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06/03/24 : Hôtel de la Grande Loge de France – Inauguration de l’orgue du Grand Temple

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Nous sommes ravi d’apprendre que la Grande Loge de France (GLDF), dont nous nous étions fait déjà l’écho dans notre article du 28 octobre 2023 « Grande Loge de France : Plein feux sur l’histoire, la culture et la spiritualité », inaugure son nouvel orgue au Grand Temple Pierre Brossolette de la Grande Loge de France.

Le concert inaugural prévu pour le 6 mars 2024 dans le Grand Temple de la rue Louis Puteaux, à Paris XVIIe est un événement exceptionnel, mettant en vedette un nouvel orgue contemporain de très grande qualité – l’orgue originel avait été démonté il y a plusieurs dizaines d’années.

Thierry Zaveroni, Grand Maître de la Grande Loge de France ©GLDF

La présence du Grand Maître Thierry Zaveroni souligne l’importance de l’événement pour la Grande Loge de France. L’histoire du lieu, une ancienne chapelle d’un couvent de moines récollets avec une acoustique extraordinaire, promet une expérience auditive remarquable.

Le programme incluant des œuvres de Louis-Nicolas Clérambault, Wolfgang Amadeus Mozart, et César Franck, interprétées par des organistes de grand renom, ainsi que des pièces pour orgue seul, orgue et voix, et orgue et clarinette, est particulièrement attrayant pour les amateurs de musique classique et les passionnés d’orgue.

Pour ceux intéressés par cet événement gratuit et ouvert à tous, il est conseillé de s’inscrire rapidement en raison de la capacité limitée.

Des œuvres de :

Louis-Nicolas Clérambault.

Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749)

Louis-Nicolas Clérambault était un compositeur, organiste et claveciniste français de la période baroque. Né à Paris, il a été formé par son père, puis par Jean-Baptiste Moreau et probablement André Raison, deux figures importantes de la musique de l’époque. Clérambault est surtout connu pour ses cantates françaises, un genre dans lequel il a excellé, et pour sa musique d’orgue. Il a occupé plusieurs postes prestigieux tout au long de sa carrière, dont celui d’organiste à l’église Saint-Sulpice à Paris et de maître de musique des enfants de la Chapelle royale. Ses œuvres reflètent le goût de son époque pour la mélodie élégante, l’expression des affections et l’usage raffiné de l’harmonie.

Wolfgang Amadeus Mozart.

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Wolfgang Amadeus Mozart est l’un des compositeurs les plus influents et célèbres de la musique classique. Né à Salzbourg, dans l’actuelle Autriche, il a montré très tôt des talents prodigieux pour la musique, voyageant à travers l’Europe avec sa famille et se produisant devant des cours royales dès son plus jeune âge. Mozart a été un compositeur prolifique, dont l’œuvre embrasse tous les genres musicaux de son époque, incluant des symphonies, des opéras, de la musique de chambre, des concertos et des œuvres chorales. Parmi ses œuvres les plus célèbres figurent « Le Nozze di Figaro », « Don Giovanni », « La Flûte enchantée », la Symphonie n° 40, et le Requiem, qui était encore inachevé à sa mort. Mozart est décédé à Vienne à l’âge de 35 ans, laissant derrière lui un héritage qui continue d’influencer la musique classique.

César Franck.

César Franck (1822-1890)

César Franck était un compositeur, pianiste et organiste belge naturalisé français, figure majeure de la musique romantique en France. Bien que né à Liège, en Belgique, la majeure partie de sa vie professionnelle s’est déroulée à Paris, où il a exercé une influence considérable en tant que professeur au Conservatoire de Paris et organiste à la basilique Sainte-Clotilde. Son style de composition est caractérisé par une utilisation riche et innovante de l’harmonie et du développement thématique. Parmi ses œuvres les plus connues, on trouve la Symphonie en ré mineur, le Prélude, Choral et Fugue pour piano, et le poème symphonique « Le Chasseur maudit ». Franck est également célèbre pour sa musique de chambre, comme son Quintette pour piano et cordes et le Sonate pour violon et piano. Sa musique, profondément expressive et souvent spirituelle, a grandement contribué au renouveau de la musique de chambre et symphonique en France.

Infos pratiques : Grande Loge de France – 8 rue Louis Puteaux, 75017 Paris

Pour s’inscrire.

Temple Pierre Brossolette, Grand Temple de la Grande Loge de France.
Temple Pierre Brossolette, Grand Temple de la Grande Loge de France.

Dominique Segalen vous offre un chapitre de son dernier roman… « Une nuit au parc »

Vous connaissez très certainement l’auteure Dominique Segalen. Elle nous propose un passage de son dernier roman « Une nuit au parc » aux Éditions DETRAD, puis une analyse du processus créatif du roman.

Recension de Laurent Segalini

Une jeune informaticienne, solitaire et sensible, crée une Intelligence Artificielle bientôt dérobée par un personnage narcissique et sans scrupules pour entraîner son ex-petite amie et son nouveau compagnon dans un escape game « connecté » vengeur, dans la nuit profonde d’un parc d’attraction désert. Le tortionnaire ignore cependant la trame fondamentale de son piège cauchemardesque, dévoilé par bribes : rien moins que le processus de l’initiation maçonnique. Infligé comme un poison, le jeu s’avèrera dès lors, par ses vertus propres, un remède (pharmakon) qui éveillera l’homme qualifié en perdant le « mauvais compagnon ». Il bouleversera également une machine qui y gagnera la première lumière d’une conscience authentique.

Prenant appui sur une thématique qui travaille les fantasmes contemporains (l’IA), l’auteure bâtit un roman qui interroge naturellement le concept d’humanité : s’il est des hommes déshumanisés, certaines machines intelligentes (donc capables de « relier ») ne peuvent-elles à l’inverse parvenir à ce mystérieux frémissement d’où jaillit l’humain ?

S’il faut saluer l’originalité et l’usage romanesque astucieux de la Maçonnerie comme vecteur d’humanisation, on peut certes ne pas partager l’optimisme (bien sûr prudent et circonstancié) de l’auteur et débattre de certains présupposés philosophiques. Il reste que cette Nuit au Parc a le mérite de soulever de manière inattendue certains questionnements qui l’inscrivent de manière originale dans une tradition littéraire plus vaste, dont un large pan de la « science fiction » philosophique renouvelé en son temps par le Frankenstein de Mary Shelley.

Fluide, nerveux, bien construit et finement pensé, le roman généreux de Dominique Segalen sera une découverte pour qui ne connaît que l’œuvre historique de l’auteur, spécialiste de l’Histoire du Droit Humain. Ajoutons que, si le Maçon y trouvera joli grain à moudre, Une Nuit au Parc peut aussi constituer pour le « profane » une première approche, judicieuse et inspirante, de la « substance » maçonnique…

Laurent Segalini    

Chapitre 5

Depuis la régie-ouest du parc d’attractions dans laquelle il vient de prendre son poste de remplaçant, Mickaël règle les caméras de sécurité sur la file d’attente. Il zoome sur la foule disparate qui patiente à l’entrée et repère enfin le couple qu’il cherche. La fille et son mec font la queue au guichet d’accueil, derrière une dizaine de jeunes qui gesticulent et parlent fort.

Ils ont mordu à l’hameçon. Au jour et à l’heure qu’il leur a fixé. Aujourd’hui, la partie de chasse est ouverte et il est aux commandes.

Pour Yann, cette soirée inattendue est un moment de récréation bienvenu qui ponctue une semaine bien chargée mais pour Laurence, nettement moins emballée mais qui ne veut pas gâcher son plaisir, c’est un divertissement pour bobos qui retombent en enfance.

Elle aurait préféré aller voir un bon film. Ces parcs d’attractions bourrés de familles qui déambulent en short et baskets, avec des antennes de fourmi sur la tête et le sourire au beau fixe comme si c’était Noël, lui ont toujours semblé aussi incongrus que les cours de rire en ligne ou l’achat de larmes artificielles. Ça sent l’attrape-touristes, le passe-temps estival, l’ennui mortel.

L’employé du guichet à qui Yann remet son invitation, une sorte de barista au sourire peroxydé, lui tend sa tablette pour qu’il scanne le QRCode du parc avec son portable.

— Mademoiselle Manoury et Monsieur Peltier, bienvenue ! récite-t-il sur un ton commercial. Validez ici, je vous prie. Les salles de jeux d’évasion sont groupées dans l’allée R, près du pôle des jeux électroniques. Nous vous souhaitons une agréable soirée ! dit-il en ponctuant d’une courbette.

Yann le remercie, ôte ses lunettes pour les nettoyer avec le bas de son tee-shirt et invite Laurence à emprunter la promenade qui longe les stands de tir, les tyroliennes, les passerelles oscillantes, les trois-mâts en péril et les sauts de Tarzan.

Comme elle est vissée à son téléphone et ne regarde rien de ce qui l’entoure, il ouvre sur le sien l’application qu’il a téléchargée pour localiser le lieu du rendez-vous : un plan lui indique le chemin. Il est dix-neuf heures trente et le jeu débute à vingt heures, ils ont largement le temps de s’y rendre.

Ils descendent le long d’un canal aménagé où dérive une file de bateaux bondés de familles remuantes et se retrouvent dans la réplique d’un sous-bois plus calme, avec des chants d’oiseaux relayés par haut-parleurs. Les arbres sont vrais, quand même, c’est déjà ça.

Yann est du genre à se détendre si tout va bien, mais là, il est contrarié. Que penser de leur toute première dispute de la veille, pour un détail insignifiant ? Il se sent mal à l’aise comme un acteur minable dans une mauvaise série B, et ça colle avec ce décor en carton pâte. Laurence a peut-être raison, cette soirée n’est pas un plan idéal pour leur dernier jour de congé.

