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La Librairie du Compagnonnage : où le livre tient lieu de chef-d’œuvre

Au coin de la rue de Brosse et du quai de l’Hôtel-de-Ville, à Paris dans le 4e arrondissement, un seuil discret ouvre sur un monde de métiers et de mémoire. Ici, le savoir ne s’expose pas : il se transmet.
 
Dans ce 4ᵉ arrondissement qui mêle pierres anciennes et vents de Seine, la Librairie du Compagnonnage reste un atelier de lumière. Fondée en 1951 par l’Association ouvrière des Compagnons du Devoir et du Tour de France, elle n’a jamais cessé de faire ce que font les bons outils : servir juste, durer longtemps, se laisser apprivoiser par la main. On y entre comme on entre en loge ou dans un vestiaire de Tour : pour s’orienter, choisir son bois, vérifier l’équerrage de ses lectures, éprouver sa soif de faire.

Sur quatre-vingt-dix mètres carrés qui semblent s’agrandir à mesure qu’on lit les dos, plus de milliers de titres dessinent une géographie du faire : charpente, taille de pierre, menuiserie, ébénisterie, serrurerie, vitrail, cuir, textile, mais aussi pains, gâteaux, couteaux, gestes de cuisine – tout ce qui relève de l’intelligence des mains et de l’exactitude du regard. À côté des traités techniques et des manuels d’ateliers, des biographies d’ouvriers illustres, des mémoires de compagnons en route, des études d’architecture médiévale, des réflexions sur l’éthique du travail et la transmission. Les étagères accueillent l’histoire du compagnonnage sous ses différentes familles, les beaux livres qui honorent un chef-d’œuvre, les romans qui donnent voix aux hommes et aux chantiers.

La librairie n’est pas seulement passeuse : elle édite. Une centaine d’ouvrages nourris par la pratique et la recherche prolongent la parole des métiers. On y trouve ces livres qui deviennent aussitôt compagnons de route : analyses de chefs-d’œuvre, enquêtes patientes sur la pierre taillée, récits de vie où le métier fait l’homme autant que l’homme fait le métier. Tout est tenu par une équipe qui connaît ses rayons comme on connaît un établi : conseils précis, écoute des besoins d’un apprenti en CAP, d’un compagnon confirmé, d’un architecte chercheur, d’un curieux venu humer l’odeur des savoirs.

Pour moi qui viens d’une lignée où l’outil et la parole comptent, cette librairie a le visage d’une maison commune. Elle réconcilie la main et l’esprit, l’exigence et la joie, la tradition et l’invention. Elle rappelle qu’un livre peut être une clef, un cordeau, une échelle ; qu’il prépare au chantier réel, là où l’on dresse un escalier, lève une ferme, polit un chant, cuit un pain, taille une moulure, et où l’on apprend à « ni se servir ni s’asservir, mais servir ». Dans un temps saturé d’images rapides, ce lieu tient bon : il offre des ouvrages qui éduquent le regard, donnent des mots aux gestes, relient la technique à l’éthique. On y repart avec de quoi faire mieux et comprendre davantage – la définition même d’une transmission.


Infos pratiques
Librairie du Compagnonnage, 2 rue de Brosse, 75004 Paris (angle quai de l’Hôtel-de-Ville). Métro Saint-Paul / Hôtel de Ville / Pont-Marie.
Ouvert du lundi au samedi, 11h–19h. Tél. 01 48 87 88 14.
Site et commande en ligne : https://librairie-compagnons.com / Instagram : @librairiecompagnons


 

Saviez-vous qu’il existe moins de 6 degrés de séparation… entre vous et n’importe quel Frère ou Sœur ?

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Dans un monde où les connexions humaines semblent à la fois infinies et complexes, la théorie des six degrés de séparation fascine depuis des décennies. Cette idée, qui suggère qu’une personne peut être reliée à n’importe quel autre individu sur Terre à travers un maximum de six intermédiaires, a évolué avec le temps, notamment grâce à l’essor des technologies numériques. Aujourd’hui, avec l’avènement des réseaux sociaux, ce nombre serait même réduit à environ 4,74 degrés.

Mais que signifie cette théorie pour des communautés comme la Franc-maçonnerie, où les liens fraternels jouent un rôle central ? Explorons cette notion, son évolution et son application intrigante dans le contexte maçonnique, où la fraternité transcende les distances et les époques.

Les origines de la théorie des six degrés de séparation

Stanley Milgram – Département de psychologie de Harvard

L’idée des six degrés de séparation trouve ses racines dans les travaux du sociologue hongrois Frigyes Karinthy, qui, dès 1929, dans son essai « Chaînes« , avançait que les progrès de la communication et de la mondialisation rendaient le monde plus petit. Cependant, c’est l’expérience de Stanley Milgram (dont nous avions déjà parlé pour sa célèbre expérience sur la soumission à l’autorité), un psychologue américain, dans les années 1960, qui a véritablement popularisé cette théorie. Milgram a conduit une étude dans laquelle il a demandé à des habitants du Midwest américain d’envoyer une lettre à une cible spécifique à Boston via des connaissances personnelles.

Résultat : les lettres qui ont atteint leur destination l’ont fait en passant par une moyenne de cinq à six intermédiaires, renforçant l’hypothèse d’une connexion mondiale à travers six degrés.

Cette expérience, bien que limitée par son échantillon et ses biais (notamment une faible participation), a inspiré des recherches ultérieures, notamment dans le domaine des réseaux sociaux. La théorie repose sur l’idée que chaque individu est un nœud dans un vaste réseau, connecté à d’autres par des relations personnelles, professionnelles ou familiales. Avec environ 8 milliards d’habitants sur Terre, cette notion semble presque magique, mais elle illustre la puissance des liens humains.

L’évolution avec les technologies : de 6 à 4,74 degrés

L’arrivée d’Internet et des réseaux sociaux a transformé cette théorie. En 2011, une étude menée par Facebook, en collaboration avec l’Université de Milan, a analysé les données de 721 millions d’utilisateurs et 69 milliards d’amitiés virtuelles. Les résultats, publiés dans une analyse relayée par Le Monde, ont révélé que la distance moyenne entre deux personnes sur la plateforme était de 4,74 degrés, et non plus 6. Cette réduction s’explique par la rapidité et l’échelle des connexions numériques : un clic suffit pour lier deux individus à travers des amis communs, des groupes ou des intérêts partagés.

Un article de Wellcom, publié également en 2011, corrobore cette évolution. Avec des plateformes comme Twitter ou LinkedIn, la « loi des petits mondes » – un concept mathématique décrivant des réseaux où les distances sont courtes malgré un grand nombre de nœuds – s’applique plus que jamais. Les technologies ont effacé les barrières géographiques et sociales, permettant à des individus de continents différents de se connecter en quelques étapes. Par exemple, un Français peut être lié à un habitant du Japon via un ami commun sur Facebook, puis un collègue de ce dernier, réduisant ainsi les « sauts » nécessaires.

Cependant, cette moyenne de 4,74 degrés reste une approximation. Elle varie selon les régions, les cultures et les niveaux d’accès à la technologie. Dans les zones moins connectées, les six degrés originels pourraient encore prévaloir, tandis que dans les métropoles hyperconnectées, ce chiffre pourrait même descendre sous les 4.

La Franc-maçonnerie : un réseau fraternel unique

La Franc-maçonnerie, avec ses loges, ses rites et sa philosophie, offre un terrain fascinant pour appliquer la théorie des six degrés. Fondée sur des principes de fraternité, de solidarité et de transmission, cette organisation regroupe des millions de membres à travers le monde, organisés en obédiences nationales ou internationales. Chaque Franc-maçon est lié à d’autres par des rituels partagés, des symboles communs et une appartenance à une « chaîne d’union » qui transcende les frontières.

Historiquement, la Franc-maçonnerie a toujours fonctionné comme un réseau. Dès le XVIIIe siècle, les loges européennes échangeaient des correspondances, des visiteurs illustres (comme Voltaire ou Mozart) reliant des obédiences éloignées. Aujourd’hui, avec des organisations comme la Grande Loge Unie d’Angleterre ou la Grande Loge de France ou le Droit Humain, les connexions sont encore plus étroites. Un frère ou une sœur d’une loge parisienne peut être relié à un membre d’une loge au Congo-Brazzaville via un dignitaire commun ou une rencontre lors d’un convent international.

Dans ce contexte, les six degrés de séparation – ou plutôt 4,74 – prennent une dimension particulière. Prenons un exemple : un franc-maçon de Toulouse, initié en 2020, pourrait connaître son Vénérable Maître, qui a rencontré un dignitaire de la GLDF lors du Convent de 2025. Ce dignitaire, ayant visité une loge à Nice, pourrait avoir été présenté à un frère togolais présent à l’ouverture d’une nouvelle loge en 2025. Enfin, ce frère togolais pourrait avoir un contact avec un membre d’une obédience africaine reliée à une loge en Amérique latine. En quatre étapes, la boucle est bouclée, confirmant que le réseau maçonnique pourrait même être plus resserré que la moyenne mondiale.

Les spécificités maçonniques dans l’application des degrés

Ce qui distingue la Franc-maçonnerie dans cette dynamique, c’est la nature intentionnelle de ses liens. Contrairement aux réseaux sociaux, où les connexions peuvent être superficielles, les relations maçonniques sont forgées par des engagements mutuels, des initiations et une éthique partagée.

De plus, la Franc-maçonnerie utilise des outils comme les registres de membres, les correspondances inter-loges et les reconnaissances mutuelles pour maintenir une cohérence mondiale. Par exemple, un frère initié au Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) à Lille peut être reconnu par une loge au Brésil, grâce à des protocoles établis par des suprêmes conseils. Cette structure formelle accélère les connexions, potentiellement ramenant les 4,74 degrés à un chiffre encore plus bas dans certains cas.

La mixité, comme pratiquée au DH, ajoute une autre couche d’intérêt. En intégrant des Sœurs et des Frères, l’obédience élargit son réseau à des sphères sociales et professionnelles diverses, augmentant les points de contact. Une Sœur travaillant dans l’éducation à Deauville pourrait être liée à un Frère diplomate au Togo via une chaîne de connaissances maçonniques, renforçant l’idée d’un réseau globalisé.

Implications et réflexions pour la fraternité maçonnique

L’application des six degrés – ou 4,74 – à la Franc-maçonnerie soulève des questions fascinantes. D’abord, elle renforce l’idée que la fraternité n’est pas qu’un idéal abstrait, mais une réalité concrète, mesurable par les liens qui unissent les membres. Un Franc-maçon peut se sentir proche d’un inconnu à l’autre bout du monde, non seulement par la solidarité, mais aussi par cette proximité numérique et rituelle.

