Après Lille, Lyon, Nantes et Toulouse, et avant Marseille, Tours et Paris, l’une des plus belles villes de Lorraine, la très dynamique Nancy accueillait, les 5 & 6 mai derniers, plusieurs manifestations destinées à célébrer les 250 ans de l’appellation du Grand Orient de France.
Le conseil départemental de Meurthe-et-Moselle.
Au sein de l’ancien hôpital militaire Sédillot* à Nancy, siège désormais du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle.
La Franc-Maçonnerie entretient d’ailleurs un rapport particulier avec la Lorraine, même si elle s’implante plus tardivement dans la région, en raison notamment de la bulle d’excommunication du pape Clément XII, éditée en 1738. Une première Loge se crée néanmoins à Metz, dès 1734. Quatre ans plus tard est fondée à Lunéville la première Loge proprement lorraine, suivie après 1760, à Nancy de la création de cinq Loges (avant la Révolution) et de plusieurs Loges militaires. Quant aux Vosges, elles constitueront également une terre d’élection pour la Franc-Maçonnerie.
Pour les Nancéiens et tous les habitants du Grand Est, il s’agissait d’une belle occasion d’aller à la rencontre du Grand Orient de France, la plus ancienne obédience maçonnique française mais aussi la plus importante d’Europe continentale qui prône un engagement humaniste, initiatique et fraternel.
Un programme composé :
Georges Sérignac.
D’une conférence publique à partir de 16 h, le 6 mai, sur le thème de « La Franc-maçonnerie d’hier à demain, entre tradition et modernité », avec la participation de Georges Sérignac, Grand Maître du Grand Orient de France et de Pierre Mollier, historien et conservateur du musée de la franc-maçonnerie, créée lui en 1889 et labellisé Musée de France en 2003. Celle-ci sera suivie d’un temps d’échanges. 300 personnes étaient présentes ;
D’une exposition, accessible les 5 et 6 mai ainsi que la projection d’un film intitulé « Aux sources de la Franc-maçonnerie française ».
Pierre Mollier.
*Charles-Emmanuel Sédillot (1804-1883), est un médecin militaire et un chirurgien, précurseur de l’asepsie opératoire et promoteur de l’anesthésie au chloroforme. Il est l’auteur de la première gastrostomie chez l’homme, en 1846.
Franc succès pour la conférence.
Il est professeur au Val-de-Grâce puis à la faculté de médecine de Strasbourg, chirurgien en chef de l’Hôpital militaire et directeur de l’École de médecine militaire de cette ville. On lui doit l’invention, en 1878, du mot «microbe», consacrée par Émile Littré dans l’édition de 1886 de son Dictionnaire de médecine.
Dans son édition du 7 mai, nos confrères de L’Est Républicain, sous la plume de Frédérique Braconnot, directrice départementale adjointe, titre :
« La franc-maçonnerie fait salle comble à l’hôtel du département »
Et souligne ensuite « Au terme de deux jours de festivités organisées pour célébrer les 250 ans de l’appellation du Grand Orient de France, une conférence a réuni 300 personnes autour de Pierre Mollier, conservateur du musée de la franc-maçonnerie, Georges Sérignac, Grand Maître de l’obédience et CharlElie Couture…. »
Nancéen de naissance, le chanteur, compositeur, peintre, écrivain, graphiste et photographe franco-américain CharlElieCouture a été le grand témoin de cette belle manifestation. Il livra ce qu’il connaissait de l’art royal, tout en reconnaissant qu’il n’était pas maçon mais se déclarant volontiers « bâtisseur symbolique ».
Visuel « Petit Pigeon Voyeur ».
En prélude à la conférence, Georges Sérignac a remis un chèque de 2000 € de la Fondation du Grand Orient de France à l’association « Petit Pigeon Voyageur« *. Créé en février 2022, cette association a pour but d’apporter soutien moral et et psychologique au peuple en détresse, et dans un premier temps au peuple Ukrainien dans son pays ou en exode. Mme Chaynesse Khirouni, présidente du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, rappela en préambule « Nous partageons des valeurs et des combats communs », avant d’attirer l’attention de l’assistance sur la situation des migrants et l’impérieuse nécessité de faire acte de solidarité ».
CharlElie Couture – Photo ER, détail.
Par ailleurs, toujours dans le cadre des 250 ans de l’appellation du Grand Orient de France, la Loge Hiram, à l’Orient de Londres, accueille, le 11 mai prochain, le Grand Maître Georges Serignac. Pour une conférence publique sur la franc-maçonnerie au 21e siècle. Venez découvrir la mission et les engagements de cette institution à l’heure des défis contemporains. Une réunion qui aura lieu à 19h30, à la Queen’s Gate House (anciennement Baden-Powell House), 65 Queen’s Gate, au cœur de South Kensington, SW7 5JS. Plus d’infos sur : https://logehiram.org.uk
*Petit Pigeon Voyageur – 2 Rue de l’Ormee 54740 Vaudigny
L’Homme ne s’est pas créé lui-même. Lorsque l’imagerie occidentale nous ramène à Adam et Eve, au hasard des pages illustrées d’un catéchisme d’enfance, ou devant un tableau de musée, que découvre-t-on, en regardant bien ? Nos premiers parents n’ont pas de nombril ! De la sorte, depuis la Genèse, les successionshumaines, par définition, se reproduisent… mais ne cessent des’interroger sur leur créateur initial ! Pour dépasser ce mystère,elles ont d’abord inventé des divinités génitrices, puis du polythéisme, sont passées au monothéisme avec les religions du Livre.Autant de « productions » de leur imaginaire, autant de symboles « compensateurs » pour apaiser ce manqueexistentiel. L’Homme moderne continue de le subir et iléprouve toujours la même obsession lancinante, frustrante : celle d’un point de départ de l’univers, d’un début à connaître, et donc, d’un « comment » et d’un « pourquoi » de sa propre histoire. Le franc-maçon, la franc-maçonne, infatigables quêteurs de sens, s’interrogent évidemment de la même façon, au sein de leur monde allégorique, à partir du précité « conte fondateur ».
Le « comment » résiste encore à la science, malgré ses fantastiques avançées. Il est peu probable qu’elle réponde au « pourquoi » ?! Or, le « pourquoi », c’est la caractéristique même de l’Homme. Voilà donc, tel qu’il est, telle qu’elle est, celui, celle, qui aujourd’hui, vient frapper à la porte du temple maçonnique. Un, une profane qui, de fait, contient trois personnages : le logicien héritier de la raison et du rationalisme des Lumières, l’expert modelé par les outils de la technologie contemporaine et rompu à leur usage, et aussi, heureusement, le poète, que son imaginaire avide invite à rêver davantage, seul, ou mieux, en communauté. Parce que, à l’époque de l’avion supersonique, du TGV, de l’ordinateur et du téléphone portable, certes, les « hommes connectés » communiquent de plus en plus… mais se parlent de moins en moins ! Ce qu’on appelle « vivre ensemble » aujourd’hui correspond trop souvent à une « proximité séparée »… par bien nommé « écran » interposé, support d’un échange écrit silencieux et d’images immatérielles ! Ordinateur ou…désordinateur !
Qu’est-ce que l’Homme ?
La vie de cet homo mediaticus – primate dit supérieur – ne commence pas dans les meilleures conditions. Une imperfection de la nature le fait venir au monde prématuré. S’il naissait vraiment à terme, ce serait une catastrophe, vu la taille de son crâne et l’étroitesse du bassin maternel, due à la station debout. Accouchement signifierait mort du bébé et de la mère, et très vite disparition de l’espèce humaine ! De la sorte, depuis des lustres, pour la survie même de l’Homo sapiens sapiens, le petit d’homme, incapable de marcher, doit être assisté par sa mère et son entourage pendant de nombreux mois. Tandis que le poulain, entre autres animaux, se dresse sur ses pattes et court, quelques heures après sa naissance ! On peut ici se poser la question : qu’est-ce que l’homme, cet être inachevé ? A cette question, c’est Sénèque, le philosophe antique, qui répond le premier : « L’homme est une chose sacrée pour l’homme. »
Mais, au vrai, l’homme est-il « la mesure de toutes choses » comme l’affirme de son côté le sophiste grec Protagoras ? Avec la raison, l’intuition et l’imagination, ces trois soeurs qui se chamaillent en lui, l’homme n’est-il pas au contraire… la démesure de toutes choses ! Car enfin, qu’est-ce que l’Homme, sinon un être dont cette raison est sans cesse bousculée, mise à mal, défiée par les deux autres, ces deux espiègles poétesses, vitales mais non fiables, la pythonisse et la « folle du logis », ainsi nommées par les Grecs antiques. Certes, l’Homme doué de raison – qui ne veut pas avoir raison mais raisonner c’est celui qui, sans passion excessive et grâce à une pensée cohérente, cherche à distinguer le réel de la fiction, le bien du mal, le vrai du faux, le juste de l’injuste, le bon du mauvais.
Mais… cet Homme raisonnable doit compter également avec son affectivité, qui le rend aussi tantôt euphorique, tantôt angoissé, autant dire dominé par ses émotions, incertain, jaloux, méchant, violent – ne vivons-nous pas cette violence au quotidien ? – et dont l’intuition peut lui donner une prescience des choses, comme le soumettre à l’erreur totale. Quant à son imagination, elle fait de lui un être subjectif, prompt à la pensée magique, au merveilleux, aux signes, aux coïncidences, qui refuse la mort, se berce d’illusions, croit plus au destin qu’à son libre arbitre, et par là même se pense agi par le sort, voire les forces de l’esprit. Ainsi est l’Homme, un être à la fois multiple et incomplet, commun et paradoxal, davantage disposé, par nature, au plaisir qu’à l’ascèse, à la croyance qu’à la preuve, au désordre qu’à la sagesse… Ainsi nous sommes !
