François-Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778), l’un des esprits les plus libres et les plus redoutés des Lumières. Pourfendeur infatigable du fanatisme, de l’intolérance et de la superstition, il fut reçu Apprenti à la Loge Les Neuf Sœurs, le 7 avril 1778, à l’âge de 83 ans, quelques semaines seulement avant sa mort. Benjamin Franklin l’accompagna ce jour-là. Nous l’interrogeons depuis le XXIe siècle, sur son rapport tardif mais significatif à la Franc-maçonnerie.
450.fm : Monsieur de Voltaire, c’est un honneur rare de vous recevoir depuis notre siècle. Acceptez-vous de nous parler de votre entrée en Franc-maçonnerie, si tardive dans votre vie ?
Voltaire : J’y consens, car j’ai toujours aimé la lumière, d’où qu’elle vînt, pourvu qu’elle fût celle de la raison et ne pût jamais scintiller dans la nuit comme le feu d’un bûcher. On m’a beaucoup reproché cette réception aux Neuf Sœurs. Certains croient pouvoir y déceler l’ultime faiblesse d’un vieillard ; d’autres, une contradiction avec ce principe d’indépendance que je prétendais honorer. Pour ma part, je n’y vois qu’une dernière marque de cohérence. En effet, toute ma vie, j’ai combattu le fanatisme et prôné la tolérance. Si une société d’hommes de bonne volonté se réunit pour cultiver ces vertus à l’écart des dogmes imposés, pourquoi aurais-je dû refuser d’en être ? J’ai souvent repris, en signature de ma correspondance, la formule : « Écrasons l’infâme ! », que j’abrégeais discrètement en « Écr.l’inf. » voire simplement en « E.I. », comme une salutation d’esprit libre s’étant, toute sa vie, battu contre la superstition, l’intolérance et le fanatisme et, pour tout dire, contre l’Église catholique de mon temps, qui voulait, alors, avec une volonté farouche, garder sa suprématie sur les âmes. Comme j’ai pu l’écrire, « si Dieu nous a faits à son image, nous le lui avons bien rendu » et, à voir les comportements qu’il est censé inspirer, il n’y a pas bien de quoi en être fier. C’est donc dans notre humanité et dans la loi naturelle qu’il nous faut puiser la force d’être plus grands.
Ce qui a pu échapper à la compréhension de certains tient au fait qu’une Loge n’eût été, de leur point de vue, que l’avatar d’une l’Église dans une forme antinomique. J’ai passé soixante ans à attaquer les Églises, leurs dévots sectaires, leurs prêtres vengeurs immolant les hérétiques, au nom de leur foi triomphante, sans compter les évêques excommuniant à tour de bras, dans la nostalgie de la Sainte Inquisition et de la terreur qu’elle inspirait. Pour autant, j’ai toujours respecté la morale universelle, cette loi naturelle que tous les hommes partagent. La Franc-maçonnerie, dans sa matrice nourricière, ne demande pas de croire à un dogme, mais d’être un homme de bien. Elle ne demande pas de se soumettre à un pape ou à une quelconque autorité religieuse. Elle exige seulement de respecter son frère, de l’aider, de dialoguer avec lui. C’est exactement ce que j’ai prêché toute ma vie. C’est pourquoi je ne vois pas en quoi je me serais contredit par ce dernier engagement qui ne vient que couronner pacifiquement les combats ô combien plus rudes que j’ai dû livrer, pendant plus d’un demi-siècle. Je me suis simplement reconnu dans une société qui pratiquait ce que mon œuvre avait de longue date illustré.
450.fm : Comment avez-vous découvert la Franc-maçonnerie ?
Voltaire : Par mes amis, mes correspondants, et surtout c’était dans l’air du temps, celui que l’on respirait dans les salons littéraires. J’avais observé depuis longtemps que des hommes de mérite, en Angleterre comme en France, se réunissaient dans ces sociétés discrètes. J’y voyais, d’abord, des réunions philosophiques, dans des formes mieux réglées, abolissant qui plus est les vanités. Lorsque Benjamin Franklin, cet illustre Américain que j’admirais sans réserve, m’en parla avec chaleur, je ne vis aucune raison de ne point accepter l’expérience d’une si humaine sociabilité.
