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2024 année olympique

Dans l’esprit d’une célèbre chanson pour son jeu de mots et sa symbolique, l’expression « 2024, année olympique » pourrait être interprétée comme un hommage à une année marquante pour le sport, la fraternité internationale, et l’excellence humaine... Si toutes les loges du monde voulaient bien se donner la main. En voici la première strophe :

« 2024, année olympique/Où les rêves se tissent en or et en musique/Dans l’éclat de Paris, la ville lumière/S’entrelacent les espoirs, les défis, la fraternité sincère… »

Cette ode à l’année olympique de 2024 reflète l’esprit des Jeux Olympiques, mettant en avant des thèmes tels que l’excellence, la fraternité internationale, et le dépassement de soi, incarnant l’unité et la célébration de la diversité humaine à travers le sport.

Le moment de s’interroger sur valeurs de l’olympisme et nos valeurs maçonniques.

Les valeurs de l’olympisme et les valeurs maçonniques, bien que distinctes, partagent certaines similarités dans leur approche de l’amélioration personnelle et du bien-être collectif.

Commençons par les valeurs de l’olympisme…

Ces valeurs telles que définies par le Comité International Olympique (CIO), sont au cœur de l’idéologie et de la philosophie des Jeux Olympiques. Ces valeurs sont essentielles non seulement dans le sport mais aussi dans la promotion d’une société plus pacifique et inclusive. Elles comprennent : l’excellence, l’amitié, le respect.

The Olympic Museum (Musée Olympique), Lausanne (Suisse).

L’excellence encourage les athlètes et toutes les personnes impliquées dans le mouvement olympique à donner le meilleur d’eux-mêmes, tant sur le plan sportif que personnel. L’excellence ne concerne pas seulement la quête de médailles, mais aussi l’effort, le progrès et la réalisation de son potentiel.

L’olympisme favorise l’amitié entre les nations et les individus à travers le monde. Cela inclut la compréhension mutuelle, la solidarité et le fair-play. La camaraderie qui se développe entre les athlètes de différentes nations pendant les Jeux est un élément clé de cette valeur.

Le respect qui englobe le respect des règles éthiques, le fair-play, le respect d’autrui, de soi-même et de l’environnement. Cela inclut aussi le respect de la diversité, l’égalité des chances, et l’absence de discrimination.

En plus de ces trois valeurs fondamentales, le mouvement olympique intègre également d’autres principes et valeurs, tels que le respect de l’esprit sportif  – promouvoir un comportement éthique, honnête et juste pendant la compétition -, l’éducation par le sport – utiliser le sport comme un moyen d’apprendre des compétences de vie, de développer des qualités telles que la discipline, la confiance en soi et le travail d’équipe -, la contribution à un monde meilleur – utiliser le sport comme un outil pour le développement durable, la paix et la compréhension mutuelle entre les peuples.

Ces valeurs sont destinées à être universelles, transcendant les différences culturelles, sociales et politiques, et visant à unir le monde à travers le sport et l’esprit de compétition positive.

… Et continuons avec nos valeurs maçonniques

Les valeurs maçonniques sont au cœur de l’art royal et de sa pratique. Des valeurs visant à promouvoir le développement moral et spirituel des membres, ainsi qu’à contribuer au bien-être de la société en général. Est-il vraiment besoin de les rappeler ? Cela va sans dire mais cela va encore mieux en le disant !

Nos valeurs incluent :

  • la fraternité, pierre angulaire de la franc-maçonnerie, promouvant des liens forts de camaraderie et de soutien mutuel entre ses membres. Elle souligne l’importance de l’entraide, de la solidarité et du respect mutuel ;
  • la charité, aspect essentiel de notre pratique maçonnique. Elle se manifeste par le soutien aux membres dans le besoin, ainsi que par des actions philanthropiques et des œuvres de bienfaisance pour aider son prochain en dehors du temple ;
  • la recherche de la vérité qui reste notre idéal fondamental. Cela implique l’honnêteté, l’intégrité et la quête constante de la connaissance et de la sagesse, tant sur le plan personnel que spirituel.
symboles maçonniques muraux
mosaïque maçonnique murale.
  • l’idéal d’égalité reste un principe central. Il s’agit de traiter tous les membres avec équité et sans préjugés, reconnaissant la valeur intrinsèque de chaque individu.
  • la franc-maçonnerie encourage ses membres à travailler constamment à leur développement personnel et spirituel. Cela inclut l’autoréflexion, l’amélioration du caractère et le développement des vertus morales.
  • les francs-maçons sont encouragés à être des citoyens respectueux des lois et à contribuer positivement à la société dans laquelle ils vivent.

Les points communs

Ne seraient-ils pas l’amélioration de soi et des autres ? Tant l’olympisme que la franc-maçonnerie mettent l’accent sur le développement personnel et l’amélioration de la société.

Et le respect et la tolérance. Olympisme et maçonnerie valorisent le respect des autres, indépendamment des différences, et encouragent la tolérance et la compréhension.

timbres – Source https://www.theodorechampion.fr/jeux-olympiques-100-timbres-differents

Y aurait-il des différences ?

L’olympisme est principalement axé sur le sport et son rôle dans la promotion de la paix et de l’harmonie, tandis que la franc-maçonnerie est plus centrée sur le développement moral et spirituel à travers des rituels et des symboles spécifiques.

Les Jeux Olympiques aspirent à construire un monde meilleur et plus pacifique à travers le sport.

Au-delà du développement personnel, les maçons visent à contribuer positivement à la société, en œuvrant pour le progrès social, la justice et la paix. La franc-maçonnerie est une fraternité universelle qui aspire plutôt à une portée mondiale, cherchant à unir les personnes de toutes les horizons dans un effort commun pour un monde meilleur et plus éclairé.

Initié au sein de la « Horn Tavern Lodge », à l’orient de Westminster en 1730, le chevalier de Ramsay (1693-1743) n’écrivait-il aps dans son Discours qu’il prononça le 26 décembre 1736 à la loge de Saint-Jean, à l’orient de Paris :

« Le monde entier n’est qu’une république dont chaque nation est une famille, chaque particulier un enfant. »

Siège du CIO, Lausanne.

Vous pouvez aussi vous reporter à notre article du 23 juillet 2023 « Valeurs de l’olympisme, valeurs maçonniques ? »

The Olympic Museum (Musée Olympique), Lausanne (Suisse).

Une vie plus sobre, de Thoreau au Bouddhisme

Un texte de Sophie Solère

Plus de sobriété dans nos modes de vie : nous y sommes tous appelés pour préserver la planète. Et si elle prenait l’une de ses sources dans le bouddhisme ? Sur les pas des précurseurs d’une heureuse connexion.

Profiter de la crise sanitaire que nous venons de traverser pour changer vraiment, en réduisant notre empreinte carbone, notre consommation, nos déplacements, est le défi lancé par toutes les associations pro-environnement à la sortie du confinement, comme par de simples citoyens, conscients du lendemain. La sobriété pourrait être la clé. Une « sobriété heureuse » – pour citer Pierre Rabhi  – car choisie et riche de liens, avant qu’il ne soit trop tard et qu’elle nous soit imposée par d’autres épidémies, d’autres catastrophes naturelles. Comment ralentir, se défair1.e de nos désirs et attachements qui nous poussent toujours plus du côté de l’Avoir et nous éloignent de l’Être ? La méditation et la contemplation de la nature, ainsi que la réflexion forçant la prise de conscience et notre responsabilité, sont de précieuses ressources que le bouddhisme, notamment, peut mettre à notre disposition. Pas étonnant que les penseurs de référence d’un « éco-dharma » actuel, associant l’écologie et l’enseignement du Bouddha, aient à la fois prôné la sobriété et déclaré leur intérêt pour les spiritualités orientales dès le XIXe siècle. Retour sur une influence croisée porteuse de sens.

Méditer avec Thoreau dans les bois

Point de départ outre-Atlantique, avec le développement d’une industrie qui forge peu à peu une nouvelle Amérique au XIXe siècle. Alors que tout s’accélère, un homme hausse la voix, condamne la société esclavagiste de son temps ainsi que la guerre du Mexique, pour se faire porte-parole d’une nature sauvage et de la simplicité volontaire. Il s’agit d’Henri David Thoreau, philosophe et poète proche du transcendantalisme, mouvement littéraire, philosophique et spirituel américain exaltant la bonté inhérente de l’homme et de la nature, tous deux reliés ensemble à une dimension transcendante. C’est un original qui peine à trouver sa place en tant qu’enseignant et finit par devenir naturaliste. Il explore les sommets, parcourt les forêts et choisit de vivre un temps retiré, comme il le rapporte dans Walden[1] , le récit de deux années passées dans les bois entre 1845 et 1847, sans rupture avec le monde.

De là, il clame, en rapportant son expérience a posteriori : « De la simplicité, de la simplicité, de la simplicité ! Oui, que vos affaires soient comme deux ou trois, et non cent ou mille ; au lieu d’un million, comptez par demi-douzaine, et tenez vos comptes sur l’ongle du pouce (…) simplifiez. Au lieu de trois repas par jour, s’il est nécessaire n’en prenez qu’un ; au lieu de cent plats, cinq ; et réduisez le reste en proportion. »  Non pas pour préserver une nature que l’on pouvait encore penser inépuisable à l’époque, mais par sagesse, en privilégiant le spirituel sur le matériel, comme il s’en explique : « Le luxe, en général, et beaucoup du soi-disant bien-être, non seulement ne sont pas indispensables, mais sont un obstacle positif à l’ascension de l’espèce humaine. Au regard du luxe et du bien-être, les sages ont de tout temps mené une vie plus simple et plus frugale que les pauvres. Les anciens philosophes, chinois, hindous, persans et grecs, représentent une classe que pas une n’égala en pauvreté pour ce qui est des richesses extérieures, ni en richesse pour ce qui est des richesses intérieures. »  C’est dire s’il a bien conscience que l’invitation à la sobriété n’est pas nouvelle, mais inscrite dans la plupart des grandes traditions philosophiques et religieuses. Si cela ne fait donc pas de lui un écologiste avant l’heure, l’objectif est donc déjà d’élever « l’espèce humaine » en la libérant d’une contingence matérielle fabriquée.[2]

De la sobriété à l’expérience de la réalité

C’est une quête de connaissance de soi et de la réalité telle qu’elle est, à laquelle nous pouvons accéder au contact de la nature en y méditant sans nous laisser distraire, comme Thoreau nous invite à le faire : « Passons un seul jour avec autant de mûre réflexion que la Nature, et sans nous laisser rejeter de la voie par la coquille de noix et l’aile de moustique qui tombe sur les rails. (…) Si la locomotive siffle, qu’elle siffle à en perdre la voix pour sa peine. Si la cloche sonne, pourquoi courir ? Nous réfléchirons à quelle sorte de musique elles ressemblent. Halte ! Et là en bas faisons jouer nos pieds et se frayer un chemin à travers la fange et le gâchis de l’opinion, du préjugé, de la tradition, de l’illusion, de l’apparence, cette alluvion qui couvre le globe, à travers Paris et Londres, à travers New York et Boston et Concord, à travers Église et État, à travers poésie et philosophie et religion, jusqu’à ce que nous atteignions un fond solide, des rocs en place, que nous puissions appeler réalité, et disions : voici qui est, et qui est bien ».  Et après ce temps d’observation, de discernement, Thoreau poursuit en proposant l’image du « Réalomètre », comme un étalon de réalité qui permettrait de mesurer la vraie nature des choses. L’expérience n’est pas sans rappeler celle que décrit Descartes dans Les Méditations Métaphysiques, tout comme certaines formes de méditation bouddhiste (ou « vision pénétrante »). Et il s’avère que le philosophe américain connaît les fondements de cette tradition, pour y avoir été initié par les transcendantalistes, tel Emerson. Il a lu et traduit des passages de la Bhagavad-Gîta et du Soutra du Lotus (publié sous le titre The Preaching of the Buddha). Il y est question de la même invitation à s’asseoir dans une forêt pour contempler la réalité et de l’enseignement du Bouddha semblable à une pluie bienfaisante tombant sur les disciples semblables à des plantes en croissance.

