Plus ou moins, certes, mais de façon générale nous montrons au public un personnage, une personnalité fabriquée et construite qui n’est pas ce que nous sommes véritablement.
Être soi : une quête simple, une aventure infinie.
Qui oserait répondre « oui » sans hésiter à la question de savoir qui il est vraiment ? Un esprit audacieux, peut-être, ou plus probablement un ignorant – car ce sont souvent ceux-là qui débordent d’assurance, et c’est d’ailleurs à cela qu’on les repère. Moi, je préfère rester prudent. Après une vie déjà bien remplie, j’ai certes avancé, mais beaucoup demeure au stade des idées. Avoir des théories, c’est un trésor ; comprendre qu’elles ne sont qu’un seuil à franchir, et non une arrivée, c’est encore plus précieux. C’est pourquoi j’écris, pour partager ce que j’ai reçu, sans prétendre avoir atteint les sommets que je décris comme des rêves éveillés.
Oscar Wilde
Oscar Wilde a dit : « Quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières. » J’aime cette phrase, mais je remplacerais « punir » par « mettre à l’épreuve ». Je ne crois pas – à tort ou à raison – à un divin comptable de récompenses et de châtiments. Si nos prières traduisent nos désirs, et que ces désirs nous enchaînent à des états étroits, leur réalisation devient un miroir, une chance de voir ce qu’ils ont voilé. En Orient, le Bouddha, l’« Éveillé », est celui qui s’est libéré des désirs. La sérénité naît de leur absence – et avec elle, celle des prières qui les portent.
Vouloir être ou sembler ceci ou cela ? Voilà une faute lourde. On pourrait se sentir comblé – le mot est maladroit – quand plus rien ne manque : ni vide, ni creux, ni désir. C’est une façon pudique de nommer un bien-être simple, une paix qui se suffit à elle-même, sans rien réclamer de plus ou de moins. Imaginez une insouciance douce, une béatitude qui ne calcule rien, ne compare rien, ne projette rien. Un état qui accueille le monde tel qu’il est, sans l’éplucher ni chercher à le redessiner. Rare, certes, cet état nous est familier : il flotte dans les souvenirs flous de notre petite enfance, là où repose notre vrai visage, unique et originel.
Chacun de nous porte des singularités, des élans personnels qui ne demandent qu’à s’épanouir, à danser avec les hasards de la vie, à leur manière. Mais si nous imitons autrui, si nous empruntons un costume qui n’est pas taillé pour nous, nous devenons des acteurs, des voleurs d’identité. Et quand ce rôle s’étale en parade sociale, avec ses artifices flatteurs, il trahit la misère d’une imposture banale.
Imposteurs ? Nous le sommes tous, à des degrés divers. Pourtant, une vérité éclate : « Je suis qui je suis, point final. » Si je m’arrête là, mon unicité, aussi modeste soit-elle, vaut celle des plus grands esprits ou des plus humbles cœurs. En laissant jaillir ce que je suis, sans fard, je pourrais effleurer la sérénité, l’amour sincère, la beauté pure, le bonheur vrai – car le vrai appelle le vrai. Mais si je me cache sous un masque de clown, tant pis pour moi : le faux engendre le faux. Je me perds alors dans un théâtre grotesque, peuplé de mirages et de grimaces, confondant ce décor pour la seule réalité. Prisonnier de ses règles, je cours après un statut, une façade brillante qui protège une intimité fragile en tenant les autres à distance.
Prenez cette ouvrière modèle, irréprochable et serviable, que tous trouvent adorable. Et si ce n’était qu’une armure ? Sa nature profonde pourrait être tout autre : une âme vive, curieuse, avide d’explorer l’invisible. En étouffant cela, elle s’enferme dans une routine résignée. Ou cet homme en vue, élégant et titré, drapé de distinctions ronflantes. Derrière ce vernis, un enfant timide se terre, jouant les durs pour fuir les orages. J’en ai croisé tant, comme ce client qui, entre un « bonjour » et un « asseyez-vous », glissait qu’il fut major de Polytechnique il y a quarante ans – que craignait-il, ce petit, avec son diplôme brandi comme un bouclier ? Ou cet autre, clamant à tout vent qu’il vivait dans un château, photos à l’appui, comme si des pierres pouvaient le grandir. Quelle tristesse !
Masque Blanc genre carnaval de Venise
Mais plutôt que de multiplier les portraits, mieux vaut regarder en soi. Qui vit librement, sans effort pour paraître, avec humilité et bienveillance, sans juger ni calculer ? Qui ose être, tout simplement, avec ses couleurs uniques, celles qu’il porte depuis toujours, peut-être même avant ? Cet abandon naturel, on le trouve souvent chez ceux qu’on dit « simples d’esprit » – non des idiots, mais des âmes limpides, libérées par leur candeur. « Heureux les simples d’esprit, le royaume des cieux leur appartient », disait Jésus. Ils touchent la vérité, un écho d’un Éden perdu, un état originel. Bien sûr, c’est une proximité, pas une perfection, mais en spiritualité, le naturel l’emporte sur l’artifice. Brutal parfois, il échappe à l’hypocrisie. Car seul le naturel vit ; un rôle fabriqué enterre – provisoirement, espérons-le – ce qui est vrai. Le bien ne naît jamais du faux.
Avis à ceux qui raillent les « simples » : l’arroseur pourrait bien être arrosé. Comme le disait Courteline : « Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet. »
Comment s’en sortir ? Deux remèdes s’offrent à nous.
Connais-toi toi-même ! Pour ne plus jouer la comédie, il faut rencontrer cette part précieuse et inimitable que nous sommes. Ce « Moi » vivant est une toile où notre personnalité peut s’épanouir, libre, au fil de ses élans naturels. L’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Socrate, héritier d’une sagesse antique, parlait d’une voix intérieure qui sait tout – un réveil, comme chez les bouddhistes, ou une mémoire enfouie, comme chez Platon.
Quel enjeu ? Comment avancer sans deviner ce que la vie attend de nous ? L’enjeu reste flou, mais supposer qu’il dépasse les apparences écarte déjà bien des illusions sur la « réussite ». Et si elle n’était que le bonheur ? Peut-être ma raison d’être vient-elle d’un Bien absolu, m’orientant vers la lumière, même à travers les épreuves. C’est dur à avaler parfois, mais cette idée s’affine avec le temps.
La vie oscille entre unité et diversité, comme des facettes d’un même éclat, séparées pour un dessein mystérieux. La raison excelle dans le concret, mais l’intuition, ce compas secret, voit plus loin. Attention, elle peut tromper : soulager une vengeance ou un élan altruiste n’est pas la même chose. L’intelligence discerne le bien du mal ; la bêtise les ignore. Retrouver notre essence ne se force pas : cela se révèle dans une confiance totale. La peur, surtout celle de la mort, obscurcit tout. La connaissance peut nous en libérer.
Il y a ceux qui croient, ceux qui savent, ceux qui connaissent. Les croyances, fragiles repères, guident nos débuts. Le savoir, nourri d’expérience, éclaire plus loin. Mais la Connaissance – du latin cum nascere, « naître avec » – est vivante. C’est un jaillissement, une foi douce qui s’impose comme une évidence.