Ensuite, cela pose un défi : dans un monde hyperconnecté, comment préserver la profondeur des relations maçonniques face à la superficialité potentielle des réseaux sociaux ? Enfin, cette théorie invite à repenser la mission maçonnique. Si chaque membre est à 4,74 degrés d’un autre, la Franc-maçonnerie pourrait devenir un vecteur d’influence sociale plus large, reliant des décideurs, des penseurs et des citoyens ordinaires pour promouvoir des valeurs comme la tolérance et la laïcité – des idéaux célébrés lors des 120 ans de la loi de 1905.

Conclusion : une fraternité au cœur d’un monde connecté

La théorie des six degrés de séparation, réduite à 4,74 grâce aux technologies, illustre la petitesse de notre monde et la puissance des réseaux humains. Dans la Franc-maçonnerie, cette idée prend une résonance particulière, où les degrés ne sont pas seulement des étapes de connexion, mais des étapes de fraternité. Que vous soyez un frère de Lille ou une sœur du Congo-Brazzaville, un lien maçonnique peut vous relier en quelques pas à n’importe quel autre membre de cette grande famille.

Ainsi, la prochaine fois que vous serrerez la main d’un Frère ou d’une Sœur en loge, souvenez-vous : derrière ce geste, un réseau mondial s’étend, reliant des millions d’âmes à travers des degrés qui, grâce à la technologie et à la fraternité, se rapprochent chaque jour un peu plus.

Cet article s’inspire des travaux de Frigyes Karinthy, Stanley Milgram, et des analyses de Facebook et Wellcom, adaptées au contexte maçonnique contemporain.

Illuminé ou idiot ?

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« C’est la question que je me suis posée suite à la publication de nombreux commentaires par le public »

Ces commentaires font suite aux diffusions de vidéos à consonance maçonnique sur le réseau YouTube. Ces vidéos dans leurs intégralités succèdent comme il est coutume, à la rédaction par votre humble serviteur, d’un article pour notre noble et pertinent journal 450 fm.

Je précise au passage qu’à chaque mise en ligne d’une vidéo traitant de près ou de loin de franc-maçonnerie, ce réseau dit YouTube, dans la mesure ou il détecte une connotation maçonnique à peine soulignée ou virale, déclenche son système d’alarme «Wikipedia» afin d’informer ses auditeurs-spectateurs, au cas où, de ce qu’est la franc-maçonnerie. Ce réseau média nous assure ainsi une publicité qui nous classe dans une catégorie de « penseurs à succès ». 

Comme chantait Jean Ferrat dans une de ses chansons « faut il en rire, faut-il pleurer, je n’ai pas le cœur à le dire, on ne voit pas le temps passer… » 

Je m’en tiendrai juste à ces propos, car c’est à mon avis montrer trop d’intérêt à ce genre de méthode qui parfois précède la censure.

Quand je parle d’illuminé ou d’idiot ces propos me concernent bien sûr. En aucun cas, ils ne s’adressent aux personnes qui laissent des commentaires. Elles méritent tout mon respect. De plus, elles ont pris le temps de regarder la vidéo.

« Aussi, j’avais envie de vous faire partager quelques uns de ces commentaires. »

 Volontairement, à part deux trois commentaires sympathiques et ils sont malgré tout plus nombreux depuis mon activité, j’ai choisi de vous glisser quelques pensées un peu étranges et inhabituelles sauf pour les spécialistes du domaine de l’édition.

« Je cite et c’est du brut de pierres brutes, ici pas de place aux outils ! »

Début des commentaires « dans leur jus »

« La franc-copinerie, prendre du temps pour entuber les autres…« 

« Tous ceux qui sont dans cette organisation sont méchants comme eux ? »

« Quelqu’un est méchant et cruel de nature il s’en va entrer dans une organisation de ce genre pour faire le mal et ensuite lorsqu’il pose ses actes diaboliques on dit que c’est parce qu’il est là-bas. »

« Je pose encore la question. C’est cette organisation qui leur demande ou impose d’avoir un comportement qui laisse à désirer? »

« Bien remarqué qu’il a beaucoup, ils sont tous pratiquement, ils sont tous en train de s’embrasser comme des tantes »

« Cette rouille sera un témoignage contre vous, elle dévorera votre chair comme un feu. »

« Cette vidéo entretien le mystère, mais de mystère il n’y en a point. »

« Oui une tenue particulière pour réagir avec humour à certains francs-maçons qui quelques fois abusent de la « cordonnite » certes avec bienveillance! »

« Jardine, ça te ferait du bien! »

 « Bonjour, grand René merci pour cette vidéo toujours avec un petit côté humour. Bonne journée »

Fin des commentaires

Illuminé, idiot ou ignorant ce sont les conclusions que j’en tire

« Suis-je passé à côté de connaissances, de vérités qui semblent si évidentes à travers les propos de ces commentaires ! »

Alors Grand René une autre vidéo ci-dessous pour la route :

La carte postale du 19 octobre : Le square Paul-Langevin (Paris, Ve)

Frères, Sœurs, Compagnons de la voie initiatique,

Notre carte postale maçonnique s’ouvre au square Paul-Langevin, à l’angle exact de la rue des Écoles et de la rue Monge, au cœur du Ve arrondissement – ce quartier latin façonné depuis l’Antiquité, rive gauche de la Seine.

rue Monge

Et ce n’est pas un hasard si l’une de ces artères porte le nom de Gaspard Monge, comte de Péluze : géomètre de la République, fondateur de l’École polytechnique, compagnon de l’expédition d’Égypte et… Franc-Maçon. Il reçut la lumière au sein de la Loge L’union parfaite à l’Orient du Corps royal du génie à Mézières en 1779 et appartint aussi à l’Ordre Sacré des Sophisiens, un ordre maçonnique ésotérique fondé à Paris en 1801, inspiré des mystères égyptiens antiques.

Ici, la toponymie n’est pas décorative mais signale une lignée de pensée et de méthode que nous reconnaissons.

Le square Paul-Langevin

Ici, l’« arrondissement du Panthéon » porte bien son surnom : entre savoirs, pierres et mémoire, chaque pas relie l’école et la cité, la rigueur de l’équerre et l’ampleur du compas.

Ici, un escalier monumental conduit aux anciens bâtiments de l’École polytechnique, tandis qu’en contrebas une fontaine transplantée – dite Childebert – déploie ses cercles d’eau comme autant d’ondes de pensée.

Le square Paul-Langevin

Ici, des fragments d’histoire sont venus s’y abriter : céramiques du palais des Beaux-Arts de 1889, niches Renaissance de l’ancien Hôtel de Ville, statues déplacées, fondues, recréées.

Ici, le lieu est un palimpseste : on y lit la mémoire de Paris autant que sa capacité à renaître.

Le square Paul-Langevin

Pour le Maçon, la première leçon tient dans la géométrie silencieuse du site. L’escalier, avec ses lignes nettes, rappelle l’équerre : rectitude, justesse, accord entre ce que nous pensons, disons et faisons. Monter ces marches n’est pas gravir un podium, c’est affermir notre pas intérieur, dégrossir nos angles morts. À l’inverse, la vasque et ses courbes invitent le compas : mesure de soi, ouverture maîtrisée, cercle hospitalier où l’autre peut entrer sans être capturé. Entre l’équerre qui fixe et le compas qui embrasse, notre marche trouve sa tenue : rigueur et bienveillance, cohérence et liberté.

Le square Paul-Langevin

La seconde leçon vient des œuvres déplacées. Ces fragments réinstallés disent que la cité, comme nous, se restaure par reprises conscientes. Rien n’est arrêté ; ce qui fut brisé se réinscrit dans un ordre vivant – Ordo ab Chao (devise emblématique du Rite Écossais Ancien et Accepté), non par décret, mais par l’œuvre patiente de la conscience.

Le square Paul-Langevin

Le travail de mémoire n’excuse ni n’idolâtre mais éclaire. À l’ombre des magnolias et des sophoras, la Maçonnerie apprend à désassembler pour mieux réassembler, à honorer ce qui demeure sans s’aveugler sur ce qui doit changer. Paul Langevin (1872-1946) physicien, philosophe des sciences, pédagogue, homme politique et Président de la Ligue des droits de l’homme (1944-1946) donne au square son nom : belle coïncidence pour rappeler que la lumière ne se vénère pas, elle se mesure, s’expérimente, se partage.

Ce que ce lieu nous donne à tirer maçonniquement : la discipline des angles justes, l’amplitude des cercles justes, l’art de déplacer sans renier, la patience des reconstructions.

Derrière la fontaine, le grand escalier

Ce qu’il n’est pas, d’un point de vue maçonnique : ni un temple improvisé ni un décor fétichisé ; ni une nostalgie muséale ni une preuve d’élection. L’équerre n’est pas un instrument de jugement moral dressé contre autrui ; elle corrige d’abord nos propres défauts d’alignement. Le compas n’est pas l’emblème d’une fermeture élitaire ; il dessine la juste distance qui protège sans exclure. Nos outils ne sont ni des bijoux d’apparat ni des totems magiques : ils sont une méthode. Ils n’asservissent pas la cité, ils l’outillent. Ils ne tracent pas des frontières de mépris, ils balisent des frontières de sens.

Le square Paul-Langevin

Alors, en traversant ce square, nous pouvons faire l’exercice discret de la Maçonnerie à ciel ouvert. Régler notre Équerre sur la vérité simple des pas, ouvrir notre Compas à la mesure exacte de la rencontre, et consentir à cette alchimie urbaine où les vestiges deviennent promesses.

Ici, la pierre parle encore. À nous d’y répondre par une œuvre vivante.

Puisse cette méditation t’accompagner en ce jour. Bon dimanche, et bons baisers de Paris, éternelle Ville Lumière !

Le square Paul-Langevin

Photos © Yonnel Ghernaouti, YG

Bordeaux honore Agricol Perdiguier : la fraternité comme ouvrage

À Floirac, le 8 novembre 2025, Compagnons de tous les Devoirs et amis des métiers rendent hommage à Agricol Perdiguier, Avignonnais la Vertu, menuisier du Devoir de Liberté, écrivain et pacificateur. Une journée pour rappeler qu’un métier n’est pas seulement une technique, mais une éthique de vie, et qu’une fraternité se construit, pierre après pierre, dans la paix retrouvée.

