage de la Charbonnerie, se sont pratiquées dans les milieux aristocratiques et à la cour du roi. La noblesse apprécia grandement cette maçonnerie où le déguisement permettait de se livrer aux plaisirs de la bonne chère et aux éclats d’une haute gaieté.
Un de leur plus prestigieux défenseur aurait été Henri VI qui, un jour s’étant égaré en forêt lors d’une chasse, tomba furtivement sur une réunion rituelle des Charbonniers qui lui offrirent d’office l’hospitalité. Ayant été très bien reçu, il demanda à subir les épreuves, ce qui lui fut immédiatement accordé. Le Roi s’étant assis sur le billot qui servait de trône au » Père-Maître « , ce dernier l’en délogea en prononçant cette phrase devenue proverbe : « Sire, Charbonnier est maître chez lui. » Il fut souvent dit que c’est à partir de ce moment-là que Henri VI prit l’habitude d’appeler ses proches « mon Bon Cousin » ou ma « Bonne Cousine » et qu’il en devint « protecteur des fendeurs et charbonniers. » Puis ce fut encore le silence. En France, la franc-maçonnerie serait apparue à Saint-Germain en Laye, en 1688. Mais là encore les avis diffèrent quant à la naissance de la première loge française. Etienne Gout soutient que la première loge connue en France daterait du 1er juin 1726. Il est juste de signaler ces dates puisque la Charbonnerie basera à l’avenir ses rituels forestiers sur la Franc-Maçonnerie.
Il faudra attendre exactement 200 ans après la mort de François 1er pour la mise en place en France par Charles François Radet de Beauchesne (ou Beauchaine), d’un rite forestier mixte ; un glissement non voilé vers la franc maçonnerie révolutionnaire. Le chevalier de Beauchesne tenta, vers 1747, de récupérer à son profit les Rites des Fendeurs, mais c’est l’Ordre de la Fenderie dit du Grand Alexandre de la Confiance qui constitue la tentative la plus spécifique d’évolution opérative de la Franc-Maçonnerie du bois entre 1760 et 1770. Ce rituel d’ailleurs, ne fut pas inventé par Beauchesne, mais aurait été seulement capté par lui à la suite d’une transmission accomplie par un responsable des Eaux et Forêts du comté d’Eu, en Normandie.
Les différents corps de métiers des forestiers présentent une évolution historique comparable à celle de la Franc-Maçonnerie traditionnelle de la pierre. On se demande même, si l’une n’a pas puisée ses rituels dans l’autre, et vice versa. Les fameuses loges maçonniques… ne proviennent-elles pas des us et coutumes des charbonniers ? « Les charbonniers vivaient avec leurs familles dans des huttes qu’ils appelaient des loges. Peu à peu, les villages se sont formés et portèrent des noms comme : les Loges de Dressais, les Loges de la Cueille, les Loges de Brenne, les Loges de Cherpères, les Loges de Jopeau… » les loges margueron, La loge Pomblin, Les loges en Josas, route des Loges à Arnage à coté du Mans, etc…
Oui mes Sœurs et mes Frères, Mes Bonnes Cousines et Bons Cousins, la maçonnerie de la pierre et du bois est bien française par cette branche et nous pouvons honorer tous ces sylvains, ces visages noirs de suie, ces cagots et la grande cagoterie signant de la patte d’oie et protégés par la Vente Mère.