Et maintenant ? Ces lueurs esquissent un chemin vers le « qui suis-je », un reflet de notre vérité. Rien n’est figé ; c’est un lent rapprochement vers l’unité. « Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux », promet l’adage. L’imposture est inévitable avant l’éveil, mais à tâtons, on peut tendre vers notre nature. Là se niche une Présence – sérénité, Paix du Seigneur, Shékhina, Al-Sakina –, un souffle divin qui s’exprime à travers nous.
La Fontaine, avec sa grenouille gonflée d’orgueil, raillait l’imposture. Souvenons-nous-en, et osons être.
(Je suis la musique et j’enseigne mon art à l’aide de divers instruments)
Les Anciens considéraient la musique comme la force qui sous-tend l’univers, musique de la vibration des sphères et des rapports entre elles qui régit le cours des astres. le son et la matière sont des manifestations de vibrations. Le son est créé par la vibration des molécules d’air, tandis que la matière est constituée d’atomes qui vibrent aussi. En ce sens, on pourrait soutenir que l’essence du son et de la matière est la même.
Si les mots sont le langage de l’esprit, la musique est le langage de l’âme.
«Il faut, en maçonnerie, rendre la vertu aimable par l’attrait des plaisirs innocents, d’une musique agréable, d’une joie pure, et d’une gaieté raisonnable» (Ramsay).
La musique est l’art de combiner les sons d’une manière agréable à l’oreille. Les éléments essentiels de la musique sont la mélodie et le rythme, auxquels il faut joindre le timbre et l’accentuation, enfin l’harmonie qui fixe la simultanéité des sons.
Aristote consacre une bonne partie du dernier livre conservé de sa Politique (VIII, 5-7) à l’éducation musicale. La musique, selon lui, peut avoir une influence sur le comportement, sur le développement du caractère, sur les dispositions morales, ce que les Grecs appellent l’êthos, de même qu’elle peut avoir une action sur l’âme, la psyché (à partir de la p. 106, Exercices de mythologie par Philippe Borgeaud, éd. Labor Et fides, 2004). Cette idée fut reprise par Marcile Ficin à la Renaissance : «pour combattre l’épuisement de la vie sédentaire, la musique est un bon moyen. Le son musical, par le mouvement de l’air purifié excite le spiritus aérien, qui constitue le lien entre le corps et l’âme, au moyen de l’émotion il agit sur les sens et en même temps sur l’âme» (De sanitate studiosorum tuenda).
Pythagore, Platon donnaient au mot musique une acception beaucoup plus étendue que celle que nous lui donnons aujourd’hui. Ils distinguaient une musique théorique ou contemplative et une musique active ou pratique. À la première ils rapportaient l’astronomie (l’harmonie du monde), l’arithmétique (l’harmonie des nombres), l’harmonique (traitant des sons, des intervalles, des systèmes), la rythmique (traitant des mouvements), et la métrique (la prosodie). La deuxième comprenait la mélopée (art de créer des mélodies), la rythmopée (art de la mesure et de la poésie).La musique est un exercice arithmétique secret et toute personne qui s’y adonne ne réalise pas qu’il manipule des nombres (Leibniz, 1712).
Musikê était à la fois l’approche scientifique, physique et mathématique, des sons et l’art issu des Muses. Rappelons que la première demande que fit Pythagore au Sénat de Crotone, était de bâtir un Temple aux Muses, comme symboles de l’harmonie qui devait présider à tout groupe social.
Les Hébreux cultivèrent de bonne heure la musique et le chant, témoins les cantiques de Moïse, les trompettes de Jéricho, la harpe de David, etc. La musique était intimement liée à toutes leurs cérémonies religieuses.
Les Romains ne commencèrent à s’occuper de la composition musicale que sous le règne d’Auguste.
Les premiers Chrétiens imitèrent les Juifs sous ce rapport ; de là l’origine du plain-chant créé au IVe siècle par Saint Ambroise et qui est comme un reflet de la musique des Anciens. Jusqu’au XIe siècle il n’y eut guère d’autre musique écrite que les chants d’église. À cette époque, l’invention de la gamme, ou échelle musicale, due au bénédictin Gui d’Arezzo, et celle du contrepoint donnèrent naissance à la musique moderne. C’est avec la connaissance de la musique, c’est-à-dire l’harmonie des sons et la beauté des rythmes que le compagnon règle sa conduite afin de tendre vers la véritable sagesse. «S’il y a une portée, elle doit bien porter quelque chose et s’il y a des clefs, elles doivent bien ouvrir des portes.»
Parler de gamme chromatique c’est associer la musique aux couleurs comme en alchimie : Les couleurs sont une clef et la musique une serrure. Avec son sang, les couleurs du paon donnent la gamme chromatique. Salomon Trismosin, dans Splendor Solis, son traité alchimique, associe le paon à un concert sur une de ses gravures. (Patrick Burensteinas, Le voyage alchimique, Étape 1-La Grand’Place de Bruxelles)
Dans son ouvrage Atalante fugitive ou nouveaux emblèmes chymiques des secrets de la nature, Michel Maïer (qui inspira Monteverdi) explique le Grand Œuvre alchimique par un ensemble de fugues musicales, de gravures et de poèmes, bref un essai d’art total comme l’opéra dont la traduction est justement le mot œuvre.
Le triton ou quarte augmentée (par exemple do, fa dièse), intervalle dissonant de 3 tons entiers entre deux notes, a été considéré comme maléfique, le diabolus in musica, au Moyen Âge.
On a découvert que certains atomes exposés à des températures proches du zéro absolu commençaient à se comporter comme s’ils étaient un seul et unique atome, alors qu’ils sont des milliards livrés à une ronde synchronisée. Le comité du Nobel, qui décerna le prix Nobel de physique en 2001 à Cornell et Wieman, Ketterle pour cette découverte, a dit que les atomes chantaient à l’unisson (découvrant ainsi un nouvel état de la matière appelé condensat de Bose-Einstein) au rythme de la musique cosmique, qui n’est pas sans rappeler le rythme de la danse créatrice de Shiva.
Les vibrations des musiques sacrées ont des correspondances géométriques qui permettent de les représenter et de les rendre visibles
À l’instar de la musique liturgique et du chant sacré de l’église, la musique maçonnique a joué un rôle et des fonctions toujours plus importants dans les travaux et tenues de la loge. D’emblée, la communauté maçonnique a reconnu les effets exhausteurs exercés par la pratique musicale sur l’ambiance de la loge et les sentiments animant les frères (et sœurs).
Dans certaines Loges en Écosse, le rituel est chanté quasi intégralement quasi intégralement depuis des siècles.
La pratique de la musique et du chant en loge contribue essentiellement, jusqu’à ce jour, au maintien de la communion des esprits lors des travaux rituels, mais aussi, dans la mesure où elle est en adéquation avec le texte et la gestuelle, à marquer plus intensément la perception du déroulement du rituel. Dans son ensemble, la musique maçonnique peut se subdiviser en trois catégories :
1 – Chants et pièces instrumentales composés en vue des travaux rituels, loges de table, fêtes de St Jean et autres manifestations analogues, une musique de circonstance.
