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03/02/2023 : Conférence publique «Langage, musique ou tohu-bohu : le son devient-il assourdissant ?»

Vendredi 3 février 2023 à 19h30
au Novotel Paris 17e,
34, Avenue de la Porte d’Asnières

Accueil : Félix NATALI

Introduction : Assaad ASSAKER, médecin généraliste,

Michel BARON*, psychanalyste et philosophe

« Écouter ou entendre »

Christian HUGONNET, Président fondateur de la Semaine du Son de l’Unesco

« Le plaisir d’entendre »

Débat

Conclusion : Christiane VIENNE, Grand Maître de la Grande Loge
Mixte de France
, Présidente de « Bioéthique et Liberté »

Présentation de l’association Bioéthique et Liberté

L’Association Bioéthique et Liberté est née de la volonté, encouragée et soutenue par le Conseil de l’Ordre, d’un groupe de frères et de sœurs de la Grande Loge Mixte de France de réfléchir en maçons aux évolutions de notre société sur tout ce qui touche aux sciences du vivant.

L’idée de mettre sur pied une association loi 1901 s’est imposée rapidement afin de garantir l’autonomie de nos travaux, tandis que, d’autre part, une convention signée avec la Grande Loge Mixte de France témoigne du lien fort qui nous unit.
Pourquoi Bio éthique et liberté ?

Blason GLMF

Parce que ce qui touche aux sciences du vivant a des conséquences directes sur nos libertés et la Liberté, que ce soit pour augmenter nos libertés, nos choix ou pour les réduire.

De la naissance à la fin de vie, du brevetage du vivant à l’intelligence artificielle, de l’expérimentation médicale aux manipulations génétiques … Le champ de l’éthique du vivant est large et nous concerne tous.

Ce champ n’appartient pas aux seuls médecins, biologistes ou généticiens, il est celui des philosophes, des juristes, des sociologues et … Le nôtre !
Notre association est ouverte à tous, frères et sœurs de la Grande Loge Mixte de France qui souhaitent contribuer à la réflexion (Site officiel).

Michel Baron

*Michel BARON, conférencier d’un soir, est un Frère sachant archi diplômé – entre autres, DEA des Sciences Sociales du Travail, DESS de Gestion du Personnel, DEA de Sciences Religieuses, DEA en Psychanalyse, DEA d’études théâtrales et cinématographiques, diplôme d’Études Supérieures en Économie Sociale, certificat de Patristique, certificat de Spiritualité, diplôme Supérieur de Théologie, diplôme postdoctoral en philosophie, etc.


Auteur de « Le concept de symbolisme entre psychanalyse et religion » (L’Harmattan, 2017), il est un contributeur régulier des « Cahiers de Villard de Honnecourt », revue trimestrielle de Loge Nationale de Recherche de la Grande Loge Nationale Française et, par ailleurs, auteur du très beau texte sur ‘’Le sacré’’ du « Livre d’heures du Parfait Maçon-Guide en 12 points de l’initiation maçonnique régulière » (GLNF, 2022).

22/02/2023 : D&DF invite Alain Graesel sur « Le TRANSHUMANISME : de l’humain au post-humain »

Le club Dialogue & Démocratie Française (D&DF) est heureux de vous inviter à un dîner débat en présence de M. Alain Graesel, Ancien Grand Maître de la Grande Loge de France et ex-professeur des Universités qui traitera de « Le TRANSHUMANISME : de l’humain au post-humain », le mercredi 22 février 2023, à 19 h 30, au Restaurant du SÉNAT, 15 ter rue de Vaugirard – 75006 Paris (se munir obligatoirement d’une pièce d’identité).

De plus, nous vous communiquons la lettre du Président Perry Wiley reçue ce jeudi 12 janvier courant.

Perry Wiley, Président de D&DF

Chères amies, chers amis,

L’ensemble du Bureau de Dialogue et Démocratie Française, et moi-même, nous vous souhaitons une très belle année 2023, pleine d’harmonie, de joies et plaisirs partagés avec vos proches.

Les « débats » électoraux houleux sont passés, la crise sanitaire semble s’affaiblir, mais des rechutes sont possibles. Notre environnement naturel se dégrade. La guerre est aux portes de l’Europe.

Dans ce contexte, il nous faudra beaucoup de volonté et d’enthousiasme pour croire et construire un monde meilleur.

Formons le vœu que le dialogue permettra de résoudre les antagonismes, et que l’écoute de l’autre pourra réunir ce qui est épars.

C’est bien l’Homme qui est la cause de la transformation du monde qui nous entoure. C’est lui aussi qui peut le préserver, amener la paix et la concorde entre tous.

Plus que jamais la place de l’être humain est au centre des débats. Mais de quel Homme parlons-nous ?

Quid du sens de la vie ? Quid de la dignité humaine ? Qu’est-ce que l’Homme ? Que nous préparent quelques laboratoires et grandes entreprises pour notre futur.

Alain Graesel, GM de la GLDF de 2006 à 2009

Pour poser ce questionnement et chercher des pistes de réponse, nous avons invité Alain GRAESEL, ex-Professeur des Universités et Ancien Grand Maitre de la Grande Loge de France le mercredi 22 février 2023, dans les salons du Sénat.

Il nous évoquera « Le transhumanisme : de l’humain au post-humain »

Personne ne peut nier l’intérêt de la Science pour améliorer la condition humaine. La médecine progresse continument pour le bien de chacun. Mais qui connait les limites de l’usage des biotechnologies et des neurosciences dans ce domaine ? Quelles sont les conséquences pour l’intégrité de l’Homme des travaux entrepris à grand frais, et plus ou moins discrètement, par certaines entreprises.

Fort d’études entreprises sur ces sujets, Alain GRAESEL nous présentera l’état des recherches et des

travaux actuels menés dans le monde…et les craintes légitimes que chaque démocrate attaché à la dignité humaine peut avoir devant l’annonce de la création « d’un homme augmenté » !