Avec la chute des hospitalisations, les tenues maçonniques ont repris. Mais ne sera-ce qu’un répit estival ? Un rapport du Sénat prévoit un avenir radieux fondé sur le numérique. En cas de nouveaux variants suivis de nouveaux confinements le rapport conseille un « tracé des cas contacts par relevés bancaires» . Egalement prévus des «bracelets électroniques » pour contrôler le respect de quarantaines. Nos Sénateurs ont même envisagé, en cas de non respect constaté de nos enfermements des amendes « automatiquement prélevées sur le compte bancaire » ( Source: Canard Enchaîné du 23 juin) – De quoi donner des idées aux trésoriers de nos ateliers qui pourraient demain, prélever les « capitations en ligne » et distribuer des « amendes maçonniques prélevées d’office » pour toute absence à une TENUE ZOOM ou équivalent. On vit une époque formidable ! – Jacques Carletto
Taishang : “Très élevé” ; “sublime” ; qui est attaché au Tao (Ric 4621 et 4271)Gan : ce qui est produit sur les actions du Ciel et de la Terre par les actions humaines (Ric 2529)Ying : Récompense ou châtiment attaché à chacune des actions humaines (Ric 5821)Bian : livre ou traité (Ric 4034) Ce qu’on traduit généralement par “Le livre des peines et des récompenses »
« On suit la raison quand on ne foule pas les chemins de la perversité. Lorsqu’on a un cœur compatissant pour tous les êtres vivants. Quand on évite de faire du mal aux insectes, aux plantes, aux arbres. Ne pas tirer des flèches aux êtres qui volent dans les airs. Ne pas poursuivre ceux qui courent sur la terre. Ne pas détruire les terriers des animaux ou les trous des insectes. Ne pas effaroucher les oiseaux qui sont dans les arbres. Ne pas boucher les ouvertures où les oiseaux vont nicher. Ne pas renverser les nids. Ne pas blesser les femelles qui portent ou casser les œufs dans les nids. Ne pas disperser les épis naissants et ne pas gaspiller ceux qui sont déjà murs. Ne pas tailler ou couper sans nécessité. Ne pas immoler d’animaux sans avoir égard aux rites établis. Ne pas jeter et faire perdre les cinq espèces de grains. Ne pas nuire et faire de mal aux animaux. Ne pas lâcher des courants d’eau ni faire du feu sans précaution. Ne pas se servir de poison pour faire mourir les animaux ou les plantes. Ne pas tuer sans motif tortues, lézards et serpents. Ainsi l’homme véritablement heureux dit le bien, voit le bien, fait le bien. En un jour il réunit trois sortes de biens. Comment peut-on donc ne pas pratiquer la vertu ? ». Zhang Zhai (1020 1078) « A l’origine, l’esprit de tout homme au monde ne diffère en rien de celui de l’être réalisé ».
l’automne- l’Equerre »
« Dès que l’égoïsme vient s’interposer et que les désirs matériels viennent l’obstruer, ce qui était grand devient petit et ce qui circulait librement se bloque ». * *“Etre Réalisé” littéralement Zheng Ren ou « Etre Rectitude » donc « Etre Droit » ce qui correspond littéralement à quelqu’un qui s’est lui-même “rectifié” et qui a donc atteint un niveau de compréhension lui permettant une “action juste”.
Plusieurs précisions : Ren correspond, en chinois, à la personne humaine dans son ensemble et non dans son individualité. Nous nous sommes habitués à traduire Ren (ou Jen) par homme auquel nous ajoutons majuscule. Ren c’est donc l’Homme comprenant la femme, l’enfant, le vieillard. Donc l’homme élargi (comme on élargit un prisonnier en le laissant libre de ses mouvements et en levant la contrainte par corps). Mais malheureusement ce Zheng Ren est souvent traduit par “le saint” avec ou sans majuscule. Et au masculin. Ren ne possède pas de genre. Il est à, la fois, comme (le) Taiji qui est la manifestation du Tao à la fois Yin et à la fois Yang (CF Etiemble dans la préface de Philosophes taoïstes 1 à la Pléiade !).
Je préfère donc traduire, simplement, par être (éventuellement par être humain). Etre suffit. Un Etre Etre.
Une fois encore dans le système chinois “être” suffit et ne se conjugue pas. “L’homme suit son destin comme le veau suit sa mère” affirme un dicton populaire chinois. L’homme avec ou sans majuscule est-il donc un veau ? Cela fait penser à ceux qui “croient en Dieu”. Quel manque de confiance car si ils croient c’est qu’ils n’en sont pas persuadés. Dieu se suffit à lui-même et n’a probablement que faire qu’on croit ou pas en lui. Il en va de même pour (le) Tao.
Il convient d’élargir la bienveillance. Voici un texte de Wang Yangming (Wang Shouren) (1472 1529 qui se voulait le successeur de Confucius et qui est classé par les sinologues comme un « néo-confucianiste ». Il convient pour lui d’ « élargir la bienveillance tout en maintenant une certaine rectitude ».
« L’Etre réalisé est celui qui conçoit Ciel/Terre et la multitude (myriade) des êtres comme un seul corps. Il considère le monde comme une seule famille et le pays comme une seule personne. Quant à opérer des distinctions entre les objets et une séparation entre le moi et l’autrui c’est le propre de l’être mesquin. Que l’Etre réalisé conçoive le Ciel/Terre et la multitude des êtres comme un seul corps ne procède pas d’une intention délibérée ; c’est la nature de l’être humain et de son esprit qui l’unit foncièrement à Tao (on dirait en Occident à l’univers tout entier ! note GC). L’être mesquin est diminué par son étroitesse de vue et de cœur. C’est ainsi que même cet être mesquin à la vue d’un enfant sur le point de tomber dans un puits ne peut réprimer un sentiment d’effroi, son sens de l’humain faisant alors corps avec celui de l’enfant. Certes l’enfant appartient à la même espèce que cet être humain. Mais devant les cris pitoyables et les airs apeurés de bêtes sur le point d’être tuées, il ne pourra pas d’avantage supporter ce spectacle, sa bienveillance (humanité) faisant corps avec les bêtes. Mais ces bêtes sont proches de l’être humain. Or à la vue de plantes menacées de destruction, il ne pourra s’empêcher de ressentir de la commisération, sa bienveillance faisant corps avec les plantes. Les plantes sont malgré-tout des êtres vivants. Mais même devant des débris de tuiles et de pierres d’anciennes habitations, il sentira son cœur se serrer, sa bienveillance faisant corps avec ces débris. Tous ces sentiments même le cœur de l’homme le plus mesquin ne saurait y échapper car il est simplement humain ».