La Fédération compagnonnique ouvre grand sa maison, au 6 avenue Jean-Alfonséa. Les affiches disent l’essentiel : une silhouette de trois-quarts, un regard qui ne cède pas, une signature qui paraît flotter au-dessus du temps. Agricol Perdiguier, né en 1805, mort en 1875, n’est pas qu’un nom dans une anthologie des métiers. Il est la preuve qu’un livre peut défaire la violence, qu’une parole tenue peut arrêter la main qui se referme en poing. Son Livre du Compagnonnage et ses Mémoires d’un Compagnon n’ont pas seulement décrit des usages, ils ont converti la coutume en conscience, l’honneur en horizon, la rivalité en émulation.

Bordeaux est un bon lieu pour parler de paix. Cité de chantiers, de quais et d’ateliers, elle sait la beauté des choses bien faites et l’ombre portée des querelles anciennes. Les Compagnons de la ville ne s’y trompent pas : rassembler « tous les Devoirs », c’est donner à voir l’architecture invisible d’une fraternité. Ici, l’outil n’est pas neutre : l’équerre et le trusquin, la varlope et le ciseau ne servent pas seulement à dresser, tracer, calibrer. Ils obligent. Ils tiennent l’ouvrier droit et l’invitent à transmettre, sans jamais s’arroger le monopole du vrai. Agricol Perdiguier l’a compris avant d’autres : la main devient juste quand l’esprit consent à la concorde.

François Icher

Le programme de la journée ressemble à un chemin bien balisé. François Icher, historien des Compagnonnages, réinscrit la vie et l’œuvre de Perdiguier dans leur terre d’origine : l’enfant d’Avignon, l’ouvrier itinérant, l’écrivain obstiné, le représentant du peuple en 1848 qui défend le monde du travail sans flatter ses démons. Puis Frédéric Thibault raconte la bascule d’un « club des Compagnons de tous les Devoirs réunis » vers l’Union compagnonnique, rappel salutaire : les institutions ne naissent pas d’un décret, mais d’un vœu patient, d’un style de relations, d’une volonté de se parler malgré les pierres d’achoppement. Bruno Barjou interroge « l’esprit de Perdiguier » dans la mémoire des Compagnons d’aujourd’hui : qu’avons-nous gardé de sa douceur tenace, de sa fermeté qui n’humilie pas ? Joël Luyé, enfin, regarde Bordeaux au tournant du XXᵉ siècle : menuisiers et serruriers du Devoir de Liberté, paysages d’ateliers, circulations du savoir, gestes transmis sur le tas et dans les maisons. Et vient la table ronde, question simple et haute : « Quel héritage Perdiguier nous a-t-il légué ? » L’héritage n’est pas un trésor qu’on cache, il est un usage qui oblige.

Frederic Thibault

On sait la part des fraternités de métiers dans l’invention française du lien social. Les Compagnons ont bâti des ponts et des cathédrales, taillé des pierres et redressé des charpentes, mais ils ont surtout donné une forme à la dignité ouvrière : le Tour de France comme ascèse, la réception comme rite de passage, la devise comme boussole. « Ni se servir ni s’asservir, mais servir » – la formule résonne ici comme une évidence. Perdiguier en a fait une politique de l’amitié : pacifier, ce n’est pas relativiser tout, c’est convertir la force en règle et la règle en justice.

Cette journée bordelaise tombe à point nommé. Le monde du travail cherche ses mots dans la confusion des modèles, les jeunes cherchent des maîtres qui ne confisquent pas l’avenir. Les Compagnons savent répondre par des preuves : des ouvrages signés, des chefs-d’œuvre qui parlent d’eux-mêmes, des maisons où l’on dîne longuement pour mieux se comprendre. Le compagnonnage n’idéalise pas l’homme, il le discipline. Il n’ignore pas la part d’ombre, il la travaille, comme on reprend une moulure mal profilée. Il n’oppose pas la tradition à l’innovation, il les met en dialogue, l’une offrant à l’autre un cadre, l’autre donnant à la première un souffle neuf.

Cette éthique fait écho, pour beaucoup d’entre nous, à l’initiation maçonnique. Dans la Loge comme dans l’Atelier, la même exigence : faire de soi une pierre d’angle, non une pierre d’achoppement. La même pédagogie : par le symbole, par le geste, par la répétition enfin. L’équerre et le compas, l’équerre et le trusquin ne sont pas des emblèmes décoratifs, mais des instruments d’alignement intérieur. Les mots de Perdiguier invitent à une maçonnerie du quotidien : rompre les chaînes de l’orgueil, refuser les querelles de préséance, préférer la main tendue au doigt pointé. Pacifier, ici, n’est pas édulcorer. C’est tenir ferme la règle et généreux le cœur.

Il y a dans la figure de Perdiguier une modernité qui surprend. Il plaide l’éducation, la lecture, les bibliothèques d’atelier, l’ouverture aux débats de son époque. Il choisit la plume pour désarmer le couteau. Il accepte la politique mais refuse l’esprit de faction. Il sait que la fraternité se perd quand elle se mue en clan. Son réalisme demeure une leçon : aucune réforme ne vaut sans exemplarité, aucune concorde ne tient sans institutions qui l’abritent, aucune transmission ne dure sans maîtres humbles et exigeants. On aimerait que ces vérités simples irriguent nos corporations intellectuelles, nos associations, nos Obédiences. C’est à cela que servent les commémorations vivantes : non à célébrer des effigies, mais à rassembler des vivants autour d’une même tâche.

Bordeaux rend hommage à un pacificateur, donc à un bâtisseur. Construire la paix dans un corps de métiers, c’est accepter la lenteur du vrai. On discute, on tranche, on rédige des usages, on se met d’accord sur ce qui se peut et ce qui ne se peut pas. On accepte la contradiction sans injurier. On sait que la querelle est parfois la sœur de la passion, mais que la passion doit apprendre la mesure. Perdiguier a donné un style à cette mesure : l’autorité par la compétence, la tenue par l’exemple, l’avenir par la jeunesse formée. Les Compagnons, ce jour-là, ne se contentent pas de saluer un ancêtre : ils se redonnent une méthode.

Qu’attendre, alors, d’une telle journée ?

Des savoirs précis, des archives ouvertes, des noms propres que l’on replacera au bon endroit. Et plus que cela : un regain de courage pour les maisons de métiers, une énergie renouvelée pour les écoles, une promesse tenue aux plus jeunes : les métiers d’art et de technique ne sont pas des refuges de nostalgie, ils sont des laboratoires d’excellence. La liberté du Devoir n’est pas la liberté de faire n’importe quoi : elle est la liberté de servir plus grand que soi. C’est toute l’actualité d’Agricol Perdiguier.

En sortant, à l’heure du verre de l’amitié, chacun pourra se demander : quelle part de pacification est-ce que j’introduis dans mon propre atelier ? Quelles querelles inutiles ai-je cessé d’alimenter ? Quel savoir ai-je passé à un plus jeune, sans jalousie, avec cette joie propre aux métiers : voir une main qui s’ouvre et apprend ? L’hommage devient alors pratique de vie. Et la fraternité cesse d’être un mot pour redevenir un ouvrage.

Rendre justice à Agricol Perdiguier, c’est rappeler qu’une civilisation se maintient quand elle sait faire de ses métiers des écoles de langage, de beauté et de paix. À Bordeaux, la fraternité n’est pas proclamée. Elle se fabrique, comme un bel assemblage à tenon et mortaise : ajustée, solide, transmissible.

Informations pratiques

Date : samedi 8 novembre 2025, à partir de 14 h / Lieu : Siège de la Fédération compagnonnique, 6 av. Jean-Alfonséa, 33270 Floirac / Intervenants : François Icher, Frédéric Thibault, Bruno Barjou, Joël Luyé / Temps forts : conférences, table ronde « Quel héritage Perdiguier nous a-t-il légué ? », clôture et verre de l’amitié à 18 h 45 / Contact : journal@lecompagnonnage.com

Le Compagnonnage, N° spécial Perdiguier

Le processus d’individuation en 6 étapes de Carl Gustav Jung : (6/6) « Dialectique du moi et de l’inconscient archétypal »

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Dans la précédente étape du processus d’inviduation, l’amour humain et l’amour cosmique se jouent des tours, déclenchant « tour à tour » les retrouvailles et la séparation d’Orphée et d’Eurydice. L’amour humain déclenche la descente d’Orphée vers Eurydice, captive de la nuit du subconscient, mais c’est l’amour cosmique qui fixe les règles de leur remontée vers la lumière du jour, dans une dimension où tout est absolu et rien n’est relatif, où l’élan initial ne supporte aucun retour en arrière. C’est ainsi qu’en se retournant vers Eurydice, Orphée transgresse cette règle et brise le lien d’amour cosmique qui les reliait absolument.

Le Pontife de Cadmée, 56è degré de la Maçonnerie égyptienne illustrant cette sixième et dernière étape du processus d’individuation, s’applique à revivifier ce lien « numineux » d’amour à la fois humain et cosmique, et déclenche par ailleurs des élans d’allégresse insoupçonnables par la raison. Car ces bonnes ondes sont insaisissables par les pensées conceptuelles qui demeurent muettes et « interdites » devant les récits de ces déferlements inqualifiables de bonnes ondes de joie et les tiennent sous silence.

Cette étape de la « dialectique du moi et de l’inconscient » anime désormais de manière équilibrée l’être binaire qui se reconnaît et s’accepte comme tel. Cette nature binaire se manifeste à tous les niveaux de la vie physique, mentale, et spirituelle, et la dialectique du moi et de l’inconscient sert de révélateur aux autres dialectiques et aux couples de forces matérielles et spirituelles à l’œuvre en permanence dans tous les domaines de l’existence. Tous les systèmes qui régulent les équilibres du corps, comme les systèmes nerveux et endocriniens, sont binaires, de même que les champs électromagnétiques de nos corps subtils évoluant dans l’espace et le temps, la matière et l’énergie…, jusqu’au premier de tous révélé dans l’Évangile de Thomas : « … Quel est le signe de votre Père qui est en vous ? Dites- leur : c’est un mouvement et un repos. »

Mais la finalisation de l’œuvre d’individuation, qui est une fin « en Soi », ne signe pas la fin du développement et de l’épanouissement spirituel, car cette nature binaire est appelée à déployer ses ailes et à transporter l’être au-delà de soi-même dans des champs de conscience inimaginables qui surgissent en soi-même comme par enchantement. Le Pontife de Cadmée incarne cette métamorphose des initié(e)s vécue avec allégresse, qui fait jaillir de leurs deux chakras du « plexus solaire » et du « cœur » une source de joie pleine d’énergie redonnant à chaque instant des couleurs et du sens à la vie.

