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Romoli (ALAM) : 1er mai, fête du Travail et progrès de l’homme dans une société inclusive

De notre confère européen agenparl.eu

 ROME, le 29 avril 2023 – « Le travail rend l’homme libre, il collabore à l’élévation de l’être, c’est un effort individuel et collectif qui engage les bras mais aussi le cœur. Si elle est pratiquée dans le respect des valeurs, elle révèle les secrets de la nature, trouvant son pôle d’attraction et son sens le plus profond dans le bien commun. Le monde productif est en évolution rapide, marqué par des besoins croissants de protection et l’émergence envahissante de nouveaux droits, c’est pourquoi nous devons revenir à la question de la dignité du travail, qui pour nous maçons est un facteur anthropologique essentiel, à travers lequel le niveau de progrès de la communauté à laquelle nous appartenons.

La Grande Loge d’Italie ou Grande Loge d’Italie des maçons libres et acceptés (Gran Loggia d’Italia degli ALAM – Antichi Liberi Accettati Muratori) est une obédience maçonnique mixte italienne fondée en 1910 à la suite d’une scission avec le Grand Orient d’Italie (GOI).

[NDLR : nous avions traité le 8 décembre 2021 de la Grande Loge d’Italie et Luciano Romoli arrive à Foggia.]

Nous devons célébrer le 1er mai en ouvrant notre capacité d’observation à toutes les phénoménologies qui modifient les structures économiques et les équilibres géopolitiques, sans préjugés, avec un esprit constructif, démontrant que nous sommes prêts à surmonter les anciennes barrières idéologiques, désormais hors du temps. Le travail s’est technicisé, l’intelligence artificielle est entrée dans la chaîne de valeur, les organisations ont changé de visage, investir dans la formation et dans l’acquisition de nouvelles connaissances est la voie à suivre pour ne pas être déconcerté. Si nous n’essayons pas d’élever le niveau des compétences qui alimentent le capital de l’intelligence humaine, nous ne pourrons pas prétendre être des protagonistes sur la scène internationale ».

Le Grand Maître Luciano Romoli, à l’occasion des célébrations du 1er mai, fait entendre sa voix. Son analyse identifie le sens de cet événement historique projeté dans une « lumière » positive, pleine de spiritualité et d’avenir. « Nous devons changer de rythme, en termes de culture et d’approche du travail, en nous rappelant que nous sommes avant tout une « entreprise de personnes », dans laquelle chaque individu ne peut renoncer à avoir un impact sur les structures organisationnelles des entreprises et des institutions. Je voudrais que celle que nous nous apprêtons à célébrer soit une fête de l’inclusion, le nombre de « neets » est encore trop élevé, qui sont les centaines de milliers de jeunes en perpétuel stationnement, qui restent en marge des circuits de production, sans chercher une place dans le monde, tout comme la fracture des inégalités économiques et territoriales que génère le modèle capitaliste dominant est trop grande. Quelque chose est cassé, le corps collectif doit prendre en charge ces blessures,”.

En termes de pauvreté et d’emploi, on escompte les retards italiens les plus graves dans l’agenda de l’ONU pour 2030. La possibilité d’atteindre 78 % du taux d’emploi des 20-64 ans d’ici 2030 semble lointaine, alors que la pandémie a arrêté la tendance positive à la réduction de l’écart entre les sexes.  » Difficile de parler de durabilité, de développement, de progrès – poursuit l’analyse de Romoli – si on ne fait pas  » le pas de géant» en réduisant les niveaux de pauvreté et d’inégalité qui affligent la planète, comme nous le recommandait le document Earth4All à l’occasion de la journée universelle de la terre, aucune lueur de croissance ne pourra se faire jour. Je crois qu’il faut se battre pour un 1er mai de la prise de conscience, de la confiance, en mettant les conditions pour que le décompte des morts au travail s’arrête une fois pour toutes, que la sécurité ne soit pas une utopie ou une pratique bureaucratique stérile, mais un moyen d’être, de respecter l’autre » La liberté dans l’univers du travail, écrivait Vittorio Foa, est un grand objectif, nous sommes encore loin de l’avoir complètement atteint, nous sommes sur ce terrain délicat. Il existe et a, dans la vision de la Grande Loge d’Italie des ALAMune valeur suprême est la « spiritualité » du travail, c’est-à-dire donner sens et sens à l’application de notre intelligence dans les domaines les plus variés de l’activité humaine, hier comme aujourd’hui. L’article 3 de la Constitution nous le rappelle : il est du devoir de la République de lever les obstacles économiques et sociaux au plein épanouissement de la personne.  » Nous venons de célébrer le 25 avril, jour de la Constitution – conclut Romoli – faisons du 1er mai le moment de la Constitution mise en œuvre dans un pays démocratique, plus cohérent, dans lequel liberté et égalité peuvent enfin trouver un équilibre harmonieux ».  

Pour célébrer son 70e anniversaire, Acácia Amarantina (Brésil) a inauguré son club maçonnique

De notre confrère brésilien canal121.com.br – Par Diogo Costa

La cérémonie d’inauguration du club maçonnique a eu lieu aujourd’hui (29/04). L’événement a été animé par son chef et comprenait une lecture de l’histoire de la franc-maçonnerie dans la municipalité, la présentation des membres et un dîner de fraternité. Le nouveau Club est situé dans le quartier de Novo Amarante

Étant un nouvel environnement pour se rencontrer et discuter de questions liées à la fraternité, la Loge Amarantina a également souligné les fondamentaux de la franc-maçonnerie lors de la cérémonie. 

Utilisant le moment du discours, le président de la Chambre, Rogério Macedo, a déclaré que « Nous sommes une famille, une fraternité qui cherche à embrasser tout le monde et à transformer l’environnement dans lequel nous sommes ici. Nous suivons nos fondations maçonniques et une chose qui me touche énormément c’est que désormais nous sommes dans la vie publique et nous avons réussi à y apporter notre devise de vie. » 

Après la cérémonie, les membres ont procédé à un dîner de fraternité pour socialiser et célébrer l’ouverture du nouvel espace avec de la musique live.

Le Temple

Les compagnons font revivre le moulin de Cuq (Tarn)

De notre confrère ladepeche.fr

Depuis deux samedis, les jeunes, futurs compagnons du Tour de France, œuvrent à la remise en état des différents éléments du moulin. Ils travaillent d’arrache-pied sur la fabrication de l’arbre de couche.

Cette pièce maîtresse est taillée dans une pièce de chêne de 10 mètres de long sur 50 cm de tombée, pour un poids de 1,6 tonnes. Ce chêne bicentenaire a été prélevé dans les forêts de Dordogne.

Datant du XVIIe siècle, le moulin tour au toit orientable fait la ferté des habitants de Cuq.

L’arbre de couche est la pièce essentielle au fonctionnement du moulin. Ils ont façonné les axes pour la rotation de l’arbre, ils ont fait les lumières dans lesquelles vont venir s’insérer les ailes, ainsi que le rouet, cet engrenage en bois qui va faire tourner les meules. Il va sans dire que ces tâches doivent être effectuées avec une très grande précision.

L’expérience au service de l’œuvre

Alex, originaire de Saint-Gaudens, a trois ans de compagnonnage, il est déjà passé par Tours, Nantes et Agen, il travaille à Condom. Lucas, un Savoyard, a plusieurs étapes à son actif, Toulouse, Arras, Lyon, Marseille, Pau et maintenant une terre agenaise, il est employé dans l’entreprise SCA de Boé, il arrive à la fin de son parcours. Dan, de Nice, découvre pour la première année le compagnonnage, Agen est sa première ville étape. Guillaume, compagnon depuis une année, arrive de Libourne, il a roulé sa bosse en passant par Arras, Lyon, Grenoble, Annecy, Nantes et Agen. Maintenant il est connu sous le nom de Guyenne Cœur Joyeux. Toute cette petite bande travaille, échange au côté de Gaston la Fidélité, ce Compagnon Fini (c’est le grade le plus élevé) qui n’est autre que Joël Guatta, le maire de Cuq. Et ces jeunes sont très heureux d’apporter leur collaboration à la sauvegarde de patrimoine fabuleux. Ils y apprennent les gestes ancestraux, qui ne sont plus guère utilisés de nos jours.

Blason de Cuq, commune située dans le Tarn, en région Occitanie (D’or aux deux tourteaux de sinople rangés a la verticale).

De la théorie à la pratique

Pour eux, c’est une grande découverte ainsi que la mise en application de théorie acquise au cours de leur formation. Ils sont avides de recevoir ces méthodes de l’ancien temps et surtout de pouvoir les transmettre par la suite et leurs gestes sont précis, ils utilisent avec une grande maîtrise et beaucoup de précisions tous les outils nécessaires, tronçonneuses, bisaiguë (long ciseau à bois)… Ces jeunes futurs compagnons sont en emplois dans différentes entreprises, rentrent le soir à la fédération départementale, pour prendre le repas, puis à partir de 19h30 jusqu’à 21h30, ils participent aux cours de traits, mathématiques et français et avant de rejoindre leur lit, ils travaillent sur leur maquette.

À la fin du week-end, l’arbre de couche sera prêt pour sa mission. Dans une quinzaine de jours, les meules neuves vont être livrées et dans la première quinzaine de mai, le chapeau sera de nouveau remis en place sur le mur du moulin. Il restera deux mois pour les dernières mises au point et pour les réglages avant le jour J : dernier week-end de juillet, pour voir les premiers kilos de farine sortir du moulin de Cuq.

Yahoo Actu pose la question : « Qui sont vraiment les francs-maçons ? »

De notre confrère fr.news.yahoo.com – Yahoo Actualités

Depuis leur création il y a plus de 300 ans, les francs-maçons sont au coeur de nombreux fantasmes.

« Les francs-maçons gouvernent le monde », « une secte qui menace les droits des peuples »… créée il y a plus de 300 ans, la franc-maçonnerie fait l’objet de nombreuses rumeurs, fréquemment agitée dans la société. On estime qu’en France, il y a environ 150 000 francs-maçons, et plus de deux millions dans le monde, dont des personnalités célèbres : des écrivains, des hommes politiques, des musiciens, des scientifiques, mais aussi des anonymes.

Dans la franc-maçonnerie, on retrouve toutes les classes sociales. « Des pharmaciens, des notaires, des menuisiers, des ouvriers… Toutes les corporations sont représentées », explique par exemple à Lorraine Actu, Denis, franc-maçon depuis 20 ans et qui tient une librairie ésotérique à Nancy.

