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25/10/25 : La Cité en fête – La GLFF célèbre ses 80 ans dans la lumière du partage

Le 25 octobre 2025, la Cité du Couvent (Paris 11ᵉ) s’ouvre largement au public pour une journée de rencontres, d’arts et de transmission. Intitulée La Cité en fête, cette manifestation marque les 80 ans de la Grande Loge Féminine de France (1945–2025) et donne à voir ce qui fait sa singularité : une spiritualité ouverte, une pensée exigeante et une fraternité agissante.

Une journée d’élan, de lien et de lumière

Déambulations poétiques, performances musicales, expositions, projections et temps d’échanges : le programme épouse l’esprit d’une maison hospitalière où l’on vient pour comprendre, ressentir et transmettre.
Le fil conducteur est clair, tel qu’annoncé sur les visuels officiels :

« Quand les arts, les mots et les gestes se rencontrent pour faire rayonner la spiritualité de la GLFF. Une journée d’élan, de lien et de lumière. »

Élan, parce que l’espérance se prouve en marchant ; lien, parce que la liberté grandit dans la relation ; lumière, non pas éclat qui éblouit, mais clarté qui aide à choisir et à aimer mieux.

Les Temples 3 & 4 : deux heures pour entrouvrir le secret d’une tenue

Événement rare, presque un frémissement entre les colonnes : de 14 h à 16 h, sur inscription, les Temples 3 et 4 s’ouvriront non pour exhiber un rituel, mais pour laisser pressentir ce qui fait l’âme d’une tenue. On n’y “montre” rien ; on y apprend à se tenir, à laisser le silence précéder la parole, à manier le symbole comme on aiguise un outil – non pour dompter le monde, mais pour s’ordonner soi-même. La pédagogie ici n’est pas un discours : c’est une attitude, une respiration partagée, une manière de marcher intérieurement vers plus de justesse.

Au Temple 3, d’abord, le regard des femmes sur l’histoire de l’art : non pour redresser le musée du monde à la hâte, mais pour interroger la lumière, déplacer les points de fuite, élargir le récit. L’art n’y est pas un décor mais un laboratoire d’émancipation : chaque œuvre devient pierre d’angle où l’on éprouve la mesure, la nuance, la part d’invisible. Puis vient la quête de sens en franc-maçonnerie : on ne distribue pas de réponses comme des reliques, on donne des repères, on façonne des vertus, on travaille une langue commune capable d’habiter l’époque sans renoncer à la hauteur de vue. À l’ombre de l’équerre et du compas, la question se polit jusqu’à devenir orientation.

Au Temple 4, La Belle et la Bête prend des allures de miroir discret : apprivoiser l’ombre, c’est déjà consentir à la métamorphose ; défaire la peur, c’est préparer l’apparition de l’humain véritable. Et parce que toute transfiguration appelle une vigueur intérieure, le thème du Courage s’avance sans fracas : point de coups d’éclat, mais la constance du juste, cette force patiente qui irrigue la vie personnelle, professionnelle, citoyenne – une énergie droite, qui préfère la tenue à la posture.

De cette ouverture cadrée et respectueuse naît une clarification : on y comprend que silence, symbole et tenue ne sont pas des ornements, mais de véritables méthodes de liberté. Le silence n’est pas un vide, c’est un atelier ; le symbole n’est pas une énigme, c’est une boussole ; la tenue n’est pas une parenthèse, c’est une école de soi.

Les arts comme langage de l’âme

Dans le Temple 1, la création a droit de cité : œuvres de Sœurs et d’artistes invitées, Beau Livre, La Beauté à la Joie – livres à la main, œuvres au cœur (vente sur place). Ici, la beauté n’est pas un luxe mais une source : elle désaltère, relie, oriente. Elle fait ce que fait toujours la beauté quand on lui laisse la place : elle élève.

Mémoire, témoignage et chant

Au Temple 2, les images, les voix et la mémoire tressent leur alliance. En projection continue, le film de Dominique Éloudy retrace les 80 ans d’une obédience qui a choisi de grandir dans la fidélité à sa promesse. À 15 h 30, la chorale rompt doucement la gangue des habitudes et donne à la fraternité son timbre partagé. De 16 h à 17 h, le témoignage d’une Sœur déplie la vie au ras du réel : gestes simples, fidélités tenues, espérances qui ne renoncent pas. C’est une manière sensible d’entrer au plus près du travail vivant, là où l’obédience cesse d’être une institution pour redevenir ce qu’elle n’a jamais cessé d’être : une maison de parole, de symboles et d’exigence.

Blason GLDF
Blason GLDF

Naissance et essor de la première obédience exclusivement féminine (1901–1958)

Avant d’être une obédience autonome, la GLFF plonge ses racines dans l’histoire des Loges d’Adoption rattachées à la Grande Loge de France (GLDF).
En 1901, la GLDF reconstitue sous sa propre autorité le système d’adoption : des ateliers féminins, placés auprès de loges masculines, où les femmes peuvent travailler à la réflexion morale et symbolique.

Sceau GLFF
Sceau GLFF

Paris voit fleurir des loges aux noms porteurs d’espérance : Le Libre Examen, Minerve, Thébah, Le Général Peigné, La Nouvelle Jérusalem… Elles pratiquent un Rite d’Adoption inspiré du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), allégé dans ses formes, mais fécond pour l’élévation intellectuelle, la parole libre et la bienfaisance.

La tourmente de 1939–1945 interrompt cet essor. Dissolution, spoliations, clandestinité : l’épreuve forge pourtant une conviction – l’autonomie est devenue nécessaire.

Après la Libération, le Grand Secrétariat relance l’activité et met en place un Comité de reconstruction chargé de retrouver les Sœurs dispersées et d’éclairer les comportements sous l’Occupation. Par la voix de Anne-Marie Gentily, Suzanne Galland et Germaine Rhéal, le Comité demande à la GLDF la réintégration des loges d’adoption et la préparation d’une organisation nouvelle.

Décision historique : le 17 septembre 1945, le Convent de la GLDF abroge la Constitution de 1906 et ses règlements afférents. Les loges d’adoption sont supprimées, ouvrant la voie à la création d’une obédience féminine indépendante : l’Union Maçonnique Féminine de France (UMFF).

Le 21 octobre 1945, Anne-Marie Gentily annonce solennellement la naissance de l’UMFF devant cinq loges reconstituées :
Le Libre Examen (20 membres), La Nouvelle Jérusalem (33), Le Général Peigné (16), Minerve (16) et Thébah (6). Son allocution, où l’espérance l’emporte sur l’amertume des pertes, trace la route : rester dignes, aller de l’avant, espérer une vie longue et féconde.

1946 voit la structuration :

– rédaction de la première Constitution (Des Loges d’Adoption aux Loges féminines indépendantes) ;

– lancement d’une Question à l’étude des Loges sur « Le symbolisme féminin dans la Maçonnerie écossaise » ;

-élection du premier Conseil supérieur (10 femmes) et de la première Grande Maîtresse, Anne-Marie Gentily, qui fixe l’ambition : faire l’institution grande, forte et belle, et lui donner un rôle national et international.

L’essor est rapide : 1948, fondation à Toulouse de la première loge provinciale, Athéna, par des femmes, pour des femmes.
Le 22 septembre 1952, l’UMFF devient officiellement Grande Loge Féminine de France. Les travaux se déroulent encore au Rite d’adoption, jusqu’au Convent de 1958 qui choisit le Rite Écossais Ancien et Accepté. Ce passage fondateur donne à la GLFF son assise symbolique et son rayonnement contemporain.

Depuis, l’Obédience n’a cessé de grandir : présente sur les cinq continents, elle conjugue tradition et ouverture, symbole et action, fidèle à une promesse simple et haute : faire grandir la liberté intérieure au féminin.

La Cité en fête : une invitation à rencontrer, comprendre, ressentir. Et, peut-être, à repartir avec ce supplément d’âme qui change la manière d’habiter la cité.

