Une des caractéristiques essentielles de la franc-maçonnerie est le recours au symbolisme, faisant appel à des représentations, à des archétypes, pour accompagner l’initié sur les voies de la connaissance, connaissance de lui-même, de ses rapports à l’Autre et au monde qui l’entoure.
C’est ainsi que, degré après degré, les rituels proposent une formidable galerie de personnages représentant pour l’initié les figurations de vertus ou de vices, de valeurs ou de faiblesses.
Certains de ces personnages ont une historicité indiscutable, même si l’image que retient d’eux la geste maçonnique est fragmentaire, redessinée à dessein, pour mieux servir le propos pédagogique du degré auquel ils interviennent.
D’autres sont de pures créations des fondateurs de nos rites et rituels, façonnés de toutes pièces même s’ils ont leur origine dans un personnage historique ou culturellement connu. Les attributs de ces personnages, leurs traits de caractère, comme leurs actes, faits et gestes sont de pure invention. Ils sont ainsi les héros symboliques de notre geste initiatique, qui donnent un support, une figure humaine, aux attitudes et aux comportements que nous voulons explorer en nous, au fur et à mesure que nous progressons dans ce cheminement à la fois exigeant et exaltant.
Il est dans cette galerie de portraits un personnage singulier, commun aux divers Rites, reconnu par les Anciens autant que par les Modernes, les réguliers tout comme ceux qui ne le sont pas, les déistes, les théistes, autant que les athées et les agnostiques. Il s’agit d’Hiram, le Maître Architecte chargé par le Roi Salomon de bâtir non pas un temple quelconque, ni même le plus grand ou le plus beau des temples, mais Le Temple, celui qui devait être la demeure de l’Eternel, celui où la parole de l’Eternel gravée sur les tables de pierre enfermées dans le Tabernacle devait être abritée et vénérée.
Hiram, le personnage clé de la Franc-maçonnerie, celui dont la mère, veuve, est aussi notre mère puisque nous sommes ses Enfants, n’est-il donc qu’un héros imaginaire ?
Pas tout à fait, bien sûr, puisque la Bible fait mention spécifiquement d’un Hiram parmi les artisans réunis par le Roi Salomon pour construire et orner le Temple et ses abords.
La question se pose dès lors de l’appropriation par la franc-maçonnerie de ce personnage, afin d’en comprendre le sens et la portée.
En d’autres termes, de réfléchir à la construction d’un mythe, du mythe central de la Franc-maçonnerie spéculative.
Un mythe, pour Mircea Eliade, est construit pour être exemplaire. L’adhésion au mythe est l’acte de foi initial, le pré-requis indispensable à l’intégration parmi les adeptes. Pour Raoul Berteaux, « le mythe est historiquement faux, mais psychologiquement réel. Il n’y a pas réalité historique, mais réalité psychologique ».
Hiram sortant du cercueil
Se pose donc bien la question de l’intrusion d’Hiram dans le corpus maçonnique.
Le mythe d’Hiram est un mythe d’identité. Il devient véridique dès lors qu’il est répété par les membres du groupe qui se reconnaissent en lui et se réclament de sa postérité.
A la vérité, une légende autour de ce personnage se développa dès l’Antiquité. Mais en dehors de la mention dans l’Ancien Testament, et de la liste des pièces de bronze poli fondues par l’artisan, aucun détail n’est donné sur la vie d’Hiram, et pas davantage sur les conditions de sa mort.
image en provenance de la page legende-hiram.blogspot.com/2017/10/1949-les-armes-outils-du-meurtre-dhiram.html
Pour s’en tenir à ce qui est sérieusement documenté, on retrouve la première mention connue du mythe d’Hiram dans la divulgation « Masonry dissected » de Samuel Pritchard publiée en 1730.
Il n’existe aucun document connu à ce jour nous éclairant sur la genèse de la référence hiramique et son introduction dans le corpus fixé depuis longtemps de la maçonnerie de métier. Tout au plus quelques écrits légitimant l’adjonction au cadre maçonnique traditionnel de la thématique de la mort et de la résurrection.
Philippe Langlet, dans son livre Sources chrétiennes de la légende d’Hiram a recherché la trace d’Hiram à travers plus de cinquante versions différentes, afin d’en trouver le fil conducteur, la trame unificatrice.
Il présente la suite des enrichissements légendaires qui, progressivement, vont façonner le mythe initiatique qui inspire nos rituels et nos Rites. Car s’il existe des variantes d’un Rite à l’autre, les constantes invariantes dominent.
On peut évoquer la mort et la résurrection du Christ, celles d’Osiris, ou encore de Maître Jacques, que la mythologie compagnonnique fait mourir sous les coups de cinq compagnons. Le fond du mythe est bien un archétype, que l’on retrouve dans de nombreuses traditions, à de nombreuses époques : un homme instruit des mystères, un homme éclairé, meurt sous des coups portés avec une violence aveugle.
Les ténèbres semblent triompher de la lumière.
Naturellement, les commentateurs ne manquent pas de relever que si Hiram, son œuvre achevée, était mort dans son lit longtemps avoir été fêté et récompensé par Salomon, il n’aurait pu devenir le héros de la dramaturgie maçonnique.
Il faut au mythe une dimension sacrificielle. La mort, brutale, violente, cruelle, est nécessaire, pour sublimer l’individu. Osiris sera déchiqueté par Typhon, le Phénix se consume face au Soleil dans une agonie atroce. Il faut qu’il y ait un crime rituel pour qu’Hiram accède à sa véritable dimension.
On pourrait au demeurant dire la même chose du Christ, de Jésus flagellé et crucifié.
Ainsi, la mort d’Hiram paraphrase la mort du Christ qui elle-même apparaît selon les plus antiques civilisations dans le trépas d’un dieu. Hiram est ainsi l’archétype de l’initié qui accepte de mourir, qui fait le choix de mourir, pour pouvoir renaître.
On trouve une brève évocation d’Hiram dans les Constitutions d’Anderson dans leur édition première de 1723, où il est simplement mentionné comme l’homonyme du roi de Tyr et le maçon le plus parfait de la Terre. Rien de plus dans l’édition de 1738, qui évoque pour la première fois un troisième degré établi à Londres en 1726.
En 1726, précisément, est rédigé le manuscrit Graham. Le cadavre d’Hiram et ce qu’il en advint y figurent explicitement.
Le célèbre Discours du chevalier de Ramsay de 1736 évoque l’« illustre sacrifice » d’Hiram, « premier martyr de notre Ordre ».
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Le rituel dit « Three Distinct Knocks » de 1760 fait la même référence dans la description d’une cérémonie d’initiation au 3ème degré et en fait remonter la pratique aux Loges des Antients, donc probablement avant 1717. On peut citer encore l’une des versions les plus anciennes de ce récit, qui apparaît dans L’ordre des francs-maçons trahi et leur secret révélé (1744).
Dans diverses traditions, la mort violente du héros mythique est une mort libératrice, qui en quelque sorte va condamner les disciples à la liberté. Et l’on pourrait ajouter que les assassins, qui représentent la transgression, la révolte, la désobéissance, ont par là-même un rôle symbolique que l’on retrouve lui aussi dans de très nombreuses cultures.
Ainsi, dans le « Voyage en Orient », écrit en 1850, Gérard de Nerval offre un récit où se retrouvent toutes les passions, tous les sentiments, qui vont nourrir les degrés successifs proposés à l’initié pour lui permettre de les reconnaître en lui et de les contrôler.
Branche d’acacia dans les mains sur tissu rouge
Grâce à la mort du Maître, qui est la condition nécessaire pour qu’il puisse être transcendé par la grâce de la résurrection ou plutôt de la renaissance, la construction de notre édifice vertueux peut se poursuivre. Hiram doit mourir, il doit mourir tragiquement. Hiram doit être assassiné !
Le mythe d’Hiram est dans notre tradition le vecteur de son enjeu essentiel, la lutte du Bien contre le Mal. Hiram a été choisi, construit, pour être le héros mythique dont le Rite a besoin pour prendre son sens.
Points de Vue Initiatiques (PVI), publiée par la Grande Loge de France (GLDF), se distingue par son engagement à offrir un contenu de qualité sur des sujets relatifs à la franc-maçonnerie, à la tradition, à la spiritualité et à la quête de la connaissance.
L’accessibilité de cette revue est notable, non seulement grâce à la diversité et la profondeur de ses articles mais aussi par son prix abordable de 8 €. Ce tarif permet à un large public, intéressé par les traditions initiatiques et la réflexion philosophique, d’accéder à des réflexions et analyses de haut niveau sans que le coût ne soit un obstacle.
Ce positionnement tarifaire reflète une volonté de la GLDF de démocratiser l’accès à la connaissance et à la culture maçonnique, en rendant le savoir non seulement accessible à ses membres mais aussi au grand public curieux de comprendre les principes et les réflexions qui animent la Franc-Maçonnerie. En proposant un prix modeste, la GLDF favorise une diffusion plus large des idées et des valeurs qui lui sont chères, contribuant ainsi à un meilleur partage de la connaissance et à l’enrichissement culturel de toutes et tous.
La qualité des contributions, avec des articles signés par des auteurs reconnus dans leurs domaines respectifs, enrichit le débat et la réflexion autour de sujets complexes et variés. Les thèmes abordés, allant de l’histoire et la tradition maçonnique à des questions plus contemporaines de société et de philosophie, témoignent de la richesse du contenu proposé par la revue Points de Vue Initiatiques.
PVI se présente donc comme une publication de référence dans le paysage culturel maçonnique et au-delà, alliant qualité éditoriale et accessibilité, ce qui en fait une source précieuse de connaissances et d’inspiration pour un public varié, initié ou profane.
En se plongeant dans les pages de ce numéro – dont le thème est « La Loge, un creuset,
un Maître ? », nous allons décortiquer et apprécier les différentes perspectives qui sont mises en avant, révélant ainsi la multiplicité des lectures et des enseignements que la Grande Loge de France souhaite partager avec ses lecteurs.
La Loge comme creuset
Cette image évoque la transformation et l’alchimie. Dans un creuset, différents éléments sont fondus et combinés pour quelque création de nouveau, de plus pur ou de plus précieux. Appliquée à la Loge, ce métaphore souligne le rôle de cet espace comme lieu de transformation personnelle et collective, où les individus, traverser les rites, les symboles, et le partage d’expériences, un processus d’initiation et de croissance spirituelle. La Loge devient un lieu où se forge l’identité maçonnique, dans le respect des traditions et dans l’ouverture à la réalisation et à la diversité des parcours individuels.
La Loge comme Maître
Cette perspective place la Loge dans une position d’enseignante, d’entité qui guide, éduque, et révèle. Le terme « Maître » renvoie à la figure de l’enseignant, de celui qui détient un savoir, une sagesse ou une compétence et qui les transmet. Mais aussi du maître maçon. Il doit être capable de guider par l’exemple, inspirant ses frères à poursuivre leur propre chemin de perfectionnement, incarne certaines valeurs (engagement, dévouement, écoute, humilité, patience, sagesse, etc.), contribuant à la richesse spirituelle et à l’évolution de la loge.
Dans ce contexte, la Loge est perçue comme un guide spirituel et moral, un cadre d’apprentissage où l’initié reçoit des enseignements et des clés pour progresser sur son chemin personnel et initiatique. Cela interroge sur la manière dont la Loge façonne ses membres, les influence et les conduit vers une meilleure compréhension d’eux-mêmes et du monde.
Olivier Balaine
Le numéro 211, à travers ses articles variés et ses contributions, se propose donc d’explorer ces dimensions de la Loge, offrant aux lecteurs des analyses, des témoignages et des réflexions sur la capacité de la Loge à agir comme un creuset de transformation et comme une source d’enseignement et de sagesse. En abordant le thème « La Loge, un creuset, un Maître ? », la revue Points de Vue Initiatiques ouvre la voie à une exploration riche et nuancée de l’expérience maçonnique.
L’éditorial par Olivier Balaine, directeur de la rédaction, pose les bases de la discussion, encadrant les réflexions et analyses sur la nature de la Loge qui suivent.
« Le mot Grand Maître Thierry Zaveroni » offre avec ces trois mots – Loge, creuset, Maître – un aperçu des visions contemporaines et des défis que la fraternité doit relever, en soulignant son rôle dans le développement personnel de ses membres. En concluant son propos par un formidable « Encore un beau chantier de recherches ! », en six mots, le grand maître réaffirme la profession initiatique de la loge, valorisation le processus d’apprentissage maçonnique et invite à une réflexion sur la dynamique entre l’individu, le frère, et le collectif au sein de la Loge, tout en développant les valeurs universelles de l’art royal.
En Loge, le savoir s’exerce par le chemin de l’apprentissage, dans un temps long.
Il grandit, se partage et se transmet à ceux qui ont poussé la porte en quête de leur propre vie, qui se manifeste dans la réalisation du Temple, qu’il soit intérieur ou devant nous.
« La Loge, est-elle un creuset, un Maître ? »
Voilà le thème passionnant de ce nouveau numéro où le regard singulier des contributeurs se croisent et s’enrichissent dans leurs similitudes comme dans leurs différences.
Invité : Laurent Bastard, ancien directeur du musée du Compagnonnage de Tours et issu d’une longue filiation du Devoir, nous fait découvrir les liens si riches entre les deux traditions, tout en revisitant leurs différences.
Artiste à l’honneur : Hubert Robert, peintre des ruines
Le Sommaire du N° 211
ÉDITORIAL Olivier Balaine
LE MOT DU GRAND MAÎTRE Thierry Zaveroni
Être à sa place, trouver sa place, Dominique Losay : Comme l’écrit l’auteur, chacun d’entre nous est concerné par le fait d’être ou non à sa place dans la société. En franc-maçonnerie, chaque initié a sa place dans la Loge et une place sur le chemin de la Vérité…
De la Loge opérative au temple maçonnique : une histoire réinventée, François Gruson : Dans la pratique du franc-maçon comme dans l’imaginaire du profane, le mot Loge est presque devenu synonyme de franc-maçonnerie. Mais, si l’on veut bien ne pas se satisfaire d’un tel raccourci, on s’aperçoit que l’histoire entremêle les pistes avec gourmandise.
Frapper à la porte, et…, Franck Martin : Franchir une porte, c’est accepter de se mettre en harmonie avec un nouvel univers. De porte en porte, de passage en passage, le Rite Écossais Ancien et Accepté nous guide de plus en plus profondément sur le chemin de l’Esprit, il nous oriente vers la Lumière et le sublime.
La Loge : Tribu, Maître ou Abri ?, Frank Subiela et Benoît Guilbert : Une Loge est-elle le Maître absolu qui s’impose à chacun de ses membres car creuset d’un but initiatique précieux ? Est-elle l’abri privilégié d’une démarche incommunicable ? Ou ne présente-t-elle pas, en premier lieu, les caractéristiques d’une tribu ? Voilà les trois questions qui rythment ce passionnant échange épistolaire.
Laurent Bastard
ENTRETIEN Laurent Bastard : Compagnonnage et franc-maçonnerie aujourd’hui : regards croisés, propos recueillis par Robert de Rosa
L’incandescence du Phénix – De la Renaissance contemporaine aux enseignements de l’initiation, Pascal Lardellier : Ce texte est la version réécrite d’une conférence donnée lors des Entretiens Pic de la Mirandole 2023, coorganisés par la Grande Loge de France et la Grande Loge Nationale Française, sur le thème « Le temps de la Renaissance ».
