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La grande mer-Une histoire de la Méditerranée et des Méditerranéens

Professeur émérite d’histoire méditerranéenne à l’université de Cambridge, David Abulafia en a présidé la faculté d’histoire. Ses recherches portent essentiellement sur l’Espagne, l’Italie et la Méditerranée médiévales.

Publié initialement en langue anglaise chez Penguin Books Litd, Londres sous le titre original The Great Sea en 2014 et remarquablement traduit par Olivier Salvatori, l’ouvrage permet désormais aux lecteurs s’exprimant dans la langue de Molière de pouvoir se plonger dans l’histoire de la Méditerranée, du latin mediterraneus qui veut dire « au milieu des terres », mer intercontinentale presque entièrement fermée. Grand spécialiste de cette mer, nous devons aussi à David Abulafia The mediterranean in history (Thames & Hudson, 2021).

Le bassin méditerranéen a été, est et restera une des régions plus importantes pour l’histoire du monde. Elle constitue le point de départ de plusieurs grandes civilisations (Grèce, Phénicie, Égypte, Carthage, Rome, Byzance, etc.) dont s’est nourrie la civilisation occidentale.

Holbergprisen symposium. David Abulafia. Foto: Marit Hommedal/SCANPIX ; 2010.

Dans son étude mémorable, David Abulafia retrace l’histoire de la Méditerranée à la fois espace de conflits – fractures et conflits au sein des civilisations – et, avec la Méditerranée médiévale, espace d’échanges. Échanges économiques avec ses routes commerciales mais aussi culturels, avec ses lieux de rencontres et débats intellectuels, symbole de quasi-tolérance.

Unité et diversité, c’est, en 3000 ans d’histoire, ce que l’auteur nous fait vivre. De la première Méditerranée – 22 000‑1000 av. J.-C. – à la cinquième Méditerranée, de 1830 à nos jours.

Visitant l’histoire des peuples, de tous les peuples (marchands et héros, peuples de la mer et de la terre, diasporas), mais aussi de toutes les croyances, anciennes et nouvelles, par-delà les frontières de la chrétienté et de l’islam, et de toutes les histoires, retraçant mort et renaissance des empires, le livre de David Abulafia a su redonner à la Méditerranée ses lettres de noblesse et nous faire sans doute prendre conscience que nous sommes les dignes successeurs de nos anciens. Héritiers d’un formidable bien commun à transmettre, malgré toutes les diversités – ethnique, linguistique, religieuse, politique. Incontournable, ce très grand livre est une référence valant à David Abulafia le qualificatif de plus grand historien vivant de la Méditerranée…

Richement illustré (76 illustrations), avec 39 cartes pour une meilleure visualisation, véritable aide à la compréhension et à l’analyse, avec un index et une abondante bibliographie (43 pages), cet ouvrage a reçu le prix de la British Academy ainsi que le Mountbatten Maritime Award et est lauréat du Prix Mare Nostrum (Notre Mer) Histoire et géopolitique, 2022.

Un ouvrage encensé par la critique : « Un très grand livre. » (Le Figaro Histoire) ; « Un ouvrage de référence. » (Le Point) ; « Ce livre est incontournable. » (Historia) ; « Un récit foisonnant de personnages et de vie. » (Le Monde des Livres) ; « Un travail remarquable. » (L’OBS).

Une première de couverture est une reproduction d’une enluminure issue du très célèbre manuel médiéval sur la santé le Tacuinum sanitatis. À la fin du Moyen Âge, le Tacuinum, dans sa version généreusement illustrée, est très populaire en Europe de l’Ouest.

Une belle façon d’aborder autrement ces sociétés à mystères qui avaient, à l’époque, un but essentiellement religieux, reposant sur l’initiation, notamment en Égypte antique, ou dans les cultes à mystères du monde gréco-romain… Le chapitre « Anciennes et nouvelles croyances » nous fait comprendre comment la Méditerranée dite occidentale s’est détachée de celle dite orientale.

Les Belles Lettres est une maison d’édition française de littérature et de sciences humaines spécialisée, à l’origine (1919), dans la publication d’auteurs antiques. Son catalogue comprend aujourd’hui plus de mille textes grecs, latins, chinois, japonais, sanskrits, donnés aussi dans des éditions bilingues et issus de disciplines diverses qui ont marqué le progrès de la connaissance humaine. La légende, sûrement apocryphe, attribue l’idée originelle des Belles Lettres au linguiste et celtiste Joseph Vendryes (1875-1960). La chouette, première de couverture des Belles Lettres depuis 1920, symbolise cette belle maison.

Dans le Dictionnaire des symboles (1re éd., 1969 ; éd. revue et corrigée, Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant à l’entrée « chouette », on peut lire que : « … Guénon a noté que l’on pouvait voir là, ainsi que dans le rapport avec Athéna-Minerve, le symbole de la connaissance rationnelle – perception de la lumière (lunaire) par reflet – s’opposant à la connaissance intuitive – perception directe de la lumière (solaire). C’est peut-être aussi pourquoi elle est traditionnellement un attribut des devins : elle symbolise leur don de clairvoyance, mas à travers les signes qu’ils interprètent. La chouette, oiseau d’Athéna, symbolise la réflexion qui domine les ténèbres… »

Nous attribuons à la chouette une symbolique riche que nous retrouvons dans de nombreuses traditions : intuition, capacités intuitives, capacité de voir ce que les autres ne voient pas ; voir au-delà de la tromperie et des masques, sagesse, guide spirituel, messager en contact avec le monde spirituel et l’intuition, curiosité pour les mystères de la vie et l’inconnu, connexion avec le « moi supérieur », annonce du changement, etc.

Les Belles Lettres, le site / Les Belles Lettres, le livre

La Grande Mer-Une histoire de la Méditerranée et des Méditerranéens

David Abulafia Les Belles Lettres, 2022, 702 pages, 35 € – Format Kindle 24,99 €

Le Républicain Lorrain interview en vidéo Sylvain Zeghni sur ses priorités

De notre confrère republicain-lorrain.fr

Fraîchement élu Grand Maître national de l’Ordre mixte international le Droit Humain lors du scrutin du 26 août 2023, Sylvain Zeghni dévoile sa feuille de route pour son mandat à la tête de cette organisation, la première obédience mixte de la franc-maçonnerie. Il veut profiter de la tenue prochaine des Jeux Olympiques de 2024 à Paris pour « aller vers les jeunes » et organiser une grande réunion réunissant les athlètes initiés du monde entier.

Le Dessin de… Jissey « Grain de sel maçonnique »

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Dans son petit tour de l’humain de son éditorial du 15 août, Christian Roblin souligne l’importance de l’humour qui serait, selon lui, le « page de la résilience ». Comprenons que l’humour serait serviteur de ce qui permet de continuer à se projeter dans l’avenir malgré les événement déstabilisants. L’humoriste JISSEY applaudit des 2 mains.

Il y a 60 ans déjà, Martin Luther King et son « I have a dream »

Notre frère en humanité Martin Luther King Jr., né Michael King Jr., plus couramment appelé Martin Luther King, est né à Atlanta, en Géorgie, le 15 janvier 1929, et est mort assassiné le 4 avril 1968 à Memphis, dans le Tennessee. C’était un pasteur baptiste et militant non-violent afro-américain pour le mouvement américain des droits civiques, fervent militant pour la paix et contre la pauvreté.

Foule à la marche sur Washington de 1963.

Il prononce un discours célèbre le 28 août 1963 devant le Lincoln Memorial à Washington, D.C. durant la marche pour l’emploi et la liberté : il s’intitule « I have a dream ». Ce discours est soutenu par John Fitzgerald Kennedy dans la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis. Le président Lyndon B. Johnson, par une plaidoirie infatigable auprès des membres du Congrès, arrive à faire voter différentes lois fédérales comme le Civil Rights Act de 1964, le Voting Rights Act de 1965 et le Civil Rights Act de 1968, qui mettent juridiquement fin à toutes les formes de ségrégation raciale sur l’ensemble des États-Unis.

28 août 1963 : « I have a dream », discours de Martin Luther King

Aujourd’hui, lundi 28 août 2023, 60 ans après « I have a dream », nous vous proposons un retour sur le discours prononcé à Washington D.C., devant 250 000 personnes, qui fit de Martin Luther King l’une des figures emblématiques de la lutte contre la ségrégation et le racisme.

Portrait datant de 1964.

À lire et relire, mais aussi à écouter. Où le pasteur prononce les mots de liberté, égalité et fraternité…

L’intégralité du discours en français, puis la vidéo YouTube

« Je suis heureux de me joindre à vous aujourd’hui pour participer à ce que l’histoire appellera la plus grande démonstration pour la liberté dans les annales de notre nation.

Il y a un siècle de cela, un grand Américain qui nous couvre aujourd’hui de son ombre symbolique signait notre Proclamation d’Émancipation. Ce décret capital se dresse, comme un grand phare illuminant d’espérance les millions d’esclaves marqués au feu d’une brûlante injustice. Ce décret est venu comme une aube joyeuse terminer la longue nuit de leur captivité.

Mais, cent ans plus tard, le Noir n’est toujours pas libre. Cent ans plus tard, la vie du Noir est encore terriblement handicapée par les menottes de la ségrégation et les chaînes de la discrimination. Cent ans plus tard, le Noir vit à l’écart sur son îlot de pauvreté au milieu d’un vaste océan de prospérité matérielle. Cent ans plus tard, le Noir languit encore dans les coins de la société américaine et se trouve exilé dans son propre pays.

Bus historique de Rosa Parks exposé au Henry Ford Museum.

C’est pourquoi nous sommes venus ici aujourd’hui dénoncer une condition humaine honteuse. En un certain sens, nous sommes venus dans notre capitale nationale pour encaisser un chèque. Quand les architectes de notre République ont magnifiquement rédigé notre Constitution de la Déclaration d’Indépendance, ils signaient un chèque dont tout Américain devait hériter. Ce chèque était une promesse qu’à tous les hommes, oui, aux Noirs comme aux Blancs, seraient garantis les droits inaliénables de la vie, de la liberté et de la quête du bonheur.

Martin Luther King Jr,1964.

Il est évident aujourd’hui que l’Amérique a manqué à ses promesses à l’égard de ses citoyens de couleur. Au lieu d’honorer son obligation sacrée, l’Amérique a délivré au peuple Noir un chèque en bois, qui est revenu avec l’inscription “ provisions insuffisantes ”. Mais nous refusons de croire qu’il n’y a pas de quoi honorer ce chèque dans les vastes coffres de la chance, en notre pays. Aussi, sommes-nous venus encaisser ce chèque, un chèque qui nous donnera sur simple présentation les richesses de la liberté et la sécurité de la justice.

Nous sommes également venus en ce lieu sacrifié pour rappeler à l’Amérique les exigeantes urgences de l’heure présente. Ce n’est pas le moment de s’offrir le luxe de laisser tiédir notre ardeur ou de prendre les tranquillisants des demi-mesures. C’est l’heure de tenir les promesses de la démocratie. C’est l’heure d’émerger des vallées obscures et désolées de la ségrégation pour fouler le sentier ensoleillé de la justice raciale. C’est l’heure d’arracher notre nation des sables mouvant de l’injustice raciale et de l’établir sur le roc de la fraternité. C’est l’heure de faire de la justice une réalité pour tous les enfants de Dieu. Il serait fatal pour la nation de fermer les yeux sur l’urgence du moment. Cet étouffant été du légitime mécontentement des Noirs ne se terminera pas sans qu’advienne un automne vivifiant de liberté et d’égalité.

Rosa Parks vers 1955 avec Martin Luther King.

1963 n’est pas une fin, c’est un commencement. Ceux qui espèrent que le Noir avait seulement besoin de se défouler et qu’il se montrera désormais satisfait, auront un rude réveil, si la nation retourne à son train-train habituel.

Il n’y aura ni repos ni tranquillité en Amérique jusqu’à ce qu’on ait accordé au peuple Noir ses droits de citoyen. Les tourbillons de la révolte ne cesseront d’ébranler les fondations de notre nation jusqu’à ce que le jour éclatant de la justice apparaisse.

Mais il y a quelque chose que je dois dire à mon peuple, debout sur le seuil accueillant qui donne accès au palais de la justice : en procédant à la conquête de notre place légitime, nous ne devons pas nous rendre coupables d’agissements répréhensibles.

Ne cherchons pas à satisfaire notre soif de liberté en buvant à la coupe de l’amertume et de la haine. Nous devons toujours mener notre lutte sur les hauts plateaux de la dignité et de la discipline. Nous ne devons pas laisser nos revendications créatrices dégénérer en violence physique. Sans cesse, nous devons nous élever jusqu’aux hauteurs majestueuses où la force de l’âme s’unit à la force physique.

