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Ridicule et tyrannie: quand Pascal nous éclaire sur notre temps

Nos petites lâchetés laissent s’installer une forme de tyrannie décrite par Blaise Pascal, qui peut empoisonner le quotidien quand elle devient violence.

Avec les réouvertures diverses et variées, j’ai la joie de pouvoir déjeuner de nouveau dans mon restaurant administratif. Bon, la joie, c’est un bien grand mot. Avec les règles de 8 mètres carrés par personne, du port du masque, et de l’orientation du mobilier, on aurait plus l’impression de prendre son repas dans un monastère bénédictin sans la lecture de la vie des saints (qui, si l’occasion s’était présentée, aurait été remplacée par le programme politique des dirigeants de ma collectivité ou ses règlements …). J’ai donc pu observer un type de comportement qui m’a éclairé sur un certain nombre de phénomènes du quotidien, comportement lié à une forme très insidieuse de violence discrète et que l’on retrouve même en Loge.

Avant d’aller plus loin, je vous propose une définition et un concept de violence. L’astrophysicien Aurélien Barrau définit ainsi la violence : « considérer comme acquis ce qui est à construire ». Et le bien connu Blaise Pascal propose le concept suivant : il existe trois ordres, celui de la chair, celui de l’esprit et celui de la raison. De la confusion de ces trois ordres peuvent naître au mieux le ridicule, au pire la tyrannie, ce « désir de domination, universel et hors de son ordre ». Au sens de Pascal, le tyran est donc celui qui cherche à « avoir par une voie ce qu’on ne peut avoir que par une autre » (fragments 423-227 et 58-332).

Autrement formulé, chaque individu a une certaine sphère d’influence, et la tyrannie consiste à exercer son influence en dehors de sa sphère. Et ce n’est pas sans conséquence, hélas.

Ainsi, pour reprendre l’exemple de mon restaurant administratif, quand le cuisinier fait le tour de la cantine et admoneste d’importance les personnes assises face à face ou trop près à son goût, il commet un acte de violence au sens de Pascal : il exerce son influence là où elle n’a pas lieu d’être (et vu la qualité des lasagnes, j’en connais un qui ferait mieux de surveiller sa brigade plutôt que ses clients). Pire, il s’arroge un rôle qui n’est pas le sien, le faisant passer pour un clown sinistre. Tyrannie, mais aussi ridicule de la situation. D’ailleurs, si l’on prend un peu de recul, les tyrans ne sont-ils pas un peu ridicules ?

De la même manière, un secrétaire zélé qui se mêlerait professionnellement de dossiers qui ne seraient pas les siens au mépris de celui qui le traite commettrait aussi un acte de violence, ou plutôt de tyrannie. Certes minime, parfois justifié, mais violent quand même.

Et que dire de technocrates aidés de leurs chers séides, qui d’un trait de plume décident de ce qui est « essentiel » ou non, faisant basculer le destin de millions de personnes et faisant de notre quotidien une pièce absurde? Tyrannie et ridicule encore, avec les ordres de Pascal.

Derrière ces violences du quotidien, il y a la confusion entre autorité et domination, dont les effets peuvent parfois être dévastateurs. Cette confusion se retrouve dans le comportement de certains chefaillons, qui s’estiment fondés à donner des ordres pour donner des ordres. Notons que parfois l’autoritarisme de certains sert surtout à cacher leur incompétence : c’est à qui criera le plus fort. Tyrannie et ridicule, encore.

Une mauvaise connaissance de sa zone d’influence et un exercice inapproprié d’autorité sont donc facteurs d’une forme de violence. Celui qui agit ainsi considère comme acquise son autorité, alors que celle-ci n’a pas pu être bâtie, puisque ne reposant sur rien… Bien connaître sa place, ses limites, bien connaître ses moyens d’action et ne pas chercher à se les approprier par la force, ça ne vous rappelle rien ?

Et nous autres, Francs-maçons réunissant les plus hautes valeurs morales et aspirant à la création de la concorde universelle, sommes-nous à l’abri de tout cela ? Comme souvent, j’aimerais dire oui, mais les faits me contredisent. Ainsi, quand un Frère estime que parce qu’il est « Régulier », il est un « Vrai » maçon et qu’il appartient à une obédience qui ne reconnaît qu’elle-même, ce Frère commet un acte violent, qui annihile la reconnaissance de l’Autre, qui pourtant est la base du 1er degré. Ne dit-on pas « mes Frères me reconnaissent pour tel » ? A moins que les Frères ne soient que ceux de la Loge régulière, ce qui met un certain nombre de bémols (on est au moins en do bémol!!) à l’Universalité à laquelle la Franc-maçonnerie prétend aspirer. Je n’ai rien contre la régularité, mais si être régulier consiste à exclure les autres obédiences que la sienne, s’imposer des dogmes et des croyances et se croire investi d’une quelconque vérité révélée qui ne supporte pas la contradictioni, alors je suis très content de ne pas l’être. On trouve ici le ridicule selon Pascal.

Et encore, là, je ne fustige que les comportements humains. Parce qu’un autre danger d’autoritarisme nous guette : les intelligences artificielles. Récemment, la rédaction a dû changer une illustration d’un papier au motif que l’image ne convenait pas à l’algorithme de référencement de la page sur les réseaux sociaux. De la même manière, il y a des sujets à éviter pour ne pas froisser l’algorithme de référencement d’un document : les images de nu, certaines images de violence, et le World Trade Center. Un programme informatique assure donc la surveillance de contenus sans les comprendre et peut empêcher de prendre connaissance d’un document au motif que celui-ci ne respecterait pas des critères de tri pas forcément connus du public. J’ai l’impression que l’humain a un peu perdu la main et que nous nous soumettons à de vulgaires machines dont nous ignorons le fonctionnement. Les algorithmes nous imposent une tyrannie (interdiction de poster une image jugée offensante), qui se révèle ridicule (une représentation de femme nue d’un tableau classique est offensante selon une IA d’analyse d’image). Et le pire, c’est que nous l’acceptons. Nous acceptons une diminution de notre faculté de juger instillée par une machine programmée par un type dont l’histoire n’a pas retenu le nom.