2- Compositions qui ne furent pas écrites expressément à des fins maçonniques, mais qui par leur caractère et leur contenu se prêtent parfaitement aux travaux en loge.
3- Œuvres originales d’inspiration maçonnique, telle, par exemple, la Maurerische Trauermusik (Musique funèbre maçonnique) de Mozart.
La troisième partie des Constitutions d’Anderson est consacrée à 4 chants maçonniques (le Chant du Maître ou l’Histoire de la Maçonnerie ; le Chant du Surveillant ou une autre Histoire de la Maçonnerie ; le Chant des Compagnons ; le Chant de l’Apprenti). L’édition suivante, en 1738, reprend (pour certains, dans une version abrégée) les quatre chants de l’édition de 1723, mais y ajoute sept chants supplémentaires : Chant du Député Grand Maître ; Chant du Grand Surveillant ; Chant du Trésorier ; Chant du Secrétaire ; Chant du Porte-épée ; Ode aux Francs-maçons ; Ode à la Maçonnerie. Les éditions suivantes des Constitutions, celles de 1746, 1756, 1767 et 1784 continueront à ajouter et à soustraire des chansons.
Dans les Constitutions de Dermott, Ahiman Rezon, on trouve (1-4) les quatre chansons originales des Constitutions d’Anderson de 1723 (on notera que le Chant du Maître, déjà ramené de 244 à 52 vers en 1738, n’en contient cette fois plus que 12) ; (5-8) les quatre premières des sept ajoutées dans l’édition de 1738 ; (9-68) 60 autres chansons ; divers prologues et épilogues ; l’oratorio Solomon’s Temple.
Albert G. Mackey rapporte que le frère W. Clegg, membre de la Loge d’Harmonie, n° 279, Boston, Lincolnshire, est l’auteur des hymnes Hail Eternal et Now the Evening Shadows Falling, qui sont fréquemment utilisés à l’ouverture et la fermeture de nombreuses Loges.
La colonne d’harmonie est un terme qui désigne à la fois l’officier et l’office chargé de la musique accompagnant les cérémonies maçonniques rituelles. Elle est dite vivante lorsque des groupes de musiciens y participent. La «colonne d’harmonie» désigne à son origine un ensemble d’instruments à vent qui, lors de la tenue, ponctue le rituel et les agapes, mais n’apparaît qu’au XIXe siècle. Le responsable de la musique dans les rituels anglo-saxons est généralement appelé organiste, même s’il n’a ni orgue ni harmonium à jouer. Dans les loges en Écosse, la musique a une telle importance que, non seulement l’ensemble des frères chante une grande partie du rituel, mais on recourt souvent à un barde (pour les chants a capella et pour donner le ton), à un organiste qui tient réellement un orgue ou un harmonium, parfois à un «pompiste» pour faire l’air à l’instrument s’il est vieux, et à un ou plusieurs cornemuseurs et tambours.
Les loges RSE/RÉÉ essaient parfois d’étoffer la musique plus que dans d’autres rites. La musique n’existe pas, en principe, en loge RER, car les fondateurs du rite prônaient l’écoute du silence intérieur.
L’harmonie musicale est un prestige dans nombre de grandes loges dans le monde, curieusement très peu en France. Il n’est pas rare de voir des frères organistes professionnels, chevronnés et virtuoses, accompagner les tenues aux États-Unis, en Grande-Bretagne ou en Suède. Jan Sibelius, le célèbre compositeur de la Valse Triste, fut pendant des décennies le grand organiste de la Grande Loge de Finlande.
La musique comme la danse conduit à une philosophie de l’évanescent, la note entendue, les gestes disparaissent après leurs exécutions dans leur précarité.
Les notes de musique
Les noms des notes, Do, Ré, Mi, Fa, Sol, La, Si, Do sont issus d’une poésie religieuse chantée, l’Hymne à Saint Jean-Baptiste, écrite vers 770 après J.C. par le bénédictin lombard Paul Diacre.
C’est le musicien italien Guido d’Arezzo, qui en constatant que l’hymne s’élevait à chaque vers fit ressortir les premières syllabes et celles qui suivent l’hémistiche (moitié du vers) et leur attribua leurs noms et un son de plus en plus haut. Le texte en latin : Ut queant laxis/ Resonare fibris/ Mira gestorum/ Famuli tuorum/ Solve polluti/ Labii reatum/ Sancte Iohannes donne en français : Pour que tes serviteurs fassent résonner les prodiges de tes hauts faits par leurs cordes vocales bien souples, efface le péché de leur lèvre souillée Saint Jean. Afin de mieux établir les variations d’un chant, il créa une modulation pour la note B à laquelle il ajouta le «B molle» et le «B quadratum». De là se généralisa à toutes les notes l’appellation «bémol» et «bécarre».
La note Ut est la seule commençant par une voyelle. Par commodité du chant, qui se faisait sur la tonalité de ces syllabes, le «ut» fut remplacé par «do» au XVIème siècle par les religieux italiens. Une autre version affirme qu’en 1673, le UT a été renommé Do, plus doux à l’oreille, par le compositeur Giovanni Maria Bononcini.
Do étant la première syllabe de Domine (Seigneur en latin). La note Si est obtenue par les initiales de Sancte Iohannes à qui était destiné le poème. Les notes Ré, Sol, Ut constituent le mot «résolution» ; la note Sol rayonne au milieu du mot résolution. Il s’agit du soleil. Le suffixe io se trouve dans Iohannes.
Les notes Fa et La peuvent se lire en verticale et forment ainsi une croix latine. La note Mi représente la plus grande et la plus petite valeur numérologique : mille et unum. Elle décline ainsi l’idée de l’infiniment grand et de l’infiniment petit. Pour une compréhension du cryptogramme carolingien du christ-soleil dans ce texte lire l’article de Jacques Viret : Un cryptogramme carolingien du Christ–Soleil.
La notation anglophone, appelée batave, héritée de la Grèce antique, utilise des lettres de l’alphabet.
Dans cet ordre d’interprétation, l’échelle universelle, également appelée rayon de la création apparaît dans le nom des sept notes ; chaque niveau hiérarchique du rayon de la création correspond à un ciel. Dieu réside dans le septième ciel, par conséquent ce ciel le plus élevé est le paradis de du Créateur, le Dominion, abrégé en Do. Le sixième ciel est le cosmos ; le mot latin Siderus orbi, signifiant toutes les étoiles de l’univers, est abrégé en Si. Le cinquième ciel est la voie lactée ; l’expression latine Lacteus orbis est abrégé en La. Le quatrième ciel est le système solaire ; Hélios y est au centre ; il est le soleil, Sol en latin. Le troisième ciel est peuplé des planètes du système solaire ; l’astrologie montre comment les mouvements de ces planètes créent notre destin, Fatum en latin, abrégé en Fa. Le deuxième ciel correspond à notre planète ; c’est le microcosme à l’intérieur du macrocosme de l’univers entier, en latin il s’agit du Microcosmus, ou du mixtus orbis (lieu où se mêlent le bien et le mal, la terre), abrégé en Mi. Le premier et le plus bas des Cieux, sous le microcosme, est le monde souterrain ; la lune en est la régente (ou la reine) ; le mot latin Regina astris est abrégé en Ré.