Le merveilleux esprit militant qui a saisi la communauté noire ne doit pas nous entraîner vers la méfiance de tous les Blancs, car beaucoup de nos frères blancs, leur présence ici aujourd’hui en est la preuve, ont compris que leur destinée est liée à la nôtre. L’assaut que nous avons monté ensemble pour emporter les remparts de l’injustice doit être mené par une armée biraciale. Nous ne pouvons marcher tout seul au combat. Et au cours de notre progression il faut nous engager à continuer d’aller de l’avant ensemble. Nous ne pouvons pas revenir en arrière.

Rencontre entre Martin Luther King et le président américain Lyndon Johnson à la Maison-Blanche, 1966.

Il y a des gens qui demandent aux militants des Droits Civiques : “ Quand serez-vous enfin satisfaits ? ” Nous ne serons jamais satisfaits aussi longtemps que le Noir sera la victime d’indicibles horreurs de la brutalité policière. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps que nos corps, lourds de la fatigue des voyages, ne trouveront pas un abri dans les motels des grandes routes ou les hôtels des villes.

Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps que la liberté de mouvement du Noir ne lui permettra guère que d’aller d’un petit ghetto à un ghetto plus grand. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps que nos enfants, même devenus grands, ne seront pas traités en adultes et verront leur dignité bafouée par les panneaux “ Réservé aux Blancs ”. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps qu’un Noir du Mississippi ne pourra pas voter et qu’un Noir de New-York croira qu’il n’a aucune raison de voter. Non, nous ne sommes pas satisfaits et ne le serons jamais, tant que le droit ne jaillira pas comme l’eau, et la justice comme un torrent intarissable.

Le président Lyndon B. Johnson signant le Civil Rights Act devant Martin Luther King le 2 juillet 1964.

Je n’ignore pas que certains d’entre vous ont été conduis ici par un excès d’épreuves et de tribulations. D’aucuns sortent à peine d’étroites cellules de prison. D’autres viennent de régions où leur quête de liberté leur a valu d’être battus par les orages de la persécution et secoués par les bourrasques de la brutalité policière. Vous avez été les héros de la souffrance créatrice. Continuez à travailler avec la certitude que la souffrance imméritée vous sera rédemptrice.

Retournez dans le Mississippi, retournez en Alabama, retournez en Caroline du Sud, retournez-en Georgie, retournez en Louisiane, retournez dans les taudis et les ghettos des villes du Nord, sachant que de quelque manière que ce soit cette situation peut et va changer. Ne croupissons pas dans la vallée du désespoir.

Je vous le dis ici et maintenant, mes amis, bien que, oui, bien que nous ayons à faire face à des difficultés aujourd’hui et demain je fais toujours ce rêve : c’est un rêve profondément ancré dans l’idéal américain. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : “ Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux ”.

Martin Luther et Coretta Scott King, 1964. La vie dans les bidonvilles à Chicago a été très dure pour la famille de King.

Je rêve qu’un jour sur les collines rousses de Georgie les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.

Je rêve qu’un jour, même l’Etat du Mississippi, un Etat où brûlent les feux de l’injustice et de l’oppression, sera transformé en une oasis de liberté et de justice.

Je rêve que mes quatre petits-enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je fais aujourd’hui un rêve !

Je rêve qu’un jour, même en Alabama, avec ses abominables racistes, avec son gouverneur à la bouche pleine des mots “ opposition ” et “ annulation ” des lois fédérales, que là même en Alabama, un jour les petits garçons noirs et les petites filles blanches pourront se donner la main, comme frères et sœurs. Je fais aujourd’hui un rêve !

Martin Luther King à un rassemblement pour la liberté, 1962.

Je rêve qu’un jour toute la vallée sera relevée, toute colline et toute montagne seront rabaissées, les endroits escarpés seront aplanis et les chemins tortueux redressés, la gloire du Seigneur sera révélée à tout être fait de chair.

Telle est notre espérance. C’est la foi avec laquelle je retourne dans le Sud.

Avec cette foi, nous serons capables de distinguer dans la montagne du désespoir une pierre d’espérance. Avec cette foi, nous serons capables de transformer les discordes criardes de notre nation en une superbe symphonie de fraternité.

Avec cette foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d’aller en prison ensemble, de défendre la cause de la liberté ensemble, en sachant qu’un jour, nous serons libres. Ce sera le jour où tous les enfants de Dieu pourront chanter ces paroles qui auront alors un nouveau sens : “ Mon pays, c’est toi, douce terre de liberté, c’est toi que je chante. Terre où sont morts mes pères, terre dont les pèlerins étaient fiers, que du flanc de chacune de tes montagnes, sonne la cloche de la liberté ! ” Et, si l’Amérique doit être une grande nation, que cela devienne vrai.

Que la cloche de la liberté sonne du haut des merveilleuses collines du New Hampshire !

Signature de Martin Luther King Jr.

Que la cloche de la liberté sonne du haut des montagnes grandioses de l’Etat de New-York !

Que la cloche de la liberté sonne du haut des sommets des Alleghanys de Pennsylvanie !

Que la cloche de la liberté sonne du haut des cimes neigeuses des montagnes rocheuses du Colorado !

Que la cloche de la liberté sonne depuis les pentes harmonieuses de la Californie !

Mais cela ne suffit pas.

Que la cloche de la liberté sonne du haut du mont Stone de Georgie !

Que la cloche de la liberté sonne du haut du mont Lookout du Tennessee !

Que la cloche de la liberté sonne du haut de chaque colline et de chaque butte du Mississippi ! Du flanc de chaque montagne, que sonne la cloche de la liberté !

Quand nous permettrons à la cloche de la liberté de sonner dans chaque village, dans chaque hameau, dans chaque ville et dans chaque Etat, nous pourrons fêter le jour où tous les enfants de Dieu, les Noirs et les Blancs, les Juifs et les non-Juifs, les Protestants et les Catholiques, pourront se donner la main et chanter les paroles du vieux Negro Spiritual : “ Enfin libres, enfin libres, grâce en soit rendue au Dieu tout puissant, nous sommes enfin libres ! ”. »

King parlant à la marche sur Washington à Washington, D.C., le 28 août 1963.

« Martin Luther King au nom de la Fraternité » : l’expo des 50 ans

Souvenons-nous, en 2018 – du 3 avril au 30 septembre – à Champagney, en Haute-Saône (région Bourgogne-Franche-Comté), l’association Valmy retraçait, au sein de la Maison de la Négritude et des Droits de l’Homme Négritude qui fait partie du réseau « Route des Abolitions de l’esclavage », la vie et les combats de Martin Luther King, militant pour l’avancée des droits civiques aux Etats-Unis dont on commémorait cette année-là, le 50e anniversaire de sa disparition.

Le Youtube « Martin Luther King et son discours « I have a dream »

Écoutez, en 6 vidéos, quelques rencontres exceptionnelles ou témoignages avec le pasteur Martin Luther King.

 
Le Dr Martin Luther King, Jr. prend la parole au Prince Hall Masonic Lodge à Columbus, en Géorgie, le 1er juillet 1958. (Columbus Black History Museum).

450.fm avait déjà consacré un papier, le 13 février 2022 à Martin Luther King Jr. titrant « USA : Lié par la fraternité – Martin Luther King Jr. et la Franc-maçonnerie », et en publiant, du reste, une photo du pasteur en conférence à Prince Hall

Le balcon du Lorraine Motel où a été assassiné Martin Luther King. Le bâtiment abrite désormais le musée national des droits civiques.

Remember

Le pasteur Martin Luther King (1929-1968), leader du mouvement américain pour les droits des Noirs, est mortellement blessé de plusieurs coups de feu, alors qu’il tient un discours au balcon d’un hôtel de Memphis, dans le Tennessee.

Tombe de Martin Luther King au Martin Luther King, Jr. National Historical Park à Atlanta sur laquelle on peut lire « Free at last » (Enfin libre).

King avait joué un rôle décisif dans les entretiens qu’il avait eus avec les autorités fédérales américaines ; il n’aura malheureusement pu assister à la ratification du document qu’il avait défendu, la loi 168 sur les droits du citoyen, qui sera signé une semaine après sa mort par le président Lyndon B. Johnson. La loi contient des dispositions pour l’abolition des principales discriminations qui frappent la population noire.

55 ans déjà. Et l’Amérique toujours entre rage et désespoir !

Sources : Maison de la Négritude et des Droits de l’Homme ; Wikipédia, Wikimedia Commons

Le président Barack Obama faisant visiter le Bureau ovale à un groupe d’Afro-Américains, où il a placé un buste de Martin Luther King et la proclamation d’émancipation d’Abraham Lincoln.

La Grande Loge récompense dix pompiers volontaires

De notre confrère chilien granlogia.cl

Malgré les fortes pluies qui tombaient à Santiago, les volontaires des pompiers de Santiago sont arrivés au bâtiment de l’institution pour recevoir la médaille « German Tenderini y Vacca », décernée chaque année par la Grande Loge du Chili. Comme le veut la tradition, dans différentes villes du pays, les pompiers sont reconnus, parmi leurs pairs ou supérieurs, par la Grande Loge du Chili.

Comme l’a exprimé le Grand Maître dans son discours, les pompiers et les francs-maçons ont une longue histoire en commun : ils sont frères et la médaille qui a été remise aux volontaires représentait un homme, un pompier, un franc-maçon qui a donné sa vie au service de la Patrie le 8 décembre 1870.

Il faut rappeler que Germán Tenderini appartenait à la Loge Justice et Liberté. L’Ordre maçonnique, en reconnaissance de son héritage et de son exemple, a créé une médaille honorifique pour reconnaître le dévouement et les performances d’éminents pompiers, du nom de ce héros civique. « Face à la mémoire indélébile du frère Germán Tenderini y Vacca, la Franc-maçonnerie réaffirme ses liens d’affection et de reconnaissance pour le travail désintéressé et généreux réalisé par les pompiers de Santiago. Vous êtes l’essence du Chili comme toujours, du Chili permanent », a exprimé le Grand Maître.

Cette année, le directeur honoraire, Luis Claviere Canales ; le capitaine de la deuxième compagnie Esmeralda, Jorge García Sepúlveda ; le bénévole de la sixième compagnie « Salvadores y Guardia de Propiedad », Hernán Palazuelos V. ; le bénévole de la septième compagnie « Zapadores Franco Chilena, Rafael Cortés F. ; le bénévole de la huitième compagnie « La Unión es Fuerza », Emilio Villar R. ; le bénévole de la onzième compagnie « Pompa Italia, Italo Giaverini F. ; le bénévole de la seizième compagnie « Bomba Chile », Antonio Astorga Ravello ; le bénévole de la dix-septième compagnie « Bomba Los Cerrillos », Guillermo Quiroz A. ; le bénévole de la vingt et unième entreprise « Bomba Renca », Antonio Cánepa L. et le bénévole de la vingt-deuxième entreprise « Lealtad y Sacrificio », Alberto Muñoz B.

À la clôture de la cérémonie et après l’échange de cadeaux entre les deux institutions, le surintendant adjoint des pompiers, Gabriel Huerta T., a félicité chacun des gagnants et a déclaré que cette visite leur avait permis de renouveler leurs vœux au martyr Germán Tenderini. . « Nous devons continuer à travailler ensemble pour l’intérêt commun de la nation, avec l’espoir d’un avenir meilleur car nos chemins se croiseront à nouveau », a conclu le surintendant adjoint.

L’influence des collèges d’Oxford sur la maçonnerie spéculative

Au XVIIe siècle, dans cette Angleterre qui inventait un protocole de Cour à l’image de l’étiquette française et se piquait de parler notre langue, le terme de « curiosités » gardait son sens premier de « désir de connaître », et concernait au premier chef « les choses nouvelles ». Il n’est donc pas surprenant qu’un ensemble de documents reliés ayant appartenu à Sir Hans Sloane qui vécut entre deux siècles, de 1660 à 1753, porte le titre de « Papiers divers m’appartenant et concernant des curiosités ». L’ensemble se trouve au British Museum.

C’est au sein de cet agrégat disparate que l’on a déniché plusieurs manuscrits maçonniques. L’un d’eux, référencé Sloane 3329, contient un rituel qui ressemble par bien des points à celui que l’on a trouvé plus tard dans un autre manuscrit découvert dans les archives du « Trinity College » de Dublin et qui a été publié en 1924 dans les Transactions de la Loge de Recherche d’Irlande n° CC. Ce dernier manuscrit porte au dos l’inscription « Franc-Maçonnerie fév. 1711 », mais qui n’est pas de la même main que le texte, ce qui permet d’inférer qu’il est probablement antérieur à cette date. Le Sloane 3329, lui, serait d’avant 1700 ; même s’il paraît anglais divers indices montrent que ses sources sont écossaises (par exemple l’ « apprenti entré » entered apprentice y est appelé attenders).

Si ces deux manuscrits sont si intéressants, c’est qu’ils attestent l’existence avant 1717 d’un système en trois grades. En effet, les « secrets » et notamment les mots des maîtres et des compagnons sont distincts. Néanmoins ils diffèrent sur un détail : pour le Ms Sloane il faut 2 Maîtres, 3 Compagnons et 2 Apprentis, soit 7 membres pour qu’une Loge soit parfaite, alors que le Trinity College en exige 9 (3 de chaque).