Etre simplement humain c’est déjà simplement tout un sacré programme.Concernant Confucius il est dit « Lorsqu’il était jeune il devait nourrir ses parents âgés et il était donc contraint de chasser et de pécher mais il ne tirait jamais sur un oiseau posé ni n’utilisait de filet pour pécher afin de respecter la vie. Lorsqu’on voit comment Confucius était bon avec les animaux étant jeune on imagine son amour de l’Etre Humain à un âge avancé » (Commentaires III 1). La Chine Antique n’oppose pas la protection des animaux à l’amour des êtres humains, au contraire. Les deux sont indissociables.
Attention en traversant les voies initiatiques, un symbole peut en cacher un autre ! Sous le couvert de mots particuliers les réponses aux questions y sont autant d’énigmes. Ne pas faire l’effort d’en saisir le sens mène à la paresse d’esprit.
Loin de là, un gosse qui a raconté un film réduit à quatre lettres ce qu’il en a retenu. Ce fut sa méthode, il y resta fidèle. Au soir de sa vie, il songe à la panoplie d’indien de ses vertes années et range à côté celle plus tardive de Franc-maçon. Elles sont devenues indissociables.
Hugh,en indien ça veut dire Salut ! C’est comme ça qu’on s’adresse à un grand chef ! – Mais à ceux qui sont pas chefs ? Pareil ! N’importe comment ça veut dire aussi d’accordA bientôt… Compris !
Dans la cour d’une école du 18e arrondissement de Paris, le plus grand d’une classe concluait ainsi sa narration d’un western joué la veille dans le quartier Ses auditeurs se tournaient déjà les uns vers les autres, main droite levée paume vers l’extérieur. Ce qu’ils avaient retenu du récit tenait dans ce geste pacifique. Par la suite, les recours au mime, à l’imagination et à la mémoire pallieraient chez eux le fait de ne pas avoir vu le film au point d’en faire des figurants.
En ces années 1950, l’accès des enfants au cinéma était souvent conçu comme une récompense, ce qui en limitait pour quelques-uns la fréquentation à la mesure de leurs résultats scolaires. Des ressources financières parentales parfois ostensibles ouvraient par ailleurs plus largement les portes des salles d’exclusivités proposant les productions les plus récentes. Conséquemment, le crédit accordé au conteur ne relevait que de sa fidélité aux faits découverts à l’écran. S’il affirmait que Hugh voulait dire « çà », c’était forcément vrai, puisqu’il parlait indien !
Parallèlement à la limite du réflexe, des adultes s’adressant aux plus jeunes en les plagiant, Hugh revêtit à l’usage la valeur inattendue de mot de passe ou d’approbation, de conclusion ou de reconnaissance. Au-delà des conventions officieuses entre les générations qui en répandaient l’usage, sa généralisation engendra une habitude rimant opportunément avec lassitude puis plus gravement avec désuétude. On évoqua moins les « Peaux rouges ». Les notions relatives à leurs mœurs, us et coutumes, pour le moins hâtives ne se limitaient alors qu’à de persistantes caricatures, hors de toute notion géographique et de repères historiques. A cette époque au demeurant la majorité des scénarii retenus par Hollywood faisait foi de ces libertés elles aussi cavalières.
Le langage des écoliers attachés au sujet par le biais de la bande dessinée ou des films publiés sous forme de romans photos ne fonctionnait lui aussi qu’à l’imitation. A l’occasion, un enseignant détournait la méthode. La saisie d’un magazine feuilleté pendant un cours valait par exemple au coupable une remontrance basée sur la teneur de l’ouvrage. Confisqué dans l’instant, il présentait pour l’autorité l’opportunité de montrer sa connaissance du langage de ses ouailles au cours de ses remontrances. S’il en usait à bon escient sans ironie il prenait naturellement l’ascendant sur ses auditeurs.
Poussant trop loin le procédé il prenait en revanche le risque d’une complicité de circonstance, perdant sa position de référence auprès d’élèves qui n’appréciaient pas que l’on fasse semblant d’être un élève !
