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Le Codex Gigas : un géant médiéval entre savoir et légende diabolique

Dans les méandres de l’histoire médiévale, certains artefacts émergent comme des énigmes vivantes, défiant le temps et l’imagination. Parmi eux, le Codex Gigas, souvent surnommé la « Bible du Diable », se distingue par sa monumentalité et ses mystères. Ce manuscrit, le plus grand conservé de l’époque médiévale européenne, pèse environ 75 kilogrammes et mesure près d’un mètre de hauteur. Sa création a nécessité le sacrifice de la peau d’environ 160 animaux pour produire le vélin sur lequel il est écrit.

Codex Gigas, souvent surnommé la « Bible du Diable », Bibliothèque nationale de Suède

Mais au-delà de ses dimensions physiques impressionnantes, c’est son contenu encyclopédique et sa légende sulfureuse qui en font un objet de fascination, particulièrement pour ceux qui s’intéressent aux symboles ésotériques et aux quêtes spirituelles.

Originaire du début du XIIIe siècle

Ce colosse a vu le jour dans un monastère bénédictin de Podlažice, en Bohême – l’actuelle République tchèque. Une inscription interne révèle qu’il fut mis en gage en 1295 au monastère de Sedlec, avant de connaître un périple tumultueux. Pillée lors de la guerre de Trente Ans en 1648 par les troupes suédoises, l’œuvre a été emportée comme butin de guerre et se trouve aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de Suède, à Stockholm.

Codex Gigas, souvent surnommé la « Bible du Diable », Bibliothèque nationale de Suède

Exposé dans une vitrine sécurisée depuis 2013, il est accessible numériquement pour les chercheurs et les curieux du monde entier

Ce qui frappe d’abord, c’est l’unité de l’ouvrage : rédigé par une seule main, comme l’atteste l’uniformité de l’écriture, sa confection aurait demandé au moins deux décennies selon les estimations modernes. Composé de 310 folios – soit 620 pages –, le Codex Gigas n’est pas une simple Bible. Il s’agit d’une véritable somme du savoir médiéval, compilant :

  • une version complète de la Vulgate latine, de l’Ancien au Nouveau Testament ;
  • les œuvres historiques de Flavius Josèphe, comme Les Antiquités des Juifs et La Guerre des Juifs ;
  • Etymologiarum libri viginti communément appeléeEtymologiae ou Origines est une encyclopédie qu’Isidore de Séville (560-636), un pilier de la connaissance encyclopédique du Moyen Âge ;
  • des traités médicaux inspirés d’Hippocrate et d’autres autorités antiques ;
  • la Chronique de Bohême de Cosmas de Prague, offrant un regard sur l’histoire locale ;
  • des éléments plus ésotériques : un calendrier, des formules d’exorcisme, des incantations magiques et des illustrations symboliques.
Codex Gigas, souvent surnommé la « Bible du Diable », Bibliothèque nationale de Suède

C’est précisément cette dimension ésotérique qui nourrit la légende la plus célèbre associée au manuscrit

Selon un récit folklorique médiéval, un moine condamné à être emmuré vivant pour un crime grave aurait promis d’écrire en une nuit un livre renfermant tout le savoir humain afin d’expier sa faute. Incapable de relever le défi seul, il aurait invoqué Lucifer lui-même. Le diable, en échange de son âme, aurait achevé l’ouvrage et laissé son effigie comme marque indélébile. Cette histoire, bien que probablement inventée pour des raisons didactiques ou superstitieuses, explique la présence d’une pleine page dédiée au diable : une figure imposante, accroupie, aux bras levés, dotée de quatre doigts et orteils, vêtue d’un pagne en hermine symbolisant sa « royauté » infernale. Face à cette image, une représentation de la Cité Céleste souligne le dualisme éternel entre le bien et le mal – un thème récurrent dans les traditions spirituelles et philosophiques.

Codex Gigas, souvent surnommé la « Bible du Diable », Bibliothèque nationale de Suède

Des rumeurs persistent sur une malédiction entourant le Codex…

Comme maladies, incendies ou malheurs frappant ses possesseurs. Pourtant, la Bibliothèque nationale de Suède n’a rapporté aucun incident de ce genre, reléguant ces anecdotes au domaine du mythe. Dans un contexte maçonnique, où les symboles et les allégories occupent une place centrale, ce manuscrit invite à une réflexion plus profonde. Le diable y apparaît non comme une entité maléfique absolue, mais comme un archétype de la tentation du savoir interdit, rappelant les épreuves initiatiques où l’individu affronte ses ombres pour accéder à la lumière. Les formules d’exorcisme et les incantations évoquent les rituels ancestraux, écho aux quêtes humanistes et spirituelles qui animent les loges. Isidore de Séville, avec ses Étymologies, préfigure l’approche encyclopédique des Lumières, influençant indirectement les penseurs maçonniques qui valorisent la connaissance comme outil d’élévation.

Codex Gigas, souvent surnommé la « Bible du Diable », Bibliothèque nationale de Suède

Pour l’initié, approcher le Codex Gigas demande une lecture symbolique et stratifiée, bien au-delà d’une simple consultation linéaire

Il convient de commencer par la contemplation des illustrations centrales – la Cité Céleste et le diable – pour méditer sur le dualisme intérieur, en reliant ces images aux degrés initiatiques où l’ombre précède la lumière.

Ensuite, explorer les textes ésotériques comme les formules d’exorcisme, en les interprétant comme des outils de maîtrise personnelle, similaires aux rituels maçonniques. L’initié devrait lire de manière circulaire, en reliant la Bible à l’encyclopédie d’Isidore pour décrypter les étymologies comme des clés alchimiques du langage sacré. Enfin, intégrer la légende diabolique comme une allégorie de l’ambition spirituelle, en évitant les pièges de la superstition pour en extraire des leçons d’humilité et de persévérance. Cette approche transforme le manuscrit en un miroir de l’âme, favorisant l’élévation par la confrontation au savoir caché.

Aujourd’hui, le Codex Gigas reste un témoignage de l’ambition humaine

Aux yeux de beaucoup, c’est un effort titanesque pour capturer l’essence du monde dans un seul volume. Pour les francs-maçons et les amateurs d’ésotérisme, il symbolise la dualité inhérente à la quête de vérité – entre ombre et lumière, ignorance et sagesse. Dans un siècle où les savoirs numériques se fragmentent, ce géant médiéval nous rappelle l’importance de l’unité et de la persévérance dans la poursuite de l’idéal humaniste.

Codex Gigas, souvent surnommé la « Bible du Diable », Bibliothèque nationale de Suède

Qu’est-ce qu’un Franc-maçon du Grand Orient de France en 2025 pour un profane de 30 ans ?

(Étude fondÉe sur des travaux du GODF)

Introduction : une quête de sens dans un monde en ébullition

Imaginez un(e) trentenaire en 2025 : millennial tardif ou gen Z avancé, il navigue entre un job précaire boosté à l’IA, des alertes climatiques incessantes sur son feed TikTok, et une solitude masquée par des likes éphémères. La politique ? Un spectacle polarisé sur X, nommé Twitter jusqu’au 23 juillet 2023, où les débats virent au pugilat. La spiritualité ? Des podcasts wellness (bien-être) ou des mèmes ésotériques. Et la Franc-maçonnerie ? Pour beaucoup, un reliquat du XIXe siècle : tabliers, poignées de main secrètes, et théories du complot à la Da Vinci Code

jeunes ©kzenon

Pourtant, dans ce chaos, le Grand Orient de France – né en 1728 comme première Grande Loge de France, ayant pris sa forme et son nom actuels en 1773, aujourd’hui plus ancienne et plus importante obédience maçonnique d’Europe continentale, rassemblant plus de 1400 loges et plus de 52 000 membres en 2025 (certains avancent même le nombre de 56 000) – se pose comme un phare discret. Pas un club élitiste, ni un réseau d’influence occulte, mais un laboratoire initiatique où l’on forge son être pour mieux forger le monde.