Infos pratiques

Date & horaires : samedi 25 octobre 2025, 11 h – 18 h
Lieu
: Cité du Couvent, 4 Cité du Couvent – 75011 Paris
Accès : métro Charonne (ligne 9)
Entrée : libre, ouverte à toutes et tous
Temples 3 & 4
: sur inscription, séance 14 h – 16 h

Renseignements : www.glff.org

Cité du couvent

Un infiltré au cœur de l’éducation : le collectif laïque national dévoile les menaces sur la laïcité scolaire

Du site officiel droithumain-france.org

À l’occasion du 120e anniversaire de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, un communiqué virulent du Collectif Laïque National (CLN) fait l’effet d’une bombe dans les cercles défendant la laïcité républicaine. Intitulé « Un infiltré au ministère du cléricalisme », ce texte, publié le 7 octobre 2025 et relayé par la Fédération Française du Droit Humain, accuse ouvertement le ministère de l’Éducation nationale d’être gangréné par des influences confessionnelles.

Sans annoncer une manifestation immédiate, ce document appelle à une mobilisation administrative et citoyenne pour contrer ce que le CLN qualifie de « remariage » entre l’Église et l’État, au détriment de l’école publique. Retour sur cette polémique qui ravive les débats sur la neutralité scolaire.

Le contexte : 120 ans de laïcité en péril ?

Adoptée le 9 décembre 1905, la loi de séparation des Églises et de l’État reste un pilier de la République française, garantissant la neutralité des services publics, y compris l’éducation. Pourtant, dans son communiqué daté du 7 octobre 2025, le Collectif Laïque National alerte sur une « brèche institutionnelle » qui mine ces fondements. À l’approche de cette commémoration historique, le CLN dépeint un paysage éducatif où l’enseignement privé sous contrat – majoritairement catholique, avec 96 % des établissements concernés – concurrence ouvertement le service public. « L’Église n’a aucun droit de regard sur les dispositions législatives et réglementaires en matière de programmes, sauf à mettre en péril la laïcité scolaire« , martèle le texte, en référence à la loi Debré de 1959 qui finance ces établissements privés tout en les obligeant à suivre les programmes nationaux.

Ce n’est pas une simple critique théorique : le communiqué pointe du doigt des pratiques concrètes qui, selon le CLN, violent le Code de l’Éducation et l’obligation de neutralité des enseignants. Parmi elles, la promotion d’une « vision chrétienne de la sexualité » alignée sur les positions de la « Manif pour Tous », qui définit le mariage comme « l’union d’un homme et d’une femme, en vue de la procréation ». Cette doctrine entrerait en conflit direct avec l’Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle (Evars), pilier des programmes scolaires publics depuis 2021. Pire encore, des prières en début de cours au nom du « projet d’éducation catholique » sont dénoncées comme des actes « explicitement prosélytes« , illégaux sur le temps scolaire.

L’infiltré : Guillaume Prévost, symbole d’une stratégie d’influence ?

Au cœur de cette accusation figure Guillaume Prévost, nommé secrétaire général de l’enseignement catholique (SGEC) le 1er septembre 2025. Ce que le CLN qualifie d' »infiltré » ? Son parcours récent au ministère de l’Éducation nationale, où il a occupé pendant plusieurs années le poste de sous-directeur de la vie scolaire. Pour le Collectif, cette position stratégique lui aurait permis de « préparer son mandat auprès de l’Église et amplifier la concurrence avec le service public d’éducation ». Une passerelle entre l’État laïque et les réseaux confessionnels qui, selon les signataires, favorise une « conquête du marché éducatif » au détriment de la mixité sociale et de l’École de la République.

Le communiqué n’hésite pas à évoquer des scandales récents pour étayer ses griefs, comme « l’affaire Bétharram« , qui a révélé des violences physiques et sexuelles dans des établissements catholiques. Ces affaires, argue le CLN, soulignent l’urgence de renforcer les contrôles sur les établissements sous contrat, sans pour autant remettre en cause leur existence. Le ton est ferme : le ministère, rebaptisé ironiquement « Ministère du Clericalisme », doit cesser de tolérer ces dérapages sous peine de démanteler l’Éducation nationale.

Des revendications claires : contrôles et rappels à l’ordre

Loin d’une simple diatribe, le communiqué du CLN formule des demandes précises et opérationnelles. Il exhorte le ministère de l’Éducation nationale à :

  • Contrôler l’application des programmes Evars dans tous les établissements sous contrat, afin d’assurer une éducation uniforme et laïque.
  • Rappeler l’illégalité des prières sur le temps d’enseignement, en vertu de l’obligation de neutralité inscrite dans le Code de l’Éducation.

Ces appels à l’action visent à restaurer l’équilibre entre liberté religieuse et égalité républicaine. Bien que le texte ne mentionne pas explicitement une manifestation de rue – contrairement à d’autres mobilisations laïques récentes –, il s’inscrit dans une dynamique de vigilance citoyenne. La Fédération Française du Droit Humain, cosignataire, renforce cette portée en reliant l’initiative à ses combats plus larges pour les droits humains et la laïcité inclusive.

Perspectives : une mobilisation en marche ?

Ce communiqué intervient dans un climat tendu, où les débats sur la laïcité sont exacerbés par les élections législatives de 2024 et les tensions sociétales autour de l’éducation. Des associations comme la Libre Pensée ou la Fédération Nationale de la Libre Pensée ont déjà exprimé leur soutien au CLN sur les réseaux sociaux, évoquant une possible convergence pour des actions futures. Reste à voir si cette alerte institutionnelle se traduira par une manifestation nationale, comme celles qui ont marqué les 110 ans de la loi de 1905.

En attendant, ce texte rappelle avec force que la laïcité n’est pas un acquis figé, mais un combat quotidien.

Comme l’écrit le Collectif : « Le renforcement des particularismes de l’enseignement catholique est une menace pour la laïcité. » À l’heure où l’État finance massivement l’enseignement privé, ces voix laïques appellent à une refondation du contrat républicain. Une brèche à refermer avant qu’elle ne devienne un gouffre.

Pour en savoir plus, consultez le communiqué intégral sur le site de la Fédération Française du Droit Humain. Cet article s’appuie sur les éléments publics du document et vise à informer sans parti pris.

Rodez, capitale d’un jour de la Franc-Maçonnerie en Nord Occitanie

Rodez, capitale d’un jour de la Franc-Maçonnerie en Nord Occitanie

Entre cathédrale, musée Soulages et archives départementales, un rendez-vous de lumière.

Le 8 novembre 2025, Rodez, joyau du Rouergue, vibrera d’une lumière singulière. Sous l’ombre tutélaire de la cathédrale Notre-Dame – prière de pierre dressée vers le ciel – s’ouvrira le Salon maçonnique Nord Occitanie, aux Archives départementales de l’Aveyron.

Dans ce cadre patrimonial, la rencontre entend inscrire durablement la cité ruthénoise parmi les grands rendez-vous maçonniques régionaux, avec un rayonnement appelé à dépasser les causses pour embrasser toute la Nord-Occitanie.

De 10h à 17h, l’entrée libre et gratuite invite profanes curieux et sœurs et frères à croiser regards, ouvrages et symboles. Stands de libraires, auteurs, objets maçonniques, informations : autant de portes ouvertes sur la transmission, la fraternité et l’étude.

À 10h30, Jacques Anglade proposera « Trois siècles de Franc-Maçonnerie en Aveyron ». Une traversée où la mémoire des loges locales rejoint l’histoire sociale du Rouergue : figures discrètes, engagements civiques, héritages des Lumières.

À 14h00, Sylvain Zeghni et Yonnel Ghernaouti dialogueront sur « Les valeurs du sport et de la Franc-Maçonnerie » : dépassement de soi, éthique du geste juste, fraternité en mouvement. Deux respirations pour dire que la voie initiatique est aussi discipline, effort et joie d’agir ensemble.

Tout au long de la journée, une belle rencontre interobédientielle réunira des Sœurs et des Frères du Droit Humain, du GODF, de la GLFF, de l’Alliance (GL-AMF), de la GLDF et de la GLMF : stands de libraires, auteurs, objets, informations, partages.

Installée à Villefranche-de-Rouergue, La librairie La Folle Avoine sera la librairie générale du Salon. Cette maison indépendante, ancrée dans la tradition des libraires humanistes, accompagne depuis plus de quarante ans la vie culturelle de l’Aveyron et des territoires voisins.

