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À Islington, les Francs-Maçons anglais redonnent vie au manège des Cadets de la Mer

Resté muet douze ans derrière ses volets clos, le local historique des Cadets de la Mer d’Islington, sur Essex Road artère principale à Londres, rouvre ses portes. La donation de 10 000 £, soit environ 11 600 €, accordée par les francs-maçons de Londres n’est pas qu’un chèque. C’est une promesse tenue !

Essex-Road,-en-1998

Redonner un toit à la jeunesse, un cap au quartier, une continuité au service. Ici, l’argent devient temps, encadrement, qualification – et l’outil retrouve la main.

Le lieu qui respire à nouveau

Toiture refaite, réseaux électriques et chauffage modernisés, isolation soignée, panneaux solaires posés comme une voilure tournée vers l’avenir : le rez-de-chaussée redevient praticable, clair, hospitalier. Le manège militaire reprend sa vocation : accueillir, encadrer, transmettre.


« Ce financement arrive à un moment crucial de notre projet de réouverture, confie Jennifer McCavour, présidente de l’unité. Nous allons enfin pouvoir achever les rénovations du rez-de-chaussée et accueillir à nouveau nos cadets dans leur maison. » Pour Paul King, représentant des Francs-Maçons londoniens, le geste est d’abord un choix de civilisation :


« Nous partageons l’objectif des Cadets de la Mer : offrir aux jeunes un cadre propice à l’apprentissage, au sens du devoir et à la conduite exemplaire. Soutenir ce projet, c’est investir dans les citoyens de demain. »

Les cadets de la marine se préparent à rouvrir leur salle d’entraînement après 12 ans.

Une école de mer… et de caractère

Les Sea Cadets ne forment pas seulement des navigateurs : ils fabriquent des trajectoires. Navigation et sécurité, règles de barre, campements, escalade, orientation, musique et cérémonial, prise de parole et premiers secours : un curriculum complet, exigeant sans ostentation, où la rigueur se marie à la joie d’apprendre.
Ponctualité, coopération, courage discret, attention à l’autre : semaine après semaine, les jeunes conquièrent des qualifications reconnues, utiles à la vie professionnelle, à l’engagement civique, à l’estime de soi.
« J’ai commencé à 12 ans, timide et réservée, raconte Serafina, 15 ans. Aujourd’hui, je me sens confiante et membre d’une véritable famille. Ici, on acquiert des compétences de vie – et parfois, on se rêve déjà en mer, quelque part dans le monde. »

Sobriété énergique, pédagogie durable

Les panneaux solaires ne sont pas un badge vert posé sur la façade : ils inscrivent la sobriété dans le quotidien. Lire une consommation, comprendre un circuit, entretenir un équipement : le bâtiment devient support d’apprentissage.
La distribution des espaces prolonge cette logique : accueil, vestiaires et formation au rez-de-chaussée ; salles polyvalentes et futurs espaces de briefing et simulation aux étages. Non pas un simple local rénové, mais une maison de progression, pensée pour la durée, le soin et la transmission.

Rouvrir par étapes, viser juste

La donation maçonnique a bouclé la première phase. Vient maintenant la rénovation des deux étages supérieurs pour augmenter la capacité d’accueil et multiplier les créneaux pédagogiques. Un appel aux dons porte trois priorités :

  • Aménagements intérieurs : rangements, bancs, surfaces d’instruction, signalétique claire ;
  • Outillage pédagogique : cartes marines, matériel de sécurité, petit équipement nautique ;
  • Mises aux normes complémentaires : accessibilité, confort acoustique, détails de sécurité.

En transition, l’unité maintient la cadence des entraînements du vendredi soir à bord du HMS Belfast, près de Tower Bridge : un terrain d’exigence et d’inspiration où la discipline du bord rencontre la joie d’apprendre.

Le-local-des-cadets-de-la-marine-d-Islington

Pourquoi la franc-maçonnerie s’y engage

Parce que la bienfaisance maçonnique n’est pas une pluie d’aides mais une architecture de sens. Elle préfère la pierre d’angle au feu d’artifice : l’éveil des consciences, la solidité du caractère, l’expérience du collectif. Ici, la subvention se transforme en heures d’encadrement, en habitudes d’exactitude, en sécurité vécue. Réparer un lieu, c’est préparer des vies. Rouvrir un manège, c’est rendre possible la parole tenue, l’entraînement patient, l’ambition sereine.

Une même conviction : la stabilité. Un toit fiable, une salle claire, un vestiaire qui tient, et la méthode peut s’installer. La pédagogie a besoin d’un lieu autant que d’un programme.

À Islington, la fraternité ne théorise pas : elle bâtit !

Le mot de René : « La conscience »

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– 1ere partie

« La conscience est un phénomène fascinant mais insaisissable … Rien de valable n’a été écrit à ce sujet »

Stuart Sutherland, Découvrir l’esprit humain, 1983.

La définition de la conscience par « la connaissance qu’a l’homme de ses états, de ses actes et de leur valeur morale » (lexilogos) confond avec brio les deux dimensions de cette notion : cognitive et morale. Tout semble dit et l’épreuve de l’antonyme met en évidence les deux dimensions puisque inconscience et malhonnêteté conviennent. Plus confortable, l’anglais offre deux mots : consciousness pour l’état d’être conscient d’un objet extérieur ou d’un état mental, et conscience pour la dimension morale. Les philosophes précisent « conscience phénoménale » lorsqu’ils évoquent les états mentaux qui permettent à la personne de percevoir : éveil, perception, mémoire autocontrôle…

Donc deux articles seront consacrés à ce concept.

L’évocation de la progression du Franc-maçon sollicite la même dualité : « La lente montée de la conscience depuis la perception, depuis sa modeste fonction biologique, encore presque animale, jusqu’à sa forme supérieure, jusqu’à la Raison, par laquelle elle devient spécifiquement humaine et accède aux valeurs universelles et à l’idée de Vérité » (Rituel).

« Connais-toi toi-même », impossible dit la science

« Cette part de notre activité qui se perçoit elle-même » Jean-François Billeter, Un paradigme, 2012.

Montaigne

Montaigne s’interroge déjà : pourquoi ai-je telle pensée plutôt que telle autre ? « Où a été prise la décision de planter un clou ? Elle a certes été une décision consciente mais la conscience en a-t-elle été la source ? » Le sinologue suisse Jean-François Billeter questionne : est-ce la conscience ou une combinaison de mécanismes mémorisés, de besoins, de calculs présents dans la profondeur du corps, « la conscience ne faisant qu’enregistrer la résultante » ? Tout se passerait « en-dessous » d’elle et l’être humain est pris dans l’enchaînement universel de causes à effets, un strict déterminisme. Le coup de marteau est un « geste produit » et non plus la volonté d’un sujet souverain. La liberté réapparaît dans les moments où « je deviens la cause efficiente » qui active ma puissance d’agir, permettant d’atteindre un but avec la conjonction de l’efficacité et de l’économie.

« Affinez votre conscience » Rituel.

« Le cerveau humain, c’est une centaine de milliards de neurones et un million de milliards de synapses »

Stanislas Dehaene, Le code de la conscience, 2014.

Le cerveau est une construction câblée dans un environnement vécu. Le biologique c’est la capacité des neurones à se connecter (l’inné), le culturel c’est la réalisation du câblage (l’acquis). Le plan précis du  câblage cérébral n’existe pas dans nos chromosomes. Le cerveau se bâtit grâce à un mélange de déterminisme génétique, de réponse à l’environnement et de hasard. Notre quotient intellectuel, in fine, n’est déterminé par notre ADN qu’à hauteur d’un peu moins des deux tiers ; le tiers restant est lié à l’école, la stimulation familiale, l’environnement et l’alimentation.

Notre cerveau étant « saturé à chaque instant d’innombrables stimulations sensorielles », la conscience ne retient qu’une « toute petite fraction d’entre elles ». Ce que Damasio nomme conscience est « le soi dans l’acte même de connaître » (« the self in the act of knowing »). Je est présent deux fois, celui qui perçoit et celui qui est perçu : capacité à co-représenter une relation intentionnelle à soi tout en construisant activement l’interaction avec le monde, ce que la philosophie nomme un sujet. Ceci est assuré par « un type de neurones bien particuliers, des cellules nerveuses géantes dont les axones longs traversent le cortex de part en part et l’interconnectent pour former un vaste réseau » (Stanislas Dehaene). Toute notion morale est exclue.

La conscience : dimension cognitive

Sur le cogito

« Je pense, donc je suis » Descartes, Discours de la méthode, 1637.

« C’est par sa conscience que l’Homme se perfectionnera »

Rituel
Descartes

De cette maxime, socle de sa philosophie, Descartes donne plusieurs versions : en latin « Cogito ergo sum » dans les Principes de la philosophie ; « Je suis, j’existe : cela est certain… autant de temps que je pense » dans les Méditations métaphysiques ; « Je doute donc j’existe ; ou ce qui est la même chose, je pense donc j’existe » (La recherche de la vérité). Descartes est un critique radical de l’argument d’autorité, ce mode d’argumentation qui valorise plus l’origine du propos (maître, dieu) plutôt que son contenu. Dans ses Méditations métaphysiques, il utilise une fiction métaphysique : mettre absolument tout en doute (corps, lieu, mouvement, mathématiques…) pour parvenir à des certitudes.

« C’est falsifier la réalité que de dire : le sujet « je » est la condition du prédicat « pense » »

Nietzsche (Par-delà le bien et le mal)
Friedrich Nietzsche

Nietzsche démonte le cogito cartésien. Puisque penser est une action, la grammaire considère qu’il faut, à toute action, un sujet. L’imputation à un sujet de la pensée paraît alors une évidence. Mais Nietzsche nie que le « je pense » soit une certitude immédiate, autrement dit une représentation indubitable qui se montrerait vraie par elle-même. L’ordre grammatical n’est pas l’ordre des choses. Un « quelque chose » qui pense est une interprétation et c’est une erreur que de le présenter comme un processus brut. L’affirmation d’un sujet, quel qu’il soit, n’est rien d’autre que la conséquence d’une habitude de raisonnement.

Nietzsche remet en cause l’idée traditionnelle de sujet venue d’Aristote qui en faisait une catégorie, c’est-à-dire un des concepts fondamentaux grâce auxquels nous pensons ce qui est. Le « quelque chose » n’est pas pour Nietzsche matériel ; c’est la même vision que les matérialistes qui critiquent la définition du sujet comme âme ou esprit, toujours identique à soi-même. Ils parlent, eux, de cerveau, le lieu de la pensée, et la responsabilité de l’homme demeure. Qu’une pensée, c’est-à-dire telle représentation avec tel contenu déterminé, apparaisse indépendamment de notre volonté, chacun peut en faire l’expérience. La pensée vient à nous, et non l’inverse, après un long travail. Elle est le résultat d’un processus ultra complexe.

Sur l’identité

« Votre conscience, fruit le plus précieux de l’arbre de vie » Rituel.

« C’est la conscience qui fait l’identité personnelle »

John Locke, Essai sur l’entendement humain, 1689.
Bateau de Thésée

Qu’est-ce qui est immuable et comment se font les combinaisons qui engendrent les évolutions ? De quelle matière est la nature ? Où est l’Homme au travers de tous les hommes ? Quelle est l’identité de chacun au travers de ses mutations ? Cela fait penser à la légende de Thésée qui, revenu vainqueur du Minotaure, fait tellement l’admiration des Athéniens qu’ils réparent perpétuellement son bateau pour garder intact quelque chose de lui. Les sophistes s’interrogent pour savoir si, après les multiples changements de planches, il s’agit encore du même bateau.

John Locke

L’empirique Locke sait bien qu’aucune expérience ne lui permettra d’accéder à la substance identique derrière chaque variation. Toutefois, la conscience est la réponse de Locke à son aspiration à la permanence, car je m’attribue ce que je pense comme ce qui m’arrive. Kant reprendra la même idée de l’unité de l’homme à travers sa conscience malgré les changements qui lui arrivent.

