La Fédération Française du Droit Humain a le plaisir de vous annoncer la naissance de sa nouvelle revue « Chemins de traverse ».
Ce titre évoque une démarche qui se veut innovante et sortant des sentiers (re)battus de la pensée. Avec « Chemins de traverse » une large place sera donnée aux questions de notre époque, tout en apportant un regard maçonnique sur les sujets abordés. Éditée au format A4, qualitative graphiquement et largement illustrée, cette revue paraîtra deux fois par an, avec possibilité de vous abonner.
Pour ce premier numéro qui paraîtra fin juin, le thème central « Habiter la Terre » traite des relations entre l’Homme et le vivant, en écho notamment à l’évolution récente des principes de notre Constitution Internationale qui précise désormais : « Dans ses actions, l’Ordre vise à assurer l’harmonie entre les êtres humains et la nature dans son ensemble, essentielle pour notre vie et celle de nos descendants ».
Sylvain Zeghni
Élisée Reclus, par Nadar, 1889
C’est dans cet esprit que le dossier central aborde cette thématique essentielle, avec un article de Sylvain Zeghni qui présente la pensée d’Élysée Reclus, géographe et libertaire, ainsi que la vision de ce concept d’habiter la terre par différents philosophes. Dans une riche interview à deux voix, Corinne Lepage et Christian Huglo présentent leur action par le droit pour la protection de l’environnement et la défense des générations futures. Alain Froment, anthropologue au Musée de l’Homme évoque quant à lui les rapports entre les sociétés et leur environnement, liens qui ont des racines culturelles profondes et variables dans l’espace et dans le temps.
Corinne Lepage en 2014
D’autres articles évoquent les Constitutions d’Anderson, la question historique de la marche de l’Apprenti et proposent des suggestions de lecture…
Nous ne vous en disons pas plus et vous souhaitons, à la lecture de ce premier numéro, un cheminement enrichissant, éclairant et stimulant !
Le numéro 2 de « Chemins de traverse » paraîtra en décembre et traitera de la question de la transmission. D’autres rubriques viendront encore enrichir cette parution, et nous invitons les Sœurs et Frères qui le souhaitent à apporter leur contribution, par un texte, un dessin ou un poème sur ce thème. A vos plumes !
Une belle collection commence…
450.fm ne manquera pas de vous proposer, cet été, une note de lecture.
(Michel de Ramsay (1686-1743) de l’écossisme comme roman familial)
« Penser, c’est avant tout vouloir créer un monde (ou limiter le sien, ce qui revient au même). C’est partir du désaccord fondamental qui sépare l’homme de son expérience pour trouver un terrain d’entente selon sa nostalgie, un univers corseté de raisons ou éclairé d ‘analogies qui permette de résoudre le divorce insupportable ».
Albert Camus (Le mythe de Sisyphe)
En France, tout commence par des blagues et finit en métaphysique ! Côté blague, un ami, non-Maçon, me disait dernièrement : « Vous les Maçons, vous êtes formidables : en vous réclamant d’idéaux républicains et laïques, vous avez retrouvé le moyen, dans certains grades, de créer une chevalerie-bidon qui est plus nombreuse que celle de l’Ancien Régime ! 1789. Au secours le bourgeois, se prend pour un gentilhomme dont il visait la place depuis longtemps ! ». Cette saillie qui, par certains côtés, n’est pas aussi fausse que cela, ne pouvait qu’attirer notre attention. En effet, quelle transformation interne amena la Maçonnerie à intégrer dans son vécu symbolique une idéologie qui lui était étrangère ? Cela nous amène, pour y répondre, à interroger la psychanalyse sur le phénomène classique de la mise en place d’un roman familial propre aux sujets et aux institutions, et de l’influence personnelle d’un personnage venu du catholicisme, avide lui-même de reconnaissance personnelle, André Michel « de »Ramsay (1686-1743), entré tardivement en Maçonnerie, inventeur de la filiation avec la geste totalement imaginaire de la chevalerie des croisades, créant ainsi un « ennoblissement » style « galerie des ancêtres », sur un monde lié à la Réforme protestante et aux entrepreneurs de la bourgeoisie britannique (Les origines sociales des Maçons conservés par les Archives maçonniques en Grande-Bretagne en font foi !).
Cette innovation faisait de la Maçonnerie l’illustration du « Bourgeois gentilhomme » tellement avide d’être reconnu par le « haut du panier », sans aucune chance d’ailleurs : il était peu probable que la noblesse reconnaisse comme interlocuteurs des personnes issues du commerce ou des classes-moyennes s’octroyant des titres qu’ils portaient depuis des générations ! Nous pouvions aussi nous poser la question de la concurrence générée par la création des « Hauts-Grades » avec les loges « bleues » restées dans une idéologie de l’artisanat. Et ce, à partir d’une fiction sortie des manques d’André Michel Ramsay.
I – Sur le divan, le fantasme d’une royauté perdue.
Pour amorcer notre réflexion, un détour par Freud et son concept de « roman familial » est nécessaire. Voilà l’affaire : l’expression créée par Freud-lui-même en 1909 et qui fut d’abord intégrée dans un ouvrage d’Otto Rank (1), fait état de fantasmes dans lesquels un sujet modifie ses liens généalogiques en s’inventant par un récit ou un fantasme une autre famille que la sienne. Otto Rank, reprendra et développera ce concept, dans un autre ouvrage (2). En 1898, Freud constatait, chez les névrosés, une idéalisation des parents et le désir de leur ressembler, mais rapidement se met en place un discernement critique et la rivalité sexuelle œdipienne. A ce stade, par peur de la castration que l’enfant craint de par sa révolte et de ses pulsions sexuelles incestueux, il remplace ses parents réels par d’autres, fantasmatiques, plus prestigieux. Donc la crise œdipienne trouve un arrangement : « puisque mes parents ne sont qu’adoptifs et que je suis le fils d’un prince, j’ai donc le droit de me révolter contre mon « père » et désirer ma « mère » adoptifs, en attendant de retrouver ma place à « la cour », sans risquer la castration ».
Freud et Rank vont utiliser l’expression roman familial pour désigner une construction inconsciente dans laquelle la famille inventée ou adoptée par le sujet est parée de toutes les gloires fournies par le souvenir des parents idéalisés dans l’enfance. Rank va poursuivre ses recherches sur le roman familial et va étudier les légendes des grandes mythologies occidentales sur la naissance des rois et des fondateurs de religion. En général ce sont des enfants trouvés ou abandonnés (par exemple, Moïse, Romulus, Pâris, Œdipe). Destinés à mourir, ils sont en général recueillis par une famille nourricière de classe sociale inférieure et, à l’âge adulte, ils retrouvent leur identité d’origine, se vengent de leur père et reconquièrent leur royaume. Il est intéressant de constater, dans le mythe d’Œdipe que ce dernier, au-delà des orientations infantiles est véritablement l’objet d’une tentative de meurtre et que ses parents sont effectivement nobles. Sa vengeance s’effectuera donc dans le « réel » et non de manière symbolique conduisant à l’acceptation de la « vraie famille ». Dans le mythe, les situations sont inversées. Dans le roman familial commun et incontournable pour les névrosés ou non, c’est l’enfant qui se débarrasse de sa famille pour en adopter une autre plus conforme à son désir, tandis que dans le mythe c’est le père qui abandonne le héros, lequel est recueilli par une famille adoptive qui est, en général, moins prestigieuse !
La notion de roman familial fut utilisée par Freud dans ses principaux ouvrages de psychanalyse appliquée : Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci », « Totem et Tabou », « Moïse et la religion monothéiste ». « En dehors d’une technique pour aménager le passage dans le » Complexe d’Œdipe » (sauf chez les névrosés qui s’y installent), le roman familial fait intervenir également des éléments narcissiques et de représentations : n’oublions pas qu’en allemand « représentation » se dit « Vorstellung », « poser-devant », une représentation débutante du masque social, mis en œuvre pour se protéger de l’autre, de le rabaisser ou de le séduire.
Bien entendu, la psychanalyse ne va pas manquer de s’intéresser aux structures humaines qui, comme les sujets, naissent, se développent, fusionnent, essaiment ou meurent. Avec la tentation d’observer le même processus de roman familial dans ces structures. Ce que fera Karl Abraham (3) dans un certain nombre de ses études (4). Puisque nous en sommes arrivés là, tentons le coup, d’appliquer ce concept à la Franc-Maçonnerie qui n’a pas échappé au processus et ce, à-travers l’histoire d’un homme et de ce qu’on va appeler l’ « Écossisme »…
II – Inventons, inventons, il en restera toujours quelque chose !…
François de Salignac de La Mothe-Fénelon
Les Hauts-Grades relèvent d’une nette influence catholique : nous possédons des « Mémoires » de Ramsay dans son « Histoire de la vie de Fénelon » et où il fait part au lecteur de ses inquiétudes religieuses et des cheminements qui vont aboutir au catholicisme grâce à Fénelon dont la renommée l’avait attiré en France. Il se présentera toujours comme un « jeune Écossais de qualité », mais ses origines roturières sont évidentes : la « biographie anglaise » de Sidney, le désignera comme « fils de boulanger ». Il lui faudra attendre 1723 pour porter le titre de chevalier que le Régent lui conférera pour services rendus. Ses origines roturières ne seront pas sans conséquences sur son orientation psychologique : il va développer l’idée qu’il lui faut être toujours du côté des « grands », tant que comme précepteur de leurs enfants que comme intermédiaire politique le cas échéant, tout en étant à la recherche de ceux à qui il voudrait ressembler. Toute sa vie il va être à la recherche d’une famille de substitution dont il serait le « digne descendant ». Ce qui le conduira après la disparition de Fénelon et de madame Guyon à enter en Maçonnerie en lui inventant une filiation totalement imaginaire à-travers son fameux Discours.
André Michel Ramsay est né à Ayr, ville côtière de l’Écosse en 1686, de père calviniste et de mère anglicane. Il fera des études en Lettres et en Philosophie à l’université d’Édimbourg et commence des études de théologie à Glasgow, puis retourne à Édimbourg pour les terminer. Il va, à la fin de ses études, devenir précepteur des deux fils du duc de Weymiss. A 19 ans, il va rejoindre un groupe unitarien, c’est-à-dire antitrinitaire. Nous apprenons aussi que Ramsay va tâter de la chose militaire : il participe à la campagne anglaise aux Pays-Bas vers 1706. Nous le perdons ensuite de vue entre 1706 et 1709 : il nous dit qu’il se livre à l’étude à Londres où il s’applique à la langue française et se découvre une attirance pour les écrits et la pensée de Fénelon. En fait, beaucoup d’historiens pensent que, du fait de sa conversion au catholicisme, il s’est mis discrètement au service de la cour des Stuart catholiques, réfugiés à St. Germain-en-Laye. En 1709, il quitte Londres et passe en Hollande : on peut avancer l’hypothèse que ses activités secrètes pour les Stuart ne sont pas découvertes et qu’il est plus prudent de quitter la Grande-Bretagne ! Enfin, en 1709, il se rend en France pour rencontrer Fénelon. Comme St. Paul sur le chemin de Damas, soudain la lumière et la voix du père symbolique tellement souhaité !
Jacques-Bénigne Bossuet, portrait par Hyacinthe Rigaud.
