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La légende d’Hiram et la mixité

Le passe-port pour le royaume

La mixité peut se définir comme la réintégration dans l’unité de la dualité.

Cependant, même si, essentiellement, on est attachée à un aspect particulier de la dualité, le féminin et le masculin, d’autres « dualitudes » apparaissent comme implicites. Comme dans tous les archétypes de la totalité, la dualité s’impose avec sa bipolarisation, chtonienne dionysiaque et nocturne d’un côté, diurne, agraire et apollinienne, de l’autre. Ces deux pôles sont symboliques et peuvent toujours faire référence au masculin et au féminin.

Par analogie avec la manifestation du Un, évoqué dans l’Arbre de vie, comme se faisant par strates imbriquées, descendantes et se complexifiant jusqu’à l’incarnation au moment de la conception de l’humain, le fœtus, aussi, commence par l’androgynie, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de caractère de sexualisation en lui, la différenciation n’intervenant qu’à partir de quelques semaines. «Dieu fit l’homme à son image, il le fit homme et femme à la fois». C’est seulement lorsque le monde fut fini qu’il distingua Ève de Adam.

Le retour au commencement édénique, à la source primordiale de la Lumière, semble devoir emprunter des voies, des phases ascendantes qui referaient le chemin inverse de l’incarnation. La sublimation, en tant que recherche de la transcendance, passe par la mixité, au sens donné dans la définition ci-dessus. C’est, entre autres, ce que nous raconte la légende d’Hiram.

Interpréter, c’est s’interpréter, se raconter, s’inventer. Le monde est comme un bloc de pierre proposé au sculpteur ; il n’y a pas qu’une statue dans la pierre. L’étude déploie un espace de liberté, de devenir. Celui qui questionne prend le chemin dont l’itinéraire est inconnu et dont le tracé est celui des pas qui avancent, qui se croisent, reculent parfois, enjambent et poursuivent.

Comprendre un texte, c’est se comprendre devant un texte et recevoir de lui les conditions d’un soi autre que le moi qui vient à la lecture. Ricœur écrit : «non point imposer au texte sa capacité finie de comprendre, mais s’exposer au texte et recevoir de lui un soi plus vaste».

Il est un livre existentiel, la Bible qui se donne à interprétation, donc à la compréhension de soi.Alors se pose le problème de la traduction, passage obligé pour moi, vers ce texte écrit originellement dans une langue que je ne connais pas. Cette traduction a-t-elle conservé les vertus de l’Histoire authentique ? N’y a-t-il pas effacement, profanation, réécriture, passage par le moi d’un traducteur ? En un mot hérésie ? Alors écartons les différences, les détails et ne retenons que les faits.

En ce temps, un fondeur de bronze et d’airain, de grande renommée pour son art, vivait à Tyr et fut mandé par un roi étranger, ami de son roi, pour accomplir toute l’œuvre en métal destinée à marquer la maison d’un Dieu, les objets de l’entrée ainsi que d’autres objets, dont les cuves qui recevaient l’eau des purifications. C’est par la parole de ce Dieu à David son père, que Salomon, roi des Hébreux, reçut vocation à construire le Temple de Jérusalem.  Tout ce qui fut construit fut témoignage. C’était une parole de la manifestation, de la révélation. L’ouvrage était forcément le même texte que les écritures. Il rendait compte comme la Bible même.

Hiram façonna les 2 colonnes. Sous Nabuchodonosor, les Chaldéens les brisèrent ainsi que le reste de l’œuvre d’Hiram (2R 25.13). Le métal des morceaux brisés fut transporté à Babylone (JR 27.19). L’insistance de plusieurs textes sur ces colonnes atteste l’importance qu’elles ont par rapport au temple. Elles sont le commencement, l’entrée, les relais, la porte à franchir par lesquelles et à travers lesquelles l’intelligence peut avoir une vision, bien que partielle, du Dieu des Hébreux. Elles marquent l’inaccessible pour le non-initié. Elles sont les clés de la porte du Royaume. C’est pour cela qu’elles furent brisées, par les vainqueurs des Hébreux, pour les empêcher de ré-entrer dans le lieu sacré de leur identification. C’était faire un autodafé d’un texte révélé. C’était annoncer d’autres autodafés.

Hiram était fondeur. Tubalcaïn ou Prométhée ? Son signe est le feu. Il est placé d’emblée dans une symbolique solaire. Il est le masculin et nous verrons l’importance de cet aspect. Il est, pour le moment, la pulsion du savoir, il est le maître de ses connaissances.  Les alliages, qu’il fabrique, synthétisent l’œuvre du feu sur les métaux, c’est l’alchimie qui conjugue le monde des planètes du ciel avec celui de la transmutation de l’humain. Hiram incarna son savoir. Il façonna les 2 colonnes. Qu’a-t-il voulu dire par son œuvre ?

Il les a faites J et B, J comme Joram ou Huram ou Hiram, roi de Tyr, qui le remarqua parmi tous les autres et l’envoya à Salomon, lui, son art et les bois et les métaux nécessaires à la construction du temple. À toi mon roi, à toi qui sait ce que je sais et qui m’a permis d’accomplir mon œuvre, à toi la colonne J. Ou bien à toi, Jérusalem, vouée à devenir céleste, où se fonde le grand temple, à toi la colonne J. Ou plus simplement à toi «iod, hé, vav, hé», le mot du Maître, nom du principe premier fécondateur, à toi la colonne J (le J remplace le iod hébreu).

À toi Bethsabée, femme de David qui a engendré Salomon, mère de cet enfant qu’elle fit roi et par lequel je suis devenu messager d’une parole à révéler. À toi, la mère, la matrice fécondée, à toi la colonne B. Ou à toi Balkis, reine de Saba, qui a tant admiré mon œuvre et pour qui fut coulée la mer d’airain, comme le rapporte Gérard de Nerval. Bethsabée, Bethléem ou Béréchit, tu es le commencement manifesté, à toi la colonne B.

Beth, c’est le premièrement du verbe tout entier, la lettre par laquelle commence le commencement de la création, la lettre pourtant deuxième de son alphabet, et qui dit ainsi de rechercher l’aleph pour trouver le vrai début. Beth, c’est la vierge annoncée par Isaïe et devant enfanter, toutes les virgines pariturae, dont la fécondation se fera par le principe mâle de J. Il est à noter qu’à Chartres, régnait dans un temps bien antérieur aux chrétiens et même aux Celtes, une vierge-mère qui était sans doute une vierge noire et qui avait peut-être eu nom Isis, Démeter ou Bélisama.

Mais Hiram ou Salomon, selon les textes, savait lire et écrire. On ne s’arrêta pas à épeler la première lettre. Les colonnes furent nommées Jakin et Boaz : Jakin établit, fonde ; Boaz, en lui la force, reçoit, est  fécondé et accomplit Jakin.

Les deux colonnes, pas d’autres colonnes, pas des colonnes, les deux colonnes[1] dressent dans leurs significations tout l’arbre séphirothique. En J, la voie active de la manifestation ; en B, la voie passive. Ces colonnes appartiennent au monde d’Yetsirah. Les piliers extérieurs, ce sont les reflets clairement différenciés en mâle et femelle de l’homme androgyne, créé dans le monde de Bériah et séparé en Adam et Ève en Yethsirah. Les textes ne disent pas qu’elles sont symétriques ni semblables. L’une d’elle est décrite par sa hauteur, l’autre par son diamètre. Ce serait une erreur d’interprétation que de les rendre pareilles. Il s’établit alors une correspondance, une altérité sans identification, de celle qui est haute, de celle qui est large. C’est affirmer la différence, maintenir et laisser libre la dimension de l’étrangeté et de l’ailleurs. C’est dire que l’autre ne revient pas toujours au même. L’autre n’est alors comme opposé que de son autre.

Les colonnes sont séparées, à côté l’une de l’autre. Pas ensemble, pas homme et femme à la fois. Blanche ou rouge, à gauche ou à droite, mâle ou femelle, avec des grenades ou des lys, bronze ou airain. Peu importe. Parce que séparées elles tracent un seuil entre deux polarités. Le traverser, pour pénétrer dans le sanctuaire, c’est se laisser irradier par la magie du passage au milieu qui fait la synthèse du principe mâle et du principe femelle ouvrant sur le monde supérieur à la rencontre de l’Adam bériatique… et peut-être plus encore sur l’Adam Kadmon.

La mixité en l’être s’impose comme interprétation de l’œuvre d’Hiram.

L’ouverture rend possible le passage d’un mode d’être à un autre, d’une situation existentielle à une autre. Pour s’achever, l’homme doit traverser le seuil marqué par les colonnes et se retrouver naissant une deuxième fois spirituellement. La colonne décrite par sa hauteur, c’est la colonne en élévation, en érection dont l’énergie est ascendante. C’est J la verticalité. Celle définie par son enceinte, c’est B, l’horizontalité. En passant entre J et B, l’initié réintègre en lui ces 2 orientations et reçoit la croix. J.B. annoncent que l’initiation s’accomplira par la croix. On peut remarquer que Boaz, personnage de la Bible, est considéré comme la source du Messie en tant qu’ancêtre de David et c’est à partir de lui que s’accomplira la promesse faite à Abraham. En se mariant avec Ruth, descendante incestueuse d’une fille de Loth, étrangère convertie au judaïsme, il engendre au travers de son descendant le messie de l’universel. Le messie, annoncé dans l’ancien testament, issu de Boaz et de Ruth, c’est la mémoire incarnée de la totalité des expériences humaines, effectives, affectives et ethniques. C’est la reconnaissance et l’acceptation de toute altérité. C’est la mixité sublimée.

Si l’homme est capable de se mettre en accord avec les lois de l’univers, tant extérieur qu’intérieur, il retrouvera l’harmonie universelle. Le monde apparaît avec son inhérente dualité. La mono cellule primitive est éternelle parce qu’elle se régénère par sa division. L’apparition de la sexualisation dans l’évolution des espèces a introduit la mort parce qu’en engendrant un 3ème terme, les deux géniteurs disparaissent pour lui laisser, à un moment donné, leur place. Le retour à l’unité, c’est ne pas s’identifier à une seule colonne, mais d’être le lieu de la réintégration de leurs significations: la mixité.

Boaz attend Jakin. J et B, 10 et 2, germe et matrice, et nommés, forcément avec une intention herméneutique, annoncent le 3 en tant que retour à l’unité.

L’initiation, à travers la légende d’Hiram est une fécondation, une re-naissance, une transmutation qui s’opère par une mort et une résurrection rituelles. La mort et la résurrection d’Hiram constitue une légende exemplaire, comme tous les mythes ou contes de divinités assassinées. Ces légendes servent de modèle au comportement humain ; elles fondent l’être dans le sacré.

C’est grâce au symbole que l’être sort de sa situation et s’ouvre sur l’universel. Le symbole éveille l’expérience individuelle et la transmue en acte spirituel, en saisie métaphysique du monde. En comprenant le symbole, l’être réussit à vivre l’universel donc à vivre la transcendance.

Hiram, symbole mâle, enterré sous le tertre, est le semen virile pour la terra mater ou la tellus mater bien connu des religions méditerranéennes, qui donne naissance à tous les êtres. Sa mort est l’occasion du passage dans les tréfonds telluriques, c’est la descente, mais aussi la fertilisation de ce qui est en bas par ce qui est en haut, du principe féminin par le principe masculin, de la terre par le ciel.

Après être passé entre les colonnes du Temple, dont la matière, l’airain, affirme l’alliance indissoluble du ciel et de la terre, le grand prêtre (le Cohen Gadol) arrivait au Saint des Saints. Une fois par an, revêtu de tous les symboles qui témoignaient de sa représentation du monde, il venait prononcer le nom imprononçable de Dieu, pour rendre le service de celui qui existe à l’Un. Au bas de sa robe, des clochettes pour féconder, par les sons et la forme, ce qui est en bas par ce qui est en haut, au cours de cet espace-temps hiérophanique.

En pénétrant dans la terre, Hiram accomplit un rituel conjugal cosmique. Ce serait une hiérogamie si Hiram eût été un Dieu. Il ne l’était pas, c’est pourquoi nous parlons de légende à son propos et non de mythe.

À noter que l’union sexuelle, chez les Hébreux, est considérée comme une union devant Dieu. Cela renvoie au sacré. C’est dire que si l’homme se conçoit comme un microcosme, dans l’accouplement, il retrouve le sacré qu’il reconnaît dans le cosmos. Pour l’être religieux, et comment considérer Salomon et Hiram autrement, le cosmos vit et parle. Il n’est pas sans but ni sans signification. La mort d’Hiram demande que soient sanctifiés les rapports de l’homme et de la femme en tant que recommencements des commencements, en tant qu’acte primordial. En tant que géographie sacrée, la tombe d’Hiram est une chambre nuptiale cosmique.

Sa résurrection, c’est l’accouchement de l’être renouvelé, le passage de l’horizontalité à la verticalité. Au sens gnostique, ce terme  est synonyme d’éveil, de réalisation dès ici-bas.

Reprenons le logion tiré de l’évangile selon Thomas, trouvé dans la bibliothèque de Nag-Hammadi ; parole rapportée de Jésus le nazaréen, de la secte essénienne des Nazaréens : «Jésus a dit/Je suis la lumière qui est sur eux tous/Je suis le tout/Le tout est sorti de moi/Et le tout est parvenu à moi/Fendez le bois, je suis là/Levez la pierre/Vous me trouverez». Il dit encore : «Ma mère m’a enfanté, mais ma mère véritable m’a donné la vie. Oui, la Mère divine est là pour nous permettre de retrouver le chemin de la lumière, de l’Un». Écoutons-la dans ce petit traité de Nag-Hammadi appelé Le Bronté  : «Je suis l’union et la dissolution/Je suis le repos et le départ/Je suis la descente et c’est vers moi que l’on remontera». Et elle nous apostrophe encore : «Multiples sont les formes séduisantes qui émanent de nombreux pêchés et du manque de retenue et des passions déshonorantes, des plaisirs fugitifs qui hantent jusqu’à ce qu’on soit sobre et qu’on monte au lieu du repos, et là on me trouvera et on vivra et on ne connaîtra plus la mort».

Faire vivre au compagnon le psychodrame de la mort et de la résurrection d’Hiram, c’est lui faire parcourir le chemin cosmique de l’initiation au cours duquel, à la fin, la chair putrescible aura quitté les os incorruptibles. M B! Le message est le même que celui de Sophia, la Mère-divine : «Renonce à ce qui te divise, à ta corporéité en descendant, puis remonte en rassemblant ce qui est épars, ce qui est esprit ; te relever, c’est t’élever». L’être qui cherche son autonomie peut plonger dans cette pâte originelle qui l’épure de ses passions, de ses pulsions, de ses débordements, pour en faire un Maître.

L’enfouissement d’Hiram, après son assassinat, c’est le scénario d’un rituel initiatique qui, au cours de la cérémonie d’élévation, transforme l’homme naturel en homme culturel et spirituel, en être alchimisé. C’est le compagnon, le Frère(ou la Sœur) qui accomplit sur le Maître à revenir le meurtre régénérateur.