A se demander qui est le plus ridicule dans cette histoire.

iToute ressemblance avec des partis de gauche serait purement fortuite.

Le Grand Orient de Belgique : une rentrée maçonnique sous le signe de la mixité et pas seulement

La pandémie aura eu des effets inattendues. En Belgique, la covid-19 a éclipsé la révolution opérée au sein du Grand Orient de Belgique, à savoir l’entrée des femmes dans une obédience jusque là masculine. La reprise des travaux se fera donc à la rentrée, sous le signe de la mixité. A condition que le variant indien, par exemple, ne provoque pas une autre vague.

Après plusieurs années de travaux et de débats, ses statuts ont été modifiés, et chacune des 118 loges qui font partie du Grand Orient de Belgique, pourra intégrer au choix la fédération masculine, ou la fédération mixte. Une fédération féminine pourra accueillir de nouvelles loges strictement féminines. Pour le Grand Orient de Belgique (GOB), c’est une révolution ou une évolution.
Le dimanche 16 février 2020, lors d’une assemblée générale extraordinaire historique réunissant tous les députés de loge, le Grand Orient de Belgique vote à une majorité de 67% la modification de ses statuts et règlements. Dès lors, l’obédience est devenue, comme elle l’annonce, une confédération formée d’une fédération masculine, d’une fédération mixte et d’une fédération féminine. La décision est entrée dans les faits à l’issue de l’installation du nouveau conseil de l’ordre qui a pris ses fonctions, voilà à peine six mois, le dimanche 15 novembre 2020.

Le débat a fait rage

Intégrer les femmes ? Au Grand Orient, les frères s’interrogent depuis de nombreuses années. Le débat a fait rage depuis une décennie, provoquant le départ de certains. L’écrivain, Jean Somers, initié depuis près de 60 ans au sein du Grand Orient de Belgique (GOB), se montrait sévère envers ses membres, dans l’un de ses ouvrages :  » Ils vivent dans la mollesse comme les Romains antiques. Ils se conduisent comme des clients, comme des abonnés à un spectacle, comme des consommateurs du service qui leur est fourni en échange de leur cotisation.  » L’hebdomadaire LeVif estimait même que l’auteur n’y allait « pas de main morte« , décrivant « une maçonnerie homogène et conservatrice. Notamment au détriment des femmes. »


De l’autre côté de la frontière, le Grand Orient de France (GODF), depuis 2010 déjà, accorde à ses loges la liberté d’initier les femmes, une liberté réclamée alors depuis des décennies, mais pour laquelle jamais une majorité, avant 2010, ne s’était dégagée, malgré que des loges aient procédé à des affiliations sauvages depuis 1990 — s’attirant en retour les foudres de l’Obédience. « Néanmoins, il faut le préciser, cela ne suffit pas que, pour autant, dans le cas du Grand Orient de Belgique, comme pour le Grand Orient de France, l’on puisse à proprement parler d’obédiences mixtes. En réalité, dans le cas belge, le Grand Orient de Belgique réaffirme la liberté et la souveraineté des loges, lesquelles pourront dorénavant en toute indépendance décider si elles affilient ou initient des femmes, ou si elle demeurent en l’état et restent donc masculines » précise Jean Philippe Schreiber.

La solution choisie , estime le professeur de philosophie l’Université Libre de Bruxelles, serait « une solution de compromis acceptable« . La crainte était manifestement forte qu’une décision trop tranchée conduise à un divorce, mettant l’Obédience en péril. L’ancien directeur du Centre interdisciplinaire d’Étude des Religions et de la Laïcité (CIERL) rappelle que le Grand Orient de Belgique a connu « une scission importante en 1959 », laquelle a durablement marqué sa mémoire. Le schisme a conduit à la création de la Grande Loge de Belgique par cinq loges aspirant à plus de « régularité », emmenant dans leur sillage le Suprême Conseil de Belgique qui, un an plus tard, en 1960, rompit ses relations avec le Grand Orient de Belgique.
La Grande Loge de Belgique, qui compte aujourd’hui 3 500 membres masculins environ, répartis sur 70 loges, fut elle-même affectée en 1979 par le départ de neuf loges qui s’en sont allées créer la Grande Loge régulière de Belgique, seule obédience belge actuellement reconnue par la Grande Loge unie d’Angleterre, mentionne le directeur de recherches.

Les enjeux à venir

Dans le même temps, les graines de l’apaisement comme celles d’une discorde seraient présentes. La décision du Grand Orient de Belgique peut créer, en effet, un bouleversement du paysage maçonnique. L’on pourrait imaginer que des loges entières déjà existantes au sein d’autres obédiences rejoignent avec maçons et décors le GOB désormais « modernisé », ce qui rendrait probable des conflits potentiels entre le Grand Orient et des obédiences qui pourraient en être victimes — il se dirait que d’ores et déjà des demandes de création de loges féminines au Grand Orient de Belgique auraient été déposées.
L’hypothèse défendue par Jean Philippe Schreiber: le Grand Orient de Belgique espère sans doute relancer son recrutement, en stagnation depuis plusieurs années, et stopper l’hémorragie — toute relative — provoquée par le départ de certains de ses membres vers des Obédiences qui pratiquent la mixité. Cependant il y a là aussi d’autres évènements qui pourraient bouleverser à terme le paysage maçonnique belge, à savoir ceux d’une future réunion des diverses obédiences libérales au sein d’une même structure coupole.
Interrogé par la RTBF, « A court ou moyen terme, je pense qu’une fourchette de 10 à 15% des loges du Grand Orient de Belgique pourrait passer à la mixité, déclare Henry Charpentier, Grand Maître du Grand Orient de Belgique. Nous pourrions aussi avoir des demandes d’affiliation de la part de Frères et de Sœurs d’autres obédiences, que ce soit le Droit humain ou la Grande loge féminine de Belgique. Il y aura peut-être aussi des loges entières qui voudront venir chez nous« .
Actuellement, le Grand Orient de Belgique compte quelque 10.000 francs-maçons masculins répartis en 118 Loges. L’assemblée générale extraordinaire, début 2020, a adopté à une majorité de 67% la modification de ses statuts et règlements. Dès lors, le GOB est devenu une confédération formée d’une fédération masculine, d’une fédération mixte et d’une fédération féminine. 
La rentrée de septembre s’annonce sous plusieurs auspices: celui du changement en profondeur du fonctionnement de l’obédience et celui d’une sortie de crise sanitaire tant attendue, synonyme de normalité dans la reprise des travaux.