Toujours le même alors que les jours qui s’égrènent se marquent dans le corps et l’esprit ! L’ipséité (ce qui fait qu’une personne, par des caractères strictement individuels, est non réductible à une autre) nomme l’unité du moi. Ni la société, ni l’homme ne peuvent se passer d’identité qui postule l’unité entre le moi et la personne. Pour le droit, le mot identité est toujours associé : carte d’identité, contrôle d’identité, et lorsque l’identification d’une personne s’avère nécessaire, on utilise divers procédés.

Le nom toujours, le domicile parfois suffisent comme noyau identitaire minimum assigné à la personne. Celui qui change de nom ou de sexe met le droit mal à l’aise. Lévi-Strauss se moque de ces interrogations : « La fameuse crise de l’identité dont on nous rebat les oreilles acquerrait une tout autre signification. Elle apparaîtrait comme un indice attendrissant et puéril que nos petites personnes approchent du point où chacune doit renoncer à se prendre pour l’essentiel »(L’identité). Montaigne le sage dénie par son énoncé paradoxal l’intérêt de la quête de soi : « Moi à cette heure et moi tantôt sommes bien deux. » Pose-t-il une question vitale ou bien simplement Montaigne le modeste se donne-t-il le droit de changer d’avis comme de vie ?

« Un état de l’être individuel, une conscience qui permet la compréhension immédiate et totale de l’ensemble de l’Univers et de soi-même » Rituel.

« L’homme est une passion inutile »

Sartre, L’Être et le Néant, 1943.
Le philosophe-écrivain français Jean Paul Sartre et l’écrivain Simone de Beauvoir arrivent en Israël et accueillis par Avraham Shlonsky et Leah Goldberg à l’aéroport de Lod (14/03/1967).

Pour Sartre, il n’existe pas de nature humaine car cela supposerait un créateur qui n’existe pas. Tant pour la vision religieuse de la présence de l’homme au monde créé par Dieu que pour la philosophie qui voit en chaque homme un exemple particulier de la nature humaine (Diderot, Voltaire, Kant), l’essence précède l’existence. L’homme est contraint de se développer dans le sens de sa structure et dans la limite de ses capacités. La conscience ne choisit plus qu’entre des possibles ; elle suit les nécessités de sa nature.

L’existentialisme est à l’opposé : la conscience n’a pas de nature. Elle ne vient au monde que par le réel, qu’elle saisit ou reflète, car toute pensée est la pensée de quelque chose. Condamnée à toujours sortir d’elle-même pour aller vers les objets, la conscience ne se confond pourtant jamais avec eux, dans la mesure où, si tel était le cas, elle se perdrait comme conscience. La perception ou l’image de la table me fait être d’une certaine façon la table, tout en ne l’étant pas. Je ne suis pas la table ; c’est un objet considéré comme absent et rendu présent.

La conscience n’est pas tenue de s’attacher à un objet. Elle peut être dans l’irréel. Elle n’est pas, comme au sens classique, le miroir intérieur des choses extérieures, mais une activité sur le donné venue de l’imagination, d’un idéal ou d’un projet. La conscience qui imagine est consciente de viser ce qui n’est pas. Ma conscience est néant parce qu’elle n’existe que pour quelque chose d’autre, jamais pour elle-même. Elle est un néant qui produit même du néant car elle peut toujours nous faire refuser le réel. Elle est donc néant mais pas rien. La conscience, toujours en mouvement, n’existe que par son rapport à autre chose qu’elle-même : elle est existence.

La conscience n’est pas une chose qui se réduirait à ce qu’elle est. Un encrier est un encrier. L’abeille ne peut être qu’abeille. L’abeille ne choisit rien de sa place dans la ruche, elle est nécessaire. La conscience n’est pas non plus un être. Quel est le projet de l’homme ? Exister. Qu’a-t-il à accomplir ? Sa vie qui est un projet, une réalisation. L’homme a le privilège de se créer lui-même indéfiniment, de choisir sa propre essence au lieu de la subir comme une nécessité fixée une fois pour toutes ; il n’est pas un cendrier ou une abeille qui sont prédéterminés, eux. L’homme peut même être inhumain, ne pas être homme. D’où la formulation « je suis moi » qui implique que je suis plus que les déterminismes habituels : âge, métier, sexe. Je peux toujours dépasser ou alourdir tout cela. L’ego, le je, le moi comme sujet, ce n’est pas immédiat mais le produit de la conscience, un espace de liberté. Comme rien ne résiste à la conscience, elle est pure liberté. Nos choix ne découlent d’aucune réalité antérieure et au contraire, ils vont fonder ma vision de la réalité. La conscience est essentiellement la liberté, mais le fait d’être conscient se vit sur le mode d’un échec perpétuel en raison de l’impossibilité d’une rencontre authentique du monde et des autres consciences. C’est la raison pour laquelle, afin d’éviter l’angoisse que provoque ce « néant d’être », la conscience se réfugie dans la mauvaise foi.

Science contre philosophie

La phénoménologie énonce l’impuissance de la science à décrire les états subjectifs quand le scientifique répond : « Je m’inscris en faux contre cette idée. »

Stanislas Dehaene en 2014

– La prétention des neurobiologistes : « Au cours des vingt dernières années, les chercheurs en sciences cognitives, en neurologie et en imagerie cérébrale ont combiné leurs efforts afin d’attaquer de front le problème de la conscience. Très vite, celui-ci a perdu son arrière-goût idéologique et spéculatif pour devenir une question expérimentale… La stratégie a permis de transformer un mystère philosophique en un simple phénomène de laboratoire » (Stanislas Dehaene, Le Code de la conscience).

– La réponse du philosophe : « Certes, il est toujours possible de provoquer des états de conscience par excitation cérébrale. Mais ce qui fait la conscience comme telle, l’autoréflexion qui la structure de manière immanente échappe à ce genre d’expérience de laboratoire. Elle ne tombe pas sous la main, ni sous aucun appareil si compliqué qu’il soit. Loin d’entrer dans le laboratoire pour accéder à sa vérité, la conscience lui a toujours échappé. On ne saurait dire que cette neurologie cognitive est sans idéologie. Elle relève d’une idéologie scientiste qui recycle, sans doute sans le savoir, sous des expériences nouvelles de vieilles lunes conceptuelles qui ne nous ont pas laissé de très bons souvenirs » (Yves Charles Zarka, Le Monde, février 2018).

In fine, bien distinguer « Il est conscient » (état de conscience) de « Il a conscience » (activation de l’espace travail de la conscience).

IA, pouvoir et dignité humaine : le GODF ouvre le chantier du contrat social

Tout au long de son discours d’installation, Pierre Bertinotti, Grand Maître, a donné la boussole : refonder le pacte social dans un monde en déséquilibre. Le Grand Orient de France en fait aussitôt un terrain d’étude vivant en ouvrant, jeudi 27 novembre 2025 à 19 h, le cycle « Refonder le pacte social » par une première table ronde consacrée aux Technologies de l’Intelligence Artificielle et au Contrat social, à l’Hôtel du GODF, 16 rue Cadet (Paris 9ᵉ).

L’heure n’est ni au fétichisme technologique ni au catastrophisme : il s’agit de penser, à hauteur d’homme, ce que l’IA fait à nos solidarités, à nos droits, à la dignité – bref, au lien civique lui-même.

Cette actualité est brûlante. L’Union européenne a fait entrer en application progressive l’AI Act : depuis le 2 février 2025, certaines pratiques jugées inacceptables sont interdites ; depuis le 2 août 2025, des obligations nouvelles s’imposent aux modèles d’IA à usage général (GPAI).

Flag_of_Europe

La France a, dans le même mouvement, transformé le Conseil national du numérique en Conseil de l’intelligence artificielle et du numérique pour éclairer la décision publique. Autant de jalons qui replacent la question de l’IA au cœur d’un véritable contrat social renouvelé. Autour de la table, trois regards complémentaires – politique publique, philosophie des sciences, monde du travail et de la culture – pour croiser principes, usages et conséquences concrètes :

Clara Chappaz en 2023.

Clara Chappaz, ancienne ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique (2024-2025), a d’abord bâti son parcours dans l’écosystème tech (Zalora en Asie, puis direction commerciale chez Vestiaire Collective) avant de diriger la Mission French Tech (2021-2024). Au gouvernement, elle a lancé le 1ᵉʳ juillet 2025 le plan national « Osez l’IA », destiné à diffuser l’IA dans le tissu économique, en lien avec la DGE et Bpifrance. Cette trajectoire – de l’innovation à la fabrique des politiques publiques – éclaire de l’intérieur le passage délicat de l’expérimentation à la régulation, et la place de l’État stratège dans la transition numérique.

Daniel Andler en 2024

Daniel Andler, mathématicien et philosophe, professeur émérite de Sorbonne Université et membre de l’Académie des sciences morales et politiques, est l’un des grands architectes intellectuels du débat : fondateur du département d’Études cognitives à l’ENS, il a dirigé des équipes (« Sciences, normes, décision ») où l’IA se pense avec les outils de l’épistémologie.

Son essai Intelligence artificielle, intelligence humaine : la double énigme (Gallimard, 2023) rappelle que l’intelligence humaine ne se réduit pas à la résolution de problèmes : affects, spontanéité, contingence y occupent une place irréductible. De quoi replacer l’éthique et l’anthropologie au cœur des choix techniques.

Philippe Gautier – source Les Jours

Philippe Gautier, secrétaire général du Syndicat National des Artistes Musiciens – CGT (SNAM-CGT), musicien de scène (orgue, piano, blues & swing) et syndicaliste de terrain depuis la grande mobilisation des intermittents (2003-2004), porte la voix des travailleuses et travailleurs de la culture : droits voisins, rémunérations, précarités accentuées par les plateformes, mais aussi promesses et menaces des outils IA sur la création et l’emploi (doublage synthétique, génération d’images et de sons, captation de style, data des artistes). Sa présence garantit que le « contrat social » ne reste pas un concept : il touche immédiatement la vie des métiers et la souveraineté culturelle.

Blason GODF

Au croisement de ces expertises, une conviction : l’IA n’est pas seulement un sujet d’ingénieurs, c’est une affaire de cité. Repenser le contrat social, c’est articuler trois exigences :
-la liberté (transparence, explicabilité, refus des usages attentatoires à la personne) ;
-l’égalité (accès aux compétences, partage de la valeur, lutte contre les biais et les discriminations algorithmiques) ;
-la fraternité (soutien aux métiers, protection des plus vulnérables, gouvernance inclusive).

Dans la symbolique des bâtisseurs, la règle et l’équerre vérifient la rectitude de l’ouvrage ; le compas en ouvre la mesure. Appliqué à l’IA, ce triptyque devient méthode civique : régler les usages, équerrer les effets (juridiques, sociaux, environnementaux), ouvrir le cercle de la décision pour que chacun y trouve place. La technique n’est pas une idole ; elle est un chantier humain qui appelle des gardiens – le droit, le débat démocratique, la culture – et des ouvriers qualifiés – chercheurs, ingénieurs, syndicalistes, enseignants, artistes, entrepreneurs et responsables publics.

Cette table ronde, en présence du Grand Maître Pierre Bertinotti et d’une délégation du Conseil de l’Ordre, était une invitation à passer des proclamations à l’ouvrage : penser droit pour agir juste. Les colonnes étant dressées ; il restait à y faire circuler une parole responsable, informée et fraternelle. Informations pratiques et réservations via le site du GODF

Infos pratiques
Quand : jeudi 27 novembre 2025, 19h–22h
: Hôtel du GODF, 16 rue Cadet, 75009 Paris
Cycle : « Refonder le pacte social » – 1ʳᵉ table ronde
Intervenants : Clara Chappaz ; Daniel Andler ; Philippe Gautier
Réservation : https://bit.ly/49vRbs6

GODF - Grand Temple Arthur Groussier, fresque
GODF – Grand Temple Arthur Groussier, fresque

Créatures fantastiques du Moyen Âge issues des manuscrits médiévaux

Inspiré de l’article de notre confrère National Geographic

Ces manuscrits médiévaux ont donné vie aux créatures fantastiques du Moyen Âge. Très populaires au Moyen Âge, les bestiaires regorgeaient d’animaux réels aussi bien que mythiques dont ils nourrissaient la légende. Ces créatures étaient les protagonistes d’histoires intrigantes symbolisant les vertus et les failles des humains. Loin d’être de simples catalogues zoologiques, ces ouvrages enluminés transformaient le règne animal en un miroir de l’âme chrétienne, où chaque bête, qu’elle arpente les savanes d’Afrique ou les abysses de l’imaginaire, enseignait une leçon divine.