L’éco-bouddhisme entre Orient et Occident

De là à en faire un bouddhiste au sens strict… Pas plus qu’un écologiste au sens moderne et engagé du terme… S’il invite à l’introspection méditative, il ne renonce pas à un moi solide : « En la plupart des livres, il est fait omission du Je, ou première personne ; en celui-ci, le Je se verra retenu ; c’est, au regard de l’égotisme, tout ce qui fait la différence », prévient-il dès l’introduction de Walden. L’influence du romantisme reste forte. Cela n’empêche pas les partisans de l’éco-dharma actuel de voir Thoreau comme un de leurs penseurs de référence. Dans le livre Le Bouddha est-il vert ?, Michel Maxime Egger et Jean-Marc Falcombello reviennent tout de même sur un malentendu que pourraient justement entretenir les éco-bouddhistes sur un éventuel lien inhérent entre bouddhisme et écologie. Non, cette tradition religieuse ne serait pas en elle-même « verte » comme nous l’entendons, la notion même de nature étant moderne, et a fortiori le combat pour la défendre. Non, les précurseurs de l’écologie comme Thoreau n’étaient pas bouddhistes au sens orthodoxe du terme. Le Dharma nous invite avant tout à atteindre l’Éveil et à sortir du cycle des existences, à nous déconditionner individuellement de l’ego et de l’ignorance, plus qu’à vouloir transformer le monde.

« Passons un seul jour avec autant de mûre réflexion que la Nature, et sans nous laisser rejeter de la voie par la coquille de noix et l’aile de moustique qui tombe sur les rails. » Henry David Thoreau

Même si l’un peut mener à l’autre… et la connexion n’est pas fortuite malgré tout. Car bien sûr, les enseignements spirituels – à commencer par ceux du Dalaï-Lama ou de Thich Nhat Hanh – comme les expériences de méditation, favorisent la compréhension de la notion d’interdépendance entre l’homme, la société, la nature, pour induire un comportement responsable, encourager une simplicité volontaire salvatrice à tous les sens du terme. Une démarche au cœur de la pensée de Joanna Macy, fondatrice de l’écopsychologie et spécialiste du bouddhisme, évoquant un nécessaire « ressenti identitaire qui s’étend jusqu’aux confins de la vie et devient une motivation pour l’action » (citée ainsi par M.M. Egger).

Une connexion aux sources de l’engagement

De Thoreau aux éco-bouddhistes engagés d’aujourd’hui, la notion de sobriété a voyagé et influencé des hommes au rayonnement capital tout au long du XXe, tel Gandhi, également lecteur de l’essayiste anglais John Ruskin qui correspondait avec l’ermite de Walden. Ruskin est l’auteur d’une critique de l’économie de l’Angleterre en plein boom industriel, Unto the Last, où sont déjà décrits les dommages de la surproduction et de la consommation sur la nature. La lecture de ce texte a eu l’effet d’un électrochoc sur Gandhi, défenseur du droit des Indiens en Afrique du Sud à cette période. Il change alors son mode de vie radicalement pour aller vers toujours plus de frugalité, en commençant par réorganiser ses ashrams. Déjà essentiellement végétarien, dans le respect de la règle vishnouiste, il va se priver de toutes épices, réduire les portions alimentaires, comme tous ses besoins matériels (et l’imposer à ses proches !), dans une perspective de transformation de soi pour changer le monde sans violence, mais avec détermination. C’est l’un des déclics conduisant au Satyagraha (« étreinte de la vérité »), nom qu’il donnera désormais à son mode de résistance politique non-violente. Celui-ci n’a-t-il pas subi l’influence décisive de La Désobéissance Civile, l’autre grand livre de Thoreau. Certes, chez Gandhi, l’objectif n’est pas directement la préservation de la nature non plus, mais il y a là une vision du monde qui implique une écologie globale et responsable, portée par un mode de militance pacifique, particulièrement pertinente aujourd’hui.

À l’évidence, les idées et les valeurs circulent entre Orient et Occident, et réciproquement, dans un mouvement d’interdépendance fécond ! Thoreau, Gandhi et Joanna Macy inspirent ainsi les fondateurs de mouvements écologistes radicaux mais non-violents, tels Extinction Rébellion qui n’hésite pas à s’y référer. Est-ce un hasard si Thoreau « super star » est publié et lu plus que jamais, jusque dans les cafés parisiens publiquement ? L’urgence de la crise actuelle, environnementale, existentielle et de fait globale, souligne une connexion essentielle entre nature et spiritualité, écologie et Dharma pour ceux qui suivent la voie du Bouddha. À méditer dans les bois, les jardins, les plages et les parcs retrouvés cet été.

Sophie Solère est une journaliste économique et sociale qui s’intéresse depuis des années à l’environnement et à l’interdépendance. Elle travaille pour Bouddha News, une plateforme de médias dédiée à la spiritualité et à la sagesse bouddhiste. En pratiquant le yoga et la danse méditative, Sophie a découvert le pouvoir des voyages spirituels, qui offrent tant de chemins pour se (re)trouver. Elle se consacre à partager avec les lecteurs de Bouddha News des histoires inspirantes et des conseils précieux sur la pratique spirituelle et l’environnement.

Ce texte a été publié dans La Lettre Des Deux Voies pour favoriser des échanges et des liens entre Francs-Maçon (nes) qui sont déjà dans une démarche bouddhiste ou qui souhaite connaître un peu mieux le bouddhisme.

La lettre est trimestrielle et gratuite, on peut s’y inscrire en précisant son nom, prénom, tél, Ob., sa L. et la Ville de résidence à ce mail : lesdeuxvoies@orange.fr


1. Pierre Rabhi Au nom de la terre

2. Henri David Thoreau Walden ou la vie dans les bois L’imaginaire.Gallimard.

3. Henry David Thoreau La désobéissance civile éd. Mille et une nuits

« La franc-maçonnerie à l’épreuve des particularismes en Afrique », le dernier Badila en souscription

Joseph Badila est une figure notable dans plusieurs domaines en République du Congo. Il est connu tout d’abord pour avoir consacré sa carrière, en sa qualité de haut fonctionnaire, à servir autrui à travers une multitude de rôles professionnels mais aussi pour son engagement indéfectible au sein de la franc-maçonnerie en Afrique.

Il signe, chez DETRAD, un troisième ouvrage sur le francs-maçons africains… En souscription.

Présentation de l’éditeur

« Après plus de soixante années de doute, l’Afrique lance un vrai cri de détresse. Au-delà de l’alternance politique, le continent africain a soif de nouvelles perspectives, mais d’incessantes luttes de pouvoir ne cessent de tirer la société vers le bas. Les Francs-maçons Africains apparaissent aux yeux des occidentaux comme des hommes et des femmes qui ne sont pas à leur place dans leur démarche maçonnique. Pourtant, devant ce problème sociétal de fond et l’urgence de prendre un tournant constructif, certains font appel à leur bagage initiatique et leurs qualités d’apprentissage, de connaissance de soi et d’émancipation. La Franc-maçonnerie à l’épreuve des particularismes propose une vision humaniste de la future société africaine et fait appel au sens du devoir des Frères et des Sœurs, dont on attend qu’ils incarnent dans la cité les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, de tolérance, qu’ils trouvent en loge. Le défi est immense, mais l’enjeu vital.

Année après année, voyage après voyage, l’auteur a rencontré, écouté, lu, appris, avide de s’instruire. Il réunit ici ses observations nourries de l’expérience de ses prédécesseurs, Africains ou Français, gouvernants ou Francs-maçons, imprégnés des valeurs du siècle des Lumières. Ses réflexions gagnent à être connues, partagées et mises en pratique. »

Joseph Badila.

La biographie de l’auteur

Haut fonctionnaire congolais à la retraite, Joseph Badila a travaillé à la Télévision congolaise puis dans l’agro-industrie. Il a été aussi Directeur des Cabinets ministériels. Parallèlement à son engagement maçonnique, il a été amené à participer à la création des GOLAC, première obédience maçonnique mixte en Afrique (1987) et du GOCB, première Obédience africaine à fonder une loge à Paris, la Respectable Loge République (2000). Passé Grand Maître des GOLAC. Grand Commandeur ad vitam du Suprême des GOLAC et du GOCB (1990-2005). Cet élargissement de connaissances lui a permis de mieux appréhender bien des aspects sociaux et politiques, comme l’importance du rôle de la Franc-maçonnerie au Congo. Il a conscience qu’il faut être de toutes les rencontres maçonniques et actif, avec pour objectif d’œuvrer à une société plus juste, plus fraternelle, où la paix se construit. Membre actif de la Société Européenne d’Études et de Recherches Écossaises ([S.EU.RE](http://s.eu.re/)). Président de l’Association pour la Préservation du Patrimoine Architectural et Culturel en Afrique Centrale. Il est également l’auteur de deux ouvrages sur la Franc-maçonnerie en Afrique noire.

« Un livre captivant qui explore le rôle des Francs-maçons Africains dans la quête d’une renaissance continentale. »

[NDLR : La franc-maçonnerie à l’épreuve des particularismes en Afrique », ouvrage à paraître en janvier 2024, mais dès maintenant en souscription chez DETRAD, de cette figure notable qu’est Joseph Badila, auteur de La franc-maçonnerie en Afrique noire: un si long chemin vers la liberté, l’égalité, la fraternité (DETRAD, 2004) et de Les Francs-Maçons & l’Afrique, une rencontre fraternelle (DETRAD, 2008), coécrit avec Daniel Béresniak (OE) avec la collaboration de Jean Moreau, enseignant et franc-maçon du GODF, aborde les défis auxquels l’Afrique est confrontée, notamment les luttes politiques et le besoin de nouvelles perspectives pour le continent. Cela suggère que l’auteur explore comment ces défis affectent et sont affectés par la franc-maçonnerie.