Vétilles certes, quoiqu’on ait longuement et savamment disserté sur le sujet ! On peut toutefois en déduire qu’il y avait, dès le XVIIe siècle, une activité maçonnique dans les « Colleges » – dont le Trinity College de Dublin – puisqu’on y mettait en œuvre et qu’on y interprétait des rituels (au double sens du terme de représenter et de modifier ou, plutôt, d’adapter aux circonstances).

Les « collèges », on le sait, avaient une triple fonction, d’hébergement, d’enseignement et d’étude. En principe ils étaient réservés aux étudiants et aux professeurs, mais on y trouvait aussi des « pensionnaires » à vie.

Ainsi, dans celui d’Oxford nommé « Christ Church », on note la présence constante d’un certain Robert Burton (1577-1640). Cet étudiant, une fois achevées ses études de théologie et bien qu’il n’ait jamais soutenu sa thèse, y restera sa vie durant et finira même par devenir conservateur de la bibliothèque du Collège en 1624, c’est-à-dire à l’âge de 47 ans, jusqu’à sa mort 16 ans plus tard. Contrairement à ce que l’on a souvent prétendu il n’y vivait pas en reclus ; il nous rapporte qu’il y a fréquenté de nombreux mathématiciens ou physiciens célèbres de son époque et même des astrophysiciens comme Képler. Il met d’ailleurs une certaine complaisance à citer les célébrités qui le valorisent, mais il avait, en fait, bien d’autres relations.

Robert Burton

Il mentionne ainsi à plusieurs reprises (certainement par ouï-dire parce qu’il aurait eu 6 ans à cette époque) Giordano Bruno, qui avait effectué, en avril 1583, un séjour en Angleterre, d’abord à Londres puis à Oxford, où il s’était heurté aux théologiens de l’église anglicane. Plein de mépris pour leurs conceptions désuètes, Bruno avait consacré deux années à leur répliquer dans trois ouvrages qui paraissent tous en 1584 (La Cena de le Ceneri (Le Banquet des cendres) ; De la causa, principio, e Uno (La Cause, le principe et l’un) ; et De l’infinito, universo e Mondi (De l’Infini, de l’univers et des mondes). C’est dans ce dernier livre qu’il écrit : « Nous affirmons qu’il existe une infinité de terres, une infinité de soleils et un éther infini. » Cette thèse avait été violemment rejetée tant par les catholiques que par les calvinistes ou les luthériens. C’est pourquoi, dès son départ, les théologiens d’Oxford avaient fait prendre par décret l’obligation pour toute l’université de s’en tenir strictement aux thèses d’Aristote sur la matière et le cosmos (le fameux « Aristoteles dixit » qui concluait les débats, que l’on nommait querelles, dans la scolastique du moyen-âge). On sait qu’à la suite d’Albert le Grand et de Thomas d’Aquin l’Église avait choisi Aristote contre Platon, la mise en catégories du christianisme étant moins risquée que la théorie des Idées…

Burton possédait dans sa bibliothèque L’infini, l’Univers et les Mondes de Bruno ; il cite à plusieurs reprises l’ouvrage mais sans prendre parti entre la théorie aristotélicienne d’une terre située au centre du ciel avec des étoiles fixes mues par Dieu, ou une pluralité de mondes. L’homme est prudent. On note toutefois que s’il était ouvert à des conceptions novatrices et presque révolutionnaires, c’est qu’il vivait au cœur du savoir. Car ces collèges attiraient les savants de passage – on voyageait alors beaucoup plus qu’on ne le pense ! – tandis que les penseurs des collèges voisins se retrouvaient pour échanger à la veillée.

C’est dans ces contacts, étayés par son immense culture de bibliothèque, qu’il trouvera l’inspiration d’un ouvrage qui obtiendra un succès considérable, en Angleterre et au-delà, Anatomie de la Mélancolie, qui paraît en 1621 et sera plusieurs fois réédité au cours du XVIIe siècle. Le succès en est probablement dû – aussi – au fait qu’il est écrit en anglais, au lieu du latin qui demeurait la langue « chic » de l’époque et qu’il cite à l’envi tout au long du texte, sans mentionner au demeurant les auteurs de ses citations, ce qui a représenté et représente encore un casse-tête culturel pour les chercheurs !

La « mélancolie » résultait de la théorie de humeurs élaborée par Hippocrate au 4e siècle av. J.-C. et approfondie bien plus tard par Galien (au 2e siècle ap. J.-C.). Cette théorie a joué un rôle prépondérant dans l’histoire de la médecine jusqu’à la fin du XVIIIe. Elle prétendait que la santé de l’âme, et celle du corps, réside dans l’équilibre des humeurs : sang, phlegme, bile jaune, bile noire selon la terminologie de l’époque, autrement dit le sang, la lymphe, la bile et le liquide céphalo-rachidien.

Ces humeurs étaient liées aux quatre éléments fondamentaux, air, feu, eau et terre et aux qualités physiques qui les accompagnent, chaud ou froid, sec ou humide. Ces qualités étant contradictoires : l’eau et la terre éteignent le feu, le feu fait s’évaporer l’eau, l’équilibre en est donc fragile. S’il était rompu, si une humeur dominait les autres, il se produisait un encrassement des humeurs – ou surcharge humorale – et les symptômes pathologiques (toux, fièvre, éruptions, etc.) n’étaient rien d’autre que l’expression visible (ce que le vulgaire appelle des « crises ») qui répondaient à des purifications humorales et des éliminations toxiques.

Il fallait donc aider à cette purification. Nous nous souvenons du remède dont Molière s’est moqué au XVIIe siècle dans Le malade imaginaire – et il en est mort sur scène – en parodiant le processus suivi par les médecins : Primo saignare, deinde purgare, postea clysterium donare…

On expliquait alors, savamment, que la mélancolie était un excès de bile noire. On la trouve représentée par Albrecht Dürer dans une célèbre gravure sur cuivre de 1514.

La psychiatrie actuelle l’a réduite à une psychose maniaco-dépressive mais, en ce temps-là, cet état pouvait aller de la folie passagère jusqu’à l’installation de la tristesse la plus pernicieuse.

Albrecht Dürer – Melencolia I

Dans son Anatomie de la Mélancolie, Robert Burton en explique les causes et les remèdes.

L’une de ces causes nous intéresse, c’est « La mélancolie religieuse » qu’il étudie dans la IIIe et dernière partie du livre, après « La mélancolie amoureuse ». Voici ce qu’il écrit à propos des « fatidici dii, dieux qui vaticinent, pythonisses, sibylles, enthousiastes, pseudo-prophètes, hérétiques et schismatiques de nos époques récentes » :

« Le monde est plus que jamais enclin à subir toutes ces folies, tous ces symptômes stupéfiants qu’entraînent la superstition, l’hérésie et le schisme ; et qu’à lui seul, ce type de mélancolie religieuse est comparable à tous les autres, libre qu’il est de se répandre, avec des effets plus formidables qu’aucune autre forme de mélancolie […] ; qu’il rend les hommes plus niais et plus crédules qu’aucune des formes plus anciennes ; qu’il fait plus de mal, inquiète davantage les hommes et a crucifié l’âme de plus de mortels (ruse suprême du démon), que ne le firent jamais les guerres, les épidémies de peste, la maladie, la disette, la famine et tout le reste. »

Et il renvoie dos à dos « ceux qui combattent sous la bannière de la superstition [et qui] tyrannisent plus la conscience des hommes qu’aucun autre tortionnaire, en partie par commodité et pour leur bénéfice propre, […] pour gagner du pouvoir, des avantages, sauver leur position et leur réputation, par ambition et avarice [et le] grouillement infini de jobards qu’ils ont attiré à eux [tandis qu’]à l’autre extrême […] défilent les impies, épicuriens, libertins, athées, hypocrites, apostats, mondains, insouciants, impénitents, ingrats, ne pensant qu’à la chair, qui attribuent tout à des causes naturelles, qui ne veulent reconnaître aucun pouvoir suprême… »

On comprend mieux ainsi l’Article 1 des Constitutions d’Anderson moins d’un siècle plus tard. Les esprits étaient, par de tels propos, préparés à un certain relativisme et la seule voie possible était celle du juste milieu : n’être ni « un Athée stupide, ni un Libertin irréligieux » mais être, au contraire, de« cette Religion que tous les hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière »…

La question est de savoir comment des idées aussi avancées ont pu naître dans une Angleterre corsetée par la rigueur de monarchies absolues qui détenaient en plus, avec l’anglicanisme, le pouvoir religieux !

Le cas d’Oxford est éclairant. La ville comptait de nombreux collèges qui avaient des relations entre eux, notamment grâce à ce que l’on pourrait appeler des clubs inter-établissements aux vocations diverses. Ainsi trouvait-on le College of Physicians, la Literary Society, le Philosophical College, etc., autant de centres où trouver des interlocuteurs permettant de conjurer l’ennui et d’échanger sur l’avenir, cette terre bénie depuis que Thomas More lui avait donné un cadre en 1516 avec l’île Utopia.

Le plus ancien de ces cercles, qui regroupait des membres de plusieurs Colleges d’Oxford, était certainement la Society of Antiquarians. C’est d’elle que tout est parti. Elle était née pour protéger les richesses des monastères démembrés par le roi Henri VIII, entre 1535 et 1539, à la suite de sa rupture avec la papauté. Les Antiquarians s’efforçaient de sauver le patrimoine, en premier lieu les bibliothèques. Par la suite, ils devinrent un centre d’étude sur l’Angleterre ancienne composé d’archéologues, de géographes et d’historiens, ces spécialités étant souvent concentrées sur un seul homme. On trouve parmi eux John Dee qui fit prendre par la reine Anne une loi de protection des sites antiques en 1566, contraignant même à les réparer (1570) ceux qui les avaient endommagés, par exemple pour en récupérer les pierres et construire leurs demeures à moindre coût ; son successeur John Stow, prit la relève et ses travaux sur Londres sont aujourd’hui d’un intérêt majeur pour connaître l’état des lieux de l’époque.

Ils n’étaient évidemment pas seuls ; d’autres passionnés les accompagnaient. Et si leurs noms ne sont pas restés, ces chercheurs du XVIIe siècle se sont attachés (de façon pas toujours désintéressée) à approfondir l’histoire galloise de la maison Tudor dont était issu Henri VIII quand celui-ci était au pouvoir, puis de celle qui lui a succédé, Elisabeth 1ère surnommée the Virgin Queen, « la Reine Vierge » qui éteignit la dynastie par manque de descendance. Leur intérêt se porta ensuite sur l’Écosse dont était issu le successeur d’Elisabeth I, Jacques Stuart, roi d’Écosse sous le nom de Jacques VI devenu Jacques 1er d’Angleterre en 1603. Ils étudièrent alors de nouveaux aspects historiques et d’autres traditions, en particulier les traditions celtiques. Leurs études historico-légendaires se propageront jusqu’à Anderson : il suffit pour s’en convaincre de lire le préambule des Constitutions de 1723 où la légende l’emporte clairement sur l’histoire, par référence aux Old Charges, les Anciens Devoirs.

Pour compléter ce tableau de la circulation des idées au sein de ces groupes fraternels, il faut ajouter qu’à la fin du XVIe siècle naît en Europe une mode culturelle portant sur la mythologie gréco-latine ignorée jusque-là en raison d’une culture chrétienne exclusive. Plusieurs ouvrages font fureur : le De genealogia Deorum (la généalogie des Dieux)de Boccace publié en 1472, le De Deis Gentium varia et multiplex Historia (l’histoire récréative de la Société des Dieux) de Lilio Gregorio Gyraldo qui paraît à Lyon en 1535, mais surtout le répertoire mythologique de Vicenzo Cartari intitulé Les Images des Dieux qui paraît à Venise en 1556 et qui a été très vite illustré de gravures qui frapperont l’imagination de Robert Burton (il en fait état dans son Anatomie de la Mélancolie). Mais le livre qui influença le plus les mentalités fut peut-être les Mythologies de Natale Conti qui paraissent à Venise en 1551 : l’auteur attribue à Prométhée la création de l’homme. Voici ce qu’il en dit dans le Livre IV, chap. VI :

« On dit que Prométhée fut le premier à modeler les hommes avec de la boue et fut le père de tout le genre humain, ou plutôt, son artisan, ce dont atteste Ovide dans le livre I (80-3) de son œuvre majeure. Or il s’avère que la terre toute fraîche, récemment séparée du ciel son proche parent, en conservait des semences et que Prométhée, en mélangeant cette terre avec de l’eau de pluie, la façonna à l’image des dieux qui gouvernent toute chose. […]

On raconte en effet que Prométhée, pour créer l’homme, incorpora à son œuvre des parcelles de chaque élément de l’univers et qu’en fonction de leur assemblage, il ajouta à chaque corps non seulement les forces mais aussi les émotions et le caractère.

