Dans cette nouvelle « Rencontre au miroir du temps », nous faisons dialoguer le présent avec l’un des grands architectes de la Franc‑Maçonnerie spéculative moderne. Pasteur, savant, expérimentateur, vulgarisateur de Newton et homme d’organisation, Jean‑Théophile Desaguliers incarne l’une des figures les plus fécondes du XVIIIe siècle maçonnique.
Ce dialogue imaginaire s’appuie sur des faits bien établis : son origine huguenote, son rôle dans la Grande Loge de Londres, sa proximité avec les milieux newtoniens et son influence dans la diffusion des Constitutions de 1723.
Jean‑Théophile Désaguliers, si vous deviez vous présenter en une image, laquelle choisiriez‑vous ?
Jean-Théophile Désaguliers en Interview
J.-T. D. : Je me présenterais volontiers comme un homme debout entre deux lumières : celle de la raison, qui éclaire les lois de la nature, et celle du temple, qui éclaire la condition humaine. J’ai vécu dans un monde marqué par l’exil et les fractures religieuses. Je suis né à La Rochelle où mon père, Jean Désaguliers, était pasteur huguenot. Il s’est réfugié en Angleterre, l’année de ma naissance, en 1683, alors que commençaient à se déchaîner les persécutions antiprotestantes, dès avant la révocation de l’édit de Nantes. Il devint prêtre anglican et fut affecté à une des paroisses de Guernesey, où ma mère et moi l’avons rejoint, en 1690. Il paraît même que j’aurais été caché dans un tonneau, lors de la traversée, depuis le continent.
Mon propre itinéraire m’a conduit à devenir, à mon tour, pasteur anglican, mais aussi savant et expérimentateur. En fait, j’ai étudié à Oxford où j’ai obtenu ma maîtrise ès arts (libéraux). Je n’étais ni particulièrement « scientifique », comme vous diriez aujourd’hui, ni théologien, comme on a pu l’écrire. Mon titre académique le plus élevé est celui de docteur en droit, même si, à l’époque, les études de droit à Oxford comportent deux volets : le droit civil et le droit canonique.
En réalité, les disciplines sont moins segmentées qu’en votre siècle. On circule d’un savoir à l’autre, avec un appétit de découverte que rien n’arrête. Ce qui compte, c’est de développer une rigueur de raisonnement. Déjà, à Oxford, je me suis passionné pour la nouvelle philosophie expérimentale et j’en publierai un Cours. Je recevrai même par trois fois la médaille Copley, cette haute distinction scientifique décernée par la Royal Society. J’aurai été, pendant près de quinze ans, l’assistant d’Isaac Newton dans ses travaux et je suis demeuré un ardent défenseur et propagateur de ses idées.
Pour vos contemporains, il est assez piquant de relever qu’Isaac Newton considérait qu’il laisserait davantage une marque dans l’Histoire comme théosophe ou alchimiste que comme mathématicien, physicien ou astronome… C’est dire qu’il n’y avait pas de contradiction à emprunter alors des voies considérées comme opposées dans la vision moderne que vous en avez. Il s’agissait tout bonnement, dans un même effort, de comprendre l’ordre du monde et la place de l’homme en son sein. La séparation intangible entre science et foi n’existait pas encore dans la sociabilité intellectuelle de ce temps-là. On pourrait presque dire, qu’avec honnêteté, on cherchait à accéder à la Lumière, par tous moyens.
Quel était votre rôle exact dans la naissance de la Franc‑Maçonnerie moderne ?
Le premier texte maçonnique français « Les Devoirs enjoints aux maçons libres », 1735-1736
J.-T. D. : Historiquement, j’ai été initié à la loge n°4 « Antiquité » en 1712. Comme franc-maçon, mon rôle fut moins celui d’un fondateur solitaire que celui d’un organisateur et d’un médiateur. La Franc‑Maçonnerie spéculative moderne ne naît pas d’un seul homme ni d’un seul acte. Elle se construit à partir de plusieurs milieux, de plusieurs loges londoniennes, et d’un besoin historique visant à transformer une ancienne sociabilité de métier en une fraternité symbolique ouverte à des hommes de conditions diverses.
