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Futur Grand Maître du GODF : les quatre candidats au banc d’essai

Un vent de démocratie et de pluralisme soufflerait-il, de nouveau, au SEIN DU GRAND ORIENT DE FRANCE ?

Comme tous les ans, le Convent du Grand Orient de France se tiendra du 23 au 26 août. Cette année, il se déroulera à Lille, capitale des Hauts-de-France. Pour la première fois depuis une douzaine d’années, plus de deux candidats sont en lice pour la présidence du Conseil de l’Ordre, le président étant ipso facto Grand Maître du GODF, la plus ancienne et la plus grande obédience française, mais aussi la plus importante obédience libérale et adogmatique du monde.

Quatre candidats se sont déclarés cette année. Ils postulent à la succession de Georges SÉRIGNAC, Grand Maître descendant de charge et issu des loges d’Ile de France.

Un seul des quatre nous a permis d’obtenir son programme, quid des trois autres ?

Commençons par les deux Parisiens qui aspirent à la fonction suprême :

  • Guillaume TRICHARD : Il est responsable syndical dans le monde profane. Il dispose seulement d’un a pour assurer sa charge, reliquat des trois années de son premier mandat de conseiller de l’Ordre. La première année, il fut Grand Trésorier adjoint, puis Trésorier de la Fondation du GODF et enfin Délégué Régional de Paris III. Il est aussi Président du Comité de Direction de la SOGOFIM. Dans le monde profane, il est Secrétaire Général de l’UNSA Industrie. S’il était élu, il devra très certainement faire des choix entre toutes ses fonctions, quand on sait l’investissement nécessaire pour gérer une obédience, du moins pour les douze prochains mois. Par ailleurs, on peut aussi se demander comment il parviendra à concilier une activité maçonnique qui demande un véritable investissement, avec son rôle de responsable syndical. Cela questionnerait la nécessaire neutralité de sa fonction de Grand Maître du GODF.
  • Bouziane BEHILLIL : Il est avocat dans le monde profane. Cofondateur de la société Cambacérès, cabinet d’Avocats en novembre 2014, dont il est le gérant et un des avocats associés. Il bénéficie de deux ans devant lui. Il est Grand Officier délégué aux Loges d’Europe, Délégué Régional de Paris IV, ancien Orateur de Georges Sérignac, lorsque celui-ci a présidé le Convent de Reims 1. On peut noter que Bouziane Behillil est le seul candidat des 4 à proposer un programme pour étayer sa candidature. A ce jour, aucun autre candidat ne nous a transmis le moindre document. (à télécharger ici)

Face à ces deux candidats issus de la capitale, deux autres candidats de province. Ils sont plus précisément du quart sud-ouest de la France, terre de Franc-Maçonnerie dynamique et vivante. On y trouve 75 loges en région 16 (sud-ouest) – 95 loges en région 17 (Toulouse, sud et Espagne) dont 13 en territoire espagnol. Les loges ont un effectif moyen situé entre 40 à 60 Frères et Sœurs.

Voyons maintenant les deux provinciaux :

  • Thierry GERVAIS : Il est ingénieur en informatique dans le monde profane. Le Toulousain remonte au Conseil de l’Ordre pour trois ans, après un premier mandat de trois ans. S’il est élu à la tête du Conseil de l’Ordre, il disposera d’un mandat de trois années entières. Ancien Orateur du Convent de Reims 2, lors de son premier mandat, il a été Grand Officier des Loges d’Europe et administrateur de la SOGOFIM la première année, puis Grand Secrétaire aux Affaires Extérieures pendant les deux années suivantes. Il est l’actuel Secrétaire de l’Alliance Maçonnique Européenne qui regroupe 150 000 membres répartis au sein de 32 obédiences. S’agissant de son deuxième mandat en tant que Conseiller de l’Ordre et fort d’une grande expérience à l’international, Thierry GERVAIS connaît en profondeur les rouages et le fonctionnement du GODF. Il souhaite redonner au GODF un vrai rôle sur le plan sociétal et met en avant l’extériorisation fondée sur les valeurs de Liberté, égalité et Fraternité, dans un monde qui bascule.
  • Frédéric SANCHIS : Il est directeur du bureau d’études ACTIOM IS dans le monde profane. Il reste un an de mandat au Bordelais. Il a été cette année Grand Officier Délégué à la dépendance, Grand Officier délégué à l’inventaire immobilier de la SOGOFIM et Délégué Régional Sud-Ouest. Sachant qu’il ne lui reste que douze mois pour agir, il propose toutefois d’être dans l’action, et ce, sans souci de réélection, il veut aborder des questions déterminantes.

Il est rare d’avoir une telle incertitude quant au résultat de l’élection. La partie semble très ouverte !

Selon nos informations, deux des candidats seraient au coude à coude. Il s’agit de l’actuel Président de la SOGOFIM Guillaume Trichard et du Toulousain Thierry Gervais, actuel Secrétaire de l’Alliance Maçonnique Européenne.

Ils ont des profils très différents :

  • Le parisien est aisément clivant, le toulousain est plutôt consensuel. Guillaume Trichard serait là pour un an, Thierry Gervais pour trois ans.
  • Trichard envisage de poursuivre pour une année supplémentaire le chemin tracé depuis 3 ans par l’actuel Grand Maître Sérignac. Gervais, serait porté par une volonté de répondre plus concrètement aux questionnements prégnants de la société, en résonance avec les valeurs que défend le GODF.
  • Guillaume Trichard est fortement influencé par son idéologie syndicale, Thierry Gervais ne semble pas avoir d’influence politique connue…

En résumé, le combat cette année pourrait se jouer entre le Parisien qui bénéficie du soutien actif du Grand Maître sortant et le Toulousain qui est reconnu pour son expérience de la négociation dans la sphère maçonnique nationale et internationale.

La partie promet d’être intéressante sur le plan des enjeux, des réalisations et de l’extériorisation.

Blason – GODF officiel.

Les frères francs-maçons vietnamiens oubliés en Indochine

Présentation de l’éditeur

Autrefois, le Vietnam était une colonie française. Étiré tout au long d’une côte sinueuse, le pays a été divisé en trois régions qui ont été fusionnées dans ce qui a formé l’Indochine qui comprenait outre le Vietnam, le Laos et le Cambodge. La colonisation française s’est étendue sur plus d’un siècle.

De nombreux intellectuels vietnamiens ont nourri le désir d’accéder à l’indépendance de leur nation. Confrontés à une puissance coloniale de premier plan qui possédait de vastes territoires à travers le monde, ils se sont alliés malgré leurs divergences, afin de libérer le pays du joug du colonisateur. Adhérer aux valeurs de la franc-maçonnerie leur a donné les moyens et les outils de préserver leur culture et leur langue afin de lutter pour la liberté, l’égalité et la fraternité de manière pacifique. Certains francs-maçons ont eu une influence spectaculaire dans cette guerre du silence. Leurs succès et leurs échecs sont devenus légendaires.

Carte administrative de l’Indochine française de 1900 (rattachement du territoire chinois de Kouang-Tchéou-Wan) à 1945 (rétrocession du même territoire).

Biographie de l’auteur

Trân Thu Dung est née en 1956 à Hanoï au Vietnam. Docteure ès-histoire, écrivaine et journaliste-traductrice, elle est professeure à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Hanoï.

[NDLR : Le grand intérêt de l’ouvrage de notre sœur Trân Thu Dung, qui a passé sa thèse de doctorat sur « Le caodaïsme et Victor Hugo » et qui est membre du GODF depuis près d’une dizaine d’années, c’est de nous faire découvrir finalement trois mondes :

– un territoire de l’ancien empire colonial français, l’Indochine française ou, plus exactement, officiellement nommée Union indochinoise puis Fédération indochinoise, dans cet extrême orient faisant fantasmer nos imaginaires ;

Emblème du gouvernement général de l’Indochine.

– la franc-maçonnerie en général et les francs-maçons vietnamiens en particulier, afin que ceux-ci soient désormais en pleine lumière ;

– une religion syncrétiste, dont nombre de ses dirigeants seront initiés, appelée le caodaïsme.

Préfacé par le journaliste Hoàng Hung, louveteau, ayant lui-même souffert de la répression communiste – l’UNESCO ayant condamné tous ses actes de barbarie –, met en exergue le fait que ce sujet a été que trop rarement évoqué. Mettant en avant l’omniprésence des intellectuels vietnamiens au sein des instances de la franc-maçonnerie dans les domaines de la médecine, du droit, des sciences naturelles, de l’éducation, du journalisme, mais aussi, phénomène moins connu, dans celui du militaire et, assez surprenant, celui aussi du religieux.

Trân Thu Dung, auteure de près de dix ouvrages.

Pour ceux qui ont la mémoire courte, souvenons-nous que la révolution bolchévique en Russie – ensemble d’événements ayant conduit en février 1917 au renversement spontané du régime tsariste, puis en octobre de la même année à la prise de pouvoir par les bolcheviks et à l’installation d’un régime léniniste – donne naissance au premier État communiste du monde ; un chemin depuis emprunté par d’autres pays. Plus de 100 millions d’innocents perdront la vie au fil des ans.

Dans la première partie de son ouvrage, l’auteure donne quelques notions de la franc-maçonnerie, de sa naissance en Europe au XVIIIe siècle, de l’appellation des frères 3 points, ainsi que de l’explication des symboles caractéristiques visibles au sein d’une loge que sont le célèbre œil, le compas, l’équerre et la lettres G. Elle parcourt aussi quand, comment et pourquoi la franc-maçonnerie est arrivée au Vietnam ? Elle réalise, en quelque sorte,  un état des lieux. Partant d’une situation générale, avec la technique de l’entonnoir, elle arrive aux loges maçonniques indochinoises.

Drapeau du Vietnam.

L’occasion bien sûr d’analyser les relations entre le Parti communiste, patri de masse qui, lui aussi, a toujours lutté pour les pauvres, exigé l’abolition de l’esclavage et l’émancipation des colonies, et la franc-maçonnerie. Y accueillant même l’élite vietnamienne, initiée soit en France soit sur place.

Interdite, comme en France, par l’État français siégeant à Vichy, régime de collaboration avec le Troisième Reich, la maçonnerie en extrême orient reprend difficilement force et vigueur. Malgré une présence du Droit Humain et de la Grande Loge de France, l’Indochine reste une terre de mission du Grand Orient de France. Des maçons tant dans l’administration coloniale qu’au plus haut sommet de la hiérarchie, en comptant parmi ses membres de nombreux gouverneurs français.

Hanoï, Temple maçonnique, écroulé en septembre 2015.

Trân Thu Dung aborde, avec originalité, la composition du paysage maçonnique indochinois, à travers le portrait d’homme éminents. Des maçons présentés d’après leur profession : éducation, profession libérale, médecine, autre sciences, militaires français. Tous avaient à cœur de mettre en œuvre leurs idéaux. Notamment ceux liés à la devise de la République française : Liberté-Égalité-Fraternité. Un engagement qui s’est, depuis, transformé en légende.

Grand temple du Cao Daï, Tay Ninh, Vietnam.

Dans cette même troisième partie, beaucoup découvriront le caodaïsme de sa naissance à ses dignitaires, eux-aussi francs-maçons. Ce mouvement religieux, très identitaires, est-il une société secrète, une secte politico-religieuse ou, simplement, juste un syncrétisme vietnamien ? Le caodaïsme, c’est un extraordinaire et incroyable mélange de culte des ancêtres mais aussi des héros, de foi catholique et de prosélytisme des différentes églises évangéliques, de bouddhisme, taoïsme, confucianisme sans omettre le génies et les esprits ! Puis l’auteure consacre sa quatrième partie à l’engagement politique. Une manière de connaître les arcanes du pouvoir qui passa d’une république démocratique à une république socialiste…

Enfin, pour le maçon, la cinquième et dernière partie,  qui pourrait s’intituler gloire au travail, est une sorte de glorification à la fois de la religion mais d’une glorification à travers les noms de rues d’avant et d’après 1975 (chute de Saïgon). L’occasion de traiter longuement aussi d’Hô Chi Minh, ancien président de la République démocratique du Vietnam.

Hô Chi Minh, en 1946.

Trân Thu Dung a puisé aux meilleurs sources , : la mémoire des familles ! Mais aussi à de nombreux documents d’archives tant personnelles qu’officielles, reproduites.

