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La Franc-maçonnerie et le chemin de fer clandestin pour libérer les esclaves

Commençons par resituer le contexte historique. Le « Underground Railroad » était un réseau secret de routes et de refuges qui a permis à des milliers d’esclaves afro-américains de s’échapper vers la liberté au-delà de la ligne Mason-Dixon, principalement vers le Canada. Ce système a compté sur l’aide cruciale des abolitionnistes, qu’ils soient Noirs, Blancs, libres ou encore esclaves eux-mêmes.

Des routes alternatives menaient également au Mexique et à l’étranger, tandis qu’un réseau antérieur dirigeait vers la Floride, alors territoire espagnol. Formé au début du XIXe siècle, le « Underground Railroad » a atteint son pic d’efficacité entre 1850 et 1860. D’après l’historien James A. Banks, environ 100 000 esclaves auraient utilisé ce réseau pour retrouver la liberté, bien que les estimations officielles mentionnent seulement 6 000 ayant atteint le Canada.

Harriet Tubman, avec l’appui des Quakers, a été un pilier de cette lutte dans les années 1850. Les récits de ces héroïques évasions sont conservés dans « The Underground Railroad Records », un document clé de cette période sombre de l’histoire américaine.

La franc-maçonnerie et le chemin de fer clandestin sont souvent associés, mais quel rôle cette confrérie a-t-elle joué pour aider les Afro-Américains réduits en esclavage à s’échapper vers la liberté ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord comprendre l’histoire du chemin de fer clandestin.

C’était un réseau d’individus courageux qui aidaient les personnes de couleur pendant leur voyage de l’esclavage à la liberté.

Le rôle de la franc-maçonnerie dans le chemin de fer clandestin

Histoire de la franc-maçonnerie et du chemin de fer clandestin

La franc-maçonnerie a une longue et éminente histoire qui est intimement liée à la structure de l’Amérique. Fondée en 1717, la franc-maçonnerie a été l’une des premières institutions américaines à prendre position sur l’esclavage, le dénonçant comme une abomination à la dignité humaine.

Cela a conduit de nombreux membres de l’ordre à s’impliquer dans le mouvement abolitionniste et à soutenir activement le chemin de fer clandestin. Les liens entre la franc-maçonnerie et le chemin de fer clandestin étaient forts ; les francs-maçons fournissaient un abri, un moyen de transport, une aide financière et un soutien moral à ceux qui fuyaient l’esclavage.

En fournissant cette aide, ils ont permis à d’innombrables personnes d’accéder à la liberté, faisant d’eux des partenaires précieux dans la lutte contre l’injustice.

Bien qu’il y ait encore des débats sur le rôle exact joué par la franc-maçonnerie dans le chemin de fer clandestin, il ne fait aucun doute que ses contributions ont contribué à façonner l’histoire de notre nation.

Les francs-maçons célèbres et leurs contributions au chemin de fer clandestin

La franc-maçonnerie est depuis longtemps associée à la lutte contre l’esclavage. Depuis ses débuts, les membres de la fraternité ont contribué à cette cause de multiples façons, notamment en apportant leur soutien et leurs ressources au chemin de fer clandestin. Levi Coffin, Thomas Garrett, Henry Highland Garnet et Frederick Douglass ne sont que quelques-uns des célèbres francs-maçons qui ont joué un rôle dans la lutte pour la liberté.

Coffin était un dirigeant abolitionniste qui utilisa son réseau de contacts maçonniques pour aider des milliers d’esclaves en fuite à s’échapper vers le Nord. Il leur a fourni des refuges, de la nourriture, des vêtements et d’autres fournitures.

Garrett, une autre figure importante du mouvement maçonnique, était un ardent défenseur des droits des Noirs libres et a contribué à fournir une aide financière aux esclaves.

Garnet, l’un des premiers Afro-Américains à être ordonné ministre, a travaillé avec la franc-maçonnerie pour organiser des rassemblements et des réunions en faveur des causes antiesclavagistes.

Enfin, Douglass, lui-même ancien esclave, était très impliqué dans l’ordre fraternel et a beaucoup écrit sur la nécessité de l’émancipation.

Par leurs actions et leur implication dans l’organisation, ces hommes ont démontré la puissance de la franc-maçonnerie dans la lutte contre l’injustice et la discrimination. Leur dévouement et leur engagement en faveur de l’abolition de l’esclavage témoignent de l’héritage durable de la fraternité. En utilisant leur influence au sein de la franc-maçonnerie pour promouvoir l’égalité et les droits de l’homme, ils ont apporté une contribution inestimable à l’histoire.

Critiques de l’implication de la franc-maçonnerie dans le chemin de fer clandestin

La franc-maçonnerie a joué un rôle essentiel dans le chemin de fer clandestin, aidant ceux qui cherchaient à se libérer de l’esclavage. Son caractère secret et son influence sur les questions religieuses et politiques ont suscité des critiques.

Malgré ces affirmations, les francs-maçons ont contribué à la libération de milliers de personnes. Comme l’a écrit Jasper Ridley, leur « noble engagement en faveur de la justice » était pleinement démontré à cette époque.

Ils apportaient leur soutien aux fugitifs en leur fournissant de la nourriture, un abri et des moyens de transport, souvent au péril de leur vie. En utilisant des rituels maçonniques pour communiquer, ils développèrent des réseaux bien organisés qui permirent aux esclaves de s’échapper en toute sécurité.

La puissance de la Franc-Maçonnerie résonne encore aujourd’hui, nous rappelant son importante contribution dans la lutte contre l’injustice.

L’héritage de la franc-maçonnerie et du chemin de fer clandestin

La franc-maçonnerie est depuis longtemps un symbole d’espoir et de liberté. Son héritage est toujours vivant aujourd’hui, notamment dans son rôle de chemin de fer clandestin à l’époque de l’esclavage. Nous nous souvenons de cette période historique capitale avec révérence et respect.

En aidant ceux qui cherchaient la liberté, les francs-maçons ont permis aux esclaves de passer en toute sécurité, souvent au péril de leur vie et de celle de leur famille. Grâce à leur dévouement, leur courage et leur force de caractère, ils ont pu faire la différence dans une période de grande injustice ; un exploit qui devrait être célébré à travers les âges.

Le chemin de fer clandestin fut l’un des premiers actes organisés de désobéissance civile contre l’oppression. Il témoigne du pouvoir de l’action collective et démontre comment les individus peuvent provoquer des changements lorsqu’ils s’unissent pour une cause commune. L’esprit de la franc-maçonnerie perdure dans de tels moments, nous rappelant notre capacité à faire preuve de grandeur et nous encourageant à lutter pour un monde meilleur.

Que dire pour conclure ?

Les francs-maçons sont depuis longtemps liés au chemin de fer clandestin, une partie intégrante de l’histoire américaine. En repensant à ce mouvement essentiel, il est important de reconnaître le rôle joué par la franc-maçonnerie dans la libération de ceux qui fuyaient l’esclavage.

Dans de nombreux cas, ce sont les francs-maçons qui ont offert un refuge et des ressources à ceux qui cherchaient à fuir l’oppression. « Là où il y a l’unité, il y a la force », comme le dit le dicton – et cela s’est certainement avéré vrai dans ce cas.

En travaillant ensemble, ces courageux individus ont pu faire la différence et contribuer à apporter des changements. Le courage et la détermination de ceux qui ont participé à cette action méritent d’être commémorés et célébrés aujourd’hui. Cela témoigne du pouvoir de la solidarité et de la communauté qui font que, même face à l’adversité, l’espoir peut toujours prévaloir.

Pendant qu’il est encore temps ! (Poème)

En ce jour de Décembre,
Dans un havre de paix
Sur les hauts ardennais,
Essayons de comprendre !

Un regard innocent
Pourrait imaginer
Avec l’hiver aidant
Une nature reposée !

Ce regard est faussé !
Une autre réalité
Aujourd’hui nous effraie.
Partout sur la planète
La Nature n’en peut plus,
Des plaies et des tourments,
Des actions dissolues.

Sous les coups de boutoirs
Des humains aux tranchoirs,
Elle acceptait, sans geindre
Et renaissait sans feindre !

Mais aujourd’hui, c’en est trop,
Elle n’en peut plus la belle ;
La tête sur le billot
Elle a perdu ses ailes !

Les Humains, bien ingrats
A l’égard dè Gaïa,
Se révèlent constamment
Prédateurs et violents.

Au solstice de l’hiver,
Cette nature en misère,
Nous offre à ressentir
Qu’elle peut bientôt mourir !

Déforestation, pollutions
Surexploitation, inondations,
Sélection, dégradation
Et toujours l’aliénation !

Penauds devant Thémis,
Ce spectacle mortifère
Aux accents délétères,
Nous en sommes les complices !

