Peut-on faire l’économie – au sens de la discipline – de Dieu ? C’est la question à laquelle répond Paul Seabright, économiste franco-britannique et professeur à la Toulouse School of Economics, dans son livre intitulé « The Divine Economy ». S’inspirant d’Adam Smith, qui s’était déjà penché sur la compétition entre religions et leurs liens avec le politique, Seabright propose une analyse captivante.
Il examine la religion en termes de produits et services, qu’ils soient spirituels ou matériels, s’intéressant au commerce du salut et des âmes, à l’engagement fervent des croyants prêts à sacrifier leur vie, et aux structures organisationnelles robustes des cultes qui évoluent avec le temps. Pour Seabright, les religions sont des firmes en compétition, commercialisant leur foi comme d’autres marchandises.
L’auteur s’engage dans une étude qu’il qualifie d’« agnostique », focalisée non pas sur la théologie mais sur la pragmatique des religions. Il décrypte leurs proses plutôt que leurs poésies, s’inspirant de la célèbre phrase « c’est l’économie, idiot ! » pour souligner que l’économie est la clé des mystères religieux. Il examine les transactions sacrées sous l’angle de l’offre et de la demande, où des prophètes deviennent des entrepreneurs, des ministères des gestionnaires de rituels, et les croyants, des clients fidèles. Les stratégies des mouvements religieux pour attirer et fidéliser les fidèles sont mises en lumière, montrant comment ils utilisent la mondialisation pour se renforcer.
Seabright va plus loin en comparant les religions à des plateformes concurrentes, fournissant services et liens communautaires, souvent plus efficaces que leurs équivalents séculiers dans le monde numérique. Elles créent du sens, de la communauté, mais peuvent aussi, lorsqu’elles sont détournées, mener à l’autoritarisme.
Le livre aborde des thèmes variés, de l’intime à l’organisationnel, en passant par le politique : quels besoins humains les religions comblent-elles ? Comment se structurent-elles ? Comment et pourquoi les croyants soutiennent-ils financièrement des clergés prospères ? Seabright confirme la vision de Malraux sur un 21ème siècle religieux, où la spiritualité ne recule pas mais s’affirme, même si en Europe et en Amérique du Nord on note un déclin apparent. Il utilise les enquêtes internationales sur les valeurs pour étayer ses propos, illustrant les flux financiers et l’influence politique des religions.
Pour résumer, Seabright nous rappelle avec humour la dualité de Nietzsche et de Dieu, soulignant ainsi la vitalité persistante de la foi. Il insiste sur la confiance et la transparence, tant sur le plan des scandales que de la gestion financière. Avec des titres comme « Les Dieux sont genrés », il couvre un large spectre de croyances, avec une attention particulière pour l’islam et le christianisme, les plus globalisées.
Cet ouvrage est une surprise en France, terre de laïcité, mais reflète une réalité mondiale où le religieux influence de plus en plus la sphère publique. Original et percutant, « Divine économie » mérite une traduction pour sa contribution à la fois économique et sociologique.
Paul Seabright, The Divine Economy: How Religions Compete for Wealth, Power, and People, Princeton University Press, 2024, 485 pages.
La Corse, cette île méditerranéenne connue pour son paysage majestueux et ses traditions fortes, cache aussi une histoire moins visible mais tout aussi fascinante: celle de la franc-maçonnerie. Le reportage « Corse Terre Maçonnique » nous plonge dans ce monde mystérieux et séculaire, décryptant les liens étroits entre l’île et les sociétés initiatiques.
Une Terre Fertile pour la Franc-Maçonnerie
Dès le XVIIIe siècle, la Corse a été une terre d’accueil pour les premiers francs-maçons, avec des figures historiques comme Pasquale Paoli et Théodore de Neuhoff, souvent cités comme étant liés à la maçonnerie. Le documentaire explore comment cette île, par son insularité et son ancrage méditerranéen, a cultivé une culture de la famille et des clans qui résonne avec les principes maçonniques de fraternité et de solidarité.
Des Figures Historiques et Modernes
L’émission nous fait découvrir comment la franc-maçonnerie s’est enracinée dans la société corse à travers des personnalités notables comme Napoléon Bonaparte, dont on s’interroge encore sur l’appartenance à l’ordre, et ses frères qui, eux, étaient bien membres. Ce reportage met en lumière des entretiens avec des maçons contemporains, certains révélant leur affiliation pour la première fois, discutant de leur engagement citoyen et des valeurs qu’ils défendent.
Impact sur la Société Corse
« Corse Terre Maçonnique » ne se contente pas de retracer l’histoire; il examine également comment la franc-maçonnerie a influencé la politique, la culture et même les médias locaux. Avec environ 500 francs-maçons répartis en 14 loges pour le Grand Orient de France seul, la présence maçonnique est significative, et le reportage ne manque pas d’aborder les débats autour de l’influence de ces sociétés secrètes sur la vie insulaire.
Un Regard Critique
Le documentaire n’est pas sans critique. Il aborde les controverses, les accusations de favoritisme et les défis auxquels la franc-maçonnerie fait face dans un monde moderne où les secrets et les rituels semblent parfois anachroniques. Il pose la question: la franc-maçonnerie est-elle toujours pertinente dans une Corse en pleine évolution?
Corse Terre Maçonnique est plus qu’un simple reportage; c’est une invitation à comprendre une facette moins connue de l’identité corse, où l’histoire, la mystique et la modernité se croisent. Que vous soyez curieux, sceptique ou déjà initié, ce documentaire offre une perspective unique sur comment la franc-maçonnerie a tissé sa toile dans le tissu social de la Corse, laissant une marque indélébile sur son histoire.
Ce reportage est une réalisation de Dominique Maestrati, une coproduction France 3 Corse ViaStella et Korrom.
De notre confrère italien iacchite.blog – par Saverio Di Giorno
Au Grand Orient d’Italie (Grand Est de l’Italie), un gouffre s’est ouvert et ne montre aucun signe de fermeture. L’obédience historique de la franc-maçonnerie italienne est de plus en plus effilochée et rongée par des groupes de vengeance transversaux et de pouvoir interne. Surtout, le groupe principal dirigé par Bisi et qui en Calabre est divisé entre le Seminario (grand maître déchu) et l’homme de l’ombre Bellantoni.
Vibo apparaît comme le véritable centre du pouvoir occulte. Le groupe de Bisi est bien campé sur ses positions et se comporte moins comme une association que comme un gang qui persécute quiconque ose parler de criminalité et d’argent. Insistant sur le fait de ne pas reconnaître la réalité des choses et même la justice italienne ordinaire qui, entre-temps, a placé le Goi sous commissariat, en nommant un curateur.
En novembre dernier, la Cour de Rome a rendu un arrêt important : la Grande Oriente d’Italia a été officiellement placée sous administration. La nomination est confiée à l’avocat Raffaele Cappiello, nommé curateur spécial conformément à l’article 78 du Code de procédure civile.
Cela a une implication importante. Le pouvoir de Bisi, qui s’est maintenu ces dernières années, n’existe effectivement plus. Les tribunaux ont jugé à plusieurs reprises que cela ne représentait plus rien. Il existe désormais des dizaines de filières judiciaires et de dossiers que beaucoup promettent ainsi que des appels. Ainsi que des documents sur les comptes, la gestion des fonds et les dépenses. Malgré cela, Bisi et ses hommes continuent de gérer les réunions, les tribunaux internes, la promotion et la direction. En effet, depuis Vibo (et où d’autre ?) ils condamnent également ceux qui se permettent de lancer des pétitions anti-mafia, comme le notaire sicilien Silverio Magno.
« Condamnation à la sanction de censure solennelle, avec exclusion de participation aux Œuvres maçonniques pour une durée d’un an, avec interdiction d’exercer toute charge pour une durée de 3 ans, outre le paiement de 3 000,00 € de frais de procédure »
c’est ce que dit le jugement déposé le 29 novembre au siège de Vibo Valentia. Et quels sont les défauts de Magno ? Différents, mais tous tournent autour de ses déclarations dans lesquelles il accuse le climat répressif et soumis des obédiences sicilienne et calabraise. Magno avait également émis des doutes sur la gestion des fonds dans le cas de la maison maçonnique de Cosenza , ainsi que dans le tristement célèbre cas Vibo. Il est également accusé d’avoir Bisi en relation avec les décisions prises concernant les affaires juridiques de V. Lauria. Bref, des délits d’opinion.