Cette réflexion, inspirée de la synthèse de la Commission maçonnisme et juridictions du Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France (juin 2025), vise à démystifier : qu’est-ce qu’un Franc-maçon du Grand Orient de France pour vous, profane de 30 ans ? Un passe-temps codé ? Un engagement radical ? Ou un chemin vers une liberté authentique ? À travers un voyage en cinq actes – du désenchantement ambiant à l’engagement concret –, nous explorerons comment cette tradition vivante répond à vos aspirations : sens, communauté, action. En 2025, sous l’ère de Pierre Bertinotti (élu Grand Maître en août dernier après Nicolas Penin), le Grand Orient de France pulse au rythme des défis contemporains : refondation du pacte social, défense acharnée de la laïcité, et hommages vibrants à la liberté face à l’obscurantisme. Prêts à frapper à la porte du Temple ?

Le désenchantement de 2025 – pourquoi un jeune profane cherche-t-il un sens plus profond ?

En 2025, le monde tangue : inflation post-pandémie, intelligence artificielle qui vole des jobs, migrations climatiques, et un écran qui aspire l’âme. Vous, à 30 ans, avez peut-être un master en poche, un appartement en location, et un burnout larvé. Les réseaux sociaux promettent connexion, mais livrent isolement ; les ONG inspirent, mais épuisent ; les partis politiques rebutent par leur dogmatisme. C’est ce désenchantement maçonnique que pointe la Commission : non une crise interne, mais un miroir sociétal où l’engagement initiatique cède du terrain aux contingences quotidiennes. Autrefois, dans les années 1970, l’aspirant maçon – souvent jeune, comme vous – admirait les bâtisseurs de la République : figures humanistes irradiant progrès social et élévation morale.

Être maçon, c’était viser cette verticalité : un ordre supérieur de sens, où l’initiation marque une rupture existentielle. Aujourd’hui ? Le flux horizontal domine : influenceurs éphémères, algorithmes addictifs, et un idéal réduit à des stories Instagram. La Commission observe : absences aux tenues pour engagements conjugaux ou familiaux, signe d’une perte de primat à l’initiatique. Pas un jugement, mais un constat : la société a muté, ses désirs aussi.

Deux fractures expliquent ce décrochage. D’abord, des rivaux mieux armés – think tanks financés, fondations agiles – ont comblé le vide laissé par une maçonnerie parfois repliée sur ses rites. Ensuite, une anthropologie du désir : aux quêtes lentes d’accomplissement intérieur succèdent des entrepreneurs du moi, fugaces et auto-centrés.

Jeune ambitieux portant le monde dans sa main

Pour un profane de 30 ans, le Grand Orient de France n’apparaît plus dans l’imaginaire : archaïsme codé ? Société secrète mythifiée par Netflix ? Ou espace d’émancipation inexploré ? Pourtant, c’est ici que brille l’initié du Grand Orient de France : non un gardien de musée symbolique, mais un transformateur discret. Il incarne cette altérité que vous cherchez : un être complet, pensant-ressentant-agissant, accueillant la différence sans dogme. Dans une époque fragmentée, il offre l’union des contraires – horizons sociaux, culturels, spirituels croisés en loge –, forgeant une fraternité tolérante.

Baruch Spinoza l’aurait vu comme une puissance d’être joyeuse ; René Descartes comme un devoir raisonné. Pour vous ? Un antidote au vide : un lieu où le désir de soi rencontre l’exigence collective, où l’engagement n’est pas slogan, mais chemin.

Le secret démystifié – pas un voile, mais un miroir pour l’âme curieuse

La Flute enchantée de Mozart

Ah, le secret ! ce mot évoque pour beaucoup – et peut-être pour vous – des complots à la eyes wide shut (les yeux grands fermés). La Commission cite un article du National Geographic, média de référence dans la science et l’exploration : qu’ont en commun Jesse Jackson, George Washington, Mozart ? Tous Francs-maçons, membres de la plus grande société secrète du monde. Sensationnalisme garanti, mais vérité à moitié : le Grand Orient de France n’est pas une cabale cachant des codes occultes, mais une structure initiatique où le silence protège une métamorphose.

Le secret maçonnique n’est pas dissimulation, mais éthique : serment au premier degré sur l’équerre et compas, la Constitution, la coupe d’amertume – non pour taire des infos, mais pour sanctuariser une fidélité intérieure. C’est une porte vers l’introspection, un rite de passage franchissant un seuil ontologique : l’initié vs le profane. Historiquement vital (persécutions vichystes, dictatures modernes), il reste rempart pour le libre-penseur en 2025, où afficher sa laïcité peut coûter cher dans certains contextes.

Pour un profane de 30 ans, habitué aux leaks wikileaks (fuites Wikileaks – organisation non gouvernementale sans but lucratif fondée par Julian Assange en 2006, qui publie des documents classifiés…),  et à la transparence algorithmique, ce secret génère méfiance : signes visibles (gants, tabliers) sans clés symboliques, manifestations silencieuses sans banderoles. Soupçon d’entre-soi, d’élitisme, de réseautage occulte. La Commission le nomme malentendu : là où le frère voit un rite allégorique, l’observateur imagine un mot d’ordre complotiste. Comparons aux compagnons du Devoir : leur secret s’incarne en œuvres tangibles (savoir-faire) ; le nôtre, en invisible (savoir-être) – ce que l’on devient pour transformer le monde.

En 2025, le Franc-maçon du Grand Orient de France rayonne par sa discrétion rayonnante : dans le métro, anonyme ; dans la cité, éthique agissante. Il éveille la curiosité non par proclamation, mais par posture – silence profond, intégrité. Le site du Grand Orient de France, refondu comme recommandé, devrait suggérer sans trahir : inviter à pressentir le mystère, sans le profaner. Pour vous ? Le secret n’exclut pas ; il invite : un miroir révélant votre soif de vérité, loin des bulles numériques. Traverser ce seuil, c’est consentir au doute, à l’épreuve – et émerger transformé.

L’initiation comme chemin personnel – tailler sa pierre brute dans un monde poli à l’IA

Au cœur du Grand Orient de France : l’initiation, cette distinction essentielle incommunicable. Pas un badge LinkedIn, ni un MOOC (acronyme formé des initiales de massive open online course, en français cours en ligne ouvert à tous ou CLOT) philosophique, mais un processus intime de révélation. Pour un profane de 30 ans, c’est la promesse d’un travail de soi structuré : rituels symboliques, silence méditatif, échanges francs. La Commission insiste : sans cela, la loge devient routine vide ; avec, un laboratoire d’élévation.

Imaginez votre première tenue : dépouillé des masques profanes, vous affrontez le Cabinet de Réflexion – crâne, sablier, acide corrodant le métal. Symbole : dissoudre l’ego pour révéler l’essence. Grade après grade (apprenti, compagnon, maître), vous polissez votre pierre brute : instincts domptés, intellect affiné, esprit libéré. En 2025, face à l’IA qui mime l’humain, cette méthode manuelle – compas traçant limites, maillet frappant aspérités – ancre l’authenticité. C’est spinoziste : joie active dans un collectif augmentant votre puissance ; cartésien : lucidité méthodique triomphant passions.

Critères d’un engagement durable, pour vous ? Plaisir mystique (révélations intimes), lisibilité (travaux concrets changeant l’homme pour la société), dynamique de groupe (débat vivant, non doxa imposée), liberté intérieure (sans conformisme). La Commission alerte : loges en difficulté, surveillants mal formés, liens grades rompus risquent le décrochage. Mais quand ça marche ? Une fraternité intergénérationnelle : mentors de 60 ans croisant votre regard de millennial, horizons divers unis par la quête.

Pour un profane de 30 ans, l’initié du Grand Orient de France est ce alter ego éclairé : il a traversé le feu du doute pour en sortir plus résilient. Pas un gourou, mais un pair : il vous tend l’équerre pour cadrer vos rêves, le compas pour les élargir. En 2025, avec des débats sur l’éthique IA ou l’écologie spirituelle, c’est un coach existentiel gratuit – exigeant, joyeux, transformateur.

L’engagement citoyen – du temple à la rue, un appel à l’action collective

Façade du GOdF à Paris
Façade du GOdF à Paris 9e rue Cadet. Intérieur allumé.

