L’ouvrage de Dale K. Van Kley, Les origines religieuses de la Révolution française (1560-1791) est une exploration érudite et profonde des influences religieuses sur la Révolution française. Traduit de l’anglais par l’écrivain Alain Spiess (1940-2008), ce livre est le fruit d’une recherche minutieuse et d’une analyse rigoureuse, devenant rapidement un classique dans le domaine des études révolutionnaires.
Cet ouvrage vient après des travaux majeurs de Dale K. Van Kley, notamment The Damiens Affair and the Unravelling of the Old Regime, 1750-1770 (L’affaire Damiens et le démantèlement de l’Ancien Régime, 1750-1770), publié en 1984 par Princeton University Press, The French Idea of Freedom: The Old Regime and the French Declaration of Rights of 1789 (La conception française de la Liberté : l’Ancien Régime et la Déclaration française des Droits de 1789), publié en 1994 par Stanford University Press, et The Religious Origins of the French Revolution: From Calvin to the Civil Constitution, 1560-1791 » publié en 1996 par Yale University Press. La traduction française de ce dernier, Les origines religieuses de la Révolution française : de Calvin à la Constitution Civile, 1560-1791« , a été publiée en 2002 par Le Seuil.
Dès les premières pages, Dale K. Van Kley plonge le lecteur dans une exploration des origines religieuses de la Révolution française, soulignant l’importance des conflits religieux du XVIe siècle et des débats théologiques du XVIIIe siècle.
Le livre s’ouvre sur une introduction détaillée, mettant en contexte l’importance de la religion dans la formation des idées révolutionnaires. La première partie de l’ouvrage traite de l’influence de la religion royale pendant les guerres de Religion. Dale K. Van Kley examine comment les jésuites et le parti dévot ont contribué à l’absolutisme monarchique et comment le jansénisme s’est opposé à cette centralisation du pouvoir. La bulle Unigénitus de 1713, qui condamnait les doctrines jansénistes, est analysée comme un moment crucial de cette opposition.
Dans cette section, l’auteur explore les métaphores de l’absolutisme et les événements marquants de l’époque. Il se penche sur des mouvements religieux tels que le richérisme1 et le figurisme2– bien que distincts dans leur contexte et leur objectif, ces deux mouvements reflètent la richesse et la complexité des débats théologiques et intellectuels de l’époque, illustrant les diverses tentatives de réconcilier ou de confronter les traditions religieuses locales avec les doctrines universelles du christianisme –, ainsi que sur la progression vers le protestantisme.
L’importance du jansénisme judiciaire et du catholicisme dévot est mise en lumière, ainsi que la crise politique de 1730-1733 et son impact sur l’opinion publique et la monarchie. aborde ici la symbolique de l’absolutisme et les souvenirs des guerres de Religion. Il décrit la désacralisation progressive du clergé et de la monarchie, expliquant comment ces processus ont contribué à affaiblir l’autorité religieuse et royale, ouvrant la voie à la contestation révolutionnaire.
Cette partie examine le radicalisme gallican et l’émergence d’une monarchie constitutionnelle. Dale K. Van Kley analyse le langage du patriotisme et les discours pour la défense du trône et de l’autel. Il traite également de l’évolution de la relation entre religion et raison dans la France du XVIIIe siècle.
L’auteur explore ici la transition des pamphlets religieux aux pamphlets patriotiques, soulignant l’importance des auteurs anonymes et la distribution de ces textes. Il décrit la montée des partis politiques issus des mouvements religieux et la recherche d’identité de la monarchie.
Dans la dernière section, Dale K. Van Kley examine les pamphlets patriotes de la pré-Révolution, la réponse ministérielle, et la synthèse de Sieyès. Il décrit la révolution constitutionnelle et la place du jansénisme dans la tourmente révolutionnaire, ainsi que l’impact de la Constitution civile du clergé.
L’ouvrage de Dale K. Van Kley est une contribution majeure à l’historiographie de la Révolution française, offrant une perspective nuancée et bien documentée sur les origines religieuses de cet événement historique. Sa thèse centrale, selon laquelle la Révolution a été profondément influencée par les débats religieux antérieurs, est convaincante et bien étayée par des sources riches et variées. Cependant, certains pourraient critiquer l’accent mis sur le jansénisme au détriment d’autres influences religieuses et sociales.
La Révolution Française en BD par Hervé Breuil et Esther Chahian. Un album supervisé par le responsable éditorial de L’Histoire de France en BD : Mathieu Auverdin.
En conclusion, pour une fois, cet ouvrage nous offre une perspective inédite et rafraîchissante en ne se concentrant pas sur les origines franc-maçonniques de la Révolution française, mais plutôt sur ses profondes racines religieuses. Dale K. Van Kley nous invite à revisiter l’histoire de la Révolution à travers le prisme des conflits théologiques et des mouvements religieux qui ont façonné la pensée et la société françaises bien avant 1789. Cette approche permet de mieux comprendre comment les idéaux et les tensions religieuses ont alimenté la dynamique révolutionnaire, apportant ainsi une nouvelle dimension à notre compréhension de cet événement historique majeur.
De plus, la densité de l’ouvrage et la complexité des arguments peuvent rendre la lecture difficile pour ceux qui ne sont pas déjà familiers avec le sujet. Néanmoins, Les origines religieuses de la Révolution française reste une lecture essentielle pour quiconque s’intéresse à la période révolutionnaire et à l’impact durable de la religion sur la politique et la société françaises. Ce livre est une pièce maîtresse dans la compréhension des transformations profondes qui ont conduit à la Révolution de 1789 et à la modernité politique.
Dale K. Van Kley, la bio
Dale K. Van Kley, historien américain de renom et professeur émérite à l’Université d’État de l’Ohio, a consacré sa carrière à l’étude des influences religieuses sur la philosophie des Lumières et la Révolution française. Son travail, largement reconnu et primé, a éclairé les débats sur les origines religieuses de la Révolution, faisant de lui une figure incontournable dans le domaine de l’histoire moderne.
Les Éditions Points
Les Éditions Points, une maison d’édition de poche généraliste fondée en 1970, se sont imposées comme un acteur majeur du marché du livre en France. Avec un catalogue diversifié incluant des classiques de la littérature, des essais, et des œuvres de sciences humaines, Points offre une plateforme pour des auteurs influents et des œuvres essentielles. La collection Points Histoire, en particulier, est reconnue pour sa rigueur académique et sa pertinence historique, rendant des ouvrages complexes accessibles à un large public.
Aujourd’hui, Points vend près de 4 millions de livres par an et édite approximativement 300 nouveautés chaque année (environ 250 en Points et 50 en Points thématique). Son catalogue est fort de presque 6000 références.
1Le richérisme est un mouvement religieux fondé par Edmond Richer (1560-1631), un théologien français du XVIIe siècle. Edmond Richer, qui était syndic de la Faculté de théologie de Paris, contestait l’autorité papale et promouvait une vision gallicane de l’Église, c’est-à-dire une Église française indépendante de la juridiction romaine. Le richérisme mettait l’accent sur l’autorité des conciles généraux par rapport à celle du pape, et il défendait l’idée que l’autorité ecclésiastique devait être subordonnée à l’autorité civile. Cette position s’inscrivait dans une tradition gallicane qui cherchait à réduire l’influence de Rome sur les affaires religieuses françaises et à renforcer le pouvoir de l’État sur l’Église.
La mission jésuite en Chine, commencée en 1582 avec l’arrivée des premiers prêtres de la Compagnie de Jésus, a pris fin en 1773 suite à la dissolution de l’Ordre.
2Le figurisme est un courant interprétatif développé principalement par des missionnaires jésuites en Chine au XVIIe et XVIIIe siècles. Les figuristes, dont les figures emblématiques incluent Joachim Bouvet et Joseph de Prémare, cherchaient à démontrer que les anciens textes chinois contenaient des préfigurations ou des figures du christianisme. Ils croyaient que les classiques chinois, tels que les écrits de Confucius et les textes taoïstes, cachaient des révélations divines qui annonçaient l’arrivée de Jésus-Christ et la vérité chrétienne. Cette approche visait à faciliter l’évangélisation en Chine en établissant des liens entre la culture chinoise et la foi chrétienne, suggérant que le christianisme était en quelque sorte déjà présent dans la sagesse antique chinoise.
Les origines religieuses de la Révolution française (1560-1791)
Dale K. Van Kley – Édition du Seuil, Coll. Points Histoire, 2006, 576 pages, 6 €
Pierre Mollier, né à Lyon en 1961, est un historien et bibliothécaire français reconnu pour son expertise en maçonnologie. Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris (promotion 1984) et titulaire d’un diplôme d’études approfondies en sciences religieuses de l’École pratique des hautes études, section V, à La Sorbonne, il occupe le poste de directeur de la bibliothèque et des archives du Grand Orient de France, ainsi que de conservateur du musée de la franc-maçonnerie (Musée de France).
Nomination en tant que commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres
En juin 2024, Pierre Mollier a été nommé commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres. Cette distinction a été attribuée sur avis du Conseil de l’ordre des Arts et des Lettres réuni en séance plénière le 12 mars 2024. Cette nomination vient couronner des années de contribution significative à l’histoire et à la culture, particulièrement dans le domaine de la franc-maçonnerie
Pierre Mollier est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), où il a complété sa formation en 1984. Il a également obtenu un diplôme d’études approfondies en sciences religieuses à l’École pratique des hautes études, section V, à La Sorbonne. Cette solide formation académique a jeté les bases de sa carrière en tant qu’historien spécialisé dans l’étude de la franc-maçonnerie.
Son rôle essentiel au sein du Grand Orient de France
En tant que directeur de la bibliothèque et des archives du Grand Orient de France et conservateur du musée de la franc-maçonnerie, Pierre Mollier a joué un rôle crucial dans la préservation et la diffusion des connaissances liées à la franc-maçonnerie.