Il y a une tension apparente entre la perception occidentale des francs-maçons africains et leur rôle potentiel dans la société africaine. L’auteur semble plaider pour que les francs-maçons africains jouent un rôle plus actif et positif dans le développement de leurs sociétés.

L’auteur, du moins nous semble-t-il, souligne une vision humaniste pour l’avenir de la société africaine, en lien avec les principes maçonniques de liberté, d’égalité, de fraternité et de tolérance. Cela suggère que le livre examine comment ces idéaux peuvent être incarnés dans la pratique sociale et politique africaine. Joseph Badila puise aussi dans les valeurs du siècle des Lumières, souvent associées à la franc-maçonnerie, pour envisager des solutions aux problèmes contemporains de l’Afrique.  Et sa méthodologie inclut des rencontres, des écoutes, des lectures et un apprentissage continu, indiquant une approche approfondie et diversifiée pour comprendre la situation. Il y a un appel clair à ce que les idées et les réflexions de l’auteur soient non seulement connues mais aussi mises en pratique, suggérant un désir de changement tangible dans les sociétés africaines. Il semble rappeler aussi l’importance de l’apprentissage, la connaissance de soi et l’émancipation reflète l’importance de l’éducation et de l’initiation maçonnique dans le développement personnel et social.

Un livre d’une juste et parfaite actualité qui offre une perspective profonde sur la franc-maçonnerie en Afrique, en lien avec les défis politiques et sociaux contemporains du continent, tout en plaidant pour une application pratique des idéaux humanistes et des Lumières dans la société africaine.

Alain de Keghel.

Quant au préfacier Alain de Keghel, diplomate de carrière, il a occupé notamment les fonctions de consul général de France à Tokyo puis à Washington après avoir dirigé la sous-direction de l’information du quai d’Orsay. Il a, en outre, représenté la France auprès des organismes multilatéraux interaméricains, puis a présidé le Suprême Conseil du Grand Orient de France de 2002 à 2008.

Il a publié de nombreux ouvrages et/ou articles relatifs à la diplomatie ainsi qu’à l’Ordre maçonnique, notamment dans Humanisme-Revue des francs-maçons du Grand Orient de France et dans La Chaîne d’Union, revue trimestrielle d’études maçonniques, philosophiques et symboliques du Grand Orient de France créée en 1864 à Londres par des francs-maçons français exilés, fuyant le régime autoritaire de Napoléon III qui est la plus ancienne revue maçonnique encore éditée à ce jour.]

La franc-maçonnerie à l’épreuve des particularismes en Afrique

Joseph Badila-Préface de Alain de KeghelDETRAD, Coll. Rencontres

En souscription chez DETRAD (19 € + 5,50 € de port). Après le 31 janvier date de sortie le prix sera de 23 €. Téléchargez le bon de souscription.

De la laïcité : Théorie et pratique

Savoir de quoi on parle, implique ici de revenir à la source. Le mot « laïque » vient du latin ecclésiastique laïcus et du grec laïkos, signifiant « à propos du peuple », « volonté, expression du peuple ».

Un peu d’histoire

En France, ces volonté et expression du peuple se sont notamment manifestées en 1905 (avec une loi votée précisément le 9 décembre 1905 par le gouvernement d’Emile Combes, alors symbole de l’anticléricalisme maçonnique) pour considérer la religion comme une manifestation individuelle d’ordre privé, et lui laisser sa liberté, sous le droit commun (liberté de conscience, liberté de culte). En d’autres termes, l’Etat et les églises (toutes les églises) se sont séparés à cette date, rompant ainsi le concordat de 1801. Résultats : Le pape Pie X a condamné cette loi à l’époque, ce qui n’a pas empêché la suppression de toutes subventions publiques aux cultes dans les quatre années suivantes. Seule concession, le clergé a gardé à sa disposition les édifices religieux, mais sans titres juridiques.

Au vrai la conception et l’organisation de la société, excluant les églises de l’exercice du pouvoir politique et administratif, fut un « réflexe de défense » de la IIIème République naissante. Une opposition à la menace du retour de la royauté menée par les républicains, mais aussi par les protestants et les israélites, très inquiets de la pression catholique par le biais du « dogme d’infaillibilité ». L’exclusion visa notamment l’organisation de l’enseignement sur le territoire, qui aboutit à l’application de la formule célèbre de l’homme politique Crémieux : « le prêtre à l’église, l’instituteur à l’école », suite aux lois scolaires précédemment initiées par Jules Ferry (1881-1882).

Cette séparation ne s’est pas faite sans résistance. Le laïcisme militant s’est heurté aux ligues confessionnelles, et la franc-maçonnerie de l’époque a clairement manifesté son anti-cléricalisme. Cette lutte s’est apaisée entre les deux guerres mondiales mais s’est régulièrement réveillée ( à plusieurs reprises sous les IVème et Vème Républiques). Des stigmates subsistent encore, notamment en franc-maçonnerie, dans certaines loges du Grand-Orient. La formule, à mon sens de bien mauvais goût, « A bas la calotte » est lancée en choeur à la fin des tenues, signant là un combat d’arrière-garde !

Aujourd’hui, hors ce type d’écart, et les esprits relativement calmés, on pourrait définir la laïcité avec la formule d’Ernest RENAN : « l’Etat neutre entre les religions »…si n’existait le fait que celui-ci participe au fonctionnement des établissements confessionnels et accorde des aides financières à l’enseignement privé (loi Barangé, promulguée sous la IVème République).

Vous avez dit « religion » ?

Il n’est pas inutile de revenir également aux signifiants de ce vocable, communément défini comme un attachement aux rites cultuels. Nous répétons à l’envi sur nos bancs que « religion » vient du latin religare, relier. Une racine plus ancienne indiquerait qu’il vient en fait de relegere, à traduire par »relire », « relever » (allusion à la bible glorifiant Dieu), mais qui a signifié ensuite « recueillir », « rassembler » au sens de réunir les êtres humains.

L’étude de l’homme par lui-même (anthropologues, médecins, philosophes) l’a conduit au fil du temps à admettre (à défaut de prouver) qu’il possède dans son psychisme une « zone » où s’enracine un questionnement métaphysique depuis l’origine de sa pensée (Pourquoi y a -t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi suis-je conscient ? Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? etc, etc). Cette réflexion a lentement induit l’idée d’une probabilité de « reliance » à une intelligence supérieure. Un lien primordial qui est devenu « un attribut essentiel, une qualité inhérente à notre nature », selon le philosophe-écrivain Benjamin CONSTANT. Les diverses religions seraient ainsi les résultats successifs du développement de ce fait premier. FREUD, athée notoire, avance pour sa part, la thèse de la « horde primitive » : les enfants du chef de tribu (dans l’antique Polynésie) l’ayant tué pour s’accaparer ses femmes, pris de remords, l’ont ensuite vénéré par le truchement d’un totem. Ainsi auraient été inventé Dieu, et les cultes, au fil du temps. Nous sommes là, d’évidence, dans le symbolique et le légendaire.

Quelle qu’en soit l’articulation exacte, le concept de religion relève donc bien d’un processus qui a pris forme avec la construction de la civilisation. On peut avancer qu’il s’est constitué sur une ou des peurs entraînant le respect et le devoir (crainte de la puissance et de la violence des éléments, pouvant indiquer un « existant fondamental » régissant l’univers et les hommes). Ledit processus a d’abord été constitué par des actes particuliers : adorations, rites, observances, règles, cérémonies, le tout assorti d’interdits qui ont débouché sur la notion de sacré. Les études occidentales (menées par les historiens des religions) soutiennent que la première religion serait l’animisme, qui aurait été suivi par le polythéisme, le monothéisme, et depuis le XIXème siècle, par l’hénothéisme, désignant un monothéisme « national » et relatif (à l’image des peuples primitifs qui adoraient le dieu de leur clan, sans exclure celui ou ceux des autres clans)

 Rappelons au passage que les pères fondateurs de la franc-maçonnerie ont eu le mérite de « mettre de côté » leur formation et exercice protestants, pour proposer aux premiers adhérents une religion naturelle, (ou loi naturelle) croyance fondée sur les données de la raison et de la conscience individuelle, sans le concours des églises. Ce concept d’un dieu personnel, totalement éloigné du « socle biblique », a évidemment été vite déconsidéré par les courants théologiques…et les francs-maçons, qui ont installé au gré des loges, une franc-maçonnerie chrétienne. Aujourd’hui, les notions de « Grand Architecte de l’Univers » ou de « principe créateur » ne sont de fait guère éloignés de cette religion naturelle – largement oubliée comme leurs initiateurs! – quand elles sont proposés comme symboles à interpréter librement.

Croyance et foi

« Dieu », ce mot à la fois incomplet, flou, mais pratique pour désigner une entité supposée créatrice et aux commandes de l’univers et de l’humanité, ce mot implique dès sa prononciation, la croyance. Croyance directe en cette entité ou indirecte par le biais d’une religion. Dès lors, que veut dire « croire en Dieu » ? : c’est une expérience d’amour personnelle qui peut certes faire lever les yeux aux ciel, mais qui, de fait, conduit, par la transcendance, à ce que l’on a de plus profond en soi.

Si cette croyance passe par le « filtre religieux », et non plus par un Dieu personnel, croire c’est donc en l’occurrence, faire – comme PASCAL – la distinction entre le cœur et la raison (à la différence de la religion naturelle). On peut ainsi dire que la religion est une double relation, d’une part à l’entité « Dieu », d’autre part, à un groupe religieux. Il est intéressant de considérer ces groupes et leur répartition en France et dans le monde.

Si l’on retient que l’homme éprouve un besoin de croire, on peut se demander aussi s’il a besoin d’une religion. Une réponse nous est donnée par les statistiques : en France, il y a 45 millions de catholiques (76% des français), pour 4 millions 200 000 musulmans (7,1 %), 1million de protestants (1,7%), 525 000 juifs (0,8%), 150 000 orthodoxes (0,2%), 150 000 divers (0,2%) et quelques 8 millions d’athées (14%). Le bouddhisme, qui n’est pas une religion, mais plutôt une philosophie, compte 600 000 adeptes. Dans le monde, le christianisme est majoritaire sur quatre continents et l’islam l’est en Asie. Un habitant de la planète sur trois est chrétien, mais pour la première fois dans l’histoire les musulmans (1 milliard 207 millions) dépassent les catholiques (1milliard 67 millions). Les athées et agnostiques représentent aujourd’hui 1/5ème de l’humanité.

