La Grande Loge Féminine de France (GLFF), première obédience maçonnique féminine au monde, continue d’ouvrir ses portes au public pour démystifier et partager ses valeurs. Le 21 février 2026, à Périgueux, une conférence publique intitulée « Être franc-maçonne à la GLFF aujourd’hui et demain » invite à un regard clair et engagé sur le parcours, les enjeux et l’avenir de la Franc-maçonnerie féminine. Cet événement, organisé par la GLFF, s’inscrit dans une série de rencontres destinées à éclairer le rôle des femmes dans cette tradition initiatique.
Un rendez-vous ouvert à tous
La conférence se tiendra au Centre Départemental Joséphine Baker, situé à Périgueux dans le département de la Dordogne (24). Prévue à 14 h 30, cette manifestation publique est accessible à tous, sans inscription préalable, et vise à attirer un large auditoire curieux de découvrir les facettes contemporaines de la Franc-maçonnerie. C’est une opportunité rare de plonger dans l’univers d’une obédience qui, depuis sa fondation en 1945, promeut l’égalité, la liberté de pensée et l’engagement sociétal au féminin.
Le thème : aujourd’hui et demain
Au cœur de cette rencontre, le thème « Être franc-maçonne à la GLFF aujourd’hui et demain » explore les réalités actuelles et les perspectives futures de l’initiation maçonnique féminine. Les intervenantes, membres éminentes de la GLFF, aborderont les parcours initiatiques, les défis contemporains et les visions d’avenir pour une Franc-maçonnerie engagée dans la société moderne. Un regard clair et engagé sera porté sur les enjeux éthiques, spirituels et sociaux qui animent cette obédience, soulignant comment les Franc-maçonnes contribuent à un monde plus juste et fraternel.
La GLFF : une histoire de pionnières
Fondée en 1945, la Grande Loge Féminine de France est l’héritière d’une longue tradition de Franc-maçonnerie mixte et féminine en France. Elle compte aujourd’hui des milliers de membres et des loges dans tout le pays, ainsi qu’à l’international. La GLFF met l’accent sur l’initiation spirituelle, le travail symbolique et l’engagement humaniste, tout en préservant une indépendance vis-à-vis des obédiences masculines. Cette conférence à Périgueux s’inscrit dans une série d’événements similaires, comme ceux prévus à Toulon ou à Foulayronnes, démontrant l’ouverture et la vitalité de l’obédience.
Pourquoi participer ?
Cette manifestation n’est pas seulement une occasion d’information ; elle est une invitation à la réflexion sur les valeurs maçonniques au féminin. Dans un monde en mutation, la GLFF propose un espace de dialogue sur l’émancipation, la spiritualité et l’avenir collectif. Que vous soyez novice ou curieux averti, cette conférence offre un aperçu authentique de ce que signifie être franc-maçonne aujourd’hui, et comment cela façonne demain.
Pour plus de détails, contactez la GLFF via l’adresse de courriel. Ne manquez pas ce rendez-vous enrichissant à Périgueux, où la tradition rencontre la modernité.
Dans son numéro de janvier 2026, Chemins de Traverse choisit la vérité non comme un drapeau, mais comme une épreuve de justesse, à l’heure où l’image se déguise en preuve, où le flux dépasse la source, où l’intelligence artificielle accélère nos certitudes. Un miroir brisé en couverture, des figures gardiennes, une polyphonie d’auteures et d’auteurs, et une même exigence, apprendre à discerner sans se griser de conclure.
Maurice Leduc : Grand Maître National
Dès les premières pages, Maurice Leduc situe l’époque, le numérique, l’usage généralisé des réseaux, la puissance des images dites plus vraies que nature, la circulation planétaire des fake news qui rendent la preuve plus lente que le flux et la source plus fragile que la rumeur. Mais le texte ne cède ni au catastrophisme ni à la nostalgie. Il rappelle une discipline de méthode, très maçonnique, chercher notre vérité, maintenir l’esprit critique, garder le libre arbitre, accepter la pluralité des facettes sans renoncer à la rectitude.
Ce refus d’une vérité posée d’un bloc se lit jusque sur la couverture, commentée comme un petit traité symbolique.
Le miroir brisé dit la vérité fragmentaire, à réunir par un patient travail. Le lion, le phénix, le serpent deviennent gardiens initiatiques, force morale, résurrection intérieure, énergie vitale qui élève autant qu’elle expose à la chute. Lune et étoiles rappellent que la lumière du Temple n’est ni brutale ni totale, mais mesurée, ajustée au cheminement de chacune et de chacun. Ici, la vérité n’est pas un projecteur, elle est une graduation.
Avant même d’entrer dans le dossier, la revue ouvre un autre seuil, la cité
Dans la Place de l’histoire, Sylvain Zeghni raconte La Fronde, fondé en 1897 par Marguerite Durand, entièrement produit par des femmes et destiné à être lu par des femmes, comme une pointe avancée d’un combat pour l’égalité. La vérité, ici, se mesure à ce qu’elle coûte, tenir tête aux évidences sociales, ouvrir un espace où la parole des invisibilisées devient événement.
Puis vient le grand dossier, construit comme une polyphonie
Annick Drogou
Chaque voix saisit la vérité par un outil différent, langage, symbole, droit, soin, éducation, ethnographie, cinéma, médias, histoire, initiatique. Annick Drogou ouvre la veine des mots. Elle montre comment la vérité commence par une hygiène du langage, et comment le mensonge se fabrique aussi par les glissements, les facilités, les travestissements de vocabulaire. La même auteure poursuit avec « Vérité et mensonge ? », qui place la question au cœur de notre responsabilité intérieure. La vérité n’est pas seulement ce qui se dit, elle est ce qui nous oblige.
Dominique Segalen
Dans une autre tonalité, Dominique Segalen, avec « Dame Vérité », rappelle que la vérité a longtemps porté un visage, allégorie médiévale, figure qui ne démontre pas mais révèle, non par éclat mais par dévoilement progressif. Et, avec « Ponce Pilate et la question de la vérité », la revue replace la formule célèbre dans son théâtre moral. La vérité s’y tient au point exact où la politique voudrait s’en laver les mains, et Ponce Pilate demeure le nom propre de cette hésitation, quand le pouvoir cherche à se rendre innocent.
Le dossier avance ensuite par contrastes. Michel Dronne, en opposant vérité et vraisemblable, touche un nerf contemporain. Notre époque adore ce qui sonne juste et se dispense de ce qui oblige à vérifier. Or le vraisemblable flatte, persuade, apaise, tandis que la vérité corrige et coûte.
Pierre Pelle Le Croisa
Dans le même esprit de mise à l’épreuve, Yonnel Ghernaouti inscrit la vérité comme quête initiatique, non comme possession. Revenir aux textes, peser les mots, refuser la séduction de l’opinion prête à penser, rendre au jugement son temps long, faire de la lecture une ascèse de discernement. La réflexion se prolonge par des notes de lecture, dont celle consacrée à Pierre Pelle Le Croisa, afin que la lecture devienne vérification, nuance, fidélité au texte, et apprentissage patient du temps long.
Laure-Scheffel
Cette progression trouve une respiration singulière avec Laure Scheffel. Ses textes « Sable et plomb » et « Nos autres visages » ne décorent pas. Ils travaillent au cœur même du dossier, en rappelant que la vérité n’est pas seulement affaire d’argument, mais affaire de seuil, de profondeur, de dépouillement, ce qui demeure quand nous cessons de nous regarder dans les reflets.
Le dossier se fait ensuite plus institutionnel, sans perdre sa nuance
Avec Jean-Philippe Derosier, la vérité passe par le droit. Il y est question de vérité juridique, de l’office du juge, de la différence entre l’être, les faits, et le devoir être, la norme. L’entretien, mené en propos recueillis par Anne Amis, donne à entendre une vérité non souveraine mais procédurale, une construction qui protège autant qu’elle limite.
Avec Jean-Jacques Rassial, la vérité se déplace encore. « Vérité et psychanalyse » rappelle qu’il existe des vérités qui ne se prouvent pas comme un dossier, mais se rencontrent, parfois au prix d’une traversée de soi.
À hauteur d’existence, la revue confie ensuite la vérité au soin, à l’école, aux sciences humaines
La Commission éthique bioéthique propose « La relation soignant patient sous le prisme de la Vérité ». Dire vrai, ici, n’est jamais brutalité. C’est mesure, rythme, délicatesse, responsabilité, comme une lumière qu’il faut donner sans aveugler. Jean-Jacques Pettier, avec « Vérité, quelques perspectives pour une éducation », réinstalle la vérité du côté de la formation. Apprendre à discerner, à douter loyalement, à construire un jugement qui ne soit ni docilité ni cynisme. Nadine Wanono apporte la double focale du terrain et de l’image. « Ethnographie et ethnologie, quelle vérité ? » puis « La vérité en perspective. Du cinéma vérité au multi perspectivisme » montrent que la vérité dépend aussi du point de vue, de l’angle, du montage, de ce que la caméra révèle et de ce qu’elle fabrique, et que le réel n’entre jamais pur dans nos récits.