Frères dans l’adversité,
Humains et solidaires,
Sommes-nous donc conscients
Du drame qui se joue ?

Pouvons-nous continuer
De vivre comme autrefois,
Glorifiant par les mots,
Sacrifiant par nos maux ?

Toujours procrastiner
C’est tout ce qu’on sait faire !
La nature dans le coltard
Demain sera sans fard !

Ignorant la Sagesse
Pouvons-nous continuer
A vivre dans l’ivresse
Des illusions rêvées ?

Sera-t-il encore temps
De lui redonner vie ,
De créer un sursis,
Un réel contrechamp ?

Observons le bocage,
Respirons la forêt,
Mettions-nous à l’arrêt.
Écoutons ses messages.

Il nous faut la comprendre,
Et jamais la surprendre.
Qu’en ce temps de Saint Jean
Les intentions se lèvent
Et nous mènent à l’action
D’un futur renaissant !

Je rêvé de voir les loges
S’emparer de l’urgence
Taire leurs différences
Pour arrêter l’horloge !

Arrêtons d’aliéner !
Évitons de profaner !
Devenons des exemples !
La Nature est un temple
Qu’il nous faut respecter.

Socrate et la Franc-maçonnerie, une synergie de sagesse et de réflexion

« La philosophie est un effort de la pensée humaine pour parvenir à une conception de l’Univers à travers une auto-réflexion sur ses fonctions évaluatives, théoriques et pratiques. »

Johan Hessen

Dans une ère où la pensée est aussi dynamique que l’énergie, il est temps de rendre hommage à l’un des piliers de la philosophie occidentale, Socrate, né vers 470 av. J.-C. à Athènes, un homme qui a façonné notre compréhension de l’éthique, de la connaissance et de l’art de questionner.

L’Homme et le Philosophe : Socrate, fils d’un sculpteur et d’une sage-femme, a mené une vie de simplicité, marié à la tempétueuse Xantipe, et père de trois enfants. Son influence a été si profonde que l’oracle de Delphes le proclama le plus sage des hommes. Pourtant, Socrate ne cherchait pas à imposer des doctrines mais à éveiller les esprits à la réflexion personnelle, à l’introspection, et à la vertu.

Statue de Socrate en penseur Grec
Statue de Socrate en penseur Grec assis dans un grand fauteuil sur fond de ciel bleu

Un Legs sans Écriture : Bien qu’il n’ait laissé aucun écrit, sa pensée est immortalisée par ses élèves, Platon et Aristote. Pour eux, Socrate est le père de l’éthique, avec la « connaissance » comme vertu suprême. Sa fameuse maxime, « Connais-toi toi-même », bien qu’attribuée à l’oracle de Delphes, résume son enseignement : la connaissance commence par la reconnaissance de notre ignorance.

La Maïeutique pour accoucher les idées : Se décrivant comme une sage-femme d’idées, Socrate a développé la « maïeutique », une méthode de questionnement qui aide l’interlocuteur à donner naissance à ses propres vérités. Cette méthode, où chaque question mène à une autre, est un pilier de la pensée critique et de l’apprentissage, particulièrement en franc-maçonnerie où la recherche de la vérité est centrale.

Le soldat philosophe : Socrate n’était pas qu’un penseur dans sa tour d’ivoire; il était aussi un soldat, participant aux guerres du Péloponnèse. Sa vie publique lui a valu des ennemis, menant à son accusation de corruption de la jeunesse et d’athéisme, pour laquelle il fut condamné à boire la ciguë. Sa défense, immortalisée dans les Apologies de Platon, est un exemple de sa conviction et de son courage face à l’injustice.

La mort et l’héritage : Même face à la mort, Socrate maintenait que l’âme est immortelle. Ses derniers mots, une dette à payer à Asclepios, symbolisent peut-être la notion de dette envers la vie et la santé de l’esprit. Sa critique de la démocratie naissante et son enseignement aux jeunes à travers l’oratoire et la rhétorique montrent son engagement pour une société gouvernée par la sagesse.

Socrate vs. Jésus : Une comparaison intéressante

Dans une réflexion comparative, Socrate et Jésus incarnent deux approches de la vérité : l’une par la raison, l’autre par la foi. Alors que Jésus promettait la vérité divine, Socrate invitait à la découverte personnelle à travers l’examen de soi.

Socrate reste un phare de la pensée occidentale, rappelant que la philosophie est un voyage intérieur vers la conscience de soi et la sagesse. Chez 450.fm, nous célébrons son héritage, où chaque question posée est une graine plantée pour de futures réponses.

L’Impact durable : L’influence de Socrate ne s’est pas arrêtée avec sa mort. Sa méthode maïeutique se retrouve dans l’éducation, la psychothérapie, et même dans la culture populaire, où l’idée de questionner pour apprendre est omniprésente. Les « dialogues socratiques » de Platon nous offrent un aperçu vivant de la pensée socratique, où chaque conversation est une quête de la vérité.

La méthode Socratique en trois étapes

Arts libéraux
  1. L’ironie – Reconnaître l’ignorance comme le premier pas vers la connaissance. Socrate se proclamait ignorant, invitant ses interlocuteurs à faire de même, déconstruisant ainsi les certitudes établies.
  2. La maïeutique – À travers des questions bien placées, Socrate aidait à « accoucher » les vérités que chacun porte en soi. C’est un processus de découverte personnelle, où le maître n’enseigne pas, mais aide à apprendre.
  3. « Connais-toi toi-même«  – La dialectique, ou l’art du dialogue, pousse à la confrontation de soi-même et des idées, cherchant à atteindre une compréhension plus profonde de la réalité.

La philosophie comme mode de vie : Pour Socrate, la philosophie n’était pas juste une discipline académique mais une manière de vivre. Il a démontré que la vie réfléchie, même si elle mène à la condamnation, vaut d’être vécue pour la connaissance qu’elle apporte. Sa vie fut un exemple de courage intellectuel et moral, défiant les normes de son temps par la pensée critique et le défi aux autorités.

Socrate et l’homme moderne : Aujourd’hui, dans un monde où l’information est omniprésente mais où la sagesse semble parfois rare, les leçons de Socrate sont plus pertinentes que jamais. Il nous invite à douter, à questionner, et surtout à nous connaître nous-mêmes. Dans notre époque d’algorithmes et de réponses instantanées, la patience de la méthode socratique reste une leçon de profondeur et d’humilité.

Philosophie et spiritualité chez les francs-maçons
Philosophie et spiritualité chez les francs-maçons

En réfléchissant sur Socrate, nous ne faisons pas que revisiter l’histoire de la philosophie; nous engageons un dialogue avec notre propre esprit. À 450.fm, nous croyons que la véritable innovation commence par la question la plus simple, souvent oubliée : « Qu’est-ce que je sais vraiment ? » Socrate nous a donné plus qu’un héritage philosophique; il nous a offert un miroir, où chacun peut voir sa propre ignorance et sa capacité à apprendre.

En l’honneur de Socrate, continuons à poser des questions, à défier les idées reçues, et à chercher la vérité dans la complexité de notre monde. Après tout, comme il l’a dit, « Je sais seulement que je ne sais rien » – et dans cette reconnaissance réside le début de toute sagesse.

Socrate et la Franc-maçonnerie, une synergie de sagesse et de réflexion

Une Union Philosophique

Bien que Socrate soit décédé bien avant l’émergence de la franc-maçonnerie, son influence sur cette société initiatique est indéniable. La franc-maçonnerie, avec ses racines dans les guildes médiévales de bâtisseurs, a adopté une dimension philosophique et spirituelle qui résonne profondément avec les enseignements de Socrate.

La maïeutique dans les Loges

La méthode socratique, ou maïeutique, trouve un écho direct dans les pratiques maçonniques. Les francs-maçons se réunissent en loges pour discuter, débattre et apprendre, utilisant la question comme outil principal pour la recherche de la vérité. Chaque séance maçonnique peut être vue comme une application moderne de l’art de Socrate d’accoucher les idées.

  • Le dialogue : Les loges encouragent le dialogue ouvert, une pratique directement inspirée de Socrate qui croyait que la vérité émerge de la conversation et de l’examen critique.
  • L’auto-réflexion : La maxime « Connais-toi toi-même » est au cœur de la quête maçonnique. Les francs-maçons cherchent à se connaître et à s’améliorer, ce qui est en harmonie avec l’idéal socratique de la connaissance de soi comme fondement de la vertu.

Les vertus socratiques dans la Franc-maçonnerie

La franc-maçonnerie met l’accent sur les vertus morales, un point central de la philosophie socratique. La recherche de la vérité, la prudence, la tempérance, la justice et le courage sont toutes des valeurs que Socrate prônait et que l’on retrouve dans le travail maçonnique.

