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MEXIQUE : Qu’est-ce que la franc-maçonnerie ? Est-il vrai qu’ils sacrifient des animaux ?

De notre confrère mexicain periodicocorreo.com.mx

Guanajuato.- Ce week-end, le 128ème Congrès National Maçonnique de la Confédération des Grandes Loges Régulières du Mexique aura lieu dans le Parc du Bicentenaire. Cet événement a suscité l’ inquiétude des Guanajuatenses qui spéculaient sur la nature de cet événement qui serait satanique .

Mais qu’est-ce que la franc – maçonnerie ?

C’est une institution qui pratiquent l’initiation (activités qui marquent un passage d’un état à un autre) ; philanthropique, c’est-à-dire qu’ils aiment l’être humain ; symbolique, philosophique, discret, harmonieux , sélectif, hiérarchique, international, humaniste et fondé sur une structure fédérale qui prône la fraternité .

Que croient les francs-maçons ?

Ils sont à la recherche de la vérité, de l’étude philosophique du comportement humain, de la science, de l’art et du soutien au développement social et moral des hommes et des femmes.

ils cherchent à s’améliorer dans tous les aspects de leur être et autour d’eux.

Ils développent leurs enseignements basés sur des symboles et des allégories de la maçonnerie et de la pierre.

Quand la franc-maçonnerie a-t-elle commencé au Mexique ?

Cette pratique a commencé au XVIIIe siècle, lorsque les premiers immigrants français accompagnant le Vice-roi;ils ont fondé en premier la loge « Architecture Morale ».

La « boîte noire » de la franc-maçonnerie

La franc-maçonnerie est une « boîte noire » avec des flux entrants de profanes et des flux sortants d’initiés initiants.

Commençons par ce qui paraît le plus simple a priori : la démarche maçonnique elle-même. Étudions-la très schématiquement, en analyse systémique. Si nous utilisions la méthode de G.-B. Dantzig, l’algorithme du simplexe en programmation linéaire, nous dirions : Chaque rite est un ensemble à prendre dans sa totalité en tant que tel (une « boîte noire » que nous n’ouvririons pas pour le moment) avec des flux entrants d’un côté (les profanes) et des flux sortants de l’autre (les initiés qui retournent dans le monde profane pour transmettre à leur tour à d’autres entrants ce qu’ils ont reçu de la « boîte noire »). C’est donc, comme on le voit, un système qui boucle sur lui-même.

Dans une conférence sur le thème « Du temple de l’homme à celui de l’humanité », j’abordais ce sujet, sans le développer :

« Dans un premier temps, je poserai le cadre de cette étude.

Pour aborder ce thème, nous commencerons par nous demander quelles sont les étapes qui marquent la progression du temple de l’homme au temple de l’humanité, ce qui les relie entre elles et ce qui les délimite.

Le cheminement du temple de l’homme au temple de l’humanité entre dans un processus plus large : c’est précisément celui de la méthode maçonnique. Et ce processus comporte quatre phases :

  1. L’homme est d’abord hors du temple (c’est un profane).
  2. Puis, l’homme est dans le temple (il devient initié).
  3. Ensuite, le temple est dans l’homme (il accomplit une démarche spirituelle).
  4. Enfin, l’homme sacralisé retourne au-dehors du temple (vers les profanes).

Passer du temple des hommes (profanes) au temple de l’homme (initié), puis du temple de l’homme (initié) au temple de l’humanité (initiable), c’est passer des autres à soi-même, puis de soi-même à tous. Autrement dit, je ne peux construire le temple de l’homme en moi que si, au préalable, j’ai construit avec d’autres initiés ce temple des hommes qu’est la loge ; et je ne peux construire le temple de l’humanité initiable pour tous que si j’ai construit en moi mon temple d’homme. Toutes les phases de la méthode maçonnique sont interdépendantes.

Ceci étant dit, comment s’effectue le passage d’une étape à l’autre ?

De profane, l’homme devient initié dans le temple – un temple extérieur à soi (c’est celui de la loge). Là, il est d’abord Apprenti, puis Compagnon, enfin Maître : avec la mort symbolique du corps de l’initié s’achève le temps de la matérialité. Par une approche spirituelle qu’il poursuit dans les hauts grades, il élève son temple intérieur par l’esprit, l’âme et le cœur. Il va pouvoir désormais faire rayonner à l’extérieur, dans l’humanité, ce temple intérieur qui l’éclaire.

Mais par quels ponts franchit-il ces différentes étapes qui constituent le processus de la démarche maçonnique ?

Entre le hors du temple profane et le temple de l’initié, le pont est celui de l’initiation. Entre l’intérieur du temple et le temple intérieur, le pont est celui du sacrifice (d’Hiram). Entre le temple intérieur et le temple spirituel (des hauts grades), le pont est celui du relèvement (du Maître). Et enfin, entre le temple dans l’homme et le temple de l’humanité, le pont est celui de la transmission par l’exemple (qu’allégorise le mythe d’une « chevalerie spirituelle »)[1]. »

Dans cette présentation sommaire, j’évoquais les flux entrants et les flux sortants de la « boîte noire », mais aussi les principales phases de transformation à l’intérieur de cette « boîte noire ».

« Soit. Mais enfin – me direz-vous -, pour faire le parallèle avec cette présentation de la franc-maçonnerie, par quel mythe culturel allez-vous bien pouvoir illustrer cette démarche ? »

« J’ai retenu celui de Don Juan », ai-je répondu.