Un lézard et un chien sculptés sur un bas-relief du monastère des Hiéronymites de Lisbonne, datant du seizième siècle, illustrent cette permanence : le chien y incarne la loyauté et la protection, vertus admirables qui traversent les époques.

Aux deuxième et troisième siècles de notre ère, un auteur anonyme d’Alexandrie composa une œuvre intitulée Physiologus (le Naturaliste). L’ouvrage, qui contenait quarante-huit ou quarante-neuf chapitres, ne tarda pas à être diffusé en masse. Chacun de ces chapitres était consacré à un animal spécifique et incluait une illustration, une description de ses caractéristiques et une histoire, à la fois observation naturelle et anecdote imaginaire, concernant son comportement. Ce texte grec, probablement rédigé en Égypte entre le deuxième et le quatrième siècle, devint le fondement de tous les bestiaires ultérieurs. Il fut l’un des livres les plus copiés après la Bible, influençant des générations de clercs et d’artistes.

Vautour

Le lion est par exemple le sujet de l’une de ces histoires. On disait que les lionceaux naissaient sans vie et que leur mère veillait sur eux jusqu’à ce que le père, le roi des animaux, arrive et leur insuffle la vie. Cette image donna lieu à une lecture allégorique empreinte de symbolisme chrétien : le lionceau ranimé par le père devint la figure du Christ ressuscité le troisième jour. Tandis que le lion incarnait des vertus nobles – vigilance (il dort les yeux ouverts), miséricorde (il épargne les prostrés) et royauté divine –, d’autres créatures servaient d’avertissement. Ainsi le hérisson qui, croyait-on, grimpait dans les vignes, en faisait tomber les raisins, puis les empalait sur ses pics pour les rapporter à ses petits.

Selon le Physiologus, ce récit avait une valeur édifiante

Il invitait les chrétiens à veiller sur la vigne de leur âme. « Toi, Ô chrétien, abstiens-toi de t’occuper de tout, et veille sur ta vigne spirituelle, car c’est d’elle que tu remplis ta cave intérieure […] Ne laisse pas le souci du monde et le plaisir des biens temporels t’absorber, car alors le diable hérissé de piquants, dispersant tous tes fruits spirituels, les transpercera de ses aiguillons et fera de toi la pâture des bêtes. » Cette métaphore de la vigne, reprise du Christ lui-même dans l’Évangile de Jean, faisait du hérisson l’incarnation du démon voleur de grâces.

Ci-dessous se trouve une page du Physiologus de Berne, version latine du neuvième siècle d’un bestiaire plus ancien connu sous le nom de Physiologus. Au centre se trouve une panthère, un animal associé au Christ. Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne, Suisse. La panthère, multicolore et douce, attire tous les animaux par son parfum sauf le dragon, qui fuit dans sa caverne – allégorie du Christ vainqueur de Satan.

Panther

De tels exemples illustrent l’intention fondamentale du Physiologus : faire du monde animal un reflet des passions, vices et vertus des humains. Sous la surface de chaque légende se cachait un message didactique ancré dans la doctrine chrétienne primitive. Ces histoires naissaient de la conviction que les animaux avaient été créés par Dieu au commencement des temps comme des instruments servant à donner des instructions à l’Humanité. Comme l’explique saint Augustin dans De doctrina christiana, les sciences profanes, dont la connaissance des bêtes, devaient servir la foi.

La diffusion des bestiaires

Aux quatrième et cinquième siècles, on traduisit le Physiologus grec en latin ainsi que dans d’autres langues : éthiopien, syriaque, arménien, arabe. Au fil du temps, il s’enrichit d’emprunts à des œuvres influentes, comme les Etymologiae d’Isidore de Séville (qui classe les animaux par étymologie), l’Hexaemeron d’Ambroise de Milane (sur les six jours de la Création) et des sources classiques sur l’histoire naturelle (Aristote, Hérodote, Pline l’Ancien, Solin). Ces ajouts transformèrent le court Physiologus en encyclopédies foisonnantes.

Au haut Moyen Âge, le texte circulait déjà dans toute l’Europe de l’Ouest sous un titre latin : Liber Bestiarum ou, plus simplement, le Bestiarum. Entre les douzième et quatorzième siècles, on le traduisit dans plusieurs langues vernaculaires : anglo-normand (Philippe de Thaon, vers 1120), vieux français (Pierre de Beauvais, Gervaise, Guillaume le Clerc et son Bestiaire divin de 1210), occitan, catalan, italien. La plupart des versions étaient richement illustrées et dépeignaient l’entièreté de la ménagerie décrite dans le texte. L’Angleterre fut un foyer exceptionnel : plus de trente manuscrits enluminés y furent produits entre 1180 et 1300, dont les célèbres Bestiaires d’Aberdeen (vers 1200, avec ses ors éclatants) et d’Ashmole (début treizième siècle, Bodleian Library, MS Ashmole 1511).

Sur cette page du Bestiaire d’Ashmole, on voit Dieu donner la vie aux animaux, premier quart du treizième siècle. Bibliothèque Bodléienne. Dieu, entouré d’or, insuffle l’âme aux bêtes fraîchement créées : éléphant, lièvre, écureuil, chat indifférent – une scène qui rappelle que toute créature, même la plus humble, porte la marque du Créateur.

Dragon

Les symboles et l’iconographie des bestiaires ne se confinaient pas aux pages. Les créatures présentées dans ces manuscrits migrèrent vers la pierre et le bois et commencèrent à figurer sur les façades des églises et des cathédrales, sur les chapiteaux sculptés des cloîtres et même dans la décoration intérieure de maisons laïques et aristocratiques. Dans une demeure de Metz datant du treizième siècle, les plafonds de deux chambres étaient ornés d’un bestiaire complet, ensemble qui subsiste aujourd’hui dans le musée de la Cour d’Or. Partout en Europe romane, du portail de Moissac à celui de Saint-Pierre d’Aulnay, sirènes, dragons et lions veillent sur les fidèles.

Une ménagerie bigarrée

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un traité zoologique au sens contemporain du terme, le bestiaire emmagasinait la somme des connaissances médiévales sur le monde animal. Bon nombre des animaux décrits faisaient partie de la vie quotidienne. Le rôle domestique essentiel des chevaux et des chiens leur valait de longs articles soulignant souvent leur loyauté et leur intelligence. Une légende raconte comment les chevaux de Charlemagne et de Caius César n’acceptaient d’autre cavalier que leur maître. Une autre raconte l’histoire du chien du gouverneur de Thrace Lysimaque, qui sauta dans le bûcher funéraire de son maître, refusant de se séparer de lui, même dans la mort. Ces récits, tirés de Pline, exaltaient la fidélité comme modèle pour le vassal envers son seigneur – et pour le chrétien envers Dieu.

Petit hibou

Les bestiaires mettaient également en avant des animaux que les lecteurs européens considéraient exotiques, par exemple les lions, les éléphants, les singes et les autruches, des espèces d’Afrique et d’Asie. Mais les illustrateurs avaient rarement l’occasion d’observer ces créatures directement. Ils devaient donc se fier à des descriptions ou bien copier des dessins existants, d’où des éléphants à sabots de cheval ou des crocodiles ressemblant à des lézards géants.

Aux côtés des animaux familiers et exotiques se trouvaient des créatures imaginaires censées habiter des contrées lointaines. Certains tiraient leur autorité de sources anciennes ou de textes bibliques. On croyait par exemple que les fourmis-lions venaient de l’union d’une fourmi et d’un lion, confusion probablement née d’une mauvaise traduction d’un passage du Livre de Job. Dans la Septante, le mot hébreu layish devient mermecolion. Cette créature n’en existait pas moins dans l’imagination des savants : selon le Physiologus, « elle avait le visage d’un lion et les parties arrière d’une fourmi ». Affamée, elle mourait : la tête réclamait viande, le corps herbe – allégorie de l’homme déchiré entre chair et esprit.

Phénix

Spectaculaire bestiaire de pierre ornant le portail roman du treizième siècle du château Tyrol, dans le nord de l’Italie, demeure une énigme pour les historiens. Parmi les créatures mythiques figure un lion, qui sert parfois à représenter Jésus après la résurrection.Dans des traductions ultérieures de la Bible, le mot « licorne » apparaît également, comme dans ce passage de la Bible du roi Jacques : « Sauve-moi de la gueule du lion : puisque tu m’as entendu depuis les cornes des licornes. » La décision des traducteurs de rendre le mot hébreu re’em par « licorne » a peut-être été influencée par le fait qu’ils avaient entendu parler de son « existence » dans des textes indiens. Les traductions modernes emploient le mot « buffle » ou « bœuf sauvage » à la place. Pourtant, la licorne devint l’animal fantastique le plus célébré : chèvre ou cheval blanc à corne torsadée, elle ne s’apprivoisait que par une vierge, symbole de Marie et de la pureté. Dans l’Aberdeen Bestiary, elle est transpercée par un chasseur tandis qu’elle pose la tête sur les genoux de la pucelle – scène de l’Incarnation où la corne plonge dans le sein virginal.

Mais de la tradition classique, l’on tira également d’autres créatures fantastiques. Les sirènes, à la fois femmes et oiseaux ou poissons, et le phénix, oiseau qui s’immolait par le feu pour renaître de ses cendres au troisième jour, faisaient écho aux thèmes de renouveau et de mystère divin. La sirène-oiseau, héritée d’Homère, devint sirène-poisson au douzième siècle ; elle incarne la tentation charnelle, ses deux queues ouvertes évoquant le sexe béant. Le phénix, rouge et or, est le Christ ressuscité :

« Un seul phénix existe au monde ; quand il atteint cinq cents ans, il vole vers l’arbre à encens, se charge de myrrhe et s’immole. Le lendemain, un petit ver sort des cendres ; le surlendemain, il est oiseau. »

Cette légende, reprise dans l’Ashmole et sculptée sur mille chapiteaux, annonçait Pâques.

Du point de vue contemporain, il est facile de distinguer faits et fiction. Mais pour les lecteurs médiévaux, une telle distinction n’avait peut-être pas d’importance. Leur connaissance des animaux lointains provenait des textes, et non de l’observation, et les bestiaires n’eurent jamais vocation à être des manuels scientifiques. Réelles ou imaginaires, ces créatures représentaient le pouvoir créateur de Dieu et faisaient partie d’un ordre naturel sacré conçu pour enseigner des vérités spirituelles. Comme l’écrivait Hugues de Fouilloy dans son Aviarium (milieu douzième siècle), « les images simples plaisent aux frères laïcs, là où le texte seul les rebuterait ».

Le roi des serpents : le basilic

Basilic

Craint en tant que roi des serpents, le basilic aurait une origine étrange et inquiétante : il serait sorti d’un œuf pondu par un coq et couvé par un crapaud. Son apparence a varié : on l’a parfois décrit comme un serpent à crête, parfois comme un coq à queue de serpent avec une crête semblable à une couronne, un symbole de sa domination. Sa respiration et son regard étaient réputés mortels, sauf s’ils étaient reflétés par un miroir, qui envoyait le venin sur la bête elle-même. On considérait que le basilic représentait le diable écrasé par le Christ. British Library, Londres. Dans le Bestiaire d’Ashmole, il naît d’un œuf rond pondu par un vieux coq et couvé dans du fumier ; une seule belette armée d’une branche de rue peut le vaincre – comme la Vierge terrasse Satan.

L’arbre qui repousse les dragons

Sur cette illustration du treizième siècle, un dragon recule de peur devant le peridexion, arbre indien mythique abritant des colombes. British Library, Londres. Le peridexion, ou arbre-douve, offre un refuge aux colombes (symbole des âmes) tant qu’elles restent dans ses branches ; le dragon, incarnation du Malin, rôde en bas mais ne peut grimper. Cette image, tirée du Physiologus, enseigne que le chrétien est en sécurité dans l’Église, mais périra s’il en sort.

