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L’Empereur (IV) : La Puissance de la Stabilité. Ou l’Art de s’asseoir sur le Monde

Bienvenue à vous, fidèles de ce voyage ou esprits curieux qui nous rejoignez pour la première fois. Avant d’ouvrir la porte de ce nouvel arcane, rappelons la règle de notre jeu. Ici, nous ne tirons pas les cartes pour prédire l’avenir. Nous laissons la divination de côté pour explorer le Tarot d’Oswald Wirth tel qu’il est présenté dans le livre Le Tarot miroir des symboles : comme un langage universel.

Voyez ces cartes non pas comme des oracles, mais comme les chapitres d’un livre dont vous êtes le héros. Le Tarot est une aide précieuse pour décrypter votre propre scénario de vie, une carte géographique pour votre quête spirituelle personnelle.

Pour le comprendre, il ne suffit pas de le regarder, il faut le vivre. Je vous invite donc à vous glisser dans la peau du personnage.

De l’Impératrice à l’Empereur

La semaine dernière, vous étiez L’Impératrice (III). Vous étiez le mouvement pur, l’explosion de vie, la créativité sans limites, la « source qui déborde ». Vous avez ressenti cette vitalité, cette nature luxuriante qui s’étend dans toutes les directions. C’était une phase d’expansion nécessaire et grisante.

Mais une énergie qui se diffuse sans jamais être canalisée risque de se perdre. Un jardin sans clôture ni allées redevient vite une terre en friche. Votre créativité a besoin d’un cadre. Votre élan a besoin d’une structure pour durer.

L’énergie change. Elle se densifie, se stabilise. Vous devenez… L’Empereur.

Fini, le trône au milieu de la nature. Vous voici assis sur un cube solide. Vos jambes se croisent. Votre regard se fixe. Vous n’êtes plus la mère qui enfante, vous êtes le père qui structure. Vous êtes la Loi, la Règle, le Cadre.

Si l’Impératrice était le désir ou le manque qui motive la quête, l’Empereur est la structure qui permet de la réaliser concrètement.

Le Trône de la Stabilité : La Pierre Angulaire

Regardez où vous êtes assis. Ce n’est pas un siège ordinaire. C’est un trône cubique doré. Dans le langage des symboles, le cube est la forme de la perfection matérielle, de la stabilité absolue. Vous êtes ancré. Rien ne peut vous ébranler.

Contrairement à l’Impératrice qui portait l’Aigle d’or (l’esprit) sur son blason, vous avez un Aigle noir qui orne votre trône. Il incarne la force active, la puissance de réalisation. Vous tenez le sceptre dans votre main droite (la volonté active) et le globe du monde dans votre main gauche. Vous ne rêvez pas le monde, vous le gouvernez.

Mais ne vous y trompez pas : L’Empereur n’est pas un tyran rigide. Observez ses jambes. Elles sont croisées en forme de X, ou croix de saint André. Ce n’est pas une posture de repos, c’est un signe de stabilité dynamique, une intersection symbolique où le spirituel rencontre le matériel.

La Construction du Réel : Pistes d’Analyse

Vous avez reçu la vie de l’Impératrice. En devenant L’Empereur, vous allez lui donner une forme durable. Le Tarot miroir des symboles nous éclaire sur cette architecture intérieure.

La Porte du Monde Matériel

La Lettre Daleth (ד) L’apport d’Oswald Wirth a été notamment de mettre en lumière le rapport entre alphabet hébraïque et lames du tarot. Vous étiez Ghimel (le mouvement). Vous devenez Daleth (ד), la Porte. Mais pas n’importe quelle porte : celle qui donne accès au monde matériel créé. L’Empereur est celui qui garde le seuil de la réalité concrète. Il permet aux idées de l’Impératrice de s’incarner, de passer du concept à la réalité tangible.

La Miséricorde du Père

Le lien Kabbalistique On imagine souvent l’Empereur comme la Rigueur pure. C’est une erreur d’interprétation fréquente. Sur l’Arbre de Vie, il correspond à Chesed (חסד), la Miséricorde ou la Compassion. C’est la quatrième Séphirah. L’Empereur est un père bienveillant, un architecte qui organise le monde non pour le contraindre, mais pour le protéger et le faire prospérer. Il est l’autorité légitime qui structure pour le bien de ce qu’il gouverne.

Le Chiffre 4 : La Base de Tout

Vous incarnez le Quatre. Les quatre points cardinaux, les quatre éléments (Feu, Air, Eau, Terre) qui composent la matière. Le 4, c’est la base, le carré, la fondation. Vous êtes le pragmatisme et la responsabilité. Vous êtes la preuve que pour s’élever, il faut d’abord avoir des fondations solides.

La Clôture du Premier Quarténaire : La Forme Achevée

Arrêtons-nous un instant sur une notion capitale développée dans Le Tarot miroir des symboles. Avec le chiffre IV, nous ne franchissons pas seulement une étape linéaire : nous bouclons un cycle complet, celui du Premier Quarténaire.

Voyez-le comme la genèse de toute chose :

  1. Le Bateleur était le sujet actif (l’étincelle).
  2. La Papesse était l’objet passif (la substance).
  3. L’Impératrice était l’action médiatrice (le verbe).
  4. L’Empereur est le Résultat.

Il est le point d’orgue de la constitution du monde. Le triangle de l’esprit (1, 2, 3) s’est incarné pour former le carré de la matière (4). L’Empereur met fin à la volatilité des débuts ; avec lui, « l’œuvre est faite ». Le décor de votre vie est désormais planté, solide et tangible. La phase de création (cosmogonie) est terminée ; c’est maintenant la phase d’évolution spirituelle (anthropogonie) qui va pouvoir commencer.

Le Miroir du Soleil (L’Arcane XIX)

Pour comprendre qui nous sommes, il faut accepter le reflet de notre miroir. C’est le message souterrain de la proposition d’Oswald Wirth, qui voit dans le tarot une échelle de Jacob, avec des arcanes montants et descendants reliés symboliquement par un même barreau d’échelle. Qui regarde l’Empereur dans le grand jeu des correspondances transversales ? C’est Le Soleil (XIX). L’Empereur est la stabilité terrestre ; le Soleil est l’épanouissement céleste. L’un construit l’ordre social et matériel, l’autre rayonne la joie spirituelle. L’Empereur prépare le monde pour que le Soleil puisse l’illuminer.

Aparté : Qui est Vladimir Propp et pourquoi parle-t-on de ses archétypes ?

Puisque nous évoquons régulièrement le rôle des arcanes dans la narration (Le Donateur, le Héros…), il est temps de présenter l’homme derrière cette grille de lecture.

Vladimir Propp (1895-1970) était un folkloriste russe qui a révolutionné l’étude des récits avec son ouvrage majeur, Morphologie du conte, publié en 1928. En analysant des centaines de contes populaires russes, il a découvert qu’ils partageaient tous une structure unique, une « ossature » invisible.

Il a démontré que, peu importe l’histoire, on retrouve toujours 7 types de personnages (ou sphères d’action) qui remplissent des fonctions précises : le Héros, l’Agresseur, le Donateur, l’Auxiliaire magique, la Princesse (ou l’objet de la quête), le Mandateur et le Faux Héros.

Dans notre lecture du Tarot, L’Empereur incarne l’archétype du Mandateur (ou du Père de la Princesse). C’est la figure d’autorité qui envoie le héros en mission ou qui valide sa quête. Il représente le défi de l’autorité extérieure que le héros doit convaincre ou intégrer pour avancer. Propp nous aide ainsi à comprendre que le Tarot n’est pas une suite d’images figées, mais un récit universel dont vous êtes le protagoniste. C’est la proposition inédite que je développe dans mon livre.

Conclusion : L’Ordre avant l’Esprit

En devenant L’Empereur, vous apprenez la leçon fondamentale de la structure. Vous comprenez que pour durer, l’énergie vitale doit être canalisée. Vous êtes passé de Créer à Structurer.

L’ouvrage Le Tarot miroir des symboles insiste sur le fait que l’Empereur a pour mission de tirer le monde visible hors du chaos.

Mais regardez bien… Cet ordre est magnifique, puissant, stable. Mais n’est-il pas un peu… terrestre ? Avoir le pouvoir sur la matière est essentiel, certes. Mais qu’en est-il du sens de tout cela ? Qu’en est-il de l’esprit qui doit habiter cette matière ? Une structure sans âme risque de devenir une coquille vide.