Mais si la justice interne au Goi suit les souhaits du gang, la justice externe continue de frapper sur de multiples fronts. Par exemple, encore en novembre dernier, une autre condamnation à payer 10 mille euros plus frais à Il Fatto Quotidiano pour un article de Barbacetto qui, interviewant un certain Minnicelli, affirmait que les mafias se sont étendues au Nord en exploitant la franc-maçonnerie. Selon le Tribunal, il n’est pas diffamatoire et il joint des pages de documents et de rapports qui vont dans ce sens. Un avis également partagé par l’ancien Grand Maître Di Bernardo dans l’interview qu’il nous a accordée il y a quelques mois (voici le lien https://www.youtube.com/watch?v=RyhGztguJT0 – En italien). Ils seront heureux de savoir comment l’argent du gouvernement indien est dépensé.
Taroni, le principal adversaire, défie et attend. Et il collecte des informations. Il est trop tôt pour dire qui gagnera cette lutte acharnée et à quel prix. Aussi parce qu’entre-temps, d’autres mouvements sont signalés depuis Malte. Mais c’est une autre histoire…
Ce samedi 14 décembre, lors de la Tenue annuelle de Grande Loge à Paris, Yves Pennes a été officiellement désigné et installé comme le nouveau Grand Maître de la Grande Loge Nationale Française (GLNF). Ancien architecte et jusqu’alors Député Grand Maître, il a obtenu un soutien massif avec 97,09 % des voix des Frères présents.
Jean-Pierre Rollet Passé Grand Maître de la GLNF 2018/2024
L’investiture d’Yves Pennes a été marquée par une cérémonie solennelle où Jean-Pierre Rollet, le Grand Maître sortant, lui a transmis les rênes de l’obédience devant une assemblée de 3 200 Frères. Cette passation de pouvoir a été suivie par une longue standing ovation en l’honneur de Jean-Pierre Rollet, reconnaissant ainsi son engagement et son travail à la tête de la GLNF.
Dans son discours, Yves Pennes a esquissé les grandes lignes de son mandat, articulé autour de trois axes principaux : la réappropriation des rituels, la remobilisation de la fraternité et la relance de la quête spirituelle et initiatique de la franc-maçonnerie.
« Nous devons retourner à l’essence de notre pratique, renforcer nos liens fraternels et réaffirmer notre engagement sur le chemin de la spiritualité »
a-t-il déclaré, soulignant l’importance de ces piliers pour le développement futur de l’obédience.
GLNF : Palais des Congrès de Paris – Samedi 14 décembre 2024 – Crédit photo GLNF
La désignation de Yves Pennes intervient à un moment charnière pour la GLNF, institution qui vise à consolider sa place dans le paysage maçonnique français et international. Avec un tel score de soutien, il est clair que les Frères attendent de lui qu’il continue à guider l’obédience dans un esprit de stabilité, de croissance et de fidélité aux valeurs maçonniques traditionnelles.
Le mandat qui commence pour Yves Pennes est donc placé sous le signe de la continuité et de l’innovation, dans le respect des fondements historiques et spirituels de la franc-maçonnerie. Sa nomination a été largement saluée comme un signe de renouveau et d’unité pour les membres de la GLNF, qui voient en lui un leader capable de naviguer à travers les défis contemporains tout en préservant l’héritage de l’obédience.
Les attentes sont grandes, et les défis nombreux, mais avec cette investiture, la GLNF semble prête à entamer un nouveau chapitre sous la direction de Pennes, un homme dont la vision et l’expérience sont désormais au service de la fraternité maçonnique française. Des nouvelles vous seront transmises prochainement, puisque la Rédaction de 450.fm a RV avec le nouveau Grand Maître prochainement. Nous savons déjà qu’il a choisi comme député, Claude Dohou.
La Franc-maçonnerie est une organisation qui a des branches dans de nombreux pays à travers le monde, et qui est fondée sur des principes universels tels que la liberté de pensée, la tolérance et la fraternité. Les membres de la franc-maçonnerie, connus sous le nom de francs-maçons, se réunissent dans des loges et travaillent ensemble pour améliorer autant eux-mêmes ainsi que la société qui les entoure.
L’universalité de la Franc-maçonnerie réside dans son caractère non religieux et non partisan. Les francs-maçons proviennent de différentes religions, cultures et origines ethniques, mais ils se réunissent autour de valeurs communes et travaillent ensemble pour atteindre des objectifs communs. Les membres sont tenus de respecter les croyances et les opinions des autres membres, ce qui permet une grande diversité de pensée et d’opinions dans les loges maçonniques.
En tant qu’organisation philanthropique, la Franc-maçonnerie soutient également des causes universelles telles que la lutte contre la pauvreté, l’éducation, la santé et l’humanitaire. Les francs-maçons travaillent ensemble pour améliorer la vie des personnes dans leur communauté locale ainsi que dans le monde entier.
Universalité transversale entre les différentes obédiences maçonniques
La Franc-maçonnerie est composée de différentes obédiences maçonniques, chacune ayant sa propre structure, traditions et rituels. Bien que chaque obédience puisse avoir des différences dans leur approche et leur interprétation des principes maçonniques, elles partagent toutes une vision commune de fraternité universelle et d’amélioration de soi. Malgré ces différences, les obédiences maçonniques peuvent interagir et travailler ensemble dans des événements et projets communs, en respectant les différences de chacune. Cela est possible grâce à l’existence de principes de base communs qui sont partagés entre toutes les obédiences maçonniques, tels que la tolérance, le respect de la liberté de pensée, la recherche de la vérité et l’amélioration de soi.
En somme, bien que chaque obédience maçonnique ait ses propres traditions et rituels, il existe des principes communs qui permettent une certaine universalité transversale entre elles. Les francs-maçons sont encouragés à travailler ensemble, à échanger des idées et à collaborer sur des projets communs, tout en respectant les différences de chacune.
Les principes communs
La Franc-maçonnerie repose sur des principes de base qui sont partagés par toutes les obédiences maçonniques à travers le monde. Voici une description des principes communs de la Franc-maçonnerie :
La philanthropie : la Franc-maçonnerie encourage ses membres à aider les autres et à soutenir des causes nobles. Les francs-maçons sont impliqués dans des projets philanthropiques et humanitaires, et ils cherchent à améliorer les conditions de vie des personnes dans leur communauté locale et dans le monde entier.
La tolérance : la Franc-maçonnerie prône la tolérance envers les opinions et croyances des autres, qu’elles soient religieuses, politiques ou philosophiques. Les francs-maçons sont encouragés à respecter les différences des autres membres et à travailler ensemble malgré ces différences.
La fraternité : la Franc-maçonnerie est fondée sur le principe de fraternité universelle. Les membres sont considérés comme des frères, indépendamment de leur origine ethnique, leur religion ou leur statut social. La fraternité maçonnique se caractérise par un soutien mutuel, une entraide et une solidarité.
La recherche de la vérité : les francs-maçons sont encouragés à chercher la vérité dans toutes les choses, et à remettre en question les opinions reçues. Les membres sont encouragés à étudier les sciences, les arts et la philosophie pour mieux comprendre le monde qui les entoure.
L’amélioration de soi : la Franc-maçonnerie vise à aider ses membres à devenir de meilleures personnes en encourageant le développement personnel et spirituel. Les francs-maçons sont encouragés à travailler sur eux-mêmes pour devenir des personnes plus éclairées et plus moralement justes.
Il y a un mois, Boualem Sansal était arrêté à l’aéroport d’Alger. Nous dénonçons avec la plus grande fermeté l’arrestation par les autorités algériennes de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal. Lauréat du Prix de la Laïcité en 2018 en France, deux fois récompensé par l’Académie Française, il est une figure reconnue de la littérature et de la pensée critique dont les œuvres contribuent à l’enrichissement du débat public et au rayonnement culturel de l’Algérie à travers le monde.
L’arrestation de Boualem Sansal constitue une atteinte grave à la liberté d’expression et à la liberté de création, aux droits fondamentaux garantis par la Constitution algérienne et inscrits dans les conventions internationales auxquelles l’Algérie est partie prenante.
Aucune pensée ne devrait être privée de sa voix. La répression ne saurait tenir lieu de réponse à une idée. La pluralité des voix, même dissonantes, est la condition de tout progrès social.
Nous pouvions espérer jusqu’ici, qu’une demande de remise en liberté de Boualem Sansal serait acceptée. Malheureusement, cette demande a été rejetée le 11 décembre dernier.
Au nom du respect des libertés individuelles et collectives, y compris la liberté de pensée et de création, parce que nous refusons toutes les formes de harcèlement et de répression à l’encontre des intellectuels, artistes, journalistes et citoyens engagés, nous demandons la libération immédiate et inconditionnelle de Boualem Sansal et appelons le gouvernement français à se mobiliser face à cette situation et à œuvrer pour la libération de Boualem Sansal.