Comment devient-on franc-maçon ?

La franc-maçonnerie est divisée, en France, en loges maçonniques, au niveau des villes où elles sont implantées, qui se regroupent cinq obédiences maçonniques principales sur tout le territoire : le Grand Orient de France, le Suprême Conseil de France, la Fédération française de l’Ordre maçonnique mixte international le Droit humain, la Grande Loge de France et la Grande Loge nationale française.

Pour devenir franc-maçon, il y a plusieurs étapes à respecter, chacune propre à chaque loge, mais de nombreuses étapes sont communes. Par exemple, pour intégrer La Grande Loge de France, l’une des principales dans l’Hexagone, soit l’on est parrainé par l’un des membres, soit l’on fait acte de candidature.

L’épreuve du « passage sous le bandeau »

Ensuite, des « enquêtes » sont menées par trois membres de la potentielle future loge avec le candidat, lors de trois rencontres distinctes avec le candidat pour évaluer ses motivations. Ces enquêtes sont ensuite lues à l’ensemble de la loge, avant l’étape suivante, appelée le « passage sous le bandeau » durant laquelle le candidat est interrogé, bandeau sur les yeux pour préserver l’anonymat des personnes présentes.

Cette étape est ensuite soumise au vote, s’il est favorable alors le candidat est convoqué pour une Initiation et devient un Apprenti. Durant son évolution, il peut ensuite devenir Compagnon, puis Maître.

Julien Giry, docteur en Science politique dont une des thématiques de recherche est la théorie du complot/conspirationnisme…

Un culte du secret

Chaque grande loge a ses propres règles. Par exemple, la Grande Loge de France est réservée aux hommes, d’autres loges exigent de croire en Dieu par exemple. « Il n’y a pas de pensée franc-maçonne en tant que telle, il n’y a pas de pensée monolithique. Il y a des grands principes que l’on peut retrouver : la laïcité, le respect du pluralisme, la défense de l’esprit critique, le rationalisme », explique Julien Giry, docteur en science politique à France Culture.

S’il existe de multiples rumeurs autour des francs-maçons, le culte du secret qui anime leur groupe entretient les interrogations. Ainsi, si un franc-maçon peut librement révéler son appartenance, il lui est interdit de dévoiler l’identité d’autres francs-maçons, n’ayant pas à décider à leur place.

Que font les francs-maçons ?

Autre élément source de multiples fantasmes, les symboles francs-maçons, comme l’équerre, qui rappelle à l’initié que toutes ses actions doivent être mues par la droiture et la justice, ou encore le compas, qui représente l’esprit et les gants blancs, obligatoires lors de la réunion rituelle d’une loge afin de gommer les différences entre les membres et qui symbolisent l’égalité entre eux, ainsi que la pureté de leurs intentions.

Présentés par ses membres comme club philosophique, créateur de liens fraternels, lieu de solidarité, les obédiences sont l’occasion d’échanger, de réfléchir sur des sujets de société, mais aussi de peser dans les débats politiques sur certaines questions : la loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905, l’abolition de la peine de mort et plus récemment le soutient apporté à la PMA lors d’une audition à l’Assemblée, ou encore des prises de positions sur la question de la fin de vie.

2e Prix littéraire des Rencontres Écossaises : Une sélection de douze ouvrages

Fort du succès de sa première édition qui a vu couronner Frédéric Lenoir et son livre « Jung, un voyage vers soi » (Albin Michel), le Prix des Rencontres Écossaises vient de rendre public la sélection des 12 ouvrages qui vont concourir à la deuxième édition de ce prix majeur dans le paysage spirituel français.

Le Prix des Rencontres Écossaises, créé en 2022, en association avec la manifestation éponyme et le site littéraire La Griffe (www.lagriffe.info), distingue un ouvrage publié entre le 1er avril de l’année précédente et le 31 mars de l’année en cours. Ces œuvres peuvent être des essais, documents ou biographies dont le sujet est lié à l’ésotérisme, la spiritualité, la philosophie ou la franc-maçonnerie. Les œuvres primées ne peuvent être des œuvres numériques ou auto-éditées.

Le Prix sera remis le 7 octobre prochain à Angers dans le cadre des Rencontres Écossaises. Créé en 1984, cet événement réunit chaque année 700 participants sur deux journées. Plusieurs conférenciers y interviennent sur un thème lié à la spiritualité, l’ésotérisme et la franc-maçonnerie d’inspiration spiritualiste. Pour son édition 2023, le thème choisi est : « Dire l’indicible ».

12 ouvrages sont en lice et seront analysés par un jury composé de responsables d’associations maçonniques françaises et étrangères, partenaires des Rencontres Écossaises.
La sélection 2023 est composée des douze ouvrages suivants :
• Reconquérir le sacré de Sonia Mabrouk (L’Observatoire)
• Blanc de Sylvain Tesson (Gallimard)
• Les Illuminati de Pierre-Yves Beaurepaire (Tallandier)
• Bergson, notre contemporain d’Emmanuel Kessler (L’Observatoire)
• Simone Weil. L’exigence philosophique de Philippe Guitton (Maison de la philosophie)
• Paul Ricoeur, philosophe de la reconstruction de Corine Pelluchon (PUF)
• Giordano Bruno, la philosophie et la fureur de Marion Lieutaud (Classiques Garnier)
• Vladimir Jankélévitch de Françoise Schwab (Albin Michel)
• La transparence du matin de François Jullien (L’Observatoire)
• Le multiple dans l’âme de Frédérique Ildefonse (Vrin)
• Le souffle de la raison de Christelle Veillard (Plon)
• Le dossier Pythagore de Pierre Brémaud (Ellipses)
Le lauréat sera l’invité exceptionnel du podcast « Témoignages Écossais » qui propose régulièrement des entretiens avec des personnalités et écrivains dont la pensée et les ouvrages proposent une réflexion sur le monde qui nous entoure.

Pour en savoir plus : Les Rencontres Écossaises

Les Rencontres Écossaises réunissent chaque année pendant deux journées un ensemble d’intervenants sur un thème lié à la spiritualité, l’ésotérisme ou la franc-maçonnerie. Pour son édition 2023, le thème choisi est : « Dire l’indicible » et aura comme invité exceptionnel l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan.
Visiter le site des Rencontres Écossaises

La Griffe

Le site lagriffe.info propose un partage d’émotions littéraires à travers la publication de comptes-rendus de lecture réalisés par des comités présents sur tout le territoire français.
Visiter le site

Contacts

Pour toute information complémentaire, vous pouvez contacter utilement :
Prix littéraire :
• Claude Guichard – 06 81 13 62 70
• Stéphane Demazure – 06 42 47 61 69
Rencontres écossaises
• Alain Chaize – 06 85 03 07 84
Rencontres Écossaises
renecoss@sc33office.org

Le chien guide reçoit un nom des Francs-maçons

De notre confrère anglais shropshirestar.com – Par Richard Williams Shrewsbury

Un chien guide a été nommé par la branche de collecte de fonds des maçons après que le groupe a fait don de 2 500 £ à une association caritative de Shrewsbury.

Mason le chien a reçu son nouveau nom par la Shropshire Masonic Charitable Association* (SMCA) après avoir présenté un chèque aux Shrewsbury Guide Dogs Puppy Raisers.

Masonic Charitable Foundation.

Les loges maçonniques du Shropshire ont été votées pour trouver un nom pour le chiot dans le cadre de la campagne de collecte de fonds Name a Puppy de l’association caritative pour chiens-guides.

La présentation a été faite lors de la matinée de café régulière de l’organisme de bienfaisance pour chiens-guides au Love to Stay Café à Shrewsbury, plus tôt ce mois-ci.

Worshipful Brothers, Allen Cadman et Peter Robinson, tous deux francs-maçons du Shropshire, ont remis le chèque à Lindsey Rowlands, un utilisateur de chien-guide et membre du groupe de collecte de fonds de Shrewsbury pour les chiens guides.

*En 2019, la Shropshire Masonic Charitable Association a accueilli des représentants d’organismes de bienfaisance locaux à sa journée annuelle de présentation des subventions au Freemasons’ Hall de Shrewsbury pour distribuer des dons totalisant plus de 25 000 £ (28185 €) à 39 organisations locales gérées par des bénévoles, dont beaucoup se concentrent sur les activités de collecte de fonds pour les jeunes.

14/05/23 : La spiritualité maçonnique s’invite à Toulouse  

« L’heure du partage », créée en 2015 suite aux événements tragiques de Toulouse, a pour premier objet de favoriser et valoriser le Vivre ensemble.

Elle a pour second objet d’inciter et de tendre vers un Agir ensemble, en regroupant des femmes et des hommes de bonne volonté, de différentes confessions, pensées, traditions, sagesses, et philosophies, tous désireux de servir la nation en partageant à l’unisson des espaces de vie.

Au travers de rencontres interconvictionnelles organisées, par l’échange avec autrui en respect de la diversité, L’Heure du Partage porte l’ambition d’être un outil de compréhension, de tolérance, de découverte, d’acceptation, donc d’étude, prenant pleinement en compte le principe de laïcité.

Nous souhaitons y voir rayonner pour chacun la capacité à s’ouvrir à l’autre, à de l’autre, dans toutes les spiritualités.

De la spiritualité maçonnique… Demandez le programme :

Yves-Max Viton, Grand Maître de la GLDF de 2003 à 2004.

Les intervenants : Daniel CHARTAGNAC – Président d’honneur de l’Institut Toulousain d’Études Maçonniques (ITEM) ; Françoise MOREILLON – Présidente en 2016 et 2017 de la Commission Nationale d’Histoire et de Recherche Maçonnique de la GLFF ; Brigitte NABET – Conseillère Fédérale GLFF ; Françoise SABADELL – Vénérable de la Loge Nationale de Recherche de la GLFF ; Bertrand SABOT – Ancien Membre de la Chambre Suprême de Justice Maçonnique du GODF ; Yves-Max VITON – Ancien Grand Maître de la GLDF.

Modérateur : Pierre LASRY, assisté de Serge GIROUY.

Jean-Luc Moudenc en 2016.

·       13h30 : Accueil ; visite des expositions : Le livre géant de la Laïcité – La laïcité, un art de vivre ensemble ; présentation des livres avec dédicaces éventuelles

·       14h00 : Intervention de Jean-Luc MOUDENC, maire de Toulouse, président de Toulouse Métropole

·       14h30 : Conférence suivi des échanges et attentes citoyennes

·       17H30 : Visite des expositions, présentation des livres avec dédicaces éventuelles, verre de l’amitié

Événement libre et gratuit mais sur inscription obligatoire.

