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Déisme ou Théisme ? : Deux visions de dieu au cœur de la quête spirituelle maçonnique

Deux voies philosophiques pour appréhender le divin

Dans un monde où la spiritualité se réinvente sans cesse, entre athéisme croissant et retours aux traditions religieuses, deux concepts philosophiques émergent comme des phares pour ceux qui cherchent un sens au-delà du matérialisme : le théisme et le déisme. Ces termes, souvent confondus ou réduits à des variantes du monothéisme, représentent en réalité deux approches fondamentalement distinctes de l’idée de Dieu. Le théisme évoque un Dieu personnel, impliqué dans le quotidien des humains, tandis que le déisme imagine un créateur distant, architecte rationnel d’un univers autonome.

Cette distinction n’est pas seulement académique ; elle imprègne les débats contemporains sur la foi, la raison et l’éthique, particulièrement dans des cercles comme la franc-maçonnerie libérale, où le Grand Orient de France tolère une vision déiste du « Grand Architecte de l’Univers » sans imposer de dogmes révélés.

Cet article explore en profondeur ces différences, en remontant à leurs origines historiques, en analysant leurs implications philosophiques, et en les reliant à des contextes modernes comme la maçonnerie ou la pensée des Lumières. Nous verrons comment le théisme nourrit une relation intime avec le divin, tandis que le déisme privilégie une admiration rationnelle pour l’ordre cosmique. Enfin, nous aborderons les critiques et les évolutions de ces idées en 2025, à l’ère de l’intelligence artificielle et des crises existentielles.

Tableau comparatif entre Déisme et Thèisme

CritèreThéismeDéisme
Dieu existe-t-il ?OuiOui
Dieu est-il personnel ?Oui (il a une volonté, une conscience, des émotions, il aime, il juge, il pardonne)Non (Dieu est une cause première impersonnelle, une intelligence ou une raison cosmique, pas une « personne »)
Dieu intervient-il dans le monde après la création ?Oui, constamment (miracles, providence, prière exaucée, révélation continue, histoire sainte)Non (Dieu a créé le monde avec ses lois parfaites, puis s’est retiré – c’est l’image de l’« horloger » qui remonte sa montre et la laisse tourner seule)
La révélation est-elle nécessaire ?Oui (la Bible, le Coran, les Écritures, les prophètes sont indispensables pour connaître Dieu et sa volonté)Non (la raison humaine et l’observation de la nature suffisent ; les religions révélées sont considérées comme superflues, voire nuisibles)
La prière a-t-elle un sens ?Oui (on peut dialoguer avec Dieu, lui demander des choses, il peut modifier le cours des événements)Non ou très limité (au mieux une méditation contemplative, jamais une demande d’intervention)
Exemples historiquesChristianisme classique, judaïsme rabbinique, islam sunnite et chiite, hindouisme dévotionnel (bhakti)Voltaire, Rousseau, Thomas Jefferson, Robespierre, beaucoup de francs-maçons du XVIIIe siècle, certains Pères fondateurs américains
Image populaireDieu père, juge, berger, roi, amiDieu architecte, grand horloger, cause première

En une phrase simple :

  • Le théiste croit en un Dieu personnel qui continue d’agir dans le monde et avec qui on peut avoir une relation (prière, culte, obéissance).
  • Le déiste croit en un Dieu créateur rationnel qui a tout mis en place une fois pour toutes et qui n’intervient plus jamais (ni miracles, ni révélation, ni jugement dernier).

Exemple concret pour bien sentir la différence :

  • Un théiste peut dire : « Dieu a guéri ma mère du cancer parce que nous avons prié. »
  • Un déiste dira : « Si ta mère a guéri, c’est grâce à la médecine et aux lois naturelles que Dieu a établies au commencement ; prier n’y change rien. »

En Franc-maçonnerie (surtout au grand orient de france et dans la maçonnerie libérale), on est très majoritairement déiste ou agnostique : on accepte (ou tolère) l’idée d’une cause première ou d’un « grand architecte de l’univers », mais on rejette les dogmes révélés et l’idée d’un Dieu interventionniste. C’est pourquoi la Bible (ou tout livre sacré) n’est plus obligatoire sur l’autel dans beaucoup de loges françaises depuis 1877.

En résumé : le théisme est une foi vivante et relationnelle ; le déisme est une philosophie rationnelle et distante.

Origines historiques : des racines antiques à l’ère des Lumières

Moïse et les tables de la loi

Le théisme trouve ses racines dans les grandes religions abrahamiques – judaïsme, christianisme, islam – où Dieu est perçu comme un être personnel, doté de volonté et d’émotions. Dans la Bible, par exemple, Dieu parle directement à Moïse, punit les pécheurs lors du déluge, ou guide les prophètes avec des révélations. Ce Dieu n’est pas abstrait : Il est un père aimant, un juge sévère, un allié dans les épreuves. Les philosophes comme Thomas d’Aquin (XIIIe siècle) ont théorisé ce théisme en l’intégrant à la raison aristotélicienne, affirmant que Dieu non seulement crée le monde mais le soutient en permanence par sa providence.

À l’opposé, le déisme émerge plus tard, au XVIIe et XVIIIe siècles, comme une réaction aux guerres de religion et à l’essor de la science. Influencés par Newton et Descartes, des penseurs comme Voltaire, Rousseau ou John Locke conçoivent Dieu comme un « grand horloger » : Il a conçu l’univers avec des lois parfaites, comme une montre mécanique, puis s’est retiré pour le laisser fonctionner seul. Pas de miracles, pas de prières exaucées, pas de jugement dernier. Le déisme s’inspire d’Aristote et de Platon, qui parlaient d’un premier moteur immobile, mais il le modernise avec la raison des Lumières. Aux États-Unis, des pères fondateurs comme Thomas Jefferson étaient déistes, réécrivant la Bible pour en ôter les éléments surnaturels.

Cette divergence historique reflète un clivage culturel : le théisme prospère dans les sociétés où la religion organise la vie communautaire, tandis que le déisme fleurit dans les époques de sécularisation, comme la Révolution française, où Robespierre instaure un culte déiste de l’Être suprême pour remplacer le christianisme dogmatique.

Différences fondamentales : un Dieu proche vs un Dieu distant

Imam en prière avec un Coran dans les mains
Imam en prière avec un Coran dans les mains

Au cœur de la distinction réside la nature de Dieu. Pour le théiste, Dieu est personnel : Il possède une conscience, des intentions, et interagit avec l’humanité. La prière n’est pas un monologue introspectif mais un dialogue ; les miracles, comme la résurrection dans le christianisme ou les guérisons dans l’islam, prouvent son intervention active. Ce Dieu juge les actes humains, promet un au-delà, et révèle sa volonté via des textes sacrés. Philosophiquement, cela implique une théologie de la relation : l’humain est créé à l’image de Dieu, invitant à l’amour, à l’obéissance et à la repentance.

Le déiste, en revanche, voit Dieu comme une entité impersonnelle – une intelligence cosmique ou une cause première. Une fois l’univers lancé, Dieu n’intervient plus : les lois de la physique (gravité, évolution) suffisent à expliquer tout, sans besoin de miracles. La prière, si elle existe, est une contemplation esthétique de l’ordre naturel, pas une supplication. La révélation est superflue ; la raison et la science révèlent Dieu à travers l’harmonie du cosmos. Voltaire le résumait ainsi :

« L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait point d’horloger. »

Cette opposition se manifeste dans l’éthique : le théisme fonde la morale sur des commandements divins (les dix commandements), risquant le dogmatisme. Le déisme ancre l’éthique dans la raison humaine, promouvant tolérance et humanisme, mais potentiellement menant à un relativisme moral.

Implications philosophiques et spirituelles : raison, foi et liberté

Spinoza

Philosophiquement, le théisme défend une vision où foi et raison coexistent, mais la foi prime sur les mystères (comme la Trinité). Des penseurs comme Kierkegaard insistent sur le « saut de la foi » face à l’absurde. Le déisme, influencé par Spinoza ou Kant, élève la raison au rang suprême : Dieu est accessible par l’intellect, pas par l’émotion ou la révélation. Cela libère l’individu des clergés, favorisant l’autonomie – un pilier des Lumières.

Spirituellement, le théisme offre réconfort : un Dieu qui écoute, guérit, pardonne. Dans les crises (maladies, guerres), il fournit un sens personnel. Le déisme, plus stoïque, invite à l’admiration pour l’univers : observer les étoiles ou la biologie révèle le divin, mais sans espérance d’intervention. Cela peut mener à une spiritualité laïque, comme chez Einstein, qui se disait « profondément religieux » dans un sens déiste, voyant Dieu dans les lois physiques.

En 2025, ces idées évoluent avec l’IA et la science : le théisme intègre la technologie comme outil divin (théologie de la création continue), tandis que le déisme voit l’IA comme une extension des lois naturelles posées par le créateur initial.

Le déisme et le théisme en franc-maçonnerie : un cas d’étude contemporain

Dans la Franc-maçonnerie, particulièrement au Grand Orient de France depuis 1877, le déisme domine. Le « Grand Architecte de l’Univers » est une métaphore déiste : un principe organisateur, tolérant athées et agnostiques, sans Bible obligatoire sur l’autel. Cela contraste avec des obédiences théistes comme la Grande Loge Unie d’Angleterre, où un Dieu personnel révélé est requis. Pour un maçon déiste, le rituel est une allégorie rationnelle pour polir l’âme ; pour un théiste, il pourrait invoquer une providence active.

Cette préférence déiste reflète l’héritage des Lumières : Voltaire et Benjamin Franklin, maçons déistes, voyaient la loge comme un espace de raison fraternelle, libre de dogmes. En 2025, face à l’obscurantisme (montée des fondamentalismes), le Grand Orient de France défend une laïcité déiste : Dieu, s’il existe, n’intervient pas dans les affaires humaines, laissant place à la liberté de conscience.

Critiques et débats actuels : limites et hybridations

Portrait de Friedrich Nietzsche

Le théisme est critiqué pour son anthropomorphisme (un Dieu « humain » trop humain) et son potentiel fanatisme (guerres saintes). Les athées comme Dawkins le voient comme une illusion réconfortante. Le déisme, accusé de froideur, laisse l’humain seul face au mal (pourquoi un horloger parfait permet-il la souffrance ?). Nietzsche le moquait comme un « Dieu mort », trop distant pour inspirer.

Pourtant, des hybridations émergent : le « théisme ouvert » (process theology) imagine un Dieu évoluant avec le monde, mêlant intervention et autonomie. En écologie spirituelle, un déisme vert voit Dieu dans l’équilibre planétaire, appelant à l’action humaine sans miracles.

Conclusion : choisir sa voie dans l’univers infini

Déisme et théisme ne s’opposent pas tant qu’ils se complètent dans la quête humaine du sens. Le premier célèbre la raison autonome, le second l’amour relationnel. Pour un profane en 2025, explorer ces idées – via philosophie, science ou maçonnerie – offre une boussole : croyez-vous en un Dieu qui marche à vos côtés, ou en un architecte qui vous a donné les plans pour naviguer seul ?

