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Peut-on être chrétien et franc-maçon ?

Mgr Dominique Rey – Salvator, 2021, nouv. éd. rev. et augm., 126 pages, 12 €

Présentation de l’éditeur :

La franc-maçonnerie n’imposerait aucun « principe » mais viserait plutôt à rassembler, au-delà des frontières des diverses religions et visions du monde, des hommes de bonne volonté, sur la base de valeurs humanistes compréhensibles et acceptables par tous. Elle constituerait un élément de cohésion pour tous ceux qui croient en l’Architecte de l’univers et qui se sentent engagés à l’égard de ces orientations morales fondamentales qui sont définies, par exemple, dans le Décalogue. Elle n’éloignerait personne de sa religion mais constituerait au contraire une incitation à y adhérer davantage. Qu’en est-il vraiment ? La foi chrétienne est-elle conciliable avec la franc-maçonnerie ? Quelle est la position de l’Église catholique vis-à-vis de ces courants ?

La présentation de l’ouvrage de 78 pages publié le 25 septembre 2007, extrait :

Comment définir la franc-maçonnerie ?

La franc-maçonnerie se définit elle-même comme une « société initiatique » et une « organisation philanthropique et de recherche philosophique », dont les membres se recrutent par cooptation. Elle se veut universelle, même si les vicissitudes de son histoire, rivalités et schismes internes, l’ont divisée en de multiples obédiences. L’idéologie de la franc-maçonnerie est difficile à cerner, d’une part parce qu’elle cultive le secret, et d’autre part, en raison de son éclatement en divers courants. Elle se fixe comme but de « travailler à l’amélioration matérielle et morale, ainsi qu’au perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité ».

La franc-maçonnerie est née en Grande-Bretagne au début du XVIIIe siècle. Par son rituel initiatique, elle entendait se rattacher à une tradition secrète qui remonterait à la construction du Temple de Salomon et à Hiram, que la Bible désigne comme l’architecte de ce Temple. Il existe une indéniable parenté entre les rites symboliques de la maçonnerie et ceux des sociétés initiatiques du passé (mystères antiques de la Grèce ou de l’Empire romain). Il est proposé de conduire l’adhérent à « l’illumination intérieure », d’introduire « l’ordre et l’unité dans l’être humain », d’harmoniser celui-ci avec les « lois universelles ». L’idéal du maçon, exprimé en termes opératifs, est de bâtir « le temple intérieur » (sa propre personnalité) et le « temple extérieur » (humaniser la société).

La franc-maçonnerie anglo-saxonne confesse sa foi en Dieu, « Grand Architecte de l’univers ». Cependant, les constitutions d’Anderson de 1723, texte de référence pour tous les francs-maçons, ne comportent pas la moindre référence à Dieu en Jésus-Christ, ne mentionnent jamais la Sainte-Trinité, le péché, le salut, la résurrection, la venue de l’Esprit-Saint… Sur le continent européen, en particulier dans les pays catholiques, les loges ont accueilli des déistes, des agnostiques et des athées.

La maçonnerie apparaît, en France, dès 1725 avec Montesquieu. Ses membres sont nobles, grands bourgeois, voire ecclésiastiques, gallicans, c’est-à-dire opposés à la prééminence de l’évêque de Rome. Les loges maçonniques ont été le creuset, dans l’esprit des « Lumières » au XIXe siècle, de la laïcité.

Biographie de l’auteur :

Monseigneur Dominique Rey a été nommé évêque du diocèse de Fréjus-Toulon par le saint pape Jean-Paul II le 16 mai 2000. Né à Saint-Étienne le 21 septembre 1952, il est ordonné prêtre le 23 juin 1984. Successivement aumônier du lycée Stanislas à Paris, vicaire à la paroisse Sainte-Marie-des-Batignolles, supérieur des chapelains à Paray-le-Monial, accompagnateur des séminaristes et des prêtres de l’Emmanuel, curé de la paroisse de la Sainte-Trinité, il est nommé évêque de Fréjus-Toulon par le saint pape Jean-Paul II le 16 mai 2000. Sa vision pour le diocèse est de devenir une Église servante, fervente et missionnaire, dans la conjugaison des divers charismes et initiatives pastorales du territoire.

Les éditions Salvator :

C’est une maison d’édition catholique française fondée en 1924 à Mulhouse par le chanoine Alphonse Meyer. Maison d’édition ensuite dirigée à partir de 1928 par la famille Zumbiehl. Elle est désormais installée à Paris 103 rue Notre-Dame des Champs dans le 6e arrondissement, depuis sa reprise en 1998 par Yves Briend. Elle déclare « propose[r] au grand-public francophone des livres d’intelligence de la foi chrétienne et de compréhension du message de l’Église pour la société contemporaine ». Elle est gérée par la société Yves Briend Éditeur, SA à conseil d’administration – capital social 292 534,42 €.

[NDLR : Il s’agit d’une seconde édition fortement revue et augmentée. Monseigneur Dominique Rey, dont la devise est « Mitis et humilis corde » (Doux et humble de cœur), nous instruit du point de vue de l’Église catholique apostolique et romaine sur la Franc-Maçonnerie.

Force est de constater qu’il ne connaît qu’une partie de la Franc-Maçonnerie, car, nous le savons tous, nous parlons toujours, en Europe en général et en France en particulier, des Francs-Maçonneries. Une Maçonnerie qui pourrait se définir comme une école de pensée – je préfère ce terme à celui d’adogmatique, libérale et progressiste – et une Maçonnerie qui pourrait, elle, se retrouver autour de la définition d’une école de spiritualité.

