mer 23 juin 2021 - 23:06

Emile Combes, un des héros de la laïcité française

Voici 100 ans disparaissait Emile Combes, un des héros de la laïcité française pour les uns, et fortement décrié par les autres. Notre homme n’était pas un imbécile: il était docteur en théologie. Il abandonne la carrière ecclésiastique à laquelle il se destinait d’abord, pour les cieux plus purs de la politique. Entre temps, il sera initié puis restera Franc-Maçon durant plus de 50 ans.


Au début du siècle dernier, les relations de la France avec le Saint-Siège s’enveniment du fait de la politique dite “anticléricale” menée par Émile Combes et de l’intransigeance du nouveau pape Pie X. Le 29 juillet 1904, le gouvernement décide de rompre les relations diplomatiques avec le Vatican. Dès lors, la voie est ouverte à la séparation des Églises et de l’État. Le rapporteur Aristide Briand fera adopter la loi par les députés. Elle sera promulguée le 9 décembre 1905.

Il s’agit en fait d’une revendication ancienne (et essentielle) des républicains dont l’anticléricalisme s’apparentait à une « foi laïque», rationaliste et positiviste, en partie issue des Lumières. Le progrès, la science, l’éducation devaient faire reculer l’ignorance, l’obscurantisme et la superstition. Le pouvoir civil devait soumettre le pouvoir religieux et l’exclure de la vie politique et de la société.

Deux visions de la laïcité

Sénateur, président du Sénat, ancien ministre, Emile Combes devient président du Conseil en mai 1902. Figure importante du radicalisme, il est appelé, après la victoire du Bloc des gauches, à mener une politique anticléricale destinée à réduire la puissance de l’Eglise catholique dans la société civile, et une politique de fermeté destinée à républicaniser l’administration de l’Etat, la magistrature et l’armée. La loi du 7 juillet 1904 dite loi Combes sera intransigeante dès son article premier: “l’enseignement de tout ordre et de toute nature est interdite en France aux congrégations”.
Il existe cependant, plusieurs positions concernant la laïcité. En fait, il s’agit de divers courants d’interprétation politique et culturelle partagés entre la tradition rationnelle héritée de l’empire romain et la tradition sémitique judéo-chrétienne plus symbolique et relationnelle. Cela s’est traduit dans l’opposition entre Aristide Briand préconisant une séparation libérale, tolérant la pluralité des institutions catholiques, leur expression publique et leur spécificité de fonctionnement « dans la mesure où leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi », se référant ainsi à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, et Émile Combes voulant maîtriser l’action de l’Église par le contrôle des évêques selon le vœu des auteurs de la Constitution civile du clergé, les réduisant à un rôle de fonctionnaires.

Plus de 50 ans en Franc-Maçonnerie

Né à Roquecourbe, dans le Tarn, le 6 septembre 1835, dans un milieu modeste, Emile Combes fait des études grâce à un parrain et cousin curé. Docteur en philosophie avec une thèse sur saint Augustin et une autre en latin sur saint Bernard et Abélard, il est nommé professeur dans l’enseignement catholique. Mais il perd la foi et, pour se marier avec son amoureuse, d’un milieu plus aisé, il change de métier, devenant docteur en médecine (1868), nous apprend le quotidien L’Humanité.

Initié en 1869 à la loge maçonnique du Grand Orient de France, “Les Arts Réunis de Barbezieux”, ce républicain commence une vie politique au niveau local. Avant de poursuivre une carrière nationale et de devenir sénateur, plusieurs fois ministre. Au moment de l’affaire Dreyfus, il s’affirme comme un des partisans les plus déterminés de la révision du procès et entreprit dans le pays, dans la presse et au Parlement, une lutte passionnée pour la « défense républicaine et laïque ». 
Nommé président du Conseil en mai 1902, il quitte la fonction en janvier 1905 à la suite des remous causés par l’affaire des fiches qui avait déjà amenée le général André à se retirer le 15 novembre 1904. Il occupe une dernière fois, le poste de ministre entre octobre 1915 et janvier 1916, avec comme président du Conseil Aristide Briand. Emile Combes est réélu sénateur quelques mois avant son décès, le 25 mai 1921.

Mathieu Arouet
Journaliste professionnel durant 15 ans, j’ai écrit pour un quotidien régional du Sud-Est de la France, et ce dans différentes rubriques dont les informations générales. Depuis plus de 25 ans, je m’intéresse à l’univers de la spiritualité, de la franc-maçonnerie, des traditions occidentales, moyen-orientales et asiatiques. Passionné par l’Histoire, je ne cesse d’en décrypter tous les aspects, avec une affection particulière pour Le Siècle des Lumières, d’où mon pseudo en hommage à Voltaire.

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