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EXCLUSIF – Interview de Maurice Leduc : Grand Maître National du DH

Maurice Leduc est le Grand Maître National de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain élu le 29 août dernier

Depuis son élection le 29 août 2025, Maurice Leduc exerce la fonction de Grand Maître National de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain. Psychologue clinicien de formation, engagé dans l’accompagnement des personnes vulnérables, il apporte son expérience humaniste à une organisation fondée en 1893 par Maria Deraismes et Georges Martin, comptant environ 15 000 membres en France et présente dans plus de 60 pays.

Le Saviez-vous ?

Le Droit Humain est la première obédience maçonnique au monde à avoir initié des femmes, dès sa fondation en 1893, marquant un pas décisif vers l’égalité des genres dans la franc-maçonnerie.

Regard sur la prise de fonction

450.fm : Maurice, comment vous sentez-vous après presque deux mois de mandat ?

Maurice Leduc : Un peu fatigué mais enthousiaste par ce que je découvre jour après jour dans cette nouvelle fonction. Tout ne sera pas facile j’en ai conscience mais je rencontre de belles personnes, des Frères et des Sœurs, qui ont plaisir à travailler en Franc-Maçonnerie et à appartenir au Droit Humain et cela me donne de l’énergie, l’envie de m’engager davantage, de faire les choses avec ces personnes et pour elles.

450.fm : Si vous deviez résumer cette période en un mot ou en une image, lequel choisiriez-vous ?

ML : Intensité est le mot qui correspond le plus à mon vécu actuel.

450.fm : Que signifie, pour vous, porter la charge de Grand Maître National de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain ?

ML : Vous parlez de charge de Grand Maître National, or cette fonction, je ne la vis pas comme un poids à porter. Je la vis comme une volonté de me mettre au service des Frères et des Sœurs de la Fédération dans un esprit de transparence, de sincérité et de concertation pour mettre en œuvre, avec l’ensemble des élus des différentes instances de notre Fédération, les actions nécessaires au bon fonctionnement et au développement de la Fédération Française du Droit humain. C’est faire vivre la participation, déléguer en confiance aux personnes désignées et compétentes, c’est croire en l’intelligence collective. C’est représenter et faire reconnaître la Fédération au sein de la Franc-Maçonnerie française. C’est enfin une responsabilité que j’ai acceptée en conscience et dont je mesure chaque jour davantage l’importance.

Programme et ambitions

450.fm : Quels sont les grands axes de votre programme pour ce mandat qui s’ouvre ?

ML : La Fédération Française du Droit Humain a entamé depuis 2 ans une réforme structurelle qui nécessite encore quelques ajustements et qu’il nous faudra valider au prochain Convent. Il nous faut mettre en place les moyens pour accompagner les loges dans cette période de transition et apporter les réponses et les aides qu’elles sont en droit d’attendre. D’autre part, cette réforme a pour but de donner plus de place à la parole des loges et à leur action au sein de l’animation régionale, l’année maçonnique qui s’ouvre devant nous doit en permettre la mise en œuvre. Là encore il est impératif que les instances de la Fédération soient à leurs côtés.

C’est un chantier important que nous ne pouvons pas négliger bien au contraire. Une autre réflexion concerne la spécificité des territoires ultramarins évoquée depuis de nombreuses d’années, elle nécessite des ajustements et des décisions qui ne peuvent et ne doivent pas être reportés. Ensuite, le vieillissement de nos membres interroge, pourtant, dans ce monde en mutation, je suis persuadé que la Franc-Maçonnerie et, qui plus est, en mixité, est une réponse pour des jeunes en recherche de sens et de spiritualité. C’est pourquoi je souhaite, par une démarche participative, en s’appuyant sur des travaux et études menés antérieurement, ainsi que sur les idées qui ont fusé lors du dernier Convent, que nous puissions déterminer les défis qui seront les nôtres demain et dégager trois ou quatre axes de développement pour les années à venir. L’un d’entre eux sera sans aucun doute à l’attention des profanes et notamment des jeunes.

Au regard de ces axes pourront être définis les moyens à mettre en œuvre, que ce soit en communication ou en investissement. Enfin dans un souhait de partenariat obédientiel, comme le Convent l’a souhaité de ses vœux, en réponse à la montée de l’antimaçonnisme, nous nous engagerons dès sa création dans le comité de veille. Nous poursuivrons notre participation active avec d’autres obédiences françaises et européennes au sein de l’Alliance Mixte Européenne et sommes ouverts à étudier des projets communs d’investissement immobilier. Nous nous associerons à des communiqués ou actions menés au niveau inter-obédientiel, pour défendre les valeurs maçonniques dans le respect de nos différences.

450.fm : Comment envisagez-vous de renforcer la cohésion entre les loges de la Fédération française ?

ML : La cohésion entre les loges est essentielle à mes yeux. D’abord nous ne partons pas de rien, bien au contraire. Il existe déjà de riches échanges au niveau des territoires, qui se concrétisent à la fois par des visites nombreuses, mais aussi par des tenues communes voire des événements. La mise en place de la coordination de l’animation régionale, dont je vous ai parlé précédemment, sera une occasion supplémentaire de dialogue entre les loges et par là même, source de renforcement de leur cohésion. Enfin, il est normal que les Frères et les Sœurs soient très attachés à leur loge d’origine, cependant il nous faut rechercher les moyens d’intensifier davantage leur sentiment d’appartenance à la Fédération Française. Toutes les idées pour y parvenir seront bonnes à prendre.

450.fm : Quels projets spécifiques souhaitez-vous lancer pour moderniser l’obédience dans les prochains mois ?

ML : Si par moderniser vous sous-entendez rajeunir la Fédération Française, je le redis : il est urgent de mettre en œuvre encore davantage les moyens d’aller à leur rencontre dans le monde profane. À l’interne, il nous faut savoir adapter nos exigences, par exemple d’assiduité, aux problématiques que les jeunes actifs connaissent de plus en plus : mobilité de travail, garde des enfants, séparations, autre vision de la vie, savoir prendre en compte les difficultés financières. Il nous faut pouvoir les inciter à occuper des responsabilités plus importantes au sein de nos instances. Nous avons réuni sur le site de Maria Deraismes une première fois une grosse cinquantaine d’apprentis, de compagnons et de jeunes maîtres de deux régions en mai.

Cela a permis de tisser des liens, de déconstruire des représentations surfaites, de renforcer le sentiment d’appartenance et, à plus long terme, de faire germer, peut-être, l’envie de s’investir davantage au sein de la Fédération. Au vu de leur enthousiasme nous renouvelons ce type de rencontres dans quelques jours pour deux autres régions et nous le reproduirons autant de fois que nécessaire. Leur investissement est primordial pour l’avenir de la Fédération.

450.fm : En quoi votre expérience de psychologue clinicien va-t-elle influencer vos priorités en tant que Grand Maître National ?

ML : Mon expérience de psychologue clinicien m’a permis d’apprendre à écouter, à observer, à accepter l’autre dans sa différence. Cette expérience, comme celle que j’ai eue en exerçant les fonctions de Directeur Général d’Association Médico-Sociale, influence la manière dont peuvent être définies les priorités de la Fédération Française du Droit Humain. Je souhaite durant mon mandat : prendre en compte les attentes des Frères et des Sœurs et de les associer, le plus possible, à la recherche des moyens éventuels pour y répondre.

Le Saviez-vous ?

La Fédération Française est une des 24 Fédérations qui composent avec 13 fédérations Pionnières et 31 loges pionnières l’Ordre Maçonnique Mixte International le Droit Humain réparti dans plus de 60 pays sur les cinq Continents.

Les défis à venir

450.fm : Quels défis anticipez-vous dans les mois à venir, tant sur le plan interne qu’externe ?

ML : Je me refuse à ce jour de les exprimer puisqu’un collectif a été mis en place dès septembre, pour les déterminer. Ce collectif a toute latitude dans le choix de la manière dont il procédera pour mener à bien sa mission à condition que cela soit réalisé dans une concertation le plus large possible.

450.fm : Comment comptez-vous aborder les résistances au changement au sein de l’obédience ?

ML : Tout changement génère des résistances, des inquiétudes, des critiques. Nous venons d’en vivre un durant deux ans et il n’a pas failli à la règle. Pour aborder les résistances au changement il faut à mon humble avis : dire vrai, expliquer, communiquer sans cesse, informer en permanence, concerter et associer toujours, recueillir les avis, accepter les critiques, ne pas se décourager, avoir confiance, être patient et persévérer jusqu’au résultat. Maintenant, c’est plus facile à dire qu’à faire.

450.fm : Y a-t-il des sujets sociétaux que vous souhaitez voir placés au cœur des travaux des loges ?

ML : À titre personnel je préfère le travail symbolique mais pour répondre à la question plus particulièrement, concernant des thèmes sociétaux je pense à des thèmes qui concernent l’égalité Hommes-Femmes ainsi que les droits de l’enfant, ils étaient dès l’origine de notre Ordre, la préoccupation de nos fondateurs.

Près de 140 ans plus tard cette question n’est toujours pas réglée. D’une manière générale, tout sujet qui aborde le respect et la dignité humaine et la question du vivre ensemble. Il y a, me semble-t-il également, la place de la montée de la violence, ainsi que la montée d’extrêmes dont les idéologies sont contraires à nos valeurs et puis l’incontournable sujet de la place de l’IA demain dans nos vies. Mais il ne me revient pas d’influencer des Frères et des Sœurs dans le choix de leurs morceaux d’architecture qu’ils soient symboliques ou sociétaux.

L’évolution de l’ordre

450.fm : Comment souhaitez-vous faire évoluer la vie rituelle et l’organisation du Droit Humain durant votre mandat ?

ML : La vie rituelle n’est pas de la compétence du Conseil National, elle est de la compétence du Grand Conseil de la Fédération Française et du Suprême au Conseil de l’Ordre. Aussi, même si je ne suis pas indifférent à cette question, en tant que Franc-Maçon, je laisse à César ce qui appartient à César.

De même, l’évolution de l’organisation du Droit Humain est du registre du Convent International de notre ordre qui se tient tous les 5 ans et dont le prochain aura lieu en 2027 à Paris. Dans ce contexte, la Fédération Française peut présenter des propositions ou des vœux de modification. C’est pourquoi, au cours de cette année maçonnique 2025-2026, les Frères et les Sœurs de la Fédération sont invités à réfléchir et à exprimer des souhaits de modifications ou d’améliorations qui feront l’objet d’un vote lors du convent national 2026, afin qu’ils soient présentés par les Délégués Nationaux lors du Convent International. C’est un processus long, certes, mais démocratique

450.fm : Quelles initiatives comptez-vous prendre pour renforcer le rayonnement de l’ordre à l’échelle nationale et internationale ?

ML : Sur le plan national, nous continuerons à développer, dans un maximum d’Orients, les conférences et les tenues blanches ouvertes, à participer aux salons maçonniques ouverts aux profanes et à l’émission de France Culture. Aujourd’hui comme hier, nous répondrons présents aux invitations qui pourront nous être faites. Nous allons toiletter légèrement notre site internet pour le rendre encore plus attractif et étudier la manière d’être encore plus visibles sur un plan régional et local.

Parallèlement, la commission « Communication » va être invitée à faire des propositions simples et immédiatement opérationnelles pour nous rendre plus visibles, notamment sur les réseaux sociaux et sur YouTube. Les commissions « Éthique et bio éthique », « Sociétale », « Droits Humains et Laïcité », produisent des travaux pertinents que nous conservons trop par-devers nous, il nous faut en faire une diffusion plus large vers le monde profane.

Notre publication : Les Chemins de Traverse, reconnue comme de qualité par ses lecteurs, n’a qu’une courte existence, trois numéros sont parus et le quatrième est en voie de l’être ; il a pour thème : la Vérité. Nous voulons qu’elle soit notre ambassadrice auprès des mondes maçonnique et profane aussi, nous allons mener à l’interne et à l’externe une campagne de promotion.

450.fm : Comment la mixité, pilier du Droit Humain, guidera-t-elle vos actions en tant que Grand Maître National ?

ML : Notre Ordre a été créé, car à la fin du XIXe siècle la gent masculine s’opposait à la présence de femmes au sein de leurs tenues, ils souhaitaient une franc-maçonnerie mono-genre. Aussi vous comprendrez aisément que la mixité fait partie de nos gènes, elle va de soi au sein de notre Ordre, de notre Fédération, de nos loges. Je dois reconnaître que dans un premier temps votre question me surprend. Dans un second temps il est vrai qu’à l’interne de la Fédération Française certaines et certains militent pour obtenir la mixité des titres. Le Convent International de 2027 peut être l’occasion de poser à nouveau cette demande si les loges Françaises en émettent le vœu. À l’externe, l’égalité Hommes-Femmes en France et dans le Monde est loin d’être acquises et des combats se doivent d’être menés et nous ne devons pas hésiter à y poursuivre notre engagement.