La revue revient alors à la cité dans sa forme la plus inflammable, l’information
Laurence Rey, avec « Médias, approcher de l’exactitude plus que chercher la vérité », refuse la pose héroïque. Elle décrit une discipline, un artisanat, une humilité, viser l’exactitude comme pratique quotidienne plutôt que brandir la vérité comme totem. Et Jean Dumonteil traite un front où la contre vérité devient violence. « Les nouvelles formes de l’antimaçonnisme à l’heure des fake news et de la post vérité » montre comment, à l’ère des réseaux, l’ancienne mécanique complotiste change d’échelle et peut conduire à l’agression concrète, au harcèlement, aux atteintes. La vérité n’y est plus un débat abstrait. Elle devient protection, dignité, sécurité des personnes.
Le fil qui relie ces pièces demeure net. La revue ne sacralise pas la vérité. Elle éduque au rapport à la vérité. Elle rappelle que dire vrai ne consiste pas à triompher, mais à ne pas trahir, que la correction n’est pas humiliation, mais travail, que le doute authentique n’est ni posture ni faiblesse, mais méthode. Et c’est précisément parce que le dossier refuse la fermeture qu’il est fécond. Il ouvre des chemins au lieu de poser des conclusions.
Dans cette architecture, il faut rendre justice à celles et ceux qui tiennent l’atelier éditorial
Le numéro est porté par la rédaction en chef et un comité où figurent Bernard Dat, Catherine Domas, Anthony Faure, Marc Jeanjean, Jean-Paul Richart, ainsi que les contributrices et contributeurs déjà rencontrés au fil du dossier. Côté images, la revue précise que les illustrations sont signées Hervé Laurent et Laure Scheffel. Tout y devient symbole, et l’œuvre se taille comme la pierre, dans la lenteur.
Enfin, la revue ne se referme pas sur elle-même
Un espace numérique prolonge les échos, et le prochain numéro est annoncé sous le signe de « passage(s) », autre seuil, autre apprentissage. Au fil des pages, la vérité n’apparaît jamais comme un trophée à brandir. Elle ressemble plutôt à une lampe réglée, offerte sans aveugler, tenue sans se prendre pour propriétaire de la lumière. Ce numéro le rappelle avec une sobriété rare. Le vrai n’est pas ce qui triomphe, c’est ce qui ne trahit pas. Et l’on comprend, à l’annonce de « passage(s) », que la quête continue, non pour posséder, mais pour marcher plus droit, ensemble.
Chemins de Traverse, « La vérité » Revue maçonnique de la Fédération française du Droit Humain Éditions Numérilivre, N°4, janvier 2026, 80 pages, 22 €
Un juge de la Haute Cour se prononce en faveur de la décision des forces de police d’obliger leurs agents à déclarer leur appartenance à une organisation. Les francs-maçons ont échoué dans leur tentative de contester en justice la décision de la plus grande force de police britannique d’obliger son personnel à déclarer s’ils sont ou ont été membres.
Le juge Chamberlain a déclaré mardi que la décision de la police métropolitaine « poursuit un objectif légitime, à savoir maintenir et renforcer la confiance du public dans les forces de l’ordre, et qu’elle est proportionnée ». Trois organismes représentant les francs-maçons d’Angleterre, du Pays de Galles, de l’île de Man et des îles Anglo-Normandes, ainsi que deux policiers en service qui sont francs-maçons, avaient cherché à intenter une action en justice contre les forces de l’ordre devant la Haute Cour.
Cette décision fait suite à l’annonce faite en décembre par la police métropolitaine de l’ajout de l’appartenance à la franc-maçonnerie ou à des organisations similaires à sa politique relative aux associations déclarables. Cela signifie que les dirigeants et le personnel sont tenus de déclarer leur appartenance « passée ou présente » à toute organisation « hiérarchisée, dont l’adhésion est confidentielle et qui exige de ses membres qu’ils se soutiennent et se protègent mutuellement ».
Environ 400 agents et employés de la police métropolitaine ont déjà fait des déclarations en vertu de cette politique. Dans une décision de 17 pages rendue mardi, Chamberlain a déclaré que les motifs de la contestation judiciaire proposée n’étaient pas « raisonnablement défendables ».
Il a déclaré : « L’objectif d’une telle action, et donc l’objectif de l’obligation de divulguer l’information, est double : éliminer le risque de partialité réelle, lorsque les agents s’acquittent mal de leurs fonctions, et le risque de partialité perçue, lorsqu’il existe une perception ou un soupçon que les agents s’acquittent mal de leurs fonctions. »
« Dans les deux cas, cette exigence vise, à mon avis, à garantir le bon exercice des fonctions d’un agent de police. Le contraire n’est pas raisonnablement soutenable. » Le juge a ajouté que cette politique n’était ni discriminatoire ni « indûment stigmatisante » envers les francs-maçons. Il a ajouté que laisser la décision de déclarer ou non son appartenance à la franc-maçonnerie à la discrétion de chaque officier et membre du personnel, « au cas par cas », ne permettrait pas « d’atteindre l’objectif de maintenir ou d’améliorer la confiance du public ».
Après le prononcé de la décision, le commandant Simon Messinger a déclaré au nom de la police métropolitaine : « Nous étions prêts à défendre fermement notre décision devant les tribunaux, le jugement d’aujourd’hui est donc le bienvenu. »
« Notre politique relative aux associations déclarables a été modifiée suite aux commentaires qui ont mis en lumière les inquiétudes selon lesquelles l’implication dans ce type d’organisations pourrait compromettre l’impartialité ou créer des conflits de loyauté. »
« Tant les victimes de crimes que les personnes signalant des actes répréhensibles doivent avoir la certitude qu’il n’y a aucun risque que les enquêtes soient entachées par de tels problèmes. Nous avons privilégié cet aspect au détriment de toute volonté de préserver le secret au sein d’une organisation. »
S’exprimant au nom des trois groupes francs-maçons à l’origine de la contestation, Adrian Marsh, grand secrétaire de la Grande Loge unie d’Angleterre, a déclaré : « Nous maintenons que nous avons l’obligation de protéger nos membres contre la discrimination, qui, à notre avis, ne contribuera en rien à améliorer le travail de la police métropolitaine dans le cadre de sa mission de garantir la sécurité de Londres en réduisant la criminalité, en renforçant la confiance du public et en maintenant des normes élevées. »
Lors d’une audience le 11 février, les avocats des deux officiers, de la Grande Loge Unie d’Angleterre, de l’Ordre des Femmes Francs-Maçons et de l’Honorable Fraternité des Anciens Francs-Maçons ont demandé au juge d’autoriser la contestation.
Claire Darwin KC, représentant les plaignants, a déclaré que la décision de la police métropolitaine lui permettait de créer une « liste noire ».
Robe d’avocat, robe noire
Dans ses observations écrites, l’avocat a déclaré que cette mesure constituait un « signal institutionnel de suspicion » qui violait les droits de l’homme des francs-maçons et reposait sur des preuves « limitées, opaques et fortement influencées par la perception ».
Elle a ajouté que la police semblait s’appuyer sur des « théories du complot de longue date et/ou des stéréotypes préjudiciables sur les francs-maçons » pour justifier l’introduction de cette mesure.
Les avocats de la police métropolitaine ont déclaré que la plainte devait être rejetée, affirmant devant le tribunal que l’idée que les agents seraient mis sur liste noire était « manifestement fausse » et que les employés étaient « libres de devenir ou de rester francs-maçons ».
Depuis les affirmations du gardien du site Roger Lhomoy en 1946, l’histoire du trésor des Templiers dissimulé sous le château de Gisors (Eure) continue d’alimenter les imaginations. Légende urbaine, mythe ancestral ou fait historique ? Plongeons dans les méandres de ce mystère.Avez-vous déjà entendu parler de la saga du trésor des Templiers au château de Gisors, dans l’Eure ? C’est l’une des énigmes les plus captivantes de notre territoire.
Les Templiers et Gisors
Pour saisir l’essentiel, revenons en arrière. Le château de Gisors, une imposante forteresse royale, a été le théâtre de nombreux affrontements violents au Moyen Âge. Position clé, cette ancienne motte castrale édifiée entre la fin du XIe et le XIIe siècle a été au cœur des conflits entre la France et l’Angleterre. De 1158 à 1160, durant une pause dans les hostilités entre les deux nations, la garde du château est remise à l’ordre du Temple, sous la surveillance de trois chevaliers templiers.
Trésor de Gisors : secret enterré ou pure invention ?
« Ils assuraient la protection des domaines, mais aussi un soutien aux habitants locaux. Cet ordre a acquis une immense influence, avec une puissance financière, économique et diplomatique considérable »
explique Gwenola Le Masle, responsable de mission au service du patrimoine historique de Gisors.
Une confidence arrachée à un chevalier templier
Quand Philippe le Bel monte sur le trône en 1285, la domination des Templiers le gêne. Pire encore, ils relevaient du pape, non du roi.