Aussitôt vous vous récriez : « Don Juan ? Vous avez dit : Don Juan ?… Bizarre ! Bizarre ! Comme c’est bizarre !… Moi, j’ai dit bizarre, bizarre, comme c’est étrange ! Pourquoi aurais je dit bizarre, bizarre ?[2] »

« Eh bien, non, ce n’est pas bizarre », ai-je conclu. « Et je m’en expliquerai dans un prochain article… »

À suivre.

Pierre PELLE LE CROISA,

Le 26 avril 2021


[1] PELLE LE CROISA P. « Du temple de l’homme au temple de l’humanité », conférence pour « l’Académie Maçonnique de Paris », tenue d’été 2015.

[2] PRÉVERT J., dialogues du film « Drôle de Drame » de Marcel Carné (1937).

Comment reconnaître les mauvais FF… et surtout comment s’en débarrasser ?

Il parait qu’en maçonnerie, on aurait identifié, il y quelques années, 3 mauvais compagnons qui perturbaient fortement les travaux. Cela m’a donné l’idée de réfléchir à ce thème des mauvais Frères. Je ne parle pas de ceux avec lesquels on a des frictions. Si on y réfléchit bien, ces contacts parfois un peu maladroits ou brutaux sont souvent très enrichissants, surtout si on fait le pas de côté. Il arrive que nous adaptions notre Pierre grâce ces expériences inattendues. Si les 2 parties savent transformer cette friction en richesse, tout le monde en ressort plus fort et grandi en sagesse.

Mon propos concerne bien les « vrais » très mauvais maçons. Ceux qui sont mauvais chez nous et qui auraient été mauvais dans toute autre voie d’élévation, car leur conscience reste définitivement orientée vers les ténèbres.

Vous allez me dire : « Mais, comment peut-on les reconnaître? C’est quoi être mauvais ? »

Prenons quelques exemples, que nous connaissons tous. Est-ce qu’on peut affirmer qu’un mauvais maçon c’est :

  • 1 Vénérable maître qui s’accroche à son maillet ?
  • 2 Frères (ou Sœurs) qui se chamaillent pour un plateau ?
  • 1 Frère qui agace tout le monde en prenant la parole de manière intempestive ?
  • 1 Sœur qui n’a pas payé ses capitations depuis 2 ans ?

Ma réponse est sans aucune hésitation  : NON !

Ces exemples sont uniquement des expériences de Loges qui nous permettent de nous frotter et nous nourrir. Comme je le disais plus haut, ce sont des prétextes pour vivre des expériences humaines grâce à nos outils maçonniques. Que ferions-nous en Loge si nous étions dans un état de béatitude permanent ? C’est donc bien par le travail sur soi, par la confrontation, avec les autres que nous pouvons nous élever en sagesse.

Mon propos d’aujourd’hui, concerne bien les « très mauvais maçons ». Ceux dont la Franc-maçonnerie ferait bien de se débarrasser au plus vite, si elle ne veut pas se gangrener. Définissons donc le portrait robot du mauvais Frère :

  • Il abuse de son autorité auprès d’une jeune Sœur pour obtenir des avantages inavouables
  • Il profite de sa pseudo supériorité pour extorquer des sommes d’argent et se faire payer sa voiture
  • Il s’imagine que sa fonction lui donne des droits systématiques sans les devoirs
  • … ces exemples pourraient se décliner à l’infini.

Mon propos assez direct pourrait en choquer quelques-uns. J’aimerais juste rappeler cette phrase du Rituel : « Creuser des tombeaux pour les vices et ériger des autels à la vertu ». En fait, tout est résumé dans cette sentence !!!

Tous les Francs-maçons du monde se retrouvent sur 2 points communs, et ce, quel que soit le lieu ou le Rite : « l’Initiation et la culture des vertus ».

Vous conviendrez que pour être reconnu comme tel, il faut préalablement être passé par la case initiation ?

Pour ce qui est du second point, nous ne nous attarderons pas sur la liste complète des vertus selon les influences ou les rites (sensibilité, courage, tempérance, justice, prudence, charité, générosité, gratitude…). Nous nous limiterons dans ce propos à opposer ce que certains cultivent comme le cercle vertueux, lorsque d’autres préfèrent nourrir le cercle vicieux. Chacun étant libre de ses choix de conscience, tant que ce choix n’engendre aucun préjudice, la maçonnerie ne peut en aucun cas s’ériger en juge qui condamne ou exclut. En revanche, il est légitime de s’interroger sur l’intérêt de garder dans notre Fraternité des producteurs et des cultivateurs de ténèbres ? Aurions-nous si peu de courage que nous préférons courber l’échine et fermer les yeux en attendant que d’autres fassent la sale besogne de purification ?

Lorsque des suspicions sérieuses existent, et que des Frères ou des Sœurs, voire des Obédiences, se rendent complices par leur silence de ces tristes individus, nous érigeons alors des autels aux vices et notre Art se pervertit. Si les meneurs sont de nature vicieuse, je doute fort que la maçonnerie puisse un jour les éveiller à une autre réalité vertueuse. On ne change pas un être contre son gré. Il convient tout simplement de l’exclure au plus vite, afin d’assainir nos Ateliers et nos Obédiences.

Quant aux complices, qu’en est-il ?

Lorsque la lâcheté et l’acédie sont aux commandes, alors les vicieux ont de beaux jours devant eux et tous les Frères et Sœurs vertueux ou de bonne volonté ont du souci à se faire. Chacun sait qu’un seul œuf pourri peut gâcher tout le gâteau. Combien de fois avons-nous vu des Ateliers ou des Obédiences vaciller sur leur base du fait d’un seul personnage malfaisant. Des expériences obédientielles récentes ont démontré qu’un dirigeant ou un petit groupe peut anéantir en quelques mois des décennies de construction et faire fuir des centaines de maçons. Il m’avait pourtant semblé que c’était la Lumière, qui chassait les ténèbres et non le contraire !