Un livret de présentation sera remis à chaque participant.

Le site Web (https://heuredupartage.fr/) propose la lecture de toutes les interventions des conférenciers ayant participés à nos rencontres passées.

Le communiqué de presse

Armoiries de la ville de Toulouse.

Infos pratiques : Journée du Partage – Dimanche 14 mai 2023 de 13h30 à 18h

Espace Duranti – Salle Antoine Osète – 6 rue Lieutenant-Colonel Pélissier – 31000 TOULOUSE

Le site Web propose la lecture de toutes les interventions des conférenciers ayant participés à nos rencontres passées.

Discours du Grand Maître du GODF, au Mur des Fédérés le 1er mai 2023

Du site officiel du GODF

Discours du Grand Maître du Grand Orient de France, Georges SERIGNAC prononcé au Mur des Fédérés le 1er mai 2023

Monsieur le Maire du XXe arrondissement,
Mesdames et Messieurs les Élus,
Mes Très Chers Frères et Sœurs Conseillers de l’Ordre du Grand Orient De France,

Passés Grands Maîtres du Grand Orient de France : de gauche à droite Philippe Guglielmi, Guy Arcizet et Patrick Kessel.

Mes Très Chers Frères Passés Grands Maîtres du Grand Orient De France, Patrick Kessel, Philippe Guglielmi, Guy Arcizet, 
Ma Très Chère Sœur Amande Pichegru Grand Maître du Droit Humain, 
Ma Très Chère Sœur Catherine Lyautey Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France, 
Mon Très Cher Frère Bernard Decokker-Suarez Grand Maître de la Grande Loge Mixte Universelle,
Mon Très Cher Frère représentant Christiane Vienne Grand Maître de la Grande Loge Mixte de France qui ne peut être présente,
Mes Très Chers Frères et Sœurs Dignitaires des Obédiences amies,
Mes Très Chères Sœurs, mes Très Chers Frères,
Chers amis,

Qui nous faites l’honneur, l’amitié de partager cette commémoration,

Notre rassemblement en grand nombre, en ce lieu et en ce jour, témoigne de notre engagement commun.
Comme chaque année, depuis 1998 à l’initiative de notre regretté Très Cher Frère Jean-Michel Rosenfeld disparu récemment, et du Passé Grand Maître Philippe Guglielmi, présent à nos côtés, nous rendons hommage ici, au Mur des Fédérés, sur le lieu même de leur exécution, au courage et à la détermination des hommes et des femmes, qui ont été jusqu’au sacrifice de leur vie, pour servir leur idéal d’une société meilleure, plus juste.
 

Georges Sérignac entouré d’Amande Pichegru Grand Maître du Droit Humain et de Catherine Lyautey, Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France.


Autant par ce qu’elle fut que pour ce qu’elle a fait naître dans la conscience collective, par la brutalité de la répression dont elle fut victime, la Commune reste un épisode exceptionnel et particulier de notre Histoire.
L’empreinte de ces 72 jours reste ineffaçable dans l’Histoire de notre pays, dans celle de la République, dans celle de la franc-maçonnerie française.
 
Dans l’Histoire de France, la Commune est une des dernières et plus fortes secousses du conflit révolutionnaire de 1789. La violence meurtrière de la semaine sanglante imprègne depuis la nation de manière indélébile.
 
Dans l’Histoire de la République, elle constitue une étape déterminante de sa construction.
En effet, ces quelques semaines furent le cadre d’un soulèvement authentiquement populaire et profondément républicain, dont les lois et propositions furent le terreau fertile de la future République.
La Commune voulait bâtir une société dans laquelle une plus juste distribution des richesses serait le résultat d’une solidarité effective, une société fondée sur la philosophie des Lumières, une société qui émanciperait les êtres humains de toute tutelle dogmatique.
Il est significatif que l’un de ses premiers décrets fut celui qui supprimait le budget des cultes et instaurait la séparation de l’Église et de l’État.
Avec lui, la laïcisation de l’École, gratuite et obligatoire, assurait l’accès généralisé au savoir pour tous et toutes, l’égalité des droits des femmes et des hommes occupant une place majeure dans le programme de gouvernement de la Commune.

Bannière GODF – Devise « Unus omnibus », soit « Un pour tous ».


 
Si, selon Marx, « L’œuvre première de la Commune, ce fut son existence même », elle fut bien plus que cela.
À la laïcité, à l’égalité femmes-hommes, à l’instruction publique gratuite et obligatoire, à la primauté de la justice sociale, elle ajoutait une pratique démocratique horizontale inédite et restée éphémère, associant la population à la prise de décisions, pratique qui, un siècle et demi plus tard, trouve un certain écho aujourd’hui.

La Commune s’inscrit également de manière forte dans l’Histoire de la franc-maçonnerie française pour de multiples raisons, autant externes qu’intrinsèques. Elle reste un moment très particulier dans la cristallisation de l’interprétation française de l’idée maçonnique, consacrant son engagement dans la cité.
Dans une période qui restera exceptionnelle, la visibilité délibérée des francs-maçons dans les évènements de la Commune, traduit l’évolution propre de la franc-maçonnerie française depuis son apparition dans le sillage immédiat de la franc-maçonnerie britannique, au début du XVIIIe siècle.
Fille des Lumières, la franc-maçonnerie française sera une force active de progrès, d’abord pour l’abolition des Ordres et privilèges de l’Ancien Régime, puis en s’engageant clairement pour la République.
La symbiose entre ses racines initiatiques indépassables et son ancrage dans le réel, est le marqueur de sa singularité.
 
Cet engagement de la maçonnerie se traduit, dans la période bouillonnante de la seconde moitié du XIXe siècle, en premier lieu, par l’évolution des Loges elles-mêmes. Ainsi, les archives décrivent de plus en plus de planches et débats politiques en Loges, souvent contradictoires et même parfois très vifs.
Engagement qui s’exprime lors de la Commune par le Manifeste de Loges parisiennes, s’adressant aux deux camps pour la fin de la guerre civile, appelant à l’arrêt des combats et de l’effusion de sang. Manifeste qui avait pour devise, « liberté, égalité, fraternité, solidarité » et qui fut placardé le 8 avril 1871 sur les murs de Paris.
La volonté profondément maçonnique de rassembler ce qui est épars fut également démontrée par le déplacement officiel de délégations maçonniques à Versailles pour plaider l’arrêt de la répression sanglante. Engagement dont l’expression la plus visible est la présence avec bannières et décors dans les défilés, dont celui du 29 avril 1871 rassembla 10 000 francs-maçons et Communards.
De nombreux francs-maçons iront au bout de leur engagement au péril de leur vie, affrontant les combats et les barricades, avec, face aux fusils versaillais leurs sautoirs pour seuls boucliers, et leurs convictions pour seules armes.
Devant un pouvoir aux abois et prêt à tout, y compris le pire, tirer sur son peuple, les tentatives d’apaisement seront malheureusement toutes vaines, et la semaine sanglante comptera plusieurs dizaines de milliers de morts. Des milliers de Communards seront également emprisonnés et déportés avec parmi eux, de nombreux francs-maçons qui, pour la plupart, ne retrouveront liberté et reconnaissance que bien plus tard, en 1879, avec la République retrouvée.

Georges Sérignac, Grand Maître du GODF.

Beaucoup poursuivront alors sous d’autre forme leur engagement maçonnique et républicain.
Parmi eux, ce matin avec nos frères et sœurs des Obédiences amies, nous avons honoré la mémoire de, Georges Corneau, Félix-Aimé Pyat, Émile-François-Désiré Eudes, Louise Koppe, et Paul Lafargue, dont nous avons voulu souligner la dimension mutualiste, sociale et solidaire de l’engagement.

La solidarité est, en effet, un pilier essentiel de la franc-maçonnerie.

Elle est également féconde de l’idée républicaine, car elle est, avec la laïcité, une philosophie structurante déterminante de l’organisation de la société, résolument humaniste et installant la citoyenneté au-dessus de toutes les appartenances, religieuses, sociales, identitaires, culturelles, de sexe, de genre ou d’origines, etc.
À l’opposé du concept de la « guerre de tous contre tous » de Hobbes, la solidarité est « la République de la main tendue » selon la formule de notre Frère Léon Bourgeois, père du solidarisme, pour qui « La République est un État social fondé sur la liberté de chacun et la solidarité de tous ».
En inscrivant le principe dans la loi républicaine, se réalise l’application du concept philosophique de solidarité et la mise en place de ses modalités d’application concrètes et pratiques.
Seule la loi peut rendre effective la solidarité sociale dans la République, à l’inverse des cultes et des organismes de charité, subjectifs par nature.
« Cette loi commune à tous les hommes, celle qui commande la vertu et empêche l’injustice », décrite par Cicéron.
La Loi commune qui, en démocratie, doit refléter les aspirations de la majorité, appliquer ses volontés et respecter sa conscience
 


La solidarité est l’application collective et impartiale de la fraternité, en dehors de tout choix subjectif. Elle est la réalisation en actes et en gestes de l’Attention à l’autre, au plus démuni, au plus vulnérable et au plus faible, comme à l’opprimé. Elle est l’articulation entre l’intérêt général et la responsabilité individuelle, entre morale personnelle et collective.

La solidarité est un des éléments essentiels de la citoyenneté républicaine. L’oublier peut faire vaciller la République et ces dernières semaines dans notre pays en sont une illustration.
La prise en charge par la collectivité des retraites est un devoir social inclus dans le pacte républicain. Elle permet de concilier éthique de conviction et éthique de responsabilité.
Constituées par les cotisations des nouvelles générations, celles des travailleurs en activité, pour pourvoir aux pensions des plus anciens qui, après une vie de labeur, aspirent au repos, les retraites par répartition sont un des acquis sociaux majeurs de la solidarité.
Les affaiblir ou y renoncer serait un péril pour la République.
La résolution de cette question doit être abordée à l’aune de la solidarité dans toutes ses dimensions, afin d’être la plus juste, la plus équitable, dans son texte, dans son esprit comme dans ses modalités.
La solidarité exprime la fraternité et ne peut donc s’envisager sous l’unique angle des chiffres, qui imposent année après année leur hégémonie froide, décentrent l’humain et l’abaissent.
La solidarité organique noue et fortifie le lien social. Elle forge avec la laïcité, la conscience citoyenne démocratique,
Elle est un déterminant social essentiel qui imprègne profondément la conscience citoyenne républicaine.


