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Le pot d’encens en Franc-maçonnerie

De notre confrère thesquaremagazine.com

« Le Pot d’Encens est l’emblème d’un cœur pur ; c’est toujours un sacrifice acceptable pour la Divinité ; et comme cela brille d’une chaleur fervente, nos cœurs devraient continuellement briller de gratitude envers le grand et bienfaisant auteur de notre existence pour les multiples bénédictions et conforts dont nous jouissons.

On ne peut pas dire avec certitude à quel moment le pot d’encens est devenu un emblème de la troisième section du Degré Sublime. 

Il s’agit apparemment d’une invention ou d’un ajout américain ; McKensie et Kenning disent tous deux qu’il n’est pas utilisé dans l’ouvrage anglais. 

Le Moniteur de Thomas Smith Webb, qui a opéré des changements si ingénieux et astucieux dans l’œuvre prestonienne, donne la formulation communément acceptée :

Le Pot d’Encens est l’emblème d’un cœur pur ; c’est toujours un sacrifice acceptable pour la Divinité ; et comme cela brille d’une chaleur fervente, nos cœurs devraient continuellement briller de gratitude envers le grand et bienfaisant auteur de notre existence pour les multiples bénédictions et conforts dont nous jouissons.

Jeremy Cross l’imprime parmi les illustrations délicieusement pittoresques du « True Masonic Chart » – des illustrations qui provenaient du crayon pas tout à fait dénué d’inspiration d’un certain Amos Doolittle, de New Haven.

Quelle que soit la manière dont le pot d’encens est entré dans les rituels américains, il est présent dans presque tous, et sensiblement sous la même forme, à la fois picturale et monétaire.

Si l’encens n’a pas une grande antiquité dans le système maçonnique, son usage date des premiers temps et s’y accroche des temps bibliques ultérieurs, et en Egypte et en Inde il a une antiquité encore plus grande.

Dans les tout premiers temps, comme le raconte la Bible, l’encens était davantage associé à l’idolâtrie qu’au véritable culte ; par exemple:

Parce qu’ils ont abandonné les hommes et ont offert de l’encens à d’autres dieux, afin de m’irriter par toutes les œuvres de leurs mains ; c’est pourquoi ma colère se déversera sur ce lieu et ne s’éteindra pas. (II Chroniques, 25-34). 

A quoi me servent l’encens de Saba, et la canne douce d’un pays lointain ? Vos holocaustes ne me sont pas agréables, et vos sacrifices ne me sont pas doux. (Jérémie 6-20). 

Et je ferai cesser en Moab, dit l’Éternel, celui qui offre dans les hauts lieux et celui qui brûle de l’encens à ses dieux. (Jérémie 35-48).

Cependant, lorsque le culte de JHVH (que nous appelons Jéhovah) fut complètement établi, brûler de l’encens passa d’une coutume païenne et idolâtre à une grande respectabilité et une place dans le Saint des Saints. Lévitique 12-16, 13 fait entendre cette note clé :

Et il prit sur l’autel devant l’Eternel un encensoir plein de charbons ardents, et ses mains pleines d’encens doux battus en petits morceaux, et il l’apporta dans le voile.

Et il mettra l’encens sur le feu devant l’Éternel, afin que la nuée d’encens couvre le propitiatoire qui est sur le témoignage, afin qu’il ne meure pas.

IMAGE PARMATTHIAS GRIESSHAMMER DE PIXABAY

Plus tard, l’encens fut associé à la richesse et à une vie luxueuse, comme dans le Cantique des Cantiques :

Qui est-ce qui sort du désert comme des colonnes de fumée, parfumées de myrrhe et d’encens, avec toutes les poudres du marchand ? (3-6)/ Jusqu’à ce que le jour se lève et que les ombres s’enfuient, je me conduirai à la montagne de myrrhe et à la colline de l’encens. (406). 

Tes lèvres, ô mon épouse, descendent comme un rayon de miel : le miel et le lait sont sous ta langue ; et l’odeur de tes vêtements est comme l’odeur du Liban. Nard et safran ; le caslamus et le cinnamome, avec tous les arbres à encens ; myrrhe et aloès, avec toutes les principales épices. (4-14).

Dans l’Egypte ancienne, l’encens était très utilisé ; des sculptures et des monuments de dynasties lointaines témoignent de sa popularité. 

Beaucoup de Pharaons sont représentés avec un censeur dans une main, et l’autre y jetant les oastils ou osselets d’encens. 

Pour l’embaumement, les Égyptiens utilisaient toutes les gommes et épices diverses « à l’exception » de l’encens, qui était mis à part et spécialement consacré au culte des Dieux. 

CRÉDIT : PHARAON PTOLÉMAÏQUE OFFRANT DE L’ENCENS À HORUS, RELIEF MURAL.CAROLE REEVES.ATTRIBUTION 4.0 INTERNATIONAL (CC BY 4.0)

En Inde, l’encens a toujours fait partie du culte des milliers de dieux et de déesses de cette terre étrange. Le bouddhisme a continué à être utilisé jusqu’à ce jour dans le cadre des cérémonies de culte – comme d’ailleurs dans certaines églises chrétiennes – et au Népal, au Tibet, à Ceylan, en Birmanie, en Chine et au Japon, il est courant dans de nombreux temples. 

La liste des matériaux pouvant être incorporés dans l’encens est très longue ; l’encens de la Bible est de plus d’une variété, il y a une distinction entre l’encens et l’encens, bien qu’une lecture occasionnelle de ces deux termes dans de nombreuses références bibliques les fasse ressembler à une fumée sacrificielle d’une odeur agréable. 

Habituellement, il était composé de diverses substances végétales très piquantes ; l’opobalsamun, l’onycha, le galbanum et parfois aussi l’encens pur, mélangés en proportions égales avec du sel. 

L’encens, une gomme rare, est souvent associé à la myrrhe comme cadeau coûteux et donc très admiratif et complémentaire ; rappelez-vous les mages devant l’enfant Jésus :

Et lorsqu’ils furent entrés dans la maison, ils virent le jeune enfant avec Marie, sa mère, et se prosternèrent et l’adorèrent ; et lorsqu’ils ouvrirent leurs trésors, ils lui présentèrent des cadeaux ; de l’or, de l’encens et de la myrrhe. (Matthieu 2-11).

ENCENS VENDU DANS UN SOUK. WIKIMÉDIA CC BY-SA 2.0

L’origine et la manière dont l’utilisation de l’encens est apparue reste bien sûr un mystère scellé en ce qui concerne les preuves. La science moderne permet cependant de faire une estimation raisonnable.

Parmi les cinq sens, l’odorat est le plus étroitement associé à la mémoire et à l’humeur. Ni à la vue ni à l’ouïe, la partie émotionnelle de la personnalité ne réagit comme à l’odeur. 

Le parfum de certaines fleurs est si sûrement douloureux pour beaucoup qu’ils quitteront une pièce dans laquelle des roses en tube ou des lys remplissent l’air de parfum. 

Certaines odeurs s’identifient si intimement à certaines expériences qu’elles deviennent à jamais agréables, ou l’inverse ; rares sont ceux qui ont senti l’éther ou l’iodoforme grâce à leur expérience personnelle dans les hôpitaux, qui apprécient ces odeurs, qui en elles-mêmes ne sont pas désagréables ; tout homme qui a aimé la vie en plein air et le camping ne peut pas sentir la fumée du bois sans avoir le mal du pays pour les ruisseaux et les champs ; celui qui a fait l’amour avec sa dame au temps des lilas est toujours sentimental lorsqu’il renifle à nouveau ce parfum, et le fidèle de la haute église est soulevé par l’odeur de l’encens.

Dans les cérémonies de l’ancien Israël, la première utilisation de l’encens était sans doute la protection contre les odeurs désagréables associées à l’abattage du bétail et au brûlage de la chair lors de l’holocauste.

Au début, mais comme une assurance contre l’inconfort, l’encens s’est rapidement associé aux rites religieux. Aujourd’hui, les hommes ne tuent ni n’offrent de chair sur un autel, mais seulement le parfum de « l’encens et de la myrrhe ».