Ces chiffres posent d’eux-mêmes une autre question : peut-on, comme le prétendent les athées, éliminer Dieu de sa vie, ou son concept même ? C’est bien difficile en France, où nous baignons depuis deux mille ans dans une culture judéo-chrétienne, dont les signes à type de clochers d’église ou de saints et de jours fériés sur le calendrier, ne sont pas les moindres ! C’est bien difficile aussi en maçonnerie, où il en est sans cesse question, preuve que le « fait déiste » est fondamental.

Attention : croyance ne veut pas dire foi. Si 45 millions de français s’annoncent catholiques, ils le sont, comme beaucoup le formulent, « par formation ». C’est à dire qu’ils sont baptisés, qu’ils ont fait leur communion solennelle, mais ont abandonnés l’église ! (Une église de France mal en point, précisons-le, constituée de 25 000 prêtres actuellement, et qui en a perdu autant en 30 ans !).

Celui qui a la foi, en revanche, – c’est valable pour tout culte – n’est pas « statique ». Il pratique sa religion avec dévotion, (respect des exigences du rite, instruction religieuse, assistance aux offices) et en se livrant éventuellement au prosélytisme. La passion l’anime et comme toute passion, elle est exclusive. L’important est qu’elle ne devienne pas excessive et n’emporte pas l’individu dans le fanatisme.

Problème posé

 Deux grandes questions se posent à propos de la laïcité.

1) Quels en sont les principes fondamentaux

  • Comment garantir l’épanouissement de la liberté de conscience et d’expression des convictions individuelles et communautaires dans le respect des principes généraux d’une société démocratique et laïque.

1. Les principes fondamentaux de la laïcité

La laïcité, nous l’avons vu ci-dessus, ne signifie pas une entreprise républicaine « contre la religion », mais au contraire la possibilité, pour les croyants, de pratiquer la leur en toute liberté, dans un contexte privé. Partant, non seulement la laïcité n’interdit pas la religion, mais elle en préserve l’existence. Tout comme, de la même façon, la laïcité doit préserver les non-croyants et agnostiques, de toute ingérence de la religion dans la vie civile.

Jusqu’à la fin du XXème siècle, la République et les Eglises séparées, ont de la sorte fait « bon ménage », l’une n’empiétant pas sur les prérogatives des autres, et inversement. En 2003, nous n’en sommes plus toutefois, au seul principe de cette séparation « consensuelle » de l’Eglise et de l’Etat.

Il n’est pas étonnant que les gouvernements consultent la Franc-maçonnerie. C’est toujours une sage mesure que demander des avis et de l’aide aux sociétés de pensées devant des circonstances nouvelles, telle, précisément que la laïcité.

Si nous sommes consultés, c’est qu’effectivement quelque chose a changé, que quelque chose ne va plus, dans le domaine des religions. Ne nous le cachons pas, parlons directement, ce « quelque chose », c’est l’activité hexagonale de la religion islamique. L’islam, deuxième religion en France, nous venons de le dire, s’y distingue maintenant par les actions néfastes d’une frange arrogante de ses effectifs.

Le militantisme de cette dernière se traduit par un développement inquiétant de réseaux, le ton agressif de nombre de ses prédicateurs, le climat conflictuel entretenu par ses leaders prosélytes, aussi bien contre l’Etat français que les autres religions. Sans oublier le problème permanent engendré, notamment, par le port du « foulard islamique », qui empoisonne littéralement la vie scolaire, dans un nombre important d’établissements. On ne peut d’ailleurs qu’être étonné par la faiblesse des gouvernements successifs sur ce sujet : Les suites de compromissions auxquelles on assiste autour de ce foulard, ne font qu’entretenir le foyer allumé au lieu de l’éteindre !

L’intrusion du religieux dans le laïque met ainsi la République, non seulement en difficulté, mais en danger : Il y a confusion des droits individuels avec les Droits de l’Homme. Il n’est donc plus question de tolérance mais d’intolérable ! Du coup, le problème religieux ne peut plus être traité comme relevant de la sphère privée. Il convient alors de faire barrage aux pressions, et pour cela, engager un véritable combat. Car c’est bien d’une nouvelle guerre de religions dont il s’agit, avec devant soi un fondamentalisme qui, en devenant politique, va jusqu’à l’assassinat en déclenchant des attentats terroristes, partout dans le monde.

La franc-maçonnerie doit-elle s’engager dans un tel combat ? Et si elle le fait, que signifierait son engagement ? Sa seule arme, qui est aussi son outil, est la parole. La laïcité s’apprenant d’abord à l’école, c’est donc sur ce lieu même que, en tant que force de proposition, la maçonnerie peut judicieusement conseiller une action d’information à mener. Avec l’enseignement des principes fondamentaux de la laïcité (où, mieux qu’à l’école, s’apprennent les principes fondamentaux d’une matière ?!). Avec la généralisation de l’instruction civique (autrement dit son retour !) pour connaître ce que sont République, démocratie, droits et devoirs. Avec enfin, cela tombe sous le sens, l’interdiction formelle du port d’insignes religieux, quels qu’ils soient. Donc un interdit sans compromis.

A conseiller également, dans le cadre de l’école laïque et de la laïcité (comprenant les universités) : un apprentissage « contrôlé » de l’histoire des religions. Si ce savoir est nécessaire, dans la mesure où le fait religieux semble relever de caractéristiques anthropologiques, il ne doit pas toutefois se substituer à la religion, et devenir en soi un cours d’instruction religieuse. La substitution a pu être vérifiée. C’est bien pourquoi, j’opte en ce qui me concerne pour la prudence en matière de diffusion des thèses universitaires sur ce sujet qui, par essence, ne sont pas forcément porteuses de laïcité, en première intention. Quant à celles qui le sont, elles éludent trop souvent « la montée intégriste » et ses causes, plus importantes à analyser pourtant, que la désaffection actuelle (ca peut changer) des français pour la religion. Il est clair en effet, que si les clergés voulaient tout simplement « réenchanter le religieux » avec un discours actualisé, réaliste (en phase avec la modernité) et non-culpabilisant (débarrassé de la notion de faute et de rachat de la mort du Christ) les églises retrouveraient leurs fidèles.

2. Garantir l’épanouissement de la liberté de conscience

Il apparaît au quotidien que dans un pays comme le nôtre, de tradition majoritaire « catholique bon enfant », c’est à dire de pratique tranquille, non assidue mais très tolérante pour les autres religions, la tentative d’auto-imposition de l’une d’elles dans la vie sociétale, est très mal ressentie. D’autant que Dieu est ici un alibi ! Ce « donné à voir » féminin, par le truchement d’un élément vestimentaire particulier qu’est le foulard islamique (plus exactement un voile) est assimilé à un passage en force, et constitue en soi une « violence désarmante ».

La manœuvre est essentiellement politique, je le répète, dans la manipulation même des jeunes filles, transformées en « femmes-sandwichs ». La réaction ne peut donc être que politique. On voit bien que tous les essais de règlement du problème par les voies humanistes (douceur, apprivoisement, sentimentalisme) ne fonctionnent pas. Pourquoi ? Parce que l’humanisme est une morale : il ne peut régler les problèmes sociaux. L’humanisme ne peut tenir lieu de politique. C’est donc précisément « le politique », ici opposé au « politique » d’une autre rive, qui doit régler le problème.

On peut comprendre notre gouvernement quand il nous approche pour, sinon régler le problème, demander notre avis. Notre lieu de rencontre, où cohabite en fraternité souriante devant le symbole en partage, le chrétien et l’athée, le juif et le maghrébin, l’arménien et le turc, etc. La Franc-maçonnerie est précisément symbolique de l’entente, de l’harmonie possible, sans provocation ni négation de l’autre.

La question à nous posée trouve sa réponse dans notre temple même : l’épanouissement de la liberté de conscience et d’expression des convictions individuelles, y est garanti. Oui, garanti, pour la bonne raison évidente, qu’il n’y a pas d’enjeux. La loge maçonnique, parenthèse dans la vie sociale, n’est pas une banque, encore moins un puits de pétrole ! Comme dit notre frère GOETHE : « Qu’est-ce qui est plus brillant que l’or : la parole échangée ! ». C’est là tout notre secret. Et toute notre réussite, dans le rapprochement désintéressé des hommes.

A l’heure où, dans certains lieux, la politique est devenue religion, avec toutes ses conséquences dramatiques, le monde peut être étonné qu’il demeure avec notre mouvement cet oasis de paix, cette station-service où l’on vient chaque quinzaine faire le plein d’amour, où tous les dieux sont admis, où l’étoile de David, le croissant, la croix, se fondent en un seul symbole du travail en commun : le tablier maçonnique !

Alors, puisque nous sommes « un modèle social », étonnons-le davantage encore ce monde, notre monde, en nous y ouvrant toujours plus. Il est certain que nous devrions être en France 1 million d’hommes et de femmes ceints de ce tablier fédérateur, et non pas 150 000 seulement, si nous ne stagnions pas à plaisir dans un secret aujourd’hui discutable, pour ne pas dire dépassé !

Il ne manque pas de donner de notre mouvement une image de « machine mystérieuse et compliquée » qui n’incite pas forcément à l’approcher et à la connaître. C’est une opinion personnelle, elle-même discutable !

Telle que la seconde question nous est posée, avec le développement qui la suit, on pourrait croire qu’il nous demandé de voler au secours des religions qui peinent à se faire mentionner dans la Constitution européenne ! Certes, il clair que si les croyances se sont diluées, si nombre d’individus ont perdu leur « foi active » au profit d’un « arrangement personnel » avec une spiritualité déiste ou laïque, le fait religieux ne peut être balayé d’un revers de main.

La religion est utile, qu’elle soit appréhendée comme moteur ou simple « consolatum » de la condition humaine. Priver l’homme de religion serait l’amputer, le priver de lui-même, avancent certains théologiens et philosophes. Mais alors, on peut aussi avancer que priver l’homme de Franc-maçonnerie, serait le priver de liberté tout court ! Pourquoi ne serait-elle pas inscrite, elle aussi, dans la Constitution en cause, comme organisme d’utilité publique ?! Je pose la question. Bref, à l’époque de la communication tous azimuts, le message qui s’impose à nous est : mettons-nous en lumière !

Pour cela, multiplions les opérations de « loges portes ouvertes ». Organisons encore des colloques, comme ceux sur « la Dignité », entre autres qui furent une réussite. Pourquoi pas un prochain symposium maçonnique, précisément, sur « la laïcité »? Nous répondrions ainsi à la fois à l’invitation du gouvernement à l’aider, et aux provocations religieuses malvenues.

Il faut se distinguer, propose le Saint-Siège. Le propos est ambigu. Se distinguer, qu’est ce à dire ? Si la religion catholique entend par là, dominer les autres religions, c’est une catastrophe et la guerre sainte officiellement annoncée par l’une d’elle. Si se distinguer, c’est rechercher au contraire le dialogue avec les autres, francs-maçons compris, alors oui, nous sommes preneurs ! Il fut un sombre temps où l’Etat et la religion catholique pourchassaient les maçons. Aujourd’hui, semble venir enfin, celui du rapprochement. On a besoin de nous. Qui s’en plaindrait ?! Il vaut mieux avancer les uns vers les autres les mains ouvertes que les poings fermés.