Quelle que soit la réponse, ces visions rappellent que l’humain, face au cosmos, reste un chercheur éternel.

La Saint-Nicolas : une fête de lumière et de charité sous un regard maçonnique

La Saint-Nicolas, célébrée le 6 décembre, est bien plus qu’une simple tradition enfantine marquée par des cadeaux et des friandises. Issue d’une riche tapisserie historique et symbolique, elle incarne des valeurs universelles de générosité, de justice et de renaissance spirituelle. Dans un regard maçonnique, cette fête révèle des couches ésotériques profondes, où la légende de Saint Nicolas se prête à des interprétations initiatiques, évoquant la quête de la Lumière, la dualité du bien et du mal, et la fraternité humaine.

Inspiré par les racines païennes et chrétiennes de cette célébration, explorons son histoire, ses traditions et son symbolisme, en les reliant aux principes de la franc-maçonnerie.

Saint-Nicolas-néerlandais.

Les origines historiques et légendaires de la Saint-Nicolas

La fête de la Saint-Nicolas tire son essence de la vie de Nicolas de Myre, un évêque du IIIe siècle en Asie Mineure (actuelle Turquie), connu pour sa piété et sa charité. Né vers 270 et décédé autour de 343, il est vénéré comme le patron des enfants, des marins et des écoliers. La célébration, fixée au 6 décembre dans le calendrier liturgique catholique, s’est étendue au-delà des sphères religieuses pour devenir une tradition folklorique vivace en Europe du Nord, de l’Est et centrale – notamment en Lorraine, en Alsace, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne et en Suisse.

L’une des légendes les plus emblématiques associe Saint Nicolas à la résurrection de trois enfants tués et salés par un boucher malveillant. Selon ce récit, popularisé au XIe siècle dans les régions franco-allemandes, l’évêque étend trois doigts sur le saloir, reconstituant les corps des innocents et les ramenant à la vie. Ce miracle, souvent illustré dans l’art médiéval, symbolise non seulement la victoire sur la mort, mais aussi la punition du vice : le boucher, attaché à l’âne de Saint Nicolas, devient le Père Fouettard, un compagnon menaçant chargé de réprimander les enfants désobéissants.

St-Nicolas

Cette dualité – récompense pour les sages, châtiment pour les méchants – rappelle les Saturnales romaines et des figures païennes comme Odin, christianisées pour faciliter les conversions.
 
Historiquement, le culte de Saint Nicolas gagne en popularité au Xe siècle avec le transfert de reliques de Bari (Italie) vers la Lorraine, où une basilique est érigée près de Nancy. Au XVe siècle, après la bataille de Nancy en 1477, il devient le saint patron de la région, surpassant même Noël en importance jusqu’aux années 1960.

Aujourd’hui, les traditions incluent des défilés, des marchés et des visites domiciliaires : Saint Nicolas, vêtu de son manteau d’évêque et chevauchant un âne, distribue pains d’épices, chocolats, fruits secs et cadeaux, tandis que les enfants préparent du foin ou des carottes pour l’animal.

Un symbolisme ésotérique et préchrétien

Au-delà de son cadre chrétien, la Saint-Nicolas intègre des éléments païens liés au solstice d’hiver. Le 6 décembre marque le début des festivités hivernales, préfigurant Noël et le renouveau solaire. Des historiens relient Saint Nicolas à des divinités comme Odin, chef de la chasse sauvage, ou à des rites de fertilité et de protection contre les ténèbres.

Le Père Noël moderne, dérivé de Sinterklaas (la version néerlandaise de Saint Nicolas), fusionne ces traditions avec les Saturnales romaines – fêtes de chaos social, de cadeaux et d’inversion des rôles – et des mythes solaires comme Mithra ou Sol Invictus.

Symboliquement, la légende des trois enfants ressuscités évoque des thèmes universels : la résurrection comme allégorie de la renaissance spirituelle, la charité anonyme envers les vulnérables, et la dualité bien/mal. L’âne représente l’humilité et le voyage initiatique, tandis que la barbe blanche et le manteau rouge symbolisent la sagesse et l’autorité royale.

Ces éléments préfigurent le sapin de Noël (arbre de vie, axe du monde) et la bûche (symbole de durée initiatique), reliant la fête à des archétypes ésotériques présents dans de nombreuses cultures, de Krishna à Osiris.

La_Saint-Nicolas-en-Alsace par_Paul_Kauffmann-(1902)

Un regard maçonnique : initiation, fraternité et lumière

Pour le franc-maçon, la Saint-Nicolas offre un miroir riche en symboles initiatiques. La résurrection des trois enfants, accomplie par un geste miraculeux (trois doigts sur le saloir), rappelle le ternaire maçonnique – nombre sacré des Pythagoriciens, représentant la vie, l’activité infinie et l’harmonie (Force, Beauté, Sagesse).

Ce miracle peut être vu comme une allégorie de l’initiation : la mort symbolique à l’ignorance (les enfants tués), suivie d’une renaissance par la Lumière, similaire au drame d’Hiram Abiff au troisième degré. Hiram, architecte du Temple de Salomon, meurt pour protéger un secret et ressuscite spirituellement, enseignant la victoire sur la violence et l’avidité.

De même, Saint Nicolas, en restaurant la vie, incarne la charité – pilier maçonnique – et la quête de la perfection humaine.

La dualité Saint Nicolas / Père Fouettard évoque la balance entre vertu et vice, récompensée ou punie, miroir de la justice maçonnique et de la chaîne d’union qui lie les frères dans la fraternité. Dans un contexte ésotérique, cette fête marque le voile mince entre mondes spirituel et matériel durant le solstice, invitant à une introspection comparable aux voyages initiatiques des apprentis.

(à gauche, Saint Nicolas et Zwarte Piet aux Pays-Bas. À la différence de la majorité des régions françaises, et notamment des traditions lorraines et alsaciennes, le père Fouettard néerlandais est traditionnellement grimé en noir)

Le voyage de Saint Nicolas sur son âne symbolise le périple vers l’Orient éternel, tandis que les cadeaux rappellent l’échange fraternel et la générosité anonyme, valeurs centrales de la Maçonnerie universelle.
Enfin, la connexion avec Noël – où Saint Nicolas préfigure le Père Noël – souligne le syncrétisme : une fête païenne christianisée, puis sécularisée, invitant les maçons à explorer la Lumière cachée derrière les voiles des traditions. Comme le sapin pyramidal évoque la croix maçonnique ou la pyramide de la connaissance, la Saint-Nicolas nous rappelle que la vraie initiation naît de la charité et de la quête intérieure.

Père Fouettard

Une fête pour l’éveil fraternel

La Saint-Nicolas, avec son mélange de joie enfantine et de profondeur symbolique, est une invitation maçonnique à la réflexion. Elle nous enseigne que la Lumière triomphe des ténèbres hivernales, que la charité élève l’humanité, et que chaque légende cache un enseignement initiatique.


Dans un monde souvent divisé, cette fête rappelle l’unité fraternelle, encourageant les maçons à frapper à la porte du Temple pour une plus grande illumination. Que cette Saint-Nicolas inspire nos Loges à cultiver lagénérosité et la sagesse, pour un renouveau perpétuel.
 

Nicolas & Fouettard

6 & 7 juin 26 « Masonica Tours » – 2e édition du Salon du Livre maçonnique

Après le succès de la première édition du salon « Masonica Tours 2024 », en juin 2024, l’association «  le cercle de l’acacia ligérien » est heureuse de vous annoncer la tenue d’une deuxième édition de cette manifestation. La deuxième édition du livre et de la culture maçonnique «  Masonica Tours » aura lieu le samedi 6 juin 2026 et le dimanche 7 juin 2026. Il se tiendra à MAME, cité de la création et de l’innovation, 49 boulevard de Preuilly à Tours.

« L’initiation maçonnique a-t-elle un avenir ? » écrit Roger Dachez[1]. Quand nombre d’obédiences scrutent avec inquiétude un monde de l’immédiateté, troublé dans tous les domaines et semblant peu favorable au temps long de l’initiation il répond « ces causes d’un possible effacement (de la FM) sont peut-être autant de chances à saisir »

Pour questionner les voies de ce possible avenir, Masonica Tours 2026 se donne un fil rouge : questionner la pertinence de la Franc-Maçonnerie au 21e siècle tout en éclairant ses fondements historiques et traditionnels.

Pour cela « Masonica Tours » s’attache à promouvoir la richesse littéraire et éditoriale maçonnique dans toutes leurs diversités en leur offrant des espaces d’exposition et de commercialisation de leurs productions. 

Notre salon souhaite mettre en avant la diversité des obédiences et des courants de pensée maçonniques. Pour  cela nous organisons, tout au long du week-end des conférences et des tables rondes.

Logo Mame

La tenue de notre manifestation à MAME, lieu d’innovation  et d’ouverture, situé à proximité de l’hypercentre métropolitain, témoigne de notre volonté d’ouvrir un espace d’échange entre le monde maçonnique et un large public. Pour bien marquer cette ouverture, des conférences aborderont des sujets répondant aux questionnements des profanes.

L’édition de juin 2026 attribuera un prix littéraire. Le Prix littéraire du Salon du Livre maçonnique « Masonica Tours 2026 » distinguera des ouvrages en langue française dont la qualité littéraire et la portée humaniste, spirituelle et symbolique éclairent les valeurs de la tradition maçonnique : quête de sens, liberté de conscience, dignité humaine, fraternité, esprit critique et exigence de vérité.

Contact : Jean-Marc Pichon – contact@masonicatours – 06 60 26 82 89  


[1] Les rituels à quoi ça sert ? – Dervy – juin 2024

Espace Mame, le forum

En savoir plus sur le Masonica Tours 2024

« Nomadisme initiatique » par Michel Maffesoli

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Du nomadisme, analyse l’évolution des sociétés contemporaines en montrant que la modernité fondée sur la stabilité, la rationalité et l’individualisme cède désormais la place à une postmodernité marquée par la mobilité, l’émotionnel et le communautaire. Le nomadisme que décrit Michel Maffesoli n’est pas seulement un déplacement géographique : il est un style d’être caractéristique de notre époque, un mode d’existence fluide où l’on se déplace entre identités, groupes, pratiques et expériences.

L’auteur explique que la société moderne, héritière du projet rationaliste, valorisait l’enracinement, la planification et le progrès linéaire. À l’inverse, la postmodernité se reconnaît dans le présentisme, la recherche d’intensité et la multiplication des appartenances provisoires. Les individus deviennent des “tribus postmodernes”, des groupes affinitaires éphémères soudés par le partage d’émotions, de signes ou de rituels communs. Ce phénomène est au cœur du nomadisme contemporain : on circule d’une tribu à l’autre selon ses affects.

Michel Maffesoli insiste sur l’importance du sentiment d’appartenance et de la socialité quotidienne. Le nomade postmoderne ne cherche plus à s’affirmer par une identité unique et stable, mais par un ensemble d’identités fragmentées qu’il mobilise selon les contextes. Cette pluralité identitaire reflète un basculement de notre rapport au monde : on privilégie l’expérience vécue plutôt que l’idéologie, l’esthétique plutôt que la morale, le partage émotionnel plutôt que la construction rationnelle.