Sous ce prisme perceptif surdéveloppé, chaque perception pare de couleurs étonnantes le sens donné à l’existence à chaque instant, ce qui bouleverse les pensées en noir et blanc stockées en mémoire, et a fortiori les pensées grisâtres des académies du savoir. Tous les objets de pensées qui naissent en soi-même ou loin de soi sont saisis à présent globalement et intégralement, avant d’être dissociés en particules élémentaires et digérés comme une nourriture par les fonctions primaires de la psyché définis par C.G. Jung :

la sensation, l’intuition, le sentiment, et la pensée.

Dans ces états de conscience revivifiés, l’intuition qui désigne une fonction psychique se métamorphose en verbe d’action de la conscience qui « intuitive » tout globalement. Cette saisie globale préalable à toute analyse est déclenchée par l’intégration harmonieuse en conscience de toutes les informations émanant de soi et du monde environnant, réalisée par les deux moitiés de l’être dont les natures contraires sont à présent alliées et démultiplient la puissance des quatre fonctions primaires de la psyché.

Cette alliance androgyne, évoquée et célébrée dans les étapes précédentes du processus d’individuation, est à présent à l’œuvre comme une fonction supplémentaire rassemblant les moitiés de soi-même qui auparavant se tournaient le dos. Le corps et l’esprit, le masculin et le féminin, entrecroisent à présent spontanément leurs vertus complémentaires pour donner naissance à une troisième nature parée des vertus de ses géniteurs, et surtout dotée de vertus propres mises en œuvre par les Mages au 57è, par les Brahmanes au 58è, et par les Pontifes au 59è degré de la Maçonnerie égyptienne.

Gottfried Wilhelm von Leibniz

Le corps et l’esprit se nourrissent mutuellement car, selon Leibniz, l’esprit n’est pas supérieur au corps, ni le corps supérieur à l’esprit, ils sont parallèles l’un à l’autre verticalement, ce qui renverse la pensée religieuse traditionnelle où la morale est une entreprise de domination du corps par l’esprit. La pensée doit juste replacer l’esprit et le corps l’un en face de l’autre, et l’être pensant face à lui-même en son intégralité, ce qui lui permet désormais de se connaître et se rectifier de soi-même comme tous les Maçonnes et Maçons, physiquement, mentalement, et spirituellement, sans devoir au préalable en référer à une autorité morale supérieure.

Le Pontife de Cadmée sait jouer comme un musicien ou un yogi hindouiste de ces deux cordes corporelle et spirituelle et les fait vibrer, leurs notes jaillissant indépendamment les unes des autres tout en étant en phase, les événements physiques et psychiques constituant, selon Leibniz, deux séries causales parallèles qui tendent à faire correspondre leurs effets en vertu d’une « harmonie préétablie ». Ainsi Cadmée (dérivé latin du grec ancien Kadmos, Κάδμος, Cadmos), personnage central du 56è degré de la Maçonnerie égyptienne, est marié dans la mythologie grecque à la déesse Harmonie, fille de Hadès et d’Aphrodite, dans un drame sacré célébré à Samothrace (50è degré).

Cadmée

Cadmée est Pontife en ce qu’il relie comme un pont les mystères célébrés à Samothrace (50è degré) et à Éleusis (62è et 69è). Mais il est beaucoup plus qu’un intermédiaire fonctionnel entre deux étapes du processus initiatique, car il porte le titre souverain de Pontife repris par les Papes catholiques pour se désigner comme autorité suprême en matière de rites et de religion. Il incarne ce qui relie à l’essence religieuse et spirituelle de l’existence, et à la racine latine « relegio » du mot religion, lui-même « relié » selon les auteurs à « relego, relegere » (rassembler de nouveau, recueillir de nouveau), ou à « religo, religare » (lier, attacher). En somme, il est ce qui relie à nouveau, comme un processus cyclique qui se renouvelle semblable à l’Ouroboros, le serpent-dragon qui se mord la queue des degrés précédents.

Cadmée se délivre également de ce processus cyclique en tuant le dragon, comme le relate la mythologie grecque. Il peut alors consacrer son énergie à devenir soi-même, en découvrant les yeux grands ouverts ce que la vie lui réserve et ce qu’il en fera en toute conscience. Ces yeux sont ceux des statues égyptiennes et grecques, les yeux des scribes égyptiens assis en lotus, ouverts sur un univers intérieur en mouvement plein de voies offertes aux êtres en recherche. En alchimie, le dragon est de nature double et veille à la porte du Jardin des Hespérides, et « tuer le dragon » signifie le faire disparaître quand sa nature double se résoud en une seule. Alors, « la porte du Jardin est ouverte, et on peut y cueillir sans crainte les pommes d’or, comme l’expliquent les livres des vrais Philosophes Spagyriques. » (Dom Pernety, Dictionnaire Mytho-Hermétique)

Les grecs attribuent à Cadmus l’introduction en Grèce de l’alphabet phénicien, ancêtre des alphabets grec et latin, copte et syrillique en Égypte. Le 56è degré symbolise par cet évènement la transformation du substantif « introduction » en verbe « introduire », une conversion grammaticale de mot-substantif en mot-verbe qui traduit l’animation de l’être pensant au moment où sa pensée passe du repos au mouvement. Le corps et l’esprit, représentés par un substantif et un verbe, sont ici aussi debout l’un en face de l’autre comme le souligne l’étymologie du mot « substantif », du latin « substantia » substance, de « substare » être dessous, composé du préfixe latin « sub, sous » et du verbe latin « stare, être debout, se dresser ».

Les substantifs et les verbes s’apparentent ainsi par paires où ils s’affirment les uns par les autres. Les verbes propulsent les substantifs dans l’action, et en retour les substantifs recentrent les verbes sur leurs racines, permettant à l’un et à l’autre de rester attachés à leur raison d’être commune, d’éviter de se disperser et perdre leur énergie par des réflexions et des actions « hors-sujet », préservant à la fois l’efficience du choix d’un substantif dans une pensée et l’efficacité du verbe en action qui lui est apparenté. La « verbalisation » est ainsi une expression verbale où le choix des mots et leur mode d’expression sont les plus efficients et efficaces, les Maçons et Maçonnes Apprenti(e)s en faisant l’expérience dans le silence pour apprendre à « se verbaliser » soi-même et se tenir debout physiquement, moralement, mentalement, et spirituellement.

Ils s’appuient à des degrés ultérieurs sur cette discipline pour « verbaliser » avec cœur et raison sur tous les sujets, jusqu’à laisser surgir d’eux-mêmes leurs émotions et les laisser filtrer à l’extérieur. Cette « catharsis » (du grec κάθαρσις, katharsis, purification) permanente effectuée par l’expression intégrale de soi-même, développe la soif de connaître et transforme en outils de perfectionnement les connaissances puisées en orient et en occident, tout en s’inspirant de la structure du nombre 56 du degré lui-même.

Car (56 = 23 x 7) est le produit de la structure binaire active des initié(e)s et des éléments groupés par 7 dans tous les domaines de la Nature évoqués dans les degrés précédents, notamment les sept chakras et leurs mantras-sons, autre forme de verbalisation, et les sept glandes endocrines aux rôles complémentaires maintenant l’équilibre de l’être aux trois niveaux matériel, mental, et spirituel.

Cadmus en action est symbolisé dans cette équation par le signe « x« , symbole du croisement par les Pharaons du sceptre Héqa et du flagellum Nekhekh, les bras croisés sur la poitrine.

Les six degrés de la Maçonnerie égyptienne (51è au 56è) illustrant les six étapes du processus d’individuation sont extraits des 60 degrés (34è au 93è) développés dans le livre Méditations du Sphinx de Patrick Carré, Éditions GAMAYUN)

autres articles de cette série

Aube magique du XXIe siècle : les nouveaux initiés

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Le XXIe siècle marque l’entrée dans une ère paradoxale, où la technologie et la spiritualité semblent évoluer de manière simultanée, parfois en s’opposant, parfois en se nourrissant mutuellement. Loin d’un simple retour aux anciennes traditions, de nouvelles constructions spirituelles émergent, fondées sur un syncrétisme entre ésotérisme ancien, sciences de la conscience et innovations numériques.

Cet ouvrage explore les mutations profondes du paysage spirituel contemporain, entre renaissance des sociétés initiatiques, essor des voyages mystiques, montée des « influenceurs ésotériques » et nouvelles perspectives offertes par la science et la technologie. Il interroge sur l’avenir des pratiques initiatiques et leur rôle dans la construction du monde spirituel de demain.

Les Auteurs :

 Arnaud de l’Estoile est un historien, spécialisé dans l’étude de l’ésotérisme et des sciences occultes, secrétaire de la Société des Gens De Lettres, auteur d’une dizaine d’ouvrages dont plusieurs publiés aux éditions J’ai Lu.


 Eric de l’Estoile est un écrivain membre de la Société des Gens De Lettres, auteur de Thrillers, de romans policiers et historiques.

La Grande Loge de Misraïm rend hommage à son passé Grand Maître Bruno QUENUM

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Les 27 et 28 septembre 2025, le Grand Temple de la rue Cugnot à Paris a accueilli deux moments de haute intensité initiatique : les convents de la Grande Loge de Misraïm (GLM) et de la Grande Loge Française de Misraïm (GLFM). Sous la direction du Sérénissime Grand Maître Laurent Couasnon et du Très Illustre Frère Eddy Louvès, ces journées ont célébré la fidélité au Rite, la force de la fraternité et la vitalité d’une tradition spirituelle qui traverse les âges.