L’œuvre maîtresse  d’Hiram est de donner à l’initié à vivre le rite de sa propre mort violente, suivie d’une dynamique ascensionnelle. Hiram apparaît comme une légende gnostique. Sa légende rappelle, bien évidemment, les mystères d’Osiris. C’est l’aventure prodigieuse, sans cesse revécue, de la recherche de l’Un originel par celui qui sera élevé Maître. C’est par l’acte rituel que s’accomplissent le plus parfaitement la commémoration et la transmission du «faire être» qu’exige toute tradition véritable de l’expérience du sacré. Que celui qui cherche ne cesse de chercher, jusqu’à ce qu’il trouve bouleversements, émerveillements et unification. Que le règne de Maat arrive!

Jésus, Hiram rétablissent magistralement le rôle et la fonction de la Mère-divine de l’androgynie. C’est rappeler, à travers la descente au tombeau et la résurrection que le compagnon s’accouche Maître et que le franc-maçon, s’il veut découvrir le royaume, doit cultiver et élever ses composantes par l’unification du masculin et du féminin; que cette unification ne se fait pas seulement par la fusion des partenaires dans le couple, mais s’établit, à l’intérieur même d’un individu, par l’harmonisation de tous ses contraires.

On sait que chez certains gnostiques, l’esprit était féminin. Avec le Père, il formait une divinité androgyne, mais le plus souvent, il était appelé Sophia. «Quand vous ferez le Deux Un, Vous serez fils de l’homme» rapporte Thomas dans le  logion 106. Quand J et B s’accomplissent dans le Maître qui les unit, Jean le Baptiste surgit.

La condition humaine est une suite ininterrompue d’épreuves, de morts, de résurrections qui prennent un autre sens chaque fois que se répètent la gestation et la naissance d’Hiram. Le retour à l’origine, à l’unité primordiale, le rite de passage dans le nœud où se ligaturent ciel et terre commence sur le seuil du temple, entre les 2 colonnes. J’y suis. Hiram, légende masculine, fondement de la signification du troisième degré, de la résurrection du Maître en moi. Voilà pour le un. Moi femme, initiée et élevée à ce degré, voilà pour le deux. Le Droit Humain affirme l’égalité essentielle des deux humains, l’homme et la femme et avec son article 2 de ses règlements généraux, l’ordre s’impose une méthode rituelle et symbolique, grâce à quoi ses membres édifient leur temple à la perfection et à la gloire de l’humanité ; voilà le trois. Par le Droit Humain se fait le retour à l’unité qui m’identifie dans la mixité de l’esprit.

Je m’appelle Hiram  Abif, fils de la veuve. D’un côté le chaos, de l’autre la lumière, le kodech kodéchim (le Saint des Saints). ô ma mort je t’appelle. Putréfie en moi ce qui m’empêche d’être Maître, féconde-moi de sagesse, de force et d’harmonie. Avec toi, qu’il me soit donné de faire dans ma vie ce pas qui m’affranchira vers le royaume intérieur.


[1] Voir aussi l’article 450.fm/2022/01/25/histoires-de-colonnes/.

Franc-maçonnerie et ésotérisme en Russie depuis le XVIIIe siècle

De notre confrère katholisches.info – Par le Père Paolo M. Siano

Présence maçonnique en Russie du XXe siècle à 2020

Dans ce dernier chapitre dont vous retrouverez tous les liens vers les versions originales en bas de cet article, je présente quelques informations sur la franc-maçonnerie russe de l’ère soviétique jusqu’en 2020.

7.1 La franc-maçonnerie clandestine en URSS et en Europe au-delà du rideau de fer

En 1961, la maison d’édition Arnoldo Mondadori publie le livre « Franc-maçonnerie » [ Les francs -maçons, Editions du Seuil, Paris 1961] du franc-maçon français Serge Hutin, qui fournit des informations intéressantes sur la présence maçonnique dans les pays communistes d’Europe de l’Est : « Aujourd’hui, la franc-maçonnerie est toujours interdite en URSS, mais même lorsque les loges sont fermées, certains se rassemblent Les frères maçonniques pratiquent entre eux des rites symboliques et se rencontrent en amitié. Leur rôle est insignifiant et ils n’ont aucune possibilité d’agir politiquement : les francs-maçons russes n’ont ni la volonté ni les moyens de renverser le régime. Dans les démocraties populaires d’Europe de l’Est, la franc-maçonnerie, institution bourgeoise, est évidemment clandestine. En Tchécoslovaquie, où les dirigeants précédents étaient des francs-maçons, l’ordre fut dissous ; seules les réunions privées sont possibles, et il semble que des réunions assez importantes aient lieu » (p. 128).

Et plus loin : « En Bulgarie et en Pologne, il existe des ‘triangles’ secrets dont les activités semblent bien connues des autorités. Sauf peut-être en Roumanie, nous n’avons assisté à aucune arrestation pour activités maçonniques en tant que telles. En 1957, un franc-maçon bulgare pouvait même écrire impunément depuis Sofia vers le Grand Orient de France et la Grande Loge de France . Bien sûr, la vie maçonnique est très limitée, même si les « Triangles » entreprennent de nouvelles initiations » (p. 128).

Hutin apprit d’« un important franc-maçon français » qu’autour d’un des plus importants francs-maçons bulgares, il y avait environ une douzaine ou une quinzaine de francs-maçons qui se réunissaient tous les samedis pour prendre le thé ; La police est probablement au courant de ses activités « philosophiques ». Ces activités maçonniques se poursuivent sans interruption depuis 1945/46, et quelques années avant 1961, un franc-maçon a donné deux conférences publiques sur l’occulte et la franc-maçonnerie devant environ 100 ou 140 personnes. De telles choses ne passent pas inaperçues (voir pp. 128-130).

7.2 Les francs-maçons russes dans la franc-maçonnerie française (GLDF, GLNF…) du XXe siècle

Vers la fin de 1994 ou peu après, les francs-maçons Félix Bonafé et Jean-Paul Delbert [membres de la Grande Loge Nationale de France] publient le livre « Michel Garder. Soldat – Résistant – Franc-Maçon » (sans date, lieu et éditeur) à propos de Michel Garder 33° (1916-1993), Colonel de l’Armée Française et Grand Commandeur du Conseil Suprême du 33ème et dernier degré de l’ Ancien et Accepté Écossais Rite (RSAA) pour la France, affilié à la Grande Loge Nationale Française ( GLNF ).

Michel Garder 33°

Michel Garder est né le 20 octobre 1916 à Saratow, en Russie (voir p. 9). La famille Garder émigre en France. Durant la Seconde Guerre mondiale, Michel se bat contre les Allemands. Il fut arrêté et déporté à Auschwitz-Birkenau en 1944. Après la guerre, il fut libéré, marié et reprit sa carrière militaire. En 1958, le capitaine Michel Garder obtient le certificat d’études militaires supérieures. Garder s’occupe de l’espionnage et du contre-espionnage. Il s’occupe également des études supérieures stratégiques. Mais une maladie soudaine, une opération et la mort suivirent (voir pp. 41-47). Le Colonel Michel Garder 33° est Grand Commandeur du Conseil Suprême du RSAA pour la France.

Passons maintenant au chapitre sur la vie maçonnique de Michel Garder 33°.

Avec la révolution bolchevique de 1917, la franc-maçonnerie fut interdite en Russie soviétique. En conséquence, une franc-maçonnerie russe a été fondée en France, sous la direction du consul russe à Paris de l’époque, le « frère » Léontiev Dimitrievich Kandaouroff, qui a reçu l’ordre de la Grande Loge de France (GLDF) de diriger les futurs cadres de cette franc-maçonnerie. La franc-maçonnerie russe s’organise à Paris. Le 21 octobre 1921, le franc-maçon Kandaouroff, sous l’obédience de la Grande Loge de France et de son Conseil Suprême RSAA, fonde le Chapitre Astrée, qui pratique rituellement du 4ème au 18ème degré RSAA et possède son propre rituel, inspiré du rituels anciens des loges russes du XVIIIe siècle. Le 21 octobre 1922 est fondée la Loge Astrea qui pratique les trois premiers degrés (voir p. 83). A cette époque, la Loge Astrée comprenait des nobles russes qui avaient fui les Soviétiques. En 1924, le consul Kandaouroff reçoit le 33e degré du RSAA (voir p. 83).

Voici les noms de quelques loges russes « symboliques » fondées en France entre 1925 et 1927 : « Aurore Boréale » , « Toison d’Or » ( qui deviendra plus tard la loge « Jupiter »), « Hermès » ; « Prométhée » ( voir p. 84).

Le 13 juin 1956, le profane Michel Garder fut admis comme franc-maçon dans la loge « Astrea » (GLDF) susmentionnée, qui travaillait rituellement en russe. Le 23 mai 1958, il devient franc-maçon et le 12 juin 1959, il devient maître maçon. En 1965, il y a eu un exode massif des francs-maçons de la Grande Loge de France vers la Grande Loge Nationale Française . Le 23 juin 1965, la Loge « Astrea » n°100 est transférée à la GLNF. Michel Garder est son maître de chaire (voir p. 84f). Michel Garder devient Grand Secrétaire, puis 2e Grand Superviseur et 1er Grand Superviseur de la GLNF (voir p. 85).
En 1960, Garder [toujours dans le GLDF] fut accepté dans le rite écossais ancien et accepté (RSAA). Vers 1963/64, il reçut le 30e degré RSAA dans l’Aréopage « Ordo ab Chao » n° 639 (voir p. 85).

Une commission franco-russe du GLDF, composée de quatre francs-maçons importants (les français Charles Riandey et Michel Dumesnil de Grandemont et les russes Pierre Bobrinsky et Léon de Hoyer), élabore un rituel français du 30ème degré pour l’Aréopage Kadosh « Ordo ab Chao » , dans lequel sont inclus des thèmes gnostiques (« on fit entrer des motifs gnostiques », p. 85).

Bonafé et Delbert rapportent que Michel Garder appréciait beaucoup deux écrivains russes : Léon Chestov (1866-1938) et Nicolas Berdiaeff (1874-1948). Chestov était fasciné par la pensée néoplatonicienne et le mysticisme de Plotin (voir p. 87). Garder apprécie également le mysticisme néoplatonicien et le gnosticisme (voir p. 89). En 1969, Garder fut « couronné » (comme on l’appelle dans le jargon maçonnique) du 33ème degré RSAA, et la « couronne » fait référence à la Sefirah Kabbalistique « Kether », la première expression du principe dans le monde de la manifestation (cf. .p.95)…

7.2.1 Un « consistoire » RSAA du 32e degré pour la Russie…

Bonafé et Delbert rapportent qu’après la Première Guerre mondiale, avec l’arrivée des francs-maçons russes en France, le Conseil suprême du RSAA en France (affilié au GLDF) a jugé nécessaire d’établir un « consistoire » russophone (c’est-à-dire un Loge du 32ème degré du RSAA). Le 18 décembre 1926 est fondé à Paris le consistoire « Rossia n° 563 », installé le 10 février 1927 (voir p. 97f). Le Souverain Grand Commandeur du RSAA de France de l’époque, René Raymond (1879-1958), nomma le Frère Kandaouroff déjà mentionné comme Président de ce consistoire, qui annonça que ce consistoire deviendrait un jour le point de départ d’un Conseil Suprême du RSAA. de Russie (cf . p. 98). Cela se passera effectivement de cette façon.

Le 18 décembre 1992, après un long « sommeil », le Consistoire de Rossia renaît, composé de francs-maçons russes et ukrainiens. Ce « consistoire » est présidé par « Très Illustre Frère Lioubomer Houzar, 33ème » (p. 98). La décision de « relancer » ce consistoire dépendait de la nécessité d’avoir un consistoire qui préserverait la tradition maçonnique slave d’inspiration « écossaise » et permettrait la mise en place d’un Conseil suprême du RSAA de Russie en formant ses futurs dirigeants. Le Consistoire de Rossia a défini la stratégie pour l’établissement et la diffusion du rite écossais ancien et accepté en Russie et en Ukraine (voir p. 98).

Celui qui était alors Grand Commandeur du Suprême Conseil, Michel Garder 33°, a prononcé un discours en russe au Consistoire de Rossia dans lequel il s’est adressé au frère Georges Dergachev, qui a reçu le 32° à cette occasion (voir p. 98f).

Dans ce discours, Michel Garder 33. explique entre autres que le franc-maçon nouvellement ordonné du 32e degré (Dergachev) doit mener un combat en tête-à-tête pour vaincre le serpent et le forcer à servir [« vaincre le serpent pour le contraindre à servir » : Il s’agit d’une formulation rituelle du 30e degré du RSAA pour la France], et qu’il doit œuvrer en tant qu’organisateur et bâtisseur pour poser les bases de établir une future juridiction du RSAA pour la Russie (voir p. 99). Dergachev est « couronné » au 33e degré le 11 décembre 1993 et le 15 mai 1994 le Conseil suprême du RSAA pour la France crée à Moscou un Grand Consistoire (32e degré) du nom de « Michel Garder » (voir p.99). .

Il convient de souligner que Garder 33° précise qu’une des tâches du Maçon 32ème degré est de « vaincre le serpent afin de le forcer à servir » (« vaincre le serpent pour le contraindre à servir » : p . 99)… Une théorie qui rappelle la mentalité magique.

Quant au Frère Georges Dergachev, on lit plus loin dans le livre de Bonafé-Delbert que Dergachev est le premier Maître de Chaire de la Loge Harmonie N° 698 de l’Orient de Moscou, fondée le 11 janvier 1992 dans la Grande Loge Nationale Française . Le 8 septembre 1992, Garder 33° était l’hôte de cette loge russe, toujours dirigée par Dergachev, pour l’initiation de 12 profanes (voir p. 116). Garder 33° explique que l’effort d’initiation en Franc-maçonnerie passe d’abord par la mort dans le monde profane et la résurrection dans le monde du sacré (« la mort au monde profane et la renaissance au monde du Sacré »), la découverte du sacré en nous. et implique enfin la transformation et la perception du souffle créateur… Il est donc nécessaire que le franc-maçon meure et renaîte en Hiram pour accéder à la connaissance. atteindre (« le stade de la Connaissance » : cf. p. 102f). Le chemin d’initiation du RSAA mène également à la Kabbale juive et à l’alchimie (voir p. 104).

7.3 Influences maçonniques (et gnostiques) russes au 30e degré du RSAA en France (REAA–GLDF)

En 2000, les Editions Maçonniques de France (affiliées au Grand Orient de France ) et les Editions Cêtre publient conjointement la « Grande Encyclopédie Maçonnique des Symboles » de Jean-Pierre Bayard, Maître Maçon de la Grande Loge de France (GLDF ) et 33 °. Regardons quelques articles de cette encyclopédie maçonnique.