POT D’ENCENS, « TRUE MASONIC CHART », JEREMY CROSS, PHILADELPHIE, MOSS & CO., 1867.
IMAGE LIÉE : WIKIMEDIA ATTRIBUTION 4.0 INTERNATIONAL (CC BY 4.0)

Le pot d’encens maçonnique est intimement associé à la prière, mais sa signification symbolique n’est pas une invention maçonnique. 

Le Psaume 141-2 dit : « Que ma prière soit exposée devant toi comme de l’encens ; et le lever de mes mains comme sacrifice du soir.

Apocalypse 8-3 dit : « Et un autre ange vint et se tint près de l’autel, ayant un encensoir en or ; et on lui donna beaucoup d’encens, afin qu’il l’offre avec les prières de tous les saints sur l’autel d’or qui était devant le trône.

L’association d’une douce odeur dans l’air, qui s’est dispersée après avoir donné du plaisir avec des prières à une Présence Invisible, est facile à comprendre, même si elle est née dans les esprits primitifs. 

La prière était offerte et montait en haut – c’est ce que espéraient ceux qui l’exprimaient. On n’en a jamais vu d’hommes. Il n’est pas revenu. C’était très généreux et cela faisait plaisir. 

Ces déclarations sont aussi vraies pour brûler de l’encens que pour prier. Ce qui est moins évident, bien que le rituel soit assez clair sur le sujet, c’est qu’il ne s’agit pas seulement d’encens, mais d’un « pot » qui est le symbole maçonnique. 

Si la douce odeur de l’encens est semblable à une prière, le pot d’où il sort est semblable au cœur humain qui prie.

Or, la prière peut venir d’un cœur impur aussi bien que d’un cœur pur. Mais l’encens a toujours une odeur douce, et le pot d’où il provient est donc l’emblème d’un cœur pur, doux et intact. Ce qu’est la « pureté » appliquée à un cœur est une question sans objet. 

Bien malheureusement le mot « pure » a été dégradé – le mot est utilisé à bon escient – ​​dans certains dogmes pour signifier « ignorante » – en tant que jeune fille « pure » ; une femme « pure ». 

Selon cette définition, une femme peut être une virago, une tricheuse, une menteuse, calomnier ses voisins, voler, voire commettre un meurtre ; mais si elle est vierge, elle est « pure ».

DIEU APPARAÎT RADIEUX DERRIÈRE UN NUAGE NOIR TANDIS QUE MOÏSE AGITE UN BRÛLE-ENCENS ; QUATRE PERSONNES SE LAVENT LES PIEDS ET LES MAINS EN PRÉPARATION. GRAVURE.
IMAGE LIÉE : COLLECTION DE BIENVENUE ATTRIBUTION 4.0 INTERNATIONAL (CC BY 4.0)

Maçonniquement, le mot ne veut rien dire de tel. En 1921, MW George H. Dern, ancien grand maître de l’Utah (aujourd’hui secrétaire à la Guerre), a formulé quelques réflexions sur le « symbolisme monitorial du troisième degré et son application à la vie quotidienne » dans les colonnes de « The Builder ». 

Initialement écrits pour le Comité sur l’éducation maçonnique de la Grande Loge de l’Utah, ces paragraphes étaient à la fois si pratiques et si piquants que le grand Journal maçonnique (d’alors) leur a donné une plus large diffusion.

Citant le Rituel du Pot d’Encens, MW Frère Dern a dit :

« Un sentiment aussi noble ne s’applique pas facilement aux événements pratiques et prosaïques d’une journée bien remplie. Avoir un cœur pur, c’est être fidèle à soi-même, fidèle à ses meilleurs idéaux et honnête avec ses pensées. Être fidèle à toi-même. . . Tu ne peux donc pas tromper qui que ce soit. 

Vivre une vie de tromperie et de double jeu n’a jamais rendu personne heureux. Les richesses ou les plaisirs ainsi acquis n’apportent que des remords, et finalement l’âme réclame avec angoisse cette tranquillité d’esprit qui est le bien le plus précieux de l’homme et qui est la compagne d’un cœur pur.

« La pureté du cœur signifie la conscience, et cela signifie la sincérité. Sans sincérité, il ne peut y avoir de véritable caractère. Mais la sincérité seule ne suffit pas. 

Cela doit aller avec un degré approprié d’intelligence et d’amour pour ses semblables. Par exemple, un homme peut croire que l’émotion de pitié et le désir de soulager les nécessités des autres sont intrinsèquement nobles et édifiants, et il se livre à des dons aveugles, sans se rendre compte des conséquences néfastes, sous forme de fraude, de paresse et d’inefficacité et dépendance habituelle que ses actes inconsidérés produisent à l’égard de ceux à qui il entend bénéficier. 

Encore une fois, un homme peut être parfaitement sincère lorsqu’il parle des défauts d’un autre, et il peut se justifier en disant qu’il ne dit que la vérité.

Mais ce n’est pas parce qu’elles sont vraies qu’il faut raconter des choses désagréables et nuisibles. Détruire une réputation n’est pas une façon d’aider un frère qui a commis une erreur. Mieux vaut ignorer ses erreurs et lui tendre la main.

« Sans multiplier les exemples, il faut comprendre que l’homme véritablement consciencieux ne doit pas simplement être sincère, mais qu’il doit avoir des idéaux et des normes élevées, et qu’en outre, il ne doit pas se contenter de ces normes.

Il doit plutôt les réviser de temps en temps, ce qui signifie un examen de conscience, pour voir s’il possède l’amour et le courage qui doivent accompagner la sincérité pour progresser dans la construction de son caractère. 

Car dans cette direction encore, il faut un progrès constant. Se contenter de ce que nous avons accompli est fatal.

Comme l’a dit un jour James A. Garfield : « Je dois faire quelque chose pour garder mes pensées fraîches et grandir.

Je ne redoute rien tant que de tomber dans une ornière et de me sentir devenir un fossile. De nombreux mots du rituel ont changé de sens depuis leur première utilisation. 

Le terme maçonnique « profane », par exemple, signifiait à l’origine « sans temple » – quelqu’un qui n’est pas initié, qui n’est pas du métier. 

Aujourd’hui, cela signifie blasphématoire, ce qui ne fait pas partie de la définition maçonnique du mot. Le « sacrifice » dans notre Moniteur semble relever de cette classification.

L’AUTEL DES ENCENS. DÉTAIL DE « LE TEMPLE DE SALOMON, SON TERRAIN ET CERTAINS DE SES INTÉRIEURS ». GRAVURE.
IMAGE LIÉE : COLLECTION DE BIENVENUE ATTRIBUTION 4.0 INTERNATIONAL (CC BY 4.0)

Dans l’Ancien Testament, un sacrifice devant l’autel était l’offrande de quelque chose – de la chair brûlée, de l’encens brûlant, de l’huile ou du vin pur – ce qui impliquait que le sacrifiant lui donnait quelque chose de précieux ; le sacrifice était une preuve devant tous les hommes que le sacrificateur accordait plus d’importance à sa parenté avec le Très-Haut qu’à la possession de ce qu’il offrait.

Dans notre rituel, le mot a perdu cette signification. Le pot d’encens en tant qu’emblème d’un cœur pur « qui est toujours un sacrifice acceptable pour la Divinité » peut difficilement évoquer l’idée qu’un maçon désire garder son « cœur pur » pour lui, mais que, par amour pour Dieu, il est prêt à le faire. Cela signifie plutôt que celui qui abandonne les plaisirs du monde, les idées mondaines et les désirs égoïstes qui peuvent interférer avec « la pureté de la vie et de la conduite » comme indiqué dans d’autres parties du rituel, fait ce qui est acceptable pour le Grand Architecte.

Maçonniquement, « pur » semble signifier honnête, sincère, authentique, réel, sans prétention et « sacrifice » pour désigner ce qui plaît au plus haut.

Ainsi lu, le pot d’encens maçonnique devient partie intégrante de la philosophie de la franc-maçonnerie, et non une simple interjection morale dans les emblèmes du troisième degré. 