Le 13 décembre 2024,
Sylvain Zeghni président du Conseil National dela Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International le DROIT HUMAIN
Partir des ténèbres pour marcher vers la lumière, peut-être ? Trouver les questions sinon les réponses, émettre des hypothèses sur des certitudes incertaines, partir sur des coïncidences et des faits en apparence inexpliqués et qui répondent pourtant à des demandes formulées. Bâtir une éternité… Rêve ou réalité ? José Bonifacio
Pythagore et son Delta
Ici on a cloué un delta[1], miroir de lumières. Il nous raconte le Un et nous sommes multiples. Il nous faudra, longtemps, arpenter la loge avec notre perception fragmentaire pour essayer d’appréhender la permanence et la réalité de cet univers d’unicité. Alors, soulevons quelques voiles, viens mon Frère, ma Sœur, entrons dans le visible, écoutons quelques uns de nos symboles ; il y a ici une lumière à recueillir.
Les symboles font vibrer ce qui est caché en nous et l’amènent à notre niveau de conscience. Le symbole est le lieu de séjour d’une vérité qui sommeille: c’est le bouton de rose qu’une caresse de lumière va faire épanouir.
Dans la lumière bleue de notre loge, essayons d’éclairer le sens symbolique du rituel. Pourquoi le fait-on ? Que peut-on en attendre ?
Ensemble, démontrons l’hypothèse que nous pourrions faire : le rituel est le moyen de la mise en condition de notre insertion dans une atmosphère vibratoire telle qu’elle permet, au mieux, l’expansion de notre conscience et la force du verbe, chacun étant à sa place, fondu avec les autres, pour remplir sa mission comme il le doit. Le rituel fait de nous cette chose libre, cet esprit qui enveloppe la terre et se meut dans l’éther, comme le dit Khalil Gibran de l’homme. Je ne puis retenir l’idée que le rituel, opérant une transmutation spirituelle, aurait alors l’efficience d’une autopoïèse. J’entends par là la propriété d’un système à se produire lui-même, en permanence et en interaction avec son environnement. Pouvons-nous accepter cette vision du rôle du rituel? Car c’est bien de cela qu’il s’agit et c’est bien de cela que, comme Jules Boucher, nous allons nous entretenir.
Mais si les mots sont gênants, prenons ceux d’égrégore, de conscience, de fusion dans le sacré. Comment le rituel rejoint le symbole en faisant communiquer les plans entre eux, en projetant sur un plan inférieur une signature macrocosmique et en permettant à ce qui est en bas de rejoindre ce qui est en haut ?
Par l’utilisation consciemment ordonnée de mots, de gestes, de sons, peut-on contraindre une réalité transcendante à être présente ici, pour nous permettre de la rejoindre ou de la retrouver en nous-mêmes ?
Le rituel est avant tout un outil, probablement le plus élaboré qui, en nous faisant à chaque fois tenter de bâtir un temple, représente le médium permettant d’atteindre peut-être cette transcendance. Nous sommes pierres et le rituel permet de rendre ces pierres les plus conformes à leur intégration dans la construction du temple, même et surtout si elles ne sont pas toutes identiques; pierres brutes, parpaing, pierres cubiques, voussoirs, pierres de voûte! Le rituel comme ses symboles relie, non pas les sujets à l’objet, mais les sujets entre eux et les sujets au sacré.
Avec votre aide, je vais ouvrir la loge, avec votre volonté de vous assembler en édification. Alors commençons la consécration du temps et de l’espace du temple en les faisant passer de l’espace profane à l’espace sacré, du temps diachronique au temps synchronique. Retrouvons le temps et l’espace primordiaux, ceux de la monade devenue 2, passons de l’espace et du temps à l’espace-temps, entrons dans l’univers.
Silence mes FF et mes SS. Silence, forcément silence, contraignant et sidéral pour recommencer ensemble. Commençons notre voyage à partir de nous-mêmes en tant que microcosme et élargissons-nous au macrocosme en nous construisant en temple. Faisons vibrer en unité quelque chose qui se manifeste en pluralité. Rendons opérant le rituel comme l’étude d’un kabbaliste, comme un alchimiste penché sur son athanor!
À partir d’un point choisi à midi quand le soleil est au zénith, enfonçons un piquet. S’il est bien perpendiculaire, il n’y a pas d’ombre portée. Il est un point. C’est ainsi que s’établit la perpendiculaire sur un chantier. À midi se choisit la verticale qui permet d’initier le temple.
– À quelle heure les maçons ouvrent-ils leurs travaux ? – À midi Vén. M.
Cela veut dire aussi que l’apprentissage commence par la verticalité. L’orientation du temple sera ensuite donnée au sol, par la direction de l’ombre grandissante. L’horizontale orientée se déduit de la verticale par un déplacement de lumière. L’horizontale succède à la verticale comme le niveau succède à la perpendiculaire dans l’apprentissage. Et maintenant comptons et additionnons 3 + 4 + 5 = 12.
Déplaçons-nous dans ces nombres pythagoriciens à partir de midi comme d’un point fixe qui se trace en cercle, en droite et se déploie en plan, en dessein. Il nous faudra donc aller jusqu’à minuit pour achever dans le tracé du carré long les influences de l’égrégore. C’est à partir de ce point initial de midi et dans l’axe de son développement dans la lumière que par 3, 4, 5 s’élabore, se structure le tracé du carré long pour faire resplendir le nombre d’or de midi à minuit. Alors il y a une longueur, il y a une largeur qui n’est ni longue, ni large, qui est déploiement, vibration, émanation du Un initial dans le rythme occulte des relations universelles où nous reconnaissons PIet Phi.
La Kabbale dans la franc-maçonnerie
À partir de la guématrie, la kabbale met en évidence la symbolisation des différents noms du divin sous forme de nombres dans les valeurs desquels l’association des nombres des relations universelles tels que Pi et Phi est fondamentale. Cela voudrait dire que l’exploration de certains nombres, fondement et régulation de tracés architecturaux, nous conduirait à la compréhension du principe même de l’harmonie. Ainsi, par un jeu indéfini de résonances de rythmes qui se reflètent et se répondent, la construction s’élève, devient aérienne et divine, en même temps qu’elle élève l’homme qui la contemple (ou y participe) et le fait communiquer avec le beau, le vrai, le bien qui ne sont que les diverses appellations de l’harmonie universelle et appelées sagesse force et beauté dans nos respectables Loges.
Nous sommes bien sur un chantier. Le Vén., maître d’œuvre, vérifie que les éléments de la consécration sont réunis, interroge les lumières pour savoir si chaque ouvrier est à sa place dans l’organisation des tâches.– Pourquoi êtes-vous placés ainsi ?Il consacre alors le temps à la construction et la construction à ce temps. – Puisqu’ il est l’heure et que nous avons l’âge…Il veille à ce que chacun devienne le médiateur des mondes, comme un axis mundi, – Debout et à l’ordre mes FF et mes SS.
Ainsi le rituel, cette construction du temple, transforme par un changement de signes qui annoncent des significations nouvelles, le chaos en ordre, ordo ab chao. La construction d’un temple, c’est le choix d’un ordre qui, en représentant l’univers, établit l’homme dans une relation spirituelle pour son accomplissement dans le contact direct avec le mystère (d’où le nom de myste donné aux initiés). Construire un temple, c’est réintégrer en soi les niveaux de l’arbre des séphiroth ou arbre de vie, centré sur Azilouth, la part du divin en l’homme. Il y a Beriah, son aspect spirituel, Yetsirah, son âme et Assiah, le corps physique réceptacle de la manifestation. Comme dans le Temple de Salomon, ces niveaux d’existence se manifestent pour nous francs-maçons en volonté, intellect et action centrés sur l’amour universel. C’est à ce moment que s’allient l’esprit et la matière dans le compas et l’équerre, dans leurs positions relatives qui permettent de capter les énergies cosmiques au grade des mystères auxquels on travaille. Le compas est ainsi toujours placé en haut par rapport à l’équerre. L’équerre et le compas sont le lieu de la définition du rapport des app., des comp. et des MM. avec la matière. Le franc-maçon placé entre ces outils devient l’homme placé entre ciel et terre, recevant la résultante de leurs influences réciproques pour être le médiateur, le pont qui va de l’un à l’autre. C’est l’aleph, aspiration vers le ciel, complété de dameth, la terre, c’est l’adam primordial qui contient tout ce qui est nécessaire à son rôle de reflet de dieu. Il est à la fois le miroir et celui qui regarde.
Les 3 coups de maillet matérialisent par leurs vibrations la dimension de la loge et dédicacent l’espace au sacré. C’est un alphabet sonore qui féconde le maçon comme J. féconde B., comme un sperme cosmique, comme un iod, ils pénètrent le beth de notre conscience pour la féconder. Par leur rythme, ces coups de maillet, donnés par les 3 lumières inscrivent la loge dans l’élévation du temple symbolique érigé en esprit. Ces coups actualisent les battements de nos cœurs sur une même cadence et produisent de l’égrégore, qui devient mur du temple. Nous entrons dans le sacré. C’est le rituel qui, en tant qu’unité de langage, nous protège de la déviance que serait la construction devenant une tour de Babel. En construisant un temple, le bâtisseur renouvelle l’unité des mondes. Cette participation au projet des mystères porte le nom d’œuvre de création. En récréant l’espace-temps, cette materia prima de la manifestation, le maçon s’identifie, dans le passage de l’indifférencié, à la forme de l’esprit. Il crée l’ordre pour une reliance entre le visible et l’infini.