La manticore, mangeuse d’hommes

Hyene

De nombreux bestiaires consacrent une section à un animal mangeur d’humains terrifiant, la manticore. Avec sa tête humaine, son corps de lion et sa queue de scorpion, cette créature ressemblant à un sphinx était connue des érudits médiévaux grâce aux écrits de plusieurs auteurs classiques, dont Aristote et Pline l’Ancien. Selon le Bestiaire de Rochester, créé en Angleterre, la voix sifflante de la manticore « ressemblait au son des flûtes et des cornemuses ». D’origine perse (martikhoras, « mangeur d’hommes »), cette créature mythique était probablement inspirée des tigres d’Inde mal décrits par les voyageurs. Dans l’Ashmole Bestiary, elle bondit sur trois rangées de dents, dévorant ses victimes corps et biens – allégorie des hérétiques qui séduisent par de belles paroles avant de détruire l’âme.

Autres merveilles des bestiaires enluminés

Bestiaire d’Aberdeen

Le Bestiaire d’Aberdeen, joyau anglais du début treizième siècle, offre des pages d’or où l’on voit Adam nommer les animaux, un pélican s’ouvrant la poitrine pour nourrir ses petits de son sang (Christ sur la Croix), ou une hyène changeant de sexe – symbole des hypocrites. Le castor, poursuivi pour ses testicules aphrodisiaques, se les arrache et les jette aux chasseurs : « Fuyez les désirs charnels ! » Le phénix renaît dans un nid de cinnamome enflammé ; la colombe sans fiel incarne la paix ; le griffon, mi-aigle mi-lion, garde l’or des montagnes et préfigure le Christ dominant ciel et terre.

Du parchemin à la pierre : le bestiaire roman

Les sculpteurs romans, souvent d’anciens tailleurs de pierre itinérants, transmirent ces images sur les portails. À Saint-Jouin-de-Marnes, une sirène bifide attire le pécheur ; à Aulnay, un centaure sagittaire vise le vice ; à Moissac, le lion de saint Marc rugit sur le tympan. Les modillons grimaçants montrent des femmes aux serpents suçant leurs seins (luxure), des avares dévorés par des crapauds, des musiciens infernaux. Même les gargouilles gothiques naissantes, comme celles de Lisbonne, perpétuent ce vocabulaire : chiens fidèles, dragons vaincus, sirènes tentatrices.

L’héritage vivant des bestiaires

Castor

Ces manuscrits n’ont pas seulement peuplé les églises de monstres : ils ont forgé notre imaginaire. Harry Potter doit ses hippogriffes au griffon médiéval ; Le Roi Lion recycle le rugissement christique ; les blasons héraldisent encore lions et licornes. Des expositions récentes, comme celle du MEV à Vic (Catalogne), montrent des chapiteaux où dragons et agneaux dialoguent toujours. Et quand un enfant dessine un dragon cracheur de feu, il reprend sans le savoir la plume d’un moine du treizième siècle.Ainsi, du Physiologus alexandrin aux portails romans, du parchemin doré d’Aberdeen aux modillons de Poitou, les bestiaires nous rappellent que l’homme médiéval ne voyait pas le monde comme un zoo, mais comme un livre ouvert par Dieu. Chaque bête, réelle ou fabuleuse, y murmurait la même leçon :

« Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux. » Car dans le miroir animal, c’était l’âme humaine qui se contemplait, entre ombre et lumière.

22/11/25 à la GLDF : Célébration de Sainte Cécile – Concert public et gratuit ouvert à toutes et tous

Samedi 22 novembre 2025, la Grande Loge de France célèbre Sainte Cécile, la patronne des musiciens avec un concert gratuit et ouvert à tous, dans le cadre prestigieux de son Grand Temple Pierre Brossolette à Paris.

8 rue Louis Puteaux, Paris 17°
concert public et gratuit ouvert à toutes et tous

Dominique Losay

De 19h30 à 21h30, Dominique Losay, le grand officier à la culture vous invite à partager un moment de joie avec plus d’une vingtaine d’artistes instrumentistes et les choristes de Vox Hominis, le chœur de la GLDF, qui vous emmèneront en voyage musical, entre musique, classique, jazz, rock et musette, avec des interprétations au piano, à l’orgue, à l’accordéon, à la guitare, la clarinette et bien d’autres instruments.

Une belle occasion de découvrir la richesse artistique des frères de la Grande Loge de France.

Inscription obligatoire

programme complet :

1 – cornemuse : par le piper du Suprême Conseil de France :

Ø  The piper’s warning to his master

Ø  Invergordon’s welcome to Queen Elizabeth

2- jazz band : sextet avec Arthur des Ligneris (saxo ténor), Adrien Turpin (clavier), Luc Podrzycki (batterie), Marc-Antoine Novel (violoncelle), Pascal Henri (flûte traversière), Rabah Benbalagh (contrebasse) :

Ø  C jam blues de Duke Ellington

Ø  Blue bossa de Kenny Dorham

Ø  All of me de Gerald Marks

3 – violoncelle : Marc Antoine Novel :

Ø   L’allemande, 4° suite de JS Bach pour violoncelle
 seul BWV1010

4 – piano : Hugues Leclère :

Ø  Clair de lune de Claude Debussy

Ø  Scarbo de Maurice Ravel

5 – guitare électrique et voix : Blue Velvet avec Christophe
Bitaud à la guitare et Virginie Lelamer au chant :

Ø   As tears go by (The rolling stones)

Ø  Whisky and cigar (Blue velvet)

Nobody knows you when you are down and out (Jimmie Cox)

6 – Orgue : Marc Adamczewski

Ø  Extrait du livre d’orgue de Nicolas de Grigny (1672-1703) : Récit de tierce en taille

7- accordéon : Georges Madaras :

Ø  Sous le ciel de Paris

Ø  Les amants d’un jour

8 – orgue : Michel Potosniak :

Ø  Extrait de la messe pour les couvents F Couperin

Ø  Plein jeu chromome sur la taille

Ø  Récit de cornet/offertoire sur les grands jeux

9 – clarinette et piano : dominique Vidal et Olivier Dauriat :

Ø  Czardas de Pedro Iturrade

10- guitare classique : Antoine Fougeray :

Ø  Préludes 3 et 4 d’Heitor Villa-Lobos

11-piano : Tristan Pfaff :

Ø  Mélodie Hongroise de F. Schubert

Ø  Pugnani/Kreisler/Vaneyev, prélude et allegro

12 – ensemble vocal Vox hominis dirigé par Vincent Borrits :

Ø  Lasst uns mit geschlungen Händen (Mozart)

Ø  O filii (le temple maçon)

Ø  Ce n’est qu’un au revoir…

Inscription

https://my.weezevent.com/concert-public-de-la-sainte-cecile-1?

Mort et résurrection initiatique

Inspiré par notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz

Au-delà de la tombe : un voyage alchimique de transformation de soi.Dans les ténèbres du cabinet de réflexion, le néophyte signe son testament philosophique. Crâne, sablier, pain amer, soufre : tout crie la mort. Pourtant, c’est ici que commence la plus grande aventure humaine : mourir pour renaître. Oswald Wirth, ce géant suisse de la maçonnerie symbolique, l’écrivait en 1912 dans Le Livre du Compagnon :

« …se retirer véritablement dans la chambre de la réflexion et s’abstraire du monde extérieur si l’on souhaite descendre au puits où se cache la vérité. Ce sont là des symboles qu’il faut prendre au sérieux ; autrement, le néophyte restera tel qu’il était : il ne meurt pas à son existence profane et ne renaît jamais à la vie initiatique… ».

La chambre noire : noir maçonnique

Le cabinet de réflexion n’est pas une simple antichambre. Peint en noir, il est l’athanor des alchimistes : l’Œuvre au Noir, le Nigredo. Sel, soufre, mercure trônent sur la table. L’acronyme V.I.T.R.I.O.L. hurle l’ordre : « Visite l’intérieur de la Terre et en rectifiant tu trouveras la Pierre cachée. » Ici, le profane putréfie. Ses métaux – orgueil, avidité, illusions – sont abandonnés à la porte. Comme le plomb saturnien, il doit fondre pour révéler l’or enfoui. Les alchimistes savaient : sans putréfaction, point de transmutation. Les maçons aussi : sans mort volontaire, point d’initiation.

Les trois coups de maillet : la mort rituelle

Bandeau sur les yeux, épée sur la gorge, le récipiendaire avance. Trois voyages : terre, air, feu. Trois épreuves : chaos, tempête, incendie. Puis les trois coups. Le Vénérable tonne : « À l’ordre, mes Frères ! » Le bandeau tombe. La lumière frappe. Le profane est mort. L’Apprenti naît. Ce n’est pas une mise en scène : c’est une catarasis, descente aux enfers comme Orphée, Jésus ou Hiram. Éphésiens 4:9-10 : « Celui qui est descendu est aussi celui qui est monté. » Le Christ descend aux enfers pour libérer les âmes. Le maçon descend dans le cabinet pour libérer la sienne.La légende d’Hiram : double mort, double résurrection

Au grade de Maître, la mort frappe plus fort. Trois compagnons – ignorance, fanatisme, ambition – assomment Hiram. Il tombe. Mais le lion de la tribu de Juda rugit. Le Maître Secret relève le corps avec la prise du lion : cinq points parfaits de la maîtrise. Hiram renaît. Le maçon aussi.

Wirth : « Nul ne s’élève sans consentir à l’humilité. De même que seule une mort volontaire permet aux non-initiés de renaître à la vie supérieure de l’Initiation, il est nécessaire de mourir une seconde fois pour atteindre les prérogatives des Maîtres immortels. »

Albedo et rubedo : du blanchiment à l’aurification

Wirth

Après le Noir, le Blanc. L’Apprenti devient Compagnon : il gravit l’escalier en spirale, cinq marches (sens), sept (arts libéraux), trois (vertus théologales). Il passe du carré à la circonférence, de la pierre brute à la pierre cubique. Puis le Rouge. Le Maître contemple l’étoile flamboyante : pentagramme d’or où rayonne la lettre G – Géométrie, Gnose, Grand Architecte. Le plomb est devenu or. L’ego est mort. Le Soi resplendit.Qu’est-ce qui doit mourir en moi ?

Wirth pose la question brutale : Quels attachements ? Quelles peurs ? Quels fanatismes ? « La porte de nos prisons est verrouillée de l’intérieur. » Ouvrir, c’est mourir. Mourir à l’ancien moi pour naître libre. « Né libre » : celui qui, après être mort aux préjugés des masses, renaît à la vie nouvelle conférée par l’initiation.

La branche d’acacia : immortalité promise

Branche d'acacia dans les mains sur tissu rouge
Branche d’acacia dans les mains sur tissu rouge

Sur la tombe d’Hiram pousse l’acacia. Vert, incorruptible. Symbole de résurrection. Le maçon mort au monde profane porte désormais cette branche en lui. Il n’a plus peur de la grande faucheuse. Il sait : la mort physique n’est qu’un troisième bandeau qui tombera. Derrière, la Lumière. Éternelle.

Frère, sœur : es-tu prêt ?

Les outils du maitre
maitre, équerre, compas, ciseau, acacia, sculpture, ferronnerie, emblème, symbole, dramatique, entrelacé

Ce soir, quand tu rentreras chez toi, regarde ton tablier. Il est blanc. Mais il fut noir. Et demain, il sera rouge. Car l’initiation ne s’arrête jamais. Chaque tenue est une petite mort. Chaque chaîne d’union, une petite résurrection. Chaque « À moi les enfants de la Veuve ! » un cri de victoire sur la tombe. Mourir avant la mort. Renaître avant la Vie. Telle est la promesse maçonnique. Telle est la promesse alchimique. Telle est la promesse humaine. Que la Lumière soit.

Et que l’acacia fleurisse éternellement.