Pascal Lardellier
La Loge, atelier de la connaissance et de la transmission, Guerrick Fouchet : Est-il toujours sage d’appréhender ce qui nous semble essentiel à la force de notre seule raison ? Sans doute faut-il parfois les accents de l’émotion, comme à travers ce témoignage, pour découvrir l’importance d’une Loge sur les chemins de la connaissance et de la transmission.
Un regard entropique sur la Loge, Jacques Morel-Jean : Les principes thermodynamiques sont-ils une base pour positionner le vivant comme résultat d’une alimentation énergétique et d’une dissipation entropique ? La Loge, comme lieu d’information structurante, possède-t-elle la caractéristique d’une structure dissipative ? Elle est à coup sûr un lieu de désagrégation de ce qui nous sépare !
La Loge : un corps vivant, Stéphan Bousquet : Passer de l’oubli à la redécouverte de soi, et renaître, éclairé de bout en bout par le Rite au sein d’une Loge vivante et qui n’est que l’antichambre du Temple véritable. Il nous faudra de la prudence, mais aussi de l’audace pour bâtir cette alliance dont nous avons tant besoin.
BIBLIOGRAPHIE
Jean-Pierre Thomas
HISTOIRE
La Loge : de la tradition orale et des premiers manuscrits écossais à la franc-maçonnerie moderne, Jean-Pierre Thomas
PORTRAIT D’INITIÉ
Conan Doyle, John Watson et Sherlock Holmes, un triangle en Loge, Jean-Pierre Thomas
Nuage de mots, 4e de couverture, détail
D’ORIENT ET D’OCCIDENT
Les Loges de la Réunion, Loges de l’Orient et de l’Occident, Fabien Brial
MORCEAUX D’ARCHITECTURE
La Loge de Gaudi, Olivier Balaine
ARRÊT SUR IMAGES
Hubert Robert : et le temps s’arrêta, Daniel Sygit
SYMBOLIQUES
La grenade, ou la Loge au travail, Hugo Billard
L’AIR DU TEMPS
La Loge est fermée, Robert de Rosa
LE QUIZ DE PATRICK
Patrick Joinié-Maurin
RECENSIONS
(RÉ)ABONNEMENT
LE CHAMP DU POÈTE
Les fenêtres Charles Baudelaire
Points de Vue Initiatiques #211-« La Loge, un creuset, un Maître ? »
Revue de la Grande Loge de France – Vivre la tradition
Le roi Jacques 1er était-il franc-maçon ? Cette possibilité intrigue et mystifie les historiens, les chercheurs et les passionnés depuis des siècles. Dans cette exploration perspicace, nous plongerons au cœur des origines de la franc-maçonnerie, examinerons les preuves de son influence potentielle sur la Bible King James et découvrirons des vérités sur un lien mystérieux entre le monarque et cette énigmatique société secrète.
Le roi Jacques Ier était-il membre de la franc-maçonnerie ?
Il n’existe aucune preuve concrète suggérant que le roi Jacques Ier était membre des francs-maçons. Certains ont émis l’hypothèse qu’il aurait pu avoir des liens avec l’organisation grâce à ses relations étroites avec des personnalités influentes qui étaient des maçons connus, mais il n’existe aucun document officiel pour étayer cette affirmation.
Le roi Jacques 1er et la franc-maçonnerie
Le roi Jacques VI avait un lien notable avec la franc-maçonnerie, car il joua un rôle important dans la renaissance des loges anglaises et fut nommé Grand Maître des maçons en Écosse.
Contexte historique de la franc-maçonnerie
Le contexte historique de la franc-maçonnerie est une tapisserie fascinante et complexe, tissant les fils des sociétés secrètes, des ordres fraternels et des connaissances ésotériques.
On pense qu’elle trouve ses origines dans l’Europe médiévale, avec les guildes de tailleurs de pierre qui ont construit certaines des plus grandes cathédrales et des monuments les plus célèbres du continent.
Au fil du temps, ces loges maçonniques opérationnelles ont évolué à mesure qu’elles ont commencé à admettre des membres non opérationnels connus sous le nom de maçons spéculatifs. Ce changement a marqué le début d’une nouvelle ère pour la franc-maçonnerie marquée par l’accent mis sur les idées philosophiques, les valeurs morales et la recherche intellectuelle plutôt que de se concentrer uniquement sur les techniques de construction traditionnelles.
La franc-maçonnerie s’est rapidement répandue à travers l’Europe au XVIIIe siècle. Les penseurs des Lumières ont adopté ses idéaux de rationalité mêlés de mysticisme, ce qui a attiré des personnalités éminentes de diverses disciplines, notamment des pères fondateurs américains comme George Washington et Benjamin Franklin .
La connexion de James VI avec l’artisanat
Le roi Jacques VI d’Écosse était profondément lié à l’art de la franc-maçonnerie, qui a joué un rôle important sous son règne. En tant que l’un des rares monarques connus pour avoir été initié à la confrérie secrète, son influence sur son développement précoce ne peut être sous-estimée.
Des preuves historiques suggèrent que le roi Jacques est devenu maçon dès son plus jeune âge lorsqu’il a été initié à la Lodge Scoon et à Perth No. 3 en 1601. Il a ensuite réorganisé les loges écossaises, créant des systèmes plus structurés qui ont contribué à étendre leur portée dans toute la Grande-Bretagne au fil du temps.
Son rôle dans la renaissance des loges anglaises
Le règne du roi Jacques marque un tournant important dans l’histoire de la franc-maçonnerie, notamment en Angleterre. Sous sa direction, la renaissance des loges anglaises a joué un rôle déterminant dans la formation de la maçonnerie moderne telle que nous la connaissons aujourd’hui.
William Schaw, proche allié et figure éminente de la cour du roi Jacques, a joué un rôle crucial dans cette transformation en tant que maître des travaux et directeur général de l’artisanat.
En plus de l’influence de William Schaw sur le développement maçonnique, le roi Jacques lui-même aurait favorisé un environnement propice à la croissance et à l’expansion des loges anglaises.
Le monarque a démontré son soutien à la recherche intellectuelle et à l’expression artistique pendant son règne – des idéaux qui s’alignaient sur ceux des membres de ces sociétés secrètes.
De plus, au milieu des troubles religieux résultant des conflits de la Réforme protestante avec l’Église catholique – qui s’opposait fermement à l’adhésion à la franc-maçonnerie – le roi Jacques a apporté une stabilité qui a enhardi les efforts de ces organisations.
Démystifier les théories du complot
Les fausses allégations et les idées fausses entourant l’implication présumée du roi Jacques dans la franc-maçonnerie seront démystifiées grâce à un examen approfondi des documents historiques, à une analyse par d’éminents historiens maçonniques et à une clarification de la position maçonnique sur la Bible .
Réclamations de Sir Francis Bacon en tant que rédacteur en chef de la Bible King James
L’une des théories du complot les plus persistantes à propos du roi Jacques est que Sir Francis Bacon était responsable de l’édition de la Bible King James et qu’il avait laissé des marques maçonniques sur la première édition.
Cependant, cette affirmation a été réfutée par les vérificateurs des faits qui l’ont jugée sans fondement.
Malgré ces conclusions, certains auteurs ayant des liens avec la théosophie continuent de promouvoir l’idée que Bacon était impliqué dans des pratiques occultes et qu’il avait un agenda secret derrière ses contributions scientifiques.
Quelles que soient les croyances que l’on puisse avoir sur l’implication de Bacon dans la franc-maçonnerie ou dans d’autres traditions ésotériques, il ne fait aucun doute que l’édition de 1611 de la Bible King James a joué un rôle important dans la culture occidentale.
Idées fausses et fausses allégations
Les idées fausses et les fausses allégations concernant le roi Jacques et la franc-maçonnerie sont courantes. Cependant, la recherche et l’analyse historique ont réfuté bon nombre de ces affirmations. Voici quelques faits importants à garder à l’esprit :
Le roi Jacques n’a pas écrit la Bible du roi Jacques. Malgré les théories du complot affirmant que Sir Francis Bacon était le véritable auteur, les preuves historiques confirment qu’une équipe d’universitaires a traduit le texte.
La franc-maçonnerie ne promeut pas les pratiques sataniques. Les théories du complot associent souvent l’ordre fraternel au culte du diable, mais les enseignements maçonniques mettent l’accent sur la moralité, la fraternité et la charité.
Les allégations de symboles maçonniques secrets dans l’art et l’architecture sont exagérées. S’il est vrai que de nombreux maçons ont participé à des projets de construction à travers l’histoire, tous les symboles ou dessins ne peuvent pas être attribués à leur influence.
L’idée selon laquelle la franc-maçonnerie contrôle les événements mondiaux est une théorie du complot sans fondement, sans aucune preuve pour la soutenir.
De nombreuses personnalités éminentes à travers l’histoire ont été affiliées à la franc-maçonnerie, notamment George Washington , Benjamin Franklin et Winston Churchill. Il y a peu de raisons de supposer que l’appartenance du roi Jacques à la fraternité porterait atteinte à sa réputation de monarque ou d’érudit.
En examinant ces idées fausses et ces fausses allégations dans leur contexte, nous pouvons développer une compréhension plus précise de l’implication du roi Jacques dans la franc-maçonnerie et de sa place dans l’histoire.
La position de la maçonnerie sur la Bible
La position de la maçonnerie sur la Bible est un sujet qui a été débattu par de nombreux érudits et chercheurs. La franc-maçonnerie n’a pas de doctrine officielle ni de livre saint, mais elle exige de ses membres qu’ils croient en un Être Suprême.
Joseph Fort Newton, pasteur baptiste américain et auteur maçonnique, considérait la Bible comme l’un des « meubles » de la franc-maçonnerie. Il explique que même si l’organisation n’émet pas d’exigences spécifiques concernant l’interprétation des Écritures, elle encourage ses membres à étudier ses textes pour obtenir des conseils moraux et une illumination personnelle.
Implications et conclusions
Les implications de l’implication présumée du roi Jacques dans la franc-maçonnerie sont encore débattues entre différents groupes, et les preuves restent sujettes à interprétation. Cependant, il est clair que ce sujet met en lumière les relations complexes entre la monarchie et les sociétés secrètes à travers l’histoire.
Comment différents groupes interprètent les preuves
De nombreux groupes ont des interprétations variées des preuves concernant l’implication du roi Jacques dans la franc-maçonnerie. Certains francs-maçons et historiens affirment que Jacques VI était en fait membre de ce métier, citant des documents historiques et des récits sur son implication dans les loges. Ils soulignent qu’il a joué un rôle central dans la renaissance des loges anglaises, en accordant des brevets pour créer de nouvelles loges et en assistant même lui-même aux réunions des loges .
D’un autre côté, certains chercheurs réfutent ces affirmations, citant des idées fausses et de fausses allégations concernant le lien supposé du roi Jacques avec la franc-maçonnerie. Ils soutiennent que les preuves sont au mieux circonstancielles et qu’il n’existe aucune preuve concrète qu’il était réellement membre du métier.
De plus, la doctrine de l’Église et les croyances religieuses jouent un rôle important dans l’interprétation de la question de savoir si le roi Jacques aurait pu ou non faire partie de la franc-maçonnerie. Certains groupes considèrent les sociétés secrètes comme la franc-maçonnerie comme liées à l’occultisme ou au culte satanique et donc incompatibles avec la foi chrétienne.
D’autres regardent au-delà de ces notions préconçues, affirmant que les symboles maçonniques étaient souvent utilisés comme allégories des leçons de morale et des vertus adoptées par le christianisme. De plus, certaines organisations ne se concentrent pas sur ces connotations religieuses mais plutôt sur la riche histoire entourant l’impact de la franc-maçonnerie sur les systèmes pénitentiaires, la réhabilitation des détenus et les efforts de réduction de la récidive au fil des siècles.
Dans l’ensemble, même si les opinions varient considérablement selon les différents groupes concernant les liens présumés du roi Jacques avec la franc-maçonnerie, il semble clair que son influence a joué un rôle essentiel dans la restauration de la franc-maçonnerie après avoir été interdite plus tôt sous Henri VIII.
L’impact du fait que le roi Jacques soit franc-maçon sur les perspectives historiques et culturelles
L’implication du roi Jacques VI dans la franc-maçonnerie a eu un impact significatif sur les perspectives historiques et culturelles. Son lien avec l’artisanat, son rôle dans la renaissance des loges anglaises et ses influences intellectuelles sur la sorcellerie sont bien documentés.
Cependant, il y a encore beaucoup de débats entre différents groupes pour savoir s’il en était réellement membre.
Pour les francs-maçons, l’adhésion potentielle au roi Jacques est une source de fierté et d’inspiration. Cela renforce leur longue tradition de secret et de fraternité qui remonte à plusieurs siècles.
La relation entre la monarchie et les sociétés secrètes ajoute également une dimension intéressante à cette conversation. Alors que certains soutiennent qu’il s’agit d’un signe de subversion ou d’agendas cachés au sein des plus hauts échelons du pouvoir, d’autres y voient la preuve d’un dirigeant éclairé qui valorise la raison plutôt que la superstition.
La relation entre monarchie et sociétés secrètes
La relation entre la monarchie et les sociétés secrètes a toujours été un sujet d’intrigues et de spéculations. Tout au long de l’histoire, les monarques ont souvent été associés à des sociétés secrètes, notamment à la franc-maçonnerie.
Le roi Jacques VI d’Écosse était connu comme un « roi maçon » et joua un rôle important dans la renaissance des loges anglaises au XVIIe siècle. Ce lien historique a suscité des débats parmi les chercheurs et les maçons sur ses implications à la fois pour la monarchie et la franc-maçonnerie, en particulier à la lumière de l’opposition de groupes comme l’Église catholique.
Conclusions et réflexions finales.
Après avoir analysé les preuves et les affirmations entourant l’implication présumée du roi Jacques dans la franc-maçonnerie, il est clair que la vérité reste insaisissable. Bien qu’il existe des documents et des récits historiques qui suggèrent que Jacques VI avait un certain lien avec l’artisanat et a joué un rôle dans sa renaissance en Angleterre, ceux-ci ne prouvent pas définitivement sa participation en tant que membre.
Que le roi Jacques soit ou non franc-maçon, son règne a sans aucun doute eu un impact significatif sur l’histoire et les perspectives culturelles. La relation entre la monarchie et les sociétés secrètes continue d’être un domaine d’étude fascinant.
Et tandis que certaines institutions religieuses comme l’Église catholique ont condamné l’appartenance à la franc-maçonnerie, d’autres la considèrent comme une force positive pour le bien de la société grâce à l’engagement civique et aux efforts philanthropiques.
Tout allait plutôt bien dans l’univers de la Franc-Maçonnerie au Togo et surtout au sein de la Grande Loge Nationale Togolaise* (GLNT) qui, une année plus tôt, rendait hommage à son regretté Grand Maître (GM), Ignace Clomégah, rappelé par « le Grand Architecte de l’Univers ». Les travaux en loge battaient leur plein et l’obédience était au rendez-vous de toutes les grandes rencontres maçonniques en Afrique et partout ailleurs. Sûrement le printemps, après les soubresauts que cette obédience (la plus importante au Togo) a connus il y a quelques années.
D’après des sources bien informées au sein de la GLNT, les « frères » s’activaient d’ailleurs à « réunir ce qui est épars » pour permettre à ceux qui s’étaient opposés à l’installation du défunt Grand Maître de rejoindre les rangs de la fraternité. Julien Pitassa Kao qui assure l’intérim de feu Ignace Clomégah, a donné des instructions claires pour accélérer les discussions et favoriser le retour des « frères momentanément éloignés ».