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La circulation de la parole en ces temps éloignés, très éloignés, semble curieusement s’inscrire dans une logique toujours actuelle au sein de la Franc-maçonnerie :
L’enfant qui racontait un film n’en avait essentiellement retenu les images. Les impressions d’initiations de chacune ou chacun de celles et ceux qui les communiquent ne sont-elles pas comparables en matière de situation ? On ne saurait oublier qu’à l’issue de nos cérémonies nous avions acquis l’âge de trois ans. Comme l’auditoire de notre conteur, nous ne pouvions raisonner que par déductions à partir de ce que nous avions entendu à défaut de voir ce que l’on nous avait décrit.
Dans la cité un mot fait florès, entendu dans la rue, chez les commerçants, au comptoir, parfois dans sa famille, etc. Elément de langage fugitivement agréé sous le charme de l’écoute, il se répand à grande allure avant de se prêter à toutes les adaptations inhérentes à son usage. Cela se nomme la récupération, méthode éprouvée a fortiori chez les tenants de l’entrisme au cœur de systèmes qu’ils réprouvent.
La plupart des enfants ont de tous temps assimilé l’intérêt de dissocier formellement la langue qu’ils parlent entre eux à l’école de celle pratiquée à leurs domiciles.
C’est le prix de l’entre soi et du sens caché des choses. C’est également l’exercice délicat du dialogue intergénérationnel. Ne pas l’ignorer est nécessaire, en user à l’excès expose au risque de passer pour quiconque tente de s’assimiler à une tranche d’âge qui ne sera jamais la sienne. La juste place de chacun peut en résulter.
Lorsque parmi des profanes nous usons de formules éprouvées dans nos assemblées… Quand on déclare qu’il pleut en un lieu clos et qu’il fait beau dehors… Que l’on ne sait ni lire ni écrire…Qu’une terrine est proposée à un convive sous l’appellation de monnaie grasse dans une salle que l’on dit humide contre toute évidence…… Nous nous exposons à des appréciations hors de toutes nuances, aux bons soins de ceux qui ignorent tout de ce que nous sommes…Ceux-là fourbissent alors leurs arguments à lames rentrantes au nom de ce qu’ils croient que nous pourrions être ! Ils sont à l’image de l’écolier qui parlait couramment indien, son érudition linguistique établie sur l’usage de trois mots supposés courants.
Répartis sur la surface de la terre, Sœurs et Frères parlant une infinité de langues ont toutefois recours à un langage similaire dans ses principes à défaut de pouvoir être dit réellement commun. Le symbolisme en est la clé, le symbole le manifeste.
Les griots du continent africain étaient l’un de ses fluides. Par définition nomades, ils chantaient partout dans leurs dialectes respectifs Les paroles de leurs mélopées échappaient à l’entourage qui en saisissait pourtant la teneur par le truchement de la musique et de la danse Dans leur essence, leurs symboles demeureront comparables aux nôtres. Il nous faudra pour ce faire ne pas céder à ce sujet comme en d’autres à la facilité des raccourcis les plus courants usités de nos jours.
Quel que soit le propos, le sujet, le tic oral tient désormais lieu de syntaxe. Commencez toute phrase par « En fait »… répétez ces deux mots environ toutes les cinq secondes et terminez par « donc voilà ». Vous possédez à présent les bases du Certificat d’Aptitude aux débats télévisés.
Depuis bien longtemps, les langues régionales, ont été le creuset puis le support de La Tradition sous les aspects volontairement trompeurs des traditions. L’argot spécifique à des corps de métier comme à diverses communautés garantissait à ses locuteurs de pouvoir se déclarer à couvert.
Notre fidélité à des textes du XVIIIe siècle exige veille et génère curiosité de notre part. Cherchant inlassablement un sens pérenne dans leurs mots nous nous sommes délibérément engagés dans leur défense tant ils sont garants de modernité.
« Donnez-moi la première lettre, je vous donnerai la seconde. » Tel peut apparaître le langage de notre raison dont une conscience libre est le salaire.
Des amérindiens ont motivé cette réflexion que conclue lointainement et de belle manière la dernière strophe d’un texte de Smohalla, indien nez-percé, fondateur de la religion des rêveurs :
VOUS ME DEMANDEZ de couper l’herbe, d’en faire du foin, de le vendre pour être aussi riche que les hommes blancs Mais comment oserais-je couper les cheveux de ma mère ?
Notre temps s’accélérant au bénéfice des apparences, réduit notre langage au point de trancher les racines de toute forme d’expression. La langue française devient comparable à la ramure du cerf. Elle embellit pendant la durée de sa vie et vers la fin, après sa chute, on l’appelle un massacre !
ET comment oserais-je couper les franges de mon tablier ?
