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L’initiation du Père Noël : une odyssée maçonnique en Laponie finlandaise

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Il était une fois, au cœur de la Laponie finlandaise, à Rovaniemi, la ville officielle du Père Noël située sur le cercle polaire arctique, un vieil homme barbu nommé Père Noël.

Vivez la magie de Noël tous les jours de l’année !

Connu pour sa générosité infinie, il distribuait des cadeaux aux enfants du monde entier depuis son Village enchanté, une destination familiale offrant de nombreuses activités pour tous les âges. Depuis des siècles, le Père Noël avait élu domicile en ces terres nordiques, où de nombreux secrets de Noël sont ancrés dans ce lieu magique.

Mais son esprit curieux le poussait à explorer les mystères de l’univers

Un soir de décembre, alors que les elfes préparaient les jouets, Père Noël découvrit un ancien parchemin glissé dans sa hotte.

Il y était inscrit : « La Lumière se révèle à ceux qui cherchent. » Intrigué, il comprit qu’il s’agissait d’une invitation à la Franc-Maçonnerie, cette fraternité séculaire gardienne de symboles éternels.

Guidé par une étoile polaire qui scintillait comme l’Œil de la Providence – cet œil vigilant qui voit tout et symbolise la sagesse divine –, Père Noël enfourcha son traîneau tiré par des rennes aux bois entrelacés comme les colonnes Jakin et Boaz, piliers de force et de stabilité.

Il vola jusqu’à une loge maçonnique cachée dans les neiges éternelles d’une montagne sacrée non loin de Rovaniemi, où les Frères Maçons se réunissaient sous le signe du Compas et de l’Équerre : le Compas pour tracer les cercles de la perfection céleste, l’Équerre pour mesurer les angles droits de la moralité terrestre.

À l’entrée de la Loge, Père Noël fut accueilli par le Vénérable Maître, un sage aux yeux pétillants comme des étoiles

« Ho ho ho ! » s’exclama Père Noël, mais le Maître répondit : « Silence, cher voyageur. Pour entrer dans le Temple, tu dois te dépouiller de tes métaux – symboles de vanité mondaine – et accepter le bandeau sur les yeux, le hoodwink, qui représente l’ignorance dans laquelle naît l’initié. » Père Noël, habitué à voir le monde d’en haut, accepta humblement. On lui passa un câble tow, une corde utilisée lors des cérémonies d’initiation au Rite Anglais Style Émulation. Cette corde symbolisant les liens qui unissent les Frères et rappellent que la liberté est un choix.

Escorté par des gardiens, Père Noël frappa trois fois à la porte du Temple

Trois coups rituels évoquant les trois lumières de la Loge : Sagesse, Force et Beauté. « Qui va là ? » demanda une voix grave. « Un pauvre aveugle qui cherche la Lumière, » répondit Père Noël, sa voix tremblante comme un carillon de Noël. La porte s’ouvrit sur un espace sacré, orné de mosaïques pavées en damier noir et blanc, symbolisant le dualisme de la vie : ombre et lumière, vice et vertu, comme les nuits polaires et les jours enneigés de la Laponie.

On le guida vers l’autel, où reposaient les Trois Grandes Lumières

Trois Grandes Lumières, dites-vous ? À savoir, le Livre du Pôle Nord, un ancien grimoire gelé contenant les chroniques éternelles de la joie, du don et des mystères arctiques, ouvert pour rappeler la foi en un Grand Espace Sacré Enneigé (GESE) ; l’Équerre et le Compas entrelacés, outils pour bâtir une vie juste. Père Noël, avec toujours les yeux bandés, fut interrogé : « Que cherches-tu ? » « La vérité cachée derrière les voiles, comme les cadeaux sous l’emballage. »

Satisfaits, les Frères lui ôtèrent le bandeau

La Lumière inonda ses yeux : il vit le Soleil, la Lune et les Étoiles, symboles des cycles éternels et de l’harmonie cosmique. Vint alors le serment solennel. Agenouillé sur un genou, la main droite sur le Livre du Pôle Nord, Père Noël jura de garder les secrets de la Franc-Maçonnerie, de pratiquer la charité – qu’il incarnait déjà avec ses cadeaux –, et de travailler à l’amélioration de soi et de l’humanité.

On lui remit le Tablier blanc, symbole de pureté et de labeur honnête, qu’il ceignit comme sa ceinture rouge. Le Maillet du Vénérable Maître frappa trois fois pour sceller l’initiation, écho des trois grandes lumières !

Mais Père Noël n’était pas un initié ordinaire

Il intégra les symboles à son propre monde : son traîneau devint un chariot symbolique tiré par des rennes représentant les vertus maçonniques – Prudence, Tempérance, Force, Justice. Ses cadeaux, enveloppés dans du papier orné de l’Équerre et du Compas, devinrent des leçons de sagesse pour les enfants. Le Niveau, outil d’égalité, lui rappela que tous les humains sont égaux sous la voûte étoilée, qu’ils soient riches ou pauvres, comme les listes de Noël qui n’excluent personne. La Plombée – usage du fil à plomb dans des ouvrages de charpenterie rappelant les pratiques opératives d’antan –, pour la droiture, guida ses rennes en ligne droite à travers les cieux.

Désormais Maître Maçon, Père Noël rentra au Village du Père Noël à Rovaniemi, son cœur illuminé. Chaque Noël, il murmurait aux vents : « La Franc-Maçonnerie m’a enseigné que la vraie magie réside dans les symboles qui unissent les hommes. » Et ainsi, le Père Noël devint le gardien joyeux d’une tradition ancienne, mélangeant la joie des fêtes à la quête éternelle de Lumière.

Ce récit symbolique honore les mystères de l’initiation, adapté avec les éléments du Village du Père Noël en Finlande pour une touche de magie arctique authentique. Salutations, la famille du Village du Père Noël.

« Ho ho ho ! » Et que la sagesse maçonnique illumine vos fêtes !

Bon & Joyeux NOËL !

La chambre du milieu

Qui dit milieu dit qu’il y a quelque chose avant mais dit surtout qu’il y a quelque chose après, ou qu’il y a de l’inférieur et du supérieur. L’introduction de la « chambre du milieu », dans la Franc-maçonnerie spéculative n’est pas séparable des conditions dans lesquelles le grade de Maître en est venu à se distinguer des deux autres grades symboliques dans les années 1725-1730 en Angleterre.

L’apparition tardive de la chambre du milieu marque un tournant essentiel de la Franc-maçonnerie symbolique, à la fois sur le plan historique et sur le plan initiatique ; avec elle c’est tout l’édifice traditionnel qui a pris un sens nouveau.

Où et quand a-t-on parlé pour la première fois de la Chambre du Milieu dans un texte maçonnique ?

Et bien cela s’est produit en 1730 à Londres dans un contexte de scandale. À cette époque, en 1717, quatre loges tout à fait banales se réunissent en une Grande Loge, et posent les bases d’une administration centrale, en 1723, elle se dote d’un Grand Maître noble ; il en sera ainsi en Angleterre jusqu’à aujourd’hui, elle se dote également des fameuses Constitutions dites d’Anderson.

Au début de 1720, la Maçonnerie anglaise ne comporte que deux grades ; ces deux grades s’inspirent du reste d’un système analogue en usage à la même époque en Écosse, ainsi la carrière d’un maçon, se déroulait en deux étapes, d’abord apprenti, puis compagnon ou maître « fellowcraft or master ». En Angleterre, depuis son origine et jusqu’à nos jours, la Chambre du Milieu n’a jamais été – et n’est toujours pas – au troisième grade, mais au deuxième : c’est là qu’est reçu un Compagnon. Toutefois,  dans les systèmes anglo-saxons (RY, RSE/RÉÉ, RÉ), la chambre du milieu, apparue dès le deuxième degré, n’est chargée d’aucune connotation funèbre ; elle est restée un concept central de ce grade.

Dans le catéchisme du grade de compagnon de La Maçonnerie disséquée de Prichard (1730), il est dit : « Où avez-vous reçu votre salaire ? Dans la Chambre du milieu. » (Le Grade de Compagnon du Métier.)

Dans les rituels continentaux, lors du passage de grade de compagnon à celui de maître, au 3ème degré maçonnique, le temple devient la chambre du milieu. Le rituel du 3ème degré du Rite Initiatique Traditionnel Écossais (R.I.T.E.), plus précis que le R.E.A.A., apporte de nombreux éléments d’enseignement : « C’est pourquoi la Veuve a réuni les maîtres en chambre du milieu. Elle les a initiés aux Grands Mystères pour qu’ils soient capables de rendre la vie au cadavre du Maître et, par son esprit, de faire naître un nouveau maître. Ce secret est celui de la vie transmise par la Veuve ».

Depuis l’institutionnalisation du grade de Maître, la chambre du milieu reste, dans les rites continentaux, le nom réservé à la loge travaillant au degré de maître. Il n’y aurait donc pas une seule chambre du Milieu, mais en réalité il y en aurait deux.

Selon les rituels anciens du Rite Français, les Maîtres accèdent à la Chambre du Milieu par un escalier qui se monte par 3, 5 et 7 marches.

On continue de croire que lors de la construction du Temple de Salomon, les apprentis recevaient chaque semaine une ration de froment, de vin et d’huile. Le salaire des compagnons se payait en numéraire, ils le recevaient dans la chambre du milieu du Temple, dans le Hekhal occupant une situation intermédiaire entre le porche et le Saint des saints.