Chevalier Kadosh, aigle blanc et noir

Dans l’article « Grand Inspecteur et Grand Elu Chevalier Kadosch ou Chevalier de l’Aigle Blanc et Noir (30° Degré) » (pp. 195f) Bayard explique que le franc-maçon Kadosch (30°) était un soldat de l’Éternel (« univers complet’, « soldat de l’universel et de l’éternel « ) est, rituellement, l’épée flamboyante, la lance du saint Georges, le Caducée d’Hermès (« l’épée flamboyante, la lance inflexible de Saint-Georges, le Caducée d’Hermès » ) et lutte contre tous les despotismes et oppresseurs de la liberté de pensée et de conscience (« tous les despotismes, oppresseurs de la liberté de l’homme, de la liberté de pensée, de la liberté de conscience » cf. 195). Dans l’initiation au 30ème degré du RSAA apparaissent deux figures énigmatiques, appelées dans le texte français  » Poursuivants » , que l’on traduit littéralement par « Procurateurs », mais peut-être plus correctement par « Chevaliers » : les « Procurateurs » ou Chevaliers Blancs. , qui inspire la réflexion et les valeurs sacrées, et le « Procureur » ou Chevalier Noir, qui inspire plutôt l’action, la violence, le combat… Bayard explique que les personnages de Le Chevalier Blanc et le Chevalier Noir sont issus d’un rituel russe et montrent notre dualité (cf. p. 196).

Dans l’article « Poursuivants » (p. 365f) Bayard explique qu’au 30e degré RSAA les deux « procureurs » ou chevaliers, l’un vêtu de blanc, l’autre de noir, représentent la dualité du monde, le bien et le mal, l’ego et le soi, le Yin et le Yang, le soleil et la lune, le masculin et le féminin, représentent en bref la nécessité et la complémentarité des contraires (voir p. 365f). Bayard explique que cette partie du rituel du 30ème degré du RSAA a été introduite par les francs-maçons russes en exil pendant les deux guerres mondiales et est conservée par le Conseil Suprême du RSAA en France (voir p. 366), c’est-à-dire celui en charge du GLDF est connecté.

Dans le livre « Du Chevalier d’Orient… au Chevalier Kadosch. Etude du quinzième au trentième degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté » (Editions du Rocher, Monaco 2009), le franc-maçon Jean Mondet [GLDF et RSAA] montre également le 30e degré RSAA au 30e degré RSAA au Conseil Suprême (RSAA) de La France (SCDF) a pratiqué la forme. Le Kadosh porte un poignard noir et argent pour « tuer le traître » (« tutor le traître », cf. p. 472)… (Est-ce à comprendre uniquement symboliquement ?). Au 30e degré, la « batterie » de coups rituels est de 7 (2-2-2-1), symbolisant la dissolution de la dualité dans l’unité finale (« La dualité, une triple dualité et donc sur tous les plans de l’ être, résolue dans l’unité finale », p.

Selon Mondet, le franc-maçon du 30ème degré RSAA est un intermédiaire entre le divin et l’humain, et tel serait le sens de l’escalier mystique aux deux supports que le franc-maçon Kadosh doit monter et descendre (cf. p. 476f). ); Le franc-maçon Kadosch a donc une fonction sacerdotale (« l’action du Kadosch qui n’est alors qu’un intermédiaire, un agent divin et cela correspond parfaitement à sa fonction sacerdotale », p. 477)…

En 1935, sous l’obédience du SCDF (Conseil suprême de France du RSAA), un Aréopage (Chambre du 30e degré, Kadosh) est fondé en France, composé de francs-maçons russes réfugiés en France après la révolution bolchevique de 1917. . Ces francs-maçons russes introduisent le dialogue déjà évoqué entre le Chevalier Blanc et le Chevalier Noir ( » Les Poursuivants » ) , qui est adopté et retenu par les rituels français et devient une particularité du Conseil Suprême du RSAA en France ( » une spécificité du SCDF » : voir p. 487).

« Le Poursuivant Noir » (vêtu d’une robe noire) s’adresse aux candidats du 30ème degré de Kadosh : il les appelle à la violence, à la conquête du monde, au mépris des interdits et à la destruction comme nécessité de reconstruction (« P. Noir : « N’ayez crainte de détruire. Ne savez-vous pas qu’il faire place pour construire »); il croit que tout est matière et que les Kadosh doivent contrôler la matière avec leur volonté (voir p. 488)…

A l’opposé, « Le Poursuivant Blanc » (il porte une robe blanche) dit aux candidats du 30ème degré de Kadosh : Rejetez la violence, pratiquez l’humilité, considérez tout dans le monde comme saint, tout est saint, adorez les symboles, croyez, que tout est esprit, ne détruisez pas, mais utilisez bien les matériaux des anciennes constructions pour en construire de nouvelles (cf. p. 488)…

Suivant la logique de la coniunctio oppositorum, Mondet explique que les deux chevaliers, le Noir et le Blanc, sont deux faces de la personnalité du franc-maçon et de chacun de nous… Mondet affirme que si l’on suit les idéaux du « Poursuivant Blanc ». Il ne faut pas agir brutalement contre les idéaux opposés, c’est-à-dire ceux du « Poursuivant Noir », sinon on tomberait dans sa méthode brutale… Mondet affirme que si tout L’Esprit est, comme l’enseigne le « Poursuivant Blanc », l’esprit est aussi dans la matière, et il faut alors spiritualiser la matière (voir p. 488)… La théorie suivante de Mondet est aussi gnostique et « noire » : Le « Chevalier Noir » parle de vaincre, de gagner le monde… Jésus aussi a gagné le monde, l’esprit était en Jésus et Jésus l’a fait ressortir, c’est pour cela qu’il est devenu Christ (cf. p. 488f)… Mondet présente Jésus comme « Poursuivant Noir » avant…

Après avoir prêté le triple serment, le nouveau franc-maçon Kadosh apprend qu’il possède l’arme pour combattre. Quelle arme ? Le rituel moderne de Kadosh (SCDF) l’explique : C’est l’épée flamboyante de l’archange Michel, la lance de Saint Georges et le caducée d’Hermès. L’effet d’une telle arme ? Elle explique le même rituel : celui qui est touché par une telle arme est anobli et devient un allié du chevalier Kadosh au service de la cause pour laquelle il combat (voir p. 489). A propos de la bataille spirituelle du Kadosh (30ème degré) contre le dragon ou le gardien du seuil ( « le dragon » , « le guardien inflexible du seuil » ) , Mondet explique que l’arme à utiliser ne tue pas, mais transforme : L’homme ne doit pas tuer le dragon, mais plutôt le transcender (cf. p. 489)… Dans ce contexte, Mondet donne l’exemple des deux serpents enlacés verticalement sur le caducée, le bâton d’Hermès : « Saint-Michel, Saint-Georges n’a pas dépassé le dragon, mais est transcendé. « Les deux serpents du caducée ne rampent plus sur la terre, ils se sont verticalisés » (p. 489). Il n’est pas difficile de comprendre que la conséquence logique de ces théories initiatiques expliquées par le franc-maçon Mondet est l’union des contraires : le bien et le mal, saint Georges et le dragon, saint Michel et le diable…

Mondet explique alors que l’uniforme (ou devise) du 30ème degré est « Vincere Aut Mori » (Gagner ou Mourir) ; le kadosh devient un soldat de l’universel et de l’éternel (cf. S. Mondet affirme que le kadosh ne doit pas supprimer le mal, mais le transformer en bien : « D’après l’utilisation qu’il fait de ses armes, il ne s’ agit pas, pour le Kadosch, de suppresser le mal, mais de le transformateur en bien » (p. 493).

Selon Mondet, les pensées du mystique allemand Jakob Böhme, selon lequel le mal est l’ombre du bien, apparaissent exactes du point de vue du Kadosh du 30e degré : « Pour lui, le mal n’est pas l’absence de bien, il en est l’ombre » (p. 494).

Mondet précise qu’il possède au moins le 30e degré, puisqu’il écrit à propos de ce degré que notre but est la transformation du mal en bien : « Cette vision nous paraît bien s’adapter au trentième degré car elle donne des pistes pour travailler à notre mais, la transformation du mal en bien » (p. 495).

Les Kadosh sont des Chevaliers de l’Aigle Noir et Blanc, car ils forment leur unité en équilibrant en eux la lumière (ou la partie lumineuse) et l’obscurité (ou la partie obscure) : « Ce combat, mené en nous, nous transformera en réels Chevaliers de l’Aigle Blanc et Noir, ayant construit leur unité en équilibrant leur partie sombre et leur partie claire » (p. 495).

Mondet explique qu’au 30ème degré le Franc-maçon retrouve et absorbe le noir et blanc du damier de la Loge (les trois premiers degrés) : « Il a retrouvé le Noir et le Blanc des premiers degrés et il les accepte maintenant tous les deux. en lui » (ibid., p. 497).

La dualité noir et blanc ( » cette dualité «  ) etc. est également bien représentée par l’aigle à deux têtes (bicéphale), que le franc-maçon voit au 30ème degré RSAA et qui l’accompagnera également dans les degrés supérieurs s’il est co -opté (voir p. 497).

7.4 Actualités sur la franc-maçonnerie en Russie jusqu’en 2020

Dans le magazine maçonnique numérique anglais  » The Square «  n° 4/2020, il y a un article sur la franc-maçonnerie russe,  » Russian Freemasonry « , écrit par le franc-maçon russe Eugene L. Kuzmischin 33°-95°, les écrits des francs-maçons Cagliostro , Albert Pike, Albert Mackey, Arthur E. Waite, John Yarker, Robert Ambelain, etc. traduits en russe. Voici quelques nouvelles de l’article de « Frère » Kuzmischin.

À partir de 2020, il n’y aura que quelques francs-maçons en Russie, peut-être pas plus de 1 500, répartis dans une douzaine d’obéissants. Kuzmishin illustre l’histoire de la franc-maçonnerie russe depuis le XVIIIe siècle. Je me limite à l’actualité qui touche le 20e siècle jusqu’en 2020. Au début du XXe siècle, à l’époque du tsar Nicolas II, de nombreuses loges furent fondées à Saint-Pétersbourg par le Grand Orient de France et la Grande Loge de France . Certains francs-maçons russes ont également des contacts avec des loges britanniques. Cependant, la plupart des francs-maçons russes politisent l’activité maçonnique. La franc-maçonnerie russe comprenait à cette époque principalement des membres du parlement (la Douma), des journalistes et des membres de partis politiques.
En 1910, le Conseil suprême des francs-maçons russes décide de rejeter les rituels, symboles, vêtements vestimentaires, serments et conférences et de se concentrer uniquement sur l’activité parlementaire, tout en conservant le titre de « franc-maçon » du Grand Orient des peuples de Russie . Les francs-maçons dissidents sont obligés de visiter des loges étrangères ou de mener des activités rituelles dans de petites loges. Avec la Révolution bolchevique de 1917, les francs-maçons russes sont contraints à l’exil et fondent des loges en France, Grande-Bretagne, Allemagne, Tchécoslovaquie, Serbie, Chine… La plus grande communauté maçonnique russe est celle de France sous l’égide de la Grande Loge de La France et son Conseil Suprême du Rite Écossais Ancien et Accepté .

La perestroïka a débuté en URSS en 1985. En 1986, un groupe de francs-maçons russes de diverses obédiences se sont installés à Paris pour faciliter l’entrée des citoyens soviétiques dans la franc-maçonnerie. En 1990, un « professeur de philosophie » moscovite, Georg Dergachev, est initié franc-maçon dans le Grand Orient de France grâce à des contacts maçonniques à Paris puis fonde une loge à Moscou. C’est ainsi qu’au moins trois Grandes Loges françaises commencèrent leur œuvre missionnaire en Union Soviétique, d’où est issue l’actuelle Fédération de Russie. Le franc-maçon franco-russe Michel Garder (GLNF) a persuadé son ami Georg Dergachev de rejoindre la GLNF. En 1992, Dergatchev est devenu président de la première loge GLNF à Moscou, à laquelle se sont joints d’anciens membres du GODF et du GLDF. D’autres loges GLNF sont fondées à Moscou, Saint-Pétersbourg, Arkhangelsk, Voronej et Yaroslav.

En 1995, la Grande Loge de Russie a été fondée par la GLNF, reconnue par le cercle des francs-maçons masculins réguliers en communion avec la Grande Loge Unie d’Angleterre ( UGLE ). En 1996, le Conseil suprême du RSAA de Russie a été créé. En 2001, le premier schisme s’est produit en raison de désaccords et de « querelles » entre francs-maçons russes. Six loges se sont séparées de la Grande Loge de Russie ( GLR) et ont fondé la Grande Loge Régulière Russe (GLRR) . En 2006, il y a eu une deuxième scission au sein de la Grande Loge de Russie . L’UGLE et la Grande Loge du District de Washington-Columbia tentent de résoudre le problème fraternellement… En 2008 la Grande Loge Unie de Russie ( GLUR) est formée.

Un petit groupe de francs-maçons, également martinistes, quittent leur obédience et rejoignent la Grande Loge Symbolique de France du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraim . En 2009, cette obédience mixte a ouvert sa première loge à Moscou. En 2015, ce groupe s’est constitué sous le nom de Grande Loge Symbolique de Russie, qui pratique exclusivement le Rite Memphis-Misraim à 95 degrés et compte environ 150 membres (dont peut-être Eugene L. Kuzmischin lui-même, compte tenu de ses 33°-95° degrés). considéré).

La Grande Loge de Russie du Grand Maître Andrei Bogdanov pratique le RSAA et la version italo-roumaine du Rite Memphis-Misraim . Un chapitre britannique de l’Arche royale et un chapitre suprême du rite français sont également basés à Moscou. De plus, un groupe de la Grande Loge de Russie est admis aux hauts degrés du Grand Prieuré Rectifié de France ( Rite Ecossais Rectifié) .

En 2011, un groupe de maîtres maçons russes de diverses obédiences russes a fondé à Moscou le Grand Orient des Peuples de Russie ( GOPR), qui fait partie du cercle maçonnique français CLIPSAS , placé sous l’égide du Grand Orient de France. Le GOPR est mixte-observateur (homme et femme) et pratique le RSAA, le Rite Français et le Rite Memphis-Misraim. En 2020, le GOPR compte environ 400 membres.

En 2011, un groupe de la Grande Loge Unie de Russie quitte l’Obédience et rejoint la franc-maçonnerie mixte française Le Droit Humain , dont les loges sont fondées à Moscou, Saint-Pétersbourg et Vladimir. La loge russe Le Droit Humain compte une soixantaine de membres et pratique exclusivement le RSAA.

En 2011/2012, les deux premières loges fondées en Russie, la GODF et la GLDF, ont été « réveillées » par d’anciens membres de la Grande Loge Unie de Russie et ont repris leur travail maçonnique indépendamment des autres groupes maçonniques russes.

En 2013, un groupe de francs-maçons russes de la Grande Loge Unie de Russie et de la Grande Loge Symbolique de Russie en France ont été admis dans le Rite Rectifié Écossais (« Grand Prieuré Écossais Rectifié d’Occitanie »).

En 2017, 40 femmes russes (déjà initiées franc-maçonnes) fondent une loge à Saint-Pétersbourg en obéissance à la Grande Loge féminine de France . Une deuxième loge sera fondée à Moscou en 2020.

En 2020, un nombre important de membres de la Grande Loge Unie de Russie fondent la Grande Loge Souveraine de Russie à Saint-Pétersbourg.

Le mannequin russo-ukrainien Valeriya Lukyanova, surnommée « Odessa Barbie », a été initiée comme franc-maçonne dans le Grand Orient féminin de Mexico et propose à ses « disciples » une « initiation astrale » à la franc-maçonnerie. .…

À l’exception de la Grande Loge de Russie, tous les autres groupes maçonniques russes entretiennent des contacts entre eux.