Malgré tout le magnifique corpus d’enseignement qui se révèle lui-même, à moitié caché dans le symbolisme de la franc-maçonnerie, rien ne ressort plus clairement, ni n’appelle plus fort que son insistance sur ces vertus simples mais profondes du cœur humain regroupées dans une phrase comme « un homme de caractère supérieur ». . .en d’autres termes, quelqu’un avec un « cœur pur », « pur », c’est-à-dire non souillé par les défauts et les fragilités de tant d’enfants des hommes.

Ce bon docteur Hippolyte Baraduc, parfois surnommé le « Paracelse parisien »…

Le Dr. Hippolyte Baraduc, en vérité Ferdinand Hippolyte Baraduc (1850-1909), parfois surnommé le « Paracelse parisien », était un médecin et parapsychologue français du XIXe siècle connu pour ses recherches et ses théories à la frontière de la médecine, de la psychologie et du paranormal. Ses travaux ont notamment porté sur le biomagnétisme et la photographie de ce qu’il appelait les fluides humains, une pratique qu’il a nommée iconographie…

Le docteur Baraduc.

Alors que la définition exacte de ce terme est l’étude méthodique des représentations plastiques (peintures, sculptures, gravures) d’un sujet donné (personne, époque, thème, symbole, lieu, civilisation, religion), avec leurs sources, leurs significations et leur classement.

Hippolyte Baraduc a été une figure controversée, en partie à cause de ses idées qui étaient considérées comme ésotériques ou occultes par ses contemporains. Il a tenté de combiner la science et la spiritualité en explorant des concepts tels que l’aura humaine et l’énergie vitale, des idées qui étaient en avance sur son temps, mais qui n’étaient pas largement acceptées dans la communauté scientifique traditionnelle.

Sa comparaison à Paracelse (1493-1541), un médecin et alchimiste suisse du XVIe siècle connu pour ses approches non conventionnelles de la médecine, est probablement due à ses tentatives de fusionner la science et l’occultisme, ainsi qu’à sa volonté de repousser les limites de la compréhension médicale de son époque.

Bien que les méthodes et les théories de Baraduc aient été largement rejetées ou ignorées par la médecine conventionnelle, il reste une figure intéressante dans l’histoire de la recherche psychique et de l’étude des phénomènes paranormaux. Ses travaux préfigurent certains aspects des recherches modernes sur la conscience, l’énergie humaine et la psychologie transpersonnelle.

Nous lui devons un certain nombre d’ouvrages tels que Des Indications dans le traitement de l’attaque de l’hémorrhagie cérébrale (Impr. de A. Parent, 1877), La Biométrie appliquée à l’électrothérapie (G. Carré, 1893), L’Âme humaine, ses mouvements, ses lumières et l’iconographie de l’invisible fluidique (G. Carré, 1896), ou encore, en 1907, La Force curative à Lourdes et la psychologie du miracle.

Portrait présumé de Paracelse. Copie anonyme du XVIIIe siècle, probablement d’après une gravure d’Augustin Hirschvogel (1503-1553).

Quant à Paracelse, de son vrai nom Philippus Aureolus Theophrastus Bombastus von Hohenheim, il était un médecin, alchimiste, astrologue et occultiste suisse, souvent considéré comme l’un des fondateurs de la médecine moderne pour ses approches révolutionnaires et ses contributions dans divers domaines. Il a été l’un des premiers à promouvoir une approche holistique de la médecine, en insistant sur l’importance de considérer le corps, l’esprit et l’âme dans le traitement des maladies. Paracelse est connu pour avoir rejeté la théorie médicale dominante de son époque, la théorie des humeurs, qui était basée sur un équilibre des quatre humeurs dans le corps (sang, phlegme, bile jaune et bile noire).

Alchimie laboratoire
Alchimie laboratoire

Mais il a aussi introduit l’usage de minéraux et d’autres substances chimiques en médecine et est souvent crédité d’avoir établi les fondements de la pharmacologie moderne. Mais en sa qualité d’alchimiste, Paracelse croyait en la transformation des substances et était influencé par l’hermétisme, une tradition philosophique et spirituelle qui cherche la purification de l’âme.

Horloge du zodiaque
Horloge du zodiaque

De plus, intégrant l’astrologie dans ses pratiques médicales, en soutenant que les mouvements et positions des astres pouvaient avoir des effets sur la santé humaine, les méthodes de Paracelse étaient souvent controversées et mal comprises de son vivant. Malgré cela, l’héritage de Paracelse réside dans son approche novatrice et son désir de remettre en question les idées reçues. Ses idées ont influencé de nombreux domaines, y compris la médecine, la chimie, et même la philosophie.

Paracelse reste une figure importante dans l’histoire de la médecine et de l’occultisme, célèbre pour son audace à remettre en question les normes et à intégrer une perspective plus large dans la compréhension de la santé et de la maladie.

Les écrits du docteur Baraduc.

Connaissez-vous la baraja española, le tarot divinatoire ?

Le baraja est un art divinatoire utilisant un jeu de cartes à enseignes espagnoles. La spécificité de ce jeu, la baraja española, est d’être composé de 40 ou 48 cartes réparties respectivement en dix ou douze cartes : copas, « coupes » ; espadas, « épées » ; bastos, « bâtons » et oros « ors ». Ces quatre catégories sont les équivalents hispaniques des deniers du tarot dit de Marseille ou des denari des jeux italiens.

Un jeu sans reine, ni 10 ou sans 8 et 9 !

Pour les jeux de 48 cartes, ces dernières vont de l’as au 9, puis passent directement au valet et au cavalier et à nouveau du cavalier au roi, car la reine n’existe pas. Les cartes sont donc au nombre de 48. Comme vous le remarquez, ni la carte 10 ni la carte représentant la reine n’existent ! Pour les jeux de 40 cartes, ce sont les cartes 8 et 9 qui sont absentes du jeu.

Un jeu venu d’Orient et remontant au Moyen Âge

Contrairement aux “naipes” (cartes à jouer) actuels, ces cartes servaient plus à des pratiques divinatoires ou magiques qu’au jeu. C’est d’ailleurs sur le jeu de cartes espagnol que se baserait le tarot, aujourd’hui encore une référence mystique. Un mystère demeure : comment ces cartes sont-elles passées du lointain Orient à l’Espagne ?

La réponse se trouve sur les Routes de la Soie, des voies commerciales très fréquentées entre l’Antiquité et le Moyen-Âge et qui reliaient l’Orient au sud de l’Europe. Les cartes du Proche-Orient sont d’abord arrivées dans le sud de l’Italie, où la couronne aragonaise dirigeait le Royaume de Naples. On trouve d’ailleurs encore aujourd’hui en Italie un jeu de cartes très semblable à la baraja española.

Les cartes sont donc arrivées par la Catalogne, et se sont ensuite étendues à toute la péninsule jusqu’au Portugal, où on connaît ce type de cartes encore aujourd’hui. Par ailleurs, le nom “naipe” vient du catalan “naip”, possiblement une déformation de l’arabe “ma’ib” qui signifie ‘censurable’, compréhensible étant donné que certains jeux où il faut miser de l’argent sont prohibés par l’islam.

Autre preuve pour appuyer l’entrée des cartes par la Catalogne : c’est dans cette région que se conserve la plus ancienne mention du jeu de cartes, dans un document de 1378 conservé par les archives municipales de Barcelone

Séville, 1390.

La plus ancienne baraja española vient de Séville, en 1390 ; une preuve qu’elle s’est rapidement étendue à toute la péninsule. On y distingue déjà les quatre familles, bâtons-épées-pièces d’or-coupes, toujours présentes aujourd’hui.

Pour l’anecdote, certains attribuent aux familles de cartes espagnoles une symbolique de la société de l’époque. Ainsi, les épées pourraient faire référence à la noblesse et aux militaires, et les pièces d’or aux métiers du commerce et à l’argent. Les coupes peuvent symboliser le clergé, notamment avec l’image du calice, et enfin les bâtons représenteraient les paysans.

Représentation des lames selon les pays.