C’est peut-être après ce constat, qui sait, que celui ou celle souhaitant s’améliorer, se retrouve un jour en maçonnerie, dans le cadre des valeurs du rite choisi parmi ceux offerts. L’ère de la technologie nous fait faussement croire que la raison est aux commandes de notre psychisme et que l’intuition et l’imagination ont un rôle secondaire, voire fantaisiste ou toujours dangereux. « Si c’est la raison qui fait l’homme, c’est le sentiment qui le conduit », dit fort à propos Jean-Jacques Rousseau. Nous avons pris l’habitude de juger notre société des Hommes en termes d’actes rationnels et irrationnels. Or, on entend par « irrationnel » – avec un brin de moquerie – non seulement ce qui n’est pas explicable par la raison, mais ce qui serait faux, trompeur, illusoire, farfelu, « tordu ». Cette attitude fait ainsi bon marché de l’une des fonctions principales de notre psychisme : l’imaginaire, qui abrite en son sein notre imagination.
La puissance de l’imaginaire
Par le truchement de cet imaginaire – siège même de nos croyances – qui nous permet de nous évader de notre scaphandre personnel et d’agrandir notre espace mental, nous exprimons toute cette part « irrationnelle », difficilement contrôlable de nous-mêmes, sans laquelle nous ne pourrions pas vivre une vie riche et pleine. Nous jouons les rationnels purs et durs et, dans le même temps, indisciplinés, nous succombons à nos faims, à nos pulsions, à nos caprices, toujours nouveaux. À travers nos contemplations, nos coups de foudre, nos achats même, dits impulsifs. Un regard en forme de promesse, un concerto de Mozart, un coucher de soleil sur la plage ou une paire de chaussures en vitrine, peuvent littéralement, irrésistiblement, nous emporter. Notre vie ne serait-elle pas bien triste si elle n’était que raison, et sans les lumières de nos fantasmes, ces délicieux aiguillons du désir !
Nous sommes rationnels mais – il faut bien le reconnaître – fascinés par l’irrationalité. Qu’il s’agisse des mystères des cultes antiques, des turbulences alchimiques ou des pratiques occultistes. Autant de bains de jouvence pour notre esprit curieux, assoiffé d’aventures énigmatiques. Le succès, du Da Vinci Code de Dan Brown – vendus par millions d’exemplaires en son temps – ne s’explique pas autrement. Mais il ne faut pas mélanger les genres littéraires ! Il peut apparaître contestable, voire regrettable, que ces livres – et d’autres surfant sur la vague ! – permettent aujourd’hui au genre « polar » d’installer son théâtre au cœur de la franc-maçonnerie, au risque d’en brouiller l’image ! Or, de l’image à l’imaginaire, la distance est très courte !
Pour vivre, nous avons d’abord besoin de pain et d’eau. Mais aussi d’un passé, d’amour et de rêves. Donc de narrations et d’émotions conséquentes ! Puisque la science ne répond pas, ou mal encore, aux trois questions qui nous taraudent « Qui suis-je ? », « D’où viens-je ? », « Où vais-je ? », il faut bien que notre imaginaire espiègle compense, joue, bref, qu’il dessine des arcs-en-ciel devant nos yeux, pour enchanter le monde ! Nous sommes des êtres de désirs, de répétition et d’imitation. Dès lors, le désir de croire, au surnaturel et au merveilleux, entraîne en nous celui d’entendre, et de réentendre – de déguster comme autant de bonbons de l’esprit – des histoires, en l’occurrence, fondatrices.
Rappelons-nous notre enfance et notre propension à nous faire répéter sans fin des contes de fées, avant de nous endormir, tels Le Petit Chaperon Rouge, Le Chat Botté, ou Le Petit Poucet. Ces récits, tranches de vie insolites mises en mots, ont permis à chacun de nous, en devenant inconsciemment un héros de fiction, de se créer une mythologie personnelle. « Dis-moi quel est ton conte de fées préféré, et je te dirai qui tu es ! » affirme le psychologue Bruno Bettelheim. Qui dit mythe dit passé. Nous rattrapons ici à la fois l’interrogation de l’Homme devant l’image d’Adam et Eve. Et son grand fantasme: s’attribuer une rétrospective et finalement revendiquer une origine toujours plus lointaine ! Sur ce plan, il n’est qu’à constater le succès actuel de la généalogie familiale !
Un roman vivant
Entre naissance et mort, nous suivons une trajectoire que nous jalonnons de questions, précisément parce que nous voulons donner du sens, non seulement à la vie, mais à notre vie personnelle. Que signifie « donner du sens » ? Notre esprit veut appréhender, apprendre, connaître, découvrir la cause des choses, leur raison d’être et l’avantage de vivre. Apporter des « parce que » aux « pourquoi ». C’est le fondement même de la science. De la sorte, dans cet espace-temps dont nous ignorons encore tout et où nous vivons, nous avons inventé la durée. Comme à l’image de la nature, qui a horreur du vide – selon l’expression d’Aristote – notre souci premier est de remplir cette durée de vie. Pour tenter de gérer ce milieu spatio-temporel indéfini, nous l’avons référencé en Occident à partir d’un « instant zéro » censé correspondre à la naissance de Jésus-Christ. Puis séquencé en un immense « calendrier-agenda », rouleau historique, parfaitement artificiel, que nous déployons et structurons au fil d’années de 365 jours, en fêtes renouvelées, en dates anniversaires, en rituels saisonniers. Bref, en marqueurs du temps. Ainsi se déroule, se déplie, s’étire le sens humain au cours des diverses activités que nous avons inventées pour passer, pour occuper le temps, notre grande… préoccupation vitale !
Nous sommes reliés les uns aux autres par la grande chaîne du langage dont nous sommes dotés. Et parce ce que nous aimons raconter, c’est par le récit, répété, augmenté, renouvelé, maquillé même, au long de l’histoire humaine que nous apportons sans cesse de la signifiance aux choses de la vie. Nous pouvons même dire que le récit, sous toutes ses formes, a sauvé l’espèce humaine. Parce que son intelligence s’est heurtée et se heurte encore, malgré les progrès fulgurants de l’astrophysique, tant au mystère de l’univers qu’à celui de sa propre existence, l’homo sapiens a fini par croire à ce récit !
Puisqu’ il ne s’est pas fabriqué lui-même, il s’est donc inventé une origine, des cieux et des dieux, puis, selon les cultes, un dieu et un diable, un paradis et un enfer. Est ainsi entrée en scène, toute une « palette narrative », religieuse mais aussi profane, née de sa pensée en liberté : mythes et allégories, histoires et contes, fables et légendes, paraboles et métaphores, etc. Autant d’écrits qui ont permis la constitution de l’imaginaire maçonnique, tout au long de ses rites, lesquels s’appuient sur la variété des livres sacrés. De la Bible au Zend Avesta ! Chacun d’eux est largement composé de constructions fictives et de réalités magnifiées. Ne pouvant expliquer les mots que par d’autres mots, nous devons ainsi être conscients que nous vivons dans une fiction circulaire permanente ! Le rôle de la mythologie n’est pas de dire le vrai ou le faux, mais de décrire une réalité. Celle qui est la nôtre !
Avec ladite fiction – du « mensonge accepté » – nous fabriquons de « l’humain » ! C’est-à-dire que nous produisons par le langage, certes des chimères au sens courant, mais aussi, des possibles – tel que nous francs-maçons l’entendons – des principes, des idéaux, des projets, des buts à atteindre. L’Art Royal a ainsi contribué en son temps à la conquête de nombreux progrès sociaux (Liberté d’association, laïcité, congés payés, libéralisation de la contraception et de l’avortement, entre autres), que l’on a pu croire… impossibles. Tout comme elle montre sa curiosité active aujourd’hui pour la bioéthique, l’écologie, l’utilisation des nouvelles technologies.
Nous avons une carte d’identité qui devrait être une carte de différence ! Nous pouvons aisément constater que nos nom et prénom sont des attributions, donc des fictions, avec les histoires de leurs parcours qui s’y rattachent. Même constat pour notre date de naissance qui sort d’un calendrier conventionnel. Même observation encore pour notre généalogie et notre nationalité, qui résultent évidemment de divers mélanges. Nous n’existons que par d’autres qui vivent en nous ! Autant de destinées individuelles dans notre rétroviseur familial, autant d’évènements incertains, déformés, enjolivés, cachés peut être, qui font de notre personne sur la grande scène de la vie, un roman ! Chacun de nous est ainsi un roman vivant ! A noter ici que le mot « personne » vient de la langue étrusque, qui veut dire « masque de théâtre » !
Le passé n’existe que par nous, imaginé et raconté. De même pour le futur. Par le récit, c’est-à-dire la création, la transposition, la représentation, la transformation, le symbole, bref par la fiction, toujours ! Ce sont des outils précieux pour nous, puisque, nous le savons, c’est de la métaphore que naît le sens. Dans les bons récits romanesques, ce n’est pas le bien et le mal, ce duo simpliste et moralisateur qui est mis en avant, mais plus finement, le profitable et le détestable, l’acceptable et l’intolérable. Bref, le positif et le négatif.