La mobilité n’est donc pas seulement physique : elle est symbolique, culturelle, affective. Le nomadisme est une réponse au désenchantement moderne, c’est-à-dire à la perte de sens liée à une vision du monde trop rationalisée. Les nouvelles formes de socialité postmoderne réenchantent l’existence par le jeu, la fête, la convivialité, les rassemblements informels et les pratiques communautaires. Elles permettent de recréer du lien là où l’individualisme moderne avait isolé les personnes.

Pour Maffesoli, ce nomadisme s’exprime aussi dans la manière dont nous consommons, travaillons et vivons nos relations. Le travail devient fragmenté, flexible, parfois instable ; les carrières linéaires sont remplacées par des parcours multiples. Les relations affectives suivent la même logique : on passe d’une conception durable de la famille ou du couple à des formes plus fluides, recomposées ou temporaires. Cette fluidité n’est pas un signe de désordre, mais l’expression d’un nouvel équilibre social, plus plastique et adaptatif.

L’auteur parle également d’un retour du polythéisme des valeurs : au lieu d’un principe unique structurant la société (comme la raison, le progrès, l’État), divers systèmes de valeurs coexistent, parfois contradictoires. Le nomade postmoderne navigue entre ces univers, sans chercher à les unifier. Cette multiplicité reflète la complexité contemporaine et le refus des discours totalisants.

Le rôle des technologies — réseaux sociaux, mobilité numérique, communication instantanée — accentue encore ce mode nomade. Elles permettent de créer des tribus à distance, de circuler entre plusieurs mondes, de vivre dans une simultanéité d’espaces symboliques. Pour Maffesoli, il ne s’agit pas d’un simple changement technique, mais d’une transformation profonde de notre imaginaire collectif.

Le nomadisme met aussi en cause la rigidité des institutions modernes. Celles-ci continuent de fonctionner sur un modèle centralisé, hiérarchisé, alors que la société vit désormais sur un mode horizontal, relationnel, parfois anarchisant. L’auteur voit dans cette tension l’une des grandes lignes de fracture de notre époque. Là où les institutions cherchent à fixer, la culture nomade cherche à circuler.

Enfin, Michel Maffesoli interprète ce mouvement comme un retour à l’archaïque, non pas comme régression, mais comme réactivation de structures anthropologiques anciennes : le goût du partage, la vie en groupe, le symbolisme, l’émotionnel. Le nomadisme postmoderne réunit ainsi tradition et innovation, instinct et technologie, local et global. Il marque le passage d’une société de l’“avoir” et du contrôle vers une société de l’“être-ensemble”.

Du nomadisme apparaît ainsi comme une réflexion majeure sur la transformation des mentalités et des formes de vie, proposant une lecture sociologique du monde contemporain fondée sur la fluidité, la sensibilité collective et les micro-communautés.

L’Auteur

Michel Maffesoli est Sociologue, professeur émérite en Sorbonne et membre de l’Institut universitaire de France. Il est l’auteur d’une œuvre fondamentale. Il a récemment publié aux éditions du Cerf :
* Le temps des peurs
* Apologie – autobiographie intellectuelle

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Pourquoi autant de Francs-maçons voyagent dans la cale du bateau de Thésée ?

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Dans les brumes philosophiques de l’Antiquité, un paradoxe navigue encore aujourd’hui, défiant notre compréhension de l’identité et de la permanence. Le bateau de Thésée, ce vaisseau légendaire rapporté par Plutarque dans ses Vies des hommes illustres, fut conservé par les Athéniens comme un reliquaire vivant de l’héroïsme de leur fondateur. À mesure que les planches usées par les embruns et les tempêtes étaient remplacées par des neuves, solidement enchâssées, une question lancinante émergea : lorsque toutes les pièces originelles eurent disparu, restait-il le même bateau ? Ou n’était-ce plus qu’une coquille vide, un simulacre voguant sous un nom emprunté ?

Ce dilemme, que les philosophes antiques brandissaient comme un étendard de doute, oppose le matérialisme brut – où l’identité se fond dans la matière inchangée – au substantialisme, où elle réside dans la forme, la fonction ou la continuité ininterrompue du flux.

David par Michel-Ange, Florence, Galleria dell’Accademia, 1501-1504

Mais pourquoi tant de Francs-maçons, ces artisans de l’âme en quête d’une lumière intérieure, choisissent-ils de s’embarquer non pas sur le pont exposé aux vents, mais dans la cale obscure de ce navire paradoxal ? Pourquoi descendent-ils, grade après grade, dans les entrailles humides et sombres, là où l’on n’entend que le clapotis des vagues contre la coque et le grincement des membrures qui se renouvellent ? La réponse gît dans la nature même de leur voyage initiatique : un lent dépouillement, un élagage rituel des vieilles peaux de l’ego, pour révéler, seconde après seconde, l’essence pure de l’être.

Telle la statue de David émergeant du marbre sous les ciseaux de Michel-Ange, le Franc-maçon n’ajoute pas ; il soustrait. Il taille dans la pierre brute de son conditionnement social, culturel et émotionnel, jusqu’à faire jaillir la forme divine qui y sommeillait depuis toujours. Ce processus n’est pas une reconstruction hasardeuse, comme celle d’un second bateau assemblé avec les débris usés – variante hobbesienne du paradoxe, où deux navires rivaux prétendent à l’héritage de Thésée.

Non, c’est une révélation incessante, un dévoilement qui interroge sans cesse : qui suis-je ?

Le Franc-maçon et le travail de révélation : tailler l’âme comme le marbre

Au cœur de la Franc-maçonnerie, le rituel n’est pas un spectacle théâtral, mais un laboratoire alchimique où l’initié opère sur lui-même. Dès l’entrée en Loge, le candidat est dépouillé de ses attributs profanes : la corde au cou symbolise la mort symbolique de l’ancien moi, celui pétri de passions, de préjugés et d’illusions. Puis, au fil des voyages – ces métaphores nautiques si chères à la tradition maçonnique –, le travail symbolique s’intensifie. Le compas et l’équerre, outils du tailleur de pierre, tracent les contours d’une identité nouvelle, non pas forgée de toutes pièces, mais extraite de ce qui était déjà là, enfoui sous les sédiments du quotidien.Imaginez le franc-maçon comme Michel-Ange face au bloc de Carrare :

« Je ne sculpte pas, dit le maître, je libère ce qui est prisonnier. »

De la même manière, le rituel maçonnique est un acte de soustraction. Dans le cabinet de réflexion, l’initié confronte ses ombres – le crâne, le sablier, l’acide sulfurique corrodant le métal –, apprenant que l’identité n’est pas dans l’accumulation d’expériences, mais dans leur dissolution. Grade après grade, il révulse ses « vieilles peaux » : les Apprenti apprend à polir la pierre brute de ses instincts ; le Compagnon affine les aspérités de son intellect ; le Maître, enfin, contemple l’essence spirituelle, celle qui transcende la forme corporelle.

Chaque tenue, chaque planche, chaque agape est une avancée dans ce processus : une passion domptée, un vice émondé, une lumière conquise.

Ce travail incessant de révélation impose une logique impitoyable : le qui suis-je ?

Bateau de Thésée

n’est pas une question statique, mais un koan vivant, une interrogation rythmée par les coups de maillet du Vénérable Maître. Comme le bateau de Thésée, dont les planches neuves maintiennent la forme malgré le renouvellement total, l’identité maçonnique persiste non par la matière – ces cellules qui se régénèrent tous les sept ans, ces souvenirs qui s’effilochent –, mais par la continuité du flux. Héraclite, ce philosophe du devenir, l’aurait compris : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. » Pourtant, le maçon, en Loge, apprend à naviguer ce courant sans se dissoudre, en ancrant son être dans une essence immuable. Seconde après seconde, le voile se déchire : je ne suis pas mon métier, ni ma nationalité, ni même mes choix accumulés. Je suis celui qui observe, qui choisit, qui est. Telle est la révélation :

l’identité n’est pas un assemblage de pièces, mais l’espace entre elles, le silence après le dernier coup de ciseau.

Michel Serres et le déchirement des masques : au-delà des noms et des rôles

Michel Serres

Le regretté Michel Serres, ce philosophe vagabond aux idées fluides comme un réseau neuronal, nous offrait un écho profane à cette quête maçonnique. « Mon identité n’est certainement pas mon prénom », affirmait-il avec malice, car des Michel, Miguel ou Michael pullulent sur la planète, échos d’une même racine sémitique signifiant « qui est comme Dieu ? ». Quant au nom de famille, Serres ou Sierra, il n’est qu’une carte topographique : des montagnes en écho, des reliefs érodés par le temps. Philosophe de métier ? Une contingence : on change de cape, on en porte plusieurs, comme un comédien shakespearien. La religion, la ville de résidence, la nationalité, le genre – tout cela n’est que costume, rôle dans la grande comédie humaine.

« Être philosophe n’est pas une identité, puisqu’on peut changer de métier et en avoir plusieurs. Il en est de même avec la religion, la ville de résidence, la nationalité… même son genre, enfin tout cela n’est pas de l’être et n’est pas son identité. »

Pour Serres, la singularité réside ailleurs : dans l’ADN, ce code génétique unique, ou dans la trame infinie de nos choix et expériences, ces bifurcations qui nous rendent irremplaçables. Pourtant, même cela reste précaire, car l’Être, avec son E majuscule, transcende l’action. « L’être n’est en aucune manière ce qu’il fait par ses actes, il est ce qu’il est. » Cette intuition cartésienne revisitée – cogito ergo sum, mais dépouillé des oripeaux –, résonne comme un écho dans la Loge : le maçon, en révélant son essence, découvre que l’identité n’est pas un puzzle de fragments biographiques, mais une présence pure, un je suis qui échappe aux catégories.

Le bateau de Thésée, dans sa cale, n’est plus un vaisseau de bois, mais un symbole : remplacez toutes les planches, et ce qui reste n’est ni la matière ni la forme, mais l’intention qui les traverse, le voyageur qui le navigue.

Le bateau maçonnique : amélioration ou rigidification ? Les pièges du voyage

Revenons à notre navire théséen, enrichi par des années de voyages. Le remplacement des pièces n’est pas neutre : il peut bonifier l’embarcation, à condition que les neuves surpassent les anciennes en qualité. Chez le Franc-maçon, ce processus s’étend sur des décennies : deuil après deuil de lui-même, le Frère ou la Sœur troque les passions turbulentes contre la sagesse apaisante. Après vingt ou trente années de tenues, de réflexions et de symboles, le voilà censé émerger tel un arbre centenaire, racines ancrées dans l’essence, branches offertes au ciel. La Loge devient chantier naval : la jalousie cède à la fraternité, l’ignorance à la connaissance, l’orgueil à l’humilité.

Chaque coup de rame contre le courant – chaque épreuve rituelle – affine la coque, la rendant plus résistante aux tempêtes.