François Solignac de la Mothe Fénelon (1651-1715) est un grand seigneur, Archevêque de Cambrai, penseur politique et théologien hardi. Il est porteur d’une longue tradition mystique qui va être renforcée par sa rencontre avec Jeanne-Marie Bouvière de la Motte, connue sous le nom de madame Guyon (1648-1717), grande mystique, interprète de la lecture de l’Evangile à-travers les orientations du Quiétisme (5) Elle sera l’autrice de trois ouvrages fondamentaux pour ce courant : « Le moyen court et très facile pour l’oraison », « Les torrents spirituels », « Le sens mystérieux de l’Ecriture Sainte ». Bossuet, l « Aigle de Meaux » (6) va l’attaquer sur ses écrits et déclencher ainsi une querelle théologique entre lui et Fénelon. Madame Guyon va continuer à publier ses écrits et elle va être arrêtée et enfermée à Vincennes en 1695, puis deux fois à la Bastille. Elle sera libérée en 1702 et se retire chez son fils près de Blois, où elle écrit son autobiographie. Fénelon va poursuivre le combat sur un front spirituel en approfondissant la notion d’être et propose la tentative de dépassement du moi qui met en cause le concept même de l’individu et incite comme but du pèlerinage terrestre la déification de l’homme. Il écrit : « C’est par l’anéantissement de mon être propre et borné que j’entrerai dans mon immensité divine ». Madame Guyon surenchérira dans cette tendance : « Ici, l’âme ne doit plus faire de distinction de Dieu et d’elle, Dieu est-elle et elle est Dieu ! ». Cela conduira à ce qu’elle appellera la « Sainte Indifférence ». Fénelon se livre aussi à une réflexion politique : c’est dans les « Aventures de Télémaque », écrit pour le jeune duc de Bourgogne en 1695, qu’il donnera sa pensée politique, où il critique le pouvoir absolu et où la société serait basée sur la « République » de Platon. En fait, un idéal de monarchie constitutionnelle !
madame Guyon
C’est dans ce milieu mystico-politique que Ramsay va vivre des années et exercer sur lui une influence déterminante. Ce n’est nullement la Maçonnerie qui jouera un rôle dans sa vision du monde, mais le quiétisme fondamentalement. Réduit à la défensive, Fénelon va conseiller à Ramsay de prendre contact avec madame Guyon, à Blois. Il va rester trois ans auprès de celle qui est considérée comme une « sainte » par les uns et une « folle hystérique » par les autres ! Ramsay vient ainsi de se reconstituer une famille symbolique, noble, qui serait ses « vrais » parents, dans la logique du roman familial non dépassé et dont il doit transmettre l’idéal, comme un héritage. Mais le drame intime va bientôt survenir : Fénelon décède en 1715 et madame Guyon en 1717. Il est devenu véritablement orphelin. Pour vivre, il devient le précepteur du fils du Comte de Sossenye en quittant Blois. Il exercera cette fonction durant 7 ans. Parallèlement, il va beaucoup écrire et nous pouvons constater que l’immense majorité de ses écrits (Y compris ceux qui relèveront de la Franc-Maçonnerie plus tard) sont profondément inspirés de Fénelon, madame Guyon et des auteurs du Quiétisme. (7). La gloire personnelle, mais insuffisante, va arriver pour lui : en raison de ses services discrets et secrets, le Régent le crée Chevalier de Saint-Lazare en 1723, avec une pension de 2000 livres sur l’Abbaye de Signy.
III – La franc-maçonnerie pour Ramsay : un aboutissement, un refuge, une tentative pour y introduire le quiétisme ou une manœuvre politique ?
Chronologiquement, Ramsay fait la connaissance de la Maçonnerie très tardivement : à l’époque il a 42 ans et a passé plus de 21 ans dans l’intimité de Fénelon et du milieu quiétiste et il ne passera qu’une quinzaine d’années dans la Maçonnerie. Il sera initié vers 1728, mais cela reste incertain et nous ignorons, faute de trace, dans quelle loge cela s’est déroulé. Dans ses demandes formulées, nous savons qu’il sera éconduit d’emblée de la Grande Loge d’Angleterre en tant que catholique jacobite. Initié, il revient en France, pour y développer un système de hauts-grades chevaleresques qui serait une manière d’introduire le catholicisme en Maçonnerie, en utilisant une histoire totalement inventée, ne reposant sur aucune donnée sérieuse ou une tentative, personnelle ou politique, de hâter une réconciliation entre la maison de Hanovre et les Stuart. Nous pouvons aussi avancer l’idée que Ramsay voit dans la Maçonnerie le lieu possible de la création d’une sorte d’Eglise quiétiste encadrée par des « nobles » symboliques, et ainsi retrouver totalement cette pseudo-famille dont se nourrit, de manière névrotique, son roman familial.
L’entrée de l’Hôtel du Président Hénault de Cantorbe. Club de l’Entresol.
Depuis 1726, il appartient au « Club de l’Entresol », où il rencontre Montesquieu. Il décide de se réconcilier avec l’Angleterre hanovrienne et, en 1728, il traverse la Manche et va jeter à Londres les fondements de son « Ecossisme », il publie à Edimbourg quelques poèmes de facture quiétiste dont le célèbre : « Le pur amour et la souveraine beauté ». Et, comble d’honneur pour lui, il devient membre de la « Gentlemen’s Society », où se côtoyaient de nombreux archéologues et Francs-Maçons ! Bien entendu, il va tirer profit de ce qu’il entend des découvertes scientifiques pour les insérer dans une histoire d’héritage historique maçonnique des plus douteuses !
Maximilien de Béthune, duc de Sully, maréchal de France
Quand il rentre en France en 1730, le duc de Sully est mort depuis un an et son nouveau protecteur sera le comte d’Evreux qui lui confie l’éducation de son neveu, le jeune duc de Château-Thierry qui mourra au bout de deux ans. Donc, Ramsay va s’occuper de l’éducation du Prince de Turenne, dont la famille avait des relations avec les Stuart. Ces expériences pédagogiques li serviront à publier, à Londres, un « Plan d’éducation avec un jeune Prince ». En revanche, il échouera dans sa candidature à l’Académie Française. En contrepartie, un grand événement va intervenir dans sa vie privée : en 1735, il se marie à Lyon. Il a 40 ans et sa femme 25 ans. Elle est la fille du baron de Mairne, un écossais jacobite réfugié en France. Il dit s’unir « par un lien conjugal à une fille de condition qu’il regardera toujours autant comme sa fille que comme sa femme ». Intéressante déclaration ! C’est dans les années suivantes qu’il aura sa plus grande activité maçonnique. En 1724, on lui prête la fondation de la société des « Gormogons » qui était une société secrète fondée en réalité par le duc de Wharton qui voulait parodier la Grande Loge d’Angleterre avec laquelle il s’était brouillé après en avoir été Grand-Maître en 1723. Wharton va se convertir au catholicisme et manifester une grande sympathie aux Jacobites. Mais, Ramsay est de moins en moins dans les jeux politiques anti-hanovriens : il prend de plus en plus en compte son idéologie maçonnique et de faire de l’institution un outil au service du quiétisme. C’est à cette époque qu’il rédige son célèbre « Discours ». Il le prononcera la première fois, le 26 décembre 1736, à la loge Saint-Thomas. Discours dont il existerait deux versions différentes : la première, qui disparaît en 1737, où Ramsay fait un parallèle entre la Maçonnerie et le judaïsme jusqu’à la destruction du second temple par Titus, en 70 (Ce qui alimentera plus tard le concept de « judéo-maçonnisme » !), version destinée aux catholiques jacobites ; la seconde version se voulait plus politique et consistait à ménager les Maçons hanovriens, de tendance anglicanes ou calvinistes de Paris. On passe d’une histoire de la Maçonnerie liée à l’Ancien Testament puis à la croisade, à une vue plus séculaire de l’ordre, puisque dans cette deuxième version on insiste sur la rédaction d’un « Dictionnaire universel des arts libéraux et des sciences utiles ». Dans la deuxième version que nous connaissons, Ramsay va, à la fois, poser la filiation entre Maçonnerie et chevalerie, mais surtout imaginer que la Maçonnerie pourrait devenir une religion universelle ayant une base noétique. Nous pouvons facilement en conclure que, dans son esprit, cette nouvelle religion aurait pris largement racine dans le quiétisme !
Ramsay prononcera aussi son discours le 24 juin 1738 à Lunéville qui est alors le Versailles d’une Lorraine encore étrangère à la France. C’est aussi une mesure de précaution par rapport à Fleury (8) à qui il a présenté son discours le 20 mars 1737, en recherchant son approbation. Mal lui en pris : fin mars 1737, Fleury déclare les réunions maçonniques interdites ! Il connaissait naturellement qui unissaient Ramsay à Fénelon et madame Guyon et il comprenait que son Discours était une sorte de « cheval de Troie » du quiétisme. Pour lui, la Maçonnerie devient porteuse d’une hérésie. Pour Rome, à juste titre, elle est un instrument du protestantisme, mais pour Fleury les hauts-grades de Ramsay et de son écossisme sont des agents du quiétisme. De respectée dans certains milieux, la Maçonnerie est contrainte de rentrer dans l’ombre.
Portrait of Jean Racine (1639-1699), French dramatist. Painting after Jean Baptiste Santerre (1651-1717). Castle Museum, Versailles, France (Photo by Leemage/Corbis via Getty Images)
En 1742, Ramsay défend Pope (9) contre Racine. De Pontoise, il écrit à Louis Racine, le 28 avril 1742, où il défend le « catholicisme » de Pope. A la fin de sa vie il souffre de terribles crises d’asthme. Pendant ses convalescences, il évoquait volontiers la différence entre ce qu’il appelait « le christianisme du coeur et le christianisme de la tête ». Le duc de Bouillon lui fait accorder une pension de mille écus et lui donne une maison à Pontoise. Il va s’éteindre à Saint-Germain-en-Laye, le lundi 7 mai 1743. Son corps sera inhumé dans l’église paroissiale et son cœur transporté dans une chapelle des religieuses du Saint-Sacrement à Paris. Il est intéressant de constater que la seule descendante qu’il eut entrera, en 1753, au couvent des Bénédictines anglaises de Pontoise. Pour Ramsay, l’aventure continuera : en 1766, l’église paroissiale fut démolie et il ne reste plus de trace de sa sépulture…
IV – Conclusions : arlequin franc-maçon !
Niche avec une statue dite L’arlequin, rue Louis-Romain à Angers (Maine-et-Loire).
Il ne faut pas croire que l’arrivée de la Franc-Maçonnerie va bouleverser le paysage spirituel français : elle est un produit secondaire, un peu snob, de l’ « anglomania » que les philosophes des Lumières avaient lancés et qui se termine dans la majorité des cas, par de grands éclats de rire ! Ainsi, nous voyons toute une production théâtrale voir le jour, où les Maçons sont brocardés, comme par exemple « Arlequin Franc-Maçon » qui fait rire tout Paris, en particulier devant les prétentions nobiliaires de bons bourgeois avides d’assimilation aux classes dirigeantes et qui n’aspirent nullement à faire la révolution. Cela est assimilé à un type littéraire où les personnages « Y croient » et ne se contentent plus, en fonction de leurs manques, de vaguement vivre autour d’un symbolisme de carton-pâte, ce qui fait rire les enfants, quand ils s’aperçoivent que le roi est nu ! Beaucoup de Bourgeois gentilhomme et de madame Verdurin peuplent nos institutions…
Les réactions hostiles du cardinal Fleury contre la Maçonnerie étaient évidemment politiques et de deux sortes : lutte contre la maison protestante des Hanovre et dérive quiétiste des fameux hauts-grades. Sur un plan maçonnique, cela amenait dans une Maçonnerie protestante, même si elle était d’origine hérétique aux yeux de l’Église, une présence catholique, tenue à l’écart jusqu’à présent. La Maçonnerie, dans le système de l’écossisme, quittait le domaine de la « libre interprétation » réformée et de la « Gloire au travail » pour un ordre de « chevalerie » complètement factice, en récusant l’idée du « Maçon libre, dans une loge libre ». Psychologiquement parlant, il était comique que la Maçonnerie qui se voulait de plus en plus républicaine et démocratique adopte une idéologie de l’Ancien Régime, justifiant l’entreprise néocoloniale des croisades, sous prétexte de la délivrance du tombeau d’un Ressuscité, donc vide ! Cette belle orientation « religieuse » de l’histoire et les intérêts économiques de l’occident, permettaient surtout l’encadrement d’une noblesse dangereusement indépendante des pouvoirs royaux. Tant qu’aux « comportements nobles », en lisant les chroniques d’époque, nous pouvons émettre quelques doutes sur leur existence et, précisément, l’idéal chevaleresque n’était là que pour calmer les ardeurs anarchistes et guerrières des protagonistes !