Suite de Fibonacci, nombre d’or et Franc-maçonnerie

Inspiré par notre confrère nationalgeographic.fr

Chaque être vivant est organisé selon des principes mathématiques aussi fascinants que précis : la suite de Fibonacci et le nombre d’or sont ainsi des symboles de l’harmonie universelle, une quête éternelle qui résonne profondément dans les mystères de la franc-maçonnerie. On doit la suite de Fibonacci à Léonard de Pise, également connu sous le nom de Leonardo Fibonacci, né en 1175 et auteur de nombreux manuscrits mathématiques d’importance. Il est célèbre pour avoir rapporté et démocratisé la notation numérique indo-arabe, que l’on utilise aujourd’hui quotidiennement, au détriment des chiffres romains.

Leonardo Fibonacci

En mathématiques, la suite de Fibonacci est une suite de nombres entiers dont chaque terme successif représente la somme des deux termes précédents, et qui commence par 0 puis 1. Ainsi, les dix premiers termes qui la composent sont 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21 et 34. Cette suite à la logique simple est considérée comme le tout premier modèle mathématique en dynamique des populations, illustrant comment la vie se propage en une croissance infinie et harmonieuse.

Mais si cette suite est aussi célèbre aujourd’hui, c’est parce qu’elle a un taux de croissance exponentiel qui tend vers le nombre d’or, un ratio symbolisé par « φ », associé à de nombreuses qualités esthétiques au sein de notre civilisation. Sa valeur exacte est de (1+√5)/2, ayant comme dix premières décimales 1,6180339887… Ce rapport, considéré comme la clé de l’harmonie universelle, se décline et se transpose par des formes géométriques telles que le rectangle, le pentagone et le triangle, figures qui évoquent les outils sacrés des bâtisseurs.

Les dimensions du logo de National Geographic sont basées sur les proportions du nombre d’or. Plus on avance dans la suite de Fibonacci, plus l’écart entre le rapport de deux de ses termes successifs et le nombre d’or s’amenuise. Par exemple, 21/13=1,615…, alors que le rapport suivant s’en rapproche davantage, 34/21=1,619…, et ceci de manière infinie, comme une spirale ascendante vers la perfection divine.

Le nombre d’or et la suite de Fibonacci sont des constantes qui débordent dans beaucoup de domaines, dont certains peuvent paraître très éloignés de l’univers des mathématiques.

Ils apparaissent en effet tout autour de nous dans la nature, au sein de nombreuses formes biologiques : la ramification des arbres, la disposition des feuilles sur une tige, la floraison d’un artichaut, la disposition des pommes de pin, ou encore la coquille d’un escargot. Les marguerites ont également, pour la plupart, un nombre de pétales correspondant à la suite de Fibonacci. Ces motifs naturels, tels les tournesols ou les ananas, dessinent des spirales logarithmiques qui guident l’œil vers un centre mystique, rappelant les voyages initiatiques des francs-maçons.

suite de fibonacci sur une fleur
suite de Fibonacci illustrée par une fleur, Nombre d’or

Ces constantes ont ensuite intégré les domaines culturels, artistiques et architecturaux. La plupart des artistes, quel que soit leur domaine, utilisent la notion de proportion du nombre d’or qui lie leurs œuvres, musicales, artistiques, architecturales, photographiques, avec le rapport géométrique. Bien connu des Grecs anciens, le nombre d’or apparaît sur le Panthéon. Le fronton est en effet inscrit dans un rectangle dont les dimensions des côtés adjacents ont le nombre d’or comme rapport. On retrouve également ces constantes dans des œuvres très célèbres, notamment celles de Léonard de Vinci, comme La Joconde et l’Homme de Vitruve ; dans le tableau Parade de cirque de Georges Seurat, qui a employé les premiers termes de la suite dans sa composition : un personnage central, deux personnages à droite, trois musiciens, cinq banderoles ou cinq spectateurs en bas à gauche, huit à droite. En poésie également, un fib est un petit poème, similaire à un haïku, dont le nombre de pieds des premiers vers correspond aux premiers nombres de la suite 1, 1, 2, 3, 5, 8.

Origines antiques et pythagoriciennes

Les racines du nombre d’or plongent dans l’Antiquité, où les Pythagoriciens vénéraient le pentagone et le pentagramme comme signes de reconnaissance secrets. Cette étoile à cinq branches, tracée d’un seul trait, incarne la divine proportion : dans un pentagone régulier, le rapport entre une diagonale et un côté est exactement φ. Les initiés pythagoriciens y voyaient la santé, la vie et l’harmonie cosmique, des thèmes qui traversent les âges jusqu’aux loges maçonniques.

Dans la franc-maçonnerie, héritière de ces traditions opératives et spéculatives, le pentagramme devient l’étoile flamboyante, symbole majeur du grade de compagnon. Placée au centre du tapis de loge, elle rayonne de lumière, guidant l’initié vers la connaissance cachée, la gnose. La lettre G, souvent inscrite en son cœur, représente à la fois la Géométrie – cinquième science libérale – et le Grand Architecte de l’Univers. Tracer l’étoile flamboyante nécessite l’usage du nombre d’or, accessible à l’artisan humble via l’équerre et le compas, sans algèbre complexe. Cette construction infinie, où pentagones et pentagrammes s’engendrent mutuellement, symbolise l’ascension éternelle de l’âme, de l’infiniment petit à l’infiniment grand.

L’escalier en colimaçon et les marches symboliques

Puits initiatique de Sintra, Portugal
Puits initiatique de Sintra, Quinta da Regaleira – Portugal

Au cœur du rituel du deuxième degré, l’escalier en colimaçon évoque les « diverses volutes » de la nature. Ses marches – souvent groupées en 3, 5 et 7, nombres de Fibonacci – mènent à la chambre du milieu, allégorie de la sagesse. Cette spirale, miroir de la suite de Fibonacci, rappelle les proportions dorées des cathédrales gothiques, édifiées par les compagnons maçons. Le triangle d’or, isocèle avec un angle de 108 degrés au sommet, couronne ces édifices : ses côtés respectent φ, symbolisant l’équilibre entre force, beauté et sagesse.

Dans les temples maçonniques, le delta lumineux – triangle radiant – est fréquemment un triangle d’or obtus, évoquant le ternaire divin tempéré par la miséricorde. L’Homme de Vitruve, inscrit dans un pentagone, illustre l’harmonie microcosmique, où le corps humain reflète les proportions cosmiques chères aux francs-maçons.

La ruche et la généalogie sacrée

Suite de Fibonacci
Suite de Fibonacci sur une feuille avec un stylo plume

Autre symbole captivant : la ruche, emblème d’industrie et de fraternité. La généalogie des abeilles mâles suit la suite de Fibonacci – 1, 1, 2, 3, 5, 8… – car les faux-bourdons naissent d’œufs non fécondés. Cette prolifération harmonieuse, tendant vers φ, incarne la croissance de la loge : chaque frère contribue à l’édifice collectif, sous la guidance du Grand Architecte.Le Modulor de Le Corbusier, inspiré de Fibonacci, ou les pyramides égyptiennes, alignées sur ces ratios, prolongent cette quête. Même la spirale de Théodorus, formée de racines carrées et de nombres fibonaciens, ressemble à un escalier winding, reliant mathématiques et mystique.

Vers une harmonie initiatique

La suite de Fibonacci et le nombre d’or ne sont pas de simples curiosités : ils révèlent l’ordre caché du cosmos, que la franc-maçonnerie explore via ses symboles. Du pentagramme pythagoricien à l’étoile flamboyante, de l’escalier ritualistique aux proportions des temples, ces principes guident l’initié vers l’illumination. Ils enseignent que l’univers est un grand livre géométrique, où chaque forme, chaque nombre, murmure la présence du divin.

En contemplant ces mystères, le maçon polit sa pierre brute, s’élevant vers la perfection, dans une spirale infinie d’harmonie et de lumière.

Comment le rite vint à l’ordre

Le  Rite Ecossais Ancien et Accepté n’a été introduit dans notre pays qu’au retour d’Amérique d’Alexandre-Auguste de Grasse-Tilly, en 1804. A quel ou à quels rites travaillaient les loges de Paris et des provinces françaises avant 1804 ? Comment s’est fait le passage ?

Au XVII° siècle, en Ecosse, quelques loges réunissant des Maçons de métier, dont on sait à quel point elles insistaient sur les devoirs de leurs membres quant à  la solidarité et à la spiritualité, vont accepter des membres étrangers aux professions de ces bâtisseurs . Ces maçons acceptés sont à l’origine de la Franc-maçonnerie spéculative moderne, même si sauf à de très rares exceptions près, en Ecosse notamment, aucune filiation directe ne peut être affirmée entre loges opératives et loges spéculatives.

En juin 1717, si on en croit la chronologie officielle mais très probablement inexacte, quatre loges maçonniques londoniennes qui avaient semble-t-il pour objectif principal de pratiquer l’entraide mutuelle entre leurs membres en mettant en commun leurs troncs de solidarité, dans un pays ravagé et ruiné par les querelles politiques et religieuses, se réunissent pour fonder ensemble la « Grande Loge de Londres et de Westminster ». C’est l’acte fondateur « officiel » de la franc-maçonnerie moderne.

Ceci se passe à Londres, donc dans un milieu protestant. Le vénérable de la loge qui se réunit à la taverne Goose and Gridiron où a lieu la première réunion est le pasteur anglican Jean-Théophile Desaguliers, dont le père, pasteur huguenot, avait quitté la France dans des conditions rocambolesques après la révocation de l’Edit de Nantes et le siège de la Rochelle, où il résidait.

Fort occupé par son rôle de démonstrateur et de curateur des expérimentations visant à vérifier les idées scientifiques de Newton et à imaginer leurs applications technologiques, c’est à un autre pasteur, calviniste presbytérien, le Révérend James Anderson, qui avait dû fuir sa paroisse écossaise et était sans ressource à Londres, que Désaguliers confie la rédaction d’une nouvelle et bonne version de la Constitution de la nouvelle Grande Loge, une première version des « anciens devoirs » ayant été jugée « fautive et dévoyée ». Cette première Constitution et publiée en 1723.

Etant dans un milieu protestant, animée par des pasteurs, on comprend comment et pourquoi la Franc-maçonnerie puise dans l’Ancien Testament son enseignement moral. Dès lors  qu’elle se donne pour objet, au-delà de la solidarité entre ses membres, de construire un temple idéal, elle adopte pour modèle le Temple du roi Salomon.

Une première loge maçonnique voit le jour à Paris vers 1725.

Elle se réunissait chez le traiteur anglais Barnabé Hute, rue des Boucheries, « à la manière des sociétés angloises », et regroupait principalement des Irlandais et des exilés stuartistes.

Les historiens s’accordent pour considérer que c’est cette même loge se réunissant à l’enseigne du « Louis d’Argent », toujours rue des Boucheries, qui recevra en 1732 des patentes officielles de la Grande Loge de Londres sous le nom de loge « Saint Thomas n° 1 ».

La rue des Boucheries a été absorbée plus tard lors de la création du boulevard Saint-Germain par le baron Haussmann.

En 1728, les francs-maçons français font le choix de reconnaître comme « Grand maître des francs-maçons en France », Philippe, Duc de Wharton, qui avait déjà été, en 1723, Grand Maître de la Grande Loge de Londres, et dont les séjours à Paris et à Lyon sont attestés de 1728 à 1729.

Avec la nomination du duc de Wharton, on est donc fondé à considérer l’année 1728 comme l’année de la naissance d’une franc-maçonnerie française indépendante de celle de Grande-Bretagne.

Lui succèderont ensuite deux jacobites,  James Hector MacLean, qui proclame les règlements généraux dans lesquels le terme « Grande Loge » apparaît pour la première fois, le 27 octobre 1735 puis Charles Radclyffe, Duc de Derwentwater.

C’est sous le mandat de ce dernier, le 24 juin 1738, qu’une assemblée des représentants de toutes les loges « anglaises » et « écossaises » constitue pleinement la première Grande Loge de France.  

Cette assemblée représentative institue un noble de haut rang, Louis de Pardaillan de Gondrin, deuxième duc d’Antin, petit-fils de Madame de Montespan, « Grand Maître général et perpétuel des maçons dans le royaume de France ».