Je fus plusieurs fois Grand Maître adjoint de la jeune Grande Loge de Londres et de Westminster, bientôt appelée Grande Loge d’Angleterre. J’ai contribué au climat intellectuel et institutionnel qui permit la publication des Constitutions de 1723. J’en fus un des auteurs notoires, quoique la conception d’ensemble et la touche finale en aient été apportées par le pasteur calviniste presbytérien James Anderson dont elles prirent le nom. Bref, j’en ai accompagné l’esprit, la mise en forme et la réception au sein de la jeune Grande Loge. Il faut se garder des légendes trop simples. La Maçonnerie moderne n’est pas sortie d’un seul cerveau, mais d’un écosystème de sociabilité, de philosophie morale, de tolérance confessionnelle, de culture des Lumières et de culture scientifique.
La science et la Maçonnerie étaient-elles pour vous deux chemins distincts ou une seule et même quête ?
Jean-Théophile Désaguliers en Interview
J.-T. D. : Pour moi, elles relevaient d’une même recherche de vérité, mais à partir de méthodes différentes. La science observe, mesure, expérimente, vérifie ; la Maçonnerie symbolise, élève, ordonne intérieurement. L’une ne remplace pas l’autre. Au contraire, elles se corrigent et se fécondent mutuellement.
Mon époque a été marquée par le prestige extraordinaire de la science newtonienne. Isaac Newton avait démontré qu’un ordre rigoureux pouvait être mis au jour derrière les phénomènes du monde. Cela a profondément nourri notre imaginaire : si la nature est ordonnée, alors l’esprit humain peut aussi se discipliner, se construire et se perfectionner. Je n’ai jamais opposé le temple du savoir au temple de l’esprit. J’ai plutôt pensé que l’étude des lois de la nature pouvait conduire l’homme à plus d’humilité et d’exactitude et que l’initiation maçonnique pouvait lui apprendre à mieux habiter la connaissance et le monde.
Vous étiez un ardent défenseur des idées de Newton. Comment les avez-vous mises au service de la Franc‑Maçonnerie ?
Copie d’une peinture de Sir Godfrey Kneller 1689 – Isaac Newton
J.-T. D. : J’ai surtout voulu rendre Newton intelligible, vivant et partagé. Comme je vous l’ai dit, je ne fus pas seulement un admirateur du grand physicien ; j’ai aussi cherché à diffuser sa pensée auprès d’un public plus large. J’ai donné des conférences, publié des explications, organisé des démonstrations expérimentales. Mon ambition était de montrer que l’univers n’était pas livré au hasard des apparences, mais qu’il répondait à des lois lisibles. Le terme même d’univers provient du latin universus, à proprement parler « tourné vers l’un » (composé de unus, « un, un seul », et de versus, participe passé de vertere, « tourner »). En d’autres termes, on désigne ainsi un monde formant une totalité et l’on doit entendre la chose au sens fort comme l’ensemble cohérent de tout ce qui existe. Dans une certaine mesure, cette vision a influencé la culture maçonnique du XVIIIe siècle : ordre, proportion, harmonie, mesure, équilibre. Le compas, l’équerre, la géométrie symbolique n’étaient pas que des ornements ; ils faisaient écho à une vision du réel où le désordre apparent peut être compris, ordonné et intégré. Que l’on se comprenne bien, cela ne fait pas de la Franc‑Maçonnerie une science appliquée. En revanche, elle propose bel et bien une pédagogie de la conscience. Dans cette perspective, Isaac Newton a développé un climat intellectuel, mais évidemment pas un programme rituel.
Que pensez-vous de l’évolution de la Franc‑Maçonnerie depuis votre époque ?
Jean-Théophile Désaguliers en Interview
J.-T. D. : Toute institution vivante change, mais toute institution sérieuse doit se demander si elle change pour s’élever ou pour se disperser. À mon époque, nous voulions une Maçonnerie de tolérance, d’ouverture, de travail moral, dégagée des querelles confessionnelles trop violentes. Nous sortions d’un siècle de conflits religieux, et il nous paraissait essentiel de créer un espace où des hommes différents puissent se rencontrer sans se détruire.