En Maçonnerie, depuis Michel de Ramsay, existent deux courants : celui de ses origines protestantes qui s’est glissé dans les habits du Compagnonnage (qui était en voie de disparition à l’époque par la conséquence de l’industrialisation) et de la Royal Society, et celui d’une orientation néo-catholique, hiérarchisé et pyramidale, manifestant de façon régulière sa vocation à diriger l’ensemble ! Nos FF. et SS. sentent fort bien d’ailleurs le passage d’une loge bleue où règne une ambiance que nous pourrions qualifier de laïque, au sens large du terme, à un ordre qui est hostile à la libre interprétation et assez souvent à la raison et à la culture du réel. L’imaginaire est l’arme par excellence de maniement des sujets et, si l’on n’y prend garde, peut très rapidement glisser vers la secte…
Bon, nous avons assez pensé : je retourne à la prise de Jérusalem. Le temps d’enfiler mon armure !
NOTES
– (1) Rank Otto : Le mythe de la naissance du héros. Paris. Editions Payot 1983.
– (2) Rank Otto : Don Juan et le double. Paris. Editions Payot. 1973.
– (3) Karl Abraham (1877-1925). L’un des hommes-clefs de la naissance de la psychanalyse. Créateur de la Société de psychanalyse de Berlin en 1910, dont il viendra président jusqu’à sa mort.
– (4) Abraham Karl : Psychanalyse et culture. Paris. Editions Payot. 1966.
– (5) Quiétisme : Du terme latin « quietus », calme. Mouvement mystique qui a émergé au sein du catholicisme au 17em siècle sous l’influence du Jésuite Michel de Molina. Le protestantisme vivra un courant similaire avec la naissance des Quakers. Ces mouvements prônent l’amour pur et la contemplation, avec la mise en place d’une distance avec le clergé. Cette mystique s’accomplit par un désintéressement vis-à-vis du salut personnel. Le pape Innocent XII condamnera le quiétisme et en particulier Fénelon et madame Guyon. Leur grand contestataire sera Bossuet.
– (6) Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704) : Homme d’Église, Évêque de Meaux, prédicateur célèbre, notamment pour ses oraisons funéraires. Théoricien de la monarchie absolue, il sera le grand adversaire de Fénelon, porté sur le projet d’une monarchie constitutionnelle.
– (7) Quelques ouvrages de Ramsay :
– Essai philosophique sur le gouvernement civil selon les principes de Fénelon (Londres. 1721).
– Histoire de la vie et des ouvrages de Fénelon (La Haye. 1723).
– Les voyages de Cyrus avec un discours sur la mythologie et une lettre de Fréret sur la chronologie de cet ouvrage (Londres et Paris. 1727).
– Vie du Prince de Turenne (1735).
– Philosophical Principles (1751).
– (8) André Hercule de Fleury (1653-1743) : Véritable force de la nature, il fut cardinal et aussi homme politique. Arrivé au pouvoir à l’âge de 73 ans, il va exercer jusqu’à sa mort, 17 ans plus tard, une autorité absolue. Il rétablit l’économie et, grâce à lui la monnaie sera stabilisée jusqu’à la Révolution Française. Il encourage l’industrie et le commerce, notamment avec les Antilles. Sur un plan religieux, il déteste le jansénisme et oblige les Parlements à enregistrer la bulle « Ugenitus » (1732) qui condamne ce courant. Son aversion pour le quiétisme est similaire, bien que ce dernier soit contre le jansénisme. Il va accentuer sa pression sur le Saint-Siège pour la condamnation de la Maçonnerie. L’apogée du rejet et sa condamnation, le 29 mai 1738, par la bulle « In Eminente » de Clément XII sera la grande victoire de Fleury.
– (9) Alexander Pope (1688-1744) : L’un des plus grands poètes classiques britanniques. Il s’inscrit dans le romantisme. Catholique, il restera un peu marginal en Angleterre.
BIBLIOGRAPHIE
– Chemama Roland : Dictionnaire de la psychanalyse. Paris. Editions Larousse. 1993.
– Delplanque Albert :Fénelon et ses amis. Paris. Editions J. Gabalda. 1940.
– Freud Sigmund : La naissance de la psychanalyse. Paris. PUF. 1956.
– Laplanche Jean et Pontalis Jean-Baptiste : Vocabulaire de la psychanalyse. Paris. PUF. 1998.
– Madame Guyon : Discours sur la vie intérieure. (2 tomes). Mers-sur-Indre. Editions Paroisse et Famille. 2016.
– Roudinesco Elisabeth et Plon Michel : Dictionnaire de la psychanalyse. Paris. Editions Fayard. 1997.
– Varillon François : Fénelon et le pur amour. Paris. Editions du Seuil. 1957.
La nouvelle plaque en pierre de la loge maçonnique d’Herford montre : La loge écossaise « Thistle & Saltire » a trouvé ici un nouveau Temple. Le nom fait référence aux symboles écossais du chardon et de la croix de Saint-André.
L’inauguration officielle de la nouvelle pierre au siège de la loge avec l’inscription du nom de la loge a eu lieu lors d’une cérémonie interne à la Loge.
Selon leurs propres déclarations, les francs-maçons sont une association éthique qui s’engage essentiellement en faveur des idéaux de tolérance, de charité et d’humanité et s’efforce de promouvoir le développement personnel de ses membres de manière apolitique et religieusement neutre afin d’avoir un impact positif. impact sur la société.
L’association séculaire a une tradition à Herford : la maison de loge classée se dresse depuis 1899 au milieu de la ville au siège de la loge et abrite aujourd’hui six autres loges germanophones et anglophones (ndlr : franc-maçon indépendant sans association).
Un tablier de franc-maçon écossais. Photo de : Masonic Lodge
Seule loge en Allemagne avec des rituels écossais
Le secrétaire de la loge, Stewart Sandeman, explique la particularité de la loge maçonnique anglophone « Thistle & Saltire » : « Notre loge est la seule en Allemagne à pratiquer en anglais selon le rituel écossais. Même si le berceau de la franc-maçonnerie internationale se trouve dans les îles britanniques, il existe de légères différences entre les loges maçonniques anglaise et écossaise.
Le contenu vise toujours à transmettre des vertus importantes et à aider à développer la personnalité afin de soutenir les adultes dans le développement de leur caractère, mais il y a aussi quelques nuances typiquement écossaises, a déclaré le secrétaire de la loge.
Stewart Sandeman est secrétaire du Thistle & Saltire Lodge. Photo de : Masonic Lodge
Scottish Lodge accepte l’invitation de Herford
Jusqu’à présent, la Loge maçonnique écossaise avait tenu ses réunions dans divers endroits d’Allemagne, mais après avoir loué à plusieurs reprises les locaux à Herford, la confrérie a décidé d’accepter l’invitation des autres frères et sœurs basés à la Loge et a installé sa base entièrement à Herford.
C’est avant tout pour des raisons pratiques, explique Stewart Sandeman : « Beaucoup de nos membres sont recrutés parmi d’anciennes familles de militaires ou de personnes liées à l’armée du Rhin et ont trouvé leur nouveau foyer en Westphalie orientale. Il y a donc de nombreuses familles écossaises à Herford et dans les environs qui connaissent la franc-maçonnerie depuis leur pays d’origine britannique, où elle est beaucoup plus répandue qu’en Allemagne.
La Loge accepte de nouveaux membres
Cependant, la franc-maçonnerie n’est pas seulement accessible aux Écossais ou aux anciens militaires. La loge « Chardon & Sautoir » est ouverte à toute personne intéressée par la Franc-Maçonnerie, ses valeurs et ses vertus.
Il accepte les hommes de toutes nationalités, mais ils parlent relativement bien anglais ou écossais. Toute personne intéressée peut nous contacter par e-mail à ec@ts1040.de
De notre confrère suisse rts.ch – Propos recueillis par Pietro Bugnon/asch
« La franc-maçonnerie n’a rien à cacher, on ouvre grand nos portes »
Guillaume Trichard »
Invité dans La Matinale de la RTS, Guillaume Trichard, grand Maître du Grand Orient de France, explique que la franc-maçonnerie a avant tout pour but de rendre ses membres « des hommes et des femmes meilleurs ». Pour ensuite faire rayonner leurs actions dans la société.
Le Grand Orient de France, fondé en 1728, est la plus ancienne obédience maçonnique française. Si la franc-maçonnerie suscite beaucoup d’interrogations, Guillaume Trichard rappelle que la discrétion ne porte que sur l’identité de ses membres.
« Pour le reste, le Grand Orient de France, comme beaucoup d’obédiences maçonniques, ouvre grand ses portes. Nous avons lancé depuis plusieurs années une politique d’extériorisation et de communication très importante. En réalité, nous n’avons rien à cacher. »
« Lors des Journées européennes du patrimoine, nous ouvrons nos temples. Les hommes et les femmes peuvent venir les visiter », explique-t-il.
Se défendant de tout mystère, il rappelle que les rituels « sont connus, téléchargeables sur internet, achetables dans les librairies en ligne ». Pour le grand Maître, « en réalité, le vrai secret, c’est le secret intime de sa propre initiation. Pour le reste, il n’y a absolument rien à cacher ». « Nous sommes une communauté d’hommes et de femmes de bonne volonté, qui ont simplement envie de travailler sur eux-mêmes, d’édifier leur propre temple intérieur, de devenir des hommes et des femmes meilleurs. »
Réflexions sur la précarité
Guillaume Trichard explique que cette introspection doit ensuite servir au plus grand nombre. « En devenant des hommes et des femmes meilleurs, on a l’ambition de rendre ensuite la société meilleure. » La franc-maçonnerie, dit-il, peut aider une République « malade » qui « souffre d’un certain nombre de maux ». Il cite les valeurs de laïcité, de démocratie, de justice sociale, qu’il estime menacées.
« Il n’y a pas aujourd’hui d’obédience qui aurait cette capacité à changer la face du monde en appuyant sur quelques boutons »
Guillaume Trichard
« Et je crois que ce travail a été lancé tout au long de cette année. On a eu beaucoup de réflexions sur le sujet de la dignité humaine. Nous avons organisé beaucoup de conférences sur le thème de la précarité étudiante, des travailleurs pauvres, des millions de Françaises et Français qui vivent sous le seuil de pauvreté, du mal logement. Quand je disais qu’il fallait réparer la République, c’est parce que j’avais une conviction, c’était celle de la montée des populismes. »
« Le plus vieux laboratoire d’idées »
La question de l’influence de la franc-maçonnerie sur la société et la politique revient souvent. Guillaume Trichard nuance: « Je dirai d’abord que la franc-maçonnerie inspire. Elle inspire comment? Elle inspire par le travail de ses membres. En réalité, ce n’est pas la franc-maçonnerie qui influence telle ou telle entité. »
« Ce sont des francs-maçons, frères et sœurs qui, par leur action incessante en dehors du Temple, s’investissent dans des associations, dans des ONG, dans des syndicats, dans des partis politiques, se présentent aux élections et travaillent à cette amélioration de la société. En réalité, évidemment, c’est ça la véritable influence. Il n’y a pas aujourd’hui d’obédience qui aurait cette capacité à changer la face du monde en appuyant sur quelques boutons. »
Guillaume Trichard décrit volontiers le Grand Orient comme « le plus vieux laboratoire d’idées ». Mais au-delà de ça, « nous sommes avant tout une fraternité. Ce qui fait le cœur de notre engagement, c’est bien l’exercice et la pratique de la fraternité entre nos membres et de la solidarité avec nos frères et nos sœurs en humanité ».