7.4.1 Le rite écossais ancien et accepté en Russie

Le 14 mars 2015, un journal maçonnique intitulé « Jalons du rite écossais en Russie (1774-2014) » a été publié sur la page Facebook du Conseil suprême du rite écossais ancien et accepté en Russie ( Conseil suprême . La franc-maçonnerie russe a célébré le 240e anniversaire de la franc-maçonnerie écossaise en Russie. Voici juste quelques données que je trouve intéressantes :

  • 1774 : « Yelagin – Initiation au Rite des 7 Degrés (Londres) ».
  • 1939 : « Création du Conseil suprême de la Russie en exil (Paris) ».
  • 1994 : « Création du Consistoire Mikhaïl Garder n° 911 ».

Bien que cette page Facebook n’ait pas été mise à jour depuis 2015, il est tout de même intéressant de noter que la figure du franc-maçon Ivan I. Jelagin est considérée par le RSAA de Russie comme un pivot : Yelagin, Grand Maître de la Franc-maçonnerie russe, passionné et expert de la Kabbale juive, qui a été initiée au rite des sept degrés à Londres… J’ai parlé ici de Jelagin, un kabbaliste, dans la deuxième partie de mon étude .

Dans le livre « The Rite of Seven Degrees » (Lewis Masonic, Shepperton, UK, 2021), David Harrison (Maître maçon de l’UGLE) explique que le « Rite des Sept Degrés » (qui était également pratiqué par les francs-maçons russes au 18e siècle) enseigne (et rend expérimentable) les concepts initiatiques suivants : mort symbolique ou mort mystique, renaissance-mort, réintégration dans la communauté avec Dieu (« mystique Mort », « renaissance », « fraternité avec Dieu »…), imitation du grand architecte de l’univers, identification du candidat à Hiram, nécessité du sacrifice-mort-renaissance (cf. pp. 54-60). ..

Certes, les francs-maçons russes de la RSAA savent aussi que l’ésotérisme, la gnose (et le gnosticisme), le concept alchimique de mort mystique et de mort-renaissance, l’ascension mystique – comme le montre la Kabbale juive – conduisent à la réintégration ou à la réunification avec le Divin sont fondamentaux. au RSAA…

Le Père Paolo Maria Siano appartient à l’Ordre des Franciscains de l’Immaculée (FFI) ; Le docteur en historien de l’Église est considéré comme l’un des meilleurs experts catholiques en matière de franc-maçonnerie, à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages de référence et de nombreux essais. A travers ses publications, il apporte la preuve que la franc-maçonnerie, depuis le début jusqu’à aujourd’hui, contenait des éléments ésotériques et gnostiques, qui justifient son incompatibilité avec la doctrine de l’Église.

Traduction/Notes de bas de page : Giuseppe Nardi
Image : Corrispondenza Romana/MiL/ROA (captures d’écran)

Franc-maçonnerie et ésotérisme en Russie depuis le XVIIIe siècle ( Partie 1 )
Franc-maçonnerie et ésotérisme en Russie depuis le XVIIIe siècle ( Partie 2 )
Franc-maçonnerie et ésotérisme en Russie depuis le XVIIIe siècle ( Partie 3 )
Franc-maçonnerie et ésotérisme en Russie depuis le XVIIIe siècle . ( Partie 4 )
Franc-maçonnerie et ésotérisme en Russie depuis 18ème siècle ( partie 5 )

Excellente période pour les fantômes !

« Partout où j’ai voulu dormir,
Partout où j’ai voulu mourir,
Partout où j’ai touché la terre,
Sur ma route est venu s’asseoir
Un malheureux vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère »
Alfred de Musset.

J’ignore si vous avez remarqué, mais les « revenants » s’installent dans nos musées ! Peut-être l’installation qui s’enracine des très anglo-saxonnes fêtes d’Halloween qui sont une rencontre avec ceux qui habitent l’« au-delà », plus festive et bariolée que notre tristounette Toussaint avec les chrysanthèmes de service ?! Allons nous balader outre-tombe…

I-bonjour monsieur le zombi !

Expo Zombis au Musée du Quai Branly – Paris

Mais revenons à nos musées. A signaler, tout d’abord, la très étonnante exposition qui se déroule au musée du quai Branly- Jacques Chirac, sous le titre : « Zombis / La mort n’est pas une fin ? » (Du 8 octobre 2024 au 16 février 2025). Le concepteur en est Philippe Charlier, médecin légiste, archéologue et anthropologue, directeur de la recherche et de l’enseignement au musée du quai Branly, il dirige également la mythique collection « Terre Humaine », chez Plon. Beaux états de service ! Faut-il y ajouter également que c’est un homme de terrain, grand connaisseur du Bénin et de Haïti, lui-même initié au vaudou et auteur d’un excellent ouvrage sur la question (1). Le mot « zombi » est d’origine de l’Afrique de l’ouest et désigne l’esprit ou le fantôme d’un mort. Ce mot va prendre une autre signification à Haïti par le contact avec le vaudou, véhiculé par le terrible problème de la traite des esclaves. Cette religion issue des croyances traditionnelles africaines, caribéennes et catholiques va servir à la survie psychologique dans l’esclavage par des pratiques africaines dissimulées sous le masque du catholicisme.

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En marge de la culture vaudou et de ses pratiques, une société secrète est chargée de la justice : la société « Bizango », qui a le pouvoir de changer une personne en zombi. Drogué, privé de liberté, gardé dans un état d’hébétude, le zombi est en fait un esclave au service d’un sorcier, le « Bokor ». Fantastique retour de civilisation, à l’image libératrice de l’image sociale du carnaval de Rio où l’on s’en délivre le temps d’une nuit et de déguisements, où d’anciens esclaves, « zombifiés » deviennent propriétaires de nouveaux esclaves à leur service, devenant momentanément « blancs » par l’asservissement d’autres noirs. Ce que confirme Philippe Charlier dans un entretien au journal « Le Monde » (2) : « Le sorcier qui a zombifié et qui, ensuite, à la garde de son zombi reproduit complètement les détails de l’esclavage. Le nouveau maître lui donne seulement un prénom, le nourrit par terre, sur une feuille de bananier, il y a cette même subordination, et les mauvais traitements ». Revanche post-mortem !

Femmes massai dans le désert
Groupe de Femmes massai alignée dans le désert avec des robes coloorées

Naturellement, chaque « tribu » humaine va adopter une relation particulière à son contact avec l’ « au-delà », mais pour toute civilisation se pose, en fait, une étrange question : comment vivre en paix et en bonne intelligence avec les morts ?

Une deuxième et passionnante exposition nous permet l’approche de la culture yiddish et du monde ashkénaze (toujours vivant malgré l’horreur de la Shoah), et du folklore mystique de l’Europe centrale, entourant le personnage du « Dibbouk ».

Ii-les esprits bougent pas mal aussi du côté du shtetl (3).

Les expositions organisées par le Musée d’Art et d’Histoire Juive sont toujours couronnées de succès. Il en sera de même pour celle-là, à coup sûr, intitulée : « Le Dibbouk, Fantôme du monde disparu » et qui dure jusqu’au 28 janvier 2025.

Est présentée là l’une des figures les plus marquantes de la culture juive. Un Dibbouk est un esprit errant qui vient prendre possession d’un autre corps et reste en suspens entre le monde des morts et celui des vivants. Une pièce de théâtre va voir le jour, tardivement, fruit d’une grande enquête ethnographique, devenant ainsi une œuvre emblématique du théâtre yiddish au départ, avant l’appropriation de cette pièce par le judaïsme en général et largement les non-juifs également.

La pièce met en scène une petite communauté religieuse du temps de l’Empire russe qui va se trouver confrontée à la possession d’une jeune fille, Léa, par un esprit que l’on va finir par identifier comme l’esprit d’un mort. Celui-ci est Hanan, jeune élève de l’école talmudique, étudiant de la Cabbale en secret, qui va mourir de chagrin en apprenant que Léa, a qui il était destiné, va se marier à un autre sur l’injonction de son riche marchand de père. Le jour du mariage de Léa, Hanan devient Dibbouk et entre dans le corps de la jeune fille pour empêcher ce mariage, durant la traditionnelle visite que la jeune mariée fait au cimetière pour informer et faire participer sa mère, en parlant et dansant devant sa tombe. Dès lors, ils ne sont qu’un en demeurant cependant deux. Comme dans le poème d’Alfred de Musset :

« Où tu vas, j’y serai toujours,
Jusques au dernier de tes jours,
Où j’irai m’asseoir sur ta pierre
»

Pour les libérer et rétablir l’équilibre entre les mondes, un jugement doit avoir lieu et c’est au cours de ce jugement que l’on apprend que le père de Léa s’est rendu coupable d’avoir non-respecter la promesse faite au père de Hanan de lui faire épouser sa fille, s’il en avait une. Malgré les prières et menaces du sage Rabbi Azriel, allant jusqu’à l’excommunication, le « Herem », les « deux qui ne font qu’un », ne se quitteront pas :

« Léa : Pourquoi m ‘as-tu quittée ?
La voix de Hanan : J’ai brisé toutes les barrières, j’ai passé à-travers la mort, j’ai dit non aux lois qui régissent le monde depuis l’origine des générations. Je t’ai quittée mais pour revenir encore.
Léa : Reviens vers moi, mon époux.
La voix de Hanan : J’ai quitté ton corps mais je possède ton âme
»

Durant cette dernière scène, une mélopée très platonicienne ou très faustienne est entendue :

« Pourquoi, pourquoi
du haut des sommets,
l’âme se précipite-t-elle
vers les gouffres ?
Mais la chute porte en elle
l’élan de la remontée »

Message optimiste s’il en fut ! Il n’est pas évident que l’homme sorte de la caverne ou en ait envie véritablement !

L’auteur de cette pièce, écrite en 1917 (4), qui marque tant la culture juive est An-Ski (1863-1920), de son vrai nom Shloyme Zanvl Rappoport est né en 1863, près de Vitebsk, aujourd’hui en Biélorussie (ville-phare du peintre Marc Chagal, lui aussi terriblement influencé par le vécu et les croyances des communautés juives locales yiddish), et mort à Otwock en Pologne en 1920. Il était à la fois journaliste, auteur, ethnographe, spécialiste de la culture yiddish. La pièce rend compte des légendes sur les Dibbouks qu’il nota au cours de son enquête ethnographique et ethnomusicologique qu’il mena en Pologne, accompagné du compositeur Joël Engel, faisant ainsi de la pièce un théâtre documentaire qui témoigne de la vie religieuse et quotidienne des Juifs de l’Europe de l’Est dans les shtetl, mais tout en bousculant la morale religieuse : l’amour des deux êtres dans cet étrange relation morte-vivante se moque des contraintes sociales et aux yeux de la communauté, le Dibbouk reste l’incarnation du mal. Pour la petite histoire, il convient de se rappeler que lorsque le Mossad enleva Adolph Eichman en Argentine pour l’accuser de génocide au procès de Jérusalem, un message codé fut adressé à Jérusalem qui informait que « le Dibbouk est capturé » !

Il est, en tout cas, passionnant de voir une exposition classique consacrée à une pièce de théâtre (et aux adaptations cinématographiques dont elle sera l’origine, ainsi qu’un opéra) qui a si profondément marqué l’inconscient collectif juif d’Europe centrale. Le Dibbouk fut créé en 192O, juste après la mort de An-Ski, par la troupe théâtrale célèbre de Vilna qui fit des tournées mondiales entre les deux guerres mondiales, notamment à New York. Un autre groupe théâtral, Habima, reprendra la pièce de nombreuses fois à Moscou à partir de 1921.

Le Dibbouk est la représentation d’un double discours à-travers le personnage possédé, comme par exemple le fantôme du père d’Oedipe qui, dans la pièce de Sénèque, dénonce son fils incestueux et parricide par la voix d’un messager (5). Dans les régions où se passent ces croyances il convient aussi de signaler qu’existait une opposition larvée entre le judaïsme classique du Talmud et le courant hassidique porteur d’une foi naïve, d’un lyrisme attendri qui prend naissance dans une sorte de morale de joie humaine, une allégresse des âmes simples qui accèdent ainsi à une communion directe avec le divin. Vécu nouveau, étranger à l’esprit judaïque traditionnel. L’engouement des foules se dirige vers les « Tsadiks », les justes, ceux qui sont dans la compassion et la compréhension des faiblesses humaines et intercèdent auprès de Dieu pour les âmes égarées. Ils conseillent, guérissent, conjurent la stérilité des femmes et remettent les âmes sur le juste chemin. Dans ce monde, la frontière entre le divin et l’humain s’efface et le monde terrestre et les mondes inconnus peuplés d’esprits se mélangent. L’homme est toujours dans les limites de ce qui le sépare du licite et de l’interdit. A sa mort, son âme entre dans le cycle des métempsychoses où il se réincarne dans divers corps humains, animaux ou végétaux dans lesquels elle aspire à se purifier. Un autre aspect, historique, vient conforter la légende du Dibbouk : des millions d’âmes de personnes assassinées durant la seconde guerre mondiale seraient en errance et viendraient s’installer dans le corps des vivants pour évoquer, « en double », leur détresse et le devoir d’être vigilants…

Iii-bonjour y’a quelqu’un ?

Bible ancienne

Cette quête du double, sous forme de fantôme, est un fait récurant dans l’art de tous les temps, dans la peinture, la littérature, le chant, etc. A croire que la culture repose sur les fantômes ! Ces derniers étant souvent les représentants de ce qui « n’est pas bien » : une position intermédiaire entre les morts et les vivants, sortes de négociateurs permanents entre le bien et le mal, mais pas à leur place dans la logique de la vie. Les fantômes seraient un contre-sens ! L’exemple vient de haut : dans la Bible, nous lisons avec surprise que Dieu lui-même, négocie avec Satan pour mettre à l’épreuve la foi de son serviteur Job, pour bien montrer que c’est gratuitement qu’il le sert et il le livre à Satan, sorte de double, pour un pari que l’on pourrait de qualifier de pervers : « L’Eternel dit à Satan : voici, tout ce qui lui appartient, je te le donne, seulement ne porte pas la main sur lui » (Job 1,12). Amère victoire de Job : il conserve la foi, mais perd tout ce qui constituait son entourage : famille, troupeaux et il est l’objet des critiques de sa femme et de ses amis qui ne cessent de le mettre en garde contre ses fautes, alors qu’il est un modèle de croyant. Satan jouerait-il le rôle de Dibbouk pour Dieu ?!

Dans une vision plus scientifique des choses, Sigmund Freud, si influencé par la culture juive de la « Mittel Europa », va vite mettre à jour que le discours du Dibbouk est celui de l’inconscient qui parle en nous, de façon permanente, hors de la raison. La psychanalyse, durant toute son existence, va s’intéresser à ce double discours, allant de la névrose à la psychose où l’inconscient parle « en direct ». Nous ne citerons là que deux analystes qui, dès le départ, vont s’intéresser à ce domaine : Karl Abraham (6) et Otto Rank (7). Freud lui-même va s’intéresser à un phénomène de possession en traitant le cas du peintre Christophe Haitzmann (8). La psychanalyse nous apprend que nous sommes tous occupés par des tas de fantômes plus ou moins bruyants, qui viennent de souvenirs et d’affects jamais résolus et qui pointent le nez à la faveur d’événements extérieurs qui nous les rappellent.