Dès 1740, et jusque vers 1770, vont se développer ici et là des rituels correspondant à approfondissement et à un élargissement de la réflexion philosophique, morale et spirituelle.

On connaît par exemple l’influence durable du discours rédigé – plus certainement que prononcé – par le chevalier d’origine écossaise Michael de Ramsay en décembre 1736, dans lequel il développe l’idée d’une origine chevaleresque de la franc-maçonnerie.

Très vite, dans les principales villes de France, de nombreuses autres loges vont se créer, rassemblant aristocrates, bourgeois cultivés, membres du haut clergé et autres membres de ces élites du « Siècle des Lumières », qui se piquent de philosophie et participent avec bonheur à de riches échanges intellectuels. Vers 1744 on compte déjà une vingtaine de loges à Paris et autant en province.

La religion n’est pas loin, non plus que les références à l’architecture sacrée. Peut-être pour éviter de raviver les querelles religieuses qui avaient déchiré la France  tout comme la Grande Bretagne – et à dire vrai une bonne part de l’Europe – l’appellation « Grand Architecte de l’Univers » s’impose peu à peu pour désigner le Principe Créateur, évitant la référence exclusive ou ne serait-ce que privilégiée à un Dieu révélé et à une religion particulière.

Avant 1738, de nombreux membres de ces loges qui s’implantent et se développent en France, et surtout les premiers Grands Maîtres de la Franc-maçonnerie française, sont des exilés britanniques ayant trouvé refuge dans notre pays. On les appelle les Jacobites car ils sont partisans de la dynastie détrônée des Stuarts.

Faisons ici une courte parenthèse.

C’est en 1688 que le roi Jacques II d’Angleterre et d’Irlande, qui fût aussi sous le nom de Jacques VII roi d’Écosse, fut détrôné par un coup d’État, la  Glorieuse Révolution, mené par une armée hollandaise de 25 000 hommes, parmi lesquels plus de 7 000 huguenots français. Le roi Jacques fût chassé et est accueilli en France en 1689 par son cousin le roi de Louis XIV, qui l’installe avec ses courtisans et sa famille dans le château de Saint-Germain-en-Laye.

On évalue à 40 000 le nombre de réfugiés jacobites en France, qui ont émigré après la Glorieuse Révolution. C’est au sein de  la Cour jacobite de Saint-Germain en Laye que se développèrent les premières loges maçonniques sur le sol français, logiquement dirigées pendant un temps par des nobles d’origine britanniques.

D’après une tradition remontant à 1777, la première loge maçonnique apparue en France aurait été fondée sous le nom de « La Parfaite Égalité » à  Saint-Germain-en-Laye en 1688 dès l’arrivée en France du roi Jacques Start, par des officiers du régiment « Royal Irlandais » à dire vrai largement servi par de nobles Ecossais francs-maçons, arrivés en France à la suite de l’exil de leur roi.

Cette maçonnerie d’importation deviendra bien davantage française en 1743, lorsque le Comte de Clermont est élu Grand Maître. Noble de haut rang, il conservera cette charge, qui est avant tout celle d’un protecteur, aussi prestigieux que lointain, sans intervention sur la conduite effective de l’ordre ni dans sa gestion, pendant 28 ans, jusqu’à sa mort en 1771.

En fait, jusqu’en 1755, les loges fonctionnant dans les diverses villes de France ne sont fédérées que par une allégeance peu contraignante au « Grand Maître des Loges du Royaume ».

Entre 1755 et 1766, les Vénérables des loges de la capitale, réunis en une « Grande Loge des Maîtres de l’Orient de Paris dite de France », – que certains considèrent comme la première « Grande Loge de France » vont s’efforcer d’établir leur autorité sur l’ensemble de la Maçonnerie française.

Mais cette « Première Grande Loge de France » sera déstabilisée de façon chronique par les querelles entre systèmes de hauts-grades rivaux qui essayent d’en prendre le contrôle et finira par se mettre en sommeil en 1766.

Sept ans plus tard, en 1773,  une nouvelle tentative visant à fédérer et à coordonner les loges françaises se fait jour. C’est dans cet esprit que les représentants de toutes les loges – y compris et pour la première fois des loges de provinces – sont convoqués.

17 réunions plénières auront ainsi lieu, aboutissant à la création du Grand Orient de France. Force est de constater que près de 9 loges sur 10 se rallient alors à cette nouvelle structure.

Dans les années qui précèdent la Révolution, des loges prestigieuses comme Les Neufs Sœurs, Les Amis Réunis ou La Candeur rassemblent des élites gagnées aux idées nouvelles portées par les philosophes des Lumières.

Quelques années plus tard, celui qui fût Premier Consul avant de devenir Empereur vît le parti qu’il pouvait tirer de ces cercles de savants et de membres des diverses élites scientifiques et intellectuelles.

Quels rites pratiquait-on  à cette époque ?

Rappelons d’abord une évidence, que chacun de nous devrait être capable d’énoncer et d’expliciter. Un rite maçonnique peut être défini comme la mise en œuvre d’un ensemble de signes, de mots voire de sons qui ont une portée symbolique et qui respectent des règles communes,

Ils se réunissent dans un espace abrité et consacré, l’ensemble ayant pour effet de mettre en condition le franc maçon pour recevoir l’initiation puis d’être en mesure d’assurer à son tour la transmission de l’influence spirituelle tout en s’ouvrant à lui-même et aux autres.

 Le rituel est le moyen de concrétiser le rite. Il s’agit d’obtenir grâce au rituel d’échapper aux limites de l’Espace et du Temps et de parvenir à se situer radicalement hors la contingence.

Nous avons vu comment, dès 1740, on voit apparaître de nouveaux textes à vocation rituélique, à côté des rituels traditionnels des trois premiers degrés, sous la forme de plusieurs centaines de rituels de degrés additionnels dits de « hauts grades ». Ils semblent se créer spontanément ici ou là, au gré des inspirations, des racines culturelles ou religieuses des uns et des autres, de leur intérêt pour la science, l’alchimie, l’ésotérisme,  la Kabale, la chevalerie …

Selon Louis Trébuchet, la Loge Saint Jean d’Ecosse du Contrat Social pratiquait ainsi avant 1780 pas moins de sept grades au-delà des degrés symboliques : Chevalier de l’Orient, Chevalier Rose-Croix, Rose-Croix Philosophique, Chevalier du Soleil,  Chevalier du Phoenix, Chevalier de l’Aigle Noir, et enfin Sage et Vrai Maçon.

Parmi les grades apparus au cours des deux dernières décennies du 18ème siècle, on peut citer celui de Chevalier de l’Aigle Blanc et Noir et surtout celui de Grand Inspecteur Commandeur, qui sera le seul degré du Rite Ecossais Philosophique à être incorporé par Alexandre-Auguste de Grasse-Tilly en 1804 dans le cursus du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

Chaque ville, chaque Loge, avait son système, plus ou moins développé, avec un nombre variable de grades, dans un ordre variable lui aussi.

A la vérité, beaucoup n’étaient que des variantes les uns des autres, ou restèrent à l’état de projets, ou ne furent en réalité jamais vraiment pratiqués. Cette multiplication des rituels maçonniques aboutit à diverses initiatives visant à normaliser les pratiques et à les rassembler en ensembles cohérents et stables : les rites maçonniques.

Parmi les rites anciens, il faut citer ceux qui existaient avant le XVIIIème siècle, que l’on appelle les rites historiques. Le Rite des Anciens devoirs est le nom donné par certains auteurs à la cérémonie d’admission dans une corporation de maçons avant le XVIIe siècle, sans transmission de mot secret. Cette pratique a aujourd’hui disparu. Le Rite du Mot de maçon est attesté vers 1637 dans les premières loges écossaises de francs-maçons, notamment la loge de Kilwinning. Il a également disparu.

Le Rite standard d’Écosse trouve ses origines dans les premières loges écossaises comme Mary’s Chapel, dont le plus ancien procès-verbal date de 1599. C’est aujourd’hui encore le rite officiel proposé par la Grande Loge d’Écosse, présent pratiquement sur tous les continents.

Au XVIIIème siècle, de très nombreux rites vont apparaître. Vous en connaissez la plupart, en tous cas vous en avez entendu parler.

Le Rite des Moderns est le nom qui sera donné par ses adversaires au rite maçonnique pratiqué par la Grande Loge de Londres à l’époque des Constitutions d’Anderson, vers 1723. Constitué sur les bases de textes fondateurs et du Rite du Mot de maçon, il fusionnera au Royaume-Uniu avec le « Rite des Antients » en 1813.

Ce Rite des Antients  était celui pratiqué par la Grande Loge des anciens, et notamment par la loge d’York en 1756. Ses constitutions furent publiées sous le nom de Ahiman Rezon.

Le Rite d’York  en est issu, suite à l’expansion de la Grande Loge britannique des Antients en Amérique du Nord. De nos jours, il est pratiqué par plusieurs milliers de loges, principalement aux États-Unis.

Je citerai encore le Rite suédois : apparu vers 1759, très chrétien dans son symbolisme, de nos jours le rite majoritaire en Scandinavie tan,dis qu’il est pratiqué plus minoritairement en Allemagne.

Il faut faire une mention à part pour le Rite d’adoption : apparu au XVIIIème siècle en France, où il était pratiqué par les loges féminines, dites d’adoption. D’un symbolisme particulier, différent de celui des autres rites, notamment en ce qu’il ne se réfère pas à la construction du Temple de Salomon, il a presque totalement disparu depuis la fin du Premier Empire et semble n’être plus conservé aujourd’hui que dans une seule loge de la Grande Loge féminine de France.

Autre Rite disparu, ou plutôt transformé, l’Ordre du royal secret , également nommé « Rite de Perfection », Il aurait été créé en 1762 et est aujourd’hui éteint. Mais on sait bien sûr comment ses 25 degrés véhiculés par Etienne Morin puis Henry Andrew Francken furent repris en 1801 dans les 33 degrés du Rite écossais ancien et accepté.

Je citerai encore deux rites encore présents en France, voire dans certains autres pays influencés par le nôtre. Le Rite écossais rectifié est un rite d’essence chrétienne, codifié à Lyon en 1778. Il est encore pratiqué, principalement en Europe. Six Loges travaillent à ce rite aux trois premiers degrés symboliques au sein de la GLDF.

Enfin, je terminerai par le Rite français codifié entre 1783 et 1786. Directement issu du rite des Moderns dont il reprend la plupart des caractéristiques, il est toujours aujourd’hui le rite pratiqué en France, notamment au sein du Grand Orient de France, ainsi qu’au Brésil. Il est également présent dans de nombreuses loges en Europe et à travers le monde. Il en existe différentes variantes.[1]

Alain Bernheim, illustre auteur de l’ouvrage  essentiel qu’est « Le Rite en 33 degrés », a publié il y a quelques années « Les deux plus anciens manuscrits des grades symboliques de la franc-maçonnerie de langue française ».

Le premier de ces textes est « Les vrai catéchisme des frères francs-maçons rédigé suivant le code mystérieux et approuvé de toutes les loges justes et régulières ». Ce manuscrit fut trouvé par Georges Luquet (qu’il a dactylographié dans un document de plus de cent pages) dans la bibliothèque du Grand Collège des Rites du GODF. C’est en effet le plus ancien manuscrit connu du rituel des trois grades de la maçonnerie symbolique en langue française, comme l’écrit Alain Bernheim. Il aurait été rédigé antérieurement à 1745.

Le second texte est appelé « manuscrit de Berne ». Il pourrait s’agir de l’exemplaire d’un officier des dragons qui appartenait à la loge de Berne et avait abjuré la Maçonnerie en 1744. Son texte provient probablement d’un rituel manuscrit que ce capitaine aurait en partie recopié. C’est en tous cas la plus ancienne et la plus complète version manuscrite aujourd’hui connue en langue française de la réception au grade d’apprenti, complétée par un catéchisme pour les grades d’apprenti et compagnon. Rien pour le grade de maître.