Ceux qui ont essayé d’expliquer de façon plus merveilleuse encore cette affaire, affirment que c’est Prométhée lui-même qui a introduit en l’homme la crainte des lièvres, la ruse du renard, l’orgueil du paon, la férocité des tigres, la colère des lions et leur grandeur d’âme …

Et l’on rapporte aussi qu’obligé d’ajouter à la boue des origines une particule de tout, il a situé dans notre estomac la violence du lion furieux. Selon la tradition, rapportée par Pausanias dans la description de la Phocide (Livre X 4,4) on trouvait dans un torrent proche de Panopée, d’énormes rochers considérés comme les restes de cette boue avec laquelle Prométhée modela tout le genre humain. »

L’époque est aussi au rêve et l’idée du microcosme reflet du macrocosme, de l’Un cher aux néoplatoniciens et de l’homme comme partie prenante du Tout, pénètre les esprits éclairés. Giordano Bruno avait décrit cette conception de l’Homme universel dans l’un de ses derniers ouvrages, De la magie :

« C’est ce que l’on peut observer aisément dans un grand miroir, qui restitue une image unique d’une chose unique, et qui, même brisé en mille éclats, continue de restituer cette même image, indivise, en chacun de se fragments » (Éditions Allia, p. 62).

Robert Fludd

Je voudrais terminer en évoquant un autre « club », célèbre celui-là, « L’invisible Collège » ainsi nommé par référence au mouvement Rose-Croix qui se prétendait invisible et dont on peut dire, en forçant à peine le trait, qu’il résulte du canular d’un étudiant en théologie à Tübingen, la célèbre université du Würtemberg, Johann Valentin Andreae (1586-1654). Le mouvement surgit en 1614 avec la parution de la Fama Fraternitatis, suivi, l’année suivante, de la Confessio Fraternitatis et couronné en 1616 par les Noces chimiques de Christian Rosenkreutz, en l’année 1549, récit d’une étrange quête spirituelle inspirée par la chevalerie et l’alchimie. Ce fut un coup de tonnerre dans l’inquiétude du temps.

L’un des plus fervents partisans des Rose-Croix, qui tentera par tous les moyens d’entrer en contact avec la mystérieuse fraternité, évidemment sans succès, est Robert Fludd (1574-1637). Fludd, scientifique de talent, était très dévot ; aussi s’attacha-t-il à concilier sa foi avec les progrès de la science, comme le montre Serge Hutin dans son étude sur l’alchimiste et philosophe rosicrucien. Ce dernier avance la thèse d’un « Dieu caché » et de deux grandes forces contraires qui géreraient le monde.

L’homme, libre par définition, oscille entre la face sombre et la face lumineuse de l’univers ; mais il peut, par son travail, remonter vers la Cause première. Cette conception était très proche de celle de son contemporain Jakob Böhme dont il n’est pas sûr, cependant, qu’il ait connu les écrits.

On retrouve cette même vision dualiste chez les gnostiques qui dissocient un Dieu suprême, distant et hors du monde, d’un Dieu créateur (appelé « démiurge » dans la tradition platonicienne), souvent décrit comme balourd ou ignare, parfois comme carrément mauvais. Fludd ajoute à cela une conception de la réminiscence qui n’est pas sans rappeler le Phèdre (249c-250b) ou le Ménon (81a-81d) de Platon, où le philosophe grec affirme qu’en travaillant sur soi on peut atteindre à la source de l’âme immortelle qui s’est réincarnée plusieurs fois après être retournée auprès des dieux : « La nature entière étant homogène et l’âme ayant tout appris – écrit-il dans le Ménon –, rien n’empêche qu’un seul ressouvenir (c’est ce que les hommes appellent savoir) lui fassent retrouver tous les autres, si l’on est courageux et tenace dans la recherche ; car la recherche et le savoir ne sont au total que réminiscence ».

Cette approche avait déjà trouvé un nouvel écho chez les néoplatoniciens de Florence, en particulier chez Marsile Ficin. Mais Fludd la complète. En partant de l’observation du monde il en tire des symboles signifiants dépassant le cadre limitatif de la philosophie et des mathématiques afin de déceler cette force de cohésion agissant dans le monde au sein duquel se cache Dieu. Cette approche de la réalité à travers les symboles n’a pas été sans influence sur la Franc-maçonnerie spéculative.

Il y aurait beaucoup à dire, en particulier sur le passage de l’Invisible College à la Royal Society, l’Académie des Sciences fondée en 1660 en Angleterre – avant que la France ne fonde la sienne, en 1666 – et, de la Royal Society à la Franc-maçonnerie de 1717. Mais nous avons pu ici suivre le cheminement de quelques notions et voir comment, au sein de cette microsociété qu’étaient les Collèges d’Oxford, elles ont pu naître lors d’échanges fraternels, même si elles ont été, par la suite, attachées à un seul nom. Ces conceptions étaient comme « dans l’air du temps » ; elles furent mises en forme par des personnages éminents, comme Elias Ahsmole (1617-1692) qui fut un antiquarian avant d’être initié à Warrington, dans le Lancashire, en 1646, et d’être membre fondateur de la Royal Society.

Ainsi se forme l’histoire des idées, et cette culture de la tolérance qui nous constitue encore.

Manuel Général de la Franc-Maçonnerie

Présentation de l’éditeur

Le Manuel Général de la Franc-Maçonnerie [Manuel Général de Maçonnerie comprenant les Sept Grades du Rite français, etc. (3e édition)] contient les bases rituelles des rites Français et Écossais qui sont encore en usage aujourd’hui.

La version que nous proposons est la 3e édition revue et corrigée qui date de 1883. Les grades, mots et signes n’auront plus de secrets pour vous. Nous avons pris un soin extrême dans la restauration des magnifiques gravures qui accompagnent cet ouvrage. L’auteur ne s’appelait ni André, comme le croyait Geoffray d’A ni Marius Charles Antoine comme le croyait Caillet (Manuel bibliographique), mais bien Charles-Adolphe Teissier (1801-1663). C’est lui qui fonda la Librairie Maçonnique Teissier et ses fils continuèrent son activité.

[NDLR : Réédité en juin 2018 à 35 ,99 € chez lulu.com dont la devise est « Publiez. Imprimez. Prospérez. », cette nouvelle parution de la 3e édition de 1883 du Tessier ne manquera pas d’attirer l’attention des pratiquants du Rite Français, à la fois par son contenu qui comprend les bases rituelles des rites principaux pratiqués en France suivant les obédiences, à savoir le Français et l’Écossais Ancien et Accepté et de magnifiques gravures – plus de seize avec la première et quatrième de couverture – que par son prix qui en fait un livre abordable.

Son véritable titre est « Manuel général de la Franc-Maçonnerie comprenant les sept grades du rite français les trente-trois degrés du rite écossais et les trois grades de la maçonnerie d’adoption suivi d’un formulaire pour les travaux de banquets, pour les affiliations, pour les installations d’at. ˙.et inauguration de Temples, pour les Baptêmes maç.˙. et cérémonies funèbres et d’un Dictionnaire des mots usités en maçonnerie – Orné de planches avec l’explication de la pierre cubique et de la croix philosophique – Troisième édition revue et corrigée – Paris, à la librairie Maçonnique Tessier, Rue Jean-Jacques-Rousseau, 37. »

Natif de Paris, Charles-Adolphe Teissier (1801-1863) est un éditeur qui a marqué son siècle. En effet, homme et maçon ayant plusieurs cordes à son arc, il exerce en tant que dessinateur et brodeur d’ornements maçonniques et commerçant en ornements maçonniques. Libraire-éditeur, il est aussi officier du Grand Orient de France.

Le 15 septembre 1838, il s’associe par acte sous seing privé avec l’ébéniste Louis-François Schmidt pour l’exploitation d’un fonds de broderie et de librairie maçonnique, succédant ainsi au sieur Michalet et se qualifiant, lui-même, de « fabricants de décorations maçonniques ».

Sa société est dissoute en juillet 1841 (cf. la « Gazette des tribunaux » du 20 juillet 1841), entreprenant, il en fonde une seconde, en nom collectif, le même jour.

Propriétaire en 1845, Il devient propriétaire du local maçonnique sis au n° 45 et 47 de la rue de Grenelle. Une rue qui, dès le XIVe siècle, existe en tant que chemin, appelé le « chemin Neuf », et est indiquée sur l’arpentage de 1529. Mais aussi mentionnée avec les noms de « chemin aux Vaches », « chemin de la Justice », « chemin du Gibet » ou « petit chemin du Port »…

La société « Teissier et Schmidt » de Charles-Adolphe Teissier connaît une deuxième faillite déclarée le 28 novembre 1849 (« Gazette des tribunaux » du 28 novembre 1849).

Ensuite, il décide de publier à partir de mai 1858 « Le Monde maçonnique : revue de la franc-maçonnerie française et étrangère« , sous la raison sociale de « Librairie maçonnique de A. Teissier ».

Breveté libraire à Paris le 9 mars 1859 en succession du sieur Gervais qui se démet en sa faveur, notre frère Tessier décède à Paris en septembre 1863. Sa veuve, née Marie-Mélanie Vincent (1799-1885), et ses deux fils François- Jules (1830-?) et Louis-Léon (1831-1901) Teissier poursuivent l’activité sous la raison « Teissier et compagnie », rue Jean-Jacques-Rousseau, à partir de 1869.

Bien que peu connu de la maçonnerie française, ce tuileur reste toujours une référence.

C’est à Stephan Hoebeeck que nous devons cette publication dont nous pourrions dire qu’il signe la postface dans laquelle il résume vie et l’œuvre de C.-A. Tessier. Stephan Hoebeeck a lui-même travaillé en librairie puis, comme indépendant, dans le domaine du livre en général mais surtout du livre occulte ancien et moderne, en particulier.

Polygraphie et Universelle escriture Cabalistique.

Il a, au début des années 90, publié plusieurs reprints de textes anciens d’alchimie. Il nous a aussi donné la transcription de La Complainte de Nature de Jehan Perréal et Les Trois Livres des Éléments chimiques et spagiriques de l’Esprit du Monde et du Polygraphie et Universelle escriture Cabalistique de M. I. Trithème Abbé.

Manuel Général de la Franc-Maçonnerie

Réimpression de la 3e édition de 1883

Charles-Adolphe Teissier Amici Librorum, 2021, 358 pages, 27 €

À commander ICI

La 4e de couverture.

Tolstoï et la franc-maçonnerie dans la guerre et la paix

De notre confrère suisse ticinolive.ch – par Chantal Fantuzzi

Le jour de la Saint-Jean, le 24 juin 1717, la Grande Loge Unie d’Angleterre, « Mère du Monde », est née à Londres, début et pierre angulaire de la franc-maçonnerie moderne. Aucune source précise n’est connue quant à l’appartenance du plus grand écrivain russe (et pas seulement) à la franc-maçonnerie. Ce qui est sûr, c’est que le monde maçonnique a très bien connu Léon Nicolaevic Tolstoï.

Chantal à Poestate. « La mariée de glace »

Dans Guerre et Paix, son chef-d’œuvre, avec Anna Karénine, le protagoniste Pierre, après s’être violemment séparé de sa femme Hélène, belle et dissolue, coupable de l’adultère chuchoté avec Dolokhov, rencontre, en voyage, un franc-maçon libre ,Oss’p Alksèevic’ Bazdeev, qui, conscient du malheur vécu par le jeune homme, l’invite à réfléchir et à se purifier. Ainsi Pierre commence son chemin de purification, avec le Comte Villarski, à la cour duquel il rencontre de nombreux autres représentants bien connus de la noblesse russe que Pierre n’aurait jamais imaginé appartenir à la Franc-Maçonnerie (poussé en son temps, par l’Auteur ? Qui sait…) . Tolstoï décrit avec une froideur lucide (et peut-être une pointe d’ironie) l’initiation angoissante du jeune noble qui, déshabillé, est obligé de traverser un long couloir sombre, où, à la faible lumière de quelques bougies, l’Évangile , un cercueil rempli d’os et d’un crâne. « Dieu, la mort, l’amour et la fraternité » pense Pierre, à quoi l’initiateur répond : « La sagesse suprême n’a pas pour seul fondement le raisonnement, ni ces sciences profanes, comme la physique, l’histoire, la chimie, etc., dans lesquelles la connaissance rationnelle se brise. La sagesse suprême est une. La sagesse suprême n’a qu’une seule science : la science de tout, la science qui s’applique à l’explication de l’univers tout entier et de la place de l’homme dans celui-ci. Pour se rendre capable d’une telle science, il est essentiel de purifier et de renouveler notre individu intérieur, et donc, avant de connaître, il faut croire et se perfectionner. Et, pour atteindre ces objectifs, une lumière divine a été placée dans notre âme que nous appelons conscience. »

Pierre

Alexander Beyer incarne Pierre dans Guerre et Paix, 2007.

