Les Francs-maçons en Russie : Le Grand Maître Andrei Bogdanov lève le voile

De notre confrère ura.news

Le 10 avril 2026, l’agence d’information russe URA.RU publiait une interview exclusive qui a fait le tour des réseaux sociaux et des médias russes : Andrei Bogdanov, Grand Maître de la Grande Loge de Russie (Velikaya Lozha Rossii), a accepté de parler publiquement des frères maçons présents à Ekaterinbourg, dans l’Oural. Intitulée « Le principal maçon de Russie Bogdanov a parlé de ses frères à Ekaterinbourg », l’enquête révèle l’existence de deux loges régulières actives depuis une dizaine d’années dans la capitale de la région de Sverdlovsk, comptant des dizaines de membres issus des élites locales : hauts fonctionnaires, entrepreneurs, universitaires, avocats et figures culturelles.

Cette déclaration, rare dans un pays où la franc-maçonnerie reste souvent discrète, intervient quelques jours seulement après un événement qui a beaucoup fait parler : un rituel d’initiation secret tenu à Ekaterinbourg, immortalisé par une photo publiée sur le groupe VKontakte de la communauté maçonnique. Sur l’image, sept personnes posent avec les attributs traditionnels (tabliers, colonnes, équerre et compas), visages cachés. Certains internautes y ont vu un canular du 1er avril ; les membres du groupe ont immédiatement démenti. Ce cliché, loin d’être anecdotique, est devenu le symbole d’une franc-maçonnerie russe qui, sans chercher le scandale, refuse désormais de rester totalement dans l’ombre.

Qui est Andrei Bogdanov, le « principal maçon de Russie » ?

archives personnelles d'Andrey Bogdanov
archives personnelles d’Andrey Bogdanov

Andrei Vladimirovich Bogdanov n’est pas un inconnu du paysage politique russe. Né en 1970, il est politologue de formation, candidat à l’élection présidentielle de 2008 (il avait recueilli environ 1,3 % des voix), et surtout, depuis plusieurs années, Grand Maître de la Grande Loge de Russie. Cette obédience, fondée en 1995 après la chute de l’URSS, est la principale structure maçonnique régulière du pays, reconnue internationalement par la Grande Loge Unie d’Angleterre.

Dans l’interview accordée à URA.RU le 10 avril 2026, Bogdanov s’exprime avec franchise et pédagogie. Il assume pleinement son rôle public : « Je suis maçon, je suis Grand Maître », déclare-t-il, soulignant que 70 % des maçons russes ne cachent plus leur appartenance. Seuls 30 % choisissent encore la discrétion, notamment à Ekaterinbourg. Il refuse toute condamnation de cette attitude :

« Nous ne les jugerons pas. En maçonnerie, il existe un droit : si un maçon n’a pas lui-même révélé son nom, aucun autre maçon ne peut le faire à sa place. »

La franc-maçonnerie à Ekaterinbourg : une présence discrète mais bien réelle

Page instagram de la Grande Loge de Russie

Selon les chiffres fournis par Bogdanov, deux loges régulières opèrent à Ekaterinbourg depuis environ dix ans :

  • Loge « Kamennoy Poyas » (Ceinture de Pierre) n° 31
  • Loge « P.P. Demidov » n° 43

Ces loges ne se distinguent ni par leur philosophie ni par leur rituel : elles suivent strictement la tradition régulière de la Grande Loge de Russie. Leurs membres ? Des profils très variés mais tous dotés d’un haut niveau d’études : hommes d’affaires, avocats, enseignants d’université, anciens députés, responsables politiques et artistes. « Ce sont des gens absolument différents », insiste Bogdanov. Et quand le journaliste lui demande si ces personnes sont connues des habitants de Sverdlovsk et de Russie, la réponse est claire : « Oui ».

Cette révélation a surpris beaucoup d’observateurs. L’Oural, région industrielle et stratégique de Russie, n’était pas jusqu’ici considéré comme un haut lieu maçonnique. Pourtant, la présence y est ancienne et structurée.

Chiffres nationaux : une franc-maçonnerie russe modeste mais organisée

Bogdanov livre des statistiques précises et rares :

  • 56 loges au total en Russie (dont 28 à Moscou).
  • Plus de 1 300 maçons actifs sur l’ensemble du territoire.

Ces chiffres placent la franc-maçonnerie russe dans une position relativement modeste comparée aux grandes obédiences occidentales (Grande Loge Unie d’Angleterre : plus de 200 000 membres ; Grand Orient de France : environ 50 000). Mais elle est en pleine reconstruction après des décennies de répression soviétique.

Pourquoi tant de maçons russes restent-ils dans l’ombre ?

Bogdanov l’explique sans détour : l’image ambivalente de la franc-maçonnerie dans l’opinion publique. Une partie de la société russe associe encore la maçonnerie à des théories du complot, à des influences occultes ou à des réseaux d’influence occultes.