Pourtant, observation amère : voyage après voyage, certains maçons s’enferment dans une rigidification stérile, coquille durcie qui étouffe l’essence. D’autres sombrent dans l’orgueil de la comparaison, mesurant leur avancée non à l’intérieur, mais au miroir des Frères moins avancés. Et que dire de ceux qui se gorgent des charges électives, des médailles clinquantes ou des reconnaissances en Loge ?

Ils deviennent comme des banquiers du Monopoly, s’imaginant tout-puissants une fois sortis du jeu, portant dans la rue des titres qui n’ont de sens qu’entre les colonnes de Jakin et Boaz. Le pouvoir maçonnique, charme éphémère, n’agit que dans l’enceinte sacrée : quel profane, dans le métro bondé, saluerait d’un signe le Grand Maître d’une obédience ?

Les élus le confirment : au lendemain de la descente de charge, le téléphone fait silence, les hommages s’évaporent. Ce n’est pas vous qui devenez soudain admirable ou misérable ; c’est la charge qui irradie, telle une lumière attirant les photophiles. La beauté, la jeunesse, la richesse, la popularité – tous ces pièges du temps fonctionnent ainsi, masques illusoires qui craquent sous les coups de la disgrâce.

La pauvreté

Que reste-t-il quand les affres de la vie – faillite, maladie, solitude – frappent à la porte ? La Loge, hélas, n’est pas un bunker contre l’acédie, cette tristesse spirituelle que les anciens moines redoutaient comme un démon du midi. Elle n’immunise pas plus que l’Obédience contre les courants opposés. Au contraire, chaque coup de rame à contre-courant devrait nous rapprocher de la source, purifiant l’âme dans l’effort. Mais trop souvent, les petits arrangements avec la conscience nous mènent à l’estuaire du désespoir : un mensonge pieux pour éviter un conflit, une alliance opportuniste pour gravir un grade.

Notre navire personnel, ces dernières années, traverse des tempêtes sociétales impitoyables : crises économique, politique, écologique, spirituelle. Aucune n’est épargnée. L’embarcation tangue, gîtant sous les vagues d’incertitude.

Traverser la tempête : épreuve ou cachette ? L’initiation vraie

Or, chaque épreuve devrait être une forge : le navire se bonifie dans l’adversité, ses membrures renforcées par les chocs, sa voilure affinée par les vents. Le Franc-maçon, tel Thésée rentrant d’une quête périlleuse, devrait traverser la mer déchaînée la tête haute, le cœur confiant en la Lumière éternelle. Mais qu’observons-nous, dans les cales de nos Loges ? Des lâchetés murmurées, des trahisons masquées sous le tablier, des arrangements entre « amis » pour un gain court-termiste.

Le voyage initiatique, censé être une plongée dans l’abîme pour en extraire l’or philosophique, devient prétexte à se terrer, à attendre la fin de l’orage en polissant des médailles inutiles.

Ainsi, pour trop de Frères ou Sœurs, la cale du bateau de Thésée n’est pas un sanctuaire de révélation, mais une cachette confortable. On s’y prosterne devant le veau d’or – grades, honneurs, réseaux – espérant conjurer l’enfer du doute existentiel. On oublie que le Temps est un comptable implacable : il n’oublie rien, et viendra réclamer intérêts et capital avec une précision chirurgicale. L’heure du bilan n’aura que faire des souvenirs de gloire fanée, des médailles en chocolat, des titres ronflants d’« Illustrissime » ou de «Très Respectable ».

Car la respectabilité qui compte n’est pas celle octroyée par les suffrages de la Loge, mais celle forgée dans la fidélité aux valeurs initiales, celles jurées le jour de l’Initiation : vérité, fraternité, travail sur soi.

Le paradoxe du bateau nous le rappelle avec cruauté : si l’identité persiste dans la continuité du voyage, elle se dissout dans la trahison de sa source. Le maçon qui sort de la cale, après des années de dépouillement, devrait être un David vivant : nu, pur, irradiant l’essence divine. Mais si, au lieu de révéler, il accumule des planches factices – orgueils, rigidités, illusions de pouvoir –, son navire n’est plus qu’une épave, un second bateau reconstruit à l’envers, voguant vers l’oubli. La question reste ouverte : quittera-t-on enfin la cale pour le pont, affrontant le flux héraclitéen avec la sérénité de l’Être ? Ou continuerons-nous à nous cacher, planche après planche, dans l’ombre d’un Thésée fantôme ?

En fin de compte, le Franc-maçon voyage dans la cale non par peur, mais par nécessité : c’est là, dans l’obscurité fertile, que l’essence se révèle. Mais le vrai courage est de remonter, transformé, prêt à naviguer sous les étoiles d’une identité enfin nue.

Car, comme l’affirmait Serres, nous ne sommes pas nos masques ; nous sommes le sculpteur et la pierre, le bateau et le voyage, l’Être et son éternel devenir. Que chaque coup de rame nous en rapproche.

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Le Mot perdu et les lettres du Nom : la Cabale au cœur du grade de Maître ?

Et si la quête maçonnique du Mot perdu avait été façonnée, en profondeur, par les spéculations cabalistiques sur le Nom de Dieu ? Depuis des temps immémoriaux, ou presque, cette idée traverse les travaux d’Arthur Edward Waite et, plus récemment, ceux d’historiens de la Franc-maçonnerie. En suivant l’émergence du troisième grade, la cristallisation de la légende d’Hiram et la fascination du XVIIIᵉ siècle pour la Cabale, se dessine une hypothèse troublante : derrière le récit du Maître assassiné, se profile la mémoire d’un Nom divin dont on ne sait plus comment le prononcer.

Au départ, l’architecture des grades n’a rien d’évident ni de figé. La Maçonnerie opérative, puis spéculative, ne repose d’abord que sur deux degrés : Apprenti et Compagnon – ce dernier étant souvent désigné comme « Fellow Craft » ou même « Master » dans certaines sources anciennes. Ce n’est qu’au tournant des années 1730 que le paysage se transforme. Le premier grade est scindé, un niveau intermédiaire apparaît, et l’ancien second grade glisse vers ce qui deviendra le troisième : le grade de Maître Maçon.

Ce basculement est consolidé par une petite bombe éditoriale

Masonry Dissected de Samuel Prichard, publiée à l’automne 1730. Divulgation violemment antimaçonnique, mais d’une efficacité redoutable : plus de trente éditions, une diffusion large, et, en creux, un formidable effet de normalisation des rituels. Samuel Prichard se présente comme ancien membre d’une loge régulière, prétend rendre service au public en dévoilant les « secrets » d’une société nuisible, tout en affirmant paradoxalement agir à la demande de frères inquiets d’un déclin de l’Ordre. De là à imaginer qu’un courant réformateur ait utilisé ce texte pour promouvoir un nouveau grade et un nouveau mythe, il n’y a qu’un pas.

Les réactions ne tardent pas

Des brochures défensives s’attachent à discréditer Samuel Prichard, mais aussi à magnifier l’antiquité et la noblesse de l’Ordre. L’une d’elles, A Defence of Masonry (1730-1731), tisse des parentés avec les mystères antiques, les pythagoriciens, les esséniens, les druides… et surtout avec la Cabale. L’auteur anonyme insiste sur les aspects « littéraux » de cette dernière – gematria, notariqon, temurah – et explique que les cabalistes, à l’image de David et Salomon, perfectionnaient leur art par des combinaisons et permutations de lettres. La maçonnerie est alors présentée comme héritière de cet « art cabalistique » des mots sacrés.

Ce n’est pas un îlot isolé

Dès 1726, The Grand Mystery Laid Open mentionne déjà le notariqon et rapproche maçonnerie et Cabale. Un catéchisme plus ancien, A Mason’s Examination (1723), fait intervenir des lettres hébraïques reçues par les lecteurs du temps comme des indices de sagesse cabalistique. Bien avant que le grade de Maître ne soit pleinement stabilisé, l’imaginaire maçonnique baigne donc dans cet univers où les lettres, les alphabets sacrés et les jeux de mots sont des vecteurs de secret.

Avec Masonry Dissected, un pas décisif est franchi

Temple de Salomon

Le texte donne pour la première fois une version complète de la légende d’Hiram, appelée à devenir le cœur battant du troisième grade. Hiram, architecte du Temple de Salomon, organise les ouvriers en trois catégories, chacune dotée d’un mot particulier. Trois mauvais compagnons, brûlant d’ambition, décident de lui extorquer le Mot de Maître. Ils le surprennent lors de sa prière, lui demandent le secret, essuient trois refus et frappent trois coups mortels. Hiram emporte son secret dans la tombe. Le Mot – identifié à YHVH – est réputé perdu.

Le corps est caché, puis retrouvé en état de décomposition. Lors de l’élévation, les Maîtres prononcent une expression qui décrit l’état du cadavre – « la chair quitte les os » – et cette exclamation devient mot de substitution : « Macbenac », dans une des formes les plus répandues, aux côtés de variantes comme « Mahabyn » ou « Maughbin ». Dans le manuscrit Graham (1726), antérieur à Prichard, la trame est déjà là, mais avec Noé à la place d’Hiram, et ses fils découvrant un secret lors de l’exhumation du patriarche, en le relevant par ce qui deviendra les « cinq points de la maîtrise ».

À première vue, rien de cabalistique au sens technique : pas de Séphiroth, pas de Shekinah, pas de longs développements sur l’Arbre de Vie. Pourtant, le motif central – la perte d’un Mot qui était lié au Temple et au culte, et dont on ne conserve plus que la graphie, pas la prononciation – entre en résonance directe avec l’une des grandes thématiques du Zohar et de la tradition juive : le Tétragramme YHVH, Nom propre de Dieu, prononcé jadis par le Grand Prêtre dans le Saint des saints, à Jérusalem. Avec la destruction du Temple, la vocalisation se perd. Le Nom reste écrit, mais sa prononciation exacte se voile. On le remplace par des noms de substitution : Adonaï, puis, dans certains milieux chrétiens, « Jehovah », construction tardive.

Pour Arthur Edward Waite, ardent lecteur de cabalistes juifs et de cabale chrétienne, le parallèle est trop précis pour n’être qu’un simple hasard

Arthur Edward Waite en1880

À ses yeux, la franc-maçonnerie a été transformée de l’intérieur par des Maîtres imprégnés de cette Tradition : lecteurs de Robert Fludd, de Thomas Vaughan, de Pico della Mirandola, de Reuchlin. Selon lui, le véritable horizon du grade de Maître n’est pas seulement moral, mais mystique : il vise une union de l’initié avec le divin, et le Mot perdu symbolise le Verbe incarné, le Christ.

Dans cette perspective, les spéculations cabalistiques chrétiennes autour de YHVH prennent un relief particulier. En insérant la lettre Shin au cœur du Tétragramme, certains auteurs forment YHSVH, le Nom de Jésus, parfois qualifié de « Pentagrammaton ». Ce nom à cinq lettres est présenté comme l’accomplissement du Tétragramme, porteur de puissance spirituelle. La quête du Mot perdu et sa redécouverte pourraient ainsi être lues, chez Waite, comme une quête du Christ intérieur, Verbe vivant.