La signification des cartes de la baraja

D’une manière générale, les cartes coupes et bâtons sont dites « lames bénéfiques » . Les ors et les épées seraient porteuses de présages plus négatifs… Toutefois, dans chacune de ces catégories, la couleur peut jouer sur le sens des cartes.

On peut se servir de la classification suivante pour interpréter les grandes lignes de la baraja española.

En ce qui concerne la signification des cartes, les coupes et les bâtons étaient considérés comme des lames bénéfiques tandis que les ors et les épées seraient plus négatifs. Certes, il y a de bonnes et mauvaises cartes sur chaque couleur.

Les coupes : Représentent des personnes au teint clair et aux cheveux blonds alors que les personnes grossières sont représentées par des épées et des cheveux foncés. Il est important de savoir que les coupes font référence aux problèmes d’amour, à vos sentiments ou vos problèmes de couple. Cela peut être votre vie amoureuse, familiale, vos relations personnelles dans l’ensemble. Elles représentent les signes d’eau comme les Poissons, Cancers et Scorpions.

Un exemple d’interprétation

Les bâtons : Font référence aux problèmes liés au travail, au mouvement, à l’énergie et à l’action. Les voyages peuvent également être représentés par les bâtons. Ils représentent les signes de feu comme les Sagittaires, Lions ou Béliers.

Les épées : Symbolisent la santé physique et mentale du consultant. Il fait appel aux signes d’air tel que les Gémeaux, Balance et Verseau.

Les ors : Représentent les problèmes économiques et les biens matériels : les dettes, les dépenses. Ils correspondent aux signes terrestres des Taureaux, Vierges et Capricornes.

Heraclio Fournier.

Heraclio Fournier, premier fabircant de Barajan

En Espagne, les “naipes” que l’on connaît aujourd’hui datent de la fin du XIXe siècle et sont l’idée d’un seul homme : Heraclio Fournier. D’origine française, Fournier ouvre son imprimerie à Vitoria, au Pays basque, en 1870 et fait vite fortune. Il présente un jeu de cartes plus moderne, avec un nouveau design tout en conservant les quatre familles.

Usine Fournier.

Et celui-ci rencontre un franc succès : les cartes remportent plusieurs prix lors de l’Exposition universelle de Paris en 1889. Depuis, la marque Naipes Heraclio Fournier est devenue le leader du marché espagnol dans l’impression des traditionnelles cartes à jouer, et le design a très peu changé depuis.

La baraja española, jeu de cartes traditionnel en Espagne

Les jeux de cartes espagnols modernes reprennent principalement le portrait castillan, mais il existe d’autres portraits encore produits aujourd’hui, le portrait spécifique de l’aluette – jeu de la vache ou la vache, jeu de cartes pratiqué dans l’ouest de la France –, le portrait de Cadix qui s’est répandu en Amérique latine, etc. Ce type de cartes a été utilisé, du fait de l’influence espagnole, en Afrique du Nord (Algérie et Maroc).

Jeu Fournier.

La baraja española est donc un jeu de cartes traditionnel en Espagne. Des cartes qui depuis l’origine, sont souvent ornées de motifs et de dessins colorés, reflétant la riche histoire culturelle de l’Espagne. La baraja est parfois aussi utilisée comme jeu de stratégie, et est également populaire dans d’autres pays hispanophones. Toutefois, contrairement au Tarot, spécifiquement conçus pour la divination, il contient des cartes aux images et symboles riches en signification, y compris les arcanes majeurs et mineurs, les cartes de la baraja sont moins centrées sur la symbolique ésotérique.

Sources : Dico voyance – Glossaire de la voyance et de l’ésotérisme, Mon Site Voyance

12/01/24 : « Être Franc-maçon à la GLDF : Pourquoi ? » par Pierre-Marie Adam, à Hyères (Var)

Hyères, commune située dans le département du Var, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, station balnéaire appelée « Hyères les Palmiers » par la municipalité et l’office du tourisme, accueille le grand maître de la Grande Loge de France de 2018 à 2022, Pierre-Marie Adam.

Pierre-Marie Adam - Grand Maître de la GLDF
Pierre-Marie Adam – Passé Grand Maître de la GLDF

« Être Franc-maçon à la GLDF : Pourquoi ? » tel est le sujet de la conférence publique qui se tiendra dans le magnifique écrin du Park Hôtel.

Bâtiment de 1866, le Park Hôtel est situé dans les anciens jardins du roi. Le Grimm’s Park Hôtel, palace de style néo-classique, est acheté par la ville en 1934, pour devenir un établissement public.

Sa rotonde abrite aujourd’hui l’Office de Tourisme, et dans l’aile principale du bâtiment se trouve le service Culturel et patrimoine de la ville, les archives municipales, l’école municipale d’Art Plastique, ou le conservatoire TPM… ces nombreuses salles abritent des ateliers artisanaux, des permanences d’associations, des cours de langues, de photographie, de théâtre, de musique, de danse, et bien d’autres…Des expositions y ont lieu toute l’année au rez-de-chaussée ainsi que des conférences.

[NDLR : Un conférence qui permettra aux nombreux profanes désireux de franchir le pas d’en savoir beaucoup plus. Notamment sur le pourquoi de choisir de devenir franc-maçon à la Grande Loge de France (GLDF). Un pourquoi qui peut être motivé par diverses raisons, liées à la fois à la nature de la franc-maçonnerie en général mais aussi aux spécificités de la GLDF. La franc-maçonnerie est souvent recherchée par ceux qui souhaitent explorer des questions spirituelles et philosophiques dans un cadre structuré. La GLDF offre un environnement où l’on peut s’engager dans une réflexion profonde sur la vie, la morale, l’éthique et la spiritualité. La GLDF encourage ses membres à travailler sur eux-mêmes, à améliorer leur caractère et à développer leurs compétences intellectuelles et morales. Elle est aussi une des plus anciennes et des plus respectées obédiences maçonniques en France. Rejoindre la GLDF, c’est donc s’inscrire dans une longue tradition historique et culturelle. Ne doutons pas aussi que sera abordé le comment ! Nous souhaitons à tous une belle conférence.]

Infos pratiques : Vendredi 12 janvier 2024 à 18 h 30 à Hyères (83)

Salles Groult – Park Hôtel avenue de Belgique – 83400 HYERES

Inscription obligatoire  

Hyères, panoramique.

Tubal-Caïn : le père de la forge

De notre confrère freemasonscommunity.life – Par William Régal

Tubal-Caïn(Tubalcain)est reconnu pour avoir inventé le métier de forgeron. Son nom est mentionné dans la Bible en relation avec le travail des métaux. Tubal-Caïn n’était pas seulement un maître forgeron, il était aussi un inventeur et un artisan. Sa marque a été retrouvée sur de nombreuses pièces de ferronnerie anciennes. Ce n’étaient pas non plus de simples objets de décoration ; il s’agissait d’outils pour chasser et écorcher les animaux, d’armes, d’outils agricoles, d’ustensiles ménagers et de bijoux. Apprenez-en davantage sur ce personnage intéressant en poursuivant votre lecture !

« Et le troisième frère, Tubal-Caïn, fonda la forge de l’or, de l’argent, du cuivre, du fer et de l’acier… – Albert Mackey, The Legend of the Craft

Le symbolisme principal de la franc-maçonnerie remonte aux enseignements des religions hébraïque et chrétienne. Le développement de la maçonnerie spéculative en Europe au XVIIIe siècle, époque où le christianisme dans toutes ses manifestations était important dans la vie quotidienne, est compréhensible. Les frères de l’époque aspiraient à s’améliorer eux-mêmes et à améliorer leur communauté par le biais de rituels, et quel meilleur endroit que les Écritures pour tirer ces leçons ?

Les cérémonies maçonniques, ainsi que celles de leurs nombreux corps affiliés, ont évolué au fil du temps, même si beaucoup continuent d’utiliser leurs origines judéo-chrétiennes pour exprimer des vérités universelles. En ce qui concerne les croyances maçonniques, de nombreuses personnes pensent que les histoires et les symboles de la Bible sont le meilleur moyen de les expliquer. Cependant, il est tout aussi important de souligner que la fraternité accepte dans ses rangs des hommes de toute race, religion ou croyance.