En réalité, j’avais déjà découvert la maçonnerie en Angleterre, où j’ai séjourné trois ans, de 1726 à 1729, à la suite de ma querelle avec le marquis de Rohan, qui m’avait valu, après avoir été rossé par ses domestiques, d’être brièvement embastillé, puis libéré à condition de m’exiler en terre d’Albion. Ne dit-on pas : « à quelque chose malheur est bon » ? J’y ai vu des hommes d’obédiences religieuses différentes, quoique tous protestants, de conditions fort variées aussi, se réunissant dans un climat irénique, comme je ne l’avais jamais connu en France. Certes, on n’y recevait point de catholiques ni de juifs, au demeurant ; mais cela ne me gênait guère car, au plan du catholicisme, vous savez ce que j’en pensais et, si vous m’avez bien lu, vous savez aussi qu’à celui de l’antisémitisme, j’étais loin d’être irréprochable. Il faudrait nuancer: ce que vous appelez antisémitisme est une notion passablement anachronique par rapport à mon époque mais il est vrai que j’ai partagé des réactions judéophobes. Bref, un tory et un whig, un anglican et un presbytérien voire un huguenot français, un pair d’Angleterre et un commerçant… d’honorables artisans, médecins, militaires ou « clergymen », se retrouvaient tous frères dans une même loge. En France, c’était différent. Les loges étaient plus fermées, plus triées sur le volet, si je puis dire. Bref, Outre-Manche, j’avais déjà été « sensibilisé », pour utiliser un verbe qui n’appartient pas à mon lexique, à l’esprit de tolérance qui y régnait. Au reste, je correspondais avec des maçons, depuis des dizaines d’années : Helvétius, Montesquieu, d’Alembert, Condorcet. Tous évoquaient la Loge non comme s’il se fût agi d’une secte, mais bel et bien comme un lieu où l’on pût être soi-même sans craindre la persécution. Quand Benjamin Franklin m’en a parlé, il n’y avait plus de doute pour moi. Franklin n’était pas un homme de vaines paroles, aux idées fumeuses. N’avait-il pas inventé le paratonnerre, fondé des bibliothèques, créé un système postal et même négocié l’indépendance de son pays ? S’il croyait aux vertus de la franc-maçonnerie, ce premier ambassadeur des États-Unis en France, qui parlait français avec un accent et une lenteur qui, en méritant attention, servait ses talents de persuasion et de diplomatie – tout nimbé qu’il était, au surplus, de cet immense et nouveau prestige de « self-made man » –, eh bien, Benjamin Franklin ne pouvait avoir que de bonnes raisons et je m’y rendis, avec une entière confiance. Vous me direz: ne fallait-il pas un tel introducteur pour qui s’appelât Voltaire ?
450.fm : J’y reviens, tout de même : pourquoi avoir accepté d’être initié à 83 ans, alors que vous étiez si critique envers les institutions et les rites ?
Voltaire : Parce que la sagesse n’est pas l’immobilité. J’ai combattu les prêtres, non la morale ; les superstitions, non la quête d’un ordre meilleur. Les Neuf Sœurs n’étaient pas une église, mais un atelier de l’esprit. Il est vrai qu’on m’y a dispensé du bandeau et de quelques épreuves, mais mon âge et ma vue compensaient cruellement la chose… J’y suis entré avec le tablier d’Helvétius et j’y ai trouvé des hommes qui, comme moi, plaçaient la raison au-dessus de tout dogme. Un cénacle aussi policé valait bien qu’à la fin de ma vie, je satisfisse tout de même à une aussi douce curiosité.
Permettez-moi d’ajouter quelques scolies pour balayer les reproches absurdes qu’on m’adresse. Il faut comprendre que je n’ai jamais été hostile à tout rituel. Je moquais les rituels superstitieux, ceux qui prétendaient avoir un pouvoir magique, ceux qui exigeaient une croyance aveugle. Mais les rituels qui servent à marquer les étapes de la vie, à symboliser des idées, à créer une mémoire collective, je les respectais. Le baptême, le mariage, les funérailles – même si je n’y croyais pas théologiquement, je reconnaissais leur utilité sociale. La maçonnerie, quant à elle, n’impose aucune croyance. Ses rituels sont des métaphores, des outils pour penser par soi-même. L’initiation n’est pas un sacrement, c’est une promesse : celle de chercher la vérité, d’aider son frère, de travailler à l’amélioration de soi et de la société. À 83 ans, j’étais fatigué, malade, quasiment aux portes de la mort. Mais je n’avais rien perdu de ma vivacité d’esprit. J’avais encore envie d’apprendre, de découvrir de nouvelles perspectives. L’initiation maçonnique était pour moi comme une dernière leçon de philosophie pratique. D’ailleurs, je fus admis en Loge non comme un humble postulant, mais au moins comme pair se retrouvant parmi les siens, au point que certains se sont demandé si la maçonnerie ne s’honorait pas davantage en m’accueillant qu’elle ne m’honorait moi-même. J’étais alors au sommet de ma gloire et je profitais de ses derniers feux.
450.fm : Qu’est-ce qui vous a frappé lors de cette réception ?
Voltaire : La simplicité et la dignité. Point de fanatisme, point de prétention à détenir la vérité unique. Des symboles qui parlent à l’intelligence : l’équerre pour la rectitude, le compas pour la mesure, la lumière pour la raison. J’ai vu là une morale pratique, sans théologie oppressive. J’ai ri, comme à mon habitude, mais d’un rire bienveillant. L’homme de bien est maçon sans le savoir, ai-je dit ce soir-là. C’était sincère.