Les travaux plus récents de Jan Snoek

Jan Snoek

Ces travaux donnent une base historique à certains aspects de cette lecture, tout en la nuançant. Jan Snoek montre que, dans les versions les plus anciennes de la légende, il n’est pas question d’un mot effacé des mémoires, mais bien de la perte d’une prononciation secrète, connue seulement de trois personnages : Salomon, Hiram roi de Tyr et Hiram Abif. Hiram y est parfois pratiquement identifié à Dieu. Le Nom divin est placé sur sa tombe, et le rituel d’élévation comporte des éléments qui évoquent une union de l’initié avec le divin. Le troisième grade apparaît alors comme un rite d’union symbolique à Dieu, et non comme un simple récit exemplaire de fidélité héroïque.

Deux objections demeurent cependant…

D’abord, la réflexion sur le Tétragramme et ses vocalisations n’appartient pas à la seule Cabale juive : elle irrigue aussi l’ésotérisme chrétien plus large, les commentaires savants de l’hébreu biblique et diverses spéculations théologiques qui ne se réclament pas explicitement de la Cabale. Ensuite, le mot substitué au Mot perdu dans la tradition maçonnique n’est pas le Pentagrammaton « Yeheshoua », mais un terme comme « Macbenac », qui renvoie à la chair et aux os du corps en décomposition.

Faut-il pour autant renoncer à toute hypothèse d’influence ?

Probablement pas. Il est plus juste d’y voir la trace d’un climat culturel précis. Au tournant des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, l’Europe cultivée nourrit une véritable passion pour l’hébreu, pour les lettres sacrées, pour la puissance supposée des noms. Les auteurs chrétiens lisent le Zohar, les cabalistes juifs, et infléchissent ces doctrines à partir de leurs propres dogmes. C’est dans cet environnement que des maçons, déjà versés dans les spéculations symboliques, élaborent ou remanient le grade de Maître. Ils empruntent à la Cabale moins un système complet qu’un noyau de motifs : un Nom divin lié au Temple, une prononciation perdue, des substitutions, et la possibilité d’une expérience de l’union à Dieu par le Verbe.

Ce qui se joue, au fond, n’est pas la preuve d’une filiation pure et simple, mais la reconnaissance d’une parenté spirituelle

La légende d’Hiram raconte la mort d’un homme qui refuse de livrer un secret sacré, la perte d’un Mot que personne ne sait plus dire, et l’adoption d’un mot de remplacement qui ne satisfait personne. L’initié du troisième grade est invité à faire l’expérience de cette absence : il connaît le Nom écrit, mais sait qu’il lui manque encore la parole juste, la résonance intérieure, le souffle qui fait du signe une présence.

Pour les lecteurs et lectrices du Rite Écossais Ancien et accepté (REAA)

Cette hypothèse a une conséquence vertigineuse : la quête du Mot perdu ne renvoie pas à un code caché dans quelque archive, mais à un travail intérieur sur la manière dont nous prononçons les noms du sacré, de l’humain, du monde. À l’arrière-plan, la mémoire de la Cabale vient rappeler que le Nom de Dieu n’est jamais un objet possédé, mais un appel. Et que l’élévation du Maître, entre tombeau et Temple, pourrait bien être l’ébauche d’un chemin où la Parole ne s’apprend pas seulement par cœur, mais se reçoit, dans le silence, comme une expérience.

Qu’il y ait ou non « preuve » d’une influence directe de la « kabbale » sur la création du grade de Maître, le dialogue entre ces deux traditions ouvre en tout cas une piste précieuse : celle d’une franc-maçonnerie qui ne se contente pas d’aligner des symboles, mais ose se penser comme voie, exigeante et fragile, vers le Nom qui manque –

ce Nom que nous écrivons, que nous devinons, mais que nous ne cessons de chercher à prononcer.

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EXCLUSIF – Interview de Thomas Denicourt : Grand Maître Général de l’OITAR

Bilan et perspectives après presque trois ans de mandat

Depuis son installation le 25 mars 2023, annoncée comme un tournant prometteur pour l’Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal (OITAR), Thomas Denicourt a pris les rênes d’une obédience mixte à la fois jeune, mais pourtant riche d’histoire et tournée vers l’avenir.

Thomas Denicourt Grand Maître Général de l’OITAR

Ce jeune homme jovial et déterminé, dont l’accession à la fonction de Grand Maître Général a été saluée comme un symbole de dynamisme, s’est vu confier la lourde tâche de guider l’OITAR à travers les défis contemporains tout en préservant ses valeurs fondamentales.

Près de trois ans après son entrée en fonction, une interview exclusive accordée à 450.fm le 18 novembre 2025 offre une occasion unique de dresser un bilan de son mandat et d’explorer les perspectives qui s’ouvrent. Dans cet échange, Thomas Denicourt revient sur son parcours, partage ses accomplissements, ses luttes, et dévoile une vision audacieuse pour l’avenir de la Franc-maçonnerie mixte. Préparez-vous à découvrir un leader qui allie tradition et innovation dans un monde en mutation !

Le Saviez-vous ?

L’OITAR, fondé en 1974 par des maçons issus du Grand Orient de France, compte aujourd’hui près de 100 loges actives en France et à l’international. C’est l’une des rares familles maçonniques à pratiquer le Rite Opératif de Salomon, et ce, de manière exclusive. Dénué de hiérarchie pyramidale stricte et pratiquant ce seul rite, il constitue un « Ordre » et non une obédience de la Franc-maçonnerie.

Un Regard Rétrospectif

450.fm : Thomas, comment vous sentez-vous après presque trois ans de mandat ?

Thomas Denicourt Grand Maître Général de l’OITAR en conférence

Thomas Denicourt : Fort bien ! C’est une chance extraordinaire que j’ai eu de pouvoir tenir les rênes de notre belle famille maçonnique, pour ses degrés symboliques en tout cas. Je mesure tous les jours ce que cette fonction m’aura apporté de rencontres, de réflexions, d’énergie : c’est une belle expérience.

450.fm : Si vous deviez résumer cette période en un mot ou en une image, lequel choisiriez-vous ?

TD : Un mot : Incarnation.

Cela est peut-être le maître mot de mon mandat. Finalement, je m’aperçois que j’ai surtout essayé de rendre mon action palpable, présente, incarnée donc, sur l’ensemble des axes sur lesquels je m’estimais attendu en tant que Grand Maître Général.

450.fm : Que signifie, pour vous, porter la charge de Grand Maître Général de L’OITAR ?

OITAR

TD : Eh bien justement, cela rejoint la question de l’incarnation. Principalement, je conçois mon action autour de quatre grands axes :

  • Évidemment, être présent pour les soeurs et frères de l’Ordre, répondre présent aussi souvent que possible aux sollicitations des Loges et des Territoires qui composent l’OITAR, accompagner les Grands Maîtres Territoriaux dans leurs actions quotidiennes, et participer à insuffler des idées, du partage et de l’envie.
  • Être l’interlocuteur privilégié des relations inter-obédientielles. Cela a été pour moi un point très important. Poursuivre et développer encore les liens fraternels avec les autres familles maçonniques avec lesquels nous entretenons vraiment de belles relations. Je crois en la nécessité d’une interaction forte entre nos obédiences. Les obédiences plus sociales diraient que cela renforce notre pertinence sur la place publique, ce qui est vrai. Personnellement, étant ancré dans une tradition plus symbolique, j’ajouterais que cela participe aussi à une émulation stimulante et un enrichissement extraordinaire de nos membres respectifs. J’ai beaucoup aimé rencontrer, partager, monter des animations communes avec les autres Grands Maîtres.
  • Aller à la rencontre des non-maçons. J’ai par exemple multiplié les conférences publiques dans plusieurs villes de France, d’autres encore sont à venir. J’ai aussi accepté de participer à quelques vidéos qui tournent sur les réseaux. Cela peut sembler anecdotique pour beaucoup, mais en fait, ce n’est pas tellement dans les habitudes de l’OITAR qui a toujours privilégié les approches par cooptation directe.

Mais au fond, si j’ai pris ce virage, c’est surtout, et très sincèrement, pour témoigner de la chance extraordinaire que j’ai d’être maçon, d’avoir très tôt rencontré la maçonnerie sur mon chemin, et que je ne pouvais garder cela pour moi.

  • Enfin, en tant que Grand Maître Général, je suis aussi membre du Suprême Conseil, qui gère le rite. J’essaye là aussi d’apporter ma pierre dans cette instance et de porter certains sujets. Mais évidemment, cette aspect-là du boulot de GMG est nettement moins en lumière.

Les Réalisations Marquantes

450.fm : En 2023, au moment de votre installation, quels étaient vos objectifs prioritaires ?

Thomas Denicourt Grand Maître Général de l’OITAR

TD : J’ai peur d’être un peu décevant sur cette question… Mon discours d’installation portait principalement deux engagements. Le premier était d’aller à la rencontre des 12 territoires qui constituent l’OITAR, de croiser un maximum de soeurs et frères. L’autre engagement, plus difficilement palpable, a été de veiller que mes actions et décisions soient prises dans le respect de l’esprit du Rite Opératif de Salomon, ce qui n’est pas si simple. Mes anciens m’ont beaucoup aidé à y voir clair sur ce plan.

Mais en fait, je dois bien vous avouer que le jour de mon installation, je pense surtout que j’étais envahi de beaucoup d’appréhension et de crainte de ne pas être à la hauteur. Je me demandais si j’étais vraiment légitime, si j’allais réussir à assumer cette charge, à rentrer dans le costume, de surcroît en succédant à une soeur qui aura laissé une forte empreinte sur notre Ordre. J’étais un peu tétanisé à la perspective de devoir gravir une montagne immense.

450.fm : Lesquels considérez-vous avoir pleinement atteints ?

TD : Je suis allé voir tous les territoires, j’ai défendu une certaine idée du rite, et… je pense finalement avoir réussi à rentrer dans le costume, en tous les cas, d’avoir trouvé une coupe qui me convenait.

450.fm : Pouvez-vous citer un projet qui, selon vous, a profondément marqué l’ordre ces trois dernières années ?

Rencontre, Conférence, Auditoire
Salle avec public écoutant une conférence

TD : Je pense que le circuit de conférences publiques que j’ai animé un peu partout sera peut-être la grosse nouveauté apportée par mon mandat.

Une autre empreinte que j’ai pu laisser, en tous les cas c’est ce qu’on me remonte régulièrement, c’est d’amener un certain style, à la fois rigoureux mais détendu, et une incarnation simple voire avenante. Mais c’est difficile pour moi de le dire, il vaut mieux interroger nos membres !

450.fm : Y a-t-il eu une initiative imprévue qui s’est imposée au fil de votre mandat ?

Salle de réunion, une main levée

TD : Je peux rester là encore sur le thème des conférences. Cette réflexion vient de l’initiative d’une de nos loges, au Touquet, qui avait décidé d’organiser une réunion d’information publique et m’avait convié à être présent. J’y suis allé bien sûr, sans trop savoir à quoi m’attendre. Cela a été un succès. Et je me suis rendu compte que nous avions vraiment des choses à dire à un public curieux, sincère et qui avait envie d’entendre ; que nous avions une main à tendre, et aussi une image à casser… Je me suis emparé de cette expérience pour aller au-devant des soeurs, des frères et des non-maçons en proposant de venir sur les territoires.