« La grande révolution dans l’histoire de l’homme, passée, présente, future, est la révolution de ceux qui sont résolus à être libres » (J.F. KENNEDY)

La franc-maçonnerie, laboratoire de l’idée européenne

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Du site canal-u.tv – Présenté par Pierre Yves Beaurepaire

Depuis 3 siècles, la franc-maçonnerie nourrit tous les fantasmes, à coup de centaines d’ouvrages, de milliers d’articles aux titres plus racoleurs les uns que les autres. Pourtant, elle est aussi objet d’histoire et il est très difficile de comprendre le projet à la fois cosmopolite, pacifiste et humanitaire du 18ème siècle, du siècle des lumières, sans prendre en compte la franc-maçonnerie.

Il est nécessaire de l’étudier en historien, à partir des sources et des archives de la franc-maçonnerie pour comprendre l’extraordinaire essor qu’elle a connu au 18ème siècle, malgré les répressions et les obstacles ; et ainsi comprendre comment elle a réussi à porter un projet à la fois cosmopolite, aristocratique et mondain, qui a été véritablement le laboratoire de la conscience européenne.

30/03/24 : « Les rites en Amérique », LA conférence internationale sur la franc-maçonnerie à l’Université de Californie, Berkeley (USA)

La 12e Conférence internationale sur la franc-maçonnerie revient sur le campus de l’Université de Californie à Berkeley le 30 mars 2024, avec pour thème « Les rites en Amérique ».

Cet événement annuel passionnant et instructif rassemble des chercheurs et des universitaires d’un large éventail de disciplines pour présenter de nouvelles recherches sur des sujets d’intérêt pour les francs-maçons.

Le thème de cette année, « Les rites en Amérique », examine les innombrables formes et itérations de la maçonnerie qui ont vu le jour de ce côté-ci du Pacifique, souvent dans le contexte particulier des communautés d’immigrants ou d’autres mouvements sociaux plus vastes.

Susan Sommers.

Selon Susan Sommers, organisatrice de l’événement et professeur d’histoire au St. Vincent College, « la franc-maçonnerie est l’une des sociétés fraternelles et initiatiques les plus anciennes et les plus prospères du monde occidental. Malgré sa réputation de secret, elle est bien connue et bien documentée ».

Les différents groupes maçonniques et quasi-maçonniques qui se sont formés dans les Amériques se sont souvent appuyés sur le cadre rituel de la franc-maçonnerie tout en y ajoutant leurs propres caractéristiques.

« Pourquoi réinventer les roues quand on peut simplement changer les enjoliveurs ? » Au fil des siècles, surtout depuis 1750, les francs-maçons ont ajouté, modifié et inventé des ordres, des rites et des rituels avec un abandon presque sauvage, tout en affirmant que les repères sont immuables, et ce depuis Adam.

Les intervenants

Jonathan Awtrey, Professeur assistant invité, Université de Fairfield

« Moses Michael Hays et la franc-maçonnerie en Amérique du Nord britannique

Résumé de la présentation : L’adhésion des juifs à la franc-maçonnerie nord-américaine a atteint son apogée après 1768, principalement grâce aux efforts d’un maçon juif, Moses Michael Hays, qui a joué un rôle essentiel dans la création de loges à New York, Newport, Boston et Philadelphie. La participation des Juifs à la maçonnerie, qui met l’accent sur l’égalité et l’émancipation, intervient au moment où l’activisme politique juif est à son apogée en Amérique du Nord britannique. Les rites et rituels publics de la franc-maçonnerie ont également aidé les Américains juifs dans leurs efforts pour se forger une image publique de leaders communautaires. Pour les activistes juifs qui militaient en faveur de l’acceptation sociale, de la liberté religieuse et de l’émancipation, la franc-maçonnerie a joué un rôle important de pierre de touche culturelle à cette fin.

Biographie du conférencier : Jonathan Awtrey est professeur adjoint invité au département d’histoire de l’université de Fairfield, où il donne des cours sur la révolution américaine, les débuts de l’Amérique et l’histoire mondiale. Les travaux du professeur Awtrey portent sur les migrants juifs en Amérique du Nord et montrent les méthodes culturelles pratiques par lesquelles les Juifs ont élargi les frontières de la liberté religieuse. Des bourses et des subventions de recherche de la LSU, de l’American Jewish Historical Society, des American Jewish Archives, de la Southeastern American Society for Eighteenth-Century Studies et de l’American Philosophical Society ont soutenu ses recherches et ses écrits.

Jesse David Chariton, Candidat au doctorat, Département d’histoire, Université d’État de l’Iowa

« Les Américains d’origine allemande et le baptême maçonnique dans les États-Unis de l’époque Antebellum »

Résumé de la présentation : En 1859, la Grande Loge de l’État du Wisconsin a suspendu la charte de la Concordia Lodge, qui s’était formée seulement deux ans auparavant et était composée d’immigrants germano-américains, après que cette loge ait tenu une réunion spéciale appelée « Loge des sœurs » au cours de laquelle elle a conféré un rite de baptême aux fils de ses membres, en présence de leurs épouses et de leurs enfants. Les membres de Concordia ont fait valoir que le baptême était une pratique normale dans les loges européennes. Cet épisode illustre un chapitre intéressant de l’histoire de l’immigration allemande aux États-Unis, où les Américains d’origine allemande ont participé activement à des associations bénévoles religieuses et laïques afin de rétablir des liens culturels. Le cas de la Concordia Lodge montre que la participation à de telles organisations américaines était parfois un processus en plusieurs étapes.

Biographie du conférencier : Jesse David Chariton est doctorant au département d’histoire de l’université d’État de l’Iowa. Il est titulaire d’une licence en études archéologiques et en histoire de l’université du Wisconsin à La Crosse et d’une maîtrise en histoire de l’université d’État de Columbus. Spécialisé dans l’histoire américaine du XIXe siècle, Chariton étudie l’immigration, la race et l’ethnicité sous l’angle de la religion et des associations bénévoles. Il a récemment présenté ses recherches à l’American Academy of Religion, à la Lutheran Historical Conference et à la Society for German American Studies, qui l’a soutenu en lui attribuant une bourse de recherche Albert Bernhardt Faust.

Robert A. Gross, Professeur émérite d’histoire des débuts de l’Amérique, Université du Connecticut

« Fermée et de retour ! Comment une loge a surmonté l’antimaçonnisme et regagné une place dans la vie publique ».

Résumé de la présentation : La Corinthian Lodge of Freemasons a occupé une place prépondérante dans la vie publique de Concord, Massachusetts, depuis sa création en 1798 jusqu’au début des années 1830. Mais le mouvement antimaçonnique s’est enflammé au début des années 1830, inspirant un mouvement populiste qui a brisé le consensus politique, déstabilisé une élite bien établie et contraint la loge à ne tenir que des réunions sporadiques jusqu’en 1845 et à n’introniser que peu de membres. Puis, en janvier 1845, les réunions régulières ont repris sans opposition et se sont poursuivies jusqu’à aujourd’hui. Comment les francs-maçons de Concord sont-ils revenus et comment ont-ils évité un renouveau de l’antimaçonnisme ? La fraternité a-t-elle modifié ses politiques pour rassurer un public méfiant ? Ou bien la société dans son ensemble avait-elle changé de manière à atténuer les inquiétudes concernant la loge ? Dans cet exemple, nous voyons une étude de cas de ce que c’était que d’être « annulé » dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre – et comment il était possible de revenir.

Biographie du conférencier : Robert A. Gross est le James L. and Shirley A. Draper Professor of Early American History Emeritus à l’université du Connecticut. Spécialiste de l’histoire sociale et culturelle des États-Unis, de la Révolution à la guerre civile, M. Gross s’intéresse particulièrement à la Nouvelle-Angleterre. Son premier livre, The Minutemen and Their World (1976), a reçu le prix Bancroft d’histoire américaine en 1977 ; il a été réédité dans une édition du 25e anniversaire en 2001. Une édition révisée et augmentée est parue en 2022 chez Picador Books, en commémoration du 250e anniversaire de la révolution américaine. Le dernier livre du professeur Gross est The Transcendentalists and Their World (Farrar, Straus & Giroux, 2021), choisi par le Wall Street Journal comme l’un des 10 meilleurs livres de 2021. Le professeur Gross a également joué un rôle actif dans le développement du domaine interdisciplinaire connu sous le nom d’histoire du livre. Ancien directeur du programme d’histoire du livre dans la culture américaine à l’American Antiquarian Society, il a coédité avec Mary Kelley An Extensive Republic : Print, Culture, and Society in the New Nation, 1790-1840 (2010), deuxième volume de la série A History of the Book in American Culture. Il a également enseigné au Amherst College, à William and Mary, à Brandeis et à Brown. Actif dans les organisations historiques, le professeur Gross est administrateur du Concord Museum et directeur de la Thoreau Society of America ; il a également siégé aux conseils de l’American Antiquarian Society et de la Colonial Society of Massachusetts. Il vit à Concord depuis 2014.

Alexander Towey, Chargé de cours, département d’histoire, California State University, San Marcos

« Ebb & Flow : L’ascension, le déclin et la renaissance de la franc-maçonnerie dans la société américaine ».

Résumé de la présentation : Au cours des années 1960, les clubs de service aux États-Unis, dont les francs-maçons, ont commencé à diminuer le nombre de leurs membres. D’éminents chercheurs ont tenté de comprendre pourquoi les Américains ont décidé de ne pas adhérer à ces divers clubs sociaux, en se concentrant principalement sur des facteurs externes, notamment l’évolution de la géographie des communautés et un changement dans les modèles de sociabilité plus larges. Pratiquement aucun n’a examiné comment les francs-maçons eux-mêmes ont changé en réponse à ces forces extérieures. Les recherches de Towey portent sur la façon dont les loges maçonniques ont réagi au cours du XXe siècle, depuis les périodes d’essor qui ont suivi les deux guerres mondiales jusqu’à l’accent mis plus tard sur la qualité plutôt que sur la quantité et sur l’importance croissante accordée à la philosophie, à l’éducation et au symbolisme maçonniques.

Biographie du conférencier : Alex Towey est professeur d’histoire des États-Unis à l’université d’État de Californie à San Marcos. Son principal domaine d’étude est l’histoire des États-Unis, les organisations fraternelles, la franc-maçonnerie et leur impact sur la société. Son dernier ouvrage, « The Rise, Decline, and Renaissance of Freemasonry in the United States during the 20th and 21st Century » (2022), a été publié par The Philalethes Society. Towey est le lauréat du prix de littérature 2022 de la Philalethes Society. D’autres de ses recherches, notamment « Freemasonry and the Middle East » (2014) et « The Chinon Parchment » (2015) ont été publiées dans Living Stones Magazine. Towey est franc-maçon depuis 2006.