Sa compagne marche d’un bon pas, un peu en retrait, en surfant rapidement sur son téléphone. Elle se laisse jusqu’à demain pour supprimer à tête reposée ses comptes sur les réseaux sociaux qui, de toute façon, ne lui apportent rien.

Le terrain descend mollement vers un carrefour de sentiers balisés. Comme la nuit tombe, une rampe de mini projecteurs s’allume en pointillés le long du chemin et Yann s’oriente d’après les repères signalés sur son écran. Il fait doux pour un mois de mars, mais un vent désagréable se lève, des roulements de tonnerre grondent et l’orage éclate sans prévenir avec des éclairs aveuglants. Bientôt, de larges gouttes plates leur tombent dessus comme des galettes et il ne voit aucun abri pour les protéger.

— Par ici, vite ! s’écrie-t-il en guidant sa compagne dans un décor stroboscopique.

Ils courent sous la pluie qui monte en puissance. Le tonnerre se déchaîne. Trois allées plus loin, se profile leur objectif : un groupe de plusieurs baraques en bois aux façades biscornues. Yann repère la numéro 11, une réplique en réduction d’une maison de style Louisiane lasurée de blanc, les fenêtres en encorbellement garnies de frises brisées à plusieurs endroits. On dirait une caricature de maison hantée, plantée de guingois sur un drôle de talus.

Ils grimpent trois marches et poussent une porte peinte de lettres dégoulinantes, d’un rouge agressif : Qui entre ici ne sait rien encore.

— Bienvenue chez les zombies ! plaisante Laurence qui s’engouffre à l’intérieur en essorant sommairement ses cheveux.

Yann prend les devants :

— On jette un œil par curiosité et on repart si ça ne te dit rien, d’accord ?

— Ça me va, chou. On y est, autant en profiter.

Elle fait mine de lui pincer la joue et son petit regard malicieux le détend d’un coup. Ils s’ébrouent en regardant l’averse crépiter. La porte grince et revient lentement sur son erre.

Yann regarde autour de lui et détaille le vestibule étroit aux murs sombres où s’entassent de vieilles valises, des chaises cassées, une collection de crucifix en ferraille qui débordent d’une caisse en bois vermoulu. Le sol est couvert d’une poussière épaisse dans laquelle s’inscrivent les traces de leurs pas. À droite, une vitrine est bourrée jusqu’à la gueule d’objets hétéroclites.

Plus loin, un sablier et une faucille à lame rouillée sont posés par terre, près d’un squelette adossé au mur, affalé, les pieds écartés, dans une posture un peu ridicule avec son crâne penché en avant, ses longs bras ballants et ses mains posées au sol, paumes en l’air.

Le jeune homme pense au vieux film en noir et blanc qui l’avait marqué à l’époque, avec ces nuages peints d’un gris grotesque et la Grande Faucheuse qui déambulait comme une âme errante dans la lande, sa faux à la main et son manteau à capuchon noir qui voletait dans la tempête comme un vieux drapeau. Cette image tremblotante, dont l’effet dramatique était accentué par une musique poignante et le hurlement d’un vent déchaîné, avait beaucoup impressionné le gamin qu’il était.

Mais la comparaison s’arrête ici. Le décor de ce jeu est une belle découverte. Il est agréablement surpris par la qualité des matières et les finitions. Au fond du couloir, le plus étonnant est ce grand croquis à la craie d’un coq dressé sur ses ergots, complété par quelques phrases manuscrites sur le mur peint en noir : Si la curiosité t’a conduit ici, retire-toi ! Si l’intérêt te guide, va t’en ! Si tu as peur, ne va pas plus loin !

Dessous, sur un petit bureau, sont alignés un crâne humain, des chandelles, une miche de pain moisie et plusieurs coupelles remplies de poudres diverses. On devine du gros sel et ce qui ressemble à du mercure.

— Tu as vu ça ? dit Laurence.

Du menton, elle désigne une inscription dont la moitié disparaît sous une banderole remplie de poussière : « V.I.T.R. » Le reste est illisible.

— On se croirait dans une soirée d’intégration en fac de médecine. C’est drôle, je me disais qu…

Le fracas que fait la porte en se refermant d’un coup sec, suivi d’un double tour de verrou, les laisse haletants et interdits.

Ils se retrouvent dans le noir, à part une minuscule veilleuse au ras du plafond qui n’éclaire pas grand-chose. (à suivre…)

Partage d’une réflexion de Dominique Segalen sur sa création

L’INSPIRATION ET LE PROCESSUS CRÉATIF

Tout commence par un défi lancé par les Éditions Detrad qui me proposent d’écrire, entre
deux ouvrages historiques, un roman initiatique. L’idée me plaît immédiatement.
La structure narrative du roman initiatique est basée sur des règles précises. Elle comporte :
— Des personnages qui évoluent grâce aux épreuves qu’ils traversent, chacun ayant sa
quête à résoudre : ce sont les héros de l’histoire, qui en ressortiront transfigurés.
— L’intervention d’un protagoniste antipathique : à la fois l’élément déclencheur de la
quête, et l’obstacle à vaincre par les héros pour atteindre leur but.
— Des péripéties, lorsque le héros de l’histoire entre en action pour rétablir la situation.
— Une aide extérieure, qui peut lui être apportée par un personnage inattendu, sur lequel
personne ne comptait au départ.
— Un lieu mystérieux qui incarne un « monde hostile et réaliste » en déstabilisant les héros, pour déclencher chez eux une prise de conscience et une remise en question de leurs certitudes.
— Enfin, le dénouement : l’accomplissement de la quête (ou pas) et les effets obtenus.
Hormis le protagoniste antipathique qui après tout, pourrait être le squelette du cabinet de
réflexion, ce scénario me rappelle l’atmosphère d’une cérémonie d’initiation maçonnique et
le cheminement du profane pour affronter les épreuves, avant de recevoir la Lumière.
Je pose déjà cette ébauche de structure.

LE DÉCLENCHEUR

Pour écrire une histoire, il faut un élément déclencheur qui oriente le thème de l’intrigue. Ce déclic vient d’une conversation passionnante avec mon fils informaticien sur les
technologies numériques, l’Intelligence Artificielle et les escape games, ces jeux d’évasion
grandeur nature très appréciés depuis une quinzaine d’années. Le principe est simple : les
joueurs doivent s’évader d’une pièce close en moins de 60 minutes, ils obtiennent le code de sortie en trouvant des indices et en résolvant une série d’énigmes, et ils sont observés en coulisses par un maître du jeu qui constate leur progrès et les aide, si besoin.
Je trouve intéressant de relier par contraste l’Intelligence Artificielle et le jeu d’évasion issus de notre XXIe siècle, à la Franc-maçonnerie qui date de plus de 300 ans.
D’autant que les trois ont un point commun, l’action se déroule dans un espace fermé : un
ordinateur, une pièce close, une Loge maçonnique. Le genre du récit est tout trouvé, ce sera

Les tribulations de DIEU au G.O.D.F.

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Ce livre tente de montrer le long cheminement qui a permis une « révolution culturelle ». Désormais les croyances sont renvoyées au for intérieur de chacun pour ne laisser, dans l’espace commun, que la liberté de conscience. Les idées nouvelles ne naissent pas d’un coup de tonnerre mais sont le plus souvent le résultat d’une maturation, souvent laborieuse. Alexandre Massol (1805-1875) est à l’origine de l’implantation, au G.O.D.F. d’une morale indépendante de toute théologie. Une cohabitation pacifique et constructive entre personnes de bonne volonté, quelles que soient leurs convictions.

Didier Molines, médecin à la retraite, est né en 1951. Docteur en médecine, il a tout d’abord exercé en cabinet, avant de faire évoluer son activité vers la direction d’établissements médico-sociaux. Il a terminé sa carrière comme Directeur général d’une importante association du secteur social et médico-social. Franc-maçon, membre du Grand Orient de France (G.O.D.F.) depuis 1977, il a exercé différentes fonctions dans les loges symboliques et les chapitres de Rite Français. Il a aussi exercé des mandats nationaux au sein du Grand Orient de France, tant au Conseil de l’Ordre qu’à la Chambre d’Administration du Grand Chapitre Général-Rite Français. Ses travaux portent sur l’évolution des idées, tant par l’étude des décisions du Grand Orient de France, que par l’analyse des rituels historiques ou actuels. Ses recherches s’appuient sur l’étude des archives de l’Obédience et de la Loge la plus ancienne de Béziers. La liberté de conscience fait aujourd’hui partie de l’identité du G.O.D.F. En 1848, la croyance en Dieu et en l’immortalité de l’âme étaient obligatoires pour les maçons : de cette exigence, les athées étaient exclus de l’obédience.

[NDLR : Si tel est votre dé »sir, vous pouvez (re)lire notre note de lecture « Voyage insolite au cœur de la franc-maçonnerie : « Les Tribulations de “Dieu” au Grand Orient de France » du 9 février courant.]

16/03/24 à Genève : Cheminement initiatique de l’Âme au sein du RER

À l’invitation de la Respectable Loge « La Discrétion n°30 » à l’Orient de Genève, le Sérénissime Grand Maître du DNRF-GDDG (Directoire National Rectifié de France – Grand Directoire des Gaules), Jean-Marc Vivenza, tiendra une conférence publique à Genève le samedi 16 mars prochain.

Au cours de cet événement, il aura pour mission d’approfondir les tenants et aboutissants qui confèrent au Rite Écossais Rectifié sa singularité dans le monde maçonnique. Il éclairera l’assemblée sur la manière dont la pratique de ce rite peut mener à une réconciliation intérieure, c’est à dire offrir à chacun l’opportunité d’une réconciliation avec lui-même et d’y retrouver ce lien avec son origine profonde.

