Les « Maîtres du monde » et les leaders religieux se sont mis à table à NYC… où étaient donc les Francs-maçons ?

OpenAI et Anthropic à la table des religions : un dialogue qui interroge l’absence de la Franc-Maçonnerie

Fin avril/début mai 2026, à New York, s’est tenue la première table ronde du « Faith-AI Covenant », initiative lancée par l’Interfaith Alliance for Safer Communities (basée à Genève). Des représentants d’OpenAI et d’Anthropic, deux des principaux acteurs du développement de l’intelligence artificielle, ont rencontré des leaders religieux issus de traditions diverses : hindous (Hindu Temple Society of North America), sikhs (Sikh Coalition), baha’is, juifs (New York Board of Rabbis), mormons (Church of Jesus Christ of Latter-day Saints), orthodoxes grecs et d’autres confessions.

L’objectif affiché est clair : infuser de la morale et de l’éthique dans le développement rapide de l’IA. Au-delà des garde-fous techniques et réglementaires, les entreprises tech cherchent des cadres spirituels et philosophiques profonds — dignité humaine, bien commun, responsabilité — puisés dans des siècles de réflexion religieuse. Cette rencontre inaugure une série de tables rondes prévues à Beijing, Nairobi, Abu Dhabi et ailleurs, visant à produire des principes partagés et des engagements volontaires.

Pour les organisateurs, il s’agit de combler un vide : l’IA, qui va transformer profondément la société, ne peut pas être guidée uniquement par des ingénieurs et des régulateurs. Les religions, gardiennes historiques de la réflexion sur la nature humaine, le libre arbitre et le sens de l’existence, sont invitées à la table pour apporter leur sagesse.

L’absence notable de la Franc-Maçonnerie

Pourtant, une tradition philosophique et symbolique riche en réflexions sur l’éthique, la quête de lumière, le perfectionnement de l’être humain et la construction d’un « Temple » intérieur ou sociétal brille par son absence : la Franc-Maçonnerie.

Aucune obédience maçonnique n’apparaît parmi les participants. Cette omission n’est pas surprenante sur le plan formel : la Maçonnerie n’est pas une religion. Elle ne dispose pas d’une autorité centrale unique (les Grandes Loges sont décentralisées), et les rencontres sont explicitement cadrées dans un format « interreligieux » (Faith). Cependant, cette absence pose question.

La Franc-Maçonnerie a historiquement contribué à la promotion des Lumières, de la tolérance, de l’humanisme et d’une éthique universelle fondée sur la raison, le symbole et le travail sur soi. Des thèmes comme l’initiation personnelle, l’harmonie des contraires, la quête du Nom Ineffable (dans le REAA par exemple) ou la construction d’un monde meilleur résonnent étrangement avec les interrogations actuelles sur l’alignement de l’IA :

que veut dire « rendre l’IA bonne » ? Qui définit le bien ? Comment préserver la dignité humaine face à des systèmes qui peuvent simuler (ou dépasser) l’intelligence ?

Un risque pour la survie et la pertinence de la FM ?

Cette exclusion symbolique n’est pas anodine. Dans un monde où les grandes puissances technologiques cherchent activement des cadres éthiques « légitimants » auprès des institutions religieuses qui représentent des milliards de personnes, la Maçonnerie risque de se trouver marginalisée dans les débats qui façonneront le XXIe siècle.

Les risques sont multiples :

  • Perte de visibilité et d’influence : Si l’IA devient le principal vecteur de transformation sociétale, les acteurs qui ne participent pas aux discussions sur son encadrement éthique voient leur voix s’affaiblir dans l’espace public.
  • Concurrence sur le terrain de la « sagesse » : Les religions institutionnelles et les nouvelles spiritualités numériques captent l’attention des nouvelles générations. La Maçonnerie, déjà discrète et en déclin démographique dans certains pays, pourrait apparaître comme une institution du passé plutôt qu’un acteur vivant de la réflexion contemporaine.
  • Désaffection interne : Les jeunes maçons ou les profanes intéressés par la quête de sens pourraient se tourner vers des dialogues plus visibles (tech + religion) plutôt que vers le travail rituel traditionnel, perçu comme déconnecté des enjeux majeurs.
  • Affaiblissement du modèle initiatique : La Maçonnerie repose sur l’idée que l’on s’initie soi-même grâce au travail avec les autres (en Loge), un travail intérieur et collectif en somme.

Si les grandes questions éthiques de l’humanité se règlent désormais entre ingénieurs et clergés sans passer par une démarche symbolique et philosophique maçonnique, son apport spécifique (ni dogmatique ni purement séculier) risque d’être oublié.

Certains maçons soulignent déjà, dans des planches ou réflexions internes, l’intérêt d’engager le dialogue avec l’IA — non pas pour la « moraliser » de l’extérieur, mais pour explorer ce qu’elle révèle de l’humain. L’absence de rencontre institutionnelle avec OpenAI ou Anthropic pourrait refléter une certaine réticence ou inertie maçonnique face à la modernité technologique.

La Franc-Maçonnerie a survécu à de nombreuses disruptions historiques grâce à sa capacité d’adaptation et à son attachement aux valeurs universelles.

Face à l’IA, l’enjeu n’est pas seulement d’être invité à la table, mais de démontrer que sa méthode unique — symbolique, initiatique et non-dogmatique — reste pertinente pour penser le futur de l’humanité.

Le « Faith-AI Covenant » est une première étape. Reste à savoir si la Maçonnerie saura, par ses propres moyens et réseaux, faire entendre sa voix singulière dans ce grand chantier éthique du siècle.

En résumé, il ne s’agit plus de débattre des sujets de société (euthanasie, laïcité…), mais plutôt d’intégrer la maçonnerie dans le cœur du pouvoir qui influencera le monde de demain matin (l’IA).

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Alice Dubois
Alice Dubois
Alice Dubois pratique depuis plus de 20 ans l’art royal en mixité. Elle est très engagée dans des œuvres philanthropiques et éducatives, promouvant les valeurs de fraternité, de charité et de recherche de la vérité. Elle participe activement aux activités de sa loge et contribue au dialogue et à l’échange d’idées sur des sujets philosophiques, éthiques et spirituels. En tant que membre d’une fraternité qui transcende les frontières culturelles et nationales, elle œuvre pour le progrès de l’humanité tout en poursuivant son propre développement personnel et spirituel.

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