Tubal Caïn

Une sculpture d’Andrea Pisano représentant Tubal Caïn travaillant dans sa forge, vers 1334-36

Les francs-maçons croient que Tubal-Caïn , qui apparaît dans Genèse 4 : 22, est une figure biblique incluse dans la franc-maçonnerie. Tubal-Caïn, descendant d’Adam et Ève et fils de Lamech et de Zillah, est connu comme le premier forgeron. Bien que l’on ignore quand Tubal Caïn est apparu pour la première fois dans le rituel maçonnique spéculatif, Albert Mackey, le grand auteur et historien maçonnique, le décrit comme le « premier à travailler avec le fer et le laiton » dans son livre A Lexicon of Freemasonry. Mackey a écrit que Tubal Caïn dans ce passage :

… a introduit de nombreux arts dans la société qui tendaient à son amélioration et à sa civilisation. Tubal-Caïn est le Vulcain des Païens et on pense qu’il a été étroitement lié à l’ancienne franc-maçonnerie. Faber dit que « tous les bâtiments anciens les plus remarquables de la Grèce, de l’Égypte et de l’Asie Mineure ont été attribués aux maçons cabiréens ou cyclopéens », les descendants de Vulcain, Dhu Balcan, le dieu Balcan ou Tubal -Caïn. Oliver dit : « Plus tard, Tubal-Caïn, sous le nom de Vulcain et de son Cyclope, figura comme ouvriers en métaux et inventeurs de mystères ; et il est donc probable qu’il était à son époque le hiérophante d’une institution similaire, copiée du système précédent de Seth, et appliquée à l’amélioration de projets plus adaptés aux activités physiques de la race à laquelle il appartenait.

Mackey pense que Tubal-Caïn peut être considéré comme notre ancêtre maçonnique en raison de ses contributions substantielles à la science de l’artisanat.

Le troisième degré

Parce qu’il fut le premier à enseigner aux autres comment travailler le métal et les outils forgés, Tubal-Caïn est vénéré dans la franc-maçonnerie comme l’ancêtre de tous les maîtres artisans. En tant qu’enseignant, il démontre l’importance que les maçons accordent à la transmission de leurs connaissances à leurs semblables.

Pour atteindre le troisième degré, un Frère doit apprendre à utiliser les outils de travail de l’Artisanat pour exécuter les desseins de l’Artiste Divin. Il ne peut acquérir le rang de Maître Maçon, vivant pleinement sa vie à la lumière de la Franc-Maçonnerie, qu’en apprenant les principes moraux et philosophiques donnés en loge par des Frères connaisseurs et expérimentés qui marchent sur les traces de Tubal-Caïn.

Le Paris G.O.-Histoire des adresses successives du Grand Orient de France 1773-2023

Conçu avec soin et attention, le nouvel ouvrage de Jean-Luc Le Bras, en mettant l’accent sur les aspects visuels, la qualité de fabrication, et l’attrait esthétique, indique clairement qu’il s’agit d’un beau livre, englobant à la fois tant la beauté physique du livre que la qualité de son contenu.

L’auteur, agrégé de géographie, a servi de 1973 à 2012 au ministère de la Coopération et du Développement et au ministère des Affaires étrangères, comme assistant technique, puis dans les fonctions de Conseiller Culturel, enfin en tant que Chef de Service de Coopération et d’Action Culturelle.

Jean-Luc Le Bras est membre de l’Institut d’Études et de Recherches Maçonniques (IDERM) et de l’Aréopage « Sources », Aréopage de Recherche du Grand Collège des Rites Écossais Suprême Conseil du 33e degré en France du Grand Orient de France. Il est aussi l’auteur de nombreuses bibliographies et de l’ouvrage L’étoile occidentale – Une loge européenne à Dakar (1899-1960) (Éd. Dervy, 2019). Dans son Paris G.O., il nous conduit à travers les adresses successives et emblématiques du Grand Orient de France. Notons que la rue Cadet est devenue, dans l’esprit du grand public, synonyme de Grand Orient de France. Un lieu où l’obédience s’y installe en 1852, soit il y a 171 ans. Mais, avant cela, le GODF a beaucoup pérégriné.. Un aspect des choses souvent mal connu et que l’auteur nous dévoile avec talent.

Georges Sérignac.

Due à la plume de Georges Sérignac, grand maître du GO de 2020 à 2023, la préface, en servant de point d’entrée pour le lecteur, expose le contenu du livre, établit le contexte et ne manque pas d’éveiller l’intérêt. Voix de l’auteur avant que l’histoire ne débute, elle situe aussi « Cadet » comme un lieu de mémoire.

Notons déjà qu’à la lecture du titre « Paris G.O. », nous pouvons nous poser la question de savoir si Jean-Luc le Bras n’utilise pas la langue des oiseaux, forme de jeu de mots et de symbolisme linguistique qui joue sur les sons et la phonétique des mots pour trouver des significations cachées ou alternatives, souvent associées à l’alchimie, à la mystique et à l’ésotérisme. En prononçant les lettres « G.O. » de manière continue et fluide, cela ressemble phonétiquement à parigot, un terme familier désignant de manière affectueuse, parfois moqueuse, un habitant de Paris.

L’ouvrage s’appuie sur une variété de sources fiables et reconnues, clairement citées et référencées, permettant au lecteur de suivre, pour son plus grand profit et plaisir, le parcours de recherche de l’auteur à travers les différentes et successives adresses du GODF dans Paris depuis 1773, date de la formation du GODF, jusqu’à nos jours.

D’entrée, la frise chronologique en double page, bien conçue et illustrée, transmet efficacement les lieux où s’est réuni le GO : du 12/14 rue du Pot-de-Fer (actuelle rue Bonaparte) de 1774 à 1794, en passant par le 8 rue du Vieux-Colombier (1796-1802), le 47 rue du Four (1802-1843), le 10 rue de la douane (1843-1846), le 10, rue Mathurin (1846 à 1853) et, à partir de 10 juillet 1852, date de l’achat de l’immeuble au 16 de la rue Cadet dans le 9e arrondissement de Paris par le prince Lucien Murat (1803-1878), Grand Maître du Grand Orient de France de 1852 à 1861, au siège désormais emblématique du Grand Orients, traitant avec moult détails des différentes constructions, rénovations et reconstructions.

Gravure vers 1660 représentant l’ancien noviciat des Jésuites à Saint-Germain-des-Près à Paris (détruit au XIXe siècle). 

Nous y apprenons que rue du Pot-de-Fer, première adresse située sur la rive gaude, le GO occupait des bâtiments libérés par l’ancien Noviciat des Jésuites, partie d’un couvent où résident les novices, correspondant à un temps probatoire à l’engagement dans la vie religieuse, après lequel on est admis à prononcer les vœux de religion…

De même que pour les locaux de la rue du Vieux-Colombier où les bâtiments étaient ceux du couvent des religieuses de Notre-Dame-de-la-Miséricorde,  établi dans cette rue au 17e siècle et fondé pour l’éducation des jeunes filles, mais aussi, dans le tissu social du quartier et dans le domaine de la charité, fournissant de l’aide aux nécessiteux.

Jean-Luc Le Bras détaille, pour chaque adresse, la façon dont les lieux sont loués, parfois même avec l’utilisation de prête-noms, aménagés et utilisés. Pour cela, il puise aux meilleurs sources.

Portrait du Prince Lucien Murat (1803-1878),- Source musée Carnavalet.

Il enrichit aussi son propos de la vie maçonnique de grands personnages comme Voltaire, initié le 7 avril 1778, le prince Murat,  Émile Littré, Jules Ferry, Honoré Chavée, Charles Cousin ou Arthur Groussier, père du Code du travail et Président du Conseil de l’Ordre à de nombreuses repises entre 1925 à 1945.