Et de conclure:
« Nous considérons les hommes et les femmes sur la Terre comme étant nos frères et nos sœurs, et donc nous devons leur venir en aide et nous le faisons à travers un certain nombre d’actions. »
NOMMÉ AUSSI « CHAMBRE DES RÉFLEXIONS ». LE CABINET DE RÉFLEXIONS SEMBLE AVOIR ÉTÉ UTILISÉ À PARTIR DE 1735, INSPIRÉ PAR DES SYMBOLES ALCHIMIQUES.
Il y a quelques mois, notre Soeur Solange Sudarskis nous avait gratifié d’une série d’articles sur ce symbole du Cabinet de réflexion. Vous trouverez ci-dessous les liens pour les redécouvrir. En attendant, le Frère François Morel nous offre ce dessin humoristique qui est une exclusivité 450.fm
Ce samedi 29 juin 2024 marquera la deuxième édition des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon (EMPL). Après le succès de la première édition en 2021 et une conférence publique en 2022, cette année, l’événement revient avec une journée dédiée à l’exploration du thème « Franc-Maçonnerie : le mythe des origines ? Templiers-Cathares-Compagnonnage-Rose+Croix ».
Organisée dans le cadre majestueux du Casino de Luchon et de son théâtre historique, cette manifestation promet d’être un moment d’apprentissage, de découverte et de réflexion profonde. Pour en savoir plus sur les préparatifs et les attentes, nous avons interviewé l’équipe de bénévoles organisateurs.
450.fm : Qu’est-ce qui vous a motivé à organiser cette deuxième édition des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon ?
Les organisateurs : Nous avons été profondément encouragés par le succès, au sortir de la pandémie, de la première édition en 2021 et par l’intérêt croissant pour la franc-maçonnerie et ses origines. Notre motivation principale est de créer un espace où les gens peuvent explorer des thèmes historiques et spirituels dans un cadre convivial et enrichissant. Cette année, le thème de l’origine des mythes de la franc-maçonnerie nous semblait particulièrement pertinent et fascinant.
Olivier Cébe
450.fm : Quels sont les principaux défis que vous avez rencontrés dans l’organisation de cet événement ?
Les organisateurs : L’organisation d’un événement de cette envergure comporte toujours des défis logistiques, notamment la coordination des conférenciers, la gestion des lieux historiques comme le théâtre du Casino de Luchon, et la promotion de l’événement pour attirer un large public. Nous avons également dû nous adapter aux diverses contraintes sanitaires et administratives.
450.fm : Quelles sont vos attentes pour cette édition et quel impact espérez-vous qu’elle aura sur les participants ?
Les organisateurs : Nous espérons que les participants repartiront avec une compréhension plus profonde des origines et des mythes entourant la franc-maçonnerie. Notre objectif est d’offrir une expérience enrichissante qui suscite la curiosité et encourage les discussions. Nous souhaitons également renforcer les liens communautaires et promouvoir la culture et l’histoire dans notre belle région.
450.fm : Comment avez-vous choisi les conférenciers et les thèmes abordés cette année ?
Les organisateurs : Nous avons choisi des conférenciers renommés dans leurs domaines respectifs, qui peuvent apporter des perspectives variées et approfondies sur les thèmes abordés. Le catharisme, les Templiers, le compagnonnage et la Rose-Croix sont des sujets qui captivent l’imaginaire et l’intérêt de nombreuses personnes.
Les conférenciers prestigieux sont Olivier Cèbe, directeur des Cahiers d’Études Cathares et historien de l’art, spécialiste des courants de pensée au Moyen Âge et à la Renaissance, pour le catharisme ; Roger Dachez, médecin, universitaire et président de l’Institut Maçonnique de France, pour les Templiers ; Jean-Michel Mathonière, essayiste et historien spécialisé dans l’étude des compagnonnages, pour le compagnonnage et Henri-Étienne Balssa, ancien consultant dans le domaine de la santé et passionné d’histoire des sociétés secrètes, pour les Rose+Croix. Nous voulions offrir un programme riche et diversifié qui pourrait satisfaire un large éventail de participants.
450.fm : Pouvez-vous nous parler des partenariats et des soutiens que vous avez reçus pour cette édition ?
Les organisateurs : Nous avons eu la chance de bénéficier du soutien de Franc-Maçonnerie magazine et de votre journal numérique, ainsi que de divers partenaires locaux comme la librairie Au Cœur à l’Ouvrage et le Groupement International de Tourisme et d’Entraide (GITE). Ces partenariats sont essentiels pour la réussite de l’événement et nous sommes reconnaissants pour leur engagement.
Roger Dachez
450.fm : Quelles sont les activités prévues en dehors des conférences ?
Les organisateurs : En plus des conférences, nous avons prévu des moments de convivialité comme des pauses-café et des discussions informelles, permettant aux participants d’échanger et de se rencontrer. Il y aura également des stands de livres et de documentation pour ceux qui souhaitent approfondir les sujets abordés. Mais aussi de nombreux auteurs du grand sud-Ouest en dédicace.
Jean-Michel Mathonière
450.fm : Comment voyez-vous l’évolution des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon dans les prochaines années ?
Les organisateurs : Nous espérons que les Estivales deviendront un rendez-vous incontournable pour tous ceux qui s’intéressent à la franc-maçonnerie, également appelée art royal, à l’histoire, à la culture et à la spiritualité. Nous aimerions diversifier encore davantage les thèmes et les intervenants pour toucher un public toujours plus large.
Henri-Étienne Balssa
Nous vous invitons chaleureusement à rejoindre les Estivales Maçonniques en Pays de Luchon le 29 juin 2024 pour une journée riche en découvertes et en échanges. Ce rendez-vous exceptionnel dans le cadre prestigieux du théâtre du Casino de Luchon promet d’être un moment inoubliable de culture et de fraternité. Venez nombreux pour partager cette expérience unique et approfondir vos connaissances sur la franc-maçonnerie et ses mythes fondateurs. À ce samedi, au cœur des Pyrénées !
Infos pratiques
Samedi 29 juin 2024, de 9h à 18h – Entrée libre et gratuite/Pour tout public
Casino et théâtre, Place Richelieu – 31110 Bagnères-de-Luchon
Pour toute demande de renseignements complémentaires, n’hésitez pas à contacter l’équipe des EMPL par courriel
Théâtre, dit à l’italienne et de style Napoléon III – Espace de spectacle moderne et confortable avec 262 places assises dont 6 pour des personnes à mobilité réduite.
L’été est la saison idéale pour redécouvrir des classiques littéraires et se plonger dans des récits captivants.
Photo site Culture Déconfiture
Parmi ces trésors, nous vous proposons La Soutane rouge de Roger Peyrefitte, un roman qui dévoile les coulisses intrigantes et souvent controversées du Vatican.
Avec son style mordant et satirique, Roger Peyrefitte nous entraîne dans un univers où les ambitions personnelles et les luttes de pouvoir – comme en franc maçonnerie ? – se mêlent aux intrigues ecclésiastiques. À travers cette note de lecture, explorons ensemble les thèmes et les critiques qui font de La soutane rouge une œuvre incontournable pour les amateurs de littérature provocatrice et réfléchie.
Bref portrait d’un écrivain polémiste
Roger Peyrefitte (1907-2000) est un écrivain, diplomate et essayiste français. Né à Castres, il étudie à l’École libre des sciences politiques et entame une carrière diplomatique. Il quitte cette carrière après avoir été impliqué dans un scandale en Grèce et se consacre entièrement à l’écriture.
Roger Peyrefitte en 1947 – Source studio Harcourt
Il est connu pour ses œuvres souvent provocatrices et satiriques, qui abordent des sujets tabous comme l’homosexualité, la politique et la religion. Parmi ses ouvrages les plus célèbres figurent Les Amitiés particulières (1944), qui lui vaut le prix Renaudot, Les Fils de la Lumière (Éd. Flammarion, 1961) qui explore l’univers de la franc-maçonnerie, révélant ses secrets, ses rituels et son influence à travers une analyse détaillée et souvent critique et La Soutane rouge, un roman qui critique l’Église apostolique, catholique et romaine qui explore les intrigues au sein du Vatican. Objet de notre note de lecture…
La Soutane rouge se déroule principalement au Vatican et décrit les coulisses de l’Église catholique à travers les yeux du personnage principal, un jeune prêtre ambitieux. Le roman se concentre sur les intrigues politiques, les ambitions personnelles et les luttes de pouvoir au sein de la hiérarchie ecclésiastique. Le titre fait référence à la couleur de la soutane portée par les cardinaux, symbolisant le sang des martyrs mais aussi, selon Peyrefitte, les passions et les conflits internes qui animent le clergé.
Drapeau du Vatican
Avant d’aborder les personnages principaux, commençons par les différents thèmes.
Le roman est une critique acerbe de l’Église catholique, dénonçant son hypocrisie, ses intrigues politiques et la corruption qui règne au sein du Vatican. Peyrefitte décrit un univers où les ambitions personnelles et les luttes de pouvoir prévalent souvent sur les valeurs spirituelles.
Le personnage principal, un jeune prêtre, est dépeint comme étant prêt à tout pour gravir les échelons de la hiérarchie ecclésiastique. Cela inclut manipulations, alliances stratégiques et compromissions morales. Le roman met en lumière comment l’ambition peut corrompre même ceux qui sont censés être des guides spirituels.
Armes du Vatican
Divers personnages secondaires, tels cardinaux et évêques, représentent la diversité des caractères au sein de l’Église, allant de l’ascète pieux à l’intrigant machiavélique.
Le réseau de relations du jeune prêtre, incluant amis et ennemis soit des alliés et des rivaux, est crucial pour le développement de l’intrigue
Comme dans plusieurs de ses autres œuvres, l’auteur aborde le thème de l’homosexualité, un sujet tabou à l’époque, en soulignant les relations cachées et les tensions sexuelles au sein du clergé. Le roman expose l’hypocrisie de l’Église face à la question de la sexualité.
Le ton du roman est souvent satirique, Roger Peyrefitte utilisant l’humour pour accentuer les contradictions et les absurdités qu’il perçoit dans l’institution ecclésiastique. Les personnages sont souvent caricaturaux, représentant des archétypes de la corruption et de l’hypocrisie.
En termes d’analyse littéraire, nous constatons que le style de l’auteur est mordant et direct, utilisant un langage riche et imagé pour dépeindre les intrigues complexes du Vatican. La narration est souvent ironique, soulignant les contradictions internes des personnages et de l’institution qu’ils servent.
Le roman est structuré de manière linéaire, suivant la progression du jeune prêtre dans sa quête de pouvoir. Les chapitres sont courts et dynamiques, chaque scène apportant une nouvelle dimension à l’intrigue.
La soutane rouge est un symbole puissant dans le roman, représentant à la fois le martyre et le pouvoir. D’autres symboles, comme les lieux sacrés du Vatican, sont utilisés pour accentuer les contrastes entre les idéaux spirituels et les réalités terrestres.
Représentation symbolique de la Mafia par la pieuvre même décapitée, la pieuvre conserve un bon nombre de ses tentacules en activité.