Mais c’était sans compter avec Yiva Badohu, directeur de Togo Foods, entouré d’une poignée de « frères » jusqu’au-boutistes, qui s’évertuent à saper les efforts de la GLNT, en prétextant l’avoir installé « Grand Maître » (sic) le 01 mars dernier, dans un ultime geste de forfaiture, en violation flagrante de plusieurs décisions de justice et au mépris des règles et pratiques maçonniques.
La Franc-Maçonnerie togolaise encore bousculée
En effet, la Franc-Maçonnerie togolaise croyait en avoir fini avec la guerre fratricide après plusieurs années de crise et de tensions ouvertes en 2016 entre les « frères », et la reconnaissance en 2020 de feu Ignace Anani Clomégah, comme Grand Maître (GM) de la GLNT, par les Grandes Loges à travers le monde, à l’instar de la Grande Loge Unie d’Angleterre, une sorte de Vatican de la maçonnerie dite régulière, et de la quasi-totalité des grandes loges africaines, européennes et américaines.
De fait, plusieurs « frères » dissidents qui s’opposaient à l’installation de l’expert-comptable, ont fini par revenir au bercail pour lui faire allégeance. Seule une poignée d’irréductibles, sont restés « Méthodistes », du nom de cette école primaire dont étaient affublés les « frères rebelles » et où ils se réunissaient dans des salles de classe avant d’en être chassés.
Au lendemain du décès d’Ignace Clomégah, l’initiative qu’il avait déjà entreprise de tendre la main aux derniers « Méthodistes » s’est accélérée sous son successeur par intérim, Julien Pitassa Kao. Selon un proche de ce dernier, les discussions avaient bien progressé mais achoppaient sur les rangs et grades obtenus par certains « Méthodistes » et qu’ils voudraient voir conserver à leur retour à la Grande Loge. Ce serait « une prime à la rébellion », contestaient certains « officiers » de la GLNT. Pour autant, la tendance était au retour de l’harmonie et l’intégration de tous les frères dissidents, y compris ceux radiés.
Mais l’acte posé le 01er mars par Yiva Badohu et ses amis semble définitivement mettre fin à tous ces efforts. Car, comme nous l’a confié un officier de la GLNT et confirmé par une note officielle publiée par le GM par intérim, il ne saurait être question de tolérer ces comportements hors la loi, ces attitudes de rébellion et de défiance à l’égard des institutions judiciaires, administratives et politiques du Togo.
Installé … dans son salon
En cette soirée du vendredi 01er mars, dans une des villas cossues de la Résidence de la Caisse au nord de Lomé, se pressent une vingtaine d’individus en costume sombre. Selon la note qu’ils ont adressée au Ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et du Développement du Territoire, il s’agit de « la tenue d’une réunion de la Grande loge nationale togolaise dans un cadre purement privé pour une cérémonie rituelle ».
De fait, cette vingtaine de personnes sur plus du millier que compte la GLNT et dont une bonne partie a été exclue temporairement ou radiée selon nos informations, va introniser Yiva Badohu GM (sic) dans une cérémonie organisée dans son salon. C’est sans doute l’acte de défiance et de parjure de trop de ce sexagénaire décrit comme un ambitieux à l’égo surdimensionné.
« Il s’est toujours rêvé en Grand Maître et est prêt à vendre père, mère, et beau-père pour y arriver. Mais là, c’est un roi sans couronne, un chef qui n’a de trône qu’un rocher, un nain maître et non un grand maître » commente ce franc-maçon qui confie avoir été proche de Yiva Badohu avant de s’en éloigner très vite à cause de sa mégalomanie.
Beaucoup de francs-maçons à qui nous avons parlé en sont convaincus, Yiva Badohu a été la tête pensante, le maître d’œuvre et le chef d’orchestre de la crise qu’a connue la GLNT, uniquement pour satisfaire cette ambition démesurée. Il a su manipuler malheureusement certains maçons, en convoquant chez eux leur esprit grégaire et chez d’autres, ce qu’il y a de plus vil chez l’homme : l’argent, qu’il distribue à tout va à ses obligés.
Pour renforcer sa citadelle aux fondations en argile, il a fait appel à un ancien ministre revenu aux affaires, pour le parachuter président d’une loge, avec la promesse de faire de lui en un laps de temps, un Grand Officier. L’objectif à peine voilé était de faire profiter de ses faveurs et relations à la dissidence.
Décisions de justice violées
Plusieurs décisions de justice ont déjà tranché la question de la reconnaissance du camp qui a légitimité à utiliser le nom et les emblèmes de la GLNT, ainsi que celle de Grand Maître. Ainsi, par ordonnance de référé contradictoire N° 0207/2020 rendue le 22 avril 2020 par le Tribunal de Grande instance de Lomé, il a été fait interdiction par exemple à Monsieur Issaka Yamba Pessinaba, auto-proclamé GM de la GLNT et considéré comme un homme sous l’influence de Yiva Badohu qu’il a installé le 01er mars dernier comme son successeur, de faire usage du titre de Président ou de GM de la GLNT.
Par la même ordonnance, il lui est également interdit, à lui-même ou à toute personne ou tout groupe de personnes ou loge se réclamant de lui, l’usage des papiers à-en-tête de la GLNT, les logos, cachets de l’obédience. Cette ordonnance n’ayant jamais connu de sursis et n’ayant jamais été infirmée par la Cour d’Appel, reste donc pleinement en vigueur et exécutoire.
En outre, par requête enregistrée au Greffe de la Cour suprême du Togo le 12 mars 2021, Monsieur Issaka Yamba Pessinaba, radié entre temps de la GLNT, a demandé l’annulation de la décision de reconnaissance d’Ignace Clomegah comme Président et GM de la GLNT prise par le Ministre de l’Administration Territoriale. Dans son arrêt N° 06/22 du 23 décembre 2022, la Chambre Administrative de la Cour suprême a rejeté le recours du sieur Issaka Yamba Pessinaba.
Au demeurant, d’après nos sources, le Ministre de l’Administration territoriale, lorsqu’il a été saisi par courrier par les organisateurs pour l’informer de la tenue de la réunion du 1er mars, leur a demandé « dans l’intérêt de la loi et de l’Etat, de sursoir à cette réunion pour aller au dialogue avec l’autre partie » sous sa direction, après leur avoir rappelé l’existence d’une série de décisions de justice reconnaissant la légitimité des dirigeants actuels de la GLNT.
Ultime preuve du déni dans lequel s’enferment Yiva Badohu et ses amis, ils n’ont plus accès au temple de Djidjolé ni à quelque autre temple sur le territoire national.
Chassé de partout
Comme nous l’a confié un « frère », un maçon doit être reconnu comme tel par ses frères. Ce qui n’est plus le cas d’Yiva Badohu, radié de la GLNT. Conséquence : il ne peut plus aller dans aucune loge régulière et bien informée dans le monde. Il nous revient, d’après plusieurs sources, qu’il en a encore fait l’amère expérience ces derniers mois, notamment aux Etats-Unis où il pensait pouvoir passer incognito dans une loge. Il en fut chassé manu militari.
C’est donc en vain qu’il se présente auprès de la presse comme le successeur d’Ignace Clomégah.
Lors de la réunion de la Communauté des Grandes Loges Régulières du Monde Francophone tenue à Brazzaville (Congo) le 23 février dernier, et contrairement à ce que nos confrères d’Africa Intelligence ont publié, la GLNT y était représentée par le Grand Maître par intérim et par le président de la commission des affaires extérieures.
Selon nos informations, l’absence de Yiva Badohu à cette rencontre n’était donc pas due à son hypothétique french bashing mais simplement au fait qu’il n’est plus membre de la GLNT dont il est radié, encore moins son GM. De surcroît, la Conférence des Grands Maîtres des Grandes Loges Régulières d’Afrique n’a jamais reconnu son groupe de dissidents, ni celui entretenu au Mali par son compère et ami, Sadio Lamine SOW.
Au surplus, et à rebours de ce que soutient Africa Intelligence, des Grandes Loges des pays de l’Alliance des Etats du Sahel étaient présentes selon nos informations à Brazzaville, avec des délégations conduites par leurs Grands Maîtres respectifs : Grande Loge du Burkina Faso avec le Grand Maître Alain Roger Coefe et la Grande Loge Nationale Malienne avec le Grand Maître Boubakar Keita.
Quant à la Grande Loge du Niger, elle ne pouvait pas être admise à cette réunion car la Grande Loge Nationale Française lui a retiré sa reconnaissance depuis 2021. De facto, elle est exclue de toutes les réunions internationales en attendant l’Installation d’un nouveau Grand Maître régulièrement élu et installé pour remplacer Mamadou Talata Doulla.
*Grande Loge Nationale Togolaise* (GLNT), rappel historique
Blason GLNF
La Franc-maçonnerie régulière a été introduite au Togo le 03 avril 1972 avec la consécration de la Respectable Loge Franchise-Lomé inscrite sous le numéro 148 dans les Registres de la Grande Loge Nationale Française (GLNF).
Cette nouvelle Loge fut placée sous l’autorité de la Grande Loge du District d’Afrique Noire dont le siège était à Dakar, au Sénégal, et dont le Grand Maître était le TRF Doudou Guèye. Le premier Vénérable Maître de cette première Loge fut le TRF Emmanuel Kotso.
Le Togo et le Bénin, disposant de quatre (4) Loges, la Grande Loge du District du Golfe du Bénin fut alors créée et consacrée par la GLNF et le TRF E.K. Nathaniels installé comme Grand Maître de District, le 08 juin 1974.
Maison des Maçons, GLNF, Grand Temple Jean Mons.
Lors de sa visite à Lomé en février 1982, le Grand Maître de la Grande Loge Nationale Française, le TRF Jean MONS (Jean Mons, né Jean Baptiste François Mons le 25 février 1906 à Argentat (Corrèze) et mort le 8 mai 1989 au Chesnay, est un haut fonctionnaire français. Grand résistant, il est nommé résident général de France en Tunisie de 1947 à 1950. De retour à Paris, il est mis en cause dans l’affaire des fuites en 1954, a décidé que le Bénin soit érigé en Grande Loge de District dénommée» Grande Loge de District du Bénin» et que le Togo devienne la « Grande Loge de District du Togo».
La Grande Loge de District du Togo créera six (6) Loges au cours de la période allant d’avril 1985 à décembre 1990. Le nombre des Loges sous l’administration de la Grande Loge de District du Togo fut ainsi porté à dix.
L’expérience acquise depuis 1972 par les membres de la Grande Loge du District du Togo s’étant confirmée, d’une part par la maîtrise des activités maçonniques et, d’autre part, par une bonne connaissance de l’administration des Loges, les Frères décidèrent de se constituer en Grande Loge Nationale indépendante sous la dénomination de « Grande Loge Nationale Togolaise « (GLNT) et sous le parrainage de la Grande Loge Nationale Française (GLNF). Le Décret n° 771 de la GLNF en date du 06 juin 1992 créa alors la Grande Loge Nationale Togolaise et lui donna une Grande Charte Constitutive avec tous les droits et prérogatives afférents à une Grande Loge Régulière.
Compte tenu des circonstances socio-politiques qui prévalaient au Togo en cette période, la consécration de la Grande Loge Nationale Togolaise se fit à Paris. Elle eut lieu ce même jour du 06 juin 1992 au siège de la Grande Loge Nationale Française, 65, Boulevard Bineau à Neuilly-sur-Seine (France), avec l’installation du TRF Emmanuel Kokou Kotso Nathaniels comme Grand Maître. Au cours de la cérémonie, le GM Nathaniels nomma le TRF Joseph Kossi Kpelly-Hukporti Député Grand Maître de la GLNT et le TRF Michel Logo Kowouvi Assistant Grand Maître de la GLNT.
La Grande Loge Nationale Togolaise (GLNT) se réunit pour la première fois en Assemblée Générale à Lomé le samedi 15 août 1992 à son siège au Domaine des Maçons à Djidjolé.
Le 18 janvier 1991, pour être en conformité avec les textes régissant l’existence des associations en République Togolaise, les statuts de la Grande Loge Nationale Togolaise furent déposés au Ministère de l’Intérieur. En 2007 la Grande Loge Nationale Togolaise (GLNT) sera agréée comme Association régie par la loi N° 40-484 du 1er juillet 1901 sous le Récépissé N°1163 / MAT- SG-DAPOC- DOCA du 12 décembre 2007.
Séquence souvenir aujourd’hui avec l’Auberge Espagnole
Une expression que j’ai souvent entendue quand je frappais à la porte du temple, de la part des différentes relations que j’avais à l’époque, relations qui allaient m’aider à rentrer en franc-maçonnerie.
On me faisait comprendre que j’allais trouver en franc-maçonnerie en fait ce que j’apporterais. A vrai dire, je n’ai jamais bien apprécié cette expression à sa juste valeur, je pense. Pour moi, déjà, les temples où nous nous réunissons inspirent plus la solennité que le désordre d’une auberge espagnole.
Alors il conviendrait mieux de chercher en dehors de nos temples.
Ce sont les lieux où nous prenons nos agapes qui ouvrent à plus de liberté dans nos propos et dans nos comportements. Ce sont nos contacts, nos réunions entre frères et sœurs qui nous font nous connaître et nous apprécier. A force de nous rencontrer en loges et à l’extérieur, nous nous rendons compte que nous sommes vraiment différents les uns des autres. Notre vie maçonnique en commun s’agrandit. Il n’y a rien de désordre dans tout cela, nous bénéficions de qualités qui démontrent nos capacités d’organisation.
C’est la dualité que nous avons en nous qui crée les personnages charismatiques ou les fortes personnalités que nous rencontrons parfois chez les Francs-maçons. Pour ma part je dois dire que j’ai eu la chance sur mon chemin de vie de croiser souvent des maçons haut en couleurs.
Déjà par exemple, profane, j’étais jeune à l’époque et je ne connaissais rien à la maçonnerie ni aux maçons, j’ai réussi à convaincre Henry Chapier, critique de cinéma à jouer dans un de mes films courts et quel personnage ! Je le découvris bien plus tard comme frère. Nostalgie quand tu nous tiens!
C’est mon frère Xavier, amoureux de rosé et passionné de course automobile qui me fit découvrir le grand Ayrton Senna. C’est mon parrain Henri qui me fit connaître les grands crus et les grands chefs cuistots, lui qui avait osé produire du Chablis aux États Unis !
C’est Jean, qui pour les derniers jours de sa vie fit un périple touristique en camping-car sur les différents lieux de son travail de représentant et avec ses frères les plus proches, dont un médecin qui l’aida à passer son dernier souffle. La liste est bien longue et le temps me manque pour vous dresser un tableau exhaustif de toutes les personnalités à inviter.
J ‘entends d’ici des voix qui me disent qu’il y a encore un nombre important de fous furieux, de passionnés, voire d’allumés chez nous. C’est à la fois avec respect, ironie et sourire que je le ressens. Ce sont les pièces manquantes fortes utiles au puzzle. A nous de savoir bien les reconnaître, les ajuster et de vivre avec.
Pour ma part dans toutes mes rencontres maçonniques, je n’ai pas eu à faire à des Illuminati, seulement à quelques Sœurs et Frères illuminés et de passage à l’Auberge Espagnole !
Les noms des rues que l’on emprunte finissent par être réduits à un simple moyen d’identification géographique alors qu’ils peuvent être le témoignage d’un riche passé. Il en va ainsi des rues «du temple», et «vieille du temple» faisant référence à l’ancienne implantation de la plus grande commanderie templière d’Europe.
A l’identique, les rues «Nicolas Flamel» et «Pernelle», évoquent le célèbre alchimiste du 14ème siècle et son épouse.