Je ressens toujours une forme de fascination pour ces grands malades atteint d’hybris chronique. Nos livres d’histoire sont d’ailleurs remplis de leurs aventures et nous en avons fait les héros de notre nation. Quel drôle de paradoxe quand même. Cependant, je dois vous avouer que j’ai un profond mépris pour les petits collabos. Ceux qui dans l’ombre participent par leur action ou leur inaction. Aucun de nos tyrans n’aurait pu s’élever dans les sphères du pouvoir s’il n’avait eu la complicité silencieuse de ces sous-fifres, de ces subalternes, de ces riens du tout. La soumission par le silence est aussi une forme de collaboration qui autorise les pires exactions. Le maçon vient justement en Loge pour cultiver le juste et le vrai.

L’auteur Max Frisch avec sa célèbre phrase : « Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles » résume parfaitement la source du mal. Pour conclure peut-être pourrions-nous donner un conseil aux endormis de la conscience qui se reconnaîtront : « Mon Frère, Ma Sœur, réveille toi, pendant qu’il est encore temps. Ceux qui pensent que c’est impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient ».

Franck Fouqueray

ANNEXE 1 (petit rajout provenant de mon Frère Thierry – Merci à toi)

Catéchisme selon un certain Fanisti

V : F premier surveillant qu’est-ce qu’un maçon ?

1er : C’est un homme libre, également ami du riche et du très riche, si ils sont magouilleurs.

V : Que venons-nous faire en loge ?

1er S : Assouvir nos passions, soumettre les volontés des autres, et faire mienne la Maçonnerie.

V :  F second Surveillant, où avez-vous été reçu ?

2nd : S Dans une loge juste et parfaite pour moi

V : Que faut-il pour qu’une loge soit juste et parfaite ?

2nd S : un la gouverne et les autres se prosternent.

V : F premier surveillant, depuis quand êtes vous Maçon ?

1er S : Depuis que j’ai reçu les ténèbres.

V : F premier expert, à quoi reconnaîtrai-je que vous êtes maçon ?

1er  : ex : A rien

V : Comment se font les signes de Maçon ?

1er : ex : Par suspension, radiation et élimination.

V : Donnez-moi le signe d’Apprenti.

1er   : Que je préfèrerais trancher la gorge des autres (il fait le signe) à quitter mon poste.

  le prend) le premier surveillant dit

1er : C’est pas juste, très Vénérable

V : F second surveillant donnez moi la parole.

2nd : Vous n’avez rien à dire  vous ne pouvez que m’écouter et exécuter mes ordres.

V : F premier Surveillant que signifie ce mot ?

1er S : Guide spirituel ; c’est le nom que vous devez vénérer par-dessus tout.

V  : Donnez-moi le mot de passe d’apprenti.

1er S : Capitations

V : Que signifie t il ?

1er S : C’est le doux nom qui me permet d’acheter les métaux sans travailler.

V : Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir Maçon, Frère Second surveillant ?

2nd S : Parce que je n’étais pas assez puissant et que j’ai désiré de l’être davantage.

V : Qui vous a présenté en loge ?

2nd S : Un ami affairiste, que j’ai ensuite reconnu pour associé.

V : Dans quel état étiez vous, quand on a présenté en loge ?

2nd : Ni nu ni vêtu, mais cela n’allait pas durer, dépourvu de tous scrupules, parce qu’ils sont l’emblème d’une conscience que l’on doit éviter si l’on veut réussir.

V : comment avez-vous introduit en loge, F premier surveillant ?

1er S : Par trois grands coups

V : que signifient ces trois coups ?

1er S : Demandez vous recevrez une lettre de suspension, Cherchez, vous trouverez mon avocat ; Frappez, et l’on vous radiera.

V : Que vous ont produit ces trois coups ?

1er S : Un Expert qui m’a demandé mon nom, mon prénom, mon âge, mon pays et si c’était bien ma volonté de dominer les maçons.

V : Que vous est il arrivé ensuite ?

1er:  Le Maître de la loge a du consentement unanime de tous les Frères fait une grosse bêtise.

V : Comment vous a-t-il reçu F premier Surveillant ?

Avec toutes les formalités que j’ai écrites.

V : Quelles sont ces formalités ?

1er S : J’avais le genou droit nu sur le coffre, la main droite sur le chéquier posé sur le volume des extraits de comptes sacrés ; de la gauche, je tenais un ordre de virement en blanc, la signature appuyée sur la mamelle gauche qui palpitait.

V : Qu’avez-vous fait dans cette posture ?

1er S : J’ai prêté l’Obligation de tout garder.

V : Qu’avez-vous vu lorsque vous êtes entré en loge, F second surveillant ?

2nd : rien très Vénérable.

V : Qu’avez-vous vu lorsqu’on vous a donné la lumière ?

2nd : toujours rien très Vénérable.

V : Quel rapport peut il y avoir entre rien et le maitre de la loge ?

2nd : Comme le maitre de la loge préside les capitations de sa loge, moi je préside les maitres pour récupérer.

V : Où se tient le maitre de la loge, F premier Surveillant ?

1er S : au garde à vous

  1. Pourquoi ?

1er De même que les dictateurs tiennent leurs peuples par la peur et la propagande, la maitre se tient au garde à vous si, il veut faire carrière.

V : Où se tiennent les surveillants ?

1er : Le premier S sous mes ordres.

V : Pourquoi F second Surveillant ?