La symbolique et le symbolisme

Socrate a utilisé des métaphores et des analogies pour enseigner des concepts complexes. De même, la franc-maçonnerie utilise une riche symbolique – l’équerre, le compas, le tablier – pour représenter des idées philosophiques et morales, beaucoup étant des rappels visuels de l’engagement vers la sagesse et l’intégrité.

L’influence posthume

  • L’enseignement oral : Tout comme Socrate ne laissait pas d’écrits, préférant la parole vive, les francs-maçons suivent une tradition orale où les enseignements sont transmis de bouche à oreille, renforçant l’idée que le savoir est vivant et évolutif.
  • Socrate, le maître invisible : Dans certaines loges, Socrate est parfois cité comme un « maître invisible », une figure de la sagesse dont l’esprit guide les discussions et les réflexions des membres.

Socrate et la Franc-maçonnerie partagent une quête commune de la connaissance, de la vérité, et de l’amélioration de l’homme. La franc-maçonnerie peut être vue comme une continuation de la philosophie socratique dans un cadre rituel et symbolique, où chaque franc-maçon est encouragé à devenir un « Socrate » dans son propre droit, questionnant, apprenant et cherchant à comprendre le monde et lui-même. Dans ce sens, la franc-maçonnerie ne fait pas que « citer » Socrate; elle cherche à vivre sa philosophie, rendant ainsi hommage au grand penseur à travers les siècles et les cultures.

Convent 2024 de la Grande Loge écossaise de France – « La plus américaine des grandes loges françaises »

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Il est des moments maçonniques auxquels on ne regrette pas d’avoir assisté. Le vieux maçon que je suis se souviendra longtemps du convent de la Grande Loge écossaise de France ce samedi 7 décembre 2024.

Pour l’occasion, les autorités maçonniques amies étaient invitées : Grande Loge de l’Alliance maçonnique française, Grande Loge traditionnelle de France, Grande Loge des Maçons libres, Rudyard Kipling Lodge, pour la France, et TR GL du Congo, Grande Loge Prince Hall de la République démocratique du Congo, Grande Loge nationale du Congo, Grand Orient indépendant de Sao Paulo et, pour les États-Unis, Grand Lodge Mont Olive of Illinois et Benaiha Sovereign Grand Lodge of Virginia.

Julius Armstrong, Grand Maître de Virginie et président de la SOGLIA, la plus importante confédération régulière internationale maçonnique, dit, à propos de la Grande Loge écossaise de France, qu’elle est « la plus américaine des grandes loges françaises ». En effet, elle est une matérialisation humaine du pavé mosaïque, composée de Frères jeunes et de tout âge, dynamiques, travaillant dans la joie et la fraternité avec le plus grand sérieux.

« L’instruction maçonnique à tous les degrés est au cœur de l’ADN de la Grande Loge écossaise de France, ce qui n’exclut pas, bien au contraire, le bonheur visible de travailler en fraternité… L’art royal est un art joyeux », ajoute Philippe Le Goff, assistant Grand Maître de la Grande Loge écossaise de France.

Entouré par les grandes loges régulières amies présentes, son Grand Maître, Pierre Bengochea, également vice-président pour l’Europe de la SOGLIA, souligne qu’il existe un bloc maçonnique régulier en pleine expansion, tant en France qu’à l’international, et que la Grande Loge écossaise de France entend être un acteur de ce développement avec lequel il faudra désormais compter.

Le succès de la loge Fraternité franco-congolaise, dirigée par le RF Patrick Bam, a marqué le début de l’expansion internationale.

Le Grand Chancelier a en outre annoncé la création de nouvelles loges à l’international :

•⁠ ⁠la loge Maçons du Monde, pour le district de l’Afrique de l’Ouest, par le TRF Rustique Guezo ;
•⁠ ⁠la loge Saint Erick de Suède, à l’Orient de Stockholm, par le TRF Claude Mabiala.

La dimension internationale étant une spécificité essentielle de la Grande Loge écossaise de France, plus de 300 Frères membres de la SOGLIA, dispersés sur toute la surface du globe, ont pu assister aux travaux retransmis en direct sur Internet pour cette première tenue de Grande Loge phygitale (physique et digitale).

Personnellement, je me souviendrai longtemps du sentiment d’avoir participé à ce qui me paraît être le commencement d’un renouveau maçonnique régulier en France, tout comme j’avais déjà pu l’observer en Amérique du Sud et aux États-Unis.
Philibert de Montanglos
Convent 2024 de la Grande Loge écossaise de France,
« La plus américaine des grandes loges françaises.

Philibert de Montanglos
Maçon libre et de bonnes mœurs

RTBF : « Qui était le fondateur de la Franc-maçonnerie ? »

De notre confrère belge rtbf.be – Par Josef Schovanec

Il y a 300 ans, en l’an de grâce 1723, paraissait un texte étrange qui devait avoir des conséquences probablement bien plus grandes que n’importe quel autre manifeste public : les Constitutions des francs-maçons. Leur auteur véritable (car oui, ce n’était pas dit explicitement) était un Ecossais singulier, un certain James Anderson. Le texte fut rapidement traduit dans toutes les langues et acquit un statut de mythe fondateur pour tous les Francs-maçons jusqu’à aujourd’hui. Qui était-il et que raconte ce texte ?

On connaît les éléments autour de l’organisation des francs-maçons et leur histoire. Par contre, peu nombreux sont ceux qui s’intéressent réellement à leur fondateur Anderson. Ou qui ont réellement lu les Constitutions – sans parler des autres œuvres d’Anderson.

Un ami qui a dédié sa vie à l’étude de l’histoire de la franc-maçonnerie m’a avoué qu’Anderson le rendait perplexe, qu’il sentait quelque chose de bizarre.

James Anderson, d’abord un passionné de généalogie

Et ce n’est pas peu dire. À la base, Anderson était passionné par autre chose que la maçonnerie : la généalogie. Ouvrir l’un de ses traités de généalogie, par exemple ses Généalogies Royales, est matériellement difficile : le document pèse 8 Go, il s’agit d’une sorte de compilation d’un volume assez inhumain de noms de gens, depuis l’aube des temps jusqu’à aujourd’hui, exposant leurs relations entre eux. Un effort assez inouï de rationaliser l’arbre généalogique de quasiment toute l’humanité. Les rares lecteurs contemporains ne peuvent que ressentir ce mélange d’effroi face à la masse d’érudition et la sensation désagréable de lire des âneries. Un peu ce que l’on ressent parfois face à ce que l’on appelle à tort l’art dit brut : autant on admire l’œuvre, autant on se dit dans son for intérieur, à tort bien sûr, que l’auteur devait avoir un problème.

The Three Great Lights, the masonic symbols

The Three Great Lights, the masonic symbols ©  Frans Sellies

« Les Constitutions » des francs-maçons, un surplus indigeste d’érudition

Et dans les Constitutions des francs-maçons d’Anderson, c’est un peu le même principe. À l’époque, il y avait beaucoup de livres ou d’opuscules plus ou moins ésotériques qui paraissaient : c’était un genre littéraire à part entière, de qualité très variable. Mais là, face aux Constitutions, on comprend d’emblée que l’on sort du lot commun : dans une masse totalement indigeste d’érudition, à la fois géniale et puérile, où l’auteur se sent tenu d’expliquer la taille et le diamètre de telle colonne de tel palais d’Orient, on sent l’étrangeté de l’auteur.

L’autre aspect tout à fait autistique de l’œuvre d’Anderson est qu’il ose relire toute l’histoire du monde avec son centre d’intérêt. Si on vous parle d’Auguste, l’empereur romain, il ne viendrait à l’idée de personne de lui donner un autre titre. James Anderson, de son côté, le présente candidement comme maçon, puisqu’il construisait, et grand-maître de la loge de Rome, vu qu’il avait du pouvoir. Et ainsi de suite. La vie d’Anderson est également savoureuse, vu qu’il était mauvais en affaires et enchaînait les faillites – le comble pour un Ecossais de l’époque. Et il s’entourait de gens qui étaient à son image… mais c’est encore un autre sujet.

Le symbole

Bref, l’innovation vient tant des forces que des problèmes des humains bizarres. Ma faiblesse préférée d’Anderson est ailleurs : dans ses Généalogies, il explique, tout gêné, qu’il utilise un symbole pour désigner un humain dont il ne parvient pas à tracer l’arbre généalogique, et qui donc fonde une nouvelle famille. Ce symbole, vous le connaissez : ce sont les fameux trois points. En somme, les autistes écossais ont créé un lieu calme adapté à leur profil sensoriel et à leurs besoins : la loge. L’histoire humaine est décidément bien facétieuse.