Pour assister à ce diner-débat passionnant, il suffit de cliquer sur le lien suivant : https://my.weezevent.com/transhumanisme-et-democratie

Il vous permettra, si vous le souhaitez, d’adhérer à notre association et ainsi de profiter des avantages qui en découlent.

Dans l’attente de nous retrouver le 22 février 2023, nous vous prions de croire à l’expression de nos sentiments sincères et dévoués.
Le Président, Perry Wiley

Dialogue et Démocratie Française (D&DF), c’est quoi ?

Un Club de Réflexion Politique : Indépendant des Partis, travaillant par le Dialogue, dans un esprit d’ouverture et de tolérance, au rapprochement des Hommes, pour une meilleure compréhension mutuelle dans le respect des opinions et des croyances de chacun.
Un Rassemblement en marche : Réunion convergente d’ hommes et de femmes libres et respectables s’enrichissant de leurs opinions politiques, spirituelles, philosophiques et religieuses réciproques, dès lors qu’elles placent l’intérêt général au-dessus de tout et le Citoyen au cœur de la Cité.
Un Ferment d’Union dans l’action à venir : École de « l’harmonie des contraires » » d’où surgiront un jour, des hommes et des femmes fuyant la facilité, conscients, résolus, préparés aux épreuves, qui s’engageront résolument au service du Pays.

Le dessin de Jissey : EMC

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Le 13 janvier, Guillaume Schumacher a traité sur 450 FM des EMC. L’Etat Modifié de Conscience (EMC) représenterait une déviation dans l’expérience subjective par rapport aux normes de la réalité. Selon les ethnologues, le fonctionnement habituel de la conscience peut se dérégler et suggérer un autre rapport au monde, à son corps et à son identité. Le facétieux JISSEY a surpris, dans son atelier, des confidences entre deux frères, curieusement ressemblantes à cet état….

Enseignants (Francs-maçons) dans la Résistance

De notre confrère jhm.fr Par Lionel Fontaine

Hussards de la République, ils ont été, pour leurs élèves, plus que des pédagogues : des exemples de patriotisme sous l’Occupation. Les instituteurs, souvent officiers de réserve, et les institutrices ont été au premier rang parmi ceux qui ont répondu à l’appel de la Résistance. Il n’était donc pas rare de les voir s’investir corps et âme dans les différents mouvements de la clandestinité, ou de rejoindre les maquis à leur constitution.

Robert Pillon, dont le nom sera donné à une école de Chaumont, a été par exemple l’une des chevilles ouvrières de l’organisation du maquis de Lamarche, certes implanté dans les Vosges, mais ayant accueilli à partir de mars 1943 nombre de réfractaires haut-marnais du Service du travail obligatoire (STO). Natif de la Nièvre, cet homme marié et père de famille résidait à Graffigny-Chemin après avoir enseigné à Bourmont. Aspirant de réserve, il a été arrêté le 14 août 1943, un mois après le démantèlement du maquis. Emprisonné à Chaumont, à Epinal, il a été condamné le 3 décembre 1943 par la justice militaire allemande. A la différence du militaire guinéen Addi Bâ et de l’artisan Marcel Arburger, il échappera à l’exécution, mais pas à la déportation. Il a en effet été interné à Preungesheim, puis à Dachau, d’où il est rentré.

Blessé dans sa fuite

Son collègue Gabriel Piot a connu également la forteresse de Preungesheim. Natif de Pouilly-en-Bassigny, lieutenant de réserve, celui qui répondait au nom de guerre de Gaston avait été chargé, en mars 1943, d’organiser la Résistance dans le secteur de Bourbonne-les-Bains et de Varennes-sur-Amance, au titre d’un mouvement animé par deux enseignants également, deux professeurs d’université de Nancy dont un était natif de Magneux (Emile Pierret).

Homologation de terrains de parachutages, camouflage de réfractaires : l’activité de Gabriel Piot a été importante. Voilà pourquoi la police allemande a cherché à l’arrêter le 23 septembre 1943 : l’instituteur est d’abord parvenu à fuir, mais blessé à l’œil droit, il a été capturé. Et a subi le même sort que Robert Pillon : la prison à Chaumont et à Epinal, la condamnation, la forteresse de Preungesheim, la libération.

Franc-maçon

Lui aussi originaire de la Nièvre, Marcel Fournier était un jeune instituteur, en poste à Froncles. Jeune marié, il s’est refusé à aller travailler en Allemagne au titre du STO. Alors, à la fin de l’été 1943, il a rejoint une organisation de la Résistance : le Front national de lutte pour l’indépendance, proche du Parti communiste. De Chaumont, il a gagné la Haute-Saône. Fournier y a fait preuve d’une intense activité, jusqu’à son arrestation le 21 décembre 1943 à Lure. Il sera fusillé le 19 février 1944 à Frottey-lès-Vesoul.

Comme Fernand Coquard (Montribourg), comme Yvette Gaudillot (Orbigny-au-Val), jeune institutrice originaire de Saône-et-Loire, Jean Vinot connaîtra la déportation. Cet enfant d’Arc-en-Barrois avait vu sa longue carrière d’enseignant, conduite à travers tout le département, stoppée par les lois de Vichy : révoqué parce que franc-maçon le 7 octobre 1941, ce directeur d’école (Foch) a dû se reconvertir en agent d’assurances. Profondément patriote, il s’est mis au service du Bureau des opérations aériennes. Arrêté le 21 janvier 1944, il ne devait pas revenir de Buchenwald.

Dans les maquis

Drapeau de la 2e compagnie du 1er bataillon des FFI du Finistère.