En cela, elle est indissociable de la question démocratique. L’actualité l’a également démontré parfaitement.
La définition minimale contestable de la démocratie de Karl Popper, qui la limitait à la seule désignation par l’élection des gouvernants, apparaît désormais obsolète, périmée.
Une demande nouvelle d’expression populaire, une plus large distribution du partage de décisions avec une participation accrue d’un plus grand nombre aux affaires publiques, émerge de plus en plus.
Ainsi, ces dernières années, de nombreux mouvements aux formes inédites ont été les premiers indicateurs de cette tendance. Nuit debout, Occupy Wall street, le mouvement des indignés et bien sûr les Gilets Jaunes ont exprimé un désir de démocratie intégrale souligné par le refus de désigner des représentants.
Ce dernier point ayant d’ailleurs entrainé leur dissolution, car bien que la critique de la représentativité soit une constante démocratique depuis le Tiers État, il semble que même une démocratie intégrale ne puisse se soustraire à la délégation.
En cela, la Commune fut un moment démocratique fondateur et peut-être inspirant.
Alors que les pouvoirs politique et militaire étaient chassés de la capitale, une forme nouvelle de pouvoir s’organisa localement à l’échelle municipale.
Le peuple put s’exprimer dans une dimension véritablement horizontale de la démocratie, permise par une représentation particulièrement encadrée et contraignante (Mandats non libres, courts et révocables, rotation et salaires sans excès des représentants, etc.).
« Vous désignerez ainsi des mandataires qui ne se considèreront jamais comme vos maîtres ». disait l’Appel du Comité Central de la Commune de 1871 aux électeurs de Paris.

Flyer GODF.

Démocratie participative, solidarité et justice sociale, laïcité et Instruction publique pour tous, avec de manière constante et transversale, l’égalité des droits entre les femmes et les hommes, ces chantiers étaient au cœur du projet et des propositions qui jaillirent lors des 72 jours de la Commune.
150 ans plus tard, ils sont encore inachevés, et même parfois refluent. Les adversaires de la République indivisible, laïque, démocratique et sociale n’acceptent pas leur défaite. La lutte pour la liberté contre le totalitarisme est encore devant nous.
Ainsi, alors que nos générations pensaient acquise la laïcité depuis 1905, jour après jour se confirme l’obstination des cléricaux illustrée par leur affirmation notoire dès le vote de la loi dite de Séparation « Nous avons des siècles pour prendre notre revanche et nous savons que nous la prenons toujours ».
Les offensives anti-laïques, anti-républicaines d’intégristes religieux, catholiques traditionnels, islamistes radicaux ou évangélistes illuminés, se multiplient. Les attentats islamistes qui ont endeuillé notre pays en sont l’illustration meurtrière la plus tragique.

Plus insidieux, on ne compte plus les exemples d’entorses volontaires par idéologie ou doctrine, de détournements et confusions par pusillanimité, ignorance, négligence voire lâcheté, de remise en question par clientélisme électoral, qui sont autant d’attaques contre la laïcité.
Le respect des personnes est volontairement confondu avec celui des philosophies, des croyances et des idéologies, toutes évidemment critiquables et discutables en démocratie. On introduit peu à peu et subrepticement un délit d’offense pour rétablir en le masquant le délit de blasphème, inacceptable dans notre République laïque et recul majeur de la liberté d’expression. Recul que favorise une convergence avec le wokisme et la cancel culture, nouvelle forme de puritanisme et d’ordre moral, liberticides et dogmatiques.
La laïcité est prise en tenaille entre racisme et xénophobie d’extrême droite d’une part et indigénisme et islam politique d’autre part, aussi attentatoires et dangereux pour nos libertés et aussi anti-républicains les uns que les autres.
Pour servir et défendre la République que nous chérissons, nous devons nous extraire absolument de cette tenaille mortifère pour la laïcité. Ne tombons pas dans les filets provocateurs de la violence verbale délétère. Ne cédons pas à la séduction du mal et de l’emportement.
Construisons et rassemblons ce qui est épars, c’est unies que les forces de la liberté vaincront les totalitarismes, c’est unies qu’elles joueront pleinement leur rôle.
 

Bannière du GODF devant le Mur des Fédérés.


Unies, elles pourront enfin vaincre cette surprenante pesanteur qui maintient encore une influence inadéquate des cultes dans l’élaboration de la loi commune. L’actuel débat sur la fin de vie, en est un exemple saisissant.
Avec près de 90% de personnes favorables à une évolution de la loi Clayes-Léonetti, rien ne dit que nous rejoindrons prochainement les États dont la législation sur ce sujet a permis le nouveau droit donné à tous d’être maître de sa fin de vie.

Unis, nous pourrons déconstruire cette déconcertante vision de la laïcité de la jeunesse, perçue à contre-sens comme liberticide et dogmatique, ce qui est un comble.
L’augmentation continue du budget public alloué à l’École privée, financé à 73% par le public, dont l’expression grammaticale oxymorique souligne l’incongruité, façonne un système scolaire à deux vitesses, inégalitaire et discriminant, sans mixité sociale. Ce qui est à la fois une cause, un effet et un signe de l’ambigüité du fonctionnement de notre République qui se proclame constitutionnellement indivisible, laïque, démocratique et sociale.
Il ne faudrait pas que l’ambigüité précède le renoncement voire la disparition de la laïcité derrière une façade d’illusions, ce qui est déjà pratiquement le cas de l’Hôpital public.
La transmission du savoir et la formation du citoyen sont les missions de l’Instruction publique disait déjà Condorcet, et il est primordial d’en rétablir toute la grandeur, l’ambition et l’effectivité pour consolider et poursuivre l’édification de la république laïque.
C’est de l’instruction publique, du service public de l’Éducation dans son ensemble, que dépend l’avenir de la république.

Eugène Pottier (1816-1887), goguettier, poète et révolutionnaire et auteur des paroles de L’Internationale, reçoit la lumière en 1875 au sein de la Respectable Loge « Les Égalitaires », à l’Orient de New York, USA.

La république laïque dont la loi de 1905 est la clé de voûte.
 
La Commune avait écrit dans un de ses premiers décrets séparant l’Église et l’État que la liberté de conscience était la première des libertés.
Les libertés fondamentales, d’expression, de pensée et d’opinion, toutes les libertés politiques sont fragiles et menacées.
Qu’elles soient ouvertement attaquées par les totalitarismes est une évidence historique et conceptuelle.
Mais aujourd’hui, d’autres adversaires menacent nos libertés.
L’expansion de la maîtrise rationnelle, de la domination de la nature ne peut être illimitée et les risques de démesure d’une technologie sans limites au service d’une surconsommation, dépassent les frontières du vivant, nous conduisant vers un embrasement écologique dont l’échelle nous échappe, y compris dans leurs conséquences politiques totalitaires.
A une échéance plus immédiate, la société numérique et les géants qui en possèdent les commandes mettent peu à peu en place une nouvelle forme de vie sociale. Une servitude volontaire plus proche de Huxley que d’Orwell s’installe, celle du confort, du désir, de la facilité et du paraître.
Les trolls des réseaux sociaux en sont un des avatars le plus pernicieux. Giuliano da Empoli, les qualifient des « nouveaux Polichinelles du Carnaval » que décrivait Goethe, en voyage à Rome.

Devant le Mur des Fédérés, Sœurs et Frères décorés de leurs cordons, bannières de Loges déployées.


Délivrés de leurs inhibitions derrière leur écran, souvent anonymes, rassemblés en meute par les biais communs des algorithmes, soumis à la pensée binaire simpliste, du like, alors que la réalité est dans la nuance et dans la complexité, leur virtualité devient viralité.
Une viralité délétère qui répand la haine, le mal et la division. L’inverse du débat public démocratique, du respect, de l’écoute et de la tolérance mutuelle, l’opposé de notre méthode maçonnique, de notre philosophie humaniste, de notre morale républicaine.
Cette nouvelle alliance du populisme et de la démagogie, en menaçant nos libertés fondamentales, fissure les piliers de la démocratie. Gardons-nous d’en méconnaître les effets et soyons les artisans d’une utilisation émancipatrice du numérique, par l’instruction et l’accès au savoir. L’enjeu est probablement déterminant.  Il nous appartient, avec tous les républicains sincères, que ces dérives ne deviennent pas la norme qui minerait notre démocratie.
 

Sépulture du Frère Jean-Baptiste Clément (1936-1903), homme de lettres, journaliste et auteur de chansons, élu membre de la Commune de Paris, initié le 28 octobre 1898 au sein de la Respectable Loge « Les Rénovateurs », à l’Orient de Clichy et membre des Loges « La Raison » et « L’Évolution Sociale », à l’Orient de Paris.


Nous vivons une crise de la démocratie.
L’entropie de la démocratie, sa pente naturelle vers l’hétéronomie en est probablement une des causes. Castoriadis parlait d’un « enfoncement de l’humanité occidentale contemporaine comme un édifice dont les fondations se fragilisent et en cédant progressivement, risquent de le faire s’effondrer ».
Seules l’intériorisation des principes démocratiques et la pleine conscience de la responsabilité individuelle dans l’intérêt général peuvent y remédier, c’est tout le rôle et l’importance de l’Instruction publique.
C’est aussi celui de chacune et chacun d’entre nous.
 
Nous vivons une crise de la république.
Elle en a connu d’autres, sous les coups de boutoirs répétés de ses adversaires si différents et pourtant si semblables par leur vision totalitaire. Ce sont les partisans du carcan dogmatique plutôt que de la liberté absolue de conscience, les partisans de l’enfermement identitaire plutôt que de son dépassement dans la citoyenneté commune, les partisans de la soumission et de la contrainte plutôt que la liberté et l’émancipation.  
À nous de les affronter, sans haine mais résolument, adossés à nos principes, sans recul, concession ni accommodement, nos adversaires n’en font jamais.
 
La Commune, ce « Sphinx qui tarabuste l’entendement bourgeois » selon la formule de Marx portait un grand et ambitieux projet. Sa vision globale associant liberté de conscience, égalité démocratique et solidarité sociale a fait naître un souffle républicain immense que ses adversaires crurent pouvoir faire retomber et disparaître. L’Histoire a montré l’inverse.
L’engagement indéfectible de ces femmes et de ces hommes, francs-maçons ou non, pour l’idéal républicain l’a emporté.

Mur des Fédérés.