Bon, une solution : embarquer nos fantômes personnels et nous ruer à ces deux passionnantes expos !

Notes

(1) Charlier Philippe : Vaudou. L’homme, la nature et les dieux. Paris. Ed. Plon. 2022.

(2) Journal « Le Monde » du mardi 15 octobre 2024. (Page 26).

(3) Shtetl : Mot yiddish désignant un quartier ou un village majoritairement juif en Europe centrale, avant la seconde guerre mondiale.

(4) An-Ski : Le Dibbouk. Montreuil. Ed. De l’Arche. 2024.

(5) Katuszewski Pierre : Ceci n’est pas un fantôme. Essai sur les personnages de fantôme dans les théâtres antiques et contemporains. Paris. Ed. Kimé. 2011.

(6) Abraham Karl : Psychanalyse et culture. Paris. Ed. Payot. 1966.

(7) Rank Otto : Don Juan et le double. Paris. Ed. Payot. 2001.

(8) Freud Sigmund : Essai de psychanalyse appliquée. Paris. Ed. Gallimard. 1933. (Pages 211 à 251)

Bibliographie

Verger Pierre : Dieux d’Afrique. Paris. Ed. Hartmann. 1954.

Charlier Philippe : Rituels. Paris. Ed. Du Cerf. 2020.

Charlier Philippe : Zombis. Enquête anthropologique sur les morts-vivants. Paris. Ed. Tallandier. 2015.

Deschamps Hubert : Les religions de l’Afrique noire. Paris. PUF. 1960.

Niborsksi Irschok : Théâtre yiddish II. Paris. Ed. De l’Arche. 1993.

La théorie de la connaissance : Un voyage initiatique à travers le savoir

Dans le monde mystérieux et énigmatique de la franc-maçonnerie, la quête de la connaissance est une étoile polaire qui guide chaque initié. Mais qu’est-ce que la connaissance au fond ? Est-elle un feu d’artifice d’informations ou un phare dans la nuit de l’ignorance ?

Le Fondement de notre Être

Nous, êtres humains, entrons dans ce monde avec un voile sur les yeux, une ignorance primordiale qui se doit d’être levée par l’éducation et l’investigation. Le noyau familial, l’État, et, osons-le dire, les loges maçonniques, ont le devoir de garantir ce droit à l’éducation, un droit qui vise non seulement à notre développement personnel mais au progrès de toute la société humaine.

Les Multiples Facettes de la Connaissance

La connaissance se décline en plusieurs formes : empirique, intuitive, pré-scientifique, religieuse. Chaque individu, au travers de son parcours, peut accumuler des savoirs qui répondent aux grandes questions existentielles : d’où venons-nous, pourquoi sommes-nous ici, où allons-nous ? Selon Juan Hessen, la connaissance est le fruit de l’autoréflexion, un dialogue intime entre le sujet et l’objet de son étude.

Les Pères du Savoir

Socrate, le sage des sages, nous a appris que la vertu est connaissance, tandis que Galilée, le père de la science, nous a montré que la connaissance repose sur la logique, sur l’Être. Mais la véritable connaissance, selon certains, transcende la raison, elle est l’absolu, la vérité qui échappe à la relativité.

La Philosophie : Notre Guide

La philosophie, cette mère de toutes les sciences, nous conduit à travers des questions fondamentales sur l’origine de l’être humain, de la vie, de l’Univers. Elle n’est pas une simple discipline, mais une pratique libératrice, une sortie de la grotte de l’ignorance. Ortega y Gasset souligne que la philosophie est la quête de tout savoir, une quête de la connaissance elle-même.

Les Branches de la Connaissance

  • L’Épistémologie : Elle analyse la nature de la connaissance, naissant des réflexions sur notre environnement.
  • La Gnoséologie : Elle explore l’origine et la portée de la connaissance de manière générale.
  • L’Éthique : Elle cherche les fondements de la moralité et des valeurs.
  • L’Esthétique : Elle se penche sur la perception de la beauté.
  • La Philosophie Politique : Elle examine les phénomènes et idéologies politiques.

La Théorie de la Connaissance : Une Division en Trois

Dans notre quête maçonnique, nous distinguons trois types de connaissances : les ordinaires, les scientifiques, et les philosophiques. L’humanité, à travers sa capacité à raisonner, se distingue par cette quête incessante du savoir, une progression graduelle pour comprendre le monde qui nous entoure.

Les Questions Éternelles

Comment savons-nous si notre connaissance est vraie ? Est-elle le produit de la raison ou de l’intuition ? Ces questions, ces défis, sont au cœur de notre travail initiatique. La théorie de la connaissance est une discipline qui nous pousse à nous questionner, à nous réinventer, à chercher la lumière dans l’obscurité de l’inconnu. Dans les loges, chaque maçon est invité à allumer sa propre lumière, à ouvrir les yeux sur la vérité, car comme le dit le proverbe : « Si quelqu’un ne veut pas voir, n’allumez pas la lumière, car il fermerait les yeux. » Mais pour nous, francs-maçons, la lumière doit toujours être allumée, car notre quête est éternelle, notre soif de connaissance, insatiable.

La Connaissance au Cœur de la Pratique Maçonnique

La franc-maçonnerie, avec ses rituels et ses symboles, est un terrain fertile pour l’exploration de la connaissance. Chaque degré, chaque grade, chaque symbole est une pièce du puzzle de l’éducation maçonnique, une invitation à approfondir notre compréhension de nous-mêmes et du monde.

L’Apprentissage Continu

La connaissance dans la franc-maçonnerie n’est pas une destination mais un voyage. Le travail sur la pierre brute, métaphore de l’amélioration personnelle, symbolise ce processus d’apprentissage constant. L’Apprenti travaille à se connaître, le Compagnon à partager cette connaissance, et le Maître à l’intégrer et à la transmettre.

La Connaissance et l’Initiation

L’initiation maçonnique est un passage symbolique de l’obscurité à la lumière, où la connaissance joue un rôle central. Chaque cérémonie, chaque rituel, est conçu pour éveiller l’esprit, pour faire naître des questions et pour encourager la recherche de réponses.

La Loge : Un Temple de Savoir

La loge elle-même est un microcosme de l’univers, un lieu où la connaissance est à la fois enseignée et découverte. Les colonnes J et B (Jakin et Boaz), les équerres, les compas, chaque objet dans la loge porte une leçon, une vérité à décrypter.

L’Aspect Ésotérique

Au-delà de la connaissance exotérique, la franc-maçonnerie explore également l’ésotérique, où la connaissance est cachée sous des symboles et des allégories. Cette dimension invite les maçons à chercher des significations plus profondes, à comprendre les mystères de l’existence et de l’âme humaine.

La Connaissance et la Solidarité

La théorie de la connaissance dans la franc-maçonnerie n’est pas seulement une affaire intellectuelle ; elle est aussi profondément liée à l’action. La connaissance doit se traduire par une amélioration de soi et de la société. La solidarité, la fraternité, et l’engagement civique sont des applications pratiques de ce que nous apprenons dans nos loges.

L’Expérience de la Connaissance

La connaissance, selon la pensée maçonnique, ne se limite pas à l’accumulation de faits. Elle est une expérience vécue, une transformation intérieure. Comme le souligne Johann Wolfgang von Goethe, « La connaissance n’est que la moitié d’une tâche, l’autre moitié est l’action. »

La Confrontation aux Limites

Dans cette quête, nous faisons face à nos limites, à l’inconnu, à ce qui défie notre compréhension. La théorie de la connaissance nous enseigne l’humilité, la curiosité, et la persévérance face à l’immensité de l’univers. Elle nous rappelle que chaque réponse soulève de nouvelles questions, et chaque découverte ouvre de nouveaux horizons.

La Transmission du Savoir

Enfin, la franc-maçonnerie place une importance capitale sur la transmission de la connaissance. Chaque maçon est à la fois un élève et un enseignant, dans un cycle perpétuel d’apprentissage et d’enseignement. C’est dans cette interaction que la connaissance trouve son véritable sens, dans le partage et dans la construction collective de la sagesse.

Ainsi, la théorie de la connaissance dans le cadre maçonnique est une odyssée de l’esprit, un engagement vers une vie illuminée par le savoir, la sagesse et l’action. Elle nous invite à rester éternellement étudiants de la vie, à chercher sans cesse, à évoluer, et à éclairer l’obscurité avec la lumière de la connaissance.

Ceux qui n’ont pas d’imagination devront se contenter de la réalité : « La Maçonnerie et le magnétisme au 19e siècle »

Nous avions quitté Mesmer (avec un s et pas 2 s comme Messmer le fameux homme d’hypnose de spectacles… bientôt chassé de Paris.

Tel un archéologue nous essayons de retrouver les dépôts du magnétisme dans la société et en particulier maçonnique qui, pour se débarrasser pour une part de ses scories dites « occultes« , change de nom en 1841, quand James Braid introduit le terme « hypnose« , dérivé du mot grec « hypnos » (sommeil), pour décrire un état modifié de conscience.

Notre hypothèse est que la Franc-maçonnerie, depuis le début du 17e siècle, a « filtré » beaucoup de courants de pensées en les incorporant dans son corpus, donc dans ses rituels Nous allons essayer de suivre la piste .*

Les héritiers de Mesmer *

en * un prochain article

Nous avons vu de nombreux maçons sont présents dans la création de la Société de l’Harmonie Universelle, qui se révèle être un énorme succès financier. Le but de la Société est d’assurer la survie de la doctrine et de la richesse de Mesmer, menacées par les corps académiques et le gouvernement.

En juin 1785, Mesmer s’installe somptueusement à l’hôtel de Coigny, rue du Coq-Héron, et possède 343 764 livres selon le trésorier de la société.

En 1789, avant son démantèlement, l’organisation mère de Paris compte quatre cent trente membres et a ouvert des succursales notamment à Strasbourg, Lyon, Bordeaux, Montpellier, Bayonne, Nantes, Grenoble, Dijon, Marseille, Castres, Douai et Nîmes.

Lorsque Mesmer, initié à la Franc-maçonnerie en Autriche, quitte Paris en 1785, la pratique du magnétisme animal, en plein essor malgré les interdits de la faculté, est représentée par trois courants principaux :

Les mesmériens proprement dits, qui expliquent les modifications physiologiques et psychiques suscitées par la magnétisation en mettant l’accent sur la circulation d’un fluide.
Leur conception dominante, assez physicaliste et matérialiste, est proche de celles de médecins qui, tel Désiré Pététin (1744-1808), préfèrent parler d’« électricité vitale ».
On retrouve de nos jours des coupeurs de feu, des rebouteux, des magnétiseurs s’appuyant sur ce même principe.

Les psychofluidistes, qui considèrent la volonté comme l’agent véritable de l’action magnétique mais gardent l’hypothèse d’un fluide comme vecteur de cette volonté.
Les théoriciens de ce courant, qui se réclament au début de la raison, estiment que le somnambulisme dévoile les puissances latentes de l’âme. Leur chef de file est le marquis de PUYSEGUR. Mais on verra bientôt l’interprétation qu’en feront les spiritualistes qui sont apparentés à une branche mystique de la Franc-maçonnerie. *

Rappel : L’* indique que nous consacrerons prochainement une étude sur ce chapitre de la Franc-maçonnerie.

Certains spiritualistes prétendent agir directement sur le patient, sans l’influence d’un fluide, par la volonté et la prière. Ce courant persistera jusqu’au milieu du XIXe siècle et s’intégrera dans les thérapies magnétiques des médiums spirites.

Marie-Louise de Monspey

D’autres considèrent que les magnétisés entrent en contact avec des entités suprahumaines. Ces théosophes lyonnais magnétiseurs et francs-maçons, travaillent avec des femmes somnambules qui sont censées avoir un contact privilégié aux mystères célestes. Parmi ces femmes, on trouvera Jeanne Rochette et Marie-Louise de Monspey *
Nous étudierons ultérieurement leurs  » révélations « qui parviennent à Willermoz par Alexandre de Monspey qui lui apporte plusieurs cahiers de petit format, couverts d’écritures, graphes et dessins dont l’auteur désire rester anonyme (en fait Marie-Louise de Monspey).

On trouve également ce courant de pensée chez les illuminés d’Avignon* largement influencés par les illuminés de Berlin et Swedenborg * malgré les réticences d’Emmanuel Kant avertissant des dangers que courent les exaltés, dont Swedenborg serait le prototype.

René Guénon

Bien que ces associations maçonniques ne soient pas représentatives de l’ensemble du mouvement maçonnique on peut percevoir leur influence car, dès le XVIIIe siècle, des éléments ésotériques se sont introduits dans la Franc-maçonnerie, notamment dans les hauts grades maçonniques et plusieurs personnalités ont contribué à développer une interprétation mystique de l’initiation maçonnique, tels que Joseph de Maistre, Oswald Wirth, René Guénon et Jules Boucher.*

Rappelons que le martinisme, inspiré par Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Baptiste Willermoz*, a eu une influence particulière sur certaines loges, fusionnant des éléments mystiques avec des rites maçonniques (notamment dans le Rite Ecossais rectifié) et qu’à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, de nombreux francs-maçons se sont passionnés pour le magnétisme animal, y voyant une dimension ésotérique.
Louis-Claude de Saint-Martin dont l’initiateur fut Martines de Pasqually et qui fut très influencé par les travaux d’Emmanuel Swedenborg.

Portrait au physionotrace de Louis_Claude de Saint_Martin (1743_1803), dessiné par Jean_Baptiste Fouquet et gravé par Gilles_Louis Chrétien. Original perdu. L’ésotériste Stanislas de Guaïta affirme que la gravure date de l’année 1801 ; il l’a reproduite dans son ouvrage Essais de sciences maudites, publié en 1891. (Crédit : Gilles_Louis Chrétien)

Saint-Martin devient ainsi le vingt-septième membre de la Société de l’Harmonie le 4 février 1784 mais s’éloigne progressivement de Mesmer dont il regrette l’insistance matérialiste sur l’action du fluide.

Au-delà des polémiques avec les psychofluidistes, on rappelle que Puységur a fréquenté tous ces milieux, notamment par l’intermédiaire de la loge maçonnique « La Candeur de Strasbourg » à laquelle il appartenait avec ses frères et dont le rituel s’inspirait beaucoup de celui qu’avait institué Jean-Baptiste Willermoz, un autre disciple de Pasqually.

En outre, Pasqually mettait comme Puységur l’accent sur l’importance de la volonté dans la cure magnétique.

Après la Restauration émerge le courant de ceux que l’on a appelé les imaginationnistes, pour qui ni la volonté du magnétiseur, ni un quelconque fluide n’interviennent.

Nous les retrouverons bientôt en étudiant leur précurseur l’abbé Faria* puis avec l’hypnose du Dr Liebault * fondateur avec Bernheim de l’école de Nancy. Pour eux, le magnétisme ne fait que libérer des puissances internes au sujet, les puissances de l’imagination, qui sont susceptibles de modifier de façon impressionnante la totalité psycho-organique de l’être humain.