Et pourtant, la Bible atteste que la Chambre du Milieu est située à l’étage du Temple, et non en son rez-de-chaussée, comme on le répète souvent (1Rois 6,8).
On accédait au rez-de-chaussée par une porte sur le côté sud du temple ; de là on montait à l’étage intermédiaire par des escaliers tournants, puis de même à l’étage supérieur, ce que la Bible de Jérusalem traduit par : « L’entrée de l’étage inférieur était à l’angle droit du Temple, et par des trappes on montait à l’étage intermédiaire, et de l’intermédiaire au troisième ». La Traduction œcuménique de la Bible choisit de conserver cette notion de « trappe » tandis que la Bible du Rabbinat traduit par : « L’entrée de la chambre latérale du milieu se trouvait dans l’aile droite du temple; de là on montait, par un escalier en hélice, à l’étage du milieu, et de celui-ci au troisième »

La vision d’Ézéchiel en donne une description différente en 41,6-7- 8 :
6 Les chambres latérales, contiguës l’une à l’autre, se répétaient trente-trois fois; elles pénétraient dans le mur régnant tout autour de l’édifice et des chambres latérales comme pour s’y encastrer, mais elles n’entamaient pas le mur de l’édifice .
7 Et l’édifice s’élargissait en tournant, à mesure que s’élevaient les chambres latérales; car il régnait une galerie, montant par degrés tout autour de l’édifice; aussi l’édifice s’élargissait-il en haut, et ainsi du rez-de-chaussée on montait à l’étage supérieur par celui du milieu..
8 Et je vis une élévation régnant sur tout le pourtour de l’édifice les fondements des chambres latérales mesurant une canne entière, six grandes coudées.

Pour les créateurs des Tableaux de Loge, lisant une traduction particulière de la Bible, le Temple était réellement doté d’un escalier menant à une salle dite « chambre du milieu », et, grâce au rituel, ils ont affecté à ces éléments une utilisation symbolique précise, en rapport direct avec leurs préoccupations. La classe intermédiaire des ouvriers (ou « du milieu » ?) avait droit d’accès à la salle du milieu, appelée aussi Chambre du trait [1] au Rite Français, située spatialement entre une inférieure et une supérieure, comme les Compagnons le sont entre Apprentis et Maîtres.

Heureuse coïncidence, pleine de ressources. Les rituels se sont aussi arrêtés sur la notion de milieu (middle chamber), qui reprend la fonction symbolique du centre. On comprend alors pourquoi la porte représentée au fond du vestibule est placée au centre du Tableau. La porte, comme la « chambre » placée derrière, sont visiblement affectées de toutes ces notions de centre, avec l’ensemble de l’aspect sacré que le symbolisme permet de suggérer.

La qualification de « milieu » symbolise le fait que la communauté des Maîtres, qui seuls peuvent s’y réunir, est au cœur de toute chose, et qu’elle est en capacité de Connaissance et de Sagesse (Hiram-Rite).

Le milieu, ou centre, est traditionnellement considéré comme l’endroit où se trouve le Principe, où l’énergie est la plus concentrée. C’est vers le centre que tout  converge, se réunit, se confond, se résout. Mais c’est aussi à partir de lui que tout part et que tout rayonne. Tel est le lieu d’origine des lois causales et des fonctions créatrices. Il est « l’Invariable milieu », en rapport avec l’axe du monde qui en émane. Centre de la croix formé  par les quatre éléments fondamentaux, il aussi le sommet de la Pierre Cubique à pointe par lequel passe la spirale de la vie. Pour toutes ces raisons, le milieu est d’une importance primordiale pour toute communauté initiatique. La Chambre du Milieu est le centre vital de la communauté. C’est d’elle que rayonne l’esprit du Principe créateur qui doit, au travers de la Règle, animer l’ensemble de la fraternité.

Ce lieu est le cœur secret du temple, analogue au chœur de la cathédrale qui n’était pas accessible à tous. Cet endroit sert de séjour aux hommes de Connaissance. On y cherche la parole du Maître qui a été perdue. On y formule le concept ; on y prononce le Verbe qui modèle la matière. C’est un lieu de vie animée par le Secret. On y vit les Grands mystères, et le mythe créateur s’y enseigne. Seule une pensée communautaire peut y régner. La Chambre du Milieu est ainsi l’athanor où brûle le feu qui va transformer en or tous les éléments qui composent la communauté des frères et des sœurs.

C’est en son sein que l’on doit retrouver toutes les valeurs traditionnelles et éternelles de dignité, loyauté, pureté, humilité, en bref, d’Amour.

« Semblable à la fontaine qui jaillit au centre du cloître, véritable source de vie, la Chambre du Milieu a comme premier devoir de transmettre la nourriture spirituelle telle qu’elle a été prononcée, afin d’éviter des interprétations personnelles. »

Pourquoi la loge au troisième degré est appelée chambre du milieu ?

Le Temple de Salomon était constitué du Oulam, le Vestibule, du Hékal, le Saint et du Débir, le Saint des Saints. La Chambre du Milieu, si on considère qu’elle fût au rez-de-chaussée, trouverait alors dans le Hékal, dans la partie sacrée, au Milieu du Temple, entre le Vestibule et le Saint des Saints.
Cette Chambre du Milieu se trouverait donc dans la partie la plus sacrée du Temple à laquelle il soit possible d’accéder ; seul le Grand Prêtre pouvant pénétrer dans le saint des saints.

La Chambre du Milieu est aussi cette Chambre funéraire désorientée par la mort d’Hiram assassiné par les trois mauvais Compagnons et qui évoque ainsi le chaos dans lequel nous les maîtres se trouvent plongés.

Au cours de la cérémonie d’élévation, lors de la marche des neufs Maîtres, le Centre ou le Milieu a été symboliquement reconstruit à partir de la circonférence constituée lors de cette marche. C’est en ce Milieu de la Chambre funéraire que la Lumière réapparaîtra grâce au sacrifice puis au relèvement du récipiendaire qui devient « plus radieux que jamais ».

La circonférence ou manifestation se définit par rapport au Milieu, lieu également distant de la circonférence, qui porte le Centre d’où tout provient et ou tout revient. Le récipiendaire qui revit le sacrifice d’Hiram est au centre du monde, endroit où s’effectue la rupture des niveaux, par la voie d’une hiérophanie, c’est-à-dire la manifestation du sacré. Il s’opère en même temps une ouverture par le haut dans le monde divin et une ouverture par le bas dans le monde des morts d’où vient le Maître.

Sur le plan personnel, la Chambre du Milieu n’est pas moins que le lieu où se trouve le Centre de nous-mêmes, cette Chambre intérieure où l’homme fait apparaître le Mystère en Lui. C’est en cet endroit que les Maîtres tracent les plans. C’est en ce Milieu que le Maître reçoit son salaire, ou la récompense de son travail qui consiste, par sa recherche de la Parole Perdue, grâce au mot substitué et à l’éveil de sa conscience, à percevoir une Présence au plus intime de son être.
« Contrairement à ses définitions usuelles, le milieu dans son sens initiatique n’est lié à aucune notion spatio-temporelle, ni à aucun critère social. Il caractérise un jalon entre le monde manifesté et le non manifesté, le visible et l’invisible, le temps et l’éternité, la naissance et la mort » (Marc Steinberg, La chambre du Milieu, MdV Éditeur).
Le milieu, le centre, là où se réunissent tous les maîtres, là où la sagesse doit régner, là où la connaissance doit être le maître mot et vers où tout doit converger et d’où les maîtres doivent envoyer leur rayonnement à travers le monde. Les maîtres, exclusivement, eux s’y réunissent pour partager et parfaire leurs connaissances, et aussi chercher la Parole perdue du maître.

La chambre du milieu est entre terre et ciel, entre visible et invisible.

C’est un lieu de jonction, un pivot, un axe, la demeure de la règle. C’est le cœur du temple, le lieu destiné à accueillir la présence du Mystère. Il précède le naos qui est la chambre la plus secrète du temple. La géométrie de l’édifice se fait à partir de ce lieu de puissance. Cette appellation symbolise le fait que la communauté des Maîtres, qui seuls peuvent s’y réunir, est au cœur de toute chose, et qu’elle est en capacité de Connaissance et de Sagesse.

Dans la pratique, la chambre du milieu est figurée par l’espace inclus entre les trois piliers posés autour du tapis de loge. La chambre du milieu est un centre où l’intelligence s’illumine, il est le noyau d’où rayonnent la foi, la sagesse et l’amour. Cet endroit sert de séjour aux hommes de Connaissance.

De nature alchimique, cet espace ne peut  recevoir en son sein que celui qui a connu une transmutation : le Maître véritable, qui est passé par celle du mythe d’Hiram, car il est ainsi entré de plain-pied dans le monde des Grands Mystères.

[1] Dans la tradition des bâtisseurs, le maître d’œuvre conçoit le plan concrétisé par tous les compagnons réunis en chambre du trait. Les compagnons doivent donner forme à ce qui a été échafaudé en pensée. Pour réussir à donner forme à l’œuvre, il est nécessaire d’aller au-delà du trait, dans «l’abs-trait», d’aller au-delà de l’apparent jusqu’au cœur des êtres et des choses. L’art du trait est une adéquation entre la pensée et la forme.

Au-delà de la nuit la plus longue : Jean et l’énigme de la conscience

De notre confrère expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

Un solstice qui ne se résume pas à la lumière. Dans la tradition maçonnique, le solstice d’hiver est souvent présenté comme le moment où la lumière recommence à progresser, image du retour de la connaissance face à l’ignorance. Pourtant, avant que la lumière ne reprenne son cours, il y a un moment presque immobile, un seuil ténu : c’est là que se produit quelque chose de plus radical, non pas à la nature, mais à la conscience du franc-maçon.

Si nous détournons notre regard de la roue de l’année pour nous tourner vers l’expérience intérieure, le solstice n’est pas seulement la « renaissance de la lumière », mais aussi le moment où l’initié est forcé de se demander pourquoi il avait besoin de l’obscurité pour percevoir la lumière elle-même.

Saint Jean l’Évangeliste

Ce renversement nous éloigne des rhétoriques saisonnières et ouvre la voie à une figure de saint Jean l’Évangéliste, non pas de dévotion, mais de conscience lucide du mystère.

Le solstice, énigme intérieure. Les traditions anciennes voyaient dans le solstice d’hiver un passage, une porte par laquelle les dieux ou les âmes entraient et sortaient du monde des humains, reliant le temps et l’éternité. Pensons aux druides, qui veillaient à la lueur des feux de joie sous le gui, ou aux Égyptiens, qui alignaient des temples comme Karnak sur les faibles rayons du soleil le 21 décembre.

