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La Franc-Maçonnerie et la Paix Mondiale

De notre confrère universalfreemasonry.org – Par Joseph Fort Newton

Rédigé en 1915, pendant la conflagration de la Première Guerre mondiale, cet article sur les causes et les conséquences tragiques de la guerre est malheureusement toujours d’actualité. Il y a cependant une lueur d’espoir à trouver dans la capacité de la Franc-Maçonnerie à éloigner les hommes de la brutalité de la Guerre et à les conduire vers la divinité de la Fraternité !

Si quelqu’un avait écrit une histoire de la civilisation moderne au printemps dernier, elle aurait été comme un roman. Quel tableau aurait-elle peint des triomphes de l’art et de l’industrie, de la maladie cédant à l’habileté de la science, de l’union intellectuelle des nations, de la marche rapide des idées, de l’annihilation du temps et des distances par l’ingéniosité de l’invention ! Les cités lumineuses de la terre, avec leurs palais d’art et de prière, étaient baignées de soleil.

Des avions exploraient le ciel et des messages sans fil volaient de tous côtés, racontant la gloire de l’homme. Et puis, un lycéen de la lointaine Bosnie tira un coup de pistolet et un voile de nuit barbare antique tomba sur la terre, obscurcissant les cieux. Dieu miséricordieux ! Quelle tragédie ! La plus grande guerre de toutes les longues annales du siècle nouveau ! En un instant, toute trace de civilisation sembla disparaître et les nations bondirent à la gorge des nations, emplissant le monde d’une misère et d’un malheur sans mesure.

Le commerce dépérit, l’art est paralysé, la religion est bafouée et la civilisation semble s’écrouler. Quatre jours de ce conflit suffiraient à creuser le canal de Panama et à le financer. Un mois suffirait à équiper tous les hôpitaux de la planète pour combattre la grande peste blanche. Qui peut penser à la perte de vies humaines, la plus précieuse de toutes les richesses, sans pleurer, en se rappelant la froide loi biologique selon laquelle, si les plus forts tombent, seuls les faibles restent pour engendrer les hommes des temps à venir ?

Quel homme peut jamais espérer trouver les mots pour exprimer la honte, le crime, la pitié de tout cela ? En bavardant sur l’évolution, nous étions emportés par la crête d’un optimisme facile, sans nous rendre compte que nous emportions avec nous les formes inférieures de vie, « les humeurs du tigre et du singe, rouges de dents et de griffes ».

Nous pouvons nous rafraîchir la mémoire en lisant ce passage de la République de Platon, dans lequel un philosophe païen établit les règles de la guerre civilisée, en ces termes : les civils doivent être épargnés, aucune maison ne doit être brûlée, aucune ferme ne doit être dévastée, les morts doivent être enterrés honorablement, aucun trophée de guerre ne doit être placé dans les temples des dieux. Quel reproche fait à la civilisation chrétienne à une époque où les sanctuaires de l’art, de la science et de la piété sont impitoyablement détruits et où les hommes se comportent comme des démons incarnés ! En effet, une page de l’histoire de cette guerre se lit comme un extrait des chroniques de l’enfer, comme en témoignent ces paroles d’un seigneur de guerre à ses hommes :

« Faites souffrir le plus possible, ne laissez aux civils que leurs yeux pour pleurer. La loi de la charité chrétienne n’a aucune influence sur les relations d’une nation à une autre. »

Nous n’avons pas à nous occuper ici des causes immédiates de cette guerre qui bouleverse le monde, si ce n’est pour dire que, quelle que soit la généralisation que nous en ferons, on trouvera autant de faits d’un côté que de l’autre. L’Histoire en débattra pendant des siècles. Toute enquête sur la question de savoir qui a tiré le premier coup de feu revient immédiatement à la question de savoir qui a fabriqué ce fusil et pourquoi ? Qui a détourné la belle énergie constructive de l’humanité vers un gaspillage aussi aveugle et déraisonnable ? Après avoir lu les livres multicolores publiés par les nations, chacune pour sa propre défense, nous pouvons admettre que toutes ont raison dans leurs raisonnements, si nous acceptons leur erreur fondamentale selon laquelle une nation est une chose à part de l’humanité qu’il faut enfermer dans des murs de fer.

Ceux qui cherchent les racines de cette tragédie dans les idées enseignées par les philosophes non philosophes au cours des dix ou vingt dernières années sont plus proches de la vérité. Les idées gouvernent la course. Elles courent comme des rumeurs, elles se cachent dans les lignes tortueuses d’une page imprimée, mais à la fin elles nous poussent à nous battre pour elles. Le matérialisme en philosophie a conduit, naturellement et inévitablement, à un culte de la force brute, mettant l’efficacité scientifique au service de tous les horribles dieux du sport, de la vitesse et de la splendeur.

En offrant de l’encens à la trinité diabolique de Mammon, Mars et le Minotaure, nous sommes devenus si vaniteux de notre progrès matériel et de notre technique scientifique que nous avons oublié que le bien-être humain réside dans la poursuite de la justice et de l’amour fraternel. Avec Neitzsche prêchant l’athéisme dans le style séduisant d’un poète, tandis que Treitschke et Bernhardi exposaient une justification, sinon une religion, de la guerre, il n’est pas étonnant que nous ayons été amenés là où nous en sommes, à un cataclysme incroyable, sauf qu’il existe.

Il ne s’agit pas de dénigrer l’inventivité moderne et ses étonnantes réalisations. Loin de là. Aucun d’entre nous ne ressent le frisson de cet effort extraordinaire, bien que souvent vain et mal dirigé, pour réaliser la vie. Il ne fait aucun doute que nous vivons une époque merveilleuse, romantique dans son évolution. Il ne fait aucun doute non plus que des choses encore plus merveilleuses nous attendent. Mais à quoi sert tout cela – cette « volonté de puissance », cette conquête de la nature – si cela conduit au chaos généralisé d’une guerre mondiale ?

Certes, nous voyageons plus rapidement et recevons des nouvelles plus rapidement, mais, Dieu des rêves, quelles nouvelles de sauvagerie et de massacre ! Non ; nos idéaux sont faux, et avec toutes les souffrances et les ruines déjà engendrées, peut-être que nous comprendrons, et enfin dans nos cœurs, que notre véritable progrès dépend en fait de l’amour sincère de Dieu et de notre prochain. Ce n’est que dans la tragédie, semble-t-il, que l’homme apprendra la plus haute vérité.

Mais si nous voulons découvrir les véritables causes de cette guerre effroyable, nous devons remonter bien loin et nous plonger dans les profondeurs de la nature humaine. L’histoire humaine est saturée de sang et parsemée de larmes. On estime que dans les annales de l’humanité, il n’y a eu que treize années sans guerre sur terre.

« Les hommes ne sont que des garçons devenus grands, les cœurs ne changent pas beaucoup, après tout. Les nations sont ces jeunes gens en pleine croissance, c’est ce qui fait la charge de bataille. »

Ainsi se lit l’histoire des siècles, et nous ne pouvons espérer renverser cet ordre des choses en un jour. L’envie, l’ignorance, la jalousie, l’avidité, la haine, la vengeance, la vanité, la rancœur raciale, l’amour de la lutte, tout cela fait la guerre à la paix. Néanmoins, nous devons refuser d’accepter la guerre comme la condition permanente de la société humaine. L’esclavage était autrefois presque aussi universel que la guerre, sinon aussi ancien, mais il a été banni de la terre. Nous ne pouvons pas regarder très loin dans l’avenir, mais malgré l’horreur d’aujourd’hui – peut-être même à cause d’elle – il y a des raisons d’espérer un temps où la guerre et la menace de la guerre disparaîtront des terreurs de la vie humaine.

Quel sera l’issue de ce gigantesque conflit, aucun mortel ne peut le dire. Il y a cent ans, l’Europe était balayée par des guerres de puissance contre le droit, et pourtant, de cette longue tragédie est née une grande avancée de la civilisation. Il se peut que ce soit le cas, il doit en être ainsi, il en sera ainsi aujourd’hui. Ne vous y trompez pas ; Le droit triomphera, et à mesure que les nations se libéreront du fardeau du militarisme, les arts de la paix prévaudront, l’esprit démocratique se répandra et la civilisation finira par se développer. L’histoire, qui est toujours le remède sûr au pessimisme, offre cet espoir même à ceux, s’il en est, qui ne voient pas au-dessus de son paysage embrouillé et turbulent une puissance plus vaste et plus sage, corrigeant les erreurs de l’homme et « qui, d’apparentes mauvaises, engendrent néanmoins le bien dans une progression infinie ».