« C’était un ordre trop opulent, un État dans l’État, et le souverain ne pouvait l’accepter »
précise Anne Puech d’Alissac, adjointe au maire de Gisors chargée du Patrimoine. Le grand maître Jacques de Molay et d’autres Templiers sont incarcérés ici de 1310 à 1314. C’est sous la torture que l’un de ces chevaliers lâche des informations qui donnent naissance à la légende du trésor de Gisors. Il mentionne trois chariots partis du temple de Paris vers l’Angleterre, avec une halte à Gisors. « Les chariots n’en seraient pas repartis, ce qui laisse supposer que le trésor des Templiers y est resté », en conclut l’adjointe au maire.
Un graffiti énigmatique
Un curieux graffiti dans la tour du prisonnier vient appuyer cette histoire. « Ce graffiti, par son aspect mystique, son inscription en latin et ses diverses croix, contiendrait un code secret menant au trésor des Templiers pour qui saurait le décrypter », indique Gwenola Le Masle, chargée de mission au service du patrimoine historique de Gisors.
Bien qu’il n’ait pas réussi à percer le mystère du graffiti, Roger Lhomoy, gardien et jardinier du château durant l’Occupation, est persuadé que le trésor existe. La nuit, il fore secrètement des dizaines de galeries jusqu’en mars 1946. Un jour, il surgit au conseil municipal, face au maire, affirmant avoir déniché le trésor. « J’ai vu une chapelle splendide, avec d’immenses statues, des apôtres, des sarcophages disposés dix par dix ! », narre-t-il à l’époque. L’affaire éclate au grand jour. Elle fait les gros titres des journaux, et les chercheurs de trésors affluent vers la ville. Tout le monde débarque à Gisors armé de pelles et de pioches pour fouiller.
« À gauche, à droite, sous la motte, un vrai chaos car la motte est devenue un gruyère ! », s’exclame Anne Puech d’Alissac.
« Au point que le gouvernement s’en mêle, et André Malraux, ministre de la Culture, décide qu’il y a peut-être du vrai à Gisors et qu’il faut vérifier. »
Deux campagnes de fouilles sous Malraux
André Malraux ordonne deux fouilles officielles dans les années 1960, sans résultat. En 1964, M. Demuter, secrétaire du syndicat d’initiative de Gisors à l’époque, exprime son scepticisme. « Roger Lhomoy n’a jamais pu nous présenter la moindre preuve tangible de cette supposée crypte souterraine », déclarait-il dans l’émission Le Journal de Paris, diffusée le 28 février 1964. Roger Lhomoy a-t-il vraiment mis au jour quelque chose, ou était-ce un songe ? L’énigme du trésor de Gisors demeure intacte à ce jour.
Dans les méandres de la littérature fantastique et des énigmes historiques, certains ouvrages émergent comme des phares énigmatiques, illuminant des secrets enfouis sous des couches de symboles et d’allusions. Le Réveil des Titans, roman publié en 1968 par Jean Rignac aux éditions Albin Michel, en est un exemple saisissant. C’est Erik Sablé, figure éminente des études ésotériques, qui m’a orienté vers cette œuvre, la décrivant comme mystérieusement codée, imprégnée d’un voile de mystères qui dépasse la simple fiction.
Le récit envoûtant de Daniel Vermain
Au cœur de ce roman, Daniel Vermain, un ingénieur rationaliste ancré dans le monde tangible, se voit confronté à son ami occultiste, Massan. Ce dernier le met au défi : accomplir un rituel précis pour s’ouvrir enfin aux mystères de l’invisible. Suivant scrupuleusement les instructions de son ami, Vermain parvient à établir un contact avec une entité lors d’une invocation magique. Cette présence surnaturelle le guide vers une région mystérieuse, où un secret ancestral repose au fond d’un gouffre d’un vert profond. Là, dans les abysses, il découvre un signe énigmatique : un cercle surmonté d’une croix et dominant une autre croix. Non loin, un coffre orné d’une tête représentant Baphomet renferme deux parchemins. Ces éléments révèlent l’identité des « Fils des Dieux », tels que décrits dans la Genèse, que l’Ordre du Temple a réussi à réveiller. À son tour, Daniel Vermain, accompagné de Germaine de Mondray, se lance dans la grande évocation ultime, un rituel qui transcende les frontières du visible et de l’invisible.
Jean Rignac : de l’ingénierie à l’astrologie mystique
L’auteur, Jean Rignac, n’était pas un romancier ordinaire. Ingénieur radio-électricien de formation, il s’est ensuite tourné vers l’astrologie, animant une chronique astrologique quotidienne sur Radio-Télé-Luxembourg. Selon sa fiche Wikipedia, pour tenir compte de l’influence de la constellation d’Ophiuchus, qui empiète sur l’écliptique, il a introduit l’usage d’un treizième signe dans le zodiaque, qu’il a nommé « Serpentaire », un terme emprunté à la mythologie romaine. Ce détail n’est pas anodin. Il évoque immédiatement le zodiaque à treize signes employé par Pierre Plantard dans une carte publiée dans Les Templiers sont parmi nous, ouvrage de Gérard de Sède paru en 1962. Ce livre précède de plusieurs années les publications astrologiques de Jean Rignac, qui ne commenceront qu’en 1969.
La carte de 1962 : porte d’entrée d’un « Jeu » national
Cette carte de 1962 revêt une importance capitale. Elle constitue la porte d’entrée d’un « jeu » (1) mis en place non seulement à Gisors ou à Rennes-le-Château, mais sur l’ensemble du territoire français. Le nombre d’Or y devient un guide essentiel, invitant à tracer un long parcours à l’aide de la géométrie sacrée. Pour débuter ce périple et entrer dans un mystérieux cénacle, il fallait résoudre l’énigme du triangle hermétique des « trois têtes » (2).
Les liens avec Pierre Plantard et l’académie latine
En revoyant Erik Sablé, celui-ci m’a confié que Jean Rignac aurait été membre de l’Académie Latine, une organisation fondée par Pierre Plantard à la Libération. Il m’a indiqué sa source : un certain Jean Peychinoux (3). Jean Peychinoux avait lui-même connu Pierre Plantard. Il avait été membre de Vaincre durant l’Occupation, puis de l’Académie Latine. En 1950, Pierre Plantard lui proposa de rejoindre une société secrète dont la direction avait été confiée à la maîtresse de feu Georges Monti. Lors d’une conversation téléphonique avec Peychinoux, je lui ai fait part de ma lecture de Le Réveil des Titans. Il m’a révélé que si Jean Rignac avait bel et bien écrit ce livre, une autre personne y avait participé. L’affaire de Gisors y était reprise d’une autre façon : il n’y avait plus de puits, mais un gouffre. Ce n’était plus trente coffres, mais un seul coffre, avec toujours en jeu le dévoilement du secret des Templiers : un rituel magique d’évocation majeur révélant ce qu’était réellement le Baphomet. Enfin, ce même coffre recelait deux parchemins en latin, un renvoi à la soi-disant découverte de l’abbé Saunière.
Une farce dirigée contre Pierre Plantard
Selon Peychinoux, ce livre n’était qu’une farce dirigée contre Pierre Plantard, en réponse à ses manipulations. Il dévoilait deux secrets : la signature utilisée par Pierre Plantard pour une certaine correspondance entre « initiés » d’une confrérie magique – un cercle surmonté d’une croix et dominant une croix, c’est-à-dire le signe de la terre fusionnant celui de Vénus. Enfin, la couleur verte du gouffre, qui était la couleur de l’écriture pour ces mêmes initiés.
Notes
(1) Ce mot de « jeu » fut employé par Pierre Plantard devant le juge Thierry Jean-Pierre, qui n’y comprit rien. (2) Correspondance Pierre Plantard – Jean Peychinoux. Cette énigme est reprise dans Les Templiers sont parmi nous. (3) Erik Sablé lui consacre de nombreuses pages dans son dernier livre Dieu comme expérience intérieure.
Cet ouvrage, au croisement de la fiction et des intrigues historiques, invite à une réflexion profonde sur les mystères templiers et les jeux d’ombres ésotériques qui ont marqué le XXe siècle. Le Réveil des Titans n’est pas seulement un roman ; c’est une clé codée vers des arcanes oubliés, où la rationalité rencontre l’invisible dans un tourbillon de symboles éternels.
Avec Méditation vivante sur la Lettre à mon fils de Jean-Baptiste Willermoz, Olivier Chebrou de Lespinats ne commente pas un texte, il le réveille, il le remet dans nos mains comme un outil qui chauffe, et cette chaleur n’a rien d’ornemental.
J.-B. Willermoz
L’auteur propose une expérience de lecture qui tient de la transmission vécue, au sens le plus exigeant du terme. Jean-Baptiste Willermoz, né en 1730 et mort en 1824, y parle comme une voix paternelle et opérative, une voix qui ne cherche jamais à séduire, une voix qui demande un prix. Nous n’entendons pas un moraliste, nous entendons un homme qui sait ce que coûte une fidélité, et qui pèse chaque injonction afin qu’elle atteigne la conscience plutôt que l’intelligence. La phrase, chez Jean-Baptiste Willermoz, semble avoir été éprouvée par l’expérience. Elle avance sans grand geste, mais elle vise juste, comme une lame qui ne coupe pas pour blesser, mais pour séparer le vrai du commode, l’essentiel du bavardage intérieur.