La symbologie maçonnique est ainsi expliquée par Tolstoï, toujours par l’intermédiaire de Pierre :
Le cœur battant à couper le souffle, Pierre s’approche du rhéteur.
« Pour quelle raison êtes-vous venu ici « Pour quoi, vous qui ne croyez pas aux vérités de la lumière et ne voyez pas la lumière, pourquoi êtes-vous venus ici, que voulez-vous de nous ? Sagesse, vertu, illumination ?
Une demi-heure plus tard, le rhéteur revint transmettre à l’aspirant ces sept vertus, correspondant aux sept degrés du temple de Salomon, que chaque maçon devait cultiver en lui-même. Ces vertus étaient : 1) la discrétion, c’est-à-dire le maintien du secret de la commande ; 2) l’obéissance aux plus hautes hiérarchies de l’ordre ; 3) les bonnes manières ; 4) l’amour pour l’humanité ; 5) courage ; 6) libéralité ; 7) l’amour de la mort.

Pierre avoue alors ses péchés véniels, et se sent presque renaître.

A la fin du rituel, Pierre reçoit une paire de gants blancs, à offrir à la fille pure qu’il sentira vraiment aimer. Femme qui, bien entendu, ne sera pas Hélène.

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Hélène et Dolokhov (Guerre et Paix, 2007)

Pierre tente donc d’échapper à la mondanité vile dans laquelle il retombe pourtant périodiquement, avec la « pureté » du rite maçonnique. A travers la franc-maçonnerie, il retrouve une partie de lui-même, combative et culturelle, perdue à cause de ses vices, et c’est précisément grâce à la franc-maçonnerie qu’à la fin du roman colossal il se retrouvera dans un Moscou dévasté et déserté, avec l’intention de tuer celui qui, selon lui, est l’architecte de la destruction de la Russie : Napoléon. mais, comme l’enseigne Tolstoï, l’histoire n’est pas écrite par des individus, mais par le destin qui les attend. Ainsi, coupable et en même temps acquitté, Napoléon ne sera pas tué par Pierre, qui est pourtant fait prisonnier, et en prison, entre la faim et le risque constant de mourir, il redécouvre, dans la simplicité d’un paysan injustement déporté, Platon , la pureté qu’il avait désirée, en vain. Pureté qui se termine avec le mariage, après le suicide d’Hélène, entre Pierre et la douce et souffrante Natasha, une fille qui a perdu l’essence de l’enfance, à cause d’un deuil et d’une trahison dont elle a été, sans le savoir et douloureusement, l’architecte. Pierre lui donne symboliquement les gants de cette franc-maçonnerie dont il est désormais issu, recomposant ainsi ce cycle initiatique de son voyage intérieur, de recherche personnelle vers l’essence de la vie tranquille.

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Andrej et Natasha (Guerre et Paix, 2007)

Et qui sait si Tolstoï a participé à la franc-maçonnerie, étant donné que l’idée du don de gants, symbole d’amour dans la franc-maçonnerie, est également proposée par le premier prétendant de Natasha, le vertueux et malheureux prince Andrej, dont pourtant aucune mention n’est faite. est faite par ailleurs une hypothétique appartenance à la Franc-Maçonnerie.

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Si, comme le dit Luis Borges, « chaque écrivain raconte avant tout sa propre histoire, même si elle commence par « il était une fois un roi qui avait trois fils » » et donc Tolstoï lui-même se refléterait à la fois dans le prince Andrej et chez Pierre Bezuchov, qui accomplissent tous deux un chemin de conversion, peut-être l’auteur lui-même appartenait-il également à la franc-maçonnerie ou peut-être plutôt a-t-il seulement réfléchi à son appartenance, car, comme le conclut la morale de Guerre et Paix, la franc-maçonnerie n’est pas nécessaire pour atteindre Dieu, mais pureté seulement de la vie quotidienne. Comme le dit l’adaptation cinématographique de 1956 : « Celui qui aime la vie aime Dieu ». 

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Adaptation cinématographique de 1956

sur la photo Helena (à gauche) et Natasha (à droite)

Un livre étudie cependant la relation entre Tolstoï et la franc-maçonnerie : L’alambic de Léon Tolstoï  – Guerre et Paix et la franc-maçonnerie russe Raffaella Faggionato, série La Storia, Thèmes, 44.

Brésil : À la découverte des 5 loges de Marabá

De notre confrère Correio de carajas

« Découvrez les 5 loges maçonniques de Marabá et le travail qu’elles accomplissent »

À Marabá, l’institution a une histoire presque centenaire, comptant toujours parmi ses membres des personnalités éminentes de la municipalité.

Marabá est une commune brésilienne de l’État du Pará, un État du nord du Brésil, centré autour de l’estuaire de l’Amazone. La ville a pour devise : « Favante Deo ad astra vehimvr », soit « Avec l’aide de Dieu pour obtenir les étoiles »…

Blason de Marabá.

La franc-maçonnerie est une société discrète, dont les actions sont réservées uniquement à ceux qui y participent. Les principes de l’organisation sont la liberté, l’égalité et la fraternité. Le terme

« maçonnerie » est d’origine française et signifie construction. Le terme maçom est la version portugaise du français ; La franc-maçonnerie signifie par extension « association de maçons ».

Le 20 août est célébrée la Journée de la franc-maçonnerie, et dans la nuit de ce mercredi 23, une séance solennelle dans la municipalité de Marabá a marqué cette date, honorant les « maçons » qui travaillent dans la communauté locale pour aider les personnes dans le besoin.

Suivez ensuite un entretien avec des vénérables et des représentants des cinq loges existants dans la ville : Firmeza e Humanidade Marabaense ; mais il y a aussi Aurora de Marabá, Trabalho e Silêncio, Pioneira da Transamazônica et le plus jeune Past Grão Mestre Wagner Spindola de Ataíde.

Franc-maçon par l’exemple de son père

« La franc-maçonnerie nous apprend à être de meilleures personnes, de bons citoyens », déclare Fernando Silva Pacheco, avocat. Il y a 25 ans, il faisait ses premiers pas vers la franc-maçonnerie. Aujourd’hui, à 34 ans, il se souvient des débuts du garçon de 9 ans, qui errait dans la salle de la Loge maçonnique Pedro Ludovico Teixeira, à Goiânia.

C’est à travers l’exemple de son père que le désir d’intégration dans la société a fait surface chez l’avocat. « Quand mon père allait rencontrer ses frères, moi, un enfant et mon jeune frère, restions dans le hall. Les tantes, épouses des francs-maçons, se sont également rassemblées. Il y avait des activités, le Clube das Damas da Fraternidade et les enfants des enfants restaient là pour jouer », se souvient-elle.

Et c’est là, au milieu des différentes activités qu’il a vécues, que très jeune, Fernando a commencé à participer à la franc-maçonnerie. Désormais, il révèle que toute son histoire de franc-maçon repose sur le chemin parcouru par son père. « C’est grâce à l’exemple de mon père, je me comporte comme lui, amoureux de la cause, de l’ordre. Il est très responsable, sérieux dans tout ce qu’il fait, trop appliqué », vante-t-il.

De DeMolay à vénérable

Un peu plus âgé, à 13 ans, Fernando Pacheco a débuté dans l’Ordre de DeMolay, déjà au Pará. Sa participation a eu lieu lorsqu’il vivait à Tucuruí, où il est resté jusqu’à l’âge de 18 ans. De là, il est venu à Marabá pour étudier le droit à l’Université fédérale du Pará (UFPA).

DeMolay.

L’Ordre de DeMolay est une institution gouvernée et parrainée par des maçons, dans le but d’aider les jeunes âgés de 12 à 21 ans à devenir de bons citoyens et de meilleurs leaders. Les valeurs et vertus des membres sont travaillées sur la base de l’esprit de fidélité, de leadership et de responsabilité.

Dans le parcours de Fernando, lorsqu’il serait assez grand, l’étape naturelle serait d’entrer dans la franc-maçonnerie, mais ce n’est pas ce qui s’est produit. L’envie de terminer ses études, d’atteindre l’indépendance financière et d’être plus mature était plus forte. «J’ai fini par commencer seulement vers 27 ans, quand je me suis senti mature et prêt. Quand j’ai senti que j’étais vraiment prêt à être franc-maçon.

Au-delà du simple fait d’être membre, alors qu’il était encore dans l’Ordre de DeMolay, il accède au poste de maître conseiller. « Déjà franc-maçon, j’ai pu diriger l’institution au niveau de l’État. L’année dernière, j’ai été élu Vénérable et j’ai été réélu cette année pour un autre mandat, peut-être comme le plus jeune Vénérable de l’histoire de la Loge ».

Pour le Rapport, il révèle que diriger un groupe d’une cinquantaine de francs-maçons – certains ayant plus de temps en franc-maçonnerie qu’il n’en a vécu – est aussi un défi, mais en même temps une expérience d’apprentissage. Il souligne que dans la Loge maçonnique Firmeza e Humanidade Marabaense nº 6, dont il est l’actuel vénérable, la fondation est l’harmonie et son ascension vers ce poste s’est faite naturellement, avec le soutien de tous les membres.

« En tant que vénérable, j’essaie de maintenir cet équilibre. Écoutez tout le monde, faites ce qu’il y a de mieux pour notre loge. J’essaie toujours d’être démocratique dans mes décisions et j’ai ainsi réalisé que j’avais la confiance et le soutien de mes frères, qu’ils soient plus jeunes ou plus âgés ».

La politique et le rôle des femmes

Fernando Pacheco rappelle que la franc-maçonnerie a longtemps assumé un rôle politique important. À Marabá, l’histoire de la ville est étroitement liée à celle de la société en question, puisque plusieurs francs-maçons ont occupé des postes publics dans la municipalité, que ce soit en tant que maires, conseillers ou même en étant présents dans les noms des rues et des écoles.

L’avocat estime que dans le scénario actuel d’intolérance politique, où certains membres sont insérés, le premier grand défi est d’assumer véritablement « être un franc-maçon ». « Pour que nous puissions défendre nos idéaux, la démocratie, la liberté d’expression, les préceptes républicains. Pour cela, nous devons le faire de la bonne manière, en aidant et non de manière intolérante ».

Dans une association où politique et famille se mélangent dans un même environnement, le rôle de la femme ne pouvait être laissé de côté. En plus d’être l’axe des membres, la figure féminine collabore avec la Franc-Maçonnerie en intégrant ses institutions, comme le Clube das Damas da Fraternidade, ou le Clube das Acacias, ou la Fraternité Féminine.

« Dans la plupart des loges, elle est responsable de l’organisation des activités philanthropiques et récréatives. De plus, cela encourage le frère à continuer de participer aux activités et aux réunions. Alors, pour que vous veniez ici discuter, philosopher, grandir en tant que personne, vous devez savoir que votre famille aussi fait partie de cela, qu’elle (la femme) vous soutient », réfléchit l’avocat.

Presque centenaire

En 2028, la Loja Firmeza da Humanidade Marabaense nº 6 fêtera ses 100 ans. « Nous devons préparer quelque chose de grand, comme cette loge le mérite. Cela a une importance, non seulement pour Marabá, mais au sein de notre Grande Loge maçonnique de l’État du Pará », prédit Fernando Pacheco.

Mais il commente succinctement les célébrations de cette date très importante, se contentant de révéler seulement que des discussions sont en cours sur le sujet, en plus de souligner qu’en raison de sa longue et importante histoire, la loge mérite cette célébration.

 L’héritage du pionnier de la Transamazônica

João Luiz Magnabosco, homme d’affaires, rappelle que la première invitation à rejoindre la franc-maçonnerie lui est arrivée alors qu’il était encore à l’université, mais qu’à ce moment-là, il a choisi de refuser l’offre. Il raconte que c’est grâce à son beau-père que lui est né le désir de devenir franc-maçon.

Peu de temps après, il rencontra sa femme (à l’époque sa petite amie) et comme son beau-père était franc-maçon, João commença à participer aux dîners organisés après les séances. Avec cela, le rapprochement avec les autres membres de la loge maçonnique était inévitable. « Puis les frères furent invités à rejoindre la franc-maçonnerie ».

Le beau-père, malheureusement, n’a pas pu assister au moment où João est devenu partie intégrante de la société, car il était décédé quelques semaines auparavant. À cette époque, il imaginait déjà qu’il deviendrait un jour un leader parmi les francs-maçons. Actuellement, il est vénéré depuis janvier 2023 par la Loge maçonnique Pioneira de Transamazônica nº 44, située dans le Bairro Novo Horizonte.

« La responsabilité (en tant que leadership) est primordiale. Avec la loge, avec son administration et avec les autres frères. Garder l’union, l’harmonie et ça, c’est très gratifiant », partage l’entrepreneur.

Millénaire et silencieux

Étant une société considérée comme millénaire, la franc-maçonnerie connaît un renouvellement et une réinvention constants, à mesure que la société évolue, explique João Luiz. Bien qu’il se tourne vers le présent (et l’avenir), il souligne que le passé est également consulté, afin de passer en revue les erreurs et les réussites. « Les défis changent, mais nous essayons toujours de les surmonter avec sagesse ».