De l’emblématique adresse du « 16 Cadet », comme aiment à le dire les membres du GO, l’auteur couvre l’ensemble des domaines : la rue et sa riche histoire tout d’abord, sa spécificité, le musée, l’histoire de ses façades, les évènements majeurs, avec les réceptions de grands personnages,  l’accueil d’activités profanes et philanthropiques, de la grande salle des fêtes, du rôle politique du GODF.

Rue Cadet devant la librairie DETRAD à côté du GODF
Rue Cadet devant la librairie DETRAD à côté du GODF.

Nous retenons que la rue Cadet a joué un rôle notable dans le domaine de l’édition et de la librairie, du XIXe siècle jusqu’à nos jours. Notamment avec la librairie Gloton qui édita, dès 1934, La Chaîne d’Union, la plus ancienne revue maçonnique encore publiée qui fut créée à Londres en 1964 par des francs-maçons en exil. Par ailleurs depuis 2004, la librairie Detrad (éditeur et fabricant de décors) installée au 18, joue un rôle primordial dans la diffusion des connaissances, des idées et de la culture maçonnique.

L’auteur ne manque pas aussi de dresser la liste des autres commerces ou activités – côté pair : coiffeur, synagogue, Bourse des diamantaires ; côté impair : restaurants, école, ateliers photographiques – participant à l’animation de ladite rue.

Musée de la Franc-maçonnerie
Musée de la Franc-maçonnerie

Jean-Luc le Bras nous instruit quant à l’histoire du musée de la franc-maçonnerie, fondé en 1889 et reconnu Musée de France depuis 2003. Situé au sein de l’Hôtel du GO, sa mission a pour but de préserver et de présenter des objets et des documents relatifs à l’histoire de l’art royal.

Ancienne grille d’entrée.

Deux illustrations retiennent plus particulièrement notre attention. Celle de la coupe longitudinale, suivant le grand axe, de l’immeuble du GODF et celle de l’ancienne grille de la porte d’entrée du Grand Orient de France, ouvrage d’art exceptionnel, témoin de son histoire et de son patrimoine. Fabriquée en fer forgé, illustrant le savoir-faire artisanal et la finesse de la ferronnerie , la grille présente des motifs décoratifs incorporant des symboles maçonniques. Elle se trouve désormais dans la salle du Conseil de l’Ordre. Et celle de la coupe longitudinale, suivant le grand axe, de l’immeuble du GODF.

Temple Groussier
Temple Groussier – Source GODF officiel.

Avant la bibliographie (ouvrages, articles, journaux contemporains, plans de Paris), l’ouvrage présente les vingt-et-un temples de la rue Cadet, avec illustrations pour quinze d’entre eux.

L’analyse approfondie de l’ouvrage quant aux différents sièges de l’obédience depuis 250 ans, sa méthodologie rigoureuse et son langage clair et précis apportent une contribution significative à la connaissance du passé de la plus ancienne et première institution maçonnique de France.

Le Paris G.O.-Histoire des adresses successives du Grand Orient de France 1773-2023

Jean-Luc Le Bras – Préface de Georges Sérignac

Éditions DETRAD aVs, 2023, 116 pages, 27 €

En vente chez l’éditeur.

Carte de Cassini en couleur (feuilles gravées et aquarellées), issue de l’exemplaire dit de « Marie-Antoinette » du XVIIIe siècle.

01-02/06/24 : MASONICA TOURS-1er Salon du Livre et de la Culture. Réservez la date !

Récemment créée, l’association MASONICA TOURS dont l’objet est l’organisation de salons maçonniques du livre et de la culture dans la ville de Tours ou de ses environs, l’organisation de rencontres et de toutes manifestations en liens directs et indirects avec cet objet vous informe des dates de son premier salon.

Emblème Masonica.

Il se tiendra le samedi 1er et le dimanche 2 juin 2024, sur le site de MAME. Cette manifestation se veut être le week-end de l’ouverture, montrant à toutes et à tous :

-les diversités et les spécificités, des obédiences maçonniques présentes ;

Site Mame, cité de la création et de l’innovation.

-les valeurs universelles communes de liberté, d’égalité, de fraternité et de tolérance qui constituent le tronc commun de la démarche initiatique et spirituelle de tous les francs-maçons du monde ;

-Une ouverture vers la démarche spirituelle et de recherche que chaque maçon à le devoir de réaliser.

C’est dans cet esprit que ce salon réunira éditeurs et auteurs. Cela sera un lieu d’échange et de rencontre autour d’une exposition du livre et de la culture à Tours.

Delta FM et La Voûte Étoilée – Un espace de fraternité qui permet de créer du lien, de diffuser la fraternité, d’échanger, partager, dialoguer, entre des SS∴ et des FF∴ quelques soient leur Obédience, leur Orient, leur pays – seront présents.

Les organisateurs précisent qu’ils ne manqueront pas de nous faire connaître le programme dès finalisation. D’ores et déjà, nous vous informons que 450.fm sera présent.

Blason de la ville de Tours.

Pourquoi Tours ? Et pourquoi pas !

La ville de Tours, située dans la région Centre-Val de Loire en France, a une histoire riche et intéressante en ce qui concerne la franc-maçonnerie, sans oublier le Compagnonnage

Bien que n’étant pas aussi célèbre que certaines autres villes françaises pour son rôle dans l’histoire maçonnique, Tours a tout de même joué un rôle significatif dans le développement, y compris récent, et l’activité de la franc-maçonnerie en France.

Souvenons-nous que La République du Centre, en avril 2012, titrait « À Tours, deux mille maçons créent leur obédience ». Il s’agissait de la naissance de la Grand Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF), dite L’Alliance, qui souhaitait « Revenir vers des règles démocratiques ».

Infos pratiques : Site Mame, cité de la création et de l’innovation, 49 boulevard Preuilly – 37000 Tours

Site Mame, cité de la création et de l’innovation.
Panotours.

« Le souffle de l’architecte » : Expo étonnante et onirique à la Fondation Cartier (Paris)

Découvrez Le souffle de l’architecte, une exposition contemplative et sensorielle présentée à la Fondation Cartier jusqu’au dimanche 21 avril 2024. La Fondation Cartier nous présente l’architecte indien Bijoy Jain, fondateur du Studio Mumbai. Dans une exposition surprenante et poétique, l’artiste nous entraîne dans son univers entre matière, nature et Homme.

Bijoy Jain nous propose une expérience sensorielle insolite, avec un parcours qui invite à la rêverie, à la flânerie, à la contemplation. Pendant la visite, le temps se fige, pour nous permettre de profiter de ce moment de quiétude, plongés dans la nature. À travers les matières et les formes, l’architecte cherche à créer des espaces uniques, qui connectent l’homme à la nature, à ses émotions.

Bijoy Jain, en 2013.

La création de Bijoy Jain, pensée spécialement pour cette exposition, entre en dialogue avec le centre d’art contemporain : les lumières, les matériaux, les lignes se répondent, s’enrichissent pour donner une dimension plus profonde au bâtiment, comme à l’œuvre.

Alev Ebüzziya Siesbye.

Le parcours de l’exposition est aussi enrichi par les créations de la céramiste Alev Ebüzziya Siesbye : les sculptures de cette artiste ajoutent un peu plus de sensibilité, de résonnance, de beauté à cette installation. Les couleurs, les motifs, les lignes reproduites sur les céramiques sont inspirés de la nature, des plantes, des mouvements que l’on peut voir au-dehors. Cette inspiration, on la retrouve également dans le travail de l’architecte Bijoy Jain, qui voit le monde comme un paysage toujours changeant, dans lequel des histoires se retrouvent et se mélangent.

La Fondation Cartier nous propose une découverte nouvelle et étonnante cet hiver, à la rencontre d’artistes inspirants et insolites. Laissez-vous séduire par cette exposition inédite !

[NDLR : La Fondation Cartier pour l’art contemporain, située à Paris, est un lieu dédié à la promotion et à la présentation de l’art contemporain. Elle a été créée en 1984 par la maison de joaillerie Cartier. L’objectif de la fondation est de favoriser la création artistique contemporaine et de la présenter au public. Le bâtiment de la Fondation Cartier, conçu par l’architecte Jean Nouvel, est lui-même une œuvre d’art moderne. Inauguré en 1994, il se caractérise par son design transparent et sa structure en verre qui permet une interaction entre l’espace intérieur et l’environnement extérieur. Le bâtiment est entouré d’un jardin, conçu par l’artiste et paysagiste Lothar Baumgarten, qui offre un espace de calme et de beauté au milieu de la ville.