Peut-on savoir ce qu’on ne connaît pas ?

Au fond, qu’est-ce que la bêtise ? Avoir un quotient intellectuel de ver de terre ou être ignare, ne savoir ni lire ni écrire et pas même épeler ? D’ailleurs, faut-il savoir pour connaître ?

Ce soir, c’est l’heure des questions. J’ai repris La soirée avec Monsieur Teste de Valéry et le début m’a, encore une fois, interloqué. « La bêtise n’est pas mon fort… » – affirme-t-il tout à trac. Diable ! Il faut avoir une belle idée de soi pour écrire pareille chose. Moi, j’aurais pu le penser, mais l’écrire ! La bêtise, c’est comme l’inculture, il n’y a que les autres qui s’en rendent compte. D’ailleurs, je peux le dire en toute modestie (et pour ce qui est de la modestie, je suis sans rival, c’est connu !), ceux qui me traitent d’imbécile ou de nul, qu’ils se regardent dans la glace, ces abrutis ! Moi, quand je me trompe, et ça m’arrive rarissimement, mon humilité le reconnait bien volontiers et je dis toujours, avec un sourire qui souligne cette énorme qualité qui est la mienne : « Au temps pour moi ! On a toujours quelque chose à apprendre ». Et l’autre crétin me regarde avec un air de sympathie que j’te dis pas… Dieu qu’il est agréable d’être beau, intelligent et modeste ! 

Et c’est là que m’est venue la question qui tue. La question qui m’a tuer, comme dirait l’autre. Au fond, qu’est-ce que la bêtise ? Avoir un quotient intellectuel de ver de terre ou être ignare, ne savoir ni lire ni écrire et pas même épeler ? D’ailleurs, faut-il savoir pour connaître ? Platon dit l’inverse, qu’on a les connaissances en nous et qu’avec la réminiscence on arrive à tout. Pourquoi pas ? Mais après, est-ce qu’on pourra oublier ce qu’on ignore ? Et que deviennent les illettrés dans la bibliothèque de Babel dont Borges dit à juste titre qu’elle est l’Univers ? Car nous n’avons d’autre choix que d’écrire le livre de notre vie. J’ai bien dit écrire. Et en plusieurs tomes. Il y a le tome de l’enfance que d’autres mains écrivent pour nous, du moins en partie. Puis vient le tome de l’école où l’on prétend transformer le monde, suivi du long chapitre « métier(s) » où l’on se rend compte qu’on ne transforme rien du tout, si ce n’est soi-même et encore…, en parallèle le tome amour et famille qui hésite entre le roman-feuilleton type Nous deux, et la tragi-comédie de boulevard, enfin le tome de la retraite où d’autres mains, comme au début, écriront le mot « fin ». En général les tomes ne sont pas bien épais, et on s’en rend compte quand on se met à les relire ; en plus, avec le temps, les pages jaunissent et l’encre s’efface, mais comment fait-on pour écrire tous ces tomes quand on ne sait pas écrire ? 

Pour essayer d’y voir plus clair, je suis sorti faire un tour. Rien ne vaut la marche pour réfléchir. Et je tombe sur un instituteur que j’appréciais, mais que j’avais perdu de vue depuis pas mal d’années. Je savais qu’il intervenait en milieu carcéral pour donner des cours aux prisonniers. Après les salutations d’usage et quelques considérations générales, je lui pose ma question sur l’inculture. « Dites-moi, vous qui avez réfléchi à tout ça, à quoi ça sert la culture ? » 

« Parmi mes élèves – me répond-il en faisant des guillemets avec l’index et le majeur à propos du mot “élève” –, beaucoup sont analphabètes. Quand ils arrivent en prison, ils s’expriment par onomatopées, par jurons et par gestes ; ils ont peut-être deux ou trois cents mots de vocabulaire… – et devant mon regard interrogateur il précise –… oui, à titre de comparaison, le nouveau dictionnaire de l’Académie française en compte quelque soixante mille et un élève français de Sixième en connaît environ six mille tandis qu’un adulte cultivé peut en avoir une trentaine de mille à sa disposition, la moitié du dictionnaire, même s’il ne les utilise pas tous… Bref, que voulez-vous faire avec deux ou trois cents mots ? Acheter de quoi manger et vous habiller, et là mis à part “fringues” ils ne savent pas ce qu’est un costume, ils connaissent un peu mieux le vocabulaire de la moto ou de la voiture, les bases les plus grossières de la pornographie, et pas grand-chose de plus… Le reste c’est des jurons, des “ouais”, “con”, “t’as vu”, quelques mots de verlan et c’est à peu près tout. J’ai vu des gars qui ne savaient pas lire les stations de métro sur le plan affiché à l’entrée et qui restaient là, plantés devant, comme si l’image allait parler ! Eh bien, à la fin de l’année, quand ils ont à peu près appris à lire ou du moins à déchiffrer, et qu’ils ont peut-être neuf cents mots de vocabulaire à leur disposition, vous savez, me dit-il ému, ils deviennent poètes ! »

Et, après un silence, il ajoute, la gorge un peu voilée : « La culture, ça sert à ça, Monsieur, à sortir de sa prison. »

Les légendes de Noé (נֹחַ)

Noé, un saint en quelque sorte !