Le paysage maçonnique français (le fameux PMF des années 2010…) comprend donc des Francs-Maçonneries. Ce que ne semble pas avoir pris en compte Monseigneur Dominique Rey.

De plus, page 8 de son dernier opus, son Excellence Monseigneur Rey écrit « Depuis la première publication de Peut-on être chrétien et franc-maçon ? en 2007, aucun événement majeur ni aucune publication particulière n’a infléchi la réflexion de l’Église catholique, ou marqué de façon significative le débat public au sujet de la franc-maçonnerie ».

Il faut reconnaître cependant une avancée que les Francs-Maçons de tradition considèrent comme fort importante. Nous en voulons pour preuve dans le numéro 190 de décembre 2018 de Points de Vue initiatiques (PVI), la revue de la Grande Loge de France, intitulé Christianisme et franc-maçonnerie, où nous avons, entre autres, un « Entretien avec Monseigneur Jean-Charles Thomas par Jean-Jacques Zambrowski » décrivant parfaitement et justement cette avancée dans les relations entre Église et Franc-maçonnerie…]

Au cœur de l’histoire: La République maçonnique (Franck Ferrand)

Franck Ferrand nous propose de faire un saut d’un gros siècle en arrière, et de nous retrouver en pleine « affaire des Fiches », à la Belle Epoque – une histoire assez étonnante. Franck Ferrand reçoit Laurent Kupferman, auteur des 50 faits marquants de la franc-maçonnerie, nouveau volume de la collection 3 minutes pour comprendre (éditions Courrier du Livre) et Les Aventuriers de la République (avec Jacques Ravenne), ouvrage sur les Francs-maçons qui ont fait notre histoire.

L’affaire des fiches, parfois appelée l’affaire des casseroles, est un scandale politique qui éclate en 1904 en France, sous la Troisième République. Il concerne une opération de fichage politique et religieux mise en place dans l’Armée française à l’initiative du général Louis André, ministre de la Guerre, dans un contexte de liquidation de l’affaire Dreyfus et d’accusations d’anti-républicanisme portées par la gauche à l’encontre du corps des officiers.

De 1900 à 1904, l’administration préfectorale, les loges maçonniques du Grand Orient de France et d’autres réseaux de renseignement établissent des fiches sur les officiers, qui sont transmises au cabinet du général André afin de décider de l’avancement hiérarchique et des décorations à attribuer. Ces documents secrets sont préférés par André aux notations officielles du commandement militaire ; ils lui permettent de mettre en place un système où l’avancement des officiers républicains, francs-maçons ou libre-penseurs est favorisé tandis que la carrière des militaires nationalistes et catholiques — conviction religieuse qui vaut, pour le Grand Orient et le cabinet d’André, hostilité à la République — est entravée, dans le but de s’assurer de la loyauté de l’armée au régime en place.

Le 28 octobre 1904, le député Jean Guyot de Villeneuve interpelle le gouvernement à la Chambre des députés et révèle le système de fichage instauré par le général André et le Grand Orient, produisant à l’appui de ses accusations des fiches qui lui ont été remises par Jean-Baptiste Bidegain, adjoint du secrétaire-général du Grand Orient. Le ministre nie avoir connaissance de ces agissements, mais durant la séance du 4 novembre, Guyot de Villeneuve produit un document qui incrimine André directement ; la séance est houleuse et le député nationaliste Gabriel Syveton gifle le ministre de la Guerre, déclenchant une empoignade dans l’hémicycle.

Le scandale est important. Les rebondissements et les révélations se succèdent pendant plusieurs mois, tandis que la presse publie régulièrement les fiches en question. Malgré le soutien de Jean Jaurès et du Bloc des gauches, le gouvernement Émile Combes chute le 15 janvier 1905, emporté par l’affaire. Le cabinet Rouvier, qui lui succède, condamne formellement le fichage, prononce des sanctions symboliques et mène une politique d’apaisement. Néanmoins, le système des fiches se poursuit après 1905, appuyé non plus sur le Grand Orient mais sur les renseignements préfectoraux et adossé à la pratique de pressions politiques. En 1913, le ministre de la Guerre Alexandre Millerand y met fin définitivement.

Ce système de fichage politique, en plus de provoquer une certaine crise morale dans les milieux dreyfusards qui se divisent sur la priorité à donner entre la défense de la République et la protection de la liberté de conscience, semble avoir affaibli le haut-commandement militaire, du fait de plus d’une dizaine d’années de discriminations à l’avancement des officiers, ce qui a eu des conséquences difficiles à évaluer sur les premiers mois de la Première Guerre mondiale. Suite de cette affaire sur le site Wikipedia

Pour aller plus loin

Un ouvrage vient de sortir sur ce thème.

Emmanuel Thiébot est historien au Mémorial de Caen et responsable du Mémorial des Civils dans la guerre de Falaise. Il est diplômé de l’IEP pour ses recherches sur le rôle de franc-maçonnerie dans la création de la Troisième République.