Le Grand Orient de France n’est pas un nombrilisme rituel : changer l’homme pour changer la société, leitmotiv cardinal. Pour vous, 30 ans, désabusé par les pétitions en ligne inutiles, l’initié est un engagé concret : laïcité défendue bec et ongles, justice sociale impulsée via la fondation. Sous Pierre Bertinotti, focus sur le pacte social refondé : école laïque, démocratie vivifiée. Cinq atouts pour vous : 1) liberté adogmatique – refuge anti-polarisation ; 2) méthode symbolique pour se connaître via l’autre ; 3) fraternité réelle contre l’isolement digital ; 4) action pour l’intérêt général (droits humains, écologie), sans partisannerie ; 5) tradition futuriste – penser IA, climat avec profondeur historique. Rejoindre ? c’est s’engager pour une humanité plus juste : conférences publiques, manifestations inclusives, prix d’engagement valorisant les maçons actifs.

L’initié du Grand Orient de France ? Un citoyen exemplaire : discret en loge, rayonnant dehors. Pas un banquier de pouvoir, mais un bâtisseur : il répare la république par ses actes – mentorat local, plaidoyers laïques. Pour vous, c’est l’appel : d’un like passif à un tablier actif, œuvrant pour demain.

Recommandations pour 2025 – vers une maçonnerie vivante et ouverte

Salle de réunion, une main levée

La Commission tranche : le Grand Orient de France doit redevenir une promesse vécue. Sept axes pour vous attirer : 1) clarifier le projet – initiation transformante, rites diversifiés ; 2) accueillir mieux – cooptation responsable, formation renforcée ; 3) lisibilité externe – site refondu, conférences symboliques ; 4) visibiliser actions – témoignages podcasts, prix maçonnique ; 5) dialoguer société – partenariats citoyens, anti-secte pédagogique ; 6) dynamiser loges – débats philosophiques, parole libre ; 7) tradition-modernité – rituels sacrés + outils numériques, sans mimétisme ONG.

En 2025, cela matérialise : expositions, débats laïques en régions. Le Grand Orient de France refuse la transformation pour plaire : fidélité à l’essence, prolongée dans l’action.

Conclusion : une invitation à franchir le seuil – devenez le Franc-maçon que vous admirez

En 2025, un Franc-maçon du Grand Orient de France pour un profane de 30 ans ? Un frère en humanité : libre penseur adogmatique, initié joyeux, engagé républicain. Pas un fantôme du passé, mais un guide pour votre futur : dans un monde de flux, il offre durée, silence, élévation. La Commission l’affirme : à l’heure de la superficialité lassante, le Grand Orient de France a quelque chose à dire – si vécu pleinement.

Et vous ? Curieux de cette école de l’esprit ? Frappez à la porte : un site clair et ouvert vous attend, une loge vous accueillera. Qu’il s’agisse d’une loge en France, en outre-mer ou à l’étranger, quelque part des frères et des sœurs sont prêts à écouter vos questions, à entendre vos doutes, à partager leurs travaux.
Homme ou femme, si tu te reconnais dans les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité, sache qu’une loge n’est jamais loin pour t’offrir un lieu de réflexion, de rencontre et d’espérance.
Changer l’Homme – vous – pour changer la société. C’est l’essence du Grand Orient de France : une promesse, non un souvenir. En 2025, elle est plus urgente que jamais. À vos compas !

C’est Noël, offrez des cadeaux magiques ! Pensez aux jeux alchimiques de Laure Scheffel

À l’approche des fêtes de fin d’année, alors que les lumières scintillent et que l’air se parfume de cannelle et de sapin, il est temps de penser à des cadeaux qui sortent de l’ordinaire. Oubliez les objets éphémères et les gadgets impersonnels : cette année, offrez une expérience transformative, un voyage initiatique enveloppé dans l’élégance d’un jeu de société.

Jeu de l’Oie
Rébis

Chez Souffle d’Ombre, l’éditrice et créatrice Laure Scheffel nous invite à redécouvrir l’art ancestral de l’alchimie et des traditions hermétiques à travers deux jeux d’exception : Le Jeu de l’Oie et Rébis. Ces trésors ludiques, inspirés des mystères philosophiques, sont bien plus que des divertissements ; ils sont des portes ouvertes sur l’introspection, la réflexion et la magie du quotidien.

Parfaits pour les amateurs de spiritualité, d’histoire ou simplement pour ceux qui cherchent un cadeau original et éco-responsable.

Le Jeu de l’Oie : un parcours initiatique où l’écoute devient la clé de la victoire

Imaginez un classique revisité avec une profondeur inattendue. Le Jeu de l’Oie, inspiré des traditions hermétiques et alchimiques, transforme le célèbre plateau en un véritable chemin d’initiation. Son nom même cache un secret : « Oie » n’évoque pas la course effrénée, mais l’écoute attentive. Dans les mythes anciens, l’oie est la gardienne vigilante, celle qui entend les murmures invisibles et guide les âmes égarées. Ici, chaque case n’est pas un simple obstacle, mais un espace d’éveil où les symboles parlent à ceux qui savent les écouter.

Jeu de l’Oie, le livret

Le joueur s’embarque pour un voyage à travers 63 étapes symboliques – un nombre qui n’est pas choisi au hasard, représentant un cycle complet de transformation intérieure. De la descente dans le Cabinet de Réflexion jusqu’à l’illumination finale, on traverse les épreuves des quatre éléments : la Terre pour l’ancrage, l’Eau pour la fluidité émotionnelle, l’Air pour la clarté mentale et le Feu pour la passion transformatrice. Des motifs emblématiques jalonnent le parcours : le miroir brisé qui invite à la remise en question, la coupe amère symbolisant les épreuves de la vie, le puits des profondeurs intérieures, ou encore le labyrinthe des choix complexes.

Mais ce qui rend ce jeu unique, ce sont ses mécaniques ingénieuses. Certaines cases, comme celle du Pavé mosaïque, obligent à choisir une direction ou à rebrousser chemin pour mieux progresser, rappelant que l’équilibre naît du mouvement perpétuel. D’autres, baptisées « Questions du Philosophe », suspendent la partie pour une pause réflexive. Ces interrogations, teintées d’humour et de profondeur, vont de la légèreté (« Que feriez-vous si vous pouviez voler comme une oie ? ») à la méditation sérieuse (« Qu’est-ce que l’écoute véritable dans votre vie quotidienne ? »). Elles transforment la défaite en victoire : le « perdant » n’est pas puni, mais enrichi, car la voie initiatique n’est pas une compétition, mais un apprentissage partagé.

Fabriqué avec soin, ce jeu respire l’authenticité : la boîte est gainée à la main en Espagne, utilisant du carton et du papier recyclés, tandis que le livret et le plateau sont imprimés dans le sud de la France. Un cadeau éco-friendly qui allie beauté artisanale et durabilité, idéal pour des soirées hivernales en famille ou entre amis, où l’on rit autant qu’on s’interroge.

Rébis

Rébis : l’Art Royal de la transmutation, un trésor alchimique à explorer

Pour ceux qui préfèrent plonger au cœur de l’alchimie, Rébis est une invitation à l’aventure intellectuelle. Ce jeu de plateau, à mi-chemin entre culture générale et curiosité ésotérique, explore l’univers fascinant de la transmutation à travers 198 questions captivantes. Histoire, mythes, légendes, principes scientifiques et philosophiques s’entremêlent pour révéler comment l’alchimie a influencé l’humanité, bien au-delà des clichés de la pierre philosophale.

Rébis

Rencontrez les grandes figures qui ont marqué cette discipline : de Zozime de Panopolis, l’un des premiers alchimistes connus, à Nicolas Flamel, le légendaire immortel parisien ; en passant par Rodolphe II, empereur mécène des arts occultes, Isaac Newton, le scientifique secret alchimiste, ou encore des femmes influentes comme Diane de Poitiers, Catherine de Médicis et Marie la Juive, inventrice du bain-marie. Chaque question est une anecdote inattendue, une découverte qui lie science, art et philosophie dans la quête éternelle de transformation de la matière.

Le plateau est structuré autour des trois phases du Grand Œuvre alchimique : le noir de la dissolution (où l’on déconstruit les illusions), le blanc de la purification (pour clarifier l’essence) et le rouge de l’accomplissement (la renaissance). Deux modes de jeu s’offrent aux joueurs : une version courte, où six pierres suffisent pour remporter la partie, parfaite pour une soirée rapide ; ou la partie complète, exigeant neuf pierres pour achever le Grand Œuvre, pour les passionnés prêts à une immersion totale.

Et quel plaisir tactile !