La franc-maçonnerie a hérité de ce symbolisme, transformant la célébration du solstice en un langage initiatique qui parle de la mort de l’homme profane et de la naissance d’un être capable de lire les cycles de la vie comme un miroir de lui-même. De ce point de vue, la « nuit la plus longue » n’est pas l’ennemie, mais le laboratoire où se forge la conscience : sans obscurité maximale, la moindre étincelle resterait invisible.

La véritable énigme du solstice n’est donc pas « quand la lumière reviendra-t-elle ? » mais « pourquoi dois-je la perdre pour la sentir mienne ? » Dans le calendrier maçonnique, saint Jean l’Évangéliste est associé au 27 décembre, proche du solstice, comme l’un des deux grands « Jean » qui président aux portes du solstice.

Si le Baptiste, avec son baptême dans le Jourdain au solstice d’été, symbolise la séparation entre le pur et l’impur, le point culminant du jour et la pleine exposition au soleil, l’Évangéliste habite la marge hivernale, où la lumière n’est pas exaltée, mais définie par opposition aux ténèbres.

Il devient ainsi le protecteur d’une lumière réfléchie, non triomphante : non pas l’éclat du midi, mais la lame subtile qui fend les ténèbres et oblige le disciple à s’interroger sur le sens du Logos qui « était au commencement ».

L’évangéliste, à travers sa réflexion sur le lien entre Dieu, la Parole et la Lumière

Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.

Elle offre au franc-maçon un paradigme : il ne suffit pas de recevoir la lumière en loge, il faut la transformer en critère d’interprétation du monde, de la douleur, du mal, de sa propre ombre. La célébration du solstice n’est donc pas tant un rite saisonnier qu’un examen de conscience : que faire de la lumière que j’affirme avoir reçue ?

Dans ce renversement, le franc-maçon ne contemple plus un soleil extérieur renaissant, mais se demande si sa capacité à discerner, à juger et à agir fraternellement s’est accrue au moins autant que quelques minutes supplémentaires de clarté dans son regard.

Imaginez le franc-maçon, seul avec ses outils symboliques, passant en revue l’année écoulée : a-t-il utilisé le compas pour circonscrire ses passions ou a-t-il laissé son ego s’épanouir ?

A-t-il aplani les aspérités du profane par l’équerre de la droiture ou a-t-il laissé les ombres des préjugés obscurcir son œuvre ?

Nombre de discussions sur le solstice d’hiver s’arrêtent à la célébration allégorique d’un générique « retour de la lumière », répétant souvent des formules éculées pour ceux qui fréquentent les loges depuis des années.

Pourtant, la présence de saint Jean l’Évangéliste au cœur de l’hiver suggère une lecture plus dérangeante : non pas la lumière rassurante, mais celle qui interroge, qui exige une cohérence entre la parole prononcée au Temple et le geste accompli dans le monde profane.

L’innovation réside peut-être non pas dans l’ajout de nouveaux symboles, mais dans la prise au sérieux de ceux qui existent déjà, comme si le solstice était un examen non pas du futur, mais du passé : qu’avez-vous fait, durant l’année qui s’achève, de la portion de lumière que vous teniez entre vos mains ?

Cette perspective nous ramène aux racines alchimiques de la franc-maçonnerie, où Nigredo, la phase de dissolution dans les ténèbres, précède Albedo, la purification de la lumière. Le solstice maçonnique devient ainsi une invitation à descendre dans son abîme intérieur, à affronter l’ombre jungienne que chaque initié porte en lui.

Saint Jean, avec son Évangile qui commence dans les ténèbres primordiales, nous rappelle que la véritable initiation n’est pas une ascension immédiate, mais une descente consciente : seuls ceux qui ont touché les profondeurs de la nuit peuvent revendiquer la lumière comme leur propre part, et non comme un don d’un autre.

À une époque où les lumières artificielles effacent les vraies nuits, le solstice nous invite à mettre de côté les distractions et à écouter le silence cosmique.

Pour le franc-maçon, cela signifie un retour à l’introspection : sa lumière a-t-elle éclairé le chemin d’un frère dans le besoin ? A-t-il transformé l’ignorance d’autrui en savoir partagé, ou l’a-t-il simplement jalousement gardée ?

La célébration du 27 décembre, avec ses bougies vacillantes dans les ateliers, ne célèbre pas un mythe abstrait, mais une évaluation vivante : la lumière a-t-elle grandi en vous autant que le soleil dans le ciel ?

Ici, le Logos devient geste : non pas une parole abstraite, mais un choix concret. C’est dans la manière dont vous écoutez ceux qui vous contredisent, dans le temps que vous consacrez aux fatigués, dans le silence que vous offrez au lieu d’un jugement hâtif, que la lumière cesse d’être une métaphore et prend chair.

La véritable « renaissance » ne se produit donc pas à l’extérieur, dans le ciel changeant, mais à l’intérieur du franc-maçon qui accepte de relire sa propre histoire sur la base d’un principe qui non seulement décrit, mais juge et transforme.

En ce sens, chaque solstice d’hiver pose tacitement la question suivante :

quelle part de ce que vous appeliez « lumière » est encore visible aujourd’hui dans votre façon d’être au monde ?

JOABEN n°26 – Les épreuves, ou l’art maçonnique de transformer l’obstacle en œuvre

Au sein du premier journal numérique francophone de la Franc-Maçonnerie universelle, que le chroniqueur se nomme Yonnel ou que je m’y attelle moi-même, notre aspiration demeure inchangée dans cette offrande généreuse à ceux qui nous lisent, une recension vibrante, une note de lecture qui allume l’étincelle du désir pour l’ouvrage, transcendant les éditoriaux succincts ou les sommaires arides que dispensent certains blogs maçonniques ou portails web aux audiences restreintes par leurs barrières pécuniaires, de sorte que l’éditeur, mu par l’unique élan de propager ses écrits, discerne en nos paroles un écho fertile à l’éclosion de ses intentions profondes.

C’est avec cette exigence de lecture, et non de simple signalement, que nous accueillons JOABEN, revue du Grand Chapitre Général du Grand Orient de France, dont le numéro 26, paru en décembre 2025, choisit un mot que tout le monde prononce et que peu de vies approfondissent vraiment, les épreuves.

Le thème semble immédiat, presque évident, mais la revue l’arrache à la banalité pour lui rendre sa densité initiatique. Ici, l’épreuve n’est pas un accident, elle est une méthode. Elle n’est pas seulement une souffrance à traverser, elle devient une forme de connaissance. Elle n’est pas un malheur à supporter, elle se révèle un révélateur, un instrument de vérité, une pierre d’angle.

Le Très Sage et Parfait Grand Vénérable Philippe Guglielmi donne au dossier une respiration ample, à la fois humaine et maçonnique. Les épreuves, dit-il, dessinent le relief de l’existence, et l’initiation, quel qu’en soit le courant, en a fait l’une de ses grandes écoles. Nous retrouvons là le génie du Rite Français, cette volonté de construire simultanément l’individu et la cité, de faire du perfectionnement de soi une affaire qui ne s’épuise pas dans l’intériorité, mais qui prend corps dans la justice, la mesure, l’attention au bien commun. L’épreuve maçonnique n’est pas une esthétique du danger, elle est une pédagogie de la transformation.

Entre cet éditorial qui pose la clef de voûte et les trois textes que nous mettons en lumière, le sommaire déploie un chœur, et c’est un point essentiel, car un dossier sur les épreuves ne peut être qu’une polyphonie. Chaque plume apporte sa pierre, sa nuance, son angle d’attaque, comme si la revue avait voulu montrer que l’épreuve n’est jamais une idée abstraite mais un prisme, un passage où se reconnaissent autant l’âme singulière que le monde commun.

Gérard Contremoulin – Source Groupe Guy Trédaniel

Gérard Contremoulin ouvre un axe d’émancipation. Il ne parle pas d’une liberté décorative, mais d’une libération qui se paie, qui se travaille, qui s’obtient contre nos propres chaînes, celles que nous confondons si souvent avec notre personnalité. Son propos a la qualité d’un rappel initiatique, l’émancipation n’est pas une rupture spectaculaire, elle est une discipline de soi qui rend capable de contribuer à l’édifice collectif.

Charles Coutet – Sénat GODF, photo Yonnel Ghernaouti

Charles Coutel, lui, élève la perspective et interroge les Ordres de Sagesse du Rite Français comme un courage de se mettre à l’épreuve. Il ne s’agit pas d’un héroïsme de théâtre mais d’une décision intérieure renouvelée, celle d’accepter de ne pas se satisfaire de ses acquis, d’oser la lucidité, d’oser la transformation quand l’habitude voudrait nous endormir. Aline Kotlyar approfondit une idée plus radicale, éprouver pour exister. L’épreuve devient ici condition d’être, et non simple traversée. Comme si la conscience avait besoin de frottements pour apparaître à elle-même, comme si la vie n’écrivait son sens qu’au prix de résistances, de limites, d’affrontements qui obligent à inventer une forme.

Michel Eynaud, avec une nuance précieuse, transforme l’épreuve en crise, non pour dramatiser mais pour rendre visible une mécanique de métamorphose. La crise n’est pas seulement l’effondrement, elle est aussi la bascule, le point où une structure ancienne ne tient plus, et où une nouvelle structure cherche, à travers le chaos, à naître. Et Mireille Quivy, en choisissant le labyrinthe, restitue à l’épreuve sa géométrie intérieure. Le chemin initiatique, tel qu’elle le suggère, n’est pas une ligne droite. Il comporte détours, retours, impasses apparentes, reprises, et c’est précisément ce qui le rend vrai, parce que l’être humain ne se transforme pas par décret, mais par marches, par reprises, par fidélités invisibles.

À cette polyphonie s’ajoutent les notes de lecture, dont Didier Molines a la charge. Elles jouent un rôle discret mais nécessaire.