Bibliothèque François-Mitterrand, Paris 13e
Il a été commissaire de la grande exposition « La franc-maçonnerie » à la Bibliothèque nationale de France en 2016, une exposition qui a attiré un très large public et a contribué à une meilleure compréhension de l’importance historique et culturelle de la franc-maçonnerie.
Ses recherches et publications
Le service Bibliothèque Archives Musée (BAM) du Grand Orient de France.
Musée de la Franc-maçonnerie
Spécialisé dans l’histoire de la franc-maçonnerie, ses recherches couvrent divers aspects, y compris l’implication politique et sociale de cette institution, ainsi que ses dimensions philosophiques et spirituelles. Il a étudié les relations entre la franc-maçonnerie et le pouvoir sous le Premier Empire et la Troisième République. En tant que spécialiste des rites maçonniques, il s’est intéressé aux différents aspects de l’iconographie symbolique, comme les marques de métier, l’héraldique et les emblèmes.
Chroniques d’histoire maçonnique – Dossier « La franc-maçonnerie dans la tourmente » (1896-1918)
Par ailleurs, de 1992 à 2022, il a été rédacteur en chef de la revue d’études maçonniques et symboliques Renaissance Traditionnelle et participe aux Chroniques d’histoire maçonnique (CHM). Il est aussi Editor-in-chief de la revue en ligne Ritual, Secrecy, and Civil Society et contribue à Franc-Maçonnerie magazine. Il est aussi le biographe et l’expert du peintre français François-Jean Garneray (1755-1837), l’un des premiers élèves de Jacques-Louis David.
Pierre Mollier a publié de nombreux ouvrages et articles sur la franc-maçonnerie, parmi lesquels : Le Régulateur du Maçon (1785-1801) : La fixation des grades symboliques du Rite Français (2004) , La Chevalerie Maçonnique – Franc-maçonnerie, imaginaire chevaleresque et légende templière au siècle des Lumières (2005), L’État-major maçonnique de Napoléon : Dictionnaire biographique des dirigeants du Grand Orient de France sous le Premier Empire (2009), Les hauts grades du Rite Français – Histoire et textes fondateurs (2017), Le Rite des Antients en France – L’ancienne maçonnerie d’York à Saint Domingue (1790-1803), une source oubliée du Rite Écossais Ancien et Accepté (2019) et Masonic Myths and Legends (2022).
Ses engagements et autres activités
Outre ses travaux académiques, Pierre Mollier a été nommé au Haut Conseil des musées de France en 2018, un mandat renouvelé en 2022 jusqu’en 2026. Il a également un intérêt marqué pour le royaume imaginaire d’Araucanie et de Patagonie, où il a été nommé régent en avril 2023. Durant son mandat, il a œuvré pour la relance des Études araucaniennes et a organisé divers hommages historiques et culturels.
Un frère distingué
Pour ses contributions exceptionnelles à l’histoire et à la culture, Pierre Mollier a reçu plusieurs distinctions, culminant avec sa nomination en tant que commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2024.
Pierre Mollier demeure une figure centrale dans le domaine de la maçonnologie et continue d’influencer la recherche et la compréhension de la franc-maçonnerie à travers ses écrits, ses expositions et ses engagements divers.
L’Ordre des Arts et des Lettres
Chevalier
L’Ordre des Arts et des Lettres est une décoration honorifique française gérée par le ministère de la Culture, instituée le 2 mai 1957. Elle récompense les personnes qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire, ou par leur contribution au rayonnement des Arts et des Lettres en France et dans le monde.
Officier
Commandeur
L’ordre comprend trois grades : Chevalier, Officier, et Commandeur, avec des promotions ayant lieu deux fois par an. Les insignes de cet ordre sont uniques, comprenant une croix à huit branches émaillée de vert et sertie d’une arabesque argentée ou dorée selon le grade.
Le médaillon central présente un monogramme des lettres A et L entrelacées pour Arts et Lettres, entouré d’un listel portant l’inscription « République française ».
L’Ordre des Arts et des Lettres peut être considéré comme le successeur de l’ordre de Saint-Michel (1469-1830), destiné initialement à l’aristocratie avant de devenir un ordre de mérite civil. La première promotion de l’ordre a été réalisée le 24 septembre 1957 par Jacques Bordeneuve, alors secrétaire d’État aux Arts et Lettres.
L’Ordre des Arts et des Lettres est l’un des quatre ordres ministériels à ne pas avoir été aboli lors de la réorganisation des décorations françaises en 1963. Les candidatures sont sélectionnées par le conseil de l’ordre et approuvées par le ministre de la Culture. Cet ordre demeure une distinction respectée et enviée, bien que parfois contestée, illustrant le rôle crucial de la culture dans la société française.
En somme, la carrière et les contributions de Pierre Mollier, couronnées par sa récente nomination en tant que Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres, soulignent son rôle éminent dans la préservation et la promotion de l’histoire et de la culture maçonnique.
Retrouver Pierre Mollier dans « La formation du Rite Français au siècle des Lumières et Le Régulateur du Maçon » avec comme grand témoin notre BAF Gilles Pasquier et modérateur Yonnel Ghernaouti
Le sommaire :
1/ La présentation de Yonnel Ghernaouti, modérateur de la soirée à 00:00:53
3/ Gilles Pasquier, Grand Témoin, et les échanges avec l’assemblée à 00:59:25
Présentation :
Le 12 août 1785, après une dizaine d’années de « longs et pénibles efforts », le Grand Orient de France adoptait enfin un rituel de référence pour ses loges. Rituel connu sous le nom que lui donnèrent ses divulgateurs au tout début de XIXe siècle : Le Régulateur du Maçon. Ce Régulateur codifiait les usages de la Maçonnerie française des années 1770 pour les trois premiers grades. L’étudier c’est s’interroger sur les origines, la formation et la réalité plurielle du Rite Français au siècle des Lumières. N’est-il que la version française du Rite des Moderns ? A-t-il d’autres sources ? Quelle est sa sensibilité philosophique et religieuse ? Le Régulateur est-il vraiment fidèle à la pratique du XVIIIe siècle ? Autant de questions qui peuvent aussi éclairer notre façon de vivre le Rite Français aujourd’hui. C’est dans cet esprit que le RF Jean-Luc Bergonzi VM de la RL « L’Épée et la Rose » n°1116, Loge de travail et de recherche au troisième grade du Rite Français selon le rituel de 1785, a invité Pierre Mollier à venir nous faire part de sa vision.
L’organisation :
Sous les auspices de la Grande Loge Nationale Française et de la Grande Loge Provinciale de Neuilly-Bineau, la respectable loge « L’Épée et la Rose » n°1116, loge de travail et de recherche au troisième grade du Rite Français, cette conférence était animée par le TRF Yonnel Ghernaouti et avait pour grand témoin, le RF Gilles Pasquier (Source YouTube GLNF).
« Nous étouffons parmi les gens qui croient avoir absolument raison, que ce soit dans leurs machines ou dans leur idées. Et pour tous ceux qui ne peuvent vivre que dans le dialogue et dans l’amitié des hommes, ce silence est la fin du monde »
Albert Camus (19 novembre 1946, « le siècle de la peur »)
Un étonnant ouvrage, écrit par Jean-Baptiste Morvan de Bellegarde (1648-1732), fut publié par un ecclésiastique, l’abbé Dinouart, en 1771 : « L’art de se taire, principalement en matière de religion » (1), quelques années avant la Révolution de 1789 qui, elle, va avoir comme objectif de libérer la parole ! Voilà un beau paradoxe : un ecclésiastique, dont la vocation fait de la parole un axe central : sermons, catéchisme, homélies, lecture de la « paroles de Dieu » (contrairement aux ordres monastiques cultivant le silence comme discours spirituel), et lui-même ayant été formé, dans les grands séminaires à l’art de parler, qui jalonne la rhétorique de la formation théologique classique, nous conseille le mutisme dans son ouvrage publié. A moins qu’il n’ait perçu dans la profondeur de sa réflexion que le côté bruyant de la vie, n’est qu’une pose dans l’attente d’un silence éternel ou une « distraction pascalienne » face à l’angoisse des « espaces infinis ».
Le silence pourrait être le représentant de notre propre énigme, le manque qui nous fait osciller en permanence entre être et non-être, présence et absence, réel et sacré, parole et silence. Par la coupure qu’il introduit, le silence nous interpelle de façon permanente sur le désir et sur la mort. Il n’existe que par rapport au bruit, parce qu’il y a des paroles susceptibles de se taire : le silence s’écoute, le silence s’entend. Il cerne aussi l’impossibilité du langage à tout dire et devient ce trou dans le signifiant, cette inadéquation du mot à la chose. Mais, il est des silences qui nous approchent au plus près de l’invisible : chant du silence qui nous porte à la contemplation, à l’écoute de l’inouï, et devient alors une forme d’amour. En fait, le silence est langage, écoute et vision. Existent aussi des silences d’une immense solitude, d’avant les mots, quand le monde n’était qu’un tohu-bohu informe, un tapage indistinct, un lieu de l’incréé, de l’inerte, de l’inanimé. Folie d’un monde sans mots, sans loi, non-symbolisable. Silence d’une Genèse avant que Dieu ou la Nature ne créent l’homme et qu’ils donnent sens en nommant les choses, qu’ils introduisent le symbolique par le langage qui nous fait sortir du néant originel dont notre vie est issue et auquel elle retourne. Le silence qui triomphe du silence de la mort est pacte, accord, alliance de l’homme à sa vie. Cette expérience du silence comme traversée de la nuit est toujours une expérience intérieure qui donne accès à la lumière de la raison qui nous montre qu’il n’y a rien à voir, aucune révélation à prendre ou à attendre. Juste une page blanche pour y inscrire son histoire.
I- UN SILENCE DE MORT.