Tout s’ordonne autour d’un mot incandescent, le dépôt
J.-B. Willermoz
Jean-Baptiste Willermoz ne remet pas un trésor à conserver dans une armoire intime, il confie un feu à porter, et ce feu peut devenir brûlure si nous le nourrissons d’orgueil. Le dépôt engage. Il implique que la lumière reçue ne nous appartient pas. Elle nous traverse, elle nous oblige, elle réclame une discipline qui n’a rien d’une austérité de façade. La connaissance, ici, n’est jamais séparée de la purification, et la purification n’est jamais séparée du service. Nous retrouvons une loi profonde de la tradition maçonnique, la lumière ne se distribue pas comme un privilège, elle se mérite par une tenue du cœur, par un usage juste du silence, par une capacité à soutenir la clarté sans la transformer en miroir pour notre amour-propre. Une telle tenue ne consiste pas à empiler des notions, elle consiste à préférer l’exactitude du geste à la brillance du discours, à substituer au goût du signe l’obéissance à ce que le signe exige.
Cette rigueur s’appuie sur une dramaturgie qui traverse tout l’héritage spirituel occidental, la chute et le retour. Jean-Baptiste Willermoz décrit l’être humain comme désaccordé, intelligence assombrie, volonté fragilisée, cœur facilement détourné de sa source, puis Jean-Baptiste Willermoz maintient qu’un chemin demeure, non sous la forme d’une consolation, mais sous la forme d’une architecture de réhabilitation. Il y a, dans cette architecture, quelque chose d’artisanal et de sacré, comme si chaque pierre devait être retaillée par le dedans. La prière, le culte intérieur, la fidélité au Principe unique deviennent des gestes de reconstruction.
L’histoire sacrée apparaît alors comme une grammaire de signes, non pour érudits, mais pour vivants. Les figures bibliques reviennent comme des types de réparation, Abel et Isaac, Joseph et Moïse, et jusqu’au Verbe incarné que Jean-Baptiste Willermoz place au centre de l’espérance.
L’ensemble n’écrase pas la liberté, il la réoriente. Jean-Baptiste Willermoz ne demande pas une soumission des lèvres, il réclame une conversion de l’être, et cette conversion prend la forme d’une fidélité quotidienne, discrète, recommencée.
Dans cette perspective, le rituel n’est jamais neutre. Olivier Chebrou de Lespinats rappelle avec une netteté presque tranchante que la même invocation peut sanctifier ou profaner selon l’intention. Cette seule idée suffit à éclairer nombre de nos dérives contemporaines, car il est si aisé de se croire profond dès que nous manipulons des formes, si aisé de confondre intensité et vérité, alors que Jean-Baptiste Willermoz demande l’inverse. Il demande de ralentir, de s’examiner, d’apprendre à se taire, d’accepter la patience d’une maturation. Le discernement devient une ascèse. Il tranche, non pour mépriser les formes, mais pour rappeler qu’elles ne valent que si elles rendent l’âme plus vraie, donc plus responsable. Nous comprenons alors que la parole initiatique ne se mesure pas à la quantité de symboles convoqués, mais à la qualité de l’homme ou de la femme que ces symboles travaillent.
À mesure que la méditation progresse, la vérité se dresse comme juge
Non une abstraction, mais une présence qui mesure nos habitudes, nos pensées, nos renoncements, jusqu’à cette pointe intérieure où chacun devient son propre témoin. La sanction n’est pas d’abord extérieure. Elle ressemble à un feu qui dévore lorsque nous persistons à vivre contre ce que nous savons. Une telle spiritualité, explicitement chrétienne dans ses images, rejoint pourtant une intuition hermétique, l’opération ne vaut que par la transmutation de l’être. L’ésotérisme cesse alors d’être un jeu d’ombre et de lumière, il redevient une justice, un art de conversion. Nous y sentons une fraternité profonde entre la voie willermozienne et la grande exigence intérieure des traditions de l’Occident spirituel, celle qui refuse la séparation confortable entre croire et devenir, entre comprendre et accomplir.
La question de la tradition s’éclaire d’une lumière austère, presque minérale. Jean-Baptiste Willermoz insiste, la transmission ne passe ni par les titres ni par la visibilité, mais par l’âme. Elle se chuchote, elle se garde, elle se donne à celui qui s’en montre digne. La bénédiction patriarcale devient alors le symbole opératif d’un transfert spirituel, passage d’une lumière plutôt que d’un bien. Nous retrouvons ici l’un des nerfs de l’initiation, l’égalité en dignité n’abolit pas l’épreuve, et l’épreuve protège autant le dépositaire que le dépôt. Elle protège aussi la communauté, car elle empêche que le sacré ne se dissolve dans la mode ou la facilité. Elle oblige à reconnaître qu’une transmission authentique est un service et non un droit, et qu’elle s’accompagne d’une crainte active, non la peur, mais le respect qui garde du pillage intérieur.
Olivier Chebrou de Lespinats
Cette fidélité s’enracine dans l’itinéraire d’Olivier Chebrou de Lespinats, qui se présente comme un humaniste spiritualiste et un chevalier du vingt et unième siècle, engagé depuis plusieurs décennies dans l’étude des rites et des symboles ésotériques, spirituels, mystiques et psychologiques. Cette durée n’est pas brandie comme un argument d’autorité. Elle se perçoit dans la manière de tenir la phrase, dans la sobriété qui refuse l’emphase, dans une volonté de transmettre des clés d’existence plutôt que des parures. L’œuvre d’Olivier Chebrou de Lespinats dessine un fil cohérent, de Dieu et la conscience maçonnique à La Voie du Maître Maçon, de La Lumière de la Transmission à Être Chevalier au XXIE siècle, sans oublier Les Gardiennes de Lumière consacrée à une chevalerie féminine, mystique et sacrée. Nous y voyons la même obsession, rendre au symbole sa fonction opérative, et rendre à la spiritualité son poids de vérité. Même ses entreprises de revues et de lettres, Le Symbolisme des Rites, Le Messager de la Croix Verte, Ousia, prolongent cette vocation, accompagner, instruire, éveiller, sans jamais céder au spectacle.
Il reste, après cette lecture, une image qui ne quitte plus le regard intérieur, celle du veilleur. Un serviteur sans scène, gardien d’un feu reçu dans le silence et rendu avec tremblement. Jean-Baptiste Willermoz et Olivier Chebrou de Lespinats nous laissent avec une exigence presque nue, devenir dignes de ce que nous désirons, afin que la flamme passe, et que rien de nous ne vienne l’obscurcir.
Un livre bref par le format, vaste par l’empreinte, qui rappelle que toute lumière véritable commence lorsque nous consentons à être travaillés par elle.
Méditation vivante sur la Lettre à mon fils de Jean-Baptiste Willermoz
Olivier Chebrou de Lespinats
Le compas dans l’œil, coll. L’initiée, 2026, 128 pages, 18 €
Au Festival Napoléon, la franc-maçonnerie n’est ni un décor ni un prétexte. Elle devient une clé de lecture de l’Empire, à travers la voix d’un historien qui a fait métier de dissiper les brumes et d’ordonner les faits. Pierre Mollier y est distingué lauréat du Prix Napoléon, au terme d’un travail de longue haleine, patient, documenté, transmis.
Il y a des prix qui récompensent une œuvre, et d’autres qui saluent une attitude intérieure Celui-ci semble relever des deux. Car ce que l’on honore, dans le parcours de Pierre Mollier, c’est moins une somme de publications que la tenue d’une méthode. Aller aux sources. Lire les archives comme on lit une pierre, sans la flatter, sans la frapper, en cherchant la veine. Restituer ensuite, avec cette clarté rare qui ne simplifie pas, mais hiérarchise, met à sa place, donne la mesure.
Le cadre n’est pas neutre
La 4e édition du Festival Napoléon, fondée et dirigée par David Serero, s’est tenue les 14 et 15 février 2026 au Club de l’Étoile, à Paris. Une programmation qui veut faire dialoguer histoire et présent, recherche et débat d’idées, et qui assume l’ambition de traiter Napoléon Bonaparte comme une figure vivante, interrogée, disputée, recontextualisée.
Pierre Mollier, en 2019
Dans ce dispositif, Pierre Mollier n’arrive pas comme un commentateur de plus, mais comme un artisan du vrai. Son intervention, annoncée le dimanche 15 février à 14 h, portait sur « Napoléon et la franc-maçonnerie » et proposait une lecture rigoureuse des liens entre l’Empire, les loges et les réseaux d’influence de l’époque.
Le prix, lui, met des mots précis sur ce qui est reconnu
L’excellence des recherches de Pierre Mollier sur la franc-maçonnerie. La qualité d’un éclairage précis, documenté, pédagogique, appliqué aux relations entre Napoléon et les réseaux d’influence de son temps. Cette formule est importante. Elle refuse la tentation de l’allusion. Elle refuse le romanesque facile. Elle dit l’essentiel, un travail qui permet de comprendre sans fantasmer.