2nd : Pour aider le Vénérable à bien voter.

V : Où se tiennent les apprentis ?

2nd : Pas loin de leurs chéquiers, pour payer les capitations.

  1. Comment s’appelle votre loge ?

2nd :  La loge Saint Jean ai marre.

l’initiation maçonnique vécue à travers un rêve

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Il était une fois… Voici le conte. Un pas en avant, on franchit la ligne du rêve. Un après…

Il était une fois de gentils compagnons, qui rêvaient d’expression libre et féconde, en Maçonnerie transversale et universelle. Oui, nous irons en chemin, se disaient-ils, les lecteurs trépignent déjà de répondre à l’appel, à la pelle… Alors ils réunirent un petit comité qui ne demandait qu’à s’accroître de compétences plurielles.

Une ambition à concrétiser, une ambiance joyeuse, un tempo andante. Comment doser subtilement la concomitance, sur un même circuit, de ces scribes en idéal ? Nulle prétérition, choses vues, lues, perçues, seraient dites avec douce franchise. Des choix à faire, l’issue et la réussite seraient à ce prix, exit l’atermoiement, sous peine de dépérir, voire de périr ! Ainsi, quasi en transes, sans transition superflue, les complices tracèrent l’itinéraire…

Que d’italiques ! Eh oui, ces mots participent d’un même sémantisme, dont le latin a fait ses choux gras, même hétéroclites. Un florilège loin d’être exhaustif. En son cœur, maître-mot de la Maçonnerie, l’initiation, dont on subit les épreuves. L’entrée en chemin est individuelle dans une loge qui s’est créée et entretient sa fécondité selon le critère du commencement. *Cum-in-itiare, commencer une aventure spirituelle « avec » d’autres, qui en ont déjà devancé l’expérience. Démarche solitaire et intime, mais parcours collectif revécu à chaque réitération du rituel.

Toujours même et différente. Chaque initiation est à l’aube d’un sentier de vie, chaque initiant recommence cette aube.

Annick DROGOU

Initiation : derrière ce beau mot qui évoque l’acte initial, il y a la promesse d’une aube, un commencement. Mais cela n’est rien si ce n’est que cela. « Dans les sociétés traditionnelles, l’initiation seule peut donner la connaissance qui est une prise de conscience de l’être et des origines mystiques du groupe », décryptait l’ethnologue Jean Servier, ajoutant que « l’Invisible explique l’homme des civilisations traditionnelles comme l’air explique l’oiseau. La mort lui paraît aussi familière que le coucher du soleil, aussi nécessaire au cycle de sa rédemption que la naissance. »

Nous ne sommes pas nés dans une de ces sociétés traditionnelles que décrivent les ethnologues. Nos savoirs actuels ignorent les processus traditionnels jusqu’à notre rencontre avec la Franc-maçonnerie, dernière voie initiatique d’Occident, si elle est en capacité de transmettre son enseignement sur l’essentiel et l’ultime ; si le nouvel initié est en capacité de le recevoir. Car l’initiation est d’abord réception, le mot tout simple qu’on emploie encore dans certains rites pour désigner la cérémonie d’initiation.

Contrairement aux pratiques modernes où on s’initie au dessin, au macramé ou à la philosophie Zen, qu’on zappe après une découverte superficielle, l’initiation maçonnique exige l’approfondissement, l’effort de la patience et de la longue distance. Processus permanent de transformation et d’émancipation de tous les conditionnements, cette initiation est apprentissage d’humilité. Humilité, non de faiblesse, mais d’intelligence du réel.

Jean DUMONTEIL

COTE D’IVOIRE : après Bakayoko, la Grande Loge de Côte d’Ivoire perd un autre pilier

Source de notre confrère Jeune Afrique

Le décès du Grand maître David Mignonsin, quatre mois après celui d’Hamed Bakayoko, est un nouveau coup dur pour la GLCI. Et il provoque une nouvelle bataille fratricide.

Moins de quatre mois après la perte du Grand maître Hamed Bakayoko, le professeur de médecine David Mignonsin, l’un des piliers de la GLCI, est décédé fin juin à Abidjan. Il avait le statut de Grand maître et présidait le Suprême Conseil maçonnique, lequel gère les rites et les hauts grades. Le défunt occupait donc l’une des fonctions décisionnaires de la Grande loge, dont il avait gravi tous les échelons.

SERBIE : Le roi préféré des Serbes est né un 29 juin… il était Franc-maçon

De notre confrère Serbe srbijadanas.com

Monté sur le trône après l’assassinat d’Alexandre Ier, Tito l’appréciait, et comme lui, il était Franc-maçon. Pierre Ier régna pendant 18 ans suivantes , réformant la Serbie , les Balkans et subit la Première Guerre mondiale.

Le 29 juin 1844, le roi serbe Pierre Ier Karađorđević naquit. Petit-fils du Chef Karađorđe, il est resté de 18 ans sur le trône de Serbiet. Après que l’Assemblée de Saint-André eut renversé son père, le prince Alexandre, en 1856, Pierre Ier dut quitter le pays alors qu’il était enfant, et il monta sur le trône de Serbie après l’attentat qui coûta quarante sept ans plus tard la vie aux derniers descendants de la dynastie Obrenović, le roi Alexandre et la reine Draga.

Bien que partie prenante dans la conspiration, Petar ne souhaitait pas que ses prédécesseurs soient tués,mais il n’y avait pas d’autre solution selon Dragutin Dimitrijević Apis et ses compagnons d’armes.

La vie du petit-fils de Karadjordj est pleine de secrets et d’anecdotes qui font qu’il est considéré comme le monarque serbe préféré de l’histoire récente.