Au-delà du nom de loges qui, jadis, dans cet Extrême-Orient nous faisait rêver : Le Réveil d’Orient, La Fraternité Tonkinoise, Fervents du Progrès, L’Étoile du Tonkin, La Ruche d’Orient, Les Écossais du Tonkin. L’Avenir Khmer, Fraternité et Tolérance, gardons à l’esprit que, depuis 1975, la franc-maçonnerie est interdite au Vietnam.

Les frères francs-maçons vietnamiens oubliés en Indochine

Trân Thu DungL’Harmattan, 2023, 204 pages, 22 €

À commander chez L’Harmattan, ici.

La Voix de la Sagesse-Préceptes des Sages de tous les temps

Présentation de l’éditeur

Tu trouveras dans ce livre la pensée des plus sages parmi tes semblables, mais le nom de ces sages, tu ne le trouveras pas. Qu’importent l’époque à laquelle ils ont vécu et la race qui leur donna le jour ?  Tous se nomment pareillement enfants de la Lumière. Ils n’ont été qu’un écho de la voix qui parle dans le cœur de chaque homme, et que tu ne sais pas encore écouter.

Pour arriver à suivre leurs traces et à entrevoir un aspect de la Vérité elle-même, commence par méditer les vérités fragmentaires qu’ils nous ont enseignées.  A toi, suivant la pureté de ton désir et l’énergie de ton effort, de le transformer en une échelle de Jacob.

Souviens-toi surtout qu’on ne connaît une vérité que dans la mesure où on la réalise en actes dans la vie quotidienne. Il ne suffit pas que tu possèdes la vérité, il faut que la vérité te possède.

Biographie de l’auteur

Parmi les conférences, on retiendra celle d’Antoine Rougier sur l’astrologie, en 1905, dans laquelle il expliquait « pourquoi la puissance fatale des astres restera toujours inférieure à celle de la Volonté dans l’âme divine de l’homme, s’il s’unit à la Providence et comment le développement progressif de l’âme humaine arrive à l’affranchir de toute influence astrale » , ou encore celle du Docteur Marc Haven, consacrée à la science alchimique, où « il rappela en passant, toutes les découvertes que la science moderne doit à ces alchimistes tant méprisés et rendit aux maîtres anciens le tribut d’hommages qui leur était dû, sans oublier d’évoquer la figure si remarquable d’un de leurs derniers descendants : le regretté Albert Poisson ». 

D’autres conférences s’attachèrent à évoquer : « Le silence », « Le mysticisme et les mystiques », « Le macrocosme et le microcosme », « L’idée de réincarnation », « Les forces psychiques », « Les nombres », etc. 

En 1913 Antoine Rougier collabora avec Papus et Marc Haven à la fondation de La Renaissance Universelle, revue qui n’eut qu’une brève existence, un seul numéro parut en Juin 1914, interrompue par la première guerre mondiale.

[NDLR : Nos lectures estivales s’enrichissent d’une réédition de l’ouvrage d’un auteur du début du vingtième siècle que nous pouvons qualifier d’ésotériste. En effet, le professeur de droit public Antoine Rougier (1877-1927), d’abord à l’Université de Caen (1908-1910), puis à Aix-Marseille (1910-1912) et enfin à l’Université de Lausanne (1912-1927) dont il fut doyen, mais aussi avocat à la Cour d’appel de Lyon (en 1903) publia, dès 1909, chez Les Éditions Vivat – ne pas confondre avec les éditions éponymes fondées en copropriété en juillet 1995 – sous le titre La voix de la sagesse-Recueil des préceptes des sages de tous les temps. Nous lui devons aussi La première assemblée de la Société des Nations, Genève, novembre-décembre 1920 (1921), La théorie de l’intervention d’humanité (1910) et Essais philosophiques et ésotériques(Derain, 1949), un volume contenant 24 essais des plus passionnants, dont « Le Hasard », « L’Expansion de l’Unité », « Le Royaume du Silence », « Les Arcanes majeurs du Tarot », en encore « La Porte de l’Amphithéâtre » – de Khunrath –, « Le Pôle magnétique », « La Légende de la Tarasque ». Philosophiques et ésotériques, tout un enseignement

Par ailleurs, la célèbre librairie lyonnaise Derain réédita, en 1948, La Voix de la Sagesse. Librairie emblématique qui trouva, en 2015, un nouveau repreneur en la personne d’Anne Benisti. Et une librairie qui, fait assez rare dans ce domaine, bénéficie d’un fan club – Association des amis de la librairie Derain – dont l’objet est de « favoriser la notoriété, la conservation de l’histoire de la librairie Derain, et développer la diffusion et la promotion des thèmes tels que spiritualités, traditions, bien-être, philosophies, et des nouveaux concepts, idées et approches qui contribuent à construire une humanité plus fraternelle par tous moyens (formations, colloques, conférences et séminaires ainsi que tous moyens de diffusion sur support écrit, audiovisuels et NTIC) existants ou pouvant exister dans l’avenir ».

Marc Haven.
Maître Philippe.

Antoine Rougier (1877-1927), fut un ami d’Emmanuel Lalande (24 décembre 1868 – 31 août 1926), plus connu sous le nom de Marc Haven, médecin et occultiste français qui fut l’un des plus fidèles compagnons de Papus et le gendre de Nizier Anthelme Philippe, dit Maître Philippe de Lyon (1849-1905), mystique et guérisseur.

Antoine Rougier fut également membre du premier Suprême Conseil de l’Ordre Martiniste.

Papus.

Rappelons que possédant un double doctorat en Droit (Université de Lyon, 1902 et 1903), il avait une très haute idée de la Justice. C’est ainsi que la compagne de cette belle valeur ne saurait exister sans la vraie Sagesse…

Justice,« vertu cardinale qui consiste à donner à Dieu et au prochain ce qui leur est dû » mais aussi valeur maçonnique. Et que dire de la Sagesse – but ultime de l’initiation maçonnique ? – à laquelle se réfère si souvent la franc-maçonnerie…

D’une présentation offrant un aperçu de la vie de Félix-Raphaël-Antoine Rougier à l’avant-propos précisant que nous trouverons dans ce livre la pensée des plus sages parmi leurs semblables, sans toutefois nous préciser le nom desdits sages, l’avertissement au lecteur, plus qu’un simple conseil, est sans appel et nous invite à une mise en pratique : « Soit humble si tu veux atteindre la Sagesse, Soit plus simple encore si tu as atteint la Sagesse ». L’ouvrage se décompose en trois cycles que nous vous laissons découvrir avec grand plaisir. Chacune des sentences pouvant se lire au gré de vos envies. Des maximes données comme des méditations. Par exemple, « Si tu ne peux atteindre le « sentier secret » aujourd’hui, il sera à ta portée demain », ou « Heureux l’homme qui a trouvé la sagesse et l’homme qui avance dans l’intelligence », ou encore « Votre corps est le temple de l’esprit qui vous a été donné par Dieu, et il ne vous appartient pas à vous-même » et « Notre ennemi le plus terrible est en nous-même » et « Le rôle des justes est de rétablir l’harmonie, la paix et le bonheur, là où les méchants avaient semé la confusion, la guerre et la souffrance ».

Les éditions du Cosmogone, une maison d’édition née dans les années 1990. Au départ, Évelyne Pénisson travaillait avec des libraires parisiens qui lui demandaient un grand nombre de rééditions. Devant l’importance de la demande, elle a décidé de créer sa propre maison d’édition. Judicieusement, elle en a orienté la ligne éditoriale tant vers la demande de ses libraires que vers ses propres centres d’intérêts. Ainsi, les Editions du Cosmogone sont spécialisées dans l’édition en sciences humaines, le théâtre et l’ésotérisme.

Nous vous avons, à plusieurs reprises, redu compte de leur remarquable revue MATIÈRES à penser, la dernière en date étant du 2 juillet dernier. La maison d’édition compte, aujourd’hui, deux salariés mais un certain nombre de bénévoles apportent leur contribution dans le choix des manuscrits, les corrections et les dernières vérifications.]

La Voix de la Sagesse-Préceptes des Sages de tous les temps

Antoine RougierÉditions du Cosmogone, 2023, 132 pages, 17,50 €

À commander aux éditions du Cosmogone.

L’illustration de la 1re de couverture est une œuvre créée vers 1910 et intitulé « Le Regard » que nous devons à Odilon Redon, pseudonyme de Bertrand Redon (1840-1916), peintre et graveur symboliste français. Son art explore les aspects de la pensée, la part sombre et ésotérique de l’âme humaine, empreinte des mécanismes du rêve. « Le Regard » est une peinture à l’huile de 73 cm de hauteur pour 91,8 cm de largeur. Elle est conservée au palais des Beaux-Arts de Lille depuis 1997. L’écrivain et critique d’art Joris-Karl Huysmans, nom de plume de Charles Marie Georges Huysmans (1848-1907), publie, en 1884, À rebours, où il consacre un passage à Odilon Redon.

Le 15 du mois d’août, la Vierge Marie et les francs-maçons…

Le 15 août est le 227e jour de l’année du calendrier grégorien (228e si année bissextile).

C’était généralement le 28e jour du mois de thermidor dans le calendrier républicain français, officiellement dénommé jour du lupin, de son nom générique, Lupinus, qui est le nom latin de ces plantes qui dérive de lupus, le loup.

Genre de plantes dicotylédones de la famille des Fabaceae, voir le lupinus n’est donné à tout le monde.

Terme signifiant « herbe au loup », c’est dire, selon le philologue Jacques André, « mordante comme le loup », en référence à la légendaire amertume de ses graines dans l’Antiquité…

En ce jour du loup, donc, mais aussi jour de l’’Assomption, appelée Dormition dans la tradition orientale, la Vierge Marie, mère de Jésus, au terme de sa vie terrestre, est entrée directement dans la gloire de Dieu, autrement dit « montée au ciel ».

Mais que nous apprend l’encyclopédie mariale sur la franc-maçonnerie ?

La réponse nous est donnée par Françoise Breynaert sur le site https://www.mariedenazareth.com/

« La franc-maçonnerie

Au Moyen Age, les francs-maçons étaient des compagnons bâtisseurs ayant des connaissances spécifiques en architecture ; ils travaillaient souvent à la construction des cathédrales, et les cathédrales étaient dédiées à Notre Dame.

Mais voici qu’à la fin du XVI° siècle, en Angleterre, furent acceptés parmi les franc-maçons des gens, les « Rose-croix », qui se présentaient comme les bâtisseurs du « temple invisible et immatériel de l’humanité »[1].

Édition originale de la Fama Fraternitatis, 1614.

Ainsi naquit la « franc-maçonnerie », qui « a pour devoir d’étendre à tous les hommes de l’humanité les liens fraternels qui unissent les Francs-Maçons sur toute la surface du globe »[2].

Tous les Francs-Maçons ne sont pas hostiles à l’Eglise, pourtant, à la base du projet franc-maçon, il y a ces « Rose-croix » dont la croix mime la croix du Christ, mais qui n’a plus rien de chrétien.

Ce projet, unir tous les hommes sans le Christ, ressemble à la construction de Babylone dont parle aussi l’Apocalypse, et un tel projet s’auto-détruira, il sera détruit par la Bête qui l’a inspiré

(Ap 17, 16) !

Johann Valentin Andreæ a publié Les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz en 1616.

Alors que l’unité de « Babylone » ne peut pas tenir, l’exégèse biblique a montré le lien entre Jésus, sa mère, et l’unité : non pas une unité imposée de l’extérieur par un système commercial et abstraite, mais une unité fondée sur l’amour du Christ rédempteur et de sa mère Marie.


« Basic Principles » anglais de 1929 – Point 3) Que tous les initiés prennent leurs Obligations sur, ou en pleine vue, du
Volume de la Loi Sacrée ouvert, de manière à symboliser la révélation d’en haut qui lie la conscience de l’individu particulier qui est initié.

La Bible ?

Dans la Franc-Maçonnerie dite « régulière », la Bible est ouverte durant les travaux, couverte de l’équerre et du compas. Mais elle peut être remplacée par la Torah ou le Coran. Ce n’est pas en tant que Parole de Dieu qu’elle est vénérée mais en tant que point de départ, exotérique, d’où le Maçon « s’élève » vers une connaissance (abstraite, et que l’on pourrait dire gnostique, ésotérique, etc.) par le travail symbolique.