La théorie de la connaissance à l’épreuve de la caverne : un voyage maçonnique

Dans le monde de la franc-maçonnerie, la théorie de la connaissance n’est pas seulement une affaire de livres et de discussions académiques ; c’est une quête initiatique, un voyage à travers les ombres vers la lumière de la compréhension. Jacques Cavalier, dans son « Histoire de la pensée », nous rappelle que la véritable origine de la philosophie se trouve chez les Grecs, et c’est là que notre voyage commence.

La philosophie : mère des sciences

La philosophie, cette discipline qui nous invite à raisonner sur l’existence, est au cœur de la quête maçonnique. Elle propose des théories que la science se charge ensuite de vérifier, un dialogue permanent entre la spéculation et l’empirisme. Mais quand nous parlons de l’absolu, nous entrons dans le domaine de la métaphysique, où la raison seule ne suffit pas. Pour comprendre ces concepts, il faut transcender la raison, un principe que les francs-maçons connaissent bien.

Platon, le guide des idées

Platon, né dans la lumière d’Athènes vers 427 av. J.-C., est une figure centrale de cette quête. Sous l’aile de Socrate, il a développé une vision du monde qui résonne encore dans les loges maçonniques. Avec l’Académie qu’il a fondée, il a cherché à former non seulement des esprits mais aussi des citoyens, à travers des œuvres comme « La République ».

Le mythe de la caverne : Une allégorie maçonnique

Le mythe de la Caverne de Platon est une allégorie puissante que les maçons peuvent interpréter comme leur propre voyage initiatique. Dans ce récit, les hommes enchaînés, voyant uniquement des ombres projetées par un feu, représentent notre condition humaine, captive de l’ignorance et des apparences. Le feu, c’est la lumière de la vérité, une idée supérieure qui dépasse toutes les autres.

  • Les Ombres : Le monde sensible, transitoire, où nous sommes tous prisonniers, est un reflet déformé de la réalité véritable.
  • La Sortie de la Caverne : Ce voyage vers la lumière est la quête maçonnique de connaissance, une ascension vers un niveau de conscience supérieur, où les idées sont perçues dans leur pureté.
  • Les Chaînes : Elles symbolisent notre attachement au matériel, aux préjugés, et à l’ignorance, qui nous empêchent de voir la lumière.

L’ignorance et le pouvoir

Platon nous met en garde contre « les marchands de l’ignorance », ceux qui maintiennent les chaînes de l’obscurantisme pour leur propre bénéfice. Dans notre monde moderne, la technologie et l’information offrent des outils pour briser ces chaînes, mais l’ignorance reste un tyran puissant, comme le soulignait Simón Bolívar : « Ils nous gèrent plus par ignorance que par force ».

Le rôle du Franc-maçon

Pour le franc-maçon, ce mythe est un appel à la curiosité, à l’éducation de soi et au service de l’humanité. La connaissance n’est pas seulement un bien personnel ; elle est un flambeau à transmettre, une force pour éclairer la société. Les francs-maçons, comme les philosophes de Platon, sont invités à sortir de la caverne, à voir la lumière et à revenir pour éclairer ceux qui restent dans l’obscurité.

La connaissance comme libération

Platon suggère que la connaissance est hiérarchisée selon notre état de conscience. Les idées existent dans leur pureté, indépendamment du monde des apparences. Pour les maçons, cette idée est un rappel constant que leur travail est de dévoiler la vérité, de lutter contre l’ignorance, et de promouvoir la sagesse.

Le mythe de la Caverne n’est pas seulement une leçon de philosophie ; c’est une invitation à un voyage maçonnique, un appel à chercher la lumière, à comprendre que notre mission est d’éclairer notre propre ignorance et celle du monde. C’est par cette quête que nous, francs-maçons, cherchons à transcender notre condition humaine, à briser les chaînes de l’ignorance, et à avancer vers une conscience ouverte et éclairée.

La Franc-maçonnerie et la quête de la connaissance : de Platon à nos loges

La franc-maçonnerie, dans son essence, est une continuation de cette quête platonicienne pour la lumière de la connaissance. Chaque maçon est un voyageur de la caverne, cherchant à se libérer des chaînes de l’ignorance et à atteindre la vérité.

La Loge : Un lieu de révélation

  • L’Initiation : Le rituel d’initiation maçonnique symbolise cette sortie de la caverne. L’Apprenti, dans l’obscurité, est progressivement guidé vers la lumière, recevant les outils symboliques de l’équerre, du compas, et du maillet, qui représentent la mesure de la vérité, l’équilibre de la justice et la force de la volonté.
  • Les Grades : Chaque grade maçonnique est une étape de cette ascension vers la connaissance. L’Apprenti travaille sur la pierre brute, symbole de lui-même à l’état brut, cherchant à la polir, à la comprendre. Le Compagnon explore les mystères de l’univers, cherchant à transmettre son savoir. Le Maître, ayant atteint une certaine sagesse, se consacre à la construction du temple intérieur, un espace où la vérité des idées peut résider.

La symbolique maçonnique

  • La Lumière : La lumière est omniprésente dans la franc-maçonnerie, symbolisant la connaissance, la vérité, et la compréhension. Les trois grandes lumières de la loge – le Volume de la Loi Sacrée, l’Équerre, et le Compas – guident le maçon dans cette quête.
  • Les Symboles de la Caverne : Le temple maçonnique, avec ses colonnes Jakin et Boaz, peut être vu comme l’entrée et la sortie de la caverne platonicienne. Les colonnes représentent la dualité entre le monde sensible et le monde des idées, entre l’obscurité et la lumière.

La connaissance et la Fraternité

  • La Transmission : Comme dans le mythe de la Caverne, où le prisonnier libéré revient pour éclairer ses compagnons, la franc-maçonnerie insiste sur l’importance de la transmission du savoir. Les maçons sont encouragés à partager leurs découvertes, à enseigner, et à guider les nouveaux initiés vers la lumière.
  • L’Action dans le Monde : La connaissance maçonnique n’est pas pour la contemplation solitaire ; elle doit se traduire par des actions qui améliorent la société. Les maçons cherchent à briser les chaînes de l’ignorance, non seulement dans les loges mais aussi dans le monde extérieur, à travers des œuvres de charité, l’éducation, et le soutien à la liberté de pensée.

La Franc-maçonnerie comme philosophie vivante

  • La Recherche de l’Idée Suprême : La franc-maçonnerie adopte l’idée de Platon qu’il existe une vérité absolue, une idée supérieure à toutes les autres, souvent personnifiée par le Grand Architecte de l’Univers. Cette recherche de l’absolu est ce qui guide chaque maçon dans son travail personnel et collectif.
  • La Conscience et la Responsabilité : En prenant conscience de la dualité du monde platonicien, le maçon est appelé à développer une conscience critique, à questionner les apparences et à chercher la vérité derrière les ombres.

Le maçon et la caverne moderne

Aujourd’hui, dans une ère où l’information est abondante mais souvent trompeuse, la franc-maçonnerie continue d’être un phare. Elle rappelle à ses membres que la véritable connaissance nécessite un effort personnel, une quête incessante pour distinguer la lumière de l’obscurité, pour sortir de la caverne de l’ignorance et de la manipulation, pour vivre selon les principes de la Vérité, de la Justice, et de la Fraternité.

En résumé, la franc-maçonnerie est un voyage initiatique et collectif, une application vivante du mythe de la Caverne de Platon. Elle invite chaque membre à se libérer des chaînes de l’ignorance, à chercher la lumière de la connaissance non seulement pour soi mais pour l’humanité entière, incarnant ainsi la philosophie en action.

La dimension spirituelle de la peau

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Ce livre est né de la rencontre entre une longue pratique professionnelle en tant que dermatologue et un incessant questionnement spirituel.Des peintures corporelles des premiers hommes aux rites de baptême et d’onction, du toucher guérisseur à l’étreinte sacrée, du voile au dévoilement, des mythes anciens à la peau de l’initié et jusqu’à la peau devenue « idole quand la religion s’étiole » ce livre est un fil conducteur entre l’importance de la peau et sa rencontre avec le spirituel.

Dans la cité méditerranéenne de Montpellier, une figure se distingue non seulement par son expertise médicale mais aussi par son engagement humanitaire et spirituel : le Dr Sylvie Monpoint. Dermatologue depuis 1991, elle a tissé une toile impressionnante de réalisations professionnelles et personnelles.

La dermatologue éclairée

Sylvie Monpoint n’est pas votre dermatologue ordinaire. Avec une carrière qui s’étend sur plus de trois décennies, elle a su combiner son savoir-faire médical avec une passion pour l’écriture et l’humanitarisme. Sa compréhension de la dermatologie va au-delà du physique, touchant à ce que la peau représente dans notre quête de sens et de spiritualité.