Le Livre d’Hénoch rapporte que la femme de Lamek mit au monde un enfant «plus blanc que la neige, plus rouge que la rose; ses cheveux sont plus blancs que la laine, et ses yeux jettent des rayons comme le soleil ; quand il les ouvre, il remplit la maison de lumière. Et aussitôt après qu’il est sorti des mains de la sage-femme, il a ouvert la bouche et a béni le Seigneur». Lamek fut terrifié du prodige et alla voir son père Métoushèlah pour lui dire qu’il avait engendré un enfant différent de tous les autres, lequel consulta Hénoch. Hénoch expliqua qu’à cause de la malignité du monde, un déluge devait s’abattre, mais que Noé et ses enfants seraient épargnés[1].

Noé (Noa’h) aurait vécu 950 ans, ayant eu trois fils : Sem, Cham et Japhet. Son histoire est contée dans la Bible (Genèse 6 à 9). Noa’h se présente comme un miroir du Béréchit. Avec le déluge, Dieu détruit le monde qu’il a créé et la construction d’une nouvelle humanité est désormais entre les mains de Noé et de ses enfants. Une deuxième création qui implique une nouvelle structuration de la famille avec ses conflits, ses impasses et ses bénédictions[2].

Comme les héros sumériens  qui avaient pour nom Ziusudra (Vie prolongée), Atrahasis (Très sage) ou Utnapistim (celui qui a trouvé la vie), avant le déluge, Noé rassembla ce qui était épars dans l’arche (téva, תבה), caisse flottante pour sauver le vivant de la création du déluge annoncé. Il aurait peut-être aussi emporté des connaissances écrites ou symboliques assurant la transmission essentielle d’un savoir autant spirituel, culturel que technique et scientifique, un résumé des principales connaissances de son époque. L’eau, ou l’épreuve, l’ordalie de l’eau. Il y a danger de mort dans l’épreuve, et c’est un danger pour le reste de l’humanité et le reste de la création, mais dont les habitants de l’arche vont triompher. L’épreuve est surmontée en raison de la bonne foi de Noé, homme juste qui marchait avec Dieu (qui suit sa loi). L’épisode du déluge permet de passer du Premier âge du monde au Second, ce qui représente à la fois une nouvelle naissance pour l’humanité et la création, et une nouvelle alliance entre Dieu et l’homme[3].

Il est à remarquer que les bâtisseurs d’empire naissent dans une corbeille flottant sur les eaux (Osiris dans un coffre-panier sur le Nil, Sargon fondateur de l’empire d’Akkad sur l’Euphrate, Moïse sur la mer des roseaux, Romulus et Rémus sur le Tibre). Le sarcophage est en même temps une corbeille pleine de vie comme l’arche de Noé.

https://youtu.be/QcgoXyGToWY

Le jésuite Philippe Labbé, vers la fin du XVIIe siècle[4] retient le déluge de Noé comme charnière entre la 1ère et 2ème époque de l’Histoire du monde comme l’avait fait avant lui St Augustin en 426 dans La cité de Dieu (Le livre XV porte sur le «premier âge» de l’humanité jusqu’à Noé, le livre XVI porte sur l’«enfance», qui correspond aux épisodes bibliques allant de Noé à Abraham).

D’autres légendes rapportent des histoires de déluge[5].

Une légende est présente chez les Grecs. Empli de colère par la perversité humaine, Zeus choisit le déluge pour laver la surface de la terre.  Poséidon appelle les fleuves à  submerger les villes et celui qui n’est pas englouti meurt de faim. Seul le Mont Parnasse s’élève au-dessus de l’eau.  Deucalion, fils de Prométhée, et Pyrrha, sa femme, se sont réfugiés dans un petit bateau. Lorsque Zeus voit que ces rescapés sont honnêtes et pieux, il disperse les nuages. Les eaux refluent et la mer revient à ses anciens rivages. Arrivé au Mont Parnasse, Deucalion et Pyrrha remercient les dieux, et ne voient autour d’eux qu’un désert. Implorant Zeus de les aider à rendre la vie à la terre, ils reçoivent le conseil de voiler leurs têtes et de jeter derrière eux les ossements de leur grand-mère. Deucalion comprend que cette grand-mère est la Terre. Aidé de Pyrrha, il ramasse des pierres qu’il jette par-dessus son épaule. Les pierres que jette Deucalion  se transforment en hommes. Celles que jette Pyrrha se transforment en femmes.

Un mythe similaire est connu en Inde qui fut jadis partiellement sous influence culturelle grecque. Le mythe du Déluge apparaît pour la première fois dans le Satapatha Brahmana, un rituel probablement daté du VIIe siècle avant notre ère. Ici, c’est un poisson doué de parole qui avertit Manu de l’imminence du Déluge. Il lui conseille fermement de construire un bateau. Lorsque la catastrophe éclate, c’est ce poisson qui tire le bateau vers le nord et l’arrête près d’une montagne. Manu y attend patiemment le reflux des eaux. Puis il offre un sacrifice et obtient des dieux une fille. Il s’unit à elle, engendrant tout le genre humain. Dans le Mahabharata, Manu est un ascète. Dans le Bhagavata Purana, c’est le roi-ascète Satyavrata qui est averti de l’approche du Déluge par Hari (Vishnu) qui a pris la forme d’un poisson. Mais, dans le mythe hindou, rien ne semble relier le déluge avec un ressentiment quelconque des Dieux vis à vis des hommes.

L’épisode de l’ivresse et de la nudité de Noé (Genèse, 9, 18 à 27) donna lieu à de nombreux commentaires dont ceux de l’idée d’une castration du patriarche par Cham (ou son fils) à l’instar de l’Osiris égyptien, du dieu hittite Anu,  ou du grec Cronos[6]. Il est donc étonnant que les eunuques furent interdits en Franc-Maçonnerie. (Illustration : Hartmann Schedel, Liber chronicarum, 1490, p.100 : dl.wdl.org/4108/service/4108.pdf)

En hébreu yayin (יין), du vin,  a pour valeur 70  comme le mot sod (ד ו ס), le  secret. Avec l’ivresse de Noé, ne faut-il pas comprendre que c’est un secret qui est hypostasié ? L’ivresse doit alors être interprétée comme une extase mystique, une connaissance d’un rang supérieur qu’il convient de voiler ou de protéger dans une arche (téba). Dans cette seconde interprétation, la nudité de Noé n’est pas son sexe, mais le symbole d’une révélation qui en fait un véritable initié. Japhet qui se détourne refuserait-il d’approcher les mystères, étant peut-être trop jeune (illustration : La Bible de Furtmeyr, p.15 et suiv. dl.wdl.org/8924/service/8924.pdf).

