Contrairement à ce qu’ont pu propager certains « esprits chagrins » la COLLECTION QUI POSE DES QUESTIONS (DERVY) ne prend pas fin mais évolue. Parce que nous avons toujours tenté de préempter l’air du temps, nous continuerons à éditer des ouvrages plus proches des nouvelles spiritualités. Les nouvelles spiritualités en France, comme dans d’autres pays, connaissent une évolution continue, avec un large éventail de pratiques et de croyances qui se développent en réponse à une société moderne de plus en plus diversifiée, individualisée et parfois en quête de sens.
Parce qu’on assiste au retour de l’ésotérisme et du mysticisme, on assiste également à une réinterprétation des traditions mystiques chrétiennes, juives (kabbale) et islamiques (soufisme).
Une autre tendance notable est le Le néopaganisme et les formes de spiritualités qui valorisent la Terre comme sacrée. Par ailleurs, Il existe une forte convergence entre les pratiques spirituelles et le bien être (Yoga, méditation, guérison spirituelle) Enfin, avec l’explosion des technologies et des réseaux sociaux, les communautés spirituelles ont de plus en plus recours à Internet pour partager des enseignements, organiser des cercles de méditation, des retraites virtuelles ou même pour suivre des pratiques collectives à distance.
Vipassana – 10 Jours de méditation non-stop
On voit aussi émerger des pratiques qui se concentrent sur le « cœur » et l' »âme« , souvent influencées par des philosophies comme celles de l’Inde, du Tibet ou du Japon. Ces courants cherchent à rétablir une connexion profonde avec soi-même, en mettant l’accent sur des valeurs comme l’amour inconditionnel, la compassion, et la sagesse. Les retraites spirituelles connaissent un véritable essor en France. Elles proposent des immersions dans la nature ou des lieux dédiés à la recherche intérieure et à la purification de l’esprit.
Emerge, encore la quête de spiritualité sans religion: Un grand nombre de personnes cherchent aujourd’hui une spiritualité « sans étiquette« , rejetant les institutions religieuses traditionnelles au profit de pratiques plus flexibles, éclectiques et personnelles. La notion de « spiritualité laïque » se développe, où l’on combine des éléments de plusieurs traditions religieuses et spirituelles, en se concentrant sur les aspects universels de la recherche spirituelle, sans se soumettre à une structure dogmatique.
Pour finir la Science rejoint aussi les comportements spirituels avec les recherches sur les états de conscience modifiés, induits par des pratiques comme le jeûne, l’isolement sensoriel, la danse extatique ou même la consommation de substances psychédéliques, sont également en pleine expansion. La science explore de plus en plus ces pratiques, notamment à travers les recherches sur les psychédéliques et leur potentiel thérapeutique, mais également pour comprendre leur impact sur la conscience et la spiritualité.
Pour conclure brièvement : Les nouvelles spiritualités en France sont marquées par un désir de reconnecter l’individu à des expériences transcendantes, que ce soit à travers des pratiques anciennes ou des approches plus modernes et intégratives. L’une des caractéristiques principales est la quête de sens, en dehors des dogmes religieux traditionnels, en combinant bien-être, développement personnel, exploration intérieure et, parfois, technologies émergentes.
En avant première voici donc une présentation – par Eric de l’Estoile – du premier titre – réalisé avec son frère Arnaud– de la nouvelle collection REGARDS SUR LES NOUVELLES SPIRITUALITES. (Editions Dervy) à paraître début 2026
Le mercredi 8 octobre 2025, la bibliothèque de la Fondation Spadolini Nuova Antologia, nichée au cœur de Florence, berceau de la Renaissance et capitale de la Toscane, a été le théâtre d’une cérémonie empreinte de solennité. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO pour son centre historique, Florence, ancienne capitale du royaume d’Italie (1865-1871) et joyau universellement célébré pour ses trésors artistiques et architecturaux – du Duomo à la Galerie des Offices, en passant par le Ponte Vecchio et la Piazza della Signoria – a accueilli la remise des bourses Giovanni Spadolini.
Organisé par la Fondation Grand Orient d’Italie(GOI) en partenariat avec la Fondation Spadolini Nuova Antologia (ETS), cet événement a marqué le centenaire de la naissance de Giovanni Spadolini, illustre historien, journaliste et homme politique florentin, figure incontournable de la culture italienne.
Cette initiative met en lumière l’engagement des deux fondations à promouvoir la culture, l’histoire et les valeurs humanistes chères à Spadolini, tout en honorant son héritage à travers la recherche académique.
Une cérémonie ancrée dans la tradition culturelle florentine
La cérémonie s’est déroulée dans le cadre prestigieux de la bibliothèque de la Fondation Spadolini Nuova Antologia, nichée via Pian dei Giullari à Florence, un lieu empreint d’histoire et de mémoire. Florence, ville d’adoption de Giovanni Spadolini, a offert un écrin idéal pour cet événement.
Spadolini, grande et belle figure de la culture italienne, a marqué son époque en tant qu’historien, journaliste et homme politique. Professeur à la Faculté de sciences politiques « Cesare Alfieri » de Florence, il a révolutionné l’historiographie italienne par ses travaux sur les minorités laïques et catholiques dans l’Italie libérale. En tant que journaliste, il a dirigé avec brio des journaux de renom tels qu’Il Resto del Carlino et le Corriere della Sera, insufflant une rigueur intellectuelle et une vision progressiste au débat public. Politiquement, il a laissé une empreinte indélébile en tant que secrétaire du Parti républicain italien (PRI), premier ministre non chrétien-démocrate de la République (1981-1982) et président du Sénat, défendant un idéal de « parti de la démocratie » ancré dans la laïcité et les valeurs démocratiques.
Bisi – GOI
La collaboration entre la Fondation Grand Orient d’Italie, présidée par le Grand Maître Stefano Bisi, et la Fondation Spadolini Nuova Antologia, dirigée par Cosimo Ceccuti, illustre un engagement commun à perpétuer les idéaux de liberté, de laïcité et de démocratie qui ont guidé l’œuvre et la vie de Spadolini, tout en célébrant son héritage culturel et intellectuel.
Les lauréats : Andrea Castellana et Marco Mazzé Alessi
Le comité de sélection, composé de Stefano Bisi (président de la Fondation Grande Oriente d’Italia et Grand Maître du GOI), Cosimo Ceccuti (président de la Fondation Spadolini) et Antonio Seminario (secrétaire), s’est réuni le 14 juillet 2025 pour évaluer les travaux soumis. Après un examen rigoureux, deux candidats ont été distingués pour l’excellence de leurs recherches : Andrea Castellana et Marco Mazzé Alessi.
Palais-Giustiniani-siege-du-GOI à Rome
Leurs travaux, marqués par une profondeur scientifique, une rigueur critique et une originalité remarquable, ont su mettre en lumière la richesse et la complexité de l’héritage de Giovanni Spadolini.
Andrea Castellana : une exploration de la vie et de l’œuvre de Spadolini
Andrea Castellana a proposé une synthèse remarquable retraçant le parcours de Giovanni Spadolini, depuis ses origines familiales jusqu’à ses contributions majeures en tant que journaliste, historien et homme politique.
Son travail met en exergue :
-l’expérience journalistique de Spadolini, notamment sa direction des prestigieux journaux Il Resto del Carlino et Corriere della Sera, qui ont marqué le paysage médiatique italien.
son apport historiographique, à travers ses recherches novatrices sur les minorités laïques et catholiques dans l’Italie libérale, ainsi que son enseignement à la Faculté de sciences politiques « Cesare Alfieri » de Florence.
son engagement politique, soulignant la contribution unique de Spadolini au système politique italien, marquée par une vision humaniste et progressiste.
Le comité a salué l’approche critique et la profondeur analytique du travail de Castellana, qui reflète l’esprit de recherche et d’innovation cher à Spadolini.Marco Mazzé Alessi : une analyse du leadership politique de SpadoliniMarco Mazzé Alessi s’est concentré sur les années de leadership de Spadolini au sein du Parti républicain italien (PRI), succédant à Ugo La Malfa. Son travail retrace :
l’engagement institutionnel de Spadolini, de son élection au Sénat en tant que membre indépendant du PRI à ses rôles de président de la Commission de l’Éducation, ministre des Biens culturels et de l’Environnement (premier titulaire de ce ministère), et ministre de l’Instruction publique.
son rôle de Premier ministre (1981-1982), premier non-chrétien-démocrate de la République italienne, dans un contexte de défis majeurs (terrorisme, inflation, question morale). Sous sa direction, le PRI a obtenu un résultat historique aux élections de 1983, doublant presque ses voix et ses sièges.
sa vision d’un « parti de la démocratie », prônant une « troisième force » laïque et démocratique entre la Démocratie chrétienne et le Parti communiste, jusqu’à son élection comme président du Sénat, où il choisit de se retirer du secrétariat du PRI pour garantir son impartialité.
Le comité a reconnu la richesse documentaire et la finesse critique du travail de Mazzé Alessi, qui met en lumière le rôle déterminant de Spadolini dans l’histoire politique italienne.
Une célébration de l’héritage florentin
La cérémonie a été marquée par des moments d’émotion, notamment lors des interventions de Cosimo Ceccuti, président de la Fondation Spadolini, dont une vidéo est disponible ci-dessous. Ceccuti a souligné l’importance de perpétuer la mémoire de Spadolini, non seulement comme figure politique, mais aussi comme intellectuel florentin dont les travaux ont enrichi la compréhension de l’histoire italienne. Stefano Bisi, Grand Maître du Grand Orient d’Italie, a quant à lui rappelé l’engagement de la Franc-maçonnerie italienne dans la promotion des valeurs de liberté, de culture et de progrès, en résonance avec l’héritage de Spadolini.
Une nouvelle anthologie pour l’avenir
Cette cérémonie s’inscrit dans une démarche plus large de valorisation de la culture florentine et italienne. La Fondation Spadolini Nuova Antologia, à travers sa revue éponyme, continue de publier des travaux qui perpétuent l’esprit critique et humaniste de Spadolini.
La collaboration avec la Fondation Grand Orient d’Italie renforce cet engagement, en soutenant de jeunes chercheurs et en encourageant des études qui explorent les intersections entre histoire, politique et culture.
La remise des bourses Giovanni Spadolini 2025 incarne, encore et toujours, un moment de communion autour des idéaux de savoir, de liberté et de démocratie. Un bel exemple à suivre en Europe !
À travers les travaux d’Andrea Castellana et de Marco Mazzé Alessi, l’héritage de Giovanni Spadolini continue d’inspirer les nouvelles générations, ancrant Florence comme un phare de la culture et de la pensée critique. Cet événement, porté par la collaboration entre deux fondations d’exception, restera un jalon dans la célébration du centenaire de Spadolini et dans la promotion des valeurs qu’il chérissait.
Sources : Newsletter du 20 octobre 2025 du Grand Orient d’Italie / Illustrations : GOI ; Wikimedia Commons
À l’antenne, Clément Ledoux a su ouvrir un parvis. Sa voix a ménagé le silence juste pour que la parole respire, et la pensée de Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France, a pris sa hauteur naturelle. Nous n’avons pas seulement écouté une émission, nous avons franchi un seuil. La radio s’est faite Temple, la question s’est faite chemin.
Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France
Le thème surgit d’emblée comme une injonction douce : oser pousser les portes. Pousser la porte du Temple, celle du cœur, celle de l’esprit.
Quitter l’immobilité grise, remettre du mouvement dans la vie, consentir au commencement, non l’exploit d’un soir, mais l’ascèse du quotidien. La formule n’est pas un slogan, elle trace une discipline d’être, prolongeant la première conférence publique du Grand Maître et l’élan qu’il imprime à son mandat.
Blason GLDF
Alors vient V.I.T.R.I.O.L.