Un Grand Architecte illustre l’idée d’un ordonnateur du chaos
Le titre de Grand Architecte a une origine très ancienne, souvent rapportée au dieu égyptien Ptah (dieu des artisans et des architectes à Memphis) ou au dieu géomètre platonicien, dont on trouve référence dans le Timée ou chez Plutarque [1].
On lit chez Cicéron que «de même, si des philosophes ont été d’abord surpris à l’aspect de l’univers, ils ont dû ensuite, après en avoir bien considéré les mouvements réguliers, uniformes et immuables, concevoir que non seulement le ciel n’est pas sans quelques habitants, mais qu’il y a en lui un maître, un gouverneur, qui est comme l’architecte du superbe ouvrage que nous voyons.»[2]
La première mention du grand Architecte de l’univers, en toutes lettres, daterait de 1567 par Philibert Delorme. Le célèbre Architecte lyonnais de la Renaissance établit un lien entre les sept composantes d’un édifice et les sept planètes et désigne ainsi son Concepteur[3].
La Réforme protestante le relatera aussi en toutes lettres. Calvin, dans son commentaire du Psaume 19 de la Bible écrit : «les cieux ont été merveilleusement fondés ab opifice praestantissimo», et de rajouter : «lorsque nous avons reconnu Dieu comme mundi opificem,c’est-à-dire Architecte de l’univers, nous ne pouvons qu’admirer sa sagesse, sa force, sa bonté.» Ne trouve-t-on pas ici la source de l’expression «Sagesse, Force et Beauté», beauté étant l’équivalent de «bonté» dans les Old Charges[4] ?
Le manuscrit anglais dit Dumfries n°4[5], dans sa partie historique, raconte qu’Edwin, prince royal, déclara jadis aux maçons (opératifs) réunis à York que «s’ils désiraient être favorisés par Dieu et bénis dans leurs actions, ils ne devraient plus être tentés ou attirés par les idoles, mais honorer et adorer sincèrement le Grand Architecte du Ciel et de la Terre, fontaine et source de tout ce qui est bien[6]».
Gottfried Wilhelm Leibniz en parle dans son Discours de Métaphysique, suivi de Monadologie et Autres textes, ainsi que Locke à la même époque. Ils considèrent notre existence, comme la preuve que quelque être réel existe ; en effet, si le non-être ne peut rien produire, alors il y a un être qui existe de toute éternité. Il résulte de la perfection suprême de Dieu, qu’en produisant l’univers il a choisi le meilleur plan possible. La philosophie newtonienne de son côté, sans élucider le mystère, avance aussi l’hypothèse de la perfection suprême de Dieu, et qu’en «produisant l’univers, il a choisi le meilleur plan possible ». Or, qui crée un plan, sinon un architecte ?[7]
Le GADLU est le signifiant de Grand Architecte De l’Univers, mais aussi de Grande Architecture De l’Univers. Dans la première acception, il y a personnification en une entité, manifestant une volonté particulière. Cette entité pouvant être «transcendante», c’est-à-dire extérieure à l’Univers, ou pouvant être «immanente», c’est-à-dire constitutive de l’Univers. En d’autres termes, pour certains, Dieu est créateur et extérieur au monde, pour d’autres, Dieu est le monde et son propre créateur. Dans la deuxième acception, il s’agit de l’architecture de l’univers, sans manifestation d’une volonté particulière. Dans ce «principe créateur», les évènements ne surviennent que si, et seulement si, les conditions nécessaires sont réunies et maintenues durablement. En d’autres termes, la GADLU est le signifiant d’un «ordre des possibles», de ce que peut l’univers, et non de ce qu’il veut. Pour autant ces deux acceptions ne sont pas inconciliables, mais cela demande, dans un esprit de concorde, d’accepter l’idée que dans un ordre des possibles, ne manifestant aucune volonté particulière, puisse apparaître une entité qui consciente d’elle-même, manifeste sa volonté particulière, dans le respect de l’ordre des possibles. Ainsi par sa connaissance de l’ordre des possibles, cette entité aurait la capacité de potentialiser tous les possibles, si et seulement si, elle sait en réunir et en maintenir les conditions nécessaires. L’humain est déjà une entité de cette nature, mais on peut imaginer qu’à un plus haut degré de conscience, celui d’une humanité toute entière, un autre type de volonté puisse se manifester. C’est à ce degré que se situe la notion d’Adam kadmon[8].
Le concept de Grand Architecte de l’Univers, utilisé dans la Franc-Maçonnerie est une métaphore, qui lui est propre.