Ce qui m’a le plus frappé, c’est l’absence de prétention, aussi bien au sens de l’emphase et de la bouffissure qu’à celui de l’outrecuidance et de la revendication. Dans les églises, les prêtres se prétendent les intermédiaires exclusifs entre Dieu et les hommes. Dans les cours, les nobles se prétendent supérieurs par le sang. Dans les universités, les docteurs se prétendent dépositaires de la vérité. Dans la Loge, personne ne prétend rien de tout cela. Ces impostures et ces vanités s’effacent. Chacun est là pour apprendre, pour travailler à son amélioration comme au perfectionnement de l’humanité. Le Vénérable n’est pas un pape, c’est un guide temporaire. Les symboles ne sont pas des mystères incompréhensibles, ce sont des outils pour penser. J’y reviens : l’équerre n’est pas un objet magique, c’est la rectitude morale ; le compas n’est pas un instrument occulte, c’est la mesure et la modération ; la lumière n’est pas une révélation divine, c’est la raison. J’ai reconnu là ma propre philosophie, mais exprimée par des figures légères, plutôt que par de lourds traités. De plus, y régnait une réelle fraternité. Non cette fraternité de façade, comme dans les cours où l’on s’embrasse en tenant dans le dos, les uns des autres, une dague effilée prête à l’emploi, ni cette fraternité religieuse et condescendante qui se monnaye au moins par la soumission, quand ce n’est par le « commerce des indulgences » auquel j’ai largement consacré mon article « Expiation » dans mes Questions sur l’Encyclopédie, accusant le pape Jean XXII de « faire argent de tout ». En maçonnerie, j’ai vu des hommes se serrer la main comme des frères, sans se juger à raison de leur naissance, de leur état de fortune ou du régime de leur croyance. Cette attitude était rarissime, en mon siècle. Je suis sorti de cette réception, dans tout l’épanouissement de la plus agréable des surprises. On connaît mon esprit caustique et même on m’y reconnaît : je vous l’avoue, je m’attendais à ressentir, à quelques moments de la cérémonie, au moins une once de ridicule or je n’y ai éprouvé que de la dignité et de l’élévation.
450.fm : La Franc-maçonnerie correspond-elle à votre idéal de société ?
Voltaire : En partie, oui. J’ai toujours rêvé d’une république des lettres où les hommes s’appréciassent en fonction de leur mérite et non de leur naissance ou de leur confession. La Loge offre cet espace où l’on peut disputer, au sens de la disputatio, c.-à-d. débattre sur une question sans précisément se disputer, c.-à-d. sans menacer de s’arracher les yeux, sans en venir aux mains, sans s’entre-déchirer. La Loge n’est pas parfaite – comme aucune institution humaine, au demeurant –, mais, si elle n’atteint pas à l’inaccessible perfection, du moins vise-t-elle au perfectionnement de tous car elle cultive la tolérance et la bienfaisance, deux remèdes souverains contre la barbarie, à quoi elle ajoute l’esprit de progrès, qui joint le désir d’émancipation à l’appétit de connaissances, puissant antidote contre la bêtise et la méchanceté.
Mon idéal de société, c’est une république des esprits où chaque homme est jugé d’après sa valeur, non au gré de sa naissance, faisant du caprice de la nature le destin d’une vie. Une large communauté où l’on ne persécute pas un homme parce qu’il prie différemment, parce qu’il parle une autre langue, parce qu’il est trop pauvre pour qu’on se soucie de lui, le moins du monde. La Loge s’approche de cet idéal, mais elle ne l’atteint pas absolument – ce qui est, toutefois, beaucoup mieux que si elle ne l’atteignait… absolument pas ! Certes, il subsiste encore, dans la maçonnerie, des pratiques hiérarchiques déplacées qui sont loin d’être toutes inspirées par l’esprit de service, un formalisme excessif qui agit parfois comme un éteignoir, des codes et des secrets surabondants qui, en mobilisant trop la mémoire, risquent de se substituer à la pensée. En réalité, c’est une difficulté pour qui ne travaille pas assez sur soi-même ou pour qui juge servilement l’autre, en ayant préalablement forgé ses gabarits. En revanche, ce sont là des repères et des auxiliaires pour qui a compris que toute l’affaire n’est qu’une occasion de réfléchir de tous côtés et qu’en définitive, les hiérarchies, les formules, les codes et les secrets doivent exclusivement servir à favoriser les progressions et non à borner les horizons. Par ailleurs, il arrive que les loges se réduisent à des facilités, deviennent des clubs d’entre-soi, des lieux où l’on se protège les uns les autres, avec un ténébreux mépris pour la marche du monde. On retrouve un danger que j’ai moulte fois dénoncé, quand une société de bienveillance devient une société de privilège. Mais quand la Loge reste fidèle à ses principes, quand elle cultive la tolérance, la bienfaisance, la raison, alors elle devient sinon un modèle, du moins, un laboratoire pour la société tout entière. Je l’ai dit et je le redis : la meilleure société est celle où l’on peut être soi-même sans nuire à autrui. La Loge, lorsqu’elle est tendue vers le bien et veut en être le creuset, renouvelle chaque jour l’exemple que s’efforce d’illustrer chacun de ses membres.
450.fm : Votre combat pour la tolérance religieuse rejoint-il l’esprit maçonnique ?