« Le Rite de Misraïm n’est pas un héritage figé ; il est un souffle vivant, celui de la Connaissance, de la Fraternité et de la Lumière qui unit les consciences au-delà des siècles. »                               

Laurent Couasnon, Sérénissime Grand Maître
Vibrant hommage rendu au Très Illustre Frère Bruno QUENUM, passé à l’Orient Eternel­
Nous sommes rassemblés en ce temple aujourd’hui pour honorer un homme d’exception, pour célébrer le parcours de vie d’un véritable pilier de notre obédience.
Un homme au gabarit imposant tant physique que moral. Bruno QUENUM, notre ami, notre Bien Aimé frère, nous a quittés le 22 septembre à l’âge de 63 ans.
En tant que Sérénissime Grand Maître, il a incarné les principes de liberté, d’égalité et surtout de fraternité. Il a guidé notre obédience avec une rigueur et une intégrité exemplaire. Son humanisme rayonnait à travers toutes ses actions. Il a su rassembler les Frères et les Sœurs autour d’un idéal commun : La Grande Loge de Misraïm puis la Grande Loge Béninoise de Misraïm.
Son chemin maçonnique témoignait d’un engagement profond envers la spiritualité et le développement personnel et collectif. En rejoignant la Grande Loge de Misraïm, il avait trouvé cette flamme qui n’a jamais cessé de briller en lui jusqu’au jour de son
ultime initiation.
Alors que nous nous recueillons pour lui rendre hommage, souvenons-nous de l’homme qu’il était, mais aussi de l’héritage qu’il nous laisse. Il nous a appris à vivre avec compassion, à servir sans attendre de retour, et à rechercher la vérité avec
passion. Je ne doute pas que toutes les Sœurs et tous les Frères de la Grande Loge de Misraïm sauront perpétuer sa mémoire en poursuivant l’œuvre qu’il portait sur ses larges épaules.
En cet instant de tristesse, tournons nos pensées et nos cœurs vers Bruno et tous les disparus au champ des roseaux. Promettons de porter, en nous et au-delà de nous, les valeurs qu’il a défendues avec tant de conviction et de détermination. Que sa mémoire soit éternelle et une source d’inspiration pour nous tous.
Retour sur le week-end conventuel  27 -28 Septembre 2025
­­Samedi 27 septembre 2025Convent de la Grande Loge de Misraïm­
Laurent Couasnon, Sérénissime Grand Maître de la Grande Loge de Misraïm (GLM)Sous l’autorité du Sérénissime Grand Maître, Le TILF Laurent Couasnon, la Grande Loge de Misraïm (GLM) a tenu la cérémonie de clôture de son Convent annuel le samedi 27 septembre 2025.  Ce convent historique faisant suite au convent de MAS (Misraïm Ateliers Supérieurs) qui s’est tenu la veille sous l’autorité du Très Illustre Frère Benjamin John. Dès l’ouverture des travaux, le ton fut donné : celui de la fraternité, de la gratitude et de la mémoire partagée.Dans un Temple empli d’émotion, le Sérénissime Grand Maître a rendu hommage au Très Illustre Frère Bruno Quenum, ancien Grand Maître de l’obédience, passé à l’Orient éternel quelques jours auparavant.« Bruno fut un homme d’exception, au gabarit imposant tant physique que moral. Son humanisme rayonnait à travers toutes ses actions. » Ce Convent marquait également le trentième anniversaire du réveil du Rite de Misraïm. À cette occasion, le Sérénissime Grand Maître a tenu à honorer le Très Illustre Frère Éric Jacques, Grand Conservateur du Rite, pour son rôle déterminant depuis trois décennies dans la préservation et la transmission du Rite.« Sans ton engagement, ton érudition et ta fidélité, le flambeau de Misraïm n’aurait pas brillé avec autant de constance. » Le Sérénissime Grand Maître a également remercié tous les Frères et Sœurs qui, par leur travail et leur fidélité, contribuent au rayonnement de l’Obédience.
Un Convent anniversaire : 30 ans de lumière Le réveil du Rite de Misraïm (1995 – 2025)
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Le trentième anniversaire du réveil du Rite de Misraïm marque une étape majeure dans l’histoire de la Franc-maçonnerie égyptienne moderne, mais aussi un temps de mémoire, de gratitude et d’espérance. En 1995, dans un contexte maçonnique en quête de renouveau spirituel, « les Frères Jacques » André et Eric avec le Frère Robert Mingam, guidés et soutenus par Robert Ambelain, décidèrent de réveiller officiellement le Rite de Misraïm après plusieurs décennies de silence.
Animés par la conviction que la tradition égyptienne portait un message intemporel d’unité entre la raison et la foi, entre la science et la sagesse, ils redonnèrent vie à un courant initiatique d’une richesse exceptionnelle. La création de la Grande Loge de Misraïm signa alors la renaissance d’une tradition humaniste, spirituelle et universelle, héritière des anciennes écoles de mystères, où chaque initié est appelé à bâtir son Temple intérieur dans la lumière de Maât; cette justice cosmique qui relie le ciel et la terre, le visible et l’invisible. Depuis, au fil des années et des générations, le rite vit telle une flamme qui n’a cessé de rayonner.
Une lumière qui éclaire aujourd’hui de nombreux Orients à travers la France hexagonale, les Antilles, l’Afrique et l’Europe, unissant des Frères et des Sœurs de toutes origines dans une même quête : faire vivre la sagesse de Misraïm comme un art de la connaissance et de la fraternité vécue. Trente ans plus tard, le Rite de Misraïm demeure fidèle à sa vocation : transmettre, sans la figer, la tradition initiatique égyptienne, afin que chaque initié puisse contribuer à l’édification d’un monde plus juste, plus éclairé et plus humain. Cette lumière, allumée en 1995, ne s’est jamais éteinte.
Elle continue de brûler, vive, exigeante et fraternelle, dans le cœur des bâtisseurs de lumière qui perpétuent l’œuvre des anciens, pour que jamais ne s’éteigne la flamme de Misraïm.
Merci notre TILF Eric Jacques  !Membre fondateur et Grand Conservateur du Rite de Misraïm 
À l’occasion du trentième anniversaire du réveil du Rite de Misraïm, le Sérénissime Grand Maître Laurent Couasnon a tenu à rendre un hommage solennel et fraternel au Très Illustre Frère Éric Jacques, Grand Conservateur du Rite, pour son engagement exemplaire et son œuvre constante au service de la transmission initiatique. Le Sérénissime Grand Maître a rappelé combien le parcours du TILF Éric Jacques s’inscrit au cœur de l’histoire contemporaine de Misraïm.
Depuis 1995, année du réveil du Rite, il œuvre sans relâche à la préservation de son intégrité symbolique, à la transmission fidèle de ses enseignements et à la protection de sa filiation authentique.« Très Illustre Frère Éric Jacques, tu as consacré ces 30 dernières années à faire vivre et rayonner le Rite de Misraïm. Par ta rigueur, ton érudition et ton humilité, tu en as assuré la continuité et la dignité. Grâce à toi, notre flamme n’a jamais vacillé. » Reconnaissant son rôle majeur dans la pérennité et le rayonnement du Rite, le Sérénissime Grand Maître a souhaité matérialiser cet hommage par un geste symbolique fort.
Au nom de la Grande Loge de Misraïm et de la Grande Loge Française de Misraïm, il a remis au TILF Éric Jacques un tablier d’honneur et un sautoir, insignes de reconnaissance et de gratitude pour trois décennies de dévouement, de fidélité et de lumière partagée. Ce moment d’une rare intensité fraternelle fut salué par une ovation émue de l’ensemble des Frères et Sœurs présents, unissant dans un même élan la mémoire du passé et la promesse de l’avenir. Le Sérénissime Grand Maître conclut cet hommage en rappelant que le TILF Éric Jacques, par son exemplarité et sa constance, incarne l’esprit même du Rite de Misraïm.

Conférence : L’éthique de l’Egypte ancienne, une voie toujours vivante !Par Florence Quentin, Egyptologue et Ecrivaine 
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En écho au trentième anniversaire du réveil du Rite, le Sérénissime Grand Maître a souhaité offrir un moment de réflexion symbolique en lien avec les origines égyptiennes de notre tradition.
Il fit appel à Florence Quentin, journaliste, écrivaine, égyptologue, spécialiste de la pensée spirituelle de l’Égypte ancienne.
Sa conférence magistrale, intitulée « L’éthique de l’Égypte ancienne, une voie toujours vivante », s’est imposée comme l’un des temps forts de ce Convent anniversaire. Avec la rigueur de l’historienne et la sensibilité de la philosophe, Florence Quentin a conduit les Frères et Sœurs dans un véritable voyage initiatique au cœur de la pensée pharaonique.
Elle a rappelé que la civilisation égyptienne, adogmatique et profondément spirituelle, plaçait au centre de toute existence la recherche de Maât, principe d’équilibre universel qui ordonne à la fois le monde, la société et l’âme humaine. « Dans ces temps difficiles, il est urgent de faire régner à nouveau la Maât, de lui rendre voix. » Cette quête d’harmonie entre l’homme, la nature et le divin, a-t-elle expliqué, repose sur la conscience de notre responsabilité : chaque geste, chaque parole, chaque pensée doivent tendre vers la justesse et la vérité.
En cela, Maât n’est pas une abstraction, mais une voie vivante, un engagement, une sagesse qui transcende les siècles. Ses propos, profondément humanistes, ont trouvé un écho particulier en ce Convent du trentième anniversaire, où la Grande Loge de Misraïm célébrait son propre équilibre entre fidélité à la tradition et ouverture au monde.
Cette conférence, à la fois érudite et inspirante, a rappelé que le Rite de Misraïm est bien plus qu’un héritage symbolique : il est une école de vie, une voie de transformation intérieure qui invite chacun à se connaître pour mieux servir.« La Maât est ce fil d’or qui relie les hommes à l’harmonie du monde. » Florence Quentin
­­Dimanche 28 septembre 2025 Convent de la Grande Loge Française de Misraïm­
PÉTALES DE LA FLEUR RESPECT À l’occasion de ce Convent 6028–6029, le Très Illustre Frère Eddy Louvès, Grand Maître de la Grande Loge Française de Misraïm a consacré son allocution à un thème à la fois simple et fondamental :« Le respect de moi et de l’autre. »
­Sous son inspiration, ce thème a pris forme dans une belle accrostiche  symbolique : la fleur du RESPECT s’épanouit sur l’arbre de l’AMOUR.

Chaque pétale de cette fleur incarne une vertu que le Franc-Maçon cultive en lui et dans sa relation à autrui.

De la responsabilité individuelle à la transmission, cette parole a tracé un chemin initiatique, invitant chacun à réfléchir à la manière dont le respect et l’amour peuvent être vécus au quotidien, au sein des Loges comme dans le monde profane. 

RESPONSABILITÉ
La responsabilité est la première pierre de l’édifice intérieur.
Elle nous rappelle que la Lumière reçue en Loge ne nous appartient pas : elle nous engage.
Être responsable, c’est agir avec conscience, en servant l’œuvre commune et non l’intérêt personnel.
Le respect commence ici : dans la reconnaissance de nos devoirs, dans la fidélité à nos engagements, et dans la conscience du rôle que chacun joue dans la chaîne d’union. 

ECOUTE
L’écoute est une vertu de maîtrise et de bienveillance.
Le Grand Maître nous a rappelé combien il est précieux de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler.
Ce conseil nous invite à réfléchir, à tempérer nos réactions et à choisir des mots justes.
Écouter, c’est chercher à comprendre l’autre pour mieux l’accepter, au lieu de juger ou de convaincre.
Dans cette écoute active et fraternelle, la parole devient un instrument d’unité et de compréhension mutuelle. 