 
Ici, au Mur des Fédérés, nous, francs-maçonnes et francs-maçons du Grand Orient De France, avec nos frères et sœurs si proches du Droit Humain, de la Grande Loge de France, de la Grande Loge Féminine de France, de la Grande Loge Mixte Universelle, de la Grande Loge Mixte de France et de toutes les Obédiences amies, avec vous toutes et tous ici présents, unissons-nous et faisons le serment de poursuivre leur grand œuvre et travailler sans relâche à l’achèvement de l’édification de la République que nous avons dans le cœur, la république indivisible, laïque, démocratique et sociale, celle qui accomplira la cité heureuse.

Pour ma part, devant vous tous, ici, au Mur des Fédérés, je le promets.

J’ai dit.

Au Mur des Fédérés du Père-Lachaise,
Le 1er mai 2023,

Georges SERIGNAC
Grand Maître du Grand Orient de France 

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Crédit photos Yonnel Ghernaouti, YG

La langue des oiseaux, ou la face cachée de l’alphabet

De notre confrère crowdbunker.com

La langues des oiseaux par Patrick BureNsteinas

La langue des oiseaux est la langue des sociétés secrètes, aussi volatile que le trésor des alchimistes. Fondée sur des jeux de mots, des approximations phonétiques ou des symboles, elle se faufile dans notre langage de tous les jours.

La langue des oiseaux n’a rien à voir avec l’ornithologie : c’est la langue des sociétés secrètes, aussi volatile que le trésor des alchimistes. Fondée sur des jeux de mots, des approximations phonétiques ou des symboles, elle se faufile partout dans notre langage, des comptines de notre enfance aux mots de tous les jours. Apprendre à la décoder, c’est découvrir aux mots un double sens qui, curieusement, nous parle intuitivement. Quelque chose qui relèverait du « bon sens », une autre musique, tapie mais partout présente à qui veut bien lui prêter une oreille d’enfant.

Patrick Burensteinas, auteur du livre Un alchimiste raconte, nous emmène à sa découverte comme si l’on parcourait en sa compagnie éclairée un pays nouveau et pourtant familier. Derrière les apparences, il débusque des évidences, sautillant de similitudes phonétiques en symboles universels. Comme si l’oreille savait ce que la tête avait désappris. Se dévêtir de nos a priori étymologiques pour se risquer à ce bain de jouvence, c’est adopter une nouvelle tournure d’esprit. On pénètre alors dans une sorte de monde parallèle : celui de la langue de tous les jours dans ce qu’elle nous dit en douce. Entendez comme l’être aimant nous aimante ; écoutez ce que le mal a dit dans la maladie ; chaussez d’autres lunettes pour lire net ; persévérez, percez et vous verrez : vous verrez que le secret se crée.

Les douze chapitres sont autant de promenades autour des thèmes du quotidien : amour, santé, travail, famille, cuisine… On y butine du sens à la fois dans des noms communs, dans des noms propres et dans des expressions courantes, parfois à l’aide de clés symboliques, parfois en décomposant lettre par lettre. C’est une initiation à une poétique imaginaire qui parle au sens commun, brouille les chemins habituels et en dégage d’autres. Vous ne chantonnerez plus jamais « eau claire de la lune, mon amie pierre-eau » de la même façon…

La sagesse, un don ou un effort pour le franc-maçon ?

L’article du 4 mai Qui était le roi Salomon? suscite une réflexion sur le personnage et surtout sur la nature de sa sagesse : est-elle vraiment une sagesse pour tous ?

L’histoire de Salomon n’est pas attestée par l’archéologie. Son nom Soliman/ Suleiman/ Salomon/ pacifique, proviendrait du nom de la ville de Solime qui devint Salem/ Hiérosolyma/ Iérusalem/ Jérusalem/ ville de paix.. L’histoire de Salomon s’apparente à un mythe des hébreux raconté à partir du VIe/VIIe siècle av. J. C., depuis le petit royaume de Juda (du Sud) en concurrence avec le royaume d’Israël (du nord).

Selon la légende biblique, le quatrième fils de David est nommé Salomon par sa mère Bethsabée, et surnommé Yedidiah, le bien-aimé de Yahvé par le prophète Nathan(II Samuel ; 12,24 et 25). Or, «Il semble avoir existé, parmi les plus anciennes races proto-aryennes, une dynastie de Solymi, ou Sulieman, intitulé Rois ; il a également été découvert, parmi les ruines de Babylone, comme le nom d’un Dieu de ces anciens peuples, tandis que le vrai nom du roi Salomon était Yedediah, ou le bien-aimé de Yah. Il est donc possible que le titre ait pu être connu de manière préhistorique » (John Yarker, Arcane schools).

Selon la Bible, Salomon est sacré roi d’Israël du vivant de son père qui le préfère à son demi-frère aîné Adonias. À la mort de David, Salomon est obligé d’obéir à ses injonctions ; c’est une obligation morale. C’est en ce sens qu’il fait exécuter le chef des armées Joab et condamner à l’exil le prêtre Ébiathar. Le royaume dont il hérite est puissant et s’étend de l’Euphrate à la frontière égyptienne.

Salomon aurait régné quarante ans de 970 à 931 avant J.-C pendant l’âge d’or du royaume de Juda.

Salomon est alors connu comme hakham mikol haadam, le plus sage de tous les hommes et pourtant il commence son règne en faisant tuer son demi-frère Adonias qui ne demandait que d’épouser, par amour, Abisag, la Sunamite (une des veuves du roi David) .

«Salomon est une figure intermédiaire entre le philosophe et le prophète. Il n’est pas philosophe, car sa science n’est pas le produit d’un apprentissage long et difficile, mais un don divin. De même son orientation n’est pas théorique, mais pratique, il cherche à changer la réalité en utilisant plusieurs causalités, physique, magique, astrologique, poétique et économique. Ce n’est pas non plus un prophète, sauf en de rares occasions, car son orientation est pratique et porte essentiellement sur la politique, le commerce et les arts. Cette figure intermédiaire entre le philosophe et le prophète, entre la fortune et la providence n’est d’autre que l’idéal du leader de la Renaissance, cette sorte de magicien impliqué dans la politique, les lettres et les arts en vue de changer le visage de la cité et de manifester ainsi son caractère divin.»

Salomon bâtit aussi «sur la montagne qui est en face de Jérusalem un haut lieu pour Kemoch, l’abomination de Moab et pour Milkom l’abomination des fils d’Ammon. Il fit de même pour toutes ses femmes étrangères, qui brûlaient des parfums et offraient des sacrifices à leurs dieux». On peut en déduire que le plus sage des rois a non seulement permis aux étrangers de conserver leurs croyances, mais qu’il leur a construit des Temples pour leur permettre d’exercer leur culte. Pour cela, à sa mort, le dieu jaloux des hébreux punit son peuple.

Il est le premier à bâtir pour les Hébreux un temple en pierre (ou à l’adosser à un temple déjà existant, 1Rois 6,5). Cela fait de lui un roi prophète, un modèle de souverain aux yeux des musulmans, une préfiguration du christ aux yeux des chrétiens.

La personnalité de Salomon, son existence et sa geste, ses multiples dons de pacificateur, de constructeur, de magicien, auront été repris dans les traditions les plus variées, les domaines les plus étranges. Le fils du roi David apparaît dans les mythes du compagnonnage puis dans ceux de la Franc-maçonnerie, développés par les savants oxoniens du XVIIe siècle, comme Élias Ashmole, admis dans une loge opérative, ou plusieurs membres éminents de la Société Asiatique, au XIXe siècle (à partir de la page 250 du n°4 de 2007 de la revue L’Initiation).

La légende de Salomon peut s’articuler autour de nombre de ses mérites :

  • Un roi-sage : sa sagesse est connaissance et non savoir, miroir de la sagesse divine. Salomon introduit la  sagesse dans les écritures, ce qu’on appelle le courant sapientiel dont on retrouve l’esprit dans le Nouveau Testament. Salomon va mettre en exergue ce qu’il présente lui même comme un don de dieu pour asseoir, conforter son pouvoir ; un pouvoir théocratique, une monarchie de droit divin. Salomon fait donc un choix conscient de cette sagesse qu’il détient par don de Dieu. Pour Salomon le sage a ses yeux dans sa tête (Ecclésiaste 2,14) ; il n’appréhende la réalité qu’à travers la raison. Sa sagesse inclut celle de la Thora mais aussi celle acquise dans les connaissances profanes et les sciences. Le roi sage résout des énigmes, compose des proverbes et des hymnes. Il aurait écrit 3000 paraboles et plus de 1000 poèmes ; par exemple, parmi les livres qui lui sont attribués, La sagesse de Salomon lui octroie aussi la maîtrise de l’astrologie et des puissances spirituelles ainsi que la connaissance des propriétés thérapeutiques des plantes. Flavius Joseph, historien du 1er siècle, évoque les pouvoirs magiques du roi dans ses Antiquités juives  et va jusqu’à dire que Salomon composait ses vers à des fins d’exorcisme. Les légendes relatives à son pouvoir sur les démons sont consignées dans le La Légende de Soliman Testament de Salomon, une compilation de récits grecs datant du IIIe siècle. Des témoignages semblables ont été légués par certains auteurs musulmans.
  • Un roi-juge : Salomon démontre, s’il en était besoin, qu’il a bien reçu le don du discernement puisqu’il prouve à tous qu’il est capable de reconnaître le bien du mal. Il révèle que la conscience est bien la vraie lumière qui éclaire et que la sagesse doit être mise au service de la justice et du droit. Le jugement célèbre des deux femmes et l’enfant a un grand retentissement ; grâce à lui, la sagesse de Salomon entre dans la légende.
  • Un roi-pacifique : son nom signifie paix qui est elle-même un attribut de Dieu (Zohar, I, 46a). Il préfère les relations commerciales et diplomatiques aux opérations militaires, par exemple avec la Phénicie et l’Égypte. Grâce au commerce, Salomon noue des liens étroits avec le roi de Tyr, Hiram, qui l’aidera à édifier le Temple de Jérusalem mais aussi à construire une flotte marchande à Etsion-Gèzer (Eilat), sur la mer rouge, faisant d’Israël un empire maritime ; Salomon fournit les navires, Hiram les équipages. Salomon monopolise même certains trafics ; il vend à l’Égypte des chevaux de Cilicie et à la Syrie des chars égyptiens. C’est donc par le biais de ces échanges que s’étend la paix, la sagesse et la réputation du roi Salomon.
  • Un roi-prophète : le pouvoir ne possède aucune valeur intrinsèque et n’a qu’une fonction instrumentale ; le roi, par son exemplarité, doit devenir pour son peuple une incitation vivante au dépassement moral. Ainsi le roi est subordonné à Dieu mais aussi indirectement à ses sujets puisqu’il a un  devoir vis à vis d’eux. On peut voir dans cette conception morale très stricte du pouvoir des influences égyptiennes ; Salomon choisit comme épouse principale une fille de Pharaon. Les proverbes ont pu être inspirés par la sagesse d’Aménopé, un roi égyptien auteur d’un livre d’enseignement pour son fils.