KGB – Devise Loyauté au Parti, loyauté à la Patrie
Et comment ne pas évoquer dans son roman – bien qu’ajoutant à son intrigue Mafia et K.G.B. – la façon dont Roger Peyrefitte évoque une organisation secrète appelée la loge Q 3. Cette loge est inspirée de la véritable loge P2 (Propaganda Due), une société secrète italienne – dépendant de 1945 à 1976 du Grand Orient d’Italie –, et qualifiée de loge « noire » ou loge « clandestine » dont l’existence était illégale – au regard de la constitution italienne interdisant les loges secrètes et l’appartenance de représentants de l’État à des organisations secrètes – de 1976 à 1981.
La P2, surtout connue pour ses activités pendant la période où Licio Gelli était à sa tête, a fait l’objet de nombreuses controverses et scandales dans les années 1970 et 1980.
Loge P2 Licio Gelli in paramenti massonici
La loge Q 3 dans La soutane rouge
Roger Peyrefitte utilise l’existence de la loge P2 comme une base pour créer la loge Q 3, une organisation fictive mais inspirée des réalités troubles de la P2.
Il développe cet aspect dans son roman de la façon suivante. La Q 3 est présentée comme une société secrète au sein de l’Église catholique, impliquée dans des activités occultes et des manipulations politiques. Comme la P2, la Q 3 compte parmi ses membres des personnalités influentes du clergé, des politiciens et des hommes d’affaires, tous unis par des objectifs communs de pouvoir et de contrôle. Roger Peyrefitte décrit la loge comme étant impliquée dans des rituels secrets et des complots visant à manipuler les décisions de l’Église et à influencer les politiques publiques.
Le protagoniste de La Soutane rouge découvre progressivement l’existence de la loge Q 3 et ses activités, ce qui ajoute une dimension de suspense et de danger à l’intrigue.
La loge est impliquée dans des manœuvres politiques internes au Vatican, cherchant à placer ses membres dans des positions de pouvoir et à influencer les élections papales. À travers la loge Q 3, l’auteur dénonce l’hypocrisie et la corruption au sein de l’Église, révélant comment les ambitions personnelles et les intérêts occultes peuvent pervertir les institutions religieuses.
La loge Q 3 sert de symbole à la corruption et à la dégradation morale de l’Église. Elle incarne les forces sombres qui opèrent dans l’ombre, contrastant avec l’image publique de piété et de dévotion.
Par l’intermédiaire de cette loge fictive, Roger Peyrefitte critique non seulement l’Église catholique, mais aussi les sociétés secrètes en général, mettant en lumière leur influence néfaste sur la politique et la société.
1re de couv., détail
L’évocation de la loge Q 3 dans La Soutane rouge permet à Roger Peyrefitte de tisser une intrigue complexe et captivante tout en critiquant l’institution ecclésiastique. En s’inspirant de la véritable loge P2, il ajoute une dimension de réalisme et de profondeur à son récit, soulignant les dangers des ambitions secrètes et des manipulations politiques. La loge Q 3 devient ainsi un outil narratif puissant pour explorer les thèmes de la corruption, du pouvoir et de l’hypocrisie au sein de l’Église catholique.
Quant à La Soutane rouge est une œuvre provocatrice qui jette un regard critique et satirique sur l’Église catholique. À travers son récit d’ambition et de corruption, Roger Peyrefitte explore des thèmes universels tout en dénonçant les hypocrisies de l’institution ecclésiastique. Le roman reste pertinent aujourd’hui pour sa critique acerbe et son exploration des motivations humaines derrière la façade religieuse.
Mes TTCCSS & TTCCFF, nous vous souhaitons quel que soit vos lectures, un très bel été et d’excellentissime bonnes vacances !
La soutane rouge
Roger Peyrefitte – Éditions Mercure de France, 1983, 206 pages – épuisé/disponible d’occasion sur les sites marchands
En poche : Folio (Gallimard), 1987, 192 pages, – épuisé/disponible d’occasion sur les sites marchands
De Gérard Contremoulin*, vous avez aimé les ouvrages explorant les différents Ordres de Sagesse du Rite Français, leurs textes de référence et éléments initiatiques, vous aimerez ces trois nouveaux livres faisant partie de la collection «Les Cahiers de Rite Français».
Ils sont conçus pour aider les francs-maçons à comprendre et à transmettre les enseignements des différents grades du Rite Français.
Le 1er Grade du Rite Français – L’Apprenti aborde les fondements du grade d’apprenti, avec des explications sur les symboles et les rituels et est destiné aux nouveaux initiés pour les aider à débuter leur parcours maçonnique.
Le 2e Grade du Rite Français – Le Compagnon traite des enseignements spécifiques au grade de compagnon et explore les thèmes avancés et les symboles associés à ce grade intermédiaire.
Enfin, le 3eGrade du Rite Français – Le Maître est consacré au dernier grade des loges symboliques et examine les rituels, les symboles et les responsabilités du maître maçon.
Philippe Foussier – VERNIER/JBV NEWS
Chaque ouvrage est préfacé par Philippe Foussier, grand maître du GODF de 2017 à 2018 et vise à offrir une compréhension approfondie des différents grades pour les membres du Rite Français (RF), également connu sous le nom de Rite Français Moderne, est l’un des rites maçonniques les plus anciens et les plus importants pratiqués par le Grand Orient de France (GODF).
Il a été codifié entre 1783 et 1786 pour unifier les pratiques des loges du GODF et est constitué de trois grades symboliques : apprenti, compagnon et maître, suivis de quatre ordres philosophiques et d’un cinquième ordre administratif et conservatoire.
Le Rite Français Groussier est une variante modernisée et rationalisée du Rite Français, adoptée et diffusée au sein du GODF dans les années 1950. Arthur Groussier, une figure influente de la franc-maçonnerie, a joué un rôle clé dans la révision et la formalisation de ce rite pour mieux refléter les valeurs de laïcité et de rationalité.
Le Rite Français Groussier met l’accent sur un symbolisme clair et une approche philosophique épurée, en se détachant des éléments religieux pour s’aligner avec l’idéologie de liberté absolue de conscience du GODF. Cette version a été largement adoptée par les loges du GODF et reste l’une des formes les plus pratiquées du Rite Français
Venez découvrir les secrets de la franc-maçonnerie avec Gérard Contremoulin chez DETRAD.
*Gérard Contremoulin est franc-maçon depuis 1982. Il a présidé le convent du GODF de 2006 (La Rochelle 1). Il a été membre du Conseil de l’Ordre de 2008 à 2011, en charge de la communication de l’obédience et des dossiers de « L’École Républicaine du Futur’ et de « La Lutte contre les dérives sectaires ». Il est membre du Grand Chapitre Général-Rite Français depuis 1998. Reçu au Ve Ordre en 2005, il en a exercé les fonctions de Préfet à deux reprises (2006-2008 et 2015-2017).
Gérard Contremoulin a écrit plusieurs ouvrages centrés sur la franc-maçonnerie et ses rites. Sur le RF et les Ordres de Sagesse : Le 1er Ordre du Rite Français-Maître élu, Le 2e Ordre du Rite Français-Grand élu, Le 3e Ordre du Rite Français-Chevalier maçon et Le 4e Ordre du Rite Français-Parfait maçon libre.
Avec DETRAD, vous pouvez aussi bénéficier du service « Dédicace en ligne ».
Infos pratiques : Jeudi 27 mai 2024 à partir de 15h30
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Cet article a été adapté de La politique de la peur : la persistance particulière de la paranoïa américaine. Il apparaît au TPM en accord avec Vintage Books, une marque de The Knopf Doubleday Group, une division de Penguin Random House LLC.
Si le style paranoïaque américain est unique et local, la théorie du complot est universelle. Au début des années 1920, les Protocoles des Sages de Sion – le neuvième de la théorie du complot de Beethoven – avaient été traduits en allemand, polonais, français, italien et anglais. Sa première traduction arabe est parue en 1925, et elle a été publiée en portugais et en espagnol en 1930.
Même après que certains de ses lecteurs allemands ont mis en pratique ses leçons et exterminé des millions d’hommes, de femmes et d’enfants juifs, il continue d’être lu et étudié partout dans le monde. Il est explicitement cité dans la charte du Hamas et a servi de base à des mini-séries télévisées en Égypte et en Syrie ainsi qu’à plusieurs documentaires en Iran. Mais, aussi déplorable soit-il que les Protocoles aient la même valeur de propagande qu’au Moyen-Orient, cela n’est pas surprenant, car le conflit israélo-arabe est inéluctable depuis trois quarts de siècle et plus. Il est également compréhensible que les théories du complot soient aussi répandues que dans des pays qui gémissent réellement sous des tyrannies non métaphoriques, ou qui l’ont été dans un passé pas si lointain.
Mais l’écart entre la réalité et les tensions qui suscitent des fantasmes paranoïaques est bien plus grand aux États-Unis que dans la plupart des pays musulmans d’aujourd’hui. Malgré toutes les inimitiés raciales, ethniques et religieuses de longue date de l’Amérique, la plupart de ses citoyens – y compris beaucoup de ceux qui prétendent avoir été dépossédés – jouissent d’un niveau de vie relativement élevé, et les lois protègent toujours la presse de la censure. À moins que vous ne soyez pauvres , sans papiers, incarcérés ou noirs, la main du gouvernement est beaucoup plus légère sur les citoyens américains que sur ceux de nombreux autres pays.
Alors pourquoi ici ? De quoi exactement les nombreux théoriciens du complot américains ont-ils si peur ?
J’ai couvert une conférence du National Policy Institute de Richard Spencer en 2011. Le dernier orateur que j’ai entendu était le célèbre nationaliste blanc Sam Dickson, l’avocat de David Duke et ancien candidat au poste de lieutenant-gouverneur de Géorgie, qui a décrit le parcours de sa vie depuis du jeune activiste de Goldwater à un véritable croyant en l’ethno-État. Ses paroles, prononcées avec une voix traînante et courtoise du Sud, m’ont laissé une impression indélébile.
Les conservateurs du mouvement, le Tea Party, tous passent à côté de l’essentiel, a-t-il déclaré. Alors qu’ils parlent de « reprendre l’Amérique », ils oublient que la Constitution a été empoisonnée dès sa création par « l’infection des Lumières françaises ». Les Blancs n’ont pas contrôlé le gouvernement américain depuis 150 ans, a-t-il affirmé. En fait, la république constitutionnelle est le plus grand ennemi de la race blanche. « Notre gouvernement nous déteste, nous dégrade et cherche à nous détruire », a-t-il déclaré. « Nous ne pouvons pas sauver l’Amérique. Nous devons lâcher prise et penser à quelque chose de nouveau. L’Amérique est le Dieu qui a échoué.
La franchise de Dickson, bien entendu, n’est pas la norme parmi les conservateurs, même si certains de ses sentiments sont plus largement partagés que la plupart des gens ne veulent le reconnaître. Les désirs réprimés, comme l’espoir interdit que l’Amérique mette fin à son expérience de républicanisme démocratique et la remplace par un régime chrétien autoritaire comme celui de la Hongrie, donnent lieu au même genre de dissonances douloureuses que les croyances irrationnelles. Une façon de gérer ce malaise est de projeter ces convictions sur vos ennemis : Obama méprise l’Amérique. Biden est un tyran. Les démocrates veulent la mort des républicains et ils ont déjà commencé les tueries.
Même s’ils ont tort sur tout le reste, les théoriciens du complot semblent avoir raison sur un point. Un grand nombre de problèmes de l’Amérique partagent un facteur caché. Les théoriciens du complot ne l’identifient peut-être pas correctement – il ne s’agit pas de chicanes juives, d’homosexuels d’inspiration satanique ou d’extraterrestres. Il ne s’agit pas non plus d’une théorie critique de la race ou de drag queens. C’est du racisme et de l’intolérance, qu’ils soient reconnus ou non, de jure ou de facto, un principe actif ou un vestige persistant d’un passé volontairement incompris.