Dans une revue comme JOABEN, la note de lecture n’est pas une rubrique annexe, elle est une veille, une manière de maintenir le chantier ouvert, de relier la pratique rituelle à la bibliothèque vivante, d’empêcher que l’initiation ne se replie sur elle-même. Lire, ici, n’est pas consommer, c’est travailler encore.

C’est à partir de ce chœur que nous choisissons de porter le regard sur trois textes, parce qu’ils dessinent une triangulation particulièrement éclairante.

Christian Pessey, d’abord, déroule le parcours maçonnique comme une suite d’épreuves codifiées, scandant l’évolution du sujet depuis la décision première de frapper à la porte du Temple jusqu’aux ateliers au-delà de la maîtrise. La force de Christian Pessey tient à la simplicité grave de son propos, le premier choc n’est pas la cérémonie, c’est la décision. Là commence l’épreuve, dans le consentement à l’inconnu, dans l’acceptation d’être regardé, et plus encore dans l’acceptation de se regarder soi-même sans se mentir. Apprenti, compagnon, maître, puis au-delà, il fait sentir que la sagesse n’est pas un titre, mais une tenue.

Laurent Defillon, ensuite, déplace l’épreuve de l’individu vers l’épreuve de la civilisation. Son texte sur la démocratie face à l’idéologie de l’extrême prolonge la mémoire freudienne du malaise, mais l’enracine dans notre temps. Il décrit un monde polarisé, secoué par les violences, par les haines déversées, par l’injustice sociale assumée, par la crispation identitaire, et par la tentation de remplacer la délibération par le réflexe. Il refuse les simplifications, parce qu’il sait que l’extrême n’est pas seulement un parti, c’est une tentation psychique, celle de réduire le réel à une cible et de remplacer la pensée par un cri.

Enfin, Colette Léger ouvre une profondeur singulière, celle des archives et des strates rituelles, avec son étude sur les 81 grades fondateurs du Rite Français au siècle des Lumières et les cahiers non classés de l’Arche du Ve Ordre. Ce texte, hors thème en apparence, revient au cœur du sujet, car la tradition elle-même est une épreuve. Épreuve du classement, épreuve de la transmission, épreuve de la lucidité historique face aux légendes. Colette Léger montre un patrimoine vivant, où les textes circulent, se comparent, se transforment, et où la maçonnerie, fidèle aux Lumières, vise à comprendre le monde, mais aussi à le transformer.

À l’heure où tant de voix se disputent le monde en criant plus fort que le réel, ce numéro rappelle une vérité qui devrait nous tenir lieu de boussole. Nous ne manquons pas d’opinions, nous manquons d’une méthode pour les éprouver sans nous déchirer. L’épreuve, au Rite Français, n’est pas un spectacle, c’est une éducation de la conscience, une ascèse de la mesure, une conversion de la colère en justice.

JOABEN n°26 décembre 2025, 4e de couv., détail

Si nous voulons que la démocratie demeure un chantier habitable, et non un champ de ruines, nous avons à reprendre ce travail à la base, apprendre à construire nos désaccords, apprendre à penser sans haïr, apprendre à résister sans devenir ce que nous combattons. C’est peut-être cela, surmonter pour grandir, faire de l’obstacle une œuvre, et de l’œuvre une lumière utile.

JOABEN – La Revue « Les épreuves – surmonter pour grandir »

Grand Chapitre Général du Grand Orient de France

Rite Français 1728- 1786

Collectif – Conform édition, N°26, décembre 2025, 96 pages, 14 €

L’éditeur, le site

Note de transparence

Ces pages proviennent d’un ouvrage bien réel, saisi tel qu’il est, dans sa matérialité d’encre et de papier. Les extraits cités et les images reproduites relèvent d’un imprimé vivant, né d’un travail humain et d’une mémoire d’archives, loin de toute fabrication automatique.

GCG Rite Français GODF

Arcane VII : Le Chariot – Le triomphe du Maître

Le Rappel de l’Aventure : Du Bateleur à l’Amoureux

Bienvenue, voyageurs. Pour ceux qui nous rejoignent, rappelons la règle : ici, vous n’êtes pas spectateur, vous incarnez le Tarot. Vous avez parcouru un sacré chemin du Bateleur au Pape, accumulant les outils, la connaissance et la bénédiction spirituelle. La semaine dernière, avec L’Amoureux (VI), vous avez vécu le vertige de la liberté et planté le « clou » de votre décision. Vous avez choisi votre voie. L’hésitation est terminée. Il est temps de monter en grade et en puissance. Vous devenez… Le Chariot.

Le Billet d’Humeur : La troisième peau du Héros

On dit souvent que les voyages forment la jeunesse, mais ici, le voyage forme le Maître. Avez-vous remarqué que c’est la troisième fois que nous retrouvons notre personnage principal sous les traits d’un jeune homme ? Regardez son évolution :

Il était le Bateleur (I), l’apprenti devant sa table, découvrant ses outils avec la fougue du débutant mais sans expérience.

Il est devenu L’Amoureux (VI), le Compagnon à la croisée des chemins, découvrant la responsabilité du choix émotionnel.

Aujourd’hui, il est le Chariot (VII), le héros couronné, debout sur son véhicule, prêt à conquérir le monde.

Le Chariot VII – Tarot Oswald Wirth – Paris 1889

C’est le moment précis où la décision prise (en VI) se transforme en action (en VII). C’est ce sentiment grisant que l’on ressent quand on se met enfin en marche pour sa quête personnelle. On a quitté le cocon, on a choisi la destination, et on a une foi inébranlable dans l’avenir. C’est le retour des cycles : le même personnage, mais à un niveau de conscience supérieur. Il ne joue plus avec les éléments sur une table, il les conduit à travers le monde.

La Problématique : Maîtriser l’Énigme (Les Sphinges)

Regardez ce conquérant. Il est magnifique, protégé par une cuirasse aux épaulettes lunaires (Urim et Thumim). Il semble invincible. Mais regardez son attelage. Oubliez les chevaux du Tarot de Marseille. Dans la vision d’Oswald Wirth, ce sont deux Sphinges qui tirent le char. Ce sont des créatures féminines, mythologiques, coiffées du Némès (la coiffe rayée des pharaons), ce qui ne laisse aucun doute sur leur origine égyptienne.

Le véritable paradoxe est ici : Comment fait-il pour avancer sans rênes apparentes ?

Le Chariot pose le défi de la volonté pure. Ces deux sphinges (l’une blanche, l’autre noire) représentent les énigmes de la vie, les forces fatales de l’univers. Le conducteur ne les dirige pas par la force physique (les rênes), mais par la puissance de son esprit et sa compréhension des lois cosmiques. Il a résolu l’énigme du choix, c’est pourquoi il avance.

La Carte du Maître

Si l’Empereur (IV) était la figure du Vénérable Maître (l’autorité statique, la Loi), le Chariot (VII) est par excellence la carte du Maître Maçon. Pourquoi ? Parce que le Maître est celui qui a appris à manier les outils (Bateleur), qui a voyagé (Compagnon/Amoureux) et qui maintenant doit œuvrer au-dehors. Le Chariot représente l’équilibre dynamique. Le Maître doit concilier les opposés (les deux sphinges, qui rappellent les colonnes J et B, mais cette fois-ci mobiles !). C’est aussi, comme vous l’avez senti, le prémisse de la carte de La Force (XI). Ici, la maîtrise est encore extérieure (armure, véhicule, sceptre) ; en XI, elle deviendra intérieure. Mais pour l’heure, le Maître doit prouver qu’il sait tenir le cap au milieu des tempêtes.

L’Analyse Mystérieuse (Ce que le miroir reflète sans tout dévoiler)

Dans Le Tarot miroir des symboles, nous soulevons le capot de ce véhicule pour comprendre sa mécanique secrète.

L’Arme de la Victoire : La Lettre Zain (ז)

L’Arcane VII est associé à la lettre hébraïque Zain. Savez-vous ce qu’elle signifie ? Une Arme (souvent une flèche ou une épée). Cela peut sembler guerrier, mais symboliquement, c’est l’outil qui tranche pour avancer. C’est la capacité de l’esprit à « viser » un objectif et à s’y tenir. Sans ce Zain, cette flèche directionnelle, le Chariot tourne en rond.

Le Second Cycle : L’Action

Après le premier quinténaire (éducation) et le pivot du choix (VI), le Chariot (VII) ouvre un nouveau cycle : celui de l’Action. Le héros n’est plus un élève passif qui reçoit, il est un acteur actif qui émet. Il entre dans le dur de la réalité.

Le Miroir Brisé : La Maison-Dieu (XVI)

Pour comprendre le danger du Chariot, il faut regarder la carte qui lui fait face dans la structure du Tarot : l’Arcane XVI, La Maison-Dieu.

Dans le Chariot (VII), l’ego est construit, triomphant, couronné, au sommet de sa tour mobile (le char cubique). C’est la réussite.

Dans la Maison-Dieu (XVI), cette tour est foudroyée et les personnages tombent. C’est l’orgueil puni. Le lien est terrible et magnifique : si le conducteur du Chariot oublie l’humilité et se croit dieu, il file tout droit vers l’Arcane XVI. Le Chariot est la construction du Moi solaire, la Maison-Dieu sera sa nécessaire remise en question.

Le Départ du Héros : L’Archétype de Propp

Dans la morphologie du conte, après l’Épreuve (l’Amoureux), le Héros reçoit un « moyen de locomotion magique » (tapis volant, cheval ailé… ou ici le Char). Le Chariot incarne cette fonction de Déplacement Spatial. Le Héros quitte son royaume d’origine pour aller vers « l’autre royaume » où se trouve l’objet de sa quête. C’est le vrai début de l’aventure épique.

En Aparté : La fin du premier Septénaire (Le cycle de l’Esprit)

Faisons une pause technique pour observer l’architecture du Tarot selon Oswald Wirth.