Au cours de la tenue, tout déplacement s’inscrit comme un trajet sacré. Toute déambulation traverse l’univers. Le pas de celui qui avance est l’arpentage du cosmos avec son corps, mesurant l’échange des mouvements et des énergies des astres, de l’orient à l’occident, du nord au sud, du zénith au nadir. Parcourir la loge, c’est s’ériger aussi en temple en redessinant la projection de la création dans une réalisation à l’échelle humaine. Un seul homme est équivalent à toute la création. Un seul homme est un monde en miniature, écrivait rabbi Nathan au IIe siècle. Et le collège des officiers atteste l’univers dans leur correspondance avec les planètes.
Remarquons que par rapport à la terre, les astres sont itinérants. Le soleil accomplit une ronde dextrocentrique tandis que Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne accomplissent des circuits sénestrogyres. Ainsi dans l’alternance des circuits diurnes dextrogyres et des circuits nocturnes sénestrogyres, dans le ciel de la terre, se modèlent des lacs d’amour dont le tracé fait se succéder des trajets exprimant le faire et le défaire qui ponctuent le devenir de l’homme. S’adapter, s’accommoder, s’acclimater en permanence à toutes choses, aux mouvements comme aux êtres, à travers une évolution- involution, c’est aussi à cette discipline éternelle que nous invitent les symboles du collège des officiers et de tous les symboles binaires.
Il n’y a pas que les officiers, qui, par commandement (les 3 lumières), ou par exécution, participent à cette œuvre de création. Par leurs attitudes rituelles, les FF.et les SS. en leur place, activent leur colonnes; les invocations, les acclamations sont des modes opératoires collectifs qui, en tant que vibrations ou phonèmes, agissent sur les énergies des différents plans, pour transmuer la loge en temple. Le maçon connaît les gestes physiques et mentaux qui ont commencé le temple. Le chantier de chaque tenue est la résultante de l’effort de chacun pour le faire progresser dans son édification, toujours et seulement ébauché par l’élan créateur.
Le Temple de Jérusalem
L’architecture du Temple de Salomon reproduite par la structure de la loge indique surtout les directions symboliques du cosmos ; cosmos, nom donné par Pythagore à l’enveloppe de l’univers en raison de l’organisation qu’on y voit.
La structure orientée, avec son modèle de 6 directions d’espace-temps et un centre se retrouve dans toutes les initiations traditionnelles. Ainsi en est-il des dessins confectionnés par les chamans des Amériques, ainsi en est-il des hexagrammes Yi-king ou des yantras dans l’hindouisme, des mandalas du Grand véhicule du bouddhisme, bien sûr de l’étoile à 6 branches de la kabbale, de certains schémas cosmologiques dans le soufisme. On retrouve évidemment les directions qui symbolisent les étapes manifestées successives de l’être dans les temples, les pyramides d’Égypte et du Mexique, de notre tableau de loge.
Le vénérable est placé à l’Orient pour représenter le soleil levant. Ce lever du soleil n’est pas sans rappeler la description faite par Philon de la prière du matin des thérapeutes (moines juifs répandus en Égypte) : «Les yeux et le corps tout entier tournés vers l’orient, ils guettent le lever du soleil.Dès qu’ils le voient, levant les mains vers le ciel, ils prient pour demander une heureuse journée, pour posséder la vérité et une vue pénétrante dans leurs réflexions.» Que la sagesse illumine nos travaux !
Cette inspiration cosmique ravive en nous, tenue après tenue, la conscience de l’incessante succession des matins et des soirs, d’un temps sacré. Orient, orientation, début de lumière, commencement et recommencement du monde.
La place entre les colonnes, où devraient travailler les App., ne doit pas être perçue comme une vexation, mais au contraire comme la conscience du point géographique initial qui leur offre un parcours orienté dans une géographie sacrée. Comme le disait Jean Mourgues : «en prenant conscience d’un itinéraire, qui concrètement, effectivement, charnellement et spirituellement devrait être celui de tout homme au cours de sa vie, l’initié reçoit sinon l’intelligence totale de son destin, du moins l’image, préfiguration de sa condition et le moyen de la comprendre». Pour que la loge soit une iconographie d’un devenir d’homme, cessons de mettre à l’orient, pour leurs planches, les FF. et SS. qui n’en relèvent pas encore. Entre les colonnes serait plus conforme. De cette manière, un flux descend des mondes plus spirituels vers le jeune maçon. Veillons sur ceux qui sont dans la triade de l’éveil.
La préparation de l’enseignement prend alors une dimension et une valeur différentes. L’étude approfondie de la parole de feu et le travail sur soi seront menés de pair, pour dompter le golem aux yeux clos. Ainsi commencera l’élaboration du noyau de pensée-lumière qui permettra dans le meilleur des cas de survivre à la mort physique.
Chaque tenue ne permet que de préparer la suivante qui poursuit la conduite vers l’initiation, vers l’achèvement du temple, jamais atteint. Chaque tenue est l’indispensable épuration de l’âme avant sa rencontre avec le sacré. La Franc-maçonnerie ne pourra être à l’heure de ce rendez-vous que par un certain nombre d’opérations mentales qui ouvrent les portes des mystères.
Pour l’apprenti les 3 coups de maillet sont le rappel des 3 voyages effectués lors de l’initiation. C’est donc la réactualisation des purifications par l’eau, l’air et le feu. C’est dire ainsi que celui qui n’a pu assister à l’ouverture des travaux et qui vient après, doit opérer symboliquement un accéléré mental qui lui permet de rejoindre l’efficience des travaux commencés. Il le fait par les 3 pas de l’apprenti et les salutations aux 3 lumières qui lui firent éprouver les épreuves purificatrices. Les 3 coups de maillet s’adressent, également, au Maître et l’interrogent sur sa façon de se protéger de la peste émotionnelle qui refuse à l’homme l’espérance de la métamorphose. Il s’agit, alors, par la fonction du rituel d’actualiser sa résistance à la criminalité de sa violence latente, de permettre à Hiram de se réincarner, c’est-à-dire de trouver en chaque Maître maçon le lieu d’une résurgence comme l’or resurgit dans l’athanor.
Ainsi chaque secret, rappelé dans le rituel, confère une clef de significations, chaque son, chaque parole, produisent des résultats puissants qui engendrent des impulsions sur le plan mental et produisent, peut-être, des résultats dans la manifestation astrale ou physique. Chaque tenue est la répétition du rituel. C’est un mantra qui fait passer de la position à la posture, de la posture à l’ordre, de l’ordre à l’harmonie intérieure qui exprime l’harmonie du cosmos. En cela le rituel est le trajet tangible qui permet cette méthode de formation résumée en ces mots si souvent cités : « Sème une pensée et tu moissonneras une action, sème une action et tu récolteras une habitude, sèmes une habitude et tu récolteras un caractère, sème un caractère et tu récolteras un destin ».
Roi Salomon
La destinée d’un franc-maçon est d’atteindre la conscience d’un moi supérieur et ensuite, pour certains, celle de l’esprit divin. Lorsque la forme est prête, lorsque le temple de Salomon a été édifié dans la carrière de la vie personnelle, alors naît la vie du verbe, la forme devient vibrante et le seigneur adombre son temple. Dans le Cantique des cantiques, en 3, 9 et 10 on lit : « Le roi Salomon s’est fait une litière en bois du Liban. Ses colonnes sont d’argent, son dossier d’or, son siège de pourpre ». Comment, alors, demande malicieusement le rabbi, comment peut-on reposer dans une litière de cette sorte ? Eh bien, nous dit-il, la réponse vient aussitôt dans le texte. Il est écrit en effet : «son intérieur a été tapissé d’amour par les filles de Jérusalem». Le temple est bâti de la foi vivante de notre fraternité. Sa construction renouvelée à chaque tenue a pour but la manifestation tangible de notre amour du principe de vie. Pourquoi rechercher l’égrégore ? Une réflexion sur cette question vous est proposée dans l’article La Chaîne d’union, une extase fraternelle ?