Et, il y a des lieux que nous traversons qui nous amènent à côtoyer le néant, nos « nuits obscures » où nous cheminons avec Jean de la Croix (2). Nous lisons dans la revue « Autrement » :« C’est un endroit du monde et de soi où règne un silence épais, inhumain, un plein de néant dont il nous arrive de faire parfois la douloureuse expérience. Le réel y surgit dans une immédiateté sans nom où se révèle la pure présence du rien. Dans ce silence-là, on ne peut accrocher aucun mot, aucun Autre. On a perdu les signes inventés pour donner sens aux choses et qui nous reliaient ». On associe souvent le silence à la mort qui nous conduit à l’absence de l’autre et à l’absence au monde. Seule la parole nous donne l’impression d’une certaine résurrection, car seul le silence peut dire le silence, car il ne joue pas avec les mots : il s’envisage dans un corps et dans un espace. Il est un lieu de dessaisissement où nous nous apercevons qu’il n’est qu’un et nous attire vers son vide, abîme des abîmes, là ou l’incréé secrète sa fixité mortifère. Le silence est notre étrangeté perpétuelle, car un silence monstrueux règne en nous. Les mots peuvent se jouer de moi, le silence, lui, ne joue pas et existe de façon éternelle. Hors temps, hors espace, hors altérité, sans commencement ni fin, ni division, ni rupture. Le silence est, sans appel, dans une respiration intérieure, un regard tourné vers le centre. De là, pour y échapper, nous tentons la parole, cette parole mythique, impossible, qui nous sortirait de notre savoir de mortels, maintenant l’illusion de la parole à dire. Sinon, l’absence de parole plonge l’espace dans l’obscurité du silence.
La confrontation à la disparition de quelqu’un nous confronte à ce qu’est le silence : l’autre, qui était langage, ne m’appartient plus et par son silence n’appartient à personne d’autre, car il n’articule plus rien, ce « quelque chose » qui le différenciait de l’océan du silence auquel il retourne. Il nous faut sortir de la tentation de l’abîme, cette aspiration vers la terre muette ou nous pourrions nous y dissoudre pour ne plus à avoir à trier les mots alors qu’on tourne toujours autour du dernier mot. La parole, sert à traverser le désert : rappelons qu’en hébreu, les mots « désert » et « parole » ont la même racine. Lorsque la parole souffre, le corps reste dans le désert. Ludwig Wittgenstein nous dit (3) « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire » mais peut-on se permettre ce luxe de ne pas mentir sur sa connaissance sans retourner dans la traversée du désert silencieux ? Au contraire, il convient de travailler pour que la parole surgisse et fasse sortir du désert et faire naître ou renaître le goût de l’autre, le goût du mot, et y compris la saveur de de l’erreur, du flou, de l’à-peu-près. Echapper à se taire pour plaire, accepter le message du perroquet de Zazie (4) : « Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire » ! Mais que pourrions-nous faire d’autre que causer ? Impossible de faire autrement : nous sommes des êtres qui ne peuvent exister que et par autrui, son écho, sa résonance, son regard.
L’ivresse du langage nous permet de ne pas nous exposer à notre solitude ontologique. Les mots ont une double fonction : ils me séparent de moi-même et nient le silence qui, lui, me sépare des autres. Mais, nous vivons une coupure absolue : si nous parlons, nous nous coupons de nous, mais si nous gardons le silence, nous nous coupons des autres pour tenter la fusion avec nous-mêmes et, dès lors, nous nous coupons des autres en nous-mêmes. Le langage nous conduit à l’étrange paradoxe qu’on ne sait rien de celui qui se tait et on ne sait rien de celui qui parle, nous vivons une forme de mensonge permanent pour échapper au silence. Dans ce sens, « Le cri », d’Edvard Munch est le point ultime de résistance face au silence mortel avant qu’il ne vienne tout refermer, car le silence devient une absence à soi-même et à l’autre de soi-même. Il y a aussi une peur de l’impuissance car le corps mutique n’a pas de prise pour le désir, la loi du silence brisant la loi symbolique qui passe par le langage. Alors, à la fameuse question d’Emmanuel Kant : « Que dois-je faire ? », nous pourrions en formuler une autre : « Que dois-je taire ? ». En fait, « contre-dire » ! Pour être compris, le silence doit-être partagé car nous n’entendons pas le silence, c’est lui qui nous entend. Chaque prise de parole nous voue à n’être que ce que nous sommes ou plutôt à être honteusement identifiés à ce que nous ne sommes pas, découvrant ainsi l’infirmité du langage.
Existe aussi un silence imposé par la force : la censure frappe par son caractère permanent et universel, peu importe d’ailleurs le médium pris pour cible. Le silence que l’on impose à l’autre est le reflet d’une volonté de transformer son propre message en message unique. Durant toute l’histoire, la censure se présente comme un silence artificiellement créé par une autorité constituée et prend, le plus souvent, la forme du retranchement. Le « réduire l’autre au silence » est l’image la plus symbolique de la haine du prochain, de l’altérité et de la culture : rappelons-nous, en 1966, le contrôle de la production cinématographique refusant de délivrer un visa d’exploitation au film de Jacques Rivette, « Suzanne Simonin, la religieuse de Diderot » œuvre célèbre du philosophe de l’encyclopédie que l’on pouvait trouver dans toutes les librairies ! Cette violence caricaturale peut difficilement s’exercer aujourd’hui mais ne prend-elle pas de nouvelles formes insidieuses ? Question que pose l’historien Pierre Karila-Cohen (5) : « Si bien qu’on peut se demander si ce qui fait censure actuellement n’est pas l’excès de bruit plutôt que le silence, ce silence haï auquel nous l’identifions. Murmure des postes de télévision, tintouin de dizaines d’informations peu hiérarchisées que nous intégrons chaque jour, clameur autour des vedettes du jour… La stratégie collective du vacarme n’est-elle pas plus efficace que celle du bâillon pour couvrir les mots qui nous dérangent ? Il serait peut-être temps de redécouvrir certaines vertus du silence. Mais pas de n’importe quel silence : celui dans lequel s’épanouit la pensée, celui de la lecture ou de l’observation d’une œuvre d’art, de la sensibilité et de la réflexion ».
Dans « La mort du loup », Alfred de Vigny écrit : « Seul le silence est grand tout le reste est faiblesse ». Le poète parle ici de proportion : aller vers le silence intérieur, c’est se rencontrer ou rencontrer un « Autre ». C’est quitter la piscine pour nager dans l’océan !
II- DANS LE SILENCE EST-CE MOI OU TOI QUI M’INTERROGE ?
« J’ai déjà réalisé que la joie est dans la quiétude La sérénité, la vie me l’offre en abondance Pourquoi la pensée de me retirer me taraude-t-elle encore autant ? La vie participe du silence et du vide ».
Wang Wei (Le plein du vide)
Existe un paradoxe dans le silence : autant peut-il illustrer la disparition dans l’océan du non-dit, de son propre « gommage » du réel ; autant le silence peut être synonyme de rencontre et de dialogue avec soi-même ou avec un Principe. Mais écouter sa propre musique ou celle de l’Autre nécessite l’oxygène du silence. C’est aller au-delà du bavardage du monde, là où l’éternité se fige en un cri silencieux et où l’espace et le temps viennent se résoudre dans l’instant du passé. Dès lors, nous entrons, sur la pointe des pieds, dans le domaine de la mystique, là où règnent le délice du silence, la quiétude retrouvée et le repos espéré où se laissent glisser le corps et l’esprit. Un lieu recherché par les mystiques, qui serait l’émanation secrète d’un Dieu qui s’adresserait à un homme ou à une femme dont le coeur lui serait exclusivement sacrifié. En opposition à la lumière immédiate, c’est la nuit et le silence qui constituent les matrices de cheminement vers la lumière comme nous le rappelle Jean de La Croix dans « La nuit obscure » comme prologue à son chant mystique :
« Par une nuit profonde Etant pleine d’angoisse et enflammée d’amour Ô ! L’heureux sort Je sortis sans être vue Tandis que ma demeure était déjà en paix ».
Ainsi chante l’âme de St. Jean de la Croix, afin de monter au Carmel, « Montagne de silence », pour atteindre enfin l’union mystique. Abandonnée et oubliée du corps, l’âme enfin seule avec le Principe trouve le repos dans le silence et la lumière. La mystique est une science qui aura ses docteurs, ses maîtres, ses disciples, et qui, dès le Moyen-Âge, va s’organiser autour d’un discours qui va produire du social et une forme de savoir. Le mystique se tient à la frontière entre l’impossible à dire et l’impossible à taire : le terme de « mystique » signifie souvent l’extase, à l’origine celui d’« ekstasis », en grec, qui signifie « action d’être hors de soi », état dans lequel le sujet se trouve transporté hors du monde sensible avec le sentiment de s’unir à un objet transcendant. Cela se traduit par un voyage spirituel, mais aussi par des voyages réels : traversée du désert, ascension des montagnes ou monastère ces « forteresses de silence », où est recherchée une vie de solitude reposant précisément sur le silence organisé. Ceci afin de permettre la création d’un espace au-delà des mots, celui où le Principe est attendu, un vide où il est supposé être de toute éternité. Le silence du mystique ressemble parfois étrangement à celui de la mort, ultime et profond silence qui surgit après le dernier mot, le dernier souffle et que les mystiques côtoient, en font même une compagne de route. Le transport de l’âme conduit à l’infinitude au terme d’un voyage solitaire. Dans ses « carnets », en 1898, Charles de Foucault écrit : « Il faut à l’âme ce silence, ce recueillement, cet oubli de tout le créé au milieu desquels Dieu établit en elle Son règne et forme en elle l’esprit intérieur, la vie intime avec Dieu… C’est dans la solitude, dans cette vie seule avec Dieu, dans ce recueillement profond de l’âme qui oublie tout le créé, que Dieu se donne tout entier à celui qui se donne tout entier à lui ». La tâche du mystique est alors d’enseigner ce qu’il a découvert par l’exemple de sa propre vie et son dernier et ultime message est le silence où il s’est enfermé pour mieux dialoguer avec une transcendance supposée.