Dr. María Eugenia Vázquez Semadeni

La franc-maçonnerie mexicaine : Le Rite national mexicain ».

Résumé de la présentation : Dans les années 1820, le Mexique a obtenu son indépendance et est rapidement passé d’une monarchie à une république. Les rites maçonniques York et Écossais au Mexique ont été profondément impliqués dans cette transformation et ont joué le rôle de partis politiques. Mais en 1825, un petit groupe fonde un troisième ordre maçonnique : le Rito Nacional Mexicano, ou RNM, pour « préserver » les « vraies » valeurs fraternelles et rationnelles de la franc-maçonnerie et la tenir à l’écart des luttes politiques. Paradoxalement, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, le Rite national est devenu le principal outil politique des libéraux mexicains. Dans les années 1860 et 70, le rite avait modifié son discours, ses rituels et ses pratiques internes pour « séculariser » la franc-maçonnerie et contribuer ainsi à la sécularisation de la société mexicaine. Il utilise la constitution mexicaine au lieu de la Bible à l’autel ; il abandonne l’exigence de la foi en un Être suprême (sept ans avant que le Grand Orient de France ne fasse de même) ; il change la liturgie de ses degrés ; et il admet les femmes. Même si l’utilité de la maçonnerie en tant qu’outil politique a diminué après la révolution, la RNM est restée un véhicule de transformation sociale et culturelle, œuvrant pour « le triomphe de la vérité et le progrès de la race humaine ».

Biographie de l’orateur : María Eugenia Vázquez Semadeni est historienne, auteur et spécialiste de la franc-maçonnerie mexicaine, de l’histoire politique du Mexique et du parlementarisme hispano-américain. Elle est coauteur, avec Margaret Jacob, de Freemasonry and Civil Society : Europe and the Americas (2023, Peter Lang). Après avoir obtenu son doctorat et sa maîtrise en histoire au El Colegio de Michoacán, elle a été professeure invitée et professeure adjointe au département d’histoire de l’UCLA de 2011 à 2016. En 2014, elle a reçu le titre de professeur invité Tinker à l’université de Stanford. Ses recherches portent sur la franc-maçonnerie, la culture politique, les langues républicaines, la formation de la société civile laïque et les partis politiques du Mexique des XIXe et XXe siècles. Elle est également membre du Centro de Estudios Históricos de la Masonería Española et du Centro de Estudios Históricos de la Masonería Latinoamericana y Caribeña.

S. Brent Morris

« Le Rite Écossais Rectifié ».

Résumé de la présentation : Robert Benjamin et la plus ancienne version en langue anglaise du Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte – alias le Rite Écossais Rectifié.

Biographie du conférencier : Brent Morris a pris sa retraite en 2021 en tant que rédacteur en chef du Scottish Rite Journal, le magazine maçonnique le plus diffusé au monde, et en 2020 en tant que rédacteur en chef fondateur de Heredom, les transactions de la Scottish Rite Research Society. Auparavant, il a travaillé comme mathématicien et informaticien pendant vingt-cinq ans, en tant que gouverneur de la Mathematical Association of America et Distinguished Lecturer de l’Association of Computing Machinery. Il a donné des conférences dans plus de 100 universités américaines, ainsi qu’au Magic Circle et à la Worshipful Livery of Makers of Playing Cards à Londres. Il a publié deux brevets, huit documents techniques, un livre sur les mathématiques du mélange des cartes, The Complete Idiot’s Guide to Freemasonry, et plus de 50 livres sur la franc-maçonnerie.

Pour s’inscrire, c’est ICI.

Infos pratiques

La 12e Conférence internationale sur la franc-maçonnerie revient sur le campus de l’Université de Californie à Berkeley le 30 mars 2024. Entrée : 30 $ ; déjeuner facultatif : 20 $

Source : Grande Loge de Californie

Université de Berkeley, bâtiment inscrit aux monuments historiques de Californie.
La Doe Library, bibliothèque principale du campus.

« Le Nom de la Rose » en BD… Tout un labyrinthe de mystères !

Présentons, dans un premier temps, Milo Manara, auteur et dessinateur italien de bande dessinée, né le 12 septembre 1945. Connu pour son talent dans l’illustration érotique, Manara a su se distinguer par un style artistique reconnaissable, caractérisé par un trait sensuel et des compositions soignées.

Sa carrière débute dans les années 1960, mais c’est dans les années 1970 qu’il se fait connaître avec des œuvres telles que Le Déclic et Le Parfum de l’invisible. Ces bandes dessinées, souvent teintées d’érotisme, explorent la sexualité et les relations humaines avec une approche à la fois audacieuse et esthétique.

Manara a également collaboré avec des auteurs de renom comme Hugo Pratt, avec qui il a créé El Gaucho, une œuvre mêlant aventure et histoire. Son travail ne se limite pas à l’érotisme ; il a exploré divers genres, y compris le fantastique et l’aventure, toujours avec son style distinctif.

Milo Manara, en 2015.

Au fil des années, Manara est devenu une figure emblématique de la bande dessinée italienne et européenne. Sa capacité à mêler art et érotisme avec une finesse narrative et graphique lui a valu une renommée internationale. Ses œuvres ont souvent suscité des débats sur la frontière entre l’art et la provocation, mais elles restent incontestablement une part importante du paysage de la bande dessinée contemporaine. En septembre 2023 est publié, en bande dessinée, Le Nom de la Rose, roman de l’écrivain italien Umberto Eco, auteur originel, publié pour la première fois en 1980. Ce livre est un mélange unique de fiction historique, de mystère policier, et de réflexion philosophique et sémiotique. L’histoire se déroule en 1327 dans une abbaye bénédictine italienne, où des moines meurent dans des circonstances mystérieuses…

Umberto Eco, en 1984.

Revenons à Umberto Eco (1932-2016), écrivain, philosophe, sémiologue – la sémiologie étant l’étude des signes – et universitaire italien. Il est surtout connu pour ses romans, notamment Il nome della rosa (1980), en français, Le Nom de la Rose (Grasset, 1980) et Le Pendule de Foucault (1988), qui allient érudition, intrigue complexe et exploration des signes et symboles dans la culture.

Le film.

Le roman policier médiéval Le Nom de la Rose se déroule dans une abbaye italienne, où le moine franciscain Guillaume de Baskerville enquête sur une série de morts mystérieuses. Le livre a été adapté au cinéma en 1986 sous le même titre par Jean-Jacques Annaud, avec Sean Connery et Christian Slater. Une autre adaptation, une mini-série de huit épisodes, a été créée en 2019 par Giacomo Battiato, avec John Turturro, Rupert Everett et Michael Emerson.

Sean Connery – Source Allo Ciné.

Le Nom de la Rose mélange habilement fiction, philosophie, et analyse sémiotique, reflétant l’intérêt profond d’Eco pour le Moyen Âge et la théorie des signes.

Eco était également un universitaire renommé, ayant écrit de nombreux essais sur la sémiotique, l’esthétique médiévale, la linguistique, et la philosophie. Son livre L’Œuvre ouverte (1962) et son essai Apocalittici e integrati (1964) sont considérés comme des textes fondamentaux dans le domaine de la culture moderne.

Son travail a eu un impact considérable non seulement dans le domaine littéraire, mais aussi dans les études culturelles et la théorie de la communication. Eco était connu pour sa capacité à transmettre des concepts complexes avec clarté et humour, rendant ses idées accessibles à un large public. Son héritage perdure à travers ses écrits influents et ses contributions significatives à la littérature et à la pensée contemporaines.

La signature d’Umberto Eco.

Umberto Eco a reçu plusieurs prix et distinctions au cours de sa carrière. Notamment, le Prix Strega (1981), le plus important prix littéraire italien, pour Le Nom de la Rose et le Prix Médicis étranger (1982), qui est la catégorie du prix Médicis destinée aux œuvres traduites en français, toujours pour Le Nom de la Rose. Ainsi que le Prix Prince des Asturies, catégorie « Communication et Humanités « (2000), le plus prestigieux prix espagnol, décerné en reconnaissance de ses contributions significatives dans le domaine de la communication et des sciences humaines. Il est aussi docteur honoris causa de diverses universités à travers le monde.

En 2001, un timbre du Collège de Pataphysique est dédié au Satrape Umberto Eco. Pour mémoire, la pataphysique est la science des solutions imaginaires, qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualité.

La BD en elle-même est un reflet fidèle du roman qui mêle intrigue policière, érudition historique et réflexion philosophique.

L’histoire se déroule en 1327 dans une abbaye bénédictine du nord de l’Italie. L’abbaye, un centre intellectuel et religieux important, abrite une vaste et mystérieuse bibliothèque.

Guillaume de Baskerville est un moine franciscain intelligent et perspicace, ancien inquisiteur.   Quant à Adso de Melk, il est ce jeune novice qui accompagne Guillaume et sert de narrateur à l’histoire.

Castel del Monte, Italie, décor du film de Jean-jacques Annaud.

Une très mystérieuse intrigue…

Guillaume et Adso arrivent à l’abbaye pour participer à un débat sur la pauvreté du Christ. Peu après leur arrivée, un moine est retrouvé mort dans des circonstances suspectes. L’abbé de l’abbaye demande à Guillaume d’enquêter sur cette mort. D’autres meurtres suivent, chacun semblant être inspiré par des prédictions apocalyptiques. Guillaume utilise ses compétences en logique et en sémiotique pour enquêter sur les meurtres, avec l’aide d’Adso.

Bibliothèque et labyrinthe, deux lieux très étranges

La bibliothèque de l’abbaye, un labyrinthe complexe accessible à très peu de moines, est au cœur de l’énigme. Guillaume soupçonne que les meurtres sont liés à certains livres de la bibliothèque.

Quid de la thématique ? Philosophique et théologique ?

Le roman explore des thèmes tels que la foi, la raison, l’hérésie, le rôle de la connaissance et le pouvoir de l’Église. Des débats théologiques sur la pauvreté du Christ et l’autorité de l’Église sont entrelacés avec l’intrigue principale.

Le dénouement, ou les conclusions de l’enquête… Menée de main de maître !

Finalement, Guillaume découvre que les meurtres sont liés à un livre perdu d’Aristote sur la comédie, que le bibliothécaire de l’abbaye a cherché à cacher, croyant que son contenu pourrait inciter au rire et à l’hérésie. Et l’abbaye d’être finalement dévastée par un incendie, symbolisant la perte de connaissances et l’éphémère nature de la vérité.

Et à la fin…

Le Roman de la Rose se termine avec Adso, devenu vieux, méditant sur les événements passés et la nature éphémère de la connaissance et de la vérité.