∴ 3 POINTS C’EST TOUT ∴ – Mercredi 27 OCTOBRE

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🎥 (Éphéméride) Du foot à Freemasons’ Tavern – https://450.fm/2021/10/26/ephemeride-du-foot-a-freemasons-tavern/

🎥 Une passion alchimique – https://450.fm/2021/10/10/une-passion-alchimique/

🎥 ITALIE : un Franc-maçon avait aboli la peine de mort – https://450.fm/2021/10/26/italie-un-franc-macon-avait-aboli-la-peine-de-mort/

📰 3 POINTS C’EST TOUT Le rendez-vous quotidien des lecteurs de https://450.fm

Le journal de la FM sous tous ses Angles

– Présentation Hadrien Berthaut

– Réalisateur Laurent Sirguy

– Directeur de la Publication Franck Fouqueray

La belle histoire des cathédrales

Alain Billard – Deboeck-Adapt-Snes, 2021, 320 pages, 29,90 €

Présentation de l’éditeur :

L’incroyable richesse architecturale et artistique des cathédrales à travers un tour d’horizon chronologique et largement illustré des grandes étapes qui ont marqué leur évolution.

Prouesses architecturales de la démesure, les cathédrales sont des symboles puissants de la vie spirituelle. Chargées d’histoire, elles sont le meilleur témoignage du savoir-faire des hommes et de la détermination de leurs commanditaires. Elles auraient toutes un air de famille et ce n’est pas fortuit car leur architecture est intimement liée à une même démarche de conception initiée progressivement depuis l’antiquité.

Rédigé par un architecte passionné d’histoire et de vulgarisation, ce panorama chronologique résume, par fiches de deux pages largement illustrées, l’évolution architecturale de ces cathédrales jusqu’aux projets contemporains les plus fous.
Viendront se mêler aux dates clés de ces édifices : témoignages artistiques (peinture, littérature, cinéma…), faits divers (effondrements, incendies, tremblements de terre…), industrialisation (carrières de pierre, forêts, utilisation de l’acier et du béton…) ou bien grands hommes influents (Suger, Gaudi, Perret…).

Biographie de l’auteur :

Alain Billard, architecte, est enseignant à  l’Ecole Nationale Supérieure de l’Architecture et du Paysage (ENSAP) Bordeaux. Il y a même fondé le diplôme de spécialisation aux études d’architecture (DPEA), équivalents à un master spécialisé, en « Risques naturels majeurs et architecture ». Il professe aussi  à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville (ENSA-PB)et est par ailleurs docteur en archéologie. Il a exercé un rôle d’expert ou de chargé de mission pour le compte du ministère de la Culture et celui de l’Environnement. En termes d’ouvrages, nous lui devons Cathédrales gothiques au Moyen âge (2020), Écoute grandir les pierres, elles te feront une cathédrale (2020), Confortement du patrimoine bâti (2016), Les structures de hautes performances (2016), Les structures en portiques (2016), Les structures-poids (2015), De la construction à l’architecture (2015), Risque sismique et patrimoine bâti, réduction de la vulnérabilité, savoirs et savoir-faire (2014) et en qualité de collaborateur avec Emmanuel Amougou Sciences sociales et patrimoines (2011).

[NDLR : C’est un livre qui est beau. Mais c’est surtout un beau-livre ! Il est d’usage de reconnaître qu’un beau-livre est généralement destiné à être feuilleté autant qu’à être lu. Et notre attention est sûrement attiré par la qualité des illustrations… dans un premier temps. Puis, le texte prend le dessus. Comment ne pas s’intéresser aux thématiques développées dans différents chapitres tels que tels que le maître, l’architecte et le maître d’œuvre, les artisans et les métiers ou encore la triangulation des charpentes et les charpentiers. Il en est de même avec la stéréotomie, du tracé en perspective à la dernière cathédrale en pierre de Gaudi à Barcelone la Sagrada Família, sans parler de la cathédrale d’Évry que certains dépeignent comme maçonnique.

La table des matières :

  • Introduction ;
  • Naissance d’une architecture ;
  • L’architecture romane ou le changement d’échelle ;
  • L’architecture du gothique classique et rayonnant ;
  • Un temps d’arrêt sur l’architecture romane et gothique anglaise ;
  • L’architecture du gothique flamboyant et la fin des cathédrales gothiques ;
  • L’architecture des cathédrales de la Renaissance au néoclassique ;
  • Du néogothique au design ;
  • Conclusion générale ;
  • Annexe :

     – bibliographie,

     – glossaire,

     – index des lieux et des sites,

     – index des noms propres.

Alain Billard nous invite, comme dans une démarche spirituelle, à entrer dans des véritables « vaisseaux de pierre ». Largement de quoi méditer sur cet héritage à préserver, nous recentrer sur l’essentiel et ainsi mieux comprendre d’où l’on vient]

Colloque international « Que reste-t-il aujourd’hui de l’ironie voltairienne ? » (8 et 9 novembre)

Le 7 janvier 2015, la France et, avec elle, tous les hommes libres se réveillaient groggy après le terrible attentat qui venait de coûter la vie aux journalistes et caricaturistes de Charlie hebdo.

Le monde était brutalement confronté à cette redoutable réalité : le respect des droits de l’homme et de la vie, le droit à la parole et à la contestation, le recours à la satire et au rire comme arme contre la barbarie étaient dangereusement menacés, bafoués, en ce début de XXIe siècle, dans un pays pourtant laïque et démocratique.