Le silence conduit au détachement de Maître Eckhart, là où ne sont plus nécessaires ni les images, ni les théologies, pour accéder à la présence de l’« au-delà des mots ». Le silence porte le mystique au-delà des sens, par-delà les sens dans un monde « a-sensible » qui le laisse dépossédé de lui-même pour laisser place à l’« Autre ». Il devient un contemplatif, au-delà de sa religion ou de sa philosophie pratiquée. Peu importe aussi le lieu de méditation : nous pourrions dire que le silence circule de cellule en cellule ! On peut lire d’ailleurs sur le fronton des abbayes cisterciennes :
O beata solitudo O sola beatitudo.
Nous voyons ainsi comment ces lieux fermés sur l’extérieur mais ouverts à l’intérieur forment un véritable cadre dont la traversée permet à l’âme de se perdre, de s’éprouver, de rester seule pour s’unir à un état qui serait celui d’avant Adam et Eve. Louis Gardet, philosophe spécialiste de l’Islam, écrit : « L’intériorité mystique se nourrit de silence. Elle n’est pas une descente analytique ou dialectique dans la subjectivité ; son point de départ suppose le silence de toute recherche réflexive ». Le silence mystique laisse place à une subjectivité spécifique où le corps n’est plus questionné, bien que soumis à une discipline et des règles que nous rappelle Ignace de Loyola dans ses « Exercices spirituels » et qui désignent pour lui : « toute manière d’examiner sa conscience, de méditer, de contempler, de prier mentalement et vocalement, et d’autres opérations spirituelles comme il le sera dit plus loin. De même en effet que se promener, marcher et courir sont des exercices corporels, de même on appelle exercice spirituel toute manière de préparer et de disposer l’âme pour écarter de soi tous les attachements désordonnés et, après les avoir écartés, pour chercher et trouver la volonté divine dans la disposition de sa vie en vue du salut de son âme ». Pas de discours mystique sans ce silence, pas de silence mystique sans ce discours. Le combat se déroule dans le silence, hors le bruit et la fureur des combats, et donne accès à un au-delà du désir tant recherché et qui fait devenir le mystique « inhumain », car hors de ce qui constitue l’homme : le désir. La phrase mystique est un artefact du silence : elle produit du silence entre les mots et se fait messagère du silence qui l’habite. Monde de mystères à peine dévoilés, ce monde de silence, alors, ne peut trouver sa place qu’au milieu des mots.
CONCLUSION : DU SILENCE DES RUINES.
« Est mystique celui ou celle qui ne peut s’arrêter de marcher et qui, avec la certitude de ce qui lui manque, sait de chaque lieu et de chaque objet que ce n’est PAS CA, qu’on ne peut résider ICI, ni se contenter de CELA. Le désir crée un excès. Il excède, passe et perd les lieux. Il fait aller plus loin, ailleurs. Il est habité, dit encore Hadezwijch d’Anvers, par un « noble je ne sais quoi, ni ceci, ni cela, qui nous conduit, nous introduit et nous absorbe en notre origine »
Michel de Certeau
(La Fable mystique)
Les Francs-Maçons sont des gens étranges : tels des archéologues, ils viennent cheminer dans des ruines, à la recherche d’une histoire qui n’est, en fait, que la leur, enserrés dans le discours du rituel et du discours des autres dans leur altérité. Parfois dans le brouhaha des discussions. Tout cela crée cette ambiance chaleureuse qui était recherchée par beaucoup pour compenser l’environnement glacial auquel ils étaient confrontés et voulaient échapper. Mais, au bout d’un temps, la réflexion de Michel de Certeau ne peut que nous interpeller : à terme, on ne peut se contenter de « cela », ce qu’offre d’autres institutions conviviales qui jouent, discrètement, le rôle des « distractions pascaliennes » ritualisées elles aussi, et qui tentent de préserver le sujet de l’angoisse du silence et de la solitude. Cela va du club, de l’association sportive ou politique, jusqu’au « Café du commerce » ! Malgré tous les faux-semblants le silence refait apparition et nous sommes confrontés à la manière dont nous allons l’affronter : comme rappel de notre future disparition ou comme espace de rencontre avec une spiritualité qui dépasse et transcende l’agitation humaine ?
La Franc-Maçonnerie, d’emblée, joue cartes sur table : le cheminement commence dans le silence amniotique du cabinet de réflexion pour naître au bruit et à l’agitation du monde, se poursuivre par le cheminement solitaire du compagnon et de vivre la répétition de notre futur union au silence éternel du grade de maître. Du début à la fin, le silence est omniprésent en Maçonnerie. Il en est l’une des composantes essentielles et le discours, le partage, n’est que la nécessité de tenter de mettre en mots ce que le silence nous a révélé de nous-même. Nous allons le faire tant bien que mal en fonction de la pauvreté du langage et puis vite, sans peur, retourner à la dimension du silence, cet « au-delà des mots ». Prenant conscience de la brièveté de nos discours devant son éternité.
Finalement, nous sommes des êtres pris, coincés, entre le discours et le silence, dans une dialectique permanente, une boucle de Möbius (6) à laquelle on ne peut se dérober.
Ultime solution : LA BOUCLER !
NOTES
(1) Abbé Dinouart : l’art de se taire, principalement en matière religieuse. Grenoble. Ed. Millon. 2004.
(2) Saint Jean de la Croix : La nuit obscure. Paris. Ed. Du Seuil. 1984.
(4) Quesneau Robert : Zazie dans le métro. Paris. Ed. Gallimard. 1996.
(5) Karila-Cohen : Le silence. La force du vide. (La censure ou la parole bâillonnée). Paris. Ed. Autrement. 1999. (Pages 89 et 90).
(6) Boucle de Möbius : Surface compacte dont le bord est homéomorphe à un cercle. Autrement dit, il ne possède qu’une seule face et un seul bord, contrairement à un ruban classique qui en possède deux. Il suffit de faire une torsion d’un demis tour à une longue bande de papier, puis en collant les deux extrémités créant un ruban sans fin n’ayant ni intérieur, ni extérieur. En fait, la boucle, jouant sur l’illusion, semble présenter des surfaces contradictoires, mais sont de la même nature. Cette théorisation fut mise au point par August Ferdinand Möbius (1790-1868) et John Benedict Listing (1808-1882).
BIBLIOGRAPHIE
– Balmary Marie : Le moine et la psychanalyste. Paris. Ed. Albin-Michel. 2005.
– Nesmy Claude-Jean : Saint Benoît et la vie monastique. Paris. Ed. Du Seuil. 1959.
– Ouvrage collectif : Le silence. La force du vide. Paris Revue Autrement. 1999.
– Quignard Pascal : la nuit et le silence. Paris. Ed. Flohic. 1995.
– Quignard Pascal : La haine de la musique. Paris. Ed. Gallimard. 1996.
– Un Chartreux : Amour et silence. Paris. Ed. Du Seuil. 1951.
– Vasse Denis : Le Poids du réel, la Souffrance. Paris. Ed. Du Seuiçl. 1983.
(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)
Dans un pays qui n’a plus de boussole, où il n’y a plus que des gyrophares et des sirènes hurlantes, les Jeux Olympiques se sont ouverts sous un ciel pluvieux. Je voudrais ici revenir brièvement sur la cérémonie qui a illustré à plaisir les multiples talents des artistes et des techniciens français, qui abreuvent, de longue date, sur des budgets publics, des courants culturels ne tombant pas, pour le moins, dans la soupière commune des programmes audiovisuels.
Cette soirée aura réuni beaucoup de Français, projetant à la face du monde une image ironique de leur pays que bien des peuples sans doute ont du mal à saisir, quoiqu’ils prêtent volontiers à l’esprit hexagonal de l’audace voire de la témérité poussant l’éclat jusqu’à la lisière de la caricature.
Bref, nous nous revendiquions universels, ce soir-là, je crains que nous soyons surtout apparus plus Français que jamais, sauf que probablement les Français, non plus, ne sont pas ainsi, même s’ils ont récemment montré dans les urnes que, contre un danger venant d’eux-mêmes, risquant de les isoler du monde, ils étaient prêts, sans conjurer tous leurs démons, à se mobiliser à cet instant critique, au-delà de leurs autres divisions, pour protéger toutes les minorités… sans pour autant, soulignons-le, les porter aux nues.
Ce dernier point ne saurait être négligé car nos concitoyens respirent encore à pleines narines tous les remugles de leur histoire. Néanmoins, force est de constater qu’ils voient avec faveur leurs couleurs triompher, dans les stades, grâce à des athlètes de toutes origines. Ils sont même prompts à les prendre alors en exemples, entonnant d’un seul cœur l’hymne national. Au fond, le principe d’universalité qu’ils prétendent encore porter sous leur drapeau – et qui, regrettons-le, est de moins en moins un phare pour le monde –, va-t-il réellement bien au-delà de la fierté et de l’émotion ?
L’enfer, dit-on, est pavé de bonnes intentions. Il le serait aussi de bons sentiments. La situation générale que nous affrontons, y compris dans la parenthèse des Jeux, ne résout rien de nos scissions internes, des dualités que nous réputons insurmontables, rien des excitations violentes et spectaculaires dans lesquelles se complaît le débat public, rien donc de cette schizophrénie qui nous déphase des réalités, rien davantage non plus de cette hystérie qui électrise nos moindres réactions.
Je vous le dis, Mes Sœurs et Mes Frères – si l’humour est encore permis au pays de l’ironie –, il faudrait, au moins, rendre obligatoires des stages de franc-maçonnerie car, sans le secours du dialogue et de la raison, le pavé mosaïque des foules, opposant des passions brûlantes et ravageuses, tout recouvert qu’il soit, pendant quelques semaines, des rêves glorieux d’un olympisme lénifiant, le pavé mosaïque des foules risque de demeurer, pour trop longtemps encore, le pavé mosaïque des fous.