Je vois qu’aujourd’hui, notamment en France, la Maçonnerie s’est fortement diversifiée en obédiences, en rites, en sensibilités, en traditions. Cette pluralité n’est pas a priori un mal. Mais elle devient problématique lorsque les querelles d’ego, les rivalités d’orientation ou les logiques de camp prennent le dessus sur le travail intérieur. La question décisive reste toujours la même : l’institution produit-elle davantage d’hommes plus justes, plus libres et plus fraternels ou ne fait-elle qu’entretenir des appartenances voire des simulacres, quand les références sont plus décoratives que vécues ?
Quel est le plus grand danger qui menace la Franc‑Maçonnerie, selon vous ?
pierre brute avec maillet et ciseau
J.-T. D. : Le plus grand danger est l’oubli de son objet. Une société initiatique n’existe pas pour distribuer des titres, entretenir des vanités ou fabriquer des réseaux d’influence. Elle existe pour travailler la pierre brute, c’est-à-dire l’homme dans sa dimension morale, intellectuelle et fraternelle. Lorsque le pouvoir, l’apparence, les querelles intestines ou les usages sociaux prennent le pas sur ce travail, alors la Maçonnerie se vide de sa substance. On garde les signes, on conserve les mots, mais on perd l’élan. Le danger n’est pas seulement la corruption externe ; c’est aussi la routine interne, cette lente usure qui fait que l’on continue de célébrer le Temple tout en oubliant qu’il reste constamment à construire.
Vous étiez pasteur protestant. Comment conciliez-vous foi chrétienne et Franc‑Maçonnerie ?
Jean-Théophile Désaguliers en Interview
J.-T. D. : Je l’ai signalé tout à l’heure : il n’y a pas de contradiction entre ces deux engagements, pas plus qu’il n’y a de raison de confondre la Maçonnerie avec une religion. La foi chrétienne relève du salut, de la conscience devant Dieu, de la relation au divin. La Maçonnerie, quant à elle, relève de la méthode initiatique, de la discipline morale et du lien fraternel. Dans l’Angleterre du début du XVIIIe siècle, la sensibilité religieuse protestante n’était pas étrangère à l’émergence de la Maçonnerie spéculative. Nous cherchions un espace où des croyants différents puissent travailler ensemble sur un socle de valeurs communes, en évitant les querelles qu’on avait connues entre presbytériens, proches des calvinistes, et anglicans. Au reste, la franc-maçonnerie n’accepta les catholiques que bien plus tard et les juifs, encore plus tard. L’universalisme maçonnique est une conception tardive qui se dégagera dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Toutefois, on peut dire que les semences étaient déjà là. Jamais la foi ne fut menacée d’effacement et la tolérance y trouva son terreau pour s’y enraciner et prospérer. Pour en rester à mon cas, je dirais que la Franc-Maçonnerie n’a jamais fait concurrence à l’Évangile, mais qu’elle a permis un exercice de conscience complémentaire, orienté vers des notions plus étendues d’ordre, de vertu et de fraternité.
Au cours des siècles, non seulement, elle a pu offrir des cadres différents aux théistes – fidèles à une doctrine du Dieu unique et personnel, cause transcendante du monde –, aux déistes – adeptes d’une conception rationaliste reconnaissant l’existence de Dieu sans en déterminer les attributs, conception à laquelle se rattache l’idée de religion naturelle –, mais aussi à d’autres courants spirituels et philosophiques comme le bouddhisme ou le taoïsme et encore à l’agnosticisme qui considère que l’absolu est inaccessible à l’intelligence humaine voire à l’athéisme qui peut aller jusqu’à une négation explicite de l’existence de Dieu, avec, en l’occurrence, l’instauration d’un humanisme sans religion. C’est tout cet éventail de convictions avec tous leurs orbes intermédiaires qui se retrouvent en loge, certes, en des temples et avec des rites différents. Ce sont toutes ces mutations plus ou moins lentes ou brusques qui ont façonné l’image de la maçonnerie selon les lieux et les temps, jusqu’à ce qu’elle est aujourd’hui dans les territoires les plus divers.
Quelle est la qualité essentielle que doit posséder un franc‑maçon ?