Le slogan « Je suis Charlie » envahit les rues, les réseaux sociaux, l’opinion se mobilise. En quelques jours à peine, les librairies sont prises d’assaut : le Traité sur la tolérance de Voltaire devient un symbole, un brûlot d’alerte, une revendication citoyenne. Les mânes de Voltaire quittent le Panthéon où le patriarche repose depuis 1791 pour retrouver l’espace public, le cri du sang innocent retentit dans les rues de la capitale. Le pourfendeur de l’Infâme est appelé à la rescousse, son « rire terrible, auquel s’écroulent les bastilles des tyrans, les temples des Pharisiens », pour reprendre les mots de Michelet, avait permis d’ébranler les superstitions et de museler les cagots.

Il était temps de s’en souvenir. Et pourtant, depuis le XVIIIe siècle, l’ironie voltairienne en avait dérangé plus d’un. Le « hideux sourire » de Voltaire, tellement détesté par les romantiques, l’avait transformé en antéchrist peu fréquentable. Qu’en est-il donc aujourd’hui, à l’heure où le politiquement correct s’impose sous les déguisements les plus inattendus ? Le second degré, le sarcasme, la moquerie sont-ils voués à définitivement disparaître, condamnés par le respect des convenances et des sensibilités ? Que reste-t-il de l’ironie voltairienne ? Telle est la question que cette journée d’étude aimerait décliner sans tabous. « Qu’on le maudisse ou qu’on l’exalte, rappelait Paul Valéry à la fin de la seconde guerre mondiale, Voltaire vit, Voltaire dure : il est indéfiniment actuel. »

L’actualité nous le prouve chaque jour et l’édition de ses Œuvres Complètes par la Voltaire Foundation, dont Nicholas Cronk viendra nous parler lors de la conférence inaugurale qui ouvrira cette manifestation, soulignera la pertinence de cette lecture aux générations futures.

PROGRAMME

Soirée du lundi 8 novembre 2021

17 h 30
Accueil
Didier VIVIERS, Secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique

17 h 45
Introduction au colloque
Valérie ANDRÉ (FNRS-Université libre de Bruxelles ; Membre de l’Académie royale de Belgique) et Catriona SETH (University of Oxford ; Membre associée de l’Académie royale de Belgique)

18 h 00
L’occasion de l’achèvement des Œuvres complètes de Voltaire : comment célébrer Voltaire ?
Nicholas CRONK (Voltaire Foundation, University of Oxford)

Inscription à la soirée du 8 novembre

Journée du mardi 9 novembre 2021

09 h 30
Accueil des participants.

10 h 00
Présentation
Valérie ANDRÉ (FNRS-Université libre de Bruxelles ; Membre de l’Académie royale de Belgique) et Catriona SETH (University of Oxford ; Membre associée de l’Académie royale de Belgique)

10 h 30
Un héritage de Voltaire en Algérie : Boualem Sansal
Nicolas BRUCKER (Université de Lorraine) et Willy SOUMAHO IGOUMOU (Université de Lorraine)

11 h 00
Voltaire in Brexitland : quand la réalité dépasse l’ironie ?
Patrick MAC GUINNESS (University of Oxford)

11 h 30
Pause-café

12 h 00
L’ironie voltairienne est-elle soluble dans la BD ?
Laurence MACÉ (Université de Rouen)

12 h 30
Questions du public

13 h 00
Pause-déjeuner

14 h 00
Ironie, pouvoir et religion : une tradition ou une innovation dans la littérature arabe ?
Xavier LUFFIN (Université libre de Bruxelles ; Membre de l’Académie royale de Belgique)

14 h 30
Voltaire, notre contemporain !
Halima OUANADA (Université de Tunis El Manar)

15 h 00
Les avatars contemporains du second degré. Analyse de discours et perspectives
Laurence ROSIER (Université libre de Bruxelles)

15 h 30
Questions du public

16 h 00
Pause-café

16 h 30
Conclusions
Valérie ANDRÉ (Université libre de Bruxelles ; Membre de l’Académie royale de Belgique) et Catriona SETH (University of Oxford ; Membre associée de l’Académie royale de Belgique)

17 h 00
Discussion

17 h 30
Fin du colloque

Inscriptions à la journée du 9 novembre 2021

Le colloque est organisé sous la responsabilité académique de Valérie André.

L’organisation de ce colloque bénéficie du soutien de l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, du Collège Belgique et de la Faculté de Lettres, Traduction et Communication de l’Université libre de Bruxelles.

Accès au site

Éloge de la paresse

Je tournais gentiment sur le manège du rêve, plongé dans une de ces méditations où l’on ne pense à rien, surtout à rien, sauf que la vie n’est supportable que lorsqu’elle se la coule douce, et que pour ça il suffit de changer de nom, comme moi désormais, profession retraité, la vie enfin, car la vie voyez-vous, elle devient ce qu’on est, elle aussi retraitée, retirée de ce traitement absurde à base de harcèlement téléphonique, de centaines de mails par jour à avaler, sans compter les courriers, tous les « y’a qu’moi qui compte », « moi l’premier, les autres j’m’en fous », et les chefs c’est pareil, ne m’en parlez pas des chefs, une seule idée en tête leur carrière, la course à la promotion, alors ils exigent des autres, rendement, toujours plus avec moins de moyens, aujourd’hui c’est le top, pensez donc avec ça on se fait mousser comme un bain qui cache ce qu’il y a en dessous, et quand ils vont voir le Directeur Général pour l’évaluation annuelle, alors là c’est le tralala, ils mettent leur JE en avant tout en disant MON équipe, mais l’équipe c’est moi, salopard !, et pour moi pas un merci, rien, moi j’vous l’dis, le rien c’est eux, rien que des toxiques ces p’tits chefs, des nuisibles, des rats, des araignées, des vipères et des scorpions, tous dans le même sac et si tu retournes le sac, c’est eux qui sortent, résolument malfaisants, insupportablement insupportables, et ça durant quarante-deux ans, huit mois et dix-sept jours, alors, pensez, devenir libre, pouvoir résider enfin dans sa case vide, au centre de l’inutile, est un plaisir aussi doux qu’un réveil sans douleur au dos.