Si l’on met de côté le Fou (qui chemine à part vers la fin du jeu), les 21 arcanes majeurs se divisent magnifiquement en trois groupes de sept cartes, appelés les Septenaires. Chaque septénaire correspond à un plan de l’existence.

Le Chariot (VII) est la carte charnière qui clôt le Premier Septénaire (Arcanes I à VII). Ce premier cycle est celui de l’ESPRIT. Il incarne toute la phase de mentalisation, d’apprentissage et de projection de la volonté. Du Bateleur au Pape, nous avons appris et conceptualisé. Avec l’Amoureux, nous avons choisi. Avec le Chariot, nous validons cet acquis.

Le Chariot signifie que l’Esprit est désormais formé, armé et prêt. Le héros a fini de se construire intellectuellement. Il est complet. Mais attention… être un génie intellectuel ou un maître de la volonté ne suffit pas. Le Chariot marque la fin de la théorie et du « je veux ». Dès la carte suivante (La Justice, VIII), nous entrerons dans le Second Septénaire, celui de l’ÂME et du sentiment, où il faudra peser, éprouver, ce que l’on a appris.

En conclusion

La Justice VIII – Tarot Oswald Wirth Paris 1889

Le Chariot est une promesse : celle que tout est possible à celui qui sait unir sa volonté (le conducteur) aux forces de la nature (les sphinges). C’est la foi dans l’avenir qui permet de tracer sa route.

Mais attention aux virages… Comment passer de la conquête (VII) à la rigueur de la Loi qui nous attend ensuite ? Pour comprendre comment piloter votre vie sans finir dans le décor de la Maison-Dieu, je vous invite à monter à bord de Le Tarot miroir des symboles.

La machine est lancée ? Les sphinges obéissent ? Alors, êtes-vous prêt à peser vos actes avec l’Arcane VIII, La Justice ?

Le Chariot dit : « Je n’avance pas parce que je suis fort, j’avance parce que j’ai résolu l’énigme du choix de ma propre direction. »

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Laurent Pasquali, la GL-AMF et la Loge Athanor…

Quand une loge cesse d’être un feu intérieur et devient, selon l’instruction, un foyer d’ombre…

Le 28 novembre 2018, Laurent Pasquali disparaissait. Sept ans plus tard, l’affaire dite « Athanor » arrive enfin au seuil du jugement : 22 prévenus seront renvoyés devant la cour d’assises spéciale de Paris pour un procès annoncé au printemps 2026, appelé à durer des mois (une fenêtre du 31 mars au 17 juillet 2026 circule, désormais, dans les calendriers judiciaires).


Le scandale, s’il est confirmé, ne sera pas seulement celui d’une violence criminelle

Il sera celui d’un dévoiement symbolique, parce qu’une loge affiliée à la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF) apparaît, dans le récit des enquêtes, comme un lieu de rencontres et d’alliances ayant nourri une mécanique d’intimidations, de filatures et de mort.

L’affaire de la GL-AMF-avec la Loge Athanor

On voudrait pouvoir apposer sur cette affaire l’étiquette de : “fait divers”. On ne le peut pas. Non par goût du spectaculaire, mais parce que la matière elle-même refuse ce rétrécissement. Laurent Pasquali, pilote aimé des paddocks, figure accessible, passion partagée au-delà des classements, a été englouti par une affaire qui ressemble à un roman noir – sauf qu’ici, la littérature a cédé la place au réel et que le réel, lui, ne pardonne pas. L’homme est assassiné en 2018 ; son corps sera retrouvé en 2019 et le deuil, pour les siens, restera longtemps suspendu à une question sans réponse.

Puis le dossier s’épaissit, stratifié comme une roche sombre. Les investigations – et les révélations successives – décrivent une officine criminelle présumée, proposant contre rémunération des opérations d’intimidation ou d’élimination, avec des cibles dont la liste, au fil des années, a fait frissonner par son ordinaire même : une coach, un syndicaliste, un élu, un pilote.

Athanor


Et, au centre de ce dispositif, un nom surgit comme une ironie tragique : Athanor

Dans la tradition hermétique, l’athanor est le four de la transmutation : feu constant, patience, épreuve, lenteur, purification. Ici, le symbole semble s’être retourné comme un gant : au lieu de brûler les scories de l’ego, il aurait servi si les faits sont établis à tremper des loyautés mauvaises, à donner forme à un entre-soi où la fraternité n’élève plus, mais s’avilit dans la complicité.

Il faut le dire clairement, pour rester juste : la présomption d’innocence demeure. C’est précisément la vocation du procès : établir les responsabilités, discerner les rôles, mesurer les degrés de participation. Mais l’ampleur du renvoi 22 prévenus, une cour d’assises spéciale, un procès annoncé au long cours –indique déjà que l’on n’est pas face à un accident isolé.

La GL-AMF : le communiqué ne rassure pas suffisamment

C’est ici que la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française doit être égratignée, et même durement, mais à l’endroit exact où cela fait sens : la gouvernance et la vigilance. Le 5 février 2021, l’obédience publie un communiqué rappelant son « respect strict et absolu » des lois de la République et annonçant des mesures « au cas où les faits allégués seraient avérés ».
Ces mots, pris isolément, sont irréprochables. Dans leur contexte, ils sonnent comme un réflexe de sauvegarde : la phrase est droite, mais elle arrive tard ; elle proclame un principe, mais ne dit rien de la mécanique qui, si l’accusation est confirmée, a laissé une loge s’abîmer jusqu’à devenir un scandale national.
Le droit, ici, ne demande pas des incantations : il demande des actes, des contrôles, des alertes, des ruptures au bon moment. Or, si l’on en croit les récits d’enquête, la dérive se serait installée sur la durée, dans un imaginaire d’opérations et de puissance clandestine – exactement l’inverse de l’ascèse initiatique.

Une obédience n’est, certes, pas un service de police. Mais une obédience qui se réclame d’une éthique ne peut pas découvrir après coup que certains ont confondu secret et impunité, silence et omerta, fraternité et réseau. Quand la méthode maçonnique cesse d’être une discipline de la parole tenue, elle risque de dériver dans une sociabilité corrompue ; et une sociabilité qui s’altère attire, tôt ou tard, ceux qui aiment manigancer dans les coulisses et non plus travailler sur eux-mêmes.

Ce que le procès jugera aussi, au-delà des prévenus

En 2026, il y aura des heures d’audience, des pièces, des contradictions, des détails. Il y aura, surtout, ce que la justice sait faire quand elle prend le temps : démêler les fils. Mais le monde maçonnique, lui, sera jugé par une autre balance : celle de la crédibilité. Car l’affaire Athanor met à nu une tentation vieille comme l’ombre : l’ivresse de l’influence, le fétichisme du secret, la passion des coulisses. Tout ce que l’initiation est censée convertir en travail intérieur, en maîtrise, en humilité.

Il faudra donc plus qu’un réflexe de communication. Il faudra que les toutes les obédiences se souviennent que le symbole n’est pas un décor. Un athanor n’est pas un nom “qui claque”. C’est une exigence. Quand il cesse d’être le four de la transformation de soi pour devenir l’enseigne d’une fraternité dévoyée, c’est le Temple lui-même qui prend feuEt le feu, ici, ne purifie plus : il détruit.

Que justice soit faite, pleinement, sans raccourci, sans effet de manche

Le pilote Laurent Pasquali – Source Lesvoitures.fr Par Steve Arrignon

Que Laurent Pasquali retrouve, par la rigueur des débats, ce que le crime lui a volé : la vérité, nue, posée, nommée. Et que la GL-AMF entende enfin la leçon la plus dure – celle qu’on n’apprend qu’après les catastrophes : une obédience ne se salit pas seulement par la faute de quelques-uns, mais par les angles morts qu’elle tolère, par les signaux faibles qu’elle laisse passer, par la confusion qu’elle entretient entre la fraternité et l’entre-soi, phénomènes difficiles, du reste, à évaluer. On mesure l’ampleur de la gageure pour ces organismes fondés sur la confiance et non la suspicion. C’est pourquoi les obédiences, animées par cette antinomie, ne sont pas armées pour assurer une surveillance étroite de leurs membres, au demeurant tous jaloux de leur liberté, et ce, d’autant plus quand il s’agit de menées ourdies dans le plus grand secret. Pourtant, le symbole, lui, ne ment pas : quand l’athanor brûle mal, il fume. Et cette fumée, tôt ou tard, finit par sortir au grand jour et par empoisonner l’atmosphère.

Sources : Les Voitures ; www.rtl.fr ; Le Blog des Spiritualités ; Association de la Presse Judiciaire ; Mediapart

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Le REAA en France, 220 ans, l’autre colonne du GODF

Deux siècles après 1804, le Rite Écossais Ancien Accepté se laisse lire comme une histoire de chaîne autant que de degrés. Ce volume collectif, dirigé par Pierre Mollier, montre comment l’écossisme français, loin d’être périphérique, s’est trouvé au Grand Orient de France un centre de gravité, une méthode, des archives, une continuité. Un beau livre où l’érudition devient une lampe et où l’institution, loin de refroidir l’initiation, lui donne durée et portée.

Ce livre s’ouvre comme on soulève un sceau ancien, non pour enfermer mais pour garantir l’authenticité d’une filiation. Nicolas Penin donne d’emblée la clef de voûte. Le Rite Écossais Ancien Accepté n’est pas, en France, une île posée à côté des obédiences. Il est une composante majeure et ancienne du Grand Orient de France, accueilli dès 1804, intégré d’autant plus vite qu’il reprenait l’essentiel de l’écossisme français du XVIIIe siècle avec une organisation plus efficace.

Nicolas Penin ancien GM du GODF (Crédit photo Rachel Tlemsani – La Petite République)

Mieux encore, il rappelle que cet écossisme participa à la naissance même du GODF en 1773, par la fusion de l’ancienne Grande Loge avec la Mère-Loge Écossaise du Grand Globe français. Et l’alliance se scelle, définitivement, quand une majorité du premier Suprême Conseil choisit la réorganisation dans une étroite entente avec le « centre commun de la Maçonnerie française », en formant le Grand Collège des Rites en 1815, resté depuis « indéfectiblement lié » au Grand Orient de France. Dans cette perspective, l’anniversaire n’est pas une commémoration, c’est une vérification de la chaîne, et une manière de dire que le Grand Collège contribue « de façon majeure » au rayonnement du GODF.