J.-T. D. : La curiosité, mais une curiosité humble. La curiosité seule peut devenir dispersion, vanité ou collection de savoirs. L’humilité seule peut devenir passivité. Il faut les deux ensemble : le désir de comprendre et l’acceptation de ne pas tout maîtriser. Le franc-maçon doit être capable d’écouter, d’examiner, de comparer, de se corriger. Il doit aussi accepter que la vérité n’est pas un trophée personnel, mais une marche que l’on gravit avec d’autres. Cette disposition est au cœur de l’esprit des Lumières, mais elle est aussi profondément maçonnique : savoir que l’on cherche toujours plus que ce que l’on possède.
Si vous reveniez parmi nous aujourd’hui, que seriez-vous surpris de voir dans les loges ?
Jean-Théophile Désaguliers en Interview
J.-T. D. : Je serais probablement surpris par la vitesse du monde et par la difficulté croissante à ménager du silence. À mon époque déjà, l’art de la conversation et du travail en loge supposait du temps, de la lenteur, du rituel, une certaine retenue. Aujourd’hui, tout semble pousser à parler avant d’avoir pensé, à réagir avant d’avoir compris. Je serais aussi frappé par la tension entre l’exigence initiatique et les tentations de communication extérieure. La Maçonnerie n’a jamais été faite pour le spectacle ; elle est conçue pour la transformation. Si elle parle trop de ce qu’elle prétend être, en arborant avec facilité une sagesse un tantinet galvaudée par un manque d’assise concrète, elle risque de paraître factice aux yeux du public, à la manière d’une médiocre pantalonnade à laquelle on ne prête plus attention. Heureusement, il demeure, dans ce creuset, des hommes et des femmes qui cherchent encore le sens, la méthode, la fraternité réelle et je trouve cela très encourageant, même si ce ne sont pas ceux qu’on entend le plus.
Quel message adresseriez-vous aux jeunes maçons du XXIe siècle ?
J.-T. D. : Qu’ils ne renoncent jamais à l’étude, à l’examen minutieux, au travail sur eux-mêmes, à une écoute profonde, à des temps de méditation qui laissent émerger le cœur dans la conscience. Le monde contemporain leur offre des outils formidables, mais il leur tend également des pièges aussi sournois que gigantesques au nombre desquels se trouvent l’instantanéité, la polarisation, la superficialité, la mise en scène permanente de soi. Il leur faut donc plus que jamais apprendre à distinguer le bruit du sens.
Je leur dirais de lire, d’expérimenter, de comparer, de dialoguer et de prendre patience. La Maçonnerie ne gagne aucun prestige à la course ; c’est une école de l’effort et de la durée, à l’écart des réactions courtes, des réponses superficielles, des séductions narcissiques que l’époque réclame ou prodigue à jet continu. La maçonnerie n’est pas à la mode. Voie de l’intériorité, elle échappe aux apparences et elle obéit à un critère : pour elle, le travail sur soi n’a de valeur que s’il débouche sur une manière plus juste d’habiter le monde et de traiter les autres.
La Franc‑Maçonnerie doit-elle s’engager dans les débats de société ?
Jean-Théophile Désaguliers en Interview
J.-T. D. : Les hommes, oui ; la loge, avec discernement. Un maçon demeure un citoyen, avec une conscience, des responsabilités, des convictions. Il ne lui est pas demandé de s’abolir comme être public. Mais la loge, en tant que telle, doit préserver son unité symbolique et sa fonction de travail.
Les débats de société sont nécessaires, mais ils appartiennent souvent au domaine du profane, avec ses divisions et ses urgences. La Maçonnerie ne peut qu’aider à former des esprits capables d’y prendre part avec hauteur ; mais la loge ne saurait se transformer en parlement. Je crois qu’il faut distinguer l’engagement moral de l’alignement politique. La première attitude est noble ; la seconde conduit trop souvent à creuser des divisions, là où précisément il faudrait unir.
Quelle est selon vous la plus belle vertu maçonnique ?
J.-T. D. : La fraternité agissante. Non pas la fraternité d’estrade, d’ostentation, d’esbrouffe ou de manigance mais celle qui se lit dans les actes, en toute discrétion, témoignant entraide et respect de la dignité d’autrui. En vérité, la fraternité ne se proclame pas. Elle s’acclame sans doute dans les cérémonies mais il faudrait veiller à ce que ce soit en proportion du véritable comportement de chacun. Le franc-maçon ne doit pas seulement vérifier ses idées mais aussi ses sentiments. En cela, la fraternité est un thermomètre de sincérité, un banc d’essai permanent, pour une institution initiatique. Si elle se réduit à des incantations ou à des propos confortables, elle manifeste que le reste du discours, non plus, n’a pas grande portée.