Visiter l’intérieur de la terre, c’est accepter la descente, délaisser la surface bruyante pour la lumière patiente. L’alchimie y retrouve son vrai rôle : méthode de transmutation et non folklore de vitrines. Séparer pour unir, purifier pour exhausser, transmuer pour offrir. La Grande Loge de France rappelle ainsi qu’elle travaille au temps long, à rebours des injonctions d’instantané. Ici, le doute n’est pas une faiblesse, c’est une force d’ajustement, l’atelier où la conscience s’accorde à l’équerre plutôt qu’au tumulte.
Dans un monde saturé de messages, vivre le Rite avec d’autres devient nécessité. Non pour se confondre, mais pour se reconnaître. L’Atelier est ce laboratoire de fraternité où l’on apprend la juste mesure, la tenue de la parole, l’accueil de celle d’autrui. Les jeunes, amis aps seulement, y frappent de plus en plus nombreux, non pour ajouter un signe à leur panoplie, mais pour se reconnecter à eux-mêmes, reprendre rendez-vous avec leur propre vie loin de la tyrannie du flux. La fraternité n’est pas l’extase d’un “même”, c’est la pratique exigeante de l’altérité.
Au centre, la liberté de conscience
Cette année relie deux dates cardinales qui nous obligent : 1875, le Convent de Lausanne où le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) affirme cette liberté comme valeur essentielle ; 1905, la loi de séparation qui donne à la République sa neutralité hospitalière. Entre ces deux repères se dessine une ligne de crête : permettre à des croyants de diverses traditions, à des agnostiques, à des athées, de travailler ensemble sans s’amoindrir. Faire de la Question à l’étude des Loges un temps commun sur ce thème n’est pas un exercice rhétorique, c’est un service rendu à la Cité : éclairer sans invectiver, dialoguer sans s’assigner, servir sans s’exhiber.
L’ouverture n’est pas un mot, c’est un geste.
Des portes réellement ouvertes, des temples réellement visités, un musée vivant qui accueille et raconte. Les Journées européennes du patrimoine l’ont confirmé, en France et en outre-mer : des foules curieuses, patientes, respectueuses, ont franchi nos seuils – des milliers de pas sur le pavé mosaïque, autant de regards délivrés des préjugés. Rien ne défait mieux les fantasmes qu’une marche guidée, une explication simple, un symbole montré sans l’exhiber. La discrétion n’est ni le secret ni la fermeture, elle est la condition d’une transmission fidèle. C’est tout le sens des rendez-vous annoncés et des invitations répétées à venir voir.
Vient alors la leçon d’exemplarité.
Elle ne se déclame pas, elle se prouve. Trois noms suffisent pour tracer une droite dans le vacarme – trois Frères qui, chacun à leur manière, ont incarné dans le monde la fidélité à la lumière reçue.
Pierre Brossolette, journaliste, intellectuel, résistant, choisit en 1944 de mourir plutôt que de livrer ses compagnons. Il préféra le silence à la compromission, l’honneur à la survie. Son nom donne aujourd’hui son visage au Grand Temple de la Grande Loge de France, rappelant que la parole maçonnique n’a de prix que lorsqu’elle sait se taire quand l’essentiel est menacé. Il repose au Panthéon.
Pierre Simon, ancien Grand Maître de la GLDF
Pierre Simon, médecin, humaniste et homme d’action, fut l’un des artisans majeurs de la légalisation de la contraception et de la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse. Ancien Grand Maître de la GLDF, il incarna cette conscience fraternelle qui transforme la réflexion en réforme et la bienveillance en cadre de justice. Sa pensée fut celle d’un franc-maçon engagé : non dans le tumulte des idéologies, mais dans la construction concrète d’une dignité partagée.
Arnaud Beltrame
Arnaud Beltrame, officier de gendarmerie, donna sa vie en 2018 pour sauver une otage. En lui, la chevalerie spirituelle dont parlait le Grand Maître retrouva chair : le courage lucide, le don sans emphase, la fidélité silencieuse à l’idéal de service. Son geste a réuni dans l’émotion la nation et l’Ordre, rappelant que la Lumière ne brille que par les actes.
Ces trois Frères, séparés par les années mais unis par le même souffle, nous enseignent que l’initiation n’a de sens que si elle débouche sur l’exemplarité. Dans leurs vies respectives, la devise de la Grande Loge « Liberté, Égalité, Fraternité » ne fut pas gravée sur le fronton des discours, mais inscrite au front de l’action.
Liberté, Égalité, Fraternité
L’initiation ne s’achève pas sous la voûte étoilée, elle oblige au dehors. L’équerre et le compas ne décorent rien, ils commandent.
Dans l’entretien, Jean-Raphaël Notton tient ensemble fidélité et présence…
Et c’est toute sa vision qu’il faut saluer : claire, exigeante, hospitalière. Fidélité à l’essentiel initiatique ; présence agissante dans la cité. Il ne s’agit pas de brandir l’appartenance, mais de la rendre crédible par la conduite. À ses yeux, la tradition n’est vivante que lorsqu’elle se donne et s’éprouve. Comme en amour, les déclarations comptent peu, seule l’épreuve atteste. Pour nous, il en va de même : ce que nous vivons au Temple demande des gestes simples et justes, une manière d’être au monde qui prouve, avant de proclamer, la vérité de la Fraternité.
Saluer Clément Ledoux, c’est reconnaître l’art du passeur. Sa manière installe l’espace où la pensée peut naître, et l’émission retrouve la tonalité qui convient à la parole maçonnique : humble, précise, hospitalière. Le temps d’une écoute, la rumeur s’est tue, le symbole a respiré. France Culture fait résonner la Grande Loge de France en donnant à chacun l’envie non de commenter, mais d’entrer.
L’onde a dessiné un parvis ; à nous de franchir la porte. Des conférences publiques s’annoncent, des rencontres, des travaux partagés. Le meilleur de la tradition demeure vivant lorsqu’elle se donne ; la spiritualité habite les jours lorsqu’elle agit ; la fraternité retrouve sa densité lorsqu’elle se partage.
Puisse cette méditation accompagner l’auditeur, du chantier au Temple et du Temple au chantier.
Émission « Divers aspects de la pensée contemporaine », France Culture, édition du dimanche 19 octobre 2025 : invité Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France
À Athènes au IVe siècle avant notre ère, deux philosophes, maître et disciple, y développent des visions du monde radicalement opposées : Platon, le rêveur des Idées éternelles, et Aristote, l’observateur minutieux de la nature. Le premier nous invite à contempler un monde parfait, au-delà des apparences ; le second nous ramène sans cesse au concret, à l’étude des êtres et des choses telles qu’elles sont. Platon cherche la vérité dans un au-delà intelligible, Aristote la trouve dans l’analyse du monde sensible.
Imaginez un franc-maçon, curieux des vérités universelles et des principes d’harmonie, écoutant les deux philosophes tenter de le convaincre de leur vision respective de la réalité, de la connaissance et de l’éthique.
Franc-Maçon : Maître Platon, influencé par Socrate et Héraclite et vous Maître Aristote, ancré dans l’observation scientifique – acceptez de développer vos arguments profonds pour éclairer ma quête. Comment vos visions complémentaires mais opposées peuvent-elles guider notre Ordre maçonnique vers l’harmonie et le Bien suprême ?
Platon : Cher Franc-Maçon, bien que mon élève Aristote ait étudié à l’Académie avant de fonder son Lycée, nos approches diffèrent radicalement, comme je vous le simplifie :
« Platon aime les mathématiques, Aristote préfère les sciences ».
Cher Franc-maçon, sache qu’en métaphysique les réalités véritables sont éternelles, immatérielles et parfaites, dans un monde intelligible séparé du sensible. Toi qui cherches la lumière de la vérité, écoute-moi. La réalité véritable n’est pas ce que tes yeux perçoivent dans ce monde changeant, fait d’ombres et d’imperfections. Les objets que tu vois – cette chaise, cet olivier – ne sont que des reflets imparfaits des Formes éternelles, résidant dans un monde intelligible. La chaise participe à la Forme de la Chaise, parfaite et immuable, comme le dit mon Phédon : « Si quelque chose est beau, c’est parce qu’il participe à la Beauté elle-même » (100c3–7). La vérité réside dans ces Formes, accessibles seulement par l’intellect, non par les sens trompeurs. Dans le Phédon, j’interroge : « Et ces choses-là ? Disons-nous que la justice elle-même est quelque chose ? Bien sûr. Et le beau, et le bien ? Assurément. Alors, as-tu jamais vu l’une de ces choses avec tes yeux ? En aucune façon »[1]. Ces Formes sont auto-suffisantes, et les particuliers y participent : « Si quelque chose d’autre est beau en plus de la Beauté elle-même, c’est beau pour aucune autre raison que parce qu’il participe à la Beauté elle-même »[2] Elles sont simples et mono eidétiques (« d’une seule forme »[3]), contrairement aux particuliers complexes souffrant de la « comprésence des opposés » ; une vache est grande face à son veau mais petite face à un taureau. Le monde sensible est une ombre imparfaite, avec la Forme du Bien comme principe suprême téléologique. En épistémologie, je suis rationaliste : la connaissance naît de la réminiscence des Formes, les sens sont trompeurs et perspectivistes. L’allégorie de la caverne[4] illustre les prisonniers voyant des ombres, libérés pour le Soleil. « La perception stimule le processus de réminiscence, menant à la croyance et à la connaissance des Formes » (Phédon, 99eff). Ma méthode des hypothèses : « Prenant comme hypothèse la théorie la plus convaincante, je considérais comme vrai ce qui concordait »[5]. Percevoir des bâtons égaux réminisce la Forme d’Égalité ; un bâton droit semble courbé dans l’eau[6], montrant la distorsion sensorielle. « Le savoir est la nourriture de l’âme », et la sagesse voit la juste mesure. Franc-Maçon, vos outils géométriques – équerre, compas – participent aux Formes éternelles ; contemplez-les par la raison pour transcender le sensible et bâtir un temple spirituel parfait. La géométrie révèle des vérités éternelles, indépendantes des sens.
Aristote : Respecté maître Platon, votre idéalisme transcendant inspire, mais ma philosophie, ancrée dans l’observation empirique et scientifique, marque un tournant vers une approche réaliste immanente. Je critique vos Formes dans ma Métaphysique comme inutiles pour le changement : « Il n’y a donc aucun avantage à postuler des substances éternelles, comme le font ceux qui acceptent les Formes, à moins qu’il n’y ait en elles un principe capable de provoquer le changement »[7]. Maître, avec tout le respect que je te dois, cette idée des Formes me semble inutile pour comprendre le monde. Franc-maçon, observe cet olivier : il n’a nul besoin d’une Forme séparée pour exister ou croître. Sa réalité est ici, dans sa matière – ses racines, son bois – unie à sa forme, sa nature d’olivier. Mon hylémorphisme voit la substance comme composé de matière (hylè, potentialité) et forme (morphè, actualité) : une statue est bronze informé par sa figure. « Par forme, j’entends l’essence de chaque chose et la substance première »[8]. Les universaux ne sont pas séparés : « Rien de commun ne signifie un ceci, mais un tel type de chose »[9]. « Il n’y a pas d’universaux en dehors de leurs particuliers »[10]. L’actualité prime : « elle est prioritaire dans le logos »[11]. La vérité naît de l’observation attentive de ce qui est, par les sens et l’induction, non par une contemplation abstraite : Tous les hommes sont mortels ; Socrate est un homme ; donc mortel. « Les sens sont nécessaires pour déterminer la réalité », et « si l’on n’avait pas la sensation, on n’apprendrait rien »[12]. En biologie, je classe les espèces par observation, fondant une proto-méthode scientifique. Pour connaître un arbre, observez son développement du gland au chêne, guidé par le télos : « La nature ne fait rien en vain ». La connaissance commence par les sens, passe par l’expérience, culmine en intellect démonstratif, critiquant votre idéalisme en insistant sur l’induction des particuliers. Franc-Maçon, votre équerre mesure le réel tangible ; ancrez votre quête dans l’observation empirique pour une construction solide, non dans des ombres transcendantes.