L’Empereur a construit le Temple, mais il manque celui qui va y faire descendre le Sacré. Il manque le guide spirituel qui donnera le « pourquoi » après le « comment ».

C’est la prochaine étape de notre jeu… Bientôt, nous quitterons le trône temporel pour rencontrer l’autorité spirituelle du Pape (V).

Mais n’allons pas trop vite…

« La puissance ne réside pas dans la force, mais dans la stabilité de la Loi », disait l’Empereur.

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Théorie de l’Évolution, regards croisés entre éthique et science

Les avancées en biologie et en génétique ne cessent de remodeler notre compréhension du monde vivant, il est plus pertinent que jamais d’explorer comment la théorie de l’évolution influence notre réflexion éthique. Charles Darwin, avec la publication de L’Origine des Espèces en 1859, n’a pas seulement révolutionné la biologie ; il a posé les bases d’un débat philosophique profond sur l’origine de la moralité humaine.

Sommes-nous des êtres moraux par une providence divine, ou notre sens du bien et du mal est-il le fruit d’un processus évolutif naturel qui s’est déroulé sur des millions d’années ?

Cette question touche à l’essence même de la philosophie morale : d’où proviennent nos normes éthiques, et comment les justifier dans un monde régi par la sélection naturelle ?

L’éthique évolutionniste, ou éthique darwinienne, désigne les approches qui intègrent les principes de l’évolution biologique dans la philosophie morale. Au sens large, elle examine comment les théories évolutionnistes expliquent l’émergence des comportements moraux, et au sens normatif, elle tente de dériver des principes éthiques de ces processus naturels. Ce domaine n’est pas exempt de controverses : il oscille entre une fascination pour les mécanismes adaptatifs et des craintes d’un relativisme moral absolu.

Les Fondements de l’Éthique Évolutionniste

L’éthique évolutionniste émerge au XIXe siècle, fortement influencée par les idées de Charles Darwin, mais ses racines remontent à des penseurs antérieurs comme Herbert Spencer.

Spencer est un un philosophe et sociologue britannique (1820-1903), souvent considéré comme le père de l’évolutionnisme social. Dans ses œuvres comme Principles of Biology et The Data of Ethics, il développe une théorie où l’évolution n’est pas seulement biologique, mais s’étend à la société humaine. Il popularise l’expression «survie du plus apte» , qu’il applique à la fois aux organismes et aux structures sociales. Pour Spencer, l’évolution est un processus progressif et inévitable menant d’un état simple et homogène à un état complexe et hétérogène.

En éthique, il démontre que les normes morales émergent naturellement de ce processus : les sociétés évoluent vers plus de coopération et d’altruisme parce que ces traits favorisent la survie collective. Son évolutionnisme social justifie un laissez-faire économique, où la compétition élimine les « inaptes », menant à un progrès moral global. Cependant, cette théorie a été critiquée pour son déterminisme et son potentiel à justifier les inégalités sociales.

Charles Darwin (1809-1882), le pilier central de cette éthique, va plus loin en ancrant la moralité dans la biologie. Dans L’Origine des Espèces par le Moyen de la Sélection Naturelle (1859), Darwin expose sa théorie de la sélection naturelle : les organismes varient aléatoirement, et ceux dont les variations confèrent un avantage reproductif survivent et transmettent ces traits. Ce mécanisme, sans direction ni but, explique la diversité des espèces. Mais c’est dans La Descendance de l’Homme et la Sélection Sexuelle (1871) que Darwin applique cela à l’éthique. Il postule que les sentiments moraux humains découlent d’instincts sociaux hérités des animaux.

Pour lui, la moralité évolue en quatre étapes : d’abord, des instincts sociaux basiques chez les animaux (comme la protection de la progéniture, la cohésion des troupeaux ou l’entraide chez les primates) ; ensuite, le développement de l’intellect humain permettant la réflexion sur les conséquences des actions et ressentir du remords quand nous violons les normes sociales, permettant de réfléchir aux impulsions et de choisir des actions à long terme. ; troisièmement, l’influence du langage et des habitudes sociales qui propagent les normes morales via l’éducation et la culture. ; enfin, l’extension de la sympathie au-delà du groupe immédiat vers l’humanité entière, d’abord limitée à la famille et à la tribu, puis à l’humanité entière, et même aux animaux non humains.

Cette vision est humaniste car Darwin croit en un progrès moral : l’évolution nous a dotés d’une capacité à élargir notre cercle de sympathie. Influencé par l’utilitarisme de Jeremy Bentham et John Stuart Mill, il argue que le critère ultime de la moralité est le plus grand bonheur pour le plus grand nombre. Contrairement aux darwinistes sociaux comme Spencer, qui voyaient la compétition comme un bien moral intrinsèque, Darwin met l’accent sur la coopération et la compassion. Il défend l’idée que la raison humaine peut surpasser les instincts primitifs, menant à une éthique plus inclusive et bienveillante. Par exemple, il condamne l’esclavage et plaide pour les droits des animaux, voyant dans l’évolution une base pour une moralité universelle.

Philosophiquement, cela implique que la conscience morale est un produit évolué : le remords découle de conflits internes entre instincts sociaux et impulsions égoïstes, renforcés par l’approbation sociale. Darwin humanise ainsi l’éthique : nous ne sommes pas des pécheurs originels ou des créations divines parfaites, mais des animaux élevés par l’évolution à un niveau de moralité réflexive. Cette théorie influence des penseurs modernes comme Peter Singer, qui étend la sympathie darwinienne aux animaux sentients [doués de conscience] (La libération animale, 1975).

Au XXe siècle, cette idée est approfondie par des biologistes comme William D. Hamilton (1936-2000), qui développe la théorie de la sélection de parentèle dans ses articles de 1964. Hamilton explique l’altruisme apparent – comme un animal sacrifiant sa vie pour ses proches – par une formule mathématique : rB > C, où r est le degré de parenté génétique, B le bénéfice pour le receveur, et C le coût pour l’acteur. Ainsi, aider un parent (qui partage des gènes) maximise la transmission génétique inclusive. Cette théorie précise comment l’évolution favorise des comportements « moraux » comme l’entraide familiale, sans recours à une finalité morale transcendante.

Robert Trivers (né en 1943), un autre pionnier, introduit l’altruisme réciproque . Selon Trivers, les individus coopèrent avec des non-parents si cela est mutuellement bénéfique à long terme, comme dans le modèle du « dilemme du prisonnier » itératif. Des mécanismes comme la reconnaissance des tricheurs et la punition évoluent pour stabiliser cette coopération. Cela explique des normes morales humaines comme la loyauté et la réciprocité, vues comme adaptations évolutives.

Edward O. Wilson (1929-2021), fondateur de la sociobiologie avec son ouvrage Sociobiology : The New Synthesis (1975), étend ces idées à l’ensemble des comportements sociaux. Wilson expose que la moralité humaine est un produit de gènes et d’environnement, rendant l’éthique une branche de la biologie empirique. Il propose que les normes morales, comme l’inceste tabou ou l’altruisme, sont des adaptations génétiques façonnées par la sélection multilevel (individus et groupes). Dans On Human Nature (1978), il défend une éthique unifiant sciences et humanités pour une moralité basée sur la connaissance évolutionniste.

Philosophiquement, l’éthique évolutionniste se divise en deux branches : descriptive et normative.

L’approche descriptive explique comment les normes morales ont émergé via l’évolution, s’appuyant sur l’éthologie et la psychologie évolutionniste. Par exemple, nos intuitions morales – empathie, dégoût, sens de l’équité – sont des modules cognitifs façonnés par la sélection.
L’approche normative, plus controversée, tente de dériver des obligations éthiques des faits évolutifs. Pour Darwin et Spencer, ce qui est « bon » est ce qui a été sélectionné pour promouvoir la survie. Cependant, cela pose des problèmes : si la moralité est adaptative, est-elle relative aux contextes évolutifs ? Par exemple, l’agression ou la xénophobie pourraient être «naturelles», mais cela justifie-t-il leur éthique ?