Les mythes, allégories et légendes qui enrichissent nos rites et rituels – à la différence des représentations collectives, films ou pièces de théâtre – sont « incorporables », par chacun de nous, notamment dans l’intimité de la lecture. Elle nous permet ainsi, par appropriation, de mieux encore nous identifier aux héros en présence et d’en éprouver les enthousiasmes et les tourments. Que cette identification nous inspire l’empathie, la sympathie, la compassion, l’amour. Autant de vertus à même de « créer du lien » sur le chemin de l’autre. Le sens de l’existence humaine est bel et bien déterminé par notre vision du monde ! Et notre interprétation. Pour penser et agir.
Le rêve, la fiction conditionnent notre psychisme. Dès lors, gare aux fantaisies de notre cerveau inventif qui peut modifier notre discernement ! Une croyance fanatique et mortifère peut m’imposer de me ceinturer de dynamite à l’horrible fin de me faire exploser dans un autobus bondé ! Une autre, bénéfique et altruiste, peut m’inciter à devenir un donneur de sang ou de moelle régulier ! Pour ou contre la vie : A moi de choisir le bon modèle. La lumière, non les ténèbres ! Elle me commande de nuancer mes opinions. A moi d’écouter ma raison. Et de retarder mes jugements définitifs. Le doute est la certitude du maçon.
Ce n’est pas par hasard si le prestigieux Temple de Salomon, ce séculaire et fantasmatique « donné-à-penser, avec les fables qui gravitent autour, unissent, à tous leurs rites, tous les francs-maçons du monde. Peu importe si l’un et l’autre ont existé ou non ! Cette épopée de pierres – récit biblique mêlé d’hypothèses historiques -, nous permet, encore et toujours, de réfléchir de manière constructive, au rythme du sablier temporel. Parce que de la fiction – ou pour le dire autrement, de la poésie – peuvent surgir sans cesse de nouveaux sens maçonniques. Des sens novateurs, et en même temps performants. Autant de significations originales, générées par nos indispensables « pourquoi », périodiquement actualisés, et à visée créative. Il s’agit, après chaque tenue en loge, de passer du jeu intellectuel (commentaires du rite) au geste effectif (réalisations dans la cité). Ce passage à l’acte – de l’esprit à la main – renvoie à l’étymologie du mot composé « franc-maçon » : Libre de faire !
« L’imaginaire et le réel forment un tout indissociable » (Georges Duby).
Un conte dialogal écrit avec le TCF Raphaël Massarelli [1].
Ellimac. Il y a peu de jours, comme je partais de ma maison, je vis un homme de la connaissance, mon ami Ithloaèdes, je l’appelais de loin et le rejoignis. Ithloaèdes ! Je te cherchais justement pour te demander ce qui s’était passé avec Kyrios le jour où vous allèrent souper à l’académie. En t’y rendant, je t’avais entendu marmonner très embarrassé, à plusieurs reprises : Vite une question, j’ai la réponse ! Vite une question, j’ai la réponse ! On dit que toute la conversation roula sur l’origine de toute chose, et je meurs d’envie d’entendre ce qui s’était dit de part et d’autre sur ce sujet. Conte-le-moi donc, je te prie. D’ailleurs, pouvons-nous mieux employer le chemin qui nous reste d’ici à notre tenue ?
Ithloaèdes. Je te rassure sur mes prétentions. Cette histoire n’avait commencé que par une boutade ! Un jour, me promenant seul, en souvenir d’une galéjade, j’avais murmuré, en plaisantant, «Vite une question, j’ai la réponse». Kyrios, venant derrière moi, m’entendit, me mit au défi et me donna rendez-vous à l’académie pour le lendemain où je m’y rendais et c’est ainsi qu’il me questionna.
Kyrios. Tu as la réponse ? Bien, alors dis-moi, Ithloaèdes, y a-t-il une origine à toute chose ? Comment et pourquoi le monde existe et comment ce monde a la forme qu’il a ? D’où vient l’ordre sensible des choses ? Comment a pu émerger, à partir de rien, une organisation de l’énergie, de la matière et du vivant ? Comment peut-on connaître la vérité ?
Ithloaèdes. Tu es bien généreux et libéral, mon ami : je ne demande qu’une question simple, et tu en donnes une variété ; une seule aurait suffi. Alors, disons que si ta première question est : comment comprendre la constitution d’un système complexe à partir de rien, ma réponse est : on n’est pas sûr de savoir comment cela se passe. La quête du début de toute chose, celle que les physiciens désignent par Big-bang, est une grande affaire scientifique, non encore élucidée.
C’est pour cela qu’on l’appelle théorie du Big-bang car ce n’est qu’un ensemble de notions, d’idées, de concepts abstraits, de tentatives de répliques mathématiques de l’univers qui demandent continuellement à être confirmés. De manière simpliste, certains physiciens considèrent que le Big-bang est une singularité, une chose étrange pourrait-on dire, que nous sommes résignés à tenir pour un grand mystère. En effet, sur ce qu’il y avait avant la singularité qu’est le Big Bang, pourrait commencer le débat sur l’éventualité d’un Dieu créationniste, sur un principe organisateur tel qu’on le retrouve avec le Brahman principe de toutes choses, le démiurge de Platon, le premier moteur immobile d’Aristote, le logos des stoïciens, le grand horloger de Voltaire, le dieu nature de Spinoza, et même le GADLU.
Kyrios. Je t’arrête, mon ami, laissons plutôt aux théologiens le soin de dire comment on va au ciel et aux astrologues le soin de dire comment va le ciel. Revenons sur terre et laisse-moi poser une question autrement. Comment peut-on penser l’émergence de quelque chose, à partir de composantes qui avaient au départ des propriétés totalement différentes les unes des autres ? En somme et pour exprimer cela d’une façon plus simple : on dit que le tout est davantage que la somme des parties qui le constituent, sais-tu si cela est vrai ?
Ithloaèdes. C’est tout à fait exact, c’est une manifestation des systèmes physiques connue depuis plus d’un siècle. Scientifiques et sociologues ont démontré qu’on ne peut pas se contenter de comprendre la nature à partir de chacun de ses éléments constitutifs pris individuellement. Comme un fameux physicien français (Poincaré) aimait à dire dans ses cours de Physique : «une maison est faite de briques, mais un tas de briques ne fera jamais une maison !». Cela veut dire qu’on ne peut pas se contenter de comprendre la nature à partir de la connaissance de ses éléments les plus simples, car on ne donne, ainsi, qu’une vision très approximative de la réalité du tout. En somme, c’est le contraire de la démarche réductionniste analytique qui accepte, conformément à la méthode que proposait Descartes, de réduire le tout à ses parties, pour mieux le comprendre.
Kyrios. Veux-tu dire que devrions-nous cesser d’être cartésiens ?
Ithloaèdes. Peut-être ! Pour un nombre croissant de scientifiques en tout cas, le réductionnisme est une entreprise qui risque de reposer sur une erreur de conception fondamentale. Au plan d’une vision générale sur l’Univers, le concept de l’émergence ne permet pas de comprendre immédiatement pourquoi le monde est ce qu’il est, et moins encore ce qu’il deviendra. Il permet juste de comprendre qu’aucune théorie réductionniste ne permettra jamais d’analyser et reproduire la complexité du monde.
Kyrios. Pour comprendre cela, faudrait-il, alors, revenir à la possibilité d’utiliser une vision «holistique» de la complexité du Tout. C’est-à-dire une vision d’ensemble, globale qui admet qu’il faut essayer de comprendre la totalité produite par composition de ses simples constituants ?
Ithloaèdes. Je pense que ce serait une possibilité, par exemple : si on fait un tas avec 9 briques, son poids se réduit à la somme des poids de chaque brique, il n’y a pas d’émergence. Mais prends une miche de pain, il est facile de voir que celle-ci possède des qualités qui ne peuvent être considérées comme la somme de ses ingrédients ; sa texture est totalement différente de celles de ses composants, blé, eau, sel, levure, feu… avant leur mélange. La miche est une émergence. Les propriétés émergentes du pain proviennent de l’interaction entre ses ingrédients et le pain qu’on obtient est bien plus que la somme de ses constituants essentiels. La nature du vivant ressemble plus au pain qu’au tas de briques. Si nous regardons un organisme vivant, celui-ci est, évidemment, plus que la somme de ses organes.
Un autre exemple : Prenons une molécule d’oxygène, qui compose la plupart des substances. Si nous prenons une bouteille remplie d’oxygène pur, non mélangé à une autre substance, elle semble vide, l’oxygène est invisible à l’œil nu, inodore et au poids négligeable. Il en est de même pour l’hydrogène. Cependant quand on met ces deux éléments ensemble, ils se transformeront immédiatement en liquide visible, en eau qui, elle, aura un poids.
Kyrios. Cela veut-il dire que le monde est constitué par des strates imbriquées d’émergences et pour les comprendre, il suffirait d’admettre qu’un niveau est constitué à partir d’éléments du niveau précédents lorsque ceux-ci s’organisent et s’intègrent ensemble pour donner quelque chose de nouveau, en d’autres termes pour créer quelque chose en plus d’eux-mêmes ?