Voltaire : Il en est le cœur même ! J’ai passé ma vie à dire que tous les hommes sont frères, enfants du même Dieu ou de mère Nature, peu importe le nom que l’on donne aux principes qui gouvernent la vie et l’univers. La Franc-maçonnerie, lorsqu’elle reste fidèle aux forces supérieures de l’esprit, offre un terrain neutre où le catholique, le protestant, le déiste et même l’athée peuvent se rencontrer sans se maudire. C’est une victoire de la raison sur le fanatisme.
Mon combat pour la tolérance n’était pas un combat abstrait. Il était concret. On ne le voit que trop : si la liberté doit couler dans le sang des hommes, le sang des hommes coule trop souvent pour la liberté. J’ai défendu Calas, un protestant innocent condamné à mort par des magistrats fanatiques. J’ai défendu Sirven, d’une autre famille protestante persécutée. J’ai défendu le chevalier de La Barre, un jeune homme de vingt ans décapité et brûlé pour n’avoir pas salué une procession. Il aura été la dernière personne exécutée, en France, pour blasphème et sacrilège. J’ai écrit des traités entiers sur la tolérance pour protester contre ces horreurs. La Franc-maçonnerie, dans sa vocation profonde, est à l’opposé de tout cela. Désormais, dans une Loge, un catholique et un protestant sont frères. Un théiste, qui croit à la révélation, un déiste, qui n’y croit pas mais reconnaît Dieu sans en déterminer les attributs, un agnostique, pour qui l’absolu est hors de portée de l’intelligence humaine, et un athée, puisqu’il est désormais loisible d’être non seulement sans croyance mais de nier l’existence de Dieu – je reprends ici vos distinctions modernes –, eh bien, les uns et les autres peuvent paisiblement y dialoguer sans se haïr, en évitant, toutefois, de se chercher querelle sur aucun point de leurs convictions respectives. De même, le citoyen d’un peuple comme le membre d’une autre nation s’y rencontrent familièrement et s’y embrassent dans leur humanité commune. C’est cela la première révolution qu’il faudrait étendre et accomplir au delà des frontières et qu’il conviendrait de préserver à tout prix, quelles que soient les rivalités et les vicissitudes que l’histoire interpose sur les chemins de la félicité ou, du moins, sur ceux de nos tranquillités domestiques. Dans mon siècle où les guerres de religion ensanglantaient encore l’Europe, où l’Inquisition brûlait encore les hérétiques, fût-ce à moindres feux, où les juifs étaient bannis de cités entières – même si, pour ma part, je ne nie pas avoir oscillé à leur égard, entre la sympathie et la détestation –, la Loge était un lieu où la tolérance se pratiquait et point seulement une utopie se résumant à d’avantageuses vues de l’esprit. C’est pourquoi je dis que mon combat et l’idéal maçonnique sont solidaires. Nous cherchons la même chose : un monde où l’on ne pourchasse plus personne pour ses idées, ses propos ou ses croyances, où l’on peut afficher ses différences sans se considérer comme ennemis, où l’on doit même faire société ensemble, sur un pied d’égalité de droit.
450.fm : Que pensez-vous ainsi de l’égalité en Loge ?
Voltaire : Elle est nécessaire et salutaire. Non pas cette égalité absurde qui nierait les talents, mais l’égalité de dignité. Dans le Temple, le noble et le roturier, l’érudit et l’artisan sont frères. C’est une leçon que les rois et les évêques feraient bien de méditer. J’ai toujours abhorré l’orgueil de caste ; la Loge le rabaisse drastiquement voire le laisse à la porte. C’est un exercice utile pour l’avenir des sociétés humaines.
J’ai vécu en un siècle où l’on naissait noble ou roturier et où cette naissance déterminait une grande part de votre sort, la vie durant. Un noble, surtout de haut rang, pouvait tout se permettre, même l’inacceptable. Un roturier ne pouvait prétendre à rien, même s’il eût mérité un autre destin. J’ai vu des hommes de grand talent rester dans l’obscurité parce qu’ils étaient mal nés. J’ai vu des êtres abjects occuper les plus hautes charges parce que leur nom les y appelait ou qu’ils avaient acheté leur titre. La Loge ne repose pas sur l’abus des positions. Elle demande seulement d’être un homme de bien. Un artisan peut être le frère d’un duc. Un commerçant peut être le frère d’un ministre. Dans le Temple, on ne regarde pas votre blason, on se fie à votre caractère. C’est une égalité essentielle, fondamentale. Pas une égalité qui nierait les différences de talent, de mérite, de savoir – j’ai toujours rejeté ces égalités prétendument astringentes mais dévastatrices qui n’ont de cesse de tout ravaler au même niveau. Mais une égalité de dignité humaine. Chaque homme vaut par ce qu’il est, pas par ce qu’il possède ou de qui il procède. Chaque homme mérite le respect, pas par sa naissance ou son établissement, mais par son humanité. C’est une évolution positive de la notion d’homme de qualité. Elle ne s’enracine plus dans une noblesse d’origine, mais dans une noblesse de cœur et celle-ci s’affirme à mesure que l’on exige plus de soi et moins des autres. La Loge enseigne cela mieux que tous mes traités. Je le dis avec sincérité, même si l’on m’a rarement identifié à un parangon de modestie.