Malgré son attrait explicatif, l’éthique évolutionniste suscite des critiques philosophiques profondes. La plus influente est la « naturalistic fallacy » formulée par George Edward Moore (1873-1958) dans Principia Ethica (1903). Moore pense que l’on commet une erreur logique en dérivant des jugements normatifs (ce qui devrait être) de faits descriptifs (ce qui est). Pour lui, le « bien » est une propriété simple et indéfinissable, non réductible à des faits naturels comme la survie ou le plaisir. Si l’évolution décrit comment la moralité a émergé, elle ne peut prescrire ce qui est moralement bon ; cela confondrait explication et justification.

Cette critique s’inspire de David Hume (1711-1776), qui dans Traité de la Nature Humaine pose le problème du fait au devoir. Hume observe que les énoncés descriptifs ne peuvent logiquement mener à des énoncés prescriptifs sans un pont axiomatique. Pour Hume, la moralité repose sur les sentiments humains (sympathie, approbation), non sur la raison seule. L’éthique évolutionniste, en naturalisant ces sentiments, risque de circularité : si la moralité est adaptative, pourquoi devrions-nous la suivre si elle n’est pas intrinsèquement bonne ?

Une autre critique est le relativisme moral : si la moralité évolue en fonction des environnements, elle est contingente et non absolue. Cela pourrait mener à un nihilisme où les normes sont arbitraires. Par exemple, Francis Galton (1822-1911), cousin de Darwin, développe l’eugénisme dans Inquiries into Human Faculty and Its Development (1883), expliquant que l’évolution justifie l’amélioration génétique humaine par sélection artificielle. Cette théorie, abusée au XXe siècle (stérilisations forcées, nazisme), illustre comment l’éthique évolutionniste peut justifier des pratiques immorales en les qualifiant de « naturelles ».

Alvin Plantinga (né en 1932), philosophe théiste, critique dans Warrant and Proper Function via l’argument évolutionniste contre le naturalisme. Il argue que si nos facultés cognitives sont évoluées pour la survie, non pour la vérité, nos croyances – y compris en l’évolution – sont peu fiables. Cela sape les jugements moraux évolutionnistes, qui pourraient être des illusions adaptatives plutôt que des vérités objectives.

Thomas Nagel (né en 1937), dans Mind and Cosmos (2012), critique le matérialisme réducteur de l’éthique évolutionniste, arguant qu’il ignore la conscience subjective et la valeur intrinsèque. Pour Nagel, l’évolution explique les comportements, mais pas pourquoi nous devrions valoriser la moralité au-delà de l’utilité.

Enfin, des critiques sociopolitiques émergent avec Stephen Jay Gould (1941-2002), qui dans The Mismeasure of Man (1981) dénonce l’adaptationnisme excessif, voyant dans l’éthique évolutionniste un risque de justifier inégalités raciales ou de genre comme « naturelles ».

Aujourd’hui, l’éthique évolutionniste influence profondément des domaines comme la bioéthique et l’écologie: améliorer génétiquement l’humanité pour éliminer des maladies est-il moral, ou viole-t-il la dignité humaine en jouant à Dieu ? L’évolution suggère que la variabilité génétique est clé pour l’adaptation, rendant l’eugénisme risqué pour la résilience des populations.

En éthique environnementale, l’évolution souligne notre interdépendance : E.O. Wilson, dans Biophilia (1984), théorise que notre amour inné pour la nature (biophilie) est une adaptation évolutive, favorisant une éthique de préservation. Face au changement climatique, cette perspective soutient une moralité globale : notre survie dépend de l’altruisme étendu à l’échelle planétaire.

En psychologie évolutionniste, Jonathan Haidt (né en 1963), dans The Righteous Mind (2012), explique les biais moraux comme le tribalisme ou le conservatisme comme héritages évolutifs, aidant à les surmonter pour une éthique plus rationnelle. Peter Singer (né en 1946), influencé par Darwin, étend la sympathie aux animaux dans Practical Ethics (1979), arguant que la souffrance transcende les espèces, basant son utilitarisme sur des faits évolutifs.

Pourtant, des risques persistent : un relativisme culturel où des pratiques comme l’infibulation sont justifiées comme adaptatives, ou une justification de comportements « naturels » immoraux comme la violence.

L’évolution et l’éthique forment un dialogue riche et nuancé : l’évolution explique les origines de nos intuitions morales, mais ne dicte pas nos choix éthiques ultimes.

Les théories de Darwin, Spencer, Hamilton, Trivers, Wilson et d’autres nous invitent à une humilité cosmique : nous sommes les produits d’un processus aveugle et contingent, mais dotés d’une raison capable de transcender nos instincts pour construire une moralité plus inclusive. Comme Darwin l’espérait, un progrès moral est possible, en élargissant notre cercle de sympathie pour un monde plus juste et durable. Cette perspective nous appelle à intégrer la science dans l’éthique, sans la réduire à elle seule, pour affronter les défis du XXIe siècle avec sagesse.

La semaine prochaine nous aborderons
La Science Quantique et l’Évolution Biologique

Le dossier « Orwell, l’Intemporel » dans la Revue des Deux Mondes

George Orwell, de son vrai nom Eric Arthur Blair (1903-1950), est un écrivain britannique visionnaire, célèbre pour ses œuvres dystopiques comme 1984 et La Ferme des animaux, qui dénoncent les dérives totalitaires, la manipulation du langage et la surveillance étatique. Journaliste engagé, socialiste critique et observateur lucide des injustices sociales, Orwell reste une référence intemporelle pour décrypter les menaces contemporaines à la liberté. Ce dossier de la Revue des Deux Mondes, intitulé « Orwell, l’Intemporel », explore précisément cette actualité persistante de son œuvre, à travers des analyses variées qui relient ses idées aux défis d’aujourd’hui, de l’intelligence artificielle aux manipulations idéologiques.

La Revue des Deux Mondes consacre son numéro de décembre 2025 – janvier 2026 à un dossier exhaustif intitulé « Orwell, l’Intemporel », explorant l’œuvre et l’héritage de George Orwell.

Ce dossier, qui s’étend sur plusieurs contributions, met en lumière la pertinence persistante de l’auteur britannique face aux défis contemporains tels que les totalitarismes, la surveillance, la manipulation linguistique et les avancées technologiques. L’éditorial d’Aurélie Julia introduit le thème en reliant Orwell à des phénomènes actuels comme l’intelligence artificielle et la dépendance numérique, soulignant comment ses prédictions sur la servitude volontaire et la corruption du langage résonnent aujourd’hui.

Aperçu biographique et littéraire

Isabelle Jarry, dans « La sentinelle », retrace le parcours d’Orwell, de son service dans la police impériale en Birmanie à ses expériences de pauvreté à Paris et Londres, décrites dans Dans la dèche à Paris et à Londres (1933). Elle met l’accent sur son évolution vers un engagement social, illustré par Le Quai de Wigan (1937) et Hommage à la Catalogne (1938), où il dénonce les injustices et les dérives totalitaires. Jarry souligne la prolifération de son œuvre, incluant romans, essais et chroniques, et son aspiration à une écriture véridique, culminant dans 1984 (1949), écrit dans des conditions de santé précaires.

Christian Authier, dans « Le Quai de Wigan : Orwell parmi nous », analyse ce récit-enquête sur la misère ouvrière en Angleterre des années 1930, divisé en deux parties : une immersion descriptive et une réflexion sur le socialisme. Christian Authier note les parallèles avec l’époque actuelle, comme les inégalités persistantes, la déconnexion des élites de gauche et l’impact des machines sur le travail, préfigurant l’automatisation et l’intelligence artificielle.

Sébastien Lapaque, dans « Écrire à bout portant », examine le journalisme d’Orwell, influencé par H.G. Wells, et son combat contre les illusions du progrès. Sébastien Lapaque décrit Orwell comme un observateur lucide des erreurs de la gauche, critiquant le pacifisme face au nazisme et l’aveuglement face au stalinisme, tout en valorisant sa quête de vérité et sa défense d’un langage clair.

Thèmes contemporains et dystopiques

Laurent Alexandre, dans « L’IA fusionne Orwell et Huxley », fusionne les visions d’Orwell et d’Aldous Huxley pour analyser l’impact des technologies NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives). Il évoque les implants cérébraux comme Neuralink et la sélection embryonnaire, transformant la surveillance orwellienne en une symbiose avec le plaisir huxleyen, où l’humanité risque une abdication volontaire face à une « noosphère » algorithmique.