S’il en est ainsi, alors on peut comprendre pourquoi la pierre qui constitue la clé d’une voûte n’est pas une pierre comme une autre car, en fermant la voûte, elle la solidarise, la constitue en un tout qui tient. Elle crée la voûte dans sa relation d’équilibre des forces avec les autres pierres en tant que structure architecturale dans laquelle il suffit d’enlever une pierre quelconque pour que l’édifice s’écroule et devienne un tas de pierres.
De même aucun élément d’un circuit ne vaut grand-chose en lui-même par sa matérialité, mais, le fait de se fermer, comme dans une chaîne d’union, de faire cercle ensemble, assure la continuité et établit, dans ce cas, la circulation d’un flux d’émotions, d’échanges entre FF et SS. Ce qui émerge à ce stade c’est donc la totalité comme telle, qui vaut bien plus que la somme des éléments du circuit.
Ithloaèdes. Certes, toutefois, on considère qu’il y a émergence dès lors que les ensembles constitués par cette organisation complexe sont stables et qu’ils ont des propriétés propres, différentes de leurs composants antérieurs. L’émergence peut donc se définir par rapport à l’idée d’une organisation du monde selon des degrés de complexité croissante, succession qui ne peut être réduite à ses degrés élémentaires. Maintenant, il faut se représenter l’immense champ des technologies émergentes et convergentes, aujourd’hui disponibles susceptibles de fournir des briques pour la construction d’êtres artificiels, jusqu’à des populations de robots dotés de propriétés absolument inattendues et qu’on prétend qu’ils pourraient dépasser en intelligence les humains. Mais cela reste, aux yeux des scientifiques, un rêve romanesque fou et cependant non des moindres, les européens et les américains s’y investissent déjà.
Kyrios. Que le grand cric me croque et me fasse avaler ma barbe ! Comment apprécier ce monde robotisé dont tu me parles au regard du progrès humain que cela pourrait apporter.
Et maintenant, en admettant une complexification croissante d’un niveau à un autre, je me demande ce qui se passe dans le vivant. Comme on le sait, nous sommes constitués des mêmes atomes que la terre et les étoiles, mais comment ces éléments se composent-ils pour constituer la vie ? Est-ce un résultat de la complexité ?
Ithloaèdes. On peut en effet expliquer la vie ainsi, une complexité de relations entre les atomes qui forment des molécules, qui forment des cellules, qui forment des tissus, des organes, des organismes. Et tu peux même observer ces effets de la complexité au cours de l’évolution à des niveaux surprenant comme par exemple celui de la conscience.
Ce concept, peut être appliqué au vivant et observé au cours de l’évolution des espèces. La plus simple forme de vie est donnée par les bactéries et les protozoaires. Ces dernières sont des cellules qui vivent comme des individus dotés de mini-consciences car elles peuvent réagir à l’environnement qui les entoure.
Au cours des millénaires, des cellules semblables aux protozoaires ont formé des colonies, puis des individus plus complexes où les cellules se sont spécialisées en des fonctions diverses. De sorte que leur ensemble, suivant le théorème de Bose-Einstein donne, à partir de nombre de cellules différentes, un seul individu qui aura une seule conscience et non plus un ensemble de mini-consciences.
Cela peut évoluer et se complexifier jusqu’à la conscience humaine, qui, sur Terre, est l’exemple le plus complexe du vivant. Ainsi, d’organismes primaires capables de réactions élémentaires, on arrive à des organismes qui peuvent écrire et déclamer l’Iliade ou le Mahâbhârata.
Voici comment une conscience peut émerger d’un ensemble d’atomes.
De même, les robots, que j’ai évoqués plus haut, modifieront probablement l’homme lui-même ; ils pourraient donner lieu à des prothèses dont certaines sont déjà utilisées en chirurgie réparatrice, voire dégager une certaine autonomie. L’émergence renvoie à un monde qui n’est pas figé, un monde en évolution dans lequel de nouvelles formes d’existence peuvent apparaître.
Kyrios. Si je comprends correctement ton raisonnement sur l’émergence de la conscience, j’aurais envie de dire que l’existence même de l’homme pourrait avoir modifié tous les niveaux antécédents. Il y a, par émergence, formation d’une hiérarchie de niveaux d’organisation, mais l’ensemble ne forme pas un monde stratifié. Il s’agit plutôt d’une imbrication, car les niveaux ne sont pas disjoints et empilés, mais comme internes les uns aux autres et interactifs entre eux. Par exemple, la nature, au sens large, qui a permis l’émergence de l’homme s’en est trouvée profondément modifiée par lui. Alors, en cascade, on remonterait à la modification du niveau primordial du Big Bang et en allant encore au-delà, le GADLU lui-même serait potentiellement modifiable par nous en le faisant évoluer à notre image ! D’ailleurs, la kabbale, me semble-t-il, explique que le Nom de Dieu lui-même est abimé chaque fois que le mal est fait volontairement.
Mais dis-moi, Ithloaèdes, tous ces nouveaux concepts dont tu viens de me parler, s’approchent-ils de la notion de réel, nous découvrent-ils un autre côté du visible ?
Ithloaèdes. Des changements ont bien eu lieu en ce sens, ils concernent l’extraordinaire avancée technologique que nous sommes en train de vivre. Ils sont essentiellement dus à une série de découvertes faites en physique il y a un siècle, d’abord par Einstein avec sa théorie de la Relativité, puis par plusieurs physiciens qui ont développé ce qu’on a appelé la mécanique quantique et puis la physique quantique.
Celle-ci décrit, dans le temps et l’espace, la structure et l’évolution des phénomènes physiques à l’échelle de l’atome et même en-dessous, à l’échelle subatomique. Je te rappelle qu’il y a autant d’atomes dans un verre d’eau qu’il y a de verres d’eau dans l’océan. La partie la plus petite de l’existant serait, par convention, un quantum, un quelque chose. À l’observation, si on la grossissait à l’échelle du système solaire, elle aurait la taille d’un arbre. Ce monde quantique ne peut pas être décrit dans les termes de temps et d’espace de la physique de Newton, celle de la mécanique, du mouvement, de la masse, de la force, de l’énergie, etc.
Au niveau de l’atome nous savons qu’il y a un monde qu’on a considéré depuis le départ comme bizarre et applicable seulement à l’infiniment petit, avant que l’on ne se rende compte, dans les années 1970, qu’on pouvait l’appliquer aussi à l’infiniment grand, à l’étude de l’origine de l’univers.
Dans cette physique, les objets quantiques sont comme des fenêtres ouvertes sur quelque chose dont on ne peut rien dire en termes littéraires. Je te donne un exemple avec le principe de superposition quantique. Ce principe énonce qu’une composante élémentaire d’un atome, appelons-la particule, peut être localisée à deux, et même plusieurs, endroits en même temps. On dit que la particule est à la fois ici et là-bas, on utilise aussi le terme plus explicite d’intrication
Pire encore, une telle particule quantique se présente sous deux états simultanément. Elle est particule, c’est-à-dire elle a une masse, un poids, et au même temps elle est une onde, c’est-à-dire de l’énergie. Elle est en somme dans un état qu’on a aussi défini de superposition.
On appelle cette onde-particule, ondicule. Elle peut rester sous cette forme indéfiniment, tant qu’elle n’est pas observée. Il suffit, en d’autres termes que quelqu’un l’observe pour qu’elle devienne soit exclusivement onde, soit exclusivement particule. Une onde est comme une vague qui se déplace, qui transporte de l’énergie, sans transporter de matière avec une fréquence vibratoire.
Kyrios. Puisque notre corps biologique ne nous permet d’accéder qu’à une gamme limitée de fréquences vibratoires, veux-tu dire que les observateurs créent un réel qui ne serait qu’une vérité partielle ?
Ithloaèdes. Oui, mais… Au début de la physique quantique, on pensait que l’observation devait être humaine et donc représenter le résultat d’une conscience. Mais plus récemment on s’est rendu compte que l’observateur ne doit pas nécessairement être un humain. Il semblerait en effet qu’il suffit qu’une autre particule ou une onde «observe» une autre ondicule pour que celle-ci devienne onde ou particule… Cela semble démontrer que les ondicules ont une certaine propriété que l’on pourrait définir de miroir de conscience.
Kyrios. Mille millions de tonnerres de Brest ! Ce que tu me dis est incroyable ! Explique-moi en quoi ce monde quantique peut-il exister car je ne le vois pas, comment pouvons-nous dire que cette table que je regarde est faite comme tu me dis ? Il y a là quand même un grand mystère qui tiendrait à la nature énigmatique des ondicules avant que l’on ne les observe ; ton électron, par exemple, qui est une ondicule, avant qu’on ne l’observe, peut devenir particule à l’observation, c’est-à-dire de la matière ?
Ithloaèdes. Oui, c’est bien ainsi et vice-versa une ondicule peut devenir une onde. Cela est effectivement mystérieux. Et pourtant même Einstein, qui défendait l’existence d’une réalité indépendante de l’observation, a fini par admettre que l’ondicule est selon ses termes un «champ fantôme», son existence n’est pas réelle au sens où nous l’entendons. Ce serait ce que l’on a appelé un champ de force.
Kyrios. Tu veux dire que la réalité s’actualise seulement sous l’effet de l’observation d’une conscience ? La conscience de chaque individu serait alors responsable de sa propre réalité et chacun la construirait comme un tunnel à travers ce mystérieux monde d’interactions quantiques.