C’est au cœur de ce quartier, dit «du marais», que se dresse l’église Saint Merry dont la construction initiale remonte au premier millénaire de notre ère, mais qui s’est vue ornementée d’une façade occidentale en art gothique flamboyant au XVIème siècle ; autant dire que «l’argotique y flamboie».
Cet «argotique» doit s’entendre comme un argot et en l’espèce on retiendra la «langue des oiseaux[1]», langage de plume, qui permettait aux illettrés d’entendre «au lit on dort» lorsqu’ils voyaient l’enseigne d’un hôtel «Au lion d’or».
Tout cela pourrait suffire à justifier l’intérêt que peut susciter Saint Merry, mais, en plus, elle pâtit généralement d’un décryptage symbolique aussi réducteur qu’erroné.
En effet, les guides qui présentent l’édifice aux touristes, ainsi que la rare littérature qui lui est consacrée, se cantonnent le plus souvent à ne retenir de l’ensemble de la façade occidentale que le «Baphomet» qui surplombe le portail central, également nommé «grotesque à figure de diable».
Qui dit «Baphomet» dit «templier» et l’on dérive rapidement sur la commanderie qui était proche et par analogie sur l’histoire de l’Ordre du Temple et son tragique destin…
Quand aux escargots, salamandres, dragons, grenouilles, chimères, chiens, écrevisse et autre scarabée qui figurent en bonne place sur cette façade, ils sont rapidement regroupés sous le terme générique de «bestiaire» voire, pour englober les végétaux également représentés, «animaux et feuillage», sans plus d’explication.
Comme j’ai trouvé ces raccourcis injustes pour ceux qui se sont donnés la peine d’écrire de tels livres de pierre, je me suis attelé à la tâche en m’associant quelques éminents spécialistes…
Il en découle une approche pluraliste où le symbolisme, l’art royal, l’alchimie, et la géobiologie ont été associés pour fournir une approche aussi fidèle que possible de la lecture qui peut être faite de ces pages sculptées.
La transcription qui en découle ne correspond vraisemblablement pas, dans sa forme, au message tel que le concevaient leurs auteurs mais il y a fort à parier que l’idée qui a présidé à cette écriture a, elle, bien été perçue.
De ce fait trois approches successives, inégales dans leur développement mais néanmoins très complémentaires, seront développées ci-après ; le symbolisme spirituel général avec des éléments de géométrie sacrée, l’approche alchimique et enfin le ressenti géobiologique.
L’absence d’un condensé historique sur l’édifice est volontaire du fait que la présente étude vise à décrypter un message spirituel, par nature intemporel.
Cependant, pour les inconditionnels de l’histoire, ils peuvent se référer à l’article de wikipédia voire à cette adresse : http://saintmerry.org/leglise-saint-merry/ où ils devraient trouver matière à satisfaire leurs besoins de savoir.
La lecture Symbolique
Avant toute approche des détails, il suffit de lever les yeux pour comprendre à quelle démarche l’impétrant dans le monde du symbolisme va être invité.
Au sud, la bâtisse est surmontée d’une tour carrée, au centre le sommet est triangulaire et au nord, une tour octogonale est érigée.
Se succèdent donc des constructions avec quatre, trois, puis huit côtés, ce qui renvoie au symbolisme de ces nombres.
De façon très abrégée, le quaternaire représente la matière, le manifesté ce qui est palpable.
Le ternaire évoque pour sa part la spiritualité dans de nombreuses traditions, on le retrouve ainsi dans la trinité chrétienne (Père, Fils et Saint-Esprit) dans la trilmûrti indienne (Brahmâ, Vishnou et Shiva) ou dans la kabbale hébraîque (En, En-Sof, En-Sof-Aour ).
Le huit enfin est représentatif à la fois de l’éternité (8 «debout») et de l’infini (∞ «couché» ou lemniscate») ce qui place l’octogone dans la représentation simultanée de ces deux notions.
Il est également possible de décliner ces trois approches numériques par «le corps, l’âme et l’esprit» voire «soma, psyché et pneuma», comme il convient à chacun de l’interpréter.
L’essentiel est dans l’idée qui est derrière cette construction, à savoir que l’on propose de passer de la matière (quatre) à l’Esprit Universel ou Divin (huit) par l’entremise du ternaire, donc de «lire» la façade de droite à gauche.
A noter que ce symbolisme architectural n’est pas l’apanage de cette église, il se retrouve chez ses consœurs, ainsi que dans les cathédrales, avec un quatre (associé parfois à un deux) un trois et un huit différemment agencés mais néanmoins présents.
Il en va de même au niveau des gargouilles, celle de la tour carrée présente un personnage grossier, tassé sur lui-même et dominé par un dragon qui semble lui appuyer sur la tête.
A l’inverse, celle proche de la tour octogonale montre un personnage féminin beaucoup plus élaboré qui prend appui de ses deux mains sur le dragon comme pour le fixer au sol.
Comme la démarche consiste nécessairement à partir du matériel pour aller vers le spirituel, ces premiers éléments invitent à «lire» le symbolisme de la façade en allant du sud au nord.
Le portail sud
On observe que la voussure principale est ornée de part et d’autre de son sommet d’un ourson à gauche et d’un lièvre à droite.
Il semble que l’ourson ne souffre pas de plusieurs interprétations ; c’est un petit ours.
La petite ourse est une constellation dont l’étoile la plus brillante est l’étoile polaire et, justement, ce petit ourson est situé au nord.
Etant dans les constellations, celle du lièvre est dans l’hémisphère sud, ce qui semble cohérent.
A la base du piédroit de droite, celui le plus au sud, est représenté un personnage visiblement écrasé (par la matière), alors qu’à la base du piédroit nord un personnage, à la tête couverte d’une sorte de chapeau (signe de maîtrise), est porteur d’un vase signe qu’il serait en passe de devenir un verseau, or le verseau symbolise l’idée d’éclaireur, de celui qui apporte la connaissance.
Au dessus de ce personnage, un escargot semble se diriger vers la porte.
Il serait présomptueux de vouloir ici analyser chaque symbole dans toutes ses acceptions, mais, comme cet animal apparaitra à plusieurs reprises, il convient de s’attarder sur son symbolisme initiatique global pour écarter d’emblée toute ambiguïté que quelques symbolistes de bazar ont pu semer sur la toile.
La langue des oiseaux (qui sera très présente dans ce développement) nous fait entendre «est-ce qu’argot ?» ce qui, déjà, renforce le flamboyant de l’argot déjà mentionné : la langue des oiseaux.
Il n’est pas nécessaire d’inventorier son symbolisme dans toutes les cultures puisque nous sommes ici en présence d’une représentation liée au symbolisme des bâtisseurs ou des alchimistes.
Pour ce qui concerne les bâtisseurs, on retiendra globalement qu’il est la représentation d’un savoir initiatique car sa présence sur un édifice indique que ce dernier est porteur d’un message dissimulé, à décrypter.
Bien sûr la spirale de sa coquille évoque le nombre d’or (1,632) proportion naturelle qui évoque l’harmonie, chère aux bâtisseurs de cathédrales et nous aurons l’occasion de revenir sur ce nombre particulier.
Ce qui importe, à ce stade; c’est que la seule présence de ce gastéropode est une indication que l’édifice (et en l’occurrence la façade ouest où nous nous trouvons) est le support d’un message «caché».
Au dessus du porche on observe trois statues en pied.
Celle de gauche représente un ange porteur d’un violon. Symboliquement le violon, qui peut inspirer aussi bien la gaité que la mélancolie, évoque les émotions. Et comme on entend bien que c’est «en je», il nous est signifié qu’en moi (l’initié qui débute son chemin) se trouve une vibration «matérielle» ; l’émotionnel.
Celle de droite est également à l’image d’un ange qui semble lire un parchemin. S’agissant d’un lecture «directe» sur un parchemin déplié, par opposition à un livre qui peut être ouvert ou fermé, il acquiert vraisemblablement du «ça voir[2]» et selon le processus appliqué au précédent, «ange savoir» s’entend comme «en je ça voir» donc en moi se trouve le savoir acquis.
Ces deux statues reposent sur un socle qui peut être vu comme triangulaire, ce qui renverrait à l’idée du ternaire déjà évoquée. Cependant, une autre perspective peut leur attribuer une forme carrée, ce qui évoquerait alors la matière, l’homme, dominé par ses émotions et son savoir ; l’émotionnel et l’ego.
La statue centrale, au dessus des deux autres (leurs positions respectives formant un triangle pointe en haut dit «triangle de feu») est celle d’une sainte (auréole), qui semble prier, et son socle étant octogonale on est nécessairement dans l’esprit.
On peut entendre ici que l’association de l’émotion et du savoir doit être dominé par quelque chose de féminin qui prie; ce qui évoque fortement la foi, voire l’espérance.
Il y a bien une sainte Foi, et une sainte Espérance et la légende qui les unit est intéressante. Les saintes Foi, Espérance et Charité sont des martyres appelées en grec Pistis, Elpis et Agapé, toutes trois filles de Sophia, la sagesse, elle-même étant une sainte : Sainte Sophie.
De ce fait, Sagesse, Foi, Espérance et Charité peuvent être assimilées aux facettes de l’inspiration qui devra compléter le viatique de celui qui entreprend un chemin initiatique.
Plus haut encore, sur la frise, sur laquelle nous reviendrons pour un décryptage alchimique, on notera simplement la présence d’un deuxième escargot.
A ce stade, si l’on récapitule l’ensemble du message symbolique délivré par ce porche on comprend que l’initié, au sens d’initialisé dans une quête spirituelle, devra progresser entre le nord et le sud, donc vers l’est, vers l’orient – l’or riant, la Lumière – en sachant qu’il est porteur de savoir et d’émotions, et en étant inspiré par la Sagesse, la Foi, l’Espérance et la Charité.
Il devra éviter l’écrasement de la matière pour accéder à la connaissance.
On a compris que le message invite l’initié à s’orienter (donc à se diriger vers le soleil levant, l’est, l’orient, la Lumière) mais que la lecture du message de la façade se fait du carré vers l’octogone, soit en allant de droite à gauche, du sud vers le nord. Ce qui amène à nous intéresser ensuite au portail central. Ce dernier, ainsi que la frise supérieure, étant clairement porteur d’un message essentiellement alchimique, beaucoup de détails ne seront abordés que dans la partie se référant à cet art. Cependant quelques éléments symboliques sont éminemment intéressants. D’évidence les sculptures de ce portail sont réparties en deux «phases» dont le point d’orgue est le personnage central improprement assimilé à un Baphomet. De ce fait nous observerons tout d’abord la partie droite, puis la gauche avant de terminer au centre qui synthétise l’ensemble.
Partie droite
Le piédroit sud met «en avant» Saint Jacques le majeur, aisément reconnaissable aux coquilles qu’il porte autour du cou. Cela est en concordance avec l’idée du début d’un chemin initiatique (Compostelle) et, si l’on en doutait, un rappel en est fait sous…Saint Philippe, par un cartouche représentant un homme porteur d’un livre, qu’il tient pas le bas, sur la couverture duquel figurent trois coquilles Saint Jacques.
A noter que les statues des apôtres ayant été détruites à la Révolution, celles-ci on été remplacées au XIXème siècle, ce qui pourrait expliquer pourquoi c’est Saint Philippe et non Saint Jacques qui se trouve placé au dessus des trois coquilles…
Dans cette même conception de progression initiatique, on notera que la partie droite supporte trois salamandres montant sur l’extérieur des voussures et trois escargots (un sous la salamandre la plus haute et deux sur la partie supérieure).
La répétition de ces ternaires évoque, pour l’initié, le stade de l’apprenti, donc de début d’une quête, d’un pèlerinage ; ce qui est tout à fait en phase avec Saint Jacques. Trois coquilles pourrait bien indiquer trois « pas sages », trois étapes initiatiques.
Par ailleurs, les deux voussures internes présentent des personnages qui semblent méditatifs, plusieurs détiennent des livres qu’ils tiennent fermés, et tous semblent réfléchir ou méditer ; en pleine introspection.
L’œil exercé peut également apercevoir une petite grenouille placée tout en haut du montant oblique de droite. Cet animal symbolise la démarche spirituelle et plus précisément la métamorphose, ce qui vient encore conforter les premières approches.
La métamorphose est ici «petite», et elle n’intervient «qu’au bout», «tout en haut» de l’évolution ternaire, mais elle est présente !
A droite du batracien et à hauteur de la frise apparait une écrevisse.
La particularité de cet animal est, comme chacun sait, de se déplacer…à reculons.
Sa présence (à hauteur de la frise) semble suggérer qu’à ce niveau il faut lire à contresens (donc de gauche à droite et non de droite à gauche comme on l’a fait jusque là).
Partie gauche
La partie gauche expose cinq escargots, un au dessus et un au dessous de la grenouille, un troisième à sa droite sur la voussure interne, un quatrième sur le rampant tout en haut et le cinquième qui passe de la voussure extérieure au socle de la statue en bas de la voussure intérieure. Peu importe le sens de leur énumération, l’important est qu’ils sont CINQ.
Le nombre cinq représente un initié plus avancé, un Compagnon, donc un initié qui a déjà bien progressé comme en atteste ici la grenouille dont la taille évoque une importante métamorphose !
Un peu plus bas que la grenouille précitée, et sur la première voussure, se trouve un scarabée.
Pour les égyptiens, déjà, cet animal représentait la victoire de la vie sur la mort, la résurrection.
Ce symbolisme fut vraisemblablement repris par les pères de l’église qui comparèrent le Christ à un scarabée. En effet lesdits pères de l’église (Saint Augustin, Saint Ambroise…) associaient le bois et la croix et de ce fait ils lièrent le Christ au scarabée dans la traduction grecque de la bible pour Habacuc 2.11 «le scarabée dans le bois».
Ce qui nous intéresse au plan symbolique est que l’importante métamorphose extérieure de l’initié ( escargot et grenouille) induit à l’intérieur une capacité de victoire de la vie sur la mort (scarabée).
Après l’épreuve ternaire, l’épreuve quinaire amène donc à une «résurrection» par le huit (3+5).
De ce fait 3,5,8 figurent (notamment, car nous y reviendrons avec la géométrie sacrée…) trois «pas sages», tel que nous en avait averti les trois coquilles Saint Jacques…
La majorité des personnages de cette partie gauche sont occupés à lire. Les livres qui étaient fermés, hermétiques, sont ouverts, accessibles. Cela peut donc s’entendre comme l’acquisition d’une connaissance qui était jusque là cachée.
Comme pour le piédroit sud, le piédroit nord porte un cartouche représentant à nouveau un homme porteur d’un livre, qu’il tient cette fois pas le haut, et la couverture de ce dernier supporte trois cercles, eux-mêmes composés de trois cercles concentriques.
Symboliquement cela renvoi au nonaire, au nombre neuf, symbole qui, comme beaucoup d’autres, mériterait un ample développement. Pour simplifier, on retiendra qu’il peut être entendu comme la globalité de ce que peut acquérir un être humain sur les trois plans, corps, âme et esprit puisque le dix, qui le suit, induit immanquablement un changement d’état.
Ce nonaire est vraisemblablement à rapprocher de Saint Jean qui se trouve à gauche, imberbe et avec un aigle à ses pieds (l’aigle de Patmos). En effet, Saint Jean est notamment l’auteur de l’Apocalypse (étymologiquement «le dévoilement») qui est une vision totalement «spirituelle» (au sens de «vue par l’Esprit») Comme pour Saint Jacques, il est possible, que le repositionnement des statues des apôtres au XIXème siècle ait conduit à un déplacement de Saint Jean, qui semblerait plus à sa place au-dessus des trois cercles précités.