Il faut mesurer ce que représente un tel parcours dans le paysage maçonnique et culturel Longtemps directeur de la bibliothèque du Grand Orient de France et conservateur du Musée de la franc-maçonnerie, Pierre Mollier appartient à cette lignée de passeurs qui savent que le patrimoine n’est pas un mausolée. C’est un chantier. Cela se classe, se décrit, se date, se contextualise. Puis cela s’offre au regard public, sans arrogance et sans peur.
La démarche est presque initiatique, au sens le plus sobre
Elle commence par l’épreuve du document. Elle continue par l’ascèse du tri. Elle aboutit à la parole juste. Dans un monde saturé de récits, il rappelle que la vérité historique n’est pas une opinion bien tournée. C’est une construction patiente, une architecture de preuves, où chaque pierre doit porter. C’est sans doute pourquoi, quand il parle de franc-maçonnerie, il ne la réduit jamais à un mythe, ni à une caricature. Il la restitue comme un fait social, politique, culturel, avec ses pratiques, ses tensions, ses usages, ses zones d’ombre et ses lumières.
Le lien à l’Empire est, ici, un révélateur
Il oblige à tenir ensemble deux exigences souvent opposées dans le débat public. D’une part, reconnaître l’importance des sociabilités maçonniques dans la circulation des hommes, des idées, des fidélités. D’autre part, ne pas transformer cette réalité en clef universelle qui expliquerait tout. Dans une interview consacrée à Jean-Jacques-Régis de Cambacérès, il montre comment l’appareil impérial a voulu surveiller, encadrer, pacifier une maçonnerie renaissante, et comment le Grand Orient de France a pu servir de circuit d’informations et de contacts entre centre et provinces. Là encore, pas de grand théâtre du soupçon, mais une mécanique historique lisible, replacée dans le contexte d’un régime qui gouverne en organisant.
Voilà ce que récompense vraiment un prix quand il vise juste. Non pas une posture, mais une capacité à tenir l’équerre du fait et le compas de la nuance.
Dire ce qui relie, sans inventer ce qui manque. Montrer ce qui influence, sans prétendre au pilotage secret. Et, par-dessus tout, transmettre. Car l’enjeu n’est pas seulement de convaincre des spécialistes. Il est d’aider le grand public à quitter la fascination pour entrer dans l’intelligence.
Il y a, dans cette distinction, quelque chose d’un geste fraternel au sens large
Honorer Pierre Mollier, c’est honorer une certaine idée de la lumière, celle qui ne s’affiche pas, celle qui éclaire. Une lumière de bibliothèque et d’archive, une lumière de vitrine et de papier, une lumière qui ne promet pas des révélations mais qui rend au passé sa forme exacte. Et c’est peut-être, aujourd’hui, l’une des manières les plus sûres de servir l’initiation, garder le goût du vrai, et laisser les symboles conduire, non pas vers l’ombre, mais vers la connaissance.
Le 17 février 2026, Jesse Jackson s’est éteint à Chicago, entouré des siens, à l’âge de 84 ans. Pasteur baptiste, tribun, artisan d’alliances improbables, il aura porté pendant plus d’un demi-siècle une parole d’espérance et de lutte, souvent lumineuse, parfois entachée d’ombres très humaines.
Jesse Jackson
Et puisqu’il est, selon plusieurs sources maçonniques, un Frère de la tradition Prince Hall Freemasonry, son départ invite à regarder son parcours comme on regarde une pierre, sans fard, sans légende, avec la rigueur due aux bâtisseurs.
Il y a des morts qui ferment un dossier. Celle de Jesse Jackson ouvre un chantier. Non pas un chantier d’idolâtrie, mais un chantier de discernement. L’homme a vécu au centre du tumulte, là où la parole peut sauver, là où elle peut aussi blesser, là où le symbole se fissure si l’ego s’y installe.
Né en 1941 à Greenville, élevé dans l’ombre des lois ségrégationnistes, Jesse Jackson s’impose très tôt comme une voix qui refuse la résignation. Protégé et compagnon de route de Martin Luther King Jr., il travaille au cœur du mouvement des droits civiques, puis se retrouve propulsé au premier plan après l’assassinat de King en 1968, dont il fut l’un des témoins proches.
Il fonde Operation PUSH, puis la coalition arc en ciel, avant la forme unifiée Rainbow PUSH Coalition, pour lier combat civique et justice économique, emploi, dignité, accès. Il se présente aux primaires démocrates en 1984 puis en 1988, ouvrant une brèche historique dans l’imaginaire politique américain.
Presidential_Medal_of_Freedom
Sans jamais occuper de mandat électif majeur, il devient pourtant un diplomate de l’informel, multipliant médiations et missions, de prises d’otages à des négociations où l’État officiel hésite, et où la société civile ose.
En 2000, Bill Clinton lui remet la Médaille présidentielle de la Liberté. En 2021, Emmanuel Macron le fait commandeur de la Légion d’honneur, saluant un ami de la France et une œuvre tournée vers paix, justice et fraternité.
Les ombres, parce que l’humain n’est pas un mythe
Écrire « sans rien cacher » ne veut pas dire salir. Cela veut dire tenir ensemble la flamme et la fumée.
Jackson a porté des controverses lourdes. L’une des plus connues reste une remarque antisémite prononcée en 1984, dans le feu d’une campagne, qui a durablement blessé et fragilisé son image, avant qu’il ne présente des excuses publiques. Sa vie personnelle a aussi vacillé quand il a reconnu une relation extraconjugale ayant conduit à la naissance d’une fille en 1999, épisode qui l’a conduit à se retirer un temps de la scène. D’autres épisodes, plus anciens ou plus périphériques, jalonnent sa biographie et rappellent qu’une figure publique n’est jamais à l’abri d’elle-même, ni d’un récit qui la dépasse. On peut admirer l’architecte d’alliances et constater les failles de l’homme. C’est même la seule manière adulte d’honorer une vie qui a pesé sur l’Histoire.
Prince_hall
Un Frère selon la tradition Prince Hall
Sur le versant maçonnique, les sources convergent vers une appartenance à la maçonnerie Prince Hall, enracinée dans l’histoire afro américaine et longtemps contrainte de bâtir ses propres structures face aux exclusions.
Prince Hall
Le site officiel de la Most Worshipful Prince Hall Grand Lodge of Illinois cite Jesse Jackson Sr. parmi les figures rattachées à Harmony Lodge No. 88. D’autres sources maçonniques évoquent une réception en 1987, avec une datation fréquemment reprise au 25 mai 1987, et une formule dite « à vue ».
Quant au 33e degré, souvent avancé dans des listes et articles, il relève du Ancient and Accepted Scottish Rite et n’est pas toujours documenté publiquement avec le même niveau de preuve qu’une appartenance de loge bleue. Un article de 450.fm reprend cette mention au titre des “maçons célèbres du 33e degré”, tout en rappelant la prudence nécessaire face aux listes.
Ce point mérite donc une formulation juste. L’essentiel, initiatiquement, n’est pas le chiffre brandi comme un trophée, mais la cohérence d’une vie au regard des vertus proclamées. La Maçonnerie ne sanctifie pas. Elle met au travail.
Le fil rouge, dignité et alliance
Ce qui demeure, au-delà des polémiques, c’est un motif obstiné, faire tenir ensemble des mondes qui se méprisent. Jesse Jackson parlait d’arc en ciel, non comme décor, mais comme méthode. Faire place à l’autre sans renoncer à soi. Transformer le conflit en épreuve de vérité. Éprouver l’universel dans le particulier.
Il a aussi porté le paradoxe de toute figure prophétique dans un siècle médiatique. Plus la cause est juste, plus l’orateur est tenté de devenir son propre emblème. Et plus l’emblème est exposé, plus la chute menace.
Jesse Jackson prononce un discours à l’occasion des Goodwill Games de 1990.
Dans ses dernières années, la maladie a resserré la voix, comme si la parole devait apprendre, elle aussi, la sobriété. Diagnostiqué de Parkinson’s disease en 2017, il a ensuite été confirmé atteint de paralysie supranucléaire progressive, affection rare souvent confondue au début.
Qu’on le lise en historien, en citoyen, ou en Frère, Jesse Jackson laisse une leçon exigeante. La fraternité n’est pas un sentiment, c’est une discipline. La justice n’est pas un slogan, c’est une rectitude qui se prouve aussi quand on tombe. S’il est passé à l’Orient Éternel, il n’emporte pas une statue. Il laisse une pierre, marquée, parfois ébréchée, mais encore capable d’indiquer un axe, celui de la dignité humaine tenue debout, même quand le monde voudrait la voir à genoux.
Il faut se rendre à l’évidence : la géométrie est une abstraction totale. Elle parle d’objets qui n’existent pas : le point est non-mesurable et indivisible, la ligne n’a pas d’épaisseur, le cercle est inapte à la quadrature et à la mesure. Cela commence par penser UN. Là ça crépite, et j’entends Unité. Voilà, c’est dit et cela devient le problème d’une référence commune, qui est la base d’un accord sur cette mesure à partir de laquelle on peut l’augmenter, la multiplier. Que ce soit le mètre, le gramme, la coudée, un segment, l’individu… tout le problème est là. Il ne peut y avoir de solidarité qu’entre individus partageant un système symbolique qui rend possible un consensus sur le sens du monde.