Salomon voulait que ses proverbes soient le point de départ d’une transformation spirituelle de la société. Pour lui, le bonheur est dans le rapport à l’autre, l’altruisme.

L’influence égyptienne ne s’arrête pas à la philosophie et à l’éthique. Salomon va s’inspirer de l’administration égyptienne. C’est à ce titre que les scribes, venus d’Égypte accompagner  la fille de pharaon, constitueront l’aide technique et administrative de son royaume.

  • Un roi-prêtre ; à l’image des pharaons, Salomon est un roi-prêtre. Son autorité royale provient non seulement de sa sagesse mais aussi de son statut de roi consacré, supervisant le culte, offrant lui-même des sacrifices, bénissant le peuple comme un prêtre et prenant une part active à la dédicace du Temple, à la sanctification de la cour. Salomon a reçu l’onction, celle qui en Égypte permet au fluide magique de Ré de pénétrer dans les chairs, celle qui est nécessaire dans la poursuite de transformation dans la vie spirituelle. Au moment du couronnement de pharaon, le souverain était oint. L’onction de Salomon symbolise l’esprit de Yahvé, infusant la présence divine. Il devient l’oint du seigneur, en hébreu massiah d’où vient le français  messie.
  • Un roi-bâtisseur : Salomon construit les places fortes de Liatsor, Megiddo et Gèzer aux points stratégiques du pays. Ces forteresses assurent la sécurité extérieure et celle des caravanes de marchands. Il fonde également les cités de Beth Horon (villes hautes et basses), Baalat et Tadmor, ainsi qu’un certain nombre de cités-entrepôts afin de conserver les vivres en prévision des années de mauvaises récoltes. Enfin la création d’une cavalerie puissante l’emmène à bâtir de vaste haras et écuries au sein de ces places fortes. Il convient d’évoquer aussi les bassins, les réservoirs d’eau qu’il fait édifier voulant recréer en ce monde le jardin de l’éden. Une campagne de grands travaux est lancée dans tout le pays par Salomon qui veut réaliser le rêve de David d’aménager une résidence royale et de construire un Temple à Jérusalem. Salomon consolide le royaume de son père. Jérusalem est dotée d’une enceinte fortifiée et s’étend vers le nord. Parmi les édifications, deux constructions restent dans la mémoire le Palais du trône et le Temple de Jérusalem, appelé aussi Temple de Salomon.

Le Cantique des cantiques, qui raconte une belle histoire d’amour entre le roi Salomon et une de ses conquêtes, cache derrière ses lettres un autre poème aussi beau, mais totalement différent dans le contenu et la portée. En utilisant les méthodes classiques de la kabbale (anagramme, coupure de mot, équivalent guématrique) on découvre une autre facette du roi Salomon qui assiste dans une loge à un cours prodigué par l’architecte du Temple, Hiram, devant des «frères», maîtres, compagnons et apprentis. Il s’agit à la fois d’un cours sur le sens du divin et de conseils de comportement éthique (Albert Soued, dans une conférence en 2004).

Un Roi de la lignée Stuart fut surnommé par l’aristocratie bienveillante et partisane de «Roi Salomo » ou «Salomon d’écosse». Cette appellation de «Roi maçon» se faisait moins en regard de leur qualité de roi bâtisseur, organisateur du métier ou d’ordonnateur de la justice, qu’en revendication d’un titre de  «droit divin» dans la lignée des rois David (David Taillades HiRaM, Le mystère de la maîtrise et les origines de la Franc-maçonnerie, p. 53, Éd Dervy).

La Sagesse du roi Salomon d’après les textes

Dans le Talmud de Babylone, parmi les dix questions faites  par Alexandre le Grand aux anciens du Néguev, il en est une qui nous intéresse tout particulièrement, la quatrième question : «Quelle est la définition d’un sage demande Alexandre ?», les Anciens lui ont répondu : «le sage est celui qui prévoit ce qui advient». La sagesse apparaît ici comme déductive, le sage d’un maintenant lit l’après, par une perception rationnelle ou révélée. Dans le Pirkhé Avoth (traité des principes), l’homme sage n’est pas défini ainsi, comme sachant prévoir. Il y est appelé celui qui, en autrui, en tout homme, trouve à s’instruire.

Dans la première définition, le sage s’expose à un système de contingences historiques, celui de la deuxième sagesse résiste aux expériences du savoir pour se renouveler, ouvert à chaque rencontre.

Un roi décida un jour de construire une ville et fit le choix d’un site. Les astrologues approuvèrent l’endroit à condition qu’un enfant soit emmuré vivant et présenté volontairement par sa mère. Au bout de 3 ans, une vieille femme présenta un enfant d’environ 10 ans. Au moment d’être emmuré, l’enfant déclara au roi : «Laisse-moi poser 3 questions aux astrologues ; si leur réponse est correcte alors ils auront bien lu les signes, sinon, dans le cas contraire, ils t’auront leurré». – Qu’est-ce qu’il y a de plus léger ? Qu’est-ce qu’il y a de plus doux ? Qu’est-ce qu’il y a de plus dur au monde ? Au bout de 3 jours, les astrologues donnèrent leur réponse :» Le plus léger c’est la plume, le plus lourd c’est la pierre et le plus doux c’est le miel».  L’enfant éclate de rire et ajoute : «Le plus léger c’est l’enfant parce que, dans les bras de sa mère, jamais il ne pèse, ce qu’il y a de plus doux, c’est le lait de sa mère et le plus dur c’est pour la mère d’apporter elle-même son enfant pour être enterré vivant».  Les astrologues furent confondus et durent reconnaître leur erreur. Ils avaient mal lu les étoiles. Aussi l’enfant fut-il épargné[1].

La tradition maçonnique évoque la sagesse sous les traits du roi Salomon : « l’homme très sage » (Constitutions dites d’Anderson) ; Salomon, fils de David, célèbre pour sa sagesse (Rite Français) ; le sage roi Salomon (REAA) ; Salomon étant doué de la plus haute sagesse (RER).

Alors en quoi consiste la sagesse du roi Salomon ?

Au VIIIe siècle av. l’ère vulgaire, lorsqu’il fut installé sur le trône d’Israël, le roi Salomon, Shlomo Hamelech, se rendit à Guib’on où se trouvait le Mishbea’h Hagadol (l’Autel), avant la construction du Temple. Il y fit un rêve dans lequel le Tout Puissant s’adressa à lui : «Demande Moi ce que tu désires et Je te l’accorderai».  Salomon ne demanda ni la richesse, qu’ont les autres rois, ni un long règne ; il décida : je vais demander une chose qui inclut tous les vœux possibles et en regard de laquelle rien d’autre n’a de valeur. Il demanda la sagesse et le pouvoir de distinguer le Bien du Mal pour permettre de juger avec équité. Ceci plut à Adonai car par cette demande Salomon aspirait à ce que son cœur s’ouvrît à la compréhension du cœur de chaque homme. La sagesse lui fut accordée et son cortège de bienfaits.

À son réveil, Salomon s’aperçut qu’il comprenait le langage des oiseaux et qu’il pouvait leur parler. Ainsi couvert par la sagesse, il y a un accès à un sens qui se trouvait déjà là, sous la couche sédimentée de la différence des espèces. La sagesse permet de dévoiler de nouvelles tonalités qui échappent aux significations stéréotypées et affaiblies du quotidien (comprendre la langue des oiseaux signifie être initié).

L’enseignement talmudique de la sagesse de Salomon est évoquée par d’autres histoires racontées sous formes de contes didactiques et moralisants : les 2 femmes et l’enfant, mais aussi le serpent et le pot de lait, Salomon et le roi de Perse, l’histoire des 3 frères, celle des 3 hommes, celle du fils du riche et le serviteur, d’autres encore[2]. Il s’agit le plus souvent de la mise en scénario de la découverte de coupables, montrant que la sagesse ne s’exprime pas une fois pour toutes, mais par des actes de décision toujours renouvelés.

La Bible retient 3 livres qui auraient été écrits par Salomon : Misleî (les proverbes), Qohelet (l’ecclésiaste) et le Shir Hashirim (le  Cantiques des cantiques).

1. Misleî, les proverbes, enseigne quelles sont les qualités qu’il faut développer, en particulier, l’amour de la sagesse et la recherche en toute circonstance du juste milieu.

Le terme Misleî, traduit par proverbes, a un sens premier de «manière d’être», fait précis qui sert à confirmer. Mieux que  proverbes, «exemples» bons ou mauvais, semblerait une meilleure traduction nous dit Chouraqui. Ce qui est essentiel sous la forme qui l’exprime (proverbe, dicton, discours inspiré, parabole, poème, sentence), ce qui est essentiel c’est l’exemple à imiter ou à fuir, le fait objectif que décrit le proverbe. S’adressant à son fils, Salomon prononce un plaidoyer pour démontrer la supériorité de la sagesse sur la démence. L’opposition est constante entre ces deux voies, celle des criminels et celle des justes.

Ces écrits ont un but pédagogique. Pour la pensée judaïque le monde est cassé en deux, et il n’est pas sans conséquence de se situer dans la lumière ou dans les ténèbres… Dans ce livre des proverbes, le discernement et la discipline sont des mots au centre du discours de Salomon. Pour Salomon, la discipline, être disciple, apprendre sont : l’écoute de la parole du père et le frémissement devant Adonaï. La sagesse est, pour lui, dans la proximité d’Adonaï, dans ce que l’on pourrait appeler la stricte observance de la loi. Ainsi peut-on lire : «Au cœur qui discerne  repose la sagesse» ; «En tête de sagesse, acquiers la sagesse ; avec ton acquis, le discernement» ; «Adonaï fonde la terre sur la sagesse» ; «La face de qui discerne est sagesse» ; «En marche, l’humain qui trouve la sagesse, l’humain qui diffuse le discernement. Oui sa valeur est meilleure que valeur d’argent, que l’or fin de sa récolte.» ; « La sagesse est un arbre de vie pour ceux qui l’étreignent, ceux qui s’y appuient sont en marche».