Au milieu de tous les doutes, une chose est sûre : les rois peuvent passer, les dynasties peuvent disparaître, mais les peuples d’Europe resteront pour l’essentiel tels qu’ils sont dans leurs frontières historiques. Mais ces peuples meurtris et appauvris ne seront préservés que pour de nouvelles guerres et de nouveaux désastres s’ils ne s’adaptent pas à une manière de penser plus noble et plus vraie. Plus importante que tout le reste est la question, non pas de la carte de l’Europe, mais de la carte de l’esprit humain après la guerre. Les hommes ont bien appris la guerre, la réduisant à un art de destruction, comme le montrent ces grands canons qui parlent comme des tonnerres et ces « flottes aériennes aux prises dans le bleu central », comme l’a prédit Tennyson. Il leur faut maintenant apprendre la paix, ce qui signifie qu’ils doivent commencer par les jeunes et s’y tenir toujours, jusqu’à ce que l’humanité maîtrise le langage plus doux, plus vrai et plus divin de la fraternité.

En fait, nous avons essayé de faire une chose impossible : essayer de fonder un ordre humain sur la base de la force brutale. C’est impossible. Il y a longtemps, la Grèce a construit sa structure artistique et sa vie sur la base de l’esclavage, et elle est tombée. De même, notre civilisation échouera et tombera si elle est construite sur la base de la Force. Après tout, il se peut que cette guerre ait été le résultat inévitable d’une transition de la domination de la Force à la domination du Nombre, et, en fin de compte, à la domination de la Raison et de l’Amour. On est tenté d’espérer que, puisqu’elle devait arriver, elle ne s’arrêtera pas tant que tous les despotismes n’auront pas été balayés, et avec eux tous les privilèges de quelques-uns contre les droits du plus grand nombre ; tant que les hommes partout ne se lèveront pas et ne diront pas qu’ils n’entreront pas en guerre s’ils ne votent pas sur la guerre. Jean, Hans et le mystique Ivan frapperont tôt ou tard, et alors viendra la fin des rois et des empereurs – et si cette guerre précipite ce jour, elle en vaut la peine !

De même que les grandes périodes de l’histoire géologique ont leur origine dans des révolutions prodigieuses, de même les grandes époques nouvelles du monde humain. Nous vivons une telle époque. Manifestement, nous nous trouvons à la fin d’une ère, et les hommes qui viendront après nous s’étonneront que, voyant, nous n’ayons pas vu, et que nous ayons pris l’aube rouge d’un nouveau jour pour une maison en feu. Comme le dirait Napoléon, nous sommes condamnés à quelque chose de grand. Quoi qu’il en soit, l’ordre ancien s’est effondré. Les temps sont infiniment malléables. Il n’y a aucune raison de renoncer à la foi en Dieu ou en l’humanité. Au contraire, ceux qui ont des yeux verront dans cette tempête une tempête qui purifiera l’air des vapeurs pestilentielles et hâtera l’avènement d’un ordre mondial plus noble, grâce au sens corrigé des nations – l’embrasement final d’un incendie provoqué par des tisons qui tomberont, pour être recouverts à jamais de cendres pénitentielles et éteints par des larmes amères.

En attendant, que peut dire la Franc-Maçonnerie, que peut-elle faire, en cette heure de crise mondiale où la race lutte à travers le sang et le feu pour quelque chose de nouveau, se débarrassant de ses mensonges et se retrouvant face à face avec les nécessités éternelles ? Formant une grande société sur le globe entier, rassemblant des hommes sans distinction de race ou de religion, il est incroyable que cet Ordre ancien soit inactif, et encore moins indifférent, en un jour de demande suprême. Dès le début, la Franc-Maçonnerie a été internationale, ne connaissant aucune race slave, aucune race teutonique, mais seulement la race humaine, comme en témoignent ces mots de son Livre des Constitutions – mots qui se détachent comme des étoiles dans la nuit des querelles mondiales :

« Afin de préserver la paix et l’harmonie, aucune querelle ou querelle privée ne doit être portée dans la porte de la Loge, encore moins aucune querelle au sujet des religions ou de la politique nationale ou d’État, nous étant seulement, en tant que Francs-Maçons, de la religion dans laquelle tous les hommes sont d’accord ; et nous sommes également de toutes les Nations, Langues, Familles et Langages, et sommes résolus contre toute Politique comme n’ayant jamais contribué au bien-être de la Loge, et ne le fera jamais.

Tel est le principe sur lequel repose la Franc-Maçonnerie et l’esprit dans lequel elle a œuvré à travers les âges, brisant les barrières de caste et de croyance, de race et de rang, créant un respect, non seulement pour le Divin, mais aussi pour l’Humain – pour l’homme en tant qu’homme, indépendamment de son pays ou de sa langue, pour le droit de chaque homme à être libre de son corps et de son âme et à avoir une place au soleil – et rassemblant les hommes dans un respect mutuel dans une fraternité profonde et de grande portée. Jamais son esprit bienveillant n’a été plus nécessaire qu’aujourd’hui, vivant, comme nous le sommes, dans un monde de luttes fratricides, où chaque énergie de la race semble vouée à la destruction. Hélas, que la vérité de la Fraternité de l’Homme ne soit révélée que dans la tragédie et la terreur, mais si l’épée de Mars poignarde le monde entier pour l’éveiller à ce fait, par l’ampleur même de l’horreur de la guerre, cela vaudra le prix de la souffrance. En vérité, le temps est venu où la franc-maçonnerie doit prendre sa harpe et frapper de toutes ses forces la corde du monde, la frapper magnifiquement et d’un coup prophétique.

L’unité humaine n’est pas le rêve fantaisiste d’un poète, ni la promesse lointaine d’un prophète ; c’est un fait. Les frontières géographiques ne représentent pas et n’ont jamais représenté ni la race ni la puissance nationale. La moralité, l’intelligence, l’efficacité, la fraternité refusent les étiquettes raciales ou politiques. Il n’y a pas de chimie allemande, pas d’astronomie britannique, pas de mathématiques russes. Ce qu’il y a de plus excellent en Russie – ses Tolstoï, ses Kropotkine, ses musiciens, ses peintres et ses millions de travailleurs aux mains dures – n’est pas russe, mais humain. Il en est de même pour l’Allemagne, la France et l’Angleterre. Goethe et Schiller, Koch et Kant sont les compatriotes de Shakespeare et de Darwin, de Hugo et de Pasteur. La République des Lettres et des Sciences est universelle, elle est universelle. c’est seulement notre patriotisme qui est resté à la traîne et qui est devenu « la vertu des esprits étroits » – alors qu’en réalité, il n’est pas réellement ce que Johnson appelait « le dernier recours des fripons ».

Comment pouvons-nous alors justifier notre amour pour notre propre pays face à ceux qui soutiennent que tout patriotisme est provincial, sinon pernicieux ? Seulement de cette façon : chaque nation, chaque race a son propre génie et, par là même, une contribution à apporter et un service à rendre à l’humanité entière. La Judée n’était pas plus grande que l’Iowa, et pourtant elle a donné à la race sa religion la plus élevée et la plus vraie, et l’âme la plus forte et la plus douce que la terre ait connue. La Grèce était un pays minuscule, ceinturé de mers violettes, mais elle a apporté au monde une richesse incommensurable en matière d’art, de théâtre et de philosophie. Il en est de même pour Rome. Et ainsi nous pourrions faire le tour des races et des nations, en demandant à chacune ce qu’elle a ou a à offrir de beauté et de vérité à l’humanité. Pourtant, notre pays a un génie unique, particulier et singulier, et par là même un service à rendre à la vie universelle de l’humanité. Quel est ce service, si ce n’est pour montrer non seulement que « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, ne disparaîtra pas de la surface de la terre », mais qu’il est l’idéal le plus élevé du gouvernement et qu’il contribue au plus grand bonheur de l’homme, aussi bien dans la noblesse privée que dans le bien-être public ? Notre drapeau est l’emblème et la prophétie de ce génie et de ce service, et la loyauté à cet emblème implique le dévouement à ce service. Notre champ d’action est le monde, mais notre sollicitude est notre propre pays – afin qu’il puisse apporter sa contribution unique et inestimable au bien universel. Ainsi, avec le respect qui lui est dû pour les autres nations, par la loyauté envers notre propre drapeau, nous servons au mieux notre race.

Au-dessus de toutes les nations, plus grande que toutes les races, plus importante que toutes les royautés, est l’humanité, et aucune nation ne peut vivre pour elle-même, et encore moins être vraiment grande, sans tenir compte de l’utilité et du bonheur des autres nations. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une transposition du patriotisme, d’une loyauté tribale à une allégeance universelle – un patriotisme mondial, né d’un sens de plus en plus profond de la solidarité humaine, d’une vision large, d’une portée étendue et d’un esprit bienveillant. Dans l’état actuel des choses, le patriotisme consiste trop à aimer sa propre terre et à haïr toutes les autres – un sentiment indigne d’une République où Germains, Saxons, Slaves, Gaulois, Celtes vivent en harmonie, se serrent les coudes dans l’armée industrielle, mangent dans les mêmes récipients et, à un degré surprenant, se prosternent devant le même autel.