Ah, le dos ! Qui dira jamais les délices d’un bon canapé, pas ceux en soi-disant cuir qui soulignent les vertèbres et collent en été, non, un canapé au moelleux d’oreiller qui vous prend au corps comme une doudoune et vous entoure de mou, de tiède, de rien-faire, de cette exquise caresse qui sait aimer béatement en offrant des bouquets d’images de kaléidoscope, souriantes de temps passé qui aimerait repasser, ou illuminant soudain d’une lumière crue la phrase qu’on n’a pas dite, et qui surgit tout naturellement, belle comme l’inattendu, cette répartie magnifique qu’on tâche de garder pour la resservir la prochaine fois, comme s’il allait y avoir une prochaine fois et que la lutte contre l’oubli n’était pas perdue d’avance, et j’entre sur la pointe des pieds dans l’illusion du rêve, oh bien sûr éveillé, mais si je ferme un peu les yeux pour filtrer une idée, fugace comme un baiser d’enfant, je la vois s’assoupir dans une bienveillante indolence qui me fait retomber d’un coup dans la torpeur, cette espèce de rideau un peu lourd qui s’écarte doucement pour laisser place au songe où se présentent des personnages dont on n’entend pas la voix, mais qui impriment pourtant des paroles dans la tête, et un mot surgit soudain, s’établit dans sa présence, fort comme une statue : « paresse », succulente paresse comme un chocolat à la liqueur, d’où viens-tu, ma paresse, moi qui ai toujours été d’active, ¾ chérie, que faisons-nous aujourd’hui ?, ¾ mais rien, se reposer, ¾ se reposer ? on fera ça quand on sera morts,  et maintenant avachi et heureux de l’être.

Paresse, paresse… D’où diable peut bien venir le mot ? L’étymologie c’est comme la philologie, ça mène au pire, dixit Ionesco. Et pour le coup c’est vrai, ça me réveille d’un coup, pas de massue, pas de génie non plus, un coup bas, de traîtrise dans l’ombre de la matière grise, de quoi la faire froncer comme un bandonéon sans néon, mais je me demande où j’ai bien pu attraper ça, cette fichue paresse qui m’a assigné le canapé pour refuge. Voyons, voyons, que je me dis ! Pourtant j’ai bien mis le masque, respecté la distanciation sociale, j’ai bien fait les gestes barrière jusqu’à me confondre avec un passage à niveau, collé le passe sanitaire sur la fesse droite, QR Code dit bien l’endroit où il faut le mettre, le R étant l’initiale de Right, droit ou droite en anglais, ça dépend du sexe, et j’ai suivi scrupuleusement les consignes, pas ceci et pas cela, et encore un peu moins parce qu’on vous dit que « c’est un plus », mais alors, où ai-je bien pu l’attraper la terrible paresse, ce virus venu de nulle part, terrible neuropathie qui attaque les nerfs des bras et handicape à vie les doigts des mains, sauf les pouces qui tournent sur eux-mêmes, qui tournent, et tournent, tournent…

*          *          *

Les objets chamaniques et leurs pouvoirs

Tous les objets protecteurs et guérisseurs des chamanes du monde entier

Muriel Levet – Éditions TrajectoirE, 2021, 192 pages, 18 €

Présentation de l’éditeur :

Découvrez l’univers des chamanes. Les peuples et civilisations pratiquant le chamanisme dans le monde entier font appel à divers objets dans leurs communications spirituelles : le bois de cerf, les masques tlingits, la mudang coréenne, les figurins zoomorphes, les tambours, l’okhwangse, le tabac, les végétaux psychotropes, les poporos, ou encore les phurbu népalais sont autant de portes d’accès à la compréhension de cet univers magique. En endossant son manteau, le chamane opère en lui une forme de transformation physique, il acquiert des ailes d’oiseau ; en plaçant sur son visage un masque représentant un personnage mythique, il revêt l’apparence de celui-ci ; en retroussant son nez à l’aide d’un ornement, il prend l’aspect d’une chauve-souris… Par la présentation et la compréhension des différents objets utilisés par les chamanes, nous découvrons la signification des rituels, la puissance de chacun des objets, leurs fonctions, leur mode d’utilisation et leur richesse artistique.

Lire les premières pages : https://bit.ly/3b2yRr5

Biographie de l’auteure :

Muriel Levet est passionnée par les sciences occultes et les arts premiers, elle est l’auteure de plusieurs ouvrages, mais également traductrice de romans et d’ouvrages sur le cinéma.