Ithloaèdes. Et oui, c’est ce qui faisait dire à Eisenberg, l’un des fondateurs de la mécanique quantique : «Ce que l’on observe n’est pas la nature en soi, mais la nature telle que l’expose notre méthode pour interroger» et il ajoutait «que l’interaction entre l’observateur et l’objet provoque des changements conséquents et incontrôlables qui modifient le système observé». En d’autres termes ce qui importe ce ne sont pas «sujet et objet», mais la relation qui s’établit entre eux.
Kyrios. J’imagine combien cette théorie peut paraître absurde. Elle l’était, en tout cas, pour Einstein qui posait cette question, avec un pincement d’ironie : «La lune existerait-elle quand même, si personne ne l’observait ?» Il ne savait pas le grand physicien que même un photon est doté de connaissance et que….. mais oui, mais c’est bien sûr ! L’univers entier est conscient et il s’observe en permanence ! C’est pour cela que les diamants existent au plus profond de la terre avant d’être découverts, que les poèmes ou la peinture ou la musique existent de tout temps dans l’attente de leurs auteurs. Si je comprends bien, c’est par cette observation, ou permets-moi de dire cette conscience universelle, à laquelle appartiennent la lune, les diamants, toi, moi aussi, qu’est extraite la totalité de notre réel de tout ce qu’il aurait pu être.
Mais continue, je t’en prie, dis-moi autre chose sur la nature de ce monde quantique.
Ithloaèdes.Premièrement, c’est un monde peuplé à 99,9% de vide ! Dans les atomes, entre le noyau et les électrons qui lui tournent autour il y a tellement d’espace que l’on peut affirmer que les atomes sont essentiellement formés de vide. Cela d’ailleurs se reproduit à bien plus large échelle dans l’espace cosmologique. De plus, la matière n’est en réalité qu’une forme d’énergie, il y en a même tellement que certains scientifiques affirment qu’il y a plus d’énergie dans 1 cm3 d’espace vide qu’il n’y en a dans toute celle que nous appelons matière de l’Univers !
Kyrios. Génial ! Une partie de cette énergie pourrait donc devenir une énergie utilisable. Elle constituerait alors une source d’énergie propre et renouvelable, comme celle du vent ou du soleil.
Ithloaèdes. Des recherches très sérieuses sont faites en ce sens, on parle d’énergie libre. Mais poursuivons avec le quantique.
Deuxièmement, une ondicule est à la fois présente en tout point et nulle part, son existence est alors définie en termes de «champs de probabilité». On entre alors dans un monde de quasi science-fiction, puisque cette onde est présente jusqu’à dans des milliers d’endroits en même temps !
On dit que l’onde est dans un état superposé, à la fois ici et là-bas. Toutefois l’observation va arrêter cette dispersion. Seulement des consciences peuvent être des observateurs. Sans cette conscience, il y aurait cette superposition de possibilités en expansion. Chaque conscience crée ce que tu appelles son tunnel de réalité, parmi tous ceux probables, mais ce n’est pas la Vérité. C’est dire qu’une observation, ce qui revient à mettre de l’information sur quelque chose, extrait cette chose de toutes ses probabilités d’être pour la rendre matériellement existante dans le monde macroscopique, à savoir le nôtre.
Troisièmement, contrairement à la théorie d’Einstein selon laquelle rien ne peut se déplacer plus rapidement que la lumière, on sait aujourd’hui que l’espace dans lequel est contenu notre univers s’épande à une vitesse supérieure à celle de la lumière.
Quatrièmement, prenons deux particules créées en même temps. Selon le principe d’intrication dont je t’ai parlé, si on en expédie une extrêmement loin de l’autre et si on lui fait quelque chose, c’est-à-dire si on l’observe ou qu’on la manipule, l’autre réagira à l’instant même en se présentant dans le même état résultant. On peut en conclure que, soit l’information peut voyager à une vitesse instantanée, ce qui est considéré en l’état de la science comme impossible, soit les deux particules sont toujours connectées. La conclusion est que tout reste très probablement en contact.
Kyrios.
Ce qui m’intrigue, c’est qu’il n’y a donc pas d’évolution dans le monde quantique puisqu’il exclut le temps ; on pourrait dire qu’il n’est, n’a été et ne sera toujours qu’en termes de potentialités réalisées ou pas. Dans ce monde quantique, alors, paradoxalement, il ne peut y avoir d’émergence puisqu’il n’y a pas d’avant, ni d’après, seulement une actualisation de la création par des consciences qui ne sont pas qu’humaines ?
Ithloaèdes. Si, il y a un avant et un après, puisque il y a eu, selon la théorie, un moment zéro ! On est arrivé à connaître l’âge de l’Univers à un millionième de milliardième de seconde après le Big Bang. Donc il devrait y avoir eu un avant et un après.
Kyrios. En définitive il faut jongler avec deux mondes, celui d’Einstein qui régit les objets massifs (mondes, étoiles et galaxies) et où le temps peut changer comme changent les trois autres dimensions, et celui de l’infiniment petit (immédiatement après le Big Bang) où il y a eu une soupe quantique, dont on ne sait rien sauf que tout était et n’était pas ; un monde incompréhensible.
Ithloaèdes. La science n’a pas résolu la compréhension de ce passage. Mais surtout les particules de la matière originale qui a émergé du Big Bang, bien que dispersées dans l’accroissement de l’univers, sont restées en contact, ce qui voudrait dire que les particules qui nous composent, nous les humains, sont toujours connectées à toutes les autres particules de l’univers, que tout n’est que UN.
Kyrios. Cela me semble déranger les lois, les observations et les philosophies. Ces différents mondes emboités n’existeraient pas indépendamment les uns des autres, de manière inséparable. Et si je comprends bien, les divers niveaux de la matière, de la vie, de l’homme et de la société interagissent sans cesse entre eux. C’est pourquoi Max Planck a pu dire : «Il n’y a pas de matière comme telle. Toute la matière est originaire et n’existe que par la vertu d’une force qui entraîne les particules d’un atome à vibrer et qui soutient tout ce système atomique ensemble. Nous devons supposer derrière cette force l’existence d’un esprit conscient et intelligent. Cet esprit est la matrice de toute matière».
Est-ce bien ce que cela implique ?
Ithloaèdes. Oui, d’ailleurs, depuis fort longtemps pour la philosophie orientale, la nature est un continuum, il n’y a pas de différence entre matière et énergie. Dans cette approche intellectuelle les opposés ne se détruisent pas mais essaient de s’accorder, de se compléter et de ne faire qu’Un. Le Taoïsme enseignait déjà que le deux devient trois, en ne considérant que le rapport qui existe entre les opposés. L’ensemble est ce que l’on nomme le «Un», le Tao. Enfin et pour éclaircir cela, le dialogue qui s’installe entre les opposés, le Yin et le Yang par exemple, ne peuvent se révéler que par leurs échanges. D’où la conclusion philosophique que les opposés existent et n’existent pas, qu’ils sont dans des états superposés au sens quantique.
La pensée occidentale, quant à elle, raisonne trop souvent en termes de dualités, par exemple le bien et le mal, la lumière et l’obscurité, le blanc et le noir, l’être et le non-être, et cætera. Elle est, ainsi, incapable de comprendre que le deux forment le Un.
Relation, trame, tissu voilà comme on peut voir le monde, un ensemble intriqué de fils formant un tissu multidimensionnel au dessin d’une extraordinaire complexité. Et cela est le tout et en même temps le Un.
Kyrios. Donc, si je comprends bien cet Univers, ce monde dans lequel nous vivons représente le Un ?
Ithloaèdes. Pas tout à fait, car il est arrivé un instant après le début du Big Bang, on peut donc se poser la question qu’y avait-il avant le Big Bang ?
D’un point de vue philosophique, le Un doit inclure tout ce qui existe dans notre espace-temps comme dans les autres univers que certains imaginent et dans ce qui les contient, car il doit bien exister un contenant. Il suffit d’imaginer que, si la théorie du Big Bang est correcte, au départ, au temps zéro de la vie de l’univers, celui-ci, sa masse et son énergie étaient contenues dans un point dont la masse était énorme et la dimension équivalente, peut-être à celle d’un petit pois. Puis l’explosion et l’inflation qui suivirent formèrent l’univers que nous connaissons. L’unité forma le tout. Cela veut aussi dire que nous sommes en contact encore avec ce tout car tel que nous le voyons l’univers est Un, c’est la science et la philosophie qui nous le disent. Le Un est avant le zéro cosmique.
Mais laissons de côté maintenant cet étrange ballet entre philosophie et physique, car j’ai envie, à mon tour, de te poser une question : Est-ce que le temple maçonnique, en tant que représentation du cosmos, offre des symboles qui nous mettraient sur la voie d’une telle analyse ?
Kyrios. Bien sûr, tout le temple lui-même et, dans le temple, tous les symboles de la dualité et ceux du ternaire montrent, à l’évidence, une vision de la complémentarité des contraires et de leur coïncidence dans l’unité.