Marin de Viry, dans « Béatitudes de l’esprit public », propose une lecture spirituelle des dystopies, opposant l’esprit public – béni ou maudit – aux totalitarismes. Il critique les utopies comme des illusions machiavéliennes, où le pouvoir manipule les désirs collectifs, et appelle à une vigilance face aux excès de la modernité.

Robert Kopp, dans « Utopies dystopiques de Platon à Houellebecq », trace l’histoire des utopies depuis Platon jusqu’à Houellebecq, en passant par More, Campanella et Fourier. Il distingue utopies positives et dystopies critiques, positionnant Orwell comme un anti-utopiste réaliste, influencé par Zamiatine et Huxley, qui met en garde contre les sociétés planifiées ignorant la nature humaine imparfaite.

Delphine Jouenne, dans « Le retour des Césars », compare les totalitarismes modernes aux empereurs romains (Caligula, Néron, Domitien), en écho à Orwell. Elle analyse comment le langage anesthésie le réel, la guerre maintient l’équilibre, le grotesque immunise du ridicule et la mémoire verrouille le pouvoir, illustrant une vérité intemporelle sur la domination.

Tombe de George Orwell

Vincent Hein, dans « Pékin vous regarde » témoigne de la surveillance omniprésente en Chine, comparée au Big Brother orwellien. Il décrit un système d’yeux électroniques et d’IA qui intègre la vie quotidienne, transformant la société en un réseau réactif où la conformité est imposée subtilement.

Sami Biasoni, dans « La bataille des mots », explore la manipulation linguistique chez Orwell, particulièrement dans le « novlangue » de 1984. Il relie cela aux débats actuels sur l’inclusivité et les euphémismes, arguant que le langage structure la pensée et que sa simplification appauvrit la réalité, favorisant les idéologies totalitaires.

Florilège et résonances

Claudine Wéry clôt le dossier avec un « Florilège » de citations d’Orwell, soulignant leur actualité sur les inégalités, le totalitarisme, la manipulation et la quête de vérité. Ces extraits renforcent l’idée que l’auteur reste un critique acerbe de la société moderne.

Ce dossier collectif illustre comment l’œuvre d’Orwell transcende son époque, offrant des outils analytiques pour décrypter les menaces contemporaines à la liberté individuelle et collective. Il invite à une réflexion sur la vigilance nécessaire face aux évolutions sociétales, sans proposer de solutions idéologiques mais en insistant sur l’importance de la vérité et du langage.

La Revue des Deux Mondes – Orwell, l’Intemporel  

CollectifRevue des Deux Mondes, novembre 2025, 160 p., 20 €

Revue des Deux Mondes , le site

10/12/25 – GLDF : conférence publique avec Régis Campo à Paris

La Loge « Union & Bienfaisance » n°187, à l’Orient de Paris, organise le mercredi 10 décembre 2025 une conférence publique intitulée « La lumière dans la création musicale ». L’intervenant sera Régis Campo, compositeur de musique et membre de l’Académie des Beaux-Arts.

Au cours de cette rencontre, il présentera sa réflexion sur la place de la lumière dans le travail du créateur : lumière matérielle de la scène et de la salle, lumière symbolique associée aux œuvres et aux parcours artistiques, lumière intérieure enfin, qui nourrit l’inspiration et la mise en forme musicale. L’intervention prendra la forme d’une conférence illustrée, suivie d’un échange avec le public.

Blason GLDF
Blason GLDF

Informations pratiques

Date et horaire : mercredi 10 décembre 2025, de 19 h 30 à 21 h 30 / Lieu : Hôtel de la Grande Loge de France, grand temple « Franklin Roosevelt » / 8, rue Louis Puteaux, 75017 Paris (métro Rome) / Organisation : RL n°187 « Union & Bienfaisance » à l’Orient de Paris Inscription : participation gratuite, inscription obligatoire via la billetterie en ligne

05/12/25 – 14ᵉ Prix National de la Laïcité : des Mariannes pour celles et ceux qui font vivre la République

Le 5 décembre 2025, le Temple Arthur Groussier, au siège du Grand Orient de France, 16 rue Cadet à Paris, accueillera de 18 h 30 à 20 h 30 la cérémonie du 14ᵉ Prix National de la Laïcité, organisée conjointement par le Grand Chapitre Général du Rite Français et le Grand Orient de France. L’accueil du public débutera dès 18 h 00, sur inscription préalable via le site du GODF.

Dans ce haut lieu de la sociabilité républicaine, de la réflexion citoyenne et de l’engagement maçonnique, la soirée se déroulera en présence de Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France, sous la présidence de Philippe Guglielmi, Grand Vénérable du Grand Chapitre Général. L’invité d’honneur sera Richard Ferrand, Président du Conseil constitutionnel, rappelant par sa seule présence que la laïcité ne relève pas seulement de la mémoire de 1905 mais bien du bloc de constitutionnalité, au cœur de l’État de droit contemporain.

Blason GODF

Face à lui, le jury chargé de distinguer les lauréats sera présidé par le journaliste Renaud Dély. Observateur averti de la vie politique française, familier des dérives extrémistes et des manipulations identitaires, il apportera à cette présidence une exigence intellectuelle et une vigilance démocratique qui disent beaucoup de l’esprit du Prix : distinguer celles et ceux qui font réellement vivre la laïcité, loin des instrumentalisations et des faux-semblants.

Philippe Guglielmi

Les Prix de la Laïcité remis ce soir-là par le Grand Chapitre Général et le Grand Orient de France se déclinent en plusieurs catégories : un Prix National de la Laïcité, un Prix International de la Laïcité, ainsi que, selon les années, un ou plusieurs Prix spéciaux – notamment consacrés aux Droits de l’Homme et de la femme. Pour chacune de ces catégories, il peut y avoir plusieurs récipiendaires, individuels ou collectifs, afin de rendre justice à la diversité des engagements : élus, associations, collectifs de terrain, institutions, initiatives citoyennes, œuvres intellectuelles ou culturelles.

Pierre Bertinotti

Tous ces lauréats ont un point commun : ils repartiront avec une Marianne

Mais pas n’importe quel trophée. Ces Mariannes s’inscrivent dans la lignée de la célèbre Marianne dite « maçonnique », créée au XIXᵉ siècle par le sculpteur et franc-maçon Paul Lecreux, plus connu sous le nom d’artiste Jacques France.

Marianne-GODF

Commandée à l’origine par une loge, bientôt adoptée par le Grand Orient de France avant de gagner les façades de nombreuses mairies, cette figure de la République se reconnaît à son bonnet phrygien, à sa couronne civique de chêne et d’olivier – justice, force, paix – et à son cordon parfois orné de symboles maçonniques, parfois gravé des grandes dates républicaines 1789, 1848, 1870.

Elle incarne à la fois la République et l’idéal maçonnique de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité. Chez Jacques France / Paul Lecreux, Marianne n’est pas une allégorie mais une présence vigilante : elle veille sur les travaux des loges comme sur les délibérations des assemblées municipales. Dire que les Mariannes sont les trophées remis aux heureux et méritants lauréats, c’est donc affirmer qu’on leur confie un fragment de cette histoire symbolique. En recevant leur Marianne, les récipiendaires entrent dans une lignée qui relie le combat républicain, la défense des droits humains et la tradition maçonnique engagée pour la liberté de conscience.

Renaud Dély (Crédit : Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons)

L’architecture même du Prix – Prix National, Prix International, Prix spéciaux – dessine une véritable cartographie de la laïcité vécue. Le niveau national permet de distinguer les politiques publiques, les actions éducatives, les initiatives associatives qui, en France, défendent l’espace commun laïque et l’égalité des citoyennes et citoyens. Le niveau international rappelle que la laïcité, loin d’être une singularité hexagonale, est aussi un horizon universel de liberté de conscience, que d’autres sociétés cherchent, expérimentent ou revendiquent sous des formes diverses. Quant aux éventuels Prix spéciaux, en particulier ceux dédiés aux Droits de l’Homme et de la femme, ils soulignent que la laïcité ne va jamais sans la dignité des personnes, sans l’égalité réelle entre les sexes, sans la protection des plus vulnérables.