Franc-maçon : Mais comment puis-je vivre justement, en harmonie avec cette vérité ? La Franc-Maçonnerie valorise la vertu et l’ordre moral. Vos visions de la réalité impliquent-elles des chemins différents pour la vertu ?
Platon : Une société juste, franc-maçon, repose sur la connaissance du Bien. La vertu, c’est la connaissance, Franc-maçon. Si tu connais la Forme du Bien, tu agiras justement, car nul ne choisit le mal sciemment. Dans ma République, je dis : « Il y aura justice dans l’âme si chaque partie remplit sa fonction » (441c-445e). Le philosophe, par la dialectique, contemple les Formes et devient vertueux sans effort. L’amour de la beauté, comme dans le Symposium, t’élève vers la Forme du Beau, et cette contemplation te rend juste. La raison domine les passions ; il n’y a pas de faiblesse de la volonté. Le Bien est la Forme suprême ; vertus interconnectées (sagesse, courage, modération, justice) ancrées dans la raison. « Il y aura justice dans la cité si les membres de toutes les trois classes s’occupent de leurs propres affaires ; de même, dans l’âme individuelle, si chaque partie remplit sa fonction »[13]. Le philosophe-roi, connaissant les Formes, agit sans effort : « Jusqu’à ce que les philosophes règnent comme rois… les cités n’auront pas de repos des maux »[14]. Dans ma République, la cité idéale est gouvernée par des philosophes-rois, formés à contempler les Formes. Sans eux, « les cités n’auront pas de repos des maux » (473d). La justice naît de l’harmonie : gardiens, auxiliaires et producteurs remplissent leurs rôles, sans propriété ni famille pour éviter les conflits. Seule la connaissance des Formes assure une justice harmonieuse, quand il y a analogie de l’âme tripartite à la cité. La démocratie, hélas, est instable : la liberté excessive mène à tyrannie[15], car elle laisse les passions dominer. Franc-Maçon, imaginez vos loges comme cette cité, philosophes-rois contemplant les Formes pour une société sans maux, inspirant utopies et philosophies transcendantales [16].
Aristote : Platon, votre intellectualisme et utopie ignorent la nature pratique et sociale de l’homme. En éthique, la vertu est habitude acquise par pratique. « La vertu est un état de caractère qui concerne le choix, situé dans un juste milieu… déterminé par un principe rationnel », n’est-ce pas le mésotès ?[17] . La vertu n’est pas seulement affaire de connaissance, mais d’habitude.[18]. Le courage, par exemple, est le milieu entre témérité et lâcheté, acquis par des actions répétées [19]. Tu deviens vertueux en pratiquant la vertu, non en contemplant une Forme. L’éducation et l’expérience t’élèvent vers l’eudaimonia, le bonheur, guidé par la raison pratique, adaptée aux circonstances. Elle doit se faire précocement : « On doit avoir été élevé dans de bonnes habitudes ». La Vertu dynamique, contextuelle, contraste votre intellectualisme.
Platon : Une société juste, Franc-maçon, repose sur la connaissance du Bien. Dans ma République, la cité idéale est gouvernée par des philosophes-rois, formés à contempler les Formes. Sans eux, « les cités n’auront pas de repos des maux » (473d). La justice naît de l’harmonie : gardiens, auxiliaires et producteurs remplissent leurs rôles, sans propriété ni famille pour éviter les conflits. La démocratie, hélas, mène à la tyrannie, car elle laisse les passions dominer.
Aristote : En politique, le pragmatisme est de rigueur équilibrant démocratie et oligarchie. « La communauté des biens, des femmes et des enfants… rendrait la cité impossible »[20]. La Propriété privée est source de responsabilité, évitant les conflits. Homme n’est qu’un« animal politique » car « La cité est quelque chose de naturel »[21]. Un bon régime rend vertueux. Les Régimes justes (monarchie, aristocratie, politeia) ne doivent pas être déviés (tyrannie, oligarchie, démocratie) ; Platon, ta cité est irréaliste. Franc-maçon, dans ma Politique, j’analyse les constitutions réelles pour trouver la meilleure : la politeia, un régime mixte, équilibrant démocratie et oligarchie. La propriété privée, loin d’être abolie, encourage la responsabilité. L’homme est un « animal politique » (Politique, I) ; la cité existe pour rendre les hommes vertueux par des lois adaptées à leur nature. Contrairement à Platon, je vois l’échange économique comme le fondement des liens sociaux, non la contemplation abstraite. Franc-Maçon, bâtissez pragmatiquement avec équilibre pour la stabilité, soyez vertueux par habitude en posant les bases de la science moderne et d’une éthique pratique.
Platon : Pourtant, sans Formes transcendantes, comment expliquer l’ordre cosmique ? Le Bien illumine comme le Soleil, cherchant la vérité dans l’au-delà intelligible.
Aristote : Par causes immanentes, Platon, par causes immanentes ! Mon Premier Moteur, pur acte, donne une finalité sans séparation ; la vérité est dans l’analyse du sensible. Maître Platon, vous m’êtes cher, mais la vérité m’est plus chère encore.
Franc-Maçon : Sages, vos débats m’éclairent profondément. Platon, votre idéalisme élève vers les Formes éternelles, nourrissant notre quête ésotérique. Aristote, votre réalisme ancre dans l’observation et l’habitude, comme un artisan équilibrant ses outils. Vos visions complémentaires – transcendantale et immanente – fusionnent pour guider mon chemin vers une harmonie parfaite.
Platon et Aristote (en chœur) : Que la lumière de la sagesse illumine éternellement votre chemin, Franc-Maçon !
Quelle approche vous parle le plus ? Celle de Platon, qui élève l’esprit vers l’absolu, ou celle d’Aristote qui est ancrée dans l’observation et l’action ?
Dès l’incipit, une ligne de conduite se dessine avec la netteté d’un trait d’équerre. Laurent Perret, Suprême Commandeur du Grand Chapitre Français et du Suprême Conseil du Rite Moderne pour la France, écarte deux tentations symétriques qui stérilisent la pensée : clore le sens comme on scelle une arche, ou bâtir un catéchisme qui prend le symbole en otage.
L’avertissement n’est pas protocolaire ; il est performatif. Il nous invite à lire dans l’esprit d’une Loge au travail, non d’un tribunal du sens. À ce seuil, Olivier Tazé pose son compas : il met en ordre sans enfermer, il éclaire sans réduire, il indique des passages sans ériger de checkpoints.
La préface, loin d’être un tapis rouge, est un garde-fou éthique ; elle protège la liberté intérieure du lecteur autant qu’elle protège le Rite de la glose définitive.
Cette liberté s’adosse à deux piliers qui plaquent l’édifice sur son terrain vivant. Pierre Mollier, avec la « Genèse », reconduit la chaîne d’union des textes et des filiations : sources, variantes, gestes fondateurs – tout ce qui, dans la longue mémoire française, donne une charpente aux Ordres de Sagesse. Le texte de cette « Genèse » est d’ailleurs issu, comme l’indique le référencement en bas de page, de son ouvrage Les hauts grades du Rite Français – Histoire et texte fondateur, Le Régulateur des chevaliers maçons (Dervy, coll. Renaissance Traditionnelle – Bibliothèque de la franc-maçonnerie, 2017).
Philippe Michel
Philippe Michel, membre de la Chambre des Grades du Grand Chapitre Français, remet ensuite l’ouvrage dans son histoire : la cristallisation de 1785-1786, puis le XIXᵉ siècle avec ses réformes, ses foisonnements, ses rectifications. Ce binôme n’ajoute pas un vernis d’érudition ; il règle la lumière. Nous savons d’où viennent les formes, comment elles ont tenu, où elles ont parfois cédé, et pourquoi il fallait, à certains moments, resserrer la voûte.
De là découle une clarification féconde : quand l’anglo-saxonnité choisit de conserver trois degrés – et d’y adjoindre, selon les usages, l’Arche Royale –, la France opte pour une voie sage, structurée en Ordres, afin de préserver, après la Maîtrise, la cohérence du grand récit. Non pas une surenchère décorative, mais une pédagogie de la montée : justice qui redresse, alliance qui oblige, reconstruction qui s’enseigne, paix profonde qui s’éprouve. Le rappel n’est pas polémique, il est organique : il explique l’architecture même du quadriptyque, pensé comme un continuum ascendant et pourtant cyclique dans l’esprit – selon la formule heureuse de l’introduction. Nous gravissons, nous trébuchons, nous rebâtissons ; nous revenons au même point, mais plus haut, comme sur une rampe invisible qui épouse le souffle du Rite.
Ainsi, la mise au clair éthique du début n’est pas un simple préambule ; elle est la clé qui ouvre toutes les portes du livre. Elle nous apprend à lire comme nous travaillons : avec méthode et souplesse, dans la fidélité et sans fétichisme. Elle nous reconduit à cette juste mesure française – l’art de ne pas confondre autorité et autoritarisme du sens – où chaque symbole demeure passage et non possession, et où le lecteur, loin d’être contraint, est convié à devenir, marche après marche, l’artisan de sa propre élévation.
I. Élu Secret – la justice qui redresse
Le premier livret épouse fidèlement la partition annoncée par le sommaire : introduction du grade, symbolique générale, contexte historique et biblique, déroulement de la cérémonie, symboles majeurs. Cette granularité est précieuse pour le travail en Loge : elle permet de lier geste, parole et finalité.
L’axe du grade tient dans la conversion de la vengeance (Nekam) en justice. Olivier Tazé évite l’écueil moraliste : il montre comment l’économie rituelle fabrique cette conversion. La chambre de préparation n’est pas une antichambre psychologique ; elle est déjà plongée dans la dramaturgie du tirage au sort et de la mission : accepter l’inattendu, consentir à « faire sa part ». La caverne – motif matriciel – devient un laboratoire de vision où l’Inconnu met à l’épreuve notre rapport au vrai. La purification et le retour ferment la boucle : la justice ne punit pas, elle rétablit.
Le chapelet symbolique est traité un à un : étoile du matin, nombre 9 (neuf ombres, neuf marches, cycle de gestation), cordon Vincere aut mori, Source, Lampe, marche en arrière, signe/contre-signe, trois maximes, chien, rouge et noir, nombres 9 & 15, Joaben, Abibal… Olivier Tazé ne cède pas au pittoresque ésotérique : chaque item revient à son usage initiatique. Ainsi la marche en arrière cesse d’être une curiosité pour redevenir un entraînement à la lucidité ; la lampe n’est pas un bibelot, elle est la discipline du regard ; le Chien, gardien des seuils, nous apprend que l’instinct loyal précède la rhétorique morale. Résultat : un grade compris comme rectification – et non comme règlement de comptes spirituel.
II. Grand Élu Écossais – l’alliance éprouvée
Le deuxième opus déplace le centre de gravité : après la justice, l’alliance. Le sommaire met en avant la triade sacrifice – purification – partage, puis l’accès à la Parole sacrée sous le triangle, la voûte, la pierre d’agate et les quatre voiles du Saint des saints. La pédagogie d’Olivier Tazé consiste à faire travailler les symboles : pain et vin comme acte de fraternité (pas comme emprunt liturgique), eau et fumée comme pédagogie de l’ascension (ce qui monte n’est pas ce qui enfle, mais ce qui s’allège de soi).
Le triangle redevient figure d’alliance (verticale et horizontale), la pierre d’agate relève de la protection intérieure – un cœur poli, pas une amulette –, le chandelier à sept branches ordonne les vertus comme autant de luminaires du travail quotidien. Belle démonstration aussi sur les voiles : ils ne dissimulent pas le sacré, ils nous apprennent à ne pas confondre curiosité et dévoilement. Les entrées hébraïques (El Hanan, Schem Ham Phorasch, Berit, Neder, Schelmout) sont traitées dans la retenue : assez pour ouvrir, jamais pour clore.