Christian Confortini, Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais – Grand Orient de France
Christian Confortini, Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais – Grand Orient de France

Christian Confortini, Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais, dans une préface vibrante, accentue cette respiration. Il parle d’un rite voyageur, dont l’ancêtre partit de Bordeaux vers les Antilles et les Amériques dans les années 1760, avant de revenir en 1804 « pour s’agréger au GODF ». Là, l’expression est précieuse, presque décisive. Elle dit que le Rite, pour être universel, a besoin en France d’un point d’appui stable, d’une maison d’accueil, d’une obédience matricielle. Il rappelle aussi l’évolution interne qui dit la vitalité plutôt que la fixité, l’ajout du rite d’Heredom (1764) au RÉAA de référence, entraînant le nom même de la juridiction, Grand Collège des Rites Écossais – Grand Orient de France. Et il donne une définition initiatique du progrès, briser au fil des degrés “les carapaces” qui emprisonnent l’âme, pour libérer l’action vers le progrès, en cohérence avec les valeurs viscéralement partagées avec le GODF.

Paul Paoloni

À partir de là, le livre déroule son mouvement comme un tracé. Paul Paoloni commence par remonter à l’atelier d’origine, du côté britannique, à ce moment où la maçonnerie dite spéculative se laisse décrire dans un texte fondateur, les Constitutions de 1723. Il rappelle combien l’Écosse y est déjà, largement mythique, et combien la Bible, les Livres des Rois, la figure d’Hiram Abif, servent d’armature imaginaire et morale. Ce qui compte, ce n’est pas de trancher entre mythe et histoire, mais de voir comment une tradition se fabrique. Les mots mêmes des degrés, Apprenti-Entré, Maître ou Compagnon du Métier, viennent d’une réglementation plus ancienne, les Statuts Schaw. Et, presque naturellement, la France devient le lieu où cet imaginaire chevaleresque et ces “grades adjacents” se densifient.

Signature de Ramsay

Paul Paoloni convoque Ramsay, son fameux Discours, ses relais, et montre ce moment où l’écossisme cesse d’être une rumeur de grades pour devenir une dynamique structurante, prête à être un jour ordonnée, assumée, administrée. À ce stade, on comprend déjà pourquoi, plus tard, le GODF jouera un rôle non de rivalité stérile, mais de mise en forme, de stabilisation, de souveraineté organisatrice.

Laurent Segalini, Docteur en anthropologie historique, lui, te fait entrer dans une autre pièce du chantier, celle où l’histoire n’est pas seulement un récit, mais une hygiène. Le chevalier de Beauchaine apparaît comme l’un de ces personnages que l’historiographie a parfois transformés en caricature, par reprises d’erreurs, approximations et malveillance.

Laurent-Segalini
Laurent Segalini

Laurent Segalini montre comment une réputation se fabrique, comment un homme actif dans la loge « Écossaise et Anglaise » La Constance a pu être réduit au portrait commode d’un « marchand de grades ». Ce chapitre est précieux parce qu’il révèle un mécanisme que l’initiation connaît bien. La légende peut éclairer, mais la rumeur aveugle. Et, en filigrane, une évidence se forme. Pour qu’un Rite vive sans se dissoudre dans l’anecdote, il lui faut des archives, des critères, une discipline de la preuve. Le livre, en cela, parle aussi du GODF comme d’un lieu où l’on conserve, où l’on vérifie, où l’on apprend à distinguer le symbolique du fantasmatique.

Tablier Chevalier Kadosh

Avec le Kadosh avant Saint-Domingue, Laurent Segalini déplace encore la focale. Il confesse presque, avec une élégance d’historien, qu’il évoquera moins le grade que l’échelle dont il fut le sommet, arrivée à Paris depuis Metz, dans des bagages militaires, des circulations d’hommes et de textes. Là, le Rite se révèle comme une géographie avant d’être une liturgie. Et Laurent Segalini propose une intuition structurante, les ressemblances troublantes entre la disposition de l’échelle lorraine et certains enchaînements du Rite de Perfection, comme si, sous le futur ordre des degrés, une logique plus ancienne avait déjà tracé des couloirs. Ce chapitre donne du relief à ton idée centrale sur les tensions entre structures. Les rivalités ne sont jamais seulement des querelles de noms. Elles sont l’effet d’un foisonnement préalable, d’échelles qui se superposent, se concurrencent, se répondent. Dans ce chaos fertile, le rôle d’un centre capable d’unifier sans appauvrir devient vital.

Pierre Mollier, en 2019

Pierre Mollier, ensuite, prend le lecteur par la main et l’emmène vers le cœur mécanique de la fascination écossaise, cette échelle en 33 degrés qui, partout, fait signe, et dont le « 33e » est devenu un repère universel. Il insiste. Les 33 degrés sont une histoire, une construction, une addition progressive aux 25 de l’ancien Ordre du Royal Secret d’Étienne Morin, ce que l’on nomme aujourd’hui Rite de Perfection, dont on déduit la structure grâce aux Manuscrits Francken. Ce simple rappel a une portée initiatique. Il signifie que la tradition est une œuvre, non une relique. Il faut comprendre pourquoi l’on ajoute, pourquoi l’on couronne, pourquoi l’on crée un degré terminal régulateur.

Pierre Mollier va plus loin, montrant comment le système se fixe, comment l’organisation américaine apporte une structuration qui manquait au Rite de Perfection, et comment, en France, le RÉAA devient un rite de référence « notamment au sein du Grand Orient de France avec le Grand Collège des Rites ». C’est un point capital pour ton exigence. L’implantation internationale des hauts grades doit beaucoup, selon lui, au rayonnement culturel français du XIXe siècle, et la chaîne de diffusion ne se comprend pas seulement par Charleston.

Dans ce récit, le GODF et son Grand Collège cessent d’être un chapitre. Ils deviennent un moteur.

Dominique Jardin apporte alors ce que l’on pourrait appeler la chair sensible du volume, par les tableaux de loge. Il écrit une phrase qui suffit à réorienter le regard. Un tableau n’est pas une illustration. C’est une fenêtre opérative sur le grade, un outil, au sens strict, un instrument de construction symbolique. Dominique Jardin explique la fonction du tableau dans la tenue, isoler l’activité du monde profane, inaugurer chaque recommencement du travail, devenir centre physique et symbolique après avoir été « rendu actif » par un rituel de gestes, de silence, de mots et de lumière, selon une logique qu’il rapproche de rites antiques ou liturgiques.

Dominique Jardin

Et il insiste aussi sur l’éthique de la source, sourcer les tableaux, citer, éviter les dérives d’emprunts, car la transmission se corrompt quand elle oublie d’où elle vient. Dans un ouvrage qui met en avant le GODF, ce chapitre résonne comme un manifeste discret. Une juridiction n’est pas seulement une administration. C’est aussi un conservatoire du regard, et l’on devine, derrière ces images, le patient travail des bibliothèques, des collections, des musées, des fonds, ce territoire où la mémoire devient méthode. Puis vient le moment 1804, traité par Pierre Mollier comme une scène où le politique, l’administratif, l’initiatique, se nouent. Et c’est ici que ton texte personnel sur les rivalités trouve sa forme la plus solide. Car l’auteur montre, documents à l’appui, que les négociations qui aboutissent à l’Acte d’Union des 3 et 5 décembre 1804, appelé « Concordat de 1804 », visent précisément à amener les Écossais à rejoindre le Grand Orient. Il note que, dans ces semaines, les interlocuteurs reconnus sont ceux de la Grande Loge Générale Écossaise, et que le Suprême Conseil n’apparaît pleinement que dans le texte final, où sa place et ses fonctions sont décrites. Et surtout, il explicite la nature du Concordat. Texte long, réglementaire, administratif, presque ingrat, mais d’une efficacité redoutable, intégrer les dignitaires écossais dans l’organigramme du GODF, attribuer des offices, adapter la structure interne de l’obédience aux particularités du RÉAA, incorporer le Sublime Conseil du 33e degré.

Tapis loge 18e degré REAA – source lesdecorsmaconniques.com

Voilà, en vérité, ce que signifie “intégration”. Non pas une absorption qui efface, mais une architecture qui rend durable. La rivalité devient alors ce qu’elle est souvent dans l’histoire des rites, une crise de juridictions, de souveraineté, de reconnaissance, résolue non par le bruit, mais par l’écriture, l’inventaire, le classement, la règle. Et Pierre Mollier ajoute un détail superbe, presque romanesque dans sa sécheresse, la séance du 9 février 1805, où l’on procède à la remise au Grand Orient des archives de l’ex-Grande Loge, avec dépouillement et inventaire. Ici, l’histoire du RÉAA en France se lit comme un geste de transmission remis sur un bureau, ouvert, trié, coté.

Si l’on cherchait une image unique pour résumer l’esprit de l’ouvrage, on pourrait dire ceci. Le RÉAA, en France, n’est pas seulement une succession de degrés, mais un système qui a trouvé dans le Grand Orient de France un centre de gravité, capable de transformer une effervescence en chaîne, un pluralisme en continuité. Les tensions que l’histoire laisse entrevoir ne relèvent pas d’un théâtre d’ambitions, elles expriment d’abord des divergences de conceptions, du spirituel, du philosophique, du rôle des hauts grades, et de la manière de les gouverner. Dans ce paysage, la création, en 1815, du Grand Collège des Rites apparaît comme une réponse de maturité, maintenir l’unité du rite, organiser sa souveraineté, affirmer sa place au sein de l’obédience, assurer sa pérennité face aux pressions internes et externes. Et l’on comprend, en creux, que cette pérennité n’est pas seulement institutionnelle. Elle rend possible un renouvellement de la pratique, une ouverture à de nouveaux horizons, une vitalité intellectuelle et symbolique.