GADLU, c’est le nom par lequel les francs-maçons désignent l’esprit supérieur qui préside aux destinées de l’univers, il signifie la présence de «toutes les possibilités particulières contenues en harmonie avec l’Être universel». Ce symbole permet aux francs-maçons de s’associer dans une même pensée au-delà des croyances diverses et de tout courant religieux. Les francs-maçons, dans un souci œcuménique, voulant dépasser les oppositions religieuses du XVIIe et XVIIIe siècles ont substitué au terme Dieu, le terme générique du Grand Architecte de l’Univers, donnant à ce substitut un aspect plus accessible pour le maçon spéculatif et associant l’acte humain terrestre à une pensée céleste. La référence au GADL’U fut largement polémique dans l’histoire mouvementée de la Franc-Maçonnerie. Pour l’écrasante majorité des loges et des obédiences anglo-saxonnes, et de fait les loges traditionnelles travaillant selon leurs rites en France, GADL’U est équivalent à Dieu («Que la croyance en le Grand Architecte de l’Univers et en Sa volonté révélée soient une condition essentielle de l’admission des membres»).
Aux Rite d’York et Rite Standard d’Ecosse, le rituel procède sans ambiguïté d’une liturgie des textes bibliques, comprenant certains de ses éléments comme la bénédiction patriarcale ou l’invocation divine à protéger les travaux. L’ouverture des travaux au Rite Ecossais Ancien et Accepté traditionnel, au Rite Ecossais Rectifié et var. Rite Français prescrit l’ouverture, voire la lecture de la Bible à l’évangile de Jean ; pour mémoire : «Au commencement était le logos, et le logos était tourné vers Dieu, et le logos était Dieu.» Ici, la référence déiste est sans nuance.
Les obédiences adogmatiques, voire certaines dites régulières, ont adopté la référence à un principe créateur, ordonnateur, désigné sous le vocable Grand Architecte de l’Univers, n’exigeant plus nécessairement l’admission de sa volonté révélée dans la Bible. Ainsi, le GADLU, associé à l’univers intelligent des physiciens et astrophysiciens, convient autant aux athées qu’aux croyants en Dieu personnifié ou trinitaire : «le symbolisme du Grand Architecte est celui d’une question sur les rapports de l’homme au Cosmos ouverte par le développement des sciences et non d’une réponse dogmatique alignée sur le fait religieux».
Dans les Constitutions d’Anderson, conçu comme un symbole de l’intelligibilité de l’univers par l’esprit humain à travers le langage commun de la géométrie, le GADLU se voulait une représentation du Dieu non révélé de la «religion naturelle» (un «théisme expérimental») à laquelle Newton et Desaguliers aspiraient, parce qu’elle était susceptible de réunir «les hommes de bien et loyaux». La démonstration historique et symbolique de cette intention est approfondie par Michel Koenig dans son ouvrage Le Gadl’u, le Grand Architecte ET L’Univers, T2[9].
Lors du Convent de 1877, le pasteur Frédéric Desmons emporte l’adhésion d’une majorité qualifiée du convent du GODF pour modifier l’article 1er, en supprimant l’obligation de croire en Dieu. Pour les Loges très laïques, l’invocation de cette référence a été remplacée par une invocation aux progrès de l’humanité.
Le Christ est mentionné comme «Grand Architecte de l’église» par le pasteur Anderson.
Pour Jean-Théophile Désaguliers, Dieu-géomètre est l’être qui«régit toutes choses, et non comme une sorte d’âme du monde, mais comme un maître au-dessus de tout ; et c’est à cause de son pouvoir qu’il faut qu’on l’appelle pantocratòr (παντοκρατωρ)». Le Christ pantocrator est une figuration privilégiée de l’art byzantin qui montre le Christ en buste, tenant le livre des Saintes Écritures dans la main gauche et levant la main droite dans un geste d’enseignement codifié qui invite à la vie éternelle (voir l’illustration de l’article).
Les enluminures des Bibles moralisées dites de Vienne[10] (à gauche 1179, à droite 2554), illustrent le Pancréator (le GADLU ?) pointant un compas[11] qui s’appuie sur un centre dit ontologique ou principiel, celui à partir duquel le rayon va «rayonner» sur le cercle. Un point (parmi d’autres) engendré sur ce cercle va donner naissance à une manifestation (parmi d’autres) qui ne sera qu’une des possibilités d’expression du centre. Ce centre est relié à la manifestation par le rayon producteur de cette manifestation, composée de substance et d’essence. En simplifiant, nous comprenons que la substance va s’analyser comme la matière et l’essence se rapprochera de la notion d’esprit, l’amour du prochain formant la mesure de toute chose.
Les Kabbalistes disent Aïn-Soph, horizon de l’éternité ; les philosophes agnosticistes l’Inconnaissable ; les spiritualistes et les religieux Dieu ; les francs-maçons GADLU. Les uns s’appuient sur la raison humaine en indiquant sa limite, les autres sur la révélation et sur la foi ; certains, même, admettant le concept de Dieu, ne se sont pas embarrassés dans les difficultés car, pour eux, le vivant et la nature sont Dieu et Dieu c’est la nature, ce sont les panthéistes comme Spinoza.