III. Chevalier d’Orient – rebâtir dehors et dedans
Le troisième livret est celui de l’architecture retrouvée. L’introduction inscrit Zorobabel dans le double contexte : Babylone, Cyrus, retour à Jérusalem, puis reconstruction. Le test de foi en captivité, la perte volontaire des signes au franchissement du pont, l’investiture par l’épée et l’écharpe, la truelle et la lumière des 70 bougies donnent à sentir la cadence du grade : fidélité, dépouillement, service.
Le long collier symbolique est exemplaire pour un travail d’atelier : épée, pont – liberté de passage, songe de Cyrus, 70 lumières, truelle, titre de Chevalier, couleur verte, outils cassés et dispersés, “Yaavorou hammaim”, lion, “Rends la liberté aux captifs”, Zorobabel, Juda/Benjamin. Olivier Tazé insiste, à juste titre, sur les outils brisés : nous ne rebâtissons pas à partir de rien, mais de ce qui fut mal-usé. La couleur verte n’est pas un signe d’appartenance ; c’est un dynamisme : chlorophylle des chantiers de l’âme. Et l’épée ne glorifie pas la force : elle tranche l’illusion, pendant que la truelle joint, assemble, répare. L’opus réussit ici une chose rare : faire sentir que la chevalerie devient charte de gouvernement de soi.
IV. Chevalier Rose-Croix – l’unification intérieure
Le quatrième livret est écrit dans une langue plus sobre encore : normal, il traite de l’ineffable. La montée des quatre chambres – obscure, noire, de réprobation, rouge – compose une alchimie (nigredo, discernement des sept péchés, rubedo de la charité agissante). Olivier Tazé ne raconte pas la scène ; il règle la lumière, dosage après dosage. Rose et Croix, Foi-Espérance-Charité, pélican, aigle, serpent, INRI, Emmanuel – paix profonde, nec plus ultra, 33, banquet/cène mystique, baiser de paix : l’enchaînement va de l’appréciation morale (qui ne suffit pas) à la transfiguration (qui oblige).
Mention spéciale pour INRI : loin d’un jeu d’initiales secrètes, l’auteur rappelle ses couches d’interprétation et son pouvoir d’incandescence du verbe – ce qui est prononcé avec rectitude brûle l’ego qui l’instrumentalise. Le baiser de paix n’est pas affect : c’est un acte politique au sens haut, qui désarme la violence mimétique. Quant au nec plus ultra, il n’érige pas une barrière ; il énonce une mesure : au-delà de cette cime, l’homme ne grandit plus en intensité, il grandit en douceur.
Olivier Tazé
La tenue d’ensemble : clarté, fidélité, justesse du geste
Ce quadriptyque ne s’empile pas, il se tient. Les sommaires, d’abord, agissent comme une rampe de lumière : déroulement et “symboles majeurs” ne sont pas des balises scolaires mais des prises sûres pour l’étude en commission ou en tenue de perfection. Tu peux saisir un motif – la marche en arrière, les quatre Voiles, le pont, le baiser de paix – et bâtir autour de lui une séquence de travail sans perdre la visée du grade ; chaque entrée devient une pierre d’attente, prête à être taillée par l’Atelier.
Cette clarté n’ôte rien à la profondeur parce qu’elle s’adosse à une fidélité exigeante. L’appui constant sur les rituels de 1786 replace le Rite Français dans sa maturation propre – loin des proliférations du XIXᵉ qui brouillèrent parfois la ligne – et maintient le cap d’une sobriété française : pas d’exotisme enjolivé, pas de surenchère décorative, mais une dramaturgie nette qui conduit de la justice à l’Alliance, de la reconstruction à la paix profonde. On avance droit, sans emphase, avec la patience d’un bâtisseur qui préfère la charge à la posture.
Reste le ton, qui est la mesure intime de l’ensemble. L’écriture demeure tenue, accessible sans vulgariser, précise sans sécheresse ; le lexique symbolique vise le cœur de l’usage, et les notations bibliques sont reconduites à leur portée initiatique, loin de toute scolastique desséchante. On sent la fréquentation réelle des chambres, l’odeur du bois et de la cire, et cette volonté discrète de servir plutôt que d’expliquer. À la lecture, l’œil s’éclaire, la main se pose mieux sur l’outil : le texte ne brille pas pour lui-même, il met en état d’ouvrage.
Pour qui, pour quoi ?
Pour le Frère de la GLNF aux portes du Premier Ordre, ces livrets donnent une grille d’orientation fiable : que regarder, que travailler, que déposer. Pour le Maître déjà engagé dans les Sagesse, ils offrent une relecture qui remet à l’endroit certains automatismes (la justice sans ressentiment, la pureté sans puritanisme, la chevalerie sans pose, la charité sans tiédeur). Pour les Très Sages, ils constituent un viatique de transmission : la matière y est suffisamment structurée pour nourrir des chantiers collectifs.
Au total, ces quatre opus accomplissent ce que promet le Rite lorsqu’il est bien servi : ils redonnent de la tenue à notre marche. L’Élu Secret nous apprend à nommer l’ombre sans l’habiter ; le Grand Élu Écossais, à tenir l’alliance par des gestes simples ; le Chevalier d’Orient, à rebâtir sans fétichiser l’outil ; le Chevalier Rose-Croix, à unifier sans s’absoudre. Nous sortons de lecture comme d’un chantier à la tombée du jour : un peu poudreux de sciure, mais l’œil clair.
Un quadriptyque de travail et de respiration. Sobre, fiable, immédiatement mobilisable en Loge ou en Chapitre. À recommander aux Frères qui veulent habiter les Ordres plutôt que les collectionner. Et à placer, sans hésiter, au centre de la table d’étude : entre la lampe et la truelle – là où le symbole redevient usage.
Symbolisme des Ordres de Sagesse du Rite Français – du 1er au 4e Ordre
Olivier Tazé – Préface de Laurent Perret
Éditions de l’Art Royal (EAR), coll. Franc-Maçonnerie, T1-104 p. ; T2-90 p . ; T3-90 p. ; T4-108 p., les 4 opus 35 € – à l’unité 10 €
De notre confrère italien expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano
En Franc-maçonnerie, le tamis est souvent appelé un filtre interne, un test invisible qui sélectionne ceux qui ont la patience, la persévérance et la force intérieure pour rester. C’est un concept dur, mais pas cruel : il permet de mettre en lumière ceux qui sont vraiment prêts à travailler sur leurs propres pierres. Beaucoup abordent la franc-maçonnerie avec enthousiasme : le regard brillant, le cœur brûlant, l’esprit plein d’espoir et d’impatience. Ils aspirent à changer, à grandir et à donner. Mais souvent, ils sont captivés par l’idée romantique de la franc-maçonnerie, « toute lumière, toute sagesse », et ne voient pas le travail obscur qui se cache derrière.
Quand le travail devient fatigant, quand le symbole exige un effort pratique, quand on vous confie des tâches humbles et simples, peut-être considérées comme « hors contexte » par rapport au travail profane que vous effectuez, alors le tamis commence à tomber en morceaux.
Mais ceux qui restent apprennent qu’« il y a un temps pour tout ». Et la Franc-maçonnerie n’est pas un domaine à négliger, mais une carrière à creuser lentement. Tout le monde ne sait pas attendre : certains se découragent avant que la pierre ne révèle sa forme. Certaines personnes pensent que le titre ou le rang suffit :
Pourquoi rester en tant qu’Apprenti ou Fellow ?
Je sais déjà tout, je veux le 3ème degré !
C’est une étape incontournable. Les grades ne sont pas des décorations à porter, mais des stations à franchir avec conscience. Une part plus fragile d’elle-même se sent inadaptée : elle n’a aucun outil, elle ne sait pas déchiffrer un rituel, elle craint d’être découverte. Elle a peur de la profondeur, du silence, de la lenteur du quotidien. Alors elle abandonne, convaincue que ce n’est pas « sa voie ».
Mais tous, ceux qui restent comme ceux qui partent, sont touchés par le même phénomène : le tamis.
Le tamis n’est pas un jugement, c’est un avertissement. Il vous dit : soit vous persistez avec difficulté, soit vous partez. Il vous apprend que la persévérance, l’étude, le dévouement, même dans les tâches les plus humbles, et l’attention portée au cheminement sont les véritables outils. Si vous ne les possédez pas, si vous ne les cultivez pas, le terreau initiatique ne s’enracinera pas profondément.
Lorsque vous êtes Apprenti puis Compagnon, votre présence au Temple, votre participation aux séances, votre relation avec les Frères et les Sœurs sont vitales.
Sans régularité, sans vie communautaire, impossible d’établir la confiance, de cultiver ses racines initiatiques. Pourtant, nombreux sont ceux qui abandonnent sur-le-champ : par découragement, par manque de camaraderie, par sentiment d’être « inadapté ». Ils abandonnent avant même d’avoir vraiment commencé.
Parfois, la raison est vague : on ne sait pas vraiment pourquoi on part. C’est une douleur qu’on ne comprend pas complètement. Peut-être y a-t-il de la colère : vous pensiez avoir de la valeur, que vous aviez déjà quelque chose à offrir, et vous vous sentez ignoré. D’autres fois, vous vous sentez isolé : vous n’avez jamais été affecté, jamais impliqué, jamais « mélangé » aux travaux de la Loge. Vous vous sentez spectateur, et non acteur. Alors, vous pensez que cela ne vaut pas la peine de rester.
Morale : La Franc-maçonnerie est faite de briques. Non pas de murs préfabriqués, mais de pierres posées les unes sur les autres, avec patience, sens des limites et persévérance. Si vous aviez abandonné, vous n’auriez peut-être pas échoué : le moment n’était peut-être pas encore venu. Mais il est inutile de dire que c’était une perte de temps ; chaque pas, même celui qui vous échappe, fait partie de votre pierre intérieure.
De l’aspera à l’astra.
À travers les difficultés jusqu’aux étoiles.
Et ceux qui construisent avec de vraies pierres, chaque jour, savent que le Temple ne s’érige pas en un seul jour.
La Franc-maçonnerie se définit volontiers comme un « ordre initiatique, traditionnel et universel, fondé sur la fraternité ». D’emblée donc, le caractère initiatique de la démarche maçonnique est clairement mis en avant. Encore faut-il s’entendre sur le sens donné à ce mot. Qu’est-ce que l’initiation ? Qu’est-ce que la démarche initiatique ? Qu’est-ce que la quête initiatique en Franc-maçonnerie ?
Initier, c’est commencer. Le mot vient du latin initium, qui signifie commencement, sens que l’on retrouve par exemple dans le mot français « initial ».
Le dictionnaire de l’Académie française donne pour le verbe initier le sens d’amorcer, engager, mettre en œuvre la phase initiale d’un processus.
L’initiation est donc un commencement.
Celui qui est initié entame une nouvelle phase, accède à un nouveau statut.
Le Serment (Dionysos Tsokos, 1849) illustre une cérémonie d’initiation : le pope semble être Grigórios Phléssas, le combattant Theódoros Kolokotrónis.
Dans de très nombreuses sociétés, l’initiation marque encore de nos jours le passage de l’irresponsabilité de l’enfance aux droits et devoirs de l’âge adulte. On connaît ainsi les rites et les épreuves, les cérémonies, qui marquent l’initiation des jeunes membres de la plupart des tribus du continent africain. Leur initiation fait d’eux des membres à part entière de la société.
Plus proches de nous non seulement par la géographie mais aussi par le jeu des influences philosophiques et historiques, on peut évoquer ici les initiations de l’ancienne Egypte ou de la Grèce antique, et en particulier les Mystères d’Eleusis, qui étaient les plus importants de ces rites, basés sur la symbolique de la mort et de la résurrection, et qui, surtout, devaient conserver leur caractère à la fois sacré et secret.