Rien de véritablement écossais dans ces documents. Il faut dire que la marque de l’écossisme n’est guère évidente dans ces premiers degrés. A la fin du XVIIIème  siècle, le Rite Français est très largement majoritaire parmi les loges de notre pays. Mais dès qu’il est présenté à quelques loges parisiennes, le nouveau Rite en 33 degrés, qui va prendre en France le nom de Rite Ecossais Ancien et Accepté, va progressivement s’implanter.

On sait en effet, et Jean-Pierre Thomas le détaille par le menu,  comment, en 1804, le comte Alexandre de Grasse-Tilly, venant des Antilles, rentre en France muni de pouvoirs émanant du Suprême Conseil de Charleston, fondé en 1802.

Il faut dire que l’annonce officielle de la création de ce Suprême Conseil de Charleston était passée très largement inaperçue en France. Les différentes instances de la franc-maçonnerie française avaient été quelque peu déstabilisées lors du choc révolutionnaire. Il ne restait guère que 18 loges en activité dans toute la France en 1796.

Mais quelques années plus tard, le 18 Thermidor an X, soit le 6 août 1802, une assemblée générale de maçons Ecossais se réunit, afin de réactiver la Loge Saint Alexandre d’Ecosse.  Un Frère, du nom de Firmin Abraham, est désigné pour rédiger et adresser une circulaire à toutes les loges écossaises, afin qu’elles se rassemblent et s’unissent pour défendre le Rite Ecossais, contre les menées du Grand Orient qui paraît déterminé à le détruire.

Quelques Loges, à Paris et à Douai, vont immédiatement répondre à cet appel. A Paris, en effet, quelques loges et chapitres dits « écossais » se réunissaient, plus ou moins régulièrement, dans un sous-sol d’un immeuble du boulevard Poissonnière. Certains Frères, par ailleurs adeptes du Grand Orient, regrettaient les Hauts Grades du XVIIIème que cette obédience avait écartés, allant jusqu’à promulguer le 12 novembre 1804 un décret déclarant irrégulier tout atelier « professant des rites étrangers à ceux reconnus par lui ».

C’est dans ce contexte que de Grasse-Tilly, tout juste arrivé à Paris, fait connaître son intention d’établir, fort des patentes qui lui avaient été conférées à Charleston,  un Suprême Conseil de France après celui qu’il  avait fondé à Port-au-Prince.

Il ne perd pas de temps : en janvier 1804, il crée la loge « écossaise » de Saint Napoléon.

C’est sur cette loge qu’il s’appuie pour créer le Suprême Conseil de France le 22 septembre de la même année, rapidement suivi par un Grand Consistoire le 17 octobre 1804. Cinq jours plus tard, le 22 octobre 1804, les Vénérables maîtres et les officiers de plusieurs loges écossaises dont Saint Alexandre d’Ecosse,  se réunissent dans les locaux de cette dernière, rue du Coq- Héron, et constituent la « Grande Loge Écossaise de Rite Ancien et Accepté ». Cette Grande Loge est dirigée par le Prince Louis Bonaparte et a pour Député Grand Maître le comte Alexandre-Auguste de Grasse-Tilly.

Lors de la première réunion effective de cette Grande Loge Générale Ecossaise cinq jours plus tard, le 27 octobre 1804, de Grasse-Tilly préside, en qualité de Très Respectable Représentant du Grand Maître. Huit loges participent aux travaux ou demandent à recevoir des constitutions : la Respectable Mère Loge Ecossaise et sept loges régulières de Paris, c’est-à-dire les sept loges du Rite Ecossais Philosophique, soit les loges La Parfaite Union, de Douai, le Patriotisme, de Versailles, et les loges parisiennes Saint Jean d’Ecosse du Grand Sphinx, le Temple des Muses, la Parfaite Harmonie, le Amis Eprouvés, St Jean d’Ecosse du Cercle Oriental des Philalètes et Saint Napoléon d’Ecosse.

Une autre loge est présente, la Triple Unité Ecossaise, qui rassemble des Frères revenus des Amériques. Sont également présents le Frère Haquet, député des loges écossaises de Saint-Domingue (le compte -rendu ajoute « s’il en reste » ) et le Frère Abraham, vénérable de la loge Les Elèves de la Nature.

Lors d’une troisième réunion, quelques jours plus tard, le Très Respectable Frère Bounin, Grand Vénérable de la Mère Loge Ecossaise de Marseille ; est applaudi après un discours particulièrement brillant.

Dix jours plus tard, elle commença à décerner des constitutions et des chartes capitulaires. Louis Bonaparte n’étant guère actif comme Grand Maître, elle choisit rapidement de solliciter Kellermann, qui fût nommé Grand Administrateur. Kellermann, duc de Valmy et Maréchal de France, nomma alors de Grasse-Tilly à son état-major en qualité d’aide de camp.

C’est cette Grande Loge qui, dans la foulée le 1er novembre 1804, envoya une circulaire à toutes les loges et à tous les chapitres de France. Cette circulaire annonce à la fois qu’ « un nouveau jour reluit pour la Maçonnerie Ecossaise trop longtemps persécutée » mais que « Sa Majesté l’Empereur désirait que la Grande Loge Générale se rapprochât du Grand Orient. »

Comme on l’imagine en effet, le Grand Orient voit cette revivification d’un courant qu’il croyait divisé voire agonisant d’un très mauvais œil. Il charge Masséna et Roëttiers de Montaleau de négocier un accord avec Kellermann et Pyron. Une commission est désignée, qui travaille d’arrache-pied, aboutissant en moins d’un mois au Concordat du 3 décembre 1804.

Peut-être trop vite travaillé, sûrement ambigu, ce concordat qui prévoit l’union et la fusion des deux organisations confond rite et obédience. Le Grand Orient se voit confier le contrôle des ateliers du premier au 18ème degré, qui travaillent au Rite français, tandis que le Suprême Conseil régit les degrés supérieurs, qui travaillent au Rite Ecossais Ancien et Accepté, sous l’autorité de Grasse-Tilly, élu Souverain Grand Commandeur le 22 décembre 1804.

En effet, de Grasse-Tilly ne pouvait s’en tenir aux seuls degrés symboliques ; sa mission était clairement de créer un Suprême Conseil en France. Il s’y employa donc activement, communiquant les hauts-grades écossais à de nombreux Maçons parisiens. Le 10 octobre 1804, un certain Paul Vidal est admis au 33ème degré, dont sont déjà porteurs de Grasse-Tilly et Jean-Nicolas Le Tricheux. Dix jours plus tard, le 20 octobre 1804, les Souverains Grands Inspecteurs Généraux sont au nombre de neuf et peuvent donc constituer un Suprême Conseil dont Alexandre Auguste de Grasse-Tilly est Souverain Grand Commandeur ad vitam.

Rapidement, les tensions ne tardent pas à apparaître : le 5 avril 1805, Pyron, l’un des signataires du Concordat au titre des Ecossais, Souverain Grand Inspecteur Général depuis le 25 août 1804 et membre du Suprême Conseil, est exclu du Grand Orient.

Le 21 juillet, le même Grand Orient crée un Directoire des Rites, qui deviendra plus tard le Grand Consistoire avant de prendre en 1826 l’appellation de Grand Collège des Rites encore en vigueur aujourd’hui. Considérant qu’il s’agit là d’une concurrence déloyale, les Ecossais reprennent leur indépendance. Le 16 septembre 1805, ils créent la Grande Loge Générale Ecossaise.

Tous les ponts ne sont pas rompus cependant. De Grasse-Tilly fût prié de démissionner, tandis que Cambacérès, déjà Grand Maître adjoint du Grand Orient, devenait en même temps Grand maître de la Grande Loge Générale Ecossais et Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil !

On revenait en fait à la situation de 1804, le Grand Orient  gérant les degrés du premier au 18ème tandis que le Suprême Conseil administre ceux au-delà. La coexistence du Suprême Conseil et d’un groupe de 33ème au sein du Grand Directoire des Rites du Grand Orient est mal vécue, surtout lorsque le beau-père de de Grasse-Tilly rassemble autour de lui d’autres 33ème, membres comme lui du Suprême Conseil des Iles françaises d’Amérique, faisant connaître leur souhait d’être incorporés au sein du Suprême Conseil de France, ce qui leur est dans un premier temps refusé. Un point essentiel doit être évoqué pour terminer :  jusqu’en 1804, on n’appelle « loges écossaises » que les loges des degrés au-delà de la maîtrise.

A partir de la création de la Grande Loge Générale Ecossaise, le terme est désormais utilisé pour désigner les loges des trois premiers degrés pratiquant un rite différent du Rite français. S’agissant des trois premiers degrés, les, rituels et les instructions semblent avoir été constitués à partir de 1804 sur la base du Rite français, combinés avec des éléments empruntés à la « Grande Loge des Anciens » qui avait été fondée en Angleterre en 1751.

C’est ce rite, ce sont ces rituels, que l’on mit « définitivement » en forme lors de la rédaction du « Guide des maçons écossais », paru en 1821, première itération en tous cas des rituels des trois premiers degrés selon le Rite écossais ancien et accepté, dont celui en vigueur aujourd’hui dérive directement.

Enfin, il faut évoquer la persévérance d’ Alexandre de Grasse-Tilly, fidèle jusqu’à l’obstination à la mission de promotion du rite en 33 degrés qui lui avait été confiée à Charleston, puisque c’est lui qui, dès le début de la Restauration, en 1814, sera à l’initiative du courant qui réveille le conflit qui ne cessera plus d’opposer jusqu’à la fin du siècle, voire au-delà, le Grand Orient de France, qui se veut le centre d’union de toute la franc-maçonnerie française et le Suprême Conseil de France, jaloux de l’indépendance du Rite écossais ancien et accepté.

On a pu résumer cette opposition, qui perdure fraternellement aujourd’hui, par la formule « hégémonie contre hégémonie », l’une étant liée à la volonté d’avoir une influence politique, l’autre visant à susciter une élévation  spirituelle.


  • [1] Il existe d’autres rites apparus au XIXème siècle :
    • Rite de Misraïm : développé en France vers 1810 par les frères Bédarride, il est aujourd’hui l’une des composantes des rites maçonniques dits « égyptiens ».
    • Rite de Schroeder : rite en trois grades, adopté en 1811 par la Grande Loge provinciale de Hambourg, il était le plus démocratique de tous les rites pratiqués en Allemagne avant la deuxième guerre mondiale, pratiqué en Allemagne, Autriche, Hongrie et Suisse.
    • Rite émulation : codifié en Angleterre vers 1823, suite à la réunion des Ancients et des Moderns, le rite est pratiqué aujourd’hui par plusieurs milliers de loges, principalement au Royaume-Uni et dans les anciennes colonies britanniques.
    • Rite symbolique italien : rite en trois grades né 1862, afin de constituer une franc-maçonnerie nationale italienne unitaire, indépendante de toute influence étrangère et fidèle aux Constitutions d’Anderson. Pratiqué encore aujourd’hui par les loges de la Grande Loge symbolique d’Italie, au sein du Grand Orient d’Italie.
    • Rite écossais primitif : d’après l’ésotériste Robert Ambelain qui déclara le « réveiller » en 1985, il s’agirait du rite qui était pratiqué par les exilés jacobites à Saint-Germain-en-Laye en 1688, ce qu’aucun document historique connu à ce jour ne peut confirmer avec certitude. Il est pratiqué depuis par quelques loges en France.

La vision maffesolienne du voyage comme acte de reliance et de pensée vivante

Réédité chez Dervy (2025), une marque du groupe Guy Trédaniel, Le voyage ou la conquête des mondes n’est ni guide ni divertissement : c’est une boussole. Maffesoli y pense la marche comme une alchimie douce où l’altérité transfigure l’identique, où la maison répond à l’horizon, où l’on habite plusieurs mondes sans trahir sa source. Entre Hermès et l’égrégore des cités, le sociologue fait vibrer une éthique de la reliance : accueillir, relier, transmuer.

Les lecteurs initiés reconnaîtront l’allure des « voyages » : mesure du pas, tact des seuils, hospitalité des signes. Ici, le compas n’est pas symbole mais méthode – ouverture du regard, précision du lien, joie grave d’une fraternité en marche. Un court livre, dense et clair, pour apprendre à voyager juste, où marcher, c’est penser.