Jean Nouvel en 2009.

La Fondation Cartier organise des expositions temporaires mettant en lumière des artistes contemporains de diverses disciplines et origines. Elle soutient également la création artistique en commandant des œuvres spécifiques et en offrant des résidences d’artistes. En plus des expositions, la fondation organise des conférences, des concerts et d’autres événements culturels, contribuant ainsi à la scène artistique parisienne et internationale. La Fondation Cartier pour l’art contemporain joue un rôle important dans la promotion de l’art moderne et contemporain, en soutenant les artistes émergents et établis et en offrant un espace où le public peut interagir avec des œuvres d’art innovantes et expérimentales.

Bijoy Jain.

Quant à Bijoy Jain, c’est un architecte renommé, connu pour son approche unique et durable en matière de design et d’architecture. Né en Inde, il a fondé son cabinet d’architecture, Studio Mumbai, qui a acquis une réputation internationale pour son approche artisanale de la construction et son utilisation de matériaux locaux et traditionnels. Jain est diplômé de l’Université de Washington à St. Louis et a travaillé à Los Angeles et à Londres avant de retourner en Inde. Son travail est profondément enraciné dans une compréhension de l’environnement local et culturel, utilisant des méthodes de construction traditionnelles et des matériaux naturels. Ses projets sont souvent caractérisés par une attention minutieuse aux détails et une intégration harmonieuse dans leur environnement naturel.

Studio Mumbai est connu pour sa collaboration étroite avec des artisans locaux, intégrant leur savoir-faire dans les projets modernes. Cette approche permet non seulement de préserver les techniques de construction traditionnelles, mais aussi de créer des espaces qui reflètent un sens de la communauté et du lieu. Les projets de Bijoy Jain ont été largement reconnus et récompensés. Son travail englobe une gamme variée de designs, allant des résidences privées aux espaces publics et aux installations artistiques. La philosophie de Jain met l’accent sur la durabilité, l’artisanat et une connexion profonde avec l’environnement, faisant de lui une figure importante dans le monde de l’architecture contemporaine.

Le Studio Mumbai, dans le détail…

C’est un cabinet d’architecture et de design fondé par l’architecte Bijoy Jain. Il est basé à Mumbai, en Inde, et est renommé pour son approche unique en matière d’architecture, qui allie design contemporain et techniques de construction traditionnelles. Le studio est connu pour son utilisation de matériaux locaux et son travail étroit avec des artisans locaux, ce qui lui permet de créer des bâtiments qui sont à la fois modernes et profondément enracinés dans leur contexte culturel et environnemental. Les projets de Studio Mumbai sont souvent décrits comme étant minimalistes, mais extrêmement attentifs aux détails, à la texture et à la lumière. Les designs de Bijoy Jain et de son équipe se distinguent par leur capacité à fusionner architecture et paysage, intérieur et extérieur, de manière harmonieuse. Cette approche respectueuse et contextuelle de la conception est ce qui rend leur travail distinctif et respecté à l’échelle internationale. Parmi les projets notables de Studio Mumbai, on trouve des résidences privées, des espaces communautaires, et des installations artistiques. Ces projets reflètent souvent une compréhension profonde de l’environnement local, y compris du climat, des matériaux disponibles et des techniques de construction traditionnelles. L’approche collaborative de Studio Mumbai, impliquant des artisans, des ingénieurs, et des architectes travaillant ensemble de manière intégrée, est également une caractéristique clé de leur méthode de travail. Cette approche permet non seulement de préserver des compétences artisanales traditionnelles, mais aussi de créer des bâtiments qui sont à la fois fonctionnels et esthétiquement beaux, faisant de Studio Mumbai un acteur influent dans le monde de l’architecture contemporaine.

Alev Ebüzziya Siesbye.

Et Alev Ebüzziya Siesbye ?

Elle est une céramiste turque de renom, née à Istanbul en 1938 et est particulièrement reconnue pour ses créations en céramique qui allient un style minimaliste à une maîtrise technique exceptionnelle. Siesbye a su s’imposer dans le monde de la céramique grâce à son approche unique qui fusionne la tradition et la modernité. Après avoir étudié la sculpture à l’Académie des Beaux-Arts d’Istanbul, Siesbye a travaillé dans différentes usines de céramique en Turquie avant de s’installer au Danemark dans les années 1960. Là, elle a poursuivi son exploration de la céramique et a commencé à se faire un nom dans le milieu artistique européen.

Alev Ebüzziya Siesbye.

Les œuvres de Siesbye sont caractérisées par leur simplicité formelle et leur palette de couleurs souvent restreinte, axée sur les tons naturels et les finitions subtiles. Ses bols et ses vases, travaillés avec une précision méticuleuse, sont admirés pour leur forme parfaite et leur surface lisse et homogène. Cette attention portée à la forme et à la finition reflète l’influence des traditions céramiques à la fois orientales et scandinaves. Siesbye a exposé ses œuvres dans de nombreuses galeries et musées du monde entier, et ses créations font partie de collections prestigieuses. Elle est reconnue pour sa contribution significative à l’art de la céramique contemporaine, apportant une perspective unique qui transcende les frontières culturelles et artistiques.

Alev Ebüzziya Siesbye.

La carrière de Siesbye est marquée par une quête constante de perfection et d’harmonie dans ses créations, faisant d’elle une figure majeure dans le domaine de la céramique moderne.]

Infos pratiques : Fondation Cartier 261 Boulevard Raspail 75014 Paris/TARIFS : Moins de 13 ans : Gratuit :Tarif réduit : 7€ :Plein tarif : 11€/SITE OFFICIEL :/Bijoy Jain / Studio Mumbai Le souffle de l’architecte/Jusqu’au 21 avril 2024/Ouvert tous les jours de 11h à 20h, sauf le lundi. Nocturne le mardi, jusqu’à 22h/La fermeture des salles débute à 19h45 (21h45 les mardis)/Mesures VIGIPIRATE en vigueur.

Sources : Cécile de Sortiraparis · Photos par My de Sortiraparis, Crédit visuel © Studio Mumbai, Wikimedia Commons

Dessin de… Jissey « Electrique »

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Un article du 26 décembre 2023 parle de charité. Est-il charitable de commencer une tenue quand un officier est en panne dans la rue ?

Les agapes et l’école de Salerne

Après ces fêtes de fin d’année où le seul conseil à donner était « surtout, ne vous pesez pas ! », il est temps de veiller à sa santé, petit mensonge pour ne pas reconnaître qu’on ne rentre plus dans sa robe ou son pantalon. Pour vous aider dans vos bonnes résolutions, voici quelques conseils donnés au XIIe siècle par la fameuse École de Salerne…

Capitale d’une principauté jusqu’au onzième siècle, Salerne était un pont entre l’Occident chrétien et le monde musulman dont faisait alors partie la Sicile toute proche. C’était une ville prospère qui battait monnaie.

Pièce d’or datant du règne du prince Siconolf de Salerne (839-849).

En 1077 la Sicile est conquise par les Normands avec Robert Guiscard à leur tête. L’émir, Yousouf Ibn Abdallah, est destitué et, en 1130 la capitale de l’Italie du sud est transférée à Palerme. Pour éviter le déclin, Salerne renforce alors son orientation médicale. Forte d’une légende prétendant que son École de médecine, avait été fondée en 802 par quatre savants : un juif Helinus, un grec Pontus, un arabe Adela et un latin Salernus dont elle portait le nom, Salerne s’emploie à attirer les médecins les plus prestigieux de l’époque, quelle qu’en soit l’origine et la religion. La ville devient ainsi, aux XIIe et XIIIe siècles, le centre d’enseignement médical de l’occident.