Monsieur Richard Ferrand, Président du Conseil constitutionnel

La présence de Richard Ferrand, Président du Conseil constitutionnel, donnera à la cérémonie une tonalité institutionnelle forte : la laïcité n’est pas qu’un mot de nos frontons, c’est une norme juridique qui irrigue la jurisprudence, garantit l’égalité devant la loi, protège la liberté de croire ou de ne pas croire, encadre la neutralité de la puissance publique. Sous le regard du « gardien de la Constitution », la remise des Mariannes prendra la valeur d’un signe : celui d’une République qui assume ses principes et les honore concrètement.

À ses côtés, le jury présidé par Renaud Dély viendra rappeler qu’une démocratie vivante a besoin de contre-pouvoirs critiques et de voix capables de démasquer les discours de haine qui se déguisent parfois en défense de la laïcité. Confier cette responsabilité à un journaliste aguerri, habitué à analyser les extrémismes, les populismes et les détournements des valeurs républicaines, c’est affirmer que ce Prix se situe clairement du côté d’une laïcité émancipatrice, inclusive, qui protège plutôt qu’elle n’exclut.

Le choix du Temple Arthur Groussier n’est pas anodin

Ce lieu est l’un des grands théâtres symboliques où se sont pensés, depuis des décennies, le rôle de l’École publique, la justice sociale, la place des femmes, les combats contre tous les fanatismes. Que le 14ᵉ Prix National de la Laïcité y soit remis, en cette année du 120ᵉ anniversaire de la loi de 1905, souligne la continuité d’un engagement : faire de la laïcité non pas un slogan, mais un principe vivant, au service d’une République à la fois ferme sur ses valeurs et ouverte à la pluralité des convictions.

Loi de 1905

Ouverte au public, sur inscription obligatoire, la soirée du 5 décembre 2025 se veut enfin un moment de partage : maçons et non-maçons, militants associatifs, enseignants, étudiants, élus, simples citoyennes et citoyens attachés à la laïcité pourront y retrouver ce qui fait le cœur de ce principe : la liberté de conscience pour chacune et chacun, la protection de l’espace commun contre les emprises, la promesse d’une fraternité possible au-delà de nos différences.

Entre mémoire et avenir, entre Temple maçonnique et République laïque, entre Mariannes de Jacques France et réalités contemporaines, ce 14ᵉ Prix National de la Laïcité viendra rappeler, ce soir-là, que la laïcité n’est ni un vestige ni un totem : elle est un combat pacifique, quotidien, qui continue de se vivre, de s’enseigner et de se célébrer.

GODF - Grand Temple Arthur Groussier, fresque
GODF – Grand Temple Arthur Groussier, fresque

La parole du Véné du lundi : « Notre Amour Fraternel doit tous les rendre jaloux »

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Mes Bien-Aimés Frères en tout et pour tout,

Ce soir, comme d’habitude, le flyer nous promettra « une Loge havre de paix, temple de lumière, fraternité éternelle, amour universel, bisous et câlins ». On y croirait presque… si on n’avait pas déjà mis les pieds dedans. Parce que soyons sérieux deux minutes : la Franc-maçonnerie est le seul endroit au monde où l’on arrive en quête d’harmonie cosmique et où l’on ressort avec une envie furieuse de rétablir la peine de mort pour port de tablier mal repassé.

Ici, l’Apprenti se fait plumer de 3 000 € par le Frère Trésorier « pour un placement sûr en or et pierre » (spoiler : l’or était en plaqué et la pierre était tombale).
Le Compagnon reste quatre ans la bavette baissée parce qu’il a osé dire que le rituel d’ouverture ressemblait à une chorégraphie de colonie de vacances.
Et les Maîtres ? Ah, les Maîtres… Ils passent leurs tenues à se battre comme des hyènes autour d’un maillet, histoire de savoir qui aura le privilège de diriger la troupe de clowns pendant les douze prochains mois.

Et que dire des étages supérieurs, dans l’Obédience ? Là-haut, c’est plus subtil : on ne se tape pas dessus avec les épées flamboyantes, on se fait juste blackbouler à vie, exclure pour « atteinte à l’harmonie », ou on découvre que le Très Respectable qui prêche la tolérance depuis trente ans a monté une kabbale pour virer le Frère X parce que… sa femme est plus jolie que la sienne.

Franchement, pourquoi venir en Loge si c’est pour retrouver les mêmes aigris, les mêmes escrocs, les mêmes egos surdimensionnés qu’au bureau ou au club de pétanque ?

Au moins, au bureau, on est payé pour supporter les idiots.

Alors oui, la Franc-maçonnerie n’attire plus grand monde. Normal. Netflix propose exactement le même niveau de drame, de trahisons et de coups bas, mais en 8 épisodes et sans cotisation annuelle. Et surtout, quand tu éteins la télé, c’est fini.

En Loge, ça peut te pourrir la vie pendant dix ans. Et quand tu te fais lâcher par ton « Frère » de 25 ans pour une histoire de place au banquet, tu te surprends à murmurer : « Finalement, les trois mauvais compagnons, ils avaient peut-être raison… »

Allez, mes Frères, sourions : nous sommes le seul ordre initiatique où l’on pratique encore le meurtre d’Hiram… mais en version slow motion et en différé.

À lundi prochain. Apportez du paracétamol et un gilet pare-balles. Le Vénérable, un peu fatigué de vous aimer tous.

Un avenir désirable

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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

« C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas »

…déplorait déjà Victor Hugo, dans ses Carnets[1], il y a plus de cent cinquante ans, en lointain devancier d’un certain Jacques Chirac, qui s’exclamait, au sommet de la Terre de Johannesbourg, le 2 septembre 2002, soit peu après sa réélection comme Président de la République française : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs, » formule demeurée célèbre[2] mais alerte peu suivie d’effet par celui-là même dont on pouvait espérer qu’en la proférant, il en avait pris conscience.

À mon humble niveau, je m’étais vu confier, en décembre 2021, par le Grand Maître en exercice[3] de l’Obédience à laquelle j’appartiens, une conférence de Tenue de Grande Loge, sur le thème : « Franc-maçonnerie et Environnement ». On avait pris soin de ne pas l’intituler : « Franc-maçonnerie et Écologie », pour éviter de heurter de front, point seulement les sensibilités, mais les susceptibilités politiques, en cultivant l’espoir que les Frères fussent réceptifs à une approche intégrative, encouragée par la correspondance symbolique du microcosme et du macrocosme ou l’évocation combinée de la voûte étoilée et du pavé mosaïque, pour s’en tenir à ces deux exemples ; mais l’imbrication des écosystèmes, qui fait naturellement sentir la communauté de destin du vivant sur la planète, n’a guère insolemment saisi les consciences et, pour tout dire, a semblé tout au plus susciter une indifférence polie, comme s’il se fût agi d’un énième exercice rhétorique, sans doute louable mais dénué de toute portée.

Jean Dumonteil

Et, cette absence d’intérêt véritable, j’ai récemment eu le regret d’en mesurer l’ampleur au public plutôt clairsemé qui assistait, le samedi 22 novembre 2025, dans une grande salle parisienne, à un colloque consacré à « l’écospiritualité », notion qui eût mérité davantage de curiosité de la part d’esprits éveillés, surtout qu’était tout à fait remarquable le plateau des conférenciers, réuni à l’initiative de notre Frère Jean Dumonteil[4], sous l’égide de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (l’Alliance). La journée n’en fut pas moins passionnante, ouvrant de multiples pistes de réflexion qu’il appartenait ensuite à chacun de poursuivre avec cœur et résolution.

Ce qui est évidemment fâcheux à notre échelon, c’est que la franc-maçonnerie, comme instrument d’accompagnement des êtres dans l’élévation de leur conscience concomitamment à la recherche subtile et à la paisible jouissance de leur harmonie, ne saurait, sans concourir au risque funeste de disparition du jeu multiple des poids et des contrepoids dans l’organisation du vivant, faire l’impasse sur un engagement plus profond – collectif, personnel et quotidien – non seulement contre les lourdes et incessantes prédations de notre espèce envers son milieu, où qu’il se trouve, mais en faveur de l’émergence d’un mode de vie sobre, respectueux des régulations naturelles et des équilibres tendanciels qui se sont perpétués, pendant des millénaires, à leur rythme et à leur dimension, tout en se transformant – quoiqu’au cours des deux derniers siècles, ils aient eu à manifester une capacité de résilience extraordinaire, malheureusement aujourd’hui compromise par des ruptures en chaîne.