On retrouve également des rites d’initiation parmi les artisans et bâtisseurs admis dans les Collegia fabrorum romains.
Comme leurs devanciers égyptiens et grecs, ils se transmettaient, selon un mode progressif, les secrets des justes dimensions et de la juste orientation des sanctuaires qu’ils érigeaient et décoraient à la gloire des dieux. Ils s’efforçaient de créer le beau et l’harmonieux en respectant les proportions, les angles, les rapports de la Nature elle-même, telle que la divinité, à leurs yeux, les avait déterminés.
Ainsi ce qui était en bas était comme ce qui était en haut. Le microcosme était homothétique au macrocosme.
Quelques siècles plus tard, même si la continuité historique n’est pas parfaitement établie, les bâtisseurs des cathédrales du Moyen-âge ont sans nul doute hérité de ces connaissances sacrées. Ils ont aussi hérité de leur mode de transmission, en en conservant en particulier le caractère progressif.
Nous avons hérité d’eux le terme de loge, qui désignait le bâtiment qu’ils construisaient pour y vivre, y tracer leurs plans et instruire les apprentis et les compagnons recrutés sur place pour participer ào la construction. On utilise aussi le terme atelier, au sens où on parle d’un atelier d’architecte. La transmission se faisait sous le sceau du secret car il convenait que ces connaissances liées à l’essence même du projet divin ne soient pas divulguées à qui n’aurait pas eu qualité pour les connaître.
De nombreux documents attestent que ces bâtisseurs, charpentiers, tailleurs de pierre et autres maçons appartenaient à des associations pratiquant des rituels d’initiation, respectant le secret et faisant vœu de solidarité.
Peu à peu, des membres n’appartenant pas au métier furent cooptés au sein des Loges. Clercs, érudits, membres de la noblesse des villes où s’érigeaient les cathédrales et basiliques, ils avaient à cœur de partager la Connaissance qui gouvernait la construction de l’édifice qu’ils avaient commandité. Ainsi les Loges s’enrichirent-elles de membres « acceptés« .
Dans tous les cas, ce qu’ils transmettaient à leurs disciples formait un ensemble cohérent, constituant un enseignement dispensé de manière progressive et discontinue, formant ainsi, palier après palier, un système à degrés.
La méthode initiatique pratiquée dans toutes les loges maçonniques du monde transmet ainsi graduellement à la fois le fond de l’enseignement – son contenu – et la forme traditionnelle qui véhicule cet enseignement – son contenant
Ainsi, le mode de transmission de la Tradition est lui-même inscrit dans la tradition, et le Rite se pérennise, degré après degré. En fait, les trois premiers, Apprenti, Compagnon et Maître, tirent leur origine de la tradition initiatique du Métier. Les trente degrés suivants, qui permettent la poursuite du cheminement initiatique au Rite Ecossais Ancien et Accepté sous les auspices d’un Suprême Conseil, empruntent davantage aux traditions spirituelles de l’Orient et de l’Occident, et à la tradition chevaleresque.
Quel que soit le degré qu’il est atteint dans son cheminement, le Franc-maçon progresse selon une démarche initiatique qui est une quête spirituelle lui ouvrant, progressivement, la voie vers la Connaissance. De quelle connaissance s’agit-il ici ? De la connaissance de soi et du rapport du soi aux autres et au monde, d’une compréhension, d’une perception à la fois intime et profonde, d’une conscience.
C’est aussi la conscience de l’ordre universel, de l’unité de la Création, du caractère absolu du Un – Tout fondamental que les Francs-maçons appellent la Vérité. C’est la Lumière vers laquelle nous nous efforçons de progresser et qui éclaire notre chemin.
Chaque initiation est un passage, l’ouverture à un nouvel espace de la conscience, de la pensée et de l’action. Elle est une mort à l’état antérieur, immédiatement suivie d’une renaissance à un état nouveau. Chaque initiation transforme celui qui la vit. Ce qui est une manière de dire qu’il y a un avant et un après, que chaque initiation est bien un passage, un tournant, une mutation.
Le Grand Architecte de l’Univers à la Gloire duquel travaillent ces loges « traditionnelles» est confondu avec Dieu pour les uns, considéré comme un principe métaphysique placé hors du champ des religions pour d’autres, ou encore assimilé à l’Ordre cosmique. Mais en tout état de cause, ce principe unique, universel, intemporel, dépourvu de tout caractère anthropomorphique, est créateur de l’ordre universel, organisateur d’un équilibre, d’une harmonie, qui assurent la cohésion et la cohérence de l’Univers, par-delà les désordres contingents, les agitations locales, les soubresauts et les accidents ponctuels.
C’est de cet Ordre universel que prend peu à peu conscience l’initié, en même temps que de son rôle, de sa mission.
L’initiation maçonnique est ainsi au cœur même de l’éthique, c’est-à-dire relative aux conduites humaines et aux valeurs qui les fondent.
Clairière en automne avec des arbres en feuilles
L’initié s’est un jour résolu à se mettre en chemin,à aller à la recherche de soi. Le chemin de l’initié demeure un chemin individuel, mais il ne saurait être un chemin solitaire. Au contraire, il ne peut se parcourir que parmi les autres, grâce aux autres, grâce à ses Frères.
En effet, la méthode initiatique va conduire le Maçon à découvrir non seulement l’importance de l’écoute de l’Autre, en invitant l’Apprenti à garder le silence, à se taire pour mieux écouter et mieux entendre, mais aussi et peut-être surtout le silence intérieur, qui loin d’être une attitude passive et inerte, permet d’être à l’écoute de l’Etre à l’intérieur de soi. Ce silence actif, cet éveil, cette écoute, conduit à l’Etre intérieur, d’où l’on peut percevoir le Tout, le Un, l’Universel.
La démarche initiatique est donc une démarche de l’homme en lui-même, pour lui-même, en même temps qu’elle est une ouverture aux Autres, à leurs différences, à leurs particularités. L’initié, étape après étape, degré après degré, va se construire et contribuer avec d’autres à construire le monde autour de lui, bâtir son temple intérieur et participer au Grand Œuvre, concourir à l’édification du temple de l’humanité, et à l’accomplissement du projet que les Francs-maçons attribuent au Grand Architecte de l’Univers.
Ainsi, les Francs-maçons œuvreront sans avoir besoin de bannière ni de mot d’ordre, sans espérer de récompense ni dans le présent ni dans une hypothétique vie future. Inlassablement, ils travailleront à créer davantage de justice et d’équité, davantage de vérité, davantage de respect de l’autre, de tolérance et d’Amour.
Nous pouvons faire ensemble, assurément, le constat que le monde contemporain est en quête de repères, en quête de sens, et qu’il court le risque de perdre l’essentiel, que sont les valeurs de l’humain. Le principe que nous nommons Grand Architecte de l’Univers nous offre le champ infini d’une spiritualité ouverte, qui ne nous interdit ni ne nous impose aucune appartenance, aucune croyance ni aucune pratique.
Une telle quête, un tel projet, un tel engagement, dont l’objet est le véritable humanisme compris comme une éthique de l’humanité dans sa diversité mais aussi son unicité. C’est donc bien une spiritualité universelle, qui n’a rien de contingent. La voie maçonnique est aussi la voie qui permet en effet à mesure que l’initié progresse, de conquérir sa pleine liberté de conscience, sa pleine liberté de pensée.
Le Franc-maçon n’est pas asservi à une idéologie mais fondamentalement libre, pour créer davantage de liberté donc de responsabilité, et s’approcher de l’homme réalisé, en harmonie avec la Vérité éternelle et universelle.
L’initiation, c’est une longue quête qui amène le Franc-maçon, par une démarche progressive, à la recherche du Bon, du Beau, du Vrai et du Juste.
Nous sommes donc Maçons ou Maçonnes pour cultiver en nous et faire rayonner autour de nous des valeurs, des principes moraux susceptibles d’inspirer et de guider nos choix, nos pensées et nos actes.
Il importe de réfléchir aux apports, mais aussi aux limites de ce que nous appelons intelligence artificielle.
Scène futuriste conçue par l’intelligence artificielle (IA).
L’expression a été créée il y a un demi-siècle par John McCarthy, professeur à l’Université de Stanford, en Californie, et Marvin Minsky, du célèbre MIT, pour désigner, je cite, « la construction de programmes informatiques qui s’adonnent à des tâches qui sont, pour l’instant, accomplies de façon plus satisfaisante par des êtres humains car elles demandent des processus mentaux de haut niveau tels que : l’apprentissage perceptuel, l’organisation de la mémoire et le raisonnement critique ».
Artificial ou artificielle veut dire clairement que le processus s’efforce d’avoir toutes les apparences de l’intelligence humaine, et insistent sur le fait que le fonctionnement interne du système doit ressembler à celui de l’être humain et être au moins aussi rationnel.
Il s’agit donc d’imiter au mieux les fonctions du cerveau humain.
L’intelligence dont il est question ici, c’est l’ensemble des facultés de conception, de compréhension, d’adaptation quant aux opinions, les auteurs anglo-saxons considèrent que l’intelligence est la capacité d’avoir des opinions fondées sur la raison. On voit immédiatement une limite à cette compréhension, et par tant à ce que l’Intelligence Artificielle va chercher à imiter : l’I.A. aboutit à des opinions ou propose des options fondées sur la raison.
Or nous savons que nos choix, qu’il s’agisse d’opinions, de jugements, d’inclinations, procèdent de notre cerveau droit comme de notre cerveau gauche, c’est-à-dire de nos émotions, de notre intuition, comme de notre raison. Les valeurs de l’humain ne sont pas uniquement l’expression de ce que commande la raison, les faits démontrables et démontrés.
L’intelligence Artificielle est donc incapable d’imiter le cerveau humain en ce qu’il a de non-rationnel.
Très concrètement, cela signifie qu’une machine, si sophistiquée soit-elle, n’a pas d’état d’âme, pas d’émotion, pas d’affect, pas d’éthique. Une machine, même si elle est dotée de capacités d’auto-apprentissage, n’a pas peur, n’aime ni ne déteste rien ni personne.
En fait, en dehors des ouvrages de science-fiction, les machines n’ont pas de conscience, n’éprouvent pas de sentiments. On pense ici aux célèbres Lois de la Robotique d’Isaac Asimov :
1/ Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger ;
2/ Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la première loi ;
3/ Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’entre pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi.
Delta lumineux sur PC portable
A défaut d’être capables de ressentir, les machines peuvent néanmoins simuler, en apparence, des émotions et une conscience. Si elles parviennent à en donner l’illusion, ce ne peut être que le fait de leur programmation. Une machine ne peut, si perfectionnée soit-elle, éprouver de la douleur, du plaisir, de la peur. E t quand bien même on pourrait créer une telle machine, elle ne les percevra pas de la même manière que nous.
Reste qu’il est de plus en plus évident que les systèmes d’intelligence artificielle deviennent capables d’accomplir certaines activités qui auparavant étaient l’apanage exclusif des humains. Le développement de ces systèmes conduit au renforcement progressif de leurs facultés d’autonomie propre et de cognition – c’est-à-dire la capacité à apprendre par l’expérience et à prendre des décisions de manière indépendante –, lesquelles sont susceptibles de faire de ces systèmes des agents à part entière pouvant interagir avec leurs opérateurs et leur environnement et les influencer de manière significative.
En fait, toute technologie offre de nouvelles opportunités en même temps qu’elle crée des risques. Et il ne faut pas négliger les aspects éthiques du développement de ces technologies. Je soulignerai trois des risques éthiques liés à l’Intelligence Artificielle :
Image générée par Intelligence Artificielle (IA)
Je citerai en premier lieu le risque de désengagement : l’utilisation de l’IA et de machines autonomes peut conduire à un désengagement de l’humain. Remplacer le facteur humain par de l’IA pourrait conduire à une déshumanisation des pratiques et un appauvrissement des interactions sociales.