Regrettez-vous quelque chose de votre action maçonnique ?
Reverend John Theophilus Desaguliers (1683-1744)
J.-T. D. : Comme tout homme, quand le cœur et la raison, à force de s’encourager, emportent sa conviction, j’ai sans doute péché par excès de naïveté. Nous avions foi dans l’équilibre du jugement, dans la puissance de la méthode, dans la vertu de l’éducation, dans la contagion de la convivialité, surtout parmi des esprits éclairés qui s’étaient choisis. Nous pensions qu’en construisant un cadre juste, les hommes n’auraient d’autre choix que de devenir spontanément meilleurs or l’histoire, qu’elle soit petite ou grande, montre que les passions, les intérêts et les vanités sont plus coriaces et insidieux que nous l’avions anticipé.
Cela ne veut pas dire que notre effort fut vain. Cela signifie seulement qu’aucune institution ne transforme l’homme sans un consentement intime, sans un engagement profond et constant, sans un pari vigilant sur son propre honneur. J’aurais certainement préféré que les hommes fussent plus assidus dans leur désir de vérité ; j’ai appris que toute œuvre humaine compose avec les fragilités que ne saura jamais totalement corriger le bipède sans plumes.
Si vous deviez résumer en une phrase le sens de la Franc‑Maçonnerie ?
J.-T. D. : C’est une école de perfectionnement moral et de fraternité raisonnée, au service d’hommes qui veulent devenir plus justes qu’ils ne le sont déjà. Cette phrase n’a rien d’exhaustif, mais elle dit l’essentiel, ce qu’il y a de plus visible et de constatable dans les actes : il ne s’agit pas d’accumuler des signes d’appartenance, mais de travailler à devenir des êtres humains plus dignes, plus responsables et plus attentifs au bien commun.
La maçonnerie vaut par la transformation qu’elle permet, non par l’étiquette qu’elle serait censée donner. entrer en maçonnerie, c’est s’engager à exiger davantage de soi, chaque jour.
Un dernier mot pour nos lecteurs ?
J.-T. D. : Que la Lumière ne soit jamais une possession, mais toujours une recherche ! Le savoir peut enorgueillir, la fonction peut flatter, le rite peut endormir. Mais l’esprit maçonnique authentique demande un mouvement plus profond : celui qui consiste à se laisser instruire, corriger et élever.
Et si je devais laisser une recommandation simple, ce serait celle-ci : ne séparez jamais la connaissance de la bonté, ni la vérité de la fraternité.
En guise de rappel final…
Jean-Théophile Desaguliers incarne une Maçonnerie des origines où science, foi et sociabilité éclairée se conjuguaient dans une même exigence de rigueur et d’élévation. Son itinéraire rappelle que la Franc‑Maçonnerie spéculative moderne s’est construite non sur le spectacle, mais sur le travail, l’étude et la volonté de relier.
À l’heure où tant d’institutions se dispersent dans le vacarme de l’actualité, sa voix imaginaire module sur tous les tons une formule sobre et catégorique : bâtir, c’est d’abord comprendre. Et comprendre, c’est refuser de séparer ce que la raison, la morale et la fraternité doivent obstinément unir.
Autres interviews des « Rencontre au miroir du temps »
Ce texte sur Jean‑Théophile Desaguliers rappelle, avec une belle pédagogie, que la franc‑maçonnerie spéculative ne s’est pas construite sur le culte d’un « grand homme », mais sur un faisceau de milieux, d’idées et de pratiques où science, foi et fraternité se répondent. En faisant parler Desaguliers, l’auteur nous renvoie à nos propres incohérences : inflation des titres, querelles d’appareil, fascination pour la communication, alors que l’objet reste la taille de la pierre brute et la fraternité agissante.
On peut discuter la part de projection contemporaine sur la figure historique, mais l’essentiel est atteint : nous rappeler que la maçonnerie vaut par la transformation intérieure, la patience du travail et la qualité du lien entre Frères et Sœurs, non par le décor qu’elle se donne. Cette « rencontre au miroir » est une invitation à raviver l’exigence de nos travaux.
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