Nous autres, francs-maçons, devrions être aux avant-postes, dans la reconnaissance de l’interdépendance des phénomènes, dans la perception de cette solidarité universelle, dans l’apprentissage de cette langue des choses qui permet à la raison sensible de passer progressivement de « ce que je veux » à « ce dont la terre a besoin », bref, dans la revendication de cette nécessité, devenue aujourd’hui une urgence, de réconcilier les humains et la nature.

Ne comprenons-nous pas qu’à vivre « hors-sol, comme des tomates hollandaises », nous perdons tout sens des priorités et qu’à force de nous refuser à comprendre que nos déséquilibres intérieurs provoquant la démesure de nos consommations – et réciproquement dans un cycle infernal – ont fini par infester la terre entière, engendrant des déséquilibres écologiques bientôt irréversibles[5] ?

Petit arbre qui pousse entre les mains
Petit arbre qui pousse entre les mains

En retrouvant le sens de la sacralité du monde, il nous reste à découvrir que nous sommes capables et de nous confronter à la conscience de la mort et de nous recentrer sur des finalités à la fois sobres et joyeuses, en recherchant de nouveaux accomplissements dans nos vies et en nous construisant ainsi, ensemble, un avenir désirable.


[1] Victor Hugo, Choses vues (Carnets – Albums – Journaux), 1870, in : Œuvres complètes, volume 35, tome I, Éditions Rencontre, 1968.

[2] Pour accéder à la notice Wikipedia qui se rapporte à ladite formule, cliquer ici. On peut aussi se reporter à un entretien avec le Professeur Jean-Paul Deléage, son auteur originaire, qui précise les circonstances dans lesquelles il l’a introduite dans le discours du chef de l’État, en cliquant ici.

[3] Pierre-Marie Adam, alors Grand Maître de la Grande Loge de France, que je remercie encore de sa confiance.

[4] Jean Dumonteil est l’auteur de Sentiment océanique – Lettres à un frère (Éditions Numérilivre, 2023, 186 pages, 18 €) et co-titulaire, avec Annick Drogou, de la rubrique « Mot dico », dans ce Journal, avec comme mot du mois en novembre 2025 : « Horizon ».

[5] Je passe ici sous silence le désastre de ces déséquilibres intérieurs dans la seule histoire de l’humanité, quoique tout, évidemment, ait partie liée.

La grenade, gardienne des mystères maçonniques

De notre confrère expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

La grenade se distingue dans le firmament symbolique de la franc-maçonnerie comme un archétype vibrant : elle représente la tension entre l’unité et la multiplicité, entre la certitude de l’Ordre et l’incertitude de la recherche, entre le silence et la parole qui illumine.

La forme sphérique évoque la perfection pythagoricienne, la coque dure symbolise la Tradition, les nombreux et distincts grains rouges témoignent de l’irréductible richesse des subjectivités maçonniques, unies dans la Loge sans jamais être annulées.

Dans le langage hermétique, la relation entre le fruit et l’Institution devient paradigmatique : la Loge est la grenade, un microcosme dans lequel chaque graine est un Frère ou une Sœur, unique et essentiel à la prospérité de l’ensemble ; l’Obéissance est la coquille qui accueille, protège et maintient l’unité, afin qu’elle ne sombre pas dans l’indifférence.

Le sentiment d’appartenance est la pierre angulaire du chemin initiatique :

Unus pro omnibus, omnes pro uno

Grenades

une attitude intérieure qui n’entrave pas la liberté, mais la raffine jusqu’à l’engagement partagé.

Chaque grain nourrit : une Loge s’épanouit lorsque chacun se sent partie prenante de l’Œuvre, responsable de son propre chemin de lumière. L’obéissance, douce et ferme, n’est pas une soumission aveugle : c’est une écoute attentive, une discipline consciente, le choix d’adhérer aux règles qui nous précèdent afin que, ensemble, nous puissions chercher la Vérité.

C’est une obéissance raisonnée , l’antithèse de l’obéissance passive, car la liberté du franc-maçon brille précisément dans le consentement lucide et partagé aux lois de l’Atelier.

Rien n’exprime mieux la dynamique évolutive de la Loge que le fruit ouvert : diversité et similitude coexistent dans les noyaux brillants, et le tout est plus grand que la somme de ses parties. La Tradition nous met en garde : la perte d’un noyau perturbe l’intégrité. Pourtant, la plante perdure, se renouvelle et porte de nouveaux fruits ; il en va de même pour la Loge, qui régénère sa sève même après le départ d’un Frère ou d’une Sœur.

Omnia mutantur, nihil interit

Il ne s’agit pas de destruction, mais de transformation.

L’héritage de la fraternité demeure, tout comme les valeurs qui font de l’Atelier un lieu de travail et d’espoir.

Et, pour rappeler la noblesse de la dissidence, on pourrait dire avec Voltaire, par la bouche d’Evelyn Beatrice Hall :

Je ne suis pas d’accord avec toi, mais tu vas te battre contre moi pour pouvoir me le dire .

Grenades

La Loge préserve son intégrité et, en même temps, s’enrichit de la friction fructueuse entre les idées sincères.

L’écorce, parfois amère, toujours ferme, se défend contre l’agression du monde profane sans isoler : elle ouvre des portes, filtre, éduque. L’initiation enseigne que l’amour a de multiples voix : agapè, éros, philia , respect, passion, amitié ; comme trois courants qui convergent au cœur du fruit et font de la communauté initiatique une communion exigeante et féconde.

La femme franc-maçonne est la voix et la graine de la grenade, incarnant son alchimie : force créatrice et modération, humilité et fermeté, acceptation et rigueur. Dans la grenade, elle perçoit son œuvre quotidienne : préserver la pluralité des graines sans perdre le centre ; défendre la différence, la protégeant de la dispersion comme de la standardisation.

Elle apporte à la Loge un savoir guérisseur qui, loin d’édulcorer la loi, la rend vivable ; une intelligence relationnelle qui n’a pas peur du conflit, car elle croit au travail progressif de l’harmonie. Lorsqu’elle s’incline devant la diversité des points de vue, elle ne recule pas : elle reconnaît que l’unité est un accomplissement, un exercice d’écoute, une pratique de la responsabilité.

Grenades

Sa voix, flamme tenace, nous rappelle que la Tradition n’est pas un sanctuaire, mais une sève qui coule : la coquille protège, certes, mais elle s’ouvre au moment opportun pour nourrir le monde. Dans ce geste, de la certitude de la coquille à l’incertitude de la graine, la femme franc-maçonne témoigne que la liberté n’est pas solitude, mais appartenance choisie ; que la force n’est pas dureté, mais bienveillance ; que le rituel n’est pas habitude, mais renaissance continue de l’Œuvre.

Ainsi le cercle se referme et se rouvre aussitôt : de l’Un à la multiplicité et vice-versa, de la parole au silence fécond, de la perte à la renaissance. La grenade, au cœur de la franc-maçonnerie, demeure une invitation et un avertissement : cherchez l’Un dans la diversité, ne craignez pas la métamorphose, veillez à ce que chaque graine, chaque Frère, chaque Sœur, trouve sa place et sa raison d’être dans l’Œuvre éternelle.

Et lorsqu’une graine tombe, la plante ne meurt pas : elle se prépare pour la saison suivante, fidèle au soleil de la fraternité, au souffle de l’égalité, au vent libre de l’exploration.

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La Grande Loge Unie d’Angleterre : influence et rayonnement international

Au cœur de Londres, dans l’élégant écrin du Freemasons’ Hall, bat le pouls d’une institution qui transcende les frontières et les siècles : la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA), ou United Grand Lodge of England (UGLE). Fondée en 1813 comme union de deux obédiences rivales, elle n’est pas seulement la plus ancienne grande loge maçonnique au monde, mais aussi un phare de régularité et d’universalité pour la Franc-maçonnerie. Avec plus de 175 000 membres actifs en Angleterre, au Pays de Galles et dans ses districts d’outre-mer, et une influence rayonnant sur quelque 600 000 Francs-maçons dans le monde, la GLUA incarne un idéal de fraternité, de charité et de principes éthiques immuables.

Son rayonnement international, forgé par l’expansion de l’Empire britannique et consolidé par des critères de reconnaissance stricts, en fait une force culturelle et morale qui continue de modeler la maçonnerie contemporaine. Dans un monde fracturé, explorons comment cette « loge mère » – Mother Lodge – tisse un réseau invisible d’unité, tout en naviguant entre héritage royal, controverses et modernité.