Conjuguant les savoirs du monde arabe et byzantin à l’étude d’Hippocrate et de Galien, s’appuyant sur l’observation et pratiquant même les essais thérapeutiques sur les animaux avant d’administrer les traitements à l’homme, l’École de Salerne diffuse dans les grandes villes européennes une collection de 103 aphorismes en vers intitulée « Regimen Sanitatis Salernitanum », un ensemble de conseils destinés à rester en bonne santé. C’était là une proposition révolutionnaire car la médecine, avec ses vrais soignants et ses charlatans, ne prétendait qu’à soigner les malades, pas à garder en santé les bien-portants.

Ses avancées font considérer aujourd’hui l’École de médecine de Salerne comme l’ancêtre de l’université. De plus, et ce n’est pas rien, ce fut la première institution européenne où les femmes ont bénéficié des mêmes droits que les hommes. La plus célèbre des, mulieres Salernitanae, est sans conteste Trotula de Ruggiero, première femme à pratiquer et enseigner la médecine et à écrire des traités de pharmacologie clinique. La médecine n’était pas un art libéral, elle était considérée comme une branche de la physique relevant de la philosophie, et se divisait en médecine théorique et médecine pratique. Ces deux approches étaient également fondées sur la réflexion et le raisonnement, mais la seconde, pour bien cibler les soins à prodiguer, classait les maladies selon leur origine interne ou externe – la saison, le climat, un traumatisme, etc. –, tandis que la première traitait de la santé en soi, selon le principe aristotélicien de la correspondance entre le macrocosme qu’est l’univers et le microcosme humain, principe que l’on retrouve en alchimie avec la fameuse « Table d’émeraude » d’Hermès Trismégiste : « Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut & ce qui est en haut, est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule chose ».

Hippocrate

Hippocrate y avait ajouté l’observation du malade et avait cherché à définir les raisons de la santé. Ainsi avait-il déterminé qu’elle était liée aux quatre éléments (feu, air, eau, terre), aux qualités premières (chaud, froid, humide, sec), aux qualités accidentelles et aux modalités du mouvement. Dans chaque individu, la santé se définissait donc par l’équilibre interne entre ces facteurs : aux sens externes correspondaient les « sens internes » de l’âme localisés dans le cerveau, tandis que la circulation des « esprits » assurait la liaison entre l’âme et le corps.

L’un des professeurs de médecine, Archimateus, nous fait part des conceptions médicales de l’école : « Les connaissances – écrit-il – ne suffisent pas. Le succès de la thérapie dépend beaucoup de la conduite du médecin envers le malade et de l’impression qu’il produit sur lui. » A ce facteur psychologique, il ajoute une réflexion éthique. Ainsi à la question « faut-il révéler au malade la gravité de son état ? » et il répond « non », en bon disciple de Galien, alors que la plupart des casuistes l’exigeaient. En revanche, pour ce qui est des honoraires, non seulement il donne comme précepte exige dum dolor est, réclame ton argent tant que la douleur se fait sentir, mais il ajoute même, avec quelque malice, qu’il ne faut pas hésiter, le cas échéant, à relancer adroitement le mal pour que le patient sente bien que sa santé dépend du médecin !

Aphorismes d’Hippocrate

Les Aphorismes et Conseils de Salerne, écrits en latin, ont eu un tel succès qu’ils ont été traduits en français, en 1749 par Bleusen de la Martinière (Dieppe 1683 – La Haye 1749). Ils sont particulièrement adaptés aux Sœurs et aux Frères qui, outre les fêtes carillonnées par la publicité commerciale qui les ont conduits à des excès de table, sont pratiquement obligés de participer aux agapes de leur Atelier en dépit du souci de leur silhouette et de l’heure tardive.

Car, osons l’avouer, les travaux auxquels les francs-maçons sont le plus assidus et consacrent le plus d’ardeur, ce sont… les agapes ! Il est vrai que la Franc-maçonnerie est née dans une auberge et l’on peut se demander si le rituel n’était pas un prélude aux « travaux de table » qui prolongeaient la tenue, au demeurant bien plus brève qu’aujourd’hui… On en parle pourtant peu, sauf pour quelque banalité sur la convivialité, ou, pire, pour faire remonter à Napoléon le Banquet d’Ordre, avec ses « chargez et alignez », et ses folkloriques « canons », « drapeaux », « poudre noire ou blanche » et autres « feu ! », alors qu’on trouve ce vocabulaire d’artilleurs dans des rituels bien antérieurs.

Mais on ne dit rien sur le contenu de ces agapes. Que fallait-il manger et boire ? Certains rituels précisent qu’il s’agit d’un repas « frugal » et Anderson incitait lui aussi à la modération. On trouve ainsi, dans le chapitre « De la Tenue » des Constitutions de 1723, à l’article Quand la LOGE est fermée et que les Frères ne sont pas partis : « On peut s’amuser d’une Gaieté innocente en se traitant mutuellement selon ses Moyens ; mais il faut éviter tous Excès, ne forcer aucun Frère à manger ou à boire au-delà de son Goût […] : cela détruirait notre Harmonie, et ferait échouer nos louables Desseins. »

Voici donc quelques préceptes, tels qu’ils furent traduits en français rimé par Bleusen de la Martinière en ce début du XVIIIe siècle où la Maçonnerie entre dans le royaume de France.

Préceptes généraux de la santé

Au Roi d’Angleterre, Salut.

Toute l’École de Salerne

En ce court écrit a pour but

De lui tracer comment il faut qu’il se gouverne

S’il veut se garantir de toute infirmité,

Et vivre en parfaite santé.

Buvez peu de vin pur ; le soir ne mangez guère ;

Faites de l’exercice après chaque repas.

Dormir sur le dîner, c’est l’usage ordinaire,

Toutefois ne le suivez pas.

Quand vous sentez que la Nature

Veut vous débarrasser d’une matière impure,

Écoutez ses Conseils ; secondez ses Efforts :

Loin de vous retenir, vite de cette ordure,

Le plus tôt qu’il se peut, délivrez votre Corps.

Fuyez les soins fâcheux, par eux le sang s’altère ;

Comme un poison funeste évitez la colère.

En observant ces points, comptez que de vos jours

Un régime prudent prolongera le cours.

Cette adresse au Roi d’Angleterre, peut nous faire penser que les membres de la Royal Society, dont Desaguliers, connurent ces préceptes lorsqu’ils rédigèrent leurs Constitutions. Voici le conseil suivant :

Moyens de se passer de médecin

S’il n’est nul Médecin près de votre Personne,

Qui dans l’occasion puisse être consulté ;

En voici trois que l’on vous donne :

Un fonds de Belle-Humeur, un Repos limité,

Et surtout la sobriété.

Concernant la boisson, précisément, les choses sont moins simples.

Quant au Vin ; sur le choix, voici notre doctrine :

Buvez-en peu ; mais qu’il soit bon.

Le bon Vin sert de Médecine,

Le mauvais vin est un poison.

Point de Vins frelatés, ils gâtent la poitrine :

Un Vin frais, naturel, pétillant, gracieux,

Doit flatter le palais, l’odorat et les yeux.

            Et l’auteur d’ajouter :

Le Vin bourru chatouille, on le boit avec joie ;

Il engraisse, il est nourrissant.

Mais craignez qu’il n’opile ou la rate ou le foie,

Par le trop long séjour qu’il y fait en passant.

D’un Vin blanc, clair, fin, le mérite

Consiste en ce qu’il passe vite.

Beaucoup plus lent en ses progrès,

            Le Vin rouge bu par excès,

Porte un suc astringent au ventre qu’il resserre ;

Il le rend dur comme la pierre ;

Et c’est de toutes les boissons

Celle qui d’une voix gâte plutôt les sons.

Et un dernier Aphorisme qui se passe de commentaires :

Remède pour ceux qui ont trop bu de vin au souper.

Si, pour avoir trop bu la veille,

Votre estomac est dérangé,

Ayez dès le matin recours à la bouteille,

Vous serez bientôt soulagé ;

Par ce remède bien purgé,

Aux maux de cœur, aux maux de tête,

Vous donnerez un prompt congé, En prenant du poil de la bête.