Exactement ; et c’est là le génie même de la franc-maçonnerie, sa mission envers l’humanité et l’esprit qu’elle cherche à faire prévaloir. De par sa nature cosmopolite, elle pense en termes d’humanité plutôt qu’en termes de race, de croyance ou de parti. Elle est, comme le définissait l’ancien Manuel allemand, l’activité d’hommes étroitement unis qui, employant des formes symboliques empruntées à l’architecture, œuvrent pour le bien-être de l’humanité, s’efforçant moralement de s’ennoblir eux-mêmes et les autres, et de créer ainsi « une ligue universelle de l’humanité, qu’ils aspirent à montrer, même maintenant, à petite échelle ». Comme le dit Goethe, dans son poème sur « La Loge, »

« Les voies du franc-maçon sont 
Un type d’existence, 
et sa persistance 
est comme les jours
des hommes dans ce monde. « 

Chaque Loge est un emblème et une prophétie du monde, et il n’y aura pas de paix durable sur terre jusqu’à ce que ce que la Maçonnerie montre à une petite échelle soit réalisé dans le monde entier, et que son esprit de bonne volonté parmi les hommes de tous rangs, races et religions devienne le génie régnant de l’humanité. Il n’y a pas d’autre moyen de sortir de la guerre. Si, au lieu de se réunir à huis clos pour intriguer, les hommes qui ont comploté cette guerre s’étaient rencontrés dans une Loge maçonnique, pas un d’entre eux n’aurait tiré l’épée ! Hélas, des militaristes lilliputiens ont allumé un feu que Gulliver lui-même ne peut éteindre, répandant la mort et la désolation partout – attisant de vieilles querelles, rassemblant des hordes de haines, jusqu’à ce que l’existence même de la civilisation soit menacée.

Qu’en est-il de l’avenir ? Une chose est évidente : si cette tragédie traîne son chemin sanglant jusqu’à sa fin amère, comme cela semble probable maintenant, tous les liens par lesquels l’homme est lié à l’homme dans le monde entier seront nécessaires pour maintenir la race unie ; et la Franc-Maçonnerie est l’un de ces liens. A cette fin, la Franc-Maçonnerie elle-même doit retrouver son ancien accent et son insistance sur les principes universels, et prendre part au recrutement et à la mobilisation d’une grande armée d’hommes de bonne volonté, si nous pouvons ainsi décapiter les nations qui s’entretuent et apporter à cette terre assombrie par les passions la lumière de la raison. La guerre est un gaspillage. C’est une déraison. Elle ne règle rien. C’est une dévolution, pas une évolution. Ce n’est pas la survie du plus fort, mais le sacrifice du meilleur. Le fléau de la longue paix, comme l’a appelé Shakespeare, n’est pas le fléau de la paix, mais du matérialisme. Non ;

« La crête et le couronnement de tout bien,
l’étoile finale de la Vie, c’est la Fraternité ; 
Car elle ramènera sur Terre 
Sa Poésie et Sa Gaîté perdues depuis longtemps ; 
Elle enverra une nouvelle lumière sur chaque visage, 
Un pouvoir royal sur la race.
Et jusqu’à ce qu’elle vienne, nous les hommes sommes des esclaves,
Et nous descendons vers la poussière des tombes. »

Ce dont ce triste monde a besoin, c’est d’une Ligue de ses « Grands Compagnons Éternels », assez grands d’âme pour regarder par-dessus les barrières raciales, les murs des croyances et les montagnes d’incompréhension, et reconnaître leurs parents dans tous les pays et toutes les langues. Ce sont des hommes qui voient que nous sommes plus en danger face à l’avidité avide et à l’ambition aveugle de la minorité qui gouverne, que nous ne l’avons jamais été, ne le serons jamais et ne le serons jamais face aux grandes masses laborieuses de nos concitoyens dans d’autres pays. Ils voient que la grande habileté des généraux déployée dans la guerre, et sa bonne camaraderie – la sagacité de ses dirigeants, et le courage chantant et plaisant avec lequel la jeunesse européenne marche vers la tombe – sont les qualités mêmes qui, si elles sont consacrées à l’organisation du monde sur une base de paix, feront basculer la terre dans une nouvelle orbite ! Par conséquent :

« Venez, ouvrez la voie, ouvrez la voie : 
les croyances aveugles et les rois ont fait leur temps. 
Brisez les branches mortes du chemin :
Notre espoir réside dans l’après-coup –
Notre espoir réside dans les hommes héroïques,
Guidés par les étoiles pour reconstruire le monde, 
Vers cet événement, les âges ont couru :
Faites place à la Fraternité – faites place à l’Homme !

Documentaire : Cathédrales en France – Les secrets des bâtisseurs – Alchimie – Francs-maçons

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De notre confrère @NotreHistoiredoc

L’Ingéniosité Alchimique et Maçonnique Cachée dans la Pierre et le Vitrail

Depuis la nuit des temps, l’humanité a voué un culte solaire à travers ses édifices les plus majestueux. Au Moyen Âge, les cathédrales gothiques, ces dentelles de pierres et de verre, ont atteint l’apogée de cette dévotion. Mais derrière leur splendeur architecturale, se cache-t-il plus que de la dévotion religieuse ? Plongeons dans le documentaire « Cathédrales en France: Les secrets des bâtisseurs – Alchimie – Francs-Maçons », diffusé par MG, pour démêler le mythe de la réalité.

L’Héritage des Bâtisseurs

Selon les rumeurs, les cathédrales seraient non seulement des prouesses architecturales mais aussi des livres de pierre, recelant des secrets alchimiques et maçonniques. Des symboles comme l’équerre et le compas, emblèmes maçonniques, se retrouvent gravés dans la pierre, suggérant une filiation entre les constructeurs de cathédrales et les premiers francs-maçons. Mais attention, chers lecteurs, ne vous laissez pas emporter par les légendes urbaines! Les historiens, comme Jean Gimpel, nous mettent en garde contre une trop grande simplification des liens directs entre maçons médiévaux et francs-maçons modernes. Il semblerait que les francs-maçons aient plutôt puisé leur inspiration dans l’organisation et la symbolique des guildes de constructeurs de l’époque, plutôt que d’être les descendants directs des bâtisseurs de cathédrales.

L’Alchimie Gravée dans la Pierre

L’alchimie, cette science occulte qui cherche à transformer le plomb en or et à trouver l’élixir de longue vie, trouve également sa place dans les cathédrales. Le documentaire explore l’idée que la construction des cathédrales, un processus long et coûteux, aurait été un grand œuvre alchimique. Les vitraux, par exemple, ne sont pas seulement des œuvres d’art mais des textes codés, où la lumière du soleil transforme la matière vitrée en un spectacle de couleurs, symbolisant la transformation alchimique.

Les Secrets des Cathédrales

Le documentaire met en lumière des aspects souvent négligés ou méconnus du grand public, comme les techniques de construction révolutionnaires de l’époque, la symbolique des nombres, et la géométrie sacrée. Les constructeurs n’ont pas seulement bâti des églises, mais des symboles de l’ordre du monde, des représentations de l’univers selon les connaissances de l’époque. Les cathédrales sont, selon certains experts, des machines à enseigner, où chaque pierre, chaque vitrail, chaque gargouille raconte une histoire, transmet un message.

Une Diffusion à Ne Pas Manquer

Pour ceux qui s’intéressent à l’histoire, à l’architecture, ou simplement à l’ésotérisme, « Cathédrales en France: Les secrets des bâtisseurs – Alchimie – Francs-Maçons » est une émission à ne pas manquer. Elle offre un regard nouveau sur ces édifices qui dominent nos villes, nous invitant à voir au-delà de la majesté pour découvrir les secrets qu’ils gardent jalousement.

En conclusion, que vous soyez amateur de mystères historiques, d’architecture ou d’ésotérisme, ce documentaire propose une exploration fascinante de l’âme des cathédrales, révélant comment la quête de l’élévation spirituelle a inspiré la construction de ces monuments éternels. Alors, la prochaine fois que vous passerez devant une cathédrale, souvenez-vous, elle vous raconte peut-être plus que vous ne le pensiez…

Note de l’éditeur: Cet article est inspiré par la fascination commune pour l’ésotérisme et l’architecture médiévale, et se base sur des théories et des hypothèses qui animent les débats parmi les historiens et les passionnés d’histoire. Pour une analyse plus approfondie, le documentaire offre un point de départ captivant pour ceux qui souhaitent explorer ces théories par eux-mêmes.

Initiation et mort du moi en Franc-maçonnerie

De notre confrère italien expartibus.it – Par Pietro Riccio

Nous nous sommes concentrés à plusieurs reprises sur la discussion du chemin initiatique, entendu dans un sens général mais aussi plus strictement intimiste. Nous en avons abordé divers aspects, notamment celui concernant les pressions et attitudes anti-initiatiques. Une perspective que nous n’avons abordée qu’indirectement est la corrélation entre l’initiation, la contre-initiation et l’ego.

Le chemin d’élévation est avant tout un travail sur Soi, ceci dans chaque tradition.

À commencer par ceux de l’Est.