En 1936 fut découvert le Manuscrit de Graham datant de 1726 qui  serait la copie d’un document plus ancien rapportant cette légende de Noé qui ne figure pas dans la Bible. Sem, Cham, et Japhet s’approchèrent de la tombe de leur père Noé, espérant découvrir le secret sauvé des eaux qu’aurait détenu celui-ci.  Ils se mirent d’accord pour adopter comme secret, s’ils ne trouvaient le véritable secret, la première chose qui tomberait sous leur regard. Ils ne trouvèrent qu’un cadavre en cours de décomposition, ils tirèrent un doigt qui se détacha de lui-même, puis le poignet, puis  le coude ; ils relevèrent le corps mort et le soutinrent en plaçant  pied contre-pied, genou contre genou, poitrine contre poitrine et joue contre joue. Puis ne sachant que faire, ils reposèrent le cadavre et l’un dit  «il y a de la moelle dans cet os», le second dit  «l’os est desséché», le troisième dit  «ça pue». Ils prononcèrent le nom considéré aujourd’hui comme mot de substitution. La traduction de  marrow in the bone, «la moelle dans l’os» serait l’une des origines du mot substitué et peut s’expliquer symboliquement par  «la sève qui est dans l’arbre», la lumière est intérieure et elle transcende la forme apparente de la mort.

Une des raisons qui a fait abandonner Noé au profit d’Hiram, pourtant presque inconnu dans la Bible, est sans doute que l’acte héroïque d’Hiram, qui préfère la mort plutôt que de dévoiler les secrets, est plus prestigieux, ou tout du moins plus efficace, que le cas de Noé qui, lui, est mort de vieillesse. 

Vous trouverez sur le site < hautsgrades.over-blog.com/search/No%C3%A9//> une pépinière de textes qui abordent tout autant de réflexions sur la légende de Noé.

Illustration du thème: La Bible de Koberger, 1466, p.26 : dl.wdl.org/18183/service/18183.pdf


[1] Chapitre 105 : http://www.bibleetnombres.online.fr/Le_Livre_d%27Enoch.pdf

[2] akadem.org/paracha/parachat-hachavoua-5781/noa-h–un-deuxieme-commencement/45006.php

[3] Philippe Langlet, Le déluge, Rite de passage

[4] Abrégé chronologique de l’histoire sacrée et profane avec les observations nécessaires à l’étude de la Chronologie, Paris, 1666

[5] jacques.prevost.free.fr/cahiers/cahier_22.htm#table

[6] Robert Graves et Raphaël Patai, Les Mythes hébreux, Fayard, 1963, p.129 à 134.

Don Juan le profane – III

LES DÉFIS DU DIABLE :L’homme qui voulait être l’égal de Dieu.

Puisque le Diable est la négation de Dieu. Il le représente comme symbole : il en possède le geste et la parole, l’art du persiflage et l’ambiguïté, l’attrait fascinant des apparences, le pouvoir de soumettre à ses fins les attributs sacrés du Ciel. Et puisque le signe de ce symbole est un non-sens il    faudra-t-il , pour qu’il le reste, condamner toute forme de symbolisme et les sens qui s’y attachent ?

Les défis de l’homme révolté

Don Juan est l’homme des défis.

Pour lui, défier, c’est afficher sa liberté. Alors il défie, il se défie de tout : défi pour vivre son être dans l’état de nature, contre les états (d’âme, de grâce, de péché, de conscience) d’êtres qui vivent en état de culture (artistique, politique, économique, théocratique) ; défi pour les instincts sacrilèges, contre les institutions qui sacralisent ; défi pour l’insane contre le saint, conversion au moi, inversion de la foi ; défi pour l’Homme-Dieu contre le Dieu fait Homme ; défi pour imposer son néant, contre les œuvres qu’on prétend éternelles ; tous défis relevés et accomplis par transgression : “Je ne veux plus souffrir de Père ni de Maître ; et si les Dieux voulaient m’imposer une Loi, je ne voudrais ni Dieux, ni Maître, ni Roi… Je suis mon roi, mon maître, et mon sort et mes dieux[1]”, s’enorgueillit-il sous la plume de Villiers. Rien moins. Il défie ce monde d’ordre qu’il abhorre : “Où que je fus, j’ai renversé la raison, j’ai bafoué la vertu, j’ai brocardé la justice et j’ai vendu les charmes des femmes[2].” Il s’attaque à tous les symboles.

Profane avant tout, il est sacrilège : voilà l’homme qui tourne ses armes contre Dieu. Et le défi contre Dieu est son plus grand Je(u) : il oppose un contre-pouvoir profane à la toute-puissance du sacré. Il repousse la foi en Dieu au nom de la foi en l’Homme, parce qu’il dresse les joies bien réelles du moment à la promesse d’une vie future, l’immédiate certitude du présent à l’hypothèse d’une éternité ! Et parce que l’Église symbolise le Ciel, il déflore la pureté de ses représentantes. En blasphémant Don John prend pour cible une religieuse : “Un viol tel que le mien, mes gaillards, mérite d’être conservé dans les annales ; ce fut un viol noble et héroïque”, se flatte-t-il sans vergogne. Il est le pro-fanus, “celui qui se situe hors du temple”. Aucun sanctuaire n’est assez sacré pour qu’il le respecte : il met le feu à un couvent et profane un tombeau[3].

Le symbole du Diable

Si Christ est le “Dieu fait homme”, Don Juan a le “Diable au corps[4]”, écrit Lord Byron. Dorimond le désigne comme un “Diable incarné, un démon visible des enfers.[5]” Quant à Villiers, il a vu sur “son front la griffe et la marque du Diable.” Zorrilla prétend qu’il est “un des enfants de Satan[6].” Et “si cet homme n’est pas le démon, c’est au moins la créature humaine qui lui ressemble le plus[7]”, conclut Dumas Père.