Nous avons tout particulièrement apprécié le fait que la BD soit fidèle au livre original et dessinée avec maestria, offrant une reconstitution remarquable de l’œuvre originale.

Umberto Eco en 2007.

Une fidélité narrative car, au-delà du scénario, c’est vraiment l’esprit du livre original que nous retrouvons avec le respect de l’intrigue principale, des sous-intrigues, des personnages, des différents développements et des dialogues clés. Nous y retrouvons tous Les moments emblématiques du livre qui sont, ici aussi, capturés avec précision, conservant l’intensité émotionnelle et les points de tension narratifs. Le dessinateur, véritable artiste, a excellé dans la reconstitution des décors, des costumes et des objets de l’époque, en accord avec les descriptions du livre. Nous avons tout autant aimé, nécessitant sûrement une recherche approfondie et une attention méticuleuse, les détails historiques et culturels assurant ainsi toute l’authenticité visuelle.

Enfin, la mise en page de la BD reflète le rythme de l’histoire et nous situe en son cœur ! Avec de très belles planches dynamiques et fluides.

Pour conclure, avec cette adaptation fidèle et artistiquement riche, offrant aux lecteurs une expérience visuelle immersive qui complète et enrichit l’expérience de lecture du livre original, nous dirions que cette BD est de la belle ouvrage ! Nous restons dans l’attente du plaisir de lire le livre second.

Le Nom de la Rose-Livre premier

Milo Manara – Umberto EcoGlénat, 2023, 72 pages, 17, 50 € Format Kindle 12,99 €

Le mot du mois : « Réserve »

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Droit ou devoir de réserve ?

Il s’agit toujours de faire attention. Le très ancien sémantisme *wer-/*swer- signifie diriger sa vue sur, surveiller. Les aléas phonétiques, très complexes, offrent une palette variée de mots grecs ou latins. Panorama, pylore. Et surtout le vaste champ latin de la vérité, crainte religieuse, respect. Tout ce qui est avéré, véridique, vérifiable, vrai, et leurs avatars lexicaux.

L’espace en est d’autant plus développé qu’il se combine avec un autre sémantisme proche, peut-être issu des Etrusques, *servus, initialement le gardien de troupeau, puis l’esclave serf auquel est confiée une telle tâche. Gardien de la porte qui voit tout, donc concierge. Esclave, donc asservi.

Une alliance lexicale aussi avec *servare,garder, diversement préfixé.

On conserve, observe, préserve, réserve.

Les divers parlers germaniques utilisent le même sémantisme sous la forme *war-/ward-. D’où sont issus la garantie, la garde,la gare, le lapin de garenne, la garnison. Et aussi tout ce qui relève de la guérison, des égards envers autrui.

En somme, le regard sur le monde alentour, l’attention soutenue.

La phonétique historique réserve toujours bien des surprises pour le lecteur contemporain !

Alors droit ou devoir de réserve ?

La question mérite d’être posée, surtout dans nos sociétés de délitement démocratique et d’individualisme forcené, où chacun y va de son commentaire, de sa dénonciation, de sa hargne physique et verbale. Sociétés du tac-au-tac, sans attention ni prévention.

Qui, en privé ou en public, prend vraiment le temps de la réserve avant de s’emparer de la parole ? « Je réserve mon commentaire, mon jugement « , c’est-à-dire je reste sur mon quant-à-moi, je revendique le droit de ne pas savoir, le droit de me taire, de ne pas me prononcer sur un sujet qui n’est pas de mon ressort, dont je ne maîtrise pas les tenants et les aboutissants.

Ce droit à la discrétion s’assortit du devoir de réserve imposé déontologiquement aux fonctionnaires, aux commis de l’Etat, qui suppose le respect, de l’intimité, de la chose publique, des décisions confidentielles utiles au bien commun, en refusant le déballage et l’indécence médiatiques.

C’est ainsi que se constitue une salutaire réserve, de réflexions, d’arguments, de nourritures du corps comme de l’esprit.

De souffle et de respiration, comme cette outre en vessie animale à réserve d’air, ancêtre de la cornemuse.

Au chapitre des étranges réserves, on ne saurait se priver du plaisir d’évoquer Saparmyrat Niyazov (1940-2006), éminent despote au panthéon des délirants de tout poil, qui promulguait sans frein les interdits qui frappaient le Turkménistan : interdit de porter des dents en or, de doubler les films étrangers, de fréquenter toute bibliothèque, entre nombre d’autres aussi excentriques. Il allait jusqu’à proscrire l’emploi du mot « vieux », puisque selon lui, dès 61 ans, on entre dans « l’âge prophétique » et, à 73 ans, dans l’âge « inspiré ». Mais il manqua sûrement d’air puisqu’il mourut à 66 ans, non sans avoir résolu d’installer une réserve de pingouins dans le désert du Karakum…

Annick DROGOU

Avec ou sans réserve ? Sous toute réserve en attendant d’apporter sa réponse définitive. Sur la réserve, en arrêt avant d’oser agir. Tout cela pourrait bien n’être qu’habileté, prudence de chat ou pusillanimité. Mais c’est toujours un empêchement provisoire qui porte en lui la méfiance, le soupçon.

Alors agissons sans réserve. Pourquoi toujours mettre des conditions, fixer des clauses restrictives ? Qu’avons-nous à perdre ? Tout à gagner, sans exclusion, ni exclusive. Sortez-moi des réserves, dit l’œuvre d’art oubliée par le conservateur du musée. Bannissez les enfermements et les réserves d’Indiens, clament ceux qu’on exclut pour mieux les protéger.

Soyons définitivement courageux, sans le prétexte du devoir de réserve.

Mais pensons avec réserve. Comme avec crainte. La crainte, qui n’est pas la peur mais seulement la pudeur et le respect, la circonspection et la retenue. Avec réserve, pour ne pas être indiscret, pour ne pas être l’éléphant dans le magasin de porcelaine. C’est ce qu’on appelle le tact, toucher sans maltraiter. Et puis toujours réserver le meilleur, non pour le cacher mais pour bien le montrer, tant de réserves de bonté dont nous sommes les réservataires. Plus abondantes que les réserves de la Banque de France qu’il ne tient qu’à nous de partager.

Jean DUMONTEIL

Laurent Ridel enquête sur une sculpture mystérieuse

Du site de Laurent Ridel decoder-eglises-chateaux.fr

Mon plaisir dans les églises est d’arriver à identifier un personnage qui n’est pas légendé. Aujourd’hui je vous soumets un cas particulièrement retors à l’entrée de la cathédrale de Senlis (Oise). Ensuite, je vous demanderai votre aide car malheureusement, je ne sais pas tout. 

Sur le portail occidental de la cathédrale de Senlis, je n’arrivais pas à identifier le 3e personnage parmi ces statues-colonnes de part et d’autre de la porte.
Il s’agit à l’évidence d’un roi au regard de sa couronne. Il semble tenir une échelle. Mais dans le détail, on devine plutôt une colonnette sculptée. Regardez la base.  Sous la colonnette apparaissent deux animaux difficilement identifiables à cause de leur état dégradé. Tout au plus, on peut deviner des quadrupèdes.  Prise de Veies, enluminure du manuscrit Fr 365
Enfin, le bras droit du « roi » fait un geste indéfini, à cause de sa main amputée. Voici les indices pour avancer dans notre interprétation.  Heureusement, les personnages voisins sont plus facilement identifiables (du moins quand on a l’habitude) :  Eglise néogothique de Vimoutiers
– Au premier plan, saint Jean-Baptiste qui baptise Jésus à ses pieds (pas facile à deviner car cassé)– Aaron qui sacrifie un agneau, symbole du Christ– Au fond, Abraham qui s’apprête à sacrifier son fils avec une épée comme Dieu sacrifiera son fils. Leur point commun ? Ce sont tous des précurseurs du Christ, autrement dit des personnages bibliques qui préfigurent le Christ. Notre inconnu doit donc en être un.  Il y a deux précurseurs du Christ qui sont souvent représentés en roi : Salomon et David, rois d’Israël. Éliminons David, car il est de l’autre côté de la porte. On ne peut pas le représenter deux fois sur le même portail. Reste Salomon mais les attributs collent imparfaitement. Certes la colonne peut représenter la construction du temple de Jérusalem entreprise par lui. Mais en général, on représente le temple en entier. Enfin cette piste ne m’aide à comprendre les deux animaux sous la statue de Senlis.   Peut-on trouver ailleurs un personnage possédant comme attribut une colonne et un quadrupède ? Oui ! En parcourant mes photos, j’ai trouvé une statue ressemblante.
Elle se trouve sur le portail nord de la cathédrale de Chartres parmi 5 personnages. C’est l’homme au centre qui nous intéresse.  Cathédrale Saint-Patrick à New York (Wikimedia Commons)
Vous le connaissez tous et toutes. Il tient une tablette, symbole des Tables de la loi que Dieu lui a remises sur le mont Sinaï, les fameux Dix commandements. Il s’agit de Moïse. Nous tenons un suspect pour la statue-colonne de Senlis.  Tout s’agence ensuite. La mystérieuse colonnette sculptée renvoie en fait à un épisode du Livre des Nombres dans l’Ancien Testament : les Hébreux, lassés d’errer dans le désert, murmurent contre Dieu et leur guide Moïse. Dieu les punit en leur envoyant des serpents venimeux (dans l’Ancien Testament, Dieu est souvent ombrageux). Après de nombreux morts, le peuple se repent. Sur ordre divin, Moïse fait dresser un serpent d’airain au sommet d’une perche. Tous ceux qui avaient été mordus sont sauvés par un simple regard en direction du serpent d’airain. Ce détail d’un vitrail dans la cathédrale d’Auxerre illustre l’épisode. 