Ouvrages sur des thématiques proches

  • La peau dans l’initiation maçonnique – 2021 – Maison de Vie N° 99
  • Zorro, un initié sous le masque – 2019 – Librinova
  • Les sentiers oubliés de la beauté – 2020 – Lazare et Capucine
  • La peau de sagesse – 2021 – Lazare et Capucine

L’écrivaine et la rédactrice

En plus de soigner les maux cutanés, Sylvie a exercé son talent de plume comme rédactrice en chef de divers journaux professionnels. Son approche de la dermatologie est souvent teintée d’une vision philosophique, faisant de chaque article une exploration à la fois scientifique et spirituelle. Elle a su transformer les sujets médicaux en une lecture qui fascine et éduque, prouvant que même la science la plus terre-à-terre peut avoir une âme poétique.

L’humanitaire engagée

Mais c’est peut-être dans son rôle de présidente d’une association humanitaire que Sylvie Monpoint montre la véritable étendue de son cœur. Cette association, dédiée à l’aide à la scolarisation des enfants pauvres au Cambodge, reflète sa conviction que l’éducation est un droit humain fondamental. Son travail là-bas est une manifestation de son éthique médicale qui dépasse largement les confins de son cabinet.

Un chemin spirituel

Depuis plus de vingt ans, Sylvie s’est plongée dans l’exploration des voies spirituelles et initiatiques. Avec une fascination particulière pour le langage symbolique et le cheminement ésotérique, elle a cherché à comprendre comment ces philosophies peuvent enrichir et donner un sens à la vie quotidienne. Elle se voit comme une voyageuse sur un chemin de connaissance, où chaque patient est une leçon et chaque consultation, un moment de découverte mutuelle.

Le Dr Sylvie Monpoint est une véritable renaissance woman des temps modernes, combinant la science, l’écriture, l’humanitarisme, et la spiritualité dans une symphonie harmonieuse. À Montpellier, elle n’est pas seulement une médecin, elle est une guide, une philosophe, et une âme qui cherche à éclairer non seulement les peaux mais aussi les esprits. Sa carrière est un témoignage vivant que même dans le monde parfois stérile de la médecine, il y a place pour l’humanité, l’art, et la quête infinie de la sagesse.

La Franc-maçonnerie en Syrie : Une histoire riche et complexe

La chute rapide du régime politique d’Assad est une occasion pour rappeler la place qu’occupa la Franc-maçonnerie dans ce pays. L’avenir de ce pays est aujourd’hui incertain. Il est tout à fait souhaitable que des principes démocratiques puissent enfin instaurer une paix durable, aspiration de tout individu. La Franc-maçonnerie a toujours représenté pour les régimes politiques religieux ou totalitaires un espace de discussion profondément suspect. Souhaitons que les principes représentés par cette tradition puissent éclairer ceux qui auront en charge de rebâtir ce pays.

Contexte historique et géographique

La Syrie, située au carrefour de l’Asie, de l’Europe et de l’Afrique, possède une histoire millénaire marquée par des civilisations anciennes telles que les Araméens, les Grecs, les Romains, et les Byzantins. Sous domination ottomane pendant des siècles, le pays devint un territoire sous mandat français de 1920 à 1946 après la Première Guerre mondiale. Ces influences culturelles et politiques multiples ont façonné une société diversifiée, offrant un terreau fertile pour l’émergence de mouvements intellectuels et sociaux tels que la franc-maçonnerie. Celle-ci a connu en Syrie une histoire riche et complexe, marquée par des périodes de croissance et de déclin, influencées par les contextes politiques et sociaux du pays.

Origines et développement sous l’Empire ottoman

  • Fin du XIXᵉ siècle : La franc-maçonnerie s’implante en Syrie à la fin du XIXᵉ siècle, attirant réformateurs et opposants au régime ottoman. Ces loges deviennent des lieux de réflexion et de débat pour les élites locales où se croisent les idéaux des Lumières et les aspirations nationalistes. Par exemple, la loge « Le Liban », fondée à Beyrouth, devient un point central de ces mouvements réformateurs. À cette époque, les obédiences françaises et égyptiennes partagent majoritairement le contrôle des loges syriennes​

Période du Mandat français (1920-1946) : Âge d’or et tensions

  • 1920-1946 : Sous le Mandat français, la franc-maçonnerie syrienne connaît une expansion notable. Les obédiences françaises, notamment le Grand Orient de France et la Grande Loge de France, exercent une influence significative. Elles établissent plusieurs loges dans des villes clés comme Damas, Alep et Hama impliquant des membres de diverses communautés religieuses et ethniques. Cette période marque un âge d’or, avec une participation croissante de Syriens attirés par les idéaux républicains de la France. Toutefois, ces loges deviennent également des outils de promotion des intérêts français dans la région. Les loges syriennes jouent un rôle ambigu : d’une part, elles soutiennent le mandat français en occupant des postes administratifs stratégiques ; d’autre part, elles deviennent un lieu de mobilisation nationaliste. Par exemple, des figures politiques telles que Saadallah al-Jabri et Ibrahim Hananu, membres de loges maçonniques, utilisent leur position pour défendre l’idée d’une Syrie indépendante.
  • Années 1920 : La franc-maçonnerie atteint son apogée en Syrie, avec la participation de grandes familles et de membres du clergé orthodoxe et musulman dans des loges pluriethniques.
  • À partir de 1925 – Déclin et tensions internes : La répression de la Grande Révolte syrienne et la politique autoritaire des Hauts-Commissaires français provoquent un désenchantement croissant envers les obédiences françaises. De nombreuses loges locales se détachent, fondant des obédiences indépendantes telles que le Grand Orient de Syrie. Ces nouvelles entités cherchent à concilier coopération avec la France et affirmation de l’identité syrienne, tout en s’opposant à l’influence cléricale et coloniale.

Après l’indépendance (post-1946) – L’influence des loges étrangères

peinture égyptienne
décoration égyptienne

La concurrence entre obédiences françaises, égyptiennes et anglo-saxonnes s’intensifie. La Grande Loge d’Égypte, en particulier, attire des maçons syriens en mettant en avant son soutien à l’indépendance. Par exemple, la création de l’atelier Ibrahim al-Khalil à Damas sous la garantie de la Grande Loge de New York montre comment les obédiences étrangères profitent des tensions locales pour élargir leur influence​

  • 1947 : La création de l’État d’Israël entraîne une méfiance accrue envers la franc-maçonnerie dans la région, souvent perçue, à tort, comme liée au sionisme. Cette suspicion conduit à une diminution de l’activité maçonnique en Syrie.
  • 1965 : La franc-maçonnerie est officiellement interdite en Syrie. Cependant, son héritage subsiste dans les récits historiques et les réseaux maçonniques de la diaspora syrienne. Ces derniers continuent de jouer un rôle discret mais significatif, en particulier au sein des communautés expatriées au Moyen-Orient et en Occident.

En guise de conclusion…

Au regard de la situation politique très récente en Syrie, marquée par des conflits prolongés, une fragmentation sociale et des défis démocratiques, l’avenir de la franc-maçonnerie dans ce pays demeure incertain. Historiquement, la franc-maçonnerie a prospéré dans des contextes où les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité pouvaient s’exprimer dans un cadre démocratique stable. Cependant, les bouleversements récents et l’autoritarisme ambiant ont laissé peu de place à de tels espaces de réflexion et de partage.

Dimensions de la tablette assyrienne en écriture cunéiforme contenant des fragments de l’épopée de Gilgamesh.

Si la franc-maçonnerie devait réapparaître en Syrie, elle pourrait à nouveau jouer un rôle essentiel dans la reconstruction d’un tissu social fondé sur le dialogue et la tolérance. Néanmoins, une telle résurgence ne sera possible que dans un contexte de stabilité politique et de renouveau démocratique. À ce jour, nul ne peut prédire si ce chemin sera emprunté, mais l’histoire riche et complexe de la franc-maçonnerie syrienne reste un témoignage de sa capacité à s’adapter aux défis des époques qu’elle traverse.


Personnalités de la franc-maçonnerie syrienne

(Sources – Wikipedia)

Youssef al-Hakim

Né en 1879 à Lattaquié et décédé en 1979 à Damas, grec orthodoxe est un juriste et ministre syrien.

Youssef al-Hakim est initié en 1911 à la loge Kadisha à l’Orient de Tripoli (Liban), sous juridiction de la Grande Loge d’Écosse, il en devient le vénérable maître. Il fréquente la loge Al Mizhab à Tripoli avant de rejoindre la loge « Syrie » de Damas sous juridiction du Grand Orient de France, dont il deviendra également vénérable maître.

De 1933 à 1935, il occupe la chaire de vénérable de la loge Orient et Occident.