Pour géométriser, commençons par représenter le « Un » par un trait qui sert de mesure de référence.
Quelle solitude ! Donc, on va le répliquer, soit semblable à lui-même, soit en l’augmentant d’une unité. Leur relation géométrique fait apparaître quelque chose que l’on appelle un nombre irrationnel parce que sa valeur numérique ne peut être définie, elle est une tension vers l’infiniment (le nombre de décimales ne s’arrêtent pas). Cela me laisse penser que dans toute relation, il y a de l’inconnu insurmontable en tant que tel.
Vous me direz quel rapport avec le nombre d’or, j’y viens mais avant j’explique.
Les nombres peuvent avoir des relations particulières (comme les humains). Les relations entre eux se révèlent, entre autres, dans les formes. La proportion entre les formes voilà ce qui va constituer la nature de la relation. Ainsi, il existe des sous-ensembles de tous les nombres possibles si on veut qu’ils vérifient un rapport de proportion, on appelle cela un rapport d’analogie. – Seul un sous-ensemble de tous les nombres possibles, vérifient un rapport d’analogie tel a/b = c/d = e/f (Exemple : 6/2 = 12/4 = 48/16…. Ici le rapport vaut 3. Avec d’autres nombres il pourrait valoir une multitude de valeur. Exemple : 20/4 = 60/12 = 250/50 …ici le rapport vaut 5.
– Si on ramène à trois le nombre d’éléments mis en relation, seul un sous-ensemble plus restreint de tous les nombres possibles vérifient un rapport d’analogie tel a/b = c/a (Exemple : 21/7 = 63/21, ici le rapport vaut également 3 ; avec d’autres trois nombres, il pourrait valoir une multitude de valeur. Exemple : 20/4 = 100/20, ici le rapport vaut 5.
– Il existe un ensemble encore plus restreint de nombres qui, lorsque l’on ramène à deux le nombre d’éléments mis en rapport, vérifient le rapport d’analogie tel que a/b = (a+b)/a. La valeur de ce rapport est unique[1] et vaut (1+√5)/2. Les mesures a et b sont alors dans une proportion d’harmonie dite aussi divine ou dorée, appelée le nombre d’or. On le désigne par la lettre grecque Φ (phi).
La valeur (1+√5)/2 du nombre d’or montre qu’elle est un partage, en 2, des valeurs de l’Unité (b) à laquelle on ajoute sa relation (√5) avec son double (a).
Les mesures sont fonction de la valeur de l’unité. Ce qui reste c’est la proportion par report avec le compas (ou le cordeau) des éléments de la composition. Ces mesures exactes ne peuvent pas être calculées puisqu’elles font intervenir des nombres irrationnels, mais elles peuvent être montrées. On appelle irrationnels les nombres qui ont une expansion décimale infinie, sans motif répétitif. Cela signifie que si l’on écrit un irrationnel sous forme décimale, les chiffres continuent indéfiniment sans jamais former de séquence régulière.
Qu’est-ce que cela veut dire en dehors de la géométrie qui n’est qu’un support symbolique de réflexions ?
Dans toutes relations, les mots de l’harmonie humaine tels que «fraternité», «amour», «solidarité», «démocratie», «liberté»… ne peuvent se mesurer que quand on les montre dans l’action qui est leur forme incarnée, sinon ils restent incomplets de cette humanité justement contenue dans cet infini des décimales des nombres irrationnels.
Mais on peut penser ce rapport d’harmonie en termes de relations humaines. Si a domine ou contrôle b, alors il faut qu’il y ait une «convention», une «règle» ou une «loi», régissant leur rapport, qui puisse dominer ou contrôler a. Il est entendu que a et b peuvent être des individus ou des groupes sociaux !
Au plan architectural, cela voudrait dire que l’exploration de certains nombres, fondement et régulation de tracés architecturaux, nous conduirait à la compréhension du principe même de l’harmonie. Ainsi, par un jeu indéfini de résonances de rythmes qui se reflètent et se répondent, la construction s’élève, devient aérienne, en même temps qu’elle élève l’homme qui la contemple (ou y participe) et le fait communiquer avec le beau, le vrai, le bien qui ne sont que les diverses appellations de l’harmonie universelle.
Spirituellement, dans la relation entre le Un et le Deux (√5) , entre le non manifesté et la dualité de la création, il y a un impossible à atteindre qui échappe à la raison, un inatteignable qui se montre dans l’infini des décimales de Phi encore à trouver, merveilleusement imagé par Michel Ange par la séparation des mains surla Création d’Adam au plafond de la chapelle Sixtine.
Le rôle mystique et organisateur du Nombre dans l’art éternel des Anciens est souvent concrétisé par le Nombre d’Or qui garde un grand prestige et sonne à nos oreilles plein de séduction (Michel Baglis,Le Nombre d’or, p.100)
Le nombre d’or n’est pas une quantité mais l’expression d’une relation dans un rapport particulier, un entre-deux harmonieux.
Au IIIe siècle avant J-C., Euclide évoque le partage d’un segment en « extrême et moyenne raison » dans le livre VI des Éléments : Une droite est dite coupée en extrême et moyenne raison quand, comme elle est toute entière (a+b) relativement au plus grand segment (a), ainsi est le plus grand relativement au plus petit (b) ; autrement dit a/b = (a+b)/a. C’est Platon qui en aurait fait ensuite un sujet d’étude spécifique.
Cette proportion d’harmonie, dite aussi dorée, est une proportion analogique, a/b = (a+b)/a, elle vaut (1 + √5) / 2. (Rappelons que √5 est la valeur de la diagonale du rectangle de dimension 1 sur 2 appelé double carré).
En 1509, Fra Luca Pacioli, un moine professeur de mathématiques, le nomme «La divine proportion» dans son ouvrage illustré par son ami Léonard de Vinci. Ce sont des considérations de théologie chrétienne qui justifient aux yeux du moine Pacioli, dans son ouvrage La Divine proportion, l’importance accordée à la dite proportion dont les caractéristiques concordent avec les attributs qui appartiennent à Dieu. Au chapitre 5 du Tome premier (sur 33) de son livre La divine proportion, Luca Pacioli donne les raisons qui l’ont incité à appeler «divine proportion» le nombre d’or : – Il est unique, et l’unité est «l’épithète» suprême de Dieu lui-même, – Le nombre d’or se définit à partir de trois longueurs comme la Sainte Trinité constituée du Père, du Fils et du Saint Esprit. – Le fait que le nombre d’or soit irrationnel répond à l’impénétrabilité des voies du Seigneur…
Pacioli assimile l’omniprésence et l’immutabilité divines à l’autosimilarité dont témoigne le nombre d’or qui ne dépend pas de la longueur du segment divisé … Pacioli affuble donc les effets de la divine proportion d’un adjectif : essentiel, singulier, merveilleux, suprême, incompréhensible etc. De même que Dieu ne peut se définir en termes propres et que les paroles ne peuvent nous le faire comprendre, ainsi notre proportion ne se peut jamais déterminer par un nombre que l’on puisse connaître, ni exprimer par quelque quantité rationnelle, mais est toujours mystérieuse et secrète, et qualifiée par les mathématiciens d’irrationnelle. Ce sont des considérations de théologie chrétienne qui justifient aux yeux du moine Pacioli, dans son ouvrage la divine proportion, l’importance accordée à la dite proportion dont les caractéristiques concordent avec les attributs qui appartiennent à Dieu… Le premier est l’unicité… Le deuxième attribut concordant est celui de la Sainte Trinité ; c’est-à-dire que, de même qu’en Dieu une seule substance réside en trois personnes, le Père, le Fils et l’Esprit Saint, de la même façon, il convient qu’un même rapport ou proportion se trouve toujours entre trois termes. Troisième attribut : De même que Dieu ne peut se définir en termes propres et que les paroles ne peuvent nous le faire comprendre, ainsi notre proportion ne se peut jamais déterminer par un nombre que l’on puisse connaître, ni exprimer par quelque quantité rationnelle, mais est toujours mystérieuse et secrète, et qualifiée par les mathématiciens d’irrationnelle. Quatrième attribut : De même que Dieu ne peut jamais changer et est tout en tout et tout entier dans chaque partie, de même notre présente proportion est toujours la même et toujours invariable… Cinquième attribut : De même que Dieu confère l’être à la Vertu Céleste appelée Quinte Essence, et par elle aux quatre autres corps simples, c’est à dire aux quatre éléments Terre, Eau, Air et Feu… de même notre sainte proportion donne l’être formel au ciel même, selon Platon qui dans son Timée attribue au ciel la figure du corps appelé dodécaèdre… lequel ne se peut former sans notre proportion… et Pacioli de montrer les propriétés des cinq corps platoniciens circonscrits dans la sphère et le rôle éminent de la divine proportion dans la construction de deux d’entre eux : l’icosaèdre et du dodécaèdre.