Librairie La Folle Avoine

Sa sélection soignée, ouverte aux littératures du monde comme aux essais de société, aux ouvrages d’histoire, de philosophie et de symbolisme, en fait un lieu rare où la curiosité s’allie à la rigueur intellectuelle.
Son équipe participera pleinement à cette journée ruthénoise en proposant un espace de découvertes, de rencontres et de dédicaces, à l’image de l’esprit du Salon : pluralité, dialogue et transmission.
Plus qu’un simple stand, La Folle Avoine y tiendra un carrefour du livre vivant, où auteurs et lecteurs pourront échanger sur leurs travaux, leurs questionnements et leurs enthousiasmes.
La clôture est prévue à 17h après de nouveaux temps d’échanges sur les stands.

Rodez n’est pas un décor, c’est un symbole. Entre le noir-lumière du musée Soulages, où la matière devient révélation, et la pierre rosée de la cathédrale, la ville fait dialoguer l’ombre et l’éclat, la rigueur et l’élan – une grammaire que nous reconnaissons comme maçons. Ici, la Nord-Occitanie affirme sa voix : une terre d’équilibre, de fidélité et d’ouverture, où l’esprit de recherche épouse la patience des bâtisseurs. Le Salon s’y présente comme un chantier fraternel : lever des doutes, partager des savoirs, tisser des liens. Plus être que paraître.

Infos pratiques

Salon maçonnique Nord Occitanie – Rodez
Samedi 8 novembre 2025, Archives départementales de l’Aveyron, 25 avenue Victor Hugo, 12000 Rodez.
Entrée libre, de 10h à 17h.

Repères biographiques

Jacques Anglade

Au sein du Grand Collège des Rites écossais – Suprême Conseil du 33e degré REAA du GODF, Jacques Anglade est Grand Chancelier aux Affaires Extérieures.

Sylvain Zeghni

Enseignant-chercheur et conférencier, spécialiste des dynamiques collectives et des pratiques sportives, il interroge l’éthique de l’effort, la cohésion d’équipe et l’éducation par le mouvement. Son approche relie culture sportive, innovation sociale et formation tout au long de la vie. Sylvain Zeghni est Passé Grand Maître Nation de la Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain.

Yonnel Ghernaouti

Chroniqueur littéraire et médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie (« musée de France »), il siège au bureau de l’Institut Maçonnique de France (IMF), présidé par Roger Dachez. Ancien directeur de la rédaction de 450.fm, il collabore à de nombreuses revues maçonniques et compagnonniques, dirige des collections chez Numérilivre et au Compas dans l’œil. Il est l’auteur de Pourquoi les francs-maçons veulent-ils reconstruire le Temple ? (Dervy, 2023) et, avec Jean-François Blondel, des Grands mystères de la Franc-Maçonnerie (Dervy, 2024). En 2026, paraîtront aux Éditions Le Compas dans l’œil trois ouvrages consacrés à l’intelligence artificielle, aux Lumières maçonniques et aux quatre discours des présidents de la République sur la Franc-Maçonnerie.

Rodez, musée Soulages et la cathédrale

À voir à Rodez (avant ou après le Salon)

Cathédrale Notre-Dame : colosse gothique en grès rose, tour-lanterne et chevet fortifié, une ascèse de pierre qui élève le regard.
Musée Soulages : l’outre-noir comme expérience de lumière ; une méditation sur la matière, le temps et l’espace.

Cœur historique :

Rodez déploie ses ruelles, ses hôtels particuliers et son panorama sur les causses ; un itinéraire tout trouvé pour prolonger la journée sous le signe de la mémoire et de la création.

Faut-il falsifier le réel pour trouver sa vérité ?

Une des impasses du wokisme …

Il ne s’agit pas ici de critiquer les mouvements d’émancipation regroupés dans le mouvement woke, encore bien moins de contester la légitimité de leur démarche visant à revendiquer le respect et l’égalité des droits, pas davantage d’ignorer l’éclairage qu’ont pu apporter les études de genre sur la manière dont se construisent les discriminations, et non plus de porter un regard critique sur les personnes qui vivent des parcours de vie particulièrement difficiles comme la transition de genre. 

Il s’agit de mettre en question une idéologie, un “isme”  qui, au nom de la critique de stéréotypes, voudrait en imposer d’autres, et de voir comment certaines prises de positions dogmatiques font pour tenter de s’imposer. 

Deux exemples : 1 Le livre de Judith Butler “Trouble dans le genre”, paru en 1990, qui est une des références obligées de la pensée woke, telle qu’elle nous arrive des USA. 2 L’exemple de la notice biographique de Mae Martin, artiste, scénariste, “personnalité canadienne non binaire”.

Dans Trouble dans le Genre, Judith Butler se propose de déconstruire les notions de sexe et de genre. Le genre c’est l’ensemble des caractéristiques socioculturelles qu’on attribue, soit aux hommes, soit aux femmes. Ce sont donc des patterns très différents d’une culture à l’autre, d’une époque à l’autre et même d’une sous-culture à l’autre. Le genre est fait de manières de s’habiller, de se coiffer, de se comporter et aussi des attitudes attendues de l’un et de l’autre sexe. Le mot “sexe” (selon le petit Robert né en 2013)  désigne aussi bien les organes sexuels, les pratiques amoureuses, que “l’ensemble des hommes ou des femmes” ou les caractéristiques qui permettent de les distinguer. Il n’ y a pas de sexe en grammaire, même si les débats sur “l’écriture inclusive” semblent le suggérer.  Mais il y a un genre, et ce genre est grammatical, il n’est pas sexué. Une table n’est pas une fille et un tabouret n’est pas un garçon.

Mélanger le genre et le sexe n’apporte rien de bon.  

Tous les caractères qui définissent le genre sont des construits sociaux et culturels. En effet, comme le montrent les études de genre,  ils ont tendance à conditionner les individus,  à les faire entrer dans des modèles avec lesquels tout le monde n’est pas nécessairement à l’aise. Mais Judith Butler va plus loin. Elle  affirme que la notion de sexe elle-même est un construit social et culturel. Et si c’est un construit, on peut le contester,  on peut le déconstruire. Elle considère que l’identité sexuelle, ou identité de genre, se construit de manière “performative”,  c’est-à-dire que c’est en l’expérimentant qu’on le construit. En me comportant comme un homme, je deviens un homme, en me comportant comme une femme je deviens une femme. Bref, si je m’affranchis des modèles imposés, je peux m’inventer moi-même comme je veux. Rien du sexe ou du genre n’existe en vrai, tout est “construit”. Ce formidable tour de passe-passe intellectuel vise sans en avoir l’air à nier le réel dans ce qu’il a de plus brut. Le réel, c’est ce qui résiste à mon fantasme de toute puissance. Oui le genre est un construit social. Oui la notion de sexe est un  construit culturel. Mais pour autant il y a bien du réel derrière tout ça. 

« On ne naît pas femme on le devient », disait Beauvoir. On le naît un peu quand même. Dès la conception, on est chromosome XY ou bien chromosome XX. Ce sont les caractères sexuels primaires. Garçon ou fille? A la naissance, on le détermine en général avec des organes sexuels masculins ou féminins, ce n’est pas un “construit”, c’est un “donné”, les organes sexuels sont  les caractères sexuels secondaires. En découlent les caractères sexuels tertiaires qui sont physiques mais pas directement “sexuels” comme la musculature, la taille, la pilosité, la voix, etc.  Autant d’attributs sur lesquels on peut agir par la médecine et la chirurgie, pour les transformer sans pour autant en changer la nature. C’est bien le problème des personnes transgenres. Quelqu’un qui est né homme puis est devenu femme continuera d’avoir jusqu’à la fin de ses jours des problèmes de santé liés à son identité masculine de départ  :  vieillissement, alopécie, risque de cancer du colon, de la prostate. On ne peut rien y changer. Freud disait : le destin, c’est la biologie. On n’échappe pas à sa biologie, parce que c’est le réel. Même si on peut jouer avec, dans une certaine mesure. 

Judith Butler en arrive à nier le réel pour défendre une idéologie revendicatrice. Ce faisant, elle organise un brouillage des normes, des codes, des caractères qui servent à distinguer le masculin du féminin et, sous prétexte d’émancipation, elle rend le réel illisible. C’est une chose de jouer avec les codes, de créer des personnalités androgynes, unisexes,  gender-fluids, c’est une autre chose d’affirmer que les codes n’existent pas. J’accepte volontiers qu’on utilise le pronom iel pour désigner des personnes qui se situent entre deux sexes, mais je ne veux en aucun cas qu’on me l’applique à moi qui ne me sens pas du tout dé-genré. Faut-il en arriver à falsifier le réel pour lui imposer une autre réalité ? 