Nous lisons Michel Maffesoli comme nous suivrions la trace vive d’un Mercure chaussé d’ailes. Le voyage n’y ressemble ni à un tourisme de l’ego ni à une fuite hors du monde. Il devient puissance d’aimantation. Le pas met en branle l’imaginaire. Il ouvre une voie dans la grande dialectique qui travaille nos existences entre la maison qui rassemble et l’horizon qui appelle. Ce texte reparaît aujourd’hui en réédition d’un livre paru en 2003 et cette reprise éclaire la persistance d’un motif central de l’œuvre maffesolienne.

L’ouvrage tresse le double mouvement du foyer et de l’aventure avec une simplicité apparente qui dissimule une architecture savante. La marche attire l’inconnu. Elle autorise l’échange avec l’étrange. Elle inaugure une fraternité paradoxale où l’étranger éclaircit notre propre figure.

Nous retrouvons le vieil Hermès au coin des pages. Messager souriant. Dieu des carrefours et des enlacements. Prince du commerce des signes. Il avance sous la poussière des routes comme le souffle alchimique qui fait circuler les humeurs et empêche la matière de se figer. Le voyage chez Michel Maffesoli est mercurial. Il traverse. Il relie. Il contourne les dogmes et défait les clôtures. La pensée y préfère l’aisance des chemins au confort des systèmes. Le réel se donne dans la rencontre qui dérange et réconcilie. L’altérité ne se consomme pas. Elle se fréquente. Elle transmet une vigueur qui échappe aux cadres trop rigides.

Le Voyage ou la conquête des mondes, Paris, éd. Dervy, coll. « Paroles retrouvées », 2003.

Nous entendons alors un écho familier. Celui des itinéraires maçonniques tout entiers contenus dans ce verbe marcher. Les voyages ne sont pas une figuration pittoresque. Ils ordonnent l’âme. Ils l’exposent au rythme. Ils la conduisent à reconnaître ses angles morts et ses trésors enfouis. La loge propose une géographie intérieure. Michel Maffesoli la déploie dans le monde. Le foyer ne s’oppose plus à l’aventure. Les deux se répondent comme deux colonnes dressées à l’entrée. Entre le ici et le là-bas s’établit une tension féconde. Nous avançons à l’écoute des signes. Un geste d’hospitalité en terre inconnue réveille la lampe du dedans. Une parole offerte dans la langue de l’autre élargit la nôtre.

Nous croisons au fil du texte le chevalier errant et le savant cosmopolite. Figures jumelles d’une même ascèse. Le premier porte l’inquiétude fertile qui déprend des certitudes. Le second cultive le cosmopolitisme de l’esprit qui sait habiter plusieurs mondes à la fois. Entre eux passe une fraternité tacite. Elle rappelle les alliances chères à l’hermétisme. Soufre et mercure. Lune et soleil. Terre et ciel. Rien n’est aboli. Tout se transmute par la circulation. Le voyage apparaît alors comme une grande œuvre patiente. Aux étapes visibles répondent des mutations secrètes. Nous ne revenons jamais exactement semblables à ceux qui partirent. L’identité cesse d’être un bastion. Elle devient un art d’habiter les métamorphoses sans perdre la mémoire de la source.

Nous reconnaissons la manière maffesolienne. Une écriture qui aima décrire l’effervescence des tribus postmodernes et la capillarité des émotions collectives. Ici la sensibilité prend la main. La sociologie se fait poème. Elle regarde l’époque depuis ses soubassements mythiques. Elle écoute le chœur des peuples et la polyphonie des cultures. Ce polychromatisme n’efface pas le tragique. Il le rend supportable. Le voyage accueille l’ambiguïté constitutive de la vie. Il tient ensemble l’ombre et la clarté. Il sait que l’initiation n’efface ni la peur ni le désir. Elle apprend à danser avec eux.

Le-Voyage

Nous venons du Temple en lecteurs fraternels. Les voyages rituels y apprennent la mesure. Ils donnent le goût des signes. Ils enseignent la lenteur qui comprend mieux que la précipitation. Michel Maffesoli prolonge cette leçon dans la cité. Il nous rend attentifs aux seuils. Une gare. Un port. Un aéroport. Un marché où se mêlent parfums et langues. Tous ces lieux passent dans la conscience comme des vestibules. Chaque pas devient une mise à l’équerre de nos gestes. Chaque rencontre éprouve notre compas intérieur. Alors se devine une urbanité vraie. Moins de surveillance. Plus de vigilance. Moins de comparaison jalouse. Plus d’attention aimante.

Nous lisons enfin un art de vivre. Le monde contemporain multiplie les interfaces. Il fatigue les appartenances. Il fragmente. Le livre répond par une éthique de la reliance. Non pas un syncrétisme mou. Une fidélité mobile. Rester fidèle à sa maison tout en gardant le regard disponible pour l’infini des autres maisons. Accepter que la pensée se nourrisse d’Homère et des soufis. Des pèlerinages médiévaux et des marches des compagnons. Des cartes marines et des cartes du ciel. Le voyage accomplit ce mariage des contraires. L’humain y gagne une densité nouvelle. Une joie grave. Un courage qui ne cherche pas l’exploit mais l’accord.

Nous sortons de cette méditation avec un désir accru de chemins. Non pas pour accumuler des pays. Plutôt pour visiter la profondeur des mondes. Il y a toujours plus d’un monde dans le monde. Chacun réclame un tact. Une disponibilité. Un silence qui écoute avant de vouloir expliquer. Une gratitude qui reçoit avant de prétendre valider. Cette disposition relève de l’esprit de la loge et d’une sagesse universelle. Michel Maffesoli lui prête des mots souples et chaleureux. Il rappelle que la promenade peut devenir prière. Que l’itinérance peut servir l’œuvre de paix. Que l’humanité se répare mieux en multipliant les ponts qu’en dressant des clôtures. La réédition ne répète pas un message du passé. Elle réactive une boussole pour notre temps et donne au voyage initiatique une actualité brûlante.

Michel Maffesoli
MICHEL MAFFESOLI, SOCIOLOGUE, PARIS, LE 10 AVRIL 2014.

Brève biographie vivante de l’auteur

Michel Maffesoli a longtemps enseigné à la Sorbonne. Il a promené sa sociologie à travers les villes et les fêtes. Il a participé à la typologie de nos appartenances mouvantes et reçu de nombreuses distinctions en France et à l’étranger. Son œuvre compte une quarantaine d’ouvrages. Le Temps des tribus a décrit la montée des communautés affinitaires. La Transfiguration du politique a montré le retour du symbolique dans l’espace public. Le Réenchantement du monde a redonné droit aux puissances de l’imaginaire. D’autres titres jalonnent cette constellation. Homo eroticus pour penser l’énergie du lien. La Conquête du présent pour apprendre à habiter la durée qui passe. Écosophie pour redécouvrir la sagesse des milieux. Et sur le versant le plus proche de nos chemins initiatiques, La franc-maçonnerie peut-elle réenchanter le monde, Le Trésor caché – Lettre ouvertes aux Francs-Maçons et à quelques autres et Le Grand Orient – Les Lumières sont éteintes ouvrent un dialogue exigeant entre tradition, modernité et quête spirituelle. Cette réédition de Le Voyage ou la conquête des mondes s’y insère comme un viatique. Elle confirme l’attention constante de Michel Maffesoli pour l’imaginaire, la relation et l’épreuve vivante de l’altérité.

Le voyage ou la conquête des mondes

Michel MaffesoliÉditions Dervy, 2025, 80 pages, 12 €

Tarot, alchimie, Franc-maçonnerie : un même fil d’or pour la quête de soi

À Rambouillet (Yvelines), la Grande Loge de France (GLDF) propose une conférence publique qui parlera autant aux curieux qu’aux initiés.

Blason Rambouillet

Dominique-Joseph Balette-Pape y tissera un dialogue vivant entre le Tarot, l’alchimie et la Franc-maçonnerie : trois voies différentes, un même labeur de lumière. Un conte en ouverture, un voyage initiatique en fil rouge, et, pour guide discret, Hermès qui passe d’arcane en arcane « de l’autre côté du miroir ».

Trois langages, une seule quête

Tarot, alchimie, Franc-maçonnerie : les mots semblent éloignés, ils décrivent pourtant une même dynamique intérieure.

  • Le Tarot n’est pas ici un oracle de foire, mais un alphabet symbolique. Les 22 arcanes majeurs racontent un itinéraire : du Mat qui s’élance sans numéro au Monde qui réunit, chaque lame met en scène une épreuve, une vertu, une tension créatrice. On n’y « prévoit » pas l’avenir, on y déplie la conscience : l’Arcane XIII invite à dépouiller, la Tempérance à relier, la Justice à axer.
Alchimie laboratoire
Alchimie laboratoire
  • L’alchimie n’est pas l’obsession du métal, mais l’art de transmuter l’être. Œuvre au noir, au blanc, au rouge : trois temps pour brûler l’inutile, éclaircir le cœur et unir le soufre de la volonté au mercure de l’imaginal. Le laboratoire dit la patience, l’athanor la chaleur juste, la matière première ce « vil » de soi qui demande soin plutôt que déni.
Dessin Julie Lô
  • La Franc-Maçonnerie enfin, ordonne ce travail dans une architecture de symboles : l’équerre pour la rectitude, le compas pour l’ouverture, le pavé mosaïque pour l’unité des contraires, la parole reçue et transmise comme un outil de transformation. Le Temple n’est pas un lieu, c’est une méthode.

Ces trois langages ne se juxtaposent pas : ils s’éclairent. Le Tarot donne des images actives au cheminement, l’alchimie offre la discipline opérative, la Franc-maçonnerie propose la communauté et le rite qui unifient l’effort.

Ce que chacun y gagne, profane ou initié

  • Pour le profane, la soirée donnera des clés pour reconnaître, dans les images du Tarot ou les métaphores de l’alchimie, une pédagogie de vie : assumer les fins nécessaires (Arcane XIII), tenir le milieu (Tempérance), ajuster ses actes (Justice), persévérer dans l’Œuvre rouge (naître au désir qui construit).
  • Pour l’initié, elle offrira un miroir exigeant : le rituel ne vaut que s’il transforme. La loge est un athanor, l’écoute une distillation, la fraternité une coction lente qui rend l’ego respirable. Le « secret » n’est pas un trésor caché, c’est un degré d’intensité dans la présence au monde.

Une heure pour faire levain

La conférence durera environ 45 minutes, suivies d’un temps d’échanges. Ce format court vise l’essentiel : transmettre sans verbiage, laisser au public la place des questions, puis prolonger la rencontre lors d’un pot amical avec des Frères et des Sœurs des loges de Rambouillet. La voie initiatique s’apprend aussi au coin de la table, quand les symboles redescendent dans la vie ordinaire.

Ouvrir les portes

Parce qu’ouvrir les portes, c’est ouvrir les signes. En croisant Tarot, alchimie et Franc-maçonnerie, cette rencontre rappelle que la tradition n’est pas musée mais mouvement : une science de l’âme qui aide à demeurer droit dans un monde incertain. Que tu viennes par curiosité, pour approfondir ta pratique, ou pour éprouver par toi-même ce que « symboliser » veut dire, cette soirée offre un viatique : apprendre à lire, à relier, à réaliser.

Les cartes parlent. Les symboles opèrent. Le Temple s’édifie en nous.

Informations pratiques

Conférence publique – Grande Loge de France
Conférencier 
: Dominique-Joseph Balette-Pape, membre de la GLDF
Thème : Tarot, alchimie et Franc-maçonnerie – Cheminement initiatique et spirituel

Salle La Valéria – Hôtel Best Western Amarys


Jeudi 20 novembre
2025 à 20h00 (accueil dès 19h00)
Lieu : Salle « La Valéria » – Hôtel Best Western Amarys, 73, rue de la Louvière, 78120 Rambouillet
Accès : entrée libre et gratuite
Organisation : Grande Loge de France – échanges et verre de l’amitié à l’issue

Inscription : https://bit.ly/47yNoI1

Hôtel-Best-Western-Amarys