Il gravit ainsi tous les échelons du Rite écossais ancien et accepté ; de maître en 1911, il s’élève dans la hiérarchie maçonnique jusqu’à l’ultime grade de souverain grand inspecteur général. Il atteint ainsi le 33e et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

Abd al-Rahman al-Kayyali

Médecin syrien de la ville d’Alep et membre du mouvement nationaliste syrien, ministre de la Justice durant deux mandats.

Initié à la loge Kayssoun de Damas sous juridiction de la Grande Loge de France, il a été en 1936, vénérable maitre de la loge « Renaissance » à l’Orient d’Alep (Syrie) puis en 1937 il est élu grand maître du Grand Orient de Syrie.

Hanna Malek

Né le 28 octobre 1900 à Rachaya el-Wadi (Bekaa, en Syrie à l’époque), décédé le 5 novembre 1991 à Damas, avocat, magistrat juge en première instance du tribunal des causes étrangères à Damas et secrétaire général de la présidence du Conseil syrien.

Il est initié le 8 avril 1924 dans la Loge Syrie à Damas, passe compagnon le 9 décembre 1924, et maître le 31 décembre 1927. Il devient officier de la Grande Loge de Syrie, et est élu grand maître avec le plus haut grade du Rite écossais ancien et accepté.

Raouf Al Ayoubi

Né en 1883 et mort en 1957 à Damas en Syrie, est un haut fonctionnaire de l’Empire ottoman, en poste dans plusieurs villes palestiniennes, puis à Hama durant la Première Guerre mondiale. Il est ministre de l’Intérieur lors de la Grande révolte syrienne.

Raouf Al-Ayoubi est membre de la franc-maçonnerie dans une loge composée de personnalités politiques syriennes telles que Haqqi al-Azm, le Premier ministre du début des années trente, et Saeed al-Ghazi, Premier ministre au milieu des années cinquante.

Le Grand Orient de France lui délivre le 18 décembre 1922 un certificat attestant qu’il est l’un des membres fondateurs de la Loge Syrie créée un an plus tôt à Damas. Toutefois, il est à noter que son nom n’apparait pas dans le document d’origine listant les membres fondateurs de cette loge.

Hassan al-Hakim

Né en 1886 et mort le 18 ou le 30 mars 1982, est un militant du mouvement nationaliste syrien de Damas, responsable du gouvernement pendant la Seconde Guerre mondiale et au milieu des années 1950.

Il a été initié dans la loge Kayssoun de Damas sous juridiction de la Grande Loge de France. 33e du Rite écossais ancien et accepté, il devient en 1939 grand maitre adjoint de la Grande Loge syrienne.

Jamil el-Oulchi

Né le 17 janvier 1883 à Damas (Empire ottoman) et mort le 25 mars 1951 dans la même ville, est un homme d’État syrien, président de la République (du 17 au 25 mars 1943) pendant l’ère du mandat français en Syrie.

Il est initié en franc-maçonnerie au début du XXe siècle à la loge Kayssoun No 506 à Damas sous juridiction de la Grande Loge de France.

Said Al-Ghazzi

Né le 11 juin 1893 à Damas et mort dans la même ville le 18 septembre 1967 est un avocat et homme politique, deux fois premier ministre et ministre des affaires étrangères de Syrie. Il fait partie des élites ottomanes.

Membre de la franc-maçonnerie comme une grande partie de l’élite syrienne au pouvoir au XXe siècle, Il est initié le 30 mars 1923 au sein de la loge « Syrie » à Damas, sous juridiction du Grand Orient de France ; dans la même année il participe au collège des officiers et devient vénérable maître de la loge en 1927. Il évolue également dans les hauts grades maçonniques, ou il est reçu Chevalier Kadosh, 30e degré du Rite écossais ancien et accepté. Il est élu grand maitre adjoint de la Grande Loge provinciale de Syrie sous juridiction du Grand Orient d’Égypte en 1938.


Bibliographie

Costir, Henri, et Del Rosano, Maria. Annuaire général de la franc-maçonnerie française. La Libre Parole, Paris, 1933.

Millet, Thierry. La Franc-maçonnerie en Syrie sous l’administration française (1920-1946) : Attraits et rejets du modèle français. In Cahiers de la Méditerranée, 72 | 2006. Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine. Disponible en ligne. DOI : 10.4000/cdlm.1178.

Anonyme. À l’Orient de la Grande Mosquée des Omeyyades : La Franc-maçonnerie à Damas (1868-1965). Document PDF consulté. Publication d’étude détaillant l’évolution historique et sociopolitique de la franc-maçonnerie en Syrie, particulièrement sous l’administration ottomane et mandataire.

Ligou, Daniel. Dictionnaire universel de la Franc-maçonnerie. Éditions de Navarre et du Prisme, Paris, 1974. Référence générale pour comprendre les loges et obédiences actives au Levant.

Robinard, Joëlle. La Franc-maçonnerie et la colonisation sous la IIIe République, 1904 à 1936. Thèse d’histoire, Université d’Aix-en-Provence, 1971.

14/12/24 Rendez-vous littéraire avec Jacques Ravenne chez Detrad

Le 14 décembre 2024, la librairie Detrad, située au cœur de Paris sur la rue Cadet, se transformera en un lieu de rencontre unique pour les amateurs de littérature ésotérique et policière. Jacques Ravenne, la moitié du célèbre duo d’écrivains avec Éric Giacometti, y tiendra une séance de dédicace pour son dernier roman, un événement qui promet d’être un point culminant de la saison littéraire.

Le Cadre de l’Événement

Detrad, depuis sa création en 1980, n’est pas seulement une librairie mais un sanctuaire pour ceux qui chérissent la franc-maçonnerie, l’ésotérisme.

le lieu idéal pour la présentation de « Le Livre des Merveilles », le dernier opus signé Ravenne et Giacometti. Ce roman, qui se veut une suite épique de leur série « Le Thrill des Templiers », transporte le lecteur dans un voyage à travers le temps et l’espace, mêlant avec brio mystères historiques et enjeux contemporains.

« Le Livre des Merveilles » s’ouvre sur une découverte archéologique inattendue : un manuscrit ancien, caché depuis des siècles, qui pourrait bien redéfinir notre compréhension des Templiers et des secrets qu’ils ont gardés. Le protagoniste, Antoine Marcas, un flic franc-maçon, se retrouve plongé au cœur de cette intrigue à travers un puzzle de symboles et de codes qu’il doit déchiffrer. Le livre navigue entre Paris, Jérusalem et les îles du Pacifique, où chaque chapitre révèle une nouvelle couche de l’histoire, mêlant fiction et faits historiques avec une maîtrise inégalée.

Le récit est imprégné d’une ambiance ésotérique, avec des références à l’alchimie, à la kabbale, et à d’autres traditions mystiques, rappelant aux lecteurs que la quête de la connaissance est souvent semée d’embûches et de merveilles. Ravenne et Giacometti, avec leur style enlevé et leur attention méticuleuse au détail, réussissent une fois de plus à captiver leur public, non seulement par l’intrigue mais aussi par la profondeur des personnages et des thématiques abordées.

Le rendez-vous chez Detrad ce 14 décembre n’est donc pas seulement une occasion de rencontrer l’auteur, mais une chance unique pour les fans et les curieux de plonger dans l’univers fascinant de « Le Livre des Merveilles ». Les lecteurs pourront poser leurs questions, obtenir des dédicaces personnalisées et peut-être même glaner quelques indices sur les prochaines aventures de Marcas.

La librairie prévoit une ambiance conviviale avec un coin café où les discussions littéraires pourront se prolonger, dans l’esprit de partage et de découverte propre aux œuvres de Ravenne et Giacometti. Cet événement promet de ne pas être seulement une séance de dédicace, mais une véritable célébration de la littérature et de l’imaginaire, faisant de la rue Cadet un point de ralliement pour tous ceux qui cherchent à dénouer les mystères du monde à travers les pages d’un livre.

La légende d’Hiram et la mixité

Le passe-port pour le royaume

La mixité peut se définir comme la réintégration dans l’unité de la dualité.

Cependant, même si, essentiellement, on est attachée à un aspect particulier de la dualité, le féminin et le masculin, d’autres « dualitudes » apparaissent comme implicites. Comme dans tous les archétypes de la totalité, la dualité s’impose avec sa bipolarisation, chtonienne dionysiaque et nocturne d’un côté, diurne, agraire et apollinienne, de l’autre. Ces deux pôles sont symboliques et peuvent toujours faire référence au masculin et au féminin.