Le deuxième exemple concerne l’artiste Mae Martin, originaire du Canada. On sait que son âge est de 38 ans. Que ses débuts sont passés par le stand-up, puis par des séries TV à succès comme Outsider en 2016, et plus récemment en 2025,  par la série Indociles, assurant à la fois le rôle principal d’Alex Dempsey et la réalisation. Et là, le lecteur est en train de se dire : “ça m’énerve, je n’arrive pas à savoir en lisant ces lignes si c’est un homme ou une femme. C’est que Mae Martin se définit justement comme une “personnalité bisexuelle” et “non-binaire”. Ce que pourquoi-pas. Et bizarrement sa notice biographique publiée par Wikipédia joue le jeu.

Toute la rédaction en sorte d’éviter tout genre grammatical. La plupart des phrases commencent par “Mae Martin” : “Mae Martin est une personnalité canadienne”, “Mae Martin naît le 2 mai 1987 à Toronto”, “Mae Martin commence sa carrière au Canada”… Jamais le rédacteur n’emploie le pronom personnel  “il” ou “elle”, qui aurait pu vendre la mêche. Jamais non plus il n’utilise d’adjectif qualificatif qu’il aurait fallu accorder en genre.  Le texte est entièrement toiletté de telle manière qu’aucun genre ne soit détectable. Conformément sans doute à la volonté de la personne dont il est question. Comme le font les cabinets de e-réputation quand ils sont chargés de contrôler l’image de leurs clients et qu’ils font modifier ou retirer jusqu’à la moindre virgule, sous menace de poursuites. Mais est-ce le rôle de la communauté encyclopédique de Wikipédia de céder à ces injonctions ou de laisser se développer des écrits qui à ce point là travestissent la réalité? Car Mae Martin a bien dû naître garçon ou fille, l’un ou l’autre. Puis a bien dû connaître un parcours où elle s’est installée dans cette identité non-binaire et a réussi à  la faire accepter aux autres. Les choses ne sont pas allées de soi. Mae Martin n’est pas née non-binaire. Faut-il falsifier le réel pour lui faire dire ce qu’on a envie d’entendre ? 

Quelle que soit l’identité sexuée que je me construise, elle est la résultante d’un compromis.Le psychanalyste  Donald Winnicott parle d’un processus en “trouvé-créé”. La biologie c’est ce que je trouve à ma naissance, et le “créé” c’est ce que j’en fais. Je ne m’invente pas moi-même en totalité. Je suis ce que je suis à la naissance (mon phénotype), + ce que le désir de l’Autre voudrait que je sois, + ce que le réel m’a fait en me cognant dessus pour m’obliger à le prendre en compte, + les expériences de vie que j’ai rencontrées, +  mon propre désir qui s’est construit à travers tout ce parcours, en variant au cours du temps et de mes expériences.

La résultante de tout cela, c’est moi à l’instant présent, et cela continuera de changer jusqu’à la fin. Je suis fait d’une grande partie de ce que je ne peux pas changer, d’une partie de ce que les autres ont fait de moi, et d’une partie aussi de ce que j’ai moi-même fait de moi. Et je ne suis pas seulement celui que je vois dans la glace, je suis aussi celui que les autres voient « mes FF et SS me reconnaissent comme tel ». Si je suis seul à me reconnaître, je suis sans doute fou. C’est pourquoi les personnes en recherche d’identité sexuée ont besoin d’une communauté pour se conforter. 

S’il y en a qui sont bien placés pour appréhender cette construction complexe de l’identité, ce sont bien les francs- maçons qui ont accepté que le “vieil homme” meure pour que  “l’homme nouveau” puisse advenir, mais qui n’ont pas effacé ni falsifié ce qu’ils étaient et qui ne prétendent pas non plus qu’ils peuvent se faire tout seuls. Et qui cherchent pas à falsifier le réel, parce qu’ils passent par le symbolique. 

Ce qui semble préoccupant, à travers ces deux exemples, ce n’est pas tant le parcours individuel de deux personnalités singulières en construction de leur identité, c’est la volonté de dénier l’ordre du réel, et c’est la volonté d’imposer au collectif un schéma singulier qui serait une nouvelle norme. Renversement des normes, tentative de prise de pouvoir de la minorité sur la majorité pour établir de nouvelles normes. Et plus préoccupant encore : la réaction du collectif quand il accepte de se soumettre. 

La loge maçonnique historique de Lismore détruite par un incendie au petit matin

De notre confrère australien abc.net.au – Par Cathy Adams

Deux hommes sont en garde à vue après que la loge maçonnique historique de Lismore a été détruite par un incendie ce matin. L’inspecteur-détective Grant Erickson, responsable de la criminalité du district de police de Richmond, a déclaré que l’incendie était considéré comme un incendie criminel.

« Nous avons un homme de 36 ans de Nimbin et un homme de 32 ans de Nimbin actuellement au poste de police de Lismore pour nous aider dans nos enquêtes », a-t-il déclaré.

« Ils ont été arrêtés au centre commercial Lismore Central à 11 heures.

« À ce stade, il est trop tôt pour dire quelle est la cause et l’origine de cet incendie, mais nous le traitons définitivement comme suspect. »

L’inspecteur-détective Erickson a déclaré que les dégâts causés au bâtiment étaient « catastrophiques ».

« C’est un magnifique bâtiment. C’est un monument emblématique de Lismore », a-t-il déclaré.

« Il a survécu à de nombreuses inondations, et qu’il soit dévasté de cette façon est pour le moins épouvantable. »

Abritant des francs-maçons depuis près d’un siècle

L’incendie s’est déclaré vers 4 heures du matin dans le bâtiment de Magellan Street, situé en face de la bibliothèque de Lismore.  

C’est le foyer des francs-maçons de la région depuis près de 100 ans.

Le vénérable maître de la loge Northern Rivers, Allan Ridgewell, a déclaré que les francs-maçons se rassemblaient à Lismore depuis le milieu des années 1800 et avaient construit la loge dans les années 1920 à 1930.

« Nous avons fait tellement de choses pour Lismore au fil des ans ; c’est tellement triste de voir cela arriver »

M. Ridgewell a déclaré que la plupart des meubles et des biens de la loge avaient été perdus lors de l’inondation de 2022, mais que les dons d’autres loges et de la communauté ont permis aux francs-maçons de réintégrer la loge.

« Nous avons eu une réunion de loge là-bas mercredi dernier », a-t-il déclaré. 

« Nous étions en train de reconstruire après l’inondation. »

Un incendie rugissant avec de la fumée et du feu alors qu'un bâtiment brûle.
L’incendie s’est déclaré à l’arrière du Lismore Masonic Hall aux premières heures de mercredi. ( Fourni par Nathan Kelly )

« On pouvait sentir la chaleur »

Nathan Kelly, un habitant de Lismore Heights, a décrit avoir vu un nuage orange briller dans le CBD alors qu’il allait nourrir ses chiens tôt ce matin et est allé enquêter.

« On aurait dit que tout allait exploser. On sentait la chaleur des flammes », a-t-il déclaré.

Des pompiers avec des maisons sur un bâtiment effondré.
L’arrière de la loge maçonnique a été détruit par le feu. ( ABC North Coast : Kim Honan )

« C’était vraiment triste de voir le bâtiment dans cet état. 

« J’ai de la famille qui fréquentait le théâtre là-bas, ma fille l’utilisait pour danser, ma sœur l’utilisait pour danser quand elle était enfant. »

L'extérieur d'un bâtiment orné détruit par un incendie avec un camion de pompiers devant.
La façade du bâtiment est toujours debout après l’incendie. ( ABC North Coast : Cath Adams )

Scène de crime établie

Fraser Hindry, commandant par intérim des pompiers et des secours de Nouvelle-Galles du Sud, a déclaré que l’incendie était bien établi à l’arrière du bâtiment en bois lorsque les équipes sont arrivées. 

« Il s’est propagé jusqu’au toit du bâtiment principal, qui est un bâtiment en maçonnerie, et malheureusement le toit s’est effondré », a-t-il déclaré.

« Le contenu de la loge est assez endommagé. »

M. Hindry a déclaré qu’il n’y avait personne dans le bâtiment au moment de l’incendie et qu’aucun blessé n’avait été signalé.