« Beaucoup de personnes, même hautement diplômées, ne comprennent pas ce qu’est un maçon. Elles lisent des contes sans sources et attribuent à la maçonnerie des choses incompréhensibles »

regrette-t-il. Lui-même, formé à l’époque soviétique, plaide pour une approche rationnelle : « On m’a appris à étudier les sources primaires. »

Cette méfiance historique s’explique par le passé : interdite sous les tsars à certaines époques, totalement réprimée pendant l’URSS (considérée comme bourgeoise et cosmopolite), la franc-maçonnerie n’a vraiment refait surface qu’après 1991.

La philosophie maçonnique selon le Grand Maître

Antimaçonnisme en Russie – Société secrète

Pour Bogdanov, l’essence du maçonnisme est simple et positive :
« La mission principale d’un maçon est de faire de l’homme bon un homme encore meilleur et de construire un temple dans son âme. » Cette démarche individuelle profite à la société tout entière :

  • Auto-éducation permanente
  • Spiritualité
  • Charité (l’un des piliers du maçonnisme)

« La société n’a jamais souffert d’avoir un homme de plus qui porte la spiritualité et qui s’instruit toute sa vie. Est-ce mal pour la société si les gens font de la bienfaisance ? » Point crucial : dans la maçonnerie régulière russe, la religion et la politique sont strictement interdites de discussion en loge. Cela distingue nettement la Grande Loge de Russie des obédiences libérales plus politisées.

Conditions d’admission : une élite masculine et croyante

La page Instagram de la Grande Loge de Russie

Pour devenir maçon en Russie aujourd’hui, il faut :

  • Être un homme de plus de 21 ans
  • Posséder un diplôme d’enseignement supérieur
  • Avoir des mœurs libres et bonnes
  • Croire en un Dieu unique (peu importe la confession)

La majorité des maçons russes sont orthodoxes, mais on trouve également des musulmans et des juifs. Cette exigence de foi monothéiste est un marqueur de la régularité maçonnique.

La franc-maçonnerie dans l’Oural : au-delà d’Ekaterinbourg

Bogdanov dresse une carte précise de la présence maçonnique dans le Grand Oural :

  • Ekaterinbourg : 2 loges (déjà citées)
  • Tioumen : Loge « Antares » n° 62
  • Perm : Loge « Zolotoy Klyuch » (Clé d’Or) n° 44

À Tcheliabinsk, des frères existent, une loge a même été envisagée, mais elle n’a pas encore vu le jour faute d’atteindre le quorum minimum de sept Maîtres. Bogdanov espère une création dans les un à deux ans à venir.D’autres événements récents confirment le dynamisme de la maçonnerie dans la région : préparation du 300e anniversaire de Perm avec une participation maçonnique, ou encore une grande réunion internationale prévue à Perm.

Une franc-maçonnerie russe qui sort progressivement de l’ombre

Place Rouge Moscou Russie
Place Rouge – Saint Basile – Crédit photo : Christophe Meneboeuf

L’interview d’Andrei Bogdanov du 10 avril 2026 marque un tournant. Pour la première fois depuis longtemps, le plus haut responsable maçonnique russe parle ouvertement d’une implantation concrète dans une grande ville de province, cite des chiffres, explique les règles de confidentialité et défend l’utilité sociale de l’institution. Loin des fantasmes complotistes, la réalité qui émerge est celle d’une fraternité discrète, composée d’hommes éduqués qui cherchent avant tout l’amélioration personnelle et la charité.

Dans une Russie où la spiritualité et les valeurs traditionnelles sont remises au centre du discours officiel, cette franc-maçonnerie régulière, attachée à la foi en un Dieu unique et au silence sur la politique, semble trouver un espace légitime.

L’initiative d’Ekaterinbourg, avec son rituel d’initiation photographié et partagé, n’est peut-être pas un hasard. Elle signe peut-être le début d’une nouvelle ère : celle où les francs-maçons russes, sans renier leur discrétion traditionnelle, acceptent de se montrer « tels qu’ils sont » – ni conspirateurs, ni fantômes, simplement des hommes qui bâtissent, pierre après pierre, le temple intérieur.L’article d’URA.

RU du 10 avril 2026 restera sans doute comme un document historique : le jour où le principal maçon de Russie a décidé de parler de ses frères d’Ekaterinbourg… et de rappeler au monde que, en 2026, la franc-maçonnerie russe est bien vivante, bien structurée, et surtout bien loin des légendes qui l’entourent encore.