Le jeu inclut 40 pierres naturelles polies – jaspe pour la stabilité, aventurine pour la chance, quartz pour la clarté, améthyste pour la spiritualité, cornaline pour l’énergie, amazonite pour l’harmonie, œil de tigre pour la protection, et agate mousse pour la connexion à la nature. Comme pour Le Jeu de l’Oie, la boîte est gainée à la main en Espagne avec des matériaux recyclés, et les contenus imprimés localement en France. Un objet de collection qui allie esthétique et éthique.

Souffle d’Ombre : une maison d’édition dédiée à l’éveil créatif

Derrière ces jeux se cache Souffle d’Ombre, une maison d’édition indépendante fondée par Laure Scheffel, qui marie son expertise en vidéo (son premier métier) à une passion pour les arts hermétiques. Sur le site officiel vous découvrirez non seulement ces jeux, mais aussi d’autres projets inspirants, comme la revue Chemins de traverse, un espace de réflexion poétique et philosophique.

Et pour suivre les coulisses ?

Laure vient d’ouvrir un compte Instagram. Attendez-vous à des posts captivants : étapes de création, visuels en élaboration, vidéos immersives, et teasers sur de futurs projets. C’est l’occasion idéale pour plonger dans l’univers de Souffle d’Ombre et trouver l’inspiration pour vos cadeaux de Noël.

En cette saison de partage, optez pour des présents qui nourrissent l’âme. Le Jeu de l’Oie et Rébis ne sont pas seulement des jeux ; ils sont des invitations à l’émerveillement, à la connexion et à la transformation personnelle.

Disponibles chez Souffle d’Ombre, ils feront briller les yeux de vos proches, Frères, Sœurs, amis(ies) profanes, sous le sapin.

Joyeux Noël, et que la magie opère !

Laure-Scheffel

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De la Llotja à l’Infini

L’Équerre et le Compas face à l’Histoire de Perpignan

1.1 Introduction : Le Cadre et les Enjeux Symboliques

La ville de Perpignan, carrefour historique entre la France et la Catalogne, offre un terreau unique pour l’étude de la Franc-Maçonnerie. Au-delà des figures populaires (le « Centre du Monde » de Dalí), elle fut un bastion des Lumières aux marges du royaume, un lieu où la règle civique (l’Équerre) et l’idéal universel (le Compas) se sont affrontés et entremêlés.

1.2. Le Cadre de l’Étude : La Querelle des Pavés

Ce travail explore la tension entre Loi et Idéal à travers un dialogue fictif, mais nourri de sources historiques, entre deux frères maçons :

• Auguste (L’Équerre) : ancien magistrat, figure de la rectitude, garant de l’Ordre et de l’action publique.

• Célestin (Le Compas) : professeur, esprit critique de l’action temporelle, défenseur de l’universel et du dépassement philosophique.

La rencontre se déroule dans le Temple des Amandiers, le plus ancien temple actif de Perpignan. Ce lieu n’est pas choisi au hasard : il incarne la Vigilance et la Permanence de l’Ordre au fil des siècles, mais aussi la mémoire des pierres de la cité. Les pavés qui mènent au temple deviennent le théâtre invisible de la querelle :

• Pour Auguste, ils sont la preuve tangible de la stabilité civique, la rectitude inscrite dans la ville.

• Pour Célestin, ils sont au contraire une frontière figée, empêchant le cercle du Compas de s’élargir vers l’infini.

Et comme le dit malicieusement Célestin en posant son pied sur une dalle un peu bancale :

« Tu vois, Frère, même les pavés hésitent entre l’Équerre et le Compas… ils penchent, ils résistent, ils rappellent que la rectitude parfaite n’existe que dans nos discours ! »

Ainsi, la « Querelle des Pavés » n’est pas seulement un débat d’idées : elle est une mise en scène initiatique, où chaque pas dans la ville rappelle la tension entre l’ancrage local et l’ouverture universelle, entre la rectitude de l’Équerre et l’élan du Compas.

1.3. La Cité comme Temple : Pavés et Façades

Au-delà du Temple des Amandiers, c’est la ville entière qui se présente comme un temple à ciel ouvert. Les pierres de Perpignan, façades et pavés, deviennent les témoins silencieux de la tension entre Loi et Idéal.

• Les pavés : usés par les siècles, ils rappellent la rectitude de l’Équerre, mais aussi l’imperfection humaine. Chaque irrégularité est une leçon : la Loi peut être tracée, mais jamais parfaitement appliquée.

• Les façades : sculptées par les bâtisseurs, elles sont des « planches tracées » dans la pierre. Elles rappellent que la cité est une loge élargie, où l’architecture devient langage maçonnique.

• Les places : lieux de confrontation et de débat, elles sont le théâtre où l’Équerre et le Compas se croisent dans la vie publique.

Célestin, avec son ironie coutumière, aime à dire en traversant la Place de la Loge :

« Frère, regarde ces pavés : ils sont si irréguliers qu’on dirait qu’ils ont été posés par des apprentis distraits… preuve que la perfection de l’Équerre reste une promesse, pas une réalité ! »

Ainsi, la ville elle-même devient un miroir initiatique : chaque pas dans Perpignan est une épreuve, chaque façade une planche, chaque place un temple.

2 L’Équerre : Loi, Ordre et Mètre Étalon

2.1. L’Ancrage de la Loi : La Place de la Loge

Pour Auguste, l’engagement maçonnique à Perpignan se matérialise par la Loi. Le cœur de cette action est la Place de la Loge, où se côtoient l’Hôtel de Ville et la Loge de Mer (Llotja de Mar).

AUGUSTE : « Notre héritage n’est pas une méditation vaine, mais une rectitude ! Regarde la Loge de Mer ! Avant nous, elle était déjà le lieu où la justice était rendue. Nous avons simplement donné à l’Équerre sa dimension morale pour consolider le Pouvoir Républicain. »

L’Équerre symbolise ici la Justice et la Règle, outils nécessaires pour tailler la « Pierre Brute » de la société.

La Loge de Mer (Llotja de Mar).

2.2. Le Mètre Étalon : L’Équerre Incarnée

L’exemple le plus concret de cette volonté d’Ordre est le Mètre Étalon, scellé sur la façade de l’Hôtel de Ville. Cet étalon, garant de la mesure unique et rationnelle post-Révolution, est l’incarnation de l’Équerre maçonnique dans l’espace public.

AUGUSTE : « Le Mètre Étalon, Frère, c’est l’Équerre en acte ! Une mesure unique, sans le ‘pied de roi’ ni la corruption. Nous avons donné au peuple la certitude face à l’arbitraire. »

2.3. L’Action Civique : L’Épreuve de la Laïcité

Cette obsession pour l’Ordre se traduit politiquement au début du XXe siècle. Les francs-maçons, majoritaires au sein de l’élite républicaine, deviennent les pionniers de la Laïcité dans les Pyrénées-Orientales, luttant pour l’instauration des Lois de Séparation de 1905 et l’expulsion des congrégations religieuses. C’est l’Équerre utilisée comme arme idéologique contre l’obscurantisme.

Mètre étalon officiel en marbre gravé,

installé Place Vendôme à Paris pendant la Révolution française pour introduire le système métrique en France

3 Le Compas : Frontière, Idéal et Critique

3.1. Le Reproche de l’Exclusivité

Pour Célestin, l’engagement d’Auguste est synonyme d’une réduction de l’idéal. L’Équerre a été utilisée pour diviser plutôt que pour unir.

CÉLESTIN : « La Loi, Frère, est nécessaire, mais le Compas est l’esprit qui doit tracer le cercle de la Fraternité universelle ! Au lieu d’ouvrir, vous avez fermé. Vous avez utilisé l’Équerre pour tracer une ligne de front : le camp des « nôtres » (les républicains laïcs) contre « les autres ». »

Le Compas, instrument du ciel et de l’esprit, doit inviter à la tolérance et au dépassement des contingences locales.

3.2. Le Drame de la Frontière Manquée

La position de Perpignan, ville-frontière avec la Catalogne espagnole, est le grand échec du Compas pour Célestin.

CÉLESTIN : « Ici, à la frontière, notre devoir était d’être plus universels que partout ailleurs ! D’utiliser le Compas pour relier Perpignan à Barcelone, au-delà des querelles nationales. Mais non ! On a préféré être la « banlieue de Paris » plutôt que le « Centre du Monde » ! Le Compas est resté plié dans la poche, remplacé par l’ambition municipale. »

Il moque ainsi la vanité des titres et l’oubli de la vocation cosmopolite de l’Ordre.

