Chacun sait que la conceptualisation de la démarche maçonnique s’est formalisée progressivement en Grande Bretagne à la fin du XVIIème siècle. A cette époque, il était impensable d’imaginer que la vie n’était pas une création divine. Naturellement l’appartenance maçonnique supposait d’inscrire toute la symbolique rituelle dans la référence à Dieu formalisé par l’expression du « Grand Architecte de l’Univers ».
Au début, une déité obligatoire pour tous les francs-maçons
La croyance en Dieu s’accompagnait tout naturellement de la dichotomie Bien-Mal, Paradis-Enfer ; comme il y avait une vie sur Terre, il y avait forcément une vie extra-terrestre.
C’est dans cet esprit que furent conçus les rituels maçonniques que nous utilisons aujourd’hui ; l’utilisation du langage symbolique permettant des interprétations personnelles, ces rituels persistent malgré l’évolution de la pensée humaine.
Dans le contexte des guerres religieuses de l’Angleterre, la démarche maçonnique a l’originalité de se vouloir pacifique.
Au XVIIème siècle, même un Voltaire, qui s’est rendu célèbre en condamnant les fanatiques, ne peut que condamner l’athéisme : «Les athées sont pour la plupart des savants hardis et égarés qui raisonnent mal, et qui, ne pouvant comprendre la création, l’origine du mal, et d’autres difficultés, ont recours à l’hypothèse de l’éternité des choses et de la nécessité. » (Dictionnaire philosophique – 1764)
L’émergence de l’athéisme
Au XVIIème siècle, il est classique de lire que l’athéisme s’affirme sur trois opinions :
- La perversité du fait religieux
- La glorification de la Nature
- L’omniprésence de la souffrance jugée incompatible avec l’existence d’un Dieu bon et juste.
C’est au XVIIIème siècle qu’émergent les notions d’Humanité et de Droits de l’Homme. Les rites maçonniques se réfèrent à la déité du Grand Architecte de l’Univers (et parfois des Mondes) : L’initié franc-maçon doit trouver sa place dans la position de « cherchant » pouvant espérer être un « servant » !
La franc-maçonnerie accessible aux athées
C’est au XIXème siècle, dans le contexte de l’émergence des revendications sociales, que la question de l’accès de l’athéisme à la liberté de conscience émerge dans les débats. Le Grand Orient de Belgique est la première obédience à supprimer en 1872 la référence au GADLU. Le Grand Orient de France en 1877 suivra, de façon plus subtile, en supprimant « l’obligation » de la croyance en Dieu et de l’utilisation de la référence au GADLU.
Cette « révolution » ne concerne en fait que les instances conventuelles du GODF ; pour les loges bleues, il est laissé libre à chaque loge de garder ou non la référence au GADLU ; les rites, eux, ne sont pas concernés par cette liberté nouvelle.
Une nouvelle manière de vivre son athéisme apparaît ; l’indifférence et la banalisation permettent à des athées d’accepter d’adhérer à des rites qui sont fondamentalement déistes.
Il faut attendre le XXème siècle pour voir apparaître une autre entrée dans l’athéisme. L’anticléricalisme, la glorification de la Nature et l’incompréhension face aux souffrances subies par les peuples ne sont plus au premier plan.
Les découvertes sur l’activité biologique cérébrale aboutissent à un double constat :
- La pensée humaine est tributaire de l’activité biologique cérébrale ; et par conséquent, la pensée religieuse est dépendante de cette même activité cérébrale ;
- Et le propre de la pensée humaine est sa capacité à créer de l’imaginaire ; la pensée religieuse étant une des plus belles illustrations de cette capacité créatrice de l’imaginaire humain.

L’athéisme ne se définit plus comme une croyance dans l’absence de vie surnaturelle.
L’athéisme devient de la sorte une simple constatation de la dépendance biologique de la pensée humaine. Si l’activité biologique cérébrale conditionne la pensée humaine on peut facilement en déduire que sans activité biologique il n’y a plus de pensée, donc plus de croyances !
Ces connaissances scientifiques n’ont d’ailleurs pas empêché les religions de toujours bien se porter.
Du fait des nouveaux équilibres entre l’Etat et la société dans les principaux pays européens, le fait religieux s’est vu conforté dans sa place au sein de la société civile ; les connaissances scientifiques n’ont pas bouleversé les relations entre croyants et non-croyants comme si un pacte de non-agression avait été conclu.
Mais ce qui est vrai en Europe, ne l’est pas dans de nombreux pays du reste du monde où le pouvoir religieux reste très lié au pouvoir d’état et où les athées subissent une répression sans merci.
Malgré tout, la pratique maçonnique n’a pas beaucoup évolué et tout se passe comme s’il s’agissait d’un sujet qu’il ne fallait pas trop fouillé, chacun s’accordant à dire que la liberté d’interpréter à sa façon les mots, permettait d’utiliser ces mêmes mots sans forcément adhérer au sens primitif qui leur a été donné.
Aujourd’hui, seules certaines loges du Grand Orient de France acceptent de ne pas imposer une référence déiste formelle dans leurs travaux. Cette liberté nouvelle conserve la légende d’Hiram au 3ème degré en laissant à chacun la liberté de l’interpréter.
Il faudra sûrement encore beaucoup de temps pour voir l’ensemble des loges maçonniques adopter une approche tolérante complète vis-à-vis des athées.
Malgré tous les non-dits et toutes les ambiguïtés, l’originalité de la vie des loges provient de la grande tolérance qui permet une coexistence pacifique et un respect mutuel quels que soient les imaginaires de chacun. Dans un contexte mondial où les guerres inter-religieuses font florès, il est un espace social où le respect mutuel existe et permet de vivre ensemble dans la liberté de conscience.
L’actualité de l’athéisme procède surtout de la répression qui est imposée dans de nombreux pays du globe à toutes celles et tous ceux qui osent s’en référer.
Ce que le Grand Orient de Belgique et celui de France ont réalisé permet d’affirmer qu’il est possible d’être athée ou non-croyant et franc-maçon en France aujourd’hui, sans être obligé de cacher ses convictions. D’autres obédiences ont suivi cet exemple.
La référence à l’athéisme pose la question de la spiritualité !
Classiquement, la spiritualité concerne ce qui a trait à « l’esprit », au « spirituel » et par extension à « l’âme » !
D’un point de vie théologique, on définit la spiritualité comme une « théologie mystique qui a pour objet la vie de l’âme, la vie religieuse; ensemble des croyances, des principes ou des règles qui inspirent la vie de l’âme, le mysticisme religieux d’une personne, d’un groupe, d’une époque. « (cf définition CNRTL)
On pourrait donc imaginer que les athées et non-croyants ne conçoivent pas de contenu pour ces notions qui renvoient à un imaginaire.
André Comte-Sponville a développé l’idée que religion et spiritualité ne devaient pas forcément être assimilées.
On peut concevoir une spiritualité propre aux athées qui interroge sur le devenir de l’être dans la perspective d’une mort programmée.
Cette capacité pour certaines loges d’être accueillante aux athées et non-croyants est une réelle liberté qui fait honneur à la franc-maçonnerie ! Dans ce monde de violence où on exige la croyance à des dogmes, la franc-maçonnerie a su s’adapter à la nécessaire liberté de conscience ! Les loges qui ont réalisé cette « mutation » ont eu du courage et de la volonté ! Comme quoi tout et possible lorsque la liberté est en jeu !
Bien sûr on pourrait regretter que ces loges soient minoritaires à l’échelle mondiale ! Comme quoi même en Franc-Maçonnerie, le conservatisme existe !
































Le rendez-vous de la carbonara