« Quelle que puisse être la religion professée par un Maçon, cette révélation de la divinité qui est reconnue par cette religion devient sa planche à tracer. »[3]

Une telle attitude est opposée à l’attitude chrétienne qui ne saurait rien écrire sur la Bible. Le chrétien laisse plutôt l’Esprit du Dieu vivant écrire la Parole dans son cœur (2 Co 3, 3).

« Basic Principles » anglais de 1929 – Point 2) Que la croyance en le G.’. A.’. D.’. L.’. U.’. et en Sa volonté révélée soient
une condition essentielle de l’admission des membres.

Dieu ?

Dans la Franc-Maçonnerie, « le « grand architecte de l’univers » est un « ça » neutre, indéfini et ouvert à toute compréhension. Chacun peut y introduire sa représentation de Dieu, le chrétien comme le musulman, le confucianiste comme l’animiste ou le fidèle de n’importe quelle religion »[4].

La Franc-Maçonnerie dans son ensemble revendique le statut d’Ecole ésotérique ; or la recherche ésotérique conduit par la voie de l’immanence à la rencontre du divin impersonnel des traditions panthéistes ou monistes[5].

Pour un chrétien, l’immanence et le monisme sont une trahison, une régression aux éléments du monde :

Saint Paul, par Antoine van Dyck (1618-1620), Niedersächsisches Landesmuseum, Hanovre.

« Mais maintenant que vous avez connu Dieu ou plutôt qu’il vous a connus, comment retourner encore à ces éléments sans force ni valeur ? » (Ga 4, 9).

Et saint Paul nous exhorte à nous tourner vers la femme par qui Dieu envoya son Fils afin de recevoir la véritable adoption :

« Nous aussi, durant notre enfance, nous étions asservis aux éléments du monde. Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale. » (Ga 4, 3-5)

– Le magistère, conscient des enjeux profonds, a toujours enseigné qu’un chrétien ne peut pas être franc-maçon, il l’a encore rappelé après la parution du nouveau droit canon, par des déclarations claires[6].

[1] S. Hutin, Les sociétés secrètes, PUF, collection « que sais-je ? » n° 515, 11° édition, Paris 1993, p. 60-61

[2] A. Guichard, art. « Franc-Maçonnerie », Encyclopedia universalis S.A., France, 1998

[3] Dc Mackey, Masonic Ritualist, cité par A.Preuss, Etude sur la francmaçonnerie américaine, trad. A. Barrault, centro Librario Sodalitium, Verrua Savoia (Italia), 1998, p.171

[4] Déclaration de l’épiscopat allemand, L’Eglise et la franc-maçonnerie, Pressedienst 12 mai 1980.

[5] Joseph Marie Verlinde, La Déité sans nom et sans visage, le défi de l’ésotérisme au christianisme, II, Edition Saint Paul, Versailles 2001, p. 167-192

[6] Congrégation pour la doctrine de la foi, Déclaration du 17 février 1981, et Déclaration du 26 novembre 1983 »

Un site qui renvoie aussi vers d’autres articles sur l’art royal :

La franc-maçonnerie : Babylone, antithèse de la femme couronnée d’étoiles ?/Le magistère et la franc-maçonnerie/1610 à Quito (Equateur) : des apparitions parlent de la franc-maçonnerie/Chrétien et franc-maçon ? Autre bibliographie utile

Puisqu’il est fait question dans l’article de notre sœur en humanité Françoise Breynaert de franc-maçonnerie dite « régulière », il nous revient à l’esprit une loge qui porte le doux nom de « Rosa Mystica ». Signifiant rose mystique, il est un des nombreux vocables sous lesquels la Vierge Marie est invoquée dans les Litanies de Lorette, une prière populaire dans l’Église catholique…

Ladite loge blasonnant ainsi : « Écu en losange de sable à croix d’or tréflée, chargée d’une rose pourpre, au bouton d’or accompagné de neuf points du même, rangés en cercle deux orles brochant sur la croix, le premier diminué de sinople, le second de gueules en forme de lacs, entravaillé au précédent, à la filière d’or. »

Une rose et une croix… cela ne vous rappelle-t-il rien ?

L’Assomption de la Vierge, Jan Matejko, Musée national de Cracovie, Pologne, 1875..jpg

Reconnaissons que la question de la Vierge Marie et de la franc-maçonnerie en général ou de celle dite « régulière », en particulier, qui demande la croyance en un Grand Architecte de l’Univers (GADLU), qui est Dieu, n’amène pas, de la part de l’Église catholique d’enseignement officiel spécifique sur ladite question.

Il est vrai que les enseignements de l’Église sur la Vierge Marie se concentrent sur son rôle de Mère de Dieu, sa virginité perpétuelle et sa place unique dans l’histoire du salut. Soulignons aussi la profonde dévotion et la révérence de l’Église catholique à l’égard de la Vierge Marie. Il en est d’ailleurs de même pour tout chrétien de l’Église catholique romaine et apostolique. Elle est considérée comme l’icône parfaite de l’Église et la réalisation la plus parfaite de l’Église. L’Église la reconnaît comme le modèle des attitudes du cœur, telles que l’écoute et l’accueil de la Parole de Dieu, la recherche active de sa volonté et la disponibilité totale pour réaliser le plan de Dieu. La maternité virginale de Marie, sa capacité de prière et de travail, et son souci de l’Église naissante sont également soulignés.

De son côté, l’Église a historiquement exprimé des préoccupations concernant certains aspects de la franc-maçonnerie. La position de l’Église sur la franc-maçonnerie est exposée dans le document « Déclaration sur les associations maçonniques » publié par la Congrégation pour la doctrine de la foi en 1983. Ce document affirme que l’appartenance à des associations maçonniques est incompatible avec la foi catholique en raison des principes et des actions de la franc-maçonnerie qui sont contraires à l’enseignement de l’Église. Pour mieux comprendre cette thématique, il pourrait être judicieux, voire recommandé de consulter les documents officiels de l’Église et de demander conseil à des ecclésiastiques compétents pour mieux comprendre ces sujets… ou à votre vénérable maître !

La solitude et la connaissance de soi

La solitude et la connaissance de soi, un conte philosophico-initiatique

Et si ce que nous donne le monde n’était qu’un reflet de ce que nous donnons au monde ?

C’était un rivage inhabité, sans limite où, dans la solitude commençait ce qui lui parut un désert. Émat avait justement voulu venir là, dans un renoncement aux distractions citadines, pour une solitude nécessaire au dépouillement mondain. Seule son ombre le suivait. Sa marche, les yeux fixés sur ses pensées, ne s’y laissait plus appréhender selon des coordonnées horizontales de distance parcourue, mais selon celles de la profondeur. Il ne s’identifiait plus au touriste assuré de ses trajets, ni à l’errant désorienté qui fuit, mais au pèlerin dans la quête de cet ailleurs dont on lui avait parlé. L’intérieur de l’homme est un désert, un vide pour Cioran, un abîme pour Victor Hugo, Hermann Hesse, Gérard de Nerval, Blaise Pascal, Paul Valéry et tant d’autres. L’invitation à se connaître de toutes les initiations n’est rien d’autre qu’un appel à prendre conscience de son propre désert. C’est une vision à la fois de sa misère et de sa grandeur.

Lorsque la lumière du grand bleu du ciel, dans l’alternance cosmique, laissa la place à l’obscurité de la nuit, «son mouvement s’évanouit au seul nommer de l’Infini[1]» devant cette immensité sans autre décor qu’elle-même. S’allongeant, avec une pierre pour oreiller, Émat s’endormit et rêva.

Il était devant l’architrave du frontispice du temple de Delphes dédié à la Pythie. Apollon lui désignait les mots gravés dans la pierre ; «connais-toi toi-même» qui s’y détachaient. Il n’avait pas besoin d’épeler les mots, il les connaissait ; Socrate les revendiquait, tandis que Pline l’Ancien les attribuait à Chilon de Sparte. Platon, qui chercha à en trouver le sens, montrant le ciel et la terre, ouvrait tous ses livres où il avait mentionné cette phrase. Comme des abeilles qui vont polliniser la pensée, des feuilles de son Charmide, de Philèbe, de Protagoras, d’Alcibiade et de ses Lois s’envolaient et lui laissait entrevoir l’importance de cet impératif : «Connais-toi toi-même et comprends, comme une injonction initiatique, que c’est une clef pour comprendre le monde et la vie».

À son réveil dans l’aurore naissante, se souvenant de son rêve, il s’interrogea : comment faire pour se connaître ?

Tournant son regard, Émat examina ce qu’il pouvait constater sur lui. Évidemment, il ne pouvait voir de son corps que ses bras, ses jambes, son torse, rien de son dos, rien de sa face.

Comme un aveugle, il effleura de ses mains la forme de son visage. Que suis-je ? Le questionnement, le quoi, était déjà inscrit dans son patrimoine d’humanité parce que la somme des lettres hébreux du nom de l’idée de l’humain biblique «Adam»[2], 45, correspond à ma, qui vaut aussi 45, le «quoi», le questionnement. D’ailleurs c’est avec le questionnement que les Hébreux furent nourris dans le désert de l’Exode, avec la manne, en araméen, mahanou, «qu’est-ce que c’est ?».

Émat se sentit comme le reflet du monde, microcosme, image fractale d’une création qui inscrit dans son être les proportions mystérieuses et universelles que les nombres révèlent et qui furent chantés par Pythagore. Est-ce cela connaître l’Univers ? L’univers est en moi essaya-t-il de se persuader. Ce qui lui avait paru étranger devint étrangement lui-même. Il en fut heureux et eut envie de voir si son visage en avait changé. Il lui fallait un miroir, un corps suffisamment poli, une surface de réflectance, une pierre polie comme l’obsidienne, ou un morceau de verre, ou un bout de métal ou encore tout plan d’eau avec une onde calme qui lui renverrait son image.

Il chercha, et trouva un tesson de bouteille et s’en servit comme d’une psyché. L’objet, concave d’un côté, lui fit songer à ces miroirs ardents, capables de concentrer l’énergie solaire au point que Lavoisier l’utilisa pour fondre l’or. Il songea, aussi, à ces calices qui, suivant leurs formes et leur angle de réfraction retiennent ou renvoient la lumière après l’avoir reçue. Il sourit en retournant ce miroir de sorcière. Il voyait s’y refléter, dans sa courbe convexe, ce qui l’entourait. La forme captait des images au-delà de son champ de vision, devant lui, derrière, en haut, en bas, mais sa propre image était déformée.

Émat se souvint d’une pratique du Rite Français : «Le Vénérable présente à l’aspirant une autre face du miroir qui lui défigure entièrement les traits, en les allongeant outre mesure sous un aspect, les adoucissant sous un autre, et les montrant sous un troisième très oblique. C’est, lui dit-il, l’emblème du vice, du mensonge et de l’erreur qui altéraient la beauté de votre âme et obscurcirait votre entendement si vous n’étiez sur vos gardes…»[3]

Alors, en dévoilant, le miroir déforme-t-il aussi ?

Devant l’évidence, Émat constata que le miroir ne donne à voir qu’une image en deux dimensions, une apparence diminuée ? L’être, son histoire, ses potentialités, sa raison ou sa spiritualité, en un mot sa phénoménalité ne se trouve pas dans ce qui est reflété. Tout être est gonflé de changements et de potentiel. C’est aussi ce que Plutarque fait dire à Ammonios : «L’homme d’hier est mort dans l’homme d’aujourd’hui, l’homme d’aujourd’hui est en train de mourir dans l’homme de demain ; personne ne demeure et personne n’est un, mais nous devenons plusieurs, tandis que la matière circule et glisse autour d’une image unique et d’un moule commun5[4]». Les degrés et fonctions maçonniques n’assignent–ils pas qu’une identité provisoire au franc-maçon ?

Mais oui, mais c’est bien sûr pensa Émat, cela veut dire que ni soi, ni l’autre ne sont qu’une apparence et que le corps porte davantage que son extérieur ; il est le lieu où sa vie exprime le mouvant et émouvant grand Tout. Ce bout de verre lui renvoyait la question de l’existence, de l’être au monde, par le dévoilement des forces secrètes et invisibles qui animent et dirigent l’ordre des choses visibles et là, dans son séjour dans son reflet, Émat comprit que le vrai est le négatif des apparences[5].