3.3. La Relativisation Ironique

Célestin utilise l’humour pour relativiser la grandeur de l’action civique :

CÉLESTIN : « Votre Mètre Étalon est beau, oui, mais il ne mesure que des étoffes, pas l’âme humaine ! Et le comble de notre vanité historique, c’est de croire que le Temple de la Justice (la Loge de Mer) est resté sacré, alors qu’il a fini par vendre des hamburgers ! L’Équerre, sans l’esprit du Compas, ne mène qu’au pragmatisme le plus vulgaire»

4 L’Épreuve de l’Équilibre : La Résistance de l’Idéal

4.1. Le Jugement de l’Histoire : Vichy

Le véritable test de l’Équerre et du Compas est l’épreuve de la Seconde Guerre mondiale et la Répression de Vichy. Les loges de Perpignan sont fermées et spoliées.

  • L’Équerre (Auguste) : L’Équerre a désigné les maçons comme ennemis du régime. Ils ont été pourchassés en raison de leur engagement passé dans la construction de la République. « Nous avons été traqués parce que notre rectitude et notre Loi dérangeaient la tyrannie. »
  • Le Compas (Célestin) : La clandestinité a forcé les maçons à se recentrer sur l’essentiel. « Quand il n’y avait plus de titre, plus de Temple, plus de chaise municipale, des frères ont retrouvé la Fraternité dans le secret, dans les montagnes ! Le Compas s’est rouvert à l’infini, sans frontière ni uniforme. L’idéal de l’Humanité a survécu à la ruine de la Loi. »

4.2. La Réconciliation des Protagonistes

Le dialogue se termine par la reconnaissance de la nécessité de l’équilibre. L’un ne va pas sans l’autre. Le Rivesaltes partagé, symbole de la terre et du temps, scelle cette entente.

AUGUSTE : « Tu as un point, Frère. L’Équerre, sans l’idéal du Compas, n’est que froide administration. »

CÉLESTIN : « Et le Compas, sans la Règle de l’Équerre, n’est que vaine rêverie. Le travail du Maçon est de maintenir cet équilibre au fil des siècles. »

5 Conclusion et Réflexion Finale

5.1. Le Devoir d’Équilibre

L’histoire de la Franc-Maçonnerie à Perpignan est celle d’un effort constant pour concilier la Loi de la Cité avec la vocation universelle. Les maçons locaux ont admirablement réussi à construire l’ordre républicain (l’Équerre et le Mètre Étalon), au risque, selon Célestin, de se couper de l’idéal philosophique plus vaste (le Compas et la Fraternité transfrontalière).

5.2. L’Héritage Perpignanais

Aujourd’hui, l’héritage perpignanais n’est pas seulement le Mètre Étalon sur un mur, mais la leçon que dans une ville-frontière, le Compas doit tracer un cercle assez grand pour englober toutes les cultures, tandis que l’Équerre doit garantir la justice pour tous ceux qui vivent à l’intérieur.

6. Conclusion : La Voix de l’Équilibre

Un des temples implantés à Perpignan qui ressemble à ceux de Narbonne et Carcassonne.
Célébration des 250 ans de l’appelation Grand Orient de France à Perpignan en présence du grand maitre Georges Serignac. Plantation de l’arbre de lïcité avec hermeline Malherbe, présidente du Conseil Départemental.

L’histoire des loges de Perpignan nous rappelle que l’ouvrage du Maçon n’est jamais terminé. Il se poursuit dans la cité comme dans l’esprit, sur les pavés irréguliers de la ville comme dans l’infini du ciel. L’Équerre a donné la rectitude nécessaire pour bâtir la Loi et affermir la République ; le Compas a rappelé que cette rectitude n’a de valeur que si elle s’ouvre à l’universel, à la Fraternité sans frontière.

La « querelle des pavés » n’était pas une dispute vaine, mais une épreuve initiatique : fallait-il marcher droit, ou élargir le cercle ? La réponse est dans l’équilibre. Car une cité sans idéal se fige, et un idéal sans cité s’évapore.

Aujourd’hui, le Maçon de Perpignan hérite de cette double exigence :

• Tailler la pierre brute de la société, en garantissant justice et laïcité.
• Tracer le cercle de l’humanité, en reliant les cultures et les peuples au-delà des frontières.

Ainsi, l’Équerre et le Compas ne s’opposent pas : ils se complètent, comme les deux mains d’un même artisan. Et si les pavés de la ville sont parfois bancals, c’est peut-être pour nous rappeler, avec un sourire discret, que la perfection n’est pas de ce monde, mais que l’effort vers elle est notre véritable devoir.

Que l’Équerre nous garde droits, que le Compas nous garde ouverts, et que les pavés de la cité nous rappellent que l’ouvrage se poursuit toujours.

Mairie du 17e : visite patrimoine insolite – découverte de la GLDF

Mardi 16 décembre à 10h, dans le cadre du cycle 2025 des visites de lieux insolites du patrimoine du 17ᵉ, la Mairie du 17ᵉ vous propose une immersion exceptionnelle au sein d’un site rarement ouvert au public : la Grande Loge de France.

Cette visite unique permettra aux participantes et participants de découvrir :

  • Le nouveau musée, entièrement repensé pour présenter l’histoire, les symboles et les traditions de l’institution ;
  • Le bâtiment, dont l’architecture singulière retrace plusieurs décennies d’évolution ;
  • Deux temples, espaces rituels d’une grande richesse patrimoniale et artistique.

Cette exploration privilégiée offre un regard inédit sur l’un des lieux les plus remarquables et mystérieux du patrimoine local. Inscription

Les « visites patrimoniales insolites » dans le 17ᵉ sont une initiative destinée à faire découvrir l’arrondissement autrement, en marge des circuits touristiques classiques. L’idée est simple : inviter habitants et curieux à quitter les grands axes pour explorer un patrimoine du quotidien souvent ignoré – ruelles discrètes, villas cachées, passages oubliés, anciens îlots ouvriers ou artistiques – et montrer que l’histoire de la ville se lit aussi dans ces interstices.

Ces visites se veulent à la fois culturelles et citoyennes : elles valorisent la mémoire des quartiers, la vie des anciens habitants, les transformations urbaines, tout en sensibilisant à la préservation de ces lieux fragiles. On n’y vient pas seulement pour « voir de jolies rues », mais pour comprendre comment le 17ᵉ s’est construit, comment des traces de village, d’industrialisation et de sociabilités populaires subsistent encore aujourd’hui. En ce sens, l’initiative fonctionne comme une véritable pédagogie du regard : apprendre à reconnaître, derrière une simple porte cochère ou une grille, un morceau de patrimoine qui mérite attention et respect.

Et le 16 décembre, les visiteurs pourront, avec un vrai bonheur, franchir les portes de la Grande Loge de France, l’une des plus importantes obédiences, héritière de plus de trois siècles d’histoire et de tradition vivante.

Temple Franklin D. Roosevelt, GLDF
Temple Franklin D. Roosevelt, GLDF

Sorcellerie en Algérie : une septuagénaire arrêtée à Aïn Defla avec un pactole de 14 Millions DA issu de rituels occultes

De notre confrère algerie360.com

Dans les ruelles discrètes du quartier de Jendel, à Aïn Defla, wilaya centrale de l’Algérie, une affaire aux relents de superstition et de lucre a secoué la quiétude locale. Une femme septuagénaire, âgée de 70 ans, a été interpellée par la brigade judiciaire de la localité pour pratique de sorcellerie et d’activités occultes. Présentée devant le parquet compétent, elle fait face à un dossier pénal accablant, révélant un commerce clandestin mêlant rituels mystiques et gains financiers substantiels.

Cette arrestation, survenue fin novembre 2025, met en lumière un phénomène persistant en Algérie : la sorcellerie comme business occulte, où la détresse humaine se monnaye en talismans et en potions. Explorons les contours de cette affaire, ancrée dans un contexte socioreligieux complexe, et ses implications plus larges.

Chronologie de l’arrestation : une perquisition révélatrice

L’opération a été menée avec une coordination exemplaire entre les forces de l’ordre et le parquet d’Aïn Defla. Selon les autorités locales, les enquêteurs ont agi sur la base d’informations précises signalant des activités suspectes au domicile de la suspecte. Lors de l’intervention, les agents l’ont surprise en flagrant délit, entourée d’un arsenal ésotérique témoignant d’une pratique assidue.