Les actions de la société finissent souvent par rester silencieuses, considérant qu’une bonne partie de ses services sont liés à la philanthropie. « La franc-maçonnerie ne dévoile pas ses actions, nous ne faisons pas de marketing et nous ne voulons pas grandir sur les malheureux », partage-t-il.

Il donne un exemple de quelque chose qui s’est produit au plus fort de la pandémie de covid-19, lorsqu’il y avait un manque d’oxygène dans certains endroits, et sa loge maçonnique a donné deux bouteilles à ceux qui en avaient besoin. « Nous allions livrer et aider les gens », conclut-il.

Vous devez briser les tabous sociaux

Fondée le 20 août 1982, la Loja Symbolica Trabalho e Silêncio nº 2219, tout au long de ses 40 années d’existence, a fourni un bon travail à la société de Marabá. C’est ce que dit Anderson Huhn Bastos, médecin et actuel vénérable de cette entité.

« Notre loge a le privilège d’avoir les noms et photos de ses fondateurs dans une galerie. MM. Jamiro, Bispo, Pedro Pires, Antônio Joaquim, Daniel Lira Mourão et Zé Vovô, qui est très connu ici dans la ville», souligne-t-il.

Pour lui, sa loge maçonnique est pertinente par la philanthropie qu’elle pratique, un acte intrinsèque aux francs-maçons. Huhn explique que les actions menées par les membres de la loge sont organisées et sponsorisées par eux-mêmes, sans aucune demande de dons extérieurs.

Ces actes de solidarité vont à contre-courant de la mystique créée autour de la franc-maçonnerie, où beaucoup croient que cette société pratique des rituels sataniques. À ce sujet, Anderson commente qu’il s’agit d’une idée séculaire, perpétuée par certaines entités religieuses. « Ils ont cette difficulté à accepter les francs-maçons. On dit que nous avons des mystères, des rencontres macabres, qu’il y a un bouc noir ici, avec lequel nous devons faire des rituels avec lui », déplore-t-il.

Il affirme avec véhémence que tout n’est rien d’autre que la croyance populaire et précise que la franc-maçonnerie est régie par la Sainte Bible. En fait, tout le travail de la loge commence avec l’ouverture de ce livre. « Nous parlons de Dieu, que nous appelons le Grand Architecte de l’Univers. Donc ces rituels sataniques, ça n’existe pas, ça n’a jamais existé en réalité», garantit-il.

Une partie de cette mystique vient de la croyance que les réunions maçonniques sont secrètes, mais il révèle que ce n’est pas le cas. Le médecin réfléchit que, tout comme dans une entreprise privée, qui ne tient pas toutes les réunions ouvertes avec les salariés, dans son association, cela se passe de la même manière. Certaines réunions ont lieu entre les frères, d’autres uniquement avec le conseil d’administration, mais il n’y a rien de caché derrière ces actes.

« Désormais, pour participer aux réunions, il vous suffit d’y avoir accès. Si vous souhaitez devenir franc-maçon, vous recevrez une invitation et suivrez toutes les étapes nécessaires pour rejoindre la franc-maçonnerie ».

La croissance de la maçonnerie locale

Actuellement, Marabá compte cinq loges maçonniques. Un chiffre qui reflète non seulement la grandeur de la ville, mais aussi la croissance de l’ordre lui-même au sein de la commune. « C’est extrêmement important, car, comme toutes les institutions, la franc-maçonnerie est en pleine croissance », assure Anderson Huhn.

En soulignant que dans la Franc-maçonnerie rien n’est obligatoire, mais que tout est volontaire, il souligne que plus la loge grandira, plus les actions philanthropiques évolueront. « C’est extrêmement important pour le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. »

« Aurora de Marabá » est centrée sur une bienfaisance envers les enfants

Afin d’améliorer la qualité de vie d’une partie des citoyens de Marabá, la Loge maçonnique Aurora de Marabá nº 4188 a été fondée en 2012. La personne qui raconte cette histoire est Pedro Crisóstomo, vénérable maître de cette loge, qui travaille temporairement dans le bâtiment de Loja Trabalho et Silêncio, à Folha 16, Nova Marabá.

Appelés ouvriers, les membres d’Aurora de Marabá appartiennent à différentes classes sociales, vivent dans différents quartiers et même dans des municipalités. Actuellement, le travail qu’ils effectuent se concentre sur les quartiers les plus nécessiteux de la ville, avec pour objectif principal les services rendus aux enfants.

« Nous avons pour objectif de travailler avec les jeunes en matière de qualification, mais nous sommes encore en train de nous organiser », dit-il. Concernant les actions menées avec les plus jeunes, Pedro précise qu’elles sont réalisées à partir d’activités ludiques, de conversations et de conférences.

Avec une loge formée d’environ 30 frères, Aurora de Marabá a la mission importante de prêcher l’amour aux autres et d’apporter l’unité à ses travailleurs. Actuellement dans le rôle de vénérable, Pedro affirme s’être engagé depuis 15 ans sur les chemins de la franc-maçonnerie. L’invitation venait d’un ami, mais l’appel était toujours dans son cœur.

« J’ai suivi tout le processus nécessaire pour rejoindre l’Ordre. Et aujourd’hui, je suis un vénérable maître », se réjouit-il.

Les défis de la plus jeune passé vénérable

C’est vers l’âge de 18 ans qu’Ulisses Viana da Silva, 39 ans, avocat, commence à s’intéresser à la franc-maçonnerie. À cette époque, il en savait peu, mais il était déjà sûr qu’un jour il deviendrait franc-maçon.

Né à Araguatins, il dit avoir vécu dans la ville pendant environ trois jours, dès que sa famille a déménagé en Palestine, au Pará, où il a vécu jusqu’à l’âge de 14 ans, âge auquel il est venu à Marabá pour faire ses études secondaires et où il a également étudié les mathématiques et le droit à l’Université fédérale du Pará (UFPA).

« En 2015, j’habitais Folha 30, puis un ami m’a dit que j’avais un certain profil. Il avait plusieurs amis francs-maçons et il m’a présenté à mon parrain, notre frère Bosco Jadão, qui était maire de Marabá », se souvient Ulisses. C’est grâce à ce lien qu’en 2016 l’avocat rejoint la Loja Firmeza e Humanidade Marabaense nº 6.

Cette organisation est également chargée de parrainer l’un des chapitres de l’Ordre de DeMolay, Pedro Marinho de Oliveira nº 220. Même s’il ne faisait pas partie de cette société (qui accueille des jeunes de 12 à 21 ans), lorsqu’il était plus jeune, Ulisses, en tant que franc-maçon, il fait partie de son conseil consultatif, en étant même le président jusqu’en 2022. « Maintenant, je suis le premier ‘’justicier’’, comme si j’étais vice-président ».

Ayant voulu depuis de nombreuses années adhérer à la franc-maçonnerie, Ulisses démontre tout cet enthousiasme en intégrant non pas une, mais deux loges maçonniques. Il fait partie du Past Grão Mestre Wagner Spindola de Ataíde nº 94, dont il fut vénérable maître en 2022.

Les rites

Une caractéristique de la franc-maçonnerie réside dans ses rites. Ils sont composés de méthodologies et de lignes directrices rituelles utilisées pour transmettre les enseignements et organiser les cérémonies maçonniques. Dans ce contexte, chaque loge opte pour un protocole spécifique. « La Fermeté et l’Humanité de Maraba nº 6, qui est ma boutique mère, adopte le Rite Écossais Ancien et Accepté. Le Passé Grand Maître Wagner Spindola de Ataíde nº 94 adopte le Rite d’York », raconte Ulisses Viana da Silva.

Equerre et Compas

Dans le monde, plus de 85 rites sont pratiqués. Au Brésil, huit ou neuf sont exercés et au Pará, ce nombre atteint quatre. En plus de ceux déjà mentionnés, il existe également le « Rite Schröder » et le « Rituel d’émulation (Modern English Rite) ». En approfondissant la culture franc-maçonne, l’Avocat détaille que dans chaque rite, un certain nombre de « degrés » sont pratiqués.

Il s’agit d’une hiérarchie d’évolution échelonnée au sein des rites existants au sein de la franc-maçonnerie et Ulysse explique qu’elle s’apparente à une école. « Vous avez les bases, qui sont les loges maçonniques. Il n’y a chez eux que trois degrés, apprenti, compagnon et maître. Ainsi, degré un, degré deux et degré trois, lorsque vous atteignez ce dernier, vous êtes un Maître Maçon ».

Pour continuer à gravir les échelons supérieurs, le membre de la franc-maçonnerie doit poursuivre ses études, pouvoir accéder aux diplômes dits élevés, supérieurs ou philosophiques. Dans le Rite Écossais Ancien et Accepté, les degrés élevés vont de 4 à 33. Dans le Rite York, il y a quatre degrés dans le « Chapitre de l’Arche Royale » ; trois au « Conseil Cryptique » et trois au « Commandement des Templiers ».

Amélioration de soi et philanthropie

La franc-maçonnerie est une école pour le perfectionnement moral de l’homme. On a l’habitude de dire qu’on ne prend pas une personne mauvaise pour la transformer en une bonne personne », dit Ulisses Viana.

Il expose que dans cette société, les bonnes personnes deviennent encore meilleures. Les enseignements se transmettent par répétition. Il dit qu’à chaque séance, les mêmes choses se produisent, mais ce qui change, c’est que chaque expérience devient unique. « Vous entendez un frère qui fait un commentaire et cela vous touche d’une manière ou d’une autre. Donc la franc-maçonnerie, c’est ça, une institution très riche et belle ».

Au-delà du perfectionnement intellectuel de ses membres, la Franc-maçonnerie agit également par des actions philanthropiques. « Nous avons un principe qui dit ceci : ce que votre main droite donne, votre main gauche ne le voit pas ».

Ulisses énumère quelques actes de solidarité menés par l’association, parmi lesquels le don de paniers alimentaires, de ressources pour les consultations médicales, les examens ou encore des fauteuils roulants. Il affirme que dans la franc-maçonnerie, l’aide ne cherche pas à flatter ses membres, car tel n’est pas l’objectif. Ce qui est important, pour les francs-maçons, ce sont les actions accomplies.

Les tenues…

Loja Maçônica Firmeza e Humanidade Marabaense nº 6.

La Loge Firmeza da Humanidade Marabaense nº 6 fut la première de la Grande Loge maçonnique de l’État du Pará.

Cette dernière a été fondée en 1927, regroupant les cinq loges qui lui ont donné naissance, faisant de Firmeza da Humanidade Marabaense le numéro 6 et, en même temps, l’aînée des plus grandes.

Fin juin, la loge a fêté ses 95 ans et tout au long de ce parcours, il a été chargé d’en fonder de nombreux autres, dans le sud et le sud-est du Pará, et même dans d’autres États, comme le Maranhão et le Tocantins.

Past Grão Mestre Wagner Spindola de Ataíde nº 94 a été fondée en septembre 2019. Peu de temps après, en raison de la pandémie de Covid-19, ses activités ont été arrêtées, sans réunion. Sa fondation a eu lieu à Parauapebas et, en 2020, le frère Ênio Machado a demandé au grand maître de changer d’adresse et d’être transféré sur le sol de Marabaense. Ce n’est qu’en 2021 que ses activités sont redevenues actives.

« C’est une loge qui a encore beaucoup à conquérir, beaucoup de bonnes choses à venir. Actuellement, nous avons 14 membres, mais nous augmentons progressivement ce nombre de frères ».

Past Grão Mestre et Firmeza da Humanidade Marabaense opèrent dans le même bâtiment, avec des réunions un jour sur deux. Dans le premier cas, ils ont lieu les lundis et mercredis. Les seconds ont lieu le jeudi.

Et en regardant vers l’avenir, il espère que la commanderie templière sera installée à Marabá. « Si Dieu le veut, l’année prochaine, en 2024. » (Ulisses Pompeu et Luciana Araújo)

La spiritualité à la lumière du « rite écossais ancien et accepté » originel

Sur le câble d’acier, tendu au-dessus de la cataracte bouillonnante, le funambule que je suis, avance à petits pas lents et glissés, maintenu en équilibre précaire par les oscillations constantes gauche-droite, droite gauche, du long balancier que je tiens à bout de bras. Massés sur les deux rives du fleuve, les spectateurs anxieux retiennent leur souffle, les yeux en l’air, fixés sur moi. Ils savent, je sais, que je n’ai pas droit à la moindre erreur, au moindre imprévu. Un pied qui dérape, un basculement trop appuyé de la perche, un coup de vent soudain, et c’est la chute mortelle dans le tourbillon des eaux rocheuses, quatre-vingt mètres plus bas…

…Je me réveille en sursaut, ruisselant de sueur, au petit matin. Je viens de rêver, j’étais dans la peau d’un audacieux fil-de-fériste, vu la veille à la télévision, et auquel mon inconscient malicieux m’a identifié, je ne sais pourquoi ! Je me souviens, l’homme a réussi sa traversée, rassurez-vous, et moi, je ne suis pas tombé de mon lit !