Un vol d’oiseaux sauvages griffa le ciel. Cela lui fit penser à ce livre de conte, La conférence des oiseaux, qu’il avait trouvé abandonné sur un quai de gare et qu’il avait ramassé comme si cet ouvrage lui était destiné pour lui délivrer un message.

La conférence des oiseaux[6] est une épopée mystique soufie qui retrace la quête d’oiseaux pèlerins partant, sous la conduite d’une huppe[7], à la recherche de leur roi, la Sîmorgh. Partis par milliers, à la fin de l’épopée, seuls trente oiseaux parviennent au terme de leur quête et peuvent contempler l’oiseau sublime. À ce moment précis et par un subtil jeu de mots, la Sîmorgh devient le miroir de ces sî-morgh («trente oiseaux» en persan) qui découvrent, en l’oiseau qu’ils cherchaient, le secret profond de leur être.

Comme cela a été analysé, «lorsqu’ils tournent le regard vers Sîmorgh, c’est bien Sîmorgh qu’ils voient. Lorsqu’ils se contemplent eux-mêmes, c’est encore Sî-morgh, trente oiseaux, qu’ils contemplent, identité dans la différence, différence dans l’identité ». On retrouve ici le concept d’âme du monde identique à tous les êtres, se mirant en chacun d’eux, tout en se manifestant de façon différente. « Ce cantique des oiseaux est le reflet des âmes humaines »[8].

Maître Eckhart, dans le même sens, affirmait que «le regard par lequel je Le connais, est le regard par lequel Il me connaît». Le motif central du miroir est de nouveau présent ; la contemplation du reflet de la divinité dans sa propre âme, livrerait le secret et donnerait l’ultime clé d’accès à la cité intérieure de l’être.

Dans le fond, il ne se connaissait pas vraiment pensa-t-il.

Ce que nous percevons finalement en notre personne, conclut-il, au stade de sa réflexion devant le miroir, c’est un «autre» mis au-devant de nous. Nous sommes, sans le savoir incomplets, inachevés. Il y a une habitude à se voir ; une telle habitude que c’est à mon image inversée que je crois ressembler. Mais qui scrute qui dans le miroir ? Si j’étais de l’autre côté du miroir, est-ce que je me verrai aussi inversé? Nous sommes souvent surpris de nous voir tel que les autres nous perçoivent. Il faut un jeu de doubles miroirs pour annuler l’effet d’optique et remettre le reflet à l’endroit, il faut le regard de l’autre pour compléter la vérité de notre être.

La réponse à la question «êtes-vous franc–maçon» le dit d’une certaine façon : «mes frères me reconnaissent comme tel».

Que verrais–je si le support du reflet était un plan d’eau se demanda-t-il ? Alors, Émat voulut en faire l’expérience, chercha, et trouva une mare sombre et claire à la fois. Il s’assit, se pencha.

Une métamorphose ! Il était, à la fois, au bord de l’eau et tout entier dans l’onde calme, il se trouvait à deux endroits à la fois, il était dans un état superposé, à la fois ici et là-bas dans un état fluidique.

Si près de son reflet aqueux, comment ne pas se rappeler Ovide ? Liriopé, la nymphe bleue, eut un fils du dieu du fleuve, Céphise, qui la viola. Narcisse fut le nom de l’enfant qui naquit11[9]. Le divin Tirésias prédit que Narcisse vivrait très vieux à condition qu’il ne se voie pas. Et Narcisse grandit, et Narcisse devint beau.

Parmi ses amoureuses, la nymphe Écho fut repoussée et en réclama vengeance. Ce fut Némésis qui, dans l’eau claire d’une source, fit voir à Narcisse son reflet dont il en tomba amoureux. Se rendant compte que l’amour pour soi-même est vain, Narcisse dit adieu… adieu lui répondit Écho. Et, posant sa tête fatiguée sur l’herbe verte, Narcisse ne fut plus.

Que de légendes autour de ce psychodrame ! Que l’eau dans laquelle Narcisse se noie soit en fait celle de l’image de son père Céphise, le dieu fleuve, qui abusa sa mère, ou que son reflet soit celui d’une sœur jumelle morte qu’on lui prêtait et que son amour pour elle l’ait conduit à la rejoindre, ou que ce soit la punition d’un amour de soi-même, ce sont toujours des interprétations psychanalytiques dans lesquelles ce sont les traumatismes qui triomphent.

Quel terrible destin de mourir parce que nous aurions entrevu ce que nous sommes ! s’exclama Émat intérieurement.

L’inconscient serait-il notre pire ennemi comme les freudiens veulent le laisser croire[10] ?

L’approche de la vérité de soi se fait dans le champ de la conscience personnelle en fut persuadé Émat. Au Rite écossais rectifié, une épreuve du miroir voilé se passe au cours du quatrième voyage de la réception du compagnon. Lorsqu’il lui est présenté, le récipiendaire peut y lire sur un phylactère : «Si tu as un vrai désir, du courage et de l’intelligence, écarte ce voile et tu apprendras à te connaître». Le miroir donne à réfléchir sur soi et sur le monde. Il vaut mieux réfléchir et ne pas regarder se réfléchir.

C’est ce que me propose le Gnothi seauton, le «connais-toi toi-même» du Temple de Delphes. C’est une connaissance pour vivre et non pour mourir, pour vivre, non seulement avec soi-même, mais avec les autres, pensa Émat.

Il s’agit bien de connaître ses limites ; cela se fait par un état de conscience, pas d’inconscience. C’est un rapport aux autres, une indication de juste mesure, celle qui fait se courber pour passer une porte basse, par exemple.

La phronésis, la sagesse grecque pratique, est une incitation à la réserve par le savoir, une modération dans le plaisir[11]. Pour Socrate, la vocation morale de l’être est dans la tempérance et la mesure, dans la connaissance de notre portée. Socrate est explicite : «Celui qui ignore ses capacités ne se connaît pas lui-même… Ceux qui se connaissent eux-mêmes savent ce qui leur convient et, distinguant ce qu’ils savent, ils se procurent ce dont ils ont besoin et ils sont heureux…».

Émat savait que, sur le marbre de ce même fronton, s’offrait aux yeux du pèlerin l’inscription é Mèden agan[12], «et rien de trop». Pour ce qui concerne le contenu de sa vertu éthique, Aristote le définit comme le juste milieu (mêsotès) entre deux extrêmes condamnables nommés ellipse et hyperbole. C’est une exigence morale qui s’accompagne de 147 commandements qui auraient été écrits par sept sages[13]. «La vertu fait viser le milieu[14]. Ainsi, quiconque se connaît fuit alors l’excès et le défaut. Il cherche au contraire le milieu et c’est lui qu’il prend pour objectif. Et ce milieu n’est pas celui de la chose, mais celui qui se détermine relativement à nous». C’est bien la tempérance maçonnique.

Émat sourit en pensant à cette bévue, communément répandue, que «et tu connaitras l’univers et les dieux» serait la suite de la phrase Cette conclusion, ajoutée plus tardivement, n’a jamais été gravée sur le temple de Delphes ! Connaître les dieux serait d’ailleurs antinomique avec ce que disait Socrate : ce qui est au-dessus de nous est sans rapport avec nous. Pour Socrate, «Connais-toi toi-même» signifiait qu’il faut atteindre la connaissance et la maîtrise de soi et s’affranchir des spéculations idéologiques et des explications théologiques (à une époque où la vénération des dieux était telle que l’on s’en remettait à eux pour tous les grands choix et évènements de la vie). Le «toi-même» du précepte invite à l’éveil de soi-même, à ne plus s’en remettre aux dieux pour tous les choix à faire et, par conséquent, à ne pas faire porter aux dieux la responsabilité de toutes nos erreurs.

Le miroir n’est pas seulement un appel à une introspection, c’est surtout à une mise en relation de l’être avec ses limites. Se regarder pour se connaître, c’est ne pas rester médusé par son propre reflet, rester figé dans une dimension achevée, mais c’est ouvrir son visage sur l’altérité, avec l’humilité qui fait place à l’autre en l’acceptant dans la lumière nécessaire pour le voir. C’est pourquoi le miroir, en fait, est aussi l’instrument de la ligne de mire qui doit révéler l’angle secret de ce qui n’apparaît pas encore, mais qui est en gestation, l’être en devenir avec les autres. Ce n’est pas la complaisance que le miroir propose, c’est un «autre», des autres, mis au-devant de nous. Le regard des autres va devenir le miroir où nous allons retrouver ce double que nous avons perdu[15].

Le mot visage, en hébreu panim, n’est-il pas un pluriel ? N’y a-t-il pas sur une seule goutte de pluie tout le reflet du monde ?

Il faut de l’expérience pour se connaître, il faut nous voir réagir à nos épreuves en ajustant nos actions éthiques.

Il faudrait mesurer nos convictions à la force de nos engagements en expérimentant le possible de nos vies entre désirs, rêves, attentes et réalités. La sagesse de Salomon n’est-elle pas de considérer comme vain tout ce qui ne dépend pas de nous-mêmes ?

Le «connais-toi toi-même» demande de tracer le cercle avec un compas ouvert sur la mesure de notre potentiel. Dans la Tradition, la Prudence n’est-elle pas représentée par un miroir entouré d’un serpent[16]. Ce cercle ne fait pas de nous un centre, car c’est à sa périphérie nous avons à le parcourir dans le contact avec les autres ?

Émat glissa doucement vers un état proche de la catoptromancie, cet art antique basé sur un phénomène d’autohypnose où la conscience flottante s’abandonne à ses visions intérieures, via le miroir.

Le miroir ne me flatte pas, se dit Émat, il ne me montre que ce qui s’y reflète, à savoir mon visage, pas l’être que l’on ne montre jamais au monde car on le cache par le personnage, le masque de l’acteur. Le masque, c’est à la fois l’écran et l’exhibition de la personne elle-même. Persona est en latin le masque de l’artiste qui cache son visage. Le masque est ainsi le support d’une dialectique du visible et de l’invisible, du dévoilement et du retrait. L’être en sa profondeur est secret et se doit malgré tout de faire des apparitions. Le masque dit la nécessité d’un écran, d’une caisse de résonance pour l’existence de l’homme comme altérité nécessaire de soi.

Comme le bandeau, comme la colonne des apprentis, le miroir, ce désert personnel, est une invitation à descendre dans les tréfonds de la conscience de soi, mesurant la pesanteur de ses pensées, de ses actes et de ses propos, puis à s’élever, libéré, régénéré, apaisé et confiant, ayant accédé à un nouveau niveau d’intelligence cognitive. L’être n’est pas un Néant, il est un étant qui participe à la Création en l’actualisant dans son impermanence, il en est un de ses flots de conscience.

Dans l’onde se reflétait aussi le ciel au milieu duquel il semblait maintenant se trouver. Émat comprit que le speculum, autre nom latin du miroir, génère le verbe «spéculer», que le visage, dans lequel il se reconnaissait plus ou moins, importait peu. Son continent de complexité, et de celui qui l’entoure, lui avaient donné à réfléchir pour en connaître son être. Ce fut une évidence : ce sont ses actes qui en dessineraient les contours et que l’amour qu’il pouvait donner et recevoir en reculerait les frontières[17].

Émat ramassa une pierre qu’il jeta tendrement dans la mare, son image disparut dans les molécules de l’eau qui en seraient dorénavant les gardiennes. Se relevant du bord de la rive, il pénétra dans la lumière de l’air et, de cette matière à voir, il en fit du vent, retenu par la voile de son être, pour amorcer le mouvement de ses pas et quitter son désert. Sa quête ne devait pas s’y achever.

Viendra le temps de la reliance, de la médiation après celui de la méditation. Là se lieront les informations extérieures aux ressentis intérieurs, là s’effectuera la coïncidence des opposés dans le mouvement et l’équilibre, en cessant de se regarder dans l’immobilité, avec ce qu’il avait connu de luimême. En ce sens, le désert est un lieu de passage : se quitter soi-même, abandonner son moi superficiel pour trouver son Soi. Dans le désert, le pèlerin des sables se meut au contact de l’infini. Il s’immerge dans l’alliance de la terre et du ciel, dont le cœur en est le foyer de convergence. La contemplation ne peut qu’être expérience, un moyen de connaître des faits que l’on ne voit pas, de trouver une condition humaine autre.