C’est l’enseignement majeur de la formation de l’apprenti. Le monde ne peut nous apparaître que sous une forme duale, mais son unité est à rechercher avec le 3. Prenons l’exemple du pavé mosaïque : il est la réconciliation des deux extrêmes que l’ont peut nommer ténèbres et lumière, bien et mal, blanc et noir, Dieu et Diable, infini négatif et infini positif, et, même, masculin et féminin. Toutefois, parmi les nombres présents dans le Temple qui se donnent à voir, à entendre ou à pratiquer, le nombre 3 paraît le plus utilisé de tous, il est représenté par une multitude de symboles : les trois grandes lumières, les trois piliers lorsqu’ils sont présents, les trois pas de l’apprenti, les coups de maillets, les rythmes d’acclamations, etc. Ce trois est un nombre d’énumération. Cependant, seul le 3 en tant que ternaire, rétablit ce que le 2 a troublé en tant que dualisme, en tant qu’opposition, pas le 3 en tant que dénombrement. En fait, seul le ternaire fait davantage : le passage du 2 au 3 permet de dominer le dualisme, de l’effacer même, non en le niant, mais en le ramenant à l’unité préexistante dans un mouvement ascensionnel ; ses formes symboliques seraient ce qui se présente comme opposé avec, par exemple le pavé mosaïque, comme complémentaire avec les 2 colonnes, la lune et le soleil et, bien sûr, comme triangulaire avec le Delta lumineux.
Ithloaèdes. Alors le delta lumineux pourrait également évoquer le quantique, dans ce cas l’œil serait l’idée de l’observation ?
Kyrios. Pourquoi pas puisque le triangle, pointe en haut, est ce que l’on appelle une triade, c’est-à-dire l’unité qui se donne à voir dans sa manifestation duale et les échanges entre tous ses composants, en somme le Un et le Tout, son émergence. Le point unique du haut du triangle est l’unité d’où tout procède ; tout est de la même essence que lui. Le sommet serait le Un, non pas le nombre mais le principe, qui précède et contient le zéro cosmique du big bang. Déjà pour Pythagore, le sommet d’un tel triangle est dit le père, le côté gauche est la duade, la mère, le côté droit représente le fils que l’on retrouve comme époux de la mère dans beaucoup de cosmogonies. La base est l’univers réalisé en ce que l’on peut imaginaliser en père-mère-fils dans le monde phénoménal et, en même temps, unifié dans le monde primordial de l’unité. Par la perception symbolique d’une unique origine qui ne se différencie que dans la perception humaine, le franc-maçon peut s’attacher à voir plus loin qu’avec le seul regard manichéen du profane, cessant de se soumettre à toute affirmation moraliste ou dogmatique.
Ithloaèdes. Le triangle pointe en bas, est aussi un ternaire, son symbolisme diffère-t-il ?
Kyrios. Le triangle pointe en bas peut être interprété, dans une visée mystique, comme un retour à l’unité, le chemin pour s’unir au créateur. Mais c’est aussi deux termes préalables qui génèrent un troisième terme, une sorte d’émergence comme dans le ternaire «thèse, antithèse, synthèse». Le troisième terme généré est une affaire d’interprétation personnelle. Je dirai que ce sont des tunnels de réalité (au sens où on les a définis) alors que le triangle pointe en haut est un universel.
Ithloaèdes. Alors, l’origine verbale du mot «symboliser», «reconnaitre, mettre ensemble, assembler» se situe dans le contexte du ternaire ? Car, n’est-ce pas une façon de retrouver l’unité sous-jacente avec ce qui est épars ? Par exemple, la réalisation de ce que nous appelons l’égrégore ne fait-elle pas émerger une structure d’unanimité, quelque chose comme un essaim ? L’égrégore, perçu du point de vue quantique, pourrait très bien n’être que la manifestation spirituelle de l’intrication de nos particules avec celles des FFø et SSø mais aussi avec celles de tout l’univers, cela est montré visiblement par l’entrelacement de la chaîne d’union, en tout cas c’est une hypothèse.
Kyrios. Si tous les êtres ne cessent jamais d’actualiser l’Unité, par contre, ils perdent de vue ce rattachement. Le symbole nous permet de comprendre que, quel que soit le sens du mouvement, à l’ensemble, préside l’Unité ou le retour à elle. Leur connaissance s’est obscurcie, d’où par exemple la souffrance et les erreurs sur la prétendue «autonomie» de l’individu. Ce qui est appelé «mental», c’est le monde mouvant, intermédiaire entre le corps terrestre et l’esprit de nature universelle : il est fait des échanges de nos émotions, de nos imaginaires, de nos pensées que nous avons avec l’univers et avec nous-mêmes, il est appelé aux métamorphoses et aux transformations. J’ai l’impression que Platon avait dit la même chose dans son Théétète, dans ce passage où il montre que la perception que nous procurent nos cinq sens ne peut accéder à ce qui est. Il écrivait : «C’est dans leurs approches mutuelles que toutes choses naissent du mouvement sous des formes de toutes sortes, car il est impossible de concevoir fermement l’élément actif et l’élément passif comme existant séparément, parce qu’il n’y a pas d’élément actif, avant qu’il soit uni à l’élément passif… Il résulte de tout cela que rien n’est un en soi, qu’une chose devient toujours pour une autre et qu’il faut retirer de partout le mot être… Il faut dire, en accord avec la nature, qu’elle est en train de devenir, de se faire, de se détruire, de s’altérer». Le mental fluctuant du monde sensible et dual ne peut donc pas approcher le Un universel et, de ce fait, nous ne pouvons pas atteindre ce niveau d’unité par le seul mental. Cette conception est dans la philosophie orientale qui conclut : «ce n’est pas par la pensée que l’on atteint la Voie». Après tout, si l’Énergie est la seule vie, et la Raison la borne de l’encerclement de l’Énergie, à chacun de choisir d’être au cœur des choses ou à leur périphérie ; ce n’est pas trop de toute une vie pour confronter, l’un par l’autre, ce monde où nous sommes et ce monde qui est en nous.
Ithloaèdes. Voilà, Ellimac, ce que fut, pour l’essentiel, notre entrevue avec Kyrios. Mais je vais te résumer en quelques mots ce que nous sommes parvenus à comprendre. Tout est Un, le Un est avant le Zéro Cosmique, tout n’est que mouvement que nous appelons énergie, les choses ne nous sont perceptibles que parce que le mouvement donne l’illusion de la matière, nous n’existons que parce que nos cellules communiquent entre elles, nous sommes cet échange, cette animation. C’est pourquoi il n’est peut-être pas suffisant de se penser en termes de «qui suis-je» mais qu’il faut aussi s’interroger en ces termes : «que suis-je» ? Quelle est mon essence ? Quelle interférence de tunnels de réalité me fait exister ? Quelles sont les consciences, y compris la mienne et mon inconscient, qui objectivent ma vie ? Ne suis-je sujet actif, créateur de réel que lorsque je mets une information sur ce qui m’entoure ? Si je me vois comme je suis, ne suis-je pas aussi comme tu me vois ?
Et maintenant que nous sommes presque arrivés à Garibaldi, Ellimac, permets-moi une question : pour harmoniser ce qu’est la vie, ne suffit-il pas de générer la plus rayonnante des connexions avec ce qui nous entoure ?
Ellimac.Comme le dit le Tao te Qing, «parler beaucoup épuise sans cesse ; mieux vaut garder le milieu»; alors de tout ce que tu m’as rapporté, j’ai juste un mot à te proposer pour te répondre : rien que de le prononcer, il irradie, comme une lumière primordiale, des myriades d’émergences, il est l’essentiel du mot animer, c’est le verbe «Aimer».
[1] Planche présentée en 2015 (ce qui explique que du seul point de vue scientifique les propos sont dépassés) avec le TCF Raphaël Massarelli, Docteur d’Étatès Sciences, Professeur Emérite des Universités, Trophée d’Or de l’Ordre des Physiothérapeutes au Liban, participant à de nombreuses sociétés savantes, responsable des Conventions Internationales, auteur et coauteur de centaines d’articles et d’ouvrages spécialisés internationaux, Chevalier des Palmes Académiques, … Un CV de savant de dizaines de pages dont l’importance est impossible à reproduire ici.
[2] « Le gaz parfait de bosons devait subir à basse température une transition de phase, dite condensation de Bose-Einstein, amenant un nombre macroscopique de particules dans leur état fondamental. Le condensat obtenu est un fluide quantique car cette transition se produit lorsque les effets de statistique quantique commencent à se manifester, autrement dit lorsque la distance inter-atomique devient de l’ordre de la longueur de cohérence des ondes de matière. »
Graphique 3D montrant 3 états successifs : les atomes sont de plus en plus denses (de la gauche vers la droite)
Cette 14e croisière partira de Marseille le 13 octobre 2023 pour 15 jours au cours desquels elle proposera à ses participants de traverser six pays : Italie Turquie Grèce Malte Espagne.
Trois intervenants de grande qualité seront présents, ainsi que le Frère Jean-Jacques Cros qui accompagnera cette édition pour diriger les cérémonies maçonniques à bord.
Les réservations sont ouvertes pour réserver auprès de Costa par mail ou téléphone notés dans le bas des pages du dépliant ci-dessous.
Dans le cadre de la commémoration des 250 ans de l’appellation du Grand Orient de France, la Loge « Les Sept Frères d’Héliopolis » organise une conférence publique gratuite et ouverte à tous sur le thème « La Franc-Maçonnerie au 21ème siècle ».
L’événement aura lieu le Samedi 27 mai 2023 à 15h00 à Poissy (78).
L’intervenant de cette conférence sera Georges Serignac, Grand Maître du Grand Orient de France, la principale obédience maçonnique en Europe continentale avec plus de 50 000 membres et 1200 loges, qui peuvent être mixtes depuis 2010.