Jean-Marc Vivenza, en plus de sa fonction éminente au sein du DNRF-GDDG, jouit d’une reconnaissance en tant qu’auteur, ayant signé de nombreux ouvrages de référence et animé de nombreuses conférences quant au Rite Ecossais Rectifié. Défenseur éclairé et reconnu des valeurs léguées par le fondateur du Rite Écossais Rectifié, Jean-Baptiste Willermoz, il défend avec conviction et enthousiasme les enseignements qui ponctuent le parcours initiatique au sein de la Franc-Maçonnerie Rectifiée.

Au-delà de sa distinction, Jean-Marc Vivenza, s’emploiera à convaincre son auditoire de la finesse et de la subtilité inhérentes à ce rite si particulier. En retraversant les époques jusqu’aux origines mêmes du Rite Écossais Rectifié à la fin du 18e siècle, et en puisant aux sources les plus reculées des débuts du Christianisme. Cette conférence sera une véritable exploration captivante des arcanes du Christianisme Primitif, offrant ainsi une nouvelle perspective enrichissante et stimulante pour toute quête spirituelle empreinte de réflexion et de renouveau.

Infos pratiques

La conférence est ouverte à tout public, initiés et profanes.

Inscription obligatoire (Conférence seule : 12,00 CHF / Conférence & déjeuner : 32,00 CHF).

Date et Heure : Samedi 16 mars 2024 à 12h00

Lieu : 6 rue de la Scie, 1207 Genève

Informations : ladiscretion30@dnrf-gddg.org

Inscriptions : https://my.weezevent.com/conference-publique-cheminement-initiatique-de-lame-au-sein-du-regime-ecossais

 »Louise Michel », l’extraordinaire histoire d’une franc-maçonne qui a lutté pour la justice et l’égalité

Découvrez la vie tumultueuse de Louise Michel, l’iconique figure de la Commune de Paris, à travers le prisme captivant de Marie-Hélène Baylac. Plongez au cœur de l’histoire passionnée d’une femme révolutionnaire, anarchiste et poétesse, dont les combats pour la liberté et l’égalité résonnent encore aujourd’hui.

À travers une recherche rigoureuse et une narration envoûtante, Baylac vous invite à marcher sur les traces de cette héroïne méconnue, en révélant les multiples facettes de sa vie extraordinaire. Louise Michel n’est pas seulement un livre : c’est une fenêtre ouverte sur l’âme d’une femme indomptable, un voyage dans le temps qui inspire et éveille. Ne manquez pas cette immersion dans l’épopée d’une des figures les plus fascinantes de l’histoire française.

Château de Vroncourt.

Historienne et biographe française spécialisée dans l’étude de la vie et de l’époque de Napoléon Bonaparte ainsi que d’autres figures historiques importantes de la période napoléonienne, Marie-Hélène Baylac* a écrit plusieurs ouvrages qui explorent différents aspects de cette époque, en s’intéressant à de grands personnages publics dans différents domaines – politiques, militaires et sociaux – qui ont marqué l’histoire de la France et de l’Europe. Son dernier opus nous livre une biographie intime et politique de Louise Michel (1830-1905), alias « Enjolras », institutrice, écrivaine, militante anarchiste, franc-maçonne française aux idées féministes. Surnommée « la Vierge rouge » par Paul Verlaine (1844-1896), le poète maudit, ou Clovis Hubert Hugues (1851-1907), poète, romancier et homme politique, elle incarne à la fois la pureté révolutionnaire et la radicalité de ses convictions.

Louise Michel à Satory.
Girardet, arrestation de Louise Michel, 1871.

La biographie de Louise Michel nous offre une occasion unique de plonger dans la vie et l’héritage d’une figure emblématique de l’anarchisme et du mouvement ouvrier en France. Louise Michel incarne un pan significatif de l’histoire sociale et politique française du XIXe siècle. Née d’une servante abusée, son parcours de vie reflète une lutte constante contre l’injustice et pour l’égalité. La période couverte par sa vie, notamment la guerre franco-prussienne et la Commune de Paris, représente un moment charnière dans l’histoire de France, marquée par des aspirations républicaines et socialistes fortes. L’analyse de Marie-Hélène Baylac, à travers ce contexte, aide à comprendre les motivations profondes de Michel et son engagement indéfectible.

Louise Michel en fédéré.

Cette biographie met en lumière le rôle de Louise Michel comme pionnière dans la lutte pour l’émancipation des femmes. En tant qu’institutrice, elle ne se contente pas d’œuvrer pour l’éducation populaire mais s’engage activement dans la cause féministe, faisant d’elle une figure avant-gardiste de son époque. La reconnaissance de son héritage par 190 établissements scolaires en France témoigne de l’impact durable de son combat.

L’auteure excelle dans l’exploration des dimensions intimes et politiques de la vie de Louise Michel. La biographie ne se contente pas de retracer les événements historiques mais plonge dans la psyché de Louise Michel, explorant comment ses expériences personnelles ont façonné ses convictions politiques. Son exil en Nouvelle-Calédonie et son intérêt pour la culture kanak, par exemple, sont présentés non seulement comme un chapitre de sa vie mais comme une source d’inspiration pour son œuvre littéraire et son engagement politique ultérieur.

Louise Michel chez elle vers 1900.

Le talent de narratrice de Marie-Hélène Baylac est manifeste dans sa capacité à rendre vivant le récit de la vie de Louise Michel. L’utilisation de sources diversifiées, telles que des écrits personnels, des témoignages, et des articles de presse, enrichit considérablement le récit. Les visites de terrain de l’auteure ajoutent une dimension palpable à l’analyse, permettant aux lecteurs de se connecter de manière plus intime avec les lieux qui ont marqué la vie de Louise Michel.

Louise Miuchel, en 1904.

En reconnaissant le respect que même ses détracteurs devaient accorder à Louise Michel, Marie-Hélène Baylac met en évidence la complexité de son héritage. La présentation de Louise Michel comme « la dernière des romantiques » souligne une vie dédiée à la passion pour la justice, reflétant une époque de grands idéaux et de luttes sociales acharnées. Cette biographie contribue non seulement à une meilleure compréhension de la figure de Louise Michel mais enrichit également l’histoire du mouvement ouvrier et anarchiste.

En conclusion, Louise Michel de Marie-Hélène Baylac est une œuvre majeure qui, grâce à une approche à la fois intime et politique, offre un portrait nuancé de l’une des figures les plus emblématiques de l’histoire sociale française. L’ouvrage ne se contente pas de narrer des événements ; il invite à une réflexion profonde sur les idéaux qui ont animé Louise Michel et continue d’inspirer les luttes pour l’égalité et la justice. Notons que l’ouvrage a reçu un accueil positif de la part de la critique.

Funérailles de Louise Michel.

Marie-Hélène Baylac ne passe pas sous silence son appartenance à la franc-maçonnerie.

L’invitation de Louise Michel à la loge « Fraternité Universelle » en juillet 1904, suivie de son initiation à la loge « La Philosophie sociale » en septembre de la même année, montre l’ouverture de certaines branches de la franc-maçonnerie à des figures radicales et révolutionnaires, ainsi qu’à l’admission des femmes, une pratique loin d’être universelle à l’époque.

En effet, l’adhésion de Louise Michel à la fraternité, peu avant sa mort en 1905, ajoute une facette intéressante à son portrait, déjà riche, de militante anarchiste, éducatrice, et figure emblématique de la Commune de Paris. Ce chapitre de sa vie, bien que tardif, révèle la convergence entre ses convictions personnelles et les principes maçonniques de liberté, égalité, et fraternité. La franc-maçonnerie, avec son engagement envers les idéaux de liberté, d’égalité, et de fraternité, offrait un espace où les idées de Louise Michel pouvaient résonner et se propager. Son discours lors de son initiation et ses conférences ultérieures montrent une claire reconnaissance de ces valeurs partagées. L’affirmation de Michel selon laquelle elle aurait rejoint les loges mixtes plus tôt si elle avait été au courant de leur existence souligne l’importance qu’elle accordait à l’inclusion et à l’égalité des sexes, des principes également chers à certaines branches de la franc-maçonnerie.

Cimetière de Levallois-Perret – Tombe de Louise Michel.

La participation de Michel à la franc-maçonnerie, en particulier sa conférence sur « La femme et la franc-maçonnerie », illustre son désir d’élargir les cadres de son militantisme. En insistant sur l’élimination du pouvoir plutôt que sur sa conquête, « la Vierge rouge » rejoint les thèses anarchistes tout en embrassant l’utopie maçonnique d’une « grande famille libre, égalitaire et fraternelle ». Cela montre sa capacité à intégrer ses idées dans différents mouvements sociaux et politiques, soulignant son approche pragmatique de l’activisme.

De plus, les réflexions de Michel sur la Commune, exprimées dans son discours maçonnique, fournissent un aperçu critique de cet épisode révolutionnaire. Sa déclaration sur la différence entre les qualités individuelles des communards et leur performance collective souligne une réflexion profonde sur les défis de l’organisation politique et sociale, une réflexion qui trouve un écho dans les principes d’organisation et de délibération de la franc-maçonnerie.

Le fait que des insignes maçonniques aient été déposés sur son cercueil, malgré les précisions que Louise Michel n’appartenait officiellement à aucune association, témoigne de l’estime et de la reconnaissance de son rôle par la maçonnerie. Cela indique l’impact de son bref passage dans la franc-maçonnerie et la manière dont ses idées ont résonné avec les membres de cette organisation.

L’héritage de Louise Michel, à la fois comme figure de l’anarchisme et membre de la franc-maçonnerie, souligne l’ampleur de son engagement pour un monde plus juste, reflétant la complexité et la profondeur de son activisme.

Nous recommandons cet ouvrage non seulement à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de Louise Michel mais aussi aux lecteurs passionnés d’histoire sociale et politique du XIXe siècle. Louise Michel est une biographie remarquable qui offre un éclairage précieux sur la vie et l’œuvre de cette figure incontournable de l’histoire française. L’auteure réussit à combiner rigueur historique et approche sensible, dressant un portrait fascinant d’une femme d’exception qui a marqué son époque.