En initiation, comme en hébreu, le désert n’est qu’un passage. En hébreu le mot désert s’écrit « midbar », avec comme racines les lettres daleth beth et reich. Avec ces mêmes racines, l’hébreu écrit, entre autres, les mots : dabar qui signifient la parole, mais aussi la peste ; débora, l’abeille et doberot, les radeaux sur lequel furent amenés les bois de cèdre depuis le Liban pour construire le Temple de Salomon[18].

Leur point commun ? C’est le mouvement, le passage d’un point à un autre, le fait de transmettre.

La pensée de l’accomplissement de soi, héritée d’une tradition immémoriale, est celle de l’épreuve.

Cette pensée de l’épreuve est la pensée de l’effort en tant qu’il construit le moi, mais en tant que le moi trouve, par son intermédiaire, une finalité plus haute que lui qui est sa place dans le réel naturel ou social. Une pensée s’imposa à Émat : « autrui fonde l’essence du moi ; je ne suis que ce que tu es ; si tu n’étais pas, dans ma solitude je ne serais plus[19].» Ma relation à l’autre «n’est pas qu’un échange de droits pour régler des libertés rivales», il est son visage qui me fertilise et qui m’assigne à la responsabilité[20].

En mettant ses pas les uns devant les autres, Émat se dirigea vers l’horizon pour le faire reculer. Il murmura à cet instant : «Que je sois le veilleur de tous les horizons / Permets à mon regard plus hardi et plus vaste / d’embrasser soudain l’étendue des mers[21] ».

En s’entendant, il comprit que son horizon des eaux avait renversé son reflet du paraître et que son questionnement «que suis-je ?» était devenu la joie de la question existentielle «qui suis-je ?»[22].

Restera la question : son désir sera-t-il celui d’être un autre ou celui d’être encore plus lui-même[23] ?


[1]Milosz Lubicz, Épitre à Storge, p.21 :

[2]  On ne rencontre l’écriture Adam (םָ דָ א) qu’aux versets Gen ; 1, 26 et 3,21. Son nom Aadam (הָאָדָם) est expliqué au chapitre 2 de la Genèse, verset 7: au moment où il devint «un animal avec une âme» par le rajout du Hé, le souffle divin. Cela fait passer la somme des lettres du mot Adam, 45 (א דָ םָ ), correspondant au mot «quoi» (מה), à la somme des lettres d’Aadam 50, donnant «qui» (מי) ; comme s’il était passé de l’état d’objet, d’idéation. « Faisons l’homme (adam) à notre image » devient sujet dans sa corporéité, « Dieu créa l’homme (Aadam) ». Cela nous invite à réfléchir sur la préexistence des âmes avant leur descente dans des corps produit par la chute et au thème de la réintégration des êtres bien connu du Régime Écossais Rectifié .

[3] Dupontes, Cours Pratique de Franc-maçonnerie, p.145.

[4] Plutarque, Œuvres morales, p. 246.

[5] Compléter par la lecture du texte au paragraphe II. La détermination au négatif est inscrite dans l’Être.

[6] La conférence des oiseaux de Farid ûd-Dîn Attâr.

[7]  La Huppe ou la Simorgh serait l’oiseau qui aurait permis à Salomon de s’emparer du shamir (La légende de Soliman, note 26, p. 15).

[8] La contemplation comme voie spirituelle.

[9]  À Thespies, en Béotie.

[10]  L’épreuve du miroir apparaît en 1778 dans la Maçonnerie lyonnaise où naquit le RER. Alors, la cérémonie de réception de l’apprenti ne mettait pas en œuvre le miroir. C’était «au 2ème grade, que le candidat les yeux bandés était conduit devant un miroir caché par un rideau. Après que le vénérable l’ait incité à rentrer en lui-même pour y passer en revue ses erreurs et ses préjugés, le bandeau lui est enlevé et il contemple son, visage dans le miroir éclairé par un réverbère.» Ce n’est qu’en 1782, au Convent de Willemsbad, qu’elle fut adoptée par le RER au 1er degré et perdure dans les autres Rites qui pratiquent cette épreuve.

Dans le rituel d’initiation au REAA et au Rite Français Groussier, le miroir présenté à l’impétrant a pour signification que son reflet est son plus grand ennemi avec lequel il faut se réconcilier.

[11]  Dans la tradition, la Prudence, tenant ou écrasant un serpent, est représentée avec un miroir.

[12] Μηδὲν ἄγαν : Sénèque explore les « trop » qui empêchent la vie heureuse dans ses Consolations.

Et rien de trop au cœur de la pensée grecque.

[13]  Les sages par Platon, dans Protagoras p.46 : Thalès de Milet et Bias de Priène, tous deux de l’Ionie ; Pittacos, Éolien, de Mytilène dans l’île de Lesbos ; Cléobule de Lindos, ville Dorienne de l’Asie ; Solon d’Athènes et Chilon de Sparte ; quant au septième, au lieu de Périandre, fils de Cypsélos, Platon, fils d’Ariston, mentionne Myson de Chénées (il y avait autrefois sur le mont Oeta un bourg de ce nom).

[14] Les Commandements ou Ordres de Delphes.

[15] Gaston Bachelard, Une enfance parmi les eaux.

[16] Œuvres de Phillibert de l’Orme, Livre III, De l’Architecture 1626, p. 50v.

[17] Les miroirs en étain poli, que les femmes des hébreux apportèrent (ainsi que leurs bijoux) pour être fondus afin de fabriquer les ustensile servant aux ablutions des prêtres du Tabernacle, furent refusés dans un premier temps, sous prétexte d’être des objets de frivolité. Cependant, D.ieu ordonna de les prendre parce qu’ils servaient aux femmes pour se faire belles afin d’adoucir la souffrance de l’esclavage de leurs époux (Échanges avec Haïm Korsia à la GNLF).

[18]  I Rois ; 5,23.

[19]  A. Neher, Amos, Contribution à l’étude du prophétisme, p.263, J. Vrin, 1950.

[20] Corine Pelluchon, Introduction à Levinas

[21] Rainer Maria Rilke, Le Livre de la pauvreté et de la mort, traduit de l’Allemand par Adamov

[22]En hébreu eau se dit «Mayim» (Mèm, Yod, Mèm). «Mah» (Mém, Hé) veut dire Quoi ? Le reflet de im est mi (Mém, yod) qui veut dire «Qui». Une fois cette étape du questionnement franchie, l’homme peut alors pénétrer dans la Sagesse créatrice et devient «Tsadik», un Juste, dont la lettre initiale, le «Tsadé»,  a pour valeur 90, soit précisément la valeur guématrique de «Mayim» les eaux !

[23] Le désir d’être pour Schopenhauer, c’est être un autre, pour Spinoza, c’est être encore plus le même.

Petit tour de l’humain, grand retour à l’Homme !

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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Tous les comportements humains sont empreints d’humeurs, pas nécessairement d’humeurs de l’instant, mais aussi d’humeurs remontant à des pensées, à des émotions, à des situations ou à des expériences antérieures, parfois anciennes, soit continues, soit inopinées, soit rappelées par les circonstances. Vous vous demandez avec effarement pourquoi je claironne une telle banalité, d’entrée de jeu. Oh ! c’est bien simple : parce que ce qui doit nous interroger relève le plus souvent de réalités triviales et diffuses auxquelles nous ne prêtons plus guère attention et qui font de nous des otages invisibles traînant leurs chaînes.

N’y aurait-il pas quelque paradoxe à s’en étonner, quand l’initié serait lui-même à la recherche d’un ressenti ? C’est qu’il s’agit de tout autre chose, qui passe précisément par un dépouillement, celui de cette gangue de réactions qui, pour être sincères et avoir leurs causes, oppriment notre moi profond et nous empêchent d’accéder à une pleine conscience de notre état de sujet vivant, appartenant non seulement à son histoire et à sa société, mais aussi et principalement au vaste règne de la Nature qui régule sa condition, en première comme en dernière analyse.  

Dans cet étrange combat qui ne peut se livrer que par les voies de l’apaisement intime et de la réconciliation intérieure, l’humour, qui marque ce pouvoir de dissociation d’avec les redoutables ambiguïtés du silence, l’humour porte ainsi la signature d’une libération. Certes, il reste loin du langage de la totalité – langage qui, au fin mot, ne trouve son achèvement que dans un consentement ultime à l’ineffable –, mais il ouvre un chemin vers le ciel, laissant poliment à chacun le soin d’en tirer les conséquences. L’humour est la soupape de nos humeurs. Il vaque au service de notre réclamation perpétuelle de vérité, de justice et, en définitive, de pardon, car, sans capacité de pardon, aucun espoir ne peut durablement renaître. L’humour est le page de la résilience, même si, l’âge venant, il ressemble davantage à un vieux domestique se refusant à la mélancolie. Il offre toujours cette aide discrète et charmante pour l’esprit, qui l’encourage à poursuivre. Il est vrai qu’humour et humeur ont même origine et que ces mots se confondaient au début du XVIIe siècle, avant que l’usage anglais ne les distinguât, spécifiant le premier dans le recours à des « mots piquants à double entente[1] » ou à double détente, c’est selon, qui caractérise une « aptitude à voir ou à faire voir le comique[2] », le ridicule des choses, dévoilant gaîment la fausseté, la fourberie, l’imposture.  

C’est en cela que l’humour s’élève au-dessus de l’humus qui nous constitue, tant homme et humus ont racine commune dans la terre, le premier mot traduisant que l’homme prend son origine et sa forme dans le second. Même si cette étymologie n’a jamais été sérieusement contestée, elle offusquait jadis le rhéteur latin Quintilien qui ironisait : « Et dira-t-on que l’homme est nommé ainsi parce qu’il est né de la terre, comme si tous les êtres animés n’avaient pas la même origine[3] ? » Pour autant, façonné d’argile puis rendu à la poussière, l’homme gagnerait à se couler dans cet imaginaire car, à faire de plus en plus dangereusement offense à la Nature, il rompt avec l’originelle humilité[4] de sa fonction terrestre et risque de ne connaître bien longtemps ni  la consolation ni la sérénité ni moins encore la paix ou l’harmonie.


Humeur, humour, humus, humilité : petit tour de l’humain, grand retour à l’Homme !


[1] Trésor de la langue française, sub verbo Humour.

[2] Ibid.

[3] Marcus Fabius Quintilianus, De institutione oratoria (De l’institution oratoire, c’est-à-dire Au sujet de la formation de l’orateur – le terme d’institution s’entend ici au sens ancien que l’on emploie quand on parle, par exemple, d’instituteur ou d’institution privée d’enseignement, en renvoyant ainsi à l’action d’instruire ou d’éduquer), 1, 6, 34, soit en latin: Etiam ne hominem apellari, quia sit humo natus, quasi uero non omnibus animalibus eadem origo ?

[4] Inséparable de l’humus, l’humilité, cette disposition à se situer au ras du sol, « en réprimant tout mouvement d’orgueil par sentiment de sa propre faiblesse » (Trésor de la langue française, s.v. Humilité), résulte précisément de cette conscience de n’être qu’une humble poignée de terre, c’est-à-dire une moindre chose en ce monde, qui plus est, d’une nature remplie de défauts et de fragilités, quasiment négligeable à l’échelle du temps (car la vie de l’homme est si brève au regard de l’éternité). Ainsi, l’homme, être infime et infirme, en quelque sorte, ne saurait tirer vanité  d’une telle condition, d’autant plus qu’en renonçant aux grimaces de l’arrogance, il peut faire fond sur son intelligence et sa sensibilité pour assurer son salut dans l’harmonie du monde. Ainsi s’annoncent les vertus de l’humilité.

Sur le même thème, on peut se reporter avec profit aux deux articles suivants : Gilbert Garibal, « Homme, humus, humilité », paru sur ce site quelques jours après le nôtre et Solange Sudarskis, « Humilité », sur son blog.