Poursuivons au dehors l’œuvre commencée dans le temple ! Il y a un connaître, il y a un aimer. Nous sommes, dit St Jean, entrés de la mort dans la vie quand nous aimons. Le temple Maçonnique est la promesse et la voie de cette résurrection-là. Remplis ton cœur, si grand soit-il, de l’invisible et quand il débordera de félicité, exprime alors les mots que tu voudras, bonheur, acmé, cœur, lumière, vérité, plénitude, complétude, dieu… Je n’ai pas de nom à te proposer, l’amour qui est en soi est tout, le nom n’est que bruit et fumée.
Tout le monde ou presque connait Roboam, ou Rehoboam en anglais, ou encore Rehabam ben Sholmon en hébreu ?
Il fut roi d’Israël puis de Juda. Après la mort de son père Salomon vers -932, il monta sur le trône mais son règne fut marqué par le schisme qui divisa le royaume d’Israël en deux entités rivales: le royaume de Juda au sud, qu’il gouverna, et le royaume d’Israël au nord. Cette division fut, selon les textes bibliques, une conséquence de la volonté divine en réponse à diverses transgressions et à la politique de Roboam.
Il est décrit comme ayant aggravé les charges imposées au peuple, ce qui a conduit à la révolte et au schisme. Son règne sur Juda prit fin en -915. Donc, Roboam, ce n’est pas juste un nom qui élargit le peuple, c’est aussi celui qui a scindé un royaume en deux!
Pour ce qui est du Jéroboam… tout le monde sait que Le jéroboam est une bouteille en verre conçue pour contenir, suivant les régions de production, l’équivalent de quatre, ou bien de six et deux tiers bouteilles de 75 cL (soit 3 L ; ou bien 5 L, proche du réhoboam de 4,5 L). Dans le Bordelais, on nomme jéroboams les bouteilles d’une contenance de cinq litres. En Champagne et en Bourgogne, le jéroboam n’en contient que trois. Dans ce dernier cas, on pourra aussi le nommer double magnum.
Mais saviez-vous que ce nom est lui aussi tiré d’une figure biblique ?
Jeroboam, ou Jéroboam en français, est une figure historique et biblique, connu pour être le premier roi du royaume d’Israël après la division du royaume uni d’Israël. Voici quelques points clés à son sujet:
Origine et Ascension: Jéroboam, fils de Nebath de la tribu d’Éphraïm, fut initialement un officier sous le règne de Salomon. Il fut désigné par le prophète Ahijah pour recevoir dix des douze tribus d’Israël après la mort de Salomon, selon la volonté divine, à cause des péchés de Salomon.
Schisme et Règne: Après la mort de Salomon, Jéroboam retourna d’Égypte, où il s’était réfugié pour échapper à l’exécution par Salomon, pour diriger une délégation demandant à Roboam, le fils de Salomon, de réduire les taxes et les corvées. Lorsque Roboam refusa et menaça même d’imposer des charges plus lourdes, dix tribus se révoltèrent et proclamèrent Jéroboam roi, créant ainsi le royaume du Nord (Israël) distinct du royaume de Juda au sud.
Règne Controversé: Jéroboam est souvent critiqué dans les textes bibliques pour avoir instauré le culte des veaux d’or à Dan et Béthel, une tentative de dissuader ses sujets de se rendre au Temple de Jérusalem et ainsi de renforcer l’indépendance politique et religieuse de son royaume. Cette action est vue comme un acte d’idolâtrie et est considérée comme une cause de la chute de sa dynastie.
Durée du Règne: Selon les sources bibliques, Jéroboam régna de -931 à -910 av. J.-C., bien que les dates exactes puissent varier selon les historiens.
Légacy: Son nom est devenu synonyme de schisme et de division dans l’histoire d’Israël, et il est souvent cité comme un exemple de roi ayant fait « ce qui est mal aux yeux du Seigneur » pour avoir introduit des pratiques religieuses étrangères à la loi mosaïque.
Ainsi, Jéroboam est une figure complexe, vue à la fois comme un leader populaire ayant contesté l’autorité oppressive de Roboam, mais aussi comme un roi ayant conduit son peuple vers l’idolâtrie selon la perspective biblique.
Le week-en dernier, vous avez été installée comme nouveau « Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil Féminin de France », garant et conservateur du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Vous succédez à Michèle Romeo et vous êtes le 6e Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil Féminin de France (2800 membres et 198 Loges). Nous vous souhaitons un mandat placé sous les auspices de l’harmonie. Merci d’accepter de répondre à nos questions :
Catherine Quentin, pouvez-vous vous nous dire ce qui vous a motivé à vous présenter pour la charge de Très Puissant Souverain Grand Commandeur du REAA à la Grande Loge Féminine de France ?
Catherine Quentin : Le Suprême Conseil Féminin de France, garant et conservateur du Rite Ecossais Ancien et Accepté, est juridiquement indépendant de la Grande Loge Féminine de France. Mais toutes les Sœurs de notre Juridiction Ecossaise en sont issues et travaillent dans leur loge symbolique où elles ont un devoir d’assiduité. Le Grand Commandeur tient son mandat du libre choix de ses Sœurs du Suprême Conseil.
Quels sont les principaux défis que vous anticipez dans votre nouvelle charge, et comment envisagez-vous de les aborder ?
Catherine Quentin : Il n’y a pas de défis. Il y a devoir de lucidité, volonté et désir de s’inscrire dans une continuité : poursuivre l’œuvre de structuration de notre Juridiction et veiller à son développement maîtrisé et harmonieux tel qu’il a été voulu il y a 50 ans par nos Aînées. Et avant tout veiller à ce que la spiritualité reste au cœur de nos échanges et de notre vision de l’avenir.
Comment voyez-vous l’évolution du rôle des femmes dans la franc-maçonnerie, et comment votre mandat peut-il influencer cette évolution ?
Catherine Quentin : Nous sommes une Juridiction résolument féminine et forte de ses valeurs. Nous œuvrons à faire rayonner la parole de la femme initiée Ecossaise dans notre environnement maçonnique.
Le REAA est connu pour son symbolisme riche et ses rituels distinctifs. Avez-vous des projets pour moderniser ou approfondir ces aspects durant votre mandat ?
Catherine Quentin : Le Rite Ecossais Ancien et Accepté est notre grammaire commune. Il est garant de notre Tradition initiatique Ecossaise qui a toujours su s’adapter aux avancées scientifiques et technologiques sans avoir besoin de modifier ses contenus.
La Franc-maçonnerie est souvent vue comme un lieu de transmission de la connaissance et de la sagesse. Quelles initiatives comptez-vous mettre en place pour encourager cet aspect ?
Catherine Quentin : Sans parler d’initiatives, les Sœurs du Suprême Conseil et moi-même sommes très attentives à maintenir des liens de proximité entre le Suprême Conseil, les Loges et les Sœurs de notre Juridiction pour faire résonner notre juste note sur cette terre des hommes ; nous avons obligation d’y agir, d’intercéder et de transmettre pour tenter de faire éclore des choses vivables en société, tout en donnant accès à des réalités intangibles, mais inspirantes et vivifiantes.
Comment envisagez-vous de renforcer les liens entre les divers Suprêmes Conseils, particulièrement au niveau international ?
Catherine Quentin : Dans ces temps de profonds bouleversements et de perversion de valeurs qui nous sont chères, il me parait important de renforcer les liens entre les Juridictions Ecossaises pour réfléchir à la Parole qu’il convient de tenir à l’extérieur de nos Temples. Pour ce qui nous concerne, nous œuvrons à conforter l’Alliance des Suprêmes Conseils féminins Ecossais qui regroupe les Suprêmes Conseils féminins de France, de Belgique, du Chili, d’Italie, du Portugal, de la Turquie et du Venezuela (ASCFE).
Face aux difficultés que traverse la GLFF actuellement, le Suprême Conseil peut jouer quel rôle vis-à-vis des Loges dites « Bleu » ?
Catherine Quentin : Les Sœurs de la Juridiction ont obligation d’assiduité et devoir d’exemplarité dans leur loge symbolique.
Le recrutement et la rétention des membres sont souvent des défis pour les loges. Les Grades Perfections sont-ils une solution pour fidéliser les maçonnes qui seraient tentées de démissionner après quelques années de Maîtrise ?
Catherine Quentin : Les grades de perfection ne sont pas une solution. Ils sont une ouverture vers plus de spiritualité pour toutes celles qui travaillent, comprennent et acceptent les changements en profondeur qu’apporte la voie initiatique, avec ses difficultés et ses joies immenses.
En tant que Très Puissant Souverain Grand Commandeur, quelle sera votre approche pour intégrer ou encourager la discussion sur les enjeux contemporains comme le féminisme, l’écologie ou les droits humains au sein de vos rituels ou de vos travaux ?
Catherine Quentin : Le travail que nous faisons dans les Loges de la Juridiction est de nature strictement spirituelle et philosophique, ce qui nous permet de prendre suffisamment de recul pour mieux comprendre et aborder ensuite avec davantage de sagesse et de lucidité les questions qui se posent à notre vie quotidienne, chacune à sa façon.