Étudier la Voie du Bouddha, c’est s’étudier soi-même. S’étudier, c’est s’oublier. Et s’oublier, c’est se percevoir comme toutes choses. Réaliser cela, c’est abandonner l’esprit et le corps de soi-même et des autres. Une fois que vous aurez atteint ce stade, vous serez également détaché de l’illumination et agirez en conséquence continuellement, sans y penser.
Eihei Dōgen zenji – Shōbōgenzō – Genjō kōan – La réalisation de l’éveil

Une vision complexe et particulière celle d’Eihei Dōgen, fondateur de l’école bouddhiste zen japonaise Sōtō, qui, en surmontant l’affirmation et le déni, trace le chemin de l’illumination.

Les contraires qui se réconcilient, la thèse et l’antithèse qui se rejoignent dans la synthèse.

Allez au-delà de la manifestation pour redécouvrir l’Un.

Mais surtout, dans cette citation se trouve une première indication pour notre discussion. S’étudier, c’est s’oublier, au point de s’identifier au Tout.

Même sans atteindre l’ascèse ou le mysticisme, jusqu’à la mort de l’ego, cela est considéré, dans pratiquement toutes les traditions, comme un obstacle à la réalisation de soi.

Purifiez-vous des attributs du soi, afin de pouvoir contempler votre propre essence pure.
Rûmî – Méditation

Limiter le soufisme à l’islam pourrait être réducteur.

Les liens avec le christianisme, ou avec la culture populaire, même raffinés, comme celui de Battiato par exemple, sont nombreux.

Ramène-moi vers les hauteurs supérieures Dans l’un de tes royaumes de calme.Il est temps de quitter ce cycle de vies Et ne m’abandonne jamais Ne m’abandonne jamais.
Franco Battiato – L’Ombre de la Lumière

Des vers qui rappellent tellement ceux de Rûmî lui-même.

Ô Lune pour laquelle la voûte céleste est bouleversée !Vous me détruisez et me bouleversez : ne le faites pas !

Où est le pacte, où est le contrat que tu as passé avec moi ?Vous aimeriez violer votre promesse et votre accord : ne le faites pas !

Pourquoi faire des promesses, pourquoi des serments et des sortilèges ? Vous aimeriez violer votre promesse et votre accord : ne le faites pas !

Ô Toi dont la cour est au-delà du néant et de l’être.
En ce moment tu disparais de l’être : ne le fais pas !

Rûmî – Mathnavi

Ou même les Psaumes.

Ne m’abandonne pas, Seigneur, mon Dieu,ne reste pas loin de moi ;viens vite à mon aide,Seigneur, mon salut.
Ps 37,22-23

Et comment ne pas faire référence à Carlos Castaneda ?

Au-delà de toute la discussion fascinante sur le point d’union, qui ne fait pas partie de notre discussion mais que nous aborderons prochainement, la vision qui se dégage des travaux de l’anthropologue péruvien est intéressante.

Trop s’attarder sur soi provoque une fatigue terrible. Un homme dans cet état est sourd et aveugle à tout le reste : c’est la fatigue elle-même qui lui fait ne plus voir les merveilles qui l’entourent.
Carlos Castaneda – La roue du temps

Être trop égocentrique conduit à ne pas accorder la bonne attention à ce qui nous entoure.

Et lorsque vous êtes prêt, vous êtes consumé par un feu intérieur, comme une étincelle originelle vous retournez au Tout, au bec de l’Aigle.

Ils m’ont déjà donné le pouvoir qui régit mon destin, et je ne détiens rien, donc je n’aurai rien à défendre. Je n’ai aucune pensée, donc je peux voir. Je n’ai peur de rien, alors je me souviendrai de moi.Détaché et serein, je passerai devant l’Aigle, vers la Liberté.
Carlos Castaneda – Le cadeau de l’aigle

Nous arrivons à de nouvelles sphères d’existence.

La discussion sur l’Ego concerne évidemment aussi la Franc-Maçonnerie, en tant que voie d’élévation personnelle.

Le premier voyage dans le territoire invite avant tout à se connaître soi-même, ses défauts, ses peurs, sa lâcheté.

Travailler la pierre brute qu’est métaphoriquement chacun de nous, pour tenter d’en adoucir les aspérités, de l’égaliser, de la lisser.

Jusqu’à ce qu’elle devienne une pierre parfaitement équarrie.

Un chemin qui devrait conduire à prendre ses distances avec son ego.

Fierté, présomption, détourner de son chemin.

La présomption est notre plus grand ennemi. Pensez-y : ce qui nous affaiblit, c’est de nous sentir offensés par les actions ou les méfaits de nos pairs. Être présomptueux signifie passer une grande partie de votre vie offensé par quelque chose ou quelqu’un.
Carlos Castaneda – Les enseignements de don Juan

Énergie gaspillée dans la mauvaise direction.

Ceux de la vaine gloire.

Les expériences professionnelles et les listes de postes affichées comme un gage d’élévation, alors que les afficher est le signe du contraire.

Une tristesse qu’elle ne sache pas qui je suis à la sauce anti-initiatique.

Un guerrier n’a pas besoin d’une histoire personnelle. Un jour, il découvre qu’il n’a plus besoin d’elle et l’abandonne.
Carlos Castaneda – La roue du temps

Litanies de J’ai dit, de J’ai fait.

Vous devriez faire les choses parce que vous y croyez, parce que ce que vous voulez est le résultat de vos actions, sans être félicité ou récompensé pour elles.

Les devoirs d’accueil dont nous avons parlé dans un article précédent.

Lorsque vous faites quelque chose, vous devez vous brûler complètement, comme un bon feu de joie, sans laisser de trace de vous-même.
Shunryu Suzuki

Tout comme la connaissance recherchée par l’initié ne peut pas être notionnelle, ni l’exposition d’une érudition vide de sens.

Performance stérile, comme celle d’un paon faisant la roue, dépourvue de Beauté.

Je ne suis pas « co-genre » avec le Souverain, loin de moi. mais je reçois une lumière de Lui dans Sa Manifestation Et comme notre « genre » n’est pas celui du Souverain,notre substance dans Sa Substance s’est annulée.

Et après que notre substance ait été annulée, Il est resté seul !
Sous le sabot de Son cheval je veux être comme poussière
La Poussière est devenue mon âme : ses dernières traces
sont l’Empreinte laissée par Son pied sur cette poussière
Alors deviens poussière, pour avoir cette Empreinte
et tu deviendras un diadème sur la tête des seigneurs du monde !

Rûmî – Mathnavi

L’humilité comme chemin vers le divin.

S’il est vrai que le maçon veut être Dieu, il ne doit pas le faire par orgueil.

Dans un autre article, nous avons cité une histoire de Borges, L’Écriture de Dieu, tirée d’Aleph.

Tzinacàn n’atteint la divinité que lorsqu’il abandonne ses intentions de vengeance.

Jusqu’à ce qu’il se dépouille de l’Ego et atteigne le Tout.

Peut-être devient-on Dieu lorsqu’on est indifférent au pouvoir, parce que le royaume que recherche l’initié n’est pas matériel.

Mon royaume n’est pas de ce monde ;
Jean 18.36

Si vous croyez que Dieu est le Tout, alors c’est l’inquisition comme Tzinacàn.

Que le mystère écrit dans les tigres meure avec moi. Celui qui a entrevu l’univers ne peut penser à un homme, à ses petites joies ou à ses malheurs, même si cet homme est lui. Cet homme l’a fait et maintenant il ne s’en soucie plus. Le sort de cette autre personne ne lui importe pas, son action ne lui importe pas, puisqu’il n’est plus personne. C’est pour ça que je ne prononce pas la formule, c’est pour ça que je laisse les jours m’oublier, allongé dans le noir.
Jorge Luis Borges – L’Aleph

Si Dieu est tout, atteindre la divinité ne signifie pas être un dieu avec d’autres dieux, mais revenir à l’Un.

Les profanes prennent la parole

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Une fois n’est pas coutume…

Je vous propose une immersion dans un mode de réflexion plus simpliste voire peut être plus abordable pour le commun des mortels au risque de passer pour un incompris ou un illuminé pour d’autres.

L’ordre du jour porte sur la réunion annuelle du syndic des copropriétaires de notre immeuble. Nous sommes 4 copropriétaires à nous connaître. En fait il y’a 12 copropriétaires convoqués pour 14 heures. A 14h30 nous sommes 4 qui attendons. Enfin à 14h45 la réunion commence avec seulement ces 4 propriétaires.

Compte-rendu, assemblée générale, vote, quitus, l’affaire est dans le sac à 16h30 !

« Parfois les réunions expéditives ont du bon! »

Cette tranche de vie que je viens de passer, c ’est un dépaysement total avec une tenue et nous sommes nombreux à être confrontés à ce type de réunion quelques fois plus marquée « type associatif ».

J’ai envie de dire que je retrouve dans ces moments moins intenses que dans nos échanges maçonniques une sorte de détente jubilatoire, je me repose en quelque sorte.