Á lui seul, donc, il incarne le renversement du monde – c’est-à-dire le Diable, puisque le Diable est la négation de Dieu. Il le représente comme symbole : il en possède le geste et la parole, l’art du persiflage et l’ambiguïté, l’attrait fascinant des apparences, le pouvoir de soumettre à ses fins les attributs sacrés du Ciel. Et puisque le signe de ce symbole est un non-sens il    faut, pour qu’il le reste, condamner toute forme de symbolisme et les sens qui s’y attachent.

Don Juan relève le gant. Il est décidé à se jouer de Dieu jusqu’au bout, jusqu’au trépas : “C’est une affaire entre le Ciel et moi, et nous la démêlerons ensemble”, décrète-t-il. “Jusqu’au bout je défierai ton pouvoir. Vois, je me tiens droit et méprise tes menaces. Ton meurtrier est devant toi ; frappes si tu l’oses”, lance-t-il au Commandeur. Dans un univers conditionné par le sacré, la condition d’homme libre ne peut s’affirmer que par la désacralisation des valeurs. En s’égalant à Dieu, il se place sur un plan divin ; car il l’oblige (lui ou sa statue, c’est pareil) à se mettre à son niveau pour se battre et le vaincre. Dans cette bataille qui imite celle qui eut lieu aux temps bibliques entre les forces du Bien et du Mal, le Commandeur est l’affidé de Dieu et Don Juan le leude du Diable. Seuls les champions sont en lice, les chefs restent dans l’ombre.

Le « Negator »

Le profanateur a bien compris ce qui l’attend. Pourtant il n’hésite pas. Rebelle aussi bien aux valeurs sociales et légales qu’aux valeurs morales et théologales, il est le “Negator”,“celui qui renie le Christ”. Verlaine témoigne :

“S’il est damné, c’est qu’il le voulut bien.

Mais, s’étant découvert meilleur que Dieu,

Il résolut de se mettre en son lieu.[8]

Il se révolte contre ce destin qui doit l’écraser, il est libre jusque dans la mort : “Repens-toi, ô scélérat”, supplie le Commandeur.“Non !”, répond-il. “Ce que je suis, je le reste. Et Don Juan je suis. Je ne serais plus rien, si je devenais un autre[9].”

Il pèche volontairement, et c’est pour inciter Dieu à le punir. La grandeur du combat est dans l’acceptation de sa fin. Mais on ne lutte pas contre son “fatum”. La faute appelle la fatalité :

“Seule la mort pouvait être à sa taille.

Il l’insulta, la défit. C’est alors

Qu’il vint à Dieu sans peur et sans remords.

Il vint à Dieu, lui parla face à face,

Sans qu’un instant hésitât son audace,

Le défiant, Lui, son Fils et ses saints !”, achève Verlaine.

On ne prend la mesure de sa vie qu’en se mesurant à la mort. Le désir de ne plus être… est toujours un désir de l’être !

Pour Don Juan être, c’est celui de dispar-être…

« L’hybris » et « l’agôn »

Peut-on être diabolique jusqu’au bout ? questionne le mythe. Non, car si la transcendance ne fait pas toute l’existence, toute existence ne peut s’abstraire de transcendance.

“L’hybris”, le défi de Don Juan, l’a conduit à l’affrontement de Dieu – homme de chair contre homme de pierre – ; et ce combat, son “agôn”, l’a mené à l’agon-ie. Par les pulsions de sa vie, il appelle sur lui les pulsions de la mort. On ne se sert pas des valeurs, on les sert. Pour que notre vie prenne un sens sur Terre, le Ciel doit condamner celui qui se met hors-le-roi, hors-la-loi, hors-­la-foi. Le feu qui brûle le mécréant est le symbole de son châtiment.

Le droit divin a triomphé.

Don Ottavio clame : “A présent tous nous sommes vengés par le Ciel.” Et Sganarelle peut conclure : “Voilà, par sa mort, un chacun satisfait. Ciel offensé, lois violées, filles séduites, familles déshonorées, parents outragés, femmes mises à mal, maris poussés à bout, tout le monde est content[10].”

Et Thomas Corneille achève : “L’exemple est étonnant pour tous les scélérats : Malheur à qui le voit et n’en profite pas[11].”

Le devoir absolu l’emporte sur le caprice absolu. L’instinct et le désir ne peuvent être l’aune des hommes. Dans ce rapport de forces le sens, le signe et le symbole obtiennent la victoire sur le contresens, le mauvais signe et la fausse image.

George Sand sentencie : “Apprenez, mes enfants, que Don Juan est devenu un type, un symbole, une gloire, presque une divinité[12].”

Don Juan, double de Dieu ? Non, il est jusqu’au bout son négateur :

« Je suis de mon cœur le vampire,

Un de ces grands abandonnés

Au rire éternel condamnés,

Et qui ne peuvent plus sourire[13] !”, déclame le supplicié sous la plume de Baudelaire.

Une dernière question reste posée : Celui qui était un démon sur terre, “l’Abuseur de Séville”, n’a-t-il pas été lui-même dupé par le Diable – qui est aussi le “Trompeur” ? Qui le saura jamais ?… Pierre PELLE LE CROISA


[1] VILLIERS sieur de, Le Festin de pierre ou le Fils criminel.[2] TIRSO DE MOLINA, L’Abuseur de Séville. [3] SHADWELL J.-E., The Libertine.[4] BYRON Lord, Don Juan.[5] DORIMOND, Le Festin de pierre ou le Fils criminel.[6] ZORRILLA J., Don Juan Tenorio.[7] DUMAS A. père, Don Juan.[8] VERLAINE, Don Juan pipé.[9] TIRSO DE MOLINA, L’Abuseur de Séville.[10] DA PONTE L., MOZART W.-A., Don Giovanni.[11] CORNEILLE T., Le Festin de Pierre.[12] SAND G., Lélia.[13] BAUDELAIRE, L’Heautontimoroumenos in Les Fleurs du mal.