7 Commentaires

  1. Chère Rebecca, Cher M. Coimbra,
    Cela fait 3 jours que vous avez posté votre demande. Je ne connais pas ce Alain Brau que vous citez. Mais il semble incapable de répondre à M. Coimbra… par incompétence ou ignorance, ou les deux ?
    Bref, voici ma tentative de réponse au sujet de la Grande Loge de Russie et la question de savoir quelle est la position de l’église orthodoxe russe vis à vis de cette obédience qui impose la croyance en Dieu ?
    D’ailleurs comme Grande Loge régulière l’impose-t-elle vraiment ou demande-t-elle juste la croyance en Dieu à ses candidats ? Ce qui n’est pas la même chose. M. Coimbra si vous êtes maçon, vous ne pouvez l’ignorer.
    La Grande Loge de Russie est une obédience maçonnique régulière fondée en 1995, reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre, et qui demande la croyance en un Dieu unique à ses membres, majoritairement orthodoxes.
    L’Église orthodoxe russe considère globalement la franc-maçonnerie comme incompatible avec la foi chrétienne orthodoxe, en raison de ses rituels secrets, de son syncrétisme religieux et de ses serments parallèles à ceux de l’Église.
    La position de l’Église orthodoxe russe en général et du Patriarcat de Moscou, via le patriarche Cyrille, désapprouve explicitement la participation des orthodoxes à la franc-maçonnerie, la voyant comme un rejet de la dévotion totale à l’Église et à son ordre canonique.
    Des synodes orthodoxes proches, comme celui de l’Église de Grèce en 1933 (adopté par des branches russes comme la ROCOR en 1932 et l’OCA en 1949), la qualifient de système mystagogique antichrétien et interdisent aux clercs d’y adhérer, sous peine de dégradation.
    Historiquement, l’Église russe a condamné les maçons pour leur loyauté à des symboles non chrétiens, bien que la Grande Loge de Russie actuelle bénéficie d’une tolérance relative du Kremlin sans hostilité ouverte de l’Église.
    Quant à la comparaison avec l’Église catholique, apostolique et romaine, cette dernière interdit formellement l’adhésion à la franc-maçonnerie depuis la bulle « In eminenti apostolatus » de Clément XII (1738), réaffirmée en 1983 : les catholiques membres commettent un péché grave et ne peuvent recevoir la communion, avec excommunication automatique pour les clercs sous l’ancien code (1917).
    Chez les orthodoxes, il n’y a pas d’excommunication « ferendæ sententiæ » (formelle et automatique) comme chez les catholiques, mais une interdiction synodale stricte, une exhortation à rompre les liens, et des sanctions pour le clergé (dégradation), sans consensus universel mais avec une condamnation récurrente.
    Les positions sont similaires en rejetant la compatibilité, mais les mécanismes canoniques diffèrent : péché grave sans excommunication ipso facto pour les orthodoxes laïcs.
    J’espère, M. Coimbra, avoir répondu à votre demande.

    • Cher Achille, je decouvre cela aussi sur le site de la glnf qui a priori a aussi créée la grande loge d’Ukraine en 2005 conjointement à la grande loge d’Autriche. Et moi qui croyait que les francs-maçons oeuvraient pour la paix… Savez-vous s’il existe des relations entre ces deux grandes loges ?

  2. Une question : quelle est la position de l’église orthodoxe russe vis à vis de cette obédience qui impose la croyance en Dieu ? Est-elle la même que celle de l »eglise catholique à l’encontre de ses membres qui risquent l’excommunication. ?

    • Le plus apte à répondre à cette question ne serait-il pas Alain Brau, communicant et Assistant Grand Maître d’Honneur de la GLNF ?

  3. @ Sam,
    La Grande Loge de Russie (GLR) a été fondée le 24 juin 1995 par la Grande Loge nationale française, en réunissant d’abord quatre loges russes déjà placées sous la juridiction de la GLNF.
    Elle est aujourd’hui une obédience ‘’régulière’’, reconnue notamment par la Grande Loge unie d’Angleterre, et elle a continué à se développer depuis sa création.
    Andrei Bogdanov en est le grand maître depuis 2007. Né le 31 janvier 1970 à Mojaïsk, il est aussi connu comme homme politique russe et ancien candidat à l’élection présidentielle de 2008.
    La naissance de la Grande Loge de Russie s’inscrit dans le renouveau maçonnique post-soviétique. Après la chute de l’URSS, plusieurs loges ont été créées en Russie à partir de 1992, puis elles ont été fédérées en 1995 dans une structure nationale indépendante.
    Cette fondation par la GLNF a donné à l’obédience russe une légitimité dite ‘’régulière’’ dans le cadre maçonnique anglo-saxon.
    Elle comptait 39 loges au 1er janvier 2020 et qu’elle a poursuivi son implantation dans plusieurs villes russes.
    Andrei Bogdanov occupe une place centrale dans l’histoire récente de l’obédience, puisqu’il en assure la présidence depuis près de 20 ans !
    Il est aussi une figure politique russe, ce qui a souvent attiré l’attention des médias.
    Mais son profil est souvent décrit comme atypique : il combine engagement politique et responsabilité dans une obédience reconnue internationalement. Cela explique en partie pourquoi il est fréquemment cité dans les articles sur la franc-maçonnerie russe. La question, à cette heure, et depuis la guerre en Ukraine, qui a elle-aussi un grande loge ‘’régulière’’ serait de connaître les relations exactes GLNF / GLR…

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Pierre d’Allergida
Pierre d’Allergida
Pierre d'Allergida, dont l'adhésion à la Franc-Maçonnerie remonte au début des années 1970, a occupé toutes les fonctions au sein de sa Respectable Loge Initialement attiré par les idéaux de fraternité, de liberté et d'égalité, il est aussi reconnu pour avoir modernisé les pratiques rituelles et encouragé le dialogue interconfessionnel. Il pratique le Rite Écossais Ancien et Accepté et en a gravi tous les degrés.

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