Au moment des combats de la Libération, on retrouvera ensuite les enseignants à des postes clés : Marc Mourey (Saint-Dizier), comme chef des Forces françaises de l’intérieur pour l’arrondissement Nord, René Henry (Orbigny-au-Mont), comme chef de secteur et créateur du maquis de Varennes, Marcel Vitry (Larivière-sur-Apance), comme chef du maquis de La Bondice, Henri Voirpy (Sarrey), comme chef de section au maquis de Pincourt, etc. Un instituteur devait trouver la mort au combat : c’est André Collé, de Ceffonds, qui s’était enrôlé dans la Compagnie du Der. Il est mort les armes à la main, sur la route entre Saint-Dizier et Montier-en-Der, trois jours avant la Libération.

Anonyme-Musée franco-américain du château de Blérancourt

Eux n’étaient pas – encore – instituteurs, mais ils ont payé leur patriotisme par une lourde sanction : ce sont les élèves enseignants du lycée de Chaumont – car l’Ecole normale avait été supprimée – qui envisageaient de gagner un maquis. Identifiés par la police (française), Roland Blatter, Jean Bouguet, Henri Bruyand, Lucien Habert, Robert Léger, Marcel Luberne, Charles Marchoisne et Roger Pioux ont été déchus le 8 avril 1944 de leur bourse nationale et de leur qualité d’élève-instituteur. Mais pour eux, l’histoire se terminera bien : ils rejoindront effectivement un maquis et seront rétablis dans leurs droits à la Libération. Henri Bruyand, de Morancourt, s’est même permis, en juin 1944, de quitter les bois où il s’est caché pour passer son bac, l’obtenir… et reprendre sa place au maquis.

Écoliers et patriotes

Les établissements scolaires de Montier-en-Der étaient animés par de grands patriotes, comme Raoul Silvy, directeur, futur commandant adjoint de la Compagnie du Der. Leurs élèves étaient donc à bonne école. C’est ainsi qu’à la rentrée de 1940 ou encore les 11 novembre, les écoliers dervois sont allés avec leurs enseignants fleurir le monument aux morts de la cité.

HISTOIRE. L’école et la Résistance. Tel est le thème du Concours national de la Résistance et de la Déportation version 2022-2023. Les élèves haut-marnais qui plancheront sur ce sujet pourront ici prendre connaissance d’exemples éloquents d’enseignants ou d’élèves totalement investis dans la lutte contre l’occupant.

Résistants français internés à Lure (Haute-Saône). Parmi eux, Marcel Fournier (huitième à partir de la gauche), fusillé près de Vesoul. (Collection club Mémoires 52).

« Illustres de la franc-maçonnerie », le diaporama avant l’expo !

É-P-H-É-M-É-R-E ! C’est-à-dire qu’après le 16 avril, tout sera effacé !

Une exposition temporaire que nous devons à la très dynamique équipe du musée de la franc-maçonnerie (Musée de France) dont nous nous étions fait l’écho le 8 janvier dernier.

Ne manquez surtout pas l’expo du célébrissime C215, pseudonyme de Christian Guémy, artiste urbain et pochoiriste, qui débutera le 17 janvier prochain.

Infos pratiques : Du 17 janvier au 16 avril 2023/musée de la franc-maçonnerie – Siège du Grand Orient de France/16 rue Cadet Paris IX/Tél 01.45.23.74.09/Métros : Cadet (ligne 7) ou Grands Boulevards (lignes 8, 9) : Station Vélib’ : Cadet (24-26 rue Cadet)/Renseignement evenementmuseefm@godf.org

Casanova franc-maçon

Giacomo, Jean-Jacques en français, Casanova (1725-1798) est un célèbre aventurier et écrivain politique de la République de Venise.

Drapeau de la République de Venise.

Ce que souligne fort justement Jean-Claude Haux, en précisant que « Casanova est né pratiquement en même temps que la franc-maçonnerie ».

Après avoir rapidement dressé le tableau de la présence de la franc-maçonnerie à compter du 24 juin 1717, en Angleterre puis en France, où les francs-maçons subirent quelques tracasseries de la part du cardinal Fleury (1653-1743) principal ministre du jeune roi Louis XV de 1726 jusqu’à sa naissance au ciel, l’auteur rappelle que les « Loges volantes », en réalité les loges militaires qui, en accompagnant les troupes en campagne, essaimaient, au grès des villes de garnison, et participaient ainsi au développement de l’Art Royal. Prenant pour exemple, Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, aide-major au régiment d’artillerie du royaume de France Toul artillerie et membre de La loge dudit régiment. Et si pendant les Lumières les idées circulent et se diffusent, la Franc-Maçonnerie en est un vecteur. Rappelons que Giacomo Casanova semble avoir eu plusieurs vies, prêtres, soldat, musicien, joueur et amateur du beau sexe. La vivacité de ses passions et la fougue de son caractère l’entraînèrent du reste dans moult aventures qui, à la une suite de scandales et plusieurs intrigues amoureuses, lui valurent d’être chassé du séminaire, et de subir même un emprisonnement.

Portrait de Giacomo Casanova attribué à Francesco Narice  (1719-1785).

Jean-Claude Hauc révèle d’ailleurs que la « fraternité maçonnique n’était pas un vain mot à l’époque concernant le domaine du plaisir ». Et de citer quelques croustillants exemples, avec John Murray en 1755 ou encore Madame Morin qui va aider le libertin Casanova à approcher sa jolie nièce ainsi qu’au sein de la Loge Saint-Jean de Jérusalem que Casanova semble avoir fréquenté le plus souvent et où il « trouvait de nombreuses victimes potentielles ». Il parcourt  l’Italie, la Turquie, les îles grecques, la France avec des passages à Lyon et des séjours à Paris.