Découvrez la peinture maçonnique de William Fletcher Hope, 1837

De notre confrère anglais mediastorehouse.co.uk

William Fletcher Hope, 1837 (huile sur toile)

3066173 William Fletcher Hope, 1837 (huile sur toile) de l’école anglaise, (XIXe siècle) ; 130×109 cm; Bibliothèque et musée de la franc-maçonnerie, Londres, Royaume-Uni ; (add.info.: Barker); eMusée de la franc-maçonnerie ; Anglais, hors copyright

Nous sommes fiers d’offrir cette impression de Bridgeman Images en collaboration avec Fine Art Finder

© Musée de la Franc-Maçonnerie / Bridgeman Images

Ce portrait capture l’essence de William Fletcher Hope, une figure éminente de l’Angleterre du XIXe siècle. Peint avec des détails méticuleux et des coups de pinceau habiles, ce chef-d’œuvre d’huile sur toile met en valeur le talent d’un artiste anglais inconnu de cette époque. William Fletcher Hope est représenté dans une pose assise mi-longue, dégageant confiance et autorité. Sa présence saisissante est rehaussée par son tablier maçonnique traditionnel et son bijou, symbolisant son affiliation à la franc-maçonnerie. L’artiste a habilement capturé chaque détail complexe de ces symboles, soulignant leur importance pour l’identité de Hope. La composition encadre magnifiquement le visage de Hope, nous permettant d’admirer ses traits forts et son regard perçant. La représentation de trois quarts ajoute de la profondeur et de la dimension à la peinture, créant une représentation réaliste de ce gentleman estimé. Exposée à la Bibliothèque et au Musée de la franc-maçonnerie de Londres, au Royaume-Uni, cette œuvre d’art offre un aperçu de la riche histoire de la franc-maçonnerie au XIXe siècle. Il témoigne de l’héritage de William Fletcher Hope au sein de cette société secrète. Avec son savoir-faire impeccable et sa signification historique, ce portrait est un exemple remarquable des beaux-arts de cette période. Son inclusion dans la collection de Bridgeman Images garantit qu’elle continuera d’être appréciée pour les générations à venir. Avec son savoir-faire impeccable et sa signification historique, ce portrait est un exemple remarquable des beaux-arts de cette période. Son inclusion dans la collection de Bridgeman Images garantit qu’elle continuera d’être appréciée pour les générations à venir. Avec son savoir-faire impeccable et sa signification historique, ce portrait est un exemple remarquable des beaux-arts de cette période. Son inclusion dans la collection de Bridgeman Images garantit qu’elle continuera d’être appréciée pour les générations à venir.

Comprendre la théologie de Maistre – Entretien avec Marc Froidefont

De notre confrère lecontemporain.net

Marc Froidefont a écrit un très bon livre, intitulé La Théologie de Joseph de Maistre. Dans son étude passionnante, il analyse et explique, en très bon pédagogue, les idées développées par le penseur savoisien. Franck Abed, philosophe et historien, se définit depuis presque toujours comme maistrien. Après avoir lu cet ouvrage très instructif et extrêmement pertinent, selon ses propres mots, il a soumis à Marc Froidefont une série de questions. Nous publions, en exclusivité pour Le Contemporain, cet échange intellectuel de très haute volée.

Appartenance à la Franc-maçonnerie

Joseph de Maistre est en 1774 membre de la loge maçonnique Trois Mortiers en Chambéry. Il a les titres de grand orateur, de substitut des généraux et de maître symbolique. Il entend concilier son appartenance à la franc-maçonnerie avec une stricte orthodoxie catholique : entre autres, il refuse les thèses qui voyaient en la franc-maçonnerie et l’illuminisme les acteurs d’un complot ayant amené à la Révolution. Il écrit ainsi au baron Vignet des Étoles que « la franc-maçonnerie en général, qui date de plusieurs siècles […] n’a certainement, dans son principe, rien de commun avec la révolution françoise ».

Avec quelques frères de Chambéry, il fonde en 1778, la loge réformée écossaise de « La Sincérité », qui dépend du directoire écossais dont l’âme est Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), disciple de Joachim Martinès de Pasqually. Il est reçu chevalier bienfaisant de la Cité Sainte sous le nom de eques Josephus a Floribus (ce surnom fait allusion aux fleurs de souci de ses armoiries). Son œuvre reprend les enseignements de la maçonnerie : providentialisme, prophétisme, réversibilité des peines, etc. ; hautement investi dans la vie de cette société initiatique, à la veille du Convent de Wilhelmsbad (1782), il fait d’ailleurs parvenir à Jean-Baptiste Willermoz son célèbre Mémoire au duc de Brunswick. Il entretient par ailleurs une amitié avec Louis-Claude de Saint-Martin, pour lequel il avait une vive admiration, se faisant fort, disait-il, « de défendre en tous points l’orthodoxie », d’où son attrait pour le martinisme.

Lors de son séjour à Turin, en 1793, Joseph de Maistre adhère à la loge de La Stricte Observance (La Stretta Osservanza) qui relève du Rite écossais rectifié. Enfin, à Saint-Pétersbourg, il fréquente la loge de M. Stedingk, ambassadeur de Suède auprès du Tzarnote.

Au total, Joseph de Maistre a joué un rôle actif dans la franc-maçonnerie pendant environ 40 ans, et il est parvenu aux grades les plus élevés du Rite écossais rectifié et du martinisme. Il est répertorié sur la liste des francs-maçons célèbres dans le monde.

Joseph de Maistre a publié en 1782 le Mémoire au duc de Brunswick à l’occasion du Convent de Wilhelmsbad et en 1793 le Mémoire sur la Franc Maçonnerie adressé au baron Vignet des Étoles. Ces ouvrages sont régulièrement commentés ou étudiés comme des éléments historiques.

Propos recueillis par Franck Abed

Franck Abed – Bonjour Monsieur. Merci d’accepter de répondre à nos questions. Avant d’entrer dans le vif du sujet, merci de vous présenter pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas encore ou qui croient vous connaître.

Marc Froidefont – Je suis agrégé de philosophie et docteur en littérature et poétique. J’ai écrit une thèse à propos de Joseph de Maistre, laquelle a été rééditée en format de poche en mai dernier (Théologie de Joseph de Maistre, éditions Garnier, collection Classiques Jaunes). J’ai également rédigé, pour un plus large public, un petit livre intitulé Joseph de Maistre, la nation contre les droits de l’homme (éditions La Nouvelle Librairie).

Franck Abed – Pourriez-vous présenter dans les grandes lignes Joseph de Maistre et son œuvre ?

Joseph de Maistre est né en 1753 à Chambéry, dans le Duché de Savoie, lequel dépendait alors du Royaume du Piémont-Sardaigne, dont la capitale était Turin. Noble, marié et père de famille, magistrat consciencieux, Maistre eût pu vivre paisiblement à Chambéry, mais la Révolution française vint bouleverser son existence. En septembre 1792, les troupes révolutionnaires françaises envahirent le Duché de Savoie. Maistre, contrairement à d’autres nobles qui s’accommodèrent du régime républicain, fit le choix courageux d’émigrer, et, après quelques péripéties dangereuses, se fixa en Suisse. Là, il vécut plusieurs années modestement, tout en organisant, depuis Lausanne, une propagande royaliste à destination des Savoyards, afin de les mettre en garde contre le régime républicain, tout en espérant une reprise militaire de la Savoie par le royaume du Piémont. Maistre fut aussi chargé par son gouvernement de veiller aux intérêts des quelques compatriotes qui comme lui, avaient émigré. Fonction relativement modeste que l’on pourrait comparer aux rôles d’aujourd’hui d’un consul et d’un agent de renseignement. Les succès militaires de Bonaparte en Italie du Nord mirent à mal les espoirs de Maistre d’avoir un emploi à Turin. Les vicissitudes de la guerre firent qu’il erra un temps, sans ressources, du Val d’Aoste à Venise. En septembre 1799, il fut choisi pour être Régent (c’est-à-dire magistrat) de l’île de Sardaigne. Ce nouvel emploi n’était ni de tout repos ni sans embûches, mais en octobre 1802, Maistre eut la surprise d’apprendre qu’il allait être envoyé comme ambassadeur du Roi de Sardaigne à Saint-Pétersbourg. Maistre écrivit dans son journal : « […] grande et inattendue nouveauté, qui, suivant les apparences, m’ôte pour toujours à la Magistrature, et doit absolument changer mon sort ».

Maistre resta en Russie jusqu’en 1817. Sa fonction d’ambassadeur était en principe modeste, car il représentait un roi, le Roi de Sardaigne, sans grande importance politique ou militaire puisque ce roi avait perdu ses états de terre ferme, à savoir le Piémont. Maistre néanmoins, grâce à ses talents d’homme du monde, sut se faire accepter des salons aristocratiques et fréquenta nombre de gens importants, proches du Tsar. Il eut même la confiance de ce dernier et fut un temps son conseiller officieux. Maistre ayant une propension au prosélytisme, et amenant certaines personnes à se convertir au catholicisme, cela déplut au Tsar, lequel demanda à regret son rappel. Maistre s’installa alors à Turin. Il mourut déçu, car en dépit du retour du Roi en France, il constatait que les principes révolutionnaires, provisoirement vaincus, continuaient cependant à se propager non seulement en France, mais dans toute l’Europe. Il mourut à Turin en 1821.

Franck Abed – Est-il juste sur le plan intellectuel et philosophique d’établir une filiation entre la pensée de saint Augustin et celle de Maistre ?

Votre question est des plus pertinentes car la pensée de Maistre, en de nombreux points, peut être rapprochée de celle de l’évêque d’Hippone. Bien entendu, les différences entre les deux auteurs sont nombreuses, Augustin était évêque, théologien et philosophe alors que Maistre n’était, comme il se désigne lui-même qu’ « un homme du monde », ce qui implique qu’il n’y ait pas toujours chez le second les analyses conceptuelles que l’on trouve chez le premier. En dépit de cela, la filiation que vous suggérez est bien réelle. Si saint Augustin a entrepris de rédiger son grand ouvrage Cité de Dieu, ce fut pour essayer de comprendre un événement inimaginable pour ses contemporains et qui pourtant a eu lieu, plongeant alors le monde civilisé dans la stupeur, à savoir la prise de Rome en 410 par les Barbares. Lorsque Maistre écrivit son premier livre important, les Considérations sur la France, ce fut pour réfléchir sur la Révolution française, laquelle surprit l’Europe entière. Comment était-il possible que la monarchie, pourtant millénaire, pût être renversée et la France chrétienne saccagée ? La réponse de Maistre est la même que celle de saint Augustin : il s’agit d’un châtiment divin, Dieu punissant pour régénérer. Bien que l’Empire fût officiellement chrétien, les Romains étaient affaiblis par la décadence, résultat, entre autres causes, de l’épicurisme ; de même la France de la fin du dix-huitième siècle l’était par l’influence de la philosophie des Lumières, laquelle propageait le sensualisme et l’athéisme. Ainsi saint Augustin et Maistre mettent-ils en avant ce que l’on appelle en philosophie, le providentialisme, c’est-à-dire l’intervention de Dieu dans les affaires humaines, intervention qui se fait, dans le cas de la Révolution française par le biais d’hommes médiocres, lesquels ne sont que des instruments, des fléaux dont Dieu se sert pour châtier leurs contemporains.

Saint Augustin n’est cependant pas le seul auteur de l’Antiquité qui ait influencé Maistre. Il était, pour ce qui est des Romains, un grand lecteur de Cicéron et de Sénèque, et pour ce qui est des Grecs, de Platon, d’Aristote, d’Origène et des Pères de l’Église. Maistre voyait dans l’œuvre de Platon, une sorte de « préface de l’Évangile » et pensait que Sénèque avait dû connaître les Épitres de saint Paul. Ajoutons que Maistre lisait directement, comme tous les gens cultivés de son époque, les textes en grec et en latin, sans donc passer par le biais d’une traduction. Ses registres manuscrits, dans lesquels il rédigeait les commentaires de ses lectures, sont emplis d’extraits d’auteurs de l’Antiquité, et, à ceux que nous venons de citer, il faut ajouter les poètes, notamment Homère, dont Maistre faisait grand cas.

Franck Abed – Quelle place occupe le péché originel dans la pensée maistrienne ?

Le péché originel occupe une place importante, capitale même, dans la pensée de Joseph de Maistre. Chaque catholique sait que le péché originel est lavé par le baptême, mais si ce péché est effacé en tant que tel, certains effets du péché originel n’en demeurent pas moins, à commencer par un affaiblissement de notre volonté et conséquemment une attirance vers le mal.