Nb : pour être honnête intellectuellement il s’agit du courant dont je partage le conceptions

« L’imagination est plus importante que la connaissance car la connaissance est limitée tandis que l’imagination englobe le monde entier. »

Albert Einstein
Puységur

On peut considérer que le courant du magnétisme fait la transition entre la foi des Lumières dans la capacité de la raison à décoder les lois de la nature et la fascination du Romantisme pour le surnaturel et l’irrationnel. Il faut cependant souligner que le conflit qui oppose les magnétistes à l’institution médicale ne met pas face à face les lumières de la raison et les ténèbres de l’occultisme, mais des conceptions différentes de la raison.

Aux yeux de magnétiseurs tels Puységur, Deleuze ou Bertrand, la raison n’a pas le droit d’exclure des faits vérifiables… au nom d’une idée prédéterminée du possible et de l’impossible. Pour leurs adversaires, en revanche, les phénomènes magnétiques contredisent l’ordre de la nature et on perd donc son temps à les étudier en s’appuyant sur les conclusions de la commission de 1784.

Conclusions des commissions de 1784

En effet en 1784, confronté à la rumeur et à quelques cas de guérison sur des personnages haut placés, Louis XVI avait nommé deux commissions pour étudier la pratique du magnétisme animal

Jean-Sylvain Bailly

Dans son rapport officiel, Jean Sylvain Bailly conclut que « l’imagination sans magnétisme produit des convulsions […] le magnétisme sans imagination ne produit rien […]

Les expériences sont uniformes et sont également décisives ; elles autorisent à conclure que l’imagination est la véritable cause des effets attribués au magnétisme » et que « tout traitement public où les moyens du magnétisme sont employés, ne peut avoir, à la longue, que des effets funestes »
Bailly déclare aussi, dans un rapport secret au roi que « le traitement magnétique ne peut être que dangereux pour les mœurs »
Lavoisier rappelle pour sa part que « c’est sur les choses qu’on ne peut voir ni palper qu’il est important de se tenir en garde contre les écarts de l’imagination ».

Frédéric Dubois d’Amiens

Cependant en 1826 une nouvelle commission d’étude du magnétisme est constituée.
En 1826, Husson se voit confier une commission officielle chargée de statuer sur le magnétisme animal. Cette commission commence son travail en janvier 1827 et présente ses conclusions à l’académie des sciences les 21 et 28 juin 1831, reconnaissant comme réels la plupart des phénomènes observés dans le magnétisme.

En 1833, le médecin Frédéric Dubois d’Amiens publie un pamphlet attaquant les magnétiseurs et le rapport Husson qui a entretemps été publié par Foissac.

Photographie du portrait de James Braid. Avant 1860, artiste inconnu. D’après un portrait gravé en possession de la Manchester Medical School.

Dans ce texte, Dubois assimile l’ensemble des magnétiseurs à des charlatans et se dit « révolté de voir la réputation de graves personnages compromise par d’indignes jongleries« . Malgré les protestations de Husson et de Berna, le 15 juin 1842, l’académie de médecine décide de ne plus s’intéresser au magnétisme animal d’autant qu’en 1841, James Braid introduit le terme « hypnose », dérivé du mot grec « hypnos » (sommeil), pour décrire un état modifié de conscience… après avoir assisté à une démonstration de magnétisme par Charles Lafontaine en 1841.

Le Dr Braid nie la théorie du fluide magnétique de Franz Mesmer et propose une explication scientifique et physiologique, affirmant que l’état hypnotique résulte de changements dans le système nerveux et non d’une influence extérieure.

Malgré les décisions de la commission Husson partisans et détracteurs du magnétisme continueront parallèlement leur chemin en France et en Europe.

Wilhelm Hensel – David Ferdinand Koreff

Le médecin David Ferdinand Koreff, titulaire d’une chaire de magnétisme animal à l’université de Berlin, contribue à créer à Paris dès 1822 la grande vogue des Contes d’HofFranc-maçonnerieann, son ami mesmériste. Il introduit Heinrich Heine dans les cercles littéraires parisiens et influence Hugo, Stendhal, Balzac, Delacroix, Madame de Staël et Chateaubriand.* Le magnétisme animal occupe une place importante dans la préface philosophique des Misérables de Victor Hugo, et dans l’avant-propos de La Comédie humaine d’Honoré de Balzac.

Alexandre Dumas a fréquemment recours au magnétisme animal dans son roman Joseph Balsamo et rend compte du baquet de Mesmer dans la suite : Le Collier de la reine.
Les œuvres de Dumas, notamment « Le Comte de Monte-Cristo« , contiennent en outre des éléments qui peuvent être interprétés à travers une perspective maçonnique et… l’apparition de l’abbé Faria.

Edgar Poe fait de la cure magnétique le sujet de deux de ses nouvelles : Révélation magnétique (1844) et La Vérité sur le cas de M. Valdemar (1845) et des références à la Franc-maçonnerie. En médecine, avant la découverte des anesthésiques, l’hypnose, comme dans les temps anciens de chamanisme, est employée avec succès.

Déclin du magnétisme au milieu du 19e siècle

Hans Christian Ørsted

Depuis la découverte de l’électromagnétisme par Hans Christian Ørsted en 1820, Ampère (1827) et Faraday (1831), la compréhension du magnétisme physique avance à grands pas. Durant la même période la médecine progresse et on se rend compte que les nerfs ne sont pas commandés par un fluide magnétique. Toutes ces découvertes ne vont pas dans le sens des courants du magnétisme animal mesmérien et psychofluidiste, qui mettaient l’accent sur l’existence du fluide.

Enfin, en 1887, l’expérience de Michelson-Morley démontre – à la grande surprise des scientifiques de l’époque – que la vitesse de la lumière est indépendante de son environnement et donc qu’aucun éther physique n’est le support de la lumière et de l’électromagnétisme.

À la fin du XIXe siècle, les personnes qui se réclament encore du magnétisme animal sont essentiellement des adeptes des sciences occultes ou des personnes se disant « guérisseurs ». Mais les rituels et les différentes obédiences maçonniques portent encore l’influence de ces courants et les conflits vont s’intensifier. Cette période voit la montée des idéologies matérialistes et positivistes et la Franc-maçonnerie est aussi traversée par divers courants, socialisme, l’anarchie (Proudhon par ex), etc.

De manière générale, en France, la philosophie universitaire, peu à peu gagnée par le rationalisme positiviste, s’intéresse peu au magnétisme.
L’hypnose nouvellement dénommée par Braid est considérée cependant comme une réélaboration de la pratique des magnétiseurs par des médecins, épurée de certains phénomènes jugés occultes et en tant que tels inacceptables par l’académie.
Ainsi, dans leur livre sur le magnétisme, les hypnotistes français Alfred Binet et Charles Féré opposent « l’histoire merveilleuse du magnétisme animal… aux faits positifs de l’hypnotisme ».

Un autre hypnotiste, Pierre Janet, regrette que « la crainte de ce renom de charlatanisme qui reste attaché aux opérations du magnétisme animal » ait longtemps empêché les psychologues de s’intéresser aux phénomènes de somnambulisme.
Ces divergences idéologiques vont s’accentuer au 19e siècle et la maçonnerie sera tout aussi impactée par toutes ces conceptions conduisant la Franc-maçonnerie française du GODF à la modification par le pasteur Desmonds de l’article 1 de sa constitution, ainsi que des conflits entre GODF et hauts grades représentés par les Suprêmes conseils.
Mais bientôt l’histoire de la pensée humaine prend parfois des détours curieux et l’intérieur même de la Franc-maçonnerie va être traversé par différents courants de pensées qui perdureront toujours au 21e siècle.

Ainsi renaît un courant en lien avec le magnétisme avec Oswald Wirth (1860-1943) *

Franc-maçon, il « débute par la pratique du magnétisme curatif avant d’être initié en 1884 dans une loge à Châlons-sur-Marne ».

Il rencontre en 1887 le « lorrain Stanislas de Guaïta (1861-1897) en relation avec le docteur Liébeault »* et propose une « sorte d’initiation informelle, la pratique magnétique de trois degrés, calquée sur les grades dits « bleus » de la Franc-maçonnerie »
Il quitta le Grand Orient de France pour rejoindre la Grande Loge de France après son installation à Paris.
On sait que Wirth a contribué de manière significative à la littérature maçonnique et a écrit « Le symbolisme occulte de la Franc-maçonnerie », combinant le symbolisme maçonnique traditionnel avec des éléments hermétiques
Son ouvrage « La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes » est devenu une référence, lu par des centaines de milliers de francs-maçons depuis plus d’un siècle. Il n’est pas rare encore de rencontrer dans les planches sa référence.

Wirth mettait l’accent sur l’importance de la réflexion personnelle dans l’initiation maçonnique, encourageant les adeptes à découvrir par eux-mêmes les secrets de l’ordre plutôt que de simplement les mémoriser.

Conclusion provisoire

Ainsi se clôt le 19e siècle charriant de terribles combats dans la société – « république et église catholique », « socialisme versus libéralisme « , »matérialisme / spiritualisme » etc., traversant aussi la Franc-maçonnerie toujours « réceptacle », à mon sens, de l’évolution des sociétés occidentales.

Bougies allumées pour divination

Pour le XXe et XXIe siècles : La présence d’éléments mystiques en Franc-maçonnerie restera un sujet constant de réflexions à l’intérieur même de la Franc-maçonnerie. Certains considèrent cette approche comme un contresens, arguant que la Franc-maçonnerie libérale est l’une des rares écoles de pensée concevant un processus initiatique en dehors de toute référence mystique, déiste ou théosophique. Mais le poids de l’histoire reste vivace et pour ma part j’ai visité de nombreuses loges de toute obédience où « la spiritualité côtoyait une forme de mysticisme « (définition à préciser dans un prochain article).

Bien sûr, il est important de noter que cette tendance mystique ne représente qu’une facette de la Franc-maçonnerie, qui reste fondamentalement diverse dans ses approches et interprétations.

Dans notre voyage liant magnétisme, hypnose, hermétisme…et Franc-maçonnerie nous aborderons le 20e siècle avec ses traumatismes, ses espérances et déceptions pour aborder le 21e siècle et tous ses dangers.*
Nous nous attarderons plus particulièrement aussi sur les chapitres avec *

A bientôt fraternellement.
Jean Luc ELISSALDE

Réouverture de Notre-Dame : Les prêtres arboraient-ils les couleurs des Francs-maçons ?

De notre confrère 20minutes.fr – Par Maïwenn Furic

Notre confrère 20 minutes consacrait hier un article aux couleurs des Prêtres qui ont officié durant la cérémonie de samedi à Notre-Dame. Voici en substance l’article en question.

Lors de la réouverture de Notre-Dame le 7 décembre 2024, les tenues liturgiques, dessinées par Jean-Charles de Castelbajac, ont attiré l’attention avec leurs couleurs vives : rouge, vert, bleu, jaune, blanc et doré. Ces teintes ont suscité des discussions sur les réseaux sociaux, certains internautes y voyant un clin d’œil aux couleurs des logos de la franc-maçonnerie, notamment ceux de l’Ordre de l’Étoile Orientale et de la Grande Loge Européenne de la Fraternité Universelle (GLEFU).

Les tenues arborées par les prêtres, évêques et diacres, pour l’inauguration de Notre-Dame de Paris, ont été créées par Jean-Charles de Castelbajac.  - ERIC TSCHAEN -POOL/SIPA

La cérémonie, marquée par la présence de personnalités comme Donald Trump, Volodymyr Zelensky, et des performances de Vianney, Pharrell Williams, et Clara Luciani, a été un événement majeur après près de six ans de reconstruction. Cependant, ce sont les habits des prêtres, évêques et diacres qui ont particulièrement captivé l’imagination des spectateurs, paraissant plus modernes et colorés que les traditionnelles tenues ecclésiastiques.

Un internaute a souligné que ces couleurs pourraient être associées à l’Ordre de l’Étoile Orientale, une organisation maçonnique, alimentant ainsi les spéculations sur une possible infiltration ou influence maçonnique dans la restauration de la cathédrale. Un autre commentaire, attribué à un membre de la GLEFU, évoquait même une initiative pour collecter des fonds parmi les loges maçonniques pour la reconstruction du « Temple ».

FAKE OFF

Cependant, Jean-Charles de Castelbajac a expliqué à l’AFP que son choix de couleurs était inspiré par des significations spirituelles chrétiennes : le rouge pour le sang du Christ, le bleu pour Marie, le vert pour l’espérance, et le jaune pour l’or, symbolisant la lumière divine. Il a qualifié son travail de « Mondrian médiéval », mettant l’accent sur la lumière (« lux » en latin) plutôt que sur un quelconque message maçonnique.

Il est important de noter que, bien que certains francs-maçons peuvent avoir des affiliations religieuses, la franc-maçonnerie et la religion sont souvent considérées comme incompatibles dans leur essence. L’Ordre de l’Étoile Orientale, par exemple, est une organisation maçonnique qui s’appuie sur des principes bibliques mais reste distincte des structures religieuses traditionnelles.

Ainsi, la cérémonie de réouverture de Notre-Dame, tout en étant un événement culturel et spirituel, a également servi de toile de fond pour des débats sur les symboles et les intentions derrière les choix esthétiques, rappelant à tous que dans une époque de grande visibilité, chaque détail peut être sujet à interprétation.

Existe-t-il des techniques maçonniques spécifiques ?

Si l’on étudie les écoles ésotériques et initiatiques occidentales depuis l’ancienne Égypte, on se rend compte qu’il existait des techniques tout à fait spécifiques permettant d’accomplir un véritable travail intérieur. Il ne s’agissait pas d’une démarche religieuse, mais d’une véritable pratique intérieure que nous aurons l’occasion d’aborder en détail un peu plus loin.

Or, on se rend compte aujourd’hui que rien de ce genre n’est proposé. Il semble que tout ait disparu ou ait été occulté. Bien plus, pour beaucoup de Maçons, cette interrogation n’a ni sens ni réalité. Toutefois, des observateurs attentifs de l’histoire maçonnique reconnaîtront des éléments de ces pratiques au sein des grades de perfectionnement (4ème au 33ème degrés) ainsi qu’à l’intérieur d’initiations extérieures à ces cheminements classiques. On retrouve un certain nombre de ces éléments dans ce que l’on appelle dans le monde anglo-saxon les « Allied Masonic Degrees » (Grades Alliés[1]) et les « Appendant Bodies » (Organismes Annexes[2]).

L’idée communément admise est que de petits groupes d’initiés se servirent du creuset de la franc-maçonnerie pour transmettre des techniques et des enseignements plus anciens et spécifiquement ésotériques. Ce fut vraisemblablement le cas et le mithraïsme en est un bon exemple. On ne peut toutefois pas ignorer le fait que la franc-maçonnerie spiritualiste et ésotérique définit des éléments qui lui sont propres et qui se transmirent jusqu’à aujourd’hui dans certaines loges et degrés.

L’absence de reconnaissance de la franc-maçonnerie comme véritable voie d’éveil, la conduisit à se développer d’une façon essentiellement sociale, philanthropique et humaniste, confondant ces approches avec une pratique philosophique traditionnelle.