[NDLR : Édité pour la première fois en février 2009, le livre renaît sous une nouvelle forme (colorisée) plus que conviviale. Après tout, le symbolisme de la couleur ocre n’a-t-il pas une signification positive à la fois chaleureux, rassurant, doux, réconfortant et authentique ? Muriel Levet nous propose tout simplement un voyage à travers les objets du quotidien du chamane. Mais avant tout, l’auteure nous définit qui est le chamane et situe sa place dans le monde. Le monde entier, s’il vous plaît ! Nous ne manquons pas de côtoyer un monde empli de spiritualité et d’énergies, dont le centre reste Mère Nature. Les trois mondes – minéral, végétal et animal – sont évoqués ainsi que les pouvoirs de tous ces objets sacrés. Tout ceci ne serait-il pas un moyen finalement pour soigner notre âme ? Lexique et bibliographie concluent le livre]

ITALIE : Ouzé Ouzé Ouzé

De notre confrère italien expartibus.it – De Rosmunda Cristiano

La vigne est une plante aux significations profondes. D’elle nous tirons le vin, présent dans de nombreuses cultures et qui possède son propre appareil symbolique depuis l’Antiquité.

On pense par exemple aux Latins, qui proclamaient « In vino veritas ». Depuis cette période, les effets de cette boisson étaient connus, ce qui, comme on dit, fait chanter tout le monde et raconter tout ce qui passe par l’esprit.

La vérité, au-delà des coups de gueule de ceux qui ont trop levé le coude, est l’une des vertus les plus importantes. Dire la vérité et éviter les mensonges est une preuve de sagesse. Grâce à ces symboles puissants, la vigne en vient à représenter la vie elle-même. Ce n’est pas un hasard si elles partagent la même étymologie

Elle représente une existence abondante et la joie qui en découle. Elle reflète le désir de fertilité et de beauté. C’est un signe de dévotion aux fruits de l’esprit et de protection contre le mal.

Plénitude, sagesse, jeunesse, maturation, prospérité, sont autant d’images associées à cette plante et au merveilleux nectar qui en découle. Le sacrifice, la foi et la bonne volonté sont les qualités requises pour qu’elle porte les fruits.

Il n’y a pas de meilleure façon de raconter le symbolisme qu’à travers les mythes des cultures anciennes.

Le raisin et le vin sont des éléments indissociables. Les deux sont riches de significations archétypales profondes qui touchent à des sujets inhérents au cycle de la vie lui-même.

Ampelo devient la Vigne qui enivre les hommes, et le Vin inonde l’univers de joie. Le vin est un symbole de Vie, le moyen par lequel la nostalgie et la mort sont vaincues.

La tradition hellénique fait remonter l’origine de la vigne à la mort d’Ampelo, un jeune homme aimé de Dionysos.

Il était d’une beauté désarmante, des yeux lumineux et une voix de miel. Le dieu fût tellemet séduit au point qu’il en devient obsédé, même s’il ne connaît pas la souffrance il est submergé par la peur de perdre son amour.

En proie à l’appréhension, il commence à donner au garçon des astuces pour éviter les pires dangers.

Un jour, il lui dit de faire attention aux cornes du taureau. Et ici Ate, personnification divine de l’injustice et de l’erreur, le convainc d’en caresser un, de jouer avec lui et de le chevaucher. L’animal est pris par la fureur, désarçonne le garçon, qui est alors mortellement encorné.

Dionysos est détruit, car s’il ne savait pas pleurer, il le peut maintenant ; et apprend à souffrir. Eros essaie de le consoler, l’invitant à retomber amoureux et lui racontant des histoires de mort et de renaissance, mais il n’y a pas de solution.

Les larmes divines, mouillant le corps sans vie d’Ampelo, le métamorphosent en Vigne ; et mélées avec le sang de son bien-aimé, se transforment en vin, un nectar très doux capable de brouiller la mémoire, de la subvertir et de la remodeler.

Et voici la grande vérité initiatique : le vin est une boisson arcane, qui ne peut être utilisée qu’avec soin et discernement. Dionysos est un dieu de la végétation sauvage qui enseigne pourtant à maîtriser la nature : et la culture de la vigne est, au sens plein et profond de ce mot, une « culture ».

D’une part, le vin, surtout rouge, symbolise le sang et le sacrifice, d’autre part, la joie et l’extase divine, comparant l’homme à la jeunesse éternelle et à la béatitude.

Cela peut être interprété comme un signe de la libération de l’individu des préoccupations terrestres, ce n’est pas un hasard si Dionysos avait le don de prophétie et le pouvoir de remplir l’âme de vérité !

Cela indique la médiation entre le monde humain et le monde divin.

En ce qui nous concerne, les Francs-Maçons, le vin apparaît dans les banquets rituels, à l’Agapi, dans le but de consolider l’amitié et la solidarité entre les Frères de notre grande Famille ; comme l’amour qui nous unit et que chacun de nous ressent pour ceux qui sont assis à côté de lui.

Cette affection est scellée par la forte poudre rouge ou blanche, comme on appelle le vin, dans les sept toasts qui sont portés au cours de cette convivialité.

Cependant, on ne sait pas quand ils sont apparus, ni, précisément, quand ils sont devenus une partie des coutumes des toasts maçonniques, ni, encore moins, pourquoi chacune de ces acclamations accompagnées du mot « Ouzé », prononcé avec « force et ivigueur » .

Ce que l’on peut en déduire, c’est que ce mot, même désémancipé, c’est à dire qui est utilisé indépendamment d’une signification originelle, s’est, au fil du temps, revêtu d’une valeur sacrée tenant au fait que la Tradition maçonnique l’a consacré, le retirant des milieux marins. dans lequel il est né, et l’a l’utilisé dans des moments si particuliers et significatifs de la vie communautaire de l’atelier mais pas seulement ceux-ci.