Pour finir, quelles sont les trois valeurs que vous chercherez particulièrement à incarner et à promouvoir durant votre mandat qui sera de combien d’années d’ailleurs ?
Catherine Quentin : Le mandat du Grand Commandeur du Suprême Conseil Féminin de France est de 7 ans. Spontanément, je crois à la vertu du travail, aux bienfaits de la bienveillance et à une nécessaire loyauté inter pares.
Présentation des Hauts Grades Écossais au Féminin gérés par le Suprême Conseil Féminin de France
La Franc-maçonnerie féminine en France a connu un tournant significatif avec la fondation du Suprême Conseil Féminin de France (SCFF) en 1970. Cette instance dirigeante des hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) a ouvert la voie à une pratique maçonnique féminine complète et autonome.
Histoire et Fondation
Cliquez sur l’image pour retrouver cet article
En 1945, après la Seconde Guerre mondiale, un groupe de sœurs maçonnes, jusqu’alors marginalisées par le Rite d’Adoption, se sont regroupées pour former la Grande Loge Féminine de France (GLFF). En 1958, ces sœurs ont revendiqué leur droit historique à travailler au Rite Écossais Ancien et Accepté, marquant ainsi l’intégration de la franc-maçonnerie féminine dans les obédiences françaises. La vision de Gisèle Faivre, qui avait déjà envisagé la complétion du Rite Écossais par ses ateliers supérieurs en 1947, et le soutien de Marjory C. Debenham, une Anglaise convaincue par l’universalisme maçonnique, ont abouti à la création du Suprême Conseil Féminin de France. Installé à Londres le 19 avril 1970 par le Suprême Conseil Féminin du Royaume-Uni et du Commonwealth, le SCFF a été proclamé le 12 juin 1972, avec Gisèle Faivre comme premier Grand Commandeur.
Structure et Grades
Le SCFF gère les hauts grades du REAA, allant du 4ème au 33ème degré. Cette structure inclut les ateliers supérieurs tels que le Chapitre Rose-Croix, la Loge de Perfection, l’Aréopage, et les degrés ultérieurs jusqu’au 33ème degré. La consécration du Chapitre Rose-Croix le 25 septembre 1965 a marqué une étape cruciale dans la complétion de la pyramide des grades.
Expansion et Coopération Internationale
Le Suprême Conseil Féminin de France est respecté et apprécié par les divers Suprêmes Conseils mixtes et masculins. Outre son expansion nationale, il coopère activement à la formation de nouveaux Suprêmes Conseils Féminins à travers le monde. Des Suprêmes Conseils Féminins ont été établis en Italie, au Portugal, en Espagne, en Grèce, en Pologne, en Afrique, et en Amérique latine, témoignant de l’essor international de la franc-maçonnerie féminine.
Réalisations et Patrimoine
Le SCFF a également contribué à la création de l’Alliance des Suprêmes Conseils Féminins, renforçant ainsi les liens entre les différentes juridictions féminines. La vie de la juridiction française est marquée par des protocoles d’accord et des collaborations avec d’autres obédiences, assurant une unité et une solidarité dans la pratique maçonnique féminine.
Figures Clés
Andrée Buisine en 2000. Cliquez sur la photo pour retrouver l’article de juillet 20243 lors du départ pour l’Orient Éternelle de la Soeur Andrée Buisine.
Des figures emblématiques comme Gisèle Faivre, Andrée Buisine, et Marjory C. Debenham ont joué un rôle crucial dans la fondation et le développement du SCFF. Andrée Buisine, docteur d’État ès Lettres et membre fondateur du SCFF, a publié plusieurs ouvrages sur la franc-maçonnerie féminine et a été décorée de la Légion d’Honneur et des Palmes académiques.En somme, le Suprême Conseil Féminin de France représente une avancée majeure dans la reconnaissance et la pratique de la franc-maçonnerie féminine, offrant une voie complète et autonome pour les sœurs maçonnes à travers le monde. Sa richesse historique, ses réalisations et son expansion internationale font du SCFF un acteur majeur dans le paysage maçonnique contemporain.
Retrouvez l’ouvrage d’Andrée Buisine dont nous avions évoqué la sortie en 2022
Rédigé en 1915, pendant la conflagration de la Première Guerre mondiale, cet article sur les causes et les conséquences tragiques de la guerre est malheureusement toujours d’actualité. Il y a cependant une lueur d’espoir à trouver dans la capacité de la Franc-Maçonnerie à éloigner les hommes de la brutalité de la Guerre et à les conduire vers la divinité de la Fraternité !
Si quelqu’un avait écrit une histoire de la civilisation moderne au printemps dernier, elle aurait été comme un roman. Quel tableau aurait-elle peint des triomphes de l’art et de l’industrie, de la maladie cédant à l’habileté de la science, de l’union intellectuelle des nations, de la marche rapide des idées, de l’annihilation du temps et des distances par l’ingéniosité de l’invention ! Les cités lumineuses de la terre, avec leurs palais d’art et de prière, étaient baignées de soleil.
Des avions exploraient le ciel et des messages sans fil volaient de tous côtés, racontant la gloire de l’homme. Et puis, un lycéen de la lointaine Bosnie tira un coup de pistolet et un voile de nuit barbare antique tomba sur la terre, obscurcissant les cieux. Dieu miséricordieux ! Quelle tragédie ! La plus grande guerre de toutes les longues annales du siècle nouveau ! En un instant, toute trace de civilisation sembla disparaître et les nations bondirent à la gorge des nations, emplissant le monde d’une misère et d’un malheur sans mesure.
Le commerce dépérit, l’art est paralysé, la religion est bafouée et la civilisation semble s’écrouler. Quatre jours de ce conflit suffiraient à creuser le canal de Panama et à le financer. Un mois suffirait à équiper tous les hôpitaux de la planète pour combattre la grande peste blanche. Qui peut penser à la perte de vies humaines, la plus précieuse de toutes les richesses, sans pleurer, en se rappelant la froide loi biologique selon laquelle, si les plus forts tombent, seuls les faibles restent pour engendrer les hommes des temps à venir ?
Quel homme peut jamais espérer trouver les mots pour exprimer la honte, le crime, la pitié de tout cela ? En bavardant sur l’évolution, nous étions emportés par la crête d’un optimisme facile, sans nous rendre compte que nous emportions avec nous les formes inférieures de vie, « les humeurs du tigre et du singe, rouges de dents et de griffes ».
Nous pouvons nous rafraîchir la mémoire en lisant ce passage de la République de Platon, dans lequel un philosophe païen établit les règles de la guerre civilisée, en ces termes : les civils doivent être épargnés, aucune maison ne doit être brûlée, aucune ferme ne doit être dévastée, les morts doivent être enterrés honorablement, aucun trophée de guerre ne doit être placé dans les temples des dieux. Quel reproche fait à la civilisation chrétienne à une époque où les sanctuaires de l’art, de la science et de la piété sont impitoyablement détruits et où les hommes se comportent comme des démons incarnés ! En effet, une page de l’histoire de cette guerre se lit comme un extrait des chroniques de l’enfer, comme en témoignent ces paroles d’un seigneur de guerre à ses hommes :
« Faites souffrir le plus possible, ne laissez aux civils que leurs yeux pour pleurer. La loi de la charité chrétienne n’a aucune influence sur les relations d’une nation à une autre. »
Nous n’avons pas à nous occuper ici des causes immédiates de cette guerre qui bouleverse le monde, si ce n’est pour dire que, quelle que soit la généralisation que nous en ferons, on trouvera autant de faits d’un côté que de l’autre. L’Histoire en débattra pendant des siècles. Toute enquête sur la question de savoir qui a tiré le premier coup de feu revient immédiatement à la question de savoir qui a fabriqué ce fusil et pourquoi ? Qui a détourné la belle énergie constructive de l’humanité vers un gaspillage aussi aveugle et déraisonnable ? Après avoir lu les livres multicolores publiés par les nations, chacune pour sa propre défense, nous pouvons admettre que toutes ont raison dans leurs raisonnements, si nous acceptons leur erreur fondamentale selon laquelle une nation est une chose à part de l’humanité qu’il faut enfermer dans des murs de fer.
Ceux qui cherchent les racines de cette tragédie dans les idées enseignées par les philosophes non philosophes au cours des dix ou vingt dernières années sont plus proches de la vérité. Les idées gouvernent la course. Elles courent comme des rumeurs, elles se cachent dans les lignes tortueuses d’une page imprimée, mais à la fin elles nous poussent à nous battre pour elles. Le matérialisme en philosophie a conduit, naturellement et inévitablement, à un culte de la force brute, mettant l’efficacité scientifique au service de tous les horribles dieux du sport, de la vitesse et de la splendeur.