450.fm : La Franc-maçonnerie peut-elle aider à « Écraser l’Infâme » ?
Voltaire : Elle le peut, non par la violence, mais par la lumière. En formant des hommes raisonnables, tolérants et attachés au bien public, elle affaiblit les superstitions mieux que bien des pamphlets. Mais qu’elle se garde de devenir elle-même une nouvelle église ou un parti ! Je la veux utile, non dogmatique.
Écraser l’Infâme, c’est mon cri de guerre à peine voilé contre le fanatisme, l’intolérance, la superstition, l’obscurantisme. L’Infâme, c’est plus qu’une Église en particulier, c’est tout ce qui empêche l’homme de penser librement. L’Infâme, c’est le prêtre qui dit : « crois ou brûle ». C’est le roi qui dit : « obéis ou meurs ». C’est le docte qui dit : « je sais, tu ignores ». La Franc-maçonnerie peut aider à écraser l’Infâme, mais seulement si elle reste fidèle à elle-même. Si elle forme des hommes qui pensent par eux-mêmes, qui ne se soumettent aveuglément à aucune autorité – ni moins encore à une autorité aveugle –, qui pratiquent la tolérance envers tous, alors la Franc-maçonnerie développera de puissantes armes contre l’obscurantisme. Mais si elle verse peu ou prou dans le dogmatisme, si elle s’estime dans son bon droit pour interdire des croyances au lieu de les aider à se remodeler de façon qu’elles renoncent à s’imposer, si elle tourmente à son tour ceux qui ne pensent pas comme elle, alors elle se rangera d’office dans la catégorie de l’Infâme qu’elle prétendait dénoncer. Je l’ai dit et je le redis : la maçonnerie doit être utile, pas dogmatique. Elle doit éclairer, pas aveugler. Elle doit libérer, pas asservir.
450.fm : Quel est, selon vous, le plus grand apport de la Franc-maçonnerie à la société ?
Voltaire : Former des hommes qui pensent par eux-mêmes, qui pratiquent la bienfaisance sans ostentation et qui préfèrent la concorde plutôt que la dispute. Dans un siècle où les prêtres et les despotes cherchent à régner en maîtres, une telle société n’est plus seulement un bienfait mais, si j’ose dire, une bénédiction.
Le plus grand apport de la Franc-maçonnerie, c’est la formation de l’homme par lui-même. Pas l’homme façonné dès son plus jeune âge par les préjugés, dominé par ses peurs, expectorant ses haines. Mais l’homme tel qu’il peut devenir, avec sa raison, sa bonté, sa liberté. La Loge n’est pas une école où l’on récite toutes les vulgates de la Terre. C’est un atelier où l’on travaille sur soi-même. On y apprend à écouter avant de parler, à comprendre avant de juger, à aider avant de réclamer. On y apprend que la vérité ne s’impose pas, elle se cherche en commun. On y apprend que le frère n’est pas un adversaire à abattre, mais un compagnon à cortéger ensemble. Dans un siècle où les Églises veulent sauver les âmes, où les États veulent soumettre les corps, la Loge est l’un des rares lieux où l’on forme des hommes libres. Des hommes qui ne se soumettent qu’à la raison, qui ne reconnaissent d’autre autorité que celle du mérite, qui pratiquent la bienfaisance comme un devoir bien compris et sans ostentation. Voilà son immense secours, je devrais dire : inestimable. La société a besoin de tels hommes. Elle en a davantage besoin que d’ecclésiastiques et d’aristocrates, que de maréchaux et de ministres.
450.fm : Avez-vous des réserves sur la Franc-maçonnerie de votre temps ?
Voltaire : Quelques-unes. Je me méfie des hauts grades, trop mystiques, qui risquent de ramener la superstition par la petite porte. Je préfère une maçonnerie simple, morale et philosophique, plutôt qu’une maçonnerie qui se dissipe en vaines spéculations alchimiques ou kabbalistiques, sans efficience pour les hommes des temps modernes. Restons dans la lumière de la raison.
J’ai des réserves, oui. Je me méfie, en effet, des degrés prétendument supérieurs, de ces systèmes compliqués qui multiplient les titres, les insignes, les secrets. Je me méfie des avalanches, que ce soit d’anciens mystères, de sages de l’Antiquité, de temples perdus, de secrets transmis depuis Salomon. Tout cela sent plus ou moins la superstition et, en tout cas, la sécrète, dresse des remparts à la raison et bientôt la combat. Je préfère une maçonnerie simple, celle des trois premiers grades, celle qui enseigne la morale, la raison, la tolérance. Je préfère une maçonnerie qui ne cherche pas à se réfugier fébrilement dans d’obscures légendes mais qui s’applique à pratiquer une bienfaisance visible. Je préfère une maçonnerie philosophique, qui s’adresse à l’esprit, pas à l’imagination. L’alchimie, la kabbale, l’hermétisme – tout cela peut être intéressant pour les curieux, mais ce n’est pas ainsi que la maçonnerie cimentera les liens entre les hommes. La maçonnerie ne doit pas être une école de mystiques, mais une école de philosophes. Je me méfie aussi des loges qui se ferment sur elles-mêmes, qui deviennent des clubs d’entre-soi, qui ne s’ouvrent plus au monde. La maçonnerie doit être utile à la société, pas seulement à ses membres. Elle doit servir à éclairer le monde. Elle doit éviter un danger auquel peut l’incliner sa nature, en glissant de se taire à se terrer.