La colonnette de notre mystérieuse statue supportait donc le serpent d’airain. On comprend alors son geste : il désigne de sa main cassée le serpent disparu. 
Écrasé par la colonnette et les pieds, l’un des quadrupèdes de Senlis correspond sûrement au veau d’or, une idole que les Hébreux avaient fabriquée pendant l’absence de Moïse et qu’ils adoraient comme Dieu. L’autre animal pourrait être un mouton puisqu’un épisode de l’Ancien Testament nous décrit Moïse berger. Il est dit aussi qu’il commande aux Hébreux de sacrifier des agneaux lors de la fuite d’Égypte.  Reste une dernière énigme à résoudre. Pourquoi Moïse est-il couronné ? Il n’a jamais été roi. Mon hypothèse avance une erreur de restauration. En 1793, lors de la Révolution, les têtes des statues-colonnes ont été décapitées. En 1845-1846, le sculpteur Robinet est chargé de les reconstituer. Comme nous, il peine à identifier les personnages. Il prend Moïse pour le roi Salomon à cause de la colonne (la colonne du temple de Salomon). Résultat, il reconstitue une tête couronnée. Le portail de Senlis montre à la vue de tous une aberration biblique : un roi Moïse. Votre aide est demandée. À l’image de l’exemple précédent, je suis content quand j’arrive à décoder une sculpture. C’est d’ailleurs le principe de cette infolettre hebdomadaire : vous aider à identifier les personnages, les symboles ou les éléments architecturaux d’une église. Parfois des choses me résistent. Une abonnée, Laure, me soumet justement cette énigme : Dans une église de Dordogne, Plazac, à l’entrée du chœur, proche de la grille de communion, est accrochée au mur une structure en bois fermée par un rideau. – avez-vous déjà rencontré ceci ailleurs ? – comment s’appelle cet élément ? – à quoi sert-il ? (statue à l’intérieur, forme de dais ?) 
Pour ma part, je n’ai jamais vu cela. Et vous ?  Vos propositions pertinentes ou loufoques seront publiées dans la prochaine infolettre.  L’œil de la providence (suite). La semaine dernière, je vous soumettais ce symbole : un œil rayonnant, souvent inséré dans un triangle. 
Quelques-uns d’entre vous m’ont montré en images ses multiples réutilisations en dehors des contextes chrétien et franc-maçon. Les exemples sont étonnants.  Fé me signale un œil rappelant celui d’Horus à la proue des bateaux maltais appelés Luzzu. 
Selon Wikipédia, ce symbole est censé les protéger contre les aléas de la mer et favoriser la pêche.  Un autre abonné, Lionel, nous emmène jusqu’au Vietnam. Là-bas, est née dans les années 1920 une religion : le caodaïsme. Elle synthétise des éléments du bouddhisme, du taoïsme, du confucianisme et du christianisme. L’œil de la providence fait partie des symboles repris. 
Mais c’est Pascal dont l’image m’a le plus amusé. Sur les murs des bistrots flamands, on peut rencontrer cette affiche à l’attention des clients incorrects. 
« God ziet mij, her vloekt men niet ». Bien qu’ayant des origines flamandes, je suis incapable de traduire l’inscription mais Pascal m’a soufflé la réponse : « Dieu me voit, ici on ne jure pas ».  En Flandres, on ne plaisante pas avec le blasphème. 

Les Martiens sont-ils nos frères ?

Bien sûr, il n’y a pas de “Martiens” sur Mars, ni aucune créature vivante, n’en déplaise à David Bowie. Mais y’a-t-il d’autres formes de vie ailleurs dans l’univers, semblables à nous, comparables aux hommes ? La Science Fiction l’a imaginé depuis longtemps. Et la Science ? Si c’était le cas, cela pourrait bien remettre en cause notre conception de la fraternité.

Y’aurait-il suffisamment de choses en commun avec ces hypothétiques créatures pour qu’on puisse parler de fraternité? Y’a-t-il d’autres formes de vie quelle qu’en soit la forme?

On a longtemps considéré que l’apparition de la vie sur Terre était due à une telle conjonction de hasards que la probabilité pour que ces hasards se soient produits deux fois était pratiquement nulle. C’est ce qu’on a enseigné longtemps dans les écoles. Mais depuis, la Science a progressé. En 2019, des astronomes de l’Université de Göttingen ont découvert deux planètes apparemment semblables à la Terre et situées à 12,5 années-lumière seulement. Il s’agit de Teegarden b et de Teegarden c. Si près ? 

Dès 1964, Stephen H. Dole avait calculé, grâce à l’équation qui porte son nom, que le nombre de planètes habitables par l’Homme au sein de la Voie Lactée devait se situer aux alentours de 35 millions. Rien que dans notre galaxie, on estime le nombre d’étoiles entre 100 et 300 milliards. Dans ce que nous appelons l’Univers, ce nombre monte à 1021, c’est à dire  1000 milliards de milliards.

Pour chaque étoile, au moins une ou deux planètes et on ne parle que de celles que nous sommes en mesure de détecter, ne serait-ce que par le calcul. Pour dire les choses autrement, la probabilité pour que nous soyons seuls dans l’Univers peut être considérée comme nulle. D’après Adam Frank, c’est une chance sur 10 milliers de milliards. On peut donc partir de l’idée que les “Martiens”existent, mais où ? Même à 12,5 années-lumières, ça fait loin. Pour autant la question est d’ores et déjà posée : s’il existe de la vie ailleurs, en quoi cela modifie-t-il notre conception de l’humanité ? S’il existe d’autres créatures intelligentes, pouvons- nous instaurer avec elles une relation empreinte d’une forme de fraternité? 

La fraternité ou la guerre ? Dans les histoires de science fiction, les rencontres du 3ème type, celles où des humains sont confrontés à des créatures extraterrestres, se terminent presque toujours par des affrontements. Soit que ces créatures viennent pour envahir la Terre, soit que, par la peur qu’elles engendrent, les Terriens cherchent à les combattre ou à les chasser. C’est la transposition exacte dans l’imaginaire (celui des humains, car ce sont eux qui écrivent les histoires de SF) de ce qui a été vécu au cours des âges. A chaque fois que deux populations se rencontrent et ne se reconnaissent pas comme semblables, elles se combattent. Sans fraternité, c’est la guerre, le plus fort réduit le plus faible en esclavage ou l’extermine. 

Les femmes sont-elles nos frères ? 

L’idée d’accorder ou non la fraternité n’est pas nouvelle. Les hommes se la sont même posée vis-à -vis des êtres qui leur sont le plus semblables : les femmes. Lors du Concile de Macon en 586, la légende raconte que les prélats se seraient interrogés pour savoir si les femmes avaient une âme. La question était d’importance, car si la réponse était négative, il aurait fallu les rétrograder au rang d’animaux. Heureusement,  l’histoire est fausse, elle est un réécriture déformée au XIXème siècle d’un évènement qui s’est réellement produit. Car le Concile de Macon a bel et bien existé.

Mais on y aurait plutôt posé la question de savoir si le mot latin homo englobait également les hommes et les femmes, bref, si les hommes et les femmes étaient frères à égalité. En latin l’homme masculin se dit vir et la femme mulier. Homo est censé désigné indifféremment tous les membres du  genre humain. Au-delà de la controverse, la question de l’égalité homme-femme traverse toute la tradition chrétienne, la femme ayant été créée, à la lecture de la Genèse, comme un “sous-produit” de l’homme, la conclusion la plus généralement admise, jusque tard, étant que oui, elle a une âme, mais pas tout à fait de même nature que l’homme, puisqu’elle est, dans l’Ancien Régime comme à partir de la Révolution, un sujet mineur. Or la fraternité suppose qu’on puisse écrire un signe “égal” entre deux personnes. Est-on sûr, même dans notre République d’aujourd’hui, et même en franc-maçonnerie, que la fraternité soit exactement la même quand il s’agit de deux frères ou quand il s’agit d’un frère et d’une sœur ?

Les Noirs sont-ils nos frères ? 

S’ils n’ont pas d’âme, ils ne peuvent pas être nos frères. Concernant les indiens d’Amérique, la question est tranchée par ce qu’on a appelé la controverse de Valladolid qui s’est déroulée entre août 1550 et mai 1551. Sous le pontificat de Jules III et sous le règne du roi espagnol Charles Quint, c’est-à-dire dans le monde catholique. Depuis Paul III cette âme leur est reconnue mais la controverse portait sur le fait de savoir s’ils sont ou non des “esclaves naturels”, c’est-à-dire des peuples qui ont besoin d’être mis sous tutelle. Non, ils ne sont pas des esclaves naturels selon Bartolomé de Las Casas et c’est son point de vue qui a triomphé sur celui de son contradicteur Juan Ginés de Sepúlveda.

Les Indiens ne peuvent donc pas être réduits en esclavage. On lui reprochera, par contrecoup, d’avoir favorisé l’esclavage d’Afrique, si on ne pouvait pas esclavagiser les Indiens, il fallait bien faire venir de la main d’œuvre de quelque part.

Or en ce qui concerne les Noirs, sa position était différente :”S’il est clair que les Indiens sont nos frères en Jésus Christ, doués d’une âme raisonnable comme nous, et capables de civilisation, en revanche il est bien vrai que les habitants des contrées africaines sont beaucoup plus proches de l’animal…” “Frères en Jésus Christ” signifie que la fraternité se comprend au sein de la même religion et va dépendre de la capacité des populations à accepter la conversion. Et même dans ce cas, elle n’empêchera pas, -voire même : elle justifiera-, la colonisation qui est la mise en pratique d’un racisme systémique selon lequel les populations les plus avancées dans l’évolution ont vocation à dominer les autres et à les exploiter. Témoins : les zoos humains qui ont existé jusque dans les années 40.

Est-ce sur la verticale ou sur l’horizontale que se joue la fraternité ? On est frères parce qu’on est nés du même père. Ou de la même mère. Dans la tradition chrétienne, nous serions tous descendants d’Adam, créé par Dieu, et donc par contrecoup : enfants de Dieu : “Dieu le Père”, “Notre Père”. Mais la formule consacrée est “frères en Jésus-Christ”, qui n’est pas une figure du père mais une figure du fils, donc du frère.

La figure de la mère est curieusement escamotée, Marie étant considérée comme mère de Jésus mais pas revendiquée comme mère des Chrétiens. Chez les francs-maçons c’est un peu l’inverse, Hiram ne reçoit jamais le nom de “père” mais sa femme est vue comme mère, puisque les francs maçons se désignent par la formule : “Les Enfants de la Veuve”.

La fraternité des Humains n’a pas nécessairement besoin de revendiquer un père mais elle se réclame néanmoins de la même mère, la Terre-mère, ou plutôt la terre-mère car il ne s’agit pas de la planète mais de l’humus qui a engendré la vie et qui a donné “homo”, l’homme générique. Concevoir que nous partageons la même source de vie que les créatures qui nous ont précédés depuis le Précambrien et jusqu’à aujourd’hui : végétales, animales, humaines, est-ce reconnaître entre nous une certaine forme de fraternité ?

Une communauté de destin par exemple ou une communauté de nature ? C’est un jeu du même et du différent. Si je considère l’autre comme trop différent, j’en fais un objet, je le réduis à l’état de ressource, d’instrument. Je ne vois plus le signe égal qui marque entre nous une forme de fraternité. Si au contraire, je ne vois plus de différence entre lui et moi, si la singularité s’efface, nous ne sommes que des robots sans conscience, capables d’obéir à toutes les injonctions : troupes fanatisées, militants exaltés, extrémistes religieux…

Et les Martiens dans tout ça ? Nous aurons du mal à nous trouver un père en commun, car nos grands récits n’ont pas prévu le coup. Il reste difficile de représenter le Big Bang assis sur un nuage avec le doigt en l’air. Pour autant la question d’étendre la notion de fraternité au-delà de la communauté humaine reste posée, même sous des formes différentes, car sinon, il sera impossible d’éprouver de l’empathie pour le reste du Vivant.