La perquisition a permis la saisie d’objets éloquents : des herbes et substances préparatoires pour potions, des talismans et amulettes ornés de vêtements personnels appartenant à des tiers – probablement des « clients » en quête de protection ou de maléfices –, des photographies d’individus utilisées dans des incantations, du plomb fondu et non fondu (symbole classique de sorts en maghrebine), ainsi que des restes funéraires comme de la poussière de tombes et des fragments de linceuls.

Ces éléments, souvent issus de profanations de cimetières, soulignent un rituel systématique alliant superstition traditionnelle et pratiques charlataniques modernes.Le clou du spectacle financier : les forces de l’ordre ont découvert une somme colossale de près de 1,4 milliard de centimes algériens (équivalent à 14 millions DA, soit environ 95 000 euros au taux actuel), accompagnée de devises étrangères non précisées.

Ce pactole, présumé provenir exclusivement de ses consultations occultes, interroge sur l’ampleur du réseau : combien de victimes, désespérées par des problèmes conjugaux, financiers ou de santé, ont versé des fortunes pour un « remède » mystique ? Aucune victime n’a été publiquement identifiée à ce stade, mais l’enquête se poursuit pour tracer l’origine de ces fonds et identifier d’éventuels complices.

Contexte local : Aïn Defla, terre de superstitions persistantes

Aïn Defla, wilaya rurale à 150 km d’Alger, n’est pas novice en matière d’affaires occultes. En 2023, la région avait déjà été ébranlée par un scandale d’enlèvements d’enfants liés à la sorcellerie, résolu par la gendarmerie d’El Attaf : une « sorcière » locale avait été arrêtée en lien avec des disparitions, ravivant les peurs collectives sur les réseaux sociaux.

Plus récemment, en mars 2023, des attaques à la seringue dans la même zone avaient conduit à l’interpellation d’un homme de 75 ans pratiquant la sorcellerie, avec saisie d’objets similaires.

Ces incidents s’inscrivent dans un paysage socioculturel où la sorcellerie, ou « sihr » en arabe, oscille entre folklore ancestral et fléau moderne. Influencée par des traditions berbères et islamiques dévoyées, elle prospère sur la vulnérabilité : chômage endémique, instabilité familiale et manque d’accès aux soins. À Jendel, quartier modeste, la suspecte opérait probablement depuis son domicile, transformé en « cabinet » occulte, attirant une clientèle locale prête à payer cher pour conjurer le mauvais œil ou lier un amour.

La sorcellerie en Algérie : un phénomène endémique et lucratif

Au-delà de cette affaire isolée, la sorcellerie gangrène l’Algérie depuis des décennies, avec une recrudescence notée ces dernières années. En 2024, à Sénia (Oran), deux femmes ont été arrêtées pour avoir converti leur appartement en antre de rituels, saisissant potions, ciseaux rituels et sommes d’argent issues de leurs pratiques. À Batna, en avril 2025, six individus – dont trois femmes – ont été placés en détention pour charlatanisme, avec découverte de psychotropes et d’argent « d’origine inconnue« .

Plus choquant, un procès à Alger en 2024 a révélé un « sorcier » ayant violé des milliers de femmes sous prétexte de rituels, utilisant 7 000 photos comme talismans pour une prostitution de luxe. Les cimetières, profanés pour leurs « ingrédients » macabres, deviennent des laboratoires à ciel ouvert, comme le dénonce un rapport de 2025 sur la dégradation des sites funéraires. À Staouéli (Alger), en 2022, une sexagénaire « Soltana » opérait un business florissant, facturant des millions pour des sorts anti -mariage ou pro-amour.

En mai 2025, une campagne gouvernementale anti-sorcellerie a été lancée, renforçant les lois pénales (articles 337 et 338 du Code pénal, punissant le charlatanisme de 2 à 5 ans de prison et d’amendes salées).Malgré cela, le fléau persiste : imams comme Cheikh Ali Aya appellent à une sensibilisation accrue et à une meilleure surveillance des cimetières. Des cas aberrants, comme le lynchage évité d’une Franco-Algérienne accusée de « sorcellerie » à Sétif en juin 2025 pour lecture du Coran en français, illustrent les dérives

Implications sociales et juridiques : vers une lutte plus efficace ?

Cette affaire d’Aïn Defla interroge la résilience de ces pratiques dans une société majoritairement musulmane, où l’islam condamne fermement le sihr comme hérésie. Elle révèle aussi un vide éducatif : beaucoup de « clients » sont des femmes en détresse, prêtes à tout pour un miracle. Les autorités algériennes, via la gendarmerie et la police, intensifient les opérations, mais les experts plaident pour une approche holistique : éducation, soutien psychologique et répression ciblée.En conclusion, le « pactole maudit » de 14 millions DA saisi à Jendel n’est que la pointe de l’iceberg. Il rappelle que derrière les talismans se cachent souvent des escroqueries impitoyables, exploitant les failles d’une société en mutation.

L’Algérie, comme d’autres pays maghrébins, doit transformer cette vigilance en rempart durable contre les ténèbres du charlatanisme.

La « Bataille des Arbres de Noël » : Héritage médiéval et compagnonnique d’une concurrence scolaire éternelle

À l’approche de la fin de l’année 2025, la capitale française s’anime avec ses coutumes saisonnières : les éclairages féeriques de l’avenue des Champs-Élysées, les expositions captivantes des grands magasins… et, inévitablement, la « Bataille des Arbres de Noël » qui met aux prises les élèves des lycées Louis-le-Grand et Henri-IV.

Lycée Louis le Grand, Paris 5e

Ce jeu ludique, où les jeunes des deux institutions renommées du Quartier Latin se disputent le rapt fictif d’arbres installés face au Panthéon, va bien au-delà d’une simple espièglerie juvénile. Il puise dans une longue histoire de confrontations collectives, depuis les querelles universitaires du Moyen Âge jusqu’aux affrontements des compagnons au XIXe siècle, où le passage des usages renforçait l’identité de groupe.

Au travers du regard maçonnique, qui met en avant la conservation des cérémonies et la camaraderie – y compris dans l’opposition –, cette « bataille » contemporaine nous pousse à méditer sur la durabilité des pratiques qui lient et séparent les adeptes au fil des âges.

Lycée Saint-Louis, 44 boulevard Saint-Michel, Paris 6e

Origines au Moyen Âge : les étudiants parisiens défendant leur prestige

Afin de saisir l’essence de cette coutume, remontons aux agitations du Moyen Âge. À l’Université de Paris, établie au XIIe siècle et foyer intellectuel du continent européen, les apprenants se regroupaient en « nations » selon leurs provenances régionales, tels les Picards, les Normands ou les Anglais. Ces ensembles, fréquemment antagonistes, se heurtaient dans des débats oraux ou des combats corporels pour des motifs d’honneur, de domaine ou d’avantages scolaires. Les récits historiques, comme ceux de Jacques de Vitry au XIIIe siècle, décrivent des échauffourées de rue frénétiques près de la Sorbonne en gestation, où les étudiants s’appropriaient étendards, emblèmes ou même vivres pour imposer leur domination.

Ces conflits n’étaient pas vains : ils agissaient comme des cérémonies d’initiation, solidifiant le lien d’appartenance et diffusant un sentiment de solidarité.

De la même manière que les novices maçons médiévaux subissaient des tests pour atteindre le rang de maître, ces érudits du passé modelaient leur personnalité par le biais de l’opposition. La maçonnerie opérative, précurseur de la maçonnerie spéculative, s’appuyait également sur cette diffusion verbale et cérémonielle des connaissances, où la compétition entre ateliers ou guildes favorisait la supériorité sans briser l’harmonie fondamentale.

Rixes – source levainbio.com

Résonances du XIXe siècle : les conflits des Compagnons, une solidarité en tension

Cette pratique de concurrence de groupe se prolonge naturellement dans les heurts des compagnons au XIXe siècle, ère de culmination et de fractures majeures pour le compagnonnage. Descendants des guildes médiévales, ces sociétés initiatiques de jeunes artisans dans une variété de professions liées à la construction et à l’artisanat étaient traversées par des divisions religieuses et philosophiques intenses. Le « Devoir de Dieu » (d’obédience catholique) s’opposait au « Devoir de Liberté » (orienté protestant), qui se fragmenta encore en 1804 en sous-ensembles comme les « loups », les « étrangers », les « indiens » et les « gavots ».

site levainbio.com

Ces branches se livraient à des luttes intestines, parfois sanglantes, pour dominer les recrutements, les mouvements sociaux et les zones citadines, aboutissant à des combats organisés causant de multiples victimes.