Marie-Hélène Baylac au Salon de la Biographie 2016, Chaville (92).

*Marie-Hélène Baylac est reconnue pour sa capacité à rendre l’histoire vivante et accessible, combinant une recherche approfondie avec une narration captivante. Ses livres sont souvent basés sur des documents d’archive, des lettres, et d’autres sources primaires, ce qui permet à ses récits d’être à la fois riches en informations et engageants pour le lecteur.

Outre son travail sur Napoléon, Marie-Hélène Baylac s’est également intéressée à d’autres personnages historiques, contribuant ainsi à enrichir la compréhension du public sur des périodes clés de l’histoire française et européenne. Sa contribution à l’historiographie française est appréciée tant par le grand public que par les spécialistes du domaine.

Née le 12 décembre 1948 à Dakar, au Sénégal, Marie-Hélène Baylac est spécialiste de la période de la Révolution française et du XIXe siècle, mais est également autrice de publications gastronomiques.

1888, attentat contre Louise Michel.

Elle a grandi au Sénégal et a passé son bac au lycée Van Vollenhoven à Dakar. Elle entre ensuite en hypokhâgne puis en khâgne au lycée Jules-Ferry à Paris et intègre l’École normale supérieure de Fontenay-aux-Roses (promotion 1968 voie Lettres). Reçue à l’agrégation d’histoire en 1972, elle entame une double carrière d’enseignante et de chercheur-écrivain.

La misère, affiche de 1880.

Sa carrière : Professeur au collège Desnos (Orly) puis à l’École alsacienne (Paris) (sous le nom de M-H Knight), elle est parallèlement chargée de cours à l’Université Paris XII puis à l’École normale de Livry-Gargan. Elle a publié une vingtaine d’ouvrages. Marie-Hélène Baylac a reçu plusieurs prix pour ses travaux, dont le prix Thiers en 1989 pour son livre Robespierre, la vertu et la terreur. Marie-Hélène Baylac est également membre de plusieurs sociétés savantes, dont la Société des études robespierristes et la Société d’histoire de la Révolution française.

Nous lui devons aussi La vie quotidienne en France pendant la Révolution française (1987), Danton, le tribun de la Révolution (1994), Marat, l’Ami du peuple (1996), Le XIXe siècle français (2000) et Olympe de Gouges, la femme qui osa défier les hommes (2003).

Louise Michel

Marie-Hélène BaylacPerrin, 2024, 432 pages, 23,50 € – Format Kindle 15,99 €

Illustrations : Wikimedia Commons/Disponible chez DETRAD

Louise Michel lors de sa ddéportation ˆ NoumŽéa, Nouvelle-CalŽédonie. 1873-1880. Gravure. © Costa/ Leemage
Portrait de Louise Michel pris à la prison des Chantiers de Versailles (musée Carnavalet). Le carton porte l’inscription Louise Michel, chef des incendiaires.

Théia, la petite soeur de la Terre

Samedi 10 février la loge d’étude et de recherches Théia s’est réunie à Lyon pour sa première sortie publique. Cette loge du Grand Orient de France, refondée en novembre dernier, est dédiée à un travail maçonnique sur l’écologie. 

En Astronomie, Théia est un énorme satellite de la taille de Mars, qui est venu percuter la proto-Terre GaÏa, il y a 4,5 milliards d’années. Le choc fut terrible. Théia se disloqua. Une partie des débris se fondit avec Gaïa pour donner la planète Terre actuelle. L’autre vola en morceaux qui finirent par s’agglomérer pour donner la Lune. Dans la mythologie grecque, Théia est le mère de Séléné (La Lune) et d’Hélios (le Soleil). La loge Théia nourrit des ambitions plus modestes. Elle se veut un lieu de travail, d’échange et de prospective. (voir plus loin : Extrait de la Charte)

Trois commissions composent la loge. La première s’intéresse aux Lumières du XXIème siècle. Elle se donne pour mission d’éclairer les enjeux d’aujourd’hui et de demain, de commencer par réunir des ressources puis de produire des planches à partager sur ces questions. Elle s’appuie sur des auteurs comme Bruno Latour, Edgar Morin, Philippe Escola, Dominique Bourg, Cynthia Fleury, Valérie Cabanes, Baptiste Morizot… Parmi les chantiers ouverts par cette commission : 

  • Quel statut pour l’humain et pour les non-humains ? 
  • Qu’entend-on aujourd’hui par “émancipation” ?
  • Quels nouveaux développements du Droit sur les questions d’écologie ? 
  • Quelle place donner à la Raison ?
  • Comment les spiritualités se recomposent par rapport à l’écologie? 

La deuxième commission s’occupe des rituels. Elle explore la tradition maçonnique et les traditions cousines pour voir comment elles ont pu prendre en compte la nature dans leur manière de travailler symboliquement. La troisième commission s’est donné comme thème: l’eau, qu’elle aborde aussi bien dans ses aspects concrets d’enjeu écologique, que dans ses aspects symboliques. 

Le thème de travail de cette journée du 10 février portait sur la question “Que viennent faire les francs maçons en écologie?” Certes ils ne viennent pas faire de l’écologie militante, ni de l’écologie punitive, ou au contraire positive, ni de l’écologie des solutions  ou au contraire : des problèmes. Ils viennent faire de la franc-maçonnerie. C’est-à-dire commencer par se débarrasser de tous les discours polémiques sur l’écologie pour essayer de comprendre de quoi il retourne. La méthode est celle des francs-maçons, elle consiste d’abord à dégrossir la pierre puis à la tailler. Les outils sont ceux des francs-maçons : le fil à plomb pour poser les questions de fond, le compas pour délimiter les sujets, le pavé mosaïque pour regarder aussi bien les aspects négatifs que positifs, etc. Quant aux sujets traités,ils concernent l’humanité et ce que nous appelons “l’humanisme”, que l’écologie nous invite à réinterroger à travers les nouvelles responsabilités que l’humanité se reconnaît vis-à -vis du vivant. 

La loge Théia est souchée sur la région 6 du GODF, celle dite “des Loges de l’Est et de Suisse”. Ses participants étant assez dispersés, ils travaillent majoritairement en distanciel et par visio. Au moins trois fois par an, elle organise des tenues rituelles qui lui permettent de partager ses travaux avec d’autres loges ou d’autres FF et SS. Après cette tenue de février à Lyon, le prochain rendez-vous est fixé en mai à Bourg-en-Bresse.

Pour contacter la loge Théia : vm@ler-theia.fr

Extrait de la Charte fondatrice de la loge d’études et de recherches Théia

La loge d’étude et de recherche Théia est un lieu de travail, d’échange et de prospective où les Sœurs et les Frères partagent la conviction que :

  • l’écologie est un chemin humaniste qui participe à la concorde universelle ;
  • l’ensemble du vivant de notre planète est un patrimoine commun qui ne peut être confisqué par personne ;
  • l’avenir et l’existence même de l’humanité sont indissociables de l’équilibre des milieux qui la constituent ;
  • l’humanité exerce une influence croissante sur les conditions de la vie et met en péril sa propre évolution ;
  • la place de l’humanité au sein du vivant doit être réinterrogée ;
  • l’amélioration matérielle et morale de l’humanité passe par une société respectueuse de l’environnement autant que de la justice sociale ; cet objectif est indissociable de la recherche d’un monde toujours plus solidaire ;
  • la méthode et les outils maçonniques sont appropriés pour guider notre réflexion.

La loge d’étude et de recherche Théia se veut :

  • une force de pensée et de contribution aux travaux du Grand Orient de France ;
  • une source de soutien et de propositions pour la Commission nationale de réflexion sur le développement durable (CNRDD) dans le sillage de laquelle nous nous plaçons.

La franc-maçonnerie est-elle un compromis entre ataraxie et praxis ?

1

 « Une vie qui ne se met pas elle-même à l’épreuve ne mérite pas d’être vécue »

Socrate

Nous prenons le risque, en glissant dans notre titre deux mots grecs, d’apparaître comme faisant preuve de prétention et de jouer les monsieur Jourdain ! Nulle n’est notre intention : nous voulons seulement souligner que la phrase de Socrate s’inscrit essentiellement dans l’affrontement entre deux philosophies : l’une, considérant que le retrait sur soi, loin du monde, est le but de toute sagesse philosophique (l’épicurisme et le stoïcisme), et l’autre que le sujet est avant-tout un homme membre d’une cité dans laquelle il doit s’engager. Bien entendu, Socrate, Platon et Aristote feront partie de cette deuxième version, où philosophie et politique se confondent.

 Ces courants philosophiques étaient renforcés par l’extension du commerce grec et de la colonisation de la Méditerranée. Ce qui demandait à la Grèce une mise à l’épreuve de ses capacités entreprenariales, de sortir vers l’extérieur de la mère-patrie au lieu de retourner dans le ventre maternel et le liquide amniotique de l’origine du monde des idées. En fait, cette phrase reflète le conflit entre le jardin d’Epicure et l’Agora, la place publique des socratiques. Il est intéressant de constater que l’Asie sera au coeur du même débat philosophique : par exemple en Chine où le Taoïsme et le Confucianisme sont l’exemple de la même confrontation. Pour Lao-Tseu, le taoïsme, vision mystique et totalisante donne

« la royauté au sujet » (1) :

« Atteins à l’apogée du vide
Et garde avec zèle ta sérénité
Devant l’agitation simultanée de tous les êtres
Ne contemple que leur retour.
Les êtres multiples du monde
Feront chacun retour à leur racine
Faire retour à la racine, c’est être serein ;
Être serein, c’est retrouver le destin ;
Retrouver le destin, c’est le constant ;
Connaître le constant, c’est l’illumination.
Qui ne connaît le constant
Crée aveuglément son malheur
Qui connaît le constant embrasse
Qui embrasse peut être universel
Qui est universel peut être royal
Qui est royal peut être céleste
Qui est céleste peut faire un avec le Tao
Qui fait un avec le Tao peut vivre longtemps
Celui-là demeure inépuisé jusqu’à la fin de ses jours »

Sans trop pousser les parallélismes ou les influences interculturelles, nous avons, dans le taoïsme, un étonnant rapprochement avec le courant épicurien ! Ce qui n’est pas le cas de Confucius, chez qui l’implication dans la cité devient une forme de sagesse incontournable, à partir des obligations morales (Jen, humanité parfaite ; Yi, équité ; li, étiquette, rite ; Tche, perspicacité, intelligence ; Sin, loyauté, fidélité à la parole donnée) qui sont des actions orientées vers la cité (2) :

« Répandre ses bienfaits à tout le peuple, aider tout le monde sans exception, est-ce le Jen ?