Franc-maçonnerie et Internet sont-ils compatibles ?

Il arrive qu’un livre se présente comme un maillet… et qu’il ne soit qu’un petit carton d’avertissement, scotché sur l’atelier : “Attention, ça peut faire mal.” On ne lui demande pas d’être un traité de cryptographie. On lui demande d’être un outil – et donc de tenir dans la main, de servir au travail, de faire passer du discours à la pratique.
 

Ici, la promesse est grande, le geste est court.

FM et Internet

Plus exactement : ce texte ressemble à un préambule qui se serait pris pour un manuel.

Car tout est annoncé : bénéfices, périls, discrétion, réputation, fraternité à l’ère des écrans. Mais l’ensemble demeure au niveau d’un catéchisme de prudence : “soyons vigilants”, “Internet est un outil à double tranchant”, “attention aux rumeurs”, “protégeons nos données”. Qui l’ignore ? Et surtout : que fait-on, concrètement, après avoir lu cela ?

Le problème n’est pas l’absence de lyrisme. Le problème est l’absence de charpente.
Un ouvrage sérieux sur “franc-maçonnerie et Internet” devrait, au minimum, poser une méthode : une hiérarchie des risques, des scénarios réalistes, des procédures graduées, un lexique clair, des cas pratiques, des modèles de règles de loge, des arbitrages explicités entre visibilité et discrétion, entre communication et secret, entre fraternité et naïveté. Ici, la pierre reste brute : elle est montrée, commentée, effleurée… mais rarement taillée.

Et cette faiblesse devient plus grave quand l’auteur revendique précisément la compétence qui manque au texte. Quand on se présente (explicitement ou implicitement) comme un praticien du web et de la communication, on ne peut pas livrer un propos qui s’évapore dès qu’il faudrait nommer les choses :

  • quelles erreurs typiques commettent les loges (messageries, groupes privés, listes de diffusion, visios) ?
  • quels risques juridiques concrets (droit à l’image, diffamation, RGPD, conservation des données, responsabilités des administrateurs) ?
  • quelles règles simples et applicables sans paranoïa (bonnes pratiques, gestion des mots de passe, sauvegardes, cloisonnement, conduite à tenir en cas de fuite) ?
  • quels points non négociables et pourquoi, au regard de l’éthique initiatique ?

À la place, on a un discours qui hésite, comme s’il craignait de déranger : il ne tranche pas, il “sensibilise”. Or le numérique, lui, ne “sensibilise” pas : il sanctionne. Ce sont les détails qui protègent ; les généralités fabriquent une illusion de sécurité, donc une vulnérabilité supplémentaire.

Le texte souffre aussi d’un défaut de cible.

Il veut parler à tout le monde – Obédiences, loges, Frères et Sœurs, profanes, candidats – et à force de vouloir convenir, il se contente de l’évidence. C’est le piège classique : quand on écrit “pour tous”, on finit par écrire “pour personne”, ou plutôt : pour le lecteur le moins exigeant. Mais un sujet comme celui-ci réclame l’inverse : une parole située, responsable, qui assume des choix et en paie le prix.

Reste l’angle le plus irritant : la disproportion marketing


La formule de “Bible du numérique pour initié” n’est pas seulement excessive : elle est presque trompeuse. Une “bible” – même minimale – propose une doctrine, une cohérence, une colonne vertébrale. Ici, on a un petit mémento parfois utile, souvent lisse, presque toujours prudent… et précisément trop prudent pour être utile là où ça compte : au moment de décider, de cadrer, d’interdire ou d’autoriser, d’écrire noir sur blanc une discipline des usages.

FM et Internet Jiri Pragman_

Ce qui manque, au fond, c’est une compréhension réellement maçonnique du problème.


La discrétion initiatique n’est ni fétiche ni frayeur : c’est un art de la juste mesure, un sens du seuil, une pédagogie du silence quand le silence est nécessaire et une capacité à dire quand la parole est juste. Le numérique, lui, adore brouiller les seuils : il mélange privé et public, intime et exhibé, trace et oubli. Un livre qui se prétend “outil du XXIe siècle” devrait donc être un compas : il trace des limites, il mesure, il compare, il distingue. Ici, on a surtout une règle qui ne mesure pas.

On referme donc ce volume avec une impression nette : le sujet est immense, le profil de l’auteur aurait pu produire un ouvrage décisif, mais le résultat reste en deçà – et pas qu’un peu. Il pose des questions, certes. Mais il les pose comme on accroche des pancartes sur un chantier, sans fournir ni plan, ni méthode, ni gestes sûrs. Autrement dit : il alerte… et laisse les loges se débrouiller.

À ce niveau de promesse, l’indulgence devient difficile

Car en matière numérique, “faire semblant d’outiller” est presque pire que ne rien dire : cela conforte, cela endort, cela donne le sentiment qu’on a traité le problème parce qu’on l’a nommé.

Alors oui : le thème est posé. Mais si l’on veut autre chose qu’un texte de sensibilisation, il faudra un livre qui accepte enfin le vrai travail : nommer, hiérarchiser, trancher, proposer, formaliser. Bref : passer du commentaire au chantier. Et là seulement, la question “compatibles ou non ?” cessera d’être un titre… pour devenir une réponse.

On referme donc ce petit volume avec un sentiment net, presque désappointé : le sujet est brûlant, Jiri Pragman a le profil pour l’embrasser, mais le résultat demeure en deçà. On attendait une planche charpentée, une méthode, des critères, des procédures simples et applicables, bref un véritable viatique pour les loges et les Obédiences confrontées au monde numérique. On trouve surtout un texte de sensibilisation, prudent, parfois lisse, qui aligne les questions plus qu’il ne les travaille, et qui préfère l’avertissement général à l’outillage précis.

À ce niveau d’expertise revendiquée, l’indulgence devient difficile. Car si la franc-maçonnerie a appris à tailler la pierre, c’est justement pour éviter les angles morts. Ici, ils demeurent. Et l’on se surprend à refermer l’ouvrage avec cette impression paradoxale : beaucoup d’intentions, peu de prise, et comme un chantier laissé au seuil.