L’auteur nous rappelle où, quand et comment Casanova reçu la lumière au sein de la Loge Amitié ou Les Amis Choisis, l’une des trois loges qui existait alors à l’Orient de Lyon. Citant Histoire de ma vie, un des ouvrages de Giacomo Casanova et où puise l’auteur pour nous retracer la vie palpitante de l’aventurier : « … Un respectable personnage, que j’ai connu chez M. de Rochebaron, me procura la grâce d’être admis parmi ceux qui voient la lumière. Je suis devenu franc-maçon apprenti. Deux mois après j’ai reçu à Paris le second grade, et quelques mois après le troisième, qui est la maîtrise. C’est le suprême. Tous les autres titres que dans la suite du temps on m’a fait prendre sont des inventions agréables, qui quoique symboliques n’ajoutent rien à la dignité de maître… »

Equerre Compas et G

Une occasion aussi de mentionner comment l’Art Royal est arrivé dans la capitale des Gaules. Casanova utilisant ce réseau relationnel dans toute l’Europe grâce au passeport maçonnique et aux guides du Franc-Maçon en voyage. Jean-Claude Hauc reprend la riche vie de Casanova. Vie profane s’il en est, mais aussi maçonnique, en citant, à titre d’exemple, des lettres et correspondances que Casanova écrivit et qu’il reprend dans son autobiographie. Nous pouvons que Casanova a peint avec beaucoup de vérité l’état des mœurs de la société dans tous les pays de son Grand Tour – ce voyage aristocratique destiné à parfaire l’éducation. Ce qu’il raconte, Casanova l’a presque toujours vu de ses propres yeux ; et c’est ainsi qu’il donne sur une époque riche en personnages remarquables une foule de traits caractéristiques et individuels pris dans toutes les classes de la société contemporaine.

Casanova jeune peint par son frère Francesco (entre 1750 et 1755)

La thèse développée par Guy Chaussinand Nogaret nous apprend que Casanova avait toujours sur lui, des passeports dont tout maçon itinérant devaient être munis, mais et surtout qu’il pouvait être un émissaire de la confrérie, mentionnant l’opinion de Joseph Legras qui estime que l’agent de liaison Casanova était chargé d’assurer la cohésion de l’international maçonnique ! Avançant des preuves véritables et laissant à penser qu’il était alors chargé de mission pour la Grande Loge qui deviendra, en 1773, le Grand Orient de France. L’ouvrage, qui ne comprend ni sommaire, chapitre ou sous-titrage, se lit d’une traite. Une tranche de vie, mais une tranche de vie maçonnique des plus passionnantes. Nous y apprenons plusieurs détails sur ces manies, attitudes et comportements.

Portrait de 1788, par Johann Berka

Mais aussi que Casanova espérait la célébrité à travers l’édition de Icosameron – Voyage au centre de la terre qui relate une exploration intérieure, un récit initiatique hors du commun. Une œuvre magistrale et originale toutefois publiée à 366 exemplaires à l’imprimerie de l’école normale, à Prague, où il est le plus grand mal à trouver des souscripteurs, pour la plupart des Frères.

L’ouvrage s’achève par l’illustration de la stèle funéraire de Casanova à Dux, en Bohême, dans le château d’un autre franc-maçon, le comte de Waldstein. Ainsi que par les ouvrages consultés par l’auteur. Pour tous, le nom de Giacomo Casanova restera au panthéon de l’histoire des grands de ce monde.

Jean-Claude Hauc, qui nous livre ici son quatrième ouvrage sur Casanova, vit à Montpellier et a publié une vingtaine de romans et récits chez différents éditeurs, ainsi que des essais sur les aventuriers et les libertins du siècle des Lumières. Il fait partie de la rédaction des Lettres françaises, une publication littéraire créée en France, en septembre 1942, pendant l’Occupation, par Jacques Decour et Jean Paulhan. C’est l’une des nombreuses publications du mouvement de résistance Front national. Il s’agissait alors d’une publication clandestine bénéficiant entre autres de la collaboration de Louis Aragon, François Mauriac, Claude Morgan, Édith Thomas, Georges Limbour, Raymond Queneau et Jean Lescure. Après la Libération, à partir de 1953 jusqu’en 1972, Les Lettres françaises, dirigées par Louis Aragon, bénéficient du soutien financier du Parti communiste français (PCF).

Les Éditions Douro, dont la devise est « Par la lecture, on s’absente de soi-même et de sa propre vie », une citation romancier et journaliste Alphonse Karr (1808-1890), est honorée de reprendre la collection « La Bleu-Turquin » dirigée par Jacques Cauda, peintre, écrivain, poète, éditeur, photographe et documentariste pour les télévisions française, algérienne et canadienne, et développée jusqu’à la fin de l’année 2020 par leur partenaire et ami Daniel Ziv, de Z4 Éditions. Les publications précédentes restent disponibles et vous pouvez toujours les commander. Le site des Éditions Douro https://www.editionsdouro.fr/

Jean-Claude Hauc – Éditions Douro, Coll. La Bleu-Turquin, 2023, 66 pages, 17 €

La 4e de couverture
Icosameron
Casanov, annotazione della morte

21/01/23 : « Initiation maçonnique et chevalerie chrétienne », le GPDG en conférence à Besançon

Le Grand Prieuré des Gaules (GPDG) est une organisation maçonnique et chevaleresque issue du Grand Directoire des Gaules fondé le 23 mars 1935. Depuis le début des années 2000, le Grand Prieuré a complété sa dénomination officielle d’une double titulature :

  • Ordre des francs-maçons chrétiens de France ;
  • Ordre des chevaliers maçons chrétiens de France.
Gilles Ducret

Le Grand Maître du GPDG, notre très cher et bien-aimé Frère Gilles Ducret animera une conférence, gratuite et ouverte au public, le samedi 21 janvier au Centre diocésain à Besançon ayant pour sujet

« Initiation maçonnique et chevalerie chrétienne ».

Gilles Ducret fera découvrir, par son expérience, une voie initiatique chrétienne. La conférence sera suivie d’échanges libres.