Peut-être sommes-nous habitués avec nos tenues à plus de rituels, plus de rigueur, plus d’intensité qui mène vers la réflexion. Peut-être aussi est-ce une déformation qui nous pousse à voir et envisager le monde profane avec notre regard. Notre vie est cependant intimement liée au monde profane, nous le savons et nous le vivons.

J’enfonce des portes ouvertes me direz-vous, mais en même temps, il ne faut il pas perdre la main…

Et qu’en est-il du côté du Grand René dans sa vidéo ? :

Tous les corps de métier étaient (très) bien représentés !

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 (Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

N’allez pas croire que, quand on leur parle de Notre-Dame, tous les francs-maçons, comme un seul homme, se mettent à sonner le tocsin ! Il y en a, certes, à qui la cathédrale file le bourdon mais c’est plutôt qu’ils sont allergiques à sa prélature. Pour le reste – et, je l’espère, pour le plus grand nombre –, l’église, même désertée, a encore sa place au milieu du village : les querelles d’autrefois sont enterrées.

La messe est dite ! Les chrétiens, catholiques et protestants confondus – les premiers ayant depuis longtemps majoritairement rattrapé les seconds –, sont de bons républicains, zélés défenseurs de la laïcité. Certes, vous trouverez des exceptions. Elles sont plutôt marquées à droite et, quand je dis à droite, je devrais préciser : « très à droite ».

À l’instar de ces complotistes[1], qui regroupent tout un pan des énervés de notre époque, qui voient la main du diable dans la restauration de ce haut édifice du culte. Pour preuve, le pavement du sol en damier… restauré exactement comme il était à l’origine ! Il faut dire que la franc-maçonnerie qui aide ses adeptes à réfléchir à partir d’éléments symboliques puisés dans leur culture prête généreusement le flanc à la critique.

Tenez, par exemple, ceux qui auront vu l’exposition : « Le chantier de Notre-Dame de Paris et ses métiers », qui déployait ses planches de bande dessinée en grand format le long des palissades du chantier, rue du Cloître Notre-Dame[2] – pour peu qu’ils aient été instruits de quelques « secrets maçonniques » des plus répandus… – ceux-là n’auront pas manqué d’y relever cette formule bien sentie qui, au moins pour partie, leur était familière : « Demandez, et vous recevrez ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. » Faudrait-il, alors, que les chrétiens renonçassent à citer l’évangile de Matthieu en 7:7-12, pour éviter toute confusion avec ces imposteurs maléfiques qui s’en inspirent, au sein de leurs confréries de libres penseurs ? Je le dis, à dessein, avec une ironie passablement grinçante car la réalité est plus glaçante encore : la condamnation de la franc-maçonnerie, moult fois répétée de siècle en siècle, par l’Église catholique, apostolique et romaine[3] n’a-t-elle pas donné libre cours à de stupides aveuglements voire à des débordements nauséeux ?

Or, mes bons amis, la franc-maçonnerie ne cesse de rendre de fiers services aux églises, en jetant des ponts[4] avec les préceptes de sagesse qu’elles enseignent… à défaut de toujours les suivre (pas plus, d’ailleurs, que les francs-maçons ne se montrent dignes de leurs principes, en toutes circonstances). En se livrant à des exégèses symboliques, ces derniers, en quelque sorte, « y ajoutent foi », à ceci près qu’ils ne la présupposent pas… et qu’il est loisible à chacun de s’en rapporter, en son for intérieur, aux croyances et aux convictions qui lui appartiennent et ce, en ayant soin de ne point blesser la sensibilité d’autrui ni de briser l’harmonie de tous. S’ils restent dans les limites prescrites en s’exprimant en loge, ils ne s’interdisent pas, dans leurs sentiments intimes, d’aller… « au-delà ». (C’est toute l’importance de la laïcité, soit dit entre parenthèses mais en y insistant tout de même un peu, tant la nécessité d’une sphère privée semble de plus en plus échapper aux exigences de la vie collective… avec les funestes conséquences que l’on déplore déjà et toutes celles que, malheureusement, l’on peut entrevoir !)

Les francs-maçons qui cultivent, « par construction », le vivre-ensemble (ce mélange de coexistence et de convivialité) cherchent à définir des voies communes à partir de ressentis et de raisonnements divers. Pour autant et sauf exceptions, ils n’ont pas un goût immodéré à se perdre en nuances infinies. En revanche, dans leur ensemble, ils mettent une obstination inébranlable à obtenir des équilibres subtils.

Équilibres subtils, comme ceux de la Rose Sud et de la Rosace occidentale (au-dessus de l’orgue), symboles de la Vierge mais aussi de la Création dans sa totalité, métaphores de l’amour divin et de la victoire sur la mort, dans un complexe entrecroisement de droites et de courbes et un entremêlement de couleurs qui, selon les siècles, ont varié dans leurs dominantes et leurs symboliques. Rosaces qui concentrent en leur cœur les effets du tracé régulateur de la cathédrale, en ce qu’il opère, dans son jeu multiple et permanent de proportions et de correspondances, une osmose entre l’homme, le temple et le sacré[5].

Revenons-en à nos moutons… ou plutôt à nos « loups », comme on voudra et comme on dit : « il y a un loup ! » Posons-nous tout à trac la question, à la façon de Jacques Chancel[6] : « Et la franc-maçonnerie dans tout ça ? »

Eh bien, tout d’abord, il ne faudrait pas confondre franc-maçonnerie et compagnonnage. S’il existe des similitudes, le compagnonnage n’est pas l’ancêtre de la franc-maçonnerie[7]. Ce sont des voies distinctes. Certains symboles sont, toutefois, utilisés concurremment ; c’est pourquoi on peut les trouver représentés ou sculptés dans des ornements ou des fresques. La franc-maçonnerie spéculative ne datant tout au plus que de 1717, on ne peut guère en faire remonter l’influence à des siècles bien plus reculés. En revanche, cette fraternité opérative qu’est le compagnonnage n’a cessé d’œuvrer sur les chantiers, dès le Moyen-Âge. Il n’y a rien d’obscur ni d’anormal à en retrouver trace.

Aussi bien, au risque d’une expression d’un assez mauvais goût, au sujet d’une cathédrale considérée comme une demeure du Christ, je n’hésiterai pas à enfoncer le clou, en observant avec humour que tous les compagnons, les artistes et les ingénieurs qui ont contribué au chantier qui vient de s’achever étaient loin d’être tous maçons : tous les corps de métier étaient (très) bien représentés !


[1] Ils ont défrayé la chronique, comme ils le font assez ridiculement voire dangereusement sur maint sujet. Pour une illustration sur celui-ci, cliquer ici.

[2] Pour se rendre sur le site dédié, cliquer ici.

Pour une vue complète de l’ampleur de ce chantier et des talents qu’il a fallu réunir et coordonner (80 métiers différents, 2000 personnes et 250 entreprises pour 6000 m² à restaurer), on pourra lire avec fruit, tout en admirant plus de deux cents photographies : Mathieu Lours, Rebâtir Notre-Dame de Paris : Le livre officiel de la restauration, Tallandier, nov. 2024, 24×32, 304 p., 49,90 €.

On trouvera, par ailleurs, la liste des articles que ce Journal a consacrés à Notre-Dame de Paris sur cette page.

Dans la même perspective, vous pouvez aussi écouter ou télécharger le fichier audio de l’émission de la Grande Loge de France, du 15 décembre 2024, génériquement intitulée : « Divers aspects de la pensée contemporaine », où Clément Ledoux s’entretenait, sur France Culture, avec Maryvonne de Saint-Pulgent, ancienne directrice du Patrimoine, auteur de La Gloire de Notre-Dame : La foi et le pouvoir, Gallimard (coll. : Bibliothèque des Histoires), mars 2024,  448 p., 86 ill., relié,  32 € (Prix Victor Hugo 2024).

[3] On lira avec fruit la sobre et brillante synthèse que fait de cette question le R.P. Jérôme Rousse-Lacordaire, o.p., en cliquant ici.

[4] Petit clin d’œil malicieux à la notion de pontife que l’on retrouve dans le Souverain pontife (Summus pontifex : pontife suprême), titre réservé au Pape, signifiant, selon l’étymologie la plus couramment reçue, « celui qui fait le pont [entre Dieu et les hommes] », au sens où le suffixe -fex (« qui fait ») est accolé à pons (« chemin, pont ») ; mais certains interprètent plus modestement ce terme comme désignant un « guide », c’est-à-dire « celui qui montre le chemin ».

[5] Je tiens à rendre ici hommage à mon Frère François Jeantelot pour sa planche précise et lumineuse, intitulée : « 8 décembre », qu’il a lue en loge, le 5 de ce mois. Même si cet édito en restitue assez peu les apports, c’est elle qui, plus que l’actualité elle-même, en a déterminé le thème.