Le Saviez-vous ?

Saviez-vous que l’OITAR est l’une des rares familles maçonniques à exiger l’unanimité pour toute décision, du niveau local de la loge au Suprême Conseil ? Ce principe, hérité des fondateurs, évite les clivages et renforce la fraternité – un rempart contre les hiérarchies rigides.

Les Défis et les Zones d’Ombre

450.fm : Quels ont été vos plus grands défis, sur le plan interne comme externe jusqu’alors ?

TD : Pour nourrir les actions sur un plan interne et externe, je pense que mon plus grand défi personnel a été de dégager du temps. Entre une vie familiale à Rennes, une vie professionnelle (fort occupée !) à Lille et une vie maçonnique un peu partout, le point le plus délicat a vraiment été la gestion de mon agenda qui cherchait à concilier des contraires. Le sentiment d’écartèlement a parfois été fort oppressant !

450.fm : Y a-t-il des projets que vous aimeriez concrétiser avant la fin de votre mandat ?

Thomas Denicourt Le Grand Maître Général de l’OITAR qui ne manque pas d’humour quand l’occasion se présente.

TD : Mon agenda jusqu’à ma descente de charge en mars prochain est déjà fort rempli. Parmi les rendez-vous à venir, deux tenues communes me tiennent à cœur, une avec la GLTSO autour du maître installé et une avec le DH. J’aime ces rencontres inter obédientielles où les soeurs et frères peuvent constater que les bonnes relations au niveau de nos loges ont aussi un écho puissant au niveau des Grands Maîtres, et réciproquement ! Chaque fois que ces rencontres ont eu lieu, cela a toujours été dans une ambiance du tonnerre, donnant envie aux soeurs et frères… de recommencer !

450.fm : Certaines démarches ne donnent-elles pas les résultats escomptés ? Quelle expérience en tirez-vous pour le moment ?

TD : J’ai la chance d’être épaulé par une équipe formidable, très compétente et très investie. Finalement, il y a toujours quelqu’un pour surveiller nos angles morts, pour savoir quand l’autre ne sait pas, pour faire quand l’autre ne peut pas… De fait, je n’ai pas tant que çà l’impression d’être frustré par des résultats d’actions décevants. En tous les cas, rien de vraiment important et qui me revient au moment où vous me posez la question.

L’Évolution de l’Ordre

450.fm : Comment L’OITAR évolue-t-il pendant votre mandat, en termes de vie rituelle, d’organisation et de rayonnement ?

TD : La vie rituelle n’est pas vraiment de mon ressort de Grand Maître Général, mais est plutôt la prérogative du Suprême Conseil. Pour ce qui est du rayonnement, et même si ce n’est pas vraiment mesurable, j’ai un peu le sentiment que notre visibilité, au moins dans le paysage maçonnique, s’est bien accrue. 

450.fm : Quelles avancées majeures observez-vous dans le dialogue inter-obédientiel et les relations avec la société civile ?

Thomas Denicourt Grand Maître Général de l’OITAR

TD : L’OITAR a un principe de non-intervention dans la société civile. Nous ne visons qu’à éveiller les consciences de nos membres via la pratique du rite, de façon à ce que chacun puisse se positionner en homme libre dans le monde profane.

 Mais concernant plus précisément le dialogue inter obédientiel, j’ai vraiment l’impression d’avoir pu contribuer au fait que l’OITAR échange facilement avec toutes les principales familles, de façon régulière et nourrie, que nous soyons parfaitement identifié tout en assumant notre place et nos spécificités.

450.fm : En quoi le caractère mixte de votre Ordre a-t-il guidé vos choix ?

TD : Je pense que la mixité chez nous n’a guidé aucun de mes choix. La mixité est une chose tellement naturelle et intégrée chez nous que je n’ai même jamais pensé à réfléchir une décision en intégrant cette dimension. D’ailleurs nos derniers éléments statistiques montrent une égalité de nombre de membres quasi parfaite entre hommes et femmes, même si cette égalité statistique au niveau de l’ordre cache des disparités locales plus nettes. Mais c’est là une autre question.

Le Saviez-vous ?

L’OITAR, unique en son genre, ne pratique qu’un seul rite : le Rite Opératif de Salomon, inspiré des tailleurs de pierre médiévaux. Pas de « menu à la carte » comme dans d’autres obédiences – c’est cette fidélité qui forge notre cohésion.

Les Moments Forts

450.fm : Quel moment reste actuellement gravé dans votre mémoire ?

TD : Il y en aurait beaucoup… Mais si je dois vous en livrer un, le moment le plus émouvant pour moi a eu lieu quelques temps avant mon installation. Ce jour-là, j’étais orateur dans ma loge bleue. Ma nomination n’avait pas encore été rendue publique et je n’avais laissé fuiter aucune information. Par contre, une fois que ce choix a été confirmé, j’ai voulu annoncer aux soeurs et frères de ma loge que j’avais été choisi, et que j’aurai besoin de ce creuset pour m’aider à me ressourcer…

J’ai la réputation d’être plutôt un bon orateur, je crois… eh bien je n’ai pas le souvenir dans toute ma vie d’avoir eu la voix aussi étranglée, tremblante, émue que ce jour-là.

450.fm : Une rencontre ou un échange particulièrement marquant ?

TD : Le groupe des Grands Maîtres.

Thomas Denicourt Grand Maître Général de l’OITAR

Les rencontres que nous organisons deux fois par an sont des espaces précieux pour partager des informations, bien sûr, mais également créer du lien entre obédiences. Ce sont toujours des moments assez forts et des échanges très riches, qui me manqueront après ma descente de charge.

450.fm : Une tenue ou un événement maçonnique inoubliable ?

TD : J’ai vécu plusieurs moments particuliers durant mon mandat, évidemment. J’ai pu animer des tenues assez spéciales, la dernière en date avec l’allumage d’un triangle sur l’île de la Réunion. Cet allumage a eu lieu dans un temple de verdure, sur les hauteurs : c’était unique.

Mais au fond, si je ne devais retenir qu’un moment de mon mandat, ce serait la journée à Marseille le 21 janvier 2024, durant laquelle on a pu fêter le point de départ du jubilé de nos 50 ans. Une tenue d’ordre au château St Antoine, où pendant une journée, nous avons pu fêter l’OITAR, son histoire, sa vie, et projeter demain… Cela a été l’occasion aussi de sortir un joli livre de réflexions symboliques intitulé « Que la parole circule ».

Regard Vers l’Avenir

450.fm : Que souhaitez-vous pour l’avenir de l’OITAR ?

TD : De rester fidèle à nos valeurs, de réussir à conserver l’esprit et le souffle de nos fondateurs, de rester fiers de nos spécificités qu’il faut défendre. Ce n’est pas si simple car quand on n’est pas une grosse écurie, on peut risquer d’être poreux aux pratiques des autres, il faut être vigilant.

450.fm : Quels probables conseils donnerez-vous à votre successeur l’an prochain ?

TD : Je lui ai dit d’abord que le temps passe vite, et qu’il ne faut pas attendre pour imprimer sa marque et faire ce qu’il envisage. Je lui ai dit aussi l’importance d’aller à la rencontre des soeurs et frères sur tous les territoires. Et enfin, comme je disais plus haut, si la montagne paraît immense, une fois qu’on est dessus on ne voit plus la hauteur du sommet, alors on avance plus sereinement.

450.fm : Quels chantiers prioritaires devraient, selon vous, être poursuivis immédiatement ?

TD : A mon sens, l’OITAR doit continuer dans sa démarche d’ouverture au monde profane. Nous avons une belle proposition de chemin à présenter, et dont je suis bien convaincu de la résonance avec les besoins d’une époque en perte de repères, en quête de sens, et qui a besoin de se réenchanter. La maçonnerie symbolique a vraiment quelque chose à dire en réponse à ces interrogations légitimes.

Vision sur la Franc-Maçonnerie

450.fm : Comment percevez-vous l’évolution générale de la Franc-maçonnerie en France et dans le monde ?

TD : Dans le monde je ne saurais vraiment pas le dire de façon objective. Concernant la maçonnerie française, je vais vous partager une remarque que l’on m’a faite l’an passé. Dans le groupe des dix « principales » obédiences, trois Grands Maîtres étaient encore des quadra (Nicolas Penin – GODF, Felix Natali – GLMF, et moi-même). Était-ce le signal faible d’un changement en marche ou simplement du pur hasard ? Je ne sais pas. Loin de moi l’idée de faire du jeunisme. Mais au fond, j’ai compris que ce constat cassait les clichés si nombreux qui gravitent autour de la Franc-maçonnerie.

450.fm : Quels défis attendent toutes les obédiences dans les prochaines années ?

TD : Je ne vais pas être original je pense, mais j’ai constaté comme beaucoup que le monde rentre dans une quête de spiritualité. Il n’y a qu’à constater l’engouement renouvelé pour les religions. Devant ces questionnements, la maçonnerie a une réponse à apporter. C’est peut-être bien une évolution que je sens confusément de plus en plus marquée dans notre approche maçonnique.

450.fm : La mixité de L’OITAR : atouts et défis ?

TD : Ce n’est pas un défi du tout. Une loge qui se créé au sein de l’OITAR peut choisir librement d’être masculine, féminine ou mixte. Et dans l’histoire de l’OITAR, on a tout eu. Aujourd’hui, toutes nos loges sont mixtes. Je ne mettrais pas non plus ce point sous l’angle d’un atout mais plutôt sous celui de la nécessité : en particulier quand on travaille le symbolisme, toutes les sensibilités sont précieuses.

Conclusion

450.fm : Si vous pouviez adresser un message fraternel à toutes les Sœurs et tous les Frères de l’OITAR…

TD : J’ai surtout envie de leur dire un grand merci !

Merci de m’avoir donné tant de prétextes de venir à leur rencontre, merci de leur enthousiasme contagieux, merci de contribuer à faire vivre l’OITAR, merci d’être ce qu’ils sont.

Et merci à 450 FM de me donner l’occasion de l’exprimer.

450.fm : … et un mot à la communauté maçonnique au sens large ?

TD : En travaillant une conférence, j’ai réalisé une chose toute simple : il faut que nous, maçons, ne perdons pas de vue la chance extraordinaire que nous avons de vivre ce que nous vivons. Être accueilli vraiment fraternellement quand on visite par des soeurs et frères qui ne nous connaissaient pas quelques minutes avant… c’est juste exceptionnel ! Prenons le temps d’un recul pour observer ce qui fait notre quotidien maçonnique et d’en apprécier toute la saveur !

450.fm : Enfin, l’an prochain, après ce mandat, quels sont vos projets, maçonniques ou profanes ?

TD : En effet en mars prochain je descends de charge. Je serai un soutien pour mon successeur, à la place qu’il souhaitera me voir tenir. J’ai aussi le souhait d’accompagner des projets de création de loges. Égoïstement, retrouver un peu de temps juste pour moi, ce sera déjà un beau programme.