Les philosophes de l’Antiquité avaient déjà fortement insisté sur le fait que les hommes, bien qu’ayant en eux les notions de bonté et de justice et les approuvant, étaient néanmoins enclins au mal. Sénèque, par exemple, que Maistre citait souvent, ne manquait pas une occasion, dans ses livres et ses lettres, de rappeler cette triste réalité. Maistre, tout comme Leibniz avant lui, et comme ses contemporains les abbés Bergier, Nonnotte et Feller, n’hésitait pas à mettre en avant les vers du poète latin Ovide : « Video meliora proboque, Deteriora sequor » qu’il traduisait ainsi : « Je vois le bien, je l’aime, et le mal me séduit ».

Le christianisme explique cette propension au mal par le péché originel. Saint Paul, dans l’Épître aux Romains en a parlé mieux que quiconque : « Je n’approuve pas ce que je fais, parce que je ne fais pas le bien que je veux ; mais je fais le mal que je hais ». Comment comprendre que les effets du péché d’Adam puissent ainsi affaiblir notre volonté, la rendre si réceptive au mal, alors qu’elle connaît le bien ? C’est un mystère, et comme le remarquait Pascal dans ses Pensées, sans ce mystère, « le plus incompréhensible de tous, nous sommes incompréhensibles à nous-mêmes ». Joseph de Maistre ne disait pas autre chose. Dans les Soirées de Saint-Pétersbourg, il insiste fortement sur notre dégradation due aux suites du péché originel. Péché, a-t-il écrit, « qui explique tout, et sans lequel on n’explique rien ».

En insistant sur les effets du péché originel, Maistre montrait que toutes les philosophies qui le refusent se condamnent ipso facto à ne pas voir l’homme tel qu’il est. Ainsi Rousseau, lequel refusait le péché originel, qu’il tenait pour une invention de saint Augustin, ne pouvait qu’avoir une idée fausse de l’homme. Tous ceux qui comme lui pensaient et pensent encore qu’il est possible de créer une société parfaite sur terre, sont dans l’erreur : le mal n’est pas seulement une réalité politique, il est en nous en tant que tentation, laquelle vient des effets du péché originel.

Maistre a rappelé à ses contemporains la réalité du péché originel que la philosophie des Lumières voulait faire oublier. Ceci dit, si Maistre a insisté sur la dégradation de l’homme due au péché, il n’en demeure pas qu’il a aussi exalté la dignité de l’homme. Il n’y a pas contradiction. Les effets du péché originel font que la volonté de l’homme est blessée, qu’il fait le mal alors qu’il connaît le bien ; la dignité en revanche, est son intelligence, laquelle, justement, lui montre le bien.

Franck Abed – Dans le même ordre d’esprit, certains admirateurs de Maistre ainsi que des détracteurs font de lui un militariste convaincu. Dans les faits, il fut surtout un pacifiste. La guerre était vue dans son esprit comme un scandale de la raison tout en étant une suite ou une conséquence logique du péché originel. Qu’en pensez-vous ?

Vous avez tout à fait raison. Certaines présentations de l’œuvre de Maistre, celles de Cioran ou d’Isaiah Berlin, entre autres exemples, donnent l’impression que l’auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg fait l’éloge de la guerre. La réalité est tout autre, comme vous le dites pertinemment. Dans le septième entretien du livre que je viens de citer, se trouve une longue réflexion sur ce qu’est la guerre mais aussi sur ses causes. Ces dernières ont été l’objet de différentes théories que Maistre connaissait et approuvait en grande partie. Montesquieu considérait la guerre comme l’effet de la décadence d’une nation, le luxe et les plaisirs individuels font qu’une nation s’affaiblit et conséquemment elle devient la proie d’autres nations plus combatives. Buffon insistait sur la nature belliqueuse de tout être vivant, végétal ou animal, Hume pensait, qu’en plus de ce fond animalier agressif, les hommes se battent à cause de leurs passions.

Maistre est allé cependant beaucoup plus loin. Selon lui, la guerre n’est pas seulement l’effet de causes civilisationnelles, historiques ou naturelles. La guerre est un paradoxe. Paradoxe par sa facilité, un chef d’État n’a aucun mal à déclencher un conflit, les troupes et la population sont, du moins au début, toujours enthousiastes. Paradoxe par la gloire qui s’attache aux militaires, alors qu’ils vont tuer des gens qu’ils ne connaissent même pas. Paradoxe du sort même de la guerre, certaines victoires ne le sont parce qu’on déclare qu’elles le sont, alors que la situation est parfois indécise sur le terrain. D’autres paradoxes montrent encore qu’il y a quelque chose qui dans la guerre échappe aux belligérants. C’est pourquoi Maistre voyait dans la guerre une intervention divine, un châtiment pour punir et régénérer les nations. D’une certaine manière, la guerre est un des effets du péché originel, car si les hommes avaient une volonté droite, il feraient effort pour s’élever en spiritualité, plutôt que de s’abaisser à des conduites cruelles.

Maistre ne fait pas à proprement parler l’éloge de la guerre. Durant la campagne napoléonienne en Russie, il avait son propre fils au combat qui pouvait à tout moment être tué par les Français. Il avait connaissance des atrocités des batailles et des circonstances particulières des affrontements entre Français et Russes (le froid, les difficultés de logistique etc.). Il faut prévenir les guerres, et pour ce faire, fortifier la foi, laquelle évite les situations de décadence morale.

Franck Abed – Joseph de Maistre, contrairement à de nombreux penseurs de son époque, croyait véritablement à l’historicité des événements bibliques. Il affirme clairement que l’humanité descend d’un couple unique, atteste l’existence du Déluge et analyse avec soin les événements qui se déroulèrent à Babel : multiplication et dispersion des langues. Maistre était donc un défenseur de l’inerrance biblique. Comment l’expliquez-vous ?

Maistre non seulement pensait que l’humanité venait d’un seul couple, mais aussi que Dieu avait donné des connaissances et une certaine sagesse à Adam et ses descendants. C’est ce que les théologiens appellent «la révélation primitive ». Maistre admettait que nos premiers ancêtres avaient des forces intellectuelles et même physiques qui ont été perdues par la suite. Le Déluge était compris par Maistre comme un châtiment divin pour punir les désordres et l’orgueil des hommes. Il est à noter que la notion même de Déluge biblique était très discutée par les savants de la fin du dix-huitième siècle. Croyants et non-croyants étaient d’accord pour admettre la réalité d’une antique immersion des terres puisqu’on avait découvert des traces de vie marine dans les montagnes. Maistre suivait le récit biblique pour affirmer qu’après le Déluge toute l’humanité venait des trois couples, lesquels sont à l’origine du repeuplement de l’univers.

Outre la question du Déluge biblique, un autre sujet était aussi très en vogue à la même époque, c’était celui de l’origine des langues et du langage en lui-même. De nombreux livres ont alors été écrits sur ce thème. Certains émettaient l’idée d’une apparition progressive du langage et des langues. Comment les hommes s’étaient-ils mis à parler ? Y avait-il eu une première langue, dont toutes les autres seraient dérivées ? Autant de questions qui passionnaient les philosophes, et chacun proposait sa théorie. Rousseau, par exemple, soutenait que les hommes avaient d’abord chanté avant de parler. C’est dans ce contexte qu’il faut aborder les réflexions de Maistre concernant la Tour de Babel. Le penseur chrétien Origène, dans l’Antiquité, avait émis l’hypothèse que la dispersion des hommes, en punition de la construction de la Tour, était proportionnée à leur implication dans ladite construction, les hommes allant ainsi plus ou moins loin et ayant dès lors des langues différentes. De cela Maistre retenait l’idée que les langues apparaissant après Babel ne viennent pas du hasard, mais des desseins divins, les langues étant liées aux différentes nations qui les parlent, elles-mêmes étant voulues par Dieu. Ainsi la Bible est-elle pour Joseph de Maistre, comme pour tous les chrétiens, source d’enseignement.

Ceci étant dit, plusieurs remarques s’imposent. Maistre, tout comme Origène que nous évoquions il y a un instant, et comme tous les penseurs chrétiens, notamment ceux de l’Antiquité, distinguait entre ce que dit la Bible et les expressions utilisées par cette même Bible. Maistre remarquait, par exemple, que lorsqu’il est écrit que Dieu confectionna des habits de peau, il ne fallait pas s’imaginer que Dieu eût pour autant tué des animaux, tanné leur peau et pris du fil et une aiguille pour confectionner de tels habits. Il y a donc l’expression littérale et ce qui est donné à penser.

Une autre remarque est que Maistre se méfie des lectures personnelles de la Bible, et d’ailleurs de tout écrit en général. À l’écrit, Maistre préfère la parole, laquelle est vivante. C’est d’ailleurs pour cela que le grand livre de Maistre, les Soirées de Saint-Pétersbourg, est sous la forme d’entretiens entre trois personnages, la vérité du livre étant davantage dans les tours et détours de la discussion que dans le texte lui-même. Concernant la Bible, Maistre pense qu’elle doit être comprise à la lumière des enseignements de la tradition, c’est-à-dire de l’autorité de l’Église.

Franck Abed – Nous savons qu’il appelait Diderot « l’énergumène ». Dans plusieurs de ses écrits il épingle et tance ouvertement Voltaire et Rousseau. Maistre fut-il un adversaire déclaré des penseurs dits des Lumières ?

Maistre, dans le sixième entretien des Soirées de Saint-Pétersbourg, qualifie Diderot d’ « énergumène ». Vous avez raison de le rappeler. Il emploie des termes équivalents, et même plus forts encore, envers Voltaire et Rousseau, mais aussi envers d’autres comme Condillac et Condorcet.

Maistre est un adversaire résolu de la philosophie des Lumières. Cette dernière, selon Maistre, est anti-chrétienne et son aboutissement concret est la Révolution française. Cela ne veut pas dire que Voltaire et Rousseau eussent personnellement approuvé cette Révolution, s’ils l’avaient connue, mais leurs écrits, assurément, l’ont préparée en lui donnant par avance des arguments contre lesquels Maistre a lutté toute sa vie.

Avant la philosophie des Lumières, il y a eu la Réforme à laquelle Maistre s’est également opposé. La Réforme, selon Maistre, avait le tort de préconiser la lecture personnelle de la Bible, sans avoir recours à l’autorité de la tradition. C’était dès lors ouvrir la voie à la réflexion personnelle laquelle peut très vite s’égarer. La philosophie des Lumières a ses antécédents chez Bacon et Bayle, mais elle ne commence véritablement qu’avec Locke. Maistre consacre une grande partie du sixième entretien des Soirées de Saint-Pétersbourg à critiquer, à démolir, devrais-je dire, le philosophe anglais. Le grand livre de Locke, Essai philosophique concernant l’entendement humain a été traduit en français en 1700. Il eut un grand succès comme en témoignent ses nombreuses rééditions, c’est, avec l’Esprit des Lois de Montesquieu et la Nouvelle Héloïse de Rousseau, un des livres les plus lus au dix-huitième siècle. Locke expliquait que toutes nos idées viennent des sens, et que notre esprit se contente de les organiser ; en avançant une telle thèse Locke ouvrait la voie aux matérialistes. Si Locke réservait encore une initiative à l’esprit, ses successeurs feront de ce dernier un simple mécanisme, de sorte que l’on puisse désormais considérer l’homme comme un être purement naturel, sans qu’il soit besoin d’une quelconque référence à un Créateur, c’est-à-dire à Dieu. Ainsi Diderot et surtout d’Holbach en arriveront à des théories athées et conséquemment hostiles au christianisme.

Rousseau est un cas particulier. Maistre admirait son talent littéraire, quoique non sans certaines réserves, mais était un adversaire résolu de ses idées. Rousseau, à la différence des autres auteurs de la philosophie des Lumières, était croyant et en appelait à la conscience, voix de Dieu en nous. Cependant Rousseau niait la réalité du péché originel, et supposait que l’homme était bon par nature et que c’était l’influence de la société qui était corruptrice, ce qui impliquait qu’un meilleur arrangement de ladite société pourrait rendre l’homme heureux. Maistre a récusé toute cette argumentation en montrant la radicale fausseté.

Quant à Voltaire, qui se présente comme le champion de la tolérance, Maistre n’a pas eu de mal à montrer que sa prétendue tolérance n’est qu’une intolérance hypocrite.