Ce qui correspond aussi au Tikoun de la Tradition Hébraïque de l’arbre de vie, la remontée du Zaïn ou la réparation.
Newton, qui n’était pas qu’un scientifique, mais aussi un alchimiste, fit une étude complète sur les correspondances des sons et des lumières en rapport avec les 7 planètes de l’astrologie traditionnelle, qui correspondent aux 7 métaux alchimiques. La Tradition Hermétique nous donne ceci : Do = Lune, RE = Mercure, MI = Vénus, FA = Soleil, SOL = Mars, LA = Jupiter, SI = Saturne.
D’autres attribuent Do à Lune, Ré à Saturne, Mi à Jupiter, Fa à Mars, Sol à soleil, La à Vénus, Si à Mercure. (cf. La musique des sphères André Manoukian)
Dans le livre Le jeu des perles de verres, (1943), Hermann Hesse établit un lien entre les sept notes de la gamme musicale et les sept couleurs incluant le blanc auxquelles sont associées sept qualités précises : do, blanc, amour ; ré, jaune, joie ; mi, orange, humilité ; fa, rouge, maîtrise de soi ; sol, violet, honnêteté ; la, bleu, bonté ; si, vert, vérité ; non sans rappeler le poème Correspondances de Charles Baudelaire.
Qu’adviendrait-il si, un jour, la science, le sens du beau et celui du bien se fondaient en un concert harmonieux ? Qu’arriverait-il si cette synthèse devenait un merveilleux instrument de travail, une nouvelle algèbre, une chimie spirituelle qui permettrait de combiner, par exemple, des lois astronomiques avec une phrase de Bach et un verset de la Bible, pour en déduire de nouvelles notions qui serviraient à leur tour de tremplin à d’autres opérations de l’esprit ? »
Ils sont environ 400 à Pau, un millier en Béarn. Trois siècles après la création des loges en France, héritières de leurs grandes sœurs anglaises, les francs-maçons suscitent toujours la curiosité, la suspicion, l’intérêt ou le dénigrement. Nous sommes allés à la rencontre d’un membre palois du Grand Orient de France, José Moreira, l’un des Grands Maîtres adjoints de cette obédience, dans le temple de la rue Lapouble à Pau. L’homme de 66 ans est franc-maçon depuis 1994. Il répond à nos questions (un peu provocantes).
La Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF) et sa Maison du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm organisent les deuxièmes rencontres Egyptiennes en présence du Grand Maître de la GL-AMF, Pierre Lucet.
Le Cercle Georges Bogé de Lagrèze
La création du Cercle Georges Bogé de Lagrèze au sein de la Maison du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm de la GL-AMF, répond à une demande croissante des Frères, celle de mieux appréhender l’histoire de leur rite, de leurs racines traditionnelles et de valoriser leur patrimoine initiatique et historique.
Compte tenu de la nature et des objectifs de ses travaux, le Cercle Georges Bogé de Lagrèze, reste ouvert, il pourra ainsi travailler avec des Frères et des Sœurs extérieurs ou des profanes reconnus pour la qualité de leurs travaux.
Programme des Rencontres Égyptiennes
Pour cette deuxième année les thèmes seront ceux des sciences traditionnelles, au travers du Tarot et de l’hermétisme. Nous aurons le plaisir d’aller à la rencontre de cet homme qui marquera l’occultisme et la Franc-maçonnerie égyptienne du XXe siècle : Robert Ambelain.
L’accueil de cette journée se fera entre 8h30 et 9h30 autour d’un café de bienvenue, puis :
9h30 – 10h00 : allocution du Grand Maître de l’Alliance, Pierre Lucet.
TAROT ET FRANC-MAÇONNERIE
10H30 – 12H00 :
Table ronde avec Pierre Treuil (astrologue, tarologue, écrivain et conférencier) et Francis Lemenier (imprimeur, éditeur, spécialiste des tarots de Papus, Wirth, et Falconnier). Modérateur : Marc Jaillon (Député Assistant Grand-Maître de la Maison du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm (GL-AMF).
12h00 – 13h00 : déjeuner libre.
ROBERT AMBELAIN
14H00 – 15H30 :
Serge Caillet, historien des sociétés initiatiques, fondateur de l’Institut Eleazar, auteur de nombreux ouvrages sur la Franc-maçonnerie égyptienne dont une très complète biographie de Robert Ambelain parue aux éditions de la Tarente.
HERMETISME ET FRANC-MAÇONNERIE
15H30 – 17H00 :
Axel Karol, Grand Maître de l’Ordre Maçonnique Traditionnel de Memphis-Misraïm et auteur de deux ouvrages sur la Franc-maçonnerie égyptienne au travers des Arcana Arcanorum et du Rite Féminin de Chevillon-Fructus.
La conclusion clôture de cette riche journée sera donnée par Jacques Galhardo, Assistant Grand Maître de la Maison du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF)
Ce Tau, signe des justes dans l’Apocalypse, sera, chez les chrétiens, tracé sur leur front avec de la cendre à partir du XI°/ XII° siècle. Ainsi sur cette figure gravée sur une des faces d’un pied de croix du XII° siècle, provenant de l’abbaye de Saint Bertin (aujourd’hui au musée de Saint Omer), on voit un prophète traçant le signe T sur le front d’un juste. On trouve la même chose sur un vitrail de Saint Denis.
Cette coutume demeure aujourd’hui encore dans quelques pays à majorité catholique, comme au Costa Rica et surtout aux Philippines, où l’on peint avec de la cendre noire épaisse une sorte de croix comme un +. Et on la traçait encore sur ou avec de la cendre grise sur le front de certains chrétiens au Liban dans les années quatre-vingt-dix.
Le Tau grec serait-il le « To » de Tito ?
Le T grec, signe des Justes dans l’Apocalypse serait-il le « To » de Tito ? Naturellement on sait qu’il est la transposition du T hébraïque, le Tav qui marque le front des Justes dans l’Ancien Testament, l’autre T de TiTo . ?
Le T hébraïque, Le Tav un X
Dans Ézéchiel IX, 4 cet épisode dramatique de l’Ancien Testament, alors qu’une partie des fils d’Israël se trouve en exil pour n’avoir pas suivi les directives de Yahvé, Ézéchiel est emporté par le char de ce dernier à Jérusalem et assiste là à la colère de son dieu, qui décide de punir tous ceux qui sont restés et ont cessé de suivre ses lois. Seuls les Justes seront sauvés, c’est pourquoi il faudra qu’on puisse les reconnaître : « Tu dessineras un Tav sur le front des hommes (ceux qui sont Justes) ».