Deux pompiers tiennent des lances à incendie alors qu'ils se tiennent à côté de camions de pompiers à l'extérieur du Lismore Masonic Hall
Les pompiers sont arrivés et ont trouvé le puits du Lismore Masonic Hall en flammes. ( ABC News : Cath Adams )

Bien que la façade ornée du bâtiment soit toujours debout, l’arrière du bâtiment et une autre structure derrière le hall principal ont été détruits. 

« C’est une scène de crime. Ces choses sont des scènes de crime jusqu’à preuve du contraire », a déclaré M. Hindry.

Vivre-ensemble : le cache-misère. Place à la Concorde universelle

Permettons-nous d’ouvrir un chantier sous la voûte étoilée. Non pour vernir des mots à la mode, mais pour éprouver la justesse de notre langage. Depuis trop longtemps, « vivre-ensemble » tourne en rond comme une pièce usée. Le syntagme rassure, anesthésie, donne l’illusion d’un accord quand il n’y a souvent qu’une juxtaposition de solitudes.

Gérard Collomb, 2013

Notre Frère Gérard Collomb (OE) qui fut sénateur-maire de Lyon, Président du Grand Lyon, l’avait dit avec une lucidité tranchante : aujourd’hui en France, nous vivons côte à côte ; demain, nous risquons de vivre face à face. Le « vivre-ensemble » n’a rien empêché de cette dérive ; il l’a parfois recouverte d’une couche de communication.

Universelles, la paix et la concorde? Vraiment (Deux hommes qui luttent, GOya, source Wikipedia)

Ce mot-valise a prospéré dans les brochures et les appels à projets.

Il comble l’embarras devant le conflit réel : conflits de mémoires, d’intérêts, de récits, de croyances, de rythmes de vie. Il fait comme si nous pouvions cohabiter sans consentir à une mesure commune, sans loi partagée, sans architecture de la parole. Il substitue au labeur du lien la promesse d’une paix par simple contiguïté. Nous savons par l’atelier et par la vie qu’aucune fraternité ne naît de la seule juxtaposition de pierres : il faut l’équerre, le fil à plomb, la patience cordiale du trait qui donne tenue à l’ensemble.

Viendra l’objection : n’est-ce pas mieux que rien ?

Non, si ce « mieux que rien » entretient le RIEN. Les formateurs sérieux sur la laïcité se gardent désormais de ce cache-misère et lui préfèrent des mots qui nomment le réel. Rendons à notre tradition son exigence : le terme juste existe, Concorde universelle.

Concorde, paix qui résulte de la bonne entente…

La Concorde n’est pas un consensus mou. Elle vient de la musique et du droit : cum-cor-da, les cœurs et les cordes accordés selon une mesure. Elle reconnaît la pluralité des voix, assume la tension des intervalles, refuse l’unisson factice. Elle n’a pas peur du désaccord ; elle le met en forme. Elle ne confond pas égalité et indistinction ; elle cherche l’harmonie par la loi commune. Elle exige un art : l’oreille, la main, la règle. C’est une pratique, non une affiche. Sa finalité n’est pas de survivre côte à côte, mais de viser la cité juste : se contredire sans se haïr, s’opposer sans se détruire, se séparer sans se renier.

Universelle, elle déborde les périmètres administratifs et les sociologies de quartier. Elle suppose un horizon plus haut que nos appartenances, une verticalité symbolique qui donne souffle et direction. « Universelle » parce que la mesure qu’elle propose se dit en droit, en dignité, en liberté de conscience, en laïcité véritable comme hospitalité des convictions. Là où le « vivre-ensemble » s’épuise en événements aimables, la Concorde universelle bâtit des institutions, des usages, des rites de parole, des communs symboliques. Elle réclame des lieux, des formes, des règles du jeu, une éducation au débat, à l’argument, au désaccord fécond. Elle convoque justice et justesse : non la sensiblerie, mais la rectitude.

Il est donc judicieux, pour des francs-maçons qui prétendent œuvrer au progrès matériel et moral de l’Humanité, d’abandonner les termes essorés qui n’agrippent plus le réel. Notre pays est déchiré ; nos mots doivent porter. Passons à la vitesse supérieure. Disons Concorde universelle et agissons en conséquence.

Cela implique un changement d’outillage

Substituer aux slogans des formes opératives, préférer aux vœux pieux des protocoles de discussion, troquer l’émotion répétée contre la médiation instituée, replacer la laïcité dans son sens plein d’hospitalité des convictions plutôt que dans l’incantation défensive. Nous n’avons pas à multiplier les colloques pour proclamer l’entente ; nous avons à régler des litiges de voisinage symbolique, à réapprendre la grammaire du contradictoire loyal, à rouvrir des maisons communes où la parole est tenue par une règle qui protège et oblige.

Blason GODF

Le Grand Orient de France, première obédience du pays, issu des Lumières et fidèle à son mandat – travailler à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité – possède précisément les leviers pour opérer cette translation. Défendre l’idéal républicain, c’est faire vivre la démocratie, la laïcité, la solidarité, la dignité humaine par des dispositifs éprouvables : charte de débat qui bannit l’invective, circuits d’écoute et de réponse, formation au raisonnement contradictoire, ateliers d’éducation civique réellement ouverts, partenariats avec les acteurs culturels et sociaux pour rétablir une mesure commune. La franc-maçonnerie offre des outils de recherche personnelle, philosophique, spirituelle ; mettons-les au service de la cité en explicitant la méthode : écouter pour comprendre et non pour répliquer, formuler des désaccords argumentés, chercher la règle partagée, accepter la décision, en répondre ensuite par des actes publics reconnaissables.

Liberté, Égalité, Fraternité
Liberté, Égalité, Fraternité

Concrètement, tout commence par des mots qui tiennent debout, parce qu’ils s’incarnent. Dire Concorde universelle, c’est promettre que nos rencontres ne seront ni bulles d’air ni vitrines, mais chantiers : tailler la pierre des préjugés, régler la trame des malentendus, dresser des arcs capables de porter du poids. C’est annoncer que nos loges et nos fondations ne se contentent plus d’« événementiel », mais assument la longue patience du lien civique : écoles de parole, cliniques de la dispute, comptoirs de médiation, bibliothèques de la pluralité, liturgies du débat qui posent des bornes et donnent une forme.

Nous n’avons pas besoin d’un « vivre-ensemble » qui s’effiloche sur les affiches. Nous avons besoin d’une Concorde universelle vérifiable dans les gestes : tenue des mots, exactitude des engagements, architecture des désaccords. Alors seulement, le « côte à côte » cessera d’annoncer le « face à face » ; il deviendra un ensemble accordé, où chaque voix trouve sa place parce qu’une mesure commune l’y appelle. Nous connaissons l’instrument et la partition ; il nous reste à jouer juste… et fort.

Franc-maçonnerie : la GLMU s’installe à La Réunion et s’explique sur zinfos974

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De notre confrère zinfos974.com – Par Pierrot Dupuy

La Grande Loge Mixte Universelle (GLMU), née en 1973 dans la foulée de Mai 68, défend une franc-maçonnerie mixte, laïque et sans hiérarchie. Lors d’un récent déplacement à La Réunion pour « allumer les feux » d’une nouvelle loge, son Grand Maître, Bernard de Koker, explique les valeurs et l’ouverture de cette obédience encore méconnue du grand public.

Fondée par l’ingénieur Raymond Jalut et la résistante féministe Éliane Brault, la GLMU s’est construite dans un esprit d’émancipation. « À l’époque, seuls les hommes pouvaient travailler au rite français. Nous avons voulu créer une obédience mixte et égalitaire », rappelle Bernard de Koker. Contrairement à d’autres structures plus verticales, la GLMU se distingue par une organisation sans hiérarchie, articulée autour de loges autonomes réunissant hommes et femmes autour de valeurs humanistes et républicaines.

Entrer en franc-maçonnerie n’a rien d’un mystère occulte, insiste le Grand Maître. Le parcours est avant tout personnel et encadré : lettre de motivation, enquêtes internes, passage sous le bandeau… « On cherche à comprendre la démarche de la personne, sa recherche spirituelle ou symbolique, mais aussi son adhésion à nos valeurs. Une appartenance à un mouvement extrémiste est incompatible avec la maçonnerie », souligne-t-il.