La Commanderie de La Villedieu-lès-Maurepas, nichée au cœur des Yvelines, est un sanctuaire de pierre et de mystère, témoin silencieux des tumultes de l’histoire. Fondée au XIIe siècle par les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, cette enclave médiévale s’éveille dans la brume des légendes et des mythes, mêlant le réel et le fabuleux.
À l’aube de son existence, la commanderie se dressait fièrement, bastion de la foi et de l’hospitalité, accueillant les pèlerins en route pour la Terre Sainte. Ses murs épais résonnaient des prières des moines-soldats, hommes dévoués au double idéal de la croix et de l’épée. Les voyageurs y trouvaient refuge, tandis que les terres alentour, sous l’œil vigilant des frères, prospéraient, nourrissant corps et âmes.
L’architecture de la commanderie, sobre et robuste, évoquait la rigueur et la discipline des Hospitaliers. L’église, cœur spirituel du domaine, s’élevait comme un phare de pierre, ses vitraux colorés filtrant la lumière céleste. Les salles de réunion résonnaient des débats stratégiques, où se mêlaient les échos des croisades lointaines. Les dortoirs austères murmuraient les rêves des chevaliers, tandis que les granges et les écuries s’animaient des activités quotidiennes, symbole d’une vie communautaire intense et rigoureuse.
Au fil des siècles, l’histoire de la commanderie se teinta de nuances plus sombres et plus douces. Après la dissolution de l’ordre des Hospitaliers au XVIe siècle, ses pierres vénérables connurent divers avatars. Transformée, abandonnée, restaurée, elle traversa le temps, gardienne des secrets enfouis. La commanderie devint alors le théâtre de récits fabuleux, de trésors cachés et de souterrains mystérieux, autant de légendes qui enflammaient l’imagination des villageois et des visiteurs.
Entre secrets et légendes des Templiers
Le mythe du trésor des Hospitaliers, caché dans quelque recoin obscur de la commanderie, hante les esprits avides d’aventures. On murmure que les frères, avant de quitter les lieux, auraient dissimulé des richesses inestimables, attendant patiemment d’être redécouvertes par des âmes assez courageuses pour percer les mystères des lieux.
De même, les histoires de souterrains secrets, reliant la commanderie à d’autres bastions médiévaux, ajoutent une couche de mystère à ce lieu déjà enchanteur. Ces passages cachés auraient servi de refuges ou de routes discrètes pour transporter des biens précieux loin des regards indiscrets.
Les nuits de pleine lune, la commanderie se transforme en un théâtre spectral où les légendes prennent vie. Des témoins affirment avoir aperçu des chevaliers fantomatiques, leurs armures scintillant d’une lueur éthérée, parcourant silencieusement les ruines. Ces apparitions, réelles ou imaginaires, nourrissent les récits locaux et attirent les curieux en quête de frissons historiques.
Aujourd’hui, la Commanderie de La Villedieu-lès-Maurepas s’ouvre au monde, particulièrement lors des Journées Européennes du Patrimoine (JEP). Ces journées sont une invitation à voyager dans le temps, à découvrir les secrets bien gardés de ces vieilles pierres.
Les visiteurs, guidés par des experts passionnés, peuvent déambuler à travers les vestiges, revivant les heures glorieuses des Hospitaliers. Des reconstitutions historiques plongent le public dans le quotidien des moines-soldats, tandis que des conférences éclairent d’un jour nouveau les aspects méconnus de leur existence. Les enfants, eux, s’immergent dans des activités ludiques, initiés à l’histoire médiévale de manière captivante.
Chevaliers de l’ordre du Temple
La Commanderie de La Villedieu-lès-Maurepas est plus qu’un site historique ; c’est une fenêtre ouverte sur un passé riche et fascinant, où l’histoire et le mythe s’entrelacent pour tisser une tapisserie narrative captivante. Entre ses murs, le visiteur sensible peut encore percevoir les murmures des âmes anciennes, échos d’un temps où la foi, le courage et le mystère régnaient en maîtres.
Les Journées Européennes du Patrimoine 2024
La Commanderie de La Villedieu-lès-Maurepas s’éveille encore une fois pour accueillir les visiteurs lors des Journées Européennes du Patrimoine, les 21 et 22 septembre 2024. Ce lieu historique, ancré dans le passé glorieux des Templiers, ouvre ses portes à tous pour un voyage dans le temps, au cœur du Moyen Âge.
Le samedi 21 septembre 2024, de 10h00 à 18h00, et le dimanche 22 septembre 2024, de 11h00 à 17h00, la Commanderie des Templiers de La Villedieu, située sur la route de Dampierre (CD 58), à Élancourt, dans les Yvelines, invite le public à découvrir son histoire et ses mystères. L’entrée est libre, offrant à tous une opportunité unique d’explorer ce site emblématique.
La Commanderie de La Villedieu-lès-Maurepas est l’une des nombreuses commanderies templières qui ont prospéré en Occident entre le XIIe et le début du XIVe siècle. Ces domaines agricoles étaient essentiels, fournissant les ressources humaines, financières et logistiques nécessaires à l’Ordre monastique pour soutenir les croisades au Proche-Orient. De cette époque révolue, il subsiste encore la chapelle et le bâtiment des gardes, témoins silencieux de l’histoire tumultueuse des Templiers.
Au fil des siècles, la commanderie a subi de nombreuses transformations. La ferme, vendue comme bien national pendant la Révolution, est devenue la plus importante exploitation agricole d’Élancourt, modernisée au XIXe siècle et exploitée jusqu’en 1963, avant de se muer en un centre culturel. Aujourd’hui, la commanderie accueille des expositions d’art contemporain, et la chapelle, inscrite au titre des Monuments historiques depuis 1926, continue de fasciner par son architecture et son histoire.
Pour les visiteurs, une exposition détaillée sur le site et l’histoire de la Commanderie de La Villedieu est présentée dans la chapelle. En outre, un jeu interactif en équipe permet de tester ses connaissances tout en s’amusant, rendant l’expérience à la fois éducative et ludique.
L’accès au site est aisé. En voiture depuis Paris, il suffit de suivre l’autoroute A13/A12/N10 et de prendre la sortie Élancourt/Commanderie. Pour ceux qui préfèrent les transports en commun, depuis la Gare SNCF de La Verrière, le bus 402 vous dépose à l’arrêt Chapelle de La Villedieu.
La Commanderie des Templiers de La Villedieu est plus qu’un simple vestige historique. C’est un lieu où le passé et le présent se rencontrent, offrant aux visiteurs une immersion totale dans l’histoire locale et le patrimoine des Templiers. Que vous soyez passionné d’histoire, amateur d’architecture ou simplement curieux, cette commanderie est un trésor à découvrir à votre rythme, entre récits captivants et quizz numériques.
L’édition numéro 24 de Les grandes énigmes de l’Histoire, nous invite à explorer des mystères historiques d’une profondeur saisissante, chacun révélé à travers des articles méticuleusement documentés et généralement bien rédigés.
Le magazine nous entraîne dans un voyage à travers le temps, où les récits de civilisations anciennes, de sociétés secrètes, de mystères non résolus et de légendes fascinantes sont mis en lumière avec une clarté impressionnante.
L’édito de cette édition pose d’emblée le cadre : l’histoire des cathares est l’une des plus grandes tragédies de l’histoire, évoquant des émotions profondes. Le magazine commence par établir ce ton dramatique et intrigant, nous préparant à une série d’articles qui promettent de dévoiler des secrets bien gardés et des histoires inoubliables.
Croix cathare
Les premières pages du magazine sont consacrées aux actualités de l’histoire, une rubrique rédigée par Vincent Willaime, qui met en lumière les découvertes récentes et les nouvelles perspectives historiques. Cette partie est une mise en bouche parfaite, offrant aux lecteurs un aperçu des dernières avancées dans le domaine de l’histoire.
Le dossier principal, intitulé « Les Cathares : autopsie d’une tragédie médiévale », rédigé par William Cevennit, plonge profondément dans l’histoire de ce mouvement religieux dissident qui a marqué le Midi de la France aux XIIe et XIIIe siècles. Ce dossier explore non seulement les croyances et les pratiques des cathares, mais aussi les raisons de leur persécution brutale par les pouvoirs en place. William Cevennit réussit à capturer l’essence de cette tragédie, offrant une analyse nuancée de la manière dont la politique et la religion se sont entremêlées pour éradiquer ce groupe pacifiste.
Ensuite, le magazine s’aventure dans le monde des sociétés secrètes avec un article sur les ninjas, « Les ninjas : les guerriers de l’ombre ». William Cevennit démythifie ces figures emblématiques du folklore japonais, révélant la réalité derrière les légendes. Les ninjas, souvent représentés comme des super-héros dans les médias modernes, étaient en réalité des espions et des saboteurs, accomplissant des tâches que les samouraïs, avec leur code d’honneur, ne pouvaient pas exécuter. Cet article offre un regard captivant sur la vraie nature des ninjas et leurs méthodes secrètes.
Montségur
Un autre mystère fascinant est celui de la colonie perdue de Roanoke. Umberto Vasco, dans son article « La colonie perdue de Roanoke : un mystère vieux de plus de quatre siècles », nous transporte en 1587, lorsque les premiers colons anglais se sont installés sur l’île de Roanoke, au large de l’actuelle Caroline du Nord. Umberto Vasco décrit de manière vivante comment, trois ans plus tard, le gouverneur de la colonie revient pour découvrir que tous les colons ont disparu sans laisser de trace. Ce récit est imprégné de mystère, et malgré de nombreuses hypothèses, le sort des colons de Roanoke reste inexpliqué.