Et voici enfin le personnage central qui s’est vu affubler de tous les vices par les plus ignorants, prompts à colporter n’importe quoi pour diaboliser le sujet.
Petit aparté à partir du mot diable en opposition au mot symbole.
Que l’on remonte aux racines grecques ou latines, la signification ne change pas, le préfixe «di» définit ce qui sépare, tandis que le préfixe «sy» introduit la notion de réunion. Pour ceux qui en douteraient, les diastoles et les systoles des battements cardiaques en attestent.
Le symbole réunit, le diabole sépare ; et ici l’on a bien un personnage qui réunit plusieurs composantes. Il est androgyne puisqu’il porte moustache, barbe et seins, il est à la fois stable sur terre et apte à s’élever au moyen de ses ailes. Il porte des cornes, qui sont un symbole de puissance, il est entouré de raisins figurant le spirituel et, bouche ouverte, il semble s’adresser aux oiseaux qui l’entourent (dans leur langage ?).
C’est un symbole qui rassemble les éléments épars des deux côtés du portail, pour les initiés c’est le représentant de «la voie du milieu», et le nom de «nature double», ou «Rebis», sous lequel nous le retrouverons dans l’approche alchimique, lui convient incontestablement mieux que celui de «Baphomet».
Si cela était encore nécessaire, une colombe, symbole de paix, mais aussi de l’Esprit Saint, se trouve juste sous son socle, ce qui colle mal à un diable !
Globalement, le message indique donc qu’il faut parvenir à la voie du milieu en associant les éléments présents des deux côtés du portail, les épreuves ternaire et quinaire.
Dans la symbolique chrétienne on associe le ternaire à la divinité (la trinité père-fils-saint-esprit) et le quinaire à l’homme, ce qui conduit à attribuer le nombre huit au Dieu fait Homme : le Christ.
Dans la majeure partie des édifices catholiques c’est bien le Christ qui se trouve à cette place, ce qui a pu laisser à penser, à ceux qui occultaient tous les éléments symboliques qui l’entourent, qu’une simple idée blasphématoire avait présidé à l’élaboration de ce personnage.
Nous avons vu qu’il n’en est rien et qu’il ne représente effectivement qu’une synthèse d’éléments épars, constituant les composantes d’une quête spirituelle dont on devrait avoir l’aboutissement sous la tour octogonale, au portail nord.
Dernier élément à remarquer, quatre «dragons» orientés vers le sol ornent le bas des voussures.
Ces derniers peuvent peut-être être rapprochés du message alchimique, mais aussi, plus vraisemblablement, de vouivres dans l’approche géobiologique.
Le Portail Nord
Si l’on se réfère à la promesse initiale, après avoir vu le chemin que l’initié devait parcourir dans l’esprit ternaire depuis le quaternaire, le porche nord, placé sous la domination de l’octogone, devrait nous fournir une image de ce à quoi peut parvenir un initié accompli.
En laissant l’étude de la frise à l’art de l’alchimie, nous retrouvons trois personnages placés en triangle, comme sur le portail sud.
Le plus à gauche représente un être ailé porteur de ce qui ressemble à un bâton et ayant derrière lui un chien. C’est ainsi qu’est représenté l’archange Raphael, l’un des trois archanges reconnus par l’église catholique avec Michel et Gabriel. Son nom signifie «dieu guérit» ce qui fait de lui le guérisseur des corps et des âmes en référence au livre de Tobit[3] selon lequel il a été envoyé auprès de Tobit avec le fils duquel il entreprit un voyage pour récupérer une dette et Tobit (le fils) ne se déplaçait jamais sans son chien. («Le garçon est parti. Et l’ange avec lui. Et le chien aussi est parti» -TOBIT 6-1-) Le bâton court qu’il tient en main, évoque aussi bien le bâton d’Esculape ou la baguette d’Hermès (symbole guérisseur), que l’attribut des marcheurs, puisque Raphael est également le protecteur des voyageurs, et plus particulièrement des pèlerins, donc de ceux qui mènent une quête spirituelle.
Le personnage de droite est ainsi aisément identifiable avec son épée flamboyante ; c’est l’archange Saint Michel. Bien sûr, étant accoutumé à le voir brandir son épée pour maitriser la matière comme au Mont Saint Michel ou à la Fontaine de la Place du même nom, on pourrait s’étonner de sa posture méditative, en état de veille. Mais à ce stade, dans le monde de l’Esprit, il est évident que la matière a été pleinement dominée et il en est donc réduit à veiller à ce qu’elle ne se manifeste pas de nouveau. C’est donc un veilleur et si, il «est veilleur», il «éveilleur» et a donc la double fonction de veille et d’éveil. Parallèlement à cet état de veille, peut-être médite-t-il sur le sens de son propre nom :«qui est comme Dieu ?»
Selon le même processus que pour le portail sud, ces deux représentations sont des «arcs en je». L’initié représenté à ce stade a fait le lien entre sa nature terrestre et sa nature céleste (l’arc), il demeure un veilleur mais n’a plus à dominer sa propre matière, il est devenu un guérisseur pour les corps et les âmes et se doit donc d’éveiller les consciences.
Ces capacités, pour ne pas dire ces vertus, sont réunies dans le personnage central, et, pour compléter la trilogie des archanges reconnus par le catholicisme, on devrait trouver à cette place l’archange Gabriel, celui-ci étant voué à être le messager de Dieu à l’instar d’Hermès (ou Mercure).
Il est en fait représenté par un Initié (au sens d’Homme accompli) sous l’apparence d’un homme à la tête couverte (un Maître) et auréolée ; ce qui fait de lui un saint !
Il est porteur en main droite d’un livre qu’il possède sans le regarder (la con-essence). Ce livre étant fermé il est «hermétique» il maîtrise donc l’hermétisme, ce qui conforte l’idée d’Hermès comme messager des Dieux, fonction remplie habituellement par l’archange Gabriel.
En main gauche il porte une un petit coffre, or, en latin, coffre se dit «arca», mot qui a donné le mot arche, comme l’arche de Noé ou l’arche d’alliance…
Saint Jacques présidait au début du parcours initiatique au portail sud, ici c’est Saint Jean l’évangéliste qui est son pendant dans le domaine spirituel.
Or, nous l’avons vu, c’est à Saint Jean qu’est attribuée la rédaction de l’Apocalypse, qui relate l’avènement de la Jérusalem Nouvelle (ou Céleste) décrite comme étant la ville spirituelle par excellence, la demeure de Dieu et, par extension, le Tabernacle[4].
Ici, la tenue de ce coffre-tabernacle, au niveau du cœur, renvoie à la notion de charité chrétienne, à l’agapè grec, l’Amour dans sa dimension la plus universelle.
Le message est donc assez simple, l’Initié qui a conquis son essence spirituelle, est à la fois un veilleur, un éveilleur et un guérisseur ; un «aimant» en capacité de maitriser la connaissance (con- essence) et de «faire descendre la Jérusalem Céleste» sur terre, ce qui le place en position de médiateur entre le ciel et la terre.
Maître, Saint, Hermétiste, Veilleur, Eveilleur, Médiateur, Aimant, Guérisseur, toutes qualités qui définissent parfaitement un Initié Parfait, un Saint, non de ceux canonisés par l’église, mais au sens du mot hébreu «kadosh» comme évoqué dans la bible par YHWH parlant à Moïse «Parle à tout Israël, Vous serez saints, Je suis YHWH votre Dieu, Je suis saint» (Lévitique 19-1,2).
Dernier élément de ce portail nord, le piédroit gauche est porteur d’une sculpture représentant une vouivre, sorte de serpent symbolisant les énergies terrestres, ce que nous étudierons plus avant par le biais de la géobiologie.
Depuis le début de notre décryptage symbolique, nous avons rencontré dix escargots dont la répartition ne semble rien devoir au «hasard»[5].
Récapitulons en procédant à un comptage par partie et par portail :
Un sur le piédroit nord du portail sud, (1)
Un au centre de la frise en haut du portail sud, (1)
Donc deux sur l’ensemble du portail sud, (2)
Trois sur la partie droite du portail central, (3)
Cinq sur la partie gauche du portail central, (5)
Donc huit sur l’ensemble du portail central. (8)
Comme le «hasard» fait bien les choses !
1,1,2,3,5,8, cette suite de nombres n’est rien d’autre que la suite dite «de Fibonnaci».
Léonard Fibonnaci dit Léonard de Pise, (1175-1240), est un mathématicien italien qui a découvert cette suite aux propriétés très particulières en calculant la croissance d’un couple de lapins ! (Combien de couples obtient-on en un an si chaque couple engendre un nouveau couple à compter de son troisième mois d’existence ?…)
Parmi ces propriétés, celle qui nous intéresse plus particulièrement découle de son lien étroit avec le nombre d’or déjà évoqué.
Ce nombre d’or, dit aussi «section dorée», «proportion dorée» ou «divine proportion» et égal à 1 + √5 : 2 = 1,618 , est une proportion dite «d’extrême et de moyenne raison», selon laquelle le rapport entre deux longueurs est égal au rapport entre leur somme et la plus grande d’entre elles.
Cette valeur se retrouve naturellement dans bien des domaines tels les spirales de la fleur de tournesol, de la pomme de pin, du chou fleur, de l’ananas, de la coquille du nautile ( et de l’escargot !) ou encore dans les proportions du corps humain, et, de Léonard de Vinci à Botticelli ou Le Corbusier voire à la pyramide de Chéops (ou celle du Louvre!), elle a inspiré bien des œuvres humaines ; son histoire se perdant dans la nuit des temps.
Cela n’a pas échappé aux Maîtres Bâtisseurs du fait que cette proportion, dans laquelle les anciens voyaient une trace du divin, offre à l’œil une vision harmonieuse (et naturelle !).
Et il se trouve que la suite de Fibonnaci offre la meilleure approximation mathématique de ce nombre, sans calcul compliqué !
Ce pourquoi les Compagnons qui ont œuvré, ont vraisemblablement choisi de faire figurer en bonne place cet élément fondamental de la Géométrie Sacrée sur une façade symbolique !
La lecture alchimique
L’alchimie est en général un domaine relativement abscons, destiné avant tout à ceux souhaitant pratiquer cet art.
De ce fait, décrypter des messages alchimiques, sans être soi-même un adepte de cette discipline, conduit à se mettre en position de commettre des erreurs d’interprétation.
Ce pourquoi ce qui va suivre sera une compilation d’indications données par un alchimiste reconnu : Patrick BURENSTEINAS.
Compilation car, au regard de la lecture «linéaire» faite au sens symbolique, la lecture alchimique semble plus «globale», des étapes étant présentées sans être nécessairement ordonnées dans la même logique que la lecture symbolique.
II semble que l’essence du grand œuvre soit essentiellement détaillée au travers du porche central et de la frise supérieur, nonobstant quelques indications périphériques.
Sauf explications spécifiques à l’art de la transmutation, l’idée qui sous-tend la lecture globale est en accord celle développée avec la lecture symbolique, il s’agit bien évidemment d’une démarche spirituelle visant à transmuter l’homme en Homme.
Hormis quelques indications qui ne seront pas en italiques, je laisse la parole à Patrick BURENSTEINAS.
A noter qu’il s’agit de la parole au sens propre, puisque Patrick ayant effectué ce décryptage de vive voix devant l’édifice, je ne fais que rapporter ses propos, sans les ordonner plus avant, de crainte de les trahir, ce qui rend nécessairement la lecture plus ardue que l’écoute sur site.
Globalement : « ll y a trois personnages sur des octogones, (la femme qui prie au portail sud, le rebis du portail central et l’Initié du portail nord tels que définis dans le précédent chapitre) trois messages donnés différemment, la matière par le carré, le feu par le triangle, donc tu passeras de la matière au feu par trois étapes que l’on voit ici sur les trois constructions extérieures (Carré, triangle et octogone). Au niveau des gargouilles, la partie subtile est féminine alors qu’à droite on a un personnage masculin et épais donc on passera entre le subtil et l’épais.»
« Ici on a le violon qui va être volatil par opposition au personnage qui lit et lie ; c’est lier et relier. Il y a des livres partout, (sur le portail central) on nous dit lie, lie et relie comme il est marqué pas loin d’ici sur la maison de Nicolas Flamel.
Et donc on va lier le violon à la lecture, c’est à dire la spiritualité à la matière. Le violon c’est effectivement l’émotion, mais c’est un son, alors que de l’autre côté c’est de l’écrit.(Les personnages au dessus du portail central)
On va relier le vibratoire au matériel.
La disposition des statues est un triangle du feu avec deux personnages en bas et la teinture en haut.
Le lièvre fait des galeries, c’est celui qui perce la pierre et on le retrouve à Notre Dame dans la même acception, action de percer la pierre, persévérer.
Porte d’entrée du travail avec les deux personnages qui sortent, un peu comme Flammarion qui sort sous les étoiles. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Gravure_sur_bois_de_Flammarion)
Le personnage de gauche (en bas du piédroit nord) est bien comme le verseau, à la fois l’eau qui est en bas et l’eau qui est en haut, mais c’est parce que tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut : il faut entendre eau par haut.
Donc on va relier les deux en faisant des trous dans la matière au septentrion comme l’indiquent le lièvre et l’ourson.
A ce moment là on trouvera la voie du milieu figurée par le personnage ayant les mains jointes, lequel va associer les deux natures.
Il y a des acanthes qui indiquent qu’il y a une recherche, un travail intellectuel à avoir, et donc avant de travailler sur la matière, on va travailler sur l’esprit, c’est à dire que l’on doit comprendre la philosophie de l’œuvre avant de se mettre au creuset.
Sur ce portail, on parle donc de philosophie, on ne parle pas de mode d’emploi qui effectivement sera là-haut, sur la frise.
En arrivant ici, il faut essayer de comprendre ce qui se passe.
Comme à Notre Dame ou à Amiens, ce sera toujours sur le portail de droite, dit « des alchimistes » que tout est révélé, le portail de gauche étant celui de la spiritualité, de l’esprit.»
« Les trois coquilles Saint Jacques sont évidemment les trois pas sages qu’on va avoir ici avec Saint Jacques le Majeur et ses coquilles. »
De plus, outre cet aspect de pèlerinage, le supplice qu’il a subi est intéressant puisqu’on lui a coupé la tête.
Mais ce n’est pas tellement qu’on lui ait coupé la tête qui est intéressant, c’est que quand nous allons aller chercher quelque chose à Saint Jacques, on va, nous aussi, couper la tête de la matière.
C’est la purification.
C’est à dire que l’on va prendre la matière et on va l’écumer, c’est pour cela que l’on parle de la coquille St Jacques avec Vénus qui sort de la coquille du même nom.
Au-dessus; on va avoir des glands, les glands c’est les chênes, donc par trois fois on va dé-chaîner et on va prendre dans le chêne quelque chose de particulier qui sont les fruits du chêne; la pomme du chêne qui est l’acide gallique.
La partie droite est donc particulièrement représentative de cette purification.
On voit deux feux qui sont fixés en bas (deux de part et d’autre du vantail central, en bas) tout ce qui est en bas vise à fixer le volatil puis, au fur et à mesure on va s’élever vers le sommet jusqu’au volatil fixé en haut. Et ça va être tout le travail de l’alchimiste qui est « est-ce que l’on va pouvoir fixer le volatil et non pas volatiliser le fixe ?»
Parce que si l’on volatilise le fixe, tout est perdu.