2.  Qohelet  qui signifie «assembler» a été traduit en grec, puis en latin par ecclésiaste, mot qui dérive lui-même d’ecclesia, l’assemblée. Qohelet est rassembleur de sentences et prédicateur. Le ton et la signification profonde de l’ouvrage sont donnés par le deuxième verset qui sert de leitmotiv au livre tout entier. ! «Habel ha balim,  hakol habel», dit Qohelet, vanité des vanités, tout n’est que vanité. La traduction de Habel par vanité implique un jugement de valeur (est vain ce qui est dépourvu de valeur). Or le mot Habel est essentiellement concret, il dresse un constat : tout est fumée, le bonheur, le travail, la sagesse, la vie, l’humanité, la famille, l’argent, le rire, l’avenir, la jeunesse, les jours de l’homme ; oui tout est fumée. La pensée de Salomon est davantage métaphysique que moralisante. Il tente de décrire la condition humaine sous l’angle de ce qui se passe, sur l’état de fait indéniable, sur ce qui porte à conséquence pour la pensée et la conduite de l’homme. Le sage  est celui qui règle ses désirs sur ce qui ne dépend que de lui, pourrait dire le stoïcien. Fumée des fumées dit Qohelet, fumée des fumées, tout n’est que fumées. Il termine le livre en disant : «Et, après avoir  tout entendu, frémis d’Élohim, garde ses ordres, oui voilà tout l’humain.» On retrouve ainsi à la fin de l’ecclésiaste cette parole du père au fils qui recommande la stricte observance dans le frémissement du Mystère.

3 – Shir Ashirim, le Cantique des cantiques est rapporté à Salomon sans que l’on puisse savoir si le relatif du premier verset désigne le roi comme auteur ou comme destinataire du texte :  Cantique des cantiques àSalomon. La lecture des 117 versets qui composent ce poème révèle au moins deux plans de significations ; un plan humain où l’auteur met en scène un homme et une femme unis par l’Amour, et un plan cosmique relatif à la création toute entière. Il faut y voir aussi l’exaltation des rapports privilégiés entre l’assemblée d’Israël et d’Eter-El. Les quatre motifs qui forment la trame du poème se retrouvent en profondeur dans toute la Bible : la création, la chute, l’exil et la rédemption. Ce livre est considéré comme un chef-d’œuvre littéraire. Rabbi Aquiba en dira : «Le monde n’avait ni valeur, ni sens avant que le poème des poèmes ne fut donné à Israël».  C’est au 109ème verset qu’il est écrit : «Oui, l’Amour est inexorable comme la mort», dans la traduction de Chouraqui ;   «fort comme la mort»  dans la traduction TOB ; «l’Amour est plus fort que la mort» disent les initiés.

La sagesse de Salomon est un sujet repris par le livre pseudépigraphe du 1er s. av. J.-C., introduit dans la Bible avec le titre «La sagesse de Salomon». L’auteur, probablement un juif alexandrin, sage et fin lettré, se fonde sur l’héritage intellectuel de Platon, d’Aristote et des Stoïciens pour donner une consistance rationnelle à la pensée de Salomon. Il reprend ses thèmes pour exhorter le lecteur à vivre en sagesse.»  Aimez la Justice, vous qui jugez la terre !» ; «Pensez à Adonaï en Bien, cherchez Le dans l’intégrité du cœur » ;  «Oui, la Justice est non-mort» ; «Élohim n’aime la parole que si elle est unie à la sagesse». Ainsi l’homme sage est celui qui discerne le Bien du Mal et qui consent à la Loi. Ce texte n’a pas été retenu dans l’Ancien testament des juifs et des protestants :

Cette sagesse est-elle une sagesse pour tous ?

Pour Salomon, la stricte observance procure la sagesse. Il a dit «Car c’est le Seigneur qui donne la sagesse ; alors tu comprendras ce que sont Justice, Équité,  Droiture, Toutes choses qui conduisent au bonheur». Salomon fut exaucé en demandant la sagesse. Elle lui fut donnée, donc ses jugements étaient inspirés. Il savait ce qu’était le Bien, le Mal.

En Grèce antique, la sagesse, σοφία, Sophia, signifiant sagesse mais aussi savoir, n’est pas forcément l’apanage du philosophe mais aussi celui de l’homme avisé, de l’artisan, du scientifique, ou du législateur, en phase avec son époque.

 «La sagesse manifeste l’univers, dont le divin est le principe, la nature, l’énergie, la nécessité, la fin et le renouvellement» dit Hermès. Dans une perspective initiatique, la sagesse est une connaissance de la structure secrète de la création et des divers éléments qui la constituent, «une tension vers le savoir» comme le dit Platon. Idéal de la vie humaine, la sagesse peut se définir comme un état de réalisation qui s’appuie sur une connaissance de soi et du monde que les alchimistes recherchent dans la pierre philosophale.

«Celui-là est homme de bien qui sait unir la retenue avec l’indulgence, la fermeté avec l’honnêteté, la gravité avec la franchise, la déférence avec de grands talents, la constance avec la complaisance, la droiture et l’exactitude avec la douceur, la modération avec le discernement, l’esprit avec la docilité, et le pouvoir avec l’équité. Celui-là est, à juste titre, appelé homme sage, qui pratique constamment ces neuf vertus.» Ce texte est extrait du Chou King qui rapporte les paroles de Kao-Yao ministre du roi Chun (3e millénaire avant notre ère) !

René Guénon affirme que vers la Connaissance il y a de nombreux chemins, mais seulement un but, la sagesse.

Pour Spinoza, à la fin de son livre L’éthique, le sage est celui qui, sans se rapporter à aucun dieu, ni aucune morale dogmatique, s’attache philosophiquement à la libération de l’être, qui affirme constamment son être et son accroissement d’être, qui expérimente le bonheur à exister. Et Comte Sponville de rajouter : avec un maximum de lucidité.

L’archétype de la sagesse éternelle est à la source des idées de sacré, de surnaturel, de transcendance. Il est souvent représenté par la Lumière, et suscite une réaction de respect, voire de fascination. Il peut s’exprimer à travers les imagos du vieux maître, du magicien (Merlin), du feu sacré ou, dans un registre plus féminin, de la Mère universelle (Magna Mater) ou de la connaissance de la nature.

Si le philosophe cherche la sagesse, le sage vit en la pratiquant ; la préparation philosophique n’était pas suffisante, même comme préparation, car elle ne concerne qu’une faculté limitée qui est la raison, tandis que la sagesse concerne la réalité de l’être tout entier. Ainsi le sage meurt moins que le fou car comme l’écrit Platon dans le Timée : Lorsqu’un homme s’est donné tout entier à l’amour de la science (philo-sophia) et à la vraie sagesse et que, parmi ses facultés, il a surtout exercé celle de penser à des choses immortelles… il ne lui manque rien pour y parvenir [à l’immortalité].»

Pour Mircea Eliade, le chemin de la sagesse ou de la liberté est un chemin qui mène au centre de son propre être.

Pour Matthieu Ricard, la sagesse est comme le soleil, ses rayons en seraient la compassion indissociable.

En hébreu le mot «sagesse» (החוכמ) et «le cœur» (בלה) ont la même valeur guématrique : 37.

La sagesse est un des attributs de Dieu manifesté en Chokmah, une des séphiroth de l’arbre de vie de la kabbale. En psychologie occulte, Chokmah est associée à la perception soudaine d’intuitions fulgurantes, sous le titre d’intelligence illuminante ; la sagesse de Chokmah est la capacité à examiner la réalité à son niveau d’abstraction le plus élevé, jusqu’à être capable de percevoir ce qui en fait la vérité essentielle.

NOUS, hommes et femmes du quotidien, ne recevons pas l’illumination d’en haut ; nous recherchons la sagesse à travers des quêtes différentes et variées. Nous essayons d’aller vers plus de lumière, et nous ne pouvons que douter.

Pour comprendre l’autre, les sens sont illusions. L’intuition, le cœur nous permettent de nous approcher, de pénétrer une vérité multidimensionnelle, mais nous demeurons ancrés dans la nécessité de la réalité, la nôtre, qui sera toujours un obstacle à la compréhension objective du vrai de l’autre.

Discerner le Bien du Mal, être inspiré par un manichéisme où se condensent et s’alternent les contraires, où s’ouvre le passage d’une vision duale, ne risque-t-il pas de dévoiler une vérité virginale dure et froide ? Et pourtant c’est à son mariage avec l’âme de la révéler chaude et tendre. C’est-à-dire de faire de la justice une équité, de sous-tendre la rigueur par la miséricorde. «Il n’y a ni droite, ni gauche parce que ce n’est pas la main qui agit mais le cœur et il est Un», dit l’ange à Gita dans le livre Dialogue avec l’Ange[3]. Dans l’arbre de Vie Hesed, la miséricorde, est le vis-à-vis de Géburah, la rigueur.

La méthode d’enseignement par l’exemple, comme celle de Salomon, est-elle conforme à une démarche d’homme libre ? Imiter ou fuir un modèle, répéter, singer, copier, être homothétique ou reflet inversé n’est pas, à mon sens, une démarche d’homme libre. Nous ne sommes pas des clones psychiques; chaque histoire est unique.  L’homme libéré n’a pas de modèle préexistant, parce qu’il n’existe que par une actualisation sans cesse renouvelée de son devenir sans laquelle il n’y a pas de  perfectionnement  possible. Ni modèle ni guide «Ne demande pas ton chemin, tu risquerais de ne pouvoir te perdre» dit le cabaliste. Celui qui, cherche sait qu’il doit parfois s’écarter de la voie mais pour n’explorer que ce qui est à sa mesure. C’est son identité qui fonde son parcours. Les épreuves de la vie enseignent à tout âge.