Cette conférence offrira au public l’opportunité de mieux comprendre la Franc-Maçonnerie, son histoire, son rôle au sein de la République et sa place actuelle dans le débat public et face aux enjeux contemporains.
L’occasion idéale également pour se renseigner, sans tabou, sur le fonctionnement d’une Obédience, le quotidien des francs-maçons, la vie en Loge ou encore les modalités pour y adhérer… Et d’échanger directement avec celui qui préside la plus vieille Obédience française mais également avec des maçons de votre région.
Georges Serignac est disponible pour des interviews en amont de l’événement.
Conférence « La Franc-Maçonnerie au 21ème siècle »:
Samedi 27 mai 2023 à 15h00 Centre de Diffusion Artistique, 53 avenue Blanche de Castille 78300 POISSY.
Entrée libre, Pré-inscription recommandée à l’adresse mail : 7fheliopolis@gmail.com Pour plus d’informations sur la conférence, veuillez contacter la Loge « Les Sept Frères d’Héliopolis » à l’adresse suivante : 7fheliopolis@gmail.com ou 06 07 63 56 20
L’organisation a exhorté toutes les agences de l’État à « se conformer strictement » à l’article 5 de la Magna Carta, qui établit que « l’État uruguayen ne soutient aucune religion ».
La Grande Loge de la franc-maçonnerie uruguayenne a publié ce dimanche une déclaration concernant la réouverture de la chapelle à l’intérieur de l’hôpital de Vilardebó, avec une messe de l’archevêque de Montevideo, le cardinal Daniel Sturla , qui a eu lieu ce samedi après-midi.
Dans le texte, l’organisation rappelle que depuis l’approbation de la Constitution de 1918, l’Etat uruguayen « ne soutient aucune religion ». En ce sens, il a rejeté la « violation de cette règle » par la direction de l’hôpital et a exhorté « tous les organismes de l’État à se conformer strictement » à l’article 5 de la Constitution de la République, qui reconnaît que « tous les cultes religieux sont libres en Uruguay » et que « l’État uruguayen ne soutient aucune religion ».
Dans cette ligne, la franc-maçonnerie a exhorté à « la promotion d’espaces dans les hôpitaux publics à travers le pays, afin que tous ceux qui souffrent puissent avoir un lieu de réflexion personnelle ou spirituelle ».
Daniel Sturla, lors de la réouverture de la chapelle de l’hôpital Vilardebó, le 29 avril, à Montevideo.Photo: Mauricio Zina, adhocfotos
L’invitation de la direction de Vilardebó à ses fonctionnaires à participer à la réunion religieuse a relancé le débat sur la laïcité de l’État. Le député du Colorado, Ope Pasquet, a été l’une des personnes qui s’y sont opposées et a annoncé qu’il promouvrait un appel au Parlement pour que les autorités du ministère de la Santé publique et de l’Administration des services de santé de l’État soient sur cette question .
Concernant la proposition de Pesquet, Sturla a remis en cause les déclarations du député et a justifié la messe parce que « nous sommes ici depuis avant que le pays ne soit né » . « Si nous sommes des faussaires de la patrie, si en termes de soins de santé, de charité, l’Église est présente dans ce pays », a déclaré l’archevêque dans des déclarations à Azul FM .
Ce samedi, Sturla a partagé sur son compte Twitter quelques images de la messe qui a eu lieu.
Esta tarde se retomaron las misas en la antigua capilla del Hospital Vilardebó suspendidas por la pandemia. pic.twitter.com/mgz1LiycCo
Parmi les « parts d’ombre » qui demandent à être éclaircies dans le cerveau humain (où il y a encore tellement à découvrir, de l’avis même des spécialistes !) se situe le vaste domaine du « croire ». Pour tenter d’en savoir un peu plus sur cette « disposition », il est judicieux de se reporter au postulat de Freud, à savoir l’existence dans ce cerveau de trois instances, par lui nommées le ÇA (réservoir de l’énergie psychique) le MOI (lieu de la conscience) et le SURMOI (espace de censure). Elles sont constituantes de notre appareil mental. Cette hypothèse demeure toujours pertinente, puisqu’aucune autre à ce jour n’est venue démentir le « père de la psychanalyse ».
Après l’élaboration de plusieurs modèles, Freud a définitivement retenu un Moi « poreux » en deux parties : le Moi préconscient (donc en partie inconscient) et le Moi conscient (entité vigile, nommée aussi le Moi-corps). Parmi de multiples fonctions, le MOIest à la fois le siège, pour le préconscient, de nos identifications imaginaires et symboliques,et pour le conscient,de la raison et du « bon sens », de notre perception d’être et de la réflexion (autrement dit la vie de l’esprit, l’une des définitions de la spiritualité).
LeMOI est ainsi une instance mouvante, en perpétuelle réélaboration, pris en tenaille entre le ÇA (noyau de notre être, siège « hors du temps »de l’inconscient, c’est à dire des instincts reptiliens, pulsions, passions, intuitions, plaisirs, etc.) et le SURMOI (siège du « juge interne », de la morale, de la culture – donc des croyances- de la civilité, des interdits, de la tradition) en soi « la voix de la conscience ». De la « grosse voix », résume Freud.
Autrement dit, le Moi,cet « évaluateur permanent » tente de gérer au cas par cas, au jour le jour,le rapport entre « le principe de plaisir » (cet instinct de satisfaction, propre au ÇA, qui cherche toujours à dominer en nous) et « le principe de réalité »,que les circonstances du vécu, ici et maintenant,nous impose. Pour faire image, le MOI aainsi pour mission d’élargir sans cesse la conscience du sujet, avec la machette de la raison, sur son chemin de vie, en écartant les ronces du ÇA d’un côtéet les buissons du Surmoi de l’autre. Car dans la jungle de la société des hommes,le chemin n’existe pas (même si nos voies sont maçonniquement tracées !), chacun de nous le crée en marchant devant lui !
La puissance de l’imaginaire
Puisque le premier homme n’est pas né d’un autre être humain,mais du processus de la vie, notre imaginaire –en mal d’origine – a voulu combler ce manque.Il a précisément supposé des « forces supérieures », à partir deces impressionnants (voire terrorisants) phénomènes naturels que sont les quatre éléments en mouvement continu (air, eau, feu, terre). En quelque sorte, pour les conjurer, il a ainsi créé au fil du temps,la magie,les mythes,les légendes,les allégories puis les religions et leurs paraboles (si l’on peut dire, tout respect gardé,« avatars » de la magie primordiale, premier système de pensée de l’hominidé). A noter que les mythes sont à « fin ouverte », pour pouvoir être prolongés et « complémentés » indéfiniment (comme la légende d’Hiram, qui au vrai, avec la suite qui lui a été donnée par les degrés des rites maçonniques, est donc un mythe !) contrairement au roman, qui lui, est clôturé parle mot FIN.
Partant,depuis « la mise en place de la pensée et de l’imaginaire », s’est enracinéedans notre cerveau, une disposition aux croyances. Le domaine du croire précité se décline en « tenir pour vrai », auto-persuasion,autosuggestion (cf. méthode Coué, si moquée en France !), convictions, opinions, etc.,autant de mots pour désigner lesmécanismes qui ont « confectionné » la certitude individuelle. Celle-ci établie – par adhésion personnelle,religieuse ou philosophique –peut s’exercer sans la preuve par le fait: les notions deDieu,de divin, de divinités, d’Etre suprême, de principe créateur, de Grand Architecte de l’Univers, ces créations humaines poétiques,en sont le meilleur exemple.Les « forces de l’esprit » peuvent même, à l’extrême,conduire le sujet, au gré de rites lancinants et répétitifs,à des « états modifiés de conscience », telsl’extase et la transe. Il s’agit de fait ici, d’une forme d’autohypnose,provoquée notamment par l’irruption dans le sang de diverses hormones, dont nos propres « opiacés » circulants (entre autres, inducteurs d’euphorie à fonction antalgique).
Nous le savons,les théoriesfreudiennes (valorisées par Lacan) doivent beaucoup aux légendes de la Grèce antique et à ses philosophes. Lesquels nourrissent toujours notre franc-maçonnerie. Ces derniers, pour leur part,avaient postulé avec lyrisme,que nous sommes habités par trois fées turbulentes qui se disputent en nous, mais inséparables : raison, intuition, imagination.Elles sont toujours d’actualité etnous pourrions d’ailleursles masculiniser en trois lutins modernes, avec pour nom : le Logicien (rigoureux),l’Expert (averti)et le Poète (rêveur).
Constat : nous ne pourrions pas vivre sans notre imaginaire (siège de l’imagination, du rêve, de la création, de l’invention, de l’innovation, de l’enthousiasme). Et cet imaginaire n’est autre que l’irrationnel (à comprendre non comme le contraire de la raison mais n’en relevant pas: les mythes, les légendes et les religions relèvent évidemment de l’irrationnel !).
Certes l’irrationnel a son mauvais versant, et sa mauvaise réputation (superstition, passion excessive, violence, folies meurtrières dont les guerres, etc), mais il est incontestable que ce mêmeirrationnel a égalementla faculté « d’amplifier l’esprit » (l’esprit souffle où il veut !). Sans l’irrationnel,la raison s’assècherait : aucune grande réalisation (scientifique ou autre)ne peut faire l’économie de l’imagination et de l’intuition. Sans l’imaginaire, la franc-maçonnerie, campée sur son socle mythique,n’existerait pas ! Einstein le confirme : « l’imagination est plus importante que la raison ! ».