[6] Jacques Chancel, dont la voix historique s’est éteinte le 22 décembre 2014, il y a dix ans déjà, anima, sur France Inter, du 5 octobre 1968 jusqu’en 1982, puis de 1988 au 5 janvier 1990, une émission d’une heure, intitulée : « Radioscopie », où il recevait le plus souvent un seul invité connu du grand public à un titre ou à un autre. Il produisit ainsi 2 878 émissions totalisant 3 600 invités. Il resta célèbre pour une question culte… qu’il ne posa, cependant, qu’une seule fois, le 8 février 1978, mais c’était à Georges Marchais, alors secrétaire général du Parti communiste français, et d’une façon aussi lapidaire qu’inattendue : « Et Dieu dans tout ça ? » S’il a pu y avoir quelque moquerie, de la part de certains, dans ce souvenir si souvent ressassé, je n’en reprends ici la tournure qu’avec amusement, confessant mon immense admiration pour cet immense « confesseur des ondes ».

[7] Pour mieux comprendre la spécificité du compagnonnage, je vous incite à écouter ou à réécouter, grâce au lien cliquable sur son titre, cette fort intéressante émission datant de 1992 :« Parole de compagnon », reprogrammée, la dernière fois, sur France Culture, le 2 août 2024. 

Evolution spirituelle de la Franc-maçonnerie à travers les siècles

Les prémices au XVIème siècle

Au XVIe siècle, la Franc-maçonnerie telle qu’elle est connue aujourd’hui n’existait pas encore, mais certains éléments et symboles qui allaient devenir importants dans la Franc-maçonnerie ultérieure commençaient à émerger. À cette époque, les guildes de bâtisseurs étaient très actives en Europe, et de nombreux artisans et architectes travaillaient ensemble pour construire des édifices religieux et laïques.

Les symboles de la construction et de la géométrie étaient déjà très importants dans ces guildes, car la construction était considérée comme une entreprise sacrée et spirituelle. Les maîtres artisans utilisaient des symboles tels que la règle, l’équerre, le compas et le niveau pour représenter l’harmonie et la perfection de la création divine.

Au XVIe siècle, un certain nombre de textes maçonniques ont été écrits, qui ont contribué à la formation de la tradition maçonnique ultérieure. Par exemple, le manuscrit Regius, écrit en anglais vers 1390, décrit les règles et les pratiques de la guilde des maçons et mentionne également l’importance de l’apprentissage, de la charité et de la fraternité.
Le manuscrit Cooke, écrit en anglais vers 1450, présente également des règles pour les maçons et inclut des instructions sur la façon de devenir apprenti, compagnon et maître maçon.

Les symboles de la construction et de la géométrie qui allaient devenir importants dans la Franc-maçonnerie ultérieure étaient déjà en usage. Les textes maçonniques de cette période ont posé les bases de la tradition maçonnique, qui a continué à se développer et à évoluer au fil des siècles.

Au XVIIème siècle

Au XVIIe siècle, la Franc-maçonnerie était encore en train de se développer et les symboles maçonniques étaient en train d’être élaborés et codifiés. Les symboles maçonniques de cette époque étaient encore très influencés par la métaphore de la construction, mais leur signification était un peu différente de celle des siècles ultérieurs.

Par exemple, le compas et l’équerre étaient déjà des symboles importants, mais ils étaient souvent interprétés comme représentant la dualité de l’être humain, avec le compas symbolisant l’esprit et l’équerre symbolisant le corps. La pierre brute était un symbole important, représentant l’être humain avant sa transformation spirituelle, tandis que la pierre taillée symbolisait l’être humain après sa transformation. Le fil à plomb symbolisait la rectitude morale et la justesse, mais il était également associé à l’idée de la mort, car il était utilisé pour mesurer la profondeur d’une tombe.

Bijou du 1e Surveillant
Bijou du 1e Surveillant

Le niveau était également un symbole important, mais il avait une signification légèrement différente de celle de la Franc-maçonnerie ultérieure. Au XVIIe siècle, le niveau symbolisait l’idée que tous les êtres humains sont égaux devant Dieu, peu importe leur statut social. Cette interprétation était influencée par les idéaux religieux de l’époque, qui valorisaient l’égalité devant Dieu.

En somme, les symboles maçonniques du XVIIe siècle étaient encore en train d’être élaborés et leur signification était influencée par les idéaux religieux et métaphysiques de l’époque. Cependant, ils ont jeté les bases pour les symboles maçonniques ultérieurs et ont aidé à façonner la compréhension de la Franc-maçonnerie comme un chemin vers l’édification morale et spirituelle.

Au XVIIIème siècle

Bijou du 2e Surveillant
Bijou du 2e Surveillant

Pendant le siècle des Lumières, la Franc-maçonnerie était associée à la diffusion des idées rationnelles, humanistes et égalitaires. Les symboles maçonniques ont donc été interprétés dans ce contexte, avec un accent sur la raison, la liberté, l’égalité et la fraternité.

Par exemple, le compas et l’équerre ont été interprétés comme symbolisant l’égalité entre les êtres humains, ainsi que l’équilibre entre la raison et les passions. Le niveau a été compris comme représentant l’idée que tous les êtres humains sont égaux, peu importe leur statut social. Le fil à plomb a été interprété comme symbolisant la raison et la lucidité, qui permettent de juger objectivement de la conduite humaine.

Dans l’ensemble, la Franc-maçonnerie du XVIIIe siècle a utilisé les mêmes symboles que la Franc-maçonnerie de la période médiévale, mais leur signification a été interprétée de manière plus rationnelle et humaniste, en accord avec les idéaux des Lumières.

Au XIXème siècle

Au cours du XIXe siècle, la Franc-maçonnerie a connu un essor important dans de nombreux pays d’Europe et des Amériques, ainsi que dans d’autres régions du monde. Les symboles maçonniques ont donc été interprétés de différentes manières en fonction des contextes locaux.

Dans certains pays, comme la France, la Franc-maçonnerie a été associée à des mouvements politiques libéraux et républicains. Les symboles maçonniques ont donc été interprétés dans ce contexte, avec un accent sur la liberté, l’égalité et la fraternité. Le compas et l’équerre ont ainsi été compris comme symbolisant l’équilibre et la mesure dans la vie politique, tandis que le niveau a été interprété comme représentant l’idée d’une société égalitaire.

Dans d’autres pays, comme les États-Unis, la Franc-maçonnerie a été associée à des mouvements sociaux et culturels plus larges, tels que le mouvement pour l’abolition de l’esclavage et le mouvement pour les droits des femmes. Les symboles maçonniques ont donc été interprétés dans ce contexte, avec un accent sur l’émancipation et l’égalité. Le compas et l’équerre ont ainsi été compris comme symbolisant l’idée de la liberté individuelle, tandis que le niveau a été interprété comme représentant l’idée d’une société égalitaire et juste.

Dans l’ensemble, les symboles maçonniques ont été interprétés de différentes manières en fonction des contextes locaux, mais ils ont tous contribué à façonner la compréhension de la Franc-maçonnerie comme un chemin vers l’édification morale et spirituelle.

Au XXème siècle

Dans les premières décennies du XXe siècle, la Franc-maçonnerie a été associée à des mouvements pour la paix mondiale et la coopération internationale, en particulier après la Première Guerre mondiale. Les symboles maçonniques ont été interprétés dans ce contexte, avec un accent sur l’harmonie, la fraternité et la collaboration entre les peuples et les nations. Le compas et l’équerre ont ainsi été compris comme symbolisant l’idée de la paix et de la coopération, tandis que le niveau a été interprété comme représentant l’idée d’une société où les différences sont nivelées pour favoriser l’unité.

Dans les années 1960 et 1970, la Franc-maçonnerie a été associée à des mouvements pour les droits civils, la justice sociale et l’égalité. Les symboles maçonniques ont été interprétés dans ce contexte, avec un accent sur l’émancipation, la liberté et l’égalité. Le compas et l’équerre ont ainsi été compris comme symbolisant l’idée de l’émancipation individuelle, tandis que le niveau a été interprété comme représentant l’idée d’une société juste et égalitaire.

Dans les dernières décennies du XXe siècle, la Franc-maçonnerie a été confrontée à des défis tels que la montée du fondamentalisme religieux, la globalisation et les changements sociaux rapides. Les symboles maçonniques ont été interprétés dans ce contexte, avec un accent sur l’ouverture d’esprit, l’adaptation et la tolérance. Le compas et l’équerre ont ainsi été compris comme symbolisant l’idée de la recherche de la vérité, tandis que le niveau a été interprété comme représentant l’idée d’une société qui tolère et accepte la diversité.

Dans l’ensemble, la Franc-maçonnerie du XXe siècle a continué d’utiliser les mêmes symboles que dans les siècles précédents, mais leur signification a été adaptée pour refléter les changements sociaux, politiques et culturels de l’époque. Les symboles maçonniques ont ainsi été interprétés de différentes manières en fonction des contextes locaux, mais ils ont tous contribué à façonner la compréhension de la Franc-maçonnerie comme un chemin vers l’édification morale et spirituelle.