« Il faut sortir, aller vers les gens. Sinon, on laisse la place aux théories complotistes »

Si certains imaginent encore des secrets cachés, la réalité est toute autre. « Le secret, c’est de ne pas révéler l’appartenance d’un frère ou d’une sœur », explique-t-il, rappelant que cette discrétion découle du traumatisme de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les nazis ont persécuté les francs-maçons en France. « En Angleterre, les loges s’affichent dans les universités. En France, on a longtemps vécu cachés. Aujourd’hui, nous voulons nous ouvrir à l’extérieur pour expliquer qui nous sommes et éviter les fantasmes. »

Cette ouverture passe aussi par la participation à des événements publics. La GLMU, basée à Montreuil, tient désormais des stands lors de journées associatives pour échanger avec le public. « Il faut sortir, aller vers les gens. Sinon, on laisse la place aux théories complotistes », insiste Bernard de Koker, lucide sur la montée des extrêmes mais confiant dans la force de l’explication.

En visite récemment à La Réunion, le Grand Maître a accompagné la création d’une nouvelle loge baptisée Adelphité. « Nous venons allumer les feux, c’est-à-dire mettre en place cette loge », précise-t-il. Un symbole fort pour une obédience qui revendique la fraternité, la mixité et l’engagement citoyen.

Guide à l’usage du franc-maçon Kadosh – 30eme degré du R.E.A.A.

Au cœur de cette œuvre où se tissent les fils invisibles de la quête spirituelle et des mystères voilés par les siècles, Daniel Comino nous convie à une traversée intime du trentième degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, ce chevalier Kadosh dont le nom même, murmuré en hébreu comme un appel à la sacralité, évoque les échos d’une consécration qui transcende les limites du visible,

et c’est précisément dans la préface rédigée par Christian Confortini, Souverain Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais, Suprême Conseil du 33e degré en France – Grand Orient de France,

Christian Confortini, Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais – Grand Orient de France
Christian Confortini, Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais – Grand Orient de France

que s’amorce cette immersion, avec une gravité qui rappelle combien il s’avère ardu d’invoquer les luttes ardentes de notre existence terrestre lorsque, en tant que francs-maçons, nous nous employons inlassablement, par-delà les distinctions de titres, de grades et de qualités, à réunir ce qui demeure épars, tant au sein de nos loges que dans les vastes étendues du monde profane, une assertion qui infuse d’emblée l’ouvrage d’une dimension fraternelle et unificatrice, transformant le guide en un appel à l’harmonie intérieure face aux discordes extérieures.

Nous, voyageurs des arcanes maçonniques, sentons dès les premières pages comment Daniel Comino, avec une finesse qui épouse les contours de l’âme initiée, déploie un tapis de réflexions où l’histoire se fond dans le symbole. Le rituel devient le miroir d’une humanité en perpétuelle ascension vers la lumière intérieure.

Daniel Comino, dont le parcours s’ancre dans les profondeurs de la tradition française, ayant d’abord embrassé le Rite Français pour ensuite gravir les trente-trois marches du Rite Écossais Ancien et Accepté au sein du Grand Orient de France, incarne cette figure d’explorateur des rites qui, au-delà des honneurs et des grades, interroge les racines anthropologiques de nos cérémonies.

Son ouvrage antérieur dissèque plus de deux cent cinquante rituels avec une acuité qui révèle les axes cachés de nos pratiques collectives. Cela transforme l’étude maçonnique en une cartographie vivante de l’esprit humain. Sa bibliographie, riche de contributions telles que ces analyses rituelles qui relient les fragments épars de nos héritages, enrichit le champ de la pensée initiatique. Chaque livre devient un pont vers une compréhension plus profonde. L’ésotérisme n’est pas une abstraction mais une respiration commune à tous ceux qui cherchent la vérité au-delà des voiles.

Dans cette méditation sur le Kadosh, nous percevons comment Daniel Comino tisse une toile où les archives du passé, exhumées des bibliothèques oubliées et des manuscrits patinés par le temps, se mêlent aux interrogations éternelles de l’initié. Notre regard plonge dans les abysses de la vengeance sacrée et de la justice divine qui imprègnent ce grade. Daniel Comino élève cette immersion en soulignant la tension inhérente à notre condition maçonnique.

Le rassemblement des éléments dispersés devient un combat contre les forces centrifuges de la division. Cela miroite les thèmes vengeurs et unificateurs qui traversent le rituel du chevalier. Le chevalier émerge comme l’archétype de celui qui défie les tyrannies, qu’elles soient temporelles ou intérieures. Il rappelle ces croisades spirituelles où le combat extérieur reflète une guerre contre les ombres de soi-même.

L’auteur nous rappelle que cette défiance s’inscrit dans une éthique de réunion. La quête du Kadosh se transforme en un acte de pacification cosmique. Nous sentons vibrer, à travers les descriptions minutieuses des évolutions rituelles, comment ce degré puise aux sources hermétiques, alchimiques même. La montée vers le sacré devient une alchimie personnelle. Le plomb des passions profanes se transmute en or de la sagesse. Daniel Comino encadre cette transmutation comme un effort perpétuel pour transcender les combats vivaces. Le symbolisme ésotérique se relie à une pratique quotidienne de fraternité.

Les symboles, ces gardiens muets des secrets, se déploient sous nos yeux comme des constellations guidant le pèlerin. Du crâne contemplé dans la chambre de réflexion à l’échelle mystique qui relie terre et ciel, ils évoquent les liens indissolubles avec les traditions kabbalistiques et les mystères chrétiens qui infusent le rite. L’expérience ne se confine jamais à une dogmatique rigide. Elle s’ouvre à une pluralité de lectures où chaque frère trouve l’écho de sa propre quête. Daniel Comino agit comme un seuil initiatique. Il nous incite à percevoir ces symboles non comme des reliques inertes mais comme des outils pour rassembler l’épars, pour guérir les fractures de l’existence.

Dans cette ouverture réside la beauté profonde de l’œuvre de Daniel Comino. Nous y discernons une invitation à revivre le rituel non comme une répétition mécanique mais comme une immersion dans les courants souterrains de l’histoire maçonnique. Les figures des templiers persécutés et des justiciers bibliques se superposent pour former un palimpseste vivant. Le Kadosh n’est pas seulement un grade mais un état d’être. C’est une vigilance éternelle contre les chaînes de l’ignorance. Daniel Comino élève cette vigilance au rang d’une mission collective. Le maçonnique transcende l’individuel pour embrasser le monde dans son entièreté.

Nous, qui avons foulé ces sentiers initiatiques, ressentons dans ses lignes une résonance personnelle. Daniel Comino, par sa maîtrise des sources anciennes – ces parchemins jaunis qui portent les traces des mains de nos prédécesseurs – nous tend un miroir où se reflète notre propre progression. Des ténèbres initiales vers cette lumière qui, une fois atteinte, révèle d’autres ombres à conquérir. L’auteur amplifie ce miroir en nous rappelant que cette progression s’inscrit dans un effort constant pour unifier. Pour apaiser les combats intérieurs et extérieurs qui définissent notre humanité. L’ésotérisme ici n’est pas un voile opaque mais une transparence graduelle.

C∴ K∴ S∴ et décor maçonnique au-dessus d’une porte de maison du village d’Irancy

Les thèmes religieux se fondent dans une philosophie humaniste. Le chevalier se relie à la grande chaîne des traditions spirituelles, des mystères égyptiens aux enseignements gnostiques. Cela forme une harmonie qui élève l’individuel au collectif. Daniel Comino invoque cette harmonie comme le cœur même de notre engagement maçonnique.

À mesure que nous progressons dans cette lecture, une contemplation s’installe. Les nuances philosophiques du grade se révèlent comme des strates d’un édifice intérieur. Elles invitent à questionner la nature même de la sainteté.

Ce Kadosh, au-delà de sa connotation hébraïque, incarne la séparation d’avec le profane pour embrasser le divin en soi. Daniel Comino présente cette sainteté comme un rassemblement actif, un acte de volonté contre la dispersion. Avec une subjectivité qui assume pleinement son engagement maçonnique, Daniel Comino nous guide vers cette interiorité.

Le symbolisme n’est pas décrypté froidement mais vécu comme une pulsation vitale. Il relie le chevalier à la grande chaîne des traditions spirituelles. Daniel Comino nous engage à vivre cette pulsation comme un appel à l’unité. Le guide se transforme en un testament vivant de la franc-maçonnerie.