Blason GPDG

En voici la présentation :  « Notre monde se signale, chaque jour, par d’implacables dégradations infligées au monde du vivant et par nombre de valeurs humaines, telles l’hospitalité, la bienveillance, l’amour de l’autre, perverties au profit d’intérêts égoïstes, cyniques, quelquefois meurtriers. Des voies initiatiques existent depuis l’aube des temps : la Kabbale juive, le Soufisme musulman, le Taoïsme, le Bouddhisme, qui sont autant de chemins vers cette lumière invisible qui est notre essence première. Mais une grande partie de notre monde actuel, épris de spiritualité, semble ignorer le chemin exigeant, mais exaltant d’une authentique voie initiatique chrétienne. »

Le Grand Prieuré des Gaules, une institution héritière du XVIIIe siècle

Blason GPIH

Déclarée en 1946 sous ce nom, le GPDG est une institution maçonnique française héritière des Provinces des Directoires rectifiés du XVIIIe siècle (1773-1774) – Auvergne (IIe), Occitanie (IIIe) et Bourgogne (Ve). L’Obédience tient ses origines du Grand Directoire des Gaules qui fut créé le 23 mars 1935 par les soins du Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie (GPIH) – l’histoire retiendra que ce Prieuré installé le 14 août 1779, sera celui qui veillera sur la conservation du Rite/Régime Écossais Rectifié (RER) après son extinction en France au XIXe siècle –, et de par la volonté de Francs-Maçons du Grand Orient de France sous la conduite de Camille Savoire. Et ce, afin de réveiller entièrement et dans l’ensemble de ses différentes classes maçonniques et chevaleresques, le Rite Écossais Rectifié.

Pour mémoire, le Grand Prieuré des Gaules propose une belle collection avec Les Cahiers verts, sa revue d’études symboliques et historiques. Au début des années 1970 et durant plus de vingt années, Les Cahiers verts ont été l’organe de communication interne de la Chancellerie du Grand Prieuré des Gaules accessible aux seuls membres de l’Ordre. Les Cahiers verts sont désormais présentés au public. Ils ont pour objet de contribuer à la transmission de l’esprit de l’initiation chrétienne aux membres de l’Ordre ainsi qu’à porter parmi les hommes les vertus dont ces derniers ont juré de donner l’exemple.

Le Centre Diocésain Antoine-Pierre 1er de Grammont

Le Centre diocésain s’inscrit dans une histoire, celle du Grand Séminaire, initié dans la foulée du concile de Trente et réalisé à la fin du XVIIe siècle. C’est Antoine Pierre 1er de Grammont, un grand archevêque de Besançon et réformateur de la vie spirituelle et diocésaine à son époque qui a créé ce lieu de formation pour les prêtres.

Le séminaire, sa chapelle classée, ses cours intérieures, son grand escalier, sa bibliothèque constituent un patrimoine régulièrement visité dans le cadre de « Besançon, ville d’Arts et d’Histoire ».

Suite à sa rénovation achevée en 2005 et dans la fidélité à cette histoire, le Grand Séminaire devenu « Centre diocésain Antoine Pierre 1er de Grammont » est aujourd’hui une maison d’accueil diocésaine regroupant de nombreux domaines d’activité : centre de rencontre, de parole et de formation où se côtoient foi, culture, laïcité, œcuménisme et dialogue interreligieux. Il accueille différents types de groupes à visée pastorale ou sociale.

Pour information, une réunion réservée aux Sœurs et aux Frères, sur le même thème se tiendra à compter de 17 h au Temple maçonnique bien connu de tous à Besançon situé dans une ancienne chapelle des Antonins de 1720. Après la Révolution, l’église est déconsacrée et abrite un théâtre. Puis laissé à l’abandon, les Francs-Maçons investissent donc les lieux au milieu du XIXe siècle, la plus ancienne loge remontant à 1864. 

Logo du journal L’Est Républicain depuis octobre 2022.

Une invitation relayée par nos confrères de L’Est Républicain.

Infos pratiques : Conférence : « Initiation maçonnique et chevalerie chrétienne »

Samedi 21 janvier, à 14 h 30/ Entrée libre et gratuite

Centre diocésain – 20 rue Mégevand à Besançon

Entrée libre et gratuite

Organisateur : Association Montségur – Renseignement au 06 49 52 54 13

Publics concernés : Seniors – Jeunes/Étudiants (12-25 ans)

Sources : Centre Diocésain Antoine-Pierre 1er de Grammont, Wikipédia, Wikimedia Commons, site ma commune info, site GPDG

Frapper avant d’entrer

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Frapper à la porte du temple : Cette expression métaphorique ancienne qui fait penser au heurtoir (ou marteau) accroché à un huis pour en demander l’ouverture est toujours d’actualité en maçonnerie ! Deux modes d’accession à la Confrérie existent aujourd’hui pour le candidat : le parrainage, par un membre d’une loge (ami, connaissance, parent) ou l’envoi direct par voie postale d’une demande d’intégration (candidature spontanée). Cette dernière formule étant aujourd’hui très courante semble-t-il (jusqu’à 60% selon les estimations).

Dans les deux cas, si toutefois la demande est recevable, le Président rencontre préalablement le postulant et un processus d’enquêtes est lancé ensuite. Il est logique que la loge souhaite le connaître et obtienne des renseignements sur sa vie personnelle, sa situation sociale, ses aspirations intellectuelles et spirituelles, son intérêt pour le symbolisme, ses opinions et goûts, sa confession éventuelle. Dans les limites de la confidentialité, bien entendu, et en garantissant à la personne toute discrétion en retour.

L’usage a été établi au XIXe siècle que le Vénérable Maître désigne trois « enquêteurs », maîtres-maçons de la loge (Un enquêteur ne sait pas qui sont les deux autres) pour rencontrer le candidat, le questionne et établisse un rapport d’enquête. Les trois rapports sont ensuite lus en loge et un premier vote a lieu pour décider de retenir ou non ladite candidature. Il est évident que des « données » claires, précises et sincères sont attendues par l’assistance. Le lien entre les trois rapports est la cohérence qui s’en dégage. Le vote a lieu par boules. En son âme et conscience, chaque membre vote favorablement avec une boule blanche, négativement avec une boule noire. Si le vote est positif, le candidat est admis à se présenter à l’étape suivante du processus.