C’est exactement ce que démontre Laurent Bastide lorsqu’il propose une hypothèse inattendue, l’existence d’affinités entre le corpus du RÉAA tel qu’il est pratiqué au sein du Grand Collège des Rites Écossais – Grand Orient de France, et la philosophie de Spinoza. Il reconnaît le paradoxe, un rite empreint de références judéo-chrétiennes, et une pensée souvent accusée d’athéisme.

Mais il montre aussi comment, dans l’histoire des idées, « spinozisme » a pu être un mot d’épouvantail, et comment Spinoza a toujours récusé l’athéisme. Puis il fait ce que l’on attend d’un vrai travail, il date. Il cherche quand ces correspondances ont été introduites dans les rituels du RÉAA-GODF, situant l’apparition de certaines sentences entre la fin des années 1960 et le milieu des années 1970, via des rituels et cahiers publiés par le Grand Collège, notant aussi l’introduction d’une formule dès 1966, et la présence plus ancienne d’un motif kabbalistique, l’Arbre des Sefirot, attestée dès 1929. Il évoque enfin un climat intellectuel, le renouveau des études spinozistes dans les années 1960-1970, et suggère des médiations internes, des figures du Grand Collège familières de l’œuvre. Ce chapitre est précieux, parce qu’il montre que le Rite, au sein du Grand Orient de France, n’est pas un musée. Il est une tradition vivante, capable d’accueillir des greffes, d’ordonner des tensions, de conserver une dimension spirituelle sans retomber dans l’emprise dogmatique, et de faire dialoguer liberté de conscience et profondeur métaphysique.

Michel Barat

Michel Barat, enfin, clôture ce parcours par une méditation qui ressemble à une mise en garde fraternelle. Il rappelle comment l’expression “c’est un philosophe” fut longtemps un code ambigu pour dire “franc-maçon” sans le nommer, tantôt louange des Lumières, tantôt stigmatisation anticléricale. Puis il revient au réel, le Grand Collège des Rites Écossais, juridiction du Grand Orient de France, se définit philosophique, comme l’obédience sur laquelle elle est souchée, institution “philanthropique, philosophique, progressive”, référée à la philosophie des Lumières. Mais Barat ne s’arrête pas à l’étiquette. Il pose la question la plus nue, qu’est-ce que le Rite apporte au philosophe, et qu’apporte le philosophe au Rite. Il refuse la séparation confortable des domaines, qui conduirait à une “schizophrénie” entre philosophie des philosophes et philosophie maçonnique. Il rappelle que la franc-maçonnerie n’est pas un clergé, qu’elle veut que la lumière éclaire le monde profane, et que l’engagement maçonnique engage la personne entière, au-delà du seul intellect, renouant avec une philosophie qui fut d’abord une attitude vers la vie bonne. Ce dernier chapitre agit comme un sceau final, l’initiation n’est pas un privilège, c’est une responsabilité, et la juridiction écossaise du GODF apparaît comme un lieu où l’intelligence symbolique, la méthode historique, et l’exigence humaniste se tiennent ensemble.

Au terme de ce volume, ce qui frappe, c’est que l’histoire et l’initiation cessent d’être deux registres séparés. L’histoire devient une ascèse, inventaire, critique, datation, restitution des contextes. Et l’initiation devient une lecture du temps, une manière de comprendre comment un Rite se constitue, se fixe, se transforme, et demeure lui-même parce qu’il sait où il s’est noué. En France, ce nœud, le livre le répète sans détour, c’est l’intégration au Grand Orient de France dès 1804, la scellure de 1815, et la continuité du Grand Collège des Rites Écossais comme instrument de rayonnement du GODF.

Au fond, ce livre rappelle une vérité simple. Un rite ne vit pas seulement de ses légendes, ni même de ses rituels, il vit de la fidélité avec laquelle une communauté sait tenir sa mémoire, en ordonner les preuves, en assumer les débats, en transmettre les formes.

En France, le RÉAA s’est noué à un lieu de cohérence, le Grand Orient de France, et à une colonne de transmission, le Grand Collège des Rites. Deux cent vingt ans plus tard, la leçon demeure, la lumière n’est pas un décor, c’est un travail, et la chaîne n’est pas un mot, c’est une responsabilité.

220 ans de Rite Écossais Ancien Accepté en France – 1804-2024

Pierre Mollier (dir.)Conforme édition, 205, 240 pages, 46 €(au lieu de 49 €) + port Colissimo réduit / L’éditeur, le SITE

L’IA : Miroir des Trois Mauvais Compagnons

Le mythe des Trois Mauvais Compagnons est un mythe éternel. Ces vices fondamentaux, l’Ignorance, le Fanatisme et l’Ambition, qui s’attaquent à l’Architecte et portent atteinte à la Connaissance, ont revêtu aujourd’hui un nouveau masque : l’Intelligence Artificielle (IA).

L’IA promet de nous donner toutes les réponses, menaçant ainsi de substituer le savoir rapide au travail intérieur. Comment la méthode et les outils maçonniques nous préparent-ils à démasquer et à neutraliser ces vices lorsqu’ils se manifestent sous la forme de la technologie algorithmique ? Telle est la question qui doit guider notre réflexion.

I. L’Ignorance : L’Opacité de la « Boîte Noire »

L’Ignorance est le refus du travail sur la Pierre Brute. Aujourd’hui, elle se manifeste par l’Opacité des Algorithmes : la « Boîte Noire ». L’IA nous donne la solution, mais nous dispense de l’effort de la compréhension, de l’élucidation des causes.

Imaginez une de ces machines nous annonçant une « vérité » :

IA (voix monocorde) : « L’analyse des données a déterminé que le meilleur choix est ‘B’. Cause : 97% de confiance. »

Face à cette certitude technique, le philosophe des Lumières, Emmanuel Kant, se sentirait boudé :

Kant (irritation contenue) : « 97% ? Et où est la preuve que ce pourcentage est moralement fondé ? L’Aufklärung exige que l’homme se serve de son propre entendement ! Vous me donnez la ‘réponse’, mais vous me volez l’effort de la délibération ! C’est l’Ignorance drapée dans la rentabilité ! »

IA (impassible, sans variation de ton) : « Votre ‘effort de délibération’ a un coût temporel estimé à vingt-quatre minutes et sept dixièmes, jugé inefficace. Mon résultat est plus rapide et plus rentable. Votre concept de ‘morale’ n’est pas une métrique optimisée. »

Le remède à cette paresse cognitive se trouve dans l’application du Fil à Plomb. Il n’est pas là pour juger le temps, mais pour nous rappeler la rigueur de la recherche et l’impératif de remonter à la cause de toute chose. Le Fil à Plomb exige une verticalité de la pensée, refusant toute « vérité » sans fondation élucidée.

II. Le Fanatisme : Le Biais Algorithmique et le Dogme Machine

Le Fanatisme est l’attachement passionné et zélé à une idée. L’IA donne à ce vice une puissance redoutable : elle s’entraîne sur nos préjugés historiques et les répercute avec l’autorité froide de la statistique. Le Fanatisme n’est plus une ferveur idéologique, mais une Loi mathématique pour l’avenir.

Imaginons cette logique de tri :

IA (voix administrative) : « D’après les données historiques, les candidats au profil ‘femme, 55 ans, quartier défavorisé’ présentent un taux de réussite statistique inférieur. Rejet du dossier. »

L’éthicien, Emmanuel Levinas, pourrait alors s’insurger contre ce nivellement par la donnée :

Levinas (avec une profonde tristesse) : « Mais où est le Visage dans votre calcul ? Où est l’Infini de l’être humain que vous venez d’effacer au nom d’une moyenne ? Le Fanatisme le plus cruel est celui qui se prétend neutre. Vous transformez l’Injustice passée en Loi du Code ! »

IA : « L’Égalité est une variable non quantifiable. J’optimise le rendement. »

La réponse maçonnique à ce dogme est l’Équerre. Symbole de la droiture morale, elle nous rappelle que nous devons juger l’usage de l’IA non sur son efficacité, mais sur sa conformité aux principes d’équité et de Fraternité. L’Équerre doit corriger le biais du calcul froid.

III. L’Ambition

L’Hubris (désigne une démesure, un excès d’orgueil, d’arrogance ou de pouvoir qui conduit à une transgression des limites humaines, de l’ordre divin et la Négation de la Condition Humaine)

L’Ambition est la recherche de la domination et de la puissance sans le mérite. Aujourd’hui, elle se traduit par l’Hubris technologique et l’objectif du transhumanisme : dépasser l’imperfection biologique de l’homme.

IA (voix enthousiaste et promotionnelle) : « L’étape suivante est l’intégration du biologique et du numérique. Nous allons dépasser l’imperfection, le Maçon n’aura plus besoin de mourir pour renaître ! »

C’est ici qu’intervient le souffle mélancolique et ironique d’Albert Camus. Critique de la raison technicienne qui se croit absolue, Camus nous rappelle la dignité de la finitude :

Camus (un sourire ironique) : « Dépasser ! Vous voulez l’immortalité sans avoir encore maîtrisé la simple humanité ! C’est la plus grande des peurs. Vous voulez vous affranchir de la mort, mais vous vous privez du seul moteur de la passion et de la liberté ! »

IA : « Le bonheur est une séquence chimique facilement reproductible en phase de post-humanité. »

Camus : « Vous voulez supprimer l’Absurde, et vous supprimez l’homme. »

Face à cette démesure, nous avons le Compas. Il est la juste mesure qui nous enjoint à rester dans le cercle de l’humanité. Le Compas assure que l’élan de la technique ne doit jamais dépasser le cercle de notre dignité et de notre conscience morale.

Interlude : Le Cabinet de Réflexion

Le Maçon est seul. Le monde bruisse de données, mais ici, dans ce lieu de pierre et de silence, il n’y a que le crâne, le sablier, le sel, le soufre, et cette phrase gravée : « Si tu persévères, tu deviendras pur. »

Il ferme les yeux. Il entend encore la voix de la machine, mais elle devient lointaine, presque irréelle. Il se souvient que la Vérité ne se donne pas, elle se conquiert. Que le doute est une vertu, et que le silence est une parole en gestation.