Est-ce encore le Jen ? Répartit Confucius. N’est-pas plutôt la sainteté ? Les rois Yao et Chouen eux-mêmes avaient la douleur de ne pas y parvenir. L’homme du Jen se tient ferme et affermit les autres ; il réussit et fait réussir les autres. Il juge par ce qu’il peut de près de ce qui convient au loin »

Nous voyons ainsi, qu’à l’inverse du Taoïsme, le confucianisme est une incitation au renouvellement et à la mise à l’épreuve permanente journalière. Mais, le philosophe Arthur Schopenhauer (1788- 1860), attiré par le bouddhisme et sa philosophie, lui, préconisera l’ataraxie comme sortie de crise aux conflits intérieurs, dans son célèbre ouvrage « Le monde comme volonté et représentation » (1818) rejoignant une pensée asiatique classique, de type zen (3) : « Avant-tout, ce qu’il faut bien comprendre, c’est que la forme propre de la manifestation du vouloir, la forme par conséquent de la vie et de la réalité, c’est le présent, le présent seul, non l’avenir, ni le passé ; ceux-ci n’ont d’existence que comme notions, relativement à la connaissance, et parce qu’elle obéit au principe de raison suffisante. Jamais homme n’a vécu dans son passé, ni ne vivra dans son avenir ; c’est le présent seul qui est forme de toute vie ; mais elle a là un domaine assuré, que rien ne saurait lui ravir. Le présent existe toujours, lui et ce qu’il contient ; tous deux se tiennent là, solides en place, inébranlables ».

La mise à l’épreuve socratique de la destinée est battue en brèche par la pensée de Schopenhauer : pour lui, nous n’habitons que le présent et toute remise en cause de son destin suppose la prise de conscience d’un passé et celle d’un avenir ! Ne reste plus que le retrait dans la distance, ce que Maître Eckhart appelait la « Gelassenheit », le « Laisser tomber », première démarche vers la théologie apophatique, mais aussi billet d’entrée dans l’ataraxia. Pour Schopenhauer existe une

subordination des fonctions intellectuelles aux fonctions affectives qui, par la recherche de motivations inconscientes à l’origine des pensées conscientes préfigure Nietzsche et surtout Freud qui l’attestera à plusieurs reprises dans son œuvre, notamment dans : « Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique » où il dit que les travaux de Schopenhauer sont « rigoureusement superposables à la doctrine du refoulement », car le philosophe joue là un rôle opposé à celui de l’illusionniste : d’être décrits comme de vains tourments, les avatars de l’expérience humaine sont fictifs, c’est-à-dire irréels, à l’image du décor de théâtre, mais la différence entre le théâtre et le réel c’est que le théâtre prend appui sur le réel, mais le réel ne prend appui sur rien. La vie humaine est donc une dramaturgie à vide. Il y aurait donc une illusion à vouloir changer les choses, à les remettre en cause : le devenir est une illusion. Si la mort n’interrompt pas la vie, c’est que toute vie est morte !

I- mais revenons à nos grecs !

Socrate attaque la philosophie de l’ataraxie, comme une réaction contre la bonne conscience, cette espèce de volonté de n’en rien savoir du monde qui nous entoure et de constituer un monde factice en recherchant l’ « Aponie », qui est absence de troubles corporels et mentaux. Épicure (-341- 270) va s’efforcer de bâtir par le rejet du moindre souci et l’intérêt pour le plaisir, une morale traditionnelle. Ici, la vertu s’explique par la nature de ce qui est moralement désirable. Elle se fonde, en fait, sur ce qui est désiré : le philosophe épicurien ne cultive que les plaisirs à la fois strictement nécessaires et matériels. C’est en fait une morale austère et ascétique fondée sur un culte du plaisir, surtout intellectuel, qui amène à la fuite du mouvement du monde, sur lequel nous n’avons ni prise ni goût, la fuite des passions au profit du culte de l’amitié, sentiment calme qui se refuse à la remise en question de l’autre, à un conflit quelconque dans la relation, afin de vivre une perfection où tout s’arrête. C’est l’idéal du retour à la mère où tout n’est que « luxe, calme et volupté » : le monde baudlérien étant, sous bien des aspects, un monde de l’ataraxie. Épicure, dans sa lettre à Ménécée, écrit (4) : « Quand nous disons que le plaisir est la fin, nous ne parlons pas des gens dissolus et de ceux qui résident dans la jouissance, comme le croient certains qui ignorent la doctrine, ou ne lui donnent pas leur accord ou l’interprètent mal, mais du fait, pour le corps de ne pas souffrir, pour l’âme, de n’être pas troublée. Car ni les beuveries et les festins continuels, ni la jouissance des garçons et des femmes, ni celle des poissons et de tous les autres mets que porte une table somptueuse, n’engendrent la vie heureuse, mais le raisonnement sobre cherchant les causes de tout choix et de tout refus, et chassant les opinions par lesquelles le trouble le plus grand s’empare des âmes ». Épicure introduit la pratique du discernement qui fait devenir le sujet comme une déité (5) : « Ces choses-là, donc, et celles qui leur sont apparentées, médite-les jour et nuit en toi-même et avec qui est semblable à toi, et jamais, ni en état de veille ni en songe, tu ne seras sérieusement troublé, mais tu vivras comme un dieu parmi les hommes. Car il ne ressemble en rien à un vivant mortel, l’homme vivant dans des biens immortels ».

 Etrangement, au-delà d’une philosophie qui les opposerait en apparence, entre devoir et plaisir, les stoïciens de Zénon d’Elée (-495 à – 425) à Marc-Aurèle (121-180), en passant par Sénèque ou Epictète, vont rejoindre Épicure vers la sagesse du désengagement ataraxique. Nous ne citerons que deux exemples : Sénèque (4 avant J-C- 65 après J-C) prône l’isolement aristocratique du philosophe comme « sortie de crise » aux fureurs du monde (6) : « Ainsi donc, la vie du sage s’étend très loin, car il n’est pas enfermé dans les mêmes limites que les autres. Lui seul est délivré des lois du genre humain, et tous les siècles lui sont soumis comme à un dieu. Le temps est-il passé qu’il le retient par son souvenir ; présent, il l’utilise ; futur il s’en réjouit par avance. Ce qui fait la longueur de sa vie, c’est la réunion de tous ces moments en un seul ». Pour Epictète (50-135), ancien esclave, la liberté individuelle, inattaquable, supérieure, se met en place par la distance avec le monde environnant (7) : « Supprime donc en toi toute aversion pour ce qui ne dépend pas de nous et, cette aversion, reporte-là sur ce qui dépend de nous et n’est pas en accord avec la nature. Quant au désir, pour le moment, supprime-le complètement. Car si tu désires une chose qui ne dépend pas de nous, tu ne pourras qu’échouer, sans compter que tu te mettras dans l’impossibilité d’atteindre ce qui est à notre portée et qu’il est plus sage de désirer. Borne-toi à suivre tes impulsions, tes répulsions, mais fais-le avec légèreté, de façon non-systématique et sans effort excessif ».

Naturellement, l’idéal socratique et platonicien est celui d’une action sur la cité, une dynamique de l’action et de l’ « Autoritas », concept ne signifiant pas le pouvoir sur autrui, mais s’accroître, se grandir (« Domine non sum dignus !».). Alors qu’il n’y a aucun intérêt pour les affaires de la cité, ou même le prochain, chez les tenants de l’Ataraxia. La praxis, elle, est avant-tout, l’agir qui vient du grec « agein », mener, diriger, conduire les bêtes de somme en les poussant en avant ! Elle puise sa force dans l’«energia » qui est le service actif pour ce qui est relatif aux bateaux. Être dans la praxis est, pour les Grecs, savoir mener sa barque ! Dans l’Antiquité, la liberté, qui est un signe de noblesse, est un attribut du faire et de l’agir, associé au commencement (« En Arkhein », au commencement était…) plutôt qu’à un processus. A partir d’Aristote, nous allons surtout entendre parler de « dunamis » qui va résumer ce qui bouge, ce qui passe à l’acte. Il est intéressant de noter que pour le lexicographe Hesychios d’Alexandrie, le « Akté Trophé », vient du sanskrit « Açnati » signifiant manger et qui donnera le mot grec « esthio », la nourriture. Passer à l’acte, en fait, c’est dévorer ce qu’il en est de l’environnement, « bouffer l’autre » Nous sommes loin du plaisir d’Epicure devant son ascétique pot de yaourt !…

Ii- « être ou ne pas être » du côté du divan

Il n’apparaît pas artificiel d’associer notre réflexion à la psychanalyse, car cette dernière prend naissance dans les mythes et la philosophie de la Grèce et des philosophes qui s’en inspirèrent plus tard, notamment Nietzsche et Schopenhauer. Freud, à de nombreuses reprises, exprimera combien il doit à l’Antiquité dans l’avènement de la naissance de la psychanalyse et de la connaissance de l’inconscient. Ce qui sera notamment le cas dans l’opposition entre Ataraxia et Praxis. A cet égard deux textes sont fondamentaux pour saisir la pensée psychanalytique de Freud sur le sujet : « Pulsion et destin des pulsions » (1915) et « Au-delà du principe de plaisir » (192O).