Maçon et légionnaire
Il a servi dans la Légion étrangère française, avec laquelle il a combattu avec bravoure et courage, notamment dans les Balkans. De nombreux historiens prétendent qu’il était franc-maçon.

Paysan et philosophe
Bien que l’Europe le considérait comme le roi des « paysans » et le souverain du peuple, Pierre Ier a fait de multiples actions pour la pensée politique serbe. Il a traduit dans notre langue le célèbre ouvrage « On Freedom », du philosophe anglais John Stuart Mill, qui sert toujours de base aux études de science politique sur le libéralisme. Près d’un siècle et demi plus tard, ce même ouvrage a été traduit en serbe par l’ancien Premier ministre Zoran Djindjic.

En outre, il est intéressant de noter que, selon Tatomir Buidisavljević, Josip Broz(Tito) lui-même a parlé positivement du roi Pierre, soulignant qu’il était un monarque humain et un vrai démocrate.

Découvrir l’article en version originale Serbe srbijadanas.com

La légende de l’ombre

Je ne sais pas si ça vous est arrivé, mais il n’y a rien de pire que de se faire agresser par son ombre. On est là, tranquille, au coin du feu, elle danse gentiment autour de vous, on s’y habitue tant et si bien qu’on n’y prête plus attention, et puis, subrepticement, elle passe par derrière et hop ! elle vous prend au collet et vous fait un chaud-froid, de type omelette norvégienne, qui vous colle un torticolis pendant des jours et des jours. Une calamité ! D’autant que, parlons bas, ombre c’est féminin et depuis qu’on ne peut plus rien dire contre ce genre, ni sur le genre mixte, ni sur…, d’ailleurs, genre, pourquoi c’est masculin ? Vous vous êtes posé la question ? Bon, passons… Mais quelle vie ! Aujourd’hui, à la moindre parole, une main sort de l’ombre et elle vous traite de « …ciste », « …phobe », « révisionniste », « extrême truc », « manipulateur », « perturbateur de l’ordre établi », « empêcheur de penser en rond », « faiseur de fake news » et j’en passe ! La malveillance est d’une créativité qui n’a d’égale que celle du Ministère des Finances pour de nouveaux impôts…

J’en étais là de mes réflexions, tout contorsionné dans mon genre neutre, me reprochant à moi-même de ne l’être pas assez, lorsqu’une ombre s’accrocha à moi. Il suffisait de la regarder du coin de l’œil pour se rendre compte qu’elle était pleine d’idées noires. Je sais comme vous qu’on n’est jamais à l’abri de ses idées ; j’en ai vécu, des ombres ! Et de toutes les nuances de noir : des idées noires, de sombres jours, des zones d’ombre, des arrières boutiques obscures, des cheminées de suie, et bien d’autres qui se cachent dans l’ombre.

Mais celle-ci m’attaqua d’un air insidieux :

— Ça ne vous ennuie pas d’être sans génie ?

— Et vous d’être d’une platitude de style administratif ? Vous parlez d’une présence qui n’existe que le jour et encore quand il y a du soleil ! Les ombres ne sont que les pointillés du temps…

— L’ombre échappe au temps, pas à la mémoire – me rétorqua-t-elle d’un ton pincé.

— Où voulez-vous en venir ? – lui dis-je en faisant semblant de ne pas avoir remarqué sa perfidie.

J’ajoutai toutefois, pour la piquer au vif :

— On ne me la refait pas, je connais la vie instable des ombres. Vous êtes à ras de terre, invariablement plates, et être sans relief, je regrette de vous le dire, ce n’est pas un compliment ! D’ailleurs personne n’a jamais écrit de roman sur vous, pas d’études universitaires sur votre compte, rien, c’est dire combien vous êtes dérisoires. Et ne faites pas l’étonnée, c’est à vous que je m’adresse, vous savez, moi, les vierges effarouchées, c’est pas mon affaire… fichez-moi la paix !

— En vous écoutant monter sur vos grands chevaux, je me demandais s’il vaut mieux être à moitié intelligent ou à moitié idiot. Finalement, tout ce qui est dans le relatif me semble vous correspondre ! Ne voyez-vous pas que nous sommes tous relatifs, vivants ou morts, relatifs à nos zones d’ombre, relatifs à notre ombre portée ? Vous savez, l’ombre porte énormément de choses, c’est pour ça qu’on est hanté par ses ombres. Tenez, je vais vous apprendre quelque chose ! Vous savez pourquoi les fantômes sont blancs ? Eh bien, pour se détacher de l’ombre !

Et elle partit d’un grand éclat de rire. Ce genre de blague devait être de son monde. Moi, j’esquissai un sourire à la limite du rictus, mais elle ne s’en aperçut pas. Et elle ajouta, soudain radoucie, car rien ne vaut de parler de soi pour trouver son interlocuteur intelligent :

— L’ombre, c’est la vie !

Après un moment de silence, tandis que je cherchais ce que je pourrais bien lui répondre, elle ajouta :

— Si vous voulez passer de l’autre côté pour vous en rendre compte par vous-même.

— Et… je reviendrai après ? – fis-je d’une voix qui se voulait ferme, enfin… presque…

— Oui, bien sûr, ce n’est qu’une visite de courtoisie.

Elle me prit par la main et nous voilà partis. Je me sentais léger comme un soupir et j’arrivai dans le monde du plat, à une seule dimension. Pour que les gens se détachent, tout était peint en blanc. Je compris sa blague sur les fantômes. En fait, le décor hésitait entre l’hôpital et la caverne de Platon.