Ce rêve ancien déjà m’a marqué comme métaphore de l’aventure humaine. Quelles que soient les difficultés, les dangers, je suis destiné à marcher devant moi. A la manière de l’apprenti portant prudemment sa pierre au compagnon sur l’échafaudage de la cathédrale en construction. J’en ai retenu un principe : l’équilibre est toujours le résultat d’une suite de déséquilibres. Autrement dit, la continuité naît de l’instabilité. Par extension, d’autres images me suggèrent que l’harmonie peut succéder à la confusion, le calme à la tempête, la joie à la peur, le bien au mal, et c’est le moment de le croire, que la prospérité peut revenir après la crise ! C’est bien l’esprit même d’« Ordo ab chao », l’ordre à partir du désordre, devise latine sous laquelle s’est créé l’authentique Rite Ecossais Ancien et Accepté (tellement plagié ensuite !). Cette devise est d’autant mieux adaptée que ce rite maçonnique a effectivement balbutié une quarantaine d’années en France, dans un fouillis de degrés, par définition désordonnés. Pour finalement être mis en place et « fixé » en 1801, à Charleston, en Amérique du nord.

Qu’est-ce que l’Homme ?

Avant de découvrir les caractéristiques du rite en cause, et de parler de la méthode initiatique qui offre une seconde naissance à l’homme-maçon, il me paraît important de parler de l’homme tout court, de ce primate dit supérieur, et, précisément, de sa première naissance. Une imperfection de la nature le fait venir au monde, prématuré. S’il naissait vraiment à terme, ce serait une catastrophe, vu la taille de son crâne et l’étroitesse du bassin maternel, due à la station debout. Accouchement signifierait mort du bébé et de la mère, et très vite la disparition de l’espèce humaine ! De la sorte, depuis des lustres, pour la survie même de l’homo sapiens sapiens, le petit d’homme, incapable de marcher, doit être assisté par sa mère et son entourage pendant de nombreux mois. Alors que le singe dont nous sommes issus, c’est paradoxal, se lève et court, quelques heures après sa naissance !

L’avantage de ce développement sur plusieurs années, serait toutefois l’acquisition du langage humain, qui sait né de cette proximité forcée et des échanges prolongés mère-enfant. Mais rien ne le prouve. De fait, on peut ici se poser la question « Qu’est-ce que l’homme ? » cet être inachevé. D’autant que, curieusement – comme l’a remarqué le sociologue Edgar Morin – aucune école spécifique ne l’enseigne, autre que des disciplines dispersées dans les sciences humaines ou encore ces branches parfois encore qualifiées de « luxes esthétiques », littérature, poésie, philosophie.

A ce « qu’est-ce que l’homme ? », c’est justement le philosophe romain Sénèque qui répond le premier : « L’homme est une chose sacrée pour l’homme ». Ce que confirme Cicéron, orateur latin lui aussi : « Un être humain, du seul fait qu’il l’est, ne doit pas être regardé comme un étranger, par un autre être humain ». Nous pourrions dire ainsi qu’il s’agit pour l’homme de croire d’abord en l’homme, avant même de croire au ciel ! Mais, au vrai, « l’homme, est-il la mesure de toutes choses ? » comme l’affirmera plus tard de son côté le sophiste grec Protagoras ?

Avec la raison, l’intuition et l’imagination, ces trois sœurs qui se chamaillent en lui, l’homme n’est-il pas tout au contraire la démesure de toutes choses ! Car enfin, qu’est-ce que l’homme, sinon un être dont cette raison est sans cesse bousculée, mise à mal, défiée par les deux autres, ces deux espiègles poétesses, vitales mais non fiables, la pythonisse et la « folle du logis », ainsi nommées par les grecs antiques.

L’homme doué de cette fameuse raison, j’entends ici l’homme « qui ne cherche pas à avoir raison mais à raisonner », cet homme de raison donc, c’est celui qui, sans passion excessive et grâce à une pensée cohérente, cherche à distinguer le réel de la fiction, le bien du mal, le vrai du faux, le juste de l’injuste, le bon du mauvais, c’est celui qui observe des normes claires, qui fait preuve de logique et de bon sens. Mais, mais…cet homme raisonnable doit compter aussi avec son affectivité qui le rend aussi, tantôt euphorique, tantôt angoissé, autant dire dominé par ses émotions, incertain, jaloux, méchant, violent – nous vivons cette violence au quotidien – et dont l’intuition peut lui donner une prescience des choses, comme le soumettre à l’erreur totale.

Quant à son imagination, elle fait de lui un être subjectif, prompt à la pensée magique, au merveilleux, aux signes, aux coïncidences, qui refuse la mort, se berce d’illusions, croit plus au destin qu’à son libre-arbitre, et par là-même se pense agi par le sort, sinon les forces de l’esprit. Ainsi est l’homme, un être à la fois multiple et incomplet, commun et paradoxal, davantage disposé par nature, au plaisir qu’à l’ascèse, à la croyance qu’à la preuve, au désordre qu’à la sagesse…Ainsi nous sommes. Ainsi je suis ! C’est bien pourquoi, qui sait dans un éclair de lucidité, je me suis retrouvé en maçonnerie, dans le cadre des valeurs du REAA, pour tenter de m’améliorer. C’est à dire d’équilibrer chacune de mes trois habitantes, chahutées et chahuteuses. Pour mieux échanger ensuite avec vous, dans puis à l’extérieur du temple !

Je ne veux pas affirmer pour autant que la raison est notre vérité absolue et doit dominer en permanence tous les actes de notre vie. L’ère de la technologie nous fait faussement croire que la raison est aux commandes de notre psychisme et que l’intuition et l’imagination, ont un rôle secondaire, voire fantaisiste ou toujours dangereux. « Si c’est la raison qui fait l’homme, c’est le sentiment qui le conduit », dit fort à propos Jean-Jacques Rousseau. Nous avons pris l’habitude de juger notre société des hommes, en termes d’actes rationnels et irrationnels. Or, on entend par « irrationnel » – avec un brin de moquerie- non seulement ce qui n’est pas explicable par la raison, mais ce qui serait faux, trompeur, illusoire, farfelu, « tordu ». Cette attitude fait ainsi bon marché de l’une des fonctions principales de notre psychisme : l’imaginaire, qui abrite en son sein notre imagination.

La puissance de l’imaginaire

Au vrai, par le truchement de cet imaginaire – siège même de nos croyances – qui nous permet de nous évader de notre scaphandre personnel et d’agrandir notre espace mental, nous exprimons toute cette part « irrationnelle », difficilement contrôlable de nous-mêmes, sans laquelle nous ne pourrions pas vivre une vie riche et pleine, de nos émotions de base à nos doutes quotidiens, de nos impressions premières à nos élans poétiques, de nos angoisses les plus fortes à nos espoirs les plus enthousiastes, de nos pensées les plus sophistiquées à notre créativité la plus débridée.

Nous jouons les rationnels purs et durs et, dans le même temps, indisciplinés, nous succombons à nos désirs, à nos amours, pulsions et croyances, toujours nouveaux. A travers nos contemplations, nos coups de foudres, nos achats même, dits impulsifs, donc irrationnels. Un regard en forme de promesse, un concerto de notre cher Mozart, un coucher de soleil sur la plage ou une voiture de sport en vitrine, peuvent littéralement, irrésistiblement, nous emporter ! Parce que nous sommes à la fois rationnels et irrationnels. Parce que notre vie serait bien triste, si elle n’était que raison, et sans les lumières de nos fantasmes, ces délicieux aiguillons du désir….

Nous sommes rationnels mais fascinés par l’irrationalité des récits bibliques, templiers, alchimiques, des contes égyptiens, des légendes maçonniques et compagnonniques, véritables bains de jouvence pour notre esprit curieux, assoiffé d’énigmes à tiroirs, d’aventures à suspense et d’images métaphoriques. Le succès hier du livre Da Vinci Code, puis aujourd’hui de la trilogie du Millenium, ne s’explique pas autrement. C’est ainsi, acceptons-nous comme nous sommes, des grands enfants, des êtres de contradiction. Pour vivre, nous avons besoin d’un passé, de pain, d’eau, (de vin bien sûr !) d’amour et de rêves. Partant vivre, c’est croire même à l’incroyable. Même à ce qui est mort, et même à ce qui n’existe pas encore !

Au vrai, comment pourrions-nous vivre, si nous ne croyons pas que nous serons vivants demain, la semaine prochaine, si nous ne croyons pas à nos rendez-vous à venir, à nos projets de travaux et de vacances ?! Puisque la science ne nous répond pas, ou mal encore, à la trilogie questionnante : Qui suis-je ? d’où viens-je ? Où vais-je ? il faut bien que notre imaginaire espiègle nous fasse, si j’ose dire, présent d’un passé et aussi d’un futur. Qu’il compense, joue, bref, qu’il dessine des arcs en ciel devant nos yeux, pour enchanter le monde ! Nous sommes des êtres de désirs et de répétitions. Dès lors, le besoin de croire ou plutôt le désir de croire au surnaturel et au merveilleux, entraîne en nous celui d’entendre, et de réentendre – comme autant de bonbons de l’esprit – des histoires, en l’occurrence, fondatrices.

Rappelons-nous notre enfance et notre propension à nous faire répéter sans fin des contes de fée, avant de nous endormir, tels le Petit Chaperon rouge, le Chat botté, ou le Petit Poucet. Ces récits, tranches de vie insolites mises en mots, ont permis à chacun de nous, en devenant inconsciemment un héros de fiction, de se créer une mythologie personnelle. « Dis-moi quel est ton conte de fée préféré, et je te dirai qui tu es ! » affirme le psychologue Bruno Bettelheim. Qui dit mythe, dit passé. Nous rattrapons ici un autre grand fantasme de l’homme : s’attribuer une rétrospective et revendiquer une origine toujours plus lointaine ! Sur ce plan, il n’est qu’à constater le succès pérenne de la généalogie familiale !

Pourtant, lorsque l’imagerie nous ramène à Adam, au hasard des pages illustrées d’un catéchisme d’enfance, que découvre-ton en regardant bien ? L’homme premier n’a pas de nombril : il ne s’est pas créé lui-même ! De la sorte, depuis la genèse, les successions humaines, par définition, se reproduisent…mais ne cessent de se poser la question de leur créateur initial ! Pour dépasser ce mystère, elles ont d’abord inventé des divinités génitrices, puis du polythéisme, sont passées au monothéisme avec les religions du Livre. Autant de symboles « compensateurs » pour apaiser leur tourmente existentielle. L’homme moderne continue de la subir et il éprouve toujours la même obsession lancinante, frustrante : celle d’un début à connaître, d’un point de départ de l’univers et donc, d’un « comment » et d’un « pourquoi » de sa propre histoire.

Si la science qui, malgré ses fantastiques progrès, peine encore à répondre à son « comment », il est peu probable qu’elle réponde un jour à son « pourquoi ». Or, le « pourquoi », c’est la caractéristique même de l’homme, sa qualité majeure sur les autres animaux en termes de curiosité créative, mais c’est aussi son défaut, car ce questionnement permanent participe à l’angoisse précitée. Les animaux, eux, ne se questionnent pas, ils n’ont pas de problèmes métaphysiques. Ils ne savent pas qu’ils vont mourir un jour, ou en tout cas, ne semblent pas s’en préoccuper. Voilà donc, tel qu’il est, celui qui, aujourd’hui, vient frapper à la porte du temple maçonnique. Un homme qui de fait, en contient trois, l’expert modelé par les techniques modernes et rompu à leur usage, le logicien héritier raisonneur du rationalisme des Lumières et le poète, que son imaginaire avide invite à rêver davantage, seul ou mieux, en communauté. Parce que à l’époque de l’avion supersonique, du TGV, de l’ordinateur, de la tablette et du téléphone portable, certes, on communique de plus en plus… mais on se parle de moins en moins !

La naissance du rite

Cet homme en demande s’approche donc un beau jour de la franc-maçonnerie car il a appris pouvoir y partager ses « pourquoi » en fraternité. Ce n’est d’ailleurs pas tant des réponses qu’il cherche à ses questions, que du sens à donner à la vie en général, et à sa vie en particulier. Parce que le sens, la signification des choses, est un autre de ses besoins impérieux, à côté de la faim, la soif et la reproduction. Or du sens, notre homme a su aussi qu’il en trouverait dans la pratique de l’Art Royal, par le biais de la méthode symbolique. Il va le découvrir dans le cadre du rite de l’obédience choisie. Un rite qui s’appelle donc ici le Rite Ecossais Ancien et Accepté, et qu’il est judicieux de revisiter.