Freud va examiner, en premier lieu, ce qu’il en est des pulsions (« Triebe ») et de leur action sur notre psychologie. La pulsion est une excitation apportée de l’extérieur au tissu vivant, la substance nerveuse, et déchargée vers l’extérieur sous forme d’action. Mais elle est aussi une excitation pour le psychique car elle ne provient pas du monde extérieur mais de l’intérieur de l’organisme lui-même. Elle n’agit jamais comme une force d’impact momentanée, mais toujours comme une forme constante. Elle est un besoin qui demande une satisfaction qui n’est obtenue que par une modification conforme au but visé de la source interne d’excitation. Origine dans des sources d’excitation à l’intérieur de l’organisme et manifestation comme force constante, nous amènent à l’impossibilité d’en venir à bout par des actions de fuite. Dès lors, le système nerveux est un appareil auquel est impartie la fonction d’écarter les excitations à chaque fois qu’elles l’atteignent, de les ramener à un niveau aussi bas que possible et, dans le meilleur des cas, de parvenir au maintien rigoureux de non-excitation. En fait, un état d’homéostasie (8), car la sensation de déplaisir est en rapport avec un accroissement de l’excitation et la sensation de plaisir avec une diminution de celle-ci. Nous pouvons donc conclure que ce sont les pulsions et non les excitations externes qui sont les véritables moteurs des progrès qui ont porté le système nerveux au degré actuel de son développement. Le concept de pulsion apparaît comme un concept limite entre le psychique et le somatique dont le but est sa satisfaction, donc sa décharge sur un objet plus ou moins adapté ou parcellaire : le Banquet de Platon en est l’exemple classique dont se servira beaucoup Jacques Lacan, dans l’un de ses séminaire (9) et qui lui fera dire : « Donner de l’amour, c’est vouloir donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » !

La pulsion a donc un aspect « poussant » demandant, pour le sujet un effort constant de « choix d’objet » pour opérer une décharge qui permette une satisfaction provisoire. Le résultat, rare, peut-être une satisfaction, mais souvent on assiste à des pulsions « inhibées quant au but », refoulées, ou a une dérivation que l’on qualifie de sublimation, objet imaginaire qui permet une décharge pulsionnel presque aussi satisfaisant qu’un objet, où il y aurait une vrai correspondance entre désir et objet. La psychanalyse pense que la sublimation est l’antidote à la frustration du désir qui est toujours un manque. La sublimation peut se traduire par de nombreux débouchés : l’art, la religion, la politique, le sport, le travail, etc… Il semble que Sigmund Freud, lui-même, avait investi beaucoup plus dans la « libido sciendi » que dans la « libido sexualis ». Il écrit : « Je ne peux pas me représenter une vie sans travail comme agréable, pour moi vivre par le phantasme et travailler ne font qu’un, rien d’autre ne m’amuse ». Qu’elles trouvent l’objet souhaité ou non, les pulsions ont deux finalités : le plaisir d’organe (la fin d’une tension nerveuse) et la fonction de reproduction qu’elle soit physiologique ou intellectuel. Il convient aussi d’observer qu’une pulsion peut se transformer en son contraire : la transposition de l’amour en haine, par exemple. Amour et haine se dirigeant souvent vers le même objet, cette coexistence fournit l’exemple d’une ambivalence permanente des sentiments par une opposition moi et non-moi (l’extérieur), et amour de soi auto-érotique (narcissisme) à haine de soi-même (« Selbst Hasse »). D’où la difficulté de la reconnaissance de l’altérité, car nous définirions l’amour, essentiellement, comme relation du moi et ses sources de plaisir et le sujet ne s’aime souvent que lui-même et est indifférent au monde. Aimer n’étant alors que la reconnaissance à la gratification de la fin des tensions pulsionnelles. Le monde extérieur se décompose ainsi pour le moi en une partie « plaisir » qu’il s’est incorporée, et un reste qui lui est étranger et qu’il hait car source de tensions pulsionnelles insatisfaites.

Quelques années plus tard, Freud va approfondir le destin des pulsions en entrant dans une phase d’un au-delà du principe de plaisir. Il prend conscience que l’homme, prisonnier totalement de ses pulsions et ne pouvant les vivre que partiellement dans un moment bref et insatisfaisant de plaisir, n’aspire qu’à une fin de ses tensions par une homéostasie qui ressemble à la mort, un lieu qui ne serait pas décomposition, mais absence de tensions. Freud va mettre ainsi en place le concept de la pulsion de mort, la lutte interne entre Eros et Thanatos qui prend le relais entre la confrontation entre Ataraxia et Praxis. Mais, la psychanalyste britannique Barbara Law, à la suite de Schopenhauer et d’une expérience de vie aux Indes introduira le concept de « Principe de Nirvana » qu’elle définit comme « tendance à la réduction, à la constance, à la suppression de la tension d’excitation interne ». Une sorte de « Principe de constance » Freud acceptera cette idée de principe de Nirvana, en précisant cependant que ce principe est une tendance radicale à ramener l’excitation au-niveau zéro, telle qu’il l’avait énoncé auparavant sous le terme de « Principe d’inertie ». La psychanalyse constatera d’ailleurs que ce processus dans les religions se retrouve : les paradis sont des lieux où le désir est absent et les enfers des lieux où les désirs sont intenses et jamais satisfaits !…

Conclusion :  La franc-maçonnerie : jardin d’Epicure ou agora dans la cité?

Quitte à commettre un crime de lèse-majesté, nous pouvons dire que Socrate s’est trompé : présentant la remise en cause comme un acte volontaire relevant d’un choix, il ne perçoit pas que rien ne relève d’un choix mais d’une nécessité à laquelle l’homme obéit avec réticence, préférant la quiétude à l’action, mais étant obligé, souvent contre son gré, de se mettre en mouvement dans la nécessité de trouver un objet humain ou symbolique pour projeter des tensions internes vers l’extérieur, sous peine que ces tensions ne se retournent vers le sujet en amenant troubles mentaux ou maladies psychosomatiques. Le résultat de la philosophie antique conjuguée à la psychanalyse ne nous laisse que peu de place à notre libre-arbitre sauf peut-être pour trouver un discours camouflant des mécanismes qui nous dépassent et qui mettent en péril les visions simplistes ou trop romantiques de la vie. A l’instar des institutions qui traitent de l’humain, la Franc-Maçonnerie s’est trouvée confrontée à la gestion de l’Ataraxia et de la Praxis (En fait, d’Eros et Thanatos). Comment a t-elle adapté sa pratique et sa spiritualité dans ce sens ?

Comme le sont les spiritualités diverses, la Franc-Maçonnerie prend peu à peu conscience qu’elle n’est, mais c’est beaucoup déjà, qu’une sublimation, c’est-à-dire un lieu nécessaire offert aux hommes comme expression à ce qu’ils ne peuvent traduire autre part. Et, à travers le langage, exprimer ce qui leur était interdit ou ce qu’il leur semblait interdit pour des raisons personnelles ou collectives. La Maçonnerie, avec ses mythes et ses rites, est un lieu de passage, un pont entre le sujet et la cité, de l’Ataraxia à la Praxis. Et ce, en privilégiant au maximum les démarches de sublimation qui remplacent les décharges instinctuelles impossibles à réaliser par le sujet. Le travail par exemple qui tient une place considérable dans les rites. Le deuxième degré de la Maçonnerie, d’ailleurs voue un véritable culte au travail (10), héritage du Compagnonnage et de la mentalité protestante où Luther et Calvin y voyaient, dans la réussite du croyant un signe de prédestination divine. Certains philosophes et Francs-Maçons, au contraire, y voient le retour à une forme d’esclavage au lieu d’une action émancipatrice. Tel est le cas, par exemple de notre Frère Paul Lafargue (1842- 1911) qui écrit (11) : « Christ dans son discours sur la montagne, prêcha la paresse : « Contemplez la croissance des lys des champs, ils ne travaillent ni ne filent, et cependant, je vous le dis, Salomon, dans toute sa gloire, n’a pas été plus brillamment vêtu » (Evangile selon St. Matthieu, chap. VI). Jéhovah, le dieu barbu et rébarbatif, donna à ses adorateurs, le suprême exemple de la paresse idéale ; après six jours de travail, il se reposa pour l’éternité ». Paul Lafargue, ainsi, s’amusait à comparer le dieu du judéo-christianisme aux dieux de l’Antiquité : « O Melibe, Deus nobis haec otia fecit ! » (« Ô Melibe, un Dieu nous a donné cette oisiveté ! ») Chez notre Frère Lafargue aucune intention de « mouiller sa chemise » ou d’ « aller au charbon » n’est clairement affichée !

La Franc-Maçonnerie, à travers ses rituels utilise, sans être une psychothérapie, une vision très éclairante du fonctionnement humain : elle montre par exemple que le sujet est divisé et que seul le symbolique peut rassembler momentanément ce qui est épars, et que la reconnaissance de l’altérité commence par soi-même avant d’envisager l’autre comme étranger irréductible. La belle formule d’Emmanuel Levinas : « On peut dévisager l’autre ou l’envisager », n’est concevable que si nous acceptons déjà en nous, l’inquiétante étrangeté de notre contradiction. Cette insupportable gémellité, nous amenait à utiliser le processus de projection de nos « mauvaises tendances » sur l’autre afin de penser que nous avons une « bonne » unité en nous. La Franc-Maçonnerie nous apprend que nous ne pouvons pas accepter la politique du bouc émissaire : mon adversaire est intérieur, en miroir.