Franck Abed – Maistre est souvent décrit comme un défenseur du Trône et de l’Autel, un contre-révolutionnaire, un ultramontain. Pourtant il fut franc-maçon et a entretenu toute sa vie une correspondance avec d’éminents maçons. Comment expliquez-vous ce fait, que d’aucuns, considéreront comme une incohérence ?

Vous avez tout à fait raison, Maistre a été franc-maçon. Rappelons néanmoins que la franc-maçonnerie de l’époque n’était pas celle d’aujourd’hui. L’abbé Barruel, adversaire de la franc-maçonnerie, a expliqué dans son fameux livre Histoire du jacobinisme, que si certains francs-maçons étaient hostiles tant à la royauté qu’au christianisme, et ont conséquemment favorisé, aidé, voire mené la Révolution française, cela n’a pas été le cas de tous les francs-maçons, et qu’il a existé des loges « honnêtes », qu’il qualifiait aussi de « dupes », n’ayant aucune activité subversive.

L’engagement de Joseph de Maistre dans la franc-maçonnerie fut une activité de jeunesse. Faut-il y voir l’effet d’un certain ennui propre aux jeunes nobles d’une petite ville comme celle de Chambéry ? Les loges locales n’étaient-elles pas d’abord des sociétés de bienfaisance et des occasions de réjouissance ? C’est en ce sens que Maistre essaiera plus tard de se justifier auprès du gouvernement de Turin, lorsque ce dernier eut à son égard une certaine méfiance. Il n’en demeure pas moins que Maistre prit au sérieux son activité de franc-maçon puisqu’il écrivit un projet sur les activités et l’avenir de la franc-maçonnerie, projet dans lequel il préconisait les œuvres caritatives mais aussi l’aide à la réunion des différentes Églises chrétiennes.

Il est vraisemblable que ce qui a intéressé Maistre, dans un tel engagement, c’était la possibilité réelle ou imaginée, de pouvoir découvrir ou lire des livres aux franges du christianisme. Ainsi a-t-il fréquenté différents auteurs, franc-maçons ou proches d’un certain ésotérisme, tel par exemple, celui qui se faisait appeler le Philosophe inconnu, Louis-Claude de Saint-Martin.

Les événements révolutionnaires firent que Maistre quitta la franc-maçonnerie. Il critiqua par après tous les mouvements, franc-maçons, illuministes ou ésotériques qui, d’une manière ou d’une autre, s’opposaient tant au catholicisme qu’à la monarchie. Maistre cependant, savait faire la distinction entre ce qui pouvait dans une lecture ésotérique apporter telle ou telle idée susceptible d’intéresser un chrétien et ce qui était théologiquement condamnable. Quant au fait que Maistre ait pu, bien longtemps après son passage dans la franc-maçonnerie, converser encore avec des francs-maçons, il n’y a là rien d’étonnant, car Maistre, tout en étant ferme à propos des principes, savait apprécier les personnes qui pouvaient avoir des opinions différentes des siennes. Maistre était, comme je l’ai dit il y a un instant, un homme du monde, c’est-à-dire courtois dans les discussions.

Franck Abed – J’apprécie Maistre pour de nombreuses raisons, notamment car il fut un promoteur de la théocratie pontificale et de la souveraineté temporelle du Pape. Ces notions sont aujourd’hui inaudibles pour la majorité de nos contemporains, y compris par celles et ceux qui débattent dans le Grand Forum Public. Pourriez-vous présenter ces deux grandes idées défendues par Maistre ?

Maistre accordait une grande importance aux nations. Il souhaitait que chacune pût garder ses spécificités. Les nations, disait-il, entrent dans les desseins de Dieu, et elles doivent être attentives à préserver leur langue, leurs traditions et leur patrimoine. Il n’en demeure pas moins que le péché originel, ou plutôt ses suites, font que les nations sont naturellement en concurrence, voire en conflit les unes envers les autres. C’est pourquoi Maistre souhaitait que le Pape pût être une sorte d’autorité spirituelle qui fût au-dessus desdites nations. Non que le Pape intervînt dans les affaires politiques des nations, mais qu’il pût intervenir lorsque ces nations s’éloigneraient des principes du christianisme, en déposant, si besoin était, les rois hostiles à la religion. Outre cela, et ce n’est pas le moins important, Maistre pensait que le Pape devait avoir un rôle majeur de défenseur de la chrétienté face à l’Islam. Maistre, dans son livre Du Pape, a fait un grand éloge des souverains pontifes qui ont appelé à combattre les musulmans.

Que le Pape ait aussi une souveraineté temporelle, comme c’était le cas autrefois, c’est-à-dire être lui-même le chef d’un État, cela se comprenait aisément en son temps, puisqu’il fallait que la Papauté elle-même pût avoir des revenus. Ce qui compte le plus est évidemment son autorité spirituelle, laquelle lorsque le Pape s’exprime dans la continuité des traditions de l’Église, est infaillible. Le lecteur d’aujourd’hui ne manquera pas de se demander : que se passerait-il si le Pape se mettait à errer ou à contredire l’enseignement séculaire de l’Église ? Maistre a répondu par avance à une telle objection. Lorsque le Pape Pie VII allait venir à Paris pour couronner Napoléon, Maistre qui pensait que c’était une infamie pour le Pape que de se compromettre avec un héritier de la Révolution, eut pour le souverain pontife ces propos sévères : « […] je lui souhaite de tout mon cœur la mort, comme je la souhaiterais aujourd’hui à mon père, s’il devait se déshonorer demain » (lettre à M. le Chevalier de Rossi, 22 octobre – 3 novembre – 1804).

Franck Abed – Si vous ne deviez conseiller qu’un livre de Maistre ce serait…

L’œuvre principale de Maistre est sans aucun doute les Soirées de Saint-Pétersbourg. Elles peuvent être lues dans l’excellente édition qui a été faite par Pierre Glaudes dans la collection Bouquins. Cette édition comprend aussi quelques autres œuvres de Maistre, et chacune est accompagnée d’une introduction historique et suivie de nombreuses notes explicatives.

Il faut préciser néanmoins que les Soirées de Saint-Pétersbourg sont une œuvre philosophique et théologique, du moins si l’on prend ces deux termes au sens large. Pour le lecteur qui s’intéresserait à l’œuvre politique de Maistre, il faut lire les deux courts livres : les Considérations sur la France et l’Essai sur le principe générateur des constitutions politiques.

Repenser la politique, Tome 1 & 2

C’est dans le cadre du Grand Chapitre Général, haut grade du Rite Français du Grand Orient de France que ces deux ouvrages Repenser la politique sont publiés. Deux tomes, numéro 4 et 5 de la collection des Cahiers du Rite Français qui résonnent comme des enjeux et défis des plus contemporains. « Démocratie sociale ou politique ? » pour le premier, « Du village à la société en réseaux » pour le second.

Préfacés par Philippe Guglielmi, président du Grand Chapitre Général du Grand Orient de France, ces deux opuscules sont le fruit du travail collectif du Chapitre National de Recherche (C.N.R.) sous la direction de Jean-Francis Dauriac.

Jean-Francis Dauriac.

Titulaire d’un DESS en Intelligence Économique, ce dernier a été initié à l’âge de 24 ans au sein de la plus ancienne obédience maçonnique française et la plus importante d’Europe continentale, le GODF. Il en a d’ailleurs été un de ses plus jeunes vénérable maître. Il en rédige l’introduction.

Nous vous proposons la quatrième de couverture :

« Nous avons entrepris de « revisiter nos communs » sur lesquels la démocratie est censée reposer et qui sont à la fois enjeux de société et très présents dans le parcours maçonnique que nous poursuivons (mort d’Hiram, maîtrise de la violence, utilisation de la parole, sens de l’Humain…). Ils nous ont conduit à réfléchir à la citoyenneté que nous avons appelée l’Homme-acteur (au sens de « agissant »). Mais pour agir, il nous faut des moyens, des institutions, des corps intermédiaires, des partis, syndicats, associations… de la politique avec un grand « P ». Tous sont aujourd’hui fragilisés par les mutations et bouleversements de notre époque. Nous leur consacrons dans ce premier tome, quelques regards, qui ne se veulent que des invitations à penser, et des appels à la vigilance… »

Le sommaire, en bref :

Partie 1 – Pensées maçonniques

Éprouver/Expérimenter

Partie 2 – Pensées sociales

Déchiffrer/Partis/Politique/Démocratie/Fractures/Syndicalisme

Un hommage est rendu au frère Bernard Pignerol, trop tôt disparu, avec la publication d’une de ces dernières planches, donnée devant son chapitre Intersection Prospective, intitulé « Le pas de côté ».

Quant au numéro 5, le second tome, traitant « Du village à la société en réseaux », la quatrième de couverture nous le présente ainsi :

«  Nous vivions, pensions, agissions dans un monde découpé de gré ou de force en États-Nations, dans lequel presque chaque territoire avait sa culture, ses lois, son organisation et son mode de relation avec les territoires voisins et avec le reste du monde. Nous voilà à l’ère de l’information et des réseaux sociaux, dans des sociétés numériques, organisées en réseaux de plus en plus déterritorialisées, gouvernées par l’image, développant leurs systèmes, valeurs, nouveau langage, celui de l’image. Cette nouvelle communautarisation ré-interroge, l’universalité et le caractère inclusif des sociétés humaines. Comment retrouver ou ré-inventer les liens sociaux que développaient l’organisation « villageoise » des regroupements humains ? Qu’est devenu l’idiot du village… ? L’initiation maçonnique n’enseigne pas où on va. Mais elle invite à chercher le chemin, c’est ce que nous faisons. Et elle le traduit par une puissante injonction dont beaucoup se souviendront : « Puisqu’il cherche, qu’il passe donc ! »

Le sommaire du N° 5 :
Remerciements [Ils s’adressent pour l’essentiel à ceux qui ont contribué à l’élaboration des deux tomes de l’ouvrage Repenser la politique. À commencer par Philippe Guglielmi et Jean-Francis Dauriac, ainsi que les principaux rapporteurs et ou rédacteurs de contributions contribution.]

Philippe Guglielmi, Très Sage et Parfait Grand Vénérable du Grand Chapitre Général.

Préface de Philippe Guglielmi

Introduction de Jean-Francis Dauriac

I. Franc-maçonnerie et modernité
II. De la polis à la politique
III. Politique, réseaux sociaux, communications

IV. De l’homme acteur à l’action collective
V. Liens sociaux et symbolique du village au XXIe siècle
VI.  Nouveau processus citoyen dans une société en réseaux
VII. L’idiot du village
Éléments de conclusion.

Hommage à Serge Jacob Jakobowicz : humanisme et universalisme

[NDLR : L’accueil des trois premiers tomes a été un véritable sucés. Comment ne pas continuer sur ce chemin… Le C.N.R. poursuit dons, dans le même esprit la diffusion de ses travaux. Riches et des plus utiles. Il l’explique dans « Les éléments d’introduction pour l’année 2022-2023 », par la voix de son président Jean-Francis Dauriac, en date du 20 septembre 2022.

La littérature maçonnique – immense et intense activité – connaît toujours un bel intérêt de la part d’un public profane il est vrai, mais aussi et surtout à travers l’engouement des sœurs et des frères qui souhaitent persévérer et s’instruire. Ces deux derniers tomes sont aussi, pour nous, un vrai « coup de cœur ».

Le franc-maçon Montesquieu (1689-1755), dans son Esprit des Lois, écrivait : « Il ne s’agit pas de faire lire, mais de faire penser ». C’est exactement cela que nous offrent « Les cahiers du Rite Français ».

Que cette période estivale vous soit faste, douce et belle et que la lecture de ces deus derniers opus vous accompagne !]

N°4 – Repenser la politique – Tome 1 – Démocratie sociale ou politique

N°5 – Repenser la politique – Tome 2 – Du village à la société en réseaux

Mis en page par Conform édition, Juillet 2023, 128 pages chaque ouvrage, 28 € (les deux volumes) + port offert

Pour commander, c’est ici.

Changer de regard

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A la lecture des interrogations de Gil Garibal => Franc-Maçon pour Quoi Faire ? Jissey s’est demandé: ce que penseraient des extra-terrestres un peu lucides en observation des comportements humains sur notre planète ? Une autre façon , peut-être de réactiver le  » point de vue de Sirius « ?