En offrant de l’encens à la trinité diabolique de Mammon, Mars et le Minotaure, nous sommes devenus si vaniteux de notre progrès matériel et de notre technique scientifique que nous avons oublié que le bien-être humain réside dans la poursuite de la justice et de l’amour fraternel. Avec Neitzsche prêchant l’athéisme dans le style séduisant d’un poète, tandis que Treitschke et Bernhardi exposaient une justification, sinon une religion, de la guerre, il n’est pas étonnant que nous ayons été amenés là où nous en sommes, à un cataclysme incroyable, sauf qu’il existe.
Il ne s’agit pas de dénigrer l’inventivité moderne et ses étonnantes réalisations. Loin de là. Aucun d’entre nous ne ressent le frisson de cet effort extraordinaire, bien que souvent vain et mal dirigé, pour réaliser la vie. Il ne fait aucun doute que nous vivons une époque merveilleuse, romantique dans son évolution. Il ne fait aucun doute non plus que des choses encore plus merveilleuses nous attendent. Mais à quoi sert tout cela – cette « volonté de puissance », cette conquête de la nature – si cela conduit au chaos généralisé d’une guerre mondiale ?
Certes, nous voyageons plus rapidement et recevons des nouvelles plus rapidement, mais, Dieu des rêves, quelles nouvelles de sauvagerie et de massacre ! Non ; nos idéaux sont faux, et avec toutes les souffrances et les ruines déjà engendrées, peut-être que nous comprendrons, et enfin dans nos cœurs, que notre véritable progrès dépend en fait de l’amour sincère de Dieu et de notre prochain. Ce n’est que dans la tragédie, semble-t-il, que l’homme apprendra la plus haute vérité.
Mais si nous voulons découvrir les véritables causes de cette guerre effroyable, nous devons remonter bien loin et nous plonger dans les profondeurs de la nature humaine. L’histoire humaine est saturée de sang et parsemée de larmes. On estime que dans les annales de l’humanité, il n’y a eu que treize années sans guerre sur terre.
« Les hommes ne sont que des garçons devenus grands, les cœurs ne changent pas beaucoup, après tout. Les nations sont ces jeunes gens en pleine croissance, c’est ce qui fait la charge de bataille. »
Ainsi se lit l’histoire des siècles, et nous ne pouvons espérer renverser cet ordre des choses en un jour. L’envie, l’ignorance, la jalousie, l’avidité, la haine, la vengeance, la vanité, la rancœur raciale, l’amour de la lutte, tout cela fait la guerre à la paix. Néanmoins, nous devons refuser d’accepter la guerre comme la condition permanente de la société humaine. L’esclavage était autrefois presque aussi universel que la guerre, sinon aussi ancien, mais il a été banni de la terre. Nous ne pouvons pas regarder très loin dans l’avenir, mais malgré l’horreur d’aujourd’hui – peut-être même à cause d’elle – il y a des raisons d’espérer un temps où la guerre et la menace de la guerre disparaîtront des terreurs de la vie humaine.
Quel sera l’issue de ce gigantesque conflit, aucun mortel ne peut le dire. Il y a cent ans, l’Europe était balayée par des guerres de puissance contre le droit, et pourtant, de cette longue tragédie est née une grande avancée de la civilisation. Il se peut que ce soit le cas, il doit en être ainsi, il en sera ainsi aujourd’hui. Ne vous y trompez pas ; Le droit triomphera, et à mesure que les nations se libéreront du fardeau du militarisme, les arts de la paix prévaudront, l’esprit démocratique se répandra et la civilisation finira par se développer. L’histoire, qui est toujours le remède sûr au pessimisme, offre cet espoir même à ceux, s’il en est, qui ne voient pas au-dessus de son paysage embrouillé et turbulent une puissance plus vaste et plus sage, corrigeant les erreurs de l’homme et « qui, d’apparentes mauvaises, engendrent néanmoins le bien dans une progression infinie ».
Au milieu de tous les doutes, une chose est sûre : les rois peuvent passer, les dynasties peuvent disparaître, mais les peuples d’Europe resteront pour l’essentiel tels qu’ils sont dans leurs frontières historiques. Mais ces peuples meurtris et appauvris ne seront préservés que pour de nouvelles guerres et de nouveaux désastres s’ils ne s’adaptent pas à une manière de penser plus noble et plus vraie. Plus importante que tout le reste est la question, non pas de la carte de l’Europe, mais de la carte de l’esprit humain après la guerre. Les hommes ont bien appris la guerre, la réduisant à un art de destruction, comme le montrent ces grands canons qui parlent comme des tonnerres et ces « flottes aériennes aux prises dans le bleu central », comme l’a prédit Tennyson. Il leur faut maintenant apprendre la paix, ce qui signifie qu’ils doivent commencer par les jeunes et s’y tenir toujours, jusqu’à ce que l’humanité maîtrise le langage plus doux, plus vrai et plus divin de la fraternité.
En fait, nous avons essayé de faire une chose impossible : essayer de fonder un ordre humain sur la base de la force brutale. C’est impossible. Il y a longtemps, la Grèce a construit sa structure artistique et sa vie sur la base de l’esclavage, et elle est tombée. De même, notre civilisation échouera et tombera si elle est construite sur la base de la Force. Après tout, il se peut que cette guerre ait été le résultat inévitable d’une transition de la domination de la Force à la domination du Nombre, et, en fin de compte, à la domination de la Raison et de l’Amour. On est tenté d’espérer que, puisqu’elle devait arriver, elle ne s’arrêtera pas tant que tous les despotismes n’auront pas été balayés, et avec eux tous les privilèges de quelques-uns contre les droits du plus grand nombre ; tant que les hommes partout ne se lèveront pas et ne diront pas qu’ils n’entreront pas en guerre s’ils ne votent pas sur la guerre. Jean, Hans et le mystique Ivan frapperont tôt ou tard, et alors viendra la fin des rois et des empereurs – et si cette guerre précipite ce jour, elle en vaut la peine !
De même que les grandes périodes de l’histoire géologique ont leur origine dans des révolutions prodigieuses, de même les grandes époques nouvelles du monde humain. Nous vivons une telle époque. Manifestement, nous nous trouvons à la fin d’une ère, et les hommes qui viendront après nous s’étonneront que, voyant, nous n’ayons pas vu, et que nous ayons pris l’aube rouge d’un nouveau jour pour une maison en feu. Comme le dirait Napoléon, nous sommes condamnés à quelque chose de grand. Quoi qu’il en soit, l’ordre ancien s’est effondré. Les temps sont infiniment malléables. Il n’y a aucune raison de renoncer à la foi en Dieu ou en l’humanité. Au contraire, ceux qui ont des yeux verront dans cette tempête une tempête qui purifiera l’air des vapeurs pestilentielles et hâtera l’avènement d’un ordre mondial plus noble, grâce au sens corrigé des nations – l’embrasement final d’un incendie provoqué par des tisons qui tomberont, pour être recouverts à jamais de cendres pénitentielles et éteints par des larmes amères.
En attendant, que peut dire la Franc-Maçonnerie, que peut-elle faire, en cette heure de crise mondiale où la race lutte à travers le sang et le feu pour quelque chose de nouveau, se débarrassant de ses mensonges et se retrouvant face à face avec les nécessités éternelles ? Formant une grande société sur le globe entier, rassemblant des hommes sans distinction de race ou de religion, il est incroyable que cet Ordre ancien soit inactif, et encore moins indifférent, en un jour de demande suprême. Dès le début, la Franc-Maçonnerie a été internationale, ne connaissant aucune race slave, aucune race teutonique, mais seulement la race humaine, comme en témoignent ces mots de son Livre des Constitutions – mots qui se détachent comme des étoiles dans la nuit des querelles mondiales :
« Afin de préserver la paix et l’harmonie, aucune querelle ou querelle privée ne doit être portée dans la porte de la Loge, encore moins aucune querelle au sujet des religions ou de la politique nationale ou d’État, nous étant seulement, en tant que Francs-Maçons, de la religion dans laquelle tous les hommes sont d’accord ; et nous sommes également de toutes les Nations, Langues, Familles et Langages, et sommes résolus contre toute Politique comme n’ayant jamais contribué au bien-être de la Loge, et ne le fera jamais.