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Funérailles laïques : quand la République cherche une salle digne pour nos adieux

Une proposition de loi déposée le 14 octobre 2025 à l’Assemblée nationale veut garantir la mise à disposition gratuite de salles municipales pour les funérailles laïques et permettre la présence d’un représentant de l’État à ces cérémonies. Au-delà du débat technique, c’est bien de liberté de conscience, de dignité et de rituel républicain qu’il est question – des thèmes qui résonnent fortement avec la sensibilité maçonnique.

Il y a des chiffres qui, à eux seuls, dessinent une attente profonde du pays. Selon un sondage évoqué par le député Christophe Bex, 83 % des personnes en France se déclarent favorables à l’accueil de cérémonies d’obsèques laïques dans une salle communale.

Derrière ce pourcentage écrasant, on entend la voix de toutes celles et ceux qui ne souhaitent pas de cérémonie religieuse, mais refusent que le dernier adieu se limite à un coin de cimetière battu par le vent ou à une salle de crématorium anonyme, minutée, standardisée.

C’est dans ce contexte qu’a été déposée, le 14 octobre 2025, la proposition de loi n°1954,

« relative à la mise à disposition gratuite de salles municipales adaptables et à la présence d’un agent de l’État dans le cadre de funérailles laïques et républicaines ». Le texte a été renvoyé à la commission des lois de l’Assemblée nationale.

Il ne crée pas un “nouveau droit” sorti de nulle part : il vise à organiser, clarifier et généraliser une pratique déjà possible juridiquement, mais inégalement appliquée sur le territoire.

Concrètement, la proposition prévoit qu’une commune qui dispose d’une salle municipale adaptable ait l’obligation de la mettre gratuitement à disposition des familles souhaitant organiser des funérailles laïques. Elle organise aussi la possibilité, pour un représentant de la commune ayant qualité d’officier d’état civil, d’être présent à la cérémonie, à la demande des proches du défunt, tout en prévoyant une clause de conscience en cas de refus. Enfin, le texte articule ce dispositif avec la loi du 15 novembre 1887 sur la liberté des funérailles, qui garantit depuis longtemps déjà le droit de chacun à choisir le caractère civil ou religieux de ses obsèques.

Ce qui se joue ici dépasse la simple “mise à disposition de salle”. Il s’agit de savoir si la République assume pleinement qu’elle peut, elle aussi, proposer un cadre symbolique, digne et chaleureux à l’ultime passage. Mariages civils, parrainages républicains, célébrations de citoyenneté… notre droit connaît déjà des rites laïques. Les funérailles restent pourtant, trop souvent, le maillon faible de cette chaîne : faute de lieux publics identifiés, les familles se débrouillent, entre cimetière, chambres funéraires et crématoriums, avec une grande disparité de moyens selon les territoires.

Pour les francs-maçons, qui travaillent sans relâche la liberté de conscience, la dignité de la personne humaine et la laïcité comme espace commun, la question ne peut laisser indifférent. Une cérémonie de funérailles laïque, lorsqu’elle est pensée, préparée, entourée, est un véritable rite de passage : on y dit la mémoire, la fidélité, la transmission, l’amour… autant de valeurs que nous explorons en Loge, mais qui concernent d’abord la société tout entière. Offrir à ces moments un cadre républicain identifiable, accessible et non marchand, ce n’est pas “s’opposer aux religions”, c’est reconnaître que la laïcité peut, elle aussi, proposer un langage symbolique et une ambiance de recueillement.

Assemblée nationale en France
Assemblée nationale en France

Au cœur de cette démarche se trouve la plateforme de pétitions citoyennes de l’Assemblée nationale. La proposition de loi n°1954 a donné lieu à une pétition officielle, enregistrée sous l’identifiant n°4672, qui appelle les citoyennes et citoyens à soutenir le texte : Pétitions Assemblée nationale

Le fonctionnement est désormais bien cadré : à partir de 100 000 signatures, une pétition est mise en ligne avec une visibilité accrue, et à partir de 500 000 signatures, la Conférence des présidents de l’Assemblée peut décider d’organiser un débat en séance publique, sous conditions de répartition géographique des signataires.

On sait que ces pétitions ne lient pas juridiquement les députés. Leur portée est essentiellement politique et symbolique. Mais en République, le symbole compte. Dire, noir sur blanc, que des centaines de milliers de personnes souhaitent que les funérailles laïques aient, elles aussi, droit à des lieux décents, identifiés, chauffés, accessibles – et pas seulement à des espaces résiduels – c’est poser une question claire aux élus : voulez-vous que la liberté de conscience se traduise concrètement, jusque dans la manière d’accompagner nos morts ?

Pour les lecteurs et lectrices de 450.fm, l’enjeu résonne doublement. D’un côté, comme citoyens : l’idée que « la dignité ne s’arrête pas à la vie », selon la formule citée par Christophe Bex, rejoint la vieille intuition humaniste et républicaine d’un État qui ne se contente pas de gérer des procédures, mais qui prend soin des personnes, du berceau au tombeau. De l’autre, comme francs-maçons : la réflexion sur les rites funèbres, sur la place de la mort dans la cité, sur la façon de dire adieu dans un langage laïque mais symboliquement riche, est au cœur de nombreux travaux de Loge.

Les temples maçonniques ne sont pas des salles communales et ne sauraient se substituer aux mairies. Mais ils rappellent, par leur existence même, qu’un espace dédié, pensé, structuré, change tout dans la manière de vivre un moment décisif. Entre la salle impersonnelle louée à l’heure et le sanctuaire religieux, la salle municipale ouverte aux funérailles laïques pourrait devenir l’un de ces lieux intermédiaires où se tissent mémoire, fraternité et reconnaissance.

Assemblée nationale

Il appartiendra aux parlementaires de débattre du texte, aux associations et aux collectivités d’en mesurer les implications pratiques, et aux citoyens de décider s’ils souhaitent soutenir la pétition sur le site de l’Assemblée nationale. Notre rôle, ici, est d’attirer l’attention sur ce débat : lorsqu’une société se demande comment accompagner ses morts, elle dit en creux ce qu’elle pense des vivants. La République saura-t-elle offrir un visage humain, fraternel et laïque à ce dernier rendez-vous ? C’est cette question que cette proposition de loi met silencieusement sur la table.

Un Franc-maçon de York échappe à la prison après avoir détourné des milliers de livres sterling d’un fonds caritatif

De notre confrère anglais yorkmix.com – Par Nick Towle

L’ancien responsable des œuvres de bienfaisance d’un ordre maçonnique de York a été condamné à une peine de prison avec sursis pour avoir détourné plus de 12 000 livres sterling de son fonds de bienfaisance. Martin Grant, 54 ans, a systématiquement volé le fonds de bienfaisance Eboracum au Masonic Hall de St Saviourgate pendant une période de six mois, a entendu le tribunal de première instance de York.

Il a comparu hier (jeudi) pour entendre sa sentence après avoir plaidé coupable de fraude par abus de position lors d’une précédente audience.

Lors de l’audience préliminaire en octobre, le procureur Alexander Steadward a déclaré que la campagne de fraude du franc-maçon avait été mise au jour en mars de l’année précédente lorsque la police avait reçu un rapport de la loge maçonnique d’Eboracum indiquant que 12 355 £ avaient mystérieusement disparu du compte bancaire de son fonds de bienfaisance.

Des sommes colossales avaient été détournées du compte de l’association caritative entre octobre 2023 et mars 2024, alors que Grant était le gestionnaire de l’association. Durant cette période de six mois, plus de 30 transactions avaient été effectuées au cours desquelles Grant avait transféré de l’argent du fonds caritatif vers son propre compte. Son successeur à la tête des œuvres de bienfaisance a déclaré que Grant avait occupé la position prestigieuse de Vénérable Maître et de président de la loge, ce qui lui permettait d’effectuer, de proposer et d’approuver des dons caritatifs.

M. Steadward a déclaré que Grant occupait ce poste depuis 2022, poste dans lequel il était censé « préserver les intérêts de la loge et ne pas agir contre eux ». Lorsque les francs-maçons de la loge ont remarqué quelque chose de très suspect dans ces transactions, ils ont confronté Grant, qui a d’abord prétendu être victime d’une escroquerie et qu’il rembourserait l’argent.

Tribunal de première instance de York. Photo : YorkMix

M. Steadward a déclaré que le fonds de bienfaisance avait été créé pour collecter des fonds pour des œuvres caritatives et que les membres de la loge, dont de nombreuses personnes âgées et des membres de longue date, donneraient « autant qu’ils le peuvent ».

Il a déclaré que Grant, de Lavender Way, Easingwold, occupait une « position de confiance unique ».

Lors de son interrogatoire par la police en mai de l’année dernière, Grant a affirmé qu’il ne contrôlait pas le fonds de bienfaisance et que, bien qu’il fût au courant des transactions frauduleuses, il n’en était pas responsable et a même tenté d’en rejeter la faute sur un membre de sa famille.

« Il a suggéré qu’un membre de sa famille, qu’il n’a pas voulu nommer, avait accédé à son compte pour obtenir de l’argent et a déclaré avoir envoyé de l’argent pour récupérer les frais », a ajouté M. Steadward.

Interrogé une seconde fois en janvier de cette année, il a finalement avoué être le voleur, sans toutefois donner la moindre explication quant à son plan machiavélique. Son avocat, Harry Bayman, a déclaré que Grant, qui avait des problèmes d’endettement à l’époque, n’avait jamais eu de démêlés avec la justice auparavant et qu’il avait depuis remboursé près de 2 000 £ de plus que ce qu’il avait volé.

Il a déclaré qu’au moment de la fraude, Grant avait été licencié et s’était « endetté ». Il a déclaré que Grant avait caché à sa femme ses difficultés financières et ses vols. Il a ajouté que Grant souffrait de problèmes de santé mentale, notamment d’un trouble de stress post-traumatique, et qu’il avait connu des difficultés financières et autres, ce qui le rendait particulièrement inapte à un rôle bénévole et non rémunéré de gestionnaire d’un fonds de bienfaisance.

Le juge de district adjoint John Spencer a reconnu que Grant souffrait de problèmes de santé mentale et a déclaré qu’il pouvait suspendre l’inévitable peine de prison.

La peine de six mois de prison a été assortie d’un sursis de 12 mois.

Dans le cadre de cette ordonnance, Grant devra effectuer 15 jours d’activités de réinsertion et il a été condamné à payer 85 £ de frais de poursuite, ainsi qu’une surtaxe légale de 154 £.

« La Spiritualité cachée de l’Arche Royale » : une exégèse complète du rituel « Domatique »

L’ouvrage s’inscrit dans la continuité de la production de Lucien Millo, Franc-Maçon depuis plus de vingt-cinq ans, officier à divers titres au sein des structures écossaises, Lucien Millo a reçu en 2025, lors du Masonica Nice, le Grand Prix « Lumière », distinction saluant la constance avec laquelle il a patiemment déplié le Rite Écossais Ancien et Accepté, des loges symboliques aux hauts grades. Il est notamment l’auteur de la série En silence… mes Frères ! pour les trois premiers degrés, ensemble Du Voile à la Grande Lumière sur les degrés de Perfection et les grades capitulaires, manuels de symbolisme écossais et études thématiques (L’Abeille et le Franc-Maçon, Le Vin et le Franc-Maçon, L’Amour et le Franc-Maçon, L’Idée de Dieu et le Franc-Maçon, etc.).