Toutes les recherches de sagesse initiatiques indiquent une direction d’évolution, à partir du moi vers le Soi.  Il s’agit de trouver l’homme dans son être véridique en mouvement vers le meilleur de lui-même, pour atteindre un ordre éthique, qui instaurera, dans l’existence des hommes, dans leur vie privée et collective, une harmonie leur permettant de s’assembler pour partager la réalité. Non seulement parler aux oiseaux, mais accepter de vivre auprès d’eux et eux auprès de nous. Chaque être ne ressemble qu’à lui-même, et pour cela surtout pour cela, la Jérusalem céleste doit pouvoir s’ériger sur des consciences éveillées aux autres. C’est dans ses épreuves du rapport à autrui que l’homme s’éprouve et se fait. Quelque chose me pousse à reconnaître l’autre comme mon frère.  Autrui est le seul Bien qui puisse limiter mon égoïsme et ma persévérance dans le Mal. L’autre est celui qui limite en chacun de nous le «chacun-pour-soi». Le véritable Amour n’est ni dans la contrainte, fut-elle morale, ni dans la direction d’autrui, mais dans la liberté qu’on lui reconnaît et j’appellerai cela le principe d’humilité et pour cela il n’est pas besoin d’une définition a priori du Bien. Je ne suis pas bon parce que je possèderais la vérité mais parce que je rencontre l’autre dans sa singularité. «Ne le fais pas avec la tête, ne le fais pas avec le cœur, fais-le avec humilité», dit l’ange à Lili[4].

L’humilité est l’expérience  de la gratuité, du don de soi. Pratiquer l’humilité, c’est concevoir la capacité de se mettre en retrait devant autrui, de suspendre l’expansion naturelle et égocentrique de son propre être, de se taire et d’attendre, afin de donner à l’autre la possibilité de se faire, et de se dire. L’humilité est l’expérience du silence et du suspens… L’humble n’est pas un éclopé de la réussite car cela suppose d’aller jusqu’au bout de ses forces pour reconnaître l’autre, non comme négation victimaire de soi, mais comme condition héroïque où l’homme comme Dieu fait place à l’homme ? Ecce Homo ! Ma liberté ne s’arrête pas là où commence celle de l’autre, elle commence et s’accomplit là où commence et s’accomplit celle d’autrui. Ainsi le Bien ne serait que dans la relation, dans la reconnaissance de l’altérité, dans son acceptation comme irréductible. Dans cette formulation excluant l’asservissement, ou l’extase annihilant, se montre la possibilité d’une obéissance qui n’aliène pas celui qui écoute… Et alors l’enseignement de Salomon peut devenir aussi une sagesse pour un être en marche. Elle n’est plus une maïeutique, mais une herméneutique. L’autre n’a pas pour rôle de me mettre en valeur comme dans le dialogue platonicien et socratique. Le dialogue socratique n’est pas un véritable dialogue, en ce sens qu’il s’inscrit tout entier dans le postulat de l’unité de la raison comme lieu de la vérité ; même si ce lieu est à découvrir, il préexiste, il est. Le dialogue n’est qu’une ruse du logos, une forme ornementée d’une dialectique immanente. Tout se passe à l’intérieur d’une conscience ayant l’air de s’interroger et de se répondre, mais où, finalement, tout se renoue. La pensée est monochromatique d’une vérité immanente : c’est une maïeutique.

Le fait même que l’autre soit une vérité et comme le formule Nietzsche «Il existe toutes sortes d’yeux, aussi il y a en conséquence toutes sortes de vérités et en conséquence il n’y a aucune vérité», ce fait ouvre la pensée sur l’interprétation, sur le questionnement, qui est aussi une remise en question.  L’herméneutique, c’est-à-dire  l’art d’interpréter et non pas l’art de répéter, implique la suspension du jugement. L’ouverture réside dans le caractère non fixé de la réponse. Dans l’Arbre des Séphiroth, la sagesse «Hochma» contient le ma, le «quoi ?», le questionnement. Adam, en hébreu composé de aleph, daleth, mem, a une valeur énergétique de 45 ; qui s’écrit mem, hé, et peut se lire ma c’est-à-dire le questionnement. L’homme est un questionnement. La sagesse est un questionnement. La langue hébraïque, en l’absence de voyelle, peut prétendre être une herméneutique.

Mais de manière générale l’homme souhaite un monde où le Bien et le Mal soient nettement discernables, car il y a en lui le désir inné et indomptable de juger avant de comprendre. Sur ce désir sont fondées les religions et les idéologies. Elles exigent que quelqu’un ait raison.

À l’inverse, il existe un rapport au monde dans le respect; ce rapport nous l’appelons avec Emmanuel Lévinas la caresse et nous la proposons comme sagesse.

La caresse n’exige rien en matière de vérité ; car elle est fondée sur la capacité de supporter la relativité essentielle des choses humaines. La caresse incarne la sagesse de l’incertitude. La caresse est un anti-concept qu’Emmanuel Lévinas introduit en philosophie dès 1947 dans le  Temps et l’Autre. Écoutons-le : «La caresse est un mode d’être du sujet», écrit-il, «où le sujet dans le contact d’un autre va au-delà de ce contact. Le contact en tant que sensation fait partie du monde de la lumière… La caresse ne sait ce qu’elle cherche. Ce ne-pas-savoir, ce désordonné fondamental en est l’essentiel. Elle est comme un jeu absolument sans plan, non pas avec ce qui peut devenir notre et nous, mais avec quelque chose d’autre, toujours autre, toujours inaccessible, toujours à venir. La caresse est l’attente de cet avenir. Elle est faite de cet accroissement de faim, de promesses toujours plus riches, ouvrant des perspectives nouvelles sur l’insaisissable». L’homme n’est pas, mais il devient, il existe dans son altération incessante.

La  caresse n’est donc pas un savoir mais une expérience, une rencontre. La caresse découvre une intention, une modalité d’être qui ne se pense pas dans son rapport au monde comme saisir, posséder ou connaître. La caresse s’oppose à l’emprise de la griffe, du main-tenant, elle est abolition du temps. La caresse n’est pas la prise de l’être mais son respect. La vérité comme respect de l’être, voilà le sens de la vérité métaphysique écrit encore Lévinas.

Le nous qui n’est pas formé de je  distincts est l’équivalent d’un déluge noyant l’être dans une parole indifférenciée. L’arc-en-ciel qui apparaît à la fin du déluge comme signe d’alliance retrouvée, c’est-à-dire de la relation dans l’individuation, peut-être considéré de ce pont de vue comme un paradigme (un exemple représentatif et explicatif) de cette essentielle différenciation. Les 7 couleurs de l’arc-en-ciel avec toute l’infinité de leurs nuances font obstacle à la seule lumière blanche des idéologies totalitaires. Et cette alliance nous propose une philosophie de l’éthique comme primordiale par rapport à la métaphysique.

Écoutons une fois encore Lévinas qui écrit dans Totalité et Infini : «Il faut faire œuvre de justice. La droiture du face-à-face, pour que se produise la trouée qui mène à Dieu, et la vision coïncident ici avec cette  œuvre de justice». Dès lors, la métaphysique se joue là où se joue la relation sociale, dans nos rapports avec les hommes. Il ne peut y avoir, séparée de la relation avec les hommes, aucune connaissance de Dieu. Autrui est le lieu même de la vérité, métaphysique et il est  indispensable à mon rapport à Dieu. Je pense donc tu es.

Dans un mouvement de tolérance, nous dirions d’humilité caressante, qui excède le malheur, entre le Droit qui existe comme Bien a priori, mais qui ne suffit pas et l’Amour qui suffirait, mais n’existe qu’à peine, le tsadik, l’Homme Juste, tente de construire un monde universel dans lequel l’humanité parviendrait à vivre par-delà le Bien et le Mal.  L’aube de cette sagesse,  que nous pouvons tenter de vivre, est la promesse d’un temps où voici que la lumière a épousé la nuit.

En se confrontant à sa mort, lors de la cérémonie de réception au grade de maître, le franc-maçon devient le sage qui est, d’abord et avant tout, celui qui accepte sa condition de mortel, c’est-à-dire celui qui accepte d’être lui-même et de ne pas devenir un dieu, comme Ulysse refusant l’immortalité et la jeunesse éternelle que lui offrait Calypso. Pour cette vie limitée, le maître a apporté des réponses sur le sens de sa vie. Sa quête est un effort, une volonté de vérité, débarrassé de l’inutile par l’abandon du vieil homme, il vit dans l’essentiel.

La Sagesse est associée à l’Orient, lieu de provenance de la lumière naissante. Dans le symbolisme constructif, on lui affectera le Plan qui est synonyme de Loi Universelle à laquelle participe l’Œuvrier.

Pour le franc-maçon attaché aux conceptions des «Moderns», l’idée de sagesse s’appuie sur l’apologie de la raison. «On peut parler de Sagesse, on peut d’un Sage, mais à la condition de considérer la relativité des rapports entre la sagesse et les autres valeurs, du Sage avec les autres hommes et en particulier du Héros et du Saint, etc.» (Jean Mourgues, Lettres fraternelles du travail maçonnique en Loge de Perfection, p.25)

Le vrai sage, qu’il soit maçon, moine bouddhiste ou moine chrétien, ou voyageur, ou pèlerin vers le transcendant de chaque lieu, ne néglige pas d’accueillir toute source de sagesse qui lui permet de mieux comprendre son égo et le monde avec une conscience éveillée.

La sagesse ne suffit pas pour être un initié.

Au fait, qu’a pu devenir l’enfant de l’histoire babylonienne ?


[1] Inspiré sans doute par l’historien perse Ibn Jarīr Tabari qui parle dans sa chronique d’un concours de 10 questions pour connaître celui qui, parmi les héritiers, serait habilité à s’asseoir sur le trône comme successeur du roi David ; à savoir : « Ce qui existe de plus petit ? Ce qui est le plus grand ? Le plus amer ? Le plus doux ? Le plus honteux ? Le meilleur ? Le plus proche ? Le plus éloigné ? Ce qui est cause de grand chagrin ? Et le plus agréable. La réponse était : «Ce qui est de plus petit dans le corps humain est l’âme, ce qui est le plus grand, c’est le doute ; ce qui est le plus amer c’est la pauvreté ; ce qui est le plus doux ce sont les richesses ; ce qui est le plus honteux parmi les enfants d’Adam c’est l’incrédulité ; ce qui est le plus mauvais parmi les enfants d’Adam c’est une femme méchante ; ce qui est le plus proche pour les enfants d’Adam c’est l’autre monde, et le plus éloigné c’est ce monde parce qu’il passe ; ce qui cause le plus grand chagrin aux enfants d’Adam c’est l’âme qui se sépare du corps, et ce qui est le plus agréable pour eux c’est l’âme qui est dans le corps.»

[2] La Légende de Soliman et testament de Salomon d’après les chroniques de Tabari Med Ibn Djarir, Sabine Baring-Gould, Ahimaaz bin Tsadok, Louis Ginzberg, John D. Seymour

[3] Livre de Gita Mallasz

[4] Gitta Mallasz, Dialogue avec l’ange