Alors oui, le livre a eu le mérite de poser le thème. Mais s’il veut cesser d’être un simple signalement pour devenir un instrument, il lui manque l’essentiel : la rigueur opérative, la hiérarchie des risques, la discipline des usages, et cette intelligence du secret qui n’est ni peur ni posture, mais art de la juste mesure.

Reste donc une question, simple, presque fraternelle et pourtant pressante. À quand une seconde édition, revue, corrigée et augmentée ?

Franc-maçonnerie et Internet sont-ils compatibles ?
Jiri Pragman – Dervy, coll. Les outils du XXIe siècle, 2016, 96 pages, 8,50 €

DERVY, le site

LA FRANC-MAÇONNERIE PORTUGAISE S’EXPOSE DANS UN NOUVEAU MAGAZINE

Ce lundi 31 Mai, la Grande Loge du Portugal – la Grande Loge Régulière du Portugal (GLLP-GLRP), 1ère obédience du Portugal, lancera le 1er numéro de son magasine intitulé sobrement : GL Magazine.
Au menu de ce premier trimestriel, des thèmes aussi variés que le football et la franc-maçonnerie, les cathédrales, et une interview du physicien Fernando -Carvalho Rodrigues (en couverture).
Répondant aux vœux du Grand Maître Armindo Azevedo, ce magazine affichera « la fierté d’être Franc-Maçon », et devrait montrer une image positive et moderne de la maçonnerie portugaise. Armindo Azevedo indique que « cette initiative […] vise, de manière transparente et accessible à tous, à montrer que la franc-maçonnerie est une association qui intervient quotidiennement pour améliorer notre société ». Contrairement au français « Franc-Maçonnerie Magazine », qui se veut détaché de toute obédience, « GL Magazine » affiche clairement en couverture son affiliation à la Grande Loge Régulière du Portugal, allant jusqu’à présenter en couverture le sceau de la GLLP-GLRP.
La publication paraîtra dans les kiosques avec 100 pages, une parution trimestrielle et un prix de six euros. La direction est assurée par João Oliveira Silva.
(-Source Meios e publicidade)

Mort d’un Général franc-maçon

Le général Henri Pâris, spécialiste des questions stratégiques, est décédé le 24 mai, à l’âge de 85 ans.
Saint-Cyrien, ancien commandant de la deuxième division blindée, la fameuse « division Leclerc », il avait appartenu aux cabinets du premier ministre Pierre Mauroy et des ministres de la défense Jean-Pierre Chevènement et Pierre Joxe.

Président du cercle de réflexions « Démocratie », ancré dans les cercles socialistes, il était également, quoique de façon discrète, Franc-Maçon au Grand Orient de France.

Il est l’auteur de nombreuses publications, dont « Ces guerres qui viennent »- Edition Me Fantascope en 2011, et « L’Oncle Sam et le Mandarin » – Edition NUVIS en 2013

Père de trois enfants, Henri Pâris était commandeur de la Légion d’honneur, commandeur de l’ordre national du Mérite et avait obtenu la croix de la valeur militaire pour sa participation à la campagne d’Algérie.

Il sera inhumé mardi 1er Juin dans l’intimité familiale après une messe à l’Ecole Militaire en présence du Chef d’Etat Major des Armées.

Catherine Lyautey élue à la tête de la Grande Loge Féminine de France

Catherine Lyautey a été élue ce samedi Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France.
Elle succède à Marie-Claude Kervella Boux, après avoir été Grande Maîtresse adjointe sous le mandat de Marie-Thérèse Besson, qui briguait également la Grande Maîtrise.
Ancienne cadre commerciale, elle est depuis 20 ans assistante de Direction au Cabinet du Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. (Source : jlturbet.net) – Communiqué officiel de la GLFF

Une loge Australienne est désespérée : elle lance un appel dans un journal

La loge « Eshcol », une loge Australienne dans l’État de Victoria cherche à trouver de nouveaux membres. Mais sa manière de s’y prendre est assez originale : elle a décidé de passer un appel dans un journal public !

La loge Eshol affirme ainsi ne compter que 16 membres actifs, un nombre qu’elle souhaite faire grimper rapidement. Afin d’attirer du monde, le Secrétaire de cette loge donne ses arguments : elle participe à de nombreux évènements caritatifs dans sa communauté environnante, et elle contribue au développement personnel de ses membres.

Si le déclin du nombre de Francs-Maçons Américains et Anglais est bien connu depuis quelques décennies, il est difficile d’avoir une vue compréhensive du nombre de maçons Australiens ou de son évolution. En effet, les obédiences maçonniques de ce grand pays anglo-saxon sont moins connues et moins interrogées que ses sœurs anglaises et américaines.

Pourtant, il serait logique de voir des similarités dans les tendances sociétales entre les pays anglo-saxons qui pratiquent la même maçonnerie, à savoir une maçonnerie régulière liée à la Grande Loge Unie d’Angleterre. Celle-ci exige une croyance en un Principe créateur, le refus de l’initiation des femmes, ainsi que l’apprentissage par cœur des divers rituels utilisés, sans qu’il y ait de travaux (planches) lues en loge.

Ainsi, il est possible que l’Australie peine également à recruter de nouveaux membres, et il est plausible que l’âge moyen des membres croisse dangereusement en conséquence. C’est clairement le cas pour cet Atelier ; et les temps difficiles appellent à de nouvelles stratégies drastiques !

En ces temps post-Covid 19, les diverses obédiences françaises ne sont pas non plus à l’abri d’un déclin du nombre de leurs membres. À ce titre, certaines ont employés diverses stratégies afin d’attirer de nouveaux adhérents. Mais elles sont pour le moment trop discrètes pour passer un appel dans un journal !

L’appel de cette loge australienne peut être lu grâce au lien suivant : https://www.sheppnews.com.au/news/2021/05/30/4335462/lodge-eshcol-appeals-for-more-members-to-help-continue-charitable-work