Le présent livre dont le tire exact est La Spiritualité cachée de l’Arche Royale (Domotique) – Au travers de l’exégèse du Rituel de Compagnon-Lorsque l’exaltation confine à l’illumination, transpose cette méthode d’exégèse rituelle au domaine de l’Arche Royale anglo-saxonne, dans sa version domatique, en prenant pour fil conducteur le rituel de Compagnon du Suprême Degré.

La préface, due à Zavoche Houchangnia, Pro Premier Grand Principal du Suprême Grand Chapitre des Maçons de l’Arche Royale de France, situe d’emblée l’ouvrage dans le cadre institutionnel de la Grande Loge Nationale Française (GLNF). Le Règlement général de la GLNF rappelle en effet que l’obédience « n’admet la pratique d’aucun degré au-delà de celui de Maître-Maçon et son complément qu’elle intègre […] au sein du Suprême Grand Chapitre des Maçons de l’Arche Royale de France, juridiction maçonnique souveraine » ; la préface émane précisément d’un dignitaire de cette juridiction, qui gouverne en France l’Ordre suprême de la Sainte Arche Royale et constitue le prolongement capitulaire reconnu par la GLNF.

Zavoche Houchangnia souligne d’abord la rareté, en langue française, des travaux consacrés à l’Arche Royale, essentiellement documentée par une littérature en anglais. Elle situe l’ouvrage de Lucien Millo comme une contribution destinée à combler cette lacune, en offrant aux Compagnons une présentation détaillée des personnages, des offices, des textes scripturaires et de la logique d’ensemble du rituel domotique. La préface insiste également sur l’intérêt d’un regard d’auteur issu du REAA, pratiquant l’Arche Royale, qui met en évidence la complémentarité entre les rites (six rites pratiqués au sein de la GLNF).

L’« Avertissement » précise le cadre choisi : il ne s’agit ni d’un manuel pratique pour la conduite des cérémonies, ni d’une histoire institutionnelle des chapitres, mais d’un commentaire suivi du rituel. L’auteur rappelle son parcours dans les loges écossaises, à l’origine d’une première série de sept volumes consacrés au 1ᵉʳ-30ᵉ degré du REAA, puis décrit le déplacement de son intérêt vers la voie spirituelle proposée par la maçonnerie anglo-saxonne. L’Arche Royale y est présentée comme un rituel vétérotestamentaire dense, centré sur le Dieu biblique et sur la dynamique de dépassement que suscite l’exigence d’« émulation ».

Blason de l'Arche Royale
Blason de l’Arche Royale

L’« Avant-propos » développe ce cadre doctrinal. Il revient sur la Sainte Arche Royale de Jérusalem, sur le statut de « Suprême Degré » et sur la manière dont la tradition britannique articule Dieu, le peuple et le Temple. Il examine l’influence de la théologie biblique sur les rites anglo-saxons, en particulier sur le Rite d’Émulation, et cite le Manuscrit Graham comme texte de référence. Ces éléments visent à situer l’Arche Royale dans une perspective précise avant l’analyse proprement dite du rituel de Compagnon. Une table des abréviations des livres bibliques, en fin de volume, complète ce dispositif méthodologique.

Un chapitre liminaire est consacré aux « Précisions historiques sur la généalogie de l’Arche Royale ». Il rappelle les principales étapes de la formation du grade dans les îles Britanniques au XVIIIᵉ siècle, la fixation progressive des textes, l’insertion dans les systèmes de hauts grades du Rite ancien York et de la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA), ainsi que les modalités d’introduction en France et en Europe continentale. Les variantes de pratique (systèmes à plusieurs degrés successifs ou à degré unique) sont distinguées et replacées par rapport aux trois degrés symboliques. Ce chapitre situe la démarche de l’auteur dans le champ de la maçonnerie capitulaire et souligne la spécificité du contexte domatique.

La première partie, intitulée « L’assise traditionnelle historico-légendaire du Suprême Degré de l’Arche Royale », expose le cadre narratif du grade.
Le chapitre I, « Les périodes post-salomonienne et post-hiramique », traite du récit de l’exil à Babylone, de la libération du peuple hébreu, du retour et de la reconstruction du Temple. Les principaux passages des livres d’Esdras, de Néhémie, d’Aggée et de Zacharie sont repris pour montrer comment le rituel sélectionne et réordonne ces séquences, afin de construire une dramaturgie centrée sur la découverte et la mise en sûreté de l’Arche et du Nom divin. Le second développement présente « une légende au service de l’élévation spirituelle : la découverte de l’Arche Royale », en décrivant la manière dont la tradition capitulaire associe fouilles, crypte, voûte, triple tau et dépôt du Tétragramme, dans le prolongement, réorienté, de la légende du Maître maçon.

Le chapitre II, « Des figures marquantes du judaïsme ancien à vocation initiatique », est structuré en cinq sections, chacune centrée sur un personnage mobilisé par le rituel : Esdras et Néhémie, présentés comme des « missionnés » chargés de la restauration de la Loi et des murailles ; Zorobabel, décrit comme un « prince messianique » au rôle politique marqué ; Josué et Aggée, respectivement Grand Prêtre et prophète, associés à la reconstruction du second Temple ; Cyrus, souverain perse qualifié de bienveillant ; enfin Zorobabel, Josué et Aggée envisagés ensemble comme incarnations des trois pouvoirs royal, sacerdotal et prophétique. Pour chaque figure, les données scripturaires sont résumées, puis mises en relation avec les conférences et les lectures rituelles.

La deuxième partie, « Les fondamentaux initiatiques du Suprême Degré de l’Arche Royale », examine les notions structurantes du grade en lien direct avec le texte cérémoniel. Les premiers développements portent sur la crypte et la voûte comme espace d’enfouissement et de redécouverte, sur la fonction des voiles successifs qui marquent le passage de l’extérieur vers le centre, ainsi que sur le rôle du Grand Sanhédrin comme instance de jugement et de discernement. Sont ensuite étudiés le statut du Nom divin et de sa perte, la question de la substitution d’un mot de remplacement à un mot ineffable, le rapport entre le Volume de la Loi Sacrée et les décisions des Principaux, et la manière dont l’économie du grade articule justice, miséricorde et fidélité à l’Alliance. Cette partie décrit également les principaux déplacements du candidat, leurs correspondances verbales et les obligations qui en découlent.

Les chapitres qui suivent poursuivent l’analyse systématique du rituel de Compagnon du Suprême Degré, en détaillant les différentes séquences de l’initiation capitulaire : introduction de l’Excellent Maître dans le Chapitre, fonction des Survenants et des Gardes des Voiles, progression du candidat au fil des épreuves, communication des signes, mots et attouchements spécifiques, proclamation d’exaltation. Les commentaires portent sur la cohérence d’ensemble du dispositif cérémoniel, la hiérarchie des offices et le rapport entre récit biblique, texte rituélique et instructions orales.

Le chapitre VII, « La spécificité des trois Conférences », occupe une place centrale.
Le sous-chapitre I, « La Conférence Historique », comporte deux volets : « Les trois Loges : une commémoration symbolique », qui montre comment la conférence recompose l’histoire de la construction et de la reconstruction du Temple autour de trois moments rituels ; « La fonction ésotérique du Grand Sanhédrin », qui analyse le rôle doctrinal de cette assemblée, à la fois organe de décision et lieu d’interprétation de la Loi.
Le sous-chapitre II, « La Conférence Symbolique », est le plus développé. Il traite successivement de l’« Arche caténiforme » comme modèle architectural décrit dans ses formes et proportions ; des « six lumières de l’Arche Royale », interprétées comme signes conjoints de la Loi et du pouvoir ; du « triple tau » envisagé comme signe polyphonique ; des « cinq corps platoniciens », utilisés pour illustrer la géométrie sacrée appliquée à l’architecture du Temple ; des « décors du Compagnon », marqueurs d’appartenance capitulaire ; de « l’influence symbolique des bannières » regroupant les tribus d’Israël ; de « l’importance initiatique du Volume de la Loi Sacrée, de l’Équerre et du Compas » dans la configuration de la table du Premier Principal ; de « l’association du glaive et de la truelle », articulation entre défense et construction ; enfin des « outils symboliques du degré de Compagnon ». Chaque section reprend les éléments de la conférence, explicite les références bibliques et met en regard les usages de l’Arche Royale et ceux du REAA.

Le sous-chapitre III, « La Conférence Mystique », aborde les éléments doctrinaux de plus haute portée : les « cinq signes mystiques de l’Arche Royale », décrits avec leurs modes d’exécution et leurs significations ; le « double cube » comme forme de l’espace sacré, avec ses correspondances numériques et scripturaires ; le mot composé « Jah-Bul-On », replacé dans l’histoire des débats maçonniques et analysé dans sa structure linguistique et sa fonction rituelle ; les lettres hébraïques aleph, beth et lamed, envisagées comme images du Divin et clés de lecture de certains passages de la conférence. L’auteur suit le texte mot à mot, en proposant des éclaircissements philologiques et en rappelant les principales hypothèses interprétatives.

Une troisième sous-partie, intitulée « La clôture », traite de ce qui suit immédiatement la conférence mystique. Un premier développement est consacré à « la triade initiatique des trois Principaux » : dénomination, fonctions, insignes, rôle dans la conduite du Chapitre et dans la réception des candidats. Un second développement analyse « la paix » comme « principe ontologique et vertu maçonnique », thème présent dans la formule de clôture du grade et relié aux textes prophétiques du retour d’exil.

Un chapitre conclusif, « La préparation au passage à la pensée néotestamentaire », examine la manière dont certains éléments du grade ont été relus, au fil de l’histoire, à la lumière du christianisme : interprétations christologiques de certaines figures, lectures typologiques du Temple, glissements de vocabulaire dans les versions ultérieures des conférences. Les évolutions textuelles et les inflexions doctrinales sont signalées sans débat confessionnel.

L’ouvrage se termine par un « Épilogue » rappelant la démarche d’exégèse suivie, par des tables des illustrations permettant de localiser rapidement schémas, plans et représentations symboliques, et par une bibliographie recensant rituels, travaux historiques, études symboliques et commentaires théologiques. L’ensemble se présente comme un instrument de travail pour les membres de chapitres de l’Arche Royale et, plus largement, pour les maçons intéressés par la tradition capitulaire anglo-saxonne, qui souhaitent disposer en français d’une présentation détaillée de la structure, des références bibliques et des principaux symboles de ce Suprême Degré.

La Spiritualité cachée de l’Arche Royale (Domotique)

Au travers de l’exégèse du Rituel de Compagnon-Lorsque l’exaltation confine à l’illumination

Lucien Millo LiberFaber, 2025, 526 p., 25 €, ISBN 978-2-36580-340-3

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