Tout recrutement est une prise de risque. Pour les deux parties. Il est à remarquer que cette procédure se réalise « en confiance ». Le candidat est certes « désavantagé » en ce qu’il ne sait de la franc-maçonnerie que ce qu’il a lu ou entendu et il ignore l’activité en ses murs. Par ailleurs, il n’obtient de l’enquêteur que peu de réponses à ses questions sur ce milieu fermé qu’est la loge, laissée à son imagination. De son côté, l’enquêteur, lui, doit se fier à son observation, son écoute et son intuition, à partir de ce qu’il voit, entend et « devine » du candidat.

La question se pose ici de savoir si trois enquêtes, c’est à dire trois rencontres, relativement rapides, sont suffisantes pour vraiment connaître la personne qui se présente. La réponse est certainement non !

« La lumière n’éclaire l’esprit humain que lorsque rien ne s’oppose à son rayonnement. Tant que l’illusion et les préjugés nous aveuglent, l’obscurité règne en nous et nous rend insensible à la splendeur du vrai ».

C’est la phrase que prononce le Maître de loge et qu’entend au XVIIIème siècle, le candidat à l’entrée en maçonnerie. Assis au milieu de la loge, où il a été guidé les yeux bandés, il répond ensuite aux questions posées par les membres présents. Cette épreuve « de la tête recouverte d’une étoffe », à la fois physique et symbolique existait déjà au temps des Initiations aux mystères d’Eleusis dans la Grèce antique. Le voile tombé, trois (nombre sacré) épis de blé étaient montrés à l’impétrant, en tant que métaphore, à la fois de la fertilité, de la nourriture de l’âme, de l’esprit et du corps.

Aujourd’hui, la même épreuve du bandeau en maçonnerie – qui entretient sa réputation de « société secrète », et en créant un événement interne ! – répond à un impératif : aveugler le candidat pour d’abord protéger l’identité des membres de la loge ! Ce ne sont pas forcément leurs questions qui en révèlent beaucoup plus sur sa personne (Ex : Quelle différence faites-vous entre égalité et équité, entre morale et éthique ? Quelle est votre opinion sur le mariage pour tous ? Que pensez-vous de la gestation pour autrui ? Pensez-vous que le réchauffement climatique dépend des gestes individuels ? etc, etc).

Priver le candidat d’un sens, c’est, dans la majorité des cas, « le mettre sous stress », et obtenir ainsi des réponses souvent brouillées par l’émotion du moment ! De fait, ne nous le cachons pas, l’épreuve du bandeau est l’occasion pour quelques membres de la loge…de souvent se valoriser auprès de leurs frères et sœurs, par leurs questions qu’ils pensent « originales ». Et aussi, parfois, de prendre une revanche, après leur propre passage sous ce bandeau…dont ils gardent un mauvais souvenir ! Alors même que la vraie question…qui fait question précisément, est l’aptitude relationnelle du candidat !

Trois enquêtes et un passage sous ce bandeau ne sont sans doute pas suffisants pour répondre ici ! Certaines loges ont ainsi décidé de supprimer cette épreuve, au titre de la forme de « bizutage » qu’elle peut représenter, voire aussi du sentiment d’humiliation à même d’être ressenti par ledit candidat. Il faut savoir se séparer d’une tradition qui n’est pas en l’espèce synonyme de vérité. Une série de rencontres plus avancées du candidat, de dialogues en groupe, s’avèrent bien plus « enseignante », afin de mieux le connaître. Non pas intimement mais socialement. C’est l’opinion, à tort ou à raison, de ces progressistes.

Certes, il ne faut jamais oublier qu’un candidat, paralysé par le trac, et au final accepté par indulgence, peut devenir plus tard ce Grand Maître ou ce Très Puissant Souverain Grand Commandeur aimé de tous… ou détesté pour son comportement arrogant et autoritaire. Du timide, le tyran. Que savoir jamais de l’Homme, cet être humble…ou vaniteux prompt à oublier ses faiblesses passées ! La vérité n’est pas de ce monde, même en franc-maçonnerie !

À force de subtilités, l’ésotérisme ne favoriserait-il pas une certaine surdité ?

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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent les 1er et 15 de chaque mois.)

L’ésotérisme, cet enseignement réservé aux initiés, c’est-à-dire à ceux qui ont été admis à la connaissance de certains mystères, a pris culturellement de nombreux chemins détournés, eux-mêmes énigmatiques, si bien qu’on peut parfois se demander si la magie de ses métaphores éveille, dans la vie même de ceux qui s’efforcent d’en percer le sens, d’assez puissants échos pour transformer les sujets eux-mêmes. Ainsi, le risque est grand que ce lacis de voies sinueuses et complexes ne se résolve, en définitive, en un ramassis de bizarreries propices à des évocations rêveuses.  

Je crains que certains ne se complaisent dans des apparences pittoresques voire dans des fumigations envoûtantes ne portant guère à conséquence dans leurs comportements quotidiens. Ils y trouvent un moyen raffiné de se réfugier dans un isolement hautain, sans que nul ne puisse toujours distinguer d’évolution visible dans leur perfectionnement moral ou leur élévation spirituelle… Ils ont raté la porte étroite qui devait les conduire à un vrai travail sur eux-mêmes.

Il faut dire que la tâche est ardue et qu’il est facile de rester hors du jeu, de ne pas se mettre en cause, en usant de péroraisons avantageuses  dans un art consommé de l’esquive : entre ceux-là et ceux qui n’ont que des préoccupations « sociétales » à l’esprit, une vaste coalition se dessine pour vider la notion même d’initiation des patientes exigences du dévoilement intérieur, corrélées par construction à l’inlassable recherche d’une harmonie dépassant, dans la vie profane, les clivages culturels, sociaux et politiques.