Les théoriciens du complot ont également raison sur un autre point : les choses ne sont pas toujours ce que nos parents, nos professeurs et nos pasteurs nous ont appris à croire. L’Amérique n’a souvent pas réussi à se montrer à la hauteur de ses idéaux exceptionnalistes. Cela ne veut pas dire que l’Amérique est exceptionnellement méchante. En tant qu’États-nations, les États-Unis sont meilleurs que beaucoup d’autres, et les idéaux de leurs fondateurs sont pour la plupart admirables, même si eux et nous n’avons souvent pas réussi à les respecter.
Mais comme c’est le cas dans la plupart des pays, les élites financières, politiques et sociales américaines contrôlent réellement les rênes du pouvoir – c’est pourquoi on les appelle élites – et travaillent dur pour protéger leurs intérêts. Malgré ce qu’ils nous disent, ce qui est bon pour eux n’est pas toujours bon pour les autres. S’il est vrai que le capitalisme a amélioré le niveau de vie à tous les niveaux, du point de vue d’un enfant ouvrier d’usine il y a 150 ans ou d’un travailleur à temps partiel au salaire minimum aujourd’hui, les propriétaires continuent de bénéficier de toutes sortes d’avantages injustes. La classe capitaliste organise-t-elle régulièrement des cérémonies secrètes au cours desquelles elle viole et assassine rituellement des enfants ? Bien sûr que non. La plupart de leurs énergies sont consacrées à la lutte antisyndicale et au lobbying politique pour maintenir leurs impôts bas et leurs réglementations au minimum. La classe des propriétaires teste constamment les limites de ce qu’ils peuvent faire, et ils s’en sortent avec beaucoup de choses.
Notre grand mythe national – selon lequel l’Amérique est un creuset d’égalité, de tolérance et d’opportunités entrepreneuriales illimitées – n’a jamais été notre réalité nationale. La théorie critique de la race n’explique pas tout (aucune théorie ne le pourrait), mais elle fait apparaître une vérité douloureuse et indéniable : nos traditions humanistes libérales n’ont pas seulement été érigées sur un échafaudage branlant de suprémacisme racial, d’intolérance religieuse, de vol de terres, de servitude involontaire, et une masculinité toxique, mais ont été compromis par eux dès le début, aussi sûrement que Sam Dickson l’a dit par les valeurs égalitaires des Lumières françaises.
Ce qui ne veut pas dire que les choses ne se sont pas améliorées – je crois personnellement que ce que Dickson a diagnostiqué comme un agent infectieux était l’anticorps contre des toxines comme lui, et je soupçonne qu’il le sait aussi. Je soupçonne en outre que ce qui a poussé tant de protestants blancs américains (Dickson a également parlé de sa fierté pour ses racines huguenotes) vers l’extrémisme de droite est la prise de conscience que la promesse implicite d’une hégémonie masculine blanche, protestante et masculine ne tient plus. C’est tout à notre honneur.
Bien entendu, une partie du rêve américain est réelle. En tant que Juif de deuxième génération, j’en bénéficie, tout comme les descendants de nombreux autres groupes d’immigrants venus ici volontairement. De nombreux Américains – y compris les Noirs – se sont vraiment relevés par leurs propres moyens, et malgré tous ses nombreux échecs dans la pratique, notre système penche vers plus de liberté et d’opportunités plutôt que vers moins. Mais le passé de l’Amérique, comme celui de la plupart des pays, n’est pas seulement marqué par la force, la violence, la peur et la haine, mais également défini par celui-ci. Pire encore, comme le disait William Faulkner dans Requiem for a Nun (un roman dont l’intrigue tournait autour des héritages de la race et du viol), « ce n’est même pas passé ».
Parmi les vieilles haines américaines les plus féroces, je dirais, se trouve la haine des catholiques. Les premiers colons l’ont RAMENÉE d’Angleterre.
Une découverte archéologique récente apporte un nouvel éclairage à ce sujet. En 2013, les restes de quatre hommes ont été découverts sur le site d’une chapelle à Jamestown. L’un d’eux, le capitaine Gabriel Archer, avait été enterré avec une boîte en argent qui, d’après un scanner, contenait des fragments d’os et une ampoule de plomb. Il s’agissait presque certainement d’un reliquaire catholique, et c’était, selon les mots d’ Adrienne LaFrance de The Atlantic , « une bombe », une « preuve potentielle d’une communauté clandestine de catholiques ». Ils auraient dû être secrets car le culte catholique était interdit en Angleterre depuis 1559, lorsque la reine Elizabeth a promulgué l’Act of Uniformity.
Les protestants anglais qui ont colonisé le Nouveau Monde craignaient la faim, la maladie et l’accouchement, qui tuaient une femme enceinte sur huit et un tiers de leurs enfants nés vivants avant leur cinquième anniversaire. Ils craignaient la nature sauvage et ses habitants indigènes, qu’ils savaient être des serviteurs du Diable, ainsi que les sorcières et autres serviteurs de Satan qui habitaient parmi eux, déguisés en épouses, enfants, voisins, serviteurs et esclaves. Ils craignaient leur propre nature pécheresse et l’antinomisme ou protestantisme de la « grâce libre », la doctrine radicale selon laquelle une fois sauvés, les chrétiens n’étaient plus liés par la loi morale, une philosophie, pensaient-ils, qui ne pouvait que conduire au libertinage et aux attaques contre les chrétiens, la propriété et l’ordre politique. Ils craignaient surtout le catholicisme, contre lequel ils étaient en guerre depuis l’époque d’Henri VIII. Les Français catholiques avaient forgé des alliances avec des tribus indigènes du nord et de l’ouest. Les Espagnols catholiques contrôlaient le sud. La menace de subversion interne était également réelle ; les conspirateurs de la Conspiration des Poudres avaient été exécutés moins d’un an avant le départ des colons de Jamestown d’Angleterre.
Beaucoup de ces descendants de puritains voient encore le monde de la même manière que leurs ancêtres, bien que leur grand ennemi ne soit plus des papistes et des sauvages impies, mais un libéralisme dépravé, ou, à l’extrême des théoriciens du complot, un isme au titre différent qui, en pratique, ressemble et semble horrible. un peu comme le catholicisme. Peut-être l’illuminisme, ou le « marxisme culturel », ou le sionisme, la philosophie, pensent-ils, d’une élite ancienne et fabuleusement riche dont le pouvoir transcende les frontières nationales et dont les dirigeants soumettent invisiblement le monde à leurs volontés en utilisant le pouvoir de la propagande et de la finance. Le super-État davidique des Protocoles est un fantasme, mais le Vatican était et est bien réel. (« Vous savez, je ne suis pas antisémite, et je ne suis pas anti-Noir ; c’est une incompréhension totale de ce que je suis », aurait récemment déclaré Tucker Carlson . « Je suis anti-catholique. »)
Les catholiques pratiquants étaient explicitement bannis du Massachusetts, du Connecticut et du New Hampshire. Roger Williams a fondé le Rhode Island comme refuge pour les dissidents religieux en 1636, mais pratiquement aucun catholique n’y vivait pour jouir du privilège de la liberté de culte à l’époque. La Pennsylvanie et le Delaware tolèrent également les catholiques, mais peu d’entre eux vécurent dans l’une ou l’autre colonie jusqu’à bien plus tard. La Virginie a expulsé les prêtres de son territoire en 1641. La Géorgie a offert la liberté de culte à tous « sauf les papistes ». New York a interdit le catholicisme en 1688 . Le New Jersey a adopté sa première loi anticatholique formelle en 1691 ; en 1701, il accordait la liberté de conscience à tous « sauf aux papistes ». La Caroline du Sud a promulgué une législation similaire en 1697 mais a abandonné son test religieux en 1790 ; Les catholiques n’étaient pas autorisés à occuper des fonctions publiques dans le Massachusetts avant 1833, en Caroline du Nord jusqu’en 1835 et dans le New Jersey jusqu’en 1844. Le principal sponsor du Maryland, Lord Baltimore, avait envisagé la colonie comme un refuge pour les catholiques comme lui, mais ce n’est pas le cas. Bien que le Maryland Toleration Act, devenu loi en 1649, accorde le droit de culte libre à toute personne « professant croire en Jésus-Christ », il fut annulé au début des années 1650 lorsque les puritains prirent brièvement le contrôle de son gouvernement. Il fut restauré quelques années plus tard, pour être à nouveau renversé en 1692, lorsque le catholicisme fut formellement interdit dans la colonie.
Comme l’écrivait Robert Emmett Curran dans son livre Papist Devils : Catholics in British America, 1574-1783 , l’anti-catholicisme était « une force unificatrice efficace, tant en Angleterre qu’en Amérique britannique, dans la définition d’une société par un « autre » qui contredisait tout ce que cette société représentait et dont « l’autre », par sa seule présence, menaçait la survie même.
Un certain nombre de sociétés secrètes anticatholiques sont apparues lors de la forte vague d’immigration catholique irlandaise. La Fraternité américaine (qui a rapidement changé son nom pour devenir l’Ordre des Américains unis) a été fondée à New York en 1844 avec pour mission de « libérer notre pays de l’esclavage de la domination étrangère ». L’Ordre des mécaniciens américains unis a vu le jour à Philadelphie un an plus tard et, en 1850, l’Ordre de la bannière étoilée a été fondé à New York dans le but explicite de chasser les immigrants catholiques des fonctions publiques et d’organiser des boycotts contre leurs entreprises. Horace Greeley , du New York Tribune, a surnommé ces groupes « Know Nothings » en raison de leur serment de secret, mais aussi de leur étroitesse d’esprit ignorante. Le nom a fait son chemin et, comme tant d’autres péjoratifs, a été adopté comme titre honorifique par leurs membres.
Alors que les Know Nothings s’opposaient au soi-disant papisme pour des raisons morales, ils étaient pragmatiques en pratique . Leurs principaux objectifs étaient d’inverser la pression à la baisse sur les salaires provoquée par l’immigration et la corruption croissante des machines politiques urbaines dominées par les catholiques. La classe des propriétaires était plus ambivalente. S’ils étaient heureux de remplacer les travailleurs américains par des immigrants affamés qui travailleraient plus dur pour moins cher, ils s’inquiétaient de l’esprit révolutionnaire de 1848 qui balayait l’Italie, l’Allemagne et l’Irlande, entre autres pays, et que certains de ces immigrants apportaient avec eux de l’étranger.
En 1855, les Know Nothings s’étaient regroupés en un parti politique à part entière, le Parti américain, qui comblait une partie du vide laissé par l’effondrement des Whigs. « En tant que nation », écrivait à l’époque l’ancien whig Abraham Lincoln à son ami Joshua Speed, « nous avons commencé par déclarer que ‘tous les hommes sont créés égaux’. Lorsque les Connaissants prendront le contrôle, on y dira « tous les hommes sont créés égaux, à l’exception des nègres, des étrangers et des catholiques ». » Néanmoins, à la fin de la décennie, huit gouverneurs, plus d’une centaine de membres du Congrès américain et les maires de trois grandes villes avaient été élus sur la liste du Parti américain.