Des épisodes notables mettent en lumière cette agressivité : en 1816 à Lunel, les sculpteurs sur pierre des « Enfants de Salomon » s’opposèrent à ceux de « Maître Jacques » ; en 1833 à Lyon, des femmes cherchèrent à chasser les compagnons cordonniers, illustrant les frictions liées à l’inclusion de nouveaux corps de métier (tels les cordonniers, intégrés seulement en 1865 par d’autres groupes).

Magnet Maître Jacques, Musée du compagnonnage

Ces affrontements, qui reprirent avec vigueur au début du siècle après une pause relative, marquaient la routine des compagnons boulangers de 1810 à 1855, souvent associés à des méthodes irrégulières de placement de travailleurs. À Tours, par exemple, les disputes entre compagnons charpentiers et d’autres professions dévastaient le district de 1804 à 1848.

Agricol_Perdiguier_1805-1875

Cependant, au cœur de ces scissions, surgirent des efforts de conciliation, annonçant l’idéal maçonnique d’harmonie. Agricol Perdiguier, personnalité clé, défendit l’alliance via ses ouvrages, tel Le Livre du Compagnonnage en 1840, visant à surmonter les divergences. En 1889, Lucien Blanc créa l’Union compagnonnique des Devoirs Unis, une démarche pour fédérer tous les devoirs, même si les antagonismes perdurèrent et accélérèrent le recul du mouvement face à l’essor industriel et aux organisations syndicales émergentes.

site levainbio.com

Ces conflits, bien plus que de banales altercations, constituaient des cérémonies d’affirmation d’identité, propageant les principes de camaraderie et de maîtrise professionnelle – reflets immédiats des tests maçonniques opératifs.

De nos jours, la « Bataille des Arbres de Noël » opposant Louis-le-Grand et Henri-IV – deux institutions créées aux XVIe et XVIIe siècles, imprégnées de cet héritage académique et compagnonnique – résonne avec ces disputes ancestrales.

Sapins-Panthéon

Les étudiants des filières préparatoires, futurs leaders nationaux, s’accaparent les arbres du Panthéon non par méchanceté, mais pour un prix temporaire. Comme le soulignait en 2022 la directrice d’Henri-IV, Stéphanie Motta-Garcia, l’enjeu est de faire pénétrer ces conifères dans les murs de l’école sans alerter quiconque, le triomphateur étant celui qui en collecte le plus. Une version apaisée d’une épreuve qui, en 2011, entraîna des suspensions provisoires pour des élèves d’Henri-IV accusés de larcin authentique.

Le passage inaltérable : une cérémonie annuelle sous le regard indulgent des pouvoirs publics

Ce qui impressionne dans cette habitude, c’est son aptitude à traverser les siècles, à l’instar des cérémonies compagnonniques qui résistèrent aux troubles du XIXe siècle. Depuis plus de dix ans, elle s’opère avec la connivence des responsables des lycées et de l’administration municipale du 5e arrondissement. Cette dernière, accoutumée à ces « razzias » cérémonielles, met même à disposition six modestes arbres non ornés au milieu de la place du Panthéon, aisés à transporter, alors que les plus volumineux sont sécurisés par des bases en ciment.

Emblème_de_la_Brigade_anti-criminalité_(BAC)

Toutefois, la version 2025 a viré au plus intense

Alors que les éditions antérieures se limitaient à des dénonciations occasionnelles des gardiens des parcs, cette fois, la Brigade Anti-Criminalité (BAC) a agi avec fermeté. Des adolescents, pris sur le fait, se sont retrouvés en détention provisoire ou aux urgences de l’hôpital Cochin, signalant une intensification imprévue dans cette « bataille » débonnaire. Cet épisode met en évidence les bornes de la coutume devant la sécurité collective, mais il amplifie aussi son prestige légendaire : les cohortes à venir en feront un récit épique, assurant ainsi la continuité.

Mairie-Ve-arr.

Au sein de ces écoles d’élite de la ville lumière, le relais s’effectue de façon décontractée, quasi mystique. Les diplômés d’antan, devenus souvent des personnalités éminentes – hommes d’État, chercheurs, créateurs –, reviennent narrer leurs souvenirs et dispenser des astuces, insufflant aux novices l’âme de cette concurrence. Louis-le-Grand, qui forma Voltaire et Robespierre, et Henri-IV, berceau de Baudelaire et Sartre, symbolisent cette persistance distinguée. À la manière des maçons qui se transmettent le marteau de maître à maître, ces lieux diffusent non seulement l’érudition scolaire, mais aussi ces rituels amusants qui adoucissent la quête de perfection et tissent des attaches durables.

Un enseignement maçonnique : l’opposition comme voie vers l’harmonie

Examinée à travers la lentille maçonnique, la « Bataille des Arbres de Noël » démontre comment une opposition superficielle peut cacher une camaraderie authentique, similairement aux heurts compagnonniques du XIXe siècle qui dissimulaient une aspiration partagée à la supériorité manuelle. Les deux établissements, adjacents au Panthéon – ce sanctuaire séculier bâti durant la Révolution, emblème de l’humanisme rationaliste prisé des Maçons –, partagent un legs commun : éduquer les penseurs autonomes de l’avenir. De même que les ateliers maçonniques stimulent la discussion pour parvenir à la vérité, cette habitude inculque la ténacité, la créativité et l’estime réciproque. Elle nous enseigne que les cérémonies, qu’elles datent du Moyen Âge, du compagnonnage ou de l’époque actuelle, persistent car elles satisfont un désir humain essentiel : s’inscrire dans une lignée ininterrompue.

En ce temps de célébrations, tandis que Paris resplendit, la « Bataille des Arbres de Noël » nous convie à honorer ces usages qui, bien loin d’être triviaux, entrecroisent les fils de notre récit partagé. Qu’ils se maintiennent, avec modération, pour motiver les descendances à venir – et peut-être, introduire de frais « novices » à l’art de la camaraderie compétitive.

Sapin de Noël

Quand le swing rencontre l’équerre : la franc-maçonnerie afro-américaine et le jazz, une fraternité rythmée

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Planche de la Loge « La Constante Amitié » – GODF – Caen – Planches présentées en 2024 – Thème : « Le jazz est-il la musique la plus maçonnique du monde ? »

En 2017, le jazz fêtait son centenaire officiel ; en 2011, l’UNESCO l’inscrivait au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Ce que l’on célèbre moins, c’est que ses créateurs, ses passeurs et ses géants furent, pour une très large part, des francs-maçons de la filiation Prince Hall – cette obédience noire fondée en 1775 par un ancien esclave affranchi devenu pasteur et révolutionnaire, Prince Hall (1738-1807).

Jazz et Franc-maçonnerie

Dans une Amérique qui leur interdisant l’accès à l’instruction, à la propriété, à la dignité même, ces hommes trouvèrent dans la loge le seul lieu où ils étaient pleinement citoyens, égaux et libres. Et c’est dans ce même sanctuaire qu’ils inventèrent une musique qui allait libérer le monde.

De l’oralité africaine à la transmission maçonnique : même combat

Jazz et Franc-maçonnerie

Comme le souligne très justement notre chroniqueur Yves Rodde-Migdal :
« La culture africaine est fondée sur l’oralité. Or la franc-maçonnerie est la seule institution occidentale qui valorise autant la tradition orale. Le jazz a fonctionné exactement ainsi : on n’entrait jamais dans un grand orchestre sans avoir passé des années à écouter, à observer, à absorber le savoir des Anciens. »

C’est la rencontre de deux mondes oraux, deux mondes de résistance, deux mondes de secret.