Au XXIème siècle

Dans les premières décennies du 21ème siècle, la Franc-maçonnerie a été confrontée à des défis tels que l’individualisme, la fragmentation sociale et la crise des valeurs. Les symboles maçonniques ont été interprétés dans ce contexte, avec un accent sur la recherche de la vérité, la solidarité et l’ouverture d’esprit. Le compas et l’équerre ont ainsi été compris comme symbolisant l’idée de l’équilibre entre la raison et la foi, tandis que le niveau a été interprété comme représentant l’idée d’une société qui encourage l’égalité et la fraternité.

Dans le même temps, la Franc-maçonnerie a continué à être associée à des mouvements pour la justice sociale, l’égalité des sexes, les droits LGBT et la lutte contre le racisme et la discrimination. Les symboles maçonniques ont été interprétés dans ce contexte, avec un accent sur l’émancipation, la liberté et l’égalité. Le compas et l’équerre ont ainsi été compris comme symbolisant l’idée de la liberté de pensée, tandis que le niveau a été interprété comme représentant l’idée d’une société juste et égalitaire.

Dans l’ensemble, la Franc-maçonnerie du 21ème siècle continue de promouvoir les mêmes principes de fraternité, de solidarité et de recherche de la vérité que dans les siècles précédents, tout en adaptant leur signification pour répondre aux défis de notre temps. Les symboles maçonniques continuent de jouer un rôle important dans la construction de l’Homme et dans la promotion d’une société plus juste et plus équilibrée.

En résumé, la Franc-maçonnerie a continué d’utiliser les mêmes symboles et principes depuis sa création, mais leur signification a été adaptée pour refléter les changements sociaux, politiques et culturels de l’époque.

ITALIE : Marchés publics et franc-maçonnerie, l’acquittement de l’architecte Diamante Francesco Arcuri confirmé en appel

De notre confrère italien lacnews24.it

Les accusations de délit d’association de malfaiteurs et de violation de la loi Anselmi avaient déjà été abandonnées lors des phases précédentes de la procédure, le litige sur la formation de fausses signatures restait entier.

Le procès appelé « Marchés publics et Franc-maçonnerie » contre l’architecte Francesco Arcuri di Diamante, défendu par l’avocat Francesco Liserre, s’est terminé devant la Cour d’appel de Catanzaro, avec la confirmation de la sentence d’acquittement car le fait n’existe pas.

Le juge d’instruction de Paola, suite à la définition de l’affaire judiciaire sous forme de procédure abrégée, avait déjà acquitté l’accusé parce que le fait n’existait pas. Depuis les enquêtes préliminaires, les premières hypothèses de crime avaient été abandonnées contre Arcuri : association de malfaiteurs, violation de la loi Anselmi (franc-maçonnerie déviante ) et trucage des enchères. La seule plainte restante était la création de fausses signatures , en collaboration avec d’autres prévenus et au détriment du maire de Belvédère de l’époque. Maintenant, l’acquittement est arrivé en appel. 

Solon, le sage législateur et le rêve démocratique maçonnique

« Les hommes ne peuvent rien recevoir de plus bénéfique qu’un bon jugement et un esprit sage. »

Sophocle

Le Berceau de la Pensée et de la Démocratie : Athènes, le berceau de la philosophie occidentale, nous a légué des penseurs dont l’influence dépasse de loin leur époque. Parmi eux, Solon, né vers 638 av. J.-C. sur l’île de Salamine et décédé à Chypre en 558 av. J.-C., se distingue non seulement comme un poète lyrique, mais surtout comme un architecte de la démocratie athénienne.

Franck II Francken (manière de), Crésus montrant ses trésors à Solon, huile sur panneau de bois, XVIIe siècle, Avignon, Musée Calvet.

Solon : Législateur, Poète, et Sage : Solon, issu d’une lignée noble, était un homme de grande sagesse, courage et intégrité. Sa maxime, « La modération est bonne en tout », encapsule son approche modérée et équilibrée à la législation, visant toujours le bien commun. Il a mis fin à l’esclavage pour dettes avec la loi de la Sysactia, réformé le système politique pour inclure une forme de participation citoyenne, et instauré des principes moraux qui résonnent encore aujourd’hui.

La Philosophie en Action : Solon incarnait la philosophie comme « la pensée en action. » Il n’était pas seulement un théoricien mais un acteur de la vie publique, un poète dont les mots étaient destinés à inspirer et guider. Sa méthode rappelle celle des francs-maçons, qui cherchent à appliquer la sagesse dans la réalité quotidienne de la vie.

Solon et la Franc-maçonnerie : Des Parallèles Éclatants

  • La Raison et la Loi : Comme Solon, la franc-maçonnerie prône l’usage de la raison pour gouverner, non le cœur ou la passion. Les lois maçonniques, bien que symboliques, sont conçues pour promouvoir la justice et l’équité parmi ses membres.
  • L’Eunomie : Ce concept de « bonne législation » de Solon se retrouve dans l’idéal maçonnique de créer un ordre social basé sur la vertu, la justice et l’égalité, loin de la corruption.
  • La Morale et le Bien Commun : Les conseils de vie de Solon, comme « Considérer la probité plus fidèle que le serment » ou « Prenez la raison pour guide », ressemblent aux enseignements maçonniques qui encouragent l’amélioration personnelle et sociale pour le bien-être collectif.

Des Lois Transcendantes et Terrestres : Solon a navigué entre les lois divines et humaines, cherchant à harmoniser les deux pour le bénéfice de la société. De même, la franc-maçonnerie explore les grandes questions morales et éthiques, cherchant à approfondir la compréhension humaine de la justice et de la vérité, tout en respectant les lois civiles.

Le Pouvoir et la Modération : Pour Solon, le pouvoir administré avec sagesse et modération est la clé pour résoudre les problèmes sociétaux. Cet idéal est au cœur de la franc-maçonnerie, qui s’efforce de cultiver des leaders moraux capables de guider avec équité et discernement.

Solon reste un phare pour ceux qui aspirent à une société juste et équilibrée. Sa vision de la démocratie, son engagement pour la modération, et son utilisation de la poésie pour enseigner la morale font de lui un précurseur des principes maçonniques. Dans les loges, son esprit vit à travers chaque discussion sur la justice, chaque action visant l’amélioration de l’homme et de la société, et chaque effort pour comprendre et appliquer le savoir ancien dans le monde moderne. Solon nous rappelle que la vraie sagesse se manifeste dans l’action, et que la poursuite de la connaissance est un voyage éternel, une quête que les francs-maçons continuent d’embrasser avec enthousiasme et humilité.

La Philosophie de Solon dans le Monde Maçonnique

  • L’apprentissage de la tempérance : Solon prônait la tempérance, une vertu centrale dans la franc-maçonnerie. Les francs-maçons travaillent à maîtriser leurs passions pour mieux servir la fraternité et la société, reflétant ainsi l’idéal de modération de Solon.
  • Le dialogue et l’auto-réflexion : Solon utilisait sa poésie pour encourager la réflexion sur les actions personnelles et collectives. Dans la franc-maçonnerie, le dialogue est un outil clé pour le développement personnel et spirituel, similaire à la manière dont Solon engageait ses contemporains dans la réflexion citoyenne.

L’Influence de Solon sur la Franc-maçonnerie

  • La quête de la connaissance : Solon était un autodidacte, un trait que l’on pourrait comparer à l’esprit de recherche perpétuelle des francs-maçons. Les loges maçonniques sont des lieux où l’apprentissage et la croissance personnelle sont encouragés, rappelant la curiosité intellectuelle de Solon.
  • Le service au bien commun : Solon a légiféré pour le bien commun, un principe fondamental dans la franc-maçonnerie où chaque membre est incité à contribuer au bien-être de la communauté à travers des actions charitables et le développement de la moralité.

Solon et les lois : Un paradigme maçonnique

  • La législation morale : Les enseignements de Solon sur la moralité publique et privée résonnent avec les obligations maçonniques de vivre selon des principes éthiques stricts. Les « lois » maçonniques ne sont pas juridiques mais morales, visant à façonner des individus intègres.
  • L’abolition de l’injustice : Solon a aboli des pratiques injustes comme l’esclavage pour dettes, un acte qui reflète le désir maçonnique de corriger les injustices sociales et de promouvoir l’égalité parmi les hommes.

L’Écho des Temps Anciens dans les Temps Modernes : Solon nous enseigne que même dans un monde où le pouvoir et les désirs menacent la paix, la sagesse et la législation judicieuse peuvent apporter l’ordre et la prospérité. Les francs-maçons, inspirés par ces antiques leçons, continuent à travailler dans l’ombre, non pour le pouvoir, mais pour la lumière de la connaissance et la justice.

La connexion avec la spiritualité maçonnique

  • Les lois transcendantes : La franc-maçonnerie explore les lois universelles et spirituelles qui dépassent les lois humaines, cherchant une harmonie entre le divin et le terrestre, un reflet des efforts de Solon pour intégrer les principes moraux dans la législation.
  • L’héritage maçonnique : Solon, bien qu’il n’ait pas été franc-maçon, incarne l’archétype du sage législateur que les maçons admirent et aspirent à imiter. Son influence se sent dans la symbolique et les rituels maçonniques qui célèbrent la sagesse, la force et la beauté.