Les origines : de la taverne au Temple de l’universalité

Temple de la Grande Loge Unie d’Angleterre – Le Temple (GLUA)

L’histoire de la GLUA est celle d’une naissance tumultueuse, marquée par l’innovation et les rivalités. En 1716, quatre loges londoniennes se réunissent à la taverne The Apple Tree Tavern (Le Pommier), à Covent Garden, et décident de se doter d’une instance commune de gouvernement. L’année suivante, le 24 juin 1717, jour de la Saint-Jean-Baptiste, elles se rassemblent de nouveau à l’ale-house Goose and Gridiron (L’Oie et le Gril), près de la cathédrale Saint-Paul, et se constituent formellement en Grande Loge – ce qui sera considéré comme la naissance de la Première Grande Loge d’Angleterre, point de départ symbolique de la franc-maçonnerie moderne.

Ces loges étaient alors désignées par le nom des tavernes où elles se réunissaient : Goose and Gridiron Ale-house (L’Oie et le Gril), The Crown Ale-house (La Couronne), The Apple Tree Tavern (Le Pommier), The Rummer and Grapes Tavern (Le Gobelet et les Raisins). Elles deviendront plus tard les fameuses loges, à l’origine de la tradition spéculative organisée qui irrigue encore, de manière plus ou moins directe, la plupart des obédiences actuelles.

Cette Grande Loge de Londres et de Westminster, première du nom, pose les bases de la maçonnerie spéculative moderne avec les Constitutions dites d’Anderson en 1723, un code qui régule les loges et propage les idéaux des Lumières : tolérance, raison et fraternité. Dès 1738, elle s’autoproclame Grande Loge d’Angleterre et connaît une expansion fulgurante, warrantant des loges dans les colonies britanniques d’Amérique, d’Inde et d’Afrique.Mais cette ascension n’est pas sans heurts. En 1751, un schisme éclate : des loges « irlandaises » et traditionalistes fondent la Grande Loge des « Anciens« , accusant les « Modernes » d’avoir dilué les anciens landmarks (devoirs ancestraux). Cette querelle, qui divise les maçons anglo-saxons pendant 62 ans, oppose rituels, symboles et allégeances. Elle s’achève le 27 décembre 1813 par l’Act of Union, orchestré par le duc de Sussex (premier Grand Maître de la GLUA jusqu’en 1843), qui harmonise les pratiques via une Loge de Réconciliation.

Ce traité fondateur non seulement unifie l’Angleterre, mais exporte un modèle de régularité qui influencera des centaines d’obédiences mondiales. Sous l’égide royale – des ducs de Montagu à Kent –, la GLUA devient un pilier de la société victorienne, promouvant la charité pour éviter la « maison de travail » aux maçons démunis, et engageant la fraternité dans les réformes sociales du XIXe siècle.

Structure et organisation : un échafaudage mondial

Temple de la Grande Loge Unie d’Angleterre – Le Temple (GLUA)

Aujourd’hui, la GLUA est un colosse bien huilé : elle supervise près de 7000 loges en Angleterre, au Pays de Galles, aux îles Anglo-Normandes et de Man, avec un siège emblématique au Freemasons’ Hall, joyau Art déco ouvert au public depuis les années 1990. Sa structure pyramidale repose sur 48 Grandes Loges Provinciales (alignées sur les comtés historiques), une Grande Loge Métropolitaine pour Londres, et 33 Districts Grand Lodges outre-mer – de l’Afrique de l’Est à l’Amérique du Sud.

Cinq groupes mineurs sont gérés par des Grands Inspecteurs, tandis que 18 loges « non sous district » relèvent directement de Londres. Le Grand Maître, actuellement le prince Edward, duc de Kent (en poste depuis 1967), incarne l’autorité suprême, assisté d’un Pro-Grand Maître pour les affaires courantes.Cette organisation n’est pas figée : elle intègre des innovations comme les University Scheme Lodges pour les étudiants et des podcasts comme Craftcast (lancé en 2022) pour démocratiser l’accès. Avec une membership ouverte aux hommes de plus de 18 ans, sans distinction de race ou de confession (mais exigeant la croyance en un Être Suprême), la GLUA compte environ 20 000 membres dans ses districts étrangers, couvrant cinq continents.

Son influence structurelle s’étend via des constitutions modélisées par des obédiences du Commonwealth, favorisant une uniformité rituelle et philanthropique qui unit des cultures disparates sous les bannières de l’équerre et du compas.

Relations internationales et rayonnement : la reconnaissance comme pouvoir doux

Il y a plus de 175 000 francs-maçons en Angleterre et au Pays de Galles sous la Grande Loge Unie d’Angleterre.

Le rayonnement de la GLUA est avant tout diplomatique : elle n’exerce pas de contrôle direct, mais son octroi de reconnaissance – ou son retrait – définit la « régularité » maçonnique mondiale. Reconnue par 246 Grandes Loges étrangères sur six continents, elle milite pour des principes immuables codifiés en 1929 (règle en huit points) et affinés en 1989 : régularité d’origine, croyance au Grand Architecte de l’Univers, serment sur un Volume de la Loi Sacrée, membership masculin exclusif, souveraineté sur les degrés symboliques, exposition des Grandes Lumières, interdiction des débats politiques ou religieux, et respect des landmarks.

Ces critères excluent les obédiences adogmatiques comme le Grand Orient de France, suite à la Querelle du Grand Architecte (fin XIXe siècle), mais reconnaissent des alliés comme la Grande Loge Nationale Française (GLNF) dès 1913.

Historiquement, la GLUA a délivré des patentes aux loges dès les années 1730, propageant la maçonnerie via l’Empire : en Amérique (où elle influence les Pères fondateurs), en Inde (districts actifs) et en Afrique (comme le District Grand Lodge of East Africa couvrant Kenya, Tanzanie et Ouganda). En 2017, pour son tricentenaire, 136 Grandes Loges de 50 pays se réunissent à Londres, célébrant son rôle de « loge mère« . Aujourd’hui, son soft power s’exerce via des réseaux philanthropiques : dons annuels de millions de livres sterling pour des causes comme le cancer ou la jeunesse, et des échanges inter-lodges qui transcendent les frontières. En Amérique du Sud, par exemple, le Southern District (Argentine, Uruguay, Paraguay) intègre technologies et service communautaire, incarnant le mantra « One Journey, One Organisation« .

Controverses et adaptations : entre ombre et lumière

Freemasons’Hall, Grande Loge Unie d'Angleterre, Londres
Freemasons’Hall, Grande Loge Unie d’Angleterre, Londres

Malgré son prestige, la GLUA n’échappe pas aux ombres. Au XXe siècle, elle est accusée d’influence conservatrice : blackballing de députés travaillistes dans les années 1920, ou liens présumés avec des scandales comme l’enquête Titanic (1912) ou Bloody Sunday (1972). Des théories conspirationnistes – de Nesta Webster à Stephen Knight – l’accusent de complots impliquant la royauté ou les Illuminati.

Politiquement, le Parti travailliste la voit comme un bastion tory, menant à des propositions (années 1990) d’obligation de déclaration maçonnique pour juges et policiers, abandonnées en 2009 pour violation des droits humains.Pour contrer cela, la GLUA s’ouvre : visites publiques au Freemasons’ Hall (musée labellisé d’importance nationale en 2007), inclusion des transgenres en 2018 (un homme transgenre peut rester membre si initié homme), et campagnes anti-stéréotypes. Son blason royal (accordé par George V en 1919) – avec arche de Noé, chérubins et devise « Audi, vide, tace » (Écoute, vois, tais-toi) – symbolise cette discrétion vertu.

Impact actuel et perspectives : une fraternité globale en évolution

Elizabeth II, Berlin 2015
Elizabeth II, Berlin 2015

En 2025, la GLUA reste un moteur : son rapport annuel 2024-2025 souligne une « transition en douceur » post-Elizabeth II, avec un accent sur la stabilité et l’innovation. Elle forme des élites – du duc de Kent à des leaders africains – et exporte des valeurs universelles, comme en Russie via Andrei Bogdanov, ou en Turquie. Son réseau, couvrant des millions de membres, démontre que la maçonnerie transcende cultures et religions, unie par une philosophie intemporelle.