Or le Tav qui est un T est aussi un mot qui signifie « signe », signe d’écriture et pour les kabbalistes. Il est « la marque » « le sceau divin ». Il est le nombre 400. Il s’écrivait alors sous la forme d’un « X » (et encore à l’époque du Christ et donc ainsi du temps de Salomon et d’Hiram).
De nombreux chrétiens le confondront d’ailleurs allègrement avec le Tau grec puisqu’ils prononçaient le Tav : Tau !
Le T hébraïque le Tav serait-il le Ti de Tito ?
Quand nous français, parlons de la lettre T en grec, nous prononçons Té, les anglais Ti. Pour les anglosaxons, qui nous transmirent les rituels, le Ti grec de valeur 300 pourrait bien être le Ti de Tito. Le « To » de Tito serait alors le Tav hébraïque, que les maçons prononçaient – et même encore certains aujourd’hui- To comme Toto, l’écrivant TAU ayant confondu le V majuscule latin avec un U !
On pourrait évidemment imaginer l’inverse : Le Tau grec serait le To de Tito En fait on devrait dire non le Ti et le To mais le Tau et le Taw… Quoi qu’il en soit :
TiTo symbolise les deux T qui sont les signes du Juste dans l’Ancien et le Nouveau Testament.
On remarquera au passage que la clef du nom Tito était déjà perdue à l’époque de Vuillaume (Première parution de son Tuileur 1830) puisqu’il met en note : « Il y a tout lieu de croire que Tito est une corruption d’Achitob (hébreu ahhitob) frater bonitatis « Bon Frère » ! explication recopiée par tout le monde… Regardons maintenant les anciens tableaux de loge pour voir les lettres qui y sont inscrites et voyons à quelles langues elles font références. Du chinois ? Même si, comme l’écrit Irène Mainguy, ce degré est un casse-tête chinois ?
Et gardons en mémoire que de nombreux rituels nous sont parvenus en anglais tels tous les degrés du Rite de Perfection par Franken. En anglais, les consonnes suivantes se prononcent avec le son i : à partir du B : Bi, Ci, Di, Gi, Pi, Ti, Vi et Zi.
Donc ces huit sons écrits ne sont pas forcément des syllabes mais plutôt des consonnes initiales…Tout comme le Ti de Tito… Tournons-nous donc vers les tableaux de loge parvenus jusqu’à nous pour voir quels caractères y sont inscrits et en quelle langue.
Les lettres sur les Tableaux de loge
Si sur tous les tableaux de loges parvenus jusqu’à nous, on retrouve les mêmes images concernant les objets symboliques du rituel :
La Cassette, la Clef d’or, la Balance, le Delta avec le G et le A entrelacés du Grand Architecte, l’Urne flamboyante avec le Cœur d’Hiram et les Sept Marches. Il n’en est pas de même des lettres qui y sont inscrites. Elles varient selon les tableaux. On remarquera même que sur le premier tableau présenté en tête de l’article, il n’y a pas les deux T de Tito.
Et c’est là que continue le casse-tête chinois commencé avec les deux T de Tito. Mais on a besoin de ces lettres pour éclairer les paroles du rituel.
Sur ce deuxième tableau de loge appelé Tableau de Maître Irlandais daté de 1711
C’est l’un des plus anciens parvenus jusqu’à nous, l’un des plus simples, l’un des plus faciles à interpréter. Nous remarquons :
À l’Orient : Deux lettres en caractères latins « L » à gauche et « K » à droite : du grec.
Là c’est du grec facile à trouver : Le « L » au-dessus de la clef est l’initiale de « Prévot » en grec Leitourgos.
Le « K » au-dessus de la balance est l’initiale du mot « Juge » en grec Kritès. Le liturge est une sorte d’intendant, préposé à la direction des ouvriers ou de l’administration d’une armée ou d’un lieu. Il est donc normal qu’il possède la clef de l’endroit où se trouvent les plans d’un bâtiment important, ici le temple de Salomon. Sous le L de Prévôt se trouve donc logiquement la clef d’or de la cassette où sont les plans tout comme la balance se trouve sous le K de Juge.
À l’Occident : du grec et de l’hébreu Un T à gauche et un X à droite.
Ils marquent la distinction entre le T grec et le T hébraïque : À gauche la lettre T, Té pour nous, prononcée par les anglais Ti : Soit le Tau grec majuscule « » qui se trace comme un T latin. Soit le Ti de Tito. À droite le « X », le Tav dans son ancien graphisme soit le Tav prononcé Tau par les maçons. Soit le To de Tito. Ainsi les deux T placés face à face à l’Occident, représentent les signes des justes : celui de gauche dans l’Apocalypse, celui de droite dans Ézéchiel. Quant à l’alliance des deux T : 400 + 300, elle nous donne celle du quatre et du trois, du nombre de la matière et de celui du spirituel et donnant le sept.
Au centre du Tableau sous la cassette un IHS : de l’hébreu et du latin issu du grec
Les branches d’acacia, surmontant cet IHS, évoque le lieu où fut trouvé le corps d’Hiram. Quant au IHS il signifie, dit le rituel, Jéhova, Hiram et Stolkin. Soit le Yod de Jéhovah, le ‘Heith de Khiram et le S de Stolkin, mot qui est censé être de l’hébreu et être le nom de celui qui le premier retrouva le corps d’Hiram.
La réunion de ces trois noms fait très artificiel et ne trompe personne¸ d’autant que Khiram ne commence pas par un H latin ! Elle ne sert qu’à montrer que derrière Hiram se trouve le Christ ou que derrière le Christ se trouve Hiram.
Au Moyen Age, Hiram était vu comme le Christ à venir. Bède le Vénérable (VII° siècle en Northumbrie) et Walafried Strabo (en Allemagne IX° siècle) voyaient dans Hiram une préfiguration du Christ.
Hiram devenait alors Homo Jésus Rex Altissimus Mundi On voit qu’on peut faire des allers et retours entre Hiram et Iésous. Le monogramme trilitère hiramique est une transformation du monogramme bien connu qui est d’abord christique :
Il s’agit du JHS christique où l’on a remplacé la croix sur la barre du H par deux branches d’acacia afin de faire d’Hiram l’équivalent du Christ. L’acacia, symbole solaire de renaissance et d’immortalité, remplace la croix et nous pensons que les deux interprétations se superposent. Il ne s’agissait pas de déchristianiser les rituels, mais de montrer les correspondances entre Hiram et le Christ, au niveau symbolique.
Tout comme les deux T de Tito mettent en rapport l’Ancien et le Nouveau Testament. Aussi il nous parait important de rappeler le sens du premier monogramme trilitère, celui d’origine. Sinon le grade de Rose Croix n’aurait plus raison d’être. Or les degrés se suivent tout en s’approfondissant. Revenons donc à l’origine.
Ce monogramme en latin IHS pouvait aussi s’écrire JHS ou YHS. -Ce dernier figurait ainsi sur l’étendard des templiers : la barre verticale du h s’élève au-dessus du Y et du S et est barré pour signifier une croix.