Au-delà de la technique, qui s’intéresse aux maladies, il y a la relation humaine, qui s’intéresse au malade. En fait, le secteur de la santé, des soins apportés aux patients, aux personnes en situation de handicap et aux personnes âgées va, dans les prochaines années, être profondément transformé par le développement de technologies, avec grande diversité d’applications allant de l’assistance au contrôle, ou à l’accompagnement quotidien.
Le récent scandale des établissements accueillant des personnes âgées dépendantes montre bien combien le rapport humain est essentiel, et combien l’éthique ne saurait être sacrifiée sur l’autel de la rentabilité financière. La forte dimension affective au cœur de la relation de soin ne va pas cesser d’évoluer et, dès lors, va modifier à la fois le travail des soignants comme la vie des patients. Il faut veiller à ne pas déshumaniser la relation soignant-soigné, tout en se félicitant de ce que les machines, les robots, les automates peuvent permettre, qui renforce l’efficacité, assure la proximité et la sécurité des soins.
Jambe artificielle d’handicapé qui prend le départ d’une course
Le deuxième risque est la déresponsabilisation : progressivement, l’être humain pourrait avoir tendance à s’en remettre exclusivement à la proposition de la machine, en évitant d’engager sa responsabilité. Dévier de la solution préconisée par la machine entraînerait une prise de risque trop grande, susceptible de lui faire encourir d’éventuelles sanctions en cas de problème. Cela est vrai en médecine come dans de très nombreuses activités, par exemple le pilotage des véhicules ou des avions.
Le troisième risque est celui de l’atteinte à l’autonomie et par tant à l’imagination et à la créativité. Derrière les vertus facilitatrices de certains dispositifs peut se déployer de manière sous-jacente une normativité. Ainsi, certains dispositifs pourraient empêcher les êtres humains d’adopter des comportements considérés comme « sub-optimaux », de tenter certaines expériences, voire de commettre des erreurs qui souvent sont à la source de nouveautés et de découvertes
Mais on ne saurait se priver des considérables progrès, en tous cas des indiscutables transformations et accélérations que l’Intelligence artificielle va apporter, par exemple en ce qui concerne la recherche clinique, qui permet d’éprouver l’efficacité et la sécurité des nouveaux médicaments.
Le numérique va très certainement permettre de tester les nouveaux médicaments plus rapidement, et sans doute avec moins de patients. Ce que l’on appelle déjà les essais in silico, c’est-à-dire mettant en œuvre des méthodes d’études effectuées au moyen d’ordinateurs dont les puces sont principalement composées de silicium, vont très probablement optimiser la sécurité des tests cliniques.
Il faudra donc peser les bénéfices et les risques, faire preuve à la fois d’audace et de raison, arbitrer. En un mot, accepter d’intégrer les progrès de la technologie, tout en ne cédant rien quant aux valeurs de l’humain. On aura je l’espère compris que le Franc-Maçon, au motif que le rituel, les décors, les appellations des Officiers ou les outils de la Loge perpétuent d’antiques traditions, ne saurait être le défenseur d’un passéisme nostalgique, d’un conservatisme poussiéreux.
En fait, on aura compris que le Franc-Maçon doit inlassablement œuvrer au progrès de l’homme et de la société. Il doit être un homme de son temps, partager les interrogations de son époque, comme par exemple sur la pollution, l’énergie et la parentalité, mais aussi le respect de la différence et de la dignité de chacun, quelle que soit sa différence.
Chacun aura donc compris que le Franc-maçon doit être le gardien de l’éthique, le gardien des valeurs de l’humain dans tout ce que le progrès technologique peut apporter qui facilite, démultiplie, voire rend possible ce qui jusque-là semblait impossible.
On doit également comprendre que l’intelligence artificielle est un outil fantastique qui doit être au service de l’homme, et non l’inverse, l’homme devenant l’esclave des machines sans garder la maîtrise de l’initiative, sans garder le contrôle ultime sur les choix proposés par le robot. Parce qu’au-delà de ce que les équations, les algorithmes et les calculs de probabilité peuvent analyser et suggérer, il y a des principes et des valeurs dont nous avons choisi d’être, à notre place et à notre office, les garants.
Chers Sœurs et Frères, bienvenus dans ce temple sacré – ou devrais-je dire ce bunker anti-profanum vulgus, façonné par le mot latin tempus qui, comme chacun sait, sert à trier le saint du vulgaire avec la délicatesse d’un videur de boîte de nuit ! Ici, nous, braves maçons, nous isolons du chaos extérieur pour dompter nos passions avec la grâce d’un dompteur de lions en pantoufles. Et pour y parvenir, on s’incline devant l’Obédience – ce joli mot tiré de oboedientia, qui sent bon la soumission volontaire, histoire de trouver notre petit centre cosmique et d’éclore comme des fleurs sous les lois universelles. Tout un programme !
Tant que le Temple reste un cocon douillet, sécurisé comme une forteresse suisse, et que l’Obédience joue les justiciers équitables avec la rigueur d’un juge télévisé, tout roule comme sur des roulettes. On peut maçonner, sculpter nos âmes et polir nos cubes de pierre dans un bonheur parfait. Mais attention, chers amis, la vie n’est pas un conte de fées ! Parfois, un grain de sable – ou disons plutôt un pavé – vient gripper la machine.
Le chaos s’invite, la peinture s’écaille et l’Obédience commence à ressembler à un chef d’orchestre qui a perdu sa baguette. Que faire alors ? Transgresser, bien sûr ! Car, soyons honnêtes, un peu de désobéissance bien placée, c’est le sel de la fraternité, non ?
Mais là, mesdames et messieurs les maçons, commence le grand numéro d’équilibriste.
Quand faut-il sauter le pas ? Attendre que tout le monde applaudisse à l’unisson pour donner le signal, ou guetter un signe divin – genre un éclair ou une fuite de toit spectaculaire – pour déclarer le chaos intolérable ?
Pierre Brossolette à Londres entre 1942 et 1944.
Dans nos loges, comme dans tout bon troupeau, on trouve les meneurs, ces héros autoproclamés, et les suiveurs, ces âmes prudentes qui préfèrent regarder la parade avant de danser. Mais qui sont les plus malins ? Les premiers, qui risquent de se prendre un rateau historique, ou les seconds, qui évitent les chutes mais ratent peut-être la gloire ?
Revenons à nos illustres aînés : on se gargarise des exploits de Pierre Brossolette, ce résistant au grand cœur, mais pour un héros, combien de Jean Mamy, ces collabos discrets qui ont préféré le confort à l’honneur ?
Une fois la guerre finie, les estomacs pleins et les consciences astiquées, on aime jouer les moralistes du canapé. Mais en 2025, où sont nos résistants modernes ?
Hélas, il faut le craindre, la collaboration semble être devenue la nouvelle tendance, avec son petit air chic et ses risques bien calculés.
Oser le sacrifice, mes amis, ça demande d’avoir peu à perdre – ou beaucoup de culot !
Alors, chers Frères et Sœurs, à vous de jouer : quand le Temple vacille et que l’Obédience ronfle, oserez-vous enfreindre la règle avec un sourire malicieux ? Ou attendrez-vous sagement que le chaos devienne une mode acceptable ? Réfléchissez bien, car dans l’art de transgresser, comme dans celui de maçonner, le timing est tout – et un bon éclat de rire vaut parfois mieux qu’une leçon de morale !
La Parole du Véné, un peu taquine mais toujours fraternelle, vous donne rendez-vous la semaine prochaine !
D’aucun pourrait s’étonner du rapprochement de la Franc-maçonnerie avec la notion de Théâtre. Bien qu’il y ait une différence entre la Franc-maçonnerie et le théâtre, des similitudes existent ; c’est ce que l’on peut appeler sa théâtralité.
En deçà des commentaires pédagogiques et des prêt-à-penser à la mode, le foisonnement des rituels maçonniques permet d’écouter la rumeur des générations humaines. D’un lieu à l’autre, nous déposons nos défroques de gueux et nous nous laissons habiller de costumes de lumière par des personnages historiques et légendaires[1].(Daniel Béresniak)
Les cérémonies maçonniques sont conduites comme dans une pièce de théâtre mais sans public dans la salle. Seulement sur scène. On devrait plutôt parler de théâtralité.
Si «le théâtre est un simulacre, une représentation figurée qui n’a que l’apparence de ce qu’il prétend être», on ne peut nier que la sacralisation, en tenue, des objets, du temps et de l’espace, se fait par des simulacres qui opèrent une transformation symbolique. Ce faisant, les simulacres les font devenir autre chose, manifestant le sacré tout en restant eux-mêmes[2].
S’il se joue au théâtre des rôles que les acteurs ne font qu’interpréter, pour nous faire croire à la fable et «après cela, il y a la vie de chacun», en Franc-maçonnerie, il y a aussi des rôles. Cependant, il est vrai que ceux tenus par le franc-maçon au cours des travaux de Loge, sont toujours ceux de soi-même se nouant à l’intime qui les incorpore et de ce fait abolit toute différence pour l’être qui est un, en monde maçonnique et en monde profane. Croyez-vous qu’à minuit, lorsque les travaux sont fermés, les paroles dites dans le Temple se taisent? Croyez- vous que leurs vibrations sonores cessent de résonner?
C’est cela que l’ouvrage Franc-maçonnerie, Décryptage de sa théâtralité a essayé de mettre en évidence.
Par le terme de théâtralité, on désigne les spécificités esthétiques propres au théâtre. La première d’entre elles tient à la double nature du théâtre, à la fois genre littéraire et art du spectacle. Dans cette perspective, la théâtralité consiste en « une épaisseur de signes », pour reprendre la définition de Barthes, une polysémioticité plaçant à côté du texte à dire une somme de langages non-verbaux lié à la représentation[3]. « Vous recevez en même temps six ou sept informations (venues du décor, du costume, de l’éclairage, de la place des acteurs, de leurs gestes, de leur mimique, de leur parole), mais certaines de ces informations tiennent (c’est le cas du décor) pendant que d’autres tournent (la parole, les gestes) ; on a donc affaire à une véritable polyphonie informationnelle, et c’est cela la théâtralité: une épaisseur de signes. [4]»
L’étude des rituels anciens ou de l’iconographie telle qu’elle apparaît dès les origines dans les divulgations permet la reconstitution d’une véritable histoire des lieux maçonniques, depuis les tavernes (pubs à Londres, arrière-salles chez les traiteurs à Paris), salons de notables en province, puis locaux aménagés à cet effet, et enfin locaux strictement dédiés aux usages maçonniques, finalement dénommés «temples» après la Révolution.
Le temple maçonnique constitue le plus souvent un décor, comme un décor de théâtre, sur lequel l’interprétation symbolique peut prendre toute sa puissance. Les rituels créent l’espace maçonnique et celui-ci se déploie dans le décor qui accueille les travaux de Loge attribuant aux présents des rôles alternatifs spécifiques.
Les symboles sont compris comme une espèce particulière de signes perçus par leur nature verbale, visuelle, matérielle ou gestuelle, tels que métaphores verbales, images, artefacts, mouvements. Ils sont aussi des enchaînements complexes d’action tels que rituels et cérémonies, mais aussi des narrations symboliques telles que les mythes, etc.
Il y a un auteur, pour le franc-maçon c’est le rituel. Les ritèmes[5], c’est-à-dire les parties élémentaires du phénomène initiatique d’une tenue rituelle maçonnique sont joués, comme dans un mystère médiéval. C’est un ensemble de gestes répétés, invariables et symboliques, de pratiques coutumières, présentes et réglées comme des lois.
Ainsi, «Les antécédents du drame hiramique doivent être cherchés dans les représentations des mystères, ces scénettes d’inspiration biblique jouées au Moyen-âge dans les églises d’abord, sur les parvis ensuite, avant de l’être en différents lieux de la ville. Réservées aux grands moments de l’année liturgique, ces représentations étaient souvent confiées aux corps de métier, guildes ou corporations, qui les finançaient et en assuraient la réalisation. Les mystères avaient pour objet des passages bibliques comme la Création, la faute d’Adam et Ève, le meurtre d’Abel, la construction de l’arche de Noé, le déluge, la visite des rois mages, le massacre des innocents, le jugement dernier.»