Par analogie avec la manifestation du Un, évoqué dans l’Arbre de vie, comme se faisant par strates imbriquées, descendantes et se complexifiant jusqu’à l’incarnation au moment de la conception de l’humain, le fœtus, aussi, commence par l’androgynie, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de caractère de sexualisation en lui, la différenciation n’intervenant qu’à partir de quelques semaines. «Dieu fit l’homme à son image, il le fit homme et femme à la fois». C’est seulement lorsque le monde fut fini qu’il distingua Ève de Adam.

Le retour au commencement édénique, à la source primordiale de la Lumière, semble devoir emprunter des voies, des phases ascendantes qui referaient le chemin inverse de l’incarnation. La sublimation, en tant que recherche de la transcendance, passe par la mixité, au sens donné dans la définition ci-dessus. C’est, entre autres, ce que nous raconte la légende d’Hiram.

Interpréter, c’est s’interpréter, se raconter, s’inventer. Le monde est comme un bloc de pierre proposé au sculpteur ; il n’y a pas qu’une statue dans la pierre. L’étude déploie un espace de liberté, de devenir. Celui qui questionne prend le chemin dont l’itinéraire est inconnu et dont le tracé est celui des pas qui avancent, qui se croisent, reculent parfois, enjambent et poursuivent.

Comprendre un texte, c’est se comprendre devant un texte et recevoir de lui les conditions d’un soi autre que le moi qui vient à la lecture. Ricœur écrit : «non point imposer au texte sa capacité finie de comprendre, mais s’exposer au texte et recevoir de lui un soi plus vaste».

Il est un livre existentiel, la Bible qui se donne à interprétation, donc à la compréhension de soi.Alors se pose le problème de la traduction, passage obligé pour moi, vers ce texte écrit originellement dans une langue que je ne connais pas. Cette traduction a-t-elle conservé les vertus de l’Histoire authentique ? N’y a-t-il pas effacement, profanation, réécriture, passage par le moi d’un traducteur ? En un mot hérésie ? Alors écartons les différences, les détails et ne retenons que les faits.

En ce temps, un fondeur de bronze et d’airain, de grande renommée pour son art, vivait à Tyr et fut mandé par un roi étranger, ami de son roi, pour accomplir toute l’œuvre en métal destinée à marquer la maison d’un Dieu, les objets de l’entrée ainsi que d’autres objets, dont les cuves qui recevaient l’eau des purifications. C’est par la parole de ce Dieu à David son père, que Salomon, roi des Hébreux, reçut vocation à construire le Temple de Jérusalem.  Tout ce qui fut construit fut témoignage. C’était une parole de la manifestation, de la révélation. L’ouvrage était forcément le même texte que les écritures. Il rendait compte comme la Bible même.

Hiram façonna les 2 colonnes. Sous Nabuchodonosor, les Chaldéens les brisèrent ainsi que le reste de l’œuvre d’Hiram (2R 25.13). Le métal des morceaux brisés fut transporté à Babylone (JR 27.19). L’insistance de plusieurs textes sur ces colonnes atteste l’importance qu’elles ont par rapport au temple. Elles sont le commencement, l’entrée, les relais, la porte à franchir par lesquelles et à travers lesquelles l’intelligence peut avoir une vision, bien que partielle, du Dieu des Hébreux. Elles marquent l’inaccessible pour le non-initié. Elles sont les clés de la porte du Royaume. C’est pour cela qu’elles furent brisées, par les vainqueurs des Hébreux, pour les empêcher de ré-entrer dans le lieu sacré de leur identification. C’était faire un autodafé d’un texte révélé. C’était annoncer d’autres autodafés.

Hiram était fondeur. Tubalcaïn ou Prométhée ? Son signe est le feu. Il est placé d’emblée dans une symbolique solaire. Il est le masculin et nous verrons l’importance de cet aspect. Il est, pour le moment, la pulsion du savoir, il est le maître de ses connaissances.  Les alliages, qu’il fabrique, synthétisent l’œuvre du feu sur les métaux, c’est l’alchimie qui conjugue le monde des planètes du ciel avec celui de la transmutation de l’humain. Hiram incarna son savoir. Il façonna les 2 colonnes. Qu’a-t-il voulu dire par son œuvre ?

Il les a faites J et B, J comme Joram ou Huram ou Hiram, roi de Tyr, qui le remarqua parmi tous les autres et l’envoya à Salomon, lui, son art et les bois et les métaux nécessaires à la construction du temple. À toi mon roi, à toi qui sait ce que je sais et qui m’a permis d’accomplir mon œuvre, à toi la colonne J. Ou bien à toi, Jérusalem, vouée à devenir céleste, où se fonde le grand temple, à toi la colonne J. Ou plus simplement à toi «iod, hé, vav, hé», le mot du Maître, nom du principe premier fécondateur, à toi la colonne J (le J remplace le iod hébreu).

À toi Bethsabée, femme de David qui a engendré Salomon, mère de cet enfant qu’elle fit roi et par lequel je suis devenu messager d’une parole à révéler. À toi, la mère, la matrice fécondée, à toi la colonne B. Ou à toi Balkis, reine de Saba, qui a tant admiré mon œuvre et pour qui fut coulée la mer d’airain, comme le rapporte Gérard de Nerval. Bethsabée, Bethléem ou Béréchit, tu es le commencement manifesté, à toi la colonne B.

Beth, c’est le premièrement du verbe tout entier, la lettre par laquelle commence le commencement de la création, la lettre pourtant deuxième de son alphabet, et qui dit ainsi de rechercher l’aleph pour trouver le vrai début. Beth, c’est la vierge annoncée par Isaïe et devant enfanter, toutes les virgines pariturae, dont la fécondation se fera par le principe mâle de J. Il est à noter qu’à Chartres, régnait dans un temps bien antérieur aux chrétiens et même aux Celtes, une vierge-mère qui était sans doute une vierge noire et qui avait peut-être eu nom Isis, Démeter ou Bélisama.

Mais Hiram ou Salomon, selon les textes, savait lire et écrire. On ne s’arrêta pas à épeler la première lettre. Les colonnes furent nommées Jakin et Boaz : Jakin établit, fonde ; Boaz, en lui la force, reçoit, est  fécondé et accomplit Jakin.

Les deux colonnes, pas d’autres colonnes, pas des colonnes, les deux colonnes[1] dressent dans leurs significations tout l’arbre séphirothique. En J, la voie active de la manifestation ; en B, la voie passive. Ces colonnes appartiennent au monde d’Yetsirah. Les piliers extérieurs, ce sont les reflets clairement différenciés en mâle et femelle de l’homme androgyne, créé dans le monde de Bériah et séparé en Adam et Ève en Yethsirah. Les textes ne disent pas qu’elles sont symétriques ni semblables. L’une d’elle est décrite par sa hauteur, l’autre par son diamètre. Ce serait une erreur d’interprétation que de les rendre pareilles. Il s’établit alors une correspondance, une altérité sans identification, de celle qui est haute, de celle qui est large. C’est affirmer la différence, maintenir et laisser libre la dimension de l’étrangeté et de l’ailleurs. C’est dire que l’autre ne revient pas toujours au même. L’autre n’est alors comme opposé que de son autre.

Les colonnes sont séparées, à côté l’une de l’autre. Pas ensemble, pas homme et femme à la fois. Blanche ou rouge, à gauche ou à droite, mâle ou femelle, avec des grenades ou des lys, bronze ou airain. Peu importe. Parce que séparées elles tracent un seuil entre deux polarités. Le traverser, pour pénétrer dans le sanctuaire, c’est se laisser irradier par la magie du passage au milieu qui fait la synthèse du principe mâle et du principe femelle ouvrant sur le monde supérieur à la rencontre de l’Adam bériatique… et peut-être plus encore sur l’Adam Kadmon.

La mixité en l’être s’impose comme interprétation de l’œuvre d’Hiram.

L’ouverture rend possible le passage d’un mode d’être à un autre, d’une situation existentielle à une autre. Pour s’achever, l’homme doit traverser le seuil marqué par les colonnes et se retrouver naissant une deuxième fois spirituellement. La colonne décrite par sa hauteur, c’est la colonne en élévation, en érection dont l’énergie est ascendante. C’est J la verticalité. Celle définie par son enceinte, c’est B, l’horizontalité. En passant entre J et B, l’initié réintègre en lui ces 2 orientations et reçoit la croix. J.B. annoncent que l’initiation s’accomplira par la croix. On peut remarquer que Boaz, personnage de la Bible, est considéré comme la source du Messie en tant qu’ancêtre de David et c’est à partir de lui que s’accomplira la promesse faite à Abraham. En se mariant avec Ruth, descendante incestueuse d’une fille de Loth, étrangère convertie au judaïsme, il engendre au travers de son descendant le messie de l’universel. Le messie, annoncé dans l’ancien testament, issu de Boaz et de Ruth, c’est la mémoire incarnée de la totalité des expériences humaines, effectives, affectives et ethniques. C’est la reconnaissance et l’acceptation de toute altérité. C’est la mixité sublimée.