— Autrement dit – lui susurrai-je à mi-voix, car dans ces endroits on a comme une peur instinctive de l’écho – ici, c’est le Centre de l’Idée ?

— Non, l’Idéarium n’est pas ici. On verra ça une autre fois… peut-être…

— Alors, c’est l’Ombréarium ?

J’avais dit ça pour me moquer, en fait j’avais fait mouche.

— Vous êtes moins bête que je ne croyais, me répondit-elle avec cet air de condescendance qui m’exaspérait depuis le début.

Je fis celui qui n’avait rien entendu, ma curiosité était plus forte que ma susceptibilité et je lui demandai, toujours à mi-voix :

— Comment la fabrique-t-on l’Ombre qui rassemble toutes les autres, la quintessence ombreuse, celle qui peut rendre les gens ombrageux, les bancs ombragés et les arènes d’ombre et de lumière ?

Elle me considéra comme si j’avais découvert le mouton à cinq pattes et le trèfle à sept feuilles.

— Venez ! – me dit-elle sur un ton radouci, en me guidant vers un lieu retranché que je n’avais pas aperçu tant il faisait noir. Sans peinture blanche qui aurait donné un peu de relief, l’endroit était sinistre. Je finis par distinguer un grand bâtiment tout noir, qui semblait être un hangar ou, plutôt, une dépendance probablement construite en pierre de lave. L’intérieur était faiblement éclairé par des lampes rouges de laboratoire photo. Le silence était sépulcral et je me dis que le silence intérieur devait être nécessaire à la fabrication des ombres extérieures, après tout on devient ce que l’on voit. Je clignai plusieurs fois des yeux pour accommoder et finis par distinguer des ombres qui tartinaient à grands coups de pinceaux trempés dans des bidons de peinture noire, des sortes de boules de toutes les tailles, tandis que d’autres, un peu plus loin, les emboîtaient les unes dans les autres comme des poupées russes.

— Qu’est-ce qu’elles font ? – demandai-je perplexe.

Et j’ajoutai, hésitant :

— C’est ça (j’allais dire ce n’est que ça), l’Ombréarium ?

— J’ai bien vu que vous ne saviez pas réfléchir, mais en plus vous ne savez même pas observer — me répliqua-t-elle, toujours aussi méprisante.

Cette morgue m’exaspérait, pour qui se prenait-elle cette suiveuse minable qui n’a d’autre identité que de s’agripper aux godasses des gens et de s’adapter à tous les contours en prenant les positions les plus acrobatiques ? Mais vu le lieu il valait mieux filer doux ; je n’avais aucune envie d’y rester et je me demandais même pourquoi je m’étais engagé dans cette aventure. Aussi est-ce d’un ton doucereux et d’une humilité de Tartuffe que je lui dis :

— Ça mérite bien une explication, non ?

— C’est pourtant simple ! On met de l’ombre dans chaque personnalité de l’individu, et on n’en manque pas de personnalités : celle de la rue, celle du bureau, celle du conjoint, celle des enfants, celle de la belle-famille, celle des amis… tout le monde sait qu’elles sont emboîtées les unes dans les autres, et que chacune a besoin d’avoir sa zone d’ombre, car, voyez-vous (et sa voix devint un chuchotement) si on était totalement dans la lumière, Dieu n’aurait plus sa place…

— Je comprends, fis-je pensif… Et Dieu a une ombre ?

Elle ne répondit pas. J’insistai :

— C’est le diable ?

Je sentis plus que je ne vis, l’ombre du doute voler au-dessus de nous enveloppée dans ses nuages noirs. L’orage tomba d’un coup, dru comme une tignasse. Je me réfugiai dans mon ombre. On n’y pense pas, mais finalement, c’est bien utile…

Jean François Maury

Réflexion sur l’idée du VRAI pouvoir

Cette vaste question devrait systématiquement être précédée d’un article pluriel. En effet, il n’existe pas un pouvoir mais des pouvoirs. Nous pourrions citer pour l’exemple le pouvoir du philosophe, celui du politicien, les pouvoirs publics, celui du sociologue ou encore le pouvoir du droit.  Chacun de ces pouvoirs considère la chose sous un angle différent. J’essaierai donc de centrer mon propos sur celui de l’Homme nu, hors de toute structure sociale, politique ou théologique.

La question fondamentale du pouvoir de l’humain repose sur le sens que prend ce pouvoir. Est-ce pour diriger l’autre, tel Alexandre le Grand ou encore Napoléon avec leurs armées respectives, ou bien est-ce plutôt celui de Diogène le Cynique qui vivait en totale autarcie dans un tonneau et ordonna à l’Empereur Alexandre de « dégager de son soleil » ? Ces trois hommes possédaient un pouvoir. En revanche, il est indéniable que les deux premiers dépendaient d’une organisation sociale et matérielle qui les rendait autant puissants que dépendants. Nous pourrions donc considérer que cette forme de pouvoir engendre des faiblesses dont les études martiales se nourrissent pour permettre à leurs prédateurs de trouver la faille dans la cuirasse qui les fera devenir à leur tour des êtres de pouvoir jusqu’à ce qu’un plus fort les détrône. Ce pouvoir là est donc temporaire et illusoire.

Le pouvoir ne dépend donc pas nécessairement du rayonnement sur l’autre. Il trouve sa source dans la puissance intérieure de l’Homme pour permettre à ce dernier de s’affranchir de toute dépendance de son environnement afin de la remplacer par la gratitude. Dépendance aux éléments, dépendance aux tentations de ce monde… et surtout dépendance au pouvoir lui-même (le fameux hybris). Nous parlons alors non plus de contrôle, qui est un ersatz de pouvoir mais bien de maîtrise.