Lorsque, dans les années 1720, les pasteurs Desaguliers et Anderson commencent à structurer la maçonnerie spéculative, avec le temple de Salomon comme mythe emblématique, il n’y a pas encore dans les loges de rite en fonctionnement, c’est-à-dire un « conducteur cérémoniel », mais des rituels simples, à type d’allumage de chandelles parfumées, de pose de la bible sur un coussin et de lectures de récits légendaires par un orateur, autant de coutumes récupérées chez les opératifs. Ces loges resteront plusieurs années des espaces clos de discussion, autant dire des salons de thé où l’on refait le monde, avant de devenir de véritables lieux solennisés. De plus, en Angleterre, il n’y sera jamais question d’initiation de profanes mais de « réception » de « gentlemen-masons », pas question non plus de rite, mais de working à traduire par « façon de travailler » ou encore « style ». Ainsi s’y imposera « l’Emulation working » qu’il nous faudrait traduire par « Style Emulation » pour être précis.

C’est en France moyenageuse que s’impose d’abord, le mot « rit » en 3 lettres, un vocable en usage dans le midi de la France. Il deviendra « rite » (du latin ritus) dans l’église catholique et récupéré ainsi, en quatre lettres, par la maçonnerie chrétienne, pour désigner au 18ème siècle, puis les suivants, l’ordonnancement des travaux, ouverture, discours, chaîne d’union, fermeture. On y retrouve, comme par hasard, les quatre temps de la messe, ouverture, homélie, communion, fermeture, conservés encore aujourd’hui, au 21ème siècle.

Si le premier Rite Ecossais Ancien et Accepté, né en France en 1743, peaufiné aux Antilles puis finalisé aux Etats Unis comme précisé plus haut, au début du 19ème siècle, si ce rite est le plus usité dans le monde, c’est incontestablement, à la fois pour son contenu et son esthétique. Bien que l’on devrait dire « les REAA », car au fil du temps, chaque puissance maçonnique utilisatrice l’a largement transformé à sa guise (voire carrément plagié sous d’autres noms, nous l’avons dit !) et de plus, revendique sa pratique authentique ! Il n’est qu’à assister à une tenue dans les obédiences concernées, pour constater les modifications intervenues, à la fois dans les textes et la gestuelle, certes sous réserve que les nôtres soient justes !

Mais l’important n’est pas là. Il demeure le sens, ce fameux sens humain, que les francs-maçons donnent eux-mêmes à leurs pratiques et qui se transforme en ressentis individuels divers. « Nous ne sommes plus dans le monde profane » dit le Vénérable Maître, à l’ouverture des travaux de notre rite. A chacun de choisir le monde dans lequel il est : espace sacralisé ou laïque pour les uns, religieux, voire mystique ou magique, qui sait, pour les autres. Le vécu du rite, comme celui de l’initiation, appartient au secret de la conscience individuelle.

Le rite, depuis sa naissance dans les sociétés archaïques, a toujours eu pour fonction, lors des pratiques cérémonielles, de joindre le visible à l’invisible, le naturel au surnaturel, en postulant quelque circulation mystérieuse d’énergie. En franc-maçonnerie, pendant toutes les phases d’une tenue, chaîne d’union comprise, le symbole du Grand Architecte de l’Univers peut devenir dans l’imaginaire du frère ou de la sœur qui l’intériorise, tout aussi bien un fluide bienfaisant, une tutelle bienveillante ou une puissance agissante. Ou bien encore, humainement parlant, un fort sentiment d’appartenance, créé par la dynamique de groupe que d’aucuns nomment l’égrégore. A chacun son dieu, son idée de Dieu ou son vécu du rapport à l’autre !

En tout cela, le rite est à lui tout seul une représentation mise en œuvre, verticale et horizontale. Et par là-même, sinon une croyance, une application des composants du vaste champ du « croire » et du ressenti.

 Vous l’avez remarqué mes Frères, mes Sœurs, lorsqu’une erreur, voire une succession d’erreurs se produisent au fil de la tenue, un agacement, une souffrance parfois, s’installe dans l’assistance, avec des claquements de langues. Parce que notre regard et même notre mental peuvent être déstabilisés quand notre habituel univers de formes en mouvement se trouve désaccordé. Nous réalisons alors que la dimension esthétique est en soi une fonction pleine : au-delà du décorum, elle est à la fois solidaire du verbe et bien entendu productrice de sens. J’ai cité plus haut, à côté de nos besoins fondamentaux, notre appétence pour le récit mythologique, c’est-à-dire la fiction.

Pourquoi ? Parce que le cerveau des êtres fictionnels que nous sommes, se nourrit aussi dans la cité, d’histoires, de métaphores, d’allégories. Il interprète en permanence, donc enjolive ou enlaidit, colore ou noircit, majore ou transforme, ce qui lui est donné à voir, à entendre, à ressentir, à commenter au quotidien. En cela, il s’adapte en continu, il invente et réinvente sans cesse le monde et pour tout dire fabrique son réel, d’où est exclue, à l’évidence, toute vérité ! Le passé et le futur sont des représentations que nous faisons exister par notre parole répétée. Seul existe un présent en mouvement, tapis roulant sur lequel nous avançons au gré de notre vie, comme le funambule sur son fil. Et peut-être même, rêvons-nous ce présent, allez savoir, comme je me suis moi-même rêvé, fragile fil-de-fériste d’un instant.

Une spiritualité communicante

Je n’exprime ici aucun pessimisme, mais ce que les neurosciences du XXIème siècle nous disent du réel de la condition humaine : Sans notre fertile imaginaire qui souhaite donner du sens à tout, mais nous rend ainsi créatifs pour compenser notre fragilité – c’est-à-dire pour survivre – nous aurions disparu depuis longtemps, à la manière des dinosaures. Et quand l’espèce humaine, programmée pour être effacée disparaîtra comme les autres, l’univers continuera son expansion, tel un incommensurable soufflé d’étoiles. Pas forcément d’ailleurs avec l’intelligence dont nous l’avons gratifié depuis l’origine de l’humanité, notamment par le biais de la magie, de l’animisme puis bien d’autres fictions qualifiées de « divines ». Celles-ci, je l’ai dit plus haut, après avoir inventé toutes sortes de dieux dans nombre de civilisations, en ont finalement retenu un seul…que trois religions principales monothéistes, voire monolâtres, se disputent aujourd’hui, au prix des déchirures et violences dramatiques que nous connaissons ! Cela dit sans que l’agnosticisme que j’expose ici en forme de constat, cherche à offenser en quoi que ce soit, cultes et pratiquants.

Si l’on veut bien entendre « reliance » dans le mot « religion », autrement dit une société qui relie les hommes et aussi les rassemble et les élève – au différents sens latins des mots religare et releggere – le REAA est bien une religion, mais civile ! Et si l’on consent à donner au mot « spiritualité » son véritable sens de « vie de l’esprit », sans s’égarer dans le vocabulaire cultuel ou occultiste, nous pouvons alors définir cette spiritualité, tout simplement comme notre « conscience d’être ». Remarquons que ce mot aux innombrables définitions appartiennent à « la famille SPIR » (respiration, inspiration, expiration) et indique ainsi le souffle vital.

Me sentir vivant, m’imaginer à cet instant en tenue, ressentir que je suis un élément de l’univers, fait que je regarde mieux que je vois la voûte étoilée, j’écoute mieux que je n’entends la musique de Mozart, je sens mieux que je ne respire l’odeur des bougies, je serre mieux que je ne les prends, les mains de mes frères et de mes sœurs, lors de la chaîne d’union, et tout à l’heure – mon imaginaire toujours aux commandes – je dégusterai mieux que je ne goûterai le repas partagé. Je ne suis pas loin en l’occurrence, grâce aux véritables palpeurs que sont mes sens, d’une sorte de bonheur de vivre, qui ne se décrit pas mais se sent, précisément.

C’est bien un ressenti physique et psychique que m’offre cet REAA, si j’exécute sa gestuelle sans la mécaniser, si je me laisse pénétrer par la signification précise des questions-réponses du rituel et si j’allume mon écran mental au fil des séquences de la tenue. Alors survient la plénitude, cette harmonie espérée entre ma raison, mon intuition et mon imagination, entre moi et chacun, chacune de vous, entre moi et le monde. Instants fugaces ou durables du contact, bien entendu, selon les circonstances. Et que je revivrai dans la cité et à la tenue suivante.

Ce ne sont pas tant le GADLU et la Bible qui participent à la spiritualité du rite en cause, que leurs contenus symboliques conscientisés par chacun, chacune de nous. Ainsi, c’est toute une poétique, humaniste et productrice de valeurs, qui se développe à partir du Temple de Salomon, lequel, rappelons-le, n’est décrit que dans cette Bible.

Près des 2/3 des mots de passe, des titres et des personnages, des devises et des expressions de notre rituel proviennent de la tradition biblique ! Et ce sont les traditions égyptienne, gréco-romaine, compagnonnique, kabbalistique et chevaleresque qui ont fourni le tiers restant. Il n’est donc pas étonnant que cette richesse méditerranéenne qui caractérise le REAA en ait fait, je dirais, un amplificateur de réflexion.

Non seulement avec l’Homme comme credo, il est générateur de fraternité mais il nous renvoie directement, outre la philosophie, à toutes les sciences, à tous les domaines du savoir, à tous les arts et, en permanence, à la littérature et à la poésie. Sans la franc-maçonnerie, je n’aurai pour ma part jamais élargi ma curiosité aux subtils messages de la musique et de la peinture, ni aux découvertes continuelles de la paléontologie et de l’astrophysique. Parce qu’il y a de la pensée à développer derrière Mozart ou Van Gogh, derrière Yves Coppens ou Hubert Reeves. Tout comme en revisitant les fables de La Fontaine ! Parce que la méthode symbolique, en tant que nutriment de l’esprit, à même de favoriser la conduite de ma vie, est un remarquable outil synthétique et unificateur. En cela, si elle est en soi une culture, elle reste un rameau de l’indispensable culture générale, qu’elle n’a jamais prétendu remplacer.

Qu’est-ce que la spiritualité du REAA en marche, sinon un emboîtement de récits mythiques, comparable aux poupées russes : elle se démultiplie, en une batterie de légendes, de contes, allégories, symboles et métaphores, liés les uns aux autres. Avec la particularité que le mythe, mettant en scène des personnages et situations idéalisés, diffère du roman en demeurant, comme le temple, toujours inachevé, donc à « fin ouverte », ce qui permet l’expression du degré suivant. I

ll nous reste ainsi toujours, à penser, raisonner, déduire, décrire et inventer dans un seul but : en le transposant dans la cité, nous sommes invités à travailler à la perfectibilité de chacun dans l’acceptation de l’autre.

Les 33 degrés du REAA forment un ensemble quaternaire qui constitue une force unifiée : le symbolisme du Temple de Salomon, l’ésotérisme judéo-chrétien, la philosophie grecque et la légende templière. Ces degrés « attachés », chacun annonçant le suivant, lequel s’inspire du précédent. L’un fait l’autre, de l’apprenti le compagnon, du compagnon le maître et ainsi de suite. Ce lien rappelle les mains des frères, lors de la chaîne d’union. Un courant les parcourent, comme transmis par une prise électrique qui donne une suite lumineuse. En quelque sorte, nous en sommes chacun une ampoule en mesure de nous éclairer nous-mêmes et de participer à l’éclairage de la cité.

Voilà ce que nous propose le REAA, entre autres rites (qui ne déméritent en rien) : un parcours individuel à effectuer sur la durée, à notre rythme, sans précipitation, mais sans cesse à reprendre. A la façon du jongleur qui fait virevolter des assiettes sur une série de baguettes alignées et doit toujours revenir à la première pour redonner un élan et qu’elles tournent ainsi toutes ensemble ! Une représentation en produit une autre. Les métaphores augmentent notre pensée. Ainsi fonctionne notre esprit, par association d’idées et réitération. Ainsi fonctionne notre rite, bâti sur le modèle psychique humain, par enchaînement de degrés, retours permanents à l’apprentissage et répétitions.

On peut de la sorte le rapprocher de la Méthode Coué, ce modèle de communication avec l’inconscient, toujours moqué en France et qui a pourtant donné naissance à la sophrologie. Il est coutumier de dire que les 33 degrés du REAA, issu d’une mouvance chrétienne, renvoient symboliquement à l’âge de la mort du Christ. J’aime aussi me représenter notre rite telle une colonne vertébrale, articulée par ses 33 vertèbres. Une figure qui me permet en conclusion de retrouver mon funambule sur son fil, à la fois souple et le dos bien droit, progressant grâce à son balancier oscillant, comme lesté de deux poids alternatifs à ses extrémités, pour maintenir son équilibre. Et au moment même où je frappe en Apprenti à la porte de ma loge, je vois précisément s’inscrire sous cette dernière image de l’homme debout, une belle citation de notre frère Goethe, qui est aussi un mode de vie généreux et confiant, donc fraternel : « Il faut toujours cheminer avec deux sacs, l’un pour donner, l’autre pour recevoir ».