Les fruits de droite sont des chardons, mais il faut aussi entendre «charbon».
Parce qu’une des matières premières de l’œuvre, est de l’antimoine, et l’antimoine c’est ce qui est figuré dans les livres fermés donc on a vraiment cette notion : « tu vas séparer le subtil de l’épais … »
Cependant, quand on prend de l’antimoine natif dans la nature, il ressemble à un hérisson, ça fait des piques partout, d’où le chardon. C’est pour cela que l’on dit au commencement de l’œuvre : « qui s’y frotte, s’y pique ».
Ce qui explique la présence de plantes piquantes.
Evidemment charbon et chardon étant très proches, c’est grâce au charbon que l’on va faire fondre le chardon, que l’on va l’ouvrir. Et c’est le char aussi, le chardon va donner le char triomphant de l’antimoine qui va permettre de passer de trois pas sages de l’intérieur vers l’extérieur par les coquilles depuis l’intérieur.
Le personnage central n’est pas un Baphomet mais une nature double, à la fois fixe et volatile.
Les cornes c’est l’arc. C’est aussi la musique, le son, c’est le triton, les trois sons à trouver, les trois couleurs. C’est pour ça qu’on va avoir trois parties avec les couleurs : le noir, le blanc, le rouge qui va vers l’intérieur, qui va du formel vers l’extérieur à l’informel vers l’intérieur.
Puis, on va rentrer vers l’intérieur et on va voir ici le fixe et le volatil, toujours de la même manière, donc avec les dragons qui vont vers le bas, le feu qui va vers le bas.
Il y en a un qui monte (un dragon ou une salamandre sur la voussure interne) mais c’est normal car il est très haut déjà. L’idée c’est de rassembler les deux par le volatil.
La colombe en majesté va réunir par le feu (on dit « faire les colombes », « faire l’aigle » ou « couper la tête du corbeau ») et on va réunir toute la partie distillation, c’est pour cela qu’il y a du raisin. Ici, la fixation, on va sublimer et on va fixer. Et quand on va réussir à rassembler les deux on va avoir la nature double qui est à la fois fixe et volatile.
L’antimoine est ce qui est figuré dans les livres fermés donc; on a vraiment cette notion : « tu vas séparer le subtil de l’épais … »
Ensuite, on voit les étapes de l’œuvre, avec les deux parties et la centrale. C’est des opérations qu’on va avoir, la plus importante est la centrale, c’est là où cela se finit.
On a les quatre anges qui sont autour, deux ont un encensoir, parce que c’est volatil. La gestuelle est importante, on va la retrouver au palais Lallemant (Bourges). Leurs positions indiquent une direction, ceux qui ont les deux mains l’une en dessous de l’autre indiquent la direction verticale, c’est le nitre, c’est à dire l’esprit, et celui qui est en dessous représente le sel. Associer les deux, fait le thélème (quintessence) qui est la croix, le sel et le nitre, et la pierre finie évidemment c’est une croix à l’intérieur d’un cercle.
Matière et spiritualité, le sel et le nitre représentés dans l’action alors que les anges sont représentés dans la réflexion, donc quand on va associer les deux, c’est à dire l’action et la réflexion, le soufre et le mercure, on va trouver le sel au milieu.
Le sel au milieu c’est aussi notre nature double parce que c’est lui qui scelle au sens de rassembler les deux côtés.
C’est pour cela qu’il est à la fois fixe et volatile. De plus, il est dans une position de scribe. Il va représenter le sel, le sel des philosophes. C’est le plus important parce que la pierre finalement, c’est la pierre qui fixe le volatil. Et dans le sel qui fixe le volatil on va avoir les oiseaux sur du raisin, et le raisin représente toujours le volatil, la distillation.
L’autre va représenter le fixe parce que l’on va utiliser le chêne. Le fait qu’ils soient inversés est normal, on monte et on descend, on fait cela en permanence, donc on va avoir une inversion avec tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.
C’est pour cela que l’on va avoir un phénomène de miroir et le miroir c’est le mercure parce qu’on l’entend; c’est la mère cure.
Pourquoi des glands et des chênes? Parce que l’on va utiliser le bois de chêne qu’on va brûler pour récupérer un sel qui est à l’intérieur, et c’est ce sel qui va être très fixe. Ce sel, on va l’utiliser et on va le mettre en déliquescence à la lune pour récupérer le feu de la lune.
De l’autre côté, on va récupérer le feu du soleil. On va avoir les dragons qui sont plus vulgaires. Seul celui qui est en haut, tourné vers le haut, ramène le feu du soleil. (extérieur des voussures)
A gauche, on va avoir une énergie beaucoup plus subtile par distillation et on va rassembler les deux.
L’alchimie, c’est rassembler ces deux énergies dans des mêmes proportions. Le problème est que ces énergies sont partout ici, mais on n’en connaît pas les proportions. Le premier travail c’est de savoir où l’on peut les capturer. C’est marqué ici, c’est à dire que quand le livre est ouvert ( Cf. les personnages sous les deux voussures) il capture quelque chose, quand il est fermé, il l’enferme à l’intérieur. Il lie et relie. Il va falloir trouver cette matière et comment aller chercher à l’intérieur, l’énergie double.
Quand j’aurai trouvé cette énergie double, je n’en connaitrai toujours pas les proportions. La pierre philosophale c’est rassembler deux énergies dans les mêmes proportions. Donc, une fois que j’ai récupéré ce que l’on appelle le mercure animé, cette eau qui ne mouille pas les mains, il va falloir que je le sépare en deux parties. C’est ce que l’on voit ici: une nature lunaire et une nature solaire.
Partout, on a des charbons ardents, ce qui signifie que cela va se passer sur le feu.
Quelque soit le sens dans lequel on lit, c’est ici que ça se passe. (sur le portail central)
L’écrevisse signifie que l’on parle de l’envers. Mais l’envers, c’est l’envers de l’endroit.
Ce qui veut dire qu’il n’y a pas de sens de lecture.
C’est ainsi que ça monte, avec le point d’orgue au centre. On est comme à l’intérieur d’un chaudron avec les charbons ardents, au milieu, la pierre qui est représentée par la nature double accomplie. Tout va converger vers le haut, c’est l’opération alchimique où on va fixer le volatil.
C’est comme si on avait récupéré la lune d’un côté, le soleil de l’autre; le labor et l’oratoire que l’on va rassembler pour avoir la pierre.
L’inversion montre que tout doit être pris à l’envers, comme si on voyait dans un miroir.
En réalité, ce que l’on voit ici, n’est pas l’endroit: c’est l’envers.
On est dans l’état de ce qui est rectifié, on voit l’envers, qui devient le nouvel endroit.
Cela s’est inversé mais en réalité rien ne s’est inversé, c’est l’opérateur qui a changé de vision.
D’un côté, on regarde le monde naturel, de l’autre, on regarde le monde surnaturel.
Evidemment, à l’envers le secret est révélé, on peut même dire qu’il est percé, car un secret ne se trouve jamais, il se perce ou il se dévoile.
De ce fait, on a ici le voile qui se lève et tout va converger vers ce point unique. En remontant on arrive là où les deux montants vont se croiser.
Tout est basé ici sur la voie du milieu. Par trois pas sage je vais me trouver tout en haut, c’est à dire au dessus du triangle, où je vais avoir cette forme qui représente les quatre feux et qui va manifester la quintessence.
Parce que pour l’alchimiste, les quatre éléments n’en sont qu’un, à des états d’agitation différents.
Il faut s’entendre sur ce que l’on appelle l’air, l’eau, le feu et la terre. La glace pour l’alchimiste c’est de la terre, la lave pour l’alchimiste c’est de l’eau. C’est la nature, c’est l’état des matériaux plus que du feu, de l’air, de l’eau et de la terre.
En gros, l’élément va dépendre de la quantité de soufre qu’il y a à l’intérieur. S’il n’y en a pas beaucoup c’est de la terre. S’il y en a un peu plus, ça fond: c’est de l’eau. Si je ramène un peu plus d’énergie l’eau se volatilise: c’est de l’air. Si je prends cet air et que j’amène un peu plus d’énergie ça s’illumine, ça devient du feu.
Cela revient à dire que l’on passe vraiment du matériel au spiritus.
Le scarabée représente aussi la matière première mais c’est effectivement le scarabée égyptien qui porte le soleil. Cela veut dire que c’est le régul, Régul c’est le « petit roi », le régulus. Il représente la matière en devenir, on le retrouve au Palais Lallemant où l’on peut le voir dans une coquille Saint Jacques. Ce qui veut dire que c’est là qu’il faut aller chercher cette matière qui porte le soleil en elle.
La grenouille c’est la reinette qui renforce l’idée de capter le feu de la lune, parce que la reinette est verte, donc elle voit de l’autre côté, c’est une petite reine, le pendant du régul. Il va falloir associer la reinette et le régul.
Association du petit roi et de la petite reine que l’on a renforcé dans les contes de fées : embrasser la grenouille fait un beau prince charmant. La grenouille va chercher le spiritus, elle saute à la lune.
Comme on l’a vu, charbon et chardon étant très proches, c’est grâce au charbon que l’on va faire fondre le chardon. On va l’ouvrir et c’est le char aussi, le chardon va donner le char triomphant de l’antimoine (qui est un texte).
Ainsi les trois cercles qui font le pendant aux trois coquilles représentent évidemment le neuf, mais ils représentent aussi les trois opérations, trois fois trois opérations que l’on va faire et l’on pourra constater que c’est l’œuf coupé en tranches.
En coupe, c’est l’œuf alchimique dans lequel on aura fait trois parties, avec son sel, son soufre et son mercure. C’est pour cela que l’on voit ce symbole dans le Mutus Liber où il est représenté à côté de l’athanor, avec la goutte, c’est à dire avec le creuset luté ; c’est le creuset en coupe qui est représenté. »
Le Portail Nord
« Pour le personnage de gauche, Raphaël c’est celui qui guérit mais aussi celui qui guide. Raphaël est représenté surtout en tenant un enfant par la main. C’est à dire que c’est celui qui guide l’enfant sur le chemin.
Saint Michel est le gardien de la voie du milieu, donc ici, si l’on veut trouver, il faut suivre le chemin de la voie du milieu et réfléchir. Re-fléchir renforce encore l’effet de la voie du milieu.
Le personnage central porte un livre, mais c’est un livre avec des sceaux, peut-être le livre aux sept sceaux qui montre les sept pas sages. Effectivement, les sept pas sages montent vers le haut, la Jérusalem céleste, entre le bas et le haut. A travers le livre, quand on aura trouvé les sept sceaux, on pourra trouver le lien entre le haut et le bas.
Il a trouvé, parce qu’il est coiffé: c’est un Maître. Ici c’est la quête du chemin, c’est à dire comment trouver le chemin par la voie du milieu.
Dans ce personnage (celui de gauche) il ne faut pas seulement voir Raphaël, même si ici c’est un archange. Cela fait allusion à Dominique, parce ce dernier est toujours associé à un chien. Il y a une raison à cela, et une raison alchimique qui va nous intéresser. Avant qu’il ne devienne Saint Dominique, sa mère avait rêvé d’un chien qui tenait un flambeau dans la gueule et qui allait porter la parole par le feu et par le monde.
D’ailleurs dans la langue des oiseaux le chien de Dominique a donné dominicanis, les dominicains.
En conséquence à chaque fois que l’on va voir un chien derrière un archange ou derrière un saint, il représente un feu.
Et il représente un feu pour aller porter la parole par le monde: c’est donc le feu du verbe.
Globalement, nous sommes sur ce portail, face à une promesse de ce que l’on peut obtenir dans l’Esprit, par opposition à ce que l’on peut obtenir dans la matière au portail de droite.»
« On est dans la purification de la matière, c’est un portail spirituel.
A gauche, le chien avec les fesses à l’extérieur, c’est la purification. Il nous est dit « tu laisseras les crottes du chien à l’extérieur du temple». Cela aurait pu être un ouroboros, mais on a mis un chien ou un animal qui a le train arrière vers l’extérieur, donc ça nous indique forcément la purification. C’est la purification par les aigles, le chien c’est la matière première.
On prend la matière, on va séparer le volatil, et l’on voit ce volatile qui se lève mais qui redescend, symbolisant les aigles. Ce que l’on traduit par aigles, ce sont en réalité des distillations successives.
La salamandre représente le feu, et non le soufre, donc « par le feu tu purifieras la matière par des aigles successifs. »
C’est la manière de purifier la matière.»
La frise centrale
«Là on repart avec du feu, tant par la salamandre que par le chardon et l’on retrouve ensuite la matière première, le chien ou l’animal qui y ressemble, également entourée de chardons.
On utilisera donc le feu sur la matière première jusqu’à l’obtention de trois éléments séparés qui sont vraisemblablement figurés par le personnage à tête humaine avec des ailes et des pattes d’amphibiens : sel, soufre et mercure.
Mais c’est aussi la bête, elle nous trompe car elle nous attire du mauvais côté du volatil.
Pour arriver à ses fins, l’adepte, le personnage avec un boisseau de bois, nourrit le feu (le dragon) d’esprit , de spiritus, spiritueux, figuré ici par le raisin ; c’est le symbole de la sublimation.»
La frise droite
«La phase suivante est un chien apaisé c’est à dire qu’il est purifié, c’est comme s’il sommeillait. Cela nous dit textuellement qu’une fois que l’on a purifié la matière, on va la laisser reposer.
L’escargot c’est l’escargal, « escar » c’est feu et « gal » c’est la pierre, donc la pierre de feu, la pierre philosophale. Il est normal que l’on ait un escargot ici qui est sous forme de spirale et qui va vers le centre.
Ensuite le volatil est fixé. Sur la frise de gauche on était dans la phase très volatile, ici on est dans la phase très matérielle.
On arrive enfin à une chimère qui représente la teinture. Le premier travail consistait à séparer le subtil de l’épais, trouver le sel, le soufre et le mercure. Ici, la chimère représente la teinture, c’est à dire la manière par laquelle deux choses éparses doivent être rassemblées. Par le feu la teinture est faite, c’est à dire ingérer ce feu à l’intérieur parce que dans la voie sèche, la teinture c’est le feu et c’est bien ce qui est représenté: la chimère mord la salamandre. La teinture c’est le feu, en réalité c’est deux feux. Un feu qui est de l’extérieur et un feu qui est à l’intérieur. On va rassembler ces deux feux pour faire une teinture par le feu. Et c’est par cette teinture que l’on va rassembler ce qui est épars…
Alors maintenant en observant les deux frises, on voit à gauche le spiritus où l’on a séparé le subtil de l’épais, et ici on fait la noce chymique où on les rassemble.
Maintenant il ne reste plus qu’à fixer le volatil c’est à dire que cette teinture il va falloir la mettre dans le sel et c’est au centre que cela va se passer, avec la nature double.»
L’approche Géobiologique
La géobiologie consiste, notamment, à s’intéresser aux lieux sur lesquels ont été érigées les chapelles, églises et cathédrales.
Dans la majorité des cas, ces constructions ont été réalisées sur des lieux de culte païens.
Habitué à se rendre sur un lieu sacré, le peuple continuait à le fréquenter une fois l’édifice en place et cela drainait naturellement les conversions tout en occultant les rites et croyances qui avaient prévalu à la particularité de l’emplacement.
Cependant, les «païens» n’étaient pas des incultes et s’ils avaient sacralisé ces lieux ce n’étaient pas par hasard, tous se trouvaient être des zones d’influences vibratoires ressenties comme particulières, voire bénéfiques.