Tel est le principe sur lequel repose la Franc-Maçonnerie et l’esprit dans lequel elle a œuvré à travers les âges, brisant les barrières de caste et de croyance, de race et de rang, créant un respect, non seulement pour le Divin, mais aussi pour l’Humain – pour l’homme en tant qu’homme, indépendamment de son pays ou de sa langue, pour le droit de chaque homme à être libre de son corps et de son âme et à avoir une place au soleil – et rassemblant les hommes dans un respect mutuel dans une fraternité profonde et de grande portée. Jamais son esprit bienveillant n’a été plus nécessaire qu’aujourd’hui, vivant, comme nous le sommes, dans un monde de luttes fratricides, où chaque énergie de la race semble vouée à la destruction. Hélas, que la vérité de la Fraternité de l’Homme ne soit révélée que dans la tragédie et la terreur, mais si l’épée de Mars poignarde le monde entier pour l’éveiller à ce fait, par l’ampleur même de l’horreur de la guerre, cela vaudra le prix de la souffrance. En vérité, le temps est venu où la franc-maçonnerie doit prendre sa harpe et frapper de toutes ses forces la corde du monde, la frapper magnifiquement et d’un coup prophétique.
L’unité humaine n’est pas le rêve fantaisiste d’un poète, ni la promesse lointaine d’un prophète ; c’est un fait. Les frontières géographiques ne représentent pas et n’ont jamais représenté ni la race ni la puissance nationale. La moralité, l’intelligence, l’efficacité, la fraternité refusent les étiquettes raciales ou politiques. Il n’y a pas de chimie allemande, pas d’astronomie britannique, pas de mathématiques russes. Ce qu’il y a de plus excellent en Russie – ses Tolstoï, ses Kropotkine, ses musiciens, ses peintres et ses millions de travailleurs aux mains dures – n’est pas russe, mais humain. Il en est de même pour l’Allemagne, la France et l’Angleterre. Goethe et Schiller, Koch et Kant sont les compatriotes de Shakespeare et de Darwin, de Hugo et de Pasteur. La République des Lettres et des Sciences est universelle, elle est universelle. c’est seulement notre patriotisme qui est resté à la traîne et qui est devenu « la vertu des esprits étroits » – alors qu’en réalité, il n’est pas réellement ce que Johnson appelait « le dernier recours des fripons ».
Comment pouvons-nous alors justifier notre amour pour notre propre pays face à ceux qui soutiennent que tout patriotisme est provincial, sinon pernicieux ? Seulement de cette façon : chaque nation, chaque race a son propre génie et, par là même, une contribution à apporter et un service à rendre à l’humanité entière. La Judée n’était pas plus grande que l’Iowa, et pourtant elle a donné à la race sa religion la plus élevée et la plus vraie, et l’âme la plus forte et la plus douce que la terre ait connue. La Grèce était un pays minuscule, ceinturé de mers violettes, mais elle a apporté au monde une richesse incommensurable en matière d’art, de théâtre et de philosophie. Il en est de même pour Rome. Et ainsi nous pourrions faire le tour des races et des nations, en demandant à chacune ce qu’elle a ou a à offrir de beauté et de vérité à l’humanité. Pourtant, notre pays a un génie unique, particulier et singulier, et par là même un service à rendre à la vie universelle de l’humanité. Quel est ce service, si ce n’est pour montrer non seulement que « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, ne disparaîtra pas de la surface de la terre », mais qu’il est l’idéal le plus élevé du gouvernement et qu’il contribue au plus grand bonheur de l’homme, aussi bien dans la noblesse privée que dans le bien-être public ? Notre drapeau est l’emblème et la prophétie de ce génie et de ce service, et la loyauté à cet emblème implique le dévouement à ce service. Notre champ d’action est le monde, mais notre sollicitude est notre propre pays – afin qu’il puisse apporter sa contribution unique et inestimable au bien universel. Ainsi, avec le respect qui lui est dû pour les autres nations, par la loyauté envers notre propre drapeau, nous servons au mieux notre race.
Au-dessus de toutes les nations, plus grande que toutes les races, plus importante que toutes les royautés, est l’humanité, et aucune nation ne peut vivre pour elle-même, et encore moins être vraiment grande, sans tenir compte de l’utilité et du bonheur des autres nations. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une transposition du patriotisme, d’une loyauté tribale à une allégeance universelle – un patriotisme mondial, né d’un sens de plus en plus profond de la solidarité humaine, d’une vision large, d’une portée étendue et d’un esprit bienveillant. Dans l’état actuel des choses, le patriotisme consiste trop à aimer sa propre terre et à haïr toutes les autres – un sentiment indigne d’une République où Germains, Saxons, Slaves, Gaulois, Celtes vivent en harmonie, se serrent les coudes dans l’armée industrielle, mangent dans les mêmes récipients et, à un degré surprenant, se prosternent devant le même autel.
Exactement ; et c’est là le génie même de la franc-maçonnerie, sa mission envers l’humanité et l’esprit qu’elle cherche à faire prévaloir. De par sa nature cosmopolite, elle pense en termes d’humanité plutôt qu’en termes de race, de croyance ou de parti. Elle est, comme le définissait l’ancien Manuel allemand, l’activité d’hommes étroitement unis qui, employant des formes symboliques empruntées à l’architecture, œuvrent pour le bien-être de l’humanité, s’efforçant moralement de s’ennoblir eux-mêmes et les autres, et de créer ainsi « une ligue universelle de l’humanité, qu’ils aspirent à montrer, même maintenant, à petite échelle ». Comme le dit Goethe, dans son poème sur « La Loge, »
« Les voies du franc-maçon sont Un type d’existence, et sa persistance est comme les jours des hommes dans ce monde. «
Chaque Loge est un emblème et une prophétie du monde, et il n’y aura pas de paix durable sur terre jusqu’à ce que ce que la Maçonnerie montre à une petite échelle soit réalisé dans le monde entier, et que son esprit de bonne volonté parmi les hommes de tous rangs, races et religions devienne le génie régnant de l’humanité. Il n’y a pas d’autre moyen de sortir de la guerre. Si, au lieu de se réunir à huis clos pour intriguer, les hommes qui ont comploté cette guerre s’étaient rencontrés dans une Loge maçonnique, pas un d’entre eux n’aurait tiré l’épée ! Hélas, des militaristes lilliputiens ont allumé un feu que Gulliver lui-même ne peut éteindre, répandant la mort et la désolation partout – attisant de vieilles querelles, rassemblant des hordes de haines, jusqu’à ce que l’existence même de la civilisation soit menacée.
Qu’en est-il de l’avenir ? Une chose est évidente : si cette tragédie traîne son chemin sanglant jusqu’à sa fin amère, comme cela semble probable maintenant, tous les liens par lesquels l’homme est lié à l’homme dans le monde entier seront nécessaires pour maintenir la race unie ; et la Franc-Maçonnerie est l’un de ces liens. A cette fin, la Franc-Maçonnerie elle-même doit retrouver son ancien accent et son insistance sur les principes universels, et prendre part au recrutement et à la mobilisation d’une grande armée d’hommes de bonne volonté, si nous pouvons ainsi décapiter les nations qui s’entretuent et apporter à cette terre assombrie par les passions la lumière de la raison. La guerre est un gaspillage. C’est une déraison. Elle ne règle rien. C’est une dévolution, pas une évolution. Ce n’est pas la survie du plus fort, mais le sacrifice du meilleur. Le fléau de la longue paix, comme l’a appelé Shakespeare, n’est pas le fléau de la paix, mais du matérialisme. Non ;
« La crête et le couronnement de tout bien, l’étoile finale de la Vie, c’est la Fraternité ; Car elle ramènera sur Terre Sa Poésie et Sa Gaîté perdues depuis longtemps ; Elle enverra une nouvelle lumière sur chaque visage, Un pouvoir royal sur la race. Et jusqu’à ce qu’elle vienne, nous les hommes sommes des esclaves, Et nous descendons vers la poussière des tombes. »
Ce dont ce triste monde a besoin, c’est d’une Ligue de ses « Grands Compagnons Éternels », assez grands d’âme pour regarder par-dessus les barrières raciales, les murs des croyances et les montagnes d’incompréhension, et reconnaître leurs parents dans tous les pays et toutes les langues. Ce sont des hommes qui voient que nous sommes plus en danger face à l’avidité avide et à l’ambition aveugle de la minorité qui gouverne, que nous ne l’avons jamais été, ne le serons jamais et ne le serons jamais face aux grandes masses laborieuses de nos concitoyens dans d’autres pays. Ils voient que la grande habileté des généraux déployée dans la guerre, et sa bonne camaraderie – la sagacité de ses dirigeants, et le courage chantant et plaisant avec lequel la jeunesse européenne marche vers la tombe – sont les qualités mêmes qui, si elles sont consacrées à l’organisation du monde sur une base de paix, feront basculer la terre dans une nouvelle orbite ! Par conséquent :
« Venez, ouvrez la voie, ouvrez la voie : les croyances aveugles et les rois ont fait leur temps. Brisez les branches mortes du chemin : Notre espoir réside dans l’après-coup – Notre espoir réside dans les hommes héroïques, Guidés par les étoiles pour reconstruire le monde, Vers cet événement, les âges ont couru : Faites place à la Fraternité – faites place à l’Homme !