La peur et la perte
Il n’est pas étonnant que de ce milieu psychique en « interactions » permanente,émerge en nousdes doutes, des hésitations, des craintes. Alors même que nous devons gérer au quotidien notre peur existentielle, elle-même constitutive de notre Moi. Nous apprenonscette peur dès notre irruption au monde, avec l’intériorisation d’un dispositif de défense propre au vivant :l’instinct de conservation. Puis, en grandissant et adultes devenus, nous avons constamment peur, de la crainte de traverser la rue à celle de tomber malade, donc de souffrir, de mourir. Puis encore, nous avons peur de perdre nos proches, conjoint, enfants, parents, amis.Nous sommes aussi taraudés par les peurs « modernes » qui vont de la perte d’emploi au manque d’argent,de la privation de nourriture à la disparition du confort matériel. Et partant, nous craignionsde ne plus exister aux yeux des autres, car indépendants par nature, nous sommes dépendants par nécessité ! En vérité, l’être humain n’est pas conditionné à « la perte », comme la plupart des animaux.Nous le constatons aussien loge, lorsqu’un de nos frères nous quitte.
Dès lors, exposés comme tout un chacun aux aléas de l’existence, comment prétendre à quelque certitude, à une « vérité vraie » ?! Même les modèles mathématiques les plus sophistiqués sont tous contestables et remplaçables par d’autres. Il vaudrait donc mieux parler de réduire la part d’incertitude (théorie du modèle et de l’écart). Ainsi pour nous francs-maçons, qui nous inter-enseignons le doute, il convient de nous méfier et même de nous éloigner de toute « attitude de surplomb ».Qui consisterait(au fil de nos degrés encore trop souvent confondus avec des grades !)à nous donner hiérarchiquement en loge des leçons assorties de bonsou mauvais points,et en ville revenus,à vouloir y jouerà toute force l’exemplarité ! A une époque où est mieux accueilli le « passeur de désirs » que de formats ou modèles.
Pour faire image encore, je pense en matière de surplomb précisément, que « notre vérité »,ne réside pas dans l’aplomb du fil mais dans ses oscillations « métaphoriques » : c’est à dire, dans le « tic-tac » du balancierde la viemême et donc dans notre comportement entre la frustration et la satisfaction, la maladie et la guérison, l’orgueil et l’humilité, de la colère à l’apaisement, de la haine à l’amour ! Tout comme notre lutte quotidienne pour devenir meilleurs est dans l’angle entre les deux branches mobiles du compas. Comme le cheminentre notre besoin éperdu d’être aimé etd’autres êtres à aimer que soi est dans l’espace séparant lesdeux branches de l’équerre. Ou encore, quand il est question de la recherche de l’âme sœur ,le parcours menant de la solitude à la rencontre est dans la distance entre le maillet et le ciseau ! Pour créer l’œuvre ensemble. Bref, nos tentatives d’accès à la certitude sont dans le mouvement productif, non dans le « regardez-moi », la domination,l’attente ou l’immobilisme !
C’est en sortant du paraître, que l’on finit par être !
Ainsi, il s’agit, selon la règle psychologique des 3P, empruntée à l’Analyse Transactionnelle (Puissance, Protection, Permission) de se donner les moyens de penser et d’agir, de prendre soin de soi et de s’autoriser à être et à faire. Ainsi, il n’y a pas meilleure autoritépour contrôler,que soi-même ! Au nom de l’estime de soi et des autres. Alors et seulementl’appréhension et l’angoissefont place à la confiance en soi, la culpabilités’efface devant la responsabilité, et le sens de la vie devient enfin le sens de ma vie !
Parce que la seule véritablecertitude que nous ayons est celle de notre finitude. Donc un encouragement, unengagement,à vivre le mieux possible notre éternité sur terre.
La mortdes autres, bien entendu,nousrenvoie sans cesse à la nôtre. Faut-il la craindre ? Rappelons-nous, en guise d’apaisement,la belleet noble formuled’Epicure : « La mort ne nous concerne ni morts ni vifs. Vifs, parce que nous sommes, morts, parce que nous ne sommes plus! ».
Certains francs-maçons pensent que la démarche initiatique tient beaucoup à la psychanalyse. Dans son article du 4 mai 2023 , Gil Garibal précise que les évolutions historiques anglaises et françaises diffèrent. Il établit, d’ailleurs que « la Franc-Maçonnerie française est devenue dynamique de groupe, avec ou sans Dieu»
Jissey en a profité pour « croquer » un regard ironique sur la situation et merci à notre soeur Judith pour la traduction anglo-saxonne de la légende.
De notre confrère espagnol nuevatribuna.es – Par EDOUARD MONTAGUT
La question de la franc-maçonnerie et du fascisme italien est extrêmement curieuse, comme l’a montré Aldo Mola, abandonnant mythes et légendes, à son sujet. Mussolini n’aurait pas développé une politique répressive intense sur la franc-maçonnerie, et il était loin de ce que Franco a fait en Espagne, où, comme on le sait, il a déclenché une persécution obsessionnelle, systématique et extrêmement cruelle contre les francs-maçons.
Sans nous écarter des enseignements de Mola, nous avons trouvé des témoignages de persécution, et nous avons voulu les partager avec les lecteurs dans ce court article. Le Boletín del Grande Oriente Español s’est fait l’écho du « Diario de Colonia », qui aurait déclaré que les déportations de francs-maçons se poursuivaient. Giuseppe Meoni, ancien vice-grand maître et grand secrétaire du Grand Orient, âgé et retiré de la vie publique, avait été déporté.
La publication détaillait la méthode d’expulsion. Le déporté est gardé à la préfecture de la ville où il habite où il comparaît devant une sorte de commission composée du préfet, du commissaire de police, du secrétaire du Fascio local et d’un avocat du ministère de l’Intérieur. L’accusation était de collaborer ou d’avoir des relations avec l’émigration antifasciste et, par conséquent, il a été déporté sur l’île de Lipari.
En une seule année, quelque 1 200 condamnations ont été prononcées, avec des exilés non seulement à Lipari, mais aussi dans d’autres îles. Et les nouvelles faisaient allusion à des membres éminents de la politique, à l’intelligentsia, à d’anciens fascistes ou à des personnages qui gênaient certains responsables. Le transport se faisait par chemin de fer avec les mains menottées ou avec des chaînes aux pieds. Il se trouve que sur l’île de Lipari, il y avait aussi des criminels de droit commun.
Le témoignage personnel de Francesco Nitti, neveu de l’ancien homme politique et président du Conseil des ministres, a également été fourni et a été publié par différents journaux britanniques et nord-américains. Enfin, fait allusion à la déportation du Grand Maître Domizio Torrigiani et de son secrétaire. Mais toutes ces informations sur les déportations étaient liées à ce que d’autres personnages ont subi pour leurs idées politiques et leur opposition plus ou moins active au fascisme, donc la thèse de Mola serait confirmée, c’est-à-dire qu’il n’y aurait pas de politique systématique spécifique contre la franc-maçonnerie, bien que contre certains personnages maçonniques en raison de leur importance ou de leur signification politique ou publique. Ainsi, la situation italienne ne serait pas comparable, encore moins avec la situation espagnole.
Notre principale source a été le Boletín del Grande Oriente Español dans le numéro du 10 novembre 1930, qui peut être consulté dans les archives numériques des journaux de la Bibliothèque nationale. À ce sujet, le lecteur en espagnol peut consulter l’ouvrage du susmentionné Aldo Mola, l’un des meilleurs spécialistes de l’histoire de la franc-maçonnerie italienne, intitulé « Franc-maçonnerie et fascisme en Italie (1917-1943) », publié dans REHMLAC, Vol. 8 , Non. 2, décembre 2016 – avril 2017/1-13, et que nous pouvons aborder en ligne.
Il devient le 7e Président de l’association, à l’issue d’une élection qui s’est tenue le 21 avril dernier à Toulouse. Il succède à Jérémie Mosnier, qui avait été élu en 2018.
Un parcours moulé dans les valeurs de l’association
Entré chez les Compagnons du Devoir et du Tour de France (AOCDTF) en tant qu’apprenti pour préparer un CAP en charpente et construction bois à Toulouse, Christian Pons y est resté jusqu’au brevet professionnel.
Après son « traditionnel » Tour de France, il a embrassé plusieurs missions en tant que salarié pour l’association (formateur, responsable de la maison de Compagnons du Devoir d’Angers et formateur des formateurs) avant de devenir directeur du patrimoine, puis directeur général des activités.
• 2017 : après 26 années passées au sein des Compagnons du Devoir, il a rejoint le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) en tant que directeur immobilier et moyens industriels pour les sites de Champs-sur-Marne et Paris.
• 2020 : il devient responsable des immeubles, en charge des transformations environnementales, sécuritaires et énergétiques des bâtiments, en région angevine, pour l’organisme CNP Assurances.
Permettre à chacun de s’accomplir, dans et par son métier
Chaque année, plus de 11 000 jeunes se forment dans une des quatre filières proposées par l’association : bâtiment et aménagement, technologies de l’industrie, matériaux souples et métiers du goût.
Les Compagnons du Devoir proposent un parcours de formation en alternance allant du CAP à l’Executive Master, et dont la spécialité est la mobilité en France et à l’étranger.