L’article suivant, « Le feu grégeois : l’arme secrète des Byzantins », par Xavier Jeannot, explore une arme légendaire qui a contribué à la défense de l’Empire byzantin contre ses nombreux ennemis. Le feu grégeois, une substance inflammable projetée depuis des canons embarqués sur des navires, semait la terreur parmi les flottes ennemies. Jeannot offre une analyse détaillée de cette arme mystérieuse, explorant son invention, son utilisation et l’impact qu’elle a eu sur les conflits de l’époque.
Enfin, le magazine nous entraîne dans une exploration du Graal avec l’article « Le Graal : cœur lumineux de la chevalerie » de Paul-Georges Sansonetti. Rappelons simplement que Paul-Georges Sansonetti a été chargé de conférences à l’école pratique des Hautes-Etudes Sorbonne. Il est spécialiste de la littérature comparée aux mythologies, au cinéma et aux Art graphiques et est diplômé de l’École du Louvre et titulaire d’un doctorat de lettres.
Paul-Georges Sansonetti
Le Graal, symbole ultime de la quête chevaleresque, est un mélange de légende et de mysticisme. Paul-Georges Sansonetti décrit les diverses interprétations du Graal à travers les âges, de l’objet sacré au symbole de la quête spirituelle. Cet article clôture le magazine sur une note mythique, laissant les lecteurs réfléchir à la convergence de la réalité et de la légende.
Cette édition de Les grandes énigmes de l’Histoire est une lecture incontournable pour tous les amateurs d’histoire et de mystères. Chaque article est une invitation à explorer des récits fascinants, à démêler des énigmes anciennes et à se perdre dans les pages d’un passé riche et complexe. Que ce soit à travers les tragédies des cathares, les secrets des ninjas, les mystères non résolus de Roanoke, les armes redoutables des Byzantins ou les quêtes mythiques du Graal, ce magazine nous rappelle que l’histoire est une source inépuisable de fascination et de découverte.
Rencontre littéraire autour du livre « La Franc-maçonnerie dans la Tunisie coloniale, Saga de la loge “L’Aurore du XXe Siècle” de Bizerte(1900-1940) » de Hedi Saidi
Publié dans la collection Mémoires du Sud aux Editions du Cygne 2024, le récent livre «La Franc-maçonnerie dans la Tunisie coloniale, Saga de la loge “L’Aurore du XXe Siècle” de Bizerte (1900-1940) » de Hedi Saidi sera présenté lors d’une rencontre littéraire. Organisée par l’Alliance Française de Bizerte en partenariat avec l’Amicale des anciens élèves de Bizerte, l’Association de la Sauvegarde de la Médina, l’Association Méditerranée Action Nature et l’Association de Protection et de Sauvegarde du Littoral de Bizerte, la rencontre-débat est programmée pour le vendredi 09 août 2024, à la médiathèque de l’Alliance à partir de 18h00.
La rencontre sera une occasion pour mettre en avant l’histoire de la franc-maçonnerie en Tunisie coloniale qui s’apparente à un voyage à travers un labyrinthe d’histoires et de perceptions. Comme le souligne Hedi Saidi, chaque Franc-maçon nourrit sa propre vision de cet art de vivre, rendant sa définition unique et plurielle.
L’ouvrage se présente comme une invitation à décrypter cette institution souvent méconnue, en retraçant ses origines tunisiennes et en s’attardant sur l’histoire de la loge bizertine “L’Aurore du XXe Siècle”. Cette approche permet d’appréhender la franc-maçonnerie dans son contexte colonial, en analysant son évolution, sa sociabilité et les figures qui l’ont animée.
L’auteur met en lumière les représentations de la franc-maçonnerie véhiculées au sein de la société coloniale. Il interroge les réactions des Francs-maçons face à ces perceptions et examine les réponses concrètes apportées aux problématiques sociales rencontrées par la population tunisienne.
S’il est difficile de dresser un bilan exhaustif de l’implantation maçonnique en Tunisie coloniale, compte tenu des disparités d’information, l’ouvrage pose une question centrale : la franc-maçonnerie a-t-elle réussi à s’intégrer au sein de la société coloniale tunisienne ?
L’analyse de l’auteur, loin de prétendre à des révélations absolues, s’appuie sur des sources accessibles et invite à une réflexion approfondie sur le rôle et l’impact de la franc-maçonnerie dans ce contexte historique complexe.
Hédi Saïdi, est agrégé, enseignant d’Histoire au Campus des Métiers Gaston Berger de Lille (France) et à l’Institut Social de Lille et membre de LERIC-Sfax (Tunisie) et de L’URMIS-Paris. Il est Chevalier de la Légion d’Honneur et Chevalier des Palmes académiques.
Il est également président- fondateur de l’Association jeunesse-intégration-solidarité républicaines et président du Forum régional contre les discriminations et pour une nouvelle citoyenneté depuis 2003.Il est également Président du festival culturel franco tunisien « De Carthage à Paris », de 1996 à 2002, membre de la cellule académique de veille contre les discriminations et le repli identitaire de l’Académie de Lille depuis 2004 e Depuis 2012, il dirige la collection « Diversités », L’Harmattan-Paris. Avec TAP
Par recoupements avec d’autres sources, les historiens rétablissent une image crédible de ce qui s’est réellement passé lors de la naissance du peuple hébraïque et de sa religion. Les imports dans les légendes maçonniques sont eux aussi secoués.
La bible a longtemps été considérée comme à la fois livre religieux et historique. D’ailleurs il existe toujours des congrégations qui imposent une lecture au premier degré de tous les textes, d’où il ressort que le monde a été créé ex nihilo il y a environ 6000 ans. Heureusement, chez nous, tout n’ est que symbole. Les historiens contemporains, eux, ont décidé de ne déclarer historique que les éléments que l’on a pu recouper avec d’autres sources. Ces autres sources sont les textes des peuples contemporains et voisins des tribus juives. Il y a d’abord les grandes puissances régionales, dont les peuples de taille plus modeste étaient souvent vassaux : l’Assyrie en Mésopotamie, relayée plus tard par Babylone, L’Egypte des pharaons, puis plus tard la Perse et enfin les grecs avec Alexandre le Grand et la période hellénistique. Mais les voisins plus modestes ont également des apports intéressants.
Par exemple, ils avaient des dieux tutélaires, avec leur cortège de légendes donnant d’éclairants parallèles avec la bible.
Une immersive plongée dans cette époque, et dans le cheminement prudent de la pensée des historiens, est constituée par le livre « l’invention de Dieu », de Thomas Römer, membre du Collège de France. Parmi les difficultés à ne pas négliger figurent l’écriture hébraïque ancienne, et son absence de transcription des voyelles, mais aussi les multiples recopies/traductions/remaniements qu’ont subi les textes. En effet, les rouleaux de papyrus ou de peaux de chèvre ou de vache avaient une durée de vie limitée et leur contenu devait au bout de quelques décennies être recopié sur de nouveaux rouleaux. Il est néanmoins saisissant de suivre la progression de la pensée religieuse de ce peuple, sachant que pendant tout ce temps se déroulent des guerres, révoltes ou dominations avec à chaque fois des influences culturelles et cultuelles imposées. Au bout de tout cela fut inventée la notion de monothéisme, reprise par le christianisme et l’islam, quasiment inchangée depuis. La migration vers le monothéisme a nécessité beaucoup d’autres changements dans les pratiques et les mentalités, c’est l’objet de ce billet.
Offrons nous juste quelques arrêts sur image.
Yhwh se fait connaître lorsque Moïse, faisant paître le troupeau de son beau-père Jethro, se perd et arrive à une « montagne de dieu » appelée Horeb. L’idée que le dieu Yhwh a une origine non israélite s’est assez vite imposée dans la recherche. Jethro était prêtre madianite, ce qui pointe la région sud avec notamment le Neguev. Autour des égyptiens gravitaient plusieurs peuples semi-nomades, dont les madianites, les Shasou et les Hapiru. Moïse était peut-être un révolté de l’un de ces groupes. Une alliance est scellée entre Yhwh, qui se présente comme celui qui a vaincu les égyptiens, et le peuple de Moïse, et ratifiée par un rituel de sang. A noter que les sacrifices humains étaient courants à l’époque, chose que les transformations religieuses juives élimineront au cours du dernier millénaire avant JC, en parallèle de la marche vers le monothéisme.
D’autres dieux étaient vénérés à l’époque dont El ( ou El Elyon ), noms qui reviennent à plusieurs reprises dans la Genèse, par exemple en rapport avec Abram. On le retrouve aussi dans la dernière syllabe d’Israël , nom pris par Jacob après sa lutte.
La véracité historique d’une victoire des révoltés conduits par Moïse sur les égyptiens est ébranlée depuis la découverte de la stèle du pharaon Merenptah, muette quant à un exode hors d’Egypte, mais indiquant que suite à une guerre « Israël est détruit, sa semence même n’est plus ». Allez savoir.
Toujours est-il que ce dieu Yhwh a été introduit dans la région de Benjamin et Éphraïm où se trouve Israël.
Le fait que Yhwh ne soit devenu le dieu du peuple d’Israël qu’au tournant du deuxième et du premier millénaire avant notre ère est conforté par les toponymes judéens ou israélites. Israël, étant le royaume du Nord, jouira de la prospérité avant la Judée, royaume du sud, et finira par prendre Samarie comme capitale. Mais le polythéisme régnait. A côté de El et Yhwh il y avait aussi un Baal, dieu de l’orage, similaire au Baal phénicien. Et les Baal étaient représentés par des taureaux…de là à voir Yhwh représenté par un taureau, il n’y a qu’un pas. Car oui, les statues n’étaient pas interdites à l’époque. L’imagerie pouvait aussi être une représentation stylisée : c’était le cas d’Ashérah, parèdre de Yhwh ( mentionnée dans la bible ). Et des pierres levées furent également utilisées, par exemple dans les sanctuaires de plein air des petites bourgades. C’est donc un autre point de la révolution monothéiste : l’élimination progressive, mais pas lente, de ces représentations pour obtenir l’aniconisme que nous connaissons.