Les constructeurs n’étaient pas non plus totalement incultes dans cet art vibratoire et de ce fait l’usage des lignes énergétiques (telluriques, cosmiques…) ainsi que des cours d’eau souterrains, concrétisaient des emplacements et des cheminements plus ou moins énergétiques, alternant des influences positives et négatives pour mieux «recharger» le moine, le paroissien ou le malade.
Il en va également ainsi des «pierres de décharge» et des dolmens, menhirs, sources sacrées, qui sont autant de lieux qui pouvaient être utilisés pour leurs fonctions thérapeutiques.
Bien évidemment, au fil du temps, les édifices comme Saint Merry ont nécessairement été également chargés par l’influence sacrée du rituel, mais aussi perturbés par les constructions environnantes ainsi que les pollutions qui en découlent (modifications environnementales, pollution par les ondes électriques, magnétiques, téléphoniques, wi.fi…).
Reste que certains «courants» perdurent nécessairement et que leurs influences peuvent encore offrir quelques clés de compréhension.
Cette approche spécifique est liée à la présence de la vouivre située à la base du piédroit de gauche du portail nord, élément «décoratif» désignant la présence d’une «onde» spécifique, pouvant être de l’eau ou un courant tellurique.
Les quatre dragons qui ornent la base des voussures du portail central pourraient également s’inscrire dans cette conception de «vouivre» et indiquer des courants d’une autre nature (cosmiques ?).
Comme pour l’alchimie, je laisse la parole à Alain LENORMAND, passionné de géobiologie qui, sans être exhaustif dans son étude du lieu, a pu déterminer quelques éléments énergétiques propres à justifier la présence des vouivres.
Pour les éventuels sceptiques au regard de la géobiologie, je les invite à s’interroger sur la façon dont, encore actuellement, les emplacements de forage des puits sont déterminés dans les propriétés privées…
LA GEOBIOLOGIE SACREE (par Alain LENORMAND)
La géobiologie est la discipline qui traite des relations de l’environnement, des constructions et du mode de vie avec le vivant.(source: confédération de la géobiologie).
Le géobiologue détermine les caractéristiques du lieu, les facteurs ayant une influence sur le bien-être et la santé et formule des recommandations. Pour cela, il utilise des outils que sont l’enquête, l’observation, l’entretien, la détection et la mesure (source: confédération de la géobiologie). La géobiologie sacrée a pour objectif d’essayer de comprendre la contribution des phénomènes géobiologiques comme les courants telluriques et cosmiques ou les rivières souterraines et les failles qui se croisent sous certaines parties des lieux sacrés.
Il en existe beaucoup d’autres qui participent à la réalisation d’un lieu sacré.
Basée sur l’utilisation de la radiesthésie et du ressenti pour la détection de ces phénomènes, ce n’est pas une science «exacte» mais les renseignements qu’elle permet de collationner ouvrent souvent sur des vérifications avérées par d’autres biais, historiques ou scientifiques.
Elle cherche à établir les liens entre la symbolique des nombres, la géométrie sacrée, les formes données aux pierres et aux autres créations artistiques utilisées pour la construction du lieu Sacré.
Pour essayer de comprendre un lieu sacré, il est nécessaire de connaître un peu son histoire et de le situer parmi les grandes croyances de l’époque de sa réalisation.
Cela permet d’essayer de répondre, par exemple, aux points suivants :
Qu’elle est la destination du lieu ?
Par exemple la pose d’un menhir au bon endroit peut ré-harmoniser une région, comme l’action des aiguilles d’acupuncture. Une église bâtie pour honorer un Saint homme renommé pour ses dons de guérisseur comme Saint Médéric n’aura pas les mêmes caractéristiques qu’une abbatiale ou une cathédrale.
Comment a été choisi cet endroit ?
Il s’agit souvent d’un ancien lieu sacré, comme un temple romain ou celtique. Parfois de vieilles églises ou de sources sacrées. Il n’est pas rare qu’il y ait eu plusieurs églises au même endroit. Il peut également être placé sur un haut lieu vibratoire thérapeutique comme d’anciens lieux de pèlerinage dans l’antiquité.
La plupart des lieux sacrés émettant un certain niveau vibratoire sont situés sur un croisement d’eau ou de faille. S’ils se situent sur un croisement de lignes négatives, il se crée une zone pathogène. La pose d’une pierre d’une certaine taille dessus, peut la rendre positive, grâce à l’apport d’énergie cosmique.
Les lieux sacrés celtiques se trouvaient toujours, près d’une source, de pierres sacrées (menhirs) et de dolmens. Aujourd’hui, en Bretagne, on remarque de nombreuses chapelles romanes sur d’anciens sites druidiques (La chapelle remplace le dolmen). Il y a un calvaire (à la place du menhir) placé sur un croisement d’eau et parfois le nombre de marches du calvaire indique le nombre de courants souterrains passant dessous.
Lors de nos fréquents voyages d’études il nous est souvent arrivé de rencontrer sur place des groupes participants à une cérémonie d’activation de sources ayant des propriétés thérapeutiques et de voir certains adeptes s’y baigner.
Comment a été choisie la date ?
Il est fort probable que le rapport au temps des bâtisseurs n’était pas le même que le nôtre.
Une période de temps n’était pas interchangeable. Selon la destination du lieu, il était parfois possible d’attendre plusieurs années pour obtenir le moment où la conjonction des astres serait la plus favorable. Souvent pour une église dédiée à un Saint Homme, c’est la date de sa naissance à une vie nouvelle qui était utilisée (en fait il s’agit de sa date de renaissance à une vie nouvelle, soit celle de son décès terrestre.) D’où l’importance de bien connaître l’histoire du lieu si l’on veut en déchiffrer une partie. Dans un lieu sacré, les bâtisseurs avaient à cœur de mettre tous leurs talents, tout leur savoir. Ils utilisaient beaucoup les symboles, connaissaient parfaitement la bible et ses grands mythes, pratiquaient probablement l’alchimie et l’astrologie, mais ne connaissaient pas les mathématiques, ni les logarithmes, ni la trigonométrie; pour eux tout était proportions.
Et de ces proportions naissaient les formes. C’était à leurs yeux l’ouvrage d’une vie pour l’être le plus important : Dieu.
Le choix de la matière :
En général peu de métal. Surtout du bois pour les charpentes (qui ressemblent aux nefs des bateaux) et de la pierre. Celle-ci, lorsqu’elle est mise sous tension, a des capacités vibratoires, de stockage de la chaleur et de l’énergie. Elle peut, sous certaines conditions, amplifier l’énergie tellurique ou cosmique (dolmen, église,) et les amener vers le cœur du lieu sacré. Ces énergies sont contenues et concentrées par les ondes de formes issues des colonnes, des arcs et des voûtes.
Certaines lignes telluriques, comme le réseau Hartman, ont été démultipliées et repoussées dans les murs de certains lieux sacrés, où chaque ligne tellurique supplémentaire augmente son niveau vibratoire. Le lieu, lorsqu’il est activé par les rituels, par les chants, les prières et la ferveur des participants, entre en résonance et l’ensemble s’élève, pour se rapprocher un peu plus du « ciel ». (en terme de vibration)
Les phénomènes Géobiologiques naturels sont utilisés dans les lieux sacrés depuis au moins 5 à 7000 ans.
Les bâtisseurs connaissaient parfaitement l’utilisation de ces énergies naturelles. Elles sont souvent représentées dans les statutaires, par exemple l’Archange Saint Michel symbole de la lumière (l’énergie cosmique) que l’on le voit souvent terrassant le dragon ou la vouivre symbole chthonien (l’énergie tellurique). On remarquera que Saint Michel ne tue pas la vouivre, il la contrôle, pour maintenir l’équilibre entre ces deux énergies complémentaires de la nature. L’une ne peut exister sans l’autre; tout est une question d’équilibre. Souvent les bâtisseurs usaient de symboles, parfois complexes, pour montrer aux initiés certains aspects de leurs connaissances utilisés dans la construction et «qu’il ne faut pas mettre entre toutes les mains». En revanche, certains sont à la portée de tous. Ainsi, on voit dans certaines églises une information sur l’eau (poisson ou sirène) située souvent dans le premier tiers de l’église symbolisant le Jourdain.
Les courants telluriques sont marqués par une vouivre ou un dragon.
Sur le portail principal de Saint Merry il y a quatre dragons ce qui signifie qu’il y a un courant ou des courants telluriques qui sont à détecter. Ces courants telluriques parcourent la planète un peu comme les fleuves et les rivières. Si l’on est un peu réceptif, on peut sentir dans quel sens ils vont et le rythme de leurs vibrations. Ils traversent pratiquement tous les lieux sacrés et étaient utilisés par les Druides à des fins thérapeutiques.
- Le cheminement dans un lieu de culte
Chaque site à un parcours qui lui est propre selon sa destination. En règle général il y a au départ un point de décharge. Tout au long du parcours il y aura alternance de points positifs et négatifs, et, petit a petit, le rapport cosmo-tellurique s’inverse. Il va passer progressivement d’un fort niveau tellurique à un fort niveau cosmique au niveau du chœur. A la fin du parcours, le niveau vibratoire de celui qui l’aura emprunté correctement aura progressé d’une façon significative et selon son niveau de spiritualité.
Pour Saint Merry, l’étude précise est assez difficile du fait de la fréquentation régulière des paroissiens et des touristes, cependant, plusieurs visites ont permis de cibler assez précisément quelques éléments commentés et schématisés ci-après.
Dans la nef se trouve un courant tellurique (vouivre) qui semble être alimenté par deux courants distincts en provenance du Nord-Est et du Sud-Est.
Dans le chœur : une cheminée cosmotellurique située aux croisements de lignes Hartmann et de courants d’eau souterrains.
Réseau sacré : Au départ du chœur il y a probablement un lien vers Notre Dame.
La croisée du transept : Il y a un autre centre énergétique et présence également d’une cheminée et d’un croisement d’eau.
Entrée nord : Il y a un lieu fort vibratoire qui pourrait être un ancien lieu sacré thérapeutique. A noter que cet emplacement correspond à la crypte de l’édifice.
A l’origine cette église aurait pu être conçue pour développer les capacités spirituelles du clergé. C’est un endroit très riche en vibrations qui méritera une étude beaucoup plus approfondie. »
Conclusion
Comme énoncé en introduction, le décryptage de la façade de ce bel édifice ne pouvait espérer approcher de l’idée qui lui a donné naissance sans puiser dans diverses traditions qui, d’évidence, y trouvent matière à «lire» des indications très précises.
Différentes grilles de lecture dont le point commun évident est un message spirituel (dans le sens d’élévation de l’esprit) à l’écart du courant de pensée religieux pour lequel l’édifice a été construit.
Au plan symbolique, les « cherchants » sauront trouver, en filigrane, d’autres éléments évocateurs de leur tradition avec laquelle de nombreux liens ont été explicités.
Au plan alchimique, les adeptes sauront sans doute ordonner les éléments de décryptage fournis.
Quand à ce qui relève du vibratoire, les spécialistes pourront être tentés de conforter et d’enrichir cette première approche.
Bien évidemment, nul ne peut prétendre se mettre à la place de ceux qui ont réalisé cet ouvrage et il serait présomptueux de prétendre avoir offert une lecture exhaustive des messages dont il est porteur.
Ce n’était toutefois pas le but.
Ce dernier a été atteint par le simple fait que ces différents «calques» de lecture étayent l’idée que la présentation de la façade de cette église ne saurait se résumer à un simple «Baphomet».
La richesse de l’ensemble parait avoir été suffisamment démontrée, et d’autres «lecteurs» pourront peut-être encore préciser et enrichir cet ensemble, pour que plus jamais on ne réduise cette belle expression de «l’argotique» à une simple représentation plus ou moins diabolique !
D’autant que l’intérieur de l’édifice renferme encore bien d’autres éléments méritant d’être étudiés, tels les frises intérieures qui rappellent le message alchimique de la façade,
certains éléments du pavage,
ou encore le pentagramme inversé du vitrail de la porte nord…
Légère digression sur ce dernier point qui peut relever d’une « facétie » compagnonique pour ceux qui se sont essayés à un tracé de cette figure sans aucune mesure. Ce qui est représenté est par nature apparent, en opposition à ce qui est caché, et ce qui est caché est bien souvent le cœur. En l’espèce, le visible montre donc une étoile à cinq branches inversée, mais, le pentagramme du centre renferme bien l’étoile, invisible, qui servait déjà aux pythagoriciens ! « On ne voit bien qu’avec le cœur … » si l’on en croit Saint Exupéry.
De plus cette étoile renvoie au parcours de Vénus autour du soleil en cinq périodes synodiques de huit ans, Vénus, déesse de l’amour bien sûr, mais également projection d’Isis, de la Vierge, du principe féminin et par extension de la terre mère…est-ce un hasard si la pointe de cette étoile est dirigée vers…la crypte ?
L’étude géobiologique peut également être menée davantage dans le détail…
Gardons à l’esprit que si la lecture de la présente étude est aisée, l’écriture, dans la pierre, a nécessité considérablement plus d’efforts et qu’elle n’était vraisemblablement pas dictée par une simple envie de décoration ou de blasphème.
[1] A noter que ce langage, souvent attribué aux alchimistes qui en ont largement fait usage, plonge ses racines à l’origine même du langage. Par exemple, le jeu avec les mots, les lettres, mais aussi les nombres, est largement utilisé par les cabalistes…
[2] Le « ça voir » est ce qui est observable à l’aide de nos sens usuels, ce que l’on peut apprendre, mémoriser, à l’inverse de la « con essence » qui renvoie à une notion de perception beaucoup plus fine.
[4] Outre le fait de conserver les hosties, le Tabernacle est représentatif de la présence divine, en référence à « la tente de la rencontre » ou « de la convocation » (Exode 33 -7 ), c’est un peu l’équivalent de la « shékinah » des hébreux.
[5] Encore que selon l’expression attribuée à Einstein : « Le hasard est le visage que prend Dieu lorsqu’il veut passer inaperçu ! »
C’est notre très cher frère Matéo Simoita qui en est le directeur de publication.
Matéo Simoita, directeur de publication
La dernière publication porte le numéro 6. Dans l’interprétation symbolique de ce chiffre, ne représente-t-il pas l’harmonie et l’équilibre ? Mais le 6 peut symboliser aussi la responsabilité et le service envers les autres car il est le nombre du travail et de l’accomplissement.
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La rencontre entre l’art, la philosophie politique, la nature et la Franc-Maçonnerie chez Théodore Rousseau et Pierre Leroux
« Auprès de mon arbre je vivais heureux, j’aurais jamais du le quitter des yeux »
(Georges Brassens)
Mea culpa de citer Brassens car cela pourrait faire songer à une facilité, mais le thème de notre réflexion s’en rapproche : Le musée du Petit Palais organise une exposition, jusqu’au 7 juillet, sur le peintre Théodore Rousseau (1812-1867), intitulée : « La voix de la forêt ». Formidable incursion dans la nature, principalement la forêt de Fontainebleau, refuge d’autres peintres, Jean-François Millet notamment, qui se regrouperont sous le nom d’ « Ecole de Barbizon », village où Théodore Rousseau terminera ses jours et où l’on peut toujours visiter sa maison-atelier qui est devenue une annexe du musée départemental de l’école de Barbizon.