Une remarque : ne manquez pas de parcourir L’ouvrage de Fra Pacioli. Outre les solides dessinés par Léonard de Vinci, découvrez les lettrines de Fra Pacioli construites sur des rapports de formes géométriques (à partir de la p. 139/318)
C’est Théodore Andréa Cook (1867-1928) qui décida avec son ami mathématicien américain Mark Barr de proposer la notation φ (la lettre grecque Phi) comme symbole mathématique du nombre d’or en référence à Phidias, le sculpteur grec Phidias (490-430 avant notre ère) qui décora le Parthénon à Athènes. Ce nombre fut ensuite appelé Der goldene Schnitt, c’est-à-dire la section dorée, par le philosophe allemand Adolf Zeising. On le trouve ainsi avec les noms suivants : Nombre scandaleux car irrationnel (Platon) ; Proportion d’extrême et moyenne raison (Euclide) ; Proportion d’Euclide (Fibonacci) ; Section dorée (sectio aurea, Vinci) ; Phi (φ-expression mathématique, Théodore Cook) ; Proportion dorée (selon l’usage courant). Au début du XXe siècle, le diplomate roumain Matila Ghyka lui donne, en 1932, le nom de nombre d’or. Il s’appuie sur les travaux de Zeising et du physicien allemand Gustav Théodor Fechner ; ses ouvrages, L’esthétique des proportions dans la nature et dans les arts (1927) et Le Nombre d’or. Rites et rythmes pythagoriciens dans le développement de la civilisation occidentale (1931), insistent sur la prééminence du nombre d’or et établissent définitivement le mythe de ce nombre.
Au Moyen Âge, les savants, les pères de l’église, les bâtisseurs, les maîtres d’ouvrages ou maîtres d’œuvre, se réclament de la doctrine platonicienne des corps cosmiques, les cinq polyèdres réguliers et font du nombre d’or un modèle de perfection esthétique et philosophique. Les bâtisseurs de cathédrales utilisaient ainsi 5 unités relatives au corps humain – la quine – reliées par la proportion divine. La ligne (longueur d’un grain d’orge), l’unité de base, est égale 2,247 mm. (Le nombre d’or et la main esthétique dune_proportion ou réalité anatomique)
En alchimie, ce nombre est le nombre d’aur, de la lumière. Toute figure construite selon ses proportions, comme l’étoile à cinq branches, est une fenêtre qui ouvre sur la pure lumière, celle qui n’est pas faite de particule, représentant, outre les 4 éléments, celui qui les domine, la quintessence qui pourrait s’appeler le nom-ombre d’or.
Nous devrions dire les nombres d’or. Pythagore et sa femme Théano les déclinèrent dans tous les sens possibles, sous toutes les formes de rectangle, de pentacle, d’étoile ou de pentagone, les traquant et mettant ainsi en valeur les théorèmes antérieurs de Thalès.
Partout où on peut mettre en évidence sur un tracé une mesure de √5 ou de 1+√5, il faut traquer le nombre d’or et trouver les deux éléments qu’il met rapport harmonieux, sa valeur approchée doit rester présente à l’esprit du compagnon : 1,618…
Ou mieux encore, La forme de la lettre grecque Phi nous dit quele cercle et la ligne suffisent pour exprimer l’harmonie du monde.
Il est à remarquer que si l’on prend 1,618… pour valeur de Phi et 3,14… , pour valeur de Pi, on peut dire que (Phi x Pi)2 tend vers 26, la valeur, en guématrie du tétragramme יהוה (YHVH).
Le carré long
Il trouve une de ses définitions en Franc-Maçonnerie dans le catéchisme de l’apprenti : – Quelle est la figure de la loge ? – un carré long. – Quelle est sa longueur ? – de l’orient à l’occident. – Quelle est sa largeur ? – du nord au midi. Ce carré long reste un carré, aussi long que large et couvrant la totalité de la surface de la Terre. Et si l’on se réfère, une fois de plus, au catéchisme de ce degré, le carré long a une profondeur et une hauteur : il part du nadir, centre de la Terre, et s’élève en altitude au zénith, sur des coudées sans nombre. Le carré long est donc un objet de dimensions infinies qui embrasse symboliquement l’univers dans son ensemble. Carré en extension, c’est-à-dire en devenir, le carré long devient une géométrie initiatique, une cosmogonie illuminatrice.
Lors de la consécration d’une Loge maçonnique au Rite égyptien, le tracé de l’espace sacré réservé au pavé mosaïque se fait à l’aide d’une corde à 12 nœuds séparés d’une coudée. On forme ainsi un triangle mesurant 3, 4, et 5 nœuds. Une fois déterminée l’orientation du Temple, on applique ce triangle sur le sol, puis on en trace les contours à la craie. Après l’avoir déplacé dans l’autre sens, on l’applique à nouveau sur le sol de manière à fermer le rectangle et on en trace également les contours. Ainsi, sans règle ni compas, est formé un carré long déterminant le centre même de l’espace sacré du Temple, là où s’entrecroisent les deux hypoténuses (diagonales).
Si le carré long de dimension 1 sur 2 (le double carré), image du lieu de culte, formalise la communion des hommes avec le Divin, le rectangle d’or, carré long de proportion dorée, illustre une autre notion, celle de la fraternité des hommes entre eux.
Le double carré est à la base des tracés fondés sur le nombre d’or, sa diagonale ayant pour valeur √5. Le rectangle d’or est aussi appelé carré long ; mais il a la particularité que le grand côté et le petit côté sont partagés selon extrême et moyenne raison, autrement dit, la dimension de sa longueur divisée par celle de sa largeur est égale au nombre d’or.
À partir du double carré et de sa diagonale se construit le carré long, appelé rectangle d’or qui est de nature lunaire. Le carré lunaire est un carré de gestation de passage qui permet de tracer, entre autres, la spirale ; c’est un carré matrice.
Une bonne approximation d’un rectangle d’or peut être construite à l’aide de carrés dont les côtés sont égaux aux nombres de la suite de Fibonacci. Le pavé mosaïque de dimension 5 sur 8 s’approche, ainsi, des calibres d’un rectangle d’or. Si on prend un rectangle d’or et qu’on lui retire un carré construit sur son petit côté, on obtient un autre rectangle d’or plus petit mais de même proportion, duquel on pourra encore détacher un carré pour obtenir un autre rectangle d’or et ainsi de suite à l’infini. De même, si on ajoute à un rectangle d’or un carré on obtient un nouveau rectangle, plus grand mais respectant à son tour les mêmes proportions. Par analogie, les frères et sœurs, passés à l’Orient éternel, sont les carrés qui se détachent ; les nouveaux compagnons, avec la taille de leur pierre cubique (carré), s’incorporent à un rectangle doré pour former un nouveau rectangle doré plus grand.
La connaissance du nombre d’or est si importante qu’elle se trouve rendue visible par la pierre cubique à pointe et/ou par le tablier de l’apprenti, pointe relevée, qui viennent s’ajuster sous le pentagramme.
Et maintenant, pour quelques mouvements du compas et de la règle, quelques tracés à faire et refaire ou refaire.
Pour trouver la dimension de Phi sur un segment
Le Tracé du rectangle d’or
Tracer un carré ABCD
Tracer la médiatrice du segment AD qui donne les points O et O’
Reporter, au compas O’D sur le prolongement de BC, noter E leur point d’intersection
Tracer la perpendiculaire à BE
Prolonger AD qui coupe la perpendiculaire de BE en F AB = 2 unités, AO = 1 unité ; la diagonale OE = 3 unités. Le rectangle ABEF obtenu est un rectangle d’or ; la longueur et la largeur sont dans un rapport du nombre d’or
Le principe de ce processus utilisant le théorème de Pythagore, tracé avec règle et compas par le maître d’œuvre, est ensuite reporté au sol grâce à la corde à 13 (112 espaces)nœuds. Par exemple, en utilisant 4 espaces pour AB, 2 pour AO et donc 6 pour OE, on obtient un rectangle d’or ABEF .
Et cela sans avoir à passer par les mathématiques qui démontrent que les dimensions (2 + √20)/4 – soit (2+4,7213)/4 – donnent un rapport, entre largeur et longueur, d’environ 1,61803, valeur considérée comme le nombre d’or. ABEF est pratiquement un rectangle d’or.
Le triangle de Képler associe le théorème de Pythagore et le nombre d’or par la figure construite à partir du rectangle d’or (parfois appelé le visage de Dieu), où les dimensions respectives des côtés des carrés sont Φ, 1 et √Φ. Dans un rectangle d’or ABCD, à partir de C, prendre comme rayon la longueur CD (Φ) et reporter le sur le côté AB qui donne le point S, sommet du triangle rectangle de Képler (SAC). Le côté AS2 = Φ2-1 = Φ soit AS = √Φ
Le Tracé de la spirale dans le rectangle d’or
Tracer un rectangle d’or ABCD. Pour faciliter le tracé on peut se contenter d’un rectangle d’or approximatif construit sur la suite de Fibonacci en partant d’un carré de 1×1.
Prendre A comme centre de cercle de rayon r = AD. Tracer l’arc de cercle qui coupe AB en E.
Prendre D comme centre de cercle de même rayon r = AD. Tracer l’arc de cercle qui coupe DC en F.