Nous percevons ainsi comment ce guide transcende le simple exposé pour devenir un compagnon de route. Il éveille en nous des échos de rituels passés. La lame du glaive symbolique tranche non seulement les illusions mais aussi les liens qui entravent l’âme. Cela ouvre sur une vision où l’initiation est une perpétuelle renaissance. Un dialogue ininterrompu avec les ancêtres spirituels qui veillent depuis les loges célestes.

Daniel Comino initie ce dialogue en nous rappelant notre devoir de rassembleurs dans un monde fragmenté. Dans cette réflexion qui s’écoule comme un fleuve initiatique, nous embrassons pleinement la portée de l’œuvre. L’histoire du rite se mue en une parabole de notre propre évolution. Nous rappelons que le vrai chevalier Kadosh réside en chacun. Prêt à affronter les dragons intérieurs pour atteindre cette sacralité qui unit tous les frères sous l’œil vigilant de l’Architecte. Daniel Comino approfondit cette parabole en nous invitant à voir dans chaque combat une opportunité de réunion.

L’auteur, par cette contribution, enrichit notre héritage. Il nous lègue non un savoir figé mais une flamme vivante. Propice à illuminer les sentiers futurs de la franc-maçonnerie. Daniel Comino attise cette flamme dès l’orée du texte. Nous conviant à une fraternité active et éternelle.

Et c’est en explorant les strates historiques du grade, des origines tumultueuses aux controverses qui ont agité les obédiences, que Daniel Comino révèle comment le Kadosh a évolué, intégrant des rituels philosophiques qui transcendent les époques, des tulipes modernes aux échelles apparentes qui escaladent les mystères, reliant les degrés inférieurs au sommet sacré, invitant chaque initié à une contemplation plus vaste des symboles vivants qui unissent passé et présent dans une quête inextinguible de vérité.

Guide à l’usage du franc-maçon KADOSH – 30eme degré du R.E.A.A.

Préface de Christian Confortini – Souverain Grand Commandeur du Grand Collège des Rites du GODF

Daniel CominoConform édition, 2025, 192 pages, 17 € / 20€ port inclus

Conform édition, le site

22/11/25 – Écospiritualité : une rencontre exceptionnelle au carrefour des savoirs

Dans un monde où l’urgence écologique se fait chaque jour plus pressante, une initiative précieuse verra le jour le 22 novembre prochain à Paris. La Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (l’Alliance) ouvre ses réflexions au public pour une journée consacrée à l’écospiritualité, concept novateur qui propose de réconcilier notre rapport au monde et à nous-mêmes.

Entrée libre et gratuite. Inscriptions ici

Un plateau d’exception

Conférence publique

Ce qui frappe d’emblée dans cette conférence-débat, c’est la diversité et la complémentarité des intervenants. Des scientifiques comme Alain Piquemal et Jean-René Dalle y côtoieront des figures emblématiques de l’engagement écologique telles que Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement. La dimension spirituelle sera portée par Michel Maxime Egger, héritier intellectuel de Pierre Rabhi, et par Françoise Bonardel, philosophe des religions.

La diversité et l’ambition de ce plateau illustre parfaitement l’ambition de cette journée : tisser des liens entre science, droit, philosophie et spiritualité pour apporter des réponses holistiques aux défis environnementaux de notre temps.

L’écospiritualité : bien plus qu’une écologie

Portrait Michel Maxime Egger 2020

L’originalité de cette rencontre réside dans son approche : l’écologie n’y est pas uniquement abordée sous l’angle technique ou politique, mais dans sa dimension profondément spirituelle. Comme l’expliquera Michel Maxime Egger, l’écospiritualité propose « un chemin vers la sobriété joyeuse » en transformant notre regard sur la nature et en redéfinissant la place de l’humain dans le vivant.

Cette journée exceptionnelle témoigne de l’esprit d’ouverture de l’Alliance qui, tout en restant ancrée dans ses valeurs symboliques et traditionnelles, s’engage résolument dans les questionnements contemporains. Une rare occasion de contribuer au débat public sur des enjeux cruciaux pour notre avenir collectif.

Un programme riche et stimulant

De l’état des lieux de notre planète aux questions juridiques soulevées par la Déclaration des Droits et Devoirs de l’Humanité, de l’approche maçonnique de l’écologie à la réflexion philosophique sur notre rapport au monde, la journée promet d’être intellectuellement stimulante et concrètement utile.

Ne manquez pas cette opportunité unique de participer à une réflexion collective qui transcende les clivages habituels pour proposer un regard neuf sur les enjeux écologiques de notre temps.

L’entrée est gratuite mais l’inscription est obligatoire sur shorturl.at/XnILo. Les places étant limitées, il est recommandé de s’inscrire rapidement pour assister à cet événement qui s’annonce comme un moment fort de la réflexion écologique en France.

Rendez-vous le 22 novembre, de 9h30 à 17h30, à l’Espace Marc Boegner (Paris XVIe, métro La Muette) pour une journée au croisement des enjeux écologiques et spirituels

1725 : Quand la Lumière prit racine en France…

Le tricentenaire de la fondation de la première loge maçonnique en France, que la franc-maçonnerie universelle* célèbre en 2025, marque un jalon historique majeur, couvrant trois siècles d’une sociabilité qui a profondément influencé la vie intellectuelle, politique et culturelle du pays.

N°12, rue de Buci, paris

De 1725, date de l’implantation présumée de la loge Saint-Thomas à Paris par des exilés britanniques, à 2025, cette commémoration met en lumière l’évolution d’un ordre qui, né dans un contexte de tensions religieuses et de ferment philosophique, s’est transformé en un pilier de la laïcité et de la réflexion républicaine.

Inspiré des travaux pionniers de Séverine Dupuis, dont la thèse doctorale en cours explore la franc-maçonnerie parisienne comme une « sociabilité en mouvement » au XVIIIe siècle, et des recherches exhaustives de Pierre-Yves Beaurepaire sur les réseaux maçonniques européens, ce dossier étendu argue que la franc-maçonnerie n’est pas seulement un phénomène associatif, mais un vecteur dynamique de circulation des idées et des hommes, naviguant entre oppositions et innovations.

1725 – 2025 Trois siècles de franc-maçonnerie en France, 1re de couv., détail

En 2025, les commémorations, portées notamment par le Grand Orient de France, se sont déployées en plusieurs temps : la diffusion en juin du documentaire 1725-2025, Trois siècles de Franc-Maçonnerie en France, où interviennent – dans l’ordre –

Nicolas Penin à, l’époque Grand Maître du GODF

Nicolas Penin (alors Grand Maître du GODF et président du musée de la Franc-Maçonnerie), Lucie Masse (chargée des publics et de la médiation), Laurent Segalini (conservateur du musée) et Pierre Mollier (alors directeur de la bibliothèque et des archives du GODF, ancien conservateur du musée) ; une conférence publique le 25 juin sur les origines des loges Saint-Thomas et Louis d’Argent ; et, à l’occasion des Journées européennes du Patrimoine des 20-21 septembre 2025, l’ouverture de temples maçonniques au public pour des immersions historiques.

Laurent-Segalini
Laurent-Segalini

Ces actions, au-delà de la célébration, réinvestissent des chantiers historiographiques autrefois abandonnés, comme l’étudie Séverine Dupuis dans son analyse de la loge Saint-Louis, émergée juste avant la naissance du GODF en 1773.

Pierre-Yves Beaurepaire, quant à lui, élargit le cadre à une perspective européenne, démontrant comment les loges ont transcendé les frontières, favorisant une « fraternité universelle » malgré des pratiques discriminatoires.

Cet argumentaire étendu s’appuie sur des sources primaires et secondaires pour démontrer la résilience et l’adaptabilité de l’ordre face aux défis historiques.

Le contexte historique qui nous intéresse est bien celui de l’implantation et des premiers développements (1725-1738) de l’arrivée de la franc-maçonnerie en France autour de 1725.

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L’art royal s’inscrit donc dans un mouvement plus large de transfert culturel depuis l’Angleterre, où les Constitutions dites d’Anderson de 1723 ont codifié la maçonnerie spéculative. À Paris, la loge Saint-Thomas, fondée par des jacobites exilés, représente le berceau français, suivie par des ateliers comme le Louis d’Argent. Cette phase initiale voit une expansion rapide : de quelques loges en 1725 à une dizaine en 1738, avec une implantation provinciale à Bordeaux dès 1732.