La séquence centrale des cérémonies d’initiation est une époptie, c’est-à-dire une représentation théâtralisée du mythe principal et de l’enseignement des secrets (les arcanes) propres au groupe maçonnique en général, et aux degrés (ou groupe de degrés) en particulier à partir de jeux scéniques substituant au temps et l’espace réels ceux du mythe.
Comme la plupart des autres initiations, les tenues maçonniques sont à la fois un mimodrame et un théâtre parlé dans lesquelles la gestuelle, les postures, le récit, les déplacements, les sons, la mise en scène jouent un rôle central et complémentaire.
Chaque détail de l’unité s’éprouve dans l’évidence d’une présence à soi et aux autres par sa surface de conscience. Tous les spectateurs sont également des acteurs de la pièce qui se joue. L’époptie est créatrice de présence se manifestant par une gestuelle adressée à la communauté de la loge comme langage non verbal et fédérateur ; car commun, partagé, signifiant et intemporel. «Alors l’acteur devient passeur, parce que depuis son corps à lui, depuis son effort à lui, depuis les traces qu’ont imprimées les sons des mots en lui, il peut rendre compte du corps d’où est née l’écriture, à savoir une partie de l’histoire du corps de l’écrivain [du rituel]. Et ce faisant, il l’incarne et l’incarnant, l’ouvre physiquement. Et dans cet effort physique et mental, il touche par la vision qu’il donne de son propre corps le corps des autres. Il est alors créateur d’une sensation physique qui devient (redevient) porteuse de sens et d’imaginaire.»
La gestuelle traduit sur la fine pointe éphémère du présent l’expression d’un choix personnel qui devient, dans le vivant, une intériorisation des plus intimes, autrement dit une immanence, tout en étant par ailleurs parfaitement justifiée aux yeux de tous. La gestuelle affiche, en ces moments-là, les interactions qui concourent au surgissement du rayonnement de plusieurs personnes qui communiquent sans rien perdre de leur idiosyncrasie[8], dans une réciprocité où l’un devient l’autre. Promesse salvatrice où «la relation avec l’avenir, c’est la relation même avec l’autre[9]».
Contrairement aux mots qui ont besoin de silence entre eux pour faire sens, la gestuelle ne laisse aucun espace silencieux ; tout est signifiant, que ce soit dans le mouvement ou que ce soit dans l’immobilité – il y a un silence impossible du corps.
Le corps est le premier ordre de réalité. Il est la médiation avec l’espace extérieur par ses sensations et ses actions. Il identifie l’individu par sa présence animée. Aucun corps ne peut porter en lui seul les conditions de son état mécanique : tout corps est à la fois cause et effet[10].
Mais, surtout, apparaissent des relations invisibles entre le conscient et l’inconscient. La réitération des gestes fait, dès lors, partie de la technique initiatique. À terme s’opère lentement une métamorphose de l’être, une poïèse, dirait Platon[11].
En contact avec ce nouveau monde qui est au-delà de tous les dualismes[12], le franc-maçon peut alors vivre, avec un égal bonheur, la dualité[13] qui unifie le visible ordinaire et l’invisible, le corps et l’esprit devenus deux façons de dire la même chose[14].
En ne s’intéressant qu’aux personnages, considérant l’inextricable collection des éléments d’expression de la mise en scène maçonnique qui ont évolué pour chaque grade au cours de l’histoire maçonnique, il en ressort toutefois l’importance de la gestualité.
On aurait pu aborder les caractéristiques de la gestuelle maçonnique en isolant chacune des parties du corps (les viscères aussi) – sans qu’elles aient envie de devenir roi[15] – aussi celles des sens, en considérant la manière avec laquelle cet élément constitutif d’un geste est mis en œuvre pour une finalité propre à chaque degré, avec toutes les variantes propres à chaque rite[16].
On aurait pu envisager une analyse séparant la gestuelle exécutée par le franc-maçon seul de celle où un contact charnel avec un autre franc-maçon est requis par les rituels.
On aurait pu catégoriser les gestes maçonniques selon leur finalité, selon les principes sous-jacents : ceux de l’éveil spirituel, ceux de la mise en relation fraternelle avec les autres, ceux conduisant à l’action sociétale.
On aurait pu aborder la gestuelle en séparant les tenues rituelles courantes des cérémonies d’attribution des différents grades ; et, au cours de celles-ci, en séparant les différentes phases rituelles qui les structurent : d’abord, dans la loge et dans le temps conventionnel[17] de la tenue pour la vérification de la potentialité de l’impétrant à son degré, ensuite, là où se déroulent les lieux et le temps mythique de l’époptie, enfin, dans la loge pour la transmission des arcanes du nouveau degré qui lui donneront une nouvelle identité (voir Annexe 1).
Mais, considérant les intrications de ces perspectives d’approche, il semble que l’étude des différents constituants s’articule mieux par leur présentation sous forme d’éléments d’un puzzle[18] (gestique[19]), proposant pour chacun d’eux son orthopraxie en tant que gestuaire[20] maçonnique vigilante ; c’est-à-dire de considérer chaque geste au regard de la façon dont il devrait être exécuté pour correspondre à la finalité voulue par les différents rites. Selon Durkheim, «les rites sont des règles de conduite qui prescrivent à l’homme comment se comporter avec les choses sacrées».
En explorant les gestes maçonniques, et bien consciente de ne pouvoir être exhaustive – tant il faudrait décrire tous «les dromènes (mouvements, gestes), sans parler bien sûr des légomènes (chants, paroles, cris[21]) et deiknymènes (emblèmes, objets et accessoires sacrés)[22]« des différents rites et degrés – je n’ai pu qu’être conduite à m’interroger sur certains aspects de ceux-ci : comment signifier leur valeur sémantique donnée par l’expression non verbale ? Comment ces gestes doivent-ils être réalisés pour être conformes au message qu’ils sont censés émettre ?
Comment les adapter à un usage propre à chacun, les maîtriser pour un usage collectif ou simplement les apprécier à travers la diversité des rites ?
Que signifie exécuter tel geste pour l’autre et pour soi[23] ?
Comme le sémiologue qui voit du sens là où les autres voient des choses – la sémiologie s’intéresse à faire émerger les structures sous-jacentes – j’ai essayé, par mes interprétations, de dégager quelques sens de la mise en scène maçonnique sous six aspects qui nous permettent de la constater : la gestualité,[24], la parure, les postures, la manifestation de la connaissance des arcanes, les déplacements scéniques, la théâtralisation des sons.
Il est à remarquer que : – aucun signe ne se fait assis (sinon la demande de parole dans certaines loges et le maniement des maillets par le Vénérable et les deux Surveillants) ; – certains gestes ne se font qu’une seule fois dans la vie d’un maçon, ils se doivent d’être particulièrement marquants (comme la brûlure de la purification par le feu lors de certains rites) ; – de nombreux gestes codés font référence à des zones très précises du corps[25].
L’importance du corpus de mise en scène théâtrale est fondamentale, au point que l’on peut s’interroger : que serait la Franc-maçonnerie sans lui ?
Je tiens à souligner que je ne dévoile rien qui ne soit déjà mis à disposition de tout un chacun dans le monde profane.
De toute façon, ce qui est présenté et exposé dans mon ouvrage ne pourra être compris que par l’expérience d’un vécu dans les conditions des rites initiatiques, non pas pour faire ou acquérir mais pour devenir.
[1]. Daniel Béresniak, Rites et symboles de la Franc-Maçonnerie, tome 2, Detrad, 1994.
[2]. «En manifestant le sacré, un objet quelconque devient autre chose, sans cesser d’être lui-même, car il continue de participer à son milieu cosmique environnant. Une pierre sacrée reste une pierre ; apparemment (plus précisément : d’un point de vue profane) rien ne la distingue de l’ensemble des autres pierres. Pour ceux auxquels une pierre se révèle sacrée, sa réalité immédiate se transmue au contraire en réalité surnaturelle» Mircéa Eliade, Le sacré et le profane, Paris, Gallimard, 1957, p. 17.
Voir ma conférence du 18 mai 2024, Le sacré en Franc-maçonnerie, un postulat ?
[3]Benoît Barut, Théâtralité , Dictionnaire Eugène Ionesco, 2012, p. 597.
[4] Roland Barthes, « Littérature et signification », Essais critiques, Seuil/Points, 1981 (1963), p. 258).
[5]. Parties élémentaires du phénomène initiatique – appelées aussi « rituélie ».
[8]. Prédisposition particulière de l’organisme qui fait qu’un individu réagit d’une manière personnelle à l’influence des agents extérieurs
[9]. Emmanuel Levinas, Le Temps et l’Autre, Puf, 2014.
[10]. « Une chose singulière quelconque, autrement dit toute chose qui est finie et a une existence déterminée, ne peut exister et être déterminée à produire quelque effet, si elle n’est déterminée à exister et à produire cet effet par une autre cause qui est elle-même finie et a une existence déterminée ; et à son tour cette cause ne peut non plus exister et être déterminée à produire quelque effet, si elle n’est déterminée à exister et à produire cet effet par une autre qui est aussi finie et a une existence déterminée, et ainsi à l’infini. » Spinoza, L’Éthique, I, prop. 28.
[11]. Chez Platon, la poïèsis se définit comme « un mot qui renferme bien des choses : il exprime en général la cause qui fait passer du non-être à l’être quoi que ce soit », Le Banquet, 205b.
[12]. «Dualisme» : vision de l’antagonisme des contraires. La Franc-Maçonnerie semble avoir admis l’influence gnostique qui affirme, au plan exotérique, que le bien s’oppose au mal, reprenant la séparation tirée à l’excès par Zoroastre, le mazdéisme, le manichéisme, où tout ce qui n’est pas le bien est négatif. La même idée est exprimée différemment dès l’aube de la Franc-Maçonnerie française. Dès 1740, en effet, Le Nouveau Catéchisme de Travenol p. 57, à la question « Quels sont les devoirs d’un maçon ? » répond : « De fuir le vice et de pratiquer la vertu ». Ce thème s’exprime le plus souvent par la réponse convenue à la question : que fait-on en loge ? On y creuse des cachots pour le vice et on y élève des temples à la vertu.
[13]. « Dualité » : vision de la complémentarité des contraires et de leur coïncidence dans l’unité qui apparaît sous sa double nature (le pavé mosaïque en est un des symboles). Le présocratique Héraclite reconnaissait « la lutte nécessaire des contraires, harmonieux dans leur opposition même, définissant l’identité de ces mêmes contraires ».
[14]. « L’âme et le corps sont une seule et même chose, qui est conçue tantôt sous l’attribut de la pensée, tantôt sous celui de l’étendue. D’où il arrive que l’ordre, l’enchaînement des choses, est parfaitement un, soit que l’on considère la nature sous tel attribut ou sous tel autre et, partant, que l’ordre des actions et des passions de notre corps et l’ordre des actions et des passions de l’âme sont simultanés de leur nature. » Spinoza, L’Éthique, III, prop. 2.
[16]. « Rite » : un rite maçonnique est un ensemble cohérent et stable de rituels et de pratiques maçonniques, à la fois spécifiques à chaque Ordre dans leur réalisation et universels dans leur essence. Philippe Langlet propose trois écritures – « Rite », « rite » et « Rit » – qui apportent des précisions. « Rite » – avec une majuscule – désigne ainsi le Rite maçonnique en général ; « Rit » désigne une forme particulière du Rite maçonnique, son style, on parle aussi de « régime » (Rit français, Rit Écossais ancien et accepté…) ;et « rite » – avec une minuscule – concerne la partie d’un Rit, comme l’ouverture des travaux. « Nous avons ainsi utilisé trois orthographes différentes, “Rite”, “rite” et “Rit”, que le français autorisait, quand on écrit habituellement “rite” dans tous les cas. » Philippe Langlet, Les deux colonnes de la Franc-Maçonnerie : la pierre et le sable , thèse pour l’obtention du grade de docteur ès lettres, 2008. Nous utilisons, dans cet ouvrage, l’écriture « rite » – avec minuscule – pour parler des rites en général, « Rite » – avec une majuscule – pour les noms des différents rites.