Le très plaisant Dialogue sur le Grand Architecte de l’Univers entre deux interlocuteurs imaginaires, Théophile et Philon, tous deux francs-maçons du Rite écossais Ancien et Accepté,[12] conclut avec Théophile : « Ne pourrait-on pas dire du symbole en général, et de celui-ci en particulier [GADLU], ce qu’Héraclite disait du «dieu dont l’oracle est à Delphes» : il ne parle pas, il ne dissimule pas, il indique».
[1] Plutarque, œuvres morales, Propos de table (symposiaques) Livre I. VIII.2 « Un architecte ne donne pas la préférence à la pierre d’Attique ou de Laconie sur la pierre d’une autre contrée… Voyez aussi Dieu, que notre Pindare appelle l’ouvrier par excellence» : <http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/propos1.htm>
[11] Le compas, pour les rites déistes, représente la divinité ou le GADLU, le principe créateur universel, tout ce qui échappe à l’homme comme le ciel qui est imposé à l’homme (si clairement illustré par William Blake, The Ancient of Days, frontispice de Europe a Prophecy).
[12] p.119, Revue Points de vue initiatiques n°26, 1972
Chez les Maçons, le grade de Chevalier Kadosh, avec celui de Chevalier Rose-Croix, est sans doute le plus connu, mais aussi le plus controversé. De ce grade, encore proposé par beaucoup d’obédiences et/ou juridictions sur tous les continents, André Kervella en donne la genèse, à commencer par l’Ordre Sublime des Chevaliers Élus qui site, pour la première fois, le mot Kadosh.
C’est une véritable enquête à laquelle s’est livrée l’auteur. Kadosch, 30e degré dans l’échelle des grades du Rite Écossais Ancien et Accepté, est un mot hébreu signifiant sacré ou consacré.
La table des matières :
Introduction
Genèse
Rites sur scène
Ordo ab chao ?
Basculement
Fastes et inspections
Topographie du sommet
Bipolaires
Conseils Suprêmes
Capitale de la Province
Au creuset d’Heredon
Avis contraire
L’échelle de Jacob
Aigle Blanc et Noir
Hémoglobine,
Sources amères
Détour américain
Conclusion : les paradoxes de la perfection
Index
Sources
Nous notons une simple erreur de chapitrage (le chapitre Basculement est numéroté 5 au lieu de 4), ce qui n’enlève rien à la grande qualité du texte. L’ouvrage s’enrichit de croquis ou photos.
Nous ne doutons pas que le sous-titre « Francs-maçons Templiers » encouragera et invitera encore plus à la lecture. Après tout la Maçonnerie templière – de la légende à l’histoire – reste une singularité du siècle des Lumières…
André Kervella, docteur d’État ès Lettres, est retraité de l’enseignement et Ancien conseiller du gouvernement pour l’enseignement supérieur au Ministère des Affaires étrangères. Il est l’auteur de nombreux articles et d’une trentaine d’ouvrages sur la Franc-Maçonnerie.
Numérilivre est une maison d‘édition très présente sur les réseaux sociaux https://www.facebook.com/Numerilivre/
Un numéro de belle facture où, dès l’éditorial, le Très Sage et Parfait Grand Vénérable Philippe Guglielmi justifie le titre de ce numéro « Raisons, rumeurs et vérité ».
Nous notons, comme à son habitude, de très belles illustrations couleurs.
Nous avons particulièrement apprécié l’article de André Canivet consacré à « L’hypothétique appartenance de Napoléon à la Franc-Maçonnerie ». Avant de peser le pour et le contre de cette éventuelle appartenance, l’auteur analyse l’hypothèse égyptienne dont celle de la Loge « Isis » de Kléber…
Au sommaire de ce numéro :
– Éditorial, par Philippe Guglielmi
– Le prétendu complot judéo-maçonnique, par Christian Pessey
– Parole et vérité au Rite Français, par Jean-Michel Gelin
– Nous ne saurons jamais assez.…, par Jean-Francis Dauriac
– L’hypothétique appartenance de Napoléon à la Franc-Maçonnerie, par André Canivet
– La raison face au néant, par André Bellon
– Des valeurs aux vertus : une bien nécessaire clarification, par Charles Coutel
– Propos sur les vérités, par Michel Bouchaud
– La déchristianisation des rituels du Rite Français, par Joël Denis
– Notes de lecture, par Didier Molines
Semestrielle, cette revue maçonnique des hauts grades est cependant accessible à tous les francs-maçons y compris des loges bleues. Nous saluons cette heureuse initiative…
Intéressé par la franc-maçonnerie en raison de ses idéaux de liberté, d’égalité et de paix, l’ancien esclave Prince Hall accompagné de 15 autres américains noirs de Boston fut initié à la maçonnerie par des membres de la Grande Loge d’Irlande en 1775. Une première demande d’entrée à la Saint John’s Lodge de Boston leur avait été refusée par des maçons blancs.