Tracer le carré AEFD
Recommencer ce processus dans le rectangle d’or EBCF pour tracer le carré EBHG
Continuer dans le rectangle d’or GHCF et ainsi de suite jusqu’à…
Pour obtenir la spirale, tracer le quart de cercle de centre F et de rayon FD, le quart de cercle de centre G et de rayon EG, Une autre spirale peut être tracée, à main levée, par des arcs joignant les points de croisement des diagonales de chacun des carrées
Le nombre Phi en couleurs
Choisissons arbitrairement 10 couleurs attachées aux 10 chiffres. (Attention nous les conserverons pour faire la même chose avec le nombre PI, dans le prochain article). Par exemple.
Prenons les 99 décimales telles qu’elles sont calculées et je vous propose une image sous forme d’un carré 10/10 de cette valeur approchée de Phi (qui restera toujours approchée). 1,618033988749894848204586834365638117720309179805762862135448622705260462818902449707207204189391137…
Pour vous en faire comprendre l’incommensurable du nombre d’or en voici une autre Valeur approchée
[1] Posons a/b = F ; a/b = (a+b)/a donne a/b = a/a + b/a soit F = 1 + 1/F, en multipliant tout par F, on obtient F2 = F + 1 ou encore F2 – F – 1 = 0. On a une équation du second degré qui donne deux solutions (racines de l’équation). L’une d’elles étant négative, on ne retient que l’autre d’où F = (√5 +1)/2. Le calcul donne une valeur approchée du nombre d’or de 1,618…………..
Dans le cadre d’une série d’entretiens sur les grands débats qui traversent la Franc-maçonnerie contemporaine, nous avons rencontré Robert Mingam, Franc-maçon depuis des décennies. Connu pour sa franchise et sa profonde exigence spirituelle, il accepte de s’exprimer publiquement sur un sujet essentiel de l’Ordre : la vocation du Maçon, entre enseignement et éveil. Entretien sans concession.
Monsieur Mingam, la Franc-maçonnerie a-t-elle toujours été une école de sagesse, ou son rôle a-t-il évolué ?
Robert Mingam : La Franc-maçonnerie Opérative d’avant 1717 était une fraternité initiatique de métier et comme telle, elle dispensait des enseignements professionnels reposant sur l’analogie de faire en se faisant. Celle-ci pouvait alors être considérée comme une école de la vie. Par des initiations successives suscitant l’éveil, elle transmettait à ses adeptes, en plus des techniques spécifiques à leurs corporations, une morale glorifiant le travail bien fait, la recherche de la perfection ainsi que la droiture et la fidélité.
Aujourd’hui, la Maçonnerie est spéculative. Elle n’enseigne plus l’Art de construire mais la philosophie de cet Art. Elle utilise la pensée analogique comme outil fondamental de la pédagogie initiatique. Le visible et l’invisible étant analogues, la fonction du sacré est, pour le Maçon, d’établir un pont de l’un à l’autre. La matière et l’esprit, c’est-à-dire l’énergie, consubstantiellement associés, sont perçus et étudiés comme tels.
Quelle est donc la véritable vocation du Maçon : enseigner des connaissances ou éveiller l’esprit ?
Robert Mingam : Alors, la vocation du Maçon est-elle d’enseigner ou de suggérer ? Doit-il transmettre des connaissances, ou l’esprit de toutes connaissances ? Si la vérité ne peut être qu’approchée par celui qui la cherche, seule la technique de l’éveil peut être considérée comme efficiente. Le Maître qui enseigne porte la responsabilité de l’ignorance de ses élèves, et c’est peut-être pourquoi dans certains Rites maçonniques tels que le Rite Émulation, le travail ne porte que sur l’application du rituel et ne comporte pas de planche.
Une miniature persane représentant Al-Ghazali parlant à un disciple, extraite du manuscrit « Réunions des amants », 1552.
La Maçonnerie est une des nombreuses écoles de sagesse et d’Éveil proposées à l’homme attaché aux valeurs spirituelles et cherchant sa voie. Les symboles qu’elle véhicule sont immuables, mais leur interprétation varie selon le degré d’évolution spirituelle et le vécu de ceux qui les utilisent.
Les symboles maçonniques sont-ils exclusifs à l’Ordre, ou font-ils partie d’un patrimoine plus large ?
Fil a plomb au dessus du Pavé mosaïque
Robert Mingam : Parmi tous les symboles que la Maçonnerie met en œuvre, aucun ne lui appartient en propre, tous font partie du fond commun de l’humanité. Ce qui lui appartient en propre c’est la manière particulière de les combiner entre eux. Il ne s’agit pas de donner des explications figées sur le sens ou l’utilisation du Compas, de la Règle, de l’équerre ou du fil à plomb, mais de s’identifier à l’allégorie de ces symboles en marquant d’une manière énergique que le Maçon ne serait pas digne de ce nom s’il ne faisait pas application à lui-même de ces instruments de travail. S’il ne développe pas ses facultés par un labeur continu, s’il ne s’efforce pas de se corriger de ses défauts, s’il n’emploie pas toutes ses forces à acquérir les qualités qui lui manquent, conscient de la méthode de travail et du but à atteindre, le maçon ne sera qu’un profane à l’école de la fraternité.
La Franc-maçonnerie est-elle un dogme qui impose des vérités, ou une voie d’introspection ?
Robert Mingam : Cependant, si tous les symboles allégoriques proposés par notre Ordre ont tous une portée morale, philosophique, ésotérique voire métaphysique, la Franc-maçonnerie n’est pas un dogme, elle n’a rien à enseigner, elle n’impose aucune vérité, elle transmet simplement une technique basée sur l’introspection. Si l’on considère que l’effort pédagogique n’est pas créateur, mais purement initiatique, le Maître questionné se doit de toujours répondre sans induire, par des questions suggérant une réponse inscrite dans le moi de son questionneur. La vérité n’est pas une réalité du passé, et se conformer au modèle préexistant est une des causes immédiates de sclérose de l’esprit. Il n’y a pas de vérités indiscutables, et la réflexion intelligente nous engage à lire ce qui est écrit, mais surtout à oublier ce qui est appris pour ne retenir que l’essence de notre vécu. Un ouvrage aussi documenté soit-il, ne peut être qu’une image du passé. S’y arrêter en considérant détenir la vérité, serait vivre à la mesure de son auteur, pas à la sienne. Ce n’est pas en épousant les convictions d’autrui que l’on s’accomplit. En maçonnerie comme ailleurs, le culte des Ancêtres ainsi que celui des Maîtres à penser, est l’une des causes immédiates de la dégénérescence des Nations.
Le Maître Maçon doit-il se substituer au rituel, ou n’être que son instrument ?
Maître bâtisseur (gravure sur bois de Jost Amman datant de 1536)
Robert Mingam : Alors, si la vocation du Maître Maçon n’est pas d’enseigner mais d’éveiller, ne se substitue-t-il pas lui-même au rituel qu’il véhicule ? À moins qu’il ne soit que l’instrument de ce même rituel. Si comme le précise le dictionnaire éveiller c’est tirer du sommeil, révéler, stimuler, provoquer ou susciter, chacun sait que ce n’est pas le Maçon qui initie le néophyte mais le rituel qu’il développe. Au sein de sa Loge le Maître ne peut être que le maillon d’une chaîne qui relie les origines primordiales de la tradition qu’il honore au devenir de l’Ordre, et ne doit en aucun cas altérer le message millénaire qui lui a été confié par ses pairs. Il semble donc que l’enseignement ne soit pas profitable au Maçon, car il occulte sa pensée et trouble son intuitivité.
Comment expliquez-vous le prosélytisme de certaines Obédiences à la lumière de cette distinction entre enseigner et éveiller ?
Robert Mingam : « Je n’enseigne pas, j’éveille » peut expliquer le prosélytisme de certaines obédiences qui ne recrutent que pour se sentir utiles et puissants. Ne rien enseigner ce peut être respecter les convictions de ses membres mais aussi les astreindre à l’immobilisme. Quand à éveiller, ils se servent d’outils qu’ils ne maîtrisent qu’imparfaitement, laissant à l’imagination des néophytes le soin d’expliquer ce qu’est l’initiation qu’ils leur ont proposée. À la question : « Vous initiez oui, mais à quoi ? » Ils répondent que c’est l’initiable qui s’initie tout seul, entouré de ses futurs Frères. N’est-ce pas quelque part une attitude irresponsable que de guider des âmes sur des chemins que l’on ne maîtrise pas ?
Dans l’atelier, comment le Maître doit-il concilier exemple et éveil par le symbolisme ?
Une porte mystérieuse – Escalier qui monte vers la porte de la Lumière
Robert Mingam : Dans son atelier le Maître doit enseigner par l’exemple et éveiller en utilisant le symbolisme. C’est la notion de service qui fait de lui un bon et légitime Maçon. L’application rigoureuse du rituel est le seul enseignement qu’il soit autorisé à donner. C’est pourquoi le maçon n’est Maître que par rapport à lui-même, sans qu’il soit fait état d’aucune autre hiérarchie que celle des responsabilités auxquelles il s’est engagé. Par son respect de l’esprit des mots qu’il véhicule et la présentation des symboles qu’il manipule, il éveille les consciences et force l’admiration.