Conclusion : un rayon d’unité dans un monde divisé

La Grande Loge Unie d’Angleterre n’est pas qu’une institution : c’est un legs vivant, où l’héritage des tavernes londoniennes illumine des temples du monde entier. Son influence, tissée de reconnaissance et de principes, rappelle que la fraternité peut unir sans dominer. Comme l’affirmait le duc de Kent, elle est « responsable de l’existence de la Franc-Maçonnerie pendant plus de 300 ans« .

Dans une ère de fractures, la GLUA invite à l’audace : écouter, voir, et agir en silence pour le bien commun.

Fête de la Laïcité 2025 : « La Laïcité à travers les Arts et la Culture » au GODF

Le Grand Orient de France (GODF) organise, le samedi 13 décembre 2025, une journée dédiée à la célébration de la laïcité sous le thème « La Laïcité à travers les arts et la culture ». Cet événement, qui se tiendra au siège du GODF au 16 rue Cadet à Paris (IXe arrondissement), met en lumière les valeurs républicaines à travers un programme varié incluant projections, spectacles, rencontres et expositions.

Intervenants et participants : des artistes et historiens engagés

Cette fête rassemble une pléiade d’intervenants issus du monde du cinéma, du théâtre, de la musique et des arts plastiques, tous unis pour explorer la laïcité comme fondement de la liberté de conscience. Parmi les figures centrales :

Bruno Fuligni, historien et écrivain français né en 1968, est au cœur de plusieurs événements.

Auteur de plus de vingt ouvrages sur l’histoire parlementaire et les complots, il a scénarisé le film La Séparation et co-écrit le spectacle théâtral inspiré de son livre Dieu au parlement. Fuligni, connu pour ses apparitions dans des documentaires comme Napoléon, Albine, Betsy et les autres (2024), apporte une expertise historique rigoureuse, enrichie de son expérience en tant qu’historien des assemblées. Rappelons que Bruno Fuligni est le président du jury, composé de 11 journalistes, du premier prix des Hussards noirs d’Unité Laïque qui sera délivré le 8 décembre prochain.

Robert Bensimon, coauteur et interprète du spectacle « Laïcité – Liberté de conscience – Engagement », collabore étroitement avec Bruno Fuligni. Il est rejoint sur scène par une troupe talentueuse : la soprano Lisa Lévy, la comédienne Corine Thézier, Pierre Carteret, Alexandre Messina, le pianiste Brice Martin et la jeune violoniste Xiaorao Li. Ce spectacle met en valeur des textes emblématiques de penseurs comme Robespierre, Victor Hugo ou Louise Michel, fusionnant théâtre, musique et réflexion philosophique.

Françoise Schein, artiste-plasticienne belge née en 1953, présente son œuvre à 18h00.Formée en architecture à La Cambre (Bruxelles) et en urbanisme à Columbia University (New York), Schein explore les droits humains et la citoyenneté à travers des installations publiques monumentales.

Son travail le plus célèbre est la céramique couvrant la voûte de la station de métro Concorde à Paris, reproduisant la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Lors de la rencontre, elle dévoilera la vidéo « Human Rights for Schools », un projet éducatif sur les droits fondamentaux, soulignant son engagement pour une humanité civique sur « Gaia, notre Terre ».

Julie Le Toquin, artiste pluridisciplinaire née en 1992 à Quimper, expose ses œuvres tout au long de la journée. Elle interroge la mémoire collective et individuelle à travers des créations comme « Les oiseaux de la laïcité ». Guide-conférencière spécialisée dans les publics en situation de handicap, professeure et conteuse, Julie Le Toquin intègre également des éléments culinaires (alumni de Le Cordon Bleu Paris) dans son art.

En fin de journée, une « mise à feu » symbolique de son œuvre explorera « Les mots et les maux de la laïcité », invitant à une réflexion poétique sur les défis actuels de la laïcité.

Le Collectif Fractales, avec la soprano Coline Infante, clôture la soirée par un concert de musique classique à 20h00, interprétant des œuvres de Haendel, Bach, Fauré, Dvorak, Borodine et Verdi, reliant la laïcité à l’universalité de l’art musical.

Les équipes des films – réalisateurs comme François Hanss, Dominique Dattola et Yannick Séguier, ainsi que le narrateur Bruno Solo – seront présentes pour des échanges avec le public, enrichissant les projections d’anecdotes et de contexte historique.

Blason GODF

Les films : des œuvres engagées sur l’histoire de la laïcité

Les projections constituent le pilier cinématographique de la journée, offrant des regards documentés et fictionnels sur l’évolution de la laïcité en France.

À 14h30, La Séparation (2005), téléfilm documentaire réalisé par François Hanss sur un scénario de Bruno Fuligni.

Ce docu-fiction recrée les débats parlementaires de 1905 menant à la loi de séparation des Églises et de l’État, promulguée le 9 décembre 1905 – un centenaire célébré en 2005.

Avec un casting prestigieux – Pierre Arditi en Aristide Briand, Jean-Claude Drouot en Jean Jaurès, Claude Rich, Michael Lonsdale et d’autres – le film illustre les tensions entre cléricaux et anticléricaux, expliquant le contexte historique et les enjeux républicains.

L’équipe du film sera présente pour discuter de cette œuvre qui, malgré des critiques mitigées dues à des controverses, reste une référence éducative.

À 17h00, Les 3 Vies du Chevalier (2014), docu-fiction réalisée par Dominique Dattola.

Ce film retrace l’histoire de la liberté de penser de l’Ancien Régime à aujourd’hui (1765-2005), centrée sur le procès du Chevalier de la Barre, exécuté pour blasphème à 19 ans, et les luttes pour sa réhabilitation par des figures comme Voltaire. Dominique Dattola, réalisateur habitué des rouages judiciaires (il a travaillé à la Cour Pénale Internationale), mélange archives, reconstitutions et interviews pour souligner le combat continu des libres-penseurs.

Avec des acteurs comme Félicien Delon et Emmanuel Ball, c’est une méditation sur la tolérance et la justice.

À 20h00, Laïcité Liberté Égalité Fraternité (2025), documentaire-fiction de Yannick Séguier, narré par Bruno Solo.

Sorti le 9 décembre 2025 pour le 120e anniversaire de la loi de 1905, ce film retrace 2000 ans de construction de la laïcité en France, de l’Antiquité aux débats contemporains. Yannick Séguier, originaire de Narbonne, explore comment la laïcité facilite la liberté, l’égalité et la fraternité, à travers une narration passionnée par Solo, comédien féru d’histoire. L’équipe sera présente, offrant un regard frais sur cette « longue marche » historique.

Le musée de la franc-maçonnerie : un trésor historique ouvert gratuitement

Musée de la franc-maçonnerie
Musée de la franc-maçonnerie

À l’occasion de cette fête, le musée de la franc-maçonnerie, labellisé musée de France depuis 2004, sera accessible librement et gratuitement de 10h00 à 20h00.

Créé en 1889 au sein du GODF, ce musée victime des vicissitudes historiques (comme les spoliations nazies) abrite un patrimoine riche reflétant les mutations sociétales vers la modernité.

Ses collections incluent des objets maçonniques – tabliers, bijoux, documents – illustrant l’histoire de la franc-maçonnerie française depuis le XVIIIe siècle, avec un accent sur son rôle dans la promotion des idéaux républicains et laïcs.

Situé au 16 rue Cadet, il participe régulièrement à des événements comme les Journées européennes du patrimoine.

Cette ouverture gratuite vise à démocratiser l’accès à ce lieu emblématique, invitant le public à explorer les liens entre franc-maçonnerie, laïcité et humanisme. Pour plus d’informations, visitez www.museefm.org.

GODF – Hall Léon Bourgeois

Cette Fête de la Laïcité n’est pas seulement un événement culturel, mais un espace de réflexion sur les valeurs qui fondent notre République. Réservez vite pour une journée unique, mémorable et exceptionnelle !

Le Grand Orient de France, première obédience maçonnique en France, directement issu du siècle des Lumières, travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité. Sa devise est Liberté, Égalité, Fraternité.

GODF - Grand Temple Arthur Groussier, fresque
GODF – Grand Temple Arthur Groussier, fresque

Le Grand Orient de France est un lieu de réflexion et de transmission de la connaissance. Il organise régulièrement des conférences et des évènements culturels ouverts à tous.