Il est maintenant temps de donner quelques repères sur ce que sont ces techniques d’éveil. Nous pouvons en distinguer plusieurs formes sur lesquelles nous allons donner quelques aperçus. Nous y reviendrons ensuite tout au long de l’ouvrage en vous donnant des éléments que vous pourrez utiliser, que vous soyez franc-maçon ou pas.

Philosophie

Nous avons l’habitude de considérer aujourd’hui la philosophie comme un exercice essentiellement intellectuel visant à créer des systèmes de pensée expliquant le monde, l’être, la place qu’il occupe, son origine et son devenir. Or, cette sorte d’aridité purement mentale, ne correspond pas totalement à ce qu’était la philosophie dans l’Antiquité. Une partie très importante de celle-ci consistait en une série d’exercices et de pratiques spirituelles, aidant l’étudiant à avancer dans la connaissance de soi et du monde. Il n’était pas abandonné face à un texte austère ou un monde hostile. Le maître philosophe le guidait dans sa réflexion et l’aidait dans ses pratiques, lui permettant de réellement progresser dans cette quête.

La franc-maçonnerie spéculative est l’une des héritières de cette tradition philosophique. Des ateliers maçonniques utilisèrent plusieurs de ses pratiques dans le processus de progression initiatique. Bon nombre disparurent, sans doute chassées par la volonté de bannir de la franc-maçonnerie tout contenu ésotérique et toute méthode permettant un véritable travail intérieur. Induire une démarche spirituelle tout en développant une liberté d’esprit et un esprit critique sont pourtant des éléments essentiels.

Il serait intéressant de savoir de quelle école philosophique la franc-maçonnerie s’inspire. L’examen des rites d’origine montre que les connaissances philosophiques n’étaient pas très précises et semblent avoir été empruntées à différentes écoles avant d’être mêlées avec plus ou moins de bonheur. Elles demeurèrent plus tard présentes en filigranes, comme des éléments capables de justifier une approche ou une autre. Les rites, les coutumes, les gestes et mots sont toujours là, mais la signification profonde et encore plus l’activation de tous ces éléments ont disparu. Imaginez un archéologue découvrant un outil technologique inconnu alors que toute civilisation a cessé d’exister. Le franc-maçon est dans une situation similaire et la seule solution serait d’appliquer une méthode de rétro-ingénierie[3]. De la même façon qu’un anthropologue, nous pouvons tout de même écouter la voix de ceux qui maintiennent encore le flambeau de cette tradition presque disparue. Tel un archéologue, nous pouvons retirer des strates lointaines des joyaux qui prendront tout leur sens. A ce titre, et nous y reviendrons plus loin dans cet ouvrage, nul doute que la méthode philosophique maçonnique se rapproche de la tradition platonicienne et néoplatonicienne.

Pleine conscience

un sculpteur assis - Tableau de Bernard Bonave
Tableau de Bernard Bonave

Les techniques de « pleine conscience » ou de « présence consciente » visent à incarner la pratique dans l’instant, de telle sorte que nous ne soyons pas troublés par nos pensées incessantes, à la fois préoccupés du passé ou du futur. Le travail maçonnique, qu’il soit issu de la simple écoute silencieuse ou du travail rituel, ne devrait avoir d’autre but que de développer une conscience éveillée, nous permettant d’exister au monde. Rien d’extraordinaire donc en apparence dans cette pratique, pourtant si délicate à mettre en œuvre.

Imaginez que vous écoutiez attentivement la lecture d’un exposé. Combien de temps pouvez-vous soutenir votre attention sans que votre esprit vagabonde ? Êtes-vous capable simultanément d’écouter et de prendre conscience de votre respiration ou des différentes parties de votre corps ?

L’objectif est simple. Il s’agit d’atteindre un état dans lequel nous ne sommes plus enchaînés par un flot incessant de pensées, de spéculations dans fondement. Nous ne laisserons également pas nos sens nous submerger ou nous ne laisserons pas notre conscience se détacher de ce que nous ressentons. Des techniques spécifiques nous aideront à devenir ce que nous sommes, à être dans l’instant en pleine conscience. La pratique est le seul moyen d’atteindre réellement ces niveaux de d’être nous détachant du monde des illusions dont parle Platon et la spiritualité orientale.

Méditation

La méditation sert avant tout à pratiquer l’introspection. Associée à la visualisation, elle permet de créer un véritable temple intérieur, un espace sacré créé dans l’esprit du pratiquant.

C’est au cours du processus méditatif que les pensées sont disciplinées. La conscience se tourne vers elles et observe leur génération sans intervenir. C’est une pratique solitaire. La méditation se pratique également dans la loge pendant les périodes de silence ou lors de l’écoute de travaux. Cette période est importante, car il est impossible de travailler sur un phénomène que l’on n’a pas observé ou que l’on connaît mal.

L’étape suivante consiste à agir sur ses pensées et les canaliser. Cela sera fait par la concentration sur des symboles dans une première approche active. C’est là une dimension du symbolisme qui est rarement connue et pratiquée.

On peut ensuite commencer à pratiquer l’introspection en allant de plus en plus loin dans la connaissance de soi. Cette aventure est semée d’embûches et d’obstacles. Il est donc nécessaire de connaître les mécanismes en jeu et de savoir distinguer ce qui est de l’ordre de l’illusion, de l’identification ou proche de l’essence de l’être.

Sous ces deux formes, le processus devrait être enseigné de façon progressive tout au long des différents degrés afin de parvenir à une maîtrise réelle de son être, de son esprit et de ses passions.

Extrait du livre « Spiritualité maçonnique » (suivi du code universel de morale), 5e question.


[1] Les Grades Alliés maçonniques sont accessibles aux Maîtres Maçons sur invitation. Les Grades Alliés se concentrent sur l’approfondissement d’aspects spécifiques des enseignements maçonniques dans des cadres plus restreints et ciblés.

[2] Les organismes annexes, comme le Rite Écossais, ou le Rite d’York, enrichissent l’expérience maçonnique. Les Organismes Annexes proposent des systèmes étendus de grades et ont une portée plus large, souvent accompagnés de structures administratives plus importantes et de missions diversifiées.

[3] Analyse des composants pour en déduire la fonction et devenir capable de recréer le mécanisme originel tel qu’il fonctionnait et était utilisé. C’est par exemple le cas dans l’analyse de la machine d’Anticythère, sans doute le premier calculateur astronomique de l’humanité découvert dans une épave dans la mer Méditerranée.

Lycurgue : Le législateur mythique de Sparte

Au cœur des mystères de l’antiquité, entre le VIe et le IXe siècle avant J.-C., se dresse la figure légendaire de Lycurgue, fils d’Eunomus et frère de Polydectus, qui aurait refusé le trône pour se consacrer à la tutelle de son neveu, Carilaus, jusqu’à ce que ce dernier puisse régner sur Sparte vers 870 av. J.-C. Ce philosophe et législateur grec est vénéré comme le fondateur de la Sparte militaire et disciplinée, mais sa réalité historique est entourée d’un voile de mythologie.

Lycurgue, dont le nom signifie « habile et intelligent », est peut-être plus un mythe qu’un homme, un dieu plutôt qu’un législateur. Historiquement, il n’existe pas de preuves tangibles de son existence ni d’écrits qui lui soient directement attribués. Pourtant, il est crédité d’avoir façonné une Sparte basée sur l’austérité, l’égalité et la puissance militaire, guidé par l’oracle de Delphes – une « Rétro » qui a fait de Sparte une machine de guerre redoutable.

L’odyssée de Lycurgue commence par un exil volontaire. À la naissance de son neveu, potentiel roi de Sparte, il choisit de s’éloigner pour éviter les conflits familiaux. Son voyage le mène en Crète, où il étudie les lois et l’organisation sociale, se liant d’amitié avec le grand Thalès de Milet. Il poursuit son éducation à travers l’Asie, l’Ionie et l’Égypte, observant, apprenant, et s’inspirant des systèmes de gouvernement et des coutumes locales, y compris les enseignements moraux d’Homère.

À son retour, Lycurgue se lance dans une transformation radicale de Sparte. Il instaure une société où la sobriété, l’éducation, le mépris de la richesse et l’amour de la patrie sont des piliers. La Sparte de Lycurgue est une terre où tous sont égaux devant la loi et où la terre est redistribuée pour assurer cette égalité. Les pièces d’or et d’argent sont bannies, remplacées par une monnaie de fer sans valeur, rendant le commerce avec l’extérieur difficile et encourageant l’autosuffisance.

Les femmes spartiates, contrairement à leurs contemporaines grecques, sont éduquées pour la guerre, une innovation radicale où la force physique de la mère est vue comme la clé de la vigueur des enfants. À la naissance, seuls les plus forts et les mieux formés des bébés sont acceptés dans la société spartiate ; les autres, considérés comme des fardeaux, sont destinés à un sort tragique.

Cette austérité n’était pas sans critique. Comme le dit José Martí, avoir des ennemis peut être un signe de talent ou d’influence, et Lycurgue, en imposant ses lois, a certainement suscité son lot de détracteurs. Sparte, sous son influence, devient un ennemi naturel d’Athènes, incarnant un style de vie où le luxe est absent, remplacé par une discipline militaire stricte et une vie communautaire où chacun mange aux mêmes tables.

Ainsi, Lycurgue a peut-être été plus qu’un homme, un symbole d’une philosophie de vie où chaque citoyen est un maillon dans une chaîne de force et de vertu, une légende qui a fait de Sparte un modèle de puissance militaire et d’ordre social en Grèce antique. Que son existence soit mythique ou réelle, son impact sur la pensée et l’organisation de la société est indéniable, et son nom résonne encore dans les corridors de l’histoire comme celui d’un grand législateur et philosophe.

Un Héritage de Discipline et de Contradictions

Lycurgue et les deux chiens, gravure d’Otto van VeenEmblemata Horatiana (1607).

L’héritage de Lycurgue, qu’il soit réel ou mythique, a laissé une empreinte indélébile sur Sparte, transformant cette cité en une entité unique dans le paysage grec. Sa législation a été à la fois un moteur de force et une source de controverses. Dans cette Sparte, où la guerre était une vertu et où chaque citoyen était un soldat, la vie quotidienne était régie par des règles strictes qui visaient à faire de chacun un guerrier, mais aussi un membre loyal et dévoué de la communauté.

L’éducation spartiate, connue comme l’« agogé », était une épreuve de survie et de formation militaire dès le plus jeune âge. Les enfants, séparés de leurs familles, étaient soumis à un régime strict de discipline, entraînement physique et éducation morale. Cette éducation n’était pas seulement une préparation à la guerre mais une formation à la citoyenneté spartiate, où le sacrifice personnel pour le bien de la cité était la plus haute forme de patriotisme.

Cependant, le système de Lycurgue n’était pas sans ses ombres. L’égalité proclamée était en réalité une égalité pour les citoyens spartiates, laissant hors de ce cercle les ilotes, les esclaves de Sparte, et les périèques, les habitants libres mais non-citoyens. Cette hiérarchie sociale rigide était un paradoxe dans une société qui prônait l’égalité parmi ses membres. Les ilotes, en particulier, vivaient sous la menace constante de révoltes, contrôlés par une oppression systématique, ce qui contraste fortement avec les idéaux de justice et d’égalité que Lycurgue aurait voulu instaurer.

La légende de Lycurgue dit qu’après avoir mis en place ses réformes, il quitta Sparte pour ne jamais y revenir, laissant derrière lui un serment que les Spartiates ne changeraient pas ses lois tant qu’il ne serait pas de retour. Sa disparition, qu’on raconte comme un voyage vers Delphes ou une mort volontaire par jeûne pour sceller ses lois, a servi à renforcer l’idée que ses lois devaient rester immuables.

L’impact de Lycurgue sur la culture maçonnique peut être discerné dans les valeurs d’ordre, de discipline, et de recherche de la perfection personnelle et collective. Les francs-maçons, dans leur quête initiatique, peuvent voir en Lycurgue une figure allégorique de la législation de soi, où la lutte contre les passions est comparable à la formation spartiate. La discipline, la simplicité, et l’engagement vers un idéal commun sont des traits que l’on retrouve aussi dans les principes maçonniques.

Ainsi, Lycurgue reste un symbole fascinant, une figure à la croisée de la mythologie et de l’histoire, dont les lois ont façonné une société qui, malgré ses contradictions et ses ombres, continue d’inspirer par son idéal de vertu et de force collective. Dans le cadre de la franc-maçonnerie, son héritage peut être vu comme une invitation à la réflexion sur la construction de soi et de la société, sur l’équilibre entre liberté et discipline, et sur la quête de la lumière à travers l’obscurité des passions humaines.

Quel est son lien avec la Franc-maçonnerie ?

Lycurgue, bien que figure historique et mythique de l’antiquité grecque, n’a pas de lien direct et documenté avec la Franc-maçonnerie en tant qu’institution moderne… puisqu’elle n’existait pas encore. Cependant, on peut établir des connexions symboliques et philosophiques entre son héritage et certains principes maçonniques :

  1. Symbolisme de l’Initiation et de la Discipline :
    • Lycurgue est souvent cité comme un exemple de législateur qui a cherché à créer une société idéale, où chaque individu est formé à la discipline, à la vertu et à l’abnégation pour le bien commun. Cette idée de formation et d’élévation personnelle est centrale dans la franc-maçonnerie, où l’initiation symbolise une transformation de soi, un passage des ténèbres à la lumière, similaire à l’entraînement spartiate qui vise à forger des citoyens vertueux.
  2. Ordre et Structure Sociale :
    • La vision de Sparte par Lycurgue, avec son système social strict et son égalitarisme parmi les citoyens, peut être vu comme une métaphore de l’ordre et de la structure que la franc-maçonnerie cherche à inculquer dans ses membres. Les loges maçonniques sont organisées avec une hiérarchie et des rituels qui reflètent une quête d’ordre, de discipline et de fraternité.
  3. Lutte contre les Passions Humaines :
    • L’un des aspects marquants de la législation de Lycurgue est le contrôle des passions humaines pour le bien de la cité. Dans la franc-maçonnerie, un des objectifs est de travailler à la maîtrise de soi, à la tempérance et à la sagesse, combattant les vices pour atteindre une forme de perfection morale.
  4. La Quête de l’Idéal :
    • Lycurgue est souvent associé à la recherche d’une utopie sociale, une vision qui résonne avec le travail maçonnique de construction d’un temple idéal, non pas matériel mais spirituel, où chaque franc-maçon contribue à la construction d’une société meilleure.
  5. Mythe et Tradition :
    • La figure de Lycurgue, aussi historique que mythique, illustre comment les traditions et les mythes peuvent influencer l’éthique et la philosophie d’une société. La franc-maçonnerie, avec ses légendes et ses symboles, utilise également ces éléments pour enseigner des leçons morales et spirituelles.
  6. Inspiration pour les Hauts Grades :
    • Certains hauts grades maçonniques, particulièrement ceux qui incluent des références à des figures historiques ou mythiques pour illustrer des leçons morales ou spirituelles, pourraient utiliser Lycurgue comme un exemple de législateur et de réformateur, bien que ce ne soit pas explicitement mentionné dans les rituels standard.