À l’origine il s’agissait uniquement des trois premières lettres du nom de Jésus en grec IHSOUS soit en majuscules et transposées maladroitement en latin, IHS mais il s’interprète aussi : – Comme Jésus Sauveur : Jésus Hominum Salvator « Jésus Sauveur des hommes » « Sauveur du monde »(Jean 4,42)
Comme Jésus Vainqueur :
In Hoc Signum « Par ce signe (la croix) » sous-entendu : Vinces « tu vaincras » comme on le trouvera plus tard sur différentes médailles comme celle représentée ci-dessous, où l’on voit l’inscription Vinces en toutes lettres. Datée de 1838 il s’agit de la médaille d’une Ligue de tempérance.
On la trouve aussi dans un ouvrage anonyme paru en 1876 à Londres décrivant les cérémonies de plusieurs Ordres maçonniques chevaleresques ; Il y est écrit que la devise en latin « In hoc signo vinces » fut adoptée par les croisés. Jésus est ainsi Juge «“ le Fils de l’Homme ” apparaîtra sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire, pour juger les vivants et les morts.» (Mt 24, 30), Sauveur et Vainqueur, tout comme les Juges, Sauveurs et vainqueurs du Livre des Juges.
Sur ce troisième tableau (Collection Chevalier de la Barre) En partant de l’Orient :
Sous le dais et de chaque côté de la cassette : Un C à gauche face à un K à droite On retrouve à droite le K de Kritès Juge. C’est donc du grec. Le C à gauche doit donc être aussi du grec. Sachant que les juges du Livre des juges étaient également appelés « Sauveurs » on peut donc y voir le nom de Sauveur en grec soit Sôter.
Le S de Sôter en oncial est un « C » l’initiale donc de Sauveur. Soit le C pour « Sauveur » à gauche et le K pour « Juge » à droite.
En dessous au centre :
Les deux T de Tito symbolisant le Tau grec et le Tav hébraïque cette fois les deux T sont en caractères latins. Ils encadrent : Le IHS avec un petit rameau d’acacia presque invisible.
À l’Occident
Du grec à nouveau : À gauche un X, le Khi grec de (Initiale de Christos en majuscules) À droite un C, le Sigma, le S grec, (Finale de Christos en onciale). Remarquons que pour le moment nous ne voyons pas l’utilité de faire appel à du chinois…Nous pouvons alors passer aux mots du rituels et tenter de les décrypter.
Les mots du rituel
Lors de la réception à ce grade, le premier surveillant fait s’agenouiller le candidat, lui fait dire CIVI tout en posant son épée nue sur son épaule gauche. Il reste ainsi jusqu’à ce que le Trois fois illustre dise KI. Après quoi on lui fait faire sept voyages. Et plus loin, à la fin de l’Instruction, on lit : « Dans cette place sacrée, le candidat fut saisi d’admiration et, tombant sur les genoux, il prononça CIVI » Ce qui n’est pas tout à fait la même chose : Là il s’agenouille de lui-même et cela sans doute parce qu’il a vu -on peut le penser- le cœur d’Hiram qui dans une urne flamboyante apparaît comme dans une gloire de flammes ou de rayons. Salomon le voyant prosterné lui répondit KI et lui donna une balance.
CIVI et KI
On en a fait des syllabes de langue chinoise ! Civi serait alors un mot en langue chinoise signifiant « je m’incline » ou « je m’agenouille » et Ki un mot signifiant «Levez-vous ». Pourquoi pas ? et cela même si les mots au REAA du premier au trente-troisième degré sont en grec, en latin et en hébreu. Mais on pourrait quand même, d’une part faire remarquer qu’aucune de ces syllabes n’apparaît sur les différents tableaux de loge et, d’autre part, rappeler que l’autre nom de ce degré est Maître Irlandais et non Maître chinois !
Notre Frère Jissey s’en prend non seulement à la vanité de certains (sans donner les noms des coupables), mais aussi probablement au manque d’humour dans la Franc-maçonnerire. Vous avouerez que la Loge n’est pas le premier endroit auquel on pense pour venir passer une soirée de détente et de rire. C’est à croire que l’humour est incompatible avec le travail sérieux. Remarquez, c’est un peu la même chose avec le cinéma. Avez-vous déjà vu un humoriste récompensé aux Césars ou aux Oscars ? Il faut être ennuyeux et sérieux pour avoir du crédit.
L’humour est mal considéré en Franc-maçonnerie, probablement car il risque de diluer la solennité des rituels et de fragiliser la crédibilité d’une institution historique face à ses détracteurs. L’austérité, associée à la sagesse et à l’autorité, devient un gage de légitimité. Pourtant, des signes d’ouverture émergent, suggérant qu’un humour mesuré pourrait revitaliser les loges, à condition de respecter leur essence.
Ce samedi 15 mars à 10h30, l’Académie maçonnique Paris recevra, lors de son webinaire mensuel, pour une conférence intitulée :
« Tout se joue-t-il le soir de l’initiation ? »
LORENZO SOCCAVO
Membre de la Grande Loge de France, chercheur en littérature à Paris, associé à l’Institut Charles Cros, dernier ouvrage paru : Terres de fiction (Chaudfontaine, Belgique, Bozon2X éditions, 2024, 142 p.)
Ce webinaire est gracieusement accessible aux Sœurs et aux Frères de toutes Obédiences, titulaires du grade de Maître, sur inscription préalable : Cliquez ici
LORENZO SOCCAVO
Initié à Versailles, en 2001, à la Grande Loge de France, au Rite Écossais Ancien et Accepté, il est membre, depuis 2014, du Collège de la Loge d’étude et de recherche Jean Scot Érigène (travaillant au 3e degré), membre du comité de rédaction et auteur de sa revue Les Cahiers Jean Scot Érigène. Il a contribué aussi à Points de Vue Initiatiques et, tout dernièrement, à la Revue d’Histoire de la Franc-Maçonnerie (lancée cette année par la Commission d’Histoire pilotée par la Loge nationale de recherche Marquis de La Fayette dont il est le secrétaire).
Au plan profane, il est chercheur en littérature à Paris, associé à l’Institut Charles Cros. Son ouvrage le plus récent est un essai de littérature : Terres de fiction, où ses recherches portent sur le concept de « fictionaute » et le sentiment de « traversée du miroir » par les lectrices et lecteurs de romans.
La question qu’il se pose ce samedi taraude bien des initiés. Il nous donnera et étayera son point de vue, nous aidant ainsi à approfondir le sens de l’initiation depuis son choc initial. Une version de cette conférence paraîtra dans Les Cahiers Jean Scot Erigène, nouvelle série, № 4, en avril 2025.
Mohammed Ali al-Hussaini dément tout lien avec la franc-maçonnerie et ironise sur une candidature au Hezbollah
Beyrouth, 4 mars 2025 – Mohammed Ali al-Hussaini, secrétaire général du Conseil islamique arabe, a tenu à clarifier les choses face aux rumeurs persistantes sur son supposé appartenance à la Franc-maçonnerie. Dans une prise de parole relayée sur son compte X, il a fermement nié ces allégations, affirmant n’avoir « aucun lien, de près ou de loin » avec cette organisation souvent entourée de mystères et de controverses.