 Mais existe aussi dans les résistances au mouvement et au changement une haine insondable, comme nous le montrent les mécanismes psychiques. Nos rituels en porte trace. Par exemple, le mythe d’Hiram-Abif en est une illustration : les trois mauvais compagnons tuent le maître non seulement par dépit ou jalousie, ils le tuent aussi car il leur demande de bouger, de travailler encore, de sortir de leurs limites. En Maçonnerie même, la tentation de l’Ataraxia est grande : la constitution de la loge comme une sorte de jardin d’Epicure, refermée sur le plaisir d’être ensemble et où le mouvement des idées ou d’une organisation nouvelle (ne serait-ce que le changement de collège !) deviennent un danger pour la « Stimmung », l’ambiance, et génèrent une forte agressivité. Ce renfermement allant jusqu’à la méfiance d’introduire de nouveaux membres. Comme si, pensée épicurienne par excellence, il convenait de mourir de plaisir entre soi !

La Maçonnerie nous apprend à demeurer à côté des morceaux de nos idoles primitives, devant les ruines de nos idéaux de perfection, sans amertume, dans la sérénité et dans l’abandon confiant à un Principe qui nous dépasse. Ce qui ne peut que nous conduire à l’ « Aidos » qui est, chez les Grecs, la réserve, la pudeur et la modestie qui naissent en nous de l’intériorisation du regard des autres et qui nous permet d’accéder au Logos …

 NOTES

– (1) Lao-Tseu : Tao tö king. Paris. Ed. Gallimard. 198O. (page 3).

– (2) Do-Dinh Pierre : Confucius et l’humanisme chinois. Paris. Ed. Du Seuil. 2003. (Pages 91 et 92).

– (3) Rosset Clément : Schopenhauer. Paris. PUF. 1968. (page 89).

– (4) Épicure : Lettres et maximes. Paris. PUF. 1987. (pages 223 et 225).

– (5) : idem (page 227).

– (6) Sénèque : La vie heureuse. Paris. Ed. Arléa. 1995. (page 134).

– (7) : Epictète : Ce qui dépend de nous. Paris. Ed. Arléa. 1995. (page 15).

– (8) l’homéostasie : stabilisation, chez les organismes vivants, des différentes constantes physiologiques.

– (9) Lacan Jacques : Le transfert (1960-1961). Paris. Ed. Du Seuil. 2001.

– (10) Rappelons-en les termes du rituel dans la cérémonie de passage au grade de Compagnon : « Mes Frères, élevons nos coeurs dans une commune pensée pour rendre Gloire au Travail, la première et la plus Haute Vertu Maçonnique !

Sois honoré, ô Travail, pour les bienfaits du Passé et les conquêtes de l’Avenir.

Gloire au Travail !

– (11) Lafargue Paul : Le droit à la paresse. Paris. Ed. Allia. 2015. (page 15).

 BIBLIOGRAPHIE

– Duhot Jean-Noël : Epitecte et la sagesse stoïcienne. Paris. Ed. Albin Michel. 2003.

– Epictète : Ce qui dépend de nous. Paris. Ed. Arléa. 1995.

– Epicure : Lettres et maximes. Paris. PUF. 1987.

– Freud Sigmund : Métapsychologie. Paris. Ed. Gallimard. 1968.

– Grimal Pierre : Marc-Aurèle. Paris. Ed. Fayard. 1991.

– Grimal Pierre : Sénèque. Paris. Ed. Fayard. 1991

– Granet Marcel : La religion des Chinois. Paris. Ed. Imago. 1989.

– Granet Marcel : La pensée chinoise. Paris. Ed. Albin Michel. 1980.

– Laplanche Jean et Pontalis Jean-Baptiste : Vocabulaire de la psychanalyse. Paris. PUF. 1967.

– Marc-Aurèle : Pensées. Paris. Ed. Jean de Bonnot. 1969.

– Maspéro Henri : Le taoïsme et les religions chinoises. Paris. Ed. Gallimard. 1985.

– Nacht Sacha : Guérir avec Freud. Paris. Ed. Payot. 1971.

– Ouvrage collectif : La voie du Tao. Un autre chemin de l’être. Paris. Ed. De la réunion des musées nationaux. 2010.

– Roudinesco Elisabeth et Plon Michel : Dictionnaire de la Psychanalyse. Paris. Ed. Fayard. 1997.

– Schopenhauer Arthur : Le monde comme volonté et représentation. Paris. PUF. 2004.

– Sénèque : Entretiens. Lettres à Lucilius. Paris. Ed. Robert Laffont. 1993.

– Sénèque : La vie heureuse. Paris. Ed. Arléa. 1995.

Masques, danses et chants : en Gambie, l’ésotérisme du rituel du Kankourang

De notre confrère masques-danses-chants-gambie de Courrier International

C’est dans le week-end du 26 au 28 janvier que s’est tenu le festival du Kankourang, à Janjanbureh, ville de l’est de la Gambie. Le Kankourang désigne à la fois un rituel mandingue célébrant la circoncision et une divinité représentée par un masque fait d’écorces d’arbre et de branchages.

“Les festivités ont réuni trois jours durant des milliers de visiteurs, touristes et amoureux de culture venus se rassembler et passer du bon temps”, note The Point.

Le quotidien gambien décrit une cérémonie composée de chants et de danses. Le point d’orgue étant l’apparition de la divinité, incarnée par une personne costumée.

Le Kankourang est célébré dans certaines communautés du sud du Sénégal, de Gambie et de Guinée-Bissau.

Depuis plusieurs années, la ville de Janjanbureh, autrefois connue sous le nom de Georgetown, est devenue sa capitale.

Cette année, le festival marquait aussi le bicentenaire de la fondation de la cité, nichée sur l’île MacCarthy, sur le fleuve Gambie.

The Standard Gambia en parle comme de “l’événement le plus attendu sur l’île” et “une célébration de la richesse de l’histoire locale”.

De nombreux titres locaux affirment que les festivités se déroulent sous les bons auspices des autorités. En effet, le festival est perçu comme une potentielle source de revenus touristiques.

“C’est bon pour la visibilité de l’île […]. Nous sommes convaincus que cet événement est favorable à la vie économique locale”, a assuré le député de Janjanbureh Omar Jammeh, cité par Fatu Network.

Reste que cet engouement général pour une cérémonie rituelle empreinte d’ésotérisme n’est pas du goût de tout le monde.

En 2014, déjà, le site d’information sénégalais Seneplus écrivait : “Où veut-on aller avec cette histoire ? Dans l’impasse répondent certains. La télévision est passée par-là, après les journaux. L’on montre tout, n’importe où et à n’importe qui. Pourvu qu’il soit riche et qu’il soit prêt à donner de l’argent.”

Le média sénégalais déplorait également : “En Casamance, dans la région de Ziguinchor [sud du Sénégal], la cérémonie de l’initiation est devenue une fête banale pour les touristes. Cela n’impressionne ni les enfants ni les femmes.”

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Le compagnonnage du XVIIIe à nos jours

De note confrère le-compagnonnage-du-xviii-a-nos-jours – De Norbert Monzein

Vendredi 9 février, le compagnonnage était au centre d’une conférence animée par Annick Delaunay dans le cadre des rencontres de l’IUTL qui se déroulent chaque semaine.

Annick Delaunay est revenue sur l’historique de cette corporation – association d’artisans – qui a vu le jour vers 1719 en faisant référence à ses trois fondateurs légendaires : Salomon, Maitre Jacques et le père Soubise. En France l’organisation tournait autour de corporations et de trois états : apprentis, compagnons et maître. A partir du XVIIIe siècle, le compagnonnage représente une forte puissance en tant qu’organisation ouvrière. Il contrôle les embauches, organise des grèves etc.

Des époques mouvementées qui aboutissent à notre époque à une corporation qui attire les jeunes recrues par des parcours d’excellence. Compagnon est avant tout une philosophie qui après son apprentissage doit se perfectionner sur un tour de France et réaliser un chef d’œuvre désormais appelé “travail de réception”.

Classé au Patrimoine culturel immatériel à l’Unesco le compagnonnage a été une affaire d’hommes durant huit siècles. Ce n’est qu’au début des années 2000 que les premières femmes intègrent cette corporation. On peut citer pour mémoire la participation des compagnons sur les travaux de la tour Eiffel, de l’Arc de Triomphe, de nombreuses cathédrales, etc.

Prochaine conférence vendredi 16 février, à 14 h 30, ayant pour thème le syndicalisme en France : Histoire et actualité avec Guy Delabre.

  • Le public toujours très présent lors des conférences hebdomadaires

Illuminer le monde :  »Le triomphe des Lumières », à travers l »’Encyclopédie » de Diderot et d’Alembert

Avant d’aborder l’ouvrage de Gerhardt Stenger Le triomphe des Lumières – L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, publié en 2024 chez Perrin, un département de Place des Éditeurs. il nous faut aborder la vie et l’œuvre de Denis Diderot (1713-1784), écrivain, philosophe et encyclopédiste, figure majeure des Lumières et le mathématicien, physicien, philosophe Jean le Rond d’Alembert (1717-1783) – membre de la loge des « Neuf Sœurs » –, coéditeur de ladite Encyclopédie avec Denis Diderot.

Né à Langres dans une famille de couteliers, Denis Diderot montre très tôt un vif intérêt pour les lettres et la philosophie. Après des études au collège jésuite de Langres, il se rend à Paris pour poursuivre sa formation. Il y mène une vie de bohème intellectuelle, se consacrant à l’écriture et à la réflexion philosophique. Il fréquente d’autres intellectuels de son temps, dont Jean-Jacques Rousseau avec qui il entretiendra une amitié complexe et tumultueuse.

L’œuvre de Denis Diderot est diverse et influente. Parmi ses écrits, on compte des romans, des essais philosophiques, des pièces de théâtre, et des critiques d’art. Ses œuvres les plus célèbres incluent Jacques le Fataliste, Le Neveu de Rameau et La Religieuse. Diderot se distingue par son style d’écriture, son esprit critique et sa capacité à explorer les profondeurs de la psyché humaine et les contradictions de la société.