SÉRÉNITÉ ET SILENCE
La sérénité est le fruit du silence intérieur.
Le silence, loin d’être vide, est un espace de présence et de lucidité. Il permet de discerner, d’apaiser, de s’aligner avec soi-même.
Être en paix intérieure, c’est offrir de l’harmonie et de stabilité aux loges.­

PATIENCE
La patience est l’alchimie du temps.
Elle enseigne que toute œuvre durable demande maturation et constance.
La patience est une forme de respect : respect du rythme de l’autre, respect des cycles de la nature, respect du temps initiatique.
Elle transforme le doute en confiance et la lenteur en sagesse.
C’est une vertu d’humilité, qui prépare la maîtrise. 

ENGAGEMENT
L’engagement est la mise en acte du respect.
C’est le passage du mot au geste, du symbole à la réalité.
S’engager, c’est se rendre utile, participer, contribuer à l’œuvre commune.
Le Franc-Maçon engagé agit sans ostentation, mais avec cœur. Son action n’est pas une obligation, c’est un choix : celui de servir la Fraternité et de faire rayonner nos valeurs au dehors. 

COMPRÉHENSION
La compréhension est la lumière du cœur.
Elle naît de la tolérance et de l’ouverture à la différence.
Comprendre, c’est chercher à relier plutôt qu’à diviser, à accueillir plutôt qu’à juger. C’est reconnaître en l’autre la même quête de Lumière qui nous anime.
La compréhension véritable est cohérence : elle unit la pensée, la parole et l’action dans un même élan de fraternité. 

TRANSMISSION
La transmission est l’aboutissement du chemin.
Elle donne sens à tout ce qui précède.
Transmettre, c’est partager sans imposer, éclairer sans éblouir, offrir sans attendre. C’est prolonger la chaîne ininterrompue des bâtisseurs, pour que la flamme maçonnique ne s’éteigne jamais.
Chaque génération devient alors le relais vivant de la Tradition.
Le RESPECT est la fleur visible de notre engagement, et l’AMOUR en est la racine invisible mais essentielle. L’un nourrit l’autre, comme le cœur soutient la main, comme la pensée éclaire l’action. De la responsabilité à la transmission, chaque pétale symbolise une étape de croissance intérieure et d’ouverture à autrui.
En cultivant cette fleur, nous faisons grandir l’arbre de l’Amour. Ainsi s’acheva la parole du Très Illustre Grand Maître, qui nous invite à faire vivre ces vertus au quotidien, à les incarner dans nos regards, nos paroles et nos gestes.
­Le Rite de Misraïm et l’héritage de l’Égypte
par le Très Illustre Frère Eric Jacques, Grand Conservateur du Rite Le Rite de Misraïm, héritier de la tradition hermétique et initiatique, puise son inspiration dans la sagesse spirituelle et symbolique de l’Égypte antique.

Cette filiation relie la pensée des anciens bâtisseurs à la quête intérieure de l’homme moderne : comprendre, transmettre et s’élever par le symbole.Si la Franc-Maçonnerie moderne trouve sa forme institutionnelle à Londres en 1717, son esprit, lui, plonge ses racines bien plus profondément, dans la quête universelle de la Lumière .
Le Rite de Misraïm en est aujourd’hui l’un des héritiers les plus fidèles, conservant vivante cette alliance entre connaissance, spiritualité et liberté intérieure.­
L’esprit des origines :
L’Égypte fut le berceau d’une connaissance où la science et le sacré s’unissaient.
Les temples, tombeaux et pyramides ne furent pas seulement des monuments funéraires : ils étaient des ponts entre la terre et le ciel, construits selon une géométrie sacrée et porteurs de messages spirituels.
Cette tradition donnera naissance au Corpus Hermeticum, recueil fondateur de la pensée hermétique, où se révèle la correspondance entre le monde visible et l’invisible. « L’Égypte est la copie du ciel ».
De cette vision naîtra l’idée que toute construction, intérieure comme extérieure, participe d’un même dessein divin : élever l’homme vers sa part lumineuse. 

Une filiation initiatique :
Bien avant la Maçonnerie spéculative, les bâtisseurs d’Égypte avaient institué de véritables sociétés initiatiques : elles possédaient leurs mots et signes de reconnaissance, élisaient leurs Maîtres, célébraient les solstices et utilisaient les outils du métier comme symboles d’élévation.
Ces communautés préfiguraient nos loges. Leur enseignement dépassait la technique pour s’aventurer dans les domaines de l’alchimie, de la théurgie et de la sagesse cosmique.
Le Rite de Misraïm s’inscrit dans cette continuité : un héritage vivant de la Tradition des bâtisseurs, à la fois opérative et spirituelle. De la redécouverte à la renaissance. Sous sa forme moderne, le Rite apparaît à la fin du XVIIIᵉ siècle.
En 1784, à Lyon, Cagliostro crée le Rite de la Haute Maçonnerie Égyptienne, ancêtre direct du nôtre.
Il attire des Frères passionnés par les sciences hermétiques et les hautes études spirituelles.

En 1881, Giuseppe Garibaldi réunit les Rites de Misraïm et de Memphis pour en préserver la substance initiatique, tout en affirmant leur filiation commune. Le 27 octobre 1995, « les Frères Jacques » fondent la Grande Loge de Misraïm.

En 1997, le Très Illustre Frère Robert Mingam, Patriarche Grand Conservateur du Rite et détenteur du 90ᵉ degré des Arcana Arcanorum, remet la patente de réveil consacrant la renaissance du Rite en France.

Depuis, la Grande Loge de Misraïm est reconnue par le CLIPSAS et a tissé plus d’une quarantaine de traités d’amitié avec d’autres obédiences à travers le monde. 

Une voie initiatique singulière
Le Rite de Misraïm se distingue par sa profondeur symbolique et son approche laïque et universelle.
Sa structure en quatre séries de grades — du symbolique au philosophique — propose une progression où l’étude, la méditation et la transformation intérieure s’unissent.
La spiritualité qui y est vécue n’est pas dogmatique : elle s’adresse à la liberté de conscience de chacun et à sa capacité à relier savoir et foi intérieure.
C’est une voie d’ouverture, d’équilibre et d’exigence, fidèle à la vocation première de la Maçonnerie : éclairer l’Homme pour élever l’Humanité.

« La Maçonnerie est une voie libre et volontaire.

Elle ouvre l’esprit là où les dogmes enferment, et permet à l’homme de se construire dans la Lumière et la Fraternité. »Une présence vivante. Aujourd’hui, la Grande Loge de Misraïm est implantée en France, aux Antilles et en Afrique — notamment au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Cameroun.
Fidèle à sa devise d’ouverture, elle accueille des loges travaillant en masculinité, en féminité ou en mixité, toutes unies par la même exigence initiatique et la même fidélité à l’esprit du Rite.

Loin de toute posture exotique, Misraïm demeure un Rite de travail intérieur, d’étude et de dépassement, dont la pratique régulière élève et transforme ceux qui s’y engagent. 
Conclusion À travers le temps, le Rite de Misraïm s’est affirmé comme un pont entre les civilisations et les consciences.

Il relie les bâtisseurs de pierre aux bâtisseurs d’âmes, l’héritage égyptien à la quête moderne de sens, la rigueur initiatique à la liberté de penser.
Son essence demeure inchangée : offrir à l’être humain un chemin de connaissance et d’amour fraternel.

« Ma première dose de Misraïm, je l’ai prise au bout de vingt ans de Maçonnerie…
Trente ans plus tard, elle coule encore dans mes veines,
et je n’ai nulle envie de m’en désintoxiquer. »
­Le mot de la fin– Le travail continue –­
Ces Convents qui ont accueilli près de 300 délégués s’achèvent dans la sérénité et la Lumière.
Les Frères et les Sœurs ont emporté avec eux la force des symboles, la chaleur des échanges et la certitude d’appartenir à une même chaîne fraternelle, unie par l’esprit de Misraïm. Nos Temples, qu’ils s’élèvent en France hexagonale, dans les îles ou sur le continent africain, demeurent ouverts à tous les Frères et à toutes les Sœurs des Rites et Obédiences qui viennent y partager nos travaux, y semer leurs pensées, et nourrir ensemble la flamme de la Fraternité universelle. Que la Sagesse éclaire nos pas jusqu’au 25 septembre 6026 de la Vraie Lumière,
lorsque nous nous retrouverons pour le prochain Convent de la Grande Loge de Misraïm, unis dans la quête du Vrai, du Juste et du Beau. Texte rédigé par le TRF Arnold Migan pour la Revue de la Grande Loge de Misraïm – Édition Convent 2025.

La GLCS célèbre son 22e anniversaire : Thierry Baudier, futur Grand Maître

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Le samedi 11 octobre 2025, la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité (GLCS) a célébré son 22e anniversaire lors de son Convent annuel, un rendez-vous majeur pour cette obédience maçonnique mixte fondée en 2003. Organisé au prestigieux Paris Country Club de Rueil-Malmaison, cet événement s’inscrit dans la continuité de l’histoire de la GLCS avec l’élection unanime de Thierry Baudier comme député grand maître, le positionnant ainsi comme le probable futur quatrième Grand Maître de l’obédience, en succession naturelle de l’actuel Grand Maître, Pierre Lacagne reconduit à l’unanimité pour l’année 2025-2026.

Retour sur une journée riche en décisions, symboles et fraternité, qui confirme la vitalité et l’ambition de la GLCS dans le paysage maçonnique contemporain.

Un Convent sous le Signe de l’Unanimité

Réuni en ce samedi matin ensoleillé, le Convent 2025 de la GLCS a été marqué par une harmonie remarquable : tous les points soumis au vote ont été validés à l’unanimité par les membres présents. Cette unité reflète la cohésion de l’obédience, qui, depuis sa création, s’attache à promouvoir un idéal maçonnique mêlant respect des traditions et ouverture aux enjeux modernes.

Parmi les décisions phares, la création de plusieurs nouvelles loges affiliées au Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) a été actée, consolidant l’expansion géographique de la GLCS. Ces nouvelles loges verront le jour au Congo-Brazzaville, au Togo, ainsi qu’en France à Toulouse, Lille et Nice, témoignant du rayonnement international de l’obédience.