450.fm : Le secret maçonnique vous paraît-il légitime ?
Voltaire : Oui, lorsqu’il protège la liberté de penser. J’ai trop souffert de la censure pour mépriser un espace où l’on peut parler sans crainte. Mais que ce secret ne serve jamais à couvrir l’injustice ou l’intrigue ! Qu’il soit le bouclier de la pensée, non son cachot !
Le secret, en mon temps, était une nécessité. J’ai été emprisonné à la Bastille pour des écrits. J’ai dû fuir la France pour éviter de moisir dans les geôles. J’ai écrit sous pseudonyme pour échapper à la censure. J’ai connu la persécution pour avoir pensé librement. Alors, je comprends combien est précieux un espace où l’on peut parler sans crainte. Le secret maçonnique, lorsqu’il protège les membres de l’ostracisme voire de la persécution, lorsqu’il permet de discuter librement sans redouter la dénonciation, alors il est légitime. Mais il y a un danger. Le secret peut aussi abriter l’injustice, l’intrigue, la corruption. Le secret peut devenir un outil de pouvoir et ruiner la liberté d’autrui. Je me méfie des sociétés qui se cachent trop, qui ont trop de secrets, qui ne rendent pas de comptes. Le secret doit être un moyen, pas une fin. Un bouclier pour protéger la liberté, pas un mur pour dissimuler la tyrannie. Si la maçonnerie utilise le secret pour protéger ses membres de la persécution, c’est bien. Si elle l’utilise pour se protéger de la critique, pour masquer ses abus, pour exercer un pouvoir invisible, c’est on ne peut plus blâmable et condamnable. Et, même s’il ne s’agit là qu’une réalité marginale, elle ternit publiquement un idéal et il faut la combattre énergiquement. En effet, sur ce plan, le compromis ne peut qu’être compromission.
450.fm : Que diriez-vous aux francs-maçons du XXIe siècle ?
Voltaire : Restez des hommes libres ! Ne remplacez pas l’Infâme d’hier par de nouveaux dogmes. Cultivez la raison, la tolérance, la justice et la bienfaisance. Soyez utiles à la cité sans prétendre la gouverner en secret. Et surtout, riez : le rire est l’ennemi mortel du fanatisme.
Mes frères du XXIe siècle, écoutez bien ce que je vais vous dire. Vous vivez dans un monde qui semble plus éclairé que fut le mien qui en inaugurait les prémices. Vous avez la liberté de pensée, la liberté de religion, la liberté de parole. Vous n’avez plus à craindre la Bastille, l’Inquisition, le bûcher. Mais attention : l’Infâme n’est pas mort, il se métamorphose sans cesse. Il ne plane plus seulement sur les églises, il s’insinue dans les idéologies, nourrit les nationalismes, infeste les nouveaux fanatismes. C’est un « fantôme hideux » qui plaque son ombre sur ceux qui veulent imposer leur vérité par la violence, par la censure, par la haine. Restez vigilants. Restez libres. Ne laissez personne vous dire quoi penser, quoi croire, quoi dire. Ne remplacez pas l’Infâme d’hier par de nouveaux« monstres abominables ». Ne vous laissez pas dévorer par « l’hydre » que vous avez combattue. Cultivez la raison : pour autant, ne soyez jamais péremptoires ! Cultivez la tolérance : pour autant, ne soyez jamais faibles ! Cultivez la justice : pour autant, n’assouvissez jamais de vengeance ! Cultivez la bienfaisance : pour autant, ne soyez pas généreux par ostentation ! Soyez utiles à la cité : pour autant, ne cherchez pas à la diriger en sous-main ! Et surtout, riez de bon cœur et partagez votre joie et, tantôt, votre ironie. Le rire est l’ennemi mortel du fanatisme. Celui qui rit échappe intérieurement à toutes formes d’esclavage.
450.fm : Monsieur de Voltaire, quelle était votre relation avec Benjamin Franklin, et quel rôle a-t-il joué dans votre initiation ?
Voltaire : c’est lui qui me tenait par le bras, ce 7 avril 1778, en ce qui devait être mon dernier printemps. Deux cent cinquante maçons assistaient à la cérémonie.