Ces hommes allaient donc fonder l’African Lodge No. 1, après avoir reçu une patente officielle de la Grande Loge d’Angleterre en 1784. Celle-ci prit ensuite le nom de son fondateur, Prince Hall. La franc-maçonnerie de Prince Hall est toujours la plus ancienne et la plus grande fraternité à prédominance afro-américaine d’Amérique.
Si aujourd’hui, la sexualité est bien souvent vécue comme un interdit nécessaire à l’harmonie de la loge, on peut s’interroger sur le regard de ces « traditionnalistes », alors que, dans les anciennes traditions, l’érotisme ésotérique faisait partie des « Mystères ».
Au diable la fausse pudeur et les propos alambiqués, je vous propose d’essayer de répondre simplement à cette question : Quelle sexualité pour l’initié-e ?
Dans cette première partie, il s’agit avant tout d’expliciter cette démarche.
Plusieurs raisons expliquent la difficulté d’aborder en loge l’érotisme ésotérique : sans doute la pudeur, la complexité des approches, la confusion entre érotisme et pornographie, mais aussi notre propre difficulté à considérer la sexualité sous l’angle du « sacré ».
Aborder cette réflexion de façon sereine et dépassionnée suppose comme préalable d’éviter le piège des biais cognitifs accumulés par les croyances traditionnelles.
Les relents, toujours présents, de l’interprétation machiste de l’érotisme ésotérique : Le XXIème siècle n’est pas encore le siècle de la modernité. Le phallus, le sexe masculin en érection, symbole du pouvoir phallique est omniprésent dans la mythologie contemporaine. Tourner la page du sexisme et prendre en compte la féminité nous semblent incontournables.
De la problématique du désir : on ne peut plus accepter la « diabolisation » du désir amoureux ; thème philosophique majeur depuis Platon, il prend aujourd’hui une envergure psychanalytique avec les travaux de Lacan et de Deleuze ; René Girard l’aborde dans l’analyse de la violence sociétale.
De l’érotisme ésotérique au mythe de la vie éternelle : Ce n’est pas pour rien que dans de nombreuses cultures l’expression « Petite Mort » désigne l’orgasme, représentation de l’entrée dans l’immortalité. Qui aujourd’hui peut encore fantasmer sur cette interprétation ?
Psychologiquement, les connaissances accumulées au XXème siècle mettent à mal l’approche traditionnelle de l’érotisme ésotérique qui peut se résumer dans ces deux versants :
L’érotisme ésotérique à connotation mystique où l‘initié-e voit dans un Dieu le partenaire « extatique ». Aujourd’hui on le catégorise dans les délires mystiques qui confortent le peu de crédibilité du mysticisme comme démarche initiatique.
L’érotisme ésotérique vécu comme une recherche d’éternité où l’initié « capte » dans le ou la partenaire sexuel-le, la « puissance » nécessaire à son « immortalité ». Cet érotisme ésotérique est le fondement idéologique du pouvoir phallique et on voit bien combien il a été destructeur de la féminité.
Les raisons d’une réflexion renouvelée :
Réduire l’existence humaine au genre pseudo-masculin est un non-sens, fruit d’un obscurantisme conceptuel ; s’il ne peut y avoir un genre dominant, on sait aussi qu’il n’y a pas seulement deux genres mais une pluralité de variantes genrées. Une réflexion symbolique doit tenir compte de cette réalité en refusant les œillères du conformisme.
Le lien entre l’acte sexuel et le fonctionnement cérébral commence à être mieux connu ; cette connaissance renouvelle l’approche de la « cascade » : Amour, Désir amoureux, Pulsion sexuelle, Orgasme, Extase.
La connaissance de la physiologie de l’orgasme permet de comprendre les difficultés à obtenir un orgasme partagé qui, pour certains auteurs, pourrait être considéré comme un des objectifs d’un érotisme ésotérique.
Ces explications justifient, à mon sens, que la connaissance des conditions requises pour comprendre les « mystères » de l’érotisme ésotérique, puisse conforter une démarche initiatique authentique débarrassée des facilités du langage mythomaniaque.
Nous aborderons, dans une deuxième partie, l’historique des croyances et des connaissances sur l’acte sexuel et sa sacralisation, et, dans une troisième partie, une tentative de conceptualisation contemporaine de l’érotisme ésotérique.