jeu 25 juillet 2024 - 18:07

Nos erreurs si humaines, si gênantes ?

Un tour de piste de notre connaissance des mécanismes d’erreur amène à une philosophie de vie. 

Sigmund Freud, grand promoteur de l’inconscient, serait-il de la même étoffe que nos complotistes contemporains ? On peut se poser la question. Cette entité cachée nommée Inconscient, peu définie, et que les IRM les plus puissants n’ont pas réussi à débusquer dans nos crânes, tirerait les ficelles de nos esprits. De temps en temps, telle Nessie dans le loch Ness, elle pointerait son museau pour lâcher un lapsus, révélateur de son existence occulte. Occulte mais quasiment insaisissable, sauf à s’infliger d’interminables cures analytiques pour en comprendre le contenu en partie, grâce à d’éclairantes interprétations, à des profondeurs progressives.  

Les neuropsychologues étudient la question des erreurs que nous commettons à une fréquence élevée. Toutes ne sont pas les lapsus révélateurs qui nous font tant rire. Sébastian Dieguez nous en brosse un florilège dans son récent «  la force de nos bugs ». Sébastian était présent à Lyon lors d’un séminaire qui eut un retentissement certain en 2020, organisé par le GODF, et centré sur la réhabilitation de la science. Il y défendait, avec bec humoristique et ongles, les apports de la science, expérimentale et factuelle, face aux diverses théories. Ces théories sont tentantes mais n’ont d’autre force que d’ être orientées conformément à nos envies.

Les erreurs de parole sont les premières bien entendu : les lapsus et autres glissements de langage, mais aussi les mots « sur le bout de la langue ». Les doigts nous font également des fautes de frappe. Pourtant,  nos cerveaux se sont réservé le niveau sémantique, et ont délégué les gestes précis à un niveau de pure dextérité manuelle donc « locale » , sans remontée d’infos détaillées vers le cerveau.

 D’ailleurs, la main gauche ignore ce que fait la droite, comme dans l’expression.

Quelques autres erreurs sont imputables à une tache aveugle que nous avons tous sur la rétine, à l’emplacement où le nerf optique se raccorde dessus. Il y a également les illusions que notre cerveau crée à partir de reflets dans un miroir. Le déjà vu nous crée aussi des sentiments d’étrangeté.

Diverses confusions permettent de s’approcher des mécanismes à la base des croyances complotistes.

L’âge a cet effet : augmenter la quantité de souvenirs stockés sous notre crâne, et par suite aussi les problèmes de qualité ou quantité des souvenirs restitués. Cela a déclenché une industrie florissante du maintien de la mémoire des seniors, afin de calmer les angoisses de perte de mémoire. Les résultats scientifiquement prouvés restent maigrichons.

Même les plus jeunes sont sujets au vagabondage mental, pendant lequel la personne est absente, ce qui induit plusieurs pertes et risques. Tous nous souffrons du syndrome du poisson rouge, manipulés que nous sommes par les algorithmes bien pensés pour nous retenir sur nos écrans. Enfin, les gaffes sont omniprésentes dans nos comportements journaliers.

En très grand résumé, force est tout de même de constater que s’il existe des approches théoriques afin d’expliquer les observations, tout cela reste très proche du niveau descriptif.

Les mécanismes neuropsychologiques correspondants restent largement à découvrir.

En passant, la liaison directe et permanente lapsus / inconscient de la psychanalyse n’a pas récolté de preuves. Au contraire, les études autour des biais cognitifs montrent ( biais téléologique ) que la recherche active d’intentions ou finalités derrière tous les phénomènes est le mode de pensée par défaut des humains. C’est le mode de pensée qui également rejette l’existence du hasard. L’hypothèse de l’inconscient à la base de toutes les erreurs est dans ce courant de pensée. Elle est ainsi antérieure à la psychanalyse, ce qui explique le succès de l’idée, mais sans la démontrer de manière scientifique.

Les ressources à notre disposition sont toutes faillibles, pas étonnant que la fiabilité de l’ensemble soit inférieure à 100%. Mais, « en échange », nous disposons d’un système d’une grande flexibilité pour l’adaptation à des situations imprévues. Paul Federn, disciple de Freud, en déduisait une notion d’ « investissement du moi », le moi incluant des objets ou représentations d’objets de manière changeante avec le temps. Le sentiment d’étrangeté signalé dans plusieurs cas ( ex :  le déjà vu ) serait lié à ces inclusions/exclusions. Pour Federn, « l’acte manqué est une irruption de la vie privée dans la vie sociale », et il résulte le plus souvent « d’un décalage entre la vie intérieure et les exigences du monde extérieur ». La raison qui sous-tend l’espèce de malaise éprouvé après un acte manqué a à voir avec l’angoisse générée par le fait de se trouver brutalement confrontés à nos fragilités et imperfections, et souvent en public. Federn conclut alors que « la meilleure protection contre les actes manqués est la bienveillance des interlocuteurs l’un envers l’autre ». 

Voilà qui sonne maçonnique, non ?

Dans le monde profane l’excuse «  je n’ai pas fait exprès » est souvent utilisée, mais est parfois rejetée. Le motif de rejet est que c’est justement le défaut de contrôle qui est l’objet du reproche. Nous connaissons tous le cas du bébé oublié dans une voiture au soleil. Le parent oublieux ne va pas avancer qu’il n’a pas fait exprès. Nos erreurs sont en grande majorité évitables. Le blâme a souvent pour objet d’inciter celui qui a commis l’impair à mieux se surveiller à l’avenir, afin de réduire le risque de récidive.

Mais revenons dans le temple. La bienveillance n’empêche pas de réfléchir aux moyens d’améliorer les processus et d’en éliminer les erreurs. La sérénité favorise la qualité de ces réflexions, l’action collective permet d’éviter les « angles morts », au service de l’idéal de perfection ! Ce sera plus agréable et le résultat sera meilleur que sous la pression de personnages qui se placent en surplomb. 

Cela me remémore un séminaire professionnel placé sous les auspices de la qualité totale : « bienvenue aux problèmes » était notre slogan, car les problèmes fournissent l’occasion de progresser. Acceptons ces rappels incessants de notre finitude. Boostons notre créativité, notre goût pour l’humour et l’art tout en tordant le cou à plein d’imperfections.

Restons conscients que ces dernières font partie du cadeau que l’évolution nous fit :  la vie !

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Patrick Van Denhove
Patrick Van Denhovehttps://www.lebandeau.net
Après une carrière bien remplie d'ingénieur dans le secteur de l'énergie, je peux enfin me consacrer aux sciences humaines ! Heureux en franc-maçonnerie, mon moteur est la curiosité, et le doute mon garde-fou.

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