Les temples comme salles de répétition de l’âme

À La Nouvelle-Orléans, berceau du jazz, le temple maçonnique n’était pas seulement un lieu de tenues : c’était la principale salle de concert, de bal, de fundraising et de funérailles.
Les loges Prince Hall organisaient les « Masonic dances », les « charity balls », les parades du Mardi Gras noir (le Zulu Social Aid & Pleasure Club, fondé en 1909, est encore aujourd’hui une structure quasi-maçonnique).
Et surtout, elles offraient aux musiciens un salaire régulier : jouer aux obsèques maçonniques était, pendant longtemps, la seule source de revenu stable pour un jazzman noir.Résultat : la « second line » des parades funèbres, avec ses cuivres hurlants et ses rythmes syncopés, est née dans les cours des temples Prince Hall avant de descendre dans la rue.

Ils étaient tous là (ou presque)

Liste (non exhaustive) des frères confirmés membres de loges Prince Hall :

  • Duke Ellington (loge Social Lodge n°1, Washington DC)
  • Count Basie
  • Cab Calloway
  • Lionel Hampton
  • Nat King Cole
  • Oscar Peterson
  • W.C. Handy (le « père du blues »)
  • Eubie Blake
  • Ben Webster
  • Earl Hines
  • Sun Ra (qui ira jusqu’à fonder sa propre cosmogonie maçonnique-égyptienne)
  • Et des dizaines d’autres : Jimmie Lunceford, Alphonse Picou, Cozy Cole…

Même Louis Armstrong, bien qu’il n’ait jamais été formellement initié dans une loge Prince Hall reconnue, évoluait dans un univers où tout le monde l’était : ses obsèques en 1971 furent d’ailleurs accompagnées par une garde d’honneur maçonnique.

Le secret bien gardé… mais visible sur les pochettes

Le trompettiste et chanteur de jazz Louis Armstrong.

Les jazzmen ne composaient pas de « rituels en 12 mesures » ni de « marches d’ouverture en sol mineur ». Le secret maçonnique, ils le respectaient scrupuleusement : on ne mélange pas le maillet et le saxophone.En revanche, ils laissaient des indices partout :

  • triangles, équerres et colonnes sur les pochettes de Max Roach ou Charles Mingus
  • titres comme « Black, Brown and Beige » ou « Black Beauty » de Duke Ellington
  • toute l’œuvre de Sun Ra et son mythe de l’Égypte noire (l’Ancienne Égypte comme patrie originelle des Noirs, thème cher à la maçonnerie Prince Hall dès le XVIIIe siècle)
  • les albums-concept de l’AACM (Association for the Advancement of Creative Musicians) à Chicago, dans les années 60-70, truffés de symboles égyptiens et maçonniques.

C’était leur manière discrète de dire : « Nous sommes là. Nous construisons le temple, note après note. »

La musique comme planche d’architecture

Milt Hinton avait une mémoire sans défaut. Il n’était pas
seulement un excellent contrebassiste, mais un photographe averti. Son livre malheureusement non traduit est une mine d’or.

Milt Hinton, contrebassiste légendaire de l’orchestre de Cab Calloway, raconte dans ses mémoires :« Dans l’orchestre, presque tout le monde était maçon. Entre deux sets, on tenait des tenues rapides dans les loges de backstage. On initiait les jeunes musiciens en tournée. Et chaque année, j’organisais une grande jam-session au temple maçonnique de Saint Paul. »

Le jazz, c’est exactement cela : une cathédrale construite en direct, brique par brique, improvisation par improvisation, sous la voûte étoilée d’un swing fraternel.

Conclusion en forme de coda

Duke Ellington

Le jazz n’est pas une musique maçonnique.
Mais il est, peut-être, la musique la plus maçonnique qui soit :

  • née dans l’oppression,
  • transmise oralement,
  • fondée sur l’écoute de l’Ancien,
  • visant l’harmonie par l’improvisation collective,
  • et célébrant sans cesse la lumière après les ténèbres.

Comme le disait Duke Ellington, frère de la première heure :
« Jouer du blues, c’est comme être noir deux fois. »

Et être maçon Prince Hall dans l’Amérique ségrégationniste, c’était être libre… au moins trois heures par mois, sous la voûte du temple.

Alors la prochaine fois que vous écouterez « Take the A Train », « Sophisticated Lady » ou « What a Wonderful World », fermez les yeux : derrière chaque note, il y a peut-être un frère qui pose sa pierre à l’édifice.Et le jazz continue de construire, silencieusement, le temple de l’humanité.


Fraternellement,
La Loge « La Constante Amitié »
Orient de Caen – GODF
(Planches lues en tenue et applaudies à l’Ordre le 14 mars 2024)

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Lumière particule fixée par nos sens,
figée dans l’ambre-temps,
cycles cyclopes asynchrones…

Dans l’angle équerre,
lent, terne, visions, photons,
lanterne de feu fol est…

Émanation d’un Chemin d’étoiles,
cap à suivre, tracé mesuré, récifs azurés,
[Un • connu] pré-amniotique…

Où Équerre incarne Matière figée,
exhalaison principielle,
certitudes aveugles…

Où Compas exalte vibration périodiques,
vie portée, ligne verte, écran noir, nuits de nacre,
pulsation sonore amplifiant battement de [si • Il]…

L’un et l’autre tracent le sillon émeraude,
expérience de peu dans l’immensité du doute,
cycles flux et reflux, temporalités imaginaires…

Entre les Deux il y a l’Union Sacrée,
point de centre sans trait, sans tracé,
seule trace de pas dans la [n’ai • je] éphémère…

Entre les Deux il y a ce Trois,
la réunion du « et », l’interpellation du « eh ! »,
la question de l'attendu qui n’est pas encore « et ? »…

Reste le son de l’indivisible non dit,
l’orant1 en prière les bras tendus,
Le ה (Hé), Souffle, 5 porté en conscience…

Par l’homme de la transe en danse mystique,
Humilité et dignité murmurant dans l’aure2,
Si « Tu es » alors « Je suis », le Présent n’a plus à panser…

Du cercle transe en danse de π (Pi) « Tu es »,
du trait immanence de Φ (Phi) « Je suis »,
quintessence géométrique de l'écho à la construction…

Espérant atteindre les rives,
De [l’Art • en • contre] Lumière d’Aur,
Tout contre ressentir, effleurement de Ton Souffle…

« Entre Équerre et Compas »,
Se retrouve l’épiphanie, point de Centre, Point de Croix,
Union Sacrée du Sublime et du Beau…

Verticalité des deux branches du compas un car né,
réunies en colonne sacrum enté,
croisant horizon de nos bras grands ouverts sans peurs…

Dans cette crypte clef de voûte Œuf renaît,
Antremonde épis centre dans l’ambre fertile,
Équerre de chaire et Compas asile,
le ה (Hé) pour réunir.
  1. Orant : Dans l’art chrétien primitif, personnage représenté en prière, les bras étendus ; Statue funéraire représentant un personnage en prière, à genoux (s’oppose à gisant). ↩︎
  2. Aure : provient du latin aura qui signifie « brise » ou « souffle » et qui est à rapprocher de l’ancien français aure qui signifiait « brise » ou « vent doux ». ↩︎

13/12/25 – GLDF : Conférence publique de Marc Henry à Saumur  (Maine-et-Loire)

Le samedi 13 décembre 2025 à 17 h, Marc Henry, Grand Maître de la Grande Loge de France de 2012 à 2015, donnera une conférence publique intitulée :

« Devenir Franc-maçon aujourd’hui : Pourquoi ? Pour quoi faire ? »

À partir de cette double interrogation, il évoquera les raisons qui peuvent conduire, aujourd’hui, à frapper à la porte d’une loge, le sens d’un engagement initiatique au long cours, ainsi que la place de la démarche maçonnique dans la cité : travail sur soi, quête de sens, exigence éthique et responsabilité fraternelle.

La conférence se tiendra au Château de Saumur.

La forteresse des ducs d’Anjou dressée sur son éperon rocheux, qui domine la ville et la Loire et abrite aujourd’hui un important musée d’arts décoratifs et du cheval. Dans ce cadre patrimonial emblématique de la vallée de la Loire, la Salle de l’Abbatiale, espace voûté issu des anciens bâtiments religieux du site, accueille régulièrement rencontres, conférences et événements culturels, offrant un environnement à la fois historique et serein, propice à la réflexion et à l’échange.

Infos pratiques :

Château de Saumur – Salle de l’Abbatiale 49400 Saumur
Samedi 13 décembre 2025 à 17 h 00
Entrée gratuite, sur inscription préalable en ligne