Pourtant, il s’en trouve chez qui la vertu des bonnes pratiques sert tous les jours d’aune à l’unité de soi. Ils feraient même de leur conscience initiatique le passage obligé de leur engagement dans le monde. Alors, exerçant leur discernement avec persévérance et humilité, ils en viennent à se poser sérieusement cette question : À force de subtilités, l’ésotérisme ne favoriserait-il pas une certaine surdité ?

La franc-maçonnerie « spéculative » : quelle histoire !

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 Le récit extravagant de Andrew Ramsay (La franc-maçonnerie créée par le roi Salomon !) ne trompe évidemment personne sur le plan historique…mais convient précisément à la frange nobiliaire maçonnique de l’époque, avide d’ascendance prestigieuse, même inventée de toutes pièces. Comme par hasard, alors qu’il n’existe que les degrés d’Apprenti (noviciat) et de Compagnon (en vérité seul degré initiatique à l’image de la maçonnerie opérative), le degré de Maître-maçon « spéculatif » est créé en 1738. Le cadre imaginé de ces deux premiers « avancements » est celui des chantiers des cathédrales européennes : le troisième crée donc une vraie rupture. Coïncidence ? Au moment même où la Bible fait son entrée officielle en loge, ce troisième degré – consacrant le Maître-maçon – nous entraîne soudain à Jérusalem, au sein du mythique Temple de Salomon en construction ! En ce sens, il a pu être qualifié de premier des « Hauts-Grades » qui gravitent autour de ce Temple en Judée, puisque ceux-ci en ont fait leur symbolique centrale. Un temple imaginaire, totalement biblique !

 Obédiences et turbulences (1800-1900)

Il a été historiquement avancé que les « continuateurs » d’Anderson et Desaguliers » ont voulu créer avec cette franc-maçonnerie « augmentée », une « unité métaphorique narrative » intégrant les trois traditions initiatiques occidentales : le Compagnonnage (maçonnerie bleue) ; la Rose-Croix (maçonnerie rouge) ; la Chevalerie (maçonnerie blanche). Mais si l’initiation maçonnique ouvre un chemin à l’Homme, elle n’a pas d’influence possible sur son « programme génétique », basé sur le désir, son moteur même. Désir d’être et de faire, donc désir d’abord d’apprendre, donc d’imiter l’autre, son modèle disponible, son autre soi-même. Puis – jalousie oblige – de le dominer pour s’affirmer !

Ce degré de Maître, puis la floraison de Hauts-Grades aux noms pompeux, d’abord en 7, en 10, en 33 et même 99 degrés, au fil des rites qui naissent des imaginations débordantes, sont l’occasion rêvée pour cette opposition native. Deux maçonneries s’affrontent dans la deuxième partie du 19ème siècle, deux théâtres même peut-on dire : une maçonnerie jugée subalterne, plébéienne par le camp nobiliaire, lequel s’affirme ainsi aristocratique et se croit pour autant supérieur. Elles sont en réalité toutes deux prises dans un grand jeu fictionnel, la première se rêvant héritière des constructeurs des cathédrales alors qu’elle n’en est que la lointaine parente livresque par l’image et le symbolisme des outils, la seconde se disant héritière de la Chevalerie templière. Alors qu’elle n’en est inspirée, elle-même, que par l’esprit et le rêve ! L’illusion ne retenant ici que les qualités légendaires de cette Chevalerie : bravoure, courtoisie, loyauté, protection des faibles. Mais écartant au passage, le désastre politico-ecclésial reconnu, qu’ont été, en vérité, les Croisades chrétiennes de cette sinistre équipée conquérante, dès le premier millénaire, contre les Mahométans. Croisades elles-mêmes, constituant une série de revanches contre les incursions agressives de ces derniers, dans les siècles précédents en territoire gaulois, (Ex : Poitiers, défendu par Charles Martel, en 732) !

La guerre, maladie humaine endémique, n’est qu’un jeu tragique interminable de gagnants et de perdants à tour de rôle, entre autres pour occuper et – il faut bien l’avouer – « pimenter » émotionnellement le temps, notre mystérieux et angoissant « milieu indéfini » à vivre ! « Liberté-Egalité-Fraternité », ce beau vœu révolutionnaire reste toujours un idéal intelligent à atteindre ! Et tout le mérite « têtu » de la franc-maçonnerie est bien là : sa bonne volonté, qui elle aussi traverse le temps, est à saluer et respecter au-delà de tous ses défauts et fantasmes ! Aux francs-maçons de vraiment méditer ce triptyque !

La première Grande Loge de France, (A ne pas confondre avec la seconde née en 1894) apparaît donc en 1728, patentée par la Grande Loge Unie d’Angleterre). Le Grand Orient voit le jour en 1773. Il conviendra toutefois d’attendre le début du XIXème siècle pour que, bon gré, mal gré, les rites maçonniques de ces instances – jusque-là plus ou moins « anarchiques » – s’organisent en péjoratifs « bas-grades » (3 premiers degrés) et « Hauts-Grades » (degrés suivants facultatifs). Ils commencent néanmoins à coopérer dans l’esprit d’une même tradition fédératrice « d’oeuvriers » et le cadre de rites parfaitement structurés, au fur et à mesure de la naissance des dites « Grandes Loges ». De « Bas grades », les premiers degrés deviennent « symboliques ».

C’est une franc-maçonnerie française, condamnée par le Pape (Benoît XIV en 1751), marquée par la philosophie des Lumières, qui traverse la Révolution française (1789), sans l’avoir organisée, comme il a été dit à tort. Même si des maçons réputés s’y illustrent (Danton, Mirabeau, La Fayette, Rouget de l’Isle, entre autres). Dès 1801, Napoléon tente sans succès – en signant le Concordat – de rapprocher l’Eglise de la franc-maçonnerie. (350 de ses généraux en sont, ainsi que ses quatre frères – Joseph, Louis, Jérôme, Lucien – et sa femme Joséphine).