[18]. Dont de nombreuses pièces sont puisées dans le Dictionnaire vagabond en Franc-maçonnerie, par Solange Sudarskis, éditions le compas dans l’oeil.
[19]. Gestique : terme récent (1964) pour désigner l’ensemble des gestes et attitudes en tant que moyens d’expression, Dictionnaire historique de la langue française, sous la direction d’Alain Rey, sept. 2010, p. 946.
[20]. Gestuaire : terme récent (1957) ensemble codifié de gestes, Dictionnaire historique de la langue française, sous la direction d’Alain Rey, sept. 2010, p. 946.
[23]. « Toutes les ombres, de quelques corps que ce soit, ont des limites communes avec ces mêmes corps. » La Monade hiéroglyphique, de Jean Dee, de Londres, traduite du latin pour la première fois par Grillot de Givry, p. 9 :
[24]. Gestualité : terme récent (1960) pour indiquer le caractère des gestes, mouvements et postures, Dictionnaire historique de la langue française, sous la direction d’Alain Rey, 2010, p. 946, Le Robert.
Le 17 octobre 2025, une opération d’envergure menée par les autorités turques a secoué le monde des affaires et de la Franc-maçonnerie dans le pays. Remzi Sanver, éminent professeur d’économie, ancien recteur de l’université Bilgi d’Istanbul et, surtout, Grand Maître de la Grande Loge des Francs-Maçons Libres et Acceptés de Turquie (Hür ve Kabul Edilmiş Masonlar Büyük Locası), a été placé en détention préventive.
Cette arrestation s’inscrit dans le cadre d’une seconde vague d’opérations judiciaires visant le conglomérat Can Holding, accusé de fraude massive, d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent. Au-delà des implications financières, cet événement ravive les soupçons historiques entourant la franc-maçonnerie en Turquie, souvent perçue comme un réseau opaque d’influence. Retour détaillé sur les faits, le contexte et les répercussions de cette affaire qui fait les gros titres à Istanbul et au-delà.
Les Faits : une opération matinale à travers quatre provinces
Remzi Sanver
Tout a commencé aux premières heures du vendredi 17 octobre 2025, lorsque la gendarmerie turque, sous la direction du Bureau du Procureur en Chef d’Istanbul et du Département Anti-Contrebande et Crimes Organisés (KOM) de la Commanderie de Gendarmerie d’Istanbul, a lancé des raids simultanés dans quatre provinces : Istanbul, Mersin, Iğdır et Izmir. Selon les rapports officiels, 26 suspects ont été interpellés, dont des figures clés du monde économique et académique. Parmi eux, Remzi Sanver, arrêté chez lui à Istanbul, et conduit au Sarıyer Hamidiye Etfal Éducation et Recherche Hospital pour un contrôle médical avant d’être interrogé.
Les perquisitions ont visé les sièges sociaux de Can Holding et les résidences privées des suspects, aboutissant à la saisie de documents financiers, de supports numériques et de registres comptables. L’enquête, initialement lancée par le Bureau du Procureur en Chef de Küçükçekmece, met en lumière un réseau présumé de 121 entreprises liées à Can Holding. Les autorités ont placé ces entités sous tutelle du Fonds d’Assurance des Dépôts et de Protection des Épargnes (TMSF), qui gère désormais leurs actifs. Parmi les sociétés concernées figurent des géants médiatiques comme Habertürk Gazetecilik, Ciner Medya TV Hizmetleri (propriétaire de Show TV), Bloomberg HT, HT Spor, ainsi que des institutions éducatives telles que Doga Okullari Isletmeciligi et Bilgi Doga Egitim Isletmeciligi, et des acteurs du secteur énergétique comme Enerji Petrol Urunleri Pazarlama et Bosphorus Medya Group.
Au cœur de l’affaire : un transfert présumé de 350 millions de dollars en espèces, lié à la vente en décembre 2024 des actifs médiatiques du groupe Ciner (incluant Show TV, Habertürk, Bloomberg HT et HT Spor) à Can Holding pour environ 800 millions de dollars. Cette transaction, approuvée par l’Autorité Turque de la Concurrence, a été signalée par le Conseil d’Investigation des Crimes Financiers (MASAK) pour des mouvements suspects de fonds. Trois suspects se trouvent actuellement à l’étranger, et six autres sont en fuite, portant le total des mandats d’arrêt à 35.
Remzi Sanver : Un profil multiforme au cœur de la tempête
Âgé de 55 ans, Remzi Sanver est une personnalité polyvalente qui incarne l’intersection entre académie, sport et franc-maçonnerie. Né le 7 juin 1970 dans le quartier historique de Fatih à Istanbul, il est diplômé du prestigieux lycée Galatasaray en 1988. Il a poursuivi ses études à l’université Boğaziçi, obtenant un bachelor en ingénierie industrielle, suivi d’un master (1995) et d’un doctorat (1998) en économie. Spécialiste de la théorie des jeux, de la théorie du choix social et des mécanismes de décision collective, Sanver a publié de nombreux articles dans des revues internationales et a enseigné dans plusieurs universités en Turquie et en Europe. Il occupe actuellement un poste de professeur de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) en France.
De 2011 à 2015, il a dirigé l’université Bilgi d’Istanbul, une institution privée affiliée au réseau Laureate Education, qui a elle-même été placée sous tutelle judiciaire en octobre 2025 dans le cadre de cette même enquête pour soupçons de blanchiment. Son mandat à Bilgi est précisément au centre des accusations : les procureurs allèguent des irrégularités financières pendant cette période, incluant des flux de fonds non tracés injectés dans les comptes de l’université. Parallèlement, Sanver a marqué le monde du sport en servant comme secrétaire général et porte-parole du conseil d’administration du club de football Galatasaray entre 2021 et 2022.
Mais c’est son rôle maçonnique qui attire l’attention. Élu Grand Maître en 2023 de la Grande Loge des Francs-Maçons Libres et Acceptés de Turquie – la plus grande obédience du pays, comptant environ 200 à 250 loges dans les grandes villes –, Sanver représente une tradition anglo-saxonne exigeant la croyance en un Être Suprême. Il avait déjà occupé ce poste auparavant, renforçant son influence au sein d’une organisation souvent vue avec suspicion en Turquie.
Le can holding : un empire économique accusé de blanchiment systématique
Remzi Sanver
Can Holding, fondé par les frères Şakir et Murat Can, est l’un des plus grands conglomérats privés de Turquie, opérant dans les médias, l’éducation, l’énergie et la finance. L’enquête révèle un schéma sophistiqué de crimes financiers : les hauts dirigeants auraient formé une organisation criminelle pour perpétrer des fraudes qualifiées, de l’évasion fiscale, du blanchiment d’argent et de la réinjection de fonds illicites via la Loi sur la Paix des Actifs (Loi n° 7256). Selon MASAK, des sommes colossales – estimées à 88 milliards de livres turques (environ 2,6 milliards de dollars) en mouvements suspects – ont été canalisées via des sociétés écrans, recyclées pour masquer leur origine (évasion fiscale, contrebande de carburant, fraudes aggravées), puis réintroduites légalement dans les comptes d’entreprises du groupe.
Parmi les autres suspects figurent Arafat Bingöl et Cengiz Bingöl (présidents du conseil de Binsat Holding), Mehmet Kenan Tekdağ (président de Can Publishing Holding, précédemment en résidence surveillée), ainsi que Betül Can et Zühal Can, épouses des fondateurs. Les enquêteurs pointent des changements fréquents dans les conseils d’administration pour diluer les responsabilités et éviter les sanctions, ainsi que des investissements dans des secteurs stratégiques pour légitimer l’empire économique.
Cette affaire s’inscrit dans une vague plus large d’enquêtes sur les grandes entreprises turques : le groupe de verre Ciner et la raffinerie d’or d’Istanbul figurent parmi les cibles récentes, avec une augmentation notable des tutelles TMSF sur les firmes privées ces derniers mois.
La Franc-maçonnerie en Turquie : une histoire tourmentée
L’arrestation de Sanver n’est pas anodine : elle ravive les tensions historiques autour de la franc-maçonnerie turque, souvent accusée de complots et d’influences étrangères. Introduite au XVIIIe siècle par des marchands et diplomates européens dans les ports ottomans (Istanbul, Izmir, Thessalonique), la maçonnerie a attiré des intellectuels réformistes ottomans, séduits par ses idéaux de rationalisme et de progrès. Bannie en 1748 et 1826 (associée à l’ordre Bektashi interdit), elle renaît au XIXe siècle sous l’impulsion des réformes tanzimat.
Le tournant arrive en 1908 avec la Révolution des Jeunes-Turcs, où des figures maçonniques comme le ministre de l’Intérieur Mehmet Talât Pacha jouent un rôle clé. En 1909, la première Grande Loge nationale est fondée à Istanbul. Dissoute en 1935 sous la République naissante (interdiction des sociétés secrètes), elle est reconstituée en 1956 sous la forme actuelle, reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre en 1970. Aujourd’hui, deux branches coexistent : la « régulière » (anglo-saxonne, dirigée par Sanver) et la « libérale » (continentale, fondée en 1965, ouverte aux athées).
Malgré son statut légal d’association civile, la franc-maçonnerie reste stigmatisée en Turquie conservatrice et nationaliste, souvent liée à des théories du complot impliquant des élites occultes. L’implication de Sanver, avec ses connexions académiques et sportives, pourrait alimenter ces narratifs.
Réactions et implications sociales
Les réactions immédiates ont été vives dans les médias turcs. Des outlets comme Cumhuriyet, Yeni Şafak et A Haber ont titré sur « le leader des maçons turcs arrêté », soulignant le symbole de l’opération. Aucun commentaire officiel de la Grande Loge n’a été publié à ce stade, mais des sources anonymes évoquent une « stupeur » au sein de l’organisation. Galatasaray et l’université Bilgi, déjà sous tutelle, n’ont pas réagi publiquement.
Socialement, cette affaire inquiète le monde des affaires turc, ébranlé par une série de raids judiciaires. Elle pose des questions sur la transparence des conglomérats et l’indépendance judiciaire sous le gouvernement d’Erdogan, où les enquêtes financières sont parfois vues comme des outils politiques. Pour la franc-maçonnerie, c’est un coup dur : Sanver, figure respectée, risque de cristalliser les préjugés, potentiellement menant à une recrudescence de campagnes anti-maçonniques.
Perspectives : une enquête qui pourrait redessiner le paysage économique Turc
L’enquête sur Can Holding pourrait s’élargir, impliquant d’autres secteurs et personnalités. Remzi Sanver, interrogé pour son rôle présumé dans les flux financiers de Bilgi University, pourrait être libéré sous caution ou inculpé formellement dans les prochains jours. Cette affaire illustre les défis de la Turquie contemporaine : lutte contre la corruption versus soupçons de purges sélectives, et tensions entre modernité libérale (incarnée par Sanver) et conservatisme nationaliste.
En fin de compte, l’arrestation de ce « Grand Maître » n’est pas seulement une page judiciaire ; elle est un miroir des fractures sociétales turques, où franc-maçonnerie, pouvoir économique et histoire se télescopent. Reste à voir si justice sera rendue sans instrumentalisation.
Sources :
Türkiye Today (17 octobre 2025), Cumhuriyet, Yeni Şafak, Turkish Minute, et enquêtes croisées sur les médias turcs. Cet article vise l’objectivité factuelle.