Gravure sur bois d’une réunion aux flambeaux des Know Nothings à l’hôtel de ville de New York, 1855. (Photo de la Bibliothèque du Congrès/Corbis/VCG via Getty Images)
Comparée à l’injustice monstrueuse de l’esclavage, aux décennies de conflits sectionnels qu’il a provoqués et aux désastres cataclysmiques de la sécession, de la guerre, de la reconstruction et de l’ère Jim Crow qui ont suivi, la clameur autour de l’immigration catholique n’était guère plus qu’un bruit de fond. Cela dit, comme le dit John Higham, auteur de l’étude fondamentale Strangers in the Land: Patterns of American Nativism, 1860-1925 , le Parti américain a fourni une rare opportunité à la république effilochée de se rassembler autour d’une haine partagée différente pendant la guerre. décennie de Bleeding Kansas.
Cette haine a eu un impact durable sur la culture conspirationniste américaine. Imaginez ce tableau classique des théoriciens du complot : dans un donjon situé sous un manoir sombre, un groupe d’hommes immensément riches et puissants, drapés dans des robes de soie, prononcent des incantations dans une langue étrange tout en sirotant des libations de sang humain. Des nuages d’encens flottent dans l’air.
Que ces célébrants soient considérés comme des Anciens de Sion, des Maçons Illuminés, des apparatchiks milliardaires du Nouvel Ordre Mondial, les élites de l’imagination des croyants de QAnon, ou tous travaillant ensemble, la source de l’image est des prêtres catholiques romains célébrant la messe. , tel que réfracté à travers les lentilles déformantes des prophéties bibliques de la Fin des Temps, la géopolitique de la Réforme, les ressentiments des classes moyennes américaines à l’égard des pratiques opaques et parfois discutables des banquiers et des financiers et, ironiquement, les craintes de longue date du catholicisme à l’égard de l’illuminisme et Franc-maçonnerie.
Pour les puritains, les catholiques étaient les Romains, l’ancien ennemi contre lequel les premiers chrétiens se définissaient (avec les juifs pharisiens). Pour les catholiques, l’ennemi n’était pas seulement les juifs qui rejetaient le Christ, mais aussi les chrétiens hétérodoxes qui niaient que l’Église catholique soit le corps du Christ et les forces du marxisme, du scientisme, du nihilisme, de l’athéisme, de la laïcité et de tous les autres ismes. qui ont rongé l’autorité et le pouvoir de la seule véritable église.
Bien sûr, les vrais juifs et francs-maçons, contrairement aux juifs et francs-maçons de l’imagination des théoriciens du complot, ne pratiquent pas la magie et n’adorent pas Satan ; la plupart des Juifs ne croient pas au Diable au sens propre, et même si de nombreux maçons sont chrétiens, rares sont ceux qui sont superstitieux. Ni l’un ni l’autre ne boit de sang – figuratif, réel ou transsubstanti – lors de leurs cérémonies. Mais les théoriciens du complot imaginent néanmoins que leurs ennemis célèbrent les messes noires, parce qu’ils pensent selon une logique binaire manichéenne – le bien contre le mal, les chrétiens contre les juifs, les protestants contre les catholiques, les américains contre les non-américains, la civilisation contre la barbarie – et peut-être parce qu’ils projettent avec culpabilité les aspects de la messe noire. eux-mêmes dont ils ont honte sur leurs ennemis. Le sang chrétien que les Juifs étaient accusés de mélanger à leurs matzos de Pâque, l’adrénochrome que les croyants de QAnon disent que les élites extraient des enfants, est l’Eucharistie souillée.
Les théoriciens protestants du complot regardent leurs ennemis et voient les catholiques. Il en va de même pour les théoriciens catholiques du complot, du moins lorsqu’ils s’intéressent aux francs-maçons, un autre groupe qui a captivé l’imagination des Américains et attiré leur haine, animant ainsi les théories du complot d’aujourd’hui. Et ce n’est pas étonnant, car de nombreux rituels secrets des maçons évoquent les liens fantaisistes de leur société avec le catholicisme médiéval.
Au-delà des références spécifiques des maçons aux Templiers et à Jacques de Molay, le dernier grand maître des Templiers (il fut brûlé vif en 1314), le cosplay gothique qui figure dans tant de leurs rituels est également caractéristique de beaucoup de l’art, l’architecture, l’aménagement paysager et la littérature romantiques de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Le Ku Klux Klan, qui recrutait bon nombre de ses membres dans les loges maçonniques, adaptait également les rituels et les robes catholiques. Le capirote, la capuche pointue que portent les pénitents espagnols et italiens depuis l’Inquisition, était probablement la source des casques que portaient les cavaliers du Klan dans Birth of a Nation de DW Griffith, et que le KKK relancé a ensuite adopté (les insignes de l’ère de la Reconstruction). Klansmen était moins formalisé).
Contrairement au Klan, les francs-maçons n’ont jamais été organisés autour de l’exclusion et de la haine ; leur idéal était et est l’illumination. Selon leur mythe fondateur, Hiram Abiff, l’architecte en chef du Temple de Salomon, fut martyrisé lorsqu’il refusa de révéler les secrets occultes de la guilde des tailleurs de pierre. En vérité, la franc-maçonnerie n’a que quelques siècles et, comme la Constitution américaine, est en grande partie un produit des Lumières. La première Grande Loge maçonnique a été fondée en Angleterre en 1717 ; la première loge américaine a ouvert ses portes à Philadelphie en 1731 avec Benjamin Franklin comme membre fondateur. Il existe de nombreuses variétés de maçonnerie (le rite d’York, le rite écossais ancien et accepté, les Templiers, l’Ordre de l’Étoile de l’Est, la maçonnerie de l’Arche Royale, etc.). Certains, comme les Templiers, sont explicitement chrétiens, mais la philosophie à laquelle la plupart souscrivent est mieux décrite comme un déisme humaniste. Et si les maçons ont une identité de classe cohérente, elle est bourgeoise.
Il n’est pas surprenant que George Washington et Benjamin Franklin soient francs-maçons. Tous deux étaient des hommes d’affaires non pratiquants, de fervents républicains, bons avec l’argent et connaisseurs en sciences (surtout Franklin, bien que Washington ait étudié et appliqué l’agronomie de son époque, expérimentant largement de nouvelles techniques de plantation, de labour, de fumure et de rotation des cultures). ). D’autres maçons américains éminents de l’époque étaient Paul Revere, John Marshall, John Hancock et James Monroe. Parmi les maçons européens les plus connus du XVIIIe siècle figuraient le marquis de Lafayette (un aristocrate certes, mais quelque peu un traître de classe), ainsi que Goethe, Mozart et Voltaire. En Amérique du Sud et Centrale, Simón Bolívar, El Libertador, était maçon. Il y a aussi eu des maçons très conservateurs et racistes. Albert Pike, par exemple, était un leader et un théoricien majeur du rite écossais, l’une des variétés les plus spéculatives et ésotériques de la franc-maçonnerie ; il était également un général confédéré, un suprémaciste blanc avoué et actif au début du KKK. Mais la plupart étaient des représentants progressistes de la classe moyenne protestante montante.
L’engagement des maçons ésotériques dans des arcanes comme l’hermétisme gréco-égyptien, le gnosticisme, la Kabbale, le Coran et l’alchimie venait du même endroit que leur intérêt pour la science – une curiosité de grande envergure, libre de tout dogme religieux, et la confiance que les êtres humains sont intrinsèquement perfectible, que n’importe qui peut travailler et étudier son chemin vers la sagesse, le bonheur et l’intégration spirituelle à mesure qu’il gravit les degrés de l’Artisanat. Il s’agit d’une vision de la condition humaine très différente de celle du catholicisme ou du calvinisme, qui soutiennent que l’humanité est intrinsèquement dépravée et ne peut pas gagner la grâce, mais seulement la recevoir du Christ, soit directement, soit via l’intercession de l’Église. C’est pourquoi le pape a condamné la maçonnerie en 1738, interdiction qui a été réaffirmée encore en 1983 par le cardinal Ratzinger alors qu’il était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, anciennement connue sous le nom d’Inquisition romaine (en 2005, il deviendra pape). Benoît XVI).
La franc-maçonnerie a été critiquée aux États-Unis dans les années 1820, après la disparition de William Morgan, ancien propriétaire de brasserie et vétéran de la guerre de 1812, après avoir écrit un exposé sur la maçonnerie et l’avoir vendu à un éditeur. Si les maçons l’ont assassiné pour protéger leurs secrets, comme on le pensait largement, leur plan s’est retourné de façon spectaculaire. Le livre de Morgan a été publié à titre posthume sous le titre Les mystères de la franc-maçonnerie, contenant tous les degrés de l’ordre conférés dans une loge de maître . La controverse autour de la disparition a fait boule de neige et s’est transformée en un véritable mouvement politique national avec la formation du Parti anti-maçonnique, dont la bête noire était Andrew Jackson, l’ancien grand maître du Tennessee.
On se souvient aujourd’hui de Jackson comme d’un populiste et d’un ennemi déclaré de l’establishment permanent de Washington. Donald Trump s’est déclaré jacksonien lors de sa première campagne présidentielle en 2016 ; après avoir été élu, il a accroché le portrait de Jackson dans le bureau ovale et s’est rendu sur sa tombe. Mais à l’époque de Jackson, ses ennemis le traitaient d’élitiste et de despote potentiel. Une partie de cette animosité était probablement personnelle. John Quincy Adams avait remporté une victoire contre Jackson en 1824, mais lui perdit la présidence en 1828 après une campagne particulièrement vicieuse. Bien qu’Adams ait exercé une longue et importante présidence en tant qu’avocat, abolitionniste et membre du Congrès, il a consacré une quantité surprenante de son énergie dans les années 1830 à l’anti-maçonnerie, écrivant même un livre, Letters on Freemasonry , dans lequel il attaquait les maçons comme « une conspiration de quelques-uns contre l’égalité des droits du plus grand nombre » et « une semence du mal qui ne pourra jamais produire de bien ». Les francs-maçons prêtent serment les liant à leur ordre plutôt qu’à la république, a déclaré Adams – alors à quel point pourraient-ils être patriotiques ?
Son livre cataloguait de manière exhaustive les tortures macabres que les maçons auraient infligées à des membres déloyaux comme Morgan, détaillant avec amour les tranches de gorge, les cœurs arrachés et « le crâne coupé pour servir de coupe pour la cinquième libation » qui étaient les sanctions pour déloyauté. Et il a explicitement attiré l’attention sur la ressemblance de la maçonnerie avec le catholicisme, qui était également accusé de torturer ses apostats et de faire passer la loyauté envers le pape avant la loyauté envers la nation (un peu comme les Juifs sont accusés de le faire avec Israël aujourd’hui).
Si je semble minimiser la puissance du racisme anti-Noirs et de l’antisémitisme, ce n’est pas le cas en réalité . N’oubliez pas que mon sujet n’est pas les préjugés en soi, mais le théorisme du complot paranoïaque. Pendant une grande partie de l’histoire américaine, le racisme a été ouvertement reconnu et soutenu par la force de la loi. En tant que tels, les Noirs eux-mêmes n’étaient pas autant l’objet de la pensée des théoriciens du complot que leurs alliés non noirs dans les mouvements pour l’abolition et les droits civiques.
Quant à l’antisémitisme, une fois que les Protocoles des Sages de Sion ont commencé à être largement traduits après le tournant du 20e siècle, les théoriciens du complot de tous bords se sont débarrassés des mauvais attributs des catholiques, des maçons, des illuministes, des anarchistes, des barons voleurs, banquiers et révolutionnaires contre les Juifs. On disait que le judaïsme avait coopté les maçons, tout comme les syndicats et autres mouvements progressistes, pour saper le pouvoir de l’État. « La maçonnerie gentille sert aveuglément de paravent pour nous et nos objets », dit le Protocole 4. « Jusqu’à ce que nous entrions dans notre royaume », ajoute le Protocole 15, « nous créerons et multiplierons des loges maçonniques libres dans tous les pays du monde, absorberons dans tous ceux qui peuvent devenir ou qui jouent un rôle important dans l’activité publique, pour ces loges nous trouverons notre principal bureau de renseignement et nos principaux moyens d’influence.