Ceux qui ont surtout tenu la plume de l’écriture des textes bibliques provenaient du royaume judéen, et ils ont chargé la mule de la culpabilité du royaume du Nord.
C’était une explication nouvelle ( le storytelling, il n’y que ça qui marche ! ) : les échecs ont été provoqués par Yhwh en instrumentalisant nos ennemis, pour punir les juifs des irrégularités commises. La première de celles-ci est l’adoration d’autres dieux que Yhwh, dieu jaloux. Le veau d’or semble s’être situé à Samarie plutôt qu’au Sinaï. Le fervent yahwiste Jéhu a dû néanmoins se soumettre aux Assyriens et reconnaître du coup la suprématie de leurs dieux. Ceci a ouvert la porte à l’essor du royaume du Sud, notamment par déplacement d’une partie de la population du Nord.
Concernant le royaume de Judée, l’existence de la « maison de David » est attestée par une inscription araméenne retrouvée à Tel Dan. Les territoires de David se trouvent dans la zone d’influence des Philistins et David est représenté comme ayant été l’un de leurs vassaux.
Plusieurs épisodes concernent l’arche, protection mobile de Yhwh.
Main sur la Bible lors du serment
(« Yhwh a dit qu’il voulait habiter dans l’obscurité. ») La construction (ou rénovation) du temple vient ensuite, fort détaillée. Dans ce temple, serait réservée une sorte de chapelle latérale, un deuxième dĕḇîr, pour Yhwh. Le sanctuaire abriterait donc non pas un mais deux dieux !! N’est-ce pas étonnant ?
Je ne comprends pas pourquoi nos exégètes maçonniques ne se sont pas emparés de cette question vitale.
Ils étaient sans doute trop occupés à se quereller au sujet de l’obligation ou non de croire en un dogme révélé ( Laurence Dermott, si tu nous regardes… ).
Même à Jérusalem, Yhwh n’a pas été vénéré seul.
Bible ouverte avec équerre, compas dans le Temple. Serment
À Moab au fil du temps les membres du panthéon cananéen s’effacent quelque peu derrière le dieu dynastique qui prend de plus en plus de place. Un développement similaire a sans doute eu lieu à Jérusalem. Dans le cadre du culte royal, on a dû assez rapidement affirmer la supériorité de Yhwh sur la divinité solaire. L’importance du culte solaire à Jérusalem peut, entre autres, s’expliquer par l’influence égyptienne.
Contrairement au royaume du Nord, le Yhwh de Jérusalem a été fréquemment imaginé assis sur un trône flanqué de chérubins ou entouré de séraphins ( également courants dans l’iconographie assyrienne ). Des trônes avec des chérubins figurent aussi sur le sarcophage du roi phénicien Ahiram ( tiens ? ) , daté entre le IXe et le VIIe siècle av JC.
Pendant que je vous tiens sur ce sujet, sachez que le seul Hiram de Tyr historiquement attesté se trouve sous le nom de Hirammu dans les annales du roi assyrien Tiglath-Piléser. Voilà, moi aussi je suis érudit.
Les récits de construction de temple sont nombreux dans les textes assyriens, et celui dans la bible leur ressemble mucho mucho…
La catastrophe de la destruction de Jérusalem et de l’exil par les Babyloniens en 587 a été expliquée par une ou des statues de Yhwh, ce qui a précipité l’interdiction des représentations. Le chandelier se substituera à la statue. Yhwh accompagnera les exilés à Babylone. « On ne dira plus : “Arche d’alliance de Yhwh.” Cet oracle substitue à l’arche, en tant que trône de Yhwh, la ville de Jérusalem qui tout entière devient le « siège » du dieu d’Israël, le centre du monde.
Être le seul vrai dieu n’autorise guère de partenaire, aussi Ashérah fut, malgré les résistances, « exfiltrée » comme relevant d’un culte non yahwiste. En Mésopotamie, la « maison d’Ishtar » peut aussi désigner le bordel, et il existe sans doute un lien entre prostitution et culte d’Ishtar. L’interdiction de la prostitution dans les lieux de culte fut une autre des innovations bibliques.
Yhwh devient le dieu « un » et Jérusalem le seul endroit légitime pour pratiquer le culte sacrificiel.
L’insistance sur l’unité de Yhwh s’accompagne de l’exigence d’un amour total et sans partage pour la divinité. La fermeture (au moins théorique) des boucheries dans les sanctuaires locaux nécessite maintenant la permission d’un « abattage profane ».
La prise de Babylone par Cyrus en 539 avant notre ère permit le retour des exilés avec autorisation de pratique de leur culte. Yhwh est certes le dieu qui règne sur tous les peuples, néanmoins, il entretient une relation particulière avec Israël. Cependant, Israël ne doit pas « profiter » de cette connaissance, d’où l’interdiction, qui se précise durant la seconde partie de l’époque perse, de prononcer le nom de Yhwh. Satan apparaît sous l’influence mazdéiste du dualisme perse. Le remplacement des sacrifices animaliers par un sacrifice d’encens peut également refléter une influence perse car le mazdéisme préfère les sacrifices végétaux aux sacrifices sanglants.
Vu tout cet historique, le monothéisme yahwiste ne s’enracine plus dans l’idéologie royale, mais est une réaction à la disparition de la royauté et à l’écroulement de la religion nationale traditionnelle.
Un des premiers gouverneurs de Yehud semble avoir été Zorobabel, un déporté, d’ascendance royale davidique et commis par les Perses.
Bible maçonnique
Ceux-ci pensaient sans doute que son pedigree royal convaincrait la population autochtone de collaborer avec lui. La disparition très soudaine de Zorobabel dans la Bible suggère cependant que les Perses l’ont démis de ses fonctions pour empêcher des attentes messianiques.
C’est le Pentateuque qui se substitue aux institutions politiques, mais aussi au pays, de sorte qu’il devient, pour reprendre une expression célèbre du poète Heinrich Heine, une « patrie portative » qui permet au judaïsme de vénérer Yhwh en conservant les lois qui se trouvent dans la Torah et qu’on peut lire partout où il y a des synagogues. Lorsque Pompée entre en 63 avant notre ère dans le temple de Jérusalem, il découvre avec stupéfaction qu’il est vide, ce qui paraît une chose inconcevable.
La transformation de Yhwh en dieu unique est achevée par le refus du judaïsme de l’appeler par son nom et, surtout, par la traduction de la Torah en grec, ce qui permet alors au monde entier (vu de la perspective gréco-romaine) de le découvrir et, éventuellement, de se tourner vers lui.
Ce trop court survol d’un millénaire particulier doit nous faire réfléchir au processus de formation des croyances, religieuses ou idéologiques. Comment ne pas voir que toutes ont été construites par « cherry-picking » d’éléments captés alentour ? Et en cela la franc-maçonnerie a fait strictement pareil.
Une « entreprise terroriste » caractérisée, même si l’action violente envisagée n’a pas été mise en œuvre, mais le choix d’une qualification délictuelle. Telle est la position du parquet national antiterroriste (PNAT) pour l’un des pans du vaste dossier concernant le gourou complotiste et ex-cadre du MoDem Rémy Daillet-Wiedemann (RDW) : le « projet Alsace » d’attaque contre des loges maçonniques dans l’est de la France, fomenté à partir d’avril 2020 et jusqu’en mai 2021 par « un groupe d’individus acquis à l’idéologie néonazie ».
Dans un réquisitoire définitif du 4 juillet, le PNAT demande le renvoi de huit personnes pour « association de malfaiteurs terroriste » devant le tribunal correctionnel de Paris. RDW avait échappé à une mise en examen dans ce volet où son rôle apparaît « indirect et résiduel », considère-t-il.
[NDLR : Pour mémoire, nous vous proposons un aperçu de l’affaire concernant Rémy Daillet-Wiedemann et le « projet Alsace » :
Rémy Daillet-Wiedemann
Rémy Daillet-Wiedemann est une figure controversée en France, ayant été associé au parti centriste MoDem avant de s’en éloigner et de devenir un gourou complotiste. Il est connu pour ses théories du complot et ses appels à la sédition. Il a notamment gagné en notoriété pour ses prises de position contre les mesures sanitaires liées à la pandémie de Covid-19 et pour ses discours incitant à la rébellion contre les autorités françaises.
Le « projet Alsace »
Le « projet Alsace » est l’une des branches de l’enquête sur les activités de Rémy Daillet-Wiedemann. Ce projet visait à attaquer des loges maçonniques dans l’est de la France. Selon les informations disponibles, le projet a été préparé par un groupe d’individus adeptes de l’idéologie néonazie. Les préparatifs ont commencé en avril 2020, en pleine pandémie, et se sont poursuivis jusqu’en mai 2021.
Les loges maçonniques
Les loges maçonniques, cibles du complot, sont souvent perçues par certains groupes extrémistes comme des lieux de pouvoir occulte et de complot international, ce qui alimente les théories du complot à leur égard.
L’enquête du PNAT
Le parquet national antiterroriste (PNAT) a pris en charge cette affaire en raison de la gravité des accusations et de la menace potentielle que représentait ce complot. L’enquête a permis de révéler les intentions du groupe néonazi et de prévenir toute attaque contre les loges maçonniques.
Le démantèlement du réseau
Grâce à une surveillance accrue des communications et des activités en ligne des groupes complotistes et néonazis, les autorités ont pu identifier et arrêter plusieurs individus impliqués dans ce projet. Cette opération a été cruciale pour empêcher une attaque terroriste et pour démanteler une partie du réseau de Daillet-Wiedemann.
Le contexte général
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de montée des idées complotistes et extrémistes en France et ailleurs, souvent exacerbées par la pandémie de Covid-19. Les mesures de confinement et les incertitudes liées à la pandémie ont contribué à une radicalisation de certains groupes, qui voient dans les théories du complot une explication simpliste à des problèmes complexes.