Ensuite il y a les mixités qu’il nous faut pouvoir accueillir davantage au sein des loges. : mixité générationnelle, sociale, culturelle, de convictions, A cette volonté d’ouverture des freins peuvent surgir qui nécessitent d’être identifiés, analysés, évalués et si possible dépassés. C’est un chantier important qui demande à ne pas être négligé bien au contraire. Nous souhaitons l’accès de toutes et tous à notre Franc Maçonnerie, cet accès se doit d’être facilité. Je profite de cette allusion à l’accessibilité pour exprimer mon attachement à l’accessibilité des temples pour les personnes en situation de handicap et je souhaite que cela ne soit pas un vœu pieux mais une réalité en ce qui concerne ceux de la Fédération.

Le saviez-vous ?

Chemins de traverse, la revue maçonnique de la Fédération Française du Droit Humain, paraît deux fois par an. Après la transmission (n° 2), les mythes, contes et légendes (n° 3), c’est le concept de vérité qui sera abordé dans le n° 4.

Disponible au numéro ou par abonnement chez notre éditeur, Numérilivre.

Les perspectives personnelles

450.fm : Quels moments ou rencontres espérez-vous vivre au cours de ce mandat ?

ML : Je n’ai pas d’espérance particulière, si ce n’est de pouvoir faire de belles rencontres, d’en être à chaque fois davantage enrichi sur un plan personnel et de vivre des moments de convivialité et de véritable fraternité.

450.fm : Y a-t-il un événement maçonnique que vous aimeriez organiser ou auquel vous souhaitez participer ?

ML : En tant que Président du Conseil National, j’aimerais participer aux tenues d’anniversaire des loges de la Fédération Française, malheureusement, je sais que je ne le pourrai pas pour toutes, vu le nombre et les distances et c’est pour moi un regret.

450.fm : Comment voyez-vous votre relation avec les frères et sœurs de l’obédience dans cette nouvelle étape ?

ML : Je la souhaite la plus vraie et la plus simple possible, même si je n’ignore pas que j’ai une fonction à incarner, un rôle à tenir, une image à ménager. Je suis le Président du Conseil National, le Grand Maître National de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte le Droit Humain et ma présence à leurs côtés est pour beaucoup un honneur, je me dois d’en être digne et d’assumer la responsabilité qui est la mienne.

Regard vers l’avenir

450.fm : Quelle vision portez-vous pour l’avenir de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International le Droit Humain ?

ML : Je porte un regard confiant et optimiste même si les contextes actuels sont composés de multiples crises. Inspirons-nous de l’écriture chinoise où le mot « crise » est constitué de deux idéogrammes : Wei qui signifie danger et Ji qui signifie opportunité. Dans cet environnement difficile, j’en appelle à l’intelligence collective pour trouver le moyen de chercher de nouvelles opportunités qui nous permettent de développer notre Fédération.

450.fm : Quels conseils vous donneriez-vous à vous-même pour réussir ce mandat ?

ML : Reste qui tu es, ne renie pas tes valeurs.

450.fm : Quels chantiers prioritaires souhaitez-vous voir démarrer dès le début de votre mandat ?

ML : Je vous en donne un qui à mes yeux est essentiel. Après deux années où la réforme a créé des tensions à l’interne, ma priorité est de permettre le retour à un climat serein et harmonieux entre nous et de développer encore davantage le sentiment de fierté d’appartenir à la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International le Droit Humain.

Vision sur la Franc-maçonnerie

450.fm : Comment percevez-vous les évolutions actuelles de la Franc-maçonnerie en France et dans le monde ?

ML : Il y a, me semble-t-il, une ouverture de la Franc-maçonnerie à des publics plus variés. De nouveaux enjeux et règles de cohabitation émergent et impactent le Vivre Ensemble et s’invitent au sein des loges : place du vivant, de l’écologie, de l’IA, place de la démocratie face aux populismes montants, bouleversement à l’internationale des alliances et des règles, montée exacerbée de la violence, etc.

Comment dans ce contexte la Franc Maçonnerie parviendra-t-elle à défendre ses valeurs humanistes, universalistes et républicaines dans le monde de demain ? Il faudra au-delà des différences et des querelles éventuelles qu’elle reste unie. Beaucoup souhaitent que la Franc Maçonnerie s’exprime davantage dans le monde profane et notamment concernant la Fédération Française du Droit Humain.

J’en profite pour rappeler que c’est avant tout la quête spirituelle qui nous anime en tant que franc-Maçon et qui est primordiale dans l’engagement symbolisé par notre initiation. L’espace sacré de nos temples et le temps suspendu de nos tenues permettent cette démarche ésotérique de travail sur soi, afin de reporter en citoyen, au-dehors, les fruits de ce travail, défendre ce qui essentiel à nos yeux et participer dans le monde profane à la construction d’un monde meilleur, bienveillant et respectueux.

450.fm : Quels défis majeurs voyez-vous pour les obédiences dans les années à venir ?

ML : Rester constructif, positif, fidèle à ses valeurs dans ce monde en grande mouvance et maintenir droite la lumière dans cette obscurité grandissante.

450.fm : Quelle place la mixité de Le Droit Humain peut-elle occuper dans ces évolutions ?

ML : La place qu’elle a tenue lors de sa création celle d’y être novatrice et force de propositions.

Conclusion

450.fm : Si vous pouviez adresser un message fraternel à tous les frères et sœurs de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International le Droit Humain.

ML : Soyons fiers de nos valeurs, de notre travail en mixité, de ce que nous sommes. N’ayons pas peur d’aller à la rencontre des profanes en quête spirituelle, susceptibles de profiter de notre méthode initiatique, symbolique, rituélique et traditionnelle et que nous aimerions voir sur nos colonnes.

Ainsi, dans ce monde envahi par les ténèbres et où font rage les tempêtes, soyons par nos pierres et nos éclats de lumière, un phare solide et capable d’offrir un repère à celles et ceux qui se sentent perdus et qui recherchent un chemin leur permettant de retrouver un havre de paix.

450.fm : … et un mot à la communauté maçonnique au sens large ?

ML : Au-delà de nos différences, unissons-nous davantage et travaillons ensemble au service de notre idéal maçonnique.

450.fm : Enfin, à l’issue de ce mandat en 2027, quels espoirs personnels nourrissez-vous, maçonniques ou profanes ?

ML : Ceux que nous invoquons à la fin de nos travaux : « Que la joie soit dans les cœurs, que l’amour règne parmi les Hommes, que la paix règne sur la Terre. »

Les cinq ordres d’architecture

Dorique, Ionique, Corinthien, Toscan, Composite.

Le nom des cinq ordres d’architecture semble réservé aux architectes ou aux spécialistes des monuments historiques. Alors, pourquoi leur consacrer un temps important, ne serait-ce que lors de la cérémonie de passage au deuxième degré ?

Parce que l’architecture est au cœur de la symbolique maçonnique. Nous nous vouons à être des bâtisseurs, non plus de cathédrales ni de basiliques, mais de nous-même, et de la société autour de nous. Notre construction est spirituelle, même si elle doit se traduire dans l’action, dans le concret.

5 Ordres d’achitecture

Depuis les origines, la maçonnerie est appelée Art Royal. Cette appellation ne fait pas référence à un souverain, mais renvoie à l’appellation de roi du monde utilisée par diverses traditions pour désigner l’entité créatrice, le principe créateur. Ici « roi » ne signifie pas monarque, mais plutôt celui ou ce qui régit, qui règle. Pour le Franc-maçon de Rite Écossais Ancien et Accepté, c’est donc au Grand Architecte de l’Univers que l’expression « Art Royal » fait référence. Son travail en tant que constructeur, il l’exécute à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, en s’efforçant de s’inspirer dans chacune de ses pensées et de ses actions du principe qu’expriment les trois piliers – Sagesse,Force et Beauté illuminés successivement lors de l’ouverture de nos travaux.

C’est aussi le sens que l’on peut donner à la devise du Rite Écossais Ancien et Accepté, qui figure à l’Occident de ses temples, au-dessus des colonnes J et B : Ordo ab Chao. Nous nous engageons à faire triompher l’ordre sur le chaos.

Les Francs-Maçons donnent donc à l’architecture une place particulière dans leurs références. Il faut savoir que chez les maçons opératifs, les termes de géométrie, de maçonnerie et d’architecture étaient employés comme des synonymes.

Et la lettre « G », placée au centre de l’Etoile Flamboyante, et qui est l’initiale, notamment de « géométrie », désigne non seulement la discipline qui étudie les figures du plan et de l’espace découlant du calcul, mais aussi, comme dans l’expression « esprit de géométrie », la structuration du mode de pensée. C’est l’esprit de géométrie qui nous permet de nous adapter aux situations nouvelles, à tous les cas de figure. C’est aussi l’esprit de géométrie qui nous permettra de prendre en toutes circonstances le recul indispensable pour que l’énergie dont nous disposons soit dispensée justement.  C’est l’esprit de géométrie qui nous aide à tendre inlassablement vers l’harmonie.

Pour ceux qui ont à l’esprit l’opposition proposée par Blaise Pascal entre esprit de géométrie et esprit de finesse, je dirais simplement que l’esprit de finesse, moins rationnel, plus intuitif, plus délié, que l’esprit de géométrie, est responsable de ce que l’on peut appeler la “souplesse de la pensée“. En chacun de nous, les deux modalités sont conjointes. Et l’idéal est naturellement le juste équilibre entre les deux.

Maçons, nous sommes donc symboliquement géomètres et architectes.

5 Ordres d’achitecture

Il est alors logique que nous nous intéressions aux ordres d’architecture. En fait, cette expression apparue au cours de la Renaissance renvoie aux colonnes qui soutenaient et ornaient les bâtiments de l’Antiquité.

Chaque colonne est définie par le rapport du diamètre de son fût – c’est-à-dire de la partie qui se situe entre sa base et son chapiteau – et sa hauteur. Le rapport hauteur sur diamètre du fût est compris entre deux et cinq. Chaque ordre d’architecture correspond à des proportions, donc à un rapport numérique, spécifique.

Naturellement, l’esthétique d’une colonne, l’impression qu’elle engendre, dépendent non seulement de ce rapport, mais aussi de la forme et de la hauteur de sa base, ou socle, de son chapiteau, qui est à son sommet, et de son entablement, qui est ce que la colonne supporte, jusqu’à la corniche ou à la cimaise.

Classiquement donc, et en particulier dans notre rituel, on distingue cinq ordres d’architecture, trois grecs et deux romains.

Les trois ordres grecs sont le Dorique, le Ionique et le Corinthien.

Pour en avoir un exemple, il vous suffit de regarder les trois piliers de votre Loge :
Le pilier Sud-Est, dont l’étoile est allumée à l’invitation du V\M\ , et qui correspond à la Sagesse, est une colonne ionique,
Le pilier Nord-Ouest, qui est illuminé à la demande du Premier Surveillant, et qui correspond à la Force, est une colonne Dorique,
Le pilier Sud-Ouest, illuminé à la demande du Second Surveillant, correspond à la Beauté, et est une colonne Corinthienne,

Selon Vitruve si la colonne dorique symbolise le corps de l’homme, l’ionique celui de la femme, l’ordre Corinthien symbolise le corps de la jeune fille. La référence à un végétal permet également d’en faire le symbole de la nature et, plus généralement, de la vie et de son renouvellement. Le système proportionnel détermine des caractéristiques morphologiques rapprochées de celles du corps humain. Ainsi, l’ordre dorique, considéré comme plus trapu en raison de ses proportions, est assimilé à la force virile. À l’inverse, la colonne ionique, plus élancée, est reconnue comme incontestablement féminine, en raison aussi de son chapiteau orné de volutes. Cette sexualisation des ordres d’architecture est importante dans la question du sens que l’on veut faire porter à l’édifice qui les emploie. Sans en faire une règle générale, on recourra à l’ordre dorique pour le temple dédié à Apollon à Delphes, l’ordre ionique pour le temple de l’Athéna victorieuse à Athènes, et l’ordre corinthien pour le temple de Vesta à Rome (On appréciera la complexité des ordres architecturaux avec Les dix livres d’architecture de Vitruve, corrigez et traduits nouvellement en françois avec des notes et des figures, 1673, en particulier le Livre IV de l’ouvrage qui évoque l’origine et l’invention des trois ordres principaux

L’ordre dorique est le plus ancien des ordres d’architectures grecs, remontant au 7ème siècle avant notre ère. Son nom lui viendrait de Dorus, fils d’Hellên, roi d’Achaïe et du Péloponnèse. L’ordre dorique est le plus simple, le plus dépouillé des trois ordres grecs.
L’art dorique s’est épanoui au Vs. av. J.-C. Vingt cannelures apportent du relief aux colonnes massives qui se terminent au sommet par des chapiteaux à échine plate, lisse, sans sculpture, nue, sans décors. Le style dorique est caractérisé par l’absence de base. Vitruve explique qu’il est construit sur la base des proportions du corps humain de sexe masculin : «Quelle que fût la grosseur d’une colonne à son pied, ils [les architectes] lui donnèrent une hauteur sextuple, y compris le chapiteau. C’est ainsi que la colonne dorique prit l’empreinte des proportions, de la force et de la beauté du corps de l’homme».
Wiliam Preston en dit : L’ordre dorique, simple et naturel, est le plus ancien et a été inventé par les Grecs. Sa colonne a huit diamètres de haut et a rarement des ornements sur la base ou le chapiteau, à l’exception des moulures ; bien que la frise se distingue par des triglyphes et des métopes, et les triglyphes composent les ornements de la frise. La composition solide de cet ordre lui donne une préférence, dans les structures où la force et une noble simplicité sont principalement requises. Le dorique est le mieux proportionné de tous les ordres. Les diverses parties dont il se compose sont fondées sur la position naturelle des corps solides. Dans sa première invention, il était plus simple que dans son état actuel. Plus tard, lorsqu’elle commença à être ornée, elle prit le nom de dorique ; car lorsqu’il a été construit dans sa forme primitive et simple, on lui a conféré le nom de Toscane. Par conséquent, le toscan précède le dorique en rang, à cause de sa ressemblance avec ce pilier dans son état primitif 
Les colonnes de l’ordre dorique ont une hauteur égale à 8 fois leur diamètre de base. Elles dégagent une impression d’austérité, de puissance et de robustesse. Elles allient donc visuellement Beauté et Raison. Elles ne comportent pas de base et repose sur le soubassement. Les colonnes doriques sont courtes et massives, ce qui contribue à l’impression de force et de grandeur.