Le peintre ne se contentera pas de peindre : très engagé dans la vie politique de son temps, il participera notamment à la défense de la nature, devenant ainsi l’un des premiers « écolo » connu, non seulement comme défenseur de ce qui faisait son champ d’inspiration, mais surtout animé par des convictions panthéistes, où l’homme n’est qu’une parcelle du tout que représente le cosmos et dans lequel il doit se reconnaître, non comme spectateur, mais comme partie-prenante. Le précurseur de l’impressionnisme écrivait : « Si je parviens par l’assimilation de l’air avec ce qu’il sait faire vivre, et de la lumière avec ce qu’elle fait éclore et mourir, à donner la vie générique à ce monde de la végétation, alors vous y entendrez les arbres gémir sous la bise qui doit les dissoudre, les oiseaux qui appellent leurs petits et crient ». Rousseau affiche une conception organique de la nature, typique du panthéisme romantique. En immergeant le spectateur dans la nature, il aspire à montrer qu’elle est un tout et que l’homme fait corps avec ce tout, dans une harmonie retrouvée.
Dans une période ou l’industrialisation se développe de façon exponentielle, une réaction mondiale se fait jour à cette époque sur l’attaque dont la nature est l’objet. C’est, par exemple, la naissance du transcendantalisme en Amérique du Nord avec l’influence du philosophe et naturaliste Henry-David Thoreau (1817-1862) et de son célèbre ouvrage de vie dans la nature : « Walden ».
Servane Dargnies de Vitry, commissaire de l’exposition, indique que Rousseau, dans la conviction de son panthéisme, fut très influencé par le critique Théophile Thoré, Georges Sand, et surtout le philosophe Pierre Leroux avec qui il partage ses idées socialistes. Ce dernier personnage a tout pour nous intéresser bien qu’il soit relégué dans l’ombre aujourd’hui.
Pierre Leroux (1797-1871), appartenant à la génération de jeunes républicains, passe pour l’inventeur du mot « socialisme ». Issu d’un milieu très modeste, il renonce à rentrer à l’Ecole polytechnique et devient typographe et est, très vite, attiré par la politique et l’écriture. Il sera, peu de temps chez les carbonari, mais décide de son autonomie dans la recherche d’une idéologie rendant le monde meilleur. Le solidarisme sera au centre de ses préoccupations et il rejettera deux doctrines qu’il juge inhumaine : le libéralisme et le communisme, bien que Karl Marx le juge génial, du moins en 1843. Après les choses se gâteront !
Il se décide de devenir journaliste et crée, en 1824, le journal « Le Globe » qu’il cédera aux Saint-Simoniens (1) chez qui il adhérera très momentanément. Il rachète alors la « Revue encyclopédique » puis fonde, avec Jean Reynaud (2) l’ « Encyclopédie nouvelle ». C’est dans ces deux journaux qu’il développe ses théories pour les rassembler ensuite en livres. Son plus célèbre ouvrage sera : « De l’humanité », en deux tomes, où il développe une « philosophie religieuse du progrès » et « une religion de l’humanité ». C’est en 1841 que se déroulera la rencontre, décisive pour sa notoriété, avec Georges Sand qui adhère à ses conceptions politiques. Ils fonderont ensemble « La Revue Indépendante ». Il crée à Boussac, dans la Creuse, une communauté qui réunit 80 personnes et fonde une imprimerie. En 1844, il devient maire de Boussac et député de la Seine à la Constituante (3). Mais le coup d’état de Napoléon III le pousse à s’exiler à Londres et à Jersey, où il fréquentera Victor Hugo.
Déclinons aussi, évidemment, la qualité de Franc-Maçon de Pierre Leroux ! Celui qu’on appelait le « philosophe hirsute » ne doit rien de sa pensée politique à son appartenance maçonnique, mais est un aboutissement, une continuité plus qu’une révélation. Il est initié le 4 avril 1848, à la loge « Les Artistes Réunis » à Limoges, à l’âge de 51 ans, alors qu’il dirige, avec son frère, une imprimerie à Boussac. En exil, il s’affiliera à la loge républicaine des « Philadelphes » à Londres, aux loges la « Césarée » et aux « Amis de l’Avenir » à Saint-Helier, dans l’île de Jersey où il est réfugié, en compagnie de ses gendres et disciples, Luc Desages et Auguste Desmoulins. En 1866, il écrit l’une de ses dernières œuvres intitulée : « Job, drame en cinq actes avec prologue et épilogue par le prophète Isaïe retrouvé, rétabli dans son intégrité et traduit littéralement », qu’il dédie « A tous les Maçons répandus sur la terre », et à ses Frères de « La Nouvelle Amitié » de Grasse. Dans cet ouvrage au titre un peu long, il critique Renan et voit en Job une image christique qui n’hésite pas à s’opposer au pouvoir absolu de Dieu, si celui-ci commet des injustices. Ce qui est l’objet du livre de Job et celui de Pierre Leroux face aux pouvoirs politiques ! Il revient d’exil à Paris volontairement après l’armistice du 28 janvier 1871, mais y décède le 12 avril, au début des événements de la Commune. Bien que réservés sur l’idéologie du socialisme utopique, les Maçons parisiens lui témoignèrent leur affection en annulant leur réunion du 14 avril 1871, pour assister à ses obsèques.
Au-delà de ses pensées politiques affirmées, Pierre Leroux était passionné par la philosophie et la théologie d’une certaine manière. Après avoir fasciné les intellectuels européens durant un temps, il fut critiqué pour l’abus de ses explications par les Triades, comme la Triade ontologique : sensation-sentiment-connaissance, d’où il fait découler la Triade : Liberté-égalité-fraternité ! Pour lui, l’homme est religieux par nature et, si son Dieu est transcendant, il est aussi immanent et se confond avec la vie cosmologique. Nous sentons là une grande influence spinoziste (« Deus sive Natura », « Dieu, donc la nature »). Il devient ainsi le précurseur de la pensée de Pierre Teilhard de Chardin et de sa conception d’un panthéisme christique en extension permanente vers la « Parousie » (4). Ce qui lui valut quelques ennuis à Rome et dans la Compagnie de Jésus !
Pour Leroux, d’ailleurs, le message de fraternité du christianisme s’accommode parfaitement avec le socialisme qu’il vient de définir. Dans ses conceptions sociales et philosophiques, sans doute comme résultante d’une forte amitié avec Georges Sand, il prend une très nette option féministe et dénonce avec vigueur le travail des femmes et des enfants (Discours du 30 août 1848 sur la limitation de la journée de travail).
Etrange rencontre entre ces deux hommes, l’un animé par la beauté du monde et l’autre par la volonté de le rendre fraternel. Deux utopistes en quête d’absolu : « Que la Beauté l’orne » et « Que l’Amour règne parmi les hommes » !
NOTES
– (1) Saints-Simoniens : Adeptes d’un courant idéologique reposant à l’origine sur la doctrine socio-économique et politique de Saint-Simon.
– (2) Jean Reynaud (1806-1863) : Philosophe et homme d’état républicain, Saint-Simonien et homme de Lettres, auteur de « Terre et ciel », ouvrage de philosophie religieuse. Il se séparera de Leroux pour des raisons théologiques : il ne partage pas ses opinions sur l’acceptation de ses convictions sur la réincarnation.
– (3) Constituante du 23 avril 1848 : Elaboration et vote du texte sur la constitution de la IIe République.
– (4) Parousie : Concept de théologie chrétienne qui désigne le retour glorieux du Christ à la fin des temps, dans le but d’établir définitivement le royaume de Dieu sur terre.
BIBLIOGRAPHIE
Bouchet Thomas : Utopie. Paris.Ed. Anamosa.2021.
Brémand Nathalie : Pierre Leroux. Les premiers socialistes. Poitiers. Bibliothèque virtuelle de l’Université de Poitiers. 2011.
Le Bras-Chapard Armelle : De l’égalité dans la différence : le socialisme de Pierre Leroux. Paris. Presse de la fondation des Sciences Politiques. 1986.
Owen Evans-David : Le socialisme romantique : Pierre Leroux et ses contemporains. Paris. Librairie Marcel Rivière et Cie. 1948.
Peignot Jérôme : Pierre Leroux inventeur du socialisme. Paris. Ed. Klincksieck. 1988.
Sensier Alfred : Souvenirs sur Théodore Rousseau. Paris.Ed. Techner. 1872.
Terrace Antoine : L’univers de Théodore Rousseau. Paris. Ed. Henri Scrépel. 1976.
Thomas Oierre-Felix : Pierre Leroux : sa vie, son œuvre, sa doctrine. Contribution à l’histoire des idées du XIXe siècle . Paris. Ed. Felix Alcan. 1904.
Ouvrage collectif : Théodore Rousseau (1812-1867)-La voix de la forêt. Catalogue de l’exposition au Petit Palais. Paris. Ed. Paris-Musées. 2024.
Ouvrage collectif : Quand les socialistes inventaient l’avenir. Paris. Ed. La Découverte. 2015.
Viard Bruno : Anthologie de Pierre Leroux, l’inventeur du socialisme. Paris. Ed. Le Bord de l’eau. « Bibliothèque républicaine ». 2007.
À l’occasion des dix ans du passage à l’orient éternel du frère Marc Blondel, la Libre Pensée a adressé ce message à notre rédaction.
Le livre.
« A cette occasion, sa femme, sa famille, ses amis, ses camarades, ses Frères et Sœurs en Maçonnerie ont tenu à faire un ouvrage Marc Blondel, Syndicaliste, Libre Penseur, militant anticolonialiste, Franc-Maçon au Grand Orient de France.
En hommage à un Combattant de la Liberté et de l’Emancipation humaine, sont retracés dans cet ouvrage les multiples engagements d’un Militant ouvrier. « Ceux qui vivent sont ceux qui luttent » disait Victor Hugo, Marc Blondel a vécu, il a lutté.
Vous trouverez ci-jointe la présentation par Josiane Blondel, la couverture et le sommaire et le bon de commande à nous renvoyer si vous désirez commander cet ouvrage.
En vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien porter à la présente information, recevez une Triple et Chaleureuse, Accolade Fraternelle.
Christian Eyschen »
[NDLR : Marc Blondel était un syndicaliste français reconnu, né le 2 mai 1938 et décédé le 16 mars 2014. Il a été particulièrement connu pour son rôle de secrétaire général de la Force Ouvrière (FO), un des principaux syndicats de travailleurs en France, de 1989 à 2004. Sous sa direction, la FO a maintenu une ligne de conduite indépendante vis-à-vis du gouvernement et des partis politiques, insistant sur la nécessité de défendre les droits des travailleurs.
Marc Blondel est aussi un libre penseur et un militant anticolonialiste actif qui a été membre du Comité anticolonialiste français (CAS) et a également participé à la création du Mouvement pour la libération de l’Algérie (MPA).
Il a pris position sur diverses questions sociales et politiques. En outre, Marc Blondel était membre de la franc-maçonnerie, affilié au Grand Orient de France (GODF), la plus grande obédience maçonnique française. Cette affiliation reflétait son engagement en faveur de la laïcité, de la solidarité et de la fraternité, valeurs chères à la fois au mouvement syndical et à la franc-maçonnerie.
Sa carrière et son engagement reflètent un parcours dédié à la défense des droits des travailleurs, à la lutte pour la justice sociale et à la promotion des valeurs de liberté et d’égalité. Marc Blondel reste une figure marquante du syndicalisme français et de la vie sociale et politique française de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle.]
La présentation de Josiane Blondel, épouse de Marc Blondel : « Pour Marc Lorsque la Libre Pensée par la voix de Christian Eyschen m’a fait part de son désir d’éditer un livre sur le « militant Blondel » pour les 10 ans de sa disparition, j’ai de suite approuvé. Une décennie s’est écoulée sans sa présence, qui me manque.
J’ai non pas découvert, mais plutôt je me suis remémoré- au fur et à mesure de la lecture des chapitres les différents engagements de Marc, sans faille, mais toujours dans la même direction : militer pour le mieux-être des travailleurs, militer pour la liberté, militer… militer… jusqu’à son dernier souffle.
Et puis j’ai laissé vagabonder ma mémoire pour apporter à ce propos un côté plus personnel qui parfois relève de l’intime.
Comme Jean-Louis Destenay le rappelle, Marc a passé son enfance dans les corons du Pas-de-Calais. Attaché à ses racines lorsqu’on arrivait dans le département et que l’on approchait du premier terril, il n’oubliait jamais d’indiquer à ceux qui voyageaient avec lui, avec un large sourire : « n’est-ce pas la plus belle région de France, que dis-je du monde ! ».
Puis si ses obligations syndicales lui en laissaient le temps, direction le cimetière d’Hénin sans s’être arrêté auparavant chez le fleuriste pour acheter 3 roses rouge. Une pour la tombe paternelle, l’autre pour la tombe maternelle et la troisième pour la tombe de Darchicourt, ancien maire d’Hénin. Puis il repartait avec le sentiment du devoir accompli.
Je vais profiter de cette anecdote, non pas pour régler un compte, mais faire une mise au point. Monsieur Christophe Bourseiller a commis un livre sous le titre « Cet étrange Monsieur Blondel »(1), paru en septembre 1996 et qui met en doute que Marc soit petit-fils de mineurs. Voyons Monsieur Bourseiller, en tant que bon journaliste, il vous suffisait de vous rendre au cimetière et à la mairie d’Hénin pour avoir confirmation des dires de l’intéressé.
Après avoir visionné le film « Bienvenue chez les T’chi » c’est tout naturellement que Marc a expédié une lettre à l’attention de Dany Boon pour le remercier d’avoir mis en lumière une région mal connue, celle-ci n’ayant pas la réputation d’être très touristique.
Bien que Marc soit décédé au moment de l’arrivée à la Mairie d’Hénin-Beaumont du Rassemblement National, il est fort à parier que passé le désarroi (le mot est faible) il se serait jeté dans la bataille pour tenter de faire, avec ses relations, basculer cette tendance.
Photo ina-madelen.
Après vous avoir livré ces quelques moments de vie qui ne représentent qu’une infime partie des 50 années aux côtés de Marc, je ne peux passer sous silence l’amitié qu’il portait à ses camarades, ceux qu’il côtoyait journellement ou à l’occasion de réunions syndicales. Il avait toujours le même plaisir à les rencontrer et à discuter avec eux. Je ne peux énumérer ici le nom de ces camarades, la liste serait bien trop longue. Je vais toutefois faire une exception pour quelques-uns d’entre eux qui, comme Marc, sont soit décédés avant, soit après 2014, ce sera ma façon à moi de leur rendre hommage.
Il s’agit de Claude Jenet (Secrétaire confédéral) rebaptisé « Claudius » par Marc, Alexandre Hebert (Secrétaire général de l’UD de Loire-Atlantique, membre de la CE confédérale), François Grandazzi (Secrétaire général de la Fédération de la Chimie, membre de la CE confédérale), Pierre Lambert, qu’il a connu lorsqu’il militait à la Fédération des Employés et Cadres.
C’est Marc qui va conclure ce propos en vous demandant, camarades, d’être « Rebelles ».
C’est le seul instant si important et particulier où le profane, invité dans une tenue sans avoir encore été initié, va devoir éclairer, dans sa « sombritude », les membres de la loge « en petits compléments d’enquêtes »…
Dans ce lieu inconnu, en aveugle, assis(e) comme au centre d’une arène, à en juger par nos propres ressentis post-bandeau, le (la) future initié(e) – ou pas d’ailleurs – se place sous la bienveillance d’inconnus invisibles qui s’autorisent à poser nombreuses questions sans qu’elles ne soient trop indiscrètes… Certains profanes abordent ce moment inoubliable avec sérénité, d’autres, tout en émotion avec anxiété, mais toujours, c’est entendu et attendu, avec sincérité…
« Que pensez-vous de l’au-delà ? Je préfère le vin d’ici » Pierre Dac