Il semble que le vrai pouvoir s’affranchit précisément de tout besoin extérieur, afin de rayonner dans un total esprit de liberté. Celle-ci étant mue par le désir de satisfaire les besoins personnels de son propre ressenti. Il convient pour cela d’avoir atteint un niveau de sagesse suffisant pour tempérer ses passions et être devenu maître de soi-même. Ainsi, l’Homme accompli trouve la pensée juste, le mot juste et le geste juste. Alors le pouvoir habite cet Homme qui s’affranchit de toute influence superflue et peut alors trouver la totale harmonie de son existence. Cet homme là ne dépend plus de ses passions. Il rayonne du pouvoir supérieur de l’homme libre et accompli.

Il est tellement dommage de constater que bon nombre de cherchants se trompent de pouvoir !

Tribulations aux Pays des Merveilles

Dans le livre de Lewis Caroll, Alice au Pays des Merveilles, un lapin aux poils blancs et aux yeux roses apparaît au début de l’histoire. Désirant le suivre, Alice passe dans un autre monde en franchissant la porte basse du terrier et se confronte à des situations délirantes.

Quel risque prend-elle à vouloir aller avec lui au centre de la Terre ?

Le lapin blanc amène Alice ailleurs… Comme si elle avait la même taille que lui, elle entre dans son terrier. Au creux de la Terre, plus aucune dimension ne semble discernable. Alice fait une chute infinie : « Je me demande de combien de kilomètres, à l’instant présent je suis déjà tombée ? dit-elle. Je dois arriver quelque part aux environs du centre de la Terre… » Ce monde souterrain n’a pas de formes ni de traces ! Quand se découvrent des chemins, Alice constate qu’ils mènent où on veut, mais au même point ! Lorsque le Chat (un autre animal du conte) lui précise : « Dans cette direction-ci, en faisant un vague geste de la patte droite, habite un Chapelier ; et dans cette direction-là, en faisant le même geste de son autre patte, habite un Lièvre de Mars », elle constate que les deux personnages cohabitent au même endroit !

Dans ce pays, ne se produisent que des rencontres curieuses avec des animaux bavards ! Tous tiennent des propos qui questionnent et déstabilisent. De plus, Alice vit des changements de taille gênants : manger ou boire induit qu’elle grandit démesurément ou qu’elle rétrécit terriblement ! Chaque fois qu’elle prend l’initiative de se transformer, patatras ! Le résultat est calamiteux. Aucune félicité, que des ennuis ! Le processus de métamorphoses lui échappe toujours, car elle agit, hélas, seule et empiriquement…

Tout fait mystère ! Dans cet univers onirique, le temps serait-il déréglé ? Le lapin blanc dès le début du récit s’en préoccupe perpétuellement. De son aveu même, n’est-il pas déjà en retard alors qu’il tient à arriver à temps à son rendez-vous avec la redoutable Duchesse ? Pauvre lapin blanc ! Lorsqu’il confie pour réparation sa montre au Lièvre de Mars, cet agité, celui-ci lui explique qu’elle est, en réalité, retardée de deux jours. Alice capte que le temps fait ce qui lui plaît : « il est une personne!» Encore faut-il être « en bons termes avec lui ». À la suite d’une querelle avec ce dernier, le Chapelier l’a fâcheusement admis : le temps s’est arrêté à six heures pour lui ! Une heure dérisoire en plus : l’heure du thé et des mondanités ! Autre découverte pour Alice : à la table des deux compères que sont le Chapelier et le Lièvre de Mars, elle mesure combien un temps arrêté est affligeant, mais encore, qu’il assigne à des échanges dénués de sens, ruinant toutes les chances de pouvoir construire une vraie rencontre entre l’Autre et Soi !

Quant au lapin blanc, il continue à courir, sans cesser de regarder sa montre ! L’animal veut respecter les usages même s’ils sont déterminés par une Reine abusive. Tel un petit auxiliaire de bureau il tient à être à l’heure à ses rendez-vous fixés par l’autorité. Ne devrait-il pas plutôt cesser de s’abaisser devant tant de tyrannie ? pense Alice. Elle reste toujours bienveillante, car quel enfant ne prend pas soin d’un lapin ? Les lapins ne sont-ils pas par nature purs, affectueux et câlins ? À trois reprises, le lapin blanc sera sur sa route et lui aura appris : la première fois que la curiosité est de nature à vous exposer à l’embarras en pénétrant dans un espace où il faut abandonner ses idées sur son rapport au monde, à ses dimensions comme à son orientation ; la seconde fois (où « dans la jolie maison du lapin», il la confond avec sa domestique), qu’il aurait mieux valu, pour elle, se faire reconnaître, avec âge et qualités, pour s’éviter bien du malentendu et de mauvaises postures. Quant à sa dernière entrevue avec lui, lors du grand procès public, elle est décisive ! Avec sa trompette, le lapin blanc convoque les témoins à la barre et presse l’auditoire à l’éveil. La Reine comme le Roi ne dévoilent-ils pas en ce tribunal une déraison qui accroît la crainte dans tous les cœurs ? La reine n’exige-t-elle pas l’Arrêt du Jugement avant même de passer à la Délibération ? Trop ! C’est trop ! Alice indignée se lève de son banc ! « Elle avait alors atteint toute sa grandeur naturelle » selon l’écrivain du voyage. Autrement dit, Alice s’est réveillée : elle a fait retour au réel, emportée par son désir de justice. « Et elle raconta à sa sœur, autant qu’elle put s’en souvenir, toutes les étranges aventures que vous venez de lire…; et, quand elle eut fini son récit… Alice se leva et s’éloigna en courant, pensant le long du chemin, et avec raison, quel rêve merveilleux elle venait de faire!