Si l’homme est capable de se mettre en accord avec les lois de l’univers, tant extérieur qu’intérieur, il retrouvera l’harmonie universelle. Le monde apparaît avec son inhérente dualité. La mono cellule primitive est éternelle parce qu’elle se régénère par sa division. L’apparition de la sexualisation dans l’évolution des espèces a introduit la mort parce qu’en engendrant un 3ème terme, les deux géniteurs disparaissent pour lui laisser, à un moment donné, leur place. Le retour à l’unité, c’est ne pas s’identifier à une seule colonne, mais d’être le lieu de la réintégration de leurs significations: la mixité.

Boaz attend Jakin. J et B, 10 et 2, germe et matrice, et nommés, forcément avec une intention herméneutique, annoncent le 3 en tant que retour à l’unité.

L’initiation, à travers la légende d’Hiram est une fécondation, une re-naissance, une transmutation qui s’opère par une mort et une résurrection rituelles. La mort et la résurrection d’Hiram constitue une légende exemplaire, comme tous les mythes ou contes de divinités assassinées. Ces légendes servent de modèle au comportement humain ; elles fondent l’être dans le sacré.

C’est grâce au symbole que l’être sort de sa situation et s’ouvre sur l’universel. Le symbole éveille l’expérience individuelle et la transmue en acte spirituel, en saisie métaphysique du monde. En comprenant le symbole, l’être réussit à vivre l’universel donc à vivre la transcendance.

Hiram, symbole mâle, enterré sous le tertre, est le semen virile pour la terra mater ou la tellus mater bien connu des religions méditerranéennes, qui donne naissance à tous les êtres. Sa mort est l’occasion du passage dans les tréfonds telluriques, c’est la descente, mais aussi la fertilisation de ce qui est en bas par ce qui est en haut, du principe féminin par le principe masculin, de la terre par le ciel.

Après être passé entre les colonnes du Temple, dont la matière, l’airain, affirme l’alliance indissoluble du ciel et de la terre, le grand prêtre (le Cohen Gadol) arrivait au Saint des Saints. Une fois par an, revêtu de tous les symboles qui témoignaient de sa représentation du monde, il venait prononcer le nom imprononçable de Dieu, pour rendre le service de celui qui existe à l’Un. Au bas de sa robe, des clochettes pour féconder, par les sons et la forme, ce qui est en bas par ce qui est en haut, au cours de cet espace-temps hiérophanique.

En pénétrant dans la terre, Hiram accomplit un rituel conjugal cosmique. Ce serait une hiérogamie si Hiram eût été un Dieu. Il ne l’était pas, c’est pourquoi nous parlons de légende à son propos et non de mythe.

À noter que l’union sexuelle, chez les Hébreux, est considérée comme une union devant Dieu. Cela renvoie au sacré. C’est dire que si l’homme se conçoit comme un microcosme, dans l’accouplement, il retrouve le sacré qu’il reconnaît dans le cosmos. Pour l’être religieux, et comment considérer Salomon et Hiram autrement, le cosmos vit et parle. Il n’est pas sans but ni sans signification. La mort d’Hiram demande que soient sanctifiés les rapports de l’homme et de la femme en tant que recommencements des commencements, en tant qu’acte primordial. En tant que géographie sacrée, la tombe d’Hiram est une chambre nuptiale cosmique.

Sa résurrection, c’est l’accouchement de l’être renouvelé, le passage de l’horizontalité à la verticalité. Au sens gnostique, ce terme  est synonyme d’éveil, de réalisation dès ici-bas.

Reprenons le logion tiré de l’évangile selon Thomas, trouvé dans la bibliothèque de Nag-Hammadi ; parole rapportée de Jésus le nazaréen, de la secte essénienne des Nazaréens : «Jésus a dit/Je suis la lumière qui est sur eux tous/Je suis le tout/Le tout est sorti de moi/Et le tout est parvenu à moi/Fendez le bois, je suis là/Levez la pierre/Vous me trouverez». Il dit encore : «Ma mère m’a enfanté, mais ma mère véritable m’a donné la vie. Oui, la Mère divine est là pour nous permettre de retrouver le chemin de la lumière, de l’Un». Écoutons-la dans ce petit traité de Nag-Hammadi appelé Le Bronté  : «Je suis l’union et la dissolution/Je suis le repos et le départ/Je suis la descente et c’est vers moi que l’on remontera». Et elle nous apostrophe encore : «Multiples sont les formes séduisantes qui émanent de nombreux pêchés et du manque de retenue et des passions déshonorantes, des plaisirs fugitifs qui hantent jusqu’à ce qu’on soit sobre et qu’on monte au lieu du repos, et là on me trouvera et on vivra et on ne connaîtra plus la mort».

Faire vivre au compagnon le psychodrame de la mort et de la résurrection d’Hiram, c’est lui faire parcourir le chemin cosmique de l’initiation au cours duquel, à la fin, la chair putrescible aura quitté les os incorruptibles. M B! Le message est le même que celui de Sophia, la Mère-divine : «Renonce à ce qui te divise, à ta corporéité en descendant, puis remonte en rassemblant ce qui est épars, ce qui est esprit ; te relever, c’est t’élever». L’être qui cherche son autonomie peut plonger dans cette pâte originelle qui l’épure de ses passions, de ses pulsions, de ses débordements, pour en faire un Maître.

L’enfouissement d’Hiram, après son assassinat, c’est le scénario d’un rituel initiatique qui, au cours de la cérémonie d’élévation, transforme l’homme naturel en homme culturel et spirituel, en être alchimisé. C’est le compagnon, le Frère(ou la Sœur) qui accomplit sur le Maître à revenir le meurtre régénérateur.

L’œuvre maîtresse  d’Hiram est de donner à l’initié à vivre le rite de sa propre mort violente, suivie d’une dynamique ascensionnelle. Hiram apparaît comme une légende gnostique. Sa légende rappelle, bien évidemment, les mystères d’Osiris. C’est l’aventure prodigieuse, sans cesse revécue, de la recherche de l’Un originel par celui qui sera élevé Maître. C’est par l’acte rituel que s’accomplissent le plus parfaitement la commémoration et la transmission du «faire être» qu’exige toute tradition véritable de l’expérience du sacré. Que celui qui cherche ne cesse de chercher, jusqu’à ce qu’il trouve bouleversements, émerveillements et unification. Que le règne de Maat arrive!

Jésus, Hiram rétablissent magistralement le rôle et la fonction de la Mère-divine de l’androgynie. C’est rappeler, à travers la descente au tombeau et la résurrection que le compagnon s’accouche Maître et que le franc-maçon, s’il veut découvrir le royaume, doit cultiver et élever ses composantes par l’unification du masculin et du féminin; que cette unification ne se fait pas seulement par la fusion des partenaires dans le couple, mais s’établit, à l’intérieur même d’un individu, par l’harmonisation de tous ses contraires.

On sait que chez certains gnostiques, l’esprit était féminin. Avec le Père, il formait une divinité androgyne, mais le plus souvent, il était appelé Sophia. «Quand vous ferez le Deux Un, Vous serez fils de l’homme» rapporte Thomas dans le  logion 106. Quand J et B s’accomplissent dans le Maître qui les unit, Jean le Baptiste surgit.

La condition humaine est une suite ininterrompue d’épreuves, de morts, de résurrections qui prennent un autre sens chaque fois que se répètent la gestation et la naissance d’Hiram. Le retour à l’origine, à l’unité primordiale, le rite de passage dans le nœud où se ligaturent ciel et terre commence sur le seuil du temple, entre les 2 colonnes. J’y suis. Hiram, légende masculine, fondement de la signification du troisième degré, de la résurrection du Maître en moi. Voilà pour le un. Moi femme, initiée et élevée à ce degré, voilà pour le deux. Le Droit Humain affirme l’égalité essentielle des deux humains, l’homme et la femme et avec son article 2 de ses règlements généraux, l’ordre s’impose une méthode rituelle et symbolique, grâce à quoi ses membres édifient leur temple à la perfection et à la gloire de l’humanité ; voilà le trois. Par le Droit Humain se fait le retour à l’unité qui m’identifie dans la mixité de l’esprit.

Je m’appelle Hiram  Abif, fils de la veuve. D’un côté le chaos, de l’autre la lumière, le kodech kodéchim (le Saint des Saints). ô ma mort je t’appelle. Putréfie en moi ce qui m’empêche d’être Maître, féconde-moi de sagesse, de force et d’harmonie. Avec toi, qu’il me soit donné de faire dans ma vie ce pas qui m’affranchira vers le royaume intérieur.


[1] Voir aussi l’article 450.fm/2022/01/25/histoires-de-colonnes/.