Benjamin Franklin
Franklin et moi, nous étions deux hommes ayant dépassé soixante-quinze ans. Nous nous étions rencontrés à Paris en cette même année 1778, et nous nous étions compris instantanément. Franklin m’avait parlé de la maçonnerie américaine, plus simple, plus pragmatique, plus tournée vers l’action. Il m’avait dit que la maçonnerie n’était pas faite pour contempler des mystères, mais pour améliorer le monde. Il m’avait convaincu que les Neuf Sœurs étaient à cette image : un atelier où l’on travaille, pas un temple où l’on prie. Le jour de mon initiation, il était, comme je vous l’ai dit, à mes côtés. Nous nous sommes étreints comme deux frères et je lui ai déclaré : « Maintenant, nous sommes vraiment frères. » Il m’a répondu : « Et ensemble, nous continuerons le travail. » Il ne savait pas que ce travail, je ne pourrais le continuer que quelques semaines encore. Je suis mort le 30 mai suivant, soit moins de deux mois plus tard. Mais ces deux mois ont été riches d’une conscience toute revigorée et presque rajeunie. En effet, j’avais fait le bon choix.
450.fm : La Loge Les Neuf Sœurs était connue pour son esprit philosophique. Qu’en avez-vous pensé ?
Voltaire : Les Neuf Sœurs étaient précisément ce que j’attendais : une loge où circulaient les idées, où nul ne plastronnait. Elle avait été fondée par des hommes comme Helvétius, Condorcet, Bailly – des esprits qui ne craignaient pas la vérité. J’y ai trouvé l’atmosphère des salons que j’avais aimés, mais supplémentée, comme vous dites aujourd’hui, par une discipline salutaire. Les Neuf Sœurs n’avaient rien d’un groupement soumis à d’étroites influences. C’était une phalange d’esprits libres, une sorte d’académie qui n’aurait pas été engoncée dans un quelconque conformisme. Une assemblée rare et recherchée.
Portrait de Claude Adrien Helvetius
Les Neuf Sœurs étaient une loge unique en son temps. Fondée en 1776, elle avait réuni des hommes de l’élite intellectuelle de Paris : Helvétius, le philosophe de la sensibilité ; Condorcet, le mathématicien et philosophe de la progression humaine ; Jérôme de Lalande, son vénérable, astronome de son état ; Bailly, également astronome et futur premier maire de Paris en 1789 ; Franklin, bien sûr ; et tant d’autres esprits libres, comme je le disais. Ce n’était pas une loge ordinaire. C’était une loge de philosophes, d’hommes qui pensaient, qui écrivaient, qui agissaient. J’y ai trouvé l’atmosphère des salons que j’avais aimés dans ma jeunesse, ceux de Madame Geoffrin, de Madame du Deffand, de Julie de Lespinasse, mais avec des idées à la fois plus orientées vers les sciences et plus resserrées vers l’action, avec quelques choses de plus : une discipline, une régularité, une fraternité authentique. Dans les salons, on parlait, on discutait, mais on égayait la conversation de tous les bons mots que l’on pouvait trouver. C’était une marque de distinction. Dans la Loge, on écoutait, on réfléchissait, on travaillait, sans que les frères n’eussent besoin d’effet pour mériter l’attention. N’y ayant appartenu que deux mois, je ne puis vous en dire que ce que l’histoire en a retenu. On y façonnait un art de la réflexion et du partage qui visait à pénétrer ses membres, à la faveur des conquêtes des arts, des sciences et des productions auxquels ils participaient, des vastes évolutions qui commençaient à déferler sur le monde. La Loge se présentait comme une société charitable « inspirée par les Muses » : les Neuf Sœurs, toutes filles de Mnémosyne, la déesse grecque de la mémoire. Cette loge eut une grande influence en matière de sciences et au début de la Révolution. Par prudence, elle ne subsista, d’abord, que jusqu’en 1792. Reconstituée en 1805, elle poursuivit ses travaux jusqu’en 1848, non sans une interruption de quelque sept années, entre 1829 et 1836. Elle ne connut pas, au delà de sa première période, un rayonnement aussi prestigieux. Si aujourd’hui une loge porte son nom, c’est qu’elle en a relevé le titre, sans pour autant pouvoir prétendre en avoir rallumé les feux.
450.fm : Quel lien voyez-vous entre les Lumières et la Franc-maçonnerie ?
Gilbert du Motier Marquis de Lafayette
Voltaire : Un lien naturel, presque nécessaire. Les Lumières sont la lumière de la raison répandue sur l’humanité. La Franc-maçonnerie est une société qui se réclame de cette lumière. Quand les philosophes disent « Osez savoir », les maçons disent « Devenez lumière ». C’est le même appel, exprimé dans deux registres différents. Mon siècle a vu naître et prospérer les Encyclopédistes et les loges. Ce n’est pas l’effet du hasard.
Quand les philosophes des Lumières proclament : « Osez savoir, osez penser, osez être libre ». La Franc-maçonnerie exhorte à devenir lumière, travailler sur soi-même, aider son Frère. Les Encyclopédistes écrivaient des traités pour éclairer les esprits. Les maçons construisaient des ateliers pour former des hommes. La plupart des philosophes dont l’histoire a retenu le nom étaient en lien avec la maçonnerie, même si tous n’étaient pas initiés. La maçonnerie recrutait parmi les penseurs, les hommes de sciences, les artistes, les hommes de progrès, en général.