Séverine Dupuis – contributrice aux Chroniques d’histoire maçonnique (CHM) – contextualise cela dans les relations anglo-françaises post-Traité d’Utrecht (1713), où Paris, centre de mondanité aristocratique, devient un hub pour ces nouvelles sociabilités.

Pierre-Yves Beaurepaire son directeur de thèse – discipline ‘’Histoire et civilisations des mondes moderne et contemporains’’ ; 2019, Université Côte d’Azur – argue que cette implantation n’est pas isolée, mais partie d’un espace maçonnique européen, où les loges agissent comme des nœuds relationnels transnationaux.

Sans s’attarder excessivement sur les détails internes, notons que ce mode associatif se distingue par son rituel secret et son égalitarisme symbolique, contrastant avec les académies royales ou les salons littéraires.

In Eminenti

Le climat politico-religieux en ce début de XVIIIe siècle

Les oppositions politico-religieuses marquent profondément les débuts, avec le cardinal de Fleury comme figure antagoniste jusqu’à sa mort en 1743, voyant dans les maçons des agents de sédition. La bulle papale In Eminenti de 1738 excommunie les membres, les accusant de promouvoir un naturalisme contraire à la foi catholique. Pierre-Yves Beaurepaire démontre que ces querelles s’inscrivent dans une perception de l’étranger (souvent britannique) comme menace, mais aussi comme opportunité d’ouverture culturelle.

Argumentant pour une résilience accrue post-1743, les sources montrent une acceptation progressive par l’État, bien que l’antimaçonnisme persiste via pamphlets, illustrant une tension entre tolérance naissante et conservatisme religieux. Séverine Dupuis ajoute que ces conflits influencent la constitution même des loges parisiennes, forçant une navigation subtile entre loyauté royale et réseaux internationaux.

Des débats philosophiques ?

Les loges émergentes deviennent des forums pour des débats philosophiques alignés sur les Lumières, promouvant tolérance, raison et philanthropie. Pierre-Yves Beaurepaire explore comment cette « fraternité universelle » coexiste avec des exclusions (genre, religion), stimulant des réflexions sur l’universalisme.

Encyclopédie

La traduction des Constitutions dites d’Anderson en 1742 par de la Tierce renforce ces idéaux, comme analysé par Labbé, tandis que la cantate de Clérambault en 1743 défend la moralité maçonnique contre les accusations.

Séverine Dupuis argue que ces espaces favorisent une « sociabilité en mouvement », où circulent idées déistes et scientifiques, préfigurant l’Encyclopédie.

Sans approfondir outre mesure, ces débats illustrent une transition vers une maçonnerie plus inclusive intellectuellement.

Évolution au XVIIIe siècle : vers la naissance du Grand Orient de France

Au-delà de 1738, la franc-maçonnerie française connaît une mutation sociologique et institutionnelle. Séverine Dupuis divise cela en trajectoires : d’une élite aristocratique initiale à une inclusion croissante des professions judiciaires vers 1773, année de fondation du GODF.

Argumentant pour une démocratisation relative, les sources montrent un accroissement des effectifs de 1770 à 1790, avec des loges comme Saint-Louis exemplifiant cette évolution.

Pierre-Yves Beaurepaire (Source Wikipedia)

Pierre-Yves Beaurepaire étend cela aux réseaux européens, où les loges facilitent des mobilités physiques et intellectuelles, liant Paris aux Antilles via le négoce.

Le GODF, codifiant rites comme le Français ou l’Écossais, marque une centralisation qui argumente pour une adaptation aux idéaux révolutionnaires imminents.

Quid des mobilités maçonniques et autres réseaux – déjà ? – transnationaux

Un argument clé de Séverine Dupuis et Pierre-Yves Beaurepaire est la mobilité. Les maçons circulent idées et biens, reliant l’Europe aux colonies. Ce dernier, dans L’Europe des francs-maçons – XVIIIe-XXIe siècles (Belin, coll. Alpha, 2018), démontre comment ces réseaux transcendent querelles nationales, favorisant une identité commune malgré les conflits. Séverine Dupuis insiste sur les liens avec les outre-mers, où le négoce antillais intègre des maçons, argumentant pour une globalisation précoce de la sociabilité. Cela élargit le débat philosophique à des questions d’universalisme et d’esclavage, préfigurant les tensions du XIXe siècle.

Blason GODF

La Franc-Maçonnerie face à la Révolution et aux siècles suivants

La Révolution de 1789 teste la résilience : bien que traversée par les idéaux maçonniques (liberté, égalité), l’ordre est persécuté sous la Terreur. Le GODF renaît sous l’Empire, avec Napoléon favorisant une centralisation. Au XIXe, scissions et croissance : le GODF devient un bastion laïque, influençant la IIIe République. Argumentant pour une pertinence continue, les travaux montrent une adaptation aux défis modernes, comme la mixité en 1893.

Finalement, ce tricentenaire en 2025, quelles réflexions contemporaines mais surtout quel héritage

En 2025, le tricentenaire revitalise ces débats… Mais les Journées européennes du patrimoine 2025 montrent des ouvertures de temples de plus en plus nombreux soulignant l’héritage vivant.

Pierre-Yves Beaurepaire, dans des entretiens récents, réfute les théories conspirationnistes, affirmant la transparence croissante.

Cela argumente pour une franc-maçonnerie comme espace de dialogue face aux divisions sociétales actuelles, reliant passé et présent.

Les Constituions d’Anderson (1723) – musée de la franc-maçonnerie ; Hôtel du Grand Orient de France.
Les Constituions d’Anderson (1723) – musée de la franc-maçonnerie ; Hôtel du Grand Orient de France.

De 1725 à 2025, la franc-maçonnerie française évolue d’un mode associatif contesté à un pilier culturel, argumenté par les travaux de Séverine Dupuis et Pierre-Yves Beaurepaire comme une sociabilité dynamique. Sans s’appesantir sur les débuts, cet élargissement démontre sa capacité à intégrer querelles et débats pour forger une identité résiliente, pertinente pour les défis contemporains de tolérance et de fraternité.

*La franc-maçonnerie universelle, telle que définie dans les sources historiques et encyclopédiques, désigne l’ensemble des principes fondamentaux de la franc-maçonnerie moderne, ancrés dans les Constitutions dites d’Anderson de 1723, qui servent de charte universelle à l’ordre. Ces principes incluent explicitement la croyance en un Être Suprême (souvent désigné comme le Grand Architecte de l’Univers),

qui représente Dieu, ainsi que l’utilisation d’un Volume de la Loi Sacrée (VSL) – un livre saint comme la Bible, le Coran ou d’autres textes révélés – symbolisant la « volonté révélée » de cet Être Suprême. Ce VSL est placé sur l’autel lors des rituels et sert de fondement moral et spirituel, exigeant des membres une adhésion à une morale stricte, au respect des autorités civiles et à une liberté en matière de confession religieuse (sans imposer une religion spécifique, mais en excluant l’athéisme).

Loge d’adoption

Concernant l’acceptation des femmes, la franc-maçonnerie universelle dans sa forme traditionnelle et « régulière » (fidèle aux Constitutions d’Anderson) n’accepte pas les femmes en tant que membres initiés. Les obédiences dites « régulières et de tradition », comme United Grand Lodge of England (UGLE)

ou en France la Grande Loge Nationale Française (GLNF) sont exclusivement masculines, considérant l’initiation comme réservée aux hommes libres et de bonnes mœurs.

Historiquement, dès le XVIIIe siècle, des loges « d’adoption » permettaient une participation limitée des femmes (sans initiation pleine), mais cela n’équivaut pas à une adhésion égale. Cependant, la franc-maçonnerie au sens large inclut des branches « libérales » ou « adogmatiques » qui s’écartent de ces exigences strictes : elles n’imposent pas la croyance en Dieu ni l’usage d’un VSL, et acceptent les femmes (obédiences mixtes comme Le Droit Humain, fondé en 1893, ou la Grande Loge Féminine de France). Ces variantes, comme le Grand Orient de France (qui a supprimé la référence au Grand Architecte en 1877), ne sont pas reconnues comme « régulières » par les obédiences dites  »traditionnelles », mais elles se revendiquent tout de même de l’idéal maçonnique universel de fraternité et de tolérance.