Ouzé est un terme devenu un symbole phonique, doté d’une expressivité particulière, d’une force évocatrice propre et indubitable : souhait, satisfaction, invocation jubilatoire de la Fraternité se mélangent et en font une acclamation bien déterminée et significative au-delà d’une interprétation univoque et certaine.

A la noirceur de l’origine répond la clarté psychologique de l’usage, et chacun perçoit le résultat que l’acclamation obtient, sur le plan émotionnel et spirituel, dans sa chair et dans ses os.

C’est une décharge d’énergie positive, dont la caractéristique principale n’est pas dans son extinction après l’étincelle, comme un courant électrique qui se « décharge » au sol, mais dans son retour immédiat en circulation, retraçant et électrisant les âmes de ceux qui ont participé à une Chaîne d’Union, à un toast porté dans une Agape.

Certes, l’insondable demeure, comme insondables sont les vibrations arcanes et subtiles d’un objet magique ou de certains mots qui « font se produire quelque chose », et dont la prononciation doit être calibrée par un emploi qui ne les gaspille pas, mais qui les optimise pour le bien de l’Humanité tout entière.

à travers l’image d’un gobelet rempli de vin rouge pourpre, tourné vers le haut, au GADLU et avec les vers de ‘The Tyler’s Toast’ , ‘The Toast of the Guardian’ , je porte un toast à vous tous mes frères.

Chers Frères de la Chaîne Mystique,
la nuit s’estompe rapidement :
Notre travail est terminé,
la fête est finie,
c’est le dernier toast.
Et maintenant, par ordre du Vénérable Maître,
je propose le Toast du Gardien :
A tous les Frères pauvres et affligés,
où qu’ils soient dispersés sur la surface de la terre et sur les mers, en
leur souhaitant un prompt rétablissement de leurs souffrances,
et un heureux retourner dans leur PAYS natal,
si c’est ce qu’ils veulent.
Bon feu, mes frères !

ITALIE : un Franc-maçon avait aboli la peine de mort

Du site du Grand Orient d’Italie grandeoriente.it

Anniversaires, le 26 octobre il y a 195 ans naissait Giuseppe Zanardelli, l’un des plus grands hommes d’État et francs-maçons du XIXe siècle. C’est lui qui a aboli la peine de mort en Italie, qui a ensuite été restaurée par le fascisme

Le 26 octobre 1826 naissait Giuseppe Zanardelli, l’un des plus grands hommes d’État et francs-maçons du XIXe siècle, auteur en 1882 d’une loi électorale courageuse et en 1889 d’un code pénal qui devint un modèle pour les démocraties du monde entier qui abolit la loi la peine de mort, promoteur à l’aube du XXe siècle du tournant dit libéral et, au niveau local, maître incontesté de la vie publique. Peu connu et célébré, il fut un acteur majeur de l’histoire italienne et européenne : au premier rang des soulèvements de 1848, l’un des animateurs les plus actifs de la conspiration contre les Autrichiens, l’un des représentants les plus influents de la gauche libérale, un homme politique qui a marqué son action par les principes d’un libéralisme socialement ouvert, mais hostile à l’intervention des catholiques en politique. Et dont la vie a été fascinante et riche et s’est déroulée par l’entrelacement de l’éducation familiale, de la formation culturelle et de la passion politique.

Né à Brescia le 26 octobre 1826, Giuseppe Zanardelli était le premier des quinze enfants d’une famille bourgeoise aux conditions économiques modestes. Il s’inscrivit à la faculté de droit de l’Université de Pavie. Mais il n’a pas terminé le cours en raison du déclenchement des soulèvements révolutionnaires de 1848. De sentiments libéraux et patriotiques, il a décidé de s’enrôler comme combattant dans le Corps des Volontaires Lombard pendant la première guerre d’indépendance, participant à la campagne du Trentin.

Après l’échec des soulèvements révolutionnaires, il s’enfuit en exil en Toscane, où il termine ses études à l’Université de Pise et y reste jusqu’en 1851, date à laquelle il peut retourner en Lombardie. Peu de temps après, son père, Giuseppe, décède. prématurément en tant que fils aîné, il dut s’occuper de l’entretien de la famille, donnant des cours particuliers de droit, travaillant comme secrétaire de théâtre et collaborant avec quelques journaux. L’un d’eux était le périodique Il Crepuscolo, le journal le plus célèbre de l’époque, pour lequel Zanardelli a écrit des essais sur l’économie politique depuis 1857.

En 1859, à la veille de la seconde guerre d’indépendance, Zanardelli est à nouveau contraint de quitter le pays pour son activité conspiratrice, se réfugiant à Lugano, en Suisse ; il y resta peu de temps, avant de rejoindre Giuseppe Garibaldi, à l’époque commandant des chasseurs des Alpes à Côme, d’où le général l’envoya dans sa Brescia natale pour préparer l’insurrection qui ouvrirait la voie à l’armée Franco-Piémontaise.

Le 29 février 1860, il est initié à la franc-maçonnerie dans la loge de la Propagande du Grand Orient d’Italie. Après l’annexion de la Lombardie au royaume de Sardaigne, Zanardelli décide de se lancer dans la politique en se présentant à la Chambre des députés aux élections du 25 mars 1860 et en étant élu au collège de Gardone Val Trompi dans les rangs de la Gauche historique, occupant également divers postes administratifs (dont celui de maire de Nave).