L’Holocauste a été le point culminant de 2 000 ans de théologie successionniste, de la croyance selon laquelle le christianisme complétait et annulait à la fois la loi judaïque et le judaïsme lui-même, et d’un siècle de ressentiment politique et social alors que les Juifs de toute l’Europe occidentale devenaient finalement citoyens de leur pays.
Mais les Juifs ont été relativement tardifs dans les théories du complot mondial qui ont constitué la base du nazisme et qui sont encore largement présentes aujourd’hui. La personne qui a donné à l’antisémitisme américain sa plus grande plateforme jamais vue est l’industriel Henry Ford. « Il existe une race, une partie de l’humanité », écrit-il à propos des Juifs dans The Dearborn Independent , le journal qu’il a acheté en 1918 et principalement utilisé pour promouvoir les Protocoles des Sages de Sion , « qui n’a encore jamais été reçue comme une race. partie bienvenue, et qui a réussi à s’élever à un pouvoir que la race païenne la plus fière n’a jamais revendiqué, pas même Rome aux jours de sa puissance la plus fière.
Même si les Juifs étaient encore sans nation, Ford et ses nègres russes blancs les présentaient comme les impérialistes les plus rapaces du monde. Même si la plupart des Juifs d’Europe de l’Est qui avaient commencé à affluer en Amérique vers la fin du XIXe siècle étaient sans le sou, ils étaient présumés être fabuleusement riches. « Les Protocoles ne considèrent pas la dispersion des Juifs à l’étranger sur la surface de la terre comme une calamité, mais comme un arrangement providentiel par lequel le Plan mondial peut être exécuté avec plus de certitude », a écrit Ford. La diaspora était un châtiment que les Juifs non seulement méritaient mais avaient librement choisi ; en tant que tels, ils ne devraient pas être pris en pitié mais méprisés et craints. L’antisémitisme de Ford était monstrueux, mais on peut au moins comprendre d’où il vient. Il l’avait entendu proclamer en chaire par des ministres protestants lorsqu’il était enfant, et il l’avait lu dans les tracts des populistes agraires.
Ford avait un attachement sentimental à l’Amérique rurale qui l’a formé, ce qui lui a causé une dissonance cognitive sans fin, car s’il n’avait pas trouvé quelqu’un d’autre à blâmer pour son déclin, il aurait peut-être dû se remettre en question. Les économistes utilisent encore le terme « fordisme » pour décrire l’économie de consommation standardisée et de production de masse qui a transformé les petites villes américaines en un patchwork de villes et de banlieues semblables. La production automobile en série a libéré, au sens propre comme au sens figuré, les populations rurales de leurs liens avec la terre. Les ouvriers agricoles sous-employés s’installèrent à Détroit pour travailler dans les usines Ford, et les voitures que les Américains achetaient à crédit non seulement les rendaient mobiles, mais fournissaient aux jeunes et aux mariés adultères des lieux de rendez-vous.
Henry Ford au volant de sa première automobile, la Quadracycle, sur Grand Boulevard à Détroit, Michigan. (Getty Images)
L’antisémitisme de Ford l’a exonéré non seulement de la ruine du mode de vie sain dont il se souvenait, mais aussi de la cruauté du capitalisme qu’il pratiquait. Ce que nous appelons capitalisme, expliquait-il dans The International Jew , est une illusion, car « le fabricant, le directeur du travail, le fournisseur d’outils et d’emplois – nous l’appelons le « capitaliste » lui-même doit s’adresser aux capitalistes pour obtenir le meilleur résultat possible de l’argent pour financer ses projets. L’ennemi commun du travail et du capital, écrivait-il, est « le supercapitalisme, un super-gouvernement qui n’est allié à aucun gouvernement, qui est libre de tous, et pourtant qui a la main sur eux tous ». Pour sauver l’Amérique, pour sauver le monde, ces supercapitalistes doivent être écrasés. « Si le Juif a le contrôle », a demandé Ford, « comment cela s’est-il produit ? C’est un pays libre. Les Juifs ne représentent qu’environ trois pour cent de la population. Est-ce à cause de sa capacité supérieure, ou est-ce à cause de l’infériorité et de l’attitude indifférente des Gentils ? À moins que les Juifs ne soient des surhommes », a conclu Ford, « les Gentils seront eux-mêmes responsables de ce qui s’est passé ». Où est le Haman moderne qui fera ce qui doit être fait ? il aurait tout aussi bien pu demander.
Même après avoir passé des années à analyser le style paranoïaque, les implications génocidaires de la logique de Ford me stupéfient – tout comme le fait qu’il continue d’être présenté aux écoliers comme un entrepreneur américain modèle. Il n’est vraiment pas étonnant que les fascistes émergents d’Allemagne considèrent « Ford comme le leader du mouvement fasciste grandissant en Amérique », comme le disait un journaliste du Chicago Tribune en 1923. « Nous admirons particulièrement sa politique anti-juive qui est la politique bavaroise. Plateforme fasciste. Nous venons de faire traduire et publier ses articles anti-juifs », lui a dit Hitler. « Le livre est distribué à des millions de personnes dans toute l’Allemagne. » L’article poursuit en notant que « la photo de Ford occupe la place d’honneur dans le sanctuaire de Herr Hittler [sic] ».
Si vous recherchez les origines du paranoïaque américain, il existe de nombreux endroits où chercher. Pour les protestants de l’époque coloniale, le grand adversaire historique était Satan, incarné dans l’Église catholique. La peur qu’inspirait ce superÉtat transnational était pratiquement ancrée dans leur psychisme, comme la peur des serpents. En même temps, je suppose qu’ils ressentaient une nostalgie inconsciente et largement inavouée de ses certitudes. Les linéaments de cette haine primaire perdurent dans les rêves fébriles des théoriciens du complot contemporains sur les tout-puissants Illuminati, les Sages de Sion et les dirigeants cachés de l’État profond, qui se nourrissent du sang des enfants et des injections d’adrénochrome et interfèrent avec le souveraineté des nations.
Les doctrines catholique et protestante exigent que leurs croyants rejettent les valeurs de la franc-maçonnerie, mais peu d’Américains le font, car nos institutions politiques sont nées du même sol que la franc-maçonnerie, qui est l’éthos pratique, empiriste, tolérant et laïc des Lumières que Sam Dickson a créé. estime qu’il a empoisonné l’expérience américaine à sa naissance.
La tolérance religieuse, voire l’indifférentisme, est ce qui sous-tend le mur de séparation entre l’Église et l’État imaginé par Madison et Jefferson. « Cela ne me fait aucun mal que mon voisin dise qu’il y a vingt dieux, ou pas de dieu », a écrit Jefferson. Mais malgré les montagnes de preuves démontrant que le pluralisme religieux encourage plutôt qu’il ne nuit à la croyance religieuse (56 % des Américains déclarent croire en Dieu tel que décrit dans la Bible, contre seulement 27 % des Européens occidentaux), une minorité influente d’Américains religieux préférerait tout aussi bien le démolir. Beaucoup ont également des doutes quant au républicanisme démocratique. Le seul garant sûr de leur liberté, disent-ils, est le pouvoir – plus précisément la capacité d’exercer le pouvoir contre les religions, les idées et les personnes qu’ils n’aiment pas.
Depuis son lancement, l’obédience a évolué aux côtés des nombreuses obédiences et des rites du paysage maçonnique français.
Faisons un bilan de fin de première année
Plutôt qu’un bilan chiffré, dressons un état des lieux. Après ces 12 premiers mois de fonctionnement. La Grande Loge FUTURA se veut constructive, ouverte et créative. La devise : “Bâtir, Construire, Créer.” Les travaux s’inspirent des valeurs de Liberté, Égalité, Fraternité, ainsi que de l’Idéal de Perfection et de la Loi Universelle. En un an, ils ont signé des accords avec 17 obédiences, dont certaines exercent une influence significative sur la maçonnerie nationale et internationale. À l’échelle mondiale, ils sont présents dans plusieurs pays dont le Liban, l’Équateur…
Ils étaient acceptés au sein de l’Union Maçonnique Mondiale (UMM) après seulement 9 mois d’existence. Cela témoigne de la qualité de l’enseignement et de l’esprit d’ouverture. Ils semblent régulièrement représentés lors de convents et d’assemblées générales de ce mois de juin.
Parlons maintenant : Initiations et Approches
En un an, les loges ont initié plusieurs dizaines de profanes. Les impétrants semblent rechercher autre chose que le religieux ou les dogmes. Ils ont trouvé cette alternative au sein de Futura, sans jugement envers les autres obédiences rajoutent-ils.
Leur attrait réside dans l’approche renouvelée, l’esprit d’ouverture et l’enseignement. Les membres sont issus de diverses obédiences françaises, et parfois des Hauts Grades (notamment les 18e et les aréopages). Ils pratiquent du 1er au 33e degré sans repasser par des associations chapitrales. La nouvelle méthode permet aux ateliers de travailler dès le 4e degré “ Maître de l’Arche ” jusqu’au 31e grade “ Maître de Lumière ”, pour bâtir une spiritualité au service de l’humanité. Le 32e grade, “ Maître Fédérateur ”, rassemble les Hommes, les Similitudes, les Différences et les Contraires.
Notez que les grades maçonniques sont symboliques et ne correspondent pas nécessairement à des positions hiérarchiques. Chaque obédience peut avoir sa propre interprétation.
Enfin, le 33ème et dernier grade, nommé “ Grand Gouverneur ”, atteint le sommet de la “ Gouvernance ”, mais avant d’y parvenir, il faut franchir plusieurs étapes essentielles :
Maître de Babel (6ème degré) : Enseigne le “ Paradoxe de l’Éloge de la Différence ”.
Maître Architecte (11ème degré) : Trace le plan, symbolisant la construction.
Bâtisseur de Kéops (12ème degré) : Explore la perfection et le secret.
Creator (22ème degré) : Crée pour l’humanité.
Futura dispense également tous les grades intermédiaires, dont la liste complète est proposée ci-après. Contrairement à certaines obédiences, Futura n’a pas de “ Suprême Conseil ”. Ils travaillent avec un “ Conseil des Sages ”, composé de “ 33 membres ”, tous “ 33ème Grands Gouverneurs ”, qui peuvent constituer le “ Conseil des Sages ”.
Concernant les loges, ils essaiment à travers le territoire avec des Ateliers à Nice, Perpignan, Salon de Provence, Toulouse, Bordeaux et Lille. À l’étranger, ils préparent des implantations au Congo Brazzaville, à Marrakech, à New-York et en Suède.
L’obédience accueille des membres masculins, féminins et mixtes. Dans ces temps difficiles, ils tiennent à souligner l’importance des métaux. Lors du lancement du rite, ils ont délibérément écarté cette notion. Ils proposent des capitations modestes, accessibles à tous, permettant aux jeunes étudiants de les rejoindre.
La société évolue et la maçonnerie aussi. L’approche, qualifiée de “ maçonnerie différente ”, s’inscrit dans l’esprit symbolique qui les anime. leur recherche dans le Cosmos et la Galaxie ouvre à de nouvelles perspectives, sans dogme. Cela a joué un rôle majeur dans le rassemblement qu’ils connaissent en cette première année.
Malgré les quelques détracteurs, ils prouvent que Futura perdure. Ils affirment que la Loi Universelle les guide, et sont heureux que leur locomotive ait accroché ses premiers wagons. Chaque wagon se remplit à son rythme, des Loges Bleues aux Grades dits Supérieurs.