Solon nous offre une leçon éternelle : la philosophie et la législation doivent servir le peuple, et non l’inverse. La franc-maçonnerie, en embrassant cet héritage, continue de bâtir sur les fondations de la pensée de Solon, cherchant toujours à élever l’humanité par la raison, le dialogue, et la recherche incessante de la vérité et de la justice. Dans chaque loge, l’esprit de Solon vit, inspirant les francs-maçons à penser, à agir, et à construire un monde plus éclairé et équitable.

Quand le Franc-maçon adepte de la géométrie rencontre la gravité

 « La chute n’est pas un échec, l’échec c’est de rester là où on est tombé ». (Socrate)

La marche du Franc-maçon débute à l’ordre, pieds en équerre dans une posture, qui, sans l’ombre d’un doute, évoque l’équilibre, l’harmonie et une rectitude morale à toute épreuve. En adoptant cette position, il sait l’importance de bâtir sur des fondations à la fois solides et bien définies, tout en cultivant l’ouverture d’esprit. Chaque pas devient un acte pensé et mesuré. Et même si le chemin n’est pas toujours rectiligne, il se doit de maintenir le cap et d’incarner la rigueur, engagé à progresser vers la lumière.

Mais, que faire lorsque le parcours se révèle particulièrement escarpé ou que la voie devient trop abrupte ? Faut-il s’obstiner à s’ancrer dans une rigueur inébranlable ? Bien que l’ascension spirituelle doive toujours être notre boussole, n’y-a-t-il pas quelques moments où la « descente » semble plus inévitable que la « montée » ?

Quel Franc-maçon, d’ailleurs, en vacances aux sports d’hiver, se poserait ce type de question et, pour le savoir, par l’exemple, tenterait une figure géométrique au sommet enneigé du Pas de Chavanette (ou du Tunnel de l’Alpe d’Huez, au choix…) ?

Si la piste immaculée s’étale devant nos yeux émerveillés (mais néanmoins inquiets), prête à accueillir nos plus audacieuses arabesques (si on s’entête à relever le défi de la glisse vertigineuse) n’est-il pas fou de penser qu’une posture en équerre nous garantirait l’équilibre ? C’est un fait : skis en équerre riment plutôt bien avec chute assurée ! Entre volonté et gravité, pas de doute… Il suffit de moins d’une seconde, pour qu’en dégringolade incontrôlée, on se transforme en géant flocon de neige, sur le chemin du retour au sol !

Au ski, si l’on veut glisser droit et sec, mieux vaut se concentrer sur la parallèle et oublier un peu l’équerre ! Et si, en général, une chute est inévitable, la Franc-maçonnerie nous rappelle, avec sagesse, qu’il convient toujours de se relever avec panache et dignité !

Arte : « Le Petit Prince : naissance d’une étoile »

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Du site de notre confrère Arte : arte.tv

Composé d’archives et de formidables séquences d’animation, ce documentaire éclaire la genèse du chef-d’oeuvre d’Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) en retraçant les quatre dernières années de sa vie, marquées par la guerre et son exil aux États-Unis. 

Un aperçu de 2:07… en attendant la version longue ci-dessous

Après la défaite française de 1940, Antoine de Saint-Exupéry, démobilisé, décide de gagner New York, où il accoste fin décembre. Récompensé du prestigieux National Book Award pour Terre des hommes, l’écrivain aviateur entend jouer de sa notoriété pour convaincre les États-Unis de s’engager dans le conflit. Sans succès. Si le choc de Pearl Harbor, en décembre 1941, change la donne, la frustration de « Saint-Ex » demeure intacte, l’US Air Force le jugeant trop vieux pour combattre. Sa vie sentimentale chaotique, tiraillée entre ses maîtresses et son épouse Consuelo, le mine également. En juin 1942, alors qu’ils le voient gribouiller la silhouette d’un petit bonhomme sur un coin de table, ses éditeurs américains, Eugene Reynal et Curtis Hitchcock, lui suggèrent de s’atteler à un conte illustré pour enfants. L’écrivain, qui a gardé un pied, voire deux, dans l’enfance, accueille l’idée avec enthousiasme. Puisant dans ses souvenirs – tel le renard qu’il a apprivoisé dans le Sahara –, son quotidien et les événements – les baobabs font allusion au nazisme –, il imagine les aventures du petit prince, célébrant l’amour et l’amitié au moment où le monde s’écroule. Mais lorsque le livre paraît en avril 1943, son auteur est déjà sur un autre front : il a obtenu l’autorisation d’Eisenhower de rejoindre une escadrille en Afrique du Nord. Le 31 juillet 1944, il est porté disparu au cours d’une mission d’observation au-dessus de la France.

Combat pour la liberté

Quatre-vingts ans après sa parution, Le petit prince continue d’enchanter petits et grands. Vincent Nguyen raconte la genèse méconnue de l’ouvrage en ressuscitant, par l’animation, l’aviateur et ses proches (sa femme, sa maîtresse Sylvia Hamilton, son ami Léon Werth, Eugene Reynal et Curtis Hitchcock…), qui défilent devant la caméra pour partager leurs souvenirs. Croisées avec de fascinantes archives et des dessins originaux de Saint-Exupéry, ces séquences (réalisées par les équipes de Josep, César 2021 du meilleur long métrage d’animation) tissent la chronique des quatre dernières années de sa vie, tout entières habitées par son combat pour la liberté. Raconté notamment par François Morel, Marta Domingo et François Berléand, un documentaire admirable qui invite à relire avec un œil neuf ce conte devenu un best-seller mythique. 

Le reportage ARTE

Documentaire de Vincent Nguyen. Avec les voix de : François Morel, François Berléand, Marta Domingo Coproduction : ARTE France, Les Films d’Ici, BarnaBe Productions, Promenons-nous dans les Bois, Les Films d’Ici Méditerranée, TV3 Catalunya  (France/Espagne, 2023, 52mn)

Sur arte.tv du mercredi 13 décembre 2023 au 23 juin 2024 Sur ARTE, mercredi 20 décembre à 23h05

L’histoire du Petit Prince…

Dans le monde merveilleux de l’imaginaire, « Le Petit Prince » se distingue par ses cheveux d’or et son rire qui résonne comme un cristal. Ce jeune garçon, bien que ne répondant pas aux questions posées, ne s’écarte jamais de ses propres interrogations une fois formulées.

Son foyer, l’astéroïde B 612, une planète à peine plus vaste que lui-même, est constamment menacé par les graines de baobab prêtes à l’envahir. Sa seule compagne, une rose, à la fois fière et capricieuse, éclose au lever du soleil, lui apporte autant de joie que de chagrin. Lassé de ses reproches, il suit le chant des oiseaux migrateurs pour explorer les mondes voisins. Au fil de ses aventures, il trouve sur Terre un ami en la personne d’un renard, qui lui enseigne la leçon précieuse que « l’essentiel est invisible pour les yeux », lui faisant prendre conscience de l’amour qu’il porte à sa rose.

Décidé à retourner vers elle, il rencontre dans le désert un aviateur, qui deviendra le narrateur de son histoire. « Le Petit Prince : naissance d’une étoile » explore les circonstances inédites de la création du conte par Saint-Exupéry, en se concentrant sur les quatre dernières années tumultueuses de l’écrivain pendant la guerre, marquées par son exil aux États-Unis.

Ce film, un bijou d’animation et d’archives, donne vie aux témoignages recueillis autour de Saint-Exupéry, utilisant l’animation pour recréer des scènes et des moments clés de sa vie, à la manière de « Valse avec Bachir » ou « Another Day of Life », et plus récemment, « Josep » d’Aurel, co-produit par Promenons-nous dans les bois.

« Le Petit Prince : naissance d’une étoile » est une célébration cinématographique qui, par le prisme de l’animation, invite à redécouvrir l’univers intime et créatif de Saint-Exupéry, derrière le rideau de sa plus célèbre œuvre, à côté de la Bible, la plus traduite au monde.

Ce film n’est pas seulement un hommage à « Le Petit Prince », mais une exploration innovante de comment une histoire intemporelle est née de l’expérience personnelle et des épreuves d’un homme, Antoine de Saint-Exupéry, nous rappelant que l’imaginaire peut parfois capturer l’essence même de l’existence humaine.

Le réalisateur :

Vincent-Nguyen-le lieu documentaire

Vincent Nguyen, producteur et réalisateur, a commencé à France 2 il y a 25 ans. Grand reporter pour les JT et les magazines de la rédaction, notamment « Envoyé spécial » et « Un œil sur la planète », il a ensuite créé avec Laurent Delahousse des émissions comme « Un jour un destin » et « 13h15 ».

Puis il a quitté France Télévisions pour créer et incarner des séries documentaires pour Arte (« Par Avion ») et France 5 (« 360@ »). Il a réalisé différents films unitaires avant de s’installer à Barcelone, la capitale catalane, et d’y fonder BarnaBe Productions sa propre société de production, avec Katia Pinzon.