Zanardelli ne se consacre activement à la politique qu’à partir du 18 mars 1876, date à laquelle la gauche, dont il est l’un des principaux représentants, accède au pouvoir. Vittorio Emanuele II confie la présidence du Conseil au chef du groupement libéral-démocrate, Agostino Depretis, qui nomme Zanardelli ministre des Travaux publics dans son premier gouvernement. L’homme politique de Brescia garda le ministère jusqu’au 14 novembre 1877, date à laquelle il démissionna en raison de divergences sur la gestion des accords ferroviaires. Peu de temps après, le 24 mars 1878, Vittorio Emanuele II mourut et son fils Umberto Ier de Savoie lui succéda, Zanardelli devint ministre de l’Intérieur dans le gouvernement dirigé par Benedetto Cairoli, pendant une période de grave instabilité. En tant que propriétaire de l’Intérieur, il s’est occupé du projet de réforme de l’extension du droit de vote et ce jusqu’au 18 décembre 1878.

Nommé ministre de la Justice dans le gouvernement Depretis IV le 29 mai 1881, Zanardelli a pu achever la rédaction du nouveau code de commerce et faire approuver la législation sur le travail des femmes et des enfants. De plus, il réussit à rejeter la demande d’extradition des camarades de l’irrédentiste Guglielmo Oberdan, qui s’étaient réfugiés en Italie après la condamnation à mort du patriote italien. Le 4 avril 1887, Zanardelli entra de nouveau dans le gouvernement de Depretis, toujours en tant que ministre de la Justice, tandis que Crispi devenait ministre de l’Intérieur. Après la mort de Depretis, survenue alors qu’il était encore en fonction, Crispi lui succéda, le reconfirmant dans le même ministère, dans son premier gouvernement, et en restant en fonction jusqu’au 6 février 1891.

Durant cette période Zanardelli initie une réforme du système judiciaire et réussit à faire approuver le premier code pénal de l’Italie unie, considéré parmi les plus libéraux et avancés parmi ceux en vigueur à l’époque : le code Zanardelli est présenté à la Chambre en novembre 1887, publié le 22 novembre 1888, promulgué le 30 juin 1889 et entré en vigueur le 1er janvier 1890. Entre autres, par son initiative personnelle, la peine de mort a été abolie.

Dans le Rapport au Roi, Zanardelli se dit convaincu que « … les lois doivent être écrites de telle manière que même les hommes de peu de culture puissent en comprendre le sens ; et cela doit être dit surtout d’un code pénal, qui concerne un très grand nombre de citoyens même dans les classes populaires, qui doivent avoir la possibilité de savoir, sans avoir besoin d’interprètes, ce qui est interdit par le code » . Zanardelli croyait que le droit pénal ne devait jamais oublier les droits de l’homme et du citoyen et qu’il ne devait pas considérer le criminel comme un être nécessairement irrécupérable : il fallait non seulement intimider et réprimer, mais aussi corriger et éduquer.

Toujours la même année, il autorise la libération de l’anarchiste Giovanni Passannante, auteur d’un attentat contre le roi en 1879, qui se trouve dans des conditions inhumaines et est transféré à l’asile de Montelupo Fiorentino. Après sa démission de ministre, Zanardelli est élu président de la Chambre des députés le 24 novembre 1892, et prend une part active à la campagne d’obstruction de 1899-1900 contre le projet de loi sur la sécurité publique présenté par le gouvernement Pelloux.  Cela lui vaut le soutien de l’Extrême-Gauche historique dans la formation, après la chute du gouvernement Saracco, d’un nouveau gouvernement, qui reste en fonction 991 jours, du 15 février 1901 au 3 novembre 1903. Le chef de la majorité à cette époque était Sidney Sonnino, mais Le roi Vittorio Emanuele III a préféré lui confier la tâche, qui se trouve pourtant minoritaire au Parlement.

Cependant, ses fragiles conditions de santé ne lui ont pas permis d’achever des travaux majeurs, Pendant son gouvernement l’aqueduc des Pouilles a été établi , des mesures spéciales ont été approuvées pour la ville de Naples concernant l’assainissement du budget municipal et le démarrage d’un programme d’industrialisation, une loi sur le divorce a été proposée qui, bien que déjà approuvée par la Chambre, a dû être retirée en raison d’une forte opposition populaire . De plus, Zanardelli, en septembre 1902 , fit un voyage dans le sud de l’Italie, à travers la Basilicate (une des régions les plus pauvres d’Italie à l’époque) et  pornonça aussi un discours à Potenza, devenant ainsi le premier chef du gouvernement d’Italie unie à se rendre à le sud.

Au cours de ses dernières années de vie, il a concentré son attention sur la question du Sud (Mezzogiorno) et son rapport de voyage sera fondamental pour l’approbation de la loi spéciale pour la Basilicate (23 février 1904), l’un des premiers exemples d’intervention extraordinaire de l’État dans le Sud. Il se retire définitivement de la scène politique et démissionne de son poste de Premier ministre le 3 novembre 1903. Il mourut un peu plus d’un mois plus tard, le 26 décembre 1903, à Toscolano Maderno, à l’âge de 77 ans, et fut enterré au cimetière de Brescia.

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