Bien que Lycurgue ne soit pas explicitement lié à la franc-maçonnerie dans ses textes fondateurs ou ses rituels, son histoire et la philosophie de sa législation offrent un cadre symbolique et allégorique que les Francs-maçons peuvent interpréter dans leur quête de perfection morale, de discipline et d’amélioration de la société.

Au commencement était le récit… et à la fin aussi

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Le narratif que nous nous racontons reste la base de nos décisions. Selon Harari, l’IA vient change la donne et menace la civilisation ; une mise sous contrôle est nécessaire mais pas évidente.

Au commencement (Bérèshit) dieu créa le ciel et la terre, dit le début de la Genèse. Au commencement était le Verbe, ou la Parole, dit l’évangile de Jean, ou le logos, selon des lecteurs plus orientés philosophie. Ben moi je plaide pour qu’on utilise le mot « récit », ou ses substituts comme histoire, ou narratif. Ce dernier terme est le plus récent et désigne clairement un contenant, ce qui autorise une prise de distance avec le contenu.

Le récit, c’est ce qui fait que les romans se vendent beaucoup mieux que les essais. Dans le récit on peut se projeter et vivre plein d’émotions, celles des héros et héroïnes. On peut dérouler les archétypes humains, afficher les passions les plus viles comme les plus nobles. On peut passer plein de messages à l’aide de paraboles, de mythes, ou de légendes. Le mythe d’un certain Hiram a contribué largement à la pérennité de la franc-maçonnerie, tellement il fait vibrer toutes nos cordes humaines.

Le biais de confirmation est le processus renforçateur qui vient bétonner notre foi dans les récits que nous avons placés comme guides de nos vies. Son importance est à présent scientifiquement démontrée. Il fonctionne dans nos cerveaux à l’aide du « circuit de la récompense » et son agent la dopamine. Un filtre automatique met en lumière les informations qui vont dans le sens de ce nous avons envie de penser, et bloque celles qui vont dans le sens opposé.

Vous avez dit information ?

Yuval Noah Harari, auteur des best-sellers Homo Sapiens, Homo Deus et 21 leçons pour le 21e siècle, a pondu un nouveau pavé : « Nexus ». Ce terme désigne un nœud ou carrefour de réseau d’information, où se rencontrent plusieurs flux. L’ouvrage tente de réinterpréter l’histoire des civilisations à la lumière des technologies et méthodes de circulation de l’information disponibles aux dirigeants en exercice. Les dirigeants ont toujours eu à choisir entre une ligne disons libérale ou démocratique et une ligne plus dictatoriale.

Cette dernière tendance, autoritaire, se heurtait à l’époque de l’empire Romain, à la lenteur de transit de l’information depuis les confins de l’empire jusqu’à Rome. Même s’il en avait le désir, l’empereur ne pouvait rêver que la totalité de l’information passe d’abord par lui. Pas question donc de totalitarisme. Ce n’est plus le cas depuis un bon moment. Un première accélération est venue de l’imprimerie et ses capacité et vitesse de reproduction des documents écrits.

Notons en passant que l’écriture s’est surtout rendue indispensable parce que, au contraire des récits, nos cerveaux n’aiment pas stocker des monceaux de données quantitatives. Bref l’écrit est d’abord l’outil du bureaucrate. Lequel bureaucrate s’est mis à ranger ses données dans des tiroirs dans l’espoir de les retrouver si besoin ; tous ces traitements et rangements sont source d’erreurs, et les bureaucrates ont inventé des processus de correction des erreurs.

Cette capacité d’autocorrection des erreurs est une caractéristique cruciale des civilisations.

Les religions « révélées » prétendent détenir la Vérité et l’avoir saisie dans des livres sacrés. Etant d’origine surnaturelle, elle se dispense donc de doutes ou de mécanismes de correction. Il en est de même avec les idéologies totalitaires qui sont persuadées que leur contrôle centralisé de toutes les informations permet de bloquer toute dissonance. Face à cela nous avons la démocratie, construction humaine cahotante, avec souvent des menaces intérieures parmi les plus dangereuses. Mais ces démocraties ont des mécanismes d’autocorrection : la séparation des pouvoirs, la laïcité ( avec ses variantes de sécularisation ), le système parlementaire représentatif, la transparence, les libertés individuelles, des contre-pouvoirs, etc.

L’élément nouveau, déjà présent et montant rapidement en puissance, c’est l’Intelligence Artificielle (IA). Là où jusqu’ici toutes les décisions revenaient aux humains, nous allons déléguer de plus en plus de décisions à des IA. Pourquoi ? Les humains ont réussi à dominer le monde grâce à leur capacité d’analyse, dont celle de repérer des schémas répétitifs dans les messages reçus de notre environnement. On se souvient du fameux « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». Mais le logiciel AlphaGo, dédié au jeu de go, a battu l’homme à plate couture il y a déjà 8 ans, avec une stratégie qu’aucun des millions de joueurs depuis des siècles n’avait imaginée. L’IA est bel et bien capable d’une créativité qui dépasse la nôtre !

Mais une nouvelle IA est entraînée sur une énorme masse de cas existants dans le passé.

Elle peut donc démarrer dans une direction polluée par des problèmes sociétaux ( racisme, sexisme,…) existant en filigrane dans les bases de données. Mais même si on arrive à corriger cela, l’humain est rapidement largué par le raisonnement dans le « for intérieur » de l’IA, ou ses dialogues avec d’autres IA. Dans le réseau de circulation des informations, certains Nexus, auparavant humains, seront demain des IA. Comment les contrôler ?

Nous ne devons pas oublier que l’Humanité Universelle est une utopie, même pas approchée par l’ONU, qui est un genre d’association de copropriétaires, loin d’être tous bienveillants. Certains sont déjà tentés de lâcher quelques IA bien teigneuses dans les pattes de leurs concurrents. Les dirigeants humains bienveillants ont une vue d’ensemble du monde et un sens moral. Les IA n’ont en guise de morale que les objectifs fixés par leurs concepteurs, par exemple : garder à tout prix la cible devant son écran, histoire de lui enfiler un max de pubs. Ceci n’est qu’un exemple pas trop inquiétant, mais on en voit pourtant déjà les effets sur nos jeunes. Les influenceurs et autres trolls avec arrière-pensées pullulent sur les plateformes, et ce n’était pas prévu par les libertaires qui ont conçu Internet.

Si on se retourne vers l’histoire des civilisations, on remarque que les sociétés ont certes progressé grâce à la quête de la vérité. Notre franc-maçonnerie chérie ne nous dira pas le contraire ! Mais même les démocraties les plus douces ont compris que les forces centrifuges ou clivantes, souvent internes, peuvent mettre à mal des siècles de progrès, si le chaos règne. C’est précisément là que nous en sommes. Qu’ont fait nos sociétés ? Au besoin, lâcher un peu la recherche de vérité, au profit d’un maintien de l’ordre.

Rappelons-nous la devise du REAA.

Les pessimistes, dont les complotistes et les populistes, voient le monde entier comme un champ de bataille de tous contre tous pour conquérir le pouvoir. Les optimistes, dont les démocrates et les francs-maçons, voient que la coopération, bien que moins spectaculaire que les guerres, est ce qui a permis la marche vers la civilisation. La coopération est permise si et seulement si la communication, c’est-à-dire l’échange d’informations, fonctionne. 

En parlant de pessimistes et optimistes, nous voilà de retour sur le terrain des narratifs, qui nous plaisent ou non.

Harari conclut son opus avec quelques conseils au clan auquel nous appartenons. Son but est de réduire les risques associés à l’IA et au manque de bienveillance que nous constatons dans nos communautés humaines. D’abord, veiller à ne jamais rompre entièrement les échanges d’informations entre divers bords. Ceci pourrait arriver si les réseaux internet étaient déconnectés par endroits. Ensuite, maintenir un jeu minimal de règles mondiales que tous s’engagent à respecter.

Ces règles doivent inclure qu’une part des ressources doit être consacrée aux intérêts à long terme de tous les humains. Nul doute que pour obtenir cela, il est nécessaire de continuer à forger un narratif dans lequel nous les bipèdes peuvent se retrouver… Une des difficultés selon moi réside dans la croyance très répandue que le groupe ou la communauté prime sur l’individu. C’est compréhensible puisque sans coopération l’humain aurait disparu de la surface de la terre. Mais (seule) la culture occidentale a réussi (parfois !) à ménager la chèvre des besoins du groupe et le chou des désirs individuels. Francs-maçons, à vos intelligences humaines et à vos plumes !

Les 6 piliers spirituels de l’ésotérisme

L’exploration des 6 piliers de l’ésotérisme révèle une vision profonde et complexe de la quête spirituelle, ancrée dans des principes universels et intemporels. Ces piliers offrent une structure solide pour comprendre la nature de l’existence, la relation entre l’individu et l’univers, ainsi que le chemin de transformation intérieure.

La Transmission de Connaissances de Maître Spirituel à Disciple.

Les Correspondances entre Toutes les Parties de l’Univers

Le premier pilier met en lumière le principe d’analogie, soulignant les correspondances entre toutes les parties de l’univers. Cette « doctrine des correspondances » crée un réseau d’affinités qui lie les planètes, les métaux, les plantes, les nombres, et bien d’autres éléments. Elle nous invite à voir l’univers comme un tout intégré où chaque partie reflète le tout, permettant une compréhension plus holistique de notre réalité.
Ce premier pilier invite à une compréhension plus profonde et plus intégrée du monde. En reconnaissant les correspondances entre toutes les parties de l’univers, l’ésotérisme nous encourage à voir au-delà des divisions apparentes et à découvrir les liens subtils qui unissent toute chose. Cette perspective ouvre la voie à une connaissance holistique et à une transformation intérieure basée sur l’harmonie et l’unité universelles.

La Nature Conçue comme un Être Vivant

Le deuxième pilier propose une vision de la nature comme un être vivant, interconnecté par des réseaux de sympathies et d’antipathies. Cette perspective souligne l’unité du monde, un concept central dans de nombreuses traditions spirituelles. La notion que le monde a une âme, héritée des stoïciens et des néoplatoniciens, nous rappelle que l’univers est une totalité organique, cohérente et harmonieuse.

Ce deuxième pilier de l’ésotérisme nous invite à voir la nature non pas comme un mécanisme sans vie, mais comme un organisme vivant et interconnecté. L’idée que le monde possède une âme, anima mundi, renforce l’unité et la cohérence de l’univers, montrant que chaque partie est en relation avec les autres. Les réseaux de sympathies et d’antipathies illustrent l’interdépendance de toutes les choses, offrant une vision du monde où tout est relié et harmonieux. Cette perspective encourage une attitude de respect et de vénération envers la nature, reconnaissant sa vitalité et sa sacralité intrinsèques.

Le Rôle Essentiel de l’Imagination et des Médiations

Le troisième pilier reconnaît l’importance de l’imagination et des médiations (rituels, symboles, nombres) dans l’accès aux dimensions spirituelles de la réalité. Il met en évidence la dualité du monde, à la fois matériel et immatériel, et suggère que la pensée symbolique et créative est essentielle pour percevoir les aspects cachés et plus profonds de la nature et du cosmos.
Ce troisième pilier met en lumière l’importance de l’imagination et des médiations pour explorer les réalités spirituelles qui sous-tendent le monde matériel. En reconnaissant la dimension immatérielle de l’univers, l’ésotérisme offre une voie d’accès à la connaissance profonde, à travers des outils symboliques qui transcendent la raison et la perception ordinaire. Ce pilier invite à une pratique spirituelle où l’imagination, nourrie par des rituels et des symboles, devient un chemin de découverte de soi et du cosmos.

L’Expérience de la Transmutation Intérieure

Le quatrième pilier, centré sur la transmutation intérieure, nous enseigne que l’ésotérisme n’est pas seulement un chemin de connaissance, mais aussi de transformation personnelle. L’alchimie, avec sa quête de transformation du plomb en or, symbolise le processus de purification et d’élévation de l’âme vers des idéaux de beauté, de bonté et de vérité.
Ce quatrième pilier de l’ésotérisme nous rappelle que la véritable connaissance ésotérique est un processus de transformation intérieure, visant l’illumination et la sagesse. La transmutation alchimique du plomb en or symbolise la purification et l’élévation de l’âme. Cette quête de transformation personnelle est essentielle pour accéder à une compréhension profonde et intuitive de soi et de l’univers. En reconnaissant que la connaissance opérative doit transformer l’être tout entier, l’ésotérisme nous guide vers une union harmonieuse entre le savoir théorique et l’expérience vécue, conduisant ainsi à une véritable sagesse et illumination.

La Concordance des Traditions

Le cinquième pilier affirme l’universalité de la connaissance spirituelle, transcendant les frontières culturelles et linguistiques. Il promeut une compréhension synthétique et concordante des diverses traditions spirituelles du monde, soulignant que toutes puisent à une source commune de sagesse et de savoir originels.

Le cinquième pilier de l’ésotérisme nous invite à reconnaître et à explorer l’universalité de la connaissance spirituelle. En embrassant une approche synthétique et concordante des diverses traditions, nous pouvons découvrir une sagesse universelle qui transcende les limites culturelles et linguistiques. Cette perspective nous ouvre à une compréhension plus profonde et holistique de la vérité spirituelle, révélant les liens invisibles qui unissent toutes les traditions dans une quête commune de la connaissance divine. En étudiant les enseignements des différentes traditions spirituelles, nous enrichissons notre propre cheminement spirituel et contribuons à la réalisation d’une humanité plus unie et éclairée.

L’importance de la transmission directe de connaissances

Le sixième pilier met en avant l’importance de la transmission directe de connaissances de maître spirituel à disciple. Cette relation, fondée sur la guidance et la sagesse, garantit l’authenticité et la fidélité des enseignements spirituels, assurant une continuité et une profondeur dans la quête ésotérique.

Le sixième pilier de l’ésotérisme souligne l’importance vitale de la transmission de la connaissance de maître spirituel à disciple. Cette relation dynamique et interpersonnelle garantit que les enseignements sont non seulement préservés mais aussi vécus et actualisés dans le contexte personnel du disciple. En évitant les dangers du subjectivisme et de l’orgueil, le maître guide le disciple vers une compréhension plus profonde et authentique des vérités spirituelles. En s’inscrivant dans une lignée continue de transmission, cette pratique maintient la vitalité et la pureté des traditions spirituelles à travers les âges. Le compagnonnage, en particulier, illustre bien cette relation de transmission, soulignant l’importance de l’apprentissage direct et de l’expérience partagée. En embrassant ce pilier, l’ésotérisme assure la pérennité et l’authenticité de la quête spirituelle humaine.

Synthèse

En synthétisant ces six piliers, on voit que l’ésotérisme offre une approche intégrative et transformative de la réalité. Il nous incite à reconnaître les interconnexions universelles, à percevoir la nature comme un tout vivant, à utiliser l’imagination pour accéder aux dimensions spirituelles, à s’engager dans une transformation intérieure continue, à chercher l’unité des traditions spirituelles, et à valoriser la transmission directe de sagesse. En embrassant ces principes, nous pouvons approfondir notre compréhension du monde et de nous-mêmes, et cheminer vers une existence plus harmonieuse, éclairée et authentique.