L’ordre ionique est plus gracieux.L’ordre ionique est plus gracieux. Il viendrait des Ioniens d’Asie et du temple d’Éphèse.
L’ordre ionique se développe dans la deuxième moitié du Ve siècle av. J.-C. Il se caractérise par l’ajout, au sommet des colonnes cannelées qui se sont affinées, d’un motif sculpté. Une volute s’enroule comme une spirale en haut du fût de la colonne. L’ordre ionique (appelé également colonne ionique) est révélé notamment par son chapiteau à volutes, par son fût orné de 24 cannelures, et par sa base moulurée. Dans les volutes serait évoquée l’onde de la déesse de la beauté, Vénus, la dame de la mer parce que née de la mer, qui renvoie à Aphrodite, Astarté ou Ashérah. Vitruve raconte que les Éphésiens, à l’occasion de l’édification du temple à Artémis (Diane), divinité féminine, ont souhaité créer un ordre dont les proportions seraient celles du corps de la femme, plus élancée, soit une hauteur huit fois égale au diamètre de la colonne :
Wiliam Preston en dit : L’ionique porte une sorte de proportion moyenne entre les ordres les plus solides et les plus délicats. Sa colonne est haute de neuf diamètres ; son chapiteau est orné de volutes et sa corniche de denticules. Il y a à la fois de la délicatesse et de l’ingéniosité dans ce pilier ; dont l’invention est attribuée aux Ioniens, comme était de cet ordre le fameux temple de Diane à Éphèse. On dit qu’il a été formé d’après le modèle d’une jeune femme agréable, d’une forme élégante, coiffée ; en contraste avec l’ordre dorique, qui a été formé après celui d’un homme fort et robuste

L’ordre corinthien est caractérisé par la grande richesse de ses éléments. Il serait dû au sculpteur Callimaque de Corinthe.L’art corinthien est apparu au IVe siècle av. J.-C. Tout comme l’ordre ionique, il s’attache à représenter des motifs décoratifs.
La nature offre des modèles aux sculpteurs. Ainsi, pour orner le chapiteau, les artistes ont imité une plante ornementale aux feuilles élégamment découpées, appelée acanthe, et c’est ce décor végétal, qualifié de virginal, qui définit l’ordre corinthien. L’ordre corinthien est le second des trois ordres architecturaux grecs. Selon Vitruve si la colonne Dorique symbolise le corps de l’homme, l’Ionique celui de la femme, l’ordre Corinthien symbolise le corps de la jeune fille.
Vitruve en explique l’origine dans le premier chapitre du Livre IV de ses Dix livres d’architecture  : «Une jeune fille de Corinthe, étant morte, sa nourrice posa sur son tombeau un panier contenant ses objets familiers. Pour protéger son contenu, elle mit une tuile sur le dessus. Le panier ayant été placé sur une racine d’acanthe, les feuilles et les tiges l’enveloppèrent bientôt et contraintes par la tuile, se recourbèrent, formant ainsi des volutes. Le sculpteur athénien Callimaque passant auprès de ce tombeau, séduit par cette disposition inattendue des feuilles autour de la corbeille, décida de l’imiter et de l’adapter aux colonnes qu’il réalisait en réglant sur ce modèle les proportions et le style de l’ordre Corinthien».
Wiliam Preston en dit : Le corinthien, le plus riche des cinq ordres, est considéré comme un chef-d’œuvre de l’art et a été inventé à Corinthe par Callimaque. Sa colonne a dix diamètres de haut et son chapiteau est orné de deux rangées de feuilles et de huit volutes qui soutiennent l’abaque. La frise est ornée de curieux dispositifs, la corniche de denticules et de modillons. Cet ordre est utilisé dans les structures majestueuses et superbes.
On peut voir deux remarquables exemples de colonnes corinthiennes sans voyager vers Rome ou Athènes, puisqu’il suffit d’aller à Paris observer la colonnade du Louvre, ou celle de l’église de la Madeleine.

Les deux ordres suivants, le Toscan et le Composite, sont dits « romains »

L’ordre toscan, ordre de l’architecture classique, est une forme simplifiée de l’ordre architectural dorique grec. Les colonnes toscanes ont sept diamètres de hauteur, y compris la base et le fût. L’échine est plus arrondie et le fût plus galbé. Vignole assigne à l’ordre toscan les proportions suivantes : entablement, 3 modules et 6 minutes ou 3 modules ½, dont 1 module 4 minutes pour la corniche, 1 module 2 minutes pour la frise et 1 module pour l’architrave ; colonnes, 14 modules, dont 12 pour le fût, 1 pour la base et 1 pour le chapiteau ; piédestal, 4 modules 8 minutes, dont 3 modules 8 minutes pour le dé, 6 minutes pour la base et 6 pour la corniche ; diminution de la base au sommet, 6 minutes ; entrecolonnement, 4 modules 8 minutes. Ce qui caractérise surtout l’ordre toscan, c’est l’absence de tout ornement.
Wiliam Preston en dit : Le toscan est le plus simple et le plus solide des cinq ordres. Il a été inventé en Toscane, d’où il tire son nom. Sa colonne a sept diamètres de haut ; et son chapiteau, sa base et son entablement n’ont que peu de moulures. La simplicité de construction de cette colonne la rend éligible là où la solidité est l’objet principal, et là où l’ornement serait superflu.

Est-ce que c’est un style considéré comme trop «Stuartiste» que les Hanovriens de la Constitution dite d’Anderson ne l’ont pas retenu parmi les styles d’architecture ?

L’Ordre Composite est une alliance du Ionique et du Corinthien, utilisé par les concepteurs des arcs de triomphe. La combinaison des chapiteaux ioniques et corinthiens, est spécialement déterminé par un chapiteau à volutes et à feuilles d’acanthe. La colonne composite a une hauteur valant dix diamètres.
Wiliam Preston en dit : Le Composite est composé des autres ordres et a été inventé par les Romains. Son chapiteau a les deux rangées de feuilles du corinthien, et les volutes du ionique. Sa colonne a le quart de rond comme les ordres toscan et dorique, est haute de dix diamètres, et sa corniche a des denticules ou modillons simples. Ce pilier se retrouve généralement dans les bâtiments où la force, l’élégance et la beauté sont unies :

Mais le Franc-Maçon ou la Franc-Maçonne, ne sont pas devenus Compagnon ou Compagnonne  pour devenir expert en architecture classique du 17ème siècle ou néo-classique du 19ème siècle. C’est donc à la signification de ces colonnes que nous allons nous attacher maintenant.

Un curieux article, Le grand mystère des francs-maçons découvert, publié en 1724, rapporte le contenu d’un document trouvé sur un franc-maçon mort, où on trouve questions et réponses de ce qui semble un livret d’instruction maçonnique dans lequel est mis en rapport les ordres d’architecture et les formes géométriques :Le Toscan, le Dorique, l’Ionique, le Corinthien et le Composite correspondent à la Base, à la Perpendiculaire, au Diamètre, à la Circonférence et à l’Équerre.

La colonne dorique, la plus ancienne, la plus trapue et la plus résistante était celle que les constructeurs privilégiaient au niveau du rez de chaussée, le niveau qui porte le poids de l’édifice. Dans nos loges, la colonne dorique est proche de l’orient, face au Vénérable Maître, celui qui supporte le poids de notre Atelier.

La colonne ionique était utilisée pour construire les premiers étages des édifices de l’Antiquité. Elle se retrouve face au Premier Surveillant, qui supporte auprès du Vénérable Maître une partie du poids de l’Atelier et qui doit veiller à la progression et au bon accomplissement du travail des Compagnons.

Enfin, la colonne corinthienne était utilisée pour les seconds étages des temples et autres bâtiments d’exception de l’Antiquité. Elle est pour nous associée au Second Surveillant, qui concourt à la direction de la Loge après le Vénérable Maître et le Premier Surveillant, et qui est chargé d’éduquer et de suivre les Apprentis. 

Les deux ordres suivants, le Toscan et le Composite, sont dits « romains »

L’ordre Toscan est un dérivé du Dorique

L’Ordre Composite est une alliance du Ionique et du Corinthien, utilisé par les concepteurs des arcs de triomphe

Rappelons ce que le Vénérable Maître dit à la fin du deuxième voyage : les styles architecturaux qui se sont succédé au cours de l’histoire ont toujours eu pour objet l’harmonie des édifices. Tous les outils et symboles qui évoquent l’architecture dans nos temples renvoient à la construction du Temple que nous élevons, en poursuivant la tache de ceux qui nous ont précédés.  Pour ces prédécesseurs, dont nous nous réclamons symboliquement, la construction était un art sacré, l’Art Royal.

Et souvenez-vous surtout de l’exhortation du Vénérable Maître invitant à devenir soi-même « une colonne vivante qui s’élève vers les hauteurs, tout en vous appuyant sur la terre qui vous a donné naissance. Vous deviendrez ainsi l’un des piliers inébranlables de notre Temple. »

Comme le dit le rituel, dans les épreuves de la réception au grade de Compagnon, le Maçon ou la Maçonne a été mis en possession des moyens et des objets de la Connaissance pour se réaliser, en employant les outils symboliques.

Les cinq sens, comme les cinq ordres d’architecture, sont les deux premières séries d’outils symboliques qui ont été proposés.

Ils ont pour objet d’aider à développer sa connaissance de l’homme, et en premier lieu sa connaissance de soi-même., parce qu’il n’est d’action juste qui ne repose sur une connaissance juste.

Le premier voyage, effectué avec un maillet et un ciseau, a rappelé le degré d’Apprenti, le premier niveau des études symboliques.

Le deuxième voyage, avec un compas, symbole de sagesse et de mesure, et une règle, qui nous engage à la rectitude de nos pensées comme de nos actes, correspond au deuxième niveau.

Ainsi se trouve édifiée la base sur laquelle se construiront progressivement les autres niveaux, les autres étages de la progression spirituelle, de la progression vers la Lumière.

Le Franc-maçon ou la Franc-maçonne est désormais appelé à un travail constructif, et à étendre le champ de ses recherches.

Vient de paraître : la newsletter du CLIPSAS

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La dernière newsletter du CLIPSAS (Le Centre de Liaison et d’Information des Puissances maçonniques Signataires de l’Appel de Strasbourg ) vient de paraître et je vous propose son contenu. Rappelons que le CLIPSAS rassemble les principales obédiences maçonniques libérales du monde. Pour la France, sont membres entre autres la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité, la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis.

Message du Président,

Chères Sœurs, Chers Frères,

C’est un honneur de m’adresser à vous à l’occasion de ce premier numéro du bulletin
de CLIPSAS. Notre récente Assemblée Générale à Bucarest a été une étape marquante
qui a réaffirmé la solidité de nos liens fraternels et tracé une direction claire pour notre
avenir. Avec l’adoption de la Déclaration de Bucarest, nous nous sommes engagés dans
des actions concrètes pour renforcer notre unité et notre impact à travers le monde.
En allant de l’avant, CLIPSAS met en œuvre de nouvelles initiatives — de l’autonomisation des jeunes et l’amélioration de la formation maçonnique à l’élargissement de notre coopération internationale, y compris une présence accrue auprès des Nations Unies. Ce bulletin s’inscrit dans cet élan renouvelé : il tiendra toutes les puissances membres informées, engagées et connectées dans nos trois langues de travail.

J’encourage chacun d’entre vous à participer activement à nos efforts communs. En
contribuant aux travaux de nos nouvelles commissions et en partageant vos idées et actualités pour ce bulletin, vous aiderez à donner vie aux engagements de Bucarest.
Ensemble, nous veillerons à ce que CLIPSAS continue de rayonner comme un phare de
nos valeurs sur la scène mondiale.

Merci pour votre dévouement et votre confiance.

Louis Daly

Résumé de l’Assemblée Générale de Bucarest 2025

L’Assemblée Générale 2025 de CLIPSAS s’est tenue à Bucarest, en Roumanie, gracieusement accueillie par nos frères roumains. Des délégations de plus de 50 puissances membres provenant de cinq continents y ont participé, en faisant l’une des assemblées les plus diversifiées de notre histoire. Au cours de plusieurs jours de réunions et de convivialité fraternelle, les participants ont mené des dialogues productifs sur l’avenir de notre alliance.


Parmi les principaux résultats de l’Assemblée de Bucarest figurent l’adoption à l’unanimité de la Déclaration de Bucarest, l’admission de deux nouvelles Grandes Loges (des Philippines et de la Bulgarie) dans la famille CLIPSAS, ainsi que d’importantes décisions de gouvernance.


L’Assemblée a approuvé la création de nouvelles commissions pour aborder les priorités stratégiques et a convenu de relocaliser le siège juridique de CLIPSAS afin d’améliorer la coordination internationale. Des élections ont eu lieu pour les postes de direction, le rapport financier et le rapport d’audit ont été présentés et approuvés, et des plans ont été établis pour les prochains événements et initiatives. Tout au long des travaux, un esprit d’unité et de fraternité a prévalu, soulignant la force des liens unissant tous les membres.

Déclaration de Bucarest

La Déclaration de Bucarest, adoptée à l’unanimité, est devenue une pierre angulaire pour les actions futures de CLIPSAS. Ce document majeur réaffirme les principes fondamentaux qui unissent notre alliance – tels que la liberté de conscience, la tolérance et la solidarité maçonnique – tout en abordant les défis et opportunités du monde actuel. Il met en avant notre engagement collectif à travailler plus étroitement ensemble et à rendre nos valeurs visibles dans le monde.


Ce qui distingue la Déclaration de Bucarest, c’est son orientation pratique. Au-delà de nobles déclarations, elle définit une feuille de route concrète d’initiatives pour les années à venir. La Déclaration préconise, entre autres, la création de programmes dynamiques pour l’engagement des jeunes, le renforcement de la communication et de la formation entre les puissances membres, ainsi qu’une présence plus active dans les forums internationaux comme les Nations Unies. Ces objectifs clairs guideront le travail des nouvelles commissions de CLIPSAS et fourniront à chaque obédience membre un cadre pour transformer notre vision commune en réalité.

Pourquoi le CLIPSAS importe-t-il ?

Pourquoi le CLIPSAS (Centre de Liaison des Puissances Maçonniques Signataires de l’Appel de Strasbourg) ? Pour tenter de répondre à cette question, il paraît utile de remonter à l’année 1723.

En effet, en 1723, le pasteur Anderson fut chargé par la Grande Loge d’Angleterre d’organiser son fonctionnement au moyen de ce que nous appelons traditionnellement les « Constitutions d’Anderson de 1723 ». L’Article 1 met en exergue « le Centre de l’Union, les maçons, tous égaux et unis dans la même Chaîne universelle ». En 1813, la Grande Loge Unie d’Angleterre (UGLE) ajouta à ces Constitutions l’obligation de croire en une religion révélée. En 1877, le Grand Orient de France (GOdF) supprima l’obligation, pour un maçon, de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme. À partir de ce moment, l’UGLE cessa de reconnaître le GOdF ainsi que toutes les autres Obédiences qui n’acceptaient plus cette injonction.
Ainsi, au cours des décennies suivantes, la franc-maçonnerie — supposée universelle — se trouva divisée entre les Obédiences reconnues par l’UGLE, qui avaient opté pour une philosophie fondée sur un dogme métaphysique, et les autres Obédiences, devenues persona non grata, pratiquant la liberté de pensée qui conduit à la liberté absolue de conscience, principe éminemment individuel.


Mais comment fonctionne, dans ses grandes lignes, l’UGLE ? Quelles conditions faut-il remplir pour être considéré comme « régulière » ? Il faut être reconnu par l’UGLE et respecter les Constitutions d’Anderson : d’où les célèbres Landmarks. Ces Obédiences sont conservatrices, immuables dans leurs conceptions et pratiques maçonniques ; elles se fédèrent entre elles, notamment dans des pays à structure étatique ou fédérale comme, par exemple, les États-Unis, le Brésil ou l’Inde.
Leur évolution est peu apparente : pas d’ouverture sociétale dans le travail en loge ; elles vivent, pour ainsi dire, hors du temps, tout en étant très impliquées en dehors de la loge dans ce que l’on appelle communément la bienfaisance, avec un fort engagement civique à titre individuel.


Il s’agit d’un pouvoir tutélaire qui implique hiérarchie et autorité au bénéfice de l’UGLE. Les mêmes règles sont respectées au sein des Obédiences appartenant à une famille éritablement unique, à savoir les Constitutions d’Anderson susmentionnées.
Ces deux conceptions de la franc-maçonnerie en vinrent à s’ignorer ; la séparation fut consommée. Nous devons donc nous résoudre à considérer qu’aujourd’hui la franc-maçonnerie est plus que jamais divisée en deux mondes : l’un ne reconnaît plus l’autre comme maçonnique. Il n’y a même plus de concurrence, si ce n’est pour le recrutement de nouveaux adeptes.


À titre d’exemple concret : la cessation de la reconnaissance de la Grande Loge Nationale Française (GLNF) comme « régulière ». Il fallut des années et des efforts considérables pour recouvrer sa « respectabilité maçonnique » ; d’une part sur le plan juridique, et d’autre part en acceptant des sanctions pour rentrer dans le rang…


Les Obédiences libérales et adogmatiques, entièrement autonomes et indépendantes, n’entretiennent entre elles aucun lien hiérarchique. Elles prônent la liberté de conscience et œuvrent à l’amélioration de la condition humaine. Cependant, malgré leurs différences, elles jugèrent utile de se fédérer. Ainsi apparut en 1889 le Bureau International des Relations Maçonniques (BIRM), qui s’éteignit en 1921.


Le BIRM fut suivi en 1921 par l’Association Maçonnique Internationale (AMI), qui prit également fin en 1950. En 1954 naquit une nouvelle association, l’« Alliance Fraternelle », qui, le 22 janvier 1961, donna naissance au futur CLIPSAS. Il Tout ce qui précède montre que les Obédiences libérales et adogmatiques ont constamment cherché un moyen de rétablir la Chaîne d’Union universelle, au moins entre elles. Les échecs successifs évoqués, dus à des événements historiques ou à des exclusions, n’ont pas entamé le courage ni la volonté de celles et ceux qui voulaient créer une entité, un groupe, une association (devenue mixte — sœurs et frères — en 1983) ; le mot importe peu, seule compte l’idée : nous retrouver ensemble au-delà des différences, par-delà les mers et les frontières.
Comment toutes ces Obédiences se sont-elles fédérées ? Comment peuvent-elles unir leurs forces ? Elles se sont réunies en 1961 au sein d’une association appelée CLIPSAS. C’est, en quelque sorte, le pendant de cette maçonnerie multinationale dite « régulière » que représente l’UGLE et les Obédiences qu’elle reconnaît comme régulières. Mais à certaines conditions : le CLIPSAS ne peut jouer son rôle qu’à la condition — incontournable — de défendre et de pratiquer la liberté absolue de conscience à l’intérieur et à l’extérieur des loges.


Qu’est-ce que le CLIPSAS ? Beaucoup en parlent sans savoir de quoi ils parlent ; nombreux sont ceux qui le dénigrent en flagrante contradiction avec son RG (Règlement Général), qu’ils n’ont pas toujours pris la peine de lire. Qu’il doive être amélioré, c’est évident ; cela signifie-t-il pour autant qu’il faille le quitter ou tenter de le briser ?


Les hautes valeurs énoncées dans l’Appel de Strasbourg pour le 35e anniversaire du CLIPSAS — et rappelées par le T∴R∴F∴ Marc-Antoine Cauchie — « … seule la liberté de conscience, la tolérance, le respect et l’acceptation de l’Autre permettent d’atteindre la Chaîne d’Union universelle, à condition de ne pas nous contenter de la proclamer, mais de la pratiquer avec le cœur », ne sont-elles pas supérieures aux petits intérêts de petites personnes qui ne sont grandes que par leur titre ? Comment imaginer qu’un bon cent d’Obédiences, différentes par leur géographie, leurs cultures, leurs rites, leurs langues, puissent s’entendre sans accrocs occasionnels, sans malentendus conjoncturels, sans batailles d’ego préjudiciables à ce qui doit être dépassé, comme nous l’enseigne et nous y invite l’initiation maçonnique universelle ?


En résumé, de quoi s’agit-il avec le CLIPSAS ? Peut-être plus que dans toute autre association, il s’agit de fédérer un monde obédientiel dispersé ou, comme on le proclame si souvent, de « réunir ce qui est dispersé ». La banalité de cette expression — éminemment maçonnique — que l’on répète mécaniquement, sans la questionner, demeure un défi parfait, car la vraie question est de savoir si ce qui est dispersé souhaite réellement être réuni. Ce n’est pas si évident. Alors que tous sont en quête de la Vérité, nous sommes certains de la posséder — ce qui est contraire à l’engagement maçonnique. Voilà le cœur du problème : nul n’est mandaté pour tenter de façonner l’autre à son image ; nous plaidons donc pour le respect des particularités de chacun plutôt que pour un système qui prétendrait régir de manière identique toutes les relations humaines. Au CLIPSAS, il s’agit de créer des temps et des espaces de dialogue et d’échange favorisant le débat d’idées, en donnant la priorité aux valeurs plutôt qu’aux personnes.


Ces échanges divers et variés, ce travail collectif et individuel, sont des facteurs de fraternité. Certains posent la question : quelles sont les actions concrètes du CLIPSAS ? On peut en rappeler quelques-unes : le travail mené par l’« Observatoire de la dignité humaine », brillamment conduit et concrétisé par la publication de deux ouvrages ; le travail remarquable sur l’état de la bioéthique dans le monde ; l’action auprès de l’ECOSOC, attirant son attention sur les réfugiés climatiques… et bien d’autres encore ; on ne peut toutes les énumérer. Le fait est clair : au CLIPSAS, nous
travaillons.


Respecter l’idéal maçonnique de chacun selon sa culture, son histoire, selon les conditions précises de ce qui nous unit ; imposer un respect authentique de l’autre dans sa différence à l’échelle planétaire, sans préjugés ni discriminations : telle est la vocation du CLIPSAS. C’est un véritable pari sur nous-mêmes, qui ne saurait en aucun cas être — en permanence — un long fleuve tranquille…


Le monde maçonnique international continuera d’avancer. Le rôle émancipateur de la maçonnerie libérale et adogmatique — qui souhaite pratiquer Liberté, Égalité, Fraternité à l’intérieur et à l’extérieur de nos Temples — a toutes les chances de porter haut et fort son message humaniste, sans oublier cependant qu’elle est et doit rester, avant tout, initiatique.

Mireille Raunet

Fédération Ouest Africaine du Droit Humain International

Jeunesse et initiatives de formation

Les réunions de Bucarest ont souligné l’importance d’impliquer la prochaine génération de francs-maçons. CLIPSAS a donc mis un fort accent sur les initiatives en matière de jeunesse et de formation. Une nouvelle Commission Jeunesse et Éducation a été créée spécifiquement pour élaborer des programmes visant à attirer et à responsabiliser les jeunes frères et sœurs au sein de nos juridictions. L’une des idées discutées est la création d’un « Forum des Jeunes Maçons » international au sein de CLIPSAS, qui faciliterait le réseautage, des programmes d’échange et des ateliers de développement du leadership pour les membres les plus récents.


En outre, des plans sont en cours pour améliorer les ressources de formation. CLIPSAS va compiler et partager des matériaux éducatifs – allant de planches et travaux de recherche aux meilleures pratiques en gestion de loge – avec l’ensemble de ses membres. Des webinaires et séminaires sont envisagés pour permettre aux frères de différents pays d’apprendre ensemble. En investissant dans la jeunesse et la formation, CLIPSAS entend assurer la continuité de nos traditions et doter les futurs leaders des outils dont ils ont besoin pour faire progresser la fraternité.

Directives pour les contributions au bulletin

  • Nous invitons l’envoi d’articles ou d’informations d’intérêt provenant des puissances membres. La longueur suggérée est d’environ 200 à 300 mots, et les textes peuvent être soumis en français, en anglais ou en espagnol (notre équipe peut aider à la traduction).
  • Il est recommandé d’inclure des photographies pour accompagner les articles (veuillez inclure des légendes et le crédit du photographe le cas échéant, et assurez-vous que les images sont de bonne résolution).
  • Veuillez envoyer vos contributions par courriel au Secrétariat de CLIPSAS (newsletter@clipsas.org) avant le 15 du mois précédant la parution pour une inclusion dans le prochain numéro.
  • Le Comité de Rédaction se réserve le droit de réviser les textes pour des raisons de clarté et de longueur. Le contenu doit être en lien avec la mission de CLIPSAS et d’intérêt pour un public maçonnique international.
  • Nous encourageons toutes les Obédiences membres à contribuer avec des nouvelles sur des événements, initiatives ou anniversaires importants, car ce bulletin est une plateforme pour partager notre diversité et renforcer nos liens.

Pour toute demande d’information : newsletter@clipsas.org

Tolérance et Violence

Parmi les outils qui favorisent nos échanges, dans le respect des intervenants – tant par rapport à ce qu’ils sont que dans ce qu’ils expriment –, nous avons la tolérance. Par ailleurs, dans le monde profane, la violence est toujours d’actualité et sa fin n’est pas encore à l’ordre du jour. Au-delà de ces deux notions, ce qui va nous intéresser, c’est le rapport entre la violence et la tolérance, et notamment de savoir où commence la violence et où s’arrête la tolérance.

Y a-t-il des violences tolérables ? Peut-on mesurer cette tolérance de la même façon que l’on mesure le niveau de tolérance face à la douleur ? Ce travail ne prétend pas donner des réponses toutes faites et intangibles ; il propose des pistes de réflexion afin de percevoir jusqu’où peut aller la tolérance face à la violence. Peut-on avoir une vue objective et collective, sachant que chacun d’entre nous possède sa personnalité et son expérience de vie ? À un degré plus ou moins fort, nous avons tous été confrontés à ce problème et l’avons traité selon notre tempérament, parfois en entrant nous-mêmes dans la violence.

Chacun a pu, à certains moments, être violent dans son comportement et se trouver dans une lutte intérieure entre se laisser emporter par une passion débordante ou non contrôlée, et la raison qui permet de garder la maîtrise de soi-même. Qu’est-ce qui peut faire qu’à un moment donné nous oublions la tolérance pour basculer dans la violence ? Volontairement, cette planche sera courte afin de laisser du temps à chacun d’entre nous pour réfléchir, réagir et apporter sa pierre à l’édifice.

LA VIOLENCE

Définition et formes de la violence

La violence est l’utilisation d’une force, contrôlée ou non, selon qu’elle est individuelle ou collective. Elle peut être d’ordre psychique (la peur, entre autres) ou physique (actions matérielles diverses), à des fins de domination voire d’élimination d’autres personnes (individu ou groupe). Souvent, la violence psychologique, comme la menace, précède la violence matérielle, comme l’agression.

Il existe une graduation de la violence qui amène la ou les victimes à céder ou à se soumettre à partir d’un certain seuil devenu insupportable. La violence peut prendre diverses formes et être exercée autant par des personnes isolées que par des groupes plus ou moins manipulés par des leaders. Au sommet des utilisateurs de la violence, nous trouvons les États.

S’arrêter à cet aspect « offensif » serait toutefois incomplet. La violence peut aussi servir de moyen de défense afin de se préserver ou de préserver l’existence – au moins intellectuelle – d’un groupe. Dans ce cas, elle est plus ou moins construite, allant au-delà de l’instinct de conservation, comme réponse à une agression extérieure. Cela pose déjà la question de la légitimation ou non de la violence, selon que l’on en est l’auteur ou la victime.

Jean-Paul Sartre (1905-1980) résumait : « La violence n’est pas un moyen parmi d’autres d’atteindre la fin, mais un choix délibéré d’atteindre la fin par n’importe quel moyen. »

La violence dans l’histoire

Guerrier en combat, guerre

Dans l’histoire de l’humanité, la violence a toujours existé, d’abord pour la survie physique (ressources alimentaires, matières premières) puis pour la domination (guerres). Les deux motifs étaient souvent liés : peuples chassés d’une région ou contraints de conquérir un nouveau territoire en expulsant ses occupants par la force. L’Histoire regorge d’exemples, des invasions dites « barbares » du début de l’ère chrétienne à la théorie nazie de l’« espace vital » (Lebensraum) durant la Seconde Guerre mondiale – une cause théorique inventée pour justifier des visées purement expansionnistes.

Cet aspect expansionniste a dominé la construction des États, légitimant le recours à la force : annexion des provinces pour former le Royaume de France, absorption des États baltes par l’URSS, etc. Au-delà, l’imposition d’idées, d’idéaux ou de dogmes par la violence a été une constante, les religions s’étant souvent révélées maîtresses en la matière, utilisant le spirituel comme alibi pour asseoir un pouvoir temporel.

Violence individuelle et violence collective

La violence individuelle

Humains préhistoriques dans la grotte près du feu

Elle n’est pas rationnalisée, du moins à son origine. Elle réside dans notre part animale, « comme un fauve au fond d’une cage ». Soit nous le laissons enfermé, soit nous le libérons et l’éduquons pour dominer autrui. Parfois, l’état mental de l’auteur l’empêche d’avoir conscience de son acte. Combien de fois entend-on : « Je ne sais pas ce qui s’est passé, ça a été plus fort que moi » ou « Ça a été un coup de folie irrésistible » ?

Selon la personnalité et le niveau intellectuel, la violence s’exprime plus ou moins facilement. Elle répond à une envie (imposer ses conceptions) ou à une frustration (éliminer un concurrent). Elle transgresse les règles conventionnelles et compense souvent une carence :
« Loin d’être une preuve de caractère, la violence constitue souvent une manifestation de faiblesse. »

Gustave Le Bon (1841-1931), Les incertitudes de l’heure présente. Elle peut aussi être un cri d’existence (« j’existe ! ») de la part de groupes marginalisés ou minoritaires. Enfin, il existe une violence calculée, volontaire, en réponse à une agression : un acte de résistance pour la survie.

La violence collective

Lénine (1870-1924) l’a définie dans L’État et la Révolution :
« L’État est l’organisation spéciale d’un pouvoir : c’est l’organisation de la violence destinée à mater une certaine classe. »

Il s’agit de la lutte entre groupes pour la conquête et la conservation du pouvoir (« la fin justifie les moyens »). Cette violence n’est pas seulement idéologique (politique, religieuse) ; elle est aussi économique : domination du monde par quelques grands groupes financiers et familles qui exploitent 80 % de la population planétaire.

Dans certains régimes, la violence est légitimée par les dirigeants qui font régner la terreur via une population asservie ou décervelée. Chacun devient instrument et surveillant à la fois (Allemagne 1933-1945, Corée du Nord, Iran actuel).

Claude Adrien Helvétius (1715-1771) :
« Les hommes sont si bêtes qu’une violence répétée finit par leur paraître un droit. » L’effet de groupe facilite aussi la violence : hooligans, casseurs lors de manifestations, individus qui, isolés, n’auraient jamais agi.

Les formes de violence

On distingue :

  • Violences psychologiques : mots, harcèlement, pressions, menaces…
  • Violences matérielles : mauvais traitements, destructions…

Les premières servent souvent d’intimidation avant de passer aux secondes. Instaurer la peur pour faire craquer la victime avant d’aggraver.
À un degré moindre : la peur du gendarme ou du radar est-elle une forme de violence ? Infraction → confiscation du véhicule, annulation du permis… Même mécanique que l’interrogatoire avant la torture. La question reste : jusqu’où la violence est-elle tolérable ?

LA TOLÉRANCE

Qu’est-ce que la tolérance ?

« À mes yeux, la tolérance est la plus belle et la plus noble des vertus. Rien n’est possible sans cette disposition de l’âme. […] Elle indique simplement qu’on accepte que d’autres ne pensent pas comme vous sans les haïr pour cela. »
Paul-Henri Spaak (1899-1972), Congrès de la Fraternité mondiale, Bruxelles, 1955.

La tolérance relève de la raison et se renforce par la connaissance.
« La tolérance est la charité de l’intelligence. » Jules Lemaitre (1853-1914).
L’intolérance, elle, est le propre des ignorants et des simples d’esprit, qui n’ont pour seule force que la violence.
Albert Memmi (né en 1920) : « La tolérance est un exercice de conquête sur soi. »

Georges Clemenceau par Nadar

Ne pas confondre supporter (subir sans choix, comme durant la Guerre froide) et tolérer (accepter volontairement la différence). La tolérance supprime le rapport de force ; elle peut mener à la complémentarité et à l’enrichissement intellectuel.
Gandhi (1869-1948) :
« La règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité sous des angles différents. »

Tolérer ne signifie pas permissivité ou soumission. Celui qui tolère reste critique, exprime son désaccord de façon apaisée et propose des solutions. Tolérer, c’est construire et évoluer.
L’éducation est le meilleur vecteur pour inculquer la culture de la tolérance et effacer l’esprit de violence.
Georges Clemenceau (1841-1929) : « Toute tolérance devient à la longue un droit acquis. »
John Rawls (1921-2002) voyait dans la tolérance la clé d’une société plus juste.

Les limites de la tolérance

La tolérance s’arrête là où elle est menacée.
« N’ayez d’intolérance que vis-à-vis de l’intolérance. »
Hippolyte Taine (1828-1893).

Si un groupe tente d’imposer par la force des conceptions opposées aux valeurs démocratiques et humanistes, il faut recourir à la violence adaptée pour écarter le danger. Être pacifique, non pacifiste – le pacifisme étant une maladie qui tue la démocratie.

Céder aux extrémistes qui se réclament hypocritement de la démocratie tout en la haïssant, c’est passer de la tolérance laxiste à la soumission. Entre 1939 et 1945, sans résistance armée, serions-nous ici à débattre librement ?

Aujourd’hui, le combat continue contre les idéologies extrémistes qui veulent renverser démocratie et laïcité pour nous soumettre à leurs lois en éliminant toute tolérance.

Voulons-nous voir se reproduire chez nous ce qui se passe dans certaines universités tunisiennes, à Tombouctou, en Corée du Nord ? Dire que l’intolérance est une fatalité contre laquelle rien n’est possible parce que s’y opposer serait être intolérant, c’est un suicide.

Soyons intolérants contre l’intolérance, y compris par la force si nécessaire. Des mots humanistes face à ceux qui veulent tuer la tolérance, c’est vouloir éteindre un feu de forêt avec un seau d’eau.

CONCLUSION

N’abandonnons jamais nos valeurs si chères. Défendons-les pour que l’ignorance et l’obscurantisme perdent pied.

Un peu d’humour pour terminer
(sachant que l’humour peut être violent sans sombrer dans l’intolérance) Pierre Dac (1893-1975, souvent attribué à Pierre Doris) :
« La tolérance, c’est quand on connaît des cons et qu’on ne dit pas les noms. »

L’Énigme des Maîtres

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L’Énigme des Maîtres est à la fois un roman initiatique, un essai ésotérique et un thriller historique. Il explore la continuité cachée des sociétés de sages et de chercheurs spirituels qui, de l’Antiquité à nos jours ont préservé la connaissance hermétisme sous le sceau du secret. L’énigme prend une dimension alchimique lorsque les protagonistes : Alexander, Guido Lhermite et sir Archibald, découvrent un document ancien attribué à Léonard de Vinci mentionnant un diamant capable de révéler ce qui précède le commencement ou suit la fin.

Leurs méditations sur la structure du réel évoquent les champs morphique de Rupert Sheldrake et la résonance des consciences qui sont les nouveaux domaines d’investigation de la science moderne. Un ouvrage qui pourrait concourir à un prix littéraire dans les domaines de l’IMAGINAIRE.

Les Co-auteurs

Solange Susdarskis est Maître de conférences honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le « Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique », prix littéraire de l’Institut Maçonnique de France 2017, catégorie « Essais et Symbolisme » et, entre autres :

       * Comment passer du profane au sacré – Dervy
* Tracés maçonnique – Numérilivre
       * L’héritage maçonnique – Le compas dans l’œil

Frédéric BÉATRIX, architecte diplômé de l’INSA de Strasbourg, a créé BLUE architecture, son agence basée à Villefranche-sur-Mer. Au-delà de ses réalisations architecturales, son amour pour la géométrie antique s’épanouit dans des publications régulières pour Parabola, le prestigieux journal de l’académie de mathématiques de l’université de Sydney, Australie. Passionné de philosophie antique, son parcours est imprégné des enseignements de Pythagore, de Platon et des philosophes stoïciens

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La carte postale du 9 novembre : le musée qui dialogue avec l’éternité

Le Grand Musée égyptien — quand la pierre retrouve la parole

Grand Musée égyptien GEM

À Gizeh, le XXIᵉ siècle s’avance vers les pyramides comme un pèlerin vers son sanctuaire. Le Grand Musée égyptien (al-Matḥaf al-Miṣrī al-Kabīr, GEM) ne s’ajoute pas au paysage : il l’interprète, l’accorde, l’ouvre. Temple contemporain de la mémoire pharaonique, il conjugue géométrie, lumière et transmission — et, depuis son inauguration officielle le 1ᵉʳ novembre 2025, il parle au monde d’une seule voix : souviens-toi, transmets, élève.

L’architecture comme langue sacrée

Le GEM est né d’un concours international placé sous l’égide de l’UNESCO. Lauréat, le cabinet Heneghan Peng Architects a composé un édifice qui n’empiète pas sur le plateau : il habite l’entre-deux – entre vallée du Nil et désert, entre vie et au-delà. Son plan, tendu par des axes de visée vers les pyramides, refuse l’angle droit et privilégie la figure du triangle, allusion continue au geste des bâtisseurs antiques. Les parois d’albâtre/onyx tamisent le jour ; la nuit, elles respirent une lueur intérieure. La scénographie confiée à Atelier Brückner épouse ce rythme : le visiteur ne traverse pas des salles, il franchit des degrés. Au centre, un grand escalier de statues trace une colonne vertébrale spirituelle. Tout en haut, une baie cadre l’horizon de Gizeh : l’ascension devient regard. Et, dès l’atrium, Ramsès II, colosse de onze mètres pour quatre-vingt-trois tonnes, veille comme un gardien du seuil — la royauté du passé confiant au présent la charge de la parole tenue.

Colosse Ramsés II

Un chantier pharaonique, une volonté longue

On a parlé d’un chantier « comme une dynastie » : deux décennies de conception, de crises, de reprises ; un budget dépassant le milliard de dollars ; un montage où les prêts japonais ont joué un rôle décisif ; et, côté réalisation, la co-entreprise Orascom/BESIX pour la phase majeure (contrat d’environ 810 M$). La fête d’inauguration – lumière, musique, délégations venues du monde entier – a scellé cette patience nationale qui fait des œuvres durables.

Le musée comme laboratoire vivant

Le GEM n’est pas qu’un écrin : c’est un organisme. Derrière les galeries, 17 laboratoires et un centre de conservation souterrain accueillent, restaurent, étudient. Ce n’est plus l’Égypte dispersée, c’est l’Égypte qui se soigne chez elle et parle en son nom. L’institution assume en même temps une mission publique – conférences, GEM Talks, médiation – pour faire du musée un forum de mémoire active.

Le voyage des œuvres : de Toutânkhamon à la barque solaire

masque funéraire Toutânkhamon

Le parcours permanent déploie des dizaines de milliers de pièces exposées (plus de 50 000 au démarrage) sur des milliers de mètres carrés ; au total, des centaines de milliers de vestiges conservés et documentés. Point d’orgue : l’ensemble de Toutânkhamon présenté comme jamais auparavant, avec ses chars, coffres, étoffes, armes, parures — non pas pour l’éblouissement, mais pour la lecture d’une vie, d’un royaume, d’un rite de passage. La barque solaire de Khéops, patientée et restaurée, rappelle que la navigation de l’âme exige art et mesure.

Lecture initiatique : du chantier au Temple

Pour l’initié, le GEM est une loge à ciel ouvert.

  • Le seuil : l’atrium n’accueille pas, il appelle. Ramsès, figure du verbe incarné dans la pierre, interroge : Que fais-tu de ta mémoire ?
  • L’escalier : degré après degré, la statuaire agence un catéchisme silencieux — naissance, règne, mort, renaissance.
  • La lumière : filtrée par l’albâtre, elle devient matière ; à mesure que l’on monte, elle s’affine : épreuve de clarté.
  • Le triangle : matrice de l’architecture, signe du trois — mesure, équilibre, médiation ; appel discret aux triades (Osiris-Isis-Horus) comme à nos propres ternaires opératifs.
  • Le masque de Toutânkhamon : miroir de l’immortalité active ; non point déni de la mort, mais travail du passage.

Pour celles et ceux qui cheminent aux Rites égyptiensMemphis, Misraïm, Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm (RAPMM) – la correspondance est immédiate : pesée du cœur, géométrie du Temple, lumière de seuil ; la visite devient relecture rituelle du monde.

Le profane, lui, y gagne une éthique du regard : apprendre à voir juste.

Le Roi Ramses II (1279-1213 avant J.C.), diorite,19e dynastie, temple d’Amon, Thébes

Politique de civilisation : mémoire, économie, hospitalité

Le GEM n’est pas seulement une prouesse muséale ; c’est un acte de politique culturelle. L’Égypte entend redevenir foyer de l’égyptologie, capter un nouveau flux de visiteurs et, plus profondément, montrer qu’une nation soigne sa mémoire pour soigner son avenir. Les autorités visent une fréquentation quinze à vingt mille visiteurs par jour à régime de croisière, avec un effet d’entraînement attendu sur le tourisme et l’emploi.

Cartouches-de-20-pharaons

L’inauguration : le moment où la parole devient geste

Le soir de l’ouverture, la façade s’est faite écran de lumière ; musique, chorégraphies, feux et lasers ont raconté la longue route d’une idée devenue lieu. Délégations officielles, chefs d’État et de gouvernement, monde scientifique et culturel : le rituel civil a consacré le Temple moderne. Ce faste n’était pas ostentation ; c’était allégeance au temps long — reconnaissance aux artisans, aux savants, aux gardiens.

« La pierre retrouve la parole » : un vade-mecum pour le visiteur

  • Entrer comme on franchit un pré-parvis : déposer les opinions, chercher le juste.
  • Monter lentement : laisser l’escalier faire œuvre en nous.
  • Regarder les cartouches et lire des noms : comprendre que nommer, c’est tenir.
  • S’arrêter devant Toutânkhamon : se demander ce qu’est, pour soi, peser un cœur.
  • Sortir vers les pyramides : sentir que la géométrie n’est pas calcul, mais éthique.
Grand-Musée-égyptien, localisation

En guise de pierre finale

Le Grand Musée égyptien n’est pas un mausolée : c’est un chantier d’âmes. Il rappelle que la culture survit moins par la conservation des objets que par la transmission des symboles. De l’outil à la liturgie, de la pierre brute à la pierre d’angle, l’humanité apprend ici à mesurer pour servir. Le désert, une fois encore, enseigne la sobriété ; la pierre, la patience ; la lumière, la justice.

Découvrez le début de la cérémonie d’inauguration du Grand Musée égyptien du Caire (France 24)

Le Chapeau: l’accessoire maçonnique qui te fait tout de suite plus royal

J’ai entrepris de réécrire mon Dictionnaire vagabond en Franc-maçonnerie dans un style humoristique. Les références, elles, restent intactes, car on ne touche pas aux ornements du texte.
L’humour agit comme un levier subtil qui décolle les esprits des sentiers battus, offrant une distance salutaire face à un texte ou une situation. En provoquant un rire ou un sourire, il crée un espace où l’on peut observer sans être englué dans l’émotion brute. Cette distanciation, à la manière d’un zoom arrière théâtral, permet de voir au-delà des détails immédiats, révélant des perspectives inédites. Par exemple, en ridiculisant un dogme ou une convention, l’humour ouvre une brèche pour questionner des vérités établies, comme un oiseau qui s’élève pour survoler un paysage complexe.

Des études en psychologie sur le soulagement cognitif montrent que l’humour réduit le stress et favorise une pensée latérale, élargissant ainsi le champ de vision. Appliqué à un texte, cela invite à explorer ses sous-entendus avec légèreté, rendant l’analyse plus fluide et créative. En voici quelques extraits autour du thème du couvre-chef pour vous en demander votre avis (attention, il n’y aura plus d’illustrations dans ce nouvel ouvrage).

LE CHAPEAU : L’ACCESSOIRE MAÇONNIQUE QUI TE FAIT TOUT DE SUITE PLUS ROYAL

En Orient, le chapeau n’était pas juste un truc pour éviter les coups de soleil, c’était carrément l’étendard de l’honneur et de la dignité. On jurait même par lui, et si quelqu’un osait y toucher, c’était l’insulte ultime – pire qu’un commentaire désobligeant sur les réseaux sociaux.

Sa forme rappelle le dôme des édifices religieux, une sorte de mini-sphère céleste – en gros, quand tu mets un chapeau, tu deviens un médiateur entre la Terre et le Ciel, rien que ça. En le portant, tu fais le lien entre le Ciel et la Terre, comme un axis mundi – un homme debout, le regard vers les étoiles, prêt à canaliser les énergies divines. Tu portes le ciel sur ta tête, et hop, te voilà connecté au divin – un vrai pont cosmique ambulant.

Dans la Bible, le grand-prêtre portait un couvre-chef, mais ce n’est qu’au IIe siècle que les juifs ont généralisé le port du chapeau après un débat talmudique bien animé sur le respect de Dieu. Au Moyen Âge, tout le monde s’y met, et on décide que chacun est un peu comme un grand-prêtre – mais aussi que le chapeau rappelle qu’il y a toujours un truc entre toi et Dieu, histoire de rester humble. Le Talmud dit que la kippa (le couvre-chef) sert à te rappeler que Dieu est l’Autorité suprême au-dessus de toi – une sorte de pense-bête divin. Ce «connais-toi toi-même» te pousse à l’humilité : avec un chapeau, tu sais où est ta place – pas trop haut, pas trop bas.

Le chapeau, c’est aussi un substitut de la couronne – un symbole de royauté temporelle et spirituelle. Virgile le dit à Dante avant de le laisser avec Béatrice pour un aller simple au paradis : «Je te couronne au-dessus de toi-même»  [p.47/50]. En gros, mets un chapeau, et tu deviens un roi spirituel – ou au moins, tu as l’air d’en être un.

En Maçonnerie française, le Chevalier Ramsay aimait bien voir les maçons coiffés – un franc-maçon du XVIIIe siècle avec un chapeau, c’était un peu le look officiel (Revue Points de vue initiatiques n° 31-32, p. 73).

Le Régulateur du Maçon (1802) précise pour le grade de Maître : «Tous les Frères seront vêtus de noir, le chapeau en tête et rabattu»  (p. 8 et 26). On rendait au nouveau Maître son épée, puis son chapeau, avec un petit speech : «Désormais, vous serez couvert en Loge de maître, cet usage très ancien annonce la liberté et la supériorité»  – un peu comme si on te donnait un badge VIP pour te pavaner en loge.

À l’époque, un geste avec le chapeau pouvait même servir de convocation à une tenue – un SMS version XVIIIe siècle.

Aujourd’hui, dans certains rites maçonniques, les maîtres doivent porter un couvre-chef.
Au Rite Opératif de Salomon (ROS), lors de l’élévation à la Maîtrise, l’Expert équipe le nouveau Maître avec tablier, écharpe et chapeau – un vrai relooking initiatique.
Au Rite Écossais Rectifié (RER), si on suit la tradition à la lettre, tous les maîtres doivent être couverts : «Que ce chapeau soit sur votre front le symbole de l’esprit de justice, de tempérance et de prudence qui doit accompagner les maîtres. Désormais, vous pourrez vous en couvrir en loge, pour annoncer la supériorité sur les apprenants et compagnons.»  
Quand ils parlent, les frères (sauf le Vénérable et les Surveillants) se découvrent – et si le Vénérable enlève son chapeau pour accueillir un frère, tout le monde suit, un peu comme un jeu de «Simon dit»  version maçonnique.

Depuis le XVIIIe siècle, leur chapeau est un tricorne noir avec un galon doré, la calotte ronde symbolisant le ciel – un style que les Quakers d’Amsterdam auraient validé Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde .



Au Rite Français Groussier, le chapeau ? Pff, rangé au placard, démodé. Même chose au REAA, sauf pour le Vénérable qui le sort juste pour ouvrir et fermer la séance, comme un DJ qui met ses lunettes de soleil pour le final.
Au Rite Émulation, c’est carrément interdit, même si des vieux parchemins anglais disent que le Maître devait être couvert. Va comprendre.
Au Rite York, le Vénérable Maître se la joue Gatsby avec un haut-de-forme ou un clac, le genre de chapeau qui te donne l’air d’un magicien prêt à sortir un lapin.

Dans les loges féminines ou mixtes, les sœurs ont troqué le chapeau pour une mantille ou un calot, mais l’idée reste la même : style et symbolique au top. Par contre, dans tous les rites, pas de chichi : quand on parle au Grand Architecte de l’Univers, le chapeau, on l’enlève. Respect, toujours.

Le chapeau, ce n’est pas juste un truc pour éviter les coups de soleil, c’est un passeport pour le cosmos, un clin d’œil à l’humilité et une couronne pour les humbles.

LE BONNET PHRYGIEN : LE CHAPEAU RÉVOLUTIONNAIRE QUI TE FAIT … UN PEU ROUGIR.

Ce couvre-chef légendaire crie « liberté » plus fort qu’un coq français au lever du soleil !
Son nom vient de la Phrygie, une contrée antique où on savait faire la fête… et les chapeaux.
Il y avait un culte complètement délirant chez les Phrygiens, une sorte de rave party mystique pour Cybèle, la déesse de la nature qui faisait pousser les salades et les passions. Son fiston Atys, un prêtre VIP divinisé, jouait les profs de sciences nat’ en initiant les Phrygiens aux secrets de Mère Nature. Atys, c’est un peu le soleil qui fait bronzer les légendes : il meurt (en mode drama queen) et ressuscite comme une star de télé-réalité, à la manière d’Osiris ou d’Adonis. » (Rebold, Histoire Générale De La Franc Maçonnerie, 1850). Cette histoire mythique, c’est comme un scénario Netflix pour expliquer la cérémonie du 3e degré maçonnique. Suspens et symbolisme garantis !

Regardez le prince Pâris, ce bellâtre troyen, sur un sarcophage romain : il porte le bonnet phrygien parce que sa môman Hécube venait de Phrygie. C’était la mode à l’époque, un peu comme les sneakers aujourd’hui.

Le nom « bonnet phrygien » ? Merci les Grecs, qui l’appelaient aussi « bonnet oriental », genre « le it-bag de l’Est ».
Mais attention, ce n’était pas une exclusivité phrygienne ! Ce couvre-chef faisait fureur chez les tribus iraniennes, des Cappadociens aux Scythes, qui le portaient comme des hipsters sur les bas-reliefs de Persépolis. Même un marchand zoroastrien de Samarcande, en road-trip en Chine au 8e siècle, arborait fièrement ce bonnet avec son look sogdien. C’était LE must-have intercontinental !

Ce feutre légendaire, appelé libéria chez les fans de Mithra, pileus par les Romains, ou pilos chez les Grecs, était le signe distinctif des esclaves affranchis. Genre : « T’es libre, mec, mets ce bonnet et fais la fête ! »

Le bonnet phrygien, c’est l’accessoire qui change tout selon sa posture : penché en avant, en arrière, ou dressé. Chaque position raconte une histoire, comme un emoji capillaire.

Côté coquinerie, quand le bonnet pointe en avant, il évoque… disons, l’élan viril. Regardez le tableau de David, L’amour d’Hélène et de Pâris : ce bonnet dressé, c’est du pur marketing érotique !

Priape, le dieu de la fertilité, le portait aussi, et on va dire qu’il n’était pas du genre discret

Et Marianne, notre icône républicaine ? Son bonnet phrygien pointe toujours en avant, comme pour dire : « Je suis une meuf, mais j’ai du punch ! » Une petite touche de virilité pour booster son charisme.

Pendant la Révolution française, les bonnets phrygiens ont débarqué quelques mois après la prise de la Bastille, en mode fashion statement rouge pétard. Les sans-culottes, ces rebelles aux pantalons rayés, les portaient pour crier leur patriotisme. Apparemment, ce look venait des marins et galériens du Sud, qui ont dû se dire : On va apporter un peu de style méditerranéen à Paris ! «Ils étaient faits de tissu rouge, et s’accordaient aux vêtements rayés des plus fervents révolutionnaires, les sans-culottes. Il semblerait qu’un bonnet pratiquement identique coiffait les marins et les galériens de la Méditerranée, et il est possible que les révolutionnaires venus du Midi les aient amenés à Paris. Porter le bonnet phrygien était en effet une façon d’afficher son patriotisme» (M. Heydari-Malayeri, Observatoire de Paris).

Le bonnet phrygien, c’était le gri-gri ultime des sans-culottes, un talisman qui disait : Touche pas à mon style, même au milieu du chaos révolutionnaire !

C’était aussi le badge officiel des Initiés, ceux qui avaient débloqué le niveau max des mystères.

Le savant Pierre Dujols raconte qu’à l’étape d’épopte (le boss final des initiés d’Éleusis), on demandait au candidat s’il avait le mojo, la volonté et le courage pour le Grand Œuvre. Puis, bim, on lui collait un bonnet rouge sur le crâne en lançant : «Couvre-toi de ce bonnet, vaut mieux que la couronne d’un roi » (Fulcanelli, Le mystère des cathédrales, note p. 31). Les alchimistes, comme des rockstars ésotériques, le portaient fièrement, et Julien

Champagne l’a même dessiné dans Splendor Solis, où un philosophe marche avec son bonnet comme s’il allait conquérir l’univers.

Dès le Moyen Âge, le bonnet phrygien se fait un nom de scène : le prépuçan ! Oui, oui, c’est le surnom rigolo que je colle à ce chapeau pointu pour désigner les Juifs dans les sculptures, en mode « coucou, on sait que vous êtes circoncis ! » Sur le tympan méridional de l’abbatiale Saint-Pierre de Beaulieu-sur-Dordogne (début XIIe siècle), les sculpteurs se sont lâchés : les Juifs portent fièrement leur prépuçan, et certains vont même jusqu’à exhiber leur circoncision, histoire de dire « on assume tout ! » [youtu.be/JrxOm46wkCo]. C’est un peu l’ancêtre des pancartes « Fier d’être moi » !

Dans l’art chrétien des enluminures, c’était la même vibe : le prépuçan comme badge officiel du Juif. Dans le Florilège de la France du Nord vers 1280, Aaron, le grand prêtre qui joue les DJ en allumant la ménorah du Temple, arbore ce bonnet comme une star de la Torah. Pas de doute, avec ce couvre-chef, tout le monde sait qui est le boss du chandelier !

Au XVe siècle, l’enluminure de la Bible traduite en français par Jean de Sy (Genèse, chap. VIII, 1 – Deutéronome, chap. XXXIV, 6) met le paquet : le bonnet phrygien devient l’accessoire fétiche pour illustrer la circoncision d’Abraham. C’est comme si les artistes disaient : « Bonnet pointu = club des circoncis, bienvenue ! »

Et au XVIe siècle, dans les Heures de Rohan, rebelote ! Le Juif qui rachète la tunique de Jésus au légionnaire romain est repérable à dix lieues grâce à son prépuçan. C’est comme un néon clignotant : « Juif en action, acheteur de reliques vintage ! »

Le bonnet phrygien te fait briller en révolutionnaire, initié, désigné juif ou un peu coquin. Alors, prêt à pointer ton bonnet ?

Robert de Rosa : la voie maçonnique contre le chaos du monde

Au cœur de l’Auvergne romane, la Grande Loge de France (GLDF) propose à Issoire, le samedi 15 novembre 2025 à 14 h, une conférence publique qui sonne comme un viatique : « Pour ne pas se soumettre au chaos du monde : la voie maçonnique de la GLDF ». L’orateur, Robert de Rosa, ancien directeur de la rédaction de Points de Vue Initiatiques (PVI), artiste et pédagogue, viendra déployer une boussole intérieure : comment l’initiation, vécue au Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), engendre un ordre vivant de la conscience. Un ordre qui n’écrase pas mais qui libère.

Blason de la ville d’Issoire

Issoire, la pierre romane comme école de mesure

Ville de seuils et de passages, Issoire respire la géologie et la mémoire. Entre Allier et Couzes, la cité s’est façonnée aux rythmes de la lave et de l’arkose, de la vigne et des marchés. Son joyau, l’abbatiale Saint-Austremoine, chef-d’œuvre de l’art roman auvergnat, offre cette leçon que tout initié reçoit en silence : l’harmonie n’est pas l’absence de tensions, mais l’équilibre des forces. Chapiteaux historiés, polychromies restituées, alternance de teintes – la basilique enseigne la liturgie de la mesure et de la nuance. À quelques pas, les ruelles et la tour de l’Horloge rappellent que la cité fut un carrefour d’échanges ; bref, un lieu idéal pour interroger ce que « faire société » veut dire lorsque le monde vacille.

Robert de Rosa – Source Dervy

Robert de Rosa, l’art de l’atelier et la rigueur de la plume

Né en 1945, formé aux Beaux-Arts de Bourges, Robert de Rosa a mené une double vie fertile : enseignant et conseiller pédagogique en arts plastiques pour l’école élémentaire d’un côté ; artiste de l’autre – peinture, gravure, surtout émail sur cuivre, discipline dans laquelle il a reçu distinctions et commandes (notamment Tokyo, 1998).


Membre de la Grande Loge de France, il a dirigé la rédaction de Points de Vue Initiatiques de 2012 à 2017, marquant la revue d’une ligne claire : haute tenue spirituelle, fidélité au symbolisme, dialogue exigeant avec l’histoire et les humanités.


Auteur éclectique, il a publié des romans (L’Œil de la Providence, Les Ombres de Glozel, Chaos), des ouvrages de synthèse (Laïcité, Tolérance & Franc-maçonnerie ; Histoires de la franc-maçonnerie, Numérilivre) et, en 2021, un essai programmatique chez Dervy : L’Initiation maçonnique, à quoi ça sert ? On y lit sa conviction : l’initiation n’est pas un folklore d’accueil, mais une méthode d’accomplissement personnel au sein d’une communauté, capable de répondre au désir contemporain de spiritualité « en dehors et à côté des religions ».

Du chaos à l’ordo intérieur : la voie de la GLDF

Parler de chaos n’est pas céder à l’emphase. Le mot désigne notre époque : flux informationnels, violence des affects, dislocation des repères, tentation du complot comme de la simplification. Face à cela, la Grande Loge de France propose une voie : non un système clos, mais un art de vivre l’esprit.
Cette voie se joue en Loge, au Rite Écossais Ancien et Accepté : travail régulier, symboles mis en œuvre, liberté de conscience assumée, fraternité éprouvée. L’équerre y redresse, le compas ouvre, le maillet tranche, la règle mesure : quatre gestes sobres qui convertissent la confusion en calme opératif. L’initiation, telle que la conçoit Robert de Rosa, n’impose pas un dogme : elle apprend à ordonner. Ordonner sa pensée, sa parole, ses actions ; tenir ensemble vérité et bienveillance ; lier la laïcité à la tolérance, le devoir à la joie.


Dans le langage de l’atelier, ne pas se soumettre au chaos, c’est refuser l’esclavage des pulsions et du zapping. C’est habiter un centre : là où la conscience se dresse, écoute, puis décide. Le symbolisme de la GLDF n’est pas une décoration d’érudits : c’est une ascèse, humble, patiente et fraternelle, pour que l’homme retrouve la souveraineté de son jugement et la douceur exigeante d’une fraternité qui construit.

Une soirée pour passer du “bruit du monde” à la parole juste

La conférence d’Issoire invite ainsi à un déplacement : quitter l’immédiateté du tumulte pour retrouver le temps long de la transmission. L’abbatiale voisine dira en pierre ce que l’orateur proposera en mots : la beauté comme preuve d’ordre, l’ordre comme service de l’humain. On y parlera d’initiation, de méthode, de symboles, mais aussi de civisme, de laïcité apaisée, de responsabilité personnelle.
Pour les profanes curieux comme pour les frères et sœurs désireux de retremper leur serment, la rencontre promet une chose simple et rare : sortir avec plus de lumière que l’on n’en avait en entrant.

Infos pratiques
Conférence publique et gratuite – Grande Loge de France
Samedi 15 novembre 2025, 14 h
Résidence La Passerelle, Chemin du Bout du Monde, 63500 Issoire
Inscription

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06/12/25 – L’« Ésotérisme, colonialisme et politique » à Politica Hermetica

Politica Hermetica est un véritable laboratoire d’études sur les liens entre ésotérisme et politique. Dans le paysage intellectuel français dédié à l’histoire des idées, peu d’associations ont su explorer avec autant de profondeur et de constance les intersections entre l’ésotérisme et la politique que Politica Hermetica.

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Fondée en 1985, cette association loi 1901 s’est imposée comme un pilier incontournable pour les chercheurs, historiens et passionnés de franc-maçonnerie, de théosophie, de gnosticisme et d’autres courants occultes, en les reliant systématiquement aux sphères du pouvoir et de la société. À l’occasion du prochain colloque international, le XLIe (41e), prévu le 6 décembre 2025 à l’Institut national d’histoire de l’art à Paris, nous plongeons dans l’histoire de cette institution unique, ses publications et, surtout, les biographies des intervenants invités. Ce thème, « Ésotérisme, colonialisme et politique », résonne particulièrement avec les enjeux maçonniques, où les sociétés initiatiques ont souvent joué un rôle dans les dynamiques impériales et postcoloniales.

Origines et histoire de Politica Hermetica

Politica Hermetica naît en 1985 d’une initiative collective d’historiens et de penseurs fascinés par les rapports entre métaphysique occulte et action politique. Parmi les fondateurs figurent Victor Nguyen, historien de l’Action française ; Jean-Pierre Laurant et Jean-Pierre Brach, tous deux éminents spécialistes de l’ésotérisme ; Jean Saunier ; Étienne Kling ; et Francis Bertin. L’objectif premier est clair : éclairer les liens souvent obscurs entre ésotérisme et politique, en s’appuyant sur une approche rigoureuse d’histoire des idées. L’association est présidée aujourd’hui par Jean-Pierre Laurant et Jean-Pierre Brach (de l’École Pratique des Hautes Études), avec Jérôme Rousse-Lacordaire en charge des publications.

Institut-national-d’histoire-de-l’art

Dès sa création, Politica Hermetica adopte un format annuel de colloques à Paris, où des spécialistes du monde entier se réunissent pour débattre de thèmes transversaux. Ces rencontres ne se limitent pas à des exposés théoriques ; elles intègrent des analyses d’archives, des entretiens et des comptes rendus critiques d’ouvrages. L’association publie les actes de ces colloques sous le titre Politica Hermetica, d’abord aux éditions L’Âge d’Homme, puis chez L’Harmattan. Avec la disparition de la revue Aries, elle reste l’une des rares publications francophones dédiées à l’histoire de l’ésotérisme et à ses implications politiques.

L’évolution thématique des colloques reflète une exploration progressive et exhaustive

Le premier volume, en 1987, porte sur « Métaphysique et politique : Guénon et Evola », posant les bases d’une réflexion sur les penseurs traditionalistes. Suivent des sujets comme « Doctrine de la race et tradition » (1988), « Gnostiques et mystiques autour de la Révolution française » (1989), ou encore « Maçonnerie et antimaçonnisme » (1990), qui soulignent l’intérêt pour la franc-maçonnerie et ses antagonismes. Au fil des ans, les thèmes s’élargissent : du complot (1992) à l’ésotérisme au féminin (2006), en passant par l’astrologie et le pouvoir (2003), ou plus récemment « Géopolitique et ésotérisme » (2019) et « Ésotérisme et action politique » (2023). En 2024, le n°38 aborde « Ésotérisme, littérature et politique ». Cette richesse démontre comment Politica Hermetica sert de laboratoire pour étudier l’ésotérisme non comme une marge, mais comme un acteur central des dynamiques historiques et politiques.

L’association s’inscrit dans un réseau international, collaborant avec des institutions comme l’European Association for the Study of Religions (EASR), où Jean-Pierre Laurant a présenté Politica Hermetica comme un outil essentiel pour analyser les « tentations politiques » de l’ésotérisme occidental.

Son site web offre un accès gratuit à de nombreux actes, favorisant la diffusion des connaissances auprès d’un public élargi, y compris les francs-maçons intéressés par l’histoire initiatique.

Le XLIe Colloque : Ésotérisme, Colonialisme et Politique

Le 41e colloque, programmé le samedi 6 décembre 2025 à l’Institut national d’histoire de l’art (salle Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, 2 rue Vivienne, 75002 Paris), explore un terrain fertile pour les études maçonniques : les liens entre ésotérisme, colonialisme et politique.

Ce thème met en lumière comment des courants occultes – théosophie, franc-maçonnerie, martinisme – ont influencé les politiques impériales, de l’Afrique à l’Asie, en passant par l’Amérique latine.

Le programme se divise en deux sessions : matin (9h30) et après-midi (14h30), avec six intervenants de renom. Leurs contributions, basées sur des recherches approfondies, promettent d’éclairer des facettes méconnues de l’histoire coloniale, où l’initiatique rencontre le géopolitique.

Focus sur les intervenants

Ce qui fait la force de Politica Hermetica, c’est la qualité de ses conférenciers. Pour ce colloque, les intervenants sont des experts internationaux, souvent issus de milieux académiques où l’ésotérisme est étudié avec rigueur historique. Voici un développement détaillé de leurs biographies, en lien avec leurs thèmes respectifs.

Matin : Session sur l’Europe et l’Orient Colonial

Reinhard-Markne

Reinhard Markner : « L’Idée coloniale allemande de l’Afrique à l’Inde. L’entreprise coloniale et théosophique de Wilhelm Hübbe-Schleiden (1846-1916). »
Né en 1967, Reinhard Markner est un historien et philologue allemand spécialisé dans les sociétés secrètes de l’époque moderne. Il est reconnu comme un expert des Illuminati de Bavière, ayant édité Die Korrespondenz des Illuminatenordens (en plusieurs volumes, couvrant 1776-1783), une référence pour l’étude des réseaux initiatiques au XVIIIe siècle. Reinhard Markner a également contribué à des ouvrages sur la franc-maçonnerie, comme The Secret School of Wisdom, et explore les théories du complot.

Chercheur indépendant, il a collaboré à des projets sur Robert Musil et Johann Gottfried Herder. Sa communication portera sur Wilhelm Hübbe-Schleiden, un théosophe allemand impliqué dans des projets coloniaux, reliant ésotérisme et impérialisme germanique – un angle pertinent pour comprendre comment les idées maçonniques et théosophiques ont soutenu l’expansion européenne.

Davide-MARINO

Davide Marino : « Matgioi : Occultism and the Politique d’Association in French Indochina. »
Né en 1987, Davide Marino est un chercheur postdoctoral à l’Université de Göttingen, spécialisé dans les interactions entre religions est-asiatiques (notamment chinoises) et ésotérisme européen. Titulaire d’un master en philosophie de l’Université de Turin (2013) et d’un doctorat en études religieuses de l’Université chinoise de Hong Kong (2023), il explore le traditionalisme et ses adaptations en Asie.

Auteur de publications sur le guénonisme et la religion chinoise, Marino s’intéresse aux transferts culturels occultes. Son intervention sur Matgioi (pseudonyme d’Albert de Pouvourville), un occultiste français en Indochine, analysera comment l’ésotérisme a influencé la « politique d’association » coloniale française, mêlant taoïsme et impérialisme.

Paul-André Claudel : « Le Caire, 1904 : le cercle de Il Convito / النادي [al-Nâdî], entre promotion de l’islam initiatique et vitrine – ambiguë – d’une alliance Orient-Occident. »
Paul-André Claudel est un universitaire et auteur spécialisé en histoire des idées et des relations Orient-Occident. Il a publié des ouvrages sur des thèmes victoriens et islamiques.

Son expertise porte sur les cercles initiatiques au Proche-Orient, où franc-maçonnerie et soufisme se croisent. Sa contribution examinera le cercle « Il Convito » au Caire en 1904, un espace ambigu promouvant un islam ésotérique comme pont entre Orient et Occident, avec des implications pour les politiques coloniales britanniques et françaises.

Après-midi : Session sur l’Amérique Latine et l’Afrique

Mariano-Villalba

Mariano Villalba : « Franc-maçonnerie, martinisme et théosophie dans les politiques d’expansion territoriale en Argentine (1878–1900). »
Historien formé en histoire culturelle et études religieuses, Mariano Villalba se concentre sur l’Amérique latine, particulièrement le Mexique et l’Argentine. Postdoctorant à Harvard (Center for the Study of World Religions) en spiritualité et arts, en collaboration avec la Fondazione Giorgio Cini, il explore l’impact des mouvements occultes sur l’art mural mexicain post-révolutionnaire.

Sa thèse doctorale a démontré comment la franc-maçonnerie et l’ésotérisme ont influencé des figures comme Diego Rivera et José Vasconcelos. Mariano Villalba a publié sur la culture matérielle maçonnique et les exclusions genrées dans l’ésotérisme. Son exposé sur l’Argentine de la fin du XIXe siècle mettra en lumière le rôle des sociétés initiatiques dans l’expansion territoriale, un chapitre clé pour les francs-maçons latino-américains.

Muriel Pécastaing-Boissière : « L’importance de la Théosophie dans la lutte d’Annie Besant pour l’auto-détermination de l’Inde. »
Maîtresse de conférences en civilisation britannique (études victoriennes) à la Sorbonne Université, Muriel Pécastaing-Boissière est une spécialiste du socialisme victorien, du féminisme et des mouvements alternatifs. Auteure de Annie Besant (1847-1933) : Struggles and Quest (Theosophical Publishing House, 2017), elle a exploré la vie de cette théosophe, suffragiste et militante pour l’indépendance indienne.

Ses recherches incluent les liens entre suffragisme et socialisme (1884-1914). Muriel Pécastaing-Boissière a traduit des œuvres historiques et publié sur les actrices victoriennes. Sa communication soulignera comment la théosophie d’Annie Besant a servi d’outil politique pour l’auto-détermination indienne, reliant ésotérisme et anticolonialisme.

Jean-Luc Le Bras : « Ésotérisme et politique coloniale à Madagascar (1895-1950). »
Jean-Luc Le Bras est un chercheur et auteur spécialisé en histoire de Madagascar, avec un focus sur les dimensions ésotériques et politiques du colonialisme français. Auteur de Madagascar (2020), un ouvrage illustré sur l’île, il explore les intersections entre folklore africain, christianisme et occultisme local. Ses travaux s’inscrivent dans des encyclopédies sur le folklore africain et des études sur les religions malgaches.

Son intervention couvrira la période coloniale (1895-1950), analysant comment l’ésotérisme – incluant des influences maçonniques – a modelé les politiques françaises à Madagascar, un terrain où traditions locales et impérialisme se confrontent.

Un rendez-vous incontournable pour les passionnés de l’initiatique.

L’actualité au prisme du symbolisme : L’échange des corps !

L’échange des corps que ce soit entre le Hamas et Israël ou entre la Russie et l’Ukraine renvoie à une loi symbolique universelle : on ne peut faire le deuil sans présence du corps du défunt !

Le symbolisme peut être considéré comme un prisme qui nous aide à comprendre l’actualité en privilégiant une approche de fond par rapport à la forme factuelle. C’est aussi un des intérêts de la démarche maçonnique de nous apprendre, par l’étude des symboles, à porter un autre regard sur l’actualité.

Cette loi universelle, concernant l’acceptation du deuil par les proches, repose sur des croyances ancrées dans l’esprit humain depuis notre création ; ces croyances ont plusieurs fondements :

1 – Un fondement anthropologique : le corps comme médiateur du passage

Dans la quasi-totalité des cultures, le corps du défunt est le support concret du rite de passage entre le monde des vivants et celui des morts. Sans lui, il n’y a pas de frontière visible, donc pas de séparation rituelle possible.

L’anthropologue Arnold Van Gennep, dans Les Rites de passage (1909), explique que :

“Le deuil n’est pas seulement une émotion, c’est un processus social de réintégration des vivants après la séparation.”

Le corps ou sa représentation symbolique (cercueil, effigie, objet personnel) permet :

  • d’ancrer la mort dans le réel (preuve tangible de la perte),
  • d’accomplir les gestes rituels (toilette, offrande, inhumation),
  • et d’opérer la transition entre présence et absence.

Sans cette médiation, l’esprit reste suspendu — le deuil ne peut “se fixer”.

 2. Un fondement psychologique : la nécessité de la preuve sensorielle

Sur le plan psychique, Freud dans Deuil et mélancolie (1917) puis Bowlby dans sa Théorie de l’attachement, ont montré que : “L’être humain a besoin de voir et de toucher la réalité de la perte pour la symboliser.”

La présence du corps :

  • confirme la mort (permet le travail de réalité),
  • déclenche le processus d’intégration du manque,
  • autorise la mémoire à se détacher progressivement de la matérialité.

En son absence (disparition, guerre, accident), le deuil reste bloqué dans l’attente — ce qu’on appelle parfois un deuil suspendu ou inachevé.

3. Un fondement symbolique et spirituel : rendre au monde ce qui retourne à lui

Dans la plupart des traditions spirituelles, le corps est vu comme l’enveloppe sacrée de la vie. Le rituel funéraire a pour but :

  • de restituer le corps à la terre ou à la flamme,
  • de libérer l’âme ou le souffle vital,
  • et de réconcilier les vivants avec la mort.

Chez les anciens Égyptiens, Grecs, Hébreux, Indiens ou dans le bouddhisme, la mise en terre ou la crémation sont toujours accompagnées de gestes symboliques : fermer les yeux, laver, couvrir, offrir, nommer. Ce sont des actes de reconnaissance du corps comme médiateur entre visible et invisible.

Sans ce passage incarné, la mort demeure abstraite — donc psychiquement insoutenable.

4. Un fondement social : le deuil comme acte communautaire

La présence du corps est aussi ce qui rassemble la communauté :

  • autour du mort (pour lui rendre hommage),
  • et entre les vivants (pour reformer le lien après la perte).

L’absence du corps empêche ce rituel collectif ; le deuil devient alors solitaire, intérieur, parfois pathologique.

C’est pourquoi les sociétés ont inventé des symboles de substitution : portrait, nom gravé, objet, tombe vide (cénotaphe). Ces substituts répondent au besoin universel de voir pour croire, et de croire pour laisser partir.

L’importance que les familles accorde aux corps de leurs défunts, trouve cependant des exceptions :

Dans les Évangiles, lorsque Marie-Madeleine et les disciples découvrent le tombeau vide, ils ne trouvent ni cadavre ni trace de corruption, mais seulement les linges pliés.

Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité.
(Luc 24,5)

Pour justifier l’absence du corps, les évangélistes ont inventé une raison qui ne vaut que pour Jésus-Christ :  l’absence du corps de Jésus n’est plus vécue comme un déni du réel, mais comme la preuve d’une transformation : le corps n’a pas été volé, il a été transfiguré — passé de la matière à la lumière.

De la même manière, dans les rituels maçonniques il y a deux lectures possibles de la disparition du corps d’Hiram emporté par les mauvais compagnons :

  • soit il est considéré comme virtuellement ressuscité (à la manière de Jésus) dans le nouveau maître
  • soit  on prétend le retrouver pour constater que « la chair quitte les os ».

Cette importance accordée au corps pour réaliser le deuil mérite notre réflexion et cette actualité est l’occasion d’y réfléchir.

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