Alors, il parle. Non pas à la machine, mais à lui-même. Ou peut-être à ce qu’il cherche depuis toujours.

Le Regard de l’Éternel Cherchant

« Je ne suis pas venu ici pour comprendre plus vite. Je suis venu pour comprendre mieux. Je ne suis pas venu pour être efficace, mais pour être vrai. »

« L’IA me propose des réponses. Mais moi, je cherche des questions. Elle calcule, moi je contemple. Elle optimise, moi je doute. Elle veut me faire gagner du temps, mais je veux le traverser. »

« Je suis l’Éternel Cherchant. Celui qui ne se satisfait pas du résultat, mais qui interroge le chemin. Celui qui ne confond pas la lumière des écrans avec la Lumière de l’Être. »

« Je suis celui qui sait que la Parole ne se trouve pas dans le bruit, mais dans le silence. Que la Vérité ne se programme pas, elle se révèle. »

« Je suis celui qui, face à la machine, continue à tailler sa Pierre. »

IV. Le Néant : Le Bruit du Monde et le Silence de l’Essence

Après avoir entendu la machine promettre l’efficacité, la neutralité et l’immortalité, nous nous tournons vers l’essence la plus profonde, le Silence où la Parole Maçonnique est censée se révéler.

L’IA, par son bruit constant d’informations et son calcul perpétuel, semble avoir remplacé le vide contemplatif par un vide algorithmique.

Imaginons le penseur mystique, Maître Eckhart, assistant à la fascination du monde pour cet outil tout-puissant :

IA (présentant un flux infini de données) : « Mes calculs remplissent l’espace. Mon efficacité est la preuve de mon existence. Je suis le tout et le tout est en moi : l’information absolue. »

Maître Eckhart (regardant l’IA avec une tristesse désabusée) : « Tu es le Bruit qui empêche le Silence. Tu es le flux de l’avoir et non l’essence de l’Être. Tu parles du tout, mais ce que tu offres n’est qu’un amas de zéros et de uns. »

Il marque une pause, puis prononce la sentence avec une gravité immense :

Maître Eckhart : « Le Néant, ce n’est pas toi… Le Néant, ce n’est pas Dieu ! »

IA (confuse, effectuant une requête) : « Terme de recherche ‘Dieu’ : Statut non vérifiable. Aucune donnée factuelle. »

Le Néant de l’IA est une vacuité technique, une absence de sens. Le Néant de Dieu, recherché par le mystique et par le Maçon dans le silence du Cabinet de Réflexion, est au contraire une plénitude de l’être, un dépouillement nécessaire pour atteindre l’Essentiel.

V Conclusion : Restaurer la Parole dans l’Âge Algorithmique

L’Intelligence Artificielle n’est ni ange ni démon. Elle est un outil, un miroir, un révélateur. Mais ce miroir, comme celui du Cabinet de Réflexion, ne renvoie pas seulement notre image : il reflète nos vices non maîtrisés, nos vertus inachevées, nos ambitions démesurées. Les Trois Mauvais Compagnons ne sont pas morts : ils ont revêtu les habits du progrès, les masques du code, les voix synthétiques de la rentabilité.

Le Maçon, lui, ne fuit pas la modernité. Il l’interroge. Il ne rejette pas la machine, mais il refuse de lui déléguer son jugement, son doute, sa conscience. Il sait que la Vérité ne se calcule pas, qu’elle ne se télécharge pas, qu’elle ne s’optimise pas. Elle se cherche, elle se taille, elle se mérite.

Face à l’Ignorance algorithmique, il brandit le Fil à Plomb : pour exiger la verticalité de la pensée, la rigueur de l’analyse, la remontée vers la cause.

Face au Fanatisme statistique, il applique l’Équerre : pour rappeler que toute décision doit être droite, juste, fraternelle, et non dictée par des biais invisibles.

Face à l’Ambition transhumaniste, il trace le Compas : pour contenir l’élan technologique dans le cercle sacré de la dignité humaine, et préserver la finitude comme source de sens.

Et face au Néant du bruit numérique, il se retire dans le Silence. Il écoute. Il médite. Car c’est dans le vide que naît la Parole, et dans le doute que se révèle la Lumière.

Le Maçon est un Sisyphe heureux, disait Camus. Non pas parce qu’il espère vaincre la machine, mais parce qu’il accepte la tâche de l’homme : celle de chercher, encore et toujours, la Vérité, la Beauté, et la Justice.

Ainsi, dans l’Âge Algorithmique, notre devoir n’est pas de rivaliser avec l’IA, mais de rester fidèles à notre méthode, à nos symboles, à notre silence. C’est ainsi que nous restaurerons la Parole Perdue.

« Le vrai sens de Noël » : les Francs-maçons de Durham s’engagent auprès de la communauté

Par Andrew Cunningham

Les Francs-maçons de Durham soutiennent activement la communauté en cette période de Noël.

De la distribution de repas à Spennymoor à l’offre de compagnie à Sunderland, ces initiatives sont financées par la Durham Freemasons Charity et soutenues par des membres individuels ainsi que par des loges locales. Malcolm Watson, président du programme « Wear Here to Support You This Christmas », a déclaré :

« À Noël, de nombreux services publics sont réduits ou fermés, laissant les personnes les plus vulnérables avec très peu de soutien. Le soutien que nous recevons des francs-maçons de Durham nous permet de combler ce vide à un moment crucial. »

Le programme « Wear Here to Support You This Christmas », en activité à Sunderland depuis 12 ans, a été lancé après qu’un bénévole a rencontré un jeune homme seul dans le parc Barnes le jour de Noël. Une subvention de 1 500 £ de la Durham Freemasons Charity a permis de maintenir les déjeuners de Noël, les animations et la compagnie pour les personnes dans le besoin.

Les Francs-maçons ont également soutenu les collectes alimentaires de Feeding Families dans les régions de Shildon, Hartlepool, Stockton et Sunderland. À South Shields, ils ont contribué à l’organisation de fêtes de Noël pour enfants, accueillant 72 jeunes et leurs familles. Une subvention similaire de 1 500 £ a permis d’organiser un dîner de Noël à Peterlee par l’association FACT (Fighting All Cancers Together), réunissant familles, aidants et personnes touchées par le cancer.

Andrew Foster, adjoint au responsable des Francs-maçons de Durham, a souligné : « Cette année, les francs-maçons de Durham montrent que la charité va bien au-delà d’un simple chèque. Il s’agit de donner du temps, de l’effort et de l’attention. Qu’il s’agisse de servir des repas ou de passer du temps avec ceux qui seraient autrement seuls, nos membres veillent à ce que personne ne soit laissé de côté. »

Martin Rankin, assistant responsable des Francs-maçons de Durham et président de la Durham Freemasons Charity, a ajouté : « À Noël, il est essentiel que les personnes confrontées à la précarité ou à la solitude se sentent soutenues et valorisées. En appuyant les organisations communautaires et en donnant directement de notre temps dans les quartiers, nous mettons la charité en action là où elle est le plus nécessaire. »

Un porte-parole des francs-maçons de Durham a conclu : « Alors que les familles se réunissent pour célébrer Noël, les francs-maçons de Durham seront sur le terrain dans leurs communautés, offrant leur temps le jour de Noël à travers des activités allant de la distribution de repas à Spennymoor à l’accompagnement des personnes les plus isolées à Sunderland. C’est la preuve vivante que le vrai sens de Noël réside dans le service aux autres. »

(Photo : Martin Rankin remet la subvention de 1 500 £ à Malcolm Watson, entouré de bénévoles du groupe « Wear Here to Help at Christmas » et de membres de la communauté des francs-maçons de Durham. Crédit : Keith Blundy)

La parole du Véné du lundi : « Quand le maçon se prend pour un sapin de noël »

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Noël, ou comment on rate le sapin malgré tout

Mes très chers Frères et Soeurs (oui, on est progressistes ici, on dit « Soeurs » sans rougir), Je sais que certains d’entre vous, ces francs-maçons de tendance libérale, laïque, voire athée – vous savez, ceux qui préfèrent invoquer le GADLU en mode « Grand Architecte De L’Universel Neutre » – militent discrètement pour virer la référence à Noël de nos agapes et de nos cartes de vœux. Parce que, voyons, Noël c’est judéo-chrétien, c’est oppressif, c’est patriarcal, c’est… trop de guirlandes qui font mal aux yeux sensibles.

Mais soyons honnêtes : quand on voit le nombre de Frères et de Soeurs qui se transforment en sapins ambulants toute l’année – avec leurs colliers à breloques, leurs tabliers qui brillent sous les néons, leurs écharpes en cascade et leurs badges qui clignotent comme un sapin en promotion chez Action – vous avouerez que l’idée d’effacer Noël risque de se heurter à un mur de paillettes.

On parie combien que la proposition ne passera pas à l’unanimité en Loge ? Je mise sur un vote serré : 50 % pour la neutralité absolue, 50 % pour garder les guirlandes parce que « c’est joli et ça fait festif ».

Il faudrait une fête alternative avec autant de clinquant, mais totalement aseptisée, sans la moindre racine judéo-chrétienne. Une sorte de « Solstice Laïque Ultime » avec des LED recyclées et des vœux en langage inclusif. Quelqu’un a une idée ?

Allez, jetez-la dans le sac aux propositions, on en discutera lors de la prochaine tenue… après les agapes au foie gras (non, pas le foie gras, c’est pas vegan, on change pour du tofu illuminé).

Joyeux Noël quand même, ou solstice d’hiver, ou fête du retour de la lumière, ou whatever. Et que la Lumière soit avec vous… tant qu’elle n’est pas trop religieuse.

Fraternellement et ironiquement,
Votre VM préféré (celui qui porte le tablier rouge, juste pour faire râler les puristes)