« Alice au pays des merveilles » est une œuvre littéraire pleine d’étonnements. Ce récit développe une vision de « chaos-cosmos »[1]. Chaos, car le monde y est atrophié. Aucune mesure, aucune marge de progrès : que du déséquilibre face à l’absurde ! Vivre en cet endroit ténébreux est éprouvant pour qui cherche son identité. Chapitre après chapitre, se cristallise le désir d’être pourtant partie prenante de l’univers et s’enracine le sentiment d’un cosmos infini et mystérieux. Dans cette épopée initiatique, la victoire d’Alice — puisqu’il y a victoire à rompre avec un rêve cauchemardesque — suggère que les voies du monde sont ombre et lumière. Le risque de s’isoler dans le songe et de s’égarer sur des chemins sans issue est périlleux. Pour affronter le réel, il faut avoir les yeux ouverts, se défier de la confusion, garder un cœur aimant et la nostalgie de l’innocence. Et si cela commençait maintenant ?


[1] Expression de Jacques Derrida, appliqué au roman de Lewis Caroll

Dessin de Julie Le Toquin, Avril 2021

Source : https://fr.m.wikisource.org/wiki/Alice_au_pays_des_merveilles/Texte_entier

Paradoxe

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Par Annick DROGOU

La racine donne l’idée de conformation, d’adaptation. Tant en grec, la synecdoque, figure de style, qu’en latin, par *decet, il convient. Tel le décor, qui est beau parce que décent, entre autres au théâtre, contrairement à la laideur de l’indécence.

*Dignus, *indignus, *dedignari. De là, la dignité, l’indignité. Le dédain amène à dédaigner, voire s’indigner de ce qui n’est pas conforme.

Avec une voyelle o, le grec, *dokeô, signifier croire, se fier aux apparences. Doxa, c’est l’opinion commune sur un sujet, la réputation de quelqu’un, le concept philosophique traditionnellement admis, la pensée commune, voire l’idéologie en sociologie, d’où l’orthodoxie. D’abord religieuse, la doxologie délimite la prière à la gloire de Dieu.

Et le paradoxe désigne une expression surprenante contraire à la logique formelle, qui dégage ainsi une autre vérité. C’est un choc, une collision volontaire ou pas. entre deux images, deux pensées, deux idées, qu’on n’a pas l’habitude de faire cohabiter. L’effet de surprise tient à cette remise en cause de la logique formelle. Par exemple, faire cohabiter l’autorité et l’autonomie, la cohésion et le pouvoir, l’obédience et la liberté. Entre autres termes à redéfinir.

Le mot dogme, opinion religieuse ou non, est une idée acceptée, et non imposée, en principe. Sauf à s’aggraver dans le dogmatisme et la pensée dogmatique.

Le latin, avec ce même vocalisme, insiste sur la sphère du savoir, docte, docteur, doctoral, document, documentation. Sans pourtant éviter la docilité, aux marges de la doctrine, et surtout l’endoctrinement.

Certaines de nos obédiences se sont très vite et sans ambiguïté déclarées adogmatiques, en refusant la référence obligée à une transcendance divine, comme explication du monde et surtout justification éthique et morale.

Font-elles échapper pour autant à la tentation de la docilité à l’égard de mots d’ordre, de concepts assénés comme vérités indiscutables, de symboles enfermés dans des images et des interprétations figées ? Paresse du poncif…

Se pose la question, cruciale de l’orthodoxe ou de l’hétérodoxe ? A quoi se conforme-t-on ? Qui en décide ? Avec quelle légitimité ?

La Maçonnerie n’est-elle pas, ne devrait-elle pas être une école de pensée autonome ?

En cela réside la force du paradoxe, même inconfortable, dans le regard sur le symbole et sa libre interprétation.

Une vigilance de chaque instant accepte cette charge de violence indubitable contre la croyance toute faite, le prêt-à-penser confortable.

« La liberté de croire ou de ne pas croire » ne saurait être revendiquée mécaniquement, elle suppose l’acceptation de la différence, le respect de l’intimité de chacun, la conscience du miroir que renvoie l’Autre.

Une réflexion au plus profond de soi sur ce que signifie vraiment la liberté…

Par Jean DUMONTEIL :

Le paradoxe est une vigie. Il combat tous les assoupissements. Le paradoxe ne se cultive pas, il surgit dans l’évidence de sa bizarrerie, de son incongruité, mais une fois la surprise passée, le paradoxe tient debout. Il nous réveille et s’impose dans la force de sa singularité pour nous tirer de toutes nos évidences supposées. Il faut l’aimer comme une sorte d’étirement de la compréhension, une hygiène de la pensée, un contournement d’orthodoxie, son enjambement.

Par méthode, on va même le chercher et le goûter dans un raisonnement. Mais le confort moral de la culture du paradoxe est moins aisé quand je m’y trouve confronté. « Pourquoi as-tu fait cela, que je ne comprends pas parce que cela ne te ressemble pas ? » Je pourrais alors dire que ton attitude est illogique, incohérente. Si je la déclare paradoxale, c’est que je veux espérer la comprendre. En la jugeant telle, je te laisse une chance, je ne te condamne pas. Il y a comme un point d’interrogation dans ce paradoxal, qui renferme un germe de confiance.

Le paradoxe comme déviation ou sortie de secours des autoroutes de la pensée ? La réponse à lui faire est un contournement. Le détour en vaut la peine car, toujours, les paradoxes ne sont que d’apparence.