Rémy Daillet-Wiedemann fait l’objet de plusieurs enquêtes et accusations, non seulement pour le « projet Alsace », mais aussi pour d’autres activités illégales, y compris l’organisation de réseaux de kidnapping. Il continue de nier les accusations portées contre lui et se présente comme une victime d’un complot étatique.
En conclusion, le « projet Alsace » est un exemple frappant de la manière dont les théories du complot peuvent se transformer en menaces réelles, nécessitant une vigilance accrue de la part des autorités pour prévenir des actes de violence.]
En cette période exaltante des Jeux olympiques de Paris 2024, nous avons l’honneur et le plaisir d’inviter nos fidèles lecteurs à partager une lecture maçonnique du film emblématique « Les Chariots de feu ».
« Les Chariots de feu », le chef-d’œuvre
Ce chef-d’œuvre cinématographique, plus qu’un simple récit sportif, est une profonde exploration des aspirations humaines, des convictions personnelles et de la lutte contre les préjugés, des thèmes qui résonnent puissamment avec les valeurs et les principes de la franc-maçonnerie. À travers les parcours inspirants d’Éric Liddell et Harold Abrahams, nous découvrirons ensemble comment leur quête de perfection, leur engagement inébranlable et leur volonté de surmonter les obstacles reflètent les idéaux maçonniques de persévérance, de fidélité à soi-même et de recherche de la vérité.
Une analyse enrichissante, mais profane
Rejoignez-nous pour cette analyse enrichissante où nous explorerons les symboles et les messages profonds de ce film intemporel, et célébrons ensemble la convergence de l’excellence sportive et des valeurs spirituelles en ces moments de célébration olympique.
« Les Chariots de feu », une œuvre cinématographique britannique de 1981 réalisée par Hugh Hudson et scénarisée par Colin Welland, transcende le simple film de sport pour devenir une exploration poétique des aspirations humaines, des convictions religieuses et de la lutte contre les préjugés. L’intrigue, basée sur des faits réels, plonge le spectateur dans l’histoire de deux athlètes britanniques, Éric Liddell et Harold Abrahams, qui, par leurs parcours singuliers, convergent vers les Jeux olympiques de Paris en 1924.
Éric Liddell, JO 1924
Liddell, fils de missionnaires écossais, est habité par une foi chrétienne inébranlable. Pour lui, la course est une manière de rendre gloire à Dieu, une expression de sa spiritualité et de sa gratitude pour le don de la vitesse. Son engagement est total, sa détermination sans faille, mais il est également tiraillé entre sa passion pour la course et son devoir religieux. La tension culmine lorsque Liddell découvre que l’épreuve du 100 mètres, pour laquelle il est favori, doit avoir lieu un dimanche, jour sacré pour lui. Fidèle à ses principes, il refuse de courir ce jour-là, un geste qui pourrait lui coûter la médaille d’or. Sa résolution, néanmoins, est récompensée lorsqu’il participe à une autre épreuve et remporte la victoire, transcendant ainsi les limites de l’exploit sportif pour devenir un symbole de la foi et de la persévérance.
Harold Abrahams, vainqueur du 100 mètres aux JO de 1924
Abrahams, quant à lui, est un jeune homme d’origine juive, confronté aux barrières de l’antisémitisme et aux attentes de la société britannique de l’époque. Sa quête de reconnaissance et de succès est animée par un désir intense de prouver sa valeur et de briser les stéréotypes. Contrairement à Liddell, sa motivation ne réside pas dans la religion mais dans une volonté farouche de dépasser ses limites et de défier ceux qui doutent de lui. Abrahams engage un entraîneur professionnel, Sam Mussabini, une décision controversée dans un milieu où l’amateurisme est encore vénéré. Cette collaboration, pourtant, s’avère fructueuse et marque un tournant décisif dans sa préparation. La relation entre Abrahams et Mussabini est l’illustration parfaite de l’alchimie entre le talent inné et l’expertise acquise, entre le potentiel brut et le raffinement technique.
Vangelis, en juillet 2012
Le film, magnifié par la musique envoûtante du grec Vangelis nom de scène d’Evángelos Odysséas Papathanassíou (1943-2022), dont le thème principal est devenu iconique, évoque non seulement la beauté de l’effort physique mais aussi la profondeur des motivations personnelles. Les scènes de course, filmées au ralenti, capturent la grâce et l’intensité des athlètes, leurs visages tendus par l’effort, leurs muscles tendus comme des arcs, chaque foulée résonnant comme un battement de cœur. La bande sonore électronique, contrastant avec l’époque représentée, insuffle une dimension intemporelle et presque mystique aux exploits des coureurs.
« Les Chariots de feu » a été salué par la critique et le public, remportant quatre Oscars, dont celui du meilleur film. Il a également été primé pour son scénario original, ses costumes d’époque authentiques et bien sûr, pour sa musique originale. Le film n’est pas seulement un témoignage de l’histoire sportive, mais une réflexion sur la condition humaine, sur ce qui pousse les individus à se dépasser, à rester fidèles à leurs convictions, et à lutter contre l’adversité. Chaque personnage, chaque scène, chaque note de musique contribue à tisser une toile riche et complexe où se mêlent les thèmes de la foi, de l’identité, de la discrimination et de l’amitié.
En somme, « Les Chariots de feu » transcende les frontières du genre pour offrir une expérience cinématographique profonde et émouvante. Il nous rappelle que derrière chaque victoire sportive se cache une histoire humaine de sacrifice, de courage et de détermination. Le film nous invite à réfléchir sur nos propres motivations et sur la manière dont nous pouvons, chacun à notre manière, courir notre propre course dans la vie.
L’analyse de « Les Chariots de feu » à travers le prisme de la franc-maçonnerie
Elle révèle des thèmes et des symboles profondément en résonance avec les valeurs et les principes de l’art royal.
La franc-maçonnerie, imprégnée d’aspirations à la quête de perfection morale, à l’amélioration de soi et au service de l’humanité, trouve dans ce film un terreau fertile pour une lecture enrichissante.
Éric Liddell, le premier protagoniste
La dualité des protagonistes, Éric Liddell et Harold Abrahams, peut être vue comme une illustration de la dualité maçonnique du parcours initiatique. Éric Liddell, avec son engagement religieux et sa course pour la gloire de Dieu, incarne la quête spirituelle, le voyage intérieur vers une illumination personnelle et divine. Son refus de courir le dimanche, malgré les pressions, est une expression de sa fidélité à ses principes, une valeur chère à la franc-maçonnerie où l’adhésion à ses propres convictions et l’intégrité morale sont fondamentales. Cette fidélité aux principes malgré les sacrifices nécessaires rappelle la nature initiatique du chemin maçonnique, où chaque épreuve surmontée rapproche l’initié de la lumière.
Harold Abrahams, le second
Harold Abrahams, de son côté, représente la lutte contre les préjugés et la quête de reconnaissance sociale, un autre aspect de l’initiation maçonnique. En tant que juif, il est confronté à l’antisémitisme et à la discrimination, ce qui résonne avec la franc-maçonnerie qui prône l’égalité et la fraternité au-delà des différences de race, de religion ou de statut social. Sa détermination à s’améliorer, son recours à un entraîneur professionnel malgré les conventions de l’époque, symbolise la quête de la maîtrise et de la perfection, un pilier central de l’idéal maçonnique. Abrahams, en brisant les chaînes des préjugés, incarne l’aspiration maçonnique à la libération de l’esprit et à la promotion de l’égalité.
Le parcours des deux athlètes peut être comparé à l’ascension à travers les degrés maçonniques. Chacun, à sa manière, franchit les obstacles et surmonte les épreuves pour atteindre son but ultime. Leur préparation et leurs entraînements sont autant de symboles des épreuves initiatiques que doivent traverser les francs-maçons pour atteindre la connaissance et la lumière. Le soutien de leurs mentors, que ce soit l’entraîneur Sam Mussabini pour Abrahams ou la foi profonde pour Liddell, peut être assimilé au rôle des parrains et des guides dans le chemin maçonnique, fournissant les outils et les conseils nécessaires pour progresser.
La musique de Vangelis, omniprésente et envoûtante, ajoute une dimension presque rituelle aux scènes de course. Les moments de silence, suivis de la montée en puissance de la musique, peuvent être perçus comme des phases de réflexion et d’illumination dans les rites maçonniques. La bande sonore électronique contraste avec l’époque représentée, créant une ambiance intemporelle, tout comme les rituels maçonniques transcendent le temps pour relier les initiés aux valeurs éternelles de la fraternité et de la quête spirituelle.
Enfin, le thème central du film, la victoire au-delà de la simple compétition sportive, est en parfaite adéquation avec l’idéal maçonnique de la victoire de l’esprit sur la matière. Les triomphes de Liddell et d’Abrahams ne sont pas seulement des succès athlétiques, mais des triomphes personnels et moraux, fruits de leur persévérance, de leur foi et de leur volonté de surmonter les obstacles. Cela rappelle la quête maçonnique de la transformation personnelle et de l’élévation de l’âme, où chaque succès est une marche de plus vers l’idéal de perfection humaine.
En conclusion, « Les Chariots de feu » peut être interprété comme une allégorie de l’initiation maçonnique, où les valeurs de persévérance, de fidélité à soi-même, de lutte contre les préjugés et de quête de perfection sont magnifiquement mises en lumière. Les personnages et leurs parcours incarnent les principes maçonniques de la quête de la vérité, de l’amélioration de soi et du service à l’humanité, faisant de ce film non seulement un chef-d’œuvre cinématographique, mais aussi une source d’inspiration pour toute réflexion philosophique et spirituelle.
« Les Chariots de feu » (« Chariots of Fire ») de Hugh Hudson, avec Nigel Havers, Ian Holm, John Gielgud