De son côté, le Grand Orient, ne se soucie guère des états d’âme papaux. Le 1er article de sa Constitution, qui reconnaissait l’existence de Dieu, en a été ôté après la révolution de 1870.

Des « planches », les idées sociales (1900-2000)

La suppression de la référence au Grand Architecte de l’Univers n’est pas du goût de la Grande Loge Unie d’Angleterre. A l’approche du XXème siècle, fidèle à sa doctrine théiste, et à sa position autoproclamée de puissance maçonnique dominante, elle rompt avec le Grand Orient …que cette séparation indiffère totalement !

Un détail parmi d’autres certes, mais à ne jamais oublier : il montre que le conflit – à la fois moteur et frein humain – est bien aussi dans les chromosomes de la franc-maçonnerie (dans l’ADN comme on dit aujourd’hui, ce fameux acide désoxyribonucléique, support de notre information génétique) ! Concours de circonstance : Alors que la franc-maçonnerie française s’applique à prôner la précitée trilogie républicaine « Liberté-Egalité-Fraternité » empruntée à la Révolution de 1789.

  •  Au moment où elle affirme sur tout le territoire, l’importance vitale de la démocratie,
  •  Tandis qu’elle déclare sa conviction dans le progrès pour le bonheur du peuple :

Simultanément, une forte turbulence agite les loges maçonniques !

Au siècle dernier, les maçons roturiers obtenant le port de l’épée en loge comme les maçons aristocrates, ont fini par croiser le fer avec eux – d’où l’ordre formel des Maîtres de loge avant les tenues (« Laissez vos métaux à la porte du temple ! »). Cette fois c’est le déisme et la laïcité qui s’affrontent au XXème siècle !

Résultat : aristocrates et bourgeois, mystiques et occultistes, professions libérales et gens d’église, riches négociants et aubergistes, s’éloignent un temps des loges symboliques. En s’approchant des faits de société, la franc-maçonnerie fait en même temps son entrée dans le monde politique. Du coup, l’instituteur qui sympathisait, fraternisait même, avec le curé sur les bancs de la loge, s’oppose frontalement à lui, maintenant qu’il en est parti !

Après un temps de baisse des effectifs, dû au retrait des notables précités, l’irruption de nouvelles catégories de population, donne un coup de fouet aux effectifs. Ils repartent à la hausse. Viennent s’asseoir dans les loges, des « gens de tête » : à Paris, se côtoient les avocats Léon Gambetta et Adolphe Crémieux, le professeur de philosophie Jules Simon et le physicien François Arago. Puis ce sont les républicains avec les « gens de fabriques » (employés d’usine, comptables) qui apparaissent dans les années 1880. Enhardis par cet élan populaire, s’approchent même des militaires. Puis encore des petits commerçants et des artisans. Contre toute attente, des ouvriers du bâtiment, de tous corps d’état, se présentent aussi, permettant d’imaginer une sorte de retour de la franc-maçonnerie opérative !

Que peuvent se dirent ces gens, de familles professionnelles si différentes ? C’est le plus souvent l’ère industrielle naissante qui leur fournit des sujets de réflexion. Ils sont traités sous forme d’exposés, de véritables conférences parfois, données par les intellectuels et dont les textes recopiés sont ensuite transmis aux députés. Alors qu’au début, l’intervenant parlait de sa place, des lutrins sont progressivement installés sur l’estrade, près du Maître de loge. Le concept de « planches » est né ! En France, car il n’est pas pratiqué en Angleterre.

Comme tout est à faire sur le plan social, ces « planches » fourmillent d’idées géniales – dont nous profitons aujourd’hui – par le biais des dits députés : Travail des femmes et des enfants, natalité aidée, criminalité, liberté d’association (thème qui imposera la liberté d’association de 1901), laïcité, séparation de l’église et de l’état en 1905…laquelle fera loi et déclenchera l’ire des ecclésiastiques ! Les gens du peuple sont surpris d’apprendre que les lois scolaires de 1880 sont dues à l’avocat et homme d’état Jules Ferry. Soutenues par le frère Emile Combes, Président du Conseil des ministres, elles aboutiront à la loi précitée.

L’influence de la franc-maçonnerie est alors considérable : Pourtant à la veille de la guerre de 1914-1918, il y a seulement 20 000 membres au Grand Orient de France, 5000 à la seconde Grande Loge de France (crée en 1894) et moins de 2000 frères et sœurs au Droit Humain, première obédience mixte, crée en 1893. Mais 60% des ministres sont francs-maçons ! Le Président Raymond Poincaré, suite à l’échec du Gouvernement de gauche, n’apprécie pas cette influence maçonnique. Il rappelle aux Obédiences qu’elles constituent avant tout une force de proposition. Il les invite ainsi à se retirer de la « politique politicienne » et à demander à ses membres de se consacrer uniquement aux travaux spirituels. Mais l’avènement du nazisme en 1933 trouble fort les loges.

Les maçons, qui appelaient de leurs vœux l’instauration des congés payés, obtiennent néanmoins cette dernière victoire sociale en 1936. Malheureusement, la franc-maçonnerie est interdite par le Gouvernement de Vichy en 1940 et plus de 3000 frères et sœurs périront pendant la seconde guerre mondiale, au nom de leur patriotisme.

Le Général de Gaulle redonnera à cette franc-maçonnerie sa pleine liberté d’expression en 1945, en rappelant que les lois de Vichy, n’ayant jamais été reconnues, son existence n’a jamais cessé !

Statue du Général de Gaulle, œuvre du sculpteur Jean Cardot (1930-2020), Paris VIIIe, photos © Yonnel Ghernaouti