Interrogé également sur une éventuelle ambition de succéder à Hassan Nasrallah à la tête du Hezbollah, al-Hussaini a répondu avec une touche d’humour : « Je ne suis pas en lice pour ce poste, et je n’en ai ni l’envie ni l’intention. » Il a insisté sur le fait que son engagement se concentre exclusivement sur sa mission au sein du Conseil islamique arabe, visant à servir l’islam et les musulmans sans arrière-pensées politiques.
Le responsable n’a pas mâché ses mots contre ceux qui propagent ces rumeurs, les accusant de chercher à semer la division parmi les musulmans par jalousie ou calcul. « Ces calomnies visent à détourner l’attention des véritables enjeux qui touchent notre communauté », a-t-il dénoncé, avant d’appeler à l’unité face aux défis actuels.
Cette sortie médiatique intervient dans un contexte tendu au Moyen-Orient, où les spéculations et les théories du complot, notamment autour de la franc-maçonnerie, trouvent souvent un écho amplifié. Mohammed Ali al-Hussaini, figure connue pour ses positions religieuses et son influence au Liban, semble déterminé à couper court aux polémiques pour recentrer le débat sur les priorités de la région.
Dans l’univers maçonnique, le sautoir et le cordon ne sont pas de simples ornements. Ils symbolisent l’alliance entre tradition et modernité, le lien sacré entre l’initié et la Connaissance, et servent d’insignes de fonction et de grade. Ces accessoires, portés avec fierté et humilité, sont de véritables vecteurs de la transmission initiatique. Comme le disait Carl Jung :
« Votre vision ne deviendra claire que lorsque vous regarderez dans votre propre cœur. »
Ce regard intérieur se reflète dans la beauté et la signification des sautoirs et cordons, qui marquent l’appartenance à une lignée de sagesse ancestrale.
Origine et évolution
Historiquement, le sautoir et le cordon trouvent leurs racines dans les traditions nobiliaires et dans le Compagnonnage. Les couleurs compagnonniques ne sont pas portées en sautoir.
Le sautoir maçonnique porte en pointe le bijou confirmant la fonction (Equerre pour le Vénérable, Niveau et Perpendiculaire pour les deux surveillants, etc.). Ils continuent d’être portés en tenue blanches ou fermées (à l’exclusion du tablier et des gants emblèmes du travail). En loge le sautoir ne dispense pas du port du Tablier.
Cordon de secrétaire
À l’origine, dans la franc-maçonnerie anglaise, le sautoir était porté exclusivement par les Officiers, symbolisant un privilège réservé aux détenteurs de responsabilités.
En France, l’usage du cordon, issu des Ordres royaux – Saint-Esprit, Saint-Louis et Saint-Lazare, s’est généralisé pour montrer que tous les Maçons en fonction de leur grade et leurs responsabilités, qu’ils soient Officiers ou Maîtres, appartiennent à un ordre prestigieux et égalitaire.
« La grandeur de l’âme se mesure à sa capacité à transmettre la lumière. »
Ce lien historique confère à ces accessoires une dimension à la fois pratique et symbolique, servant à la fois d’instrument de distinction et de rappel de la mission de Transmission.
Symbolique du sautoir et du cordon
Le sautoir se présente généralement sous la forme d’un large ruban, souvent en tissu de couleur moiré avec ou non des liserés d’or, et peut être porté en collier. Les broderies variables reflètent les couleurs de l’obédience.
Le cordon, quant à lui, est le même ruban porté de l’épaule droite à la hanche gauche. Souvent nommé Echarpe, le cordon se différencie du Sautoir. Il symbolise une connexion diagonale entre le profane et le sacré.
« Les symboles sont les clés qui ouvrent la porte de l’invisible. »
Sautoir de l’Expert de la Loge Xavier Mina à Pampelune. EFE/Jésus Diges
Ces accessoires rappellent que l’initié doit toujours garder en mémoire l’alliance qu’il a conclue avec la Connaissance. Leur port, rendu obligatoire lors des tenues, incarne l’engagement personnel de chaque Maçon à œuvrer avec constance et humilité. Ils invitent également à se poser la question essentielle :
« Qu’est-ce que cet insigne signifie pour moi ? »
Ce questionnement, essentiel dans l’initiation, permet de transformer ces objets en vecteurs de méditation et de transformation.
Dimension spirituelle et mystique
Au-delà de leur rôle fonctionnel, le sautoir et le cordon maçonniques participent activement à la dimension spirituelle du travail en Loge.
« La véritable sagesse se trouve dans l’équilibre entre le visible et l’invisible. »
Cordon maçonnique,
Ils incarnent le chemin de la purification et de la transformation, rappelant à l’initié qu’il doit se défaire des attachements matériels pour embrasser pleinement la lumière. Par leur présence, ils suscitent en chacun le désir d’une introspection profonde et d’un engagement envers la Vérité qui se transmet de génération en génération.
Transmission et allégeance à la Tradition
Le sautoir et le cordon se posent comme des emblèmes d’alliance et de protection. Lors de la remise du tablier et de ces accessoires, le parrain ou le mentor rappelle à l’initié l’importance de leur usage : il s’agit non seulement de distinguer les grades, mais surtout de symboliser la continuité et la pérennité de la Transmission initiatique.
« Celui qui détient la Lumière se doit de la partager. »
En portant ces insignes, l’initié affirme son appartenance à une tradition millénaire et se rappelle qu’il est le dépositaire d’un savoir sacré qu’il se doit de faire fructifier et transmettre avec sagesse.
En conclusion
Le sautoir et le cordon maçonnique sont bien plus que de simples accessoires vestimentaires. Ils sont le reflet de l’engagement, de la transformation et de la quête incessante de la Connaissance qui caractérise la Franc-Maçonnerie.
« La véritable grandeur ne se mesure pas à ce que l’on possède, mais à la lumière que l’on partage. »
Ainsi, chaque fois qu’un Maçon revêt ces insignes, il renouvelle sa promesse de travailler, de s’élever et de transmettre la lumière intérieure, renforçant ainsi l’union sacrée qui lie les Frères et Sœurs de l’Ordre.
Dans les rayons des librairies spécialisées ou les bibliothèques des initiés, Le Fil de Pénélope d’Emmanuel d’Hooghvorst trône comme une énigme. Ce recueil en deux tomes – le premier publié en 1996, le second en 1998, tous deux réédités par les Éditions Beya – n’est pas un roman d’aventures, mais une plongée dans l’hermétisme, l’alchimie et la quête spirituelle.
Emmanuel d’Hooghvorst
Son auteur, un baron belge érudit, y tisse une réflexion profonde sur les fables et les mystères de l’humanité. Et si cette œuvre semble éloignée des loges maçonniques, elle partage avec la franc-maçonnerie une trame commune : celle d’un savoir caché, d’un fil conducteur menant à la lumière. À l’heure où la franc-maçonnerie française, du GODF à la Grande Loge, fait face à des scandales (comme celui d’Alain Bauer, condamné le 4 mars 2025 selon Franceinfo) et à des fake news (Sudinfo.be, 4 mars 2025), explorer ces liens offre une perspective fascinante.