450.fm : Quel était votre rapport aux symboles maçonniques ?
Voltaire : Je les aimais parce qu’ils parlent sans imposer. Un symbole n’est pas un dogme : il invite à réfléchir, il ne commande pas de croire. L’équerre, le compas, l’échelle, la lumière – tous ces symboles sont des outils pour l’esprit. Je me suis toujours méfié des mots qui ferment la pensée. Les symboles, au contraire, l’ouvrent. J’ai ri de certains rituels, mais j’ai respecté leur message. Le rire et le respect ne sont pas incompatibles. Je me suis moqué des costumes trop pompeux, des secrets trop mystérieux. Mais les symboles m’ont toujours parlé.
450.fm : La Franc-maçonnerie de votre temps était-elle majoritairement déiste ? Comment avez-vous vécu cela ?
Voltaire : La maçonnerie de mon temps était majoritairement déiste, et je l’ai accepté pleinement. Je suis déiste moi-même. Je crois en un Dieu créateur, un Grand Horloger, un Grand Architecte de l’Univers, mais je refuse tout culte imposé, toute révélation exclusive, toute Église qui prétend être la seule dépositaire de la vérité.
Le déisme, c’est la croyance en un Dieu raisonnable, qui a créé le monde selon des lois que l’on peut comprendre, qui ne fait pas de miracles, qui ne parle pas aux hommes, qui ne demande pas de culte. C’est la croyance des philosophes, des scientifiques, des hommes libres. La Loge acceptait les déistes, les protestants, les catholiques sincères, et même ceux qui doutaient. C’était déjà beaucoup pour mon siècle. À une époque où l’on brûlait encore les hérétiques, où l’on bannissait les juifs, où l’on persécutait les protestants… Aujourd’hui, je sais que certaines loges admettent les athées. La raison ne doit exclure personne, pourvu que chacun soit honnête et bienveillant. L’important n’est pas ce que l’on croit, c’est comment l’on vit. Un athée bienveillant vaut mieux qu’un croyant fanatique, peut-être même au regard d’un Dieu du Pardon plus que d’un Dieu de la Faute, comme la théologie contemporaine en a redessiné les contours.
450.fm : Que pensez-vous de la maçonnerie qui se développe aujourd’hui, avec des femmes admises dans certaines obédiences ?
Voltaire : Ah, mes frères, vous avez dépassé mon siècle ! J’ai vécu en un temps où les femmes étaient exclues de presque toutes les sociétés de pensée. Les Académies, les Universités, tout était fermé aux femmes, ou presque, puisqu’elles tenaient parfois salon. J’ai connu des femmes philosophes, des femmes écrivains, des femmes scientifiques – Madame de Graffigny, Madame du Châtelet, Madame de Sévigné – et toutes ont dû lutter contre les préjugés, contre l’exclusion, contre le mépris. Si aujourd’hui les femmes peuvent entrer en Loge, si elles peuvent y être reconnues comme égales en dignité et en raison, alors c’est une victoire de la raison elle-même. Je me réjouis de cette évolution plus que je ne puis le dire. La nature ne fait aucune différence entre l’homme et la femme quand il s’agit de la capacité de penser, de souffrir, d’aimer, de créer, de poursuivre la vérité.
Pour conclure…
Aujourd’hui, nous vivons dans un monde où l’Infâme fluctue et se réincarne, se transfigure et se transpose. Il n’est plus l’apanage de l’Église catholique, s’il le fut jamais. Rome s’est rangé à des idées plus sages, quoique le Vatican ait conservé quelque « passion triste », comme eût dit Spinoza, à l’encontre de la Franc-maçonnerie. Les Évangélistes, par exemple, ont repris le flambeau et jettent leurs brandons un peu partout. C’est plus largement le cas des religions qui ne reposent pas sur des institutions centralisées mais sur des représentations locales autonomes, par nature plus immédiatement inflammables, comme l’islamisme radical, dans ses diverses déclinaisons, le démontre un peu trop ardemment, ces temps-ci. L’Infâme a aussi infesté les régimes autoritaires voire totalitaires de toutes sortes et il parade éhontément dans les discours des nationalismes en vogue, dans tous les déchaînements du fanatisme, à l’ombre des idéologies fermées. Il se reconnaît chez ceux qui veulent imposer leur vérité par la violence, par la censure, par la haine. La leçon de Voltaire est manifeste et simple : restez libres, restez raisonnables, restez bienveillants. Ne baissez jamais la garde et n’omettez pas de rire des sottises dangereuses. Le rire est l’ennemi mortel du fanatisme car il est le miroir de ses déformations, le révélateur de ses impostures.
Ouvrez votre pensée, ouvrez votre cœur, ouvrez vous aux autres ! Regardez-vous, au passage, dans le grand passage du Temps. Où vous conduisent vos pas ? Où convergent vos regards ?
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