L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, co-dirigée avec Jean le Rond d’Alembert, est son œuvre majeure. Projet monumental – de 1751 à 1772 – en 35 volumes, l’Encyclopédie ambitionne de rassembler et de diffuser le savoir de son temps. Elle inclut des contributions de nombreux écrivains et savants de l’époque des Lumières. Le projet est marqué par des controverses, notamment en raison de sa critique de la monarchie absolue et de l’Église. L’Encyclopédie est censurée et interdite à plusieurs reprises, mais continue d’être publiée et diffusée clandestinement, devenant un symbole de la lutte pour la liberté d’expression et le progrès intellectuel.

Diderot par Louis-Michel van Loo en 1767.

Diderot est mort en 1784, laissant derrière lui un héritage intellectuel considérable. Sa pensée a influencé de nombreux domaines, de la philosophie à la littérature, en passant par les sciences et les arts. L’Encyclopédie reste une réalisation emblématique de l’esprit des Lumières, symbolisant la foi dans le pouvoir de la raison et du savoir partagé.

Diderot est aujourd’hui reconnu non seulement pour ses contributions spécifiques à la littérature et à la philosophie, mais aussi comme un esprit libre et critique, dont les idées continuent d’inspirer les débats sur la liberté, l’éducation, et le rôle de la science et de la culture dans la société.

Quant à Jean le Rond d’Alembert (1717-1783), lui aussi figure éminente du siècle des Lumières, d’Alembert a apporté des contributions significatives dans plusieurs domaines de la connaissance et a joué un rôle crucial dans la diffusion des idées scientifiques et philosophiques de son temps.

Jean le Rond d’Alembert, portrait par Quentin de La Tour (1753).

Né à Paris, d’Alembert est le fils illégitime de la marquise de Tencin et du chevalier Destouches. Abandonné à sa naissance sur les marches de l’église Saint-Jean-le-Rond, d’où il tire son prénom, il est adopté par la femme d’un vitrier, Madame Rousseau, qui l’élève comme son propre fils.

Nouvelles expériences sur la résistance des fluides, 1777.

D’Alembert fait preuve d’une intelligence remarquable dès son plus jeune âge, étudiant au Collège des Quatre-Nations (aujourd’hui l’Institut de France), où il excelle en mathématiques. D’Alembert, surtout connu pour ses travaux en mathématiques et en physique,  contribue de manière significative à la théorie des équations différentielles et à la mécanique. Son Traité de dynamique (1743) énonce le principe de d’Alembert, fondamental en mécanique classique. Il travaille également sur la théorie des fluides et est l’un des premiers à appliquer les méthodes mathématiques à la musique et à l’acoustique.

Outre ses contributions scientifiques, d’Alembert joue un rôle majeur dans le projet de l’Encyclopédie. En tant que directeur de la publication et auteur de son célèbre « Discours préliminaire », il établit le cadre conceptuel de l’œuvre et défend l’importance de la science et de la raison.

Son implication dans l’Encyclopédie, de 1751 jusqu’à son retrait en 1758, est cruciale pour son succès initial. Sous sa direction, l’Encyclopédie se veut un grand rassemblement du savoir de l’époque, accessible au public. Elle cherche à promouvoir les idées des Lumières, mettant l’accent sur le progrès, la critique de l’autoritarisme et l’importance de la connaissance empirique.

D’Alembert meurt en 1783, laissant derrière lui un héritage riche dans les domaines des sciences et des lettres. Sa vie et son œuvre symbolisent l’esprit des Lumières, caractérisé par la foi dans la raison, l’exploration scientifique et la volonté d’émancipation intellectuelle de l’humanité. Sa contribution à l’Encyclopédie, en particulier, demeure une réalisation majeure, marquant l’histoire de la pensée occidentale.

Marcus Terentius Varro.

Le livre de Gerhardt Stenger, maître de conférences émérite à Nantes Université, représente une contribution significative à l’étude de l’Encyclopédie, ce monument de l’esprit des Lumières.  Fort de 446 pages, il plonge le lecteur dans les coulisses de la création et de la diffusion de l’Encyclopédie, qui fut à la fois une somme de connaissances et un instrument de combat intellectuel et philosophique contre l’obscurantisme. Et l’auteur de débuter avec les précurseurs de l’Encyclopédie avec Marcus Terentius Varro (116 av. J.-C. et mort en .), souvent désigné comme Varron, dont l’œuvre couvre un spectre incroyablement large de disciplines, allant de la linguistique à l’agriculture, en passant par la religion et la philosophie. En tant qu’érudit, ses contributions ont posé les fondations de nombreux champs du savoir et influencent encore aujourd’hui notre compréhension de la culture et de la société romaines,

Frontispice. Gravure de la dernière édition (1772) de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers par Benoît Louis Prévost d’après une esquisse originale de Charles-Nicolas Cochin exécutée en 1764.

dans son chapitre « D’une Encyclopédie à l’autre », l’auteur passe en revue, avant la publication de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, plusieurs autres œuvres encyclopédiques avaient marqué le paysage intellectuel européen. Ces œuvres visaient à rassembler et à systématiser le savoir disponible à leur époque. Dont celle de Johann Heinrich Alsted (1588-1638), théologien et érudit allemand, qui a publié son Encyclopædia, œuvre monumentale en sept volumes, en 1630.

 Pierre Bayle.

Puis celle du philosophe et écrivain Pierre Bayle (1647-1706), son Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (1697), qui n’était pas une encyclopédie au sens moderne, mais qui a joué un rôle crucial dans l’évolution du genre encyclopédique. Il traite aussi du Dictionnaire universel des arts et des sciences, publié en 1694, de Thomas Corneille (1625-1709), écrivain et lexicographe et frère cadet du célèbre dramaturge Pierre Corneille, Thomas Corneille était également un écrivain et un lexicographe. Corédigé avec Jean Richer, il est une des premières tentatives d’élaborer un dictionnaire encyclopédique en langue française. Sans oublier le célèbre Dictionnaire universel des arts et des sciences d’Antoine Furetière (1619-1688) était un écrivain, poète et académicien français, connu surtout pour son travail de lexicographe. Commencé dès 1670, ce dictionnaire allait devenir l’une des œuvres lexicographiques les plus importantes du XVIIe siècle.

Puis Gerhardt Stenger nous présente la première équipe de l’Encyclopédie, constituée d’une constellation de penseurs, de savants et d’artistes du XVIIIe siècle.

Le lecteur aura l’occasion de découvrir le « Discours préliminaire » de l’Encyclopédie, écrit par Jean le Rond d’Alembert. Publié en 1751, ce texte sert d’introduction à l’ensemble du projet encyclopédique et est considéré comme un manifeste des Lumières. Il expose les principes, les objectifs et la méthodologie de l’Encyclopédie, reflétant l’esprit de rationalité, de progrès et d’optimisme qui caractérise cette période.

Mais aussi du Prospectus de Denis Diderot, un document préliminaire rédigé en vue de la publication de l’Encyclopédie. Publié en 1750, le Prospectus servait d’introduction au projet monumental de l’Encyclopédie et avait pour but d’en expliquer les principes, les objectifs et l’organisation. Ce document était destiné à informer le public et à susciter l’intérêt des souscripteurs potentiels.

Tant le Prospectus de Diderot, ainsi que le « Discours préliminaire » rédigé plus tard par Jean le Rond d’Alembert, constituent des textes fondamentaux pour comprendre les ambitions intellectuelles et les défis méthodologiques du projet encyclopédique. Ils mettent en lumière les idéaux des Lumières qui animaient les encyclopédistes et leur désir de contribuer à l’éducation de l’humanité.

L’auteur situe l’Encyclopédie dans son contexte historique et philosophique. Elle naît au cœur du siècle des Lumières, une période où la raison, le savoir et l’esprit critique sont érigés en valeurs centrales de la société. Dans ce contexte, Diderot, d’Alembert et leurs collaborateurs se lancent dans un projet éditorial sans précédent : compiler et diffuser l’ensemble des connaissances de leur époque pour éclairer le monde et le libérer des préjugés.

L’ouvrage de Gerhardt Stenger met en lumière les innovations apportées par l’Encyclopédie, notamment l’utilisation de gravures détaillées pour illustrer les articles, ce qui constituait une révolution dans le domaine de la publication. Il souligne également les défis rencontrés par les éditeurs, depuis les attaques des autorités religieuses et royales jusqu’aux difficultés techniques et financières.

Gerhardt Stenger analyse aussi l’impact considérable de l’Encyclopédie sur la société française et européenne. L’œuvre a contribué à diffuser les idées des Lumières, à encourager le questionnement et le débat intellectuel, et à préparer le terrain pour les révolutions sociales et politiques à venir. Elle a également joué un rôle crucial dans la valorisation du savoir empirique et scientifique, marquant une étape décisive dans l’évolution de la pensée occidentale.

En explorant les réactions contemporaines à l’Encyclopédie, l’auteur montre comment l’œuvre a polarisé l’opinion, suscitant à la fois admiration et hostilité. L’auteur n’élude pas les critiques adressées à l’Encyclopédie, notamment celles concernant son caractère jugé parfois trop radical ou irrévérencieux.

Le triomphe des Lumières de Gerhardt Stenger est un travail d’érudition profond qui enrichit notre compréhension de l’Encyclopédie et de son époque. En retraçant l’histoire de cet ouvrage monumental, Stenger ne se contente pas de narrer les faits ; il invite à réfléchir sur l’importance du savoir et de l’esprit critique dans la construction d’une société éclairée. Sa recherche approfondie et son analyse détaillée font de ce livre un incontournable pour quiconque s’intéresse à l’histoire des idées, à la philosophie des Lumières et à l’évolution du concept d’encyclopédie.

Le triomphe des Lumières – L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert 

Gerhardt StengerPerrin, 2024, 446 pages, 25 €

Disponible chez DETRAD.