Emmanuel d’Hooghvorst : un hermétiste en quête de vérité
Né en 1914 à Anvers, Emmanuel d’Hooghvorst n’était pas un écrivain de salon. Fils d’une famille noble, il se forme aux humanités classiques avant de se passionner pour les langues anciennes – latin, grec, hébreu, araméen – et les traditions ésotériques. Sa rencontre avec Louis Cattiaux dans les années 1940, auteur du Message Retrouvé, marque un tournant : il y puise une vision où art, religion et science convergent vers une vérité universelle. Le Fil de Pénélope naît de cette quête, d’abord sous forme d’articles pour La Tourbe des Philosophes et Le Fil d’Ariane, puis en volumes réunis peu avant sa mort en 1999.
Le tome 1, sous-titré Ou la Clef des Fables, est une odyssée intellectuelle. D’Hooghvorst y décrypte des contes de Perrault (Cendrillon, Le Petit Poucet), des mythes grecs (l’Odyssée), ou encore des textes sacrés comme la Genèse, avec une conviction : derrière chaque récit se cache une leçon alchimique ou spirituelle. Pénélope, tissant et défaisant son ouvrage pour attendre Ulysse, devient une allégorie de l’âme patiente, cherchant la lumière dans l’obscurité du monde. Le tome 2, plus technique, plonge dans l’alchimie : commentaires de textes médiévaux, réflexions sur le Grand Œuvre, et une vision où la transmutation du plomb en or est aussi celle de l’homme en être éclairé.
Une œuvre ésotérique, mais pas maçonnique ?
À première vue, Le Fil de Pénélope ne parle pas de franc-maçonnerie. D’Hooghvorst, discret sur sa vie privée, n’a jamais revendiqué une appartenance aux loges. Pourtant, ses écrits vibrent d’échos maçonniques. La franc-maçonnerie spéculative, née au XVIIe siècle en Angleterre et formalisée en 1717, s’est nourrie de traditions alchimiques et hermétiques. Elias Ashmole, l’un des premiers maçons documentés, était un alchimiste fervent, tandis que les symboles maçonniques – équerre, compas, pierre brute – évoquent le « travail » sur soi, thème central chez d’Hooghvorst.
Dans le tome 1, l’idée d’un « fil » reliant les fables rappelle le cordon maçonnique, symbole d’unité et de progression initiatique. Pénélope, patiente et rusée, pourrait être une figure du maçon polissant sa pierre : un labeur constant pour atteindre la perfection. Le tome 2, avec son focus sur l’alchimie, renforce ce parallèle. Selon Le Figaro (27 mai 2024), l’alchimie a influencé les hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), où la quête de la « lumière philosophale » rejoint celle de la « lumière maçonnique ». D’Hooghvorst, en citant des auteurs comme Basile Valentin ou Nicolas Flamel, s’inscrit dans cette lignée.
Pour écouter l’interprétation alchimique de la carte du tarot, La maison Dieu, telle que proposée par Emmanuel d’Hooghvorst dans son ouvrage Le fil de Pénélope :
La franc-maçonnerie et l’hermétisme : une histoire entrelacée
Série Gioviana. Cristofano dell’Altissimo, Portrait de Pico della Mirandola, vers 1552-1568.)
Pour comprendre ce lien, un détour historique s’impose. La franc-maçonnerie moderne, si elle se revendique aujourd’hui laïque au GODF ou spirituelle à la Grande Loge de France (GLDF), puise ses racines dans les guildes médiévales et les cercles ésotériques de la Renaissance. L’hermétisme, avec ses textes attribués à Hermès Trismégiste (le Corpus Hermeticum), a fasciné des penseurs comme Marsile Ficin ou Pic de la Mirandole, influençant les premiers maçons. Au XVIIIe siècle, des loges comme celles du Rite de Memphis-Misraïm intègrent explicitement des références alchimiques, tandis que le GODF, sous des figures comme Alain Bauer (2000-2003), explore des débats philosophiques proches de ceux de d’Hooghvorst.
L’analogie ne s’arrête pas là. Le « travail » maçonnique – réflexion en loge, rituels symboliques – fait écho au labeur alchimique de d’Hooghvorst : purifier, distiller, transformer. Dans Les Aphorismes du Nouveau-Monde, il écrit : « La lumière de nature est dans la pierre brute » – une phrase qui pourrait sortir d’une tenue du GODF. De même, son rejet de l’interprétation rationaliste au profit d’une lecture sensible rappelle la pédagogie maçonnique, où le symbole prime sur le dogme.
Une résonance contemporaine
Guillaume Trichard, ancien Grand Maître du GODF, plaidait en novembre 2024 pour une « démystification » (Sud Ouest, 26 novembre 2024) ; d’Hooghvorst, lui, propose une remystification, un retour aux sources ésotériques. Son « fil » pourrait être une réponse aux maçons déboussolés : chercher la lumière non dans les réseaux d’influence, mais dans la patience et la méditation.
Une œuvre initiatique pour maçons et profanes
Le Fil de Pénélope n’est pas un manuel maçonnique, mais il en partage l’esprit. Pour un frère de la GLDF, il pourrait enrichir les travaux en loge, notamment sur les grades alchimiques du REAA. Pour un profane, il offre une plongée dans un univers où les contes d’enfance deviennent des leçons de vie. Les Éditions Beya, qui rééditent l’œuvre, soulignent son universalité : « Une initiation par le texte », selon leur site.
Reste une question : d’Hooghvorst était-il maçon ? Rien ne le prouve. Sa discrétion, typique des hermétistes, laisse le doute. Mais son frère Charles, préfacier du tome 1, et son cercle proche gravitaient dans des milieux où la franc-maçonnerie belge (proche du GODF) était influente. Qu’il ait porté le tablier ou non, son œuvre tisse un pont entre l’alchimie et la maçonnerie, deux traditions unies par un même fil : celui de la quête de la lumière.
Conclusion : un fil à suivre
À l’heure où la franc-maçonnerie française oscille entre héritage et controverse, Le Fil de Pénélope invite à un retour aux fondamentaux. Emmanuel d’Hooghvorst, mort il y a 26 ans, n’imaginait sans doute pas que ses écrits résonneraient avec les défis de 2025. Pourtant, entre les scandales d’Alain Bauer et les rumeurs en ligne, son message – patience, symbolisme, transformation – offre une boussole. Pour les maçons comme pour les curieux, ce fil mérite d’être suivi, ne serait-ce que pour voir où il mène.
Sources :
Le Figaro, « La franc-maçonnerie sous Bauer », 27 mai 2024.
Éditions Beya, Le Fil de Pénélope, tomes 1 et 2, notices éditoriales.
Franceinfo, « Bauer condamné pour favoritisme », 5 mars 2025.
Sudinfo.be, « Fake news et franc-maçonnerie bruxelloise », 4 mars 2025.
Sud Ouest, « Trichard démystifie la franc-maçonnerie », 26 novembre 2024.