L’élection de Thierry Baudier comme député grand maître constitue l’annonce la plus marquante de ce Convent. Membre fondateur de la GLCS, ce franc-maçon expérimenté a été choisi à l’unanimité pour seconder Pierre Lacagne, en poste depuis deux ans. Selon les statuts de l’obédience, Thierry Baudier devrait succéder à Pierre Lacagne en 2026, après un vote du Conseil de l’Ordre et une ratification lors du Convent de l’année prochaine. Cette transition, préparée avec soin, incarne la continuité et la stabilité de la GLCS, qui valorise l’expérience de ses membres fondateurs tout en préparant l’avenir.

Une Obédience en Croissance et Fidèle à ses Valeurs

Table Officielle – Dîner de Gala GLCS 2025

Le Convent a également été l’occasion de dresser un bilan positif de la santé de l’obédience. Avec une progression de 7 % des effectifs en 2025, la GLCS confirme son attractivité auprès des femmes et des hommes cherchant une franc-maçonnerie mixte, ancrée dans les valeurs d’universalité, de spiritualité et de dialogue interculturel. Cette croissance s’accompagne d’un engagement fort dans l’instruction maçonnique : le Convent a réaffirmé l’importance d’instruire les membres à tous les degrés, du premier au trente-troisième, conformément aux principes du REAA.

Le Saviez-vous ?

Fondée en 2003, la GLCS s’est imposée comme une obédience mixte novatrice, accueillant hommes et femmes dans une démarche d’égalité. Son expansion au-delà des frontières françaises, notamment en Afrique, illustre son ambition d’incarner une franc-maçonnerie universelle, fidèle à ses racines tout en s’ouvrant aux diversités culturelles.

Une soirée de gala haute en symboles

Paris Country Club

Le Convent s’est conclu par un dîner de gala mémorable, présidé par le Très Respectable Grand Maître Pierre Lacagne au Paris Country Club de Rueil-Malmaison. Plus de 200 convives, dont de nombreux dignitaires d’obédiences amies, se sont réunis pour célébrer cet évènement dans une ambiance fraternelle. L’accueil au son envoûtant de la cornemuse a donné le ton de la soirée, placée sous le signe de la convivialité et du symbolisme maçonnique.

Sous la direction de Stanley Gorsses, maître de cérémonie, le traiteur « Ruby » a offert un moment fort avec un gâteau spectaculaire en forme de Temple maçonnique, emblème de la GLCS. Ce dessert, véritable œuvre d’art culinaire, a incarné l’adage maçonnique selon lequel « tout est symbole ». Les convives ont salué cette attention aux détails, qui a renforcé le sentiment d’appartenance à une communauté unie par des valeurs spirituelles et humanistes.

Thierry Baudier : portrait d’un futur Grand Maître

Thierry Baudier

Élu député grand maître, Thierry Baudier incarne l’âme de la GLCS. Membre fondateur depuis 2003, il a contribué à façonner l’identité de l’obédience déïste et laïque, marquée par la mixité, l’ouverture et un attachement profond au REAA. Son élection unanime reflète la confiance des Sœurs et des Frères en sa capacité à porter les valeurs de la GLCS tout en répondant aux défis contemporains, tels que l’adaptation de la franc-maçonnerie aux évolutions sociétales et la consolidation des relations inter-obédientielles.

Dans l’attente de sa probable accession au poste de Grand Maître en 2026, Thierry Baudier aura pour mission d’assister le Grand Maître Lacagne. Son expérience et sa vision seront des atouts précieux pour une GLCS en pleine expansion.

Perspectives : Une Franc-Maçonnerie Tournée Vers l’Avenir

Daniel Keller Ancien Grand Maître du GODF suivi de Philippe Sabadell

Ce 22e Convent a permis de réaffirmer les priorités de la GLCS : croissance maîtrisée, instructions rigoureuses et rayonnement fraternel. L’ouverture de nouvelles loges, tant en France qu’à l’international, illustre une ambition de tisser des ponts entre cultures et traditions maçonniques. La présence massive des dignitaires d’obédiences amies lors du gala témoigne également de la place croissante de la GLCS dans le dialogue inter-obédientiel.

La GLCS va ouvrir des loges dans plusieurs pays africains, renforçant son rôle de passerelle entre les Franc-maçonneries européennes et africaines.

De gauche à droite – Christine Sauvagnac – Bernadeth Veron – Pierre Lacagne

Un Message Fraternel

En clôture du Convent, Pierre Lacagne a adressé un message vibrant aux membres de la GLCS : un appel à continuer de faire vivre les valeurs de tolérance, d’apprentissage et de fraternité. Avec l’élection de Thierry Baudier, l’obédience se projette déjà vers 2026, où elle célébrera son 23e anniversaire avec, peut-être, un nouveau Grand Maître à sa tête.

Ce Convent du 11 octobre 2025 restera dans les mémoires comme un moment d’unité, de dynamisme et de célébration pour la GLCS.

Dans un monde en quête de sens, cette obédience mixte prouve qu’elle a un rôle à jouer, entre tradition et modernité, pour bâtir des ponts et éclairer les esprits.

Discours de Marcel Laurent, Très Puissant Souverain Grand Commandeur du S∴C∴C∴S∴ de France

Lors du dîner de gala de la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité, Marcel Laurent a dit la gratitude d’un homme qui a traversé les tempêtes et doit à une voix sereine la confiance retrouvée. Une voix qui tient en un livre, fil d’Ariane tendu vers l’essentiel : se savoir aimé pour mieux donner. Fidèle à son esprit d’ouverture, la GLCS fut saluée pour son dynamisme, sa diversité et, surtout, sa mixité, conquise de haute lutte depuis les années 2000 et désormais pleinement accomplie. À table, la fraternité se lisait dans les parcours de Vénérables initiés à la GLCS, engagés sur un chemin fécond.

Porté par un élan partagé, le discours emporta l’assistance : l’émotion gagna les rangs, les regards se répondirent, et la salle, debout, offrit de longs applaudissements nourris. Un éloge de la simplicité qui élève, du partage qui fortifie, et de la fidélité au travail initiatique.

Discours du Très Respectable Grand Maître Pierre Lacagne

Mesdames et Messieurs les Présidents, élus et Très Respectables Dignitaires,
Vénérables Maîtres,

Et vous tous, mes Sœurs et mes Frères, en vos grades, qualités et fonctions,
Mesdames et Messieurs, C’est avec une profonde émotion que je m’adresse à vous ce soir, à l’occasion de notre dîner de gala qui clôture le 22e Convent annuel de la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité. Cette soirée, placée sous le signe de la fraternité, célèbre une année exceptionnelle pour la franc-maçonnerie et pour notre obédience. Mais pourquoi parler d’une belle année, me direz-vous, dans un monde marqué par tant de défis ? Chacun porte en soi sa réponse, son ressenti, sa lumière. Ce soir, nous célébrons non seulement notre Convent, mais aussi deux anniversaires majeurs : les 150 ans du Convent de Lausanne et les 120 ans de la loi de 1905 sur la laïcité. Ces deux événements, piliers de notre histoire et de nos valeurs, nous rappellent l’essence de notre engagement maçonnique.

Le Convent de Lausanne : 150 Ans d’Universalisme

Il y a 150 ans, en 1875, sous l’égide du Suprême Conseil de France, vingt-trois Suprêmes Conseils du monde entier, dont celui des Cultures et de la Spiritualité, dirigé par notre Souverain Grand Commandeur Marcel Laurent, se réunissaient à Lausanne. Ce sommet historique, ancré dans le Rite Écossais Ancien et Accepté, a jeté les bases d’une fraternité universelle, transcendant les frontières et les divergences entre visions confessionnelles et déistes. Nos prédécesseurs ont osé un pari audacieux : se réunir, non pour se quereller, mais pour construire ensemble. Malgré des débats passionnés, ils ont défini quatre principes fondamentaux, intemporels et puissants :

  • L’existence d’un principe créateur, le Grand Architecte de l’Univers ;
  • La tolérance ;
  • La liberté de conscience ;
  • La fraternité active, sans distinction entre les êtres.

Ils ont choisi le symbole, qui rassemble, plutôt que le dogme, qui divise. Ils ont proclamé la lutte contre l’ignorance comme un combat essentiel. Mes Sœurs, mes Frères, être dignes du Convent de Lausanne aujourd’hui, ce n’est pas seulement en réciter l’histoire, mais la faire vivre :

  • En accueillant chaque Sœur et chaque Frère comme une pierre unique dans l’édifice commun ;
  • En écoutant avant de contredire, en préférant la volonté de comprendre à celle de convaincre ;
  • En bâtissant des ponts là où d’autres érigent des murs.

Pouvons-nous, en 2025, relever ce défi avec la même audace que nos aînés ? Je crois que oui, et notre Convent d’aujourd’hui en est la preuve.Les 120 Ans de la Loi de 1905 : Une Laïcité Vivante.

L’autre événement marquant de cette année est le 120e anniversaire de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État. Célébrée en présence du Président de la République au siège de la Grande Loge de France, où une délégation de la GLCS, conduite par votre serviteur, était présente, cette commémoration nous rappelle que la laïcité n’est pas un concept froid ou purement juridique. Elle est profondément humaine. La laïcité garantit à chacun le droit de porter sa vérité sans l’imposer à autrui.

Elle n’étouffe pas les croyances, mais leur offre un espace pacifié pour coexister. Loin d’être un rempart contre la spiritualité, elle permet à toutes les formes de spiritualité de s’épanouir sans conflit. En cela, la laïcité est une valeur républicaine, mais surtout une valeur maçonnique, au cœur des trois piliers de la GLCS : la liberté de conscience, l’égalité de traitement et la fraternité universelle. Ce soir, autour de ces tables, nous sommes croyants, sceptiques, curieux ou silencieux, mais nous sommes unis. Faire vivre la laïcité, c’est incarner ces principes au quotidien :

  • En écoutant sans chercher à convaincre à tout prix ;
  • En rassemblant ce qui est épars plutôt que de diviser ;
  • En acceptant que la vérité d’autrui n’efface pas la nôtre.

La question n’est pas de savoir ce que la loi de 1905 a fait pour nous, mais ce que nous, francs-maçons, devons faire pour la défendre et la faire vivre. C’est un engagement de chaque instant, dans nos loges comme dans le monde profane.

La GLCS : Une Obédience en Pleine Dynamique

Ce matin, notre Convent a mis en lumière une GLCS en pleine santé, résolument tournée vers l’avenir. Avec une croissance des effectifs, l’ouverture de nouvelles loges au Rite Écossais Ancien et Accepté – à Toulouse, Lille et au Congo-Brazzaville – et un engagement renouvelé dans la formation de nos Sœurs et Frères à tous les degrés, du premier au trente-troisième, notre obédience démontre sa vitalité. Nous sommes les héritiers des valeurs du Convent de Lausanne et de la loi de 1905 : la liberté, l’égalité, la fraternité, la mixité et le théisme philosophique. Ces principes guident nos pas et inspirent nos projets, qu’il s’agisse de renforcer notre présence internationale ou de consolider nos liens avec les obédiences amies.

Remerciements et Perspectives

Ce soir, mes remerciements viennent du cœur.

À nos fondateurs, d’abord, qui ont fait de la GLCS une mémoire vivante. Nombre d’entre nous, moi le premier, sommes nés à la GLCS et avons grandi sous leur regard bienveillant. Je rends un hommage particulier à notre Souverain Grand Commandeur, Marcel Laurent, qui nous a guidés pour devenir les maçons que nous sommes aujourd’hui.

Mes Sœurs et Frères fondateurs, je vous invite à vous lever. Merci aux membres du Suprême Conseil, du Conseil de l’Ordre et à nos grands officiers. Merci à Thierry Baudier, notre nouveau député grand maître, pour avoir accepté cette charge en vue de succéder à votre serviteur dans un an. Thierry, ta vision et ton engagement sont une promesse pour l’avenir de la GLCS.

Merci aux Vénérables Maîtres et aux officiers de loge, qui font vivre nos ateliers avec passion. Merci à celles et ceux qui ont organisé ce Convent et ce dîner.

Merci à notre Frère qui portera la lumière de la GLCS à Lille avec une nouvelle loge. Merci à notre Sœur J∴ D∴, absente ce soir, pour son travail sur le chantier de Deauville, bientôt prêt à être consacré. Enfin, un merci ému à notre Frère Patrick F∴ S∴, à l’origine de notre première loge en Afrique, au Congo-Brazzaville. Le mois prochain, j’aurai l’honneur d’y conduire une délégation de la GLCS pour une consécration historique, un moment fort pour notre obédience et pour ce continent qui nous est cher.

À nos obédiences et organisations amies, présentes ce soir en nombre, merci pour votre soutien indéfectible. Levez-vous, s’il vous plaît. Et maintenant, levons-nous tous ! Je vous propose de porter un toast :

À la franc-maçonnerie universelle, à la GLCS, à notre fraternité et à notre avenir commun !

25/10/25 : La Cité en fête – La GLFF célèbre ses 80 ans dans la lumière du partage

Le 25 octobre 2025, la Cité du Couvent (Paris 11ᵉ) s’ouvre largement au public pour une journée de rencontres, d’arts et de transmission. Intitulée La Cité en fête, cette manifestation marque les 80 ans de la Grande Loge Féminine de France (1945–2025) et donne à voir ce qui fait sa singularité : une spiritualité ouverte, une pensée exigeante et une fraternité agissante.

Une journée d’élan, de lien et de lumière

Déambulations poétiques, performances musicales, expositions, projections et temps d’échanges : le programme épouse l’esprit d’une maison hospitalière où l’on vient pour comprendre, ressentir et transmettre.
Le fil conducteur est clair, tel qu’annoncé sur les visuels officiels :

« Quand les arts, les mots et les gestes se rencontrent pour faire rayonner la spiritualité de la GLFF. Une journée d’élan, de lien et de lumière. »

Élan, parce que l’espérance se prouve en marchant ; lien, parce que la liberté grandit dans la relation ; lumière, non pas éclat qui éblouit, mais clarté qui aide à choisir et à aimer mieux.

Les Temples 3 & 4 : deux heures pour entrouvrir le secret d’une tenue

Événement rare, presque un frémissement entre les colonnes : de 14 h à 16 h, sur inscription, les Temples 3 et 4 s’ouvriront non pour exhiber un rituel, mais pour laisser pressentir ce qui fait l’âme d’une tenue. On n’y “montre” rien ; on y apprend à se tenir, à laisser le silence précéder la parole, à manier le symbole comme on aiguise un outil – non pour dompter le monde, mais pour s’ordonner soi-même. La pédagogie ici n’est pas un discours : c’est une attitude, une respiration partagée, une manière de marcher intérieurement vers plus de justesse.

Au Temple 3, d’abord, le regard des femmes sur l’histoire de l’art : non pour redresser le musée du monde à la hâte, mais pour interroger la lumière, déplacer les points de fuite, élargir le récit. L’art n’y est pas un décor mais un laboratoire d’émancipation : chaque œuvre devient pierre d’angle où l’on éprouve la mesure, la nuance, la part d’invisible. Puis vient la quête de sens en franc-maçonnerie : on ne distribue pas de réponses comme des reliques, on donne des repères, on façonne des vertus, on travaille une langue commune capable d’habiter l’époque sans renoncer à la hauteur de vue. À l’ombre de l’équerre et du compas, la question se polit jusqu’à devenir orientation.

Au Temple 4, La Belle et la Bête prend des allures de miroir discret : apprivoiser l’ombre, c’est déjà consentir à la métamorphose ; défaire la peur, c’est préparer l’apparition de l’humain véritable. Et parce que toute transfiguration appelle une vigueur intérieure, le thème du Courage s’avance sans fracas : point de coups d’éclat, mais la constance du juste, cette force patiente qui irrigue la vie personnelle, professionnelle, citoyenne – une énergie droite, qui préfère la tenue à la posture.

De cette ouverture cadrée et respectueuse naît une clarification : on y comprend que silence, symbole et tenue ne sont pas des ornements, mais de véritables méthodes de liberté. Le silence n’est pas un vide, c’est un atelier ; le symbole n’est pas une énigme, c’est une boussole ; la tenue n’est pas une parenthèse, c’est une école de soi.

Les arts comme langage de l’âme

Dans le Temple 1, la création a droit de cité : œuvres de Sœurs et d’artistes invitées, Beau Livre, La Beauté à la Joie – livres à la main, œuvres au cœur (vente sur place). Ici, la beauté n’est pas un luxe mais une source : elle désaltère, relie, oriente. Elle fait ce que fait toujours la beauté quand on lui laisse la place : elle élève.

Mémoire, témoignage et chant

Au Temple 2, les images, les voix et la mémoire tressent leur alliance. En projection continue, le film de Dominique Éloudy retrace les 80 ans d’une obédience qui a choisi de grandir dans la fidélité à sa promesse. À 15 h 30, la chorale rompt doucement la gangue des habitudes et donne à la fraternité son timbre partagé. De 16 h à 17 h, le témoignage d’une Sœur déplie la vie au ras du réel : gestes simples, fidélités tenues, espérances qui ne renoncent pas. C’est une manière sensible d’entrer au plus près du travail vivant, là où l’obédience cesse d’être une institution pour redevenir ce qu’elle n’a jamais cessé d’être : une maison de parole, de symboles et d’exigence.

Blason GLDF
Blason GLDF

Naissance et essor de la première obédience exclusivement féminine (1901–1958)

Avant d’être une obédience autonome, la GLFF plonge ses racines dans l’histoire des Loges d’Adoption rattachées à la Grande Loge de France (GLDF).
En 1901, la GLDF reconstitue sous sa propre autorité le système d’adoption : des ateliers féminins, placés auprès de loges masculines, où les femmes peuvent travailler à la réflexion morale et symbolique.

Sceau GLFF
Sceau GLFF

Paris voit fleurir des loges aux noms porteurs d’espérance : Le Libre Examen, Minerve, Thébah, Le Général Peigné, La Nouvelle Jérusalem… Elles pratiquent un Rite d’Adoption inspiré du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), allégé dans ses formes, mais fécond pour l’élévation intellectuelle, la parole libre et la bienfaisance.

La tourmente de 1939–1945 interrompt cet essor. Dissolution, spoliations, clandestinité : l’épreuve forge pourtant une conviction – l’autonomie est devenue nécessaire.

Après la Libération, le Grand Secrétariat relance l’activité et met en place un Comité de reconstruction chargé de retrouver les Sœurs dispersées et d’éclairer les comportements sous l’Occupation. Par la voix de Anne-Marie Gentily, Suzanne Galland et Germaine Rhéal, le Comité demande à la GLDF la réintégration des loges d’adoption et la préparation d’une organisation nouvelle.

Décision historique : le 17 septembre 1945, le Convent de la GLDF abroge la Constitution de 1906 et ses règlements afférents. Les loges d’adoption sont supprimées, ouvrant la voie à la création d’une obédience féminine indépendante : l’Union Maçonnique Féminine de France (UMFF).

Le 21 octobre 1945, Anne-Marie Gentily annonce solennellement la naissance de l’UMFF devant cinq loges reconstituées :
Le Libre Examen (20 membres), La Nouvelle Jérusalem (33), Le Général Peigné (16), Minerve (16) et Thébah (6). Son allocution, où l’espérance l’emporte sur l’amertume des pertes, trace la route : rester dignes, aller de l’avant, espérer une vie longue et féconde.

1946 voit la structuration :

– rédaction de la première Constitution (Des Loges d’Adoption aux Loges féminines indépendantes) ;

– lancement d’une Question à l’étude des Loges sur « Le symbolisme féminin dans la Maçonnerie écossaise » ;

-élection du premier Conseil supérieur (10 femmes) et de la première Grande Maîtresse, Anne-Marie Gentily, qui fixe l’ambition : faire l’institution grande, forte et belle, et lui donner un rôle national et international.

L’essor est rapide : 1948, fondation à Toulouse de la première loge provinciale, Athéna, par des femmes, pour des femmes.
Le 22 septembre 1952, l’UMFF devient officiellement Grande Loge Féminine de France. Les travaux se déroulent encore au Rite d’adoption, jusqu’au Convent de 1958 qui choisit le Rite Écossais Ancien et Accepté. Ce passage fondateur donne à la GLFF son assise symbolique et son rayonnement contemporain.

Depuis, l’Obédience n’a cessé de grandir : présente sur les cinq continents, elle conjugue tradition et ouverture, symbole et action, fidèle à une promesse simple et haute : faire grandir la liberté intérieure au féminin.

La Cité en fête : une invitation à rencontrer, comprendre, ressentir. Et, peut-être, à repartir avec ce supplément d’âme qui change la manière d’habiter la cité.

Infos pratiques

Date & horaires : samedi 25 octobre 2025, 11 h – 18 h
Lieu
: Cité du Couvent, 4 Cité du Couvent – 75011 Paris
Accès : métro Charonne (ligne 9)
Entrée : libre, ouverte à toutes et tous
Temples 3 & 4
: sur inscription